La presse, 16 mars 2013, P. Enjeux
[" ENJEUXIRAK10ANS PLUS TARD CEQUE RUMSFELD PENSAIT QU\u2019IL SAVAIT PAGES 6 ET 7 LA MONTÉE DES SUPERBACTÉRIES Les bactéries résistantes à de multiples antibiotiques, quasi impossibles à soigner, sont en croissance dans le monde.Le Québec s\u2019en tire plutôt bien jusqu\u2019ici.Mais l\u2019apparition de nouvelles souches et le retour en force de maladies qu\u2019on croyait contrôlées, comme la gonorrhée, montrent que la province doit aussi craindre une ère post-antibiotiques.À lire en pages 2 à 5 Donald Rumsfeld MONTRÉAL SAMEDI 16 MARS 2013 Une conférence d\u2019affaires, autrement Nouveau forfait journalier en vente | Prix spécial de lancement | C2-MTL.com | Jusqu\u2019au 29 mars Imaginé par 21 \u2013 23 mai 2013 Montréal C2-MTL Commerce + Créativité Partenaire fondateur Partenaire contenu & médias Partenaire d\u2019innovation Partenaire média LA MONTÉE DES SUPERBACTÉRIES MARIE ALLARD L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) sonne l\u2019alarme: les bactéries résistantes aux traitements sont en recrudescence dans le monde, laissant entrevoir une effrayante ère postantibiotique.En Europe, « 25 000 personnes décèdent déjà chaque année des suites d\u2019infections bactériennes qui ne réagissent pas aux antibiotiques et surviennent principalement dans les hôpitaux», selon l\u2019OMS.Au Québec, les problèmes causés par les bactéries résistantes aux antibiotiques «vont de façon croissante et quasiment exponentielle, depuis quatre ou cinq ans», dit le Dr Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.Impossible de savoir combien de victimes font les superbactéries chez nous, puisque personne n\u2019en tient le compte, ni à Québec ni à Ottawa.Auprovincial, le programme de surveillance intégré de l\u2019antibiorésistance, annoncé l\u2019an dernier, «n\u2019est pas encore en place», a indiqué Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.Quelques souches particulièrement inquiétantes \u2013 dont les dangereuses entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (voir autre texte) \u2013 sont toutefois suivies par le Laboratoire de santé publique du Québec.Au fédéral, «il n\u2019y a toujours pas de programme national de lutte contre l\u2019antibiorésistance intégré et complet, avec une gouvernance et un financement appropriés», constate Lindsay E.Nicolle, de l\u2019Université du Manitoba, dans une récente recherche.Les craintes sont pourtant grandes.«On est dans une locomotive lancée à toute vitesse sur des rails, illustre le Dr Marchand.On sait qu\u2019on devra bientôt franchir un pont, qui ne pourra porter la locomotive.Comme c\u2019est parti, si on ne fait rien, on va s\u2019écraser.\u2018\u2018On arrivera au pont peut-être dans un an, dans cinq ans ou dans dix ans.Certains disent: \u2018\u2018On verra quand on sera rendus là.Mais ça risque d\u2019être difficile d\u2019arrêter la locomotive juste avant le pont.» Pire aux États-Unis Le Dr Christian Lavallée, microbiologiste à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont, est plus nuancé.«Globalement, le fardeau de la multirésistance augmente, convientil.Mais les souches multirésistantes sont davantage un problème aux États-Unis qu\u2019ici.Au Québec, au Canada, on est, pour l\u2019instant du moins, relativement épargnés par ce phénomène.» « L\u2019antibiorésistance est un problème planétaire, explique le Dr Karl Weiss, aussi microbiologiste à Maisonneuve- Rosemont.Même si vous êtes un bon élève, comme l\u2019est le Canada, vous pouvez facilement être contaminé par beaucoup de mauvais élèves.» Le Québec « a un problème d\u2019antibiorésistance, convient le Dr Weiss, mais il semble avoir atteint un certain plateau.» Bien que moins fréquentes qu\u2019ailleurs, les infections causées par ces bactéries coriaces troublent les médecins.«On n\u2019aurait jamais cru, quand on a commencé notre carrière, dire un jour: \u2018\u2018Madame, monsieur, je suis désolé, vous avez une infection, mais je n\u2019ai aucun antibiotique pour vous traiter \u2019\u2019 », témoigne le Dr Marchand.Cela lui est arrivé en 2011, en soignant une femme de 56 ans aux prises avec une infection urinaire résistante à tous les antibiotiques.«J\u2019ai dû lui dire : \u2018\u2018Madame, on va devoir laver votre vessie avec un désinfectant à plancher, comme on le faisait autrefois, puis vous faire boire beaucoup de jus de canneberge\u2019\u2019, explique le médecin.Quand on est rendus là, c\u2019est qu\u2019on est découragés.» Consommation abusive d\u2019antibiotiques Les causes de la montée des bactéries résistantes sont multiples.L\u2019usage effréné des antibiotiques, réclamés avec insistance par certains patients, et vendus sans ordonnances dans plusieurs pays, favorise l\u2019apparition de souches résistantes.«Vous entrez dans n\u2019importe quelle pharmacie du Mexique, et vous pouvez acheter un antibiotique en vente libre», déplore le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins du Québec.Ailleurs, c\u2019est le marché noir \u2013 et ses contrefaçons de mauvaise qualité \u2014 qui sont montrés du doigt.Tout comme les antibiotiques donnés au bétail pour prévenir les maladies et les faire grossir vite.La moitié des antibiotiques mis en marché dans le monde sont destinés aux animaux, un taux qui grimpe à 80% au Canada.Quant à la dissémination de la résistance, elle s\u2019accélère avec la démocratisation des voyages.Le nombre de touristes internationaux a franchi le cap du milliard en 2012, ce qui n\u2019inclut pas tous les déplacements.