La presse, 3 août 2013, Q. Cahier spécial. MTL pluriel
[" MTL PLURIEL CAHIER SPÉCIAL DÉCOUVREZ L\u2019ENSEMBLE DE NOTRE DOSSIER DANS LA PRESSE+ SYLVIE ST-JACQUES On reconnaît les clichés.Les vieux qui étalent la Gazetta dello Sport sur les tables du Caffè Italia, les fontaines et les briques blanches de Saint- Léonard, la voix singulière d\u2019Elena, experte en passata de la quincaillerie Dante.Sur une note plus sombre, la commission Charbonneau a jeté sur l\u2019italianité montréalaise une sordide image de magouille et de mafia.Mais en réalité, que sait-on de l\u2019Italie montréalaise en 2013 ?Et peut-on même parler d\u2019une communauté, alors que les descendants des premiers migrants sont si intégrés qu\u2019on ne remarque même plus leurs noms de famille qui finissent en «i» ou en «a» ?C\u2019est ce que nous avons cherché à comprendre, avec ce dossier consacré à la culture italienne québécoise.«Aujourd\u2019hui, très peu d\u2019Italiens se voient comme faisant partie d\u2019une communauté », constate l\u2019écrivain Marco Micone, qui attribue cette dissolution du giron «rital » au déclin des institutions et structures d\u2019accueil qui, longtemps, ont été au coeur de la vie italienne à Montréal.La communauté s\u2019effrite, mais l\u2019italianité demeure, ajoute Bruno Ramirez, spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019immigration en Amérique du Nord et auteur de l\u2019ouvrage Les premiers Italiens de Montréal.Dans les rayons de l\u2019épicerie Berchicci, dans l\u2019arrondissement de Saint-Léonard, dans les salles de danse où se réunissent les dames ou dans les immenses mariages, des traces d\u2019une Italie réelle ou fantasmée subsistent, en dépit de l\u2019assimilation et du passage du temps.«Même si on n\u2019y retrouve plus de résidants italiens, la notion de Petite Italie demeure très forte.Ça devient un référent mental et symbolique très fort, un épicentre pour célébrer la Semaine italienne ou le Grand Prix, par exemple.» Italiens d\u2019hier, Montréalais d\u2019aujourd\u2019hui La plupart des jeunes Italiens de seconde ou troisième génération interrogés dans le cadre de ce reportage se disent plus Montréalais qu\u2019Italiens.Mais ils cultivent leur «italianité» grâce à certains repères culturels comme la nourriture ou la musique.«Ils ont une nostalgie d\u2019une certaine italianité qu\u2019ils connaissent.Ils adoptent tout ce qui semble intéressant : l\u2019art, la bouffe, la mode.Mais il n\u2019y a pas de position idéologique.Même politiquement, il n\u2019y a plus de ligne de parti », observe Pasquale Lacobacci, ancien DG de la Casa d\u2019Italia et du Centre Leonardo Da Vinci.En réalité, il ne faut pas parler d\u2019une communauté, mais bien de plusieurs cohortes divisées par l\u2019éparpillement géographique et les diverses vagues d\u2019immigration.Laval, Ville-Émard, Rivière-des-Prairies.Italiens anglophones et francophones.Vieux et jeunes.autant de réalités différentes.«Il y a trois ou quatre solitudes dans la communauté italienne, tranche Pascale Lacobacci.Ce n\u2019est pas un bloc monolithique.» L\u2019apport des Italiens au paysage culturel québécois ?«Dans une société diversifiée, il y a de la place pour que chaque communauté puisse ajouter ses couleurs », estime Marco Micone.Certains l\u2019ont fait avec plus de succès que d\u2019autres.Mais pas toujours en jouant la carte italienne.Qu\u2019on pense à Molinari, Marina Orsini, Gino Vannelli , Pag ou Misstress Barbara.Et la mafia?«Quelques douzaines de personnes sur 300 000, sauf qu\u2019ils sont hypermédiatisés », regrette Marco Micone.Revisitons donc l\u2019Italie montréalaise.Celle qui a inspiré le Léolo de Lauzon et continue d\u2019ensoleiller les boulevards de Saint-Léonard.\u2014 Avec la collaboration de Jean-Christophe Laurence ICI L\u2019 PHOTO ARCHIVES LA PRESSE Où en est la communauté italienne ?Comment évolue et perdure la culture de cette collectivité ?À quelques jours de la Semaine italienne de Montréal, La Presse prend le pouls d\u2019une des plus vieilles communautés culturelles du Québec.Au-delà des images toutes faites, allons à la rencontre de ces Montréalais profondément intégrés dans la mosaïque urbaine.MONTRÉAL PORTRAIT D\u2019UNE COMMUNAUTÉ ÉCLATÉE PAGES 2 ET 3 SAVEURS LACUCINADESSOEURS GOURMANDES PAGES 4-5 PERSONNALITÉS CES ITALIENSQU\u2019ONAIME PAGE 8 MONTRÉAL SAMEDI 3 AOÛT 2013 ICI L\u2019ITALIE Que reste-t-il de leur italianité?Population d\u2019origine italienne 263000 à Montréal Cette population vit principalement à Saint-Léonard, Rivière-des-Prairies, Laval, Notre-Dame-de-Grâce, Ville-Émard, LaSalle, dans l\u2019Ouest-de-l\u2019Île et la Petite Italie.307000 au Québec 28 000 Habitants de Saint-Léonard se disant d\u2019origine italienne.Misstress Barbara 37 ans, DJ En spectacle avec son Misstress Barbara Band le 16 août, dans le cadre de la Semaine italienne.Q.Définissez votre italianité.R.Je suis 100% Italienne.Je suis née en Sicile, ma mère est de Rome et mon père est de Palerme et ils ont fondé leur famille en Italie.Quand je suis arrivée ici, à l\u2019âge de 8 ans, je ne parlais pas français, puisque ma langue maternelle est l\u2019italien.Ensuite, en travaillant et en voyageant, j\u2019ai peaufiné mon anglais.Q.Quel lien entretenez-vous avec la communauté italienne de Montréal ?R.Un lien très indirect.Ma mère est propriétaire de la Librairie italienne, donc je passe par là de temps en temps.Je ne suis pas quelqu\u2019un de très « communauté » : ça fait 17 ans que je voyage partout et que je ne suis presque jamais ici.C\u2019est tout le contraire de ma mère qui, en se réveillant le matin, se branche sur la radio italienne de CFMB qu\u2019elle écoute jusqu\u2019à midi, quand ça devient grec ! Q.Que pensez-vous de l\u2019Italie aujourd\u2019hui ?R.Étant Italienne, je peux me permettre de critiquer l\u2019Italie, mais je trouve ça plate quand d\u2019autres le font, puisque des dettes, tous les pays en ont.Oui, c\u2019est le chaos, ce n\u2019est pas « droit, droit », mais c\u2019est peut-être ce qui fait le charme de l\u2019endroit.Autrement, ça ne serait pas l\u2019Italie, ça serait la Suisse.Je reviens d\u2019un voyage de deux semaines là-bas et à l\u2019aéroport de Rome, il y avait une petite famille de Norvégiens qui ne savait pas où remettre la voiture, parce qu\u2019évidemment, ce n\u2019était pas indiqué.Je suis partie à rire en essayant de les aider et leur ai dit « inquiétez-vous pas, c\u2019est juste que l\u2019Italie n\u2019est pas organisée comme la Norvège ».Q.