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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1933, Collections de BAnQ.

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CiK ST-fi MONTRÉAL Septembre 193 le Année ro 75 r BIBLIOTHEQUE j RevueTmnestrielle Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture—Sciences SOMMAIRE Pages 225— I.Vieilles Routes et Foires de fourrures dans le Nord-Est du Canada français.Raoul blanchard ( J.-C.BERNIER 242— II.La Télévision.j Fernand LEBLANC 258— III.Nos anciens Artisans.Marius barbeau 269— IV.La Vie et l’Oeuvre de Joseph Priestley.Léon lortie 292— V.Qu’est-ce que la “Technocratie”?.J.LEDUC 311— VI.Changements de volume du béton.Edmour CHAURET 331—VII.Revue des Livres.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITÉ DE DIRECTION: Président: Mgr J.-Vincent Piette, Recteur de l’Université de Montréal.Membres: MM, Aurélien Boyer, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Ivan-E.Vallée, Sous-Ministre, Département des Travaux Publics de la Province de Québec.Victor Doré, Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales._ Alfred Fyen, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Godin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission dec FJaux courantes.Olivier Maurault, p.s.s.Curé de Notre-Dame.Edouard Montpetit, Professeur à l’Universit; de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l’École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’École Polytechnique, Secrétaire de l’Association des Anciens Élèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION: Président: Arthur Surveyer Membres: MM.Édouard Montpetit, Augustin Frigon, Olivier.Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Merciei Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouin.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélien Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement à: La Revue Trimestrielle Canadienne LAncaster 9208.1430, rue Saint-Denis, Montreal REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE I OUVRAGE DE MANUFACTURE BOIS DE TOUTES SORTES Finissage général d’intérieur Portes, Châssis, Moulures, Etc.BENOIT & MATHIEU 1215, rue Saint-Timothée Montréal H Arbour 6243 Agents vendeurs des produits D U R A L I T H Perfectionnés par les architectes pour façonner les murs Planche murale ‘ BEAVER BOARD 11 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’UNIVERSITE de MONTREAL Comprend les facultés et écoles suivantes : PACIITÉS THEOLOGIE ' DROIT MEDECINE ' PHILOSOPHIE ' LETTRES SCIENCES CHIRURGIE DENTAIRE ÉCCLES PHARMACIE - SCIENCES SOCIALES POLYTECHNIQUE - INSTITUT AGRICOLE D'OKA ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES OPTOMÉTRIE - MÉDECINE VÉTÉRINAIRE HYGIÈNE SOCIALE APPLIQUÉE TOURISME ?Pour tous renseignements, s’adresser au Secrétariat général 1265, rue St-Denis Montréal REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III Ecole des Hautes Etudes Commerciales Affiliée a l’Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l'Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d’admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.), l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR : comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d'assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques financières, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Coin’s spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue Viger et rue St-Hubert, MONTREAL IV REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1873 TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS: Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques Constructions Civiles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d'Essais, 14.10 rue Saint-Denis, Montréal.TÉLÉPHONES:— Administration:— LAncaster 0207 Laboratoire Provincial des Mines:— LAncaster 7880 PROS PECT U S S U R DEMAN D E Voyez l'index de nos annonceurs à la page XIII Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL SEPTEMBRE 1933 VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES DANS LE NORD-EST DU CANADA FRANÇAIS Le C anada français à scs débuts n’a été qu’une vaste exploitation de fourrures, tout comme la Nouvelle-Espagne a été longtemps une simple réserve de métaux précieux.Jusqu’en 1075, presque trois quarts de siècle après l’arrivée de Champlain, ce trafic des fourrures qu’on appelle la traite des pelleteries donne assez de profits pour payer les dépenses d’entretien de la colonie.Il s’agit d’une simple traite, c’est-à-dire de l’échange, contre des produits apportés par les Européens, des fourrures recueillies dans les vastes forêts du Nord; les Européens ne prenaient aucune part à la chasse, effectuée l’hiver par les Indiens, et leur unique rôle était de trafiquer avec le plus de bénéfice possible des pelleteries apportées de l’intérieur.Il y avait donc des localités où s’effectuait régulièrement chaque année, en été, l’échange des fourrures contre des produits de l’extérieur, et des routes menant des terrains de chasse de l’intérieur à ces localités, routes que les Indiens suivaient à l’aller et au retour de la traite.Nous voudrions esquisser ici l’histoire d’une de ces routes et celle des foyers commerciaux qu’elle desservait.Il s’agit de celle qui aboutissait sur l’estuaire du Saint-Laurent à l’adoussae et qui, par le Saguenay, le lac Saint-Jean et ses affluents pénétrait jusqu’au lac Mistassini, à la base de la grande presqu’île du Labrador.La route.— Posons d’abord un principe: c’est qu’une pareille route ne pouvait être qu’une voie d’eau.Il est impossible, surtout 226 R E Y U E THIMESTIil E L L K C A X A D1E X X I- l'été, de circuler à travers l’immense forêt de l’intérieur et particulièrement d’y transporter des fardeaux.Tout s’y oppose: le relief, avec ses plateaux atteignant 3000 pieds, hérissés de bosses, coupés de vallées profondément encaissées; le sol, avec ses “'savanes marécageuses toutes gorgées d’eau, ses sables meubles, ses argiles fertiles en fondrières, ses roches moutonnées aux pentes glissantes; avant tout la végétation, la forêt dense au sous-bois feutré (’arbustes, l’inextricable fouillis des bois consumés par 1 incendie et qu’on appelle les “brûlés”.Seul le canot, même léger, permet de se glisser parmi tous ces obstacles et de transporter les provisions, les ballots de fourrures, en même temps que les hommes.Les dif-cultés restent grandes, parce que toutes les rivières de ce rude pays, héritières du relief façonné par les glaciers, n’ont pas encore eu le temps de régulariser le profil raboteux qui est le propre du façonnement glaciaire, tout en creux et en bosses.Aussi, à des sections où la rivière coule paisible et lente, s’attarde meme en lacs, en succèdent d’autres où elle bondit en rapides, faisant ecumcr ses flots roux sur les rocs, parfois même s’abîmant en cascades.La, surtout à la montée et lorsque les eaux sont basses, il faut interrompre la navigation, transporter au delà de la chute le canot et les objets.Lorsque le cours d’eau “fait des courants si rapides qu’il est insurmontable à ceux qui le naviguent, il faut mettre pied a terre,” écrit en 1651 le .Jésuite De Quen, se rendant au lac Saint-Jean.“Et ces endroits s’appellent des portages, d’autant qu’il faut porter sur ses épaules tout le bagage et le navire même pour aller trouver quelque autre fleuve ou pour éviter ces brisants et ces torrents”.1 Ainsi la voie d’eau la plus propre au trafic des fourrures devait présenter deux ordres de qualités.Julie devait d’abord conduire le plus directement possible du lieu le plus commode pour faire la traite, c’est-à-dire pour vendre les fourrures aux gens de l’extérieur, aux grandes régions de chasse, aux centres de traquage des animaux et de concentration des pelleteries.J'in même temps, elle devait offrir le minimum d’obstacles, c’est-à-dire la plus grande longueur possible d’eaux calmes, le nombre le moins élevé de chutes nécessitant des portages.Cos qualités étaient vraiment réalisées avec le 1 “The Jesuit Relations anil Allied Documents, 'travels and exploration-of the Jesuit Missionaries in New France, 1610-1791 .Lditcd by Reuben G Thwaites.Cleveland, Burrows Hr., 73 vol.iu-Si , 1800-1001.( 1.vol.37, p.Jib VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES 227 Saguenay, les lacs et ]r< rivières qui y aboutissent de la direction nord-ouest.r?7 Et d’abord le Saguenay lui-même, qui aboutit à l'estuaire du Saint-Laurent à Tadoussac, est la plus belle voie navigable de pénétration vers l'intérieur qui existe sur la rive gauche du grand fleuve.Ce n’est ni plus ni moins qu’un fjord, identique à ceux de Norvège ou de British Columbia, c’est-à-dire une vallée profon- 228 RK VC K TRIMESTRIELLE CANADIENNE dément burinée par un glacier et envahie ensuite par la mer.11 a donc des fjords la largeur, qui varie de un à deux milles, les bords escarpés s’élevant d'un jet de 1200 à 1500 pieds au-dessus des eaux, les énormes profondeurs, jamais inférieures à ISO pieds, en atteignant parfois s90.Là, depuis la mi-mai, où les glaces disparaissent, jusqu’au début de décembre, où elles se reforment, la navigation ne rencontre d’autres obstacles (pie les violents courants de flux et de reflux, dont les uns obligeaient les légers canots d’écorce à s'arrêter au creux d’une anse, mais dont les autres aidaient puissamment à la marche des bateaux.Il y en a ainsi, au départ de Tadoussae, pour Os milles: seuls les dix derniers milles à l’amont manquent de profondeur, inconvénient léger pour les canots des Indiens et atténué d'ailleurs par les marées qui montent de 12 à 20 pieds à Chicoutimi.C’est à Chicoutimi (pie les difficultés commencent.Inutile en effet de chercher à remonter jusqu’au lac Saint-Jean le cours du Saguenay, se ruant dans les célèbres rapides où l’industrie moderne a récemment installé les grandes usines électriques de la Chute à Caron et de l'Jle Maligne (.735,000 II.P.; quatorze portages en tout, le long d’une distance de 32 milles, le Saguenay étant là "fort inégal dans son lit, tout barré de rochers en quelques endroits, en d’autres tellement resserré qu’il fait des courants si rapides qu’il est insurmontable”.- Heureusement il existe une autre voie d'eau, plus paisible.Sur la rive droite du Saguenay aboutit, à l'emplacement même de Chicoutimi, un affluent, la rivière Chicoutimi apportant au fleuve les eaux du lac Kénogami.Ce n’est pas un chemin de tout repos: le long de scs 17 milles, on compte sept chutes, donc sept portages.Mais à l’extrémité, le lac Kénogami est un autre fjord, un fjord d’eau douce, creusé lui aussi par les glaciers, 1!» milles de longueur d'eaux profondes, calmes, tirant droit à l’ouest, une voie idéale.A son extrémité occidentale, une vallée aujourd’hui sèche et par où le trop-plein du Kénogami s’écoulait jadis vers le lac Saint-.Jean constitue le plus aisé des portages; au delà, par de petits lacs et un gros ruisseau régulier, au prix de deux petites chutes, on atteint enfin la Belle Rivière et par là le lac Saint-Jean.De Tadoussae à ce lac, les Sauvages employaient cinq jours à monter, dit le Père Druillettes, ; et deux seulement à descendre, - Père DkQvl.v."Jesuit Relations' .vol.XT.p.210.¦ "Jesuit Relations", vol.11.p.238. mÊÊÊ^M WW VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES 229 par cotte voie plus longue que celle du haut Saguenay, mais “un petit plus douce, ou pour mieux dire un peu moins rude; car à parler sainement ces chemins ne semblent pas faits pour les hommes, tant ils sont affreux”.1 La traversée du lac Saint-Jean, effectuée d’ailleurs en suivant d’assez près la rive sud, est un vrai répit le long de cette route harassante."Ce lac est d’un bel aspect, dit le Père Dablon; .il étend doucement ses eaux sur un beau sable qui le termine tout en rond, tirant un peu sur l’ovale.Il paraît comme couronné d’une belle forêt, qui met ses rivages à l’ombre, et de quelque côté qu’on le regarde, il fait comme une scène verdoyante, et comme un beau théâtre naturel de vingt lieues de tour”.5 Cependant l'humeur du lac est capricieuse.Comme il est sans profondeur au droit des rives, le moindre vent y provoque une houle dangereuse, et les naufrages y ont été fréquents.Une foule de grandes rivières aboutissent au lac: mais tandis que la Péribonca et la Mistassini descendent droit du nord-est et du nord, et s’écartent ainsi de la direction de la Baie d’IIudson, seule la Choumouchouane, qui vient du nord-ouest, est propre à fournir la voie de pénétration vers le.grand lac Mistassini et ce que l’on appelait au XVIle siècle la mer du Nord.Du lac, les canots s’engagent donc dans le large estuaire de la Choumouchouane, ‘'belle, large et entrecoupée d’iles et fie prairies”, écrit en 1660 le premier missionnaire qui s’y soit aventuré; “elle coule doucement et nous porte à notre aise l’espace de trois lieues et plus”.Mais au delà ce n’est plus qu’une succession de portages “assez rudes” coupés çà et là par des biofs d'eaux calmes."Cette alternative, dit le Père, a quelque chose de charmant, quand après de grands combats qu’on a rendus contre des bouillons importuns on navigue sur une eau paisible, mêlée néanmoins de nos sueurs que la chaleur du temps et le travail tics avirons tirent de tout notre corps”.T Delà Choumouchouane, on passe à son affluent de droite, la Chigoubich; longues journées où “on fait toujours ou le métier de marinier ou celui de crochctcur”;s puis par un dédale de lacs ' Pêro De Qvkx."Jesuit Relations" 1 "Jesuit Relations", vol.-10, p._’00 " "Jesuit Relations", vol.10.p.200 Ibid.p.270.’ Ibid.p.272 vol.07.p.210 HKVCl.TRIM ESTIfl K1.U-.( AN A 1)1 KNN I (i et do ruisseaux, on atteint enfin Xekoubau, sur la ligne de partage d’où les eaux s'écoulent les unes vers le lac Saint-Jean, les autres par le Saint-Maurice vers le Saint-Laurent, d’autres enfin vers le lac Mistassini et la Baie d'Hudson.J/on est là sur un grand plateau de 1300 pieds d’altitude moyenne, où lev lacs foisonnent, où les chutes sont insignifiantes: le chemin jusqu'au hic Mistassini est désormais plus facile.Il fallait, au dire du l’ère Drùillettes, 10 jours pour y monter du lac Saint-Jean, et cinq jours pour en descendre à la Baie d’Iludson: ' cependant les Indiens avaient dit a < hamplain que de la nier du Nord à 1 adou-sac il peut y avoir 10 a ôO journées, "à cause de la difficulté des chemins, rivières et pays qui est fort montueux" Peut-être voulaient-ils simplement le détourner d’y aller.]/¦ long d’une si longue route, qui couvrait au moins 2o(t milles, il ne pouvait manquer de se constituer des étapes, ou les Indiens se reposaient, se rencontraient, et parfois, se ravitaillaient par la chasse.La première en montant de Tadoussac était évidemment Chicoutimi, “remarquable, dit le Père Dablon, pour être le terme de la belle navigation et le commencement des portages .1 1 lui deuxième était, au bord du lac Saint-Jean, la baie très bien fermée, protégée de la houle, (pie forme, a son confluent avec la nappe d’eau, la rivière Metabetchouan.Knftn en haut des rapides de la Choumouchouane et de la C'higoubich, Nckoubau, sur le plateau, là où le relief s’apaise et où les directions se croisent, était un autre point d’arrêt et de répit.Là se sont organisés de curieux centres d’échange: là seront plus tard les postes de traite.< es /¦tapes sont les rncuds vitaux du trafic (pie nous allons maintenant ('¦t udier.1 j; tkai-ii want l.l.xvilo -lia ta .11 est a peine besoin de souligner les difficultés que présente l'étude de ce trafic d’avant l'arrivée des Blancs, puisque seuls ceux-ci nous ont laissé des documents à ce sujet.Pourtant il n’est pas impossible de grouper quelques faits._ Lt d’abord, le trafic des pelleteries existait avant l'arrivée des ¦ '‘Jesuit Hululions", vol.11, |>.1MU.10 Oeuvres de Champlain, publiées par l'abbé < '.-Il I.\ ¦ i.imii-ta .Huelice.