«Quelques souches d\u2019acinétobacter (une bactérie résistante à plusieurs antibiotiques) ont été rapportées d\u2019Afghanistan par des militaires», rappelle le Dr Paul Roy, du Centre de recherche en infectiologie du Centre hospitalier de l\u2019Université Laval (CHUL).Coûts des traitements multipliés par deux Le prix à payer est cher.L\u2019Agence de santé publique du Canada estime que la résistance aux antimicrobiens «multiplie au moins par deux les coûts du traitement d\u2019une infection bactérienne».Aux États- Unis, les coûts médicaux liés aux infections résistantes s\u2019élèvent à 19,8 milliards US par an, selon Biopharm Reports.«Est-ce qu\u2019on est au pied du mur?Pas encore, estime le Dr Marchand.On a toujours une petite marge de jeu, mais pour combien de temps?» VERS UNE ÈRE POSTANTIBIOTIQUE Augmentation de la mortalité chez les patients infectés par une bactérie résistante.Coût par cas d\u2019infection au SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) Coût par cas d\u2019infection à l\u2019ERV (entérocoque résistant à la vancomycine) Sources :OMS, Institut canadien pour la sécurité des patients On observe dans le monde une hausse préoccupante des bactéries résistantes aux antibiotiques.Après avoir été relativement épargnés, les hôpitaux du Québec commencent aussi à lutter contre des superbactéries.Bilan d\u2019une bataille difficile.«Vous entrez dans n\u2019importe quelle pharmacie du Mexique, et vous pouvez acheter un antibiotique en vente libre.» Le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins du Québec 50% 14484$ 14414$ « Au lieu de voir une bactérie résistante à un seul antibiotique, on voit de plus en plus la résistance à plusieurs antibiotiques », dit Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 2 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 LA MONTÉE DES SUPERBACTÉRIES MARIE ALLARD En septembre dernier, un bébé a confirmé que le Québec est menacé par les nouvelles superbactéries mortelles.La quasi invincible New Delhi métallo-bêta-lactamase (NDM-1), une enzyme qui rend les bactéries résistantes à presque tous les antibiotiques, a été détectée chez ce bébé, dans un hôpital de la région de Québec.«Il s\u2019agit d\u2019un bébé qui a été préalablement hospitalisé en Inde», précise Brigitte Lefebvre, responsable des analyses et expertises au Laboratoire de santé publique du Québec.Un seul autre cas de NDM-1 a été recensé dans la province, celui d\u2019un homme ayant contracté cette enzyme lors d\u2019une opération en Inde.Il en est mort, en décembre 2010.Le bébé n\u2019était que porteur de cette souche résistante.«La grosse crainte, explique Mme Lefebvre, c\u2019est que si le patient s\u2019infecte, c\u2019est très difficile à traiter.» Très récente, l\u2019émergence des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes \u2013 dont fait partie la NDM-1 \u2013 «est un problème de santé majeur», selon un rapport de l\u2019Institut national de santé publique (INSPQ) paru en 2012.Les carbapénèmes sont des antimicrobiens utilisés contre les infections déjà insensibles aux autres classes d\u2019antibiotiques.Quand les bactéries sont capables de déjouer ces traitements de dernier recours, on va vers «des impasses thérapeutiques », dit sobrement l\u2019INSPQ.La NDM-1 menace plus fortement le reste du Canada.Au 31 août dernier, 88 cas avaient été signalés par l\u2019ensemble des provinces, selon Sylwia Krzyston, porte-parole de l\u2019Agence de santé publique du Canada.Fait inquiétant, l\u2019enzyme a commencé à se propager chez des gens qui n\u2019ont pas voyagé dans le sous-continent indien, notamment dans des hôpitaux de la région de Toronto.Une autre superbactérie à l\u2019Hôpital général juif Depuis trois ans, l\u2019Hôpital général juif de Montréal combat, quant à lui, Klebsiella pneumoniae carbapenemase (KPC), une autre entérobactérie résistante.De 2010 à 2012, 97 patients de cet hôpital ont contracté cette superbactérie.Combien sont morts ?L\u2019établissement a refusé de le dire.«Nous n\u2019avons pas la réponse à cette question», a indiqué par courriel Astrid Morin, agente de communication de l\u2019Hôpital général juif.La KPC n\u2019y a pas encore été vaincue.«Cette bactérie est toujours présente, cependant nous avons mis en application des moyens afin d\u2019essayer de contrôler le plus possible sa propagation», a précisé Mme Morin.Les patients contaminés sont réunis dans la même unité, où travaille du personnel attitré.« Il est possible que le phénomène se répande» Ces nouvelles menaces sont si sérieuses qu\u2019un programme québécois de surveillance des souches d\u2019entérobactéries résistantes aux carbapénèmes a été créé à l\u2019été 2010.Après 15 mois d\u2019existence, il avait permis d\u2019identifier 42 souches sporadiques et deux éclosions dans deux centres hospitaliers de Montréal, dont l\u2019Hôpital général juif.C\u2019est relativement limité pour l\u2019instant.Mais « il est possible que le phénomène se répande malgré les bonnes pratiques de prévention et de contrôle des infections, si l\u2019on en croit ce qui est décrit dans plusieurs autres pays », prévient l\u2019INSPQ.Israël, la Colombie, la Grèce, Porto Rico, même les États de la côte est américaine sont aux prises avec des problèmes endémiques de KPC.Les gens qui ne sont pas hospitalisés ont peu à craindre.