La musique, 1 janvier 1921, avril
3c Année — No 28 Avril 1921 La Musique wmva SOMMAIRE : Ephémérides musicales Musique et Musiciens à Québec.Souvenirs d’un amateur .N.LeVASSEUR Notes sans portée.Musique d’église, C.-H.LEFEBVRE, S.J.Le Piano.Conférences grégoriennes, (4e entretie-n) Fr.RAYMONDIEN, E.C.Lettre de Montréal.Fred.PELLETIER Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.Abonnement : $1.50 par année Ec numéro, 12 sous Parait le 15 «te chaque mois LA MUSIQUE Revue mensuelle Publiée sous la direction de Orner Létourneau et Hector Faber COLLABORATEURS : R.P.C.-H.Lefebvre, s.j.M.Arthur Letondal M.Jean Aubois M.J.-Arthur Bernier R.P.Louis Bonvin, s.j.M.Octave Bourdon R.P.J.Bérioot, s.m.m.Mademoiselle Victoria Cartier M.Gustave Comte M.Auguste Descarries M.l’abbé Joseph Desmet R.P.Emile Fontaine, s.j.Mademoiselle Blanche Gagnon M.Henri Gagnon M.J.-A.Gilbert Madame Maria Lagacé-Girard M.N.LeVasseur M.l’abbé Olivier Maurault, p.s.s M.Xavier Mercier M.le docteur J.-G.Paradis M.le chanoine J.-R.Pelletier M.Fréd.Pelletier M.Alfred Poulin Rév.Fr.Raymondien, e.c.S.M.de S.M.M.E.Stiévenard M.Robert Talbot M.Edm.-J.Trudel Administration : 20, Côte de la Montagne, Québec Téléphone 6349 Adresser toute correspondance à l’administration.ABONNEMENTS : Canada et États-Unis, un an.$L50 Etranger, un an.2.00 L’abonnement part de janvier et est payable l'avance.Les numéros parus sont envoyés aussitôt inscription.La collection des années 1919 et M bc vend $1.50 (par la poste, $1.60) chacune.Prièro de faire remise par mandat-poste ou chèaue payable au pair à Québec.LA MUSIQUE est en vente chez les marchands de musique et dans les principaux dépôts de journaux.la Banque Provinciale du Canada Capital et réserve.$ 43,000.000, Actif au-delà de.40,000.000 Plus haut intérêt alloué sur les dépôts à l’épargne Succursale Basse-Ville : J.-Alph.Fugère *• Boul.-Langelier : J.-A.Foster SOLFfGMMEL DE CHINE GREGQRIEK par Fr.Raymondien.K.C.«Je souhaite que votre superbe ouvrage répande largement sa bonne doctrine ».Dom J.Pothier, abbé de Saint-Wandrille « Vos principes sont clairs et simples.présentés avec une rigueur pédagogique absolue.Votre enseignement est intuitif et bien « agissant »._ Dom Lucien David, , t prieur de Saint-Wandnlie.En vente à la « Procure », 44, rue Côté, Montréal.Prix : 50 sous, la douz., $3.00 3AAAAAAAAAÀ .‘i^ymuii Aiitlliiniii WAMO 4feson ^JSl JWiptmkmli La maison ARCHAMBAULT, sise au centre de la métropole, est l’endroit tout indiqué pour vos achats de musique vocale et instrumentale.Vous y trouverez un choix complet des œuvres des maîtres classiques et des compositeurs modernes.Cette maison fait en outre un commerce considérable de pianos et de phonographes les plus recherchés des artistes et des amateurs de musique.C’est également dans cette maison qu’est établi le comptoir de musique religieuse du BUREAU D’ÉDITION de la SCOHLA CANTORUM de Montréal, rendez-vous habituel des organistes et des maîtres de chapelle.312 a 316-est, nit (ÆontréaL ftélépljime Jfai 3299 et 1842 ymr»*vmmwvynvr»< - 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13 anril David (Félicien-César), 1810-1820 Tout jeune il attira l’attention par sa délicieuse voix d’enfant.Plus tard remarqué par Chérubini il put entrer au Conservatoire mais ses études furent hâtives et et incomplètes.Ses premières publications n’éveillèrent aucun intérêt.Il fit alors un voyage en Orient, y recueillant un fond d’impression et d'inspiration qui devait lui faire trouver son genre: l’exotisme d’un aloi plutôt charmant que réel L’exécution de son chef-d’œuvre Le Désert, en 1844, créa une sensation profonde et le fit sacrer grand compositeur.Il avait trouvé sa veine.Néanmoins ses autres œuvres ne tinrent pas d’aussi belles promesses.Seul avec le Désert, un opéra, Latia Houck, est resté.Ses succès confinés à l'orientalisme avaient inspiré ce mot caustique d Auber: «Lui, je l'attends quand il descendra de son chameau ! » 20 avnl Niedermeyer, 1802-1861 Musicien délicat et sincère.Après s’être essayé sans succès à l’opéra, il s’adonna, bien