|s70, b vol.in—1 .p.20'-’.U Jesuit 1: -Intions.vol.I*».p 2ôs. VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURE 231 Kuropéens, effectué entre les populations nomades du Xord, Algonquins et Montagnais, entièrement voués à la chasse, et les tribus déjà sédentaires du Sud, les Hurons des bords du Saint-Laurent, les Micmacs de ( îaspésie, les IOtchemins et Abénaquis du Nouveau-Brunswick et du Maine.Plusieurs indices nous permettent de croire à l’existence de ce commerce purement indigène.Le premier ¦ st que les Blancs s’v sont purement et simplement adaptés, ce qui prouve qu’il était en plein fonctionnement avant leur arrivée.Lorsque Cartier débarque à Gaspé en 1534, ce sont des fourrures que les indigènes échangent aussitôt contre “des couteaux et autres ferrements” que leur cède l’équipage, et de même en 1535 sur l’emplacement de Québec.15 Xous avons d’autre part des témoignages directs des voyages effectués par les indigènes vers les marchés de fourrures.Les deux Sauvages que Cartier a pris sur ses navires a Gaspé connaissent le Saguenay et le lui décrivent.’ Champlain en 1604 note que les indigènes de l'Acadie ont l’habitude île se rendre à Tadoussnc, en remontant le fleuve St John, “et ils ne passent que peu de terre pour y parvenir,” 1 1 ce qui signifie que par le lac Temiscouata et la Rivière Verte ils arrivent à l’Ile Verte, en face de Tadoussnc sur le Saint-Laurent.Lorsque plus tard en 1650 on installe sur l'ilo d’Orléans, près de Québec, un groupe de llurons qu’on veut soustraire aux attaques des Iroquois, le premier trafic que fait cette petite colonie est d'aller à Tadoussàc échanger le maïs qu’ils ont récolté contre des fourrures,1 1 ce qui témoigne de vieilles habitude.-.M.J.-K.Roy, dans son intéressant livre sur Tadoussnc, souligne avec force ces échanges indigènes.“Là se faisait la traite des plus belles pelleteries du Canada.On troquait des flèche.- pour des peaux de castors ou de loutres.A tous, les llurons apportaient les farines, le blé d’Inde et le pet un (tabac) qu’ils échangeaient pour des peaux d’orignal".1 II nous semble 1 Hi'.'.m il.P “Th'1 Voyage- oï .lacqjtès ('allie! Ottawa, \chuul.T, tj I, in-s .XIV :;:a) p.i.p.à:i et ISA l.or.-qiO'n 1535 Cartier emmena en l ralio I" cl.- f I Cnimcoiia captif, “vinrent plusieurs barques (les peuples sujets a dit 1 loiiuai'ima.qui venaient de la rivière du Samiemiy" .cl “donnèrent au lit Don ¦ i 11 .- ;.: ¦ i ts de p ix d castors et 1 ins 11 >id.p.233) 1 I hid.p.1(15-1 OC : 1 ( 'humplain, p.171.: TeaeoTTE 1.P.Histoire de Tile d'Orléan.- dpiitliee, 1S07, in-Sb 104p.) p JO.1 '¦ Rio al.-K.Au royaume du Saguenay Québec, A ('ôté.Issu, in-s .J;!| p, ,, p.Jô.\be.'aue au pays de Tadoii-sa REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE qu’:\ ces articles il faudrait joindre la peau et la graisse des phoques, fort activement pourchassés le long de l’estuaire.Ainsi il existait avant la venue des Blancs un trafic régulier, fondé sur l’échange des produits de la chasse contre ceux de l’agriculture ou certains articles industriels, et il n’y a aucune raison de douter que ces échanges ne se soient effectués depuis une haute antiquité, depuis qu’il s’est opéré une sélection entre les populations de type nomade installées dans les forêts du Xord et celles du Sud se livrant déjà à l’agriculture.Ce trafic était purement saisonnier.Il ne pouvait avoir lieu que l’été, saison où la chasse aux fourrures est suspendue et où les rivières libres de glaces s’ouvrent au passage des canots.Il ressort donc exactement au type qu’on appelle foire, c’est-à-dire une réunion temporaire d’échanges.Ces foires semblent s’être tenues principalement sur les bords du Saint-1,auront, grande ligne de communication où les peuples errants du Xord venaient rencontrer les sédentaires du Sud.11 se pourrait que les groupements d’indiens que Cartier décrit comme de gros villages, sur l’emplacement de Québec et de Montréal, se soient en partie au moins constitués sous l’influence de ce genre de commerce.Mais nous verrons que d’autres foires se tenaient plus au Xord.en pleine sauvagerie.Si nous pouvons ainsi tenir pour assuré que le trafic des fourrures par des foires était effectué par les Indiens bien avant l’arrivée des Européens, il n’est pas moins sûr que la venue des Blancs, clients beaucoup plus empressés, a considérablement développé ce négoce.Très prisées en Europe, où la mode favorisait furieusement leur emploi, les fourrures étaient pour les trafiquants blancs un magnifique article de commerce, qu’on pouvait traiter, surtout au début, contre des produits fabriqués de faible valeur mais dont les Sauvages se montraient friands: les objets métalliques et en particulier les pointes de flèche en fer, des haches, des tranchets à fendre la glace, enfin des produits alimentaires.Ce commerce s’organisa spontanément tout au long du XVIe siècle.Les marins basques, rochelois, bretons et normands qui fréquentaient les eaux du Saint-Laurent bien avant l’arrivée de Cartier n’ont pas dû tarder à ajouter à la capture des morues et des baleines la traite des pelleteries, beaucoup plus fructueuse.S’il est jusqu’ici impossible de suivre l’évolution de cette nouvelle forme du trafic des fourrures, du moins pouvons-nous décrire les modalités qu’il avait prises à la fin du XVIe siècle, grâce aux récits des Français (pii s’installent définitivement au début du XVIIe. VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES 233 Tout d’abord Tadoussac, le vieux rendez-vous des peuples descendant du Xord-Ouest et de ceux qui montent du Sud-Est et du Sud-Ouest, est vraiment devenu une grande foire.Champlain, en juin 1603, y voit réunis 1000 Indiens,17 apportant, dira le Père Lallemant en 1620, “des peaux d’orignal, loup-cervier, renard, loutre, martre, blaireau, rat musqué, et principalement de castors, qui est le plus grand de leur gain.Pour une année, on m'a dit qu’ils (les Blancs) en avaient remporté jusqu’à 22,000 peaux”.18 De leur côté, les Européens affluent.