«Ce ne sont pas des bactéries qui semblent très contagieuses en dehors des hôpitaux, où il y a un environnement favorable à la transmission, observe le Dr Christian Lavallée, microbiologiste à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont.Si c\u2019était aussi contagieux que la grippe, on serait dans le trouble.» Deuxième cas de superbactérie indienne détecté au Québec Denis Nilsson, de Trois-Rivières, a perdu sa femme.«Son coeur a arrêté de battre le 29 mai dernier, à 19 h 25», se rappelle-t-il clairement.Linda Lamothe, 50 ans, était infectée par la superbactérie résistante Klebsiella pneumoniæ carbapenemase (KPC), attrapée dans un hôpital brésilien.«Elle et moi ne faisions qu\u2019un, donc je suis devenu une demie», dit tristement le veuf.Retour au jour de l\u2019An 2012.Mme Lamothe est en visite chez son père, installé au Brésil depuis de nombreuses années.Le 4 janvier, elle commence à avoir de la difficulté à respirer, au point d\u2019entrer à l\u2019hôpital Monte Klinikum, de Fortaleza, deux jours plus tard.Diagnostic : broncho-pneumonie.Son séjour à l\u2019hôpital vire par la suite au cauchemar.Mme Lamothe devient temporairement paralysée \u2013 les médecins détectent le syndrome de Guillain- Barré \u2013 puis la bactérie KPC infecte ses poumons.«It\u2019s a bad bacteria », disent sans détour les médecins brésiliens à son mari, venu à son chevet.Une douzaine de sortes d\u2019antibiotiques sont donnés à la Québécoise pendant son hospitalisation au Brésil.Un de ses reins, greffé 14 ans auparavant, ne le supporte pas.Mme Lamothe doit être mise sous dialyse.Puis, elle fait un infarctus du myocarde, suivi d\u2019un arrêt cardiaque la paralysant pour de bon.Trachéotomie, colostomie et gastrostomie sont nécessaires.Cinq mois aux soins intensifs Rapatriée le 20 février, la femme lutte jusqu\u2019à ce jour de mai où elle demande qu\u2019on arrête tout.Les médecins québécois n\u2019ont pas réussi, eux non plus, à la débarrasser de la superbactérie.« Elle savait qu\u2019elle ne serait jamais plus capable de respirer normalement, jamais plus capable de marcher, relate M.Nilsson.On a beau vouloir se battre, à un moment donné, on se dit que la sortie va être plus facile.» Le couple s\u2019était connu à l\u2019âge de 15 ans.«Parmi toutes nos connaissances, il n\u2019y avait pas d\u2019union plus solide, assure le veuf.La perte de ma femme signifie la perte d\u2019une partie de moi-même.Aujourd\u2019hui, la blessure s\u2019est passablement refermée, je vais de mieux en mieux.Mais la cicatrice restera à jamais.» \u2013 Marie Allard Le long cauchemar d\u2019une victime QQu\u2019est-ce qu\u2019un antibiotique?R Les antibiotiques ou antimicrobiens sont des substances chimiques (naturelles ou non) pouvant tuer ou inhiber les bactéries.Utilisés à partir des années 40, ils ont changé le cours de l\u2019histoire en traitant plusieurs maladies comme la lèpre, la tuberculose, la gonorrhée et la syphilis.QComment les bactéries deviennent-elles résistantes aux antibiotiques ?R Soit par une mutation génétique, soit par acquisition de matériel génétique d\u2019autres microorganismes.L\u2019usage des antibiotiques favorise l\u2019émergence de résistances par l\u2019élimination des bactéries sensibles, en faveur de la sélection des bactéries résistantes.QQue peut-on faire pour préserver l\u2019efficacité des antibiotiques ?R Ne pas prendre d\u2019antibiotiques au moindre mal : 90% des rhumes, des grippes, des toux, des maux de gorge et des courbatures sont causés par des virus et ne peuvent être traités par des antibiotiques.QComment se protéger ?R En se lavant les mains avec de l\u2019eau et du savon ou un nettoyant à base d\u2019alcool.Les bactéries résistantes se propagent surtout dans les hôpitaux, quand les bonnes pratiques de prévention des infections ne sont pas appliquées.\u2013 Marie Allard Sources : Agence de la santé publique du Canada, Institut national d\u2019excellence en santé et en services sociaux, Organisation mondiale de la santé Quatre questions sur l\u2019antibiorésistance Denis Nilsson a perdu l\u2019amour de sa vie, sa femme Linda Lamothe, emportée par la dangereuse bactérie KPC.«Notre histoire d\u2019amour était comme les romans à l\u2019eau de rose, avec un détail légèrement différent: ce n\u2019était pas un roman, juste la vraie vie», dit le veuf.PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE 5 Montréal 2 Québec 1 Laval 1 Montérégie 77 Montréal 2 Québec 3 Laval 1 Montérégie Neuf hôpitaux du Québec ont détecté 83 souches résistantes de type Klebsiella pneumoniae carbapenemase (KPC) Source : Rapport sur la surveillance de laboratoire des souches d\u2019entérobactéries résistantes aux carbapénèmes isolées au Québec entre août 2010 et octobre 2011, INSPQ.HÔPITAUX SOUCHES 9 83 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 E N J E U X 3 LA MONTÉE DES SUPERBACTÉRIES MARIE ALLARD Mia et Stella Murray, deux soeurs âgées de 2 et 3 ans, n\u2019ont jamais pris d\u2019antibiotique.Même si elles fréquentent un centre de la petite enfance accueillant 175 enfants! Les fillettes ont déjà eu de bonnes grippes, accompagnées d\u2019une forte fièvre.Le médecin a alors recommandé de leur donner «du Tempra, une bonne hydratation et de la solution saline pour éviter la congestion et diminuer le risque d\u2019otite et de conjonctivite », se souvient Claudine Pearson, leur mère.« Le Québec est la province canadienne qui consomme le moins d\u2019antibiotiques par habitant », dit le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l\u2019Université de Montréal et à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont.En 2009, les pharmaciens de détail ont traité 561 ordonnancesd\u2019antimicrobiensorauxpartranchede 1000 personnes au Québec.À Terre-Neuve, ce taux atteint pratiquement le double.Ce n\u2019est pas un hasard: afin de lutter contre l\u2019antibiorésistance, le ministère de la Santé a envoyé 30 000 guides de prescription d\u2019antibiothérapie aux médecins et pharmaciens du Québec, en janvier 2005.«Plusieurs études \u2013 qui n\u2019ont toutefois pas été faites au Québec \u2013 indiquent que de 20 à 50% des antibiotiques ne sont pas prescrits pour des utilisations appropriées », souligne le Dr Christian Lavallée, aussi microbiologiste à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont.Réserver les bombes atomiques aux infections graves Éviter de donner des antibiotiques quand une infection virale est soupçonnée, prévoir la durée de traitement la plus courte possible et bien choisir la classe d\u2019antibiotique font partie des lignes directrices données.« Il y a des antibiotiques de base et il y en a qui sont de générations avancées, explique le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins du Québec.Si on donne la bombe atomique pour régler un petit problème, on contribue à la formation de résistances.» L\u2019envoi des guides a été un succès.Le nombre de prescriptions d\u2019antibiotiques par tranche de 1000 habitants a diminué de 10,5% au Québec entre 2003 et 2007, selon une étude dirigée par le Dr Weiss.Dans les autres provinces, il a plutôt augmenté de 1,4% au cours de la même période.Depuis, le taux québécois semble toutefois reparti à la hausse, même s\u2019il reste inférieur à la moyenne canadienne.La mise à jour des guides, réalisée en juin dernier, rappellera peut-être les plus généreux à l\u2019ordre.La Suède consomme 30%moins d\u2019antibiotiques Mais le Québec peut faire encore mieux.En Suède \u2013 un pays qui connaît l\u2019hiver et ses tourments \u2013, le nombre de prescriptions d\u2019antibiotiques pour 1000 habitants était d\u2019à peine 385 en 2011.C\u2019est 30% moins qu\u2019ici.«Ce qu\u2019il nous reste à faire, c\u2019est la surveillance plus continue de la consommation d\u2019antibiotiques », suggère le Dr Weiss.Geneviève Allard (sans lien de parenté avec l\u2019auteure de ces lignes), mère de trois enfants des Laurentides, croit que tous ne font pas un usage sensé de ces molécules.« Quand on consulte, les médecins prescrivent encore souvent des antibiotiques, indique-t-elle.Autour de moi, je vois d\u2019ailleurs des gens qui en réclament comme si c\u2019était un truc miracle.» Mélanie Gauvin, mère de deux enfants de Montréal, préfère la prudence.«En voyant un tympan un peu rouge, le pédiatre m\u2019a déjà remis une ordonnance d\u2019antibiotiques, en me disant d\u2019en donner si l\u2019état de mon enfant se dégradait, se souvient-elle.J\u2019ai été à l\u2019aise avec le fait de le laisser combattre.» L\u2019ordonnance n\u2019a pas servi.MOINS D\u2019ANTIBIOTIQUES QUE LE RESTE DU CANADA Henri et Constance Boisvert, âgés de 4 ans et 20 mois, n\u2019ont jamais pris d\u2019antibiotiques.«Je sais qu\u2019ils sont capables de combattre les infections mineures d\u2019eux-mêmes », dit Mélanie Gauvin, leur mère, qui travaille dans le domaine de la santé.PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE Pour freiner la montée des superbactéries, il faut prescrire moins d\u2019antibiotiques.Bien que les Québécois en consomment moins que les autres Canadiens, il y a encore des efforts à faire.D\u2019autant plus que les infections résistantes ne s\u2019attrapent pas que dans les hôpitaux : certaines courent littéralement les rues, comme la gonorrhée, qui fait un retour fracassant.«Quand on consulte, les médecins prescrivent encore souvent des antibiotiques, indique Geneviève Allard.Autour de moi, je vois d\u2019ailleurs des gens qui en réclament comme si c\u2019était un truc miracle.» Peu de nouveaux antibiotiques en vue Les antibiotiques représentent moins de 5% des produits en cours de recherche et développement, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Au cours des 30 dernières années, seules deux nouvelles classes d\u2019antibiotiques ont été mises en marché pour lutter contre les bactéries à Gram positif (streptocoques, listérioses, etc.).Aucune n\u2019a été commercialisée pour s\u2019attaquer aux bactéries à Gram négatif, telles les dangereuses KPC et NDM-1.80% 20% 665millions Valeur du marché des antibiotiques au Canada, en 2007 Dépense en antibiotiques par habitant du volume d\u2019antibiotiques est vendu par les pharmacies de détail.du volume d\u2019antibiotiques est donné dans les hôpitaux.18,10$ AU QUÉBEC 20,20$ AU CANADA Source : étude du Dr Karl Weiss parue dans Clinical Infectious Diseases Source : Rapport sommaire sur l\u2019utilisation des antimicrobiens chez les humains 2000-2009, gouvernement du Canada Moins d\u2019ordonnances d\u2019antimicrobiens au Québec Ordonnances d\u2019antimicrobiens oraux exécutées par les pharmacies de détail en 2009, par 1000 habitants, par province canadienne : Québec 561,08 Colombie-Britannique 620,73 Alberta 692,70 Nouveau-Brunswick Ontario Manitoba Nouvelle-Écosse Île-du-Prince-Édouard Saskatchewan Terre-Neuve CANADA 711,02 713,82 714,34 732,46 800,31 839,47 1043,47 671,10 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 4 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 LA MONTÉE DES SUPERBACTÉRIES Depuis janvier 2012, les médecins du Québec doublent les doses d\u2019antibiotiques qu\u2019ils prescrivent pour combattre la gonorrhée.«C\u2019est parce qu\u2019il y a eu des cas d\u2019échec avec la dose standard», explique le Dr Pierre Côté, de la clinique médicale Quartier latin, à Montréal.Cette solution ne durera qu\u2019un temps.Au Québec, cette infection transmise sexuellement \u2013 qu\u2019on n\u2019attrape donc pas à l\u2019hôpital\u2026 \u2013 est sur le point de devenir résistante aux céphalosporines, antibiotiques utilisés pour la traiter.Déjà, des pays d\u2019Europe, d\u2019Asie et d\u2019Océanie sont aux prises avec des cas de gonorrhée presque incurables, dont il faut prévenir de toute urgence la propagation, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Chez nous, «on voit apparaître des souches de gonorrhée qui ont une sensibilité réduite aux céphalosporines, confirme Brigitte Lefebvre, responsable des analyses et expertises au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ).On s\u2019approche du seuil où ce sera préoccupant ».Aucun nouveau médicament antigonorrhée n\u2019est en cours de développement, rapporte l\u2019OMS.Étonnamment rusée, la bactérie responsable de la gonorrhée sait depuis longtemps déjouer la pénicilline et la tétracycline.Et 35% des souches analysées au Québec en 2011 étaient résistantes à la ciprofloxacine, autre antibiotique préalablement prescrit.«Il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019autres options», constate Mme Lefebvre, qui teste néanmoins des traitements de rechange.Hausse de 407% des cas au Québec Il faut faire vite : le nombre de gonorrhées «augmente de façon importante depuis quelques années », selon l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).Dans la province, les cas sont passés de 485 à 2460 par an entre 1997 et 2011, une importante hausse de 407%.La région de Montréal est particulièrement touchée, avec plus de 65% des infections en 2011.La réalité est probablement pire.«C\u2019est clair que le nombre est sousestimé, parce qu\u2019on ne teste pas tout le monde», estime le Dr Côté.On peut être porteur de la bactérie \u2013 et la transmettre \u2013 sans avoir de symptôme.Point positif, la «chaude-pisse » se dépiste maintenant avec un simple test d\u2019urine; le douloureux écouvillonnage de l\u2019urètre de l\u2019homme n\u2019est plus nécessaire.«C\u2019est peut-être pour ça qu\u2019on en détecte davantage qu\u2019avant », avance le Dr Côté.Chaque année dans le monde, 106 millions de personnes contractent la gonorrhée, qui se propage par relation sexuelle orale, vaginale ou anale et qui peut causer la stérilité.«Ce qui est problématique, c\u2019est que la gonorrhée peut se transmettre facilement dans la population», souligne Mme Lefebvre.Au Canada, ce sont principalement les jeunes adultes de 20 à 29 ans qui sont touchés par cette bactérie qui renaît quand on la croit vaincue.\u2014 Marie Allard La gonorrhée incurable bientôt au Québec Trente-trois jours.Les visites à l\u2019hôpital Santa Cabrini, de Montréal, ont été interdites pendant 33 longs jours, en janvier et février derniers.C\u2019est une éclosion de bactéries insensibles à plusieurs antibiotiques \u2013 les entérocoques résistants à la vancomycine (ERV) \u2013 qui a forcé l\u2019établissement à fermer ses portes.Tenus en otages par une superbactérie : tel a été le sort des occupants des 369 lits de Santa Cabrini.«Ç\u2019a été difficile pour les patients et pour leurs parents », souligne Thérèse Filiatreault, dont le frère est hospitalisé à Santa Cabrini depuis janvier.«Mon frère m\u2019a dit qu\u2019en prison, au moins, les gens ont droit à des visites.» Souffrant de fortes douleurs au dos, paralysé d\u2019un bras, le frère de Mme Filiatreault perdait le moral, isolé.« Il avait besoin d\u2019aide pour manger, mais on nous empêchait d\u2019y aller, dit la dame.Il ne recevait pas le minimum de soins d\u2019hygiène.Le personnel n\u2019a pas le temps, alors les patients écopent.» Rocco Famiglietti, directeur des communications de l\u2019hôpital, a dit à La Presse que les soins de base étaient donnés pendant l\u2019interdiction de visites.«Le personnel de soins est là pour ça», a-t-il assuré.Les visites ont finalement repris le 14 février.Il ne faut pas croire que Santa Cabrini a réussi à vaincre l\u2019ERV, qui avait contaminé au total 96 personnes en date du 14 mars.Il y avait alors toujours 33 patients porteurs d\u2019ERV dans l\u2019hôpital.Récemment, Mme Filiatreault a appris que son frère faisait partie du lot.\u2014 Marie Allard Victimes collatérales Entérocoque résistant à la vancomycine (ERV) 3523 nouveaux porteurs en 2010- 2011, augmentation de 85,7% par rapport à l\u2019année précédente ; 61 personnes ont contracté une infection, hausse de 65% en un an.Tendances chez cinq bactéries résistantes au Québec Pendant plus d\u2019un mois l\u2019hiver dernier, Thérèse Filiatreault n\u2019a pas pu donner des soins d\u2019hygiène à son frère, hospitalisé à Santa Cabrini.Aux prises avec une éclosion de bactéries résistantes ERV, l\u2019hôpital avait interdit les visites.