que protestant, à la musique religieuse qu’il voulu propager, par l’enseignement de la publicité, en fondant une école qui prit son nom: l’Ecole Niedermeyer, et une revue “ la Maîtrise ” où l’on donna des suppléments musicaux de réelle valeur.Il est surtout connu par deux pièces : Le Lac, paroles de Lamartine, dont il traduit très heureusement la profonde mélancolie ; le Pater pour solo et chœur dont la vogue a été considérable et soutenue.Ses études sur le chant grégorien et sa modalité l’avaient conduit à imaginer un accompagnement où il n’employait que les notes modale sans aucun accident autre que celui du plain-chant et des accords consonants.C’est à ce système, qui parut d’une extrême sévérité comparé aux fioritures dont on enjolivait psaumes et motets, que se rallia l’abbé Lagacé dans le recueil d’accompagnement qu’il a publié.Avec la restauration de la mélodie originelle et du rythme, ce genre, note contre note, est désuète et ne se supporte guère.Tout de même cet essai servit à ramener l’attention des musiciens avertis et sérieux sur l’importance d’un bon accompagnement.27 avril Thalberg (Sigismond), 1871 Suisse de naissance comme le précédent, dont il fut le contemporain, Thalberg avant l’apparition de Liszt était considéré comme le roi des pianistes.A l'en croire il n’avait eu aucun professeur de marque et sa prodigieuse virtuosité ne lui aurait guère coûté de peine ou de travail.Partout où il se fit entendre en Europe et en Amérique il suscita la plus vive admiration.Son mérite indéniable, à part la beauté et la puissance admirable qu’il savait tirer du piano, est d’avoir fait faire à la technique de cet instrument un grand progrès par l’invention de nouvelles formes de traits, originales à cette époque mais usagées depuis, et qui semblaient alors d'une difficulté plus grande que la réalité. 50 LA MUSIQUE Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d'un amateur PAR K.Le VASSEUR ( suite ) Antoine Dessane eut des relations avec Schiedmeyer, l’un des associés de la célèbre fabrique de pianos Schiedmeyer, de Stuttgart, capitale du Wurtemberg, durant les deux ou trois années que celui-ci demeura à Québec.Il fut aussi lié de grande amitié avec Emmanuel Blain de Saint-Aubin qui, dans la suite du temps, se fit canadien et épousa mademoiselle Euphrasie Rhéaume, fille ainée de feu Jacques-Philippe Rhéaume, ancien échevin à Québec, ancien député de Québec-Est et finalement conservateur du bureau des archives à Québec.Tout naturellement, Blain de Saint-Aubin faisait partie du cercle qui fréquentait la famille LeVasseur.Employé comme traducteur au gouvernement de Québec, à l’inauguration de la Confédération il dut transporter ses pénates à Ottawa où il vécut, décéda et fut inhumé en laissant son épouse, qui vit encore à l'heure où j’écris ces lignes, et deux jeunes filles.Cette partie de son existance ne m’est pas connu en détail, mais heureusement je dois à l’extrême obligeance de mon excellent ami Benjamin Suite la plupart des renseignements qui vont suivre.«Dans ton livre», m’écrivait Suite en 1919, «où vont se rencontrer des amis disparus et que la nouvelle génération connaît par quelques mots plus ou moins vagues échappés aux circonstances de l autre siècle, tu me demandes d’esquisser le portrait de Collige fragmenta ne pereant ! Blain, dont le souvenir comme chansonnier vit dans la mémoire des anciens québécois et de plusieurs citoyens du temps où Bytowns devenait Ottawa.Nous avons vécu vingt ans côte-à-côte, et voilà trente-deux ans qu’il est parti.C’est triste d’avoir à parlerde ceux que notre entourage n’a pas connus: on redoute de ne pouvoir faire partager nos sentiments à ceux qui n’éprouvent après tout que la curiosité ordinaire et, par suite, assez indifférente.» D’où venait donc Emmanuel Blain de Saint-Aubin ?De Rennes, en Bretagne.Ses papiers de famille, les lettres de sa mère, de ses frères, de ses sœurs, etc., me permettent de dire que les Blain de Saint-Aubin étaient des gens bien en vue et estimés depuisplusde deux cents ans dans leur pays.Leur généalogie est