Écoutez-vous de la musique italienne?Si oui, des suggestions ?R.J\u2019écoute surtout de la musique des années 80, la même que celle que j\u2019aimais quand j\u2019étais petite, avant de déménager ici.Claudio Baglioni, Adriano Celentano, Ornella Vanoni, Luca Battisti.PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE SAINT-LÉONARD Encore italien.malgré tout JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Saint-Léonard change.Sur Jean-Talon à l\u2019angle de Lacordaire, les odeurs de café espresso se mélangent désormais à celles du couscous et du café à la menthe.La population italienne, longtemps dominante, est en train de diminuer.Les enfants des 3e et 4e générations ont quitté l\u2019arrondissement pour s\u2019établir plus au nord, à Rivière-des- Prairies et à Laval.Leurs parents et grandsparents cèdent progressivement leur place à une nouvelle immigration venue d\u2019Haïti et du Maghreb.Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : Saint-Léonard reste encore très italien.Avec 28 000 habitants d\u2019origine italienne, soit environ 30% de la population, l\u2019arrondissement compte toujours une des plus grandes concentrations d\u2019Italiens au Québec, avec Laval et la Montérégie.Il suffit de s\u2019y promener pour le constater.Du café Milano à l\u2019incontournable complexe Leonardo da Vinci, de l\u2019hôpital Santa Cabrini aux retraités qui jouent au bocce (la pétanque italienne), des abris Tempo aux triplex de brique blanche, Saint-Léonard continue de vibrer au rythme de la culture « wop » (italo-canadienne).VOYEZ NOTRE VIDÉO DANS LA PRESSE+ RIVIÈRE-DES-PRAIRIES SAINT-LÉONARD PIERREFONDS/ SENNEVILLE KIRKLAND LASALLE LAVAL VILLERAY/SAINT-MICHEL/ PARC-EXTENSION LÉGENDE Personnes se déclarant d'origine italienne 0-5% 5-15% 15-25% 25-35% 35-45% 45% et plus Portrait d\u2019une Conception de la carte : Cédric Sam, collaboration spéciale.Intégration : Rhys Halsey-Watkins Source : Statistique Canada, 2011 SYLVIE ST-JACQUES ET JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Montréalais d\u2019abord, ils n\u2019ont pas l\u2019accent de Saint-Léonard, ont grandi dans un monde multiple et leur origine n\u2019est repérable que dans leurs patronymes.Quatre jeunes urbains nous parlent de leur italianité.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 2 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 communauté éclatée ICI L\u2019ITALIE JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Il y a deux ans, la paroisse Notre-Dame-de-la- Défense a fêté son 100e anniversaire.L\u2019affaire a été célébrée en grande pompe dans l\u2019église de la Petite Italie, sous l\u2019oeil bienveillant du cardinal Turcotte.Ces joyeuses célébrations cachaient toutefois une réalité plus triste: qu\u2019on le veuille ou non, le quartier est de moins en moins italien.Certes, l\u2019endroit reste un point de rendez-vous pour la communauté italienne.On s\u2019y retrouve pour la fête du Grand Prix (juin), à l\u2019occasion de la Semaine italienne (août) ou pendant les matchs cruciaux de l\u2019équipe de soccer italienne.Certes, on y voit encore quelques vieux hommes sirotant leur espresso en jouant aux cartes.Certes, il y a toujours tous ces magasins italiens, comme Milano et la Librairie italienne.Mais en dépit des apparences, le quartier change.Entre les branches, on estime qu\u2019il resterait moins de 800 Italiens pur jus dans le quartier.La vieille garde d\u2019immigrés \u2013 pour la plupart arrivés ici dans les années 50 \u2013 s\u2019efface.Beaucoup vendent leur résidence et déménagent.Certains s\u2019éteignent, tout simplement.Signe des temps: des commerces mythiques ont aussi fermé leurs portes.Disparus récemment, les meubles Santini, les valises Carmen, le magasin Torino et le restaurant Baffoni sont tous en voie d\u2019être transformés en condos.Idem pour les anciennes manufactures à l\u2019ouest du boulevard Saint- Laurent.Cet embourgeoisement progressif attire une faune idoine.De plus en plus de jeunes professionnels, majoritairement québécois francophones, viennent s\u2019établir dans ce quartier en croissance, pour son ambiance pittoresque ou la proximité du marché Jean-Talon.Autrefois prisée pour ses champs de tomates, la Petite Italie est devenue le nec plus ultra du chic urbain.«Quand je suis arrivé ici en 1959, l\u2019assiette de pâtes coûtait 60 cents.Aujourd\u2019hui, elle coûte 18 piastres ! », résume l\u2019auteurcompositeur- interprète Angelo Finaldi.Selon lui, la Petite Italie «n\u2019est plus qu\u2019une vitrine» pour la communauté.Malgré tout, le musicien reste attaché au quartier de son enfance.Même si les choses ont changé, ce passionné de culture «wop» (italo-américaine) y retourne tous les jours pour trouver l\u2019inspiration.ou pas.VOYEZ NOTRE VIDÉO DANS LA PRESSE+ PETITE ITALIE Unquartier devenu vitrine 200 Familles italiennes vivant encore dans la Petite Italie.PHOTO TIRÉE D\u2019UNE VIDÉO LA PRESSE PHOTOS EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE 70% Pourcentage des Montréalais d\u2019origine italienne nés dans la métropole.60 000 Italo-Montréalais sont nés en Italie.90% Pourcentage d\u2019Italo-Montréalais de religion catholique.92% Langues parlées par les familles italiennes à la maison.Gabriel Riel-Salvatore 34 ans, directeur de rédaction au magazine Panoramitalia Tirage de 50 000 exemplaires PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE Q.La culture italienne, ça se perd chez les jeunes?R.Oui, mais ce n\u2019est pas si clair.Ce qui se perd, c\u2019est l\u2019attachement au village d\u2019origine.Ça ne veut pas dire qu\u2019on ne se considère plus comme italiens.C\u2019est une nouvelle forme d\u2019identité qui se développe.Q.Quel genre d\u2019identité?R.Aujourd\u2019hui, un jeune ne dira plus qu\u2019il est de tel ou tel village.Il va dire qu\u2019il se considère comme italo-canadien.Les frontières tombent.Mais il s\u2019intéresse toujours à l\u2019Italie.Par la mode, le design, l\u2019architecture, la nourriture, les voyages, le soccer.C\u2019est plus ostentatoire.Certains vont chercher à reproduire les traditions, comme faire leur vin.Mais ils ne sont pas nombreux.Q.Alors, Italiens ou Québécois ?R.Autant l\u2019un que l\u2019autre.On est fortement conscients qu\u2019on vit ici.On a les valeurs d\u2019ici.On s\u2019en rend compte quand on va en Italie : on nous appelle les Americanos ! Personnellement, j\u2019ai vraiment les pieds dans les deux mondes.Mais je me considère avant tout comme un Montréalais.Q.Et la langue?La parlez-vous encore?R.Ils disent tous qu\u2019ils la parlent, mais je dirais qu\u2019ils la comprennent plus qu\u2019ils la parlent.Moi, mon père était prof de littérature italienne.Il nous a toujours forcés à parler l\u2019italien.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai une fille de 4 ans et je lui parle chaque jour en italien.Quand il me manque des mots, je sors mon iPhone et je prends mon traducteur.Comme ça, j\u2019apprends moi aussi ! 