«Ç\u2019a été difficile pour les patients et pour leurs parents », témoigne-t-elle.PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE Source : Surveillance des souches de Neisseria gonorrhoeae résistantes aux antibiotiques dans la province de Québec, Rapport 2011, INSPQ Entérobactérie résistante aux carbapénèmes (ERC) 87 souches entre août 2010 et octobre 2011.Données non disponibles avant.Les ERC en émergence sont : KPC, NDM et OXA-48.Mycobacterium tuberculosis (tuberculose) résistante aux antituberculeux 200 cas de tuberculose en 2011, hausse de 8,1% par rapport à l\u2019année précédente.11% des souches résistantes, contre 8,1% en 2010.Une seule souche multirésistante aux quatre antituberculeux majeurs.Neisseria gonorrhoeae (gonorrhée) résistante aux antibiotiques 2460 cas de gonorrhée en 2011, hausse de 6% par rapport à l\u2019année précédente.Taux élevés de résistance à la pénicilline et à la tétracycline; 35% des souches résistantes à la ciprofloxacine, apparition de souches ayant une sensibilité réduite aux céphalosporines.S.aureus résistant à la méthicilline (SARM) 300 cas en 2011-2012.En diminution constante depuis 2003.Source : INSPQ Cas de gonorrhée déclarés au Québec de 1988 à 2011 2500 2000 1500 1000 500 0 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 E N J E U X 5 «CONNUS CONNUS» DES HAUTS, DES BAS En 2003, l \u2019administrat ion Bush connaissait deux ou trois choses à propos de l\u2019Irak.Elle savait que Saddam Hussein régnait en dictateur, que la population souffrait des sanctions économiques imposées depuis 1990, et que le sous-sol du pays regorgeait de pétrole \u2013 ce qui était exact.Elle disait aussi savoir qu\u2019Al-Qaïda y était présent et que Saddam Hussein cachait des armes de destruction massive \u2013 ce qui était faux.Aujourd\u2019hui, 10 ans et plus d\u2019une centaine de milliers de morts plus tard, l\u2019Irak se relève péniblement de ces années de guerre.Si certains indicateurs suggèrent une embellie, d\u2019autres montrent que la « libération» a coûté très cher au pays.JUDITH LACHAPELLE IRAK 10 ANS PLUS TARD ESPÉRANCE DE VIE (en années) 2003 2004 2005 2006 2000 71 70 68 68 2003 2006 2010 TAUX DE CHÔMAGE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT (EN MILLIARDS US) 4804 SOLDATS DE LA COALITION (grande majorité d\u2019Américains) 8825 SOLDATS IRAKIENS 110 000 CIVILS IRAKIENS MORTALITÉ 2006 2007 2008 2009 2005 2004 2002 2001 2000 2010 2011 25,8 25,7 45 56,9 86,5 115,4 64,2 81,1 18,9 31,3 2003 ND ABONNEMENTS À UN TÉLÉPHONE CELLULAIRE 2003 2007 2011 1% 33% 78% TORTURE En 2013, comme en 2003, « la torture est omniprésente et les membres des forces de sécurité gouvernementales y ont recours en toute impunité ».\u2014 Amnistie internationale SOURCES : BANQUEMONDIALE, AGENCE FRANCE-PRESSE, AMNISTIE INTERNATIONALE GRAPHISME GHASSENE JERANDI, LA PRESSE 129 Nombre de détenus pendus en 2012 28% 27% 18% 17,5% PHOTOHARAZN.GHANBARI, ASSOCIATED PRESS CE QUE RUMSFELD PENSAIT QU\u2019IL SAVAIT C\u2019était le 12 février 2002, soit cinq mois après les attentats de New York et Washington.Après avoir chassé (pour un moment du moins) les talibans de la capitale de l\u2019Afghanistan, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait l\u2019oeil sur l\u2019Irak.Quand un journaliste lui a redemandé s\u2019il existait des preuves de la possession d\u2019armes de destruction massive par l\u2019Irak, Donald Rumsfeld a eu cette étrange et désormais célèbre réplique sur les «connus» et «inconnus».Dix ans après le début des bombardements en Irak, plusieurs des éléments que les architectes de la guerre prétendaient connaître se sont avérés inexacts.Et plusieurs éléments qu\u2019ils ignoraient ou ont sous-estimés se sont révélés être déterminants.Mais qu\u2019est-ce que Rumsfeld savait qu\u2019il ignorait sans le savoir, au juste?llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 6 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 IRAK 10 ANS PLUS TARD DIVISIONS RELIGIEUSES ET ETHNIQUES EN IRAK SOURCE: AGENCE FRANCE-PRESSE Notre vidéo 10 ans de guerre en 150secondes Voyez notre infographie animée au sujet de l\u2019invasion américaine en Irak et son impact une décennie plus tard à lapresse.ca/invasion TERRITOIRE À MAJORITÉ KURDE TERRITOIRE À MAJORITÉ CHIITE TERRITOIRE À MAJORITÉ SUNNITE Trois grandes communautés ethniques et religieuses se partagent l\u2019Irak: les chiites dans le Sud, les sunnites au centre et les Kurdes dans le Nord.En 2003, les Kurdes occupaient un territoire qui bénéficiait d\u2019une certaine autonomie.La capitale Bagdad et le pouvoir étaient occupés par les sunnites, pourtant moins nombreux que les chiites.Ça, les Américains et leurs alliés le savaient.Mais ce qu\u2019ils savaient ne pas savoir c\u2019est comment allaient être redistribuées les cartes du pouvoir une fois le dictateur chassé.Les Américains et leurs alliés «ont sous-estimé le clivage qui existe entre sunnites et chiites, et surtout le lien très fort entre chiites irakiens et chiites iraniens.», dit Jabeur Fathally, professeur à la faculté de droit de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Des liens, rappelle-t-il, qui existent depuis 13 siècles.Si les Américains ont cru affaiblir l\u2019Iran en envahissant l\u2019Irak, c\u2019est raté, constate Paul Salem, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale.La décapitation du régime de Saddam Hussein a engendré une instabilité politique qui perdure encore.Sunnites et chiites se disputent le pouvoir, tandis que les Kurdes protègent leur autonomie.Depuis quelques mois, observe Jabeur Fahally, les sunnites qui manifestent contre le gouvernement du chiite Nouri al-Maliki.sont l\u2019objet, selon lui, d\u2019une «manipulation» par les « pétromonarchies comme le Qatar et l\u2019Arabie saoudite».Ces pays «attisent cette discorde religieuse entre sunnites et chiites, pour punir le soutien [de l\u2019Irak], même timide, au régime de Bachar al-Assad en Syrie».Un éclatement territorial est-il envisageable en Irak?Paul Salem est prudent.