‘'•En des anciens (des indigènes) m’a dit qu’il a vu jusque vingt navires dans le port de Tadoussac;" aux objets de fer ils ont ajouté comme éléments de trafic des manteaux, couvertures, bonnets de nuit, chapeaux, chemises, draps; au blé d’Inde, des pois, pruneaux, raisins, galettes, biscuits et bien entendu le tabac; puis des chaudières, des épées, des alênes.19 Xul doute que l’eau de vie, l’article le plus estimé des Sauvages, n’ait fait déjà son apparition.Un trafic qui rapporte de très beaux bénéfices entraîne forcément des compétitions.On lutte à qui abordera le premier à Tadoussac, et on n’hésite pas à se battre pour s’assurer la place; en 1608 il y a bataille à Tadoussac entre Pont,-gravé, qui a reçu du roi le privilège de la traite, et les contrebandiers basques.Les indigènes disent au Père Le Jeune en 1634 que le castor “est l’animal bien aimé des Français, des Anglais et des Basques, en un mot des Européens.Mon hôte se moquait de nos Européens qui se passionnent pour la peau de cet animal et qui se battent à qui donnera le plus à ces barbares pour en avoir”.- ' Et cependant Tadoussac, théâtre de ces transactions actives et passionnées, restait un simple champ de foire, complètement vide pendant l’hiver, dès que les Indiens l’avaient quitté avec leurs tentes pour retourner vers les champs de chasse de l’intérieur.Suivons-les dans cette direction et nous allons voir que de curieuses différenciations existent dans le trafic des fourrures: il est plus complexe qu’il ne paraît.Champlain, si exact en ses propos, nous montre en effet clairement qu’il existe des intermédiaires entre les vrais chasseurs et les acheteurs européens.Dès 1603 il indique qu’au bord des rivières qui descendent au lac Saint-Jean, donc la I ; Champlain, p.7!.II “Jesuit IMation-C vol.IV.p.¦_>()!',.! ' Ibid.id.- ° “Jesuit Relation- .vol.VI.p.2!H)-2l II.is. 234 h K v r i.tkimi:strii:u,i.< an aiukvm.(Ihoumouchouane et ses affluents, “il y a quantité de cabanes où il vient d’autres nations du côté du Nord, troquer avec les Monta-gnais (de Tadoussac) des peaux de castor et martre, contre les marchandises (pie donnent les vaisseaux français aux dits Monta-gnais”.21 En 1608, il est plus explicite encore.‘ Au bout du lac St-Jean) il y a des peuples qui vivent errants, qui ne vivent que de la chasse, et est le lieu où nos Sauvages (de Tadoussac) vont porter leurs marchandises que nous leur donnons pour traiter les fourrures qu’ils ont, .et puis nous les apportent à nos vaisseaux”.22 Il y a donc, à côté des peuples totalement chasseurs, des tribus qui sont avant tout commerçantes, et qui servent d'intermédiaires entre les chasseurs du Nord et la foire île Tadoussac: il est possible que ces trafiquants se soient eux mêmes livrés à la chasse pour leur propre compte, mais il est probable que leur principal bénéfice venait de l’honnête courtage qu’ils prélevaient sur l’opération.Te cas n’est pas particulier au Saguenay.Kn 1609 et 161S, Champlain décrit une foire de fourrures organisée à Trois-Ilivières, au débouché du Saint-Maurice sur le Meuve Saint-Laurent, et "les Sauvages disent qu'au bout d’icelle rivière il y a des peuples qui sont grands chasseurs, n'ayant de demeure arrêtée”.1 2’ ('es peuples nomades du Xord, qui sont les vrais fournisseurs des fourrures, errent jusqu'il la baie d’Hudson: ‘‘ces peuples septentrionaux disent aux nôtres (nos Sauvages de Tadoussac) qu’ils voient la mer salée.en moins de six journées”.2 4 Puisqu’il y a un relui entre les vrais producteurs et le lieu où les européens viennent imiter, ce relui ne peut être qu’une autre foire, purement indigène, et dont les Indiens écartent jalousement tous les Européens."Les Sauvages, dit Champlain, n’ont pas voulu que j’allasse avec eux, ni aucun de nos gens:" 2 plus tard ils feront tout pour empêcher les Pères Druillettes et Dablon d’y parvenir, en les effrayant par le récit des difficultés du chemin.< 'ette foire existait bien en effet à "ces cabanes où il vient d’autres nations du côté du Xord”, et les Jésuites ont fini par s'y glisser."Tout l'hiver dernier”, dit le Père LeJeune (1660) “un capitaine (indien) du lac Xipissing nous entretint de ces peuples 'de la Paie d'Hudson) et 1 ('Immplain, p.su.- 11ml.p.291-20-2.Ibid.p.327 t-i lit.' < Ibid.p.292 et 327 ' Ibid p.292. VIEILLES ROUTES KT KOI RES I)E FOl'ilUl'IU:» 23,'.surtout d'une foire générale qui s'y devait tenir l'été suivant, a laquelle nos Sauvages de Québec et de Tadoussac étaient invités".2 ’ C’est là que les Pères Druillettes et Dablon parviennent à se rendre en juillet 1661.Dès la basse Choumouchouane, ils rencontrent en effet des Indiens venus de Québec.La route des fourrures les mène à Xckoubau; c’est là que se fait le négoce."Xckoubau est un lieu célèbre à cause d’une foire qui s’y tient tous les ans à laquelle mus les Sauvages d’alentour se rendent pour leur petit commerce.Nous y avons vu des peuples de huit ou dix nations”.Ht parmi eux, les Sauvages de Trois-Rivières, qui 'allaient a Xckoubau aussi bien que nous".27 < )n reconnaît là les qualités commerciales de Xckoubau, où convergent les routes du Saguenay, du St-Maurice, ainsi que du lac Mistassini et de la Baie d’Hudson.Ainsi, au témoignage de Champlain, on constate qu'a la fin du A Vie siècle il y avait aux deux extrémit és de la route des fourrures qui montait du Saguenay deux foires, spécialisées dans des operations différentes.Ln haut, à Xckoubau, une foire où viennent se concentrer les pelleteries, apportées par les chasseurs eux-mêmes, ces peuples errants du Xord qui "voient la mer salée”; ils les y «•changent contre de la pacotille européenne.En bas, à Tadoussac, une foire de dispersion des fourrures, qu’achètent les Européen-en les troquant contre la même pacotille.Il est probable qu’au long de la rouit* il existait d’autres centres d’échange, puisque le premier voyageur qui atteigne le lac Saint-Jean, le Père De Qucn 1647) y voit de "petites nations qui sont dans les terres", descendant au lac par ses affluents pour venir y pêcher et "pour entretenir le commerce et l’amitié qu’elles ont par entre elles”.2 s Le long du chemin, un curieux service de transport et de courtage, qui ne pouvait pas aller sans bénéfices, effectué par de- indigènes qui sont avant tout des commerçants, fait la liaison entre le- chasseur-nomades et les Blancs.L’organisation est donc complexe: une vraie division du travail.Les indigènes de Tadoussac tie fréquentent pas la région de la Baie d'Hudson: les chasseur- du Xord ne descendent pas à Tadoussac.Lorsque le Père Albanel, en 1071, s engage dans -a grande expédition qui le long de la route ties fourrures lui permettra d’atteindre la Baie d'Hudson, pendant qu’il remonte le Saguenay on lui signale comme une curiosité la rencontre d un Sauvage qui 26 "Jesuit Relations, vol.10.p.'-’’>0.-• 11 >icl.p.2741280, 2Sti.“Jesuit Relation-." vol -‘il.p.-’TJ. 236 K K VU K TKIMESTKIELLE CANADIENNE huit ans auparavant était allé jusqu’à la mer du Nord.2'-' Était-ce là un état de choses nouveau, dû à l’extension qu’avait pris la traite des pelleteries depuis que les Européens se disputaient les fourrures ?C’est ce qu’il est difficile de savoir.Mais il eût été beaucoup plus avantageux aux chasseurs du Nord de venir eux-mêmes traiter leurs affaires à la foire de Tadoussac; s’ils ne le faisaient pas, c’est donc vraisemblablement qu’ils n’en avaient pas l’habitude.On est ainsi porté à croire que dès l’époque indienne le trafic des pelleteries, entre nomades du Nord et sédentaires du Sud, s’effectuait par intermédiaires.En tout cas, au moment où Champlain arrive au Canada, l’organisation du commerce fies fourrures est encore purement indienne; les Européens se sont simplement substitués, dans les points d’arrivée, aux acheteurs indigènes du Sud.Mais ils ne vont pas tarder à pénétrer dans cette organisation indienne pour la transformer à leur profit.XVIIk XVIIIi: SifccLi.-'.— Les deux siècles qui suivent l’arrivée de Champlain et l’établissement définitif des Européens virent la mainmise des Blancs sur toutes les étapes du commerce des pelleteries, pour supprimer l’intermédiaire indigène et traiter directement avec le chasseur.Jusqu’au milieu du NYIIe siècle, les Sauvages font bonne garde et réussissent à tenir les Blancs à l’écart de leurs foires à fourrures de l’intérieur.Ils emploient à cet effet la force d’inertie, refusent de servir de guides; grands hâbleurs, ils n’hésitent pas non juins à décrire de la plus horrifique façon les difficultés du relief et les rigueurs flu climat.Aucun Français n'est parvenu au lac Saint-Jean avant 1647, date où le Père De Quen y fait une tournée d’évangélisation.('Vst en 1661 seulement que les Pères Druillettes et Dablon atteignent Xekoubau, au prix de grandes difficultés, et en 1671 que le Père Albanel arrive au lac Mistassini, d’où il gagne la baie d’IIudson.Mais déjà à cette époque l’organisation indigène du trafic était malade, subissant le contre-coup de graves désordres que la seule présence des Blancs faisait naître dans les tribus indiennes.Ces désordres étaient dus à plusieurs causes.Les Blancs avaient apporté avec eux leurs maladies épidémiques, qui, su ries organismes indigènes non immunisés, amenaient une effrayante mortalité.Le goût des Indiens pour l’eau de vie, en dépit fies efforts des mis-1 "Jasait Relations." vol.30, )>.152. VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES 237 sionnaircs pour on empêcher la vente, engendrait l’ivrognerie et ses désastreuses conséquences.Enfin l’amitié tics Français et des Hurons avait déchaîné les guerres des Iroquois, qui ont ensanglanté le XVIle siècle; à l’époque où les Pères Druillcttcs et Dablon arrivent à Xekoubau, les Iroquois avaient lancé contre la route du Saguenay plusieurs offensives, qui réussirent à atteindre Tadoussac, le lac Saint-Jean, Xekoubau et même la baie d’Hudson.La frêle organisation indienne du trafic en était fort ébranlée.Le Père Druillcttes apprend à Xekoubau que la venue des Iroquois "a jeté un tel effroi dans tous les peuples circonvoisins qu’ils se sont tous dissipés, cherchant d’autres montagnes plus reculées, et des rochers de plus difficile accès, pour mettre leur vie en sûreté; on dit que la frayeur s’est portée jusqu’à la mer” (du Nord).' " Déjà au lac Saint-Jean il n’a pu que "visiter les restes d’une Église désolée”.'11 En 1G71 le Père Albanel, qui vingt ans avant avait vu au bord du lac Saint-Jean "plus de vingt nations assemblées”, constate que les habitants ont été extrêmement diminués par les dernières guerres qu’ils ont eu avec l’Iroquois, et par la petite vérole qui est la peste des Sauvages”.