38% anglais 23% italien 39% français Sources : Statistique Canada (Recensement 2006, Enquête nationale auprès des ménages 2011), Immigration et communautés culturelles du Québec (2006).42% Pourcentage d\u2019Italo-Québécois d\u2019origine mixte.Pourcentage des Italo-Montréalais parlant le français.Ce chiffre diminue à 74% pour les Italiens parlant l\u2019anglais.210 Nombre d\u2019Italiens qui se sont établis au Québec en 2012.Depuis 1997, le Québec a reçu 2100 immigrants d\u2019Italie.L\u2019Ontario, 3800.379 000 Italiens ont immigré au Canada entre 1946 et 1966.Angelo Finaldi \u2013 Jean-Christophe Laurence llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 3 ICI L\u2019ITALIE 1497 Giovanni Caboto explore les rivages du Canada et découvre Terre-Neuve.MONTRÉALAIS DEPUIS PRÈS DE DEUX SIÈCLES 1664 Le régiment de Carignan-Salières engage plusieurs Piémontais pour servir en Nouvelle- France.Certains de ces soldats s\u2019établiront ici.1800-1900 Les premiers Italiens jettent progressivement les bases de la communauté.Ces «aventuriers» travaillent surtout dans l\u2019hôtellerie, le théâtre, la restauration.«C\u2019est une classe de luxe qui apporte une finesse à Montréal» résume l\u2019historienne Joyce Pilarella.De ce groupe émergeront notamment le fabricant de statues Carli et le fabricant de pâte Catelli, qui fonde son entreprise en 1867.«Pas un gros groupe, mais il a laissé un patrimoine aux Montréalais.» SYLVIE ST-JACQUES Carmella ne jure que par les pâtes courtes.Mais Cathy s\u2019en tient aux spaghettis, fettuccinis ou linguines.L\u2019aînée est une souveraine des fourneaux qui parle et chante à sa sauce napolitaine.Sa cadette est une extravertie qui transige avec les clients et gère la business.Elles s\u2019appellent les Soeurs Gourmandes, et de leur papa calabrais, elles tiennent leur flair culinaire et leur bouffonnerie contagieuse.Elles nous ont entraînés dans une journée de décadence gustative.«Ici, ils font des cannollis presque aussi bons que les miens.Et leur pizza aux tomates est la meilleure en ville », chuchote Carmella Fuoco, que nous rejoignons avec sa soeur Cathy, à la pâtisserie Tillemont, dans le Villeray natal des Soeurs Gourmandes.Immédiatement, les loquaces frangines se lancent dans un récit de leurs dimanches d\u2019enfance passés dans ce commerce sicilien fondé en 1974, que gère désormais Joey D\u2019Angelo, le fils du proprio venu d\u2019Italie.Ce dernier nous propose de goûter à la dernière invention de la maison: une version maison du cronut, hybride pâtissier entre croissant et beigne, qui fait fureur à New York.«On doit se tenir à jour.» « Autrefois, les Italiens avaient tous leurs commerces dans le même quadrilatère.Ma grand-mère qui a aujourd\u2019hui 97 ans pouvait se faire servir en italien partout », relate Cathy Fuoco.Cette même grand-mère a transmis à Cathy, 38 ans et à Carmella, 42 ans, la sagesse culinaire issue de la Calabre des ancêtres Fuoco.«Avec ma grandmère, j\u2019ai appris à préparer la sauce tomate avec l\u2019ail, l\u2019oignon et l\u2019huile d\u2019olive.Quand j\u2019avais le dos tourné, ma grand-mère ajoutait toujours une demi-tasse d\u2019huile et répétait : Olio è buona, raconte Carmella.Traiteurs au carnet de commandes plein à craquer \u2013 elles sustentent les visiteurs des halls d\u2019exposition de la place Bonaventure, entre autres clients \u2013 ces savoureuses épicuriennes ont un quotidien rempli de fous rires et de bonheurs en famiglia.C\u2019est que, voyez-vous, le duo des Gourmandes, leur autre soeur et les parents Fuoco sont tous voisins de la rue Papineau.En soirée, on se rassemble autour des plats de maman Fuoco, une Québécoise naturalisée « mamma italienne » qui, depuis longtemps, a intégré à son répertoire culinaire les pâtes au four et la lasagne typiquement calabraise.« I l n\u2019est pas ra re qu\u2019on soit 12 personnes autour de la table, à l\u2019heure du souper.» Les soeurs sourire « We don\u2019t do Milano », annonce Carmella, alors que nous franchissons la porte de l\u2019épicerie Berchicci, à Saint-Léonard.Trop commercial, trop trendy, plus assez italien.Milano n\u2019a simplement pas la cote d\u2019amour chez les Fuoco, qui se révèlent très, très catégoriques en matière de mangiare.Cathy, par exemple, déteste les gnocchis et n\u2019accepte dans son assiette que des pâtes longues, à condition que la cuisson de celles-ci soit « craquante.» Les goûts de Carmella sont à l\u2019extrême opposé : elle préfère que ses pastas soient un peu plus cuites qu\u2019al dente.« Parce que ma grandmère, qui n\u2019avait pas de dents, m\u2019a appris à faire les pâtes.» Un long fou rire suit cette confession.« Chez nous, une journée sans rire, ça n\u2019existe pas », confie Cathy.Chez Berchicci, les Gourmandes parlent à tout le monde en italien et nous invitent à goûter au parmesan vieilli 36 mois et à l\u2019huile d\u2019olive calabraise et à remplir notre panier de burrata et d\u2019aubergines marinées.Entre les tomates en conserve et les allées de pastas aux formes et marques déclinées à l\u2019infini, les deux verbomotrices partagent des anecdotes du dernier party de famille et des souvenirs de leurs pèlerinages en Italie.« Quand on retourne en Calabre, on reconnaît des airs de famille sur tous les visages.» Pour les légumes, les fines herbes et plusieurs fruits, Carmella et Cathy s\u2019approvisionnent à même leurs propres potagers ou pigent dans celui de leurs parents.Jadis, la famille passait tous ses weekends d\u2019été à cultiver un lopin de terre de Saint-Lin.Mais désormais, les Fuoco s\u2019en tiennent à leurs jardins urbains, où poussent persil, basilic, thym, tomates, oignons, laitue, aubergines.« Dans ma cour, j\u2019ai deux pruniers, un cerisier, un pommier, un poirier et des vignes », énumère Cathy.Grâce à leur maman québécoise, elles maîtrisent autant l\u2019art de la tourtière et du ragoût de pattes que celui du minestrone ou du lapin en sauce.Cathy résume ainsi, leur polyvalence culturelle : « On est capables de se virer sur un 30 sous.» LA CUCINA DES SOEURS GOURMANDES Les soeurs Carmella et Cathy Fuoco dégustent des cronuts en compagnie de Joey D\u2019Angelo, de la pâtisserie Tillemont.Saveurs PATRIMOINE DE TERRE-NEUVE ETDULABRADOR PHOTOOLIVIER JEAN, LA PRESSE «Chez nous, une journée sans rire, ça n\u2019existe pas.» \u2014 Cathy Fuoco PHOTO ANNE GAUTHIER, LA PRESSE CARNET D\u2019ADRESSES ITALIENNES DES SOEURS GOURMANDES BERCHICCI 6205, BOUL.COUTURE BOUCHERIE CAPITOL 158, PLACE DU MARCHÉ DU NORD MARCHÉMETRO MARCANIO ET FILS 1550, RUE BÉLANGER PÂTISSERIE TILLEMONT 1812, RUE TILLEMONT FRUITERIE NINO MARCHÉ JEAN-TALON Quels produits, marques et commerces affectionnent les vrais Italiens ?Carmella et Cathy Fuoco, alias les Soeurs Gourmandes, proposent un appétissant circuit culinaire à saveur italo-montréalaise.Buon appetito ! llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 4 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 LASAGNETTE FARCIE À LA RICOTTA, ÉPINARDS ET PROSCIUTTO PAR CAMELLA FUOCO ICI L\u2019ITALIE 1900-1920 Unifiée depuis 1861, l\u2019Italie est en plein changement.Beaucoup d\u2019Italiens viennent au Canada à la recherche de conditions plus favorables.Ils sont originaires de Sicile, de Calabre, de Molise ou de Campanie et travaillent dans le chemin de fer ou la construction.Cette immigration se veut temporaire.Mais plusieurs finissent par s\u2019établir et fonder des familles.En 15 ans, le Montréal italien passe de 2000 à 13 000 personnes.Mais avec l\u2019arrivée au pouvoir de Mussolini en 1922, l\u2019émigration italienne tombe pratiquement à zéro.1905 Une première paroisse italienne est créée à l\u2019angle des rues Amherst et Dorchester autour de l\u2019église Mont- Carmel.Six ans plus tard, naissance de la paroisse Notre- Dame-de-la-Défense, qu\u2019on surnomme aujourd\u2019hui la Petite Italie.Les familles italiennes migrent en masse vers ce territoire vierge et cultivable, qui devient bientôt le coeur de la communauté.Tomates SanMarziano Meilleure texture, meilleure acidité, la tomate en conserve parfaite si, sacrilège, vous avez épuisé votre provision de passata.Huile d\u2019olives calabraise demarque Berchicci Son goût subtil et doux ne «tuera» pas le goût de votre napolitaine, promet Carmella.Eau Acqua Panna «Une très bonne frizzante, meilleure que la San Pellegrino», tranche Carmella.Aubergines marinées piquantes Un produit fétiche de Cathy Fuoco, qui raffole de ce produit dans les sandwichs.Pâtes courtes demarque Granoro «Les pâtes, il faut en essayer plusieurs pour savoir celles qui nous plaisent.Les Granoro sont très bonnes», déclare Carmella.Pâtes longuesDelverde «J\u2019aime mes pâtes \u201ccraquantes\u201d, pas tout à fait al dente», dit Cathy.Lasagnes DeCecco La marque fétiche des Fuoco, pour réaliser la «vraie» lasagne calabraise du paternel.PHOTOARCHIVESCASA D\u2019ITALIA PHOTOARCHIVESCASA D\u2019ITALIA \u2014 Sylvie St-Jacques PHOTOS ANNE GAUTHIER, LA PRESSE > Six feuilles de lasagne dentelée, cuite dans l\u2019eau bouillante salée 5-6 minutes, puis refroidie > Deux paquets d\u2019épinards frais, que l\u2019on fait revenir dans un peu d\u2019huile et un petit oignon et une gousse d\u2019ail MÉLANGEZ DANS UN BOL > Une tasse (250 ml) de fromage ricotta crémeux > Une tasse (250 ml) de parmesan fraichement râpé > 60 ml de noix de pin (facultatif) > Six tranches de prosciutto tranchées finement > Les épinard hachés > Quelques flocons de piments (facultatif) POUR LA BÉCHAMEL > 1/4 de tasse (60 ml) de beurre > 3 cuil.à table (45 ml) de farine > Deux tasses (500 ml) de lait > Une pincée de noix de muscade (facultatif) Dans une casserole à feu doux, faire fondre le beurre, ajouter la farine et mijoter en brassant, pendant deux minutes.Incorporer lentement le lait en fouettant jusqu\u2019à ce que la sauce ait épaissi.> Une tasse (250 ml) de sauce Napolitaine > 500 g de tomates mûres à point ou en conserve (de marque San Marzano) > Deux cuillérées à soupe d\u2019huile d\u2019olive > Un oignon finement haché > Deux gousses d\u2019ail > Bouquet de basilic > Sel et poivre Émincer l\u2019oignon et les gousses d\u2019ail, les faire tomber deux minutes dans l\u2019huile d\u2019olive, ajouter les tomates coupées en morceaux.Laisser cuire 30 minutes à feu modéré en brassant souvent, ajouter le basilic à la fin.PRÉPARATION Dans un plat allant au four, étendre la sauce béchamel.Sur le poste de travail, aligner les lasagnes et y répartir le mélange à la ricotta, rouler de façon à obtenir des tubes serrés.Déposer sur la sauce béchamel, côte à côte, dans le plat de cuisson.Couvrir les lasagnettes de sauce napolitaine.Parsemer du reste de parmesan.Cuire couvert au four préchauffé à 350ºF (180ºC) de 20 à 25 minutes et ensuite à découvert, pendant 10 minutes.Elles savent ce qu\u2019elles aiment et sont catégoriques sur ce qui bon ou ne l\u2019est pas.Cathy et Carmella nous guident dans le rayon des produits italiens.Dans le panier des Gourmandes PHOTO ANNE GAUTHIER, LA PRESSE L\u2019épicerie Berchicci, dans Saint-Léonard, est l\u2019une des favorites des Soeurs Gourmandes.PHOTO ANNE GAUTHIER, LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 5 ICI L\u2019ITALIE 1936 Ouverture de la Casa d\u2019Italia, premier centre culturel italien, avec le financement partiel du gouvernement fasciste de Mussolini.La communauté grandit de l\u2019intérieur.Sur 25 000 personnes, 9000 seulement sont nées en Italie.1940 C\u2019est la guerre.Soupçonnés d\u2019allégeance avec le régime de Mussolini, plus de 700 Italo-Canadiens \u2013 dont 215 Montréalais \u2013 sont enfermés à Petawawa pendant deux, trois, voire quatre ans.Ces mesures préventives vont laisser des séquelles durables dans la communauté.«Tout a changé, lance Joyce Pilarella.Ça a créé des divisions entre Italiens et Montréalais.Créé la peur.Deux cents personnes, ce n\u2019est pas beaucoup, mais il y a eu un effet domino.» Le Congrès national des Italo-Canadiens attend toujours des excuses officielles du gouvernement fédéral.La Ville de Montréal a récemment institué le 10 juin comme une journée de commémoration pour ces événements.1948-1970 L\u2019immigration italienne reprend de plus belle.Quittant leur pays détruit par la guerre, des milliers d\u2019Italiens viennent se refaire une vie au Canada.La communauté italienne de Montréal passe, en 20 ans, de 25 000 à 70 000 personnes.Cette nouvelle immigration est surtout constituée d\u2019agriculteurs du Molise, de la Calabre, des Abruzzes et de la Sicile.Arrivée à Montréal, cette main-d\u2019oeuvre bon marché se recycle principalement dans les manufactures, la restauration et l\u2019industrie de la construction, une expertise qui ne s\u2019est jamais démentie depuis.Cette grande vague s\u2019asséchera au milieu des années 70.Plus du quart des personnes actives d\u2019origine italienne, établies au Québec, oeuvre principalement dans les secteurs de la fabrication et du commerce de détail.Ceux que nous vous présentons ont moins de 40 ans et reflètent le spectre grandissant des professions vers lesquelles la plus jeune génération se dirige.Ils sont représentants des ventes, mais aussi avocats, comptables et vice-présidents en agence de publicité.Voici quatre portraits de Québécois qui comptent parmi les 150 000 membres de la communauté italienne active de la province.ISABELLE MASSÉ La relève des affaires MARCONICASTRO, 33 ANS REPRÉSENTANT DES VENTES D\u2019AMPAK Un million de dollars.C\u2019est l\u2019objectif de ventes annuelles supplémentaires que s\u2019est fixé Marco Nicastro en devenant représentant des ventes du manufacturier de bouteilles et contenants Ampak.L\u2019entreprise familiale pourrait ainsi sous peu gonfler sa liste de clients aux côtés des Total Canada, Eska, Bacardi et Marché Latina.L\u2019atteinte de cet objectif passera par les idées novatrices et le développement stratégique de territoires, tel le nord-est des États-Unis, pour celui qui travaille depuis longtemps avec son père.«À 10 ans, j\u2019étais son helper! dit-il.Aujourd\u2019hui, après avoir dirigé une filiale manufacturière d\u2019Ampak, je suis retourné dans l\u2019action.Dès que j\u2019ai un client dans une région, j\u2019exploite celle-ci au maximum.» Déformation professionnelle: quand une bouteille de plastique ou de verre tombe dans ses mains, peu importe qu\u2019elle contienne du jus ou de l\u2019huile, Marco Nicastro regarde sous celle-ci pour savoir qui la produit.«Lors d\u2019un souper, quand je constate qu\u2019une bouteille m\u2019appartient, je l\u2019annonce fièrement à tous! lance-t-il.Comme c\u2019est banal pour bien des gens, je me fais toujours taquiner!» MARCONOCELLA, 29 ANS AVOCAT, MITCHELL GATTUSO Chez les Nocella, il y a un avocat ! Une profession singulière dans cette famille de professeurs.« Parfois, on a besoin de pionniers ! lance en riant Marco Nocella, avocat en droit commercial, corporatif et transactionnel chez Mitchell Gattuso.J\u2019aime conseiller les entrepreneurs pour faciliter leurs opérations.Beaucoup se lancent en affaires sans réaliser les impacts sur la structure de leur entreprise.» Les parents de Marco Nocella, dont la famille a émigré d\u2019Italie vers 1950, auraient-ils préféré qu\u2019il s\u2019ajoute au corps enseignant familial ?« J\u2019ai eu la liberté de choisir, répond-il.J\u2019aime le droit, car il y a une pléthore de domaines où la loi peut avoir une influence.» Marco Gattuso travaille, par ailleurs, dans un bureau en expansion.« Il y a beaucoup de firmes à Montréal, note-t-il.Notre défi dans un proche avenir est donc se faire connaître et offrir des services juridiques à coûts raisonnables.L\u2019ensemble de la profession doit faire une réflexion à ce sujet.Il faut changer la perception que les avocats coûtent cher.» NADIA D\u2019ALESSANDRO, 35 ANS VICE-PRÉSIDENTE, SERVICE-CONSEIL DEMARKETEL Il y a eu un stage dans une agence de publicité, le temps d\u2019un été.qui s\u2019étire maintenant depuis 12 ans ! Nadia D\u2019Alessandro voulait à l\u2019époque devenir avocate.«Mais en entrant chez Marketel, je suis tombée en amour avec les communications et la publicité, mentionne cette fille de boucher né en Italie.Toute ma jeunesse, j\u2019ai participé à des concours oratoires.Aujourd\u2019hui, j\u2019adore les présentations aux clients ! Finalement, mes habiletés pour discourir m\u2019aident à vendre mes histoires ! » Nadia D\u2019Alessandro est particulièrement heureuse de travailler en cette ère d\u2019émergence de nouvelles formes de communication.« Les médias changent chaque seconde, tout comme la façon de les consommer, souligne celle dont l\u2019agence s\u2019occupe notamment du compte de Rogers.De nouvelles règles s\u2019écrivent.On mélange plus que jamais la créativité et la technologie.Le fait de devoir tout unifier pour le consommateur fait vraiment appel à notre imagination.J\u2019ai une carrière pleine de défis.Never a dull moment ! » La culture avec un grand I PHOTOARCHIVESCASA D\u2019ITALIA PHOTOARCHIVESCASA D\u2019ITALIA La culture québécoise doit une fière chandelle à l\u2019immigration italienne.Sans elle, pas de Molinari, pas de Gino Vannelli, pas de Bran Van 3000 et pas de Pag.Petit survol d\u2019une énorme contribution.6 4 5 3 1 2 GUIDO NINCHERI (1885-1973) Peintre, designer, maître du vitrail.On lui doit la fameuse fresque de Mussolini à cheval qui orne le plafond de l\u2019église Notre-Dame-de-la-Défense dans la Petite Italie.VITTORIO Designer, affichiste, caricaturiste, illustrateur, on lui doit quelques pochettes de disques (Offenbach, Ensemble Claude-Gervaise) et le petit bonhomme vert du Festival Juste pour rire.GUIDO MOLINARI (1933-2004) Maître de l\u2019art abstrait, leader du mouvement plasticien, un de nos grands peintres modernes.1 TONY ROMAN (1942-2007) Chanteur, pianiste, producteur, Pygmalion (Nanette) propriétaire de maisons de disques, il fut bien plus que l\u2019interprète de Do Wah Diddy en 1964.TONY MASSARELLI « Pourrr t\u2019aimeeeeeeer, j\u2019ai menti.» 2 MICHEL PAGLIARO Depuis 1966, le king du rock québécois.en anglais comme en français.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 6 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 ICI L\u2019ITALIE 1960-1980 Dans les années 60, la communauté migre à l\u2019est de la Petite Italie.D\u2019abord dans Rosemont, puis Saint-Michel, autour de l\u2019église Notre-Dame-de- Pompei.Avec l\u2019implantation de la nouvelle paroisse Notre-Dame-du- Mont-Carmel en 1967, Saint-Léonard devient la nouvelle Petite Italie de Montréal.Pour des milliers d\u2019Italo- Montréalais, le fantasme du «bien loger» prend la forme de duplex, triplex et bungalows en briques blanches, avec colonnades et lions en plâtre d\u2019un grand kitsch.1980-2000 Avec quelque 30 000 habitants d\u2019origine italienne, Saint-Léonard abrite toujours l\u2019une des plus grandes concentrations italiennes d\u2019Amérique du Nord.Mais le quartier change.Les nouvelles générations d\u2019Italo-Montréalais vont plutôt s\u2019installer à Rivière-des- Prairies et Laval, dans le quartier Vimont.La communauté italienne de Montréal est de plus en plus dispersée.2000-2013 L\u2019immigration italienne reprend timidement.Depuis 1997, plus de 2000 Italiens sont venus s\u2019installer à Montréal.Contrairement à l\u2019immigration des années 50, cette nouvelle vague est constituée de jeunes professionnels instruits.Mais les raisons de leur départ sont les mêmes: quitter une Italie à la dérive, pour se refaire une vie en Amérique.ERIC LIMOSANI, 24 ANS DIRECTEUR DES VENTES DE BOSCO UOMO À l\u2019automne, Bosco Uomo lancera une collection de complets et vestons sous sa nouvelle marque privée Manuel Ritz.On la retrouvera chez Simons, Ernest, Tristan et Frank&Oak, comme les vêtements de marque maison que l\u2019entreprise fabrique depuis 1991.On doit la création de cette marque en partie à Eric Limosani, visage de la nouvelle direction de l\u2019entreprise familiale.«Mon père me donne plus de contrôle sur le type de vêtements à produire et le développement de la clientèle, dit-il.Récemment, je suis allé à un salon professionnel à New York pour voir comment percer le marché américain.On aimerait s\u2019y implanter d\u2019ici un à deux ans.» Eric Limosani est aussi de la génération qui ne peut envisager la croissance d\u2019une entreprise sans le numérique.C\u2019est grâce à l\u2019internet que Bosco Uomo a ajouté Frank&Oak à son carnet de détaillants.« J\u2019y ai vu une annonce du détaillant, raconte-t-il.Ses dirigeants ont testé notre produit.Nos vestons s\u2019y vendent bien.Sans prendre tout le crédit, j\u2019apporte une certaine renaissance dans l\u2019entreprise.» PIERRE CURZI Acteur et politicien.Il a laissé sa marque au cinéma dans Les Plouffe, Maria Chapdelaine et Le déclin., à la télé dans Smash, Le négociateur ou Les filles de Caleb, puis en politique, comme député de Borduas pour le PQ.Personnellement, on l\u2019a bien aimé dans la série de télé pour enfants Youhou ! au milieu des années 70.SERGE FIORI « On a mis quelqu\u2019un au monde, on devrait peut-être l\u2019écouter.» FRANK MARINO Le Jimi Hendrix canadien.Leader du groupe Mahogany Rush dans les années 70.MARCO MICONE Poète et dramaturge.Son oeuvre tourne autour de l\u2019«italianité», de l\u2019intolérance ethnique et du dialogue interculturel.Son poème Speak What est une réponse au Speak White de Michèle Lalonde.GINO SOCCIO Vedette du disco, coupable de gros hits aux États-Unis à la fin des années 70, comme Dancer et It\u2019s Alright.PHOTOS HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE Un siècle sépare leur arrivée à Montréal.Profil de deux immigrés italiens, du plus ancien à l\u2019une des plus récentes.IMMIGRATION Le pays de tous les possibles PHOTOARCHIVES LA PRESSE JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Michele Lanese n\u2019est pas retourné en Italie pendant 90 ans.Mais en 2009, après avoir gagné le gros lot à l\u2019émission Le banquier, l\u2019homme aujourd\u2019hui âgé de 106 ans s\u2019est fait offrir deux billets d\u2019avion pour aller revoir son pays d\u2019origine.Accueilli en héros dans son village natal, le vieillard a revu la maison de son enfance.Rien n\u2019avait changé.Il admet que ce retour aux sources a fait « remonter les souvenirs ».Mais de nostalgie, pas trop.« Une partie de mon coeur est toujours en Italie, dit-il.Mais je suis plus Canadien que les Canadiens.Depuis toujours, ma vie est ici.» Débarqué à Montréal en 1917 avec sa mère et ses six soeurs, M.Lanese est, sauf erreur, le plus vieil immigré italien toujours vivant de Montréal.Imaginez.Quand il est arrivé, la Petite Italie n\u2019était qu\u2019un vaste champ et on chassait encore le gibier dans les bois de Saint-Léonard.Débrouillard, le jeune Michele s\u2019est vite adapté à son nouveau pays.À 15 ans, il travaillait déjà dans une usine de pâtes.« J\u2019étais payé 8 cents de l\u2019heure ! » Il a aussi été électricien, cireur de chaussures et importateur de rubans, avant de devenir nettoyeur de chapeaux en 1938.Son commerce, City Hatters, a existé pendant 42 ans.Mais en 1980, à l\u2019âge de 73 ans, il a fermé la shop.Aujourd\u2019hui , Michele Lanese ressemble à un heureux retraité.Il ne va plus au casino depuis que son neveu est décédé (« c\u2019était mon partenaire »), mais continue de marcher deux kilomètres par jour, histoire de garder la forme.« Il ne faut pas arrêter, dit-il.Si on arrête, on est mort.» Des mauvais souvenirs ?À peine.Pendant la guerre, lorsque le Canada était en guerre contre l\u2019Italie, la GRC lui a bien demandé des comptes.Mais avec du recul, cela le fait plutôt rigoler.« D\u2019un côté, j\u2019étais contrôlé.De l\u2019autre, je recevais des lettres pour aller faire mon service militaire.» \u2014 L\u2019avez-vous fait ?\u2014 Finalement, non, j\u2019étais trop vieux.Une nouvelle vague Alessandra Santopadre s \u2019est installée à Montréal il y a un an.Elle fait partie d\u2019une nouvelle génération d\u2019immigrants, urbains et scolarisés, qui ont choisi de vivre ailleurs qu\u2019en Italie.Rien à voir avec la main-d\u2019oeuvre paysanne non qualifiée qui est venue peupler le Québec entre 1900 et 1970.Anthropologue et travailleuse sociale, Alessandra travaille à Laval auprès de la population immigrante.Elle a fait quelques fois le tour du monde avant de poser ses pénates au Canada.Elle ne fréquente pas vraiment la communauté italienne « sauf pour quelques fêtes ».Mais elle constate que les Italo-Montréalais sont « plus ouverts » que ceux d\u2019Italie.Un effet positif du multiculturalisme, croit-elle.« Disons qu\u2019il y a plus de possibilités de se mélanger.» Paradoxalement, elle remarque aussi que le Montréal italien est resté très conservateur et ancré dans ses traditions.«C\u2019est comme si, ici, la culture était congelée dans les années 50.En Italie, on ne trouve plus ça.» Elle connaît d\u2019autres Italiens qui, comme elle, songent à venir s\u2019établir ici.Pour beaucoup de jeunes Italiens, le Canada est un endroit où tout demeure possible.Alors qu\u2019en Italie, la situation économique est difficile et les perspectives d\u2019emploi, plutôt rares.Elle ne sait pas, de son côté, si Montréal sera sa destination finale.Si elle a fini par trouver ses repères ici, l\u2019Italie lui manque toujours un peu.« Je m\u2019ennuie de ma famille.Je m\u2019ennuie des petits espaces.À Montréal, tout est si grand ! Et je m\u2019ennuie surtout des bons espressos.Pas qu\u2019ils ne sont pas bons ici, mais ce n\u2019est pas la même chose.» PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE Michele Lanese Alessandra Santopadre « Une partie de mon coeur est toujours en Italie, dit-il.Mais je suis plus canadien que les Canadiens.Depuis toujours, ma vie est ici.» \u2014 Michele Lanese 3 GINO VANNELLI Auteur-compositeur-chanteur.Ses allures d\u2019Italian Lover ne doivent pas masquer une oeuvre intéressante, oscillant entre pop-rock et jazz.Une grosse pointure internationale.4 MARINA ORSINI Une chouchou du petit écran.Lance et compte, Les filles de Caleb, Urgences.5 JAMES DISALVIO Réalisateur, producteur, chanteur, il fonde le groupe électro-pop Bran Van 3000 en 1994.Gros succès avec Drinkin\u2019 in L.A.NICOLA CICCONE Auteur-compositeur-interprète.Sept albums en 15 ans.Un grand romantique avec un coeur de travailleur social.RICARDO TROGI Réalisateur.Nous a donné les films Québec- Montréal, Horloge biologique et 1981.Son prochain long métrage, 1987, devrait sortir sous peu.6 MARCO CALLIARI Après un début de carrière dans le groupe hardcore Anonymus, ce chanteur revient à ses racines italiennes, allant jusqu\u2019à faire des pubs pour les restos Pacini.PHOTOARCHIVES LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 7 ICI L\u2019ITALIE Ces Italiens qu\u2019on aime SYLVIE ST-JACQUES ET JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Ils se nomment Gino, Liza, Cesare, Maria, Vito ou Josée.Ils sont connus.Ou non.Jeunes.Vieux.Ou entre les deux.Ils ont en commun d\u2019être Montréalais d\u2019origine italienne.Et on les a choisis parce que, sans eux, la ville serait un peu plus ennuyeuse.Six portraits d\u2019Italiens qu\u2019on aime.LIZA FRULLA BOUILLANTE « EX » Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que ce bouillant personnage médiatique ne s\u2019impose aucune limite.Élue députée provinciale dans Marguerite-Bourgeoys sous Robert Bourassa, en 1989, puis élue dans Verdun\u2013Saint-Henri\u2013Saint-Paul\u2013Pointe-Saint-Charles en 2002, dans le cabinet fédéral de Paul Martin, elle a voté oui en 1980 et non en 1995.Ayant renoncé à sa chaise dans le sélect Club des ex de RDI \u2013 en conflit d\u2019intérêts, parce que le nom de son conjoint a été cité à la commission Charbonneau \u2013, la loquace Liza continue de partager ses humeurs dans le salon de C\u2019est juste de la TV.Cette fille d\u2019immigrants italiens préside aussi la Fondation du Musée d\u2019art contemporain de Montréal, a déjà travaillé en marketing pour Labatt et dirigé la station CKAC, entre autres.La retrouvera-t-on un jour à la barre d\u2019une émission de cuisine ?On ne sait jamais.NONNAMARIA INSUPPORTABLE MARIONNETTE Grand-mère attachante et insupportable, Nonna Maria est une star du Montréal italien.Apparue sur YouTube il y a quatre ans, cette marionnette est devenue si populaire qu\u2019elle a maintenant son propre talk-show sur le site web du magazine Panoramitalia.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une visite au marché Jean-Talon, d\u2019une balade en ville après une victoire de l\u2019équipe de foot italienne ou d\u2019un échange animé avec son petit-fils David, elle aborde avec beaucoup d\u2019humour et d\u2019ironie la culture italienne et ses variantes nord-américaines.Apparemment, la communauté adore.« La réponse a été incroyable depuis le début, explique son concepteur Anthony Imperioli.On n\u2019a jamais eu de commentaires négatifs.» JOSÉE DI STASIO VIRTUOSE DES FOURNEAUX Les recettes de la célèbre virtuose des fourneaux de Télé-Québec sont si prisées qu\u2019elles causent des pénuries dans les épiceries.Josée a cuisiné un osso buco à son émission d\u2019hier soir ?Le jarret de veau est probablement en rupture de stock chez votre boucher.Révélée au grand public aux côtés de Daniel Pinard, elle nous a transmis sa sagesse culinaire italienne avec style et raffinement.Celle qui a cuisiné au petit écran des pâtes avec Gérard Depardieu et du jambon au foin avec Janette Bertrand a dévoilé les secrets du limoncello parfait et de la pasatta de ses ancêtres.Elena et Stefano Faita, deux autres purs produits de la communauté italienne, sont devenus des favoris du grand public grâce à leurs passages dans la cuisine de di Stasio.CESARE BARONE LE COIFFEUR CHANTANT Quand il a commencé, la coupe de cheveux coûtait 85 cents.Jean Lesage était au pouvoir et Maurice Richard venait tout juste de prendre sa retraite.C\u2019était en 1961.Le monde a bien changé depuis, mais Cesare Barone, lui, est toujours au poste chez Fygaro (1205, rue Bélanger Est), l\u2019un des plus vieux salons de barbier à Montréal.Le commerce porte bien son nom, puisque Cesare chante aussi.Il y a quelques années, il a enregistré un disque d\u2019airs d\u2019opéra en italien à la manière Boccelli.Rien de sérieux, dit-il, c\u2019était seulement pour le plaisir.Il jure que sa carrière est terminée.Mais avec un peu de chance, il vous roucoulera peut-être O Sole Mio dans le cou.« Je chante quand un client me le demande.Ou quand j\u2019ai pris un petit verre.Ça stimule ! » VITO L\u2019HOMME AU MILLION DE CAFÉS Son père travaillait dans un café.Son frère travaillait dans un café.Il a grandi au-dessus d\u2019un café.Il était normal que Vito Azzue gagne sa vie avec le café.Pendant 15 ans, Vito a épaté les habitués du café Open da Night (dans le Mile End) avec son imparable technique manuelle.Aujourd\u2019hui, il dirige son propre café (Chez Vito) au 151, rue Villeray.La place a changé, mais beaucoup de ses clients l\u2019ont suivi.« Mon secret, c\u2019est le service, dit-il.Je connais tout le monde.» Vito, 40 ans, estime qu\u2019il a dû faire « au-delà d\u2019un million de cafés » au cours de sa longue et crémeuse carrière.Et à l\u2019entendre, c\u2019est loin d\u2019être fini.« Je suis prêt pour un autre 10 ans ! » GINOBRITO ITALIEN DU RING Il a combattu Abdullah the Butcher.Rétabli la justice dans le ring.Remis Eddie Creatchman à sa place.Et nous a fait rêver d\u2019une Italie pure et loyale.Pilier de la « connection italienne », Gino Brito est un des derniers survivants de la grande époque de la lutte québécoise.Sa carrière a duré de 1959 à 1984.Il a gagné d\u2019importants combats (ceinture de la WWF pendant neuf mois), s\u2019est battu au Tokyodome devant 75 000 personnes, avant de se recycler dans le milieu de l\u2019automobile.Remis d\u2019un gros accident cardiaque, Gino Brito, 72 ans, jouit aujourd\u2019hui d\u2019une retraite bien méritée.« J\u2019ai eu des années riches, j\u2019ai eu des années pauvres.Je me suis disloqué l\u2019épaule et j\u2019ai eu mal aux genoux.Mais je ne me plains pas.J\u2019ai travaillé et j\u2019ai voyagé quand même beaucoup.» PHOTO ANNE GAUTHIER, LA PRESSE PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE PHOTO ANNE GAUTHIER, LA PRESSE PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 8 L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 ICI L\u2019ITALIE SEMAINE ITALIENNE DE MONTRÉAL Hommage à l\u2019Émilie-Romagne DES MYTHES ITALIENS DÉBOULONNÉS SYLVIE ST-JACQUES Certains stéréotypes planent au-dessus de la communauté italienne montréalaise.Avec la contribution du spécialiste de l\u2019immigration Bruno Ramirez, auteur de l\u2019ouvrage Les premiers Italiens à Montréal, rétablissons les faits ou confirmons les clichés.LES LIONS DEVANT LA MAISON C\u2019est un peu vrai.Mais pas seulement chez les Italiens.«On voit ça surtout chez les gens d\u2019origine modeste, qui ont eu un certain succès économique et réussi à devenir propriétaires.Mais ce phénomène qui a été traité par les anthropologues existe dans plusieurs pays », indique Bruno Ramirez.ILS SONT TOUS LIÉS À LA MAFIA Évidemment, non.«C\u2019est un stéréotype puissant, qui a été alimenté par des séries commeOmertà, parce que c\u2019est un sujet très rentable.Et cette idée existe même chez des gens très éduqués.Lorsque, dans mon milieu universitaire, je dis que j\u2019ai grandi en Sicile, des gens très sophistiqués se permettent des commentaires du genre: «Héhé, tu connais la mafia.» » ILS SONT DES TANGUY ATTACHÉS À LEUR FAMIGLIA «La famille reste primordiale, en matière de liens, de solidarité, mais aussi de conflits », confirme Bruno Ramirez.Il ajoute que si certains osent déroger à la coutume et voler de leurs propres ailes, le prix à payer peut être très élevé.«Dans tous les cas, la famille reste incontournable.» Cela dit, le patriarcat comme système de valeurs reste très fort.«Les rôles traditionnels marquent les rapports hommes-femmes et le partage des tâches domestiques.» LA BRIQUE BLANCHE ET LES FONTAINES À SAINT-LÉONARD Avec de 30 à 40% de sa population constituée d\u2019Italo-Montréalais, Saint-Léonard demeure le pilier de la communauté.Comment expliquer l\u2019architecture kitsch qui prédomine?«Au début des années 60, on a conçu ces maisons de ville en fonction de la culture paysanne des habitants.Pour favoriser la production du vin et de charcuteries à la maison, les designers ont conçu des maisons pourvues de sous-sols frais.Le rez-de-chaussée, avec la belle salle à manger et le salon, est une vitrine pour les invités du dimanche.Et les Italiens louent l\u2019appartement à l\u2019étage.» ILS SONT ANGLOPHONES ET VOTENT LIBÉRAL Voilà une question compliquée, avertit Bruno Ramirez.Si la première vague d\u2019immigration a penché vers la francophonie, les Italiens de la seconde vague, arrivés avec la Seconde Guerre mondiale, se sont mis à l\u2019anglais.Pourquoi ?