«Le Nord n\u2019est pas indépendant, mais il est séparé.C\u2019est peu probable qu\u2019il devienne un pays indépendant parce qu\u2019il aurait trop à perdre.» Les Kurdes étant aussi présents en Turquie et en Iran, une déclaration d\u2019indépendance serait probablement peu appréciée de ces voisins.Les chiites, eux, détiennent le pouvoir au gouvernement central et les provinces du sud, où ils sont en majorité, connaissent une situation à peu près stable.Les provinces sunnites, à Bagdad et dans les environs, observent ce qui se passe en Syrie.Si les rebelles y délogent le régime associé aux chiites, «les sunnites d\u2019Irak se diront qu\u2019ils auront un allié avec la Syrie pour contrebalancer le pouvoir chiite», dit Paul Salem.Une chose qui était bien connue en 2003 et qui reste vraie aujourd\u2019hui: l\u2019Irak a du pétrole.Beaucoup de pétrole.Et il en tire des revenus de 8 milliards par mois, rappelle Paul Salem.Qui sait ce que sera l\u2019Irak dans 10 ans?«Peut-être que le pays sera stable, raisonnablement gouverné, et très riche, dit le chercheur.Ou peut-être se sera-t-il effondré après avoir connu d\u2019autres guerres civiles.Personne ne le sait.» «CONNUS INCONNUS» DES DIVISIONS SOUS-ESTIMÉES « INCONNUS INCONNUS» LA SYRIE, GRANDE INCONNUE Les architectes de la guerre en Irak n\u2019avaient aucun moyen de prévoir le Printemps arabe de 2011.Ils ne pouvaient surtout pas imaginer que la Syrie, que Bachar al-Assad tenait d\u2019une main de fer en 2003, serait plongée dans une guerre civile en 2013.Et aujourd\u2019hui, personne n\u2019ose spéculer sur l\u2019issue du conflit syrien.Une chose est sûre pour le professeur Jabeur Fathally: la stabilité politique de l\u2019Irak dépend du sort de la Syrie.«C\u2019est le phénomène des vases communicants entre l\u2019Iran, l\u2019Irak et la Syrie: ce qui se passe dans l\u2019un des pays influencera les autres.On ne peut pas envisager de tranquillité en Irak sans solution en Syrie.» L\u2019équation est simple et complexe.Le pouvoir en Syrie est détenu par les chiites et est soutenu par l\u2019Iran.L\u2019Iran décide, de toute évidence, les orientations politiques de l\u2019Irak.L\u2019Irak, déjà déchiré par des tensions entre ses communautés sunnites et chiites, est pris en sandwich entre la Syrie et l\u2019Iran.En plus de devoir gérer l\u2019afflux de réfugiés syriens qui fuient la guerre, l\u2019Irak craint le débarquement des rebelles sunnites armés sur son territoire.«Et l\u2019Irak n\u2019est pas prêt à se retrouver avec un voisin dominé par des sunnites islamistes qui vont provoquer l\u2019explosion de l\u2019Irak tôt ou tard.» Il faudra bien, analyse Jabeur Fathally, que s\u2019assoient à la même table l\u2019Irak, l\u2019Iran, la Russie et les États-Unis pour discuter non seulement du dossier syrien, mais aussi celui du nucléaire iranien.«Sans compromis, la situation va empirer et ne concernera plus seulement l\u2019Irak, mais englobera aussi peut-être le Liban, la Jordanie et possiblement l\u2019Iran.» « INCONNU CONNU» DU SOULAGEMENT À LA RÉVOLTE PHOTO DIA HAMID, AGENCE FRANCE-PRESSE «As we know, there are known knowns ; there are things we know we know.We also know there are known unknowns ; that is to say we know there are some things we do not know.But there are also unknown unknowns \u2014 the ones we don\u2019t know we don\u2019t know.» - Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense, 12 février 2002 «Comme nous le savons, il y a des connus connus ; des choses connues comme étant connues.Nous savons aussi qu\u2019il y a des connus inconnus, c\u2019est-à-dire, qu\u2019il y a des choses que nous savons que nous ne savons pas.Mais il y a aussi des inconnus inconnus, des choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas.» Quand il repense à la citation de Donald Rumsfeld , Paul Salem est fasciné par la portion « inconnue », notamment dans ce que les Américains croyaient connaître à propos de l\u2019Irak.« L\u2019histoire humaine est dominée par l\u2019imprévisible », rappelle le directeur du centre sur le Moyen-Orient de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, joint cette semaine à Beyrouth au Liban.Les États-Unis croyaient qu\u2019ils allaient trouver des armes de destruction massive en Irak.Ce n\u2019était pas le cas.Ils ont aussi cru s\u2019attaquer à Al-Qaïda en débarquant à Bagdad.C\u2019est tout le contraire qui est arrivé.« Al-Qaïda a trouvé en Irak une nouvelle base pour opérer et s\u2019installer dans le monde arabe », dit Paul Salem.Les Américains n\u2019ont pas prévu la violence des conflits interconfessionnels.Pendant deux ans à partir de février 2006, avec l\u2019attentat contre un mausolée chiite de Samarra au nord de Bagdad, la guerre civile allait assaillir tant les bastions sunnites d\u2019Al-Anbar et de Mossoul que les villes saintes chiites de Najaf et Kerbala.«Et il y a une valeur fondamentale qu\u2019on connaît bien mais qu\u2019on a sous-estimée: celle de la liberté des peuples», dit Jabeur Fathally, professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa.« L\u2019Histoire nous enseigne que chaque fois qu\u2019un peuple est soumis, il résiste», dit-il.Dans le cas de l\u2019Irak, croit M.Fathally, c\u2019est comme si les Américains n\u2019avaient pas cru que les Irakiens résisteraient à leur présence, «même si cette invasion était soi-disant pour les sauver».I R AK SYRIE TURQUIE IRAN KOWEÏT ARABIE SAOUDITE JORDANIE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 E N J E U X 7 ZOOM Sans inhaler la fumée d\u2019une seule cigarette ni même engloutir un simple hamburger, des momies de près de 4000 ans avaient les artères obstruées.Selon une étude publiée cette semaine, l\u2019athérosclérose, soit l\u2019obstruction et le durcissement des artères, serait donc liée davantage au vieillissement de l\u2019être humain qu\u2019aux facteurs de risque contemporains comme le tabagisme ou la malbouffe.Mais cette recherche est loin de faire l\u2019unanimité.LES137MOMIES DELACONTROVERSE FRANÇOIS VAN HOENACKER DESMOMIES SOUS RAYONS X L\u2019étude litigieuse, publiée dans le journal médical The Lancet, a soumis aux rayons X les artères de 137 momies provenant des quatre coins du monde.Parmi celles-ci, 76 provenaient de l\u2019Égypte et 51 du Pérou.Cinq momies avaient été retrouvées dans le sud-ouest des États-Unis.Les cinq autres provenaient des îles Aléoutiennes, dans le sud-ouest de l\u2019Alaska.UNE «FAILLE IMPORTANTE» DE L\u2019ÉTUDE L\u2019alimentation des populations étudiées pouvait s\u2019avérer particulièrement riche et élaborée.«Certains peuples avaient une alimentation dense en calories et en ce sens, semblable à la nôtre», explique le Dr Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.Selon ce dernier, il s\u2019agirait là d\u2019une «faille importante» de cette recherche.L\u2019étude indique en outre que sur les 137 momies étudiées, 132 provenaient de populations se nourrissant d\u2019agriculture ou d\u2019élevage.La recherche mentionne aussi que les Égyptiens se nourrissaient notamment de blé, d\u2019orge, d\u2019olives, de haricots, de moutons, de chèvres, de cochons.Pour accompagner le tout, ils pouvaient aussi boire de la bière ou du vin.LE FEU, ANCÊTRE DU TABAGISME?Chez ces populations ancestrales, on utilisait le feu pour se réchauffer et cuire les aliments.Certains peuples utilisaient aussi le feu à l\u2019intérieur de cavernes, ou encore dans des abris creusés sous terre.Dans l\u2019étude, on indique qu\u2019il était parfois nécessaire chez certains sociétés d\u2019essuyer le visage couvert de suie des enfants.Même si la cigarette n\u2019existait pas à l\u2019époque, les auteurs de l\u2019étude soutiennent que l\u2019utilisation constante du feu et l\u2019inhalation continue de sa fumée dans ces endroits clos ont pu jouer un rôle similaire à celui du tabagisme dans le développement de l\u2019athérosclérose.À NOUS TÉLÉ, HOT-DOGS ET CIGARETTES?Les personnes tentées de laisser tomber leurs saines habitudes de vie à la lecture de cette étude devraient se raviser, selon le Dr George Honos, chef du service de cardiologie du Centre hospitalier universitaire de l\u2019Université de Montréal (CHUM).«Il ne faudrait surtout pas comprendre de cette étude qu\u2019on n\u2019a aucun contrôle sur notre santé cardiovasculaire, souligne le cardiologue.Oui, c\u2019est vrai : l\u2019âge est le plus important facteur de risque de l\u2019athérosclérose, mais il se trouve qu\u2019on n\u2019a aucun contrôle sur ce facteur.» Selon le Dr Martin Juneau, nombre d\u2019études ont démontré que les habitudes de vie, le tabagisme, la sédentarité et une mauvaise alimentation ont une incidence majeure et directe sur le risque d\u2019athérosclérose.«Les peuples qui sont demeurés à l\u2019abri de mauvaises habitudes de vie ont une santé largement supérieure à la moyenne.Au sein de ces populations, les personnes âgées sont en excellente santé, elles vivent mieux et plus longtemps.» L\u2019ATHÉROSCLÉROSE POUR LES NULS Chez l\u2019être humain, le sang doit circuler dans les artères pour apporter l\u2019oxygène et les substances nutritives aux organes.Lorsque les artères sont obstruées par des plaques composées de corps gras, de calcium et de déchets de cellules, elles perdent leur élasticité et rétrécissent.La circulation du sang se trouve alors ralentie ou bloquée.En cas de blocage, l\u2019oxygène et les substances nutritives ne peuvent plus se rendre aux organes.L\u2019athérosclérose peut alors entraîner la mort : si le blocage se produit dans une des artères du coeur, le blocage causera des douleurs thoraciques.En progressant dans les artères du coeur, l\u2019athérosclérose peut provoquer une crise cardiaque.Si elle se forme au cerveau, elle peut entraîner un accident vasculaire cérébral (AVC).PERDRE (OU GAGNER) 15 ANS DE VIE S\u2019il est impossible de modifier l\u2019âge chez l\u2019être humain, 80% des facteurs de risque liés aux maladies cardiovasculaires peuvent néanmoins être changés.«Chaque jour, c\u2019est nous qui faisons le choix de mettre des aliments sains ou malsains dans notre panier d\u2019épicerie.C\u2019est nous qui décidons de prendre les escaliers ou encore l\u2019ascenseur, insiste le Dr George Honos.Ce sont ces choix que nous faisons sur une base quotidienne qui, au final, nous feront gagner \u2013 ou perdre \u2013 15 ans de notre vie.» PHOTO Dr MICHAEL MIYAMOTO, ASSOCIATED PRESS PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE PHOTO REUTERS Source: Fondation des maladies du coeur du Québec llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 8 E N J E U X L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 6 M A R S 2 0 1 3 "]
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