- Le mal ira sans cesse grandissant.Le Père Coquart, en 1750, s’apitoiera sur les gens du lac Saint-Jean, “tristes restes d'une multitude étonnante de Sauvages qui habitaient les terres il y a soixante-soixantc-dix tins.Il ne reste plus qu’une grande famille”.; ; Il était désormais facile aux Planes de confisquer à leur profit l’organisation du trafic.Cette confiscation s’accomplit par une substitution pure et simple; ce furent des Français qui vinrent directement traiter les affaires de fourrures aux foires de l’intérieur aussi bien qu’ils le faisaient jusque-là à Tadoussac.Cette substitution fut facilitée par l’unité de direction à laquelle fut soumise la traite au cours du XVIle siècle, devenant un monopole de compagnies ou sociétés jusqu’au moment où elle se transforma en une Ferme royale.Grâce à cette unification, des postes de traite, qu’on appela bientôt les Postes du Roi, purent être créés dans l’intérieur, le long de la route des fourrures, et les Jésuites installèrent des missions à côté des postes, pour évangéliser les indigènes lors de leurs visites d’été.Ainsi disparut le rôle d’intermédiaire tenu jusque-là par certaines ¦'u ‘Mesnil Relations,'' vol.tG, p.290.31 Ibid.p.2N0.:i : “Jesuit Relations,’' vol.30, p.lût.1 Ibid.vol.09, p.112. 23 S RK VUE TRIMESTRIELLE CANADIENS' 1 tribus indiennes; les Sauvages n’ont plus désormais qu'à chasser et à apporter leurs pelleteries aux Blancs du poste le plus proche, entièrement maîtres du marché.Nous ignorons les dates exactes de création de ces postes.Il est probable (pie le premier fondé a été celui du lac Saint-Jean, à Métabet chouan, où la mission des Jésuites, avec une chapelle et un jardin, date vraisemblablement de 1665.31 Mais Chicoutimi est devenu à son tour un centre de traite, où le Père de Crespieul en 1673 rencontre 200 Sauvages, et en 167S "un grand nombre”.‘ Ce ne sont plus des trafiquants indiens qu’on voit dans ces postes, mais des chasseurs apportant leurs fourrures, et venant, dit le Père Laure à Chicoutimi en 1730, de 200 lieues; parmi ceux à qui il a affaire cette année-là, il y a des gens de Nekoübau et du lac Mistassini."" Plus haut, deux postes ont été créés à Xckoubau et au lac Mistassini; mais pour épargner aux commis un hivernes ment pénible et inutile, on se contente au ISe siècle de n’occuper ces postes que l’été.37 Une chaîne de comptoirs tenus par des Blancs s’est donc substituée aux foires indigènes.Il en résulte d’ailleurs cpte Tadoussac, (pii n’est plus qu’un lieu de passage, a beaucoup perdu.La mission qui était autrefois de 3000 hommes, dit le Père Laure en 1730, s’est réduite à 25 familles au plus ;3 8 on n’y apporte presque plus de pelleteries: trois ou quatre paquets de castors, 100 ou 120 martres, une trentaine de loups-cerviers, quelques renards, tandis (pie Chicoutimi rassemble maintenant 40,000 livres de pelleteries.3 Les foires ont vécu.Ainsi depuis le début du XVIIle siècle le commerce des fourrures a pris des modalités nouvelles.Là où les Indiens se rassemblaient l’été en foules grouillantes pour procéder à leurs échanges, il n’y a plus (pie de prosaïques magasins où un commis de la Ferme du Roi reçoit les pelleteries et vend aux indigènes les produits européens.Les Indiens, ces grands enfants imprévoyants, ne trouvent plus désormais devant eux qu’un commis rompu aux affaires, qui est à la fois leur acheteur et leur vendeur, sans concurrence possible : ils ne tardent pas à s’endetter, et tombent dans une sorte de demi- 4 “Jesuit Relation*." v* 1.00, p.0-2.35 Ibid.vol.50, p.20, vol.01.p.*0.:i'* Ibid.vol.On, p.20-119.7 Mémoire du PereCoquurt sur les Postes du Roi.1750, vol.00.p.SO-12» ¦* Vol.OS.p.70.' Ku 1750 vol.09, }).0 1 et 110 , VIEILLES ROUTES ET FOIRES DE FOURRURES 239 servage; leur situation s’aggrave encore lorsqu’à la fin du X\ Ille siècle le bail des Fermes échut à de puissantes sociétés, la Compagnie du Nord-Ouest d’abord, puis la Compagnie de la Baie d’Hudson.11 y a même à cette époque quelques familles indigènes fixées à demeure auprès de chaque poste, qui sont des espèces de salariés qu’on emploie aux transports; l'on les a toujours a la main pour les voyages qu’on est obligé de faire".10 La traite est devenue une entreprise industrielle.Tel était l’état du trafic et de la route des fourrures dans la région du Saguenay au début du XIXc siècle.Bouchette, qui a exploré le pays en 1S28, énumère la chaîne des Postes, du lac Mistassini au Saint-Laurent : il y en a six, a Mistassini, Xekoubau, un surla Choumouchouane, Métahctchouan, Chicoutimi et Tadoussac.A Métabetchouan, il décrit la maison du commis résidant, un magasin, un four, une écurie, un grand jardin à légumes; on voit encore, envahis par les arbres, les sillons du défrichement effectué par les Jésuites au XYHe siècle.Mêmes bâtiments à Chicoutimi, où dix familles d’indiens vivent aux abords du poste.Le pays a l’air d’être figé dans l’immobilité de la sauvagerie, et Bouchette exprime sa crainte que tous les avantages offerts par la région du Saguenay ne restent pour longtemps inutilisés.J1 * :{: * La disparition' de la route des fourrures.• ( ependant dix ans après fi' voyage de Bouchette, la region voyait apparaître les premiers Blancs venant y chercher autre chose que des pelleteries.Les paroisses déjà très peuplées du bord de l’estuaire du Saint-Laurent entre Québec et le Saguenay, éprouvées par de mauvaises récoltes, lancèrent leurs premières colonies sur le haut Saguenay en 1S3S; d’abord au fond de la baie Ilallfa, indentation du fjord, puis trois ans après à Chicoutimi.La Compagnie fermièri (Baie d’Hudson) fit une belle défense, afin de conserver intacts ses privilèges: interdiction de défricher, de cultiver, d amener des animaux domestiques; seule la coupe du bois destinée à des scieries était autorisée.Mais en 1842, date du renouvellement du bail de la Compagnie, le gouvernement de la Province n’accorda ce renouvellement que contre le droit de faire arpenter les terres pour les vendre à des colons.L’élan devint aussitôt très vif: en 1845, 3000 personnes ,0 I1.CoQi'AHT, 1750 (Jesuit Relations, vol.GO.p.112).11 UocruETTK (Joseph The British Dominions in North America (London, Longman, 1832), vol.2, Topographical Dictionary, art.King’s Posts. 210 II I.VC I TRIM ESTIi I ELL K CAN A DIKXXK étaient déjà installées.Chicoutimi était dès 1851 une petite agglomération industrielle de 1200 âmes, noyant le poste de traite qui ne tarda pas à disparaître.Celui de Métabetchouan s’évanouit avant 1870.I n à un sautaient les maillons de la chaîne de postes jalonnant la vieille route des pelleteries.Mais cette route était si bien tracée par la nature (pie c’est le long de ses lignes d’eau et de ses portages qu’a cheminé la colonisation rurale d’où est né le splendide domaine agricole du lac Saint-Jean avec scs 51,000 habitants d’aujourd’hui.Lorsque les premiers colons du lac Saint-Jean se lancent vers ces terres neuves, ils montent par la rivière Chicoutimi, le lac Kénogaini, la rivière des Aulnets et la Hello Rivière; jusqu’en 1894, date où le chemin de fer atteint Chicoutimi, la seule voie de communication vers le lac, le "grand chemin Kénogami,” suivait depuis l’ancien poste Métabet-ehouan jusqu’à Chicoutimi le tracé de la route des fourrures.De même à l'Ouest; la colonisation n’a que tardivement progressé vers le N.K.du lac Saint-Jean, à cause des obstacles du haut Saguenay si bien évoqués par le Père De Qucn en 1651; 1 - les premiers défrichements n’y datent (pie de 1878.( )r à cette époqüe les colons, suivant le long du lac et de la Choumouchouane l’ancienne route des pelleteries, étaient déjà parvenus à l’extrémité IWO.du lac, fondant sur leur parcours une dizaine de paroisses prospères.La vieille voie navigable des fourrures a ainsi servi d’avenue à la colonisation; elle s’est survécu alors que disparaissait le trafic pour lequel elle était née.D’ailleurs, ce trafic n’est pas complètement disparu.Dans beaucoup de ces paroisses du lac Saint-Jean et du Saguenay, cernées d’immenses forêts giboyeuses, il y a des hommes qui continuent à demander à la chasse une partie, et parfois la totalité de leurs ressources.Ceux-là sont des Blancs, parfois métissés, vrais descendants de ces Coureurs des Bois canadiens qui ont laissé dans toute l’Amérique du Nord des traces de leur passage.Parmi eux il en est qui passent dix mois paraît dans la forêt, s’éloignant à 150 milles de chez eux, et ne reparaissant qu’en janvier pour une brève visite; certains ont pu vendre ainsi jusqu’à 7000 dollars de fourrures en un an.La plupart ne passent d’ailleurs que quelques mois dehors; l’été, ils cultivent pour leur compte ou s’e ’ ' à gages, souvent comme gardes-chasse et guides pour les clubs américains de chasse et de pêche.4 2 Cf.note 2.5190 VIEILLES ROUTES ET FOIRES I)E FOURRURES 241 Knlin les Indiens sont toujours là.Mais il est difficile de les appeler encore Sauvages, connue le font pourtant leurs voisins canadiens-français, tant leur genre de vie s’est regularise et embourgeoisé.Depuis 1S7-1, on a organisé à leur intention une Reserve, située à l’ointe Bleue, sur le bord O.du lae Saint-Jean, ou ils sont seuls à avoir le droit de propriété.Il est vrai qu’ils en profitent peu.car ils n’y résident guère que du 15 juin à la fin d’août.A cette date, soixante familles partent pour leurs “sentiers de chasse et comme jadis, par les rivières: mais devenus très modernes, ces Indiens s’y rendent en canots à gazolinc.Leurs terrains sont vers Xekoubau, la haute Mistassini, la Mistassibi, la Péribonca, comme au temps des Jésuites.Lorsqu'ils reviennent en juin, avec des chargements qui an 1931 représentaient 60,000 dollars de pelleteries, ce ne sont plus les commis des Postes du Roi qui les attendent, mais les prosaïques magasins de la Compagnie de la Baie d Hudson, rie Revillon frères, ou de marchands juifs, autorises sur la Reserve; ils ne cessent pas pour cela d’être perpétuellement endettés à l’égard de ces marchands, auxquels ils achètent une foule de babioles, comme leurs ancêtres rmi.u.i \ N \ 1 » I I.N \ I l>;>( ) • i « r/G j?fteccnreuF?a g&a/vql i ’Ai, t F/G /y f?Fcrr*r£ox> • 5 r-y // r-it 1 00**oonr*t 711 • Wm l»rvrrWkJI - it mm Ry
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