«Les Italiens qui ont immigré à cette époque ont bénéficié de la politique fédérale de parrainage.En guise de reconnaissance, ils ont opté pour l\u2019anglais et se sont mis à appuyer le Parti libéral.» Considéré comme la langue de la réussite dans les années 50 et 60, l\u2019anglais a continué dans les décennies subséquentes à gagner du terrain.De sorte que dans les années 70, les Québécois d\u2019origine italienne ont été réfractaires à l\u2019adoption de la loi 101, qui obligeait leurs enfants à fréquenter l\u2019école en français.« Ils ont perçu le projet indépendantiste comme hyper francophone, cela a créé des tensions», souligne Bruno Ramirez, qui ajoute que, plus tard, les Italo-Montréalais ont admis et accepté qu\u2019il fallait reconnaître la primauté du français.Résultat : 92% des Italo-Montréalais parlent le français.Ce chiffre diminue à 75% pour les Italiens parlant l\u2019anglais.C\u2019est devenu une tradition depuis 20 ans.Chaque mois d\u2019août, le Montréal italien célèbre ses origines et sa culture.Baptisée «Semaine italienne», cette grosse foire culturelle se déroule à Saint-Léonard, Notre-Dame-de- Grâce et LaSalle, pour culminer dans la Petite Italie, vitrine commerciale de la communauté.JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE La Semaine, qui a lieu du 9 au 18 août, souligne cette année le 200e anniversaire de Giuseppe Verdi.Son opéra La Traviata sera présenté sous les étoiles le 18, sur la scène extérieure à l\u2019angle des rues Saint-Zotique et Saint-Laurent.D\u2019autres activités seront aussi reliées à la région d\u2019origine du compositeur, l\u2019Émilie-Romagne, d\u2019où viennent également les entreprises Ferrari, Ducatti, Seico, ainsi que le cinéaste Federico Fellini, le saucisson de Bologne et le fameux fromage parmesan.Jusqu\u2019au 15 août, la Maison d\u2019Italie et le Centre Leonardo Da Vinci présenteront conjointement un cycle hommage à Fellini.Le 10, célébration de la culture d\u2019Émilie-Romagne au parc Georges- Saint- Pierre dans NDG, avec kiosque gastronomique et autres produits régionaux.Le 17, défilé de mode avec designers locaux ou originaires d\u2019Émilie- Romagne.Toutes régions confondues, la «Semana italiana» inclura aussi des événements pittoresques comme un concours de sfogliatelle (pâtisserie), un concours de bocce (la pétanque italienne) et un tournoi de scopa (un jeu de cartes).Créée en 1993, autour de l\u2019église Notre-Damede- Pompei dans Saint-Michel, la Semaine italienne s\u2019est rapidement ouverte à tous les Montréalais en migrant dans le Vieux-Port.Au milieu des années 2000, à l\u2019image d\u2019une communauté dispersée, l\u2019événement s\u2019est déplacé à LaSalle, NDG et dans la Petite Italie.Cette année, une première, quelques événements auront aussi lieu à Rivière-des-Prairies.Et Laval, où se trouvent plusieurs familles italiennes?«On n\u2019a pas encore traversé la rivière, souligne la directrice Josie Verillo, mais on a eu des demandes à ce sujet.Nous, on veut bien.Mais plus on élargit, plus ça coûte.Ce n\u2019est pas toujours évident.» La Semaine italienne compte sur quelques commanditaires nationaux, le plus important étant Loto-Québec.Selon Mme Verillo, «moins de 10%» de son budget viendrait des fonds publics, Patrimoine Canada, Tourisme Québec et Ville de Montréal inclus.D\u2019autre fêtes italo-montréalaises en août.Fête de Notre-Dame-de la-Défense (18 août) L\u2019église de la Petite Italie honore la Vierge par une procession annuelle, avec icône et fanfares.Le cinéaste Gilles Carle évoque cette fête religieuse dans son très beau film Dimanche d\u2019Amérique (1961), disponible gratuitement sur le site de l\u2019ONF.Fête de Sant\u2019Anna (26 août) Présentée dans Ahuntsic, cette fête célèbre sainte Anne, en mémoire d\u2019un tremblement de terre survenu en 1805 dans le village de Jelsi, région du Molise.Défilé hautement pittoresque avec chars allégoriques décorés de grains de blé.Une vraie fête à l\u2019ancienne, qui démarre près de l\u2019église Saint-Simon-Apôtre (145, rue Beauharnois).Fête de Maria Ausilatrice (10 août) Un aperçu de la communauté italienne de Rivière-des-Prairies.Cette fête religieuse attire, bon an mal an, de 5000 à 10 000 personnes.Les Rendez-vous du cinéma italien au parc Dante (jusqu\u2019au 8 août) Tous les mercredis soirs depuis juin, cinéma en plein air en plein coeur de la Petite Italie.Avis aux intéressés : il ne reste qu\u2019un soir et deux films ! Moda Sotto le Stelle Designers italiens de Montréal et d\u2019Émilie-Romagne s\u2019unissent pour présenter la collection Été 2013.Connaissant le goût des Italiens pour la « bella parura », on ne devrait pas être déçus.«Urbain, sexy, glamour », annonce le programme.Le 17 août à 22h, boulevard Saint-Laurent, scène Loto-Québec.SUGGESTIONS DE SORTIES La Traviata Chef-d\u2019oeuvre de Giuseppe Verdi, l\u2019opéra La Traviata est présenté sous les étoiles avec la participation d\u2019Antonio Figueroa (ténor) dans le rôle d\u2019Alfredo Germont, de Raphaëlle Paquette (soprano) dans celui de Violetta Valery, et d\u2019Alexandre Sylvestre (baryton) dans le rôle de Giorgio Germont.Le 18 août à 21 h, boulevard Saint-Laurent, scène Loto-Québec.Il était une fois.Si l\u2019histoire de l\u2019immigration italienne à Montréal vous intéresse, ne manquez pas la conférence de Bruno Ramirez, spécialiste de la question.M.Ramirez a publié plusieurs ouvrages sur le sujet, en plus d\u2019écrire le scénario des films Caffe Italia, Montréal et La Sarrasine, du réalisateur Paul Tana.Le samedi 11 août, de 14h à 15h15, au musée du Château Dufresne.Cantina des Italo- Canadiens de Montréal À Montréal, la «cantina» désigne la chambre froide où les familles entreposent leur vin maison et leurs bocaux de tomates.Cette tradition typiquement italo-canadienne est malheureusement en train de se perdre.Le photographe Luigi Pasto lui rend hommage dans cette très belle expo de photos noir et blanc, où des anciens posent pour la postérité dans leur petit réduit.Du 9 au 15 août, de 18h à 21h, à la Casa d\u2019Italia, au 505, rue Jean-Talon Est.PHOTOS FOURNIES PAR LA SEMAINE ITALIENNE DE MONTRÉAL llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 3 A O Û T 2 0 1 3 9 MD FIAT, le logo FIAT et MultiAir sont des marques déposées de FIAT Group Marketing & Corporate Communication S.p.A.FUN POUR TOUTE LAFAMIGLIA fiatcanada.com/fr Avec de la place pour 5, des sièges arrière rabattables pour plus d\u2019espace de rangement et un énergique moteur MultiAir® turbo de 1,4 L aussi puissant qu\u2019écoénergétique, la toute nouvelle FIATMD 500L génère un plaisir plus grand pour toute la famille.VOICI LA SPACIEUSE 500L À 5 PLACES "]
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