à l’Armorial d’Hozie-frige d’armes de France sous Louis XV.Prenons ce qui est le plus rapproché de nous.Félix Blain de Saint-Aubin, né en 1794, fut capitaine de cavalerie.Son frère Charles, né en 1801, hérita des propriétés de la famille, commune de Loassy, sa résidence habituelle, quoiqu’il eut une autre demeure à Rennes, rue de Paris, 11.Louis-Emmanuel Delamarre, né en 1775, servit dans les armées de la république et de l’empire, reçut la médaille de Sainte-Hélène, devint docteuren droit, officier de l’instruction publique, officier de la Légion LA MUSIQUE 51 d’Honneur et conseiller à l;i cour impériale de Rennes.Charles Blain de Saint-Aubin que je viens dénommer fut son gendre.Il épousa sa fille, Emmanuelle-Sophie-Jeanne Dela-inarre, née en 1811.Toutes ces personnes vivaient à Rennes, lorsque le 29 juin 1833 dans la maison No 11 rue de Paris, vint au monde Emmanuel-Marie, issu du mariage susdit, le futur délicieux chanteur et chansonnier à Québec d'abord, à Ottawa ensuite, et partout où on lui adonné l’occasion de manifester son talent.Et il la disait la chanson, paroles et musique tout ensemble.Il donnait alors une leçon de diction dont tous les chanteurs et chanteuses de l’époque pouvaient faire leur profit.Vers le temps où il mourut à Ottawa, dans la cinquantaine, la famille Blain de Saint-Aubin était représentée à Rennes par une soeur d’Emmanuel, Mlle Emmanuelle Blain qui, plus tard au Canada, écrivit et publia dans V Echo du Cabinet de.lecture provincial une romance intitulée Servante et Reine, et un frère, Charles, prêtre de la Société de l’Immaculée-Conception, qui dès 1868 était renommé comme prédicateur.La Semaine Religieuse au 7 janvier 1869 lui consacrait un long article élo-gieux renfermant ce passage : «On ne saurait dépeindre dans une froide analyse la méthode saisissante de cet orateur, soit qu’il expose dans un langage brillant, souvent imagé, rehaussé d'une grande beauté de geste, d’un organe flexible et vibrant, que la religion est une fleur qui ne se fane point».On l’appelait aussi le père de Saint-Aubin.Il entra à la Trappe sous le nom de Dom Urbain et mourut prieur de cette communauté.Le Moniteur Universel disait alors “ 11 appartient à l’une des meilleures familles de Bretagne et n’a que des admirateurs et des amis".Sont décédés à Rennes : Madame Blain de Saint-Aubin, dontles lettres adressées à son fils Emmanuel témoignent d'une intelligence d’élite, sa fille Emma, poète, compositeur, organiste de lacathédrale de Rennes, M.Delamarre, conseiller, auteur de bons ouvrages sur le Droit, etc.Un autre frère d’Emmanuel se nommait Alphonse.D’abord zouave pontifical, il s’est ensuite marié et fixé en Algérie.Emmanuel perdit son père le 20 décembre 1844, juste au moment où il commençait ses études.Son diplôme de bachelier-ès-lettres, daté de Rennes le 26 juillet 1851, est signé par le ministre de l'Instruction publique.Peu après on l'envoyait à Paris suivre les cours des sciences et des arts.Il avait le travail facile, c’est-à-dire ungrand pouvoir d’assimilation et une forte mémoire.Ce qu’il touchait lui restait dans l’esprit et il savait s’en servir; par suite,ses connaissances étaient abondantes avec cependant plus de surface que de profondeur; mais le jugement rachetait chez lui cette faiblesse, Modéré, prudent , se défiant de trop s’avancer, il ne risquait pas l’aventure d’une erreur, recouvrant tout de «a constante bonne humeur.Il exprimait parfois à ses amis le regret qu’il éprouvait de n’avoir pas traité plus sérieusement ses études industrielles et sciencifiques, mais ce traducteur incomparable se donnait sans préméditation le démenti en démontrant tous les jours qu’il avait appris immensément de choses absolument étrangères à ses auditeurs.Au fond il se reprochait d’avoir trop cultivé le chant et la musique.L’artiste l’avait emporté sur l’homme positif.Paris, de son temps, traversait les plus beaux jours qu’il ait eus au 19e siècle.Je me figure, remarque B. 52 LA MUSIQUE Suite, avoir connu la ville-lumière par les causeries de ce Breton échappé aux délices de Capoue.Echappé n’est pas trop dire, car il vint un moment où sa raison lui commanda de songer au sérieux de la vie ; il tourna alors le dos à l’enchantement.Vers 1857, àlage de vingt-quatre ans, il résolut d’aller en Angleterre apprendre l’anglais.Où s’imagine-t-on qu’il toucha barre ?Aux îles Saint-Pierre et Miquelon.Sur un bateau pêcheur de Nantes,qui l’amenait au royaume de la morue et de la boitte, on lui avait raconté qu’il se trouvait dans ces parages des Anglais dont la langue mélodieuse lui entrerait par les oreilles et lui sortirait par la bouche ou desa plume comme par magie.En effet, il se mit à donner des leçons de musique et de grammaire française tout en observant les conversations autour de lui.Bref il se débrouilla prestement dans ce nouveau milieu.Bientôt il apprit qu'il y avait dans l’île du Prince-Edouard des familles anglaises prêtes à l’accueillir ; il s’y rendit et s’en trouva bien, mais le Canada l'attirait, et vers 1857, il arriva à Québec possédant l’anglais, l’art du chant, l’enseignement de'la musique, le talent d’expliquer la grammaire sans fatiguer sesélèves, écrivant dans les deux langues, faisant des vers chantants et causant avec le charme du Parisien instruit.De plus, joli garçon, homme de la société sans pose ni ostentation, il fallait le deviner.Une fois découvert, il restait le même, et chacun le recevait Dirai-je qu’il eut du succès ?A Québec, cette friande de bons morceaux, en quelques semaines il était répandu dans le monde, et lorsque Lord Monck, gouverneur du Canada demanda un professeur de français pour ses enfants, on le lui désigna.Il avait le pied dans l’étrier.Alors, il fut de toutes les fêtes à Spencer Wood.Musique instrumentale, chant, déclamation, théâtre, il était d’une remarquable versatilité et brillait partout.Des protecteurs le tirent entrer en 18(12 au bureau des traducteurs de l’Assemblée législative et il renonça cette fois à aller droit en Angleterre pour y étudier l’anglais.’ Le Canada devenait sa patrie.La Bretagne, son pays natal, ne lui offrait pas de champ favorable, Paris était encombré.La Nouvelle-France lui ouvrait les bras: comment donc ne pas s’y fixer ?A l’automne de 1864, le voilà en ménage, marié, comme on l’a vu plus haut, avec Mademoiselle Euphémie, tille ainée de notre vieil ami J.-P.Rhéaume, avocat de Québec, l’un des fondateurs de la société Saint-Jean-Baptiste, orateur très populaire, un type de gaieté, de reparties spirituelles, tout à fait dans le genre Québec.Le gouvernement, qui alors siégeait alternativement à Québec et à Toronto, se préparait à s’installer à demeurer dans un endroit central.Ottawa avait été choisi comme capitale de la confédération canadienne.La perspective d’un déménagement définitif vers l’ancienne By-towu, ne fut pas sans causer une certaine commotion dans bien des familles.La perspective d’une émigration forcée n’eut pas 1 effet d enthousiasmer Emmanuel Plain et «a fiancée.Alors Blain trancha net la difficulté en se décidant pour le con-jungo.Dès l’automne de 1865.le déménagement commença.« J’ai vu, m’écrit Suite, partir ces caravanes l’une après l’autre.Pour les partants et les restants d’alors, c’était comme un exode du côté de la Patagonie.Que c’est loin Ottawa, LA MUSIQUE 53 gémissait-on, que c’est donc sauvage! Comment exister dans cette bourgade ?Notre bonheur est tini.c’est l’exil pour toujours.A lire à ce sujet la chanson que Blain publia dans le Canadien, de Québec du 1er janvier 1866, sous le titre de IL est parti.Notre chansonnier s’y retrouve tout entier.Cette pièce témoigne du talent qu’il avait de tourner le couplet.Il a fait mieux, et parfois moins bien, on l’aime comme ça.Versification négligée, dira-t-on, idée ordinaire.Je dis : pourvu que cela se chante, ça suffit.Les couplets sont toujours sous la protection de la musique.Le parolier n’aspire nullement au titre de poète, et, drôle de fait, c’est que le poète n’attrappe ja mais le tour de la chanson.Il y a dans l’un une faculté, un tour d’expression qui n’existe pas dans l’autre et vice versa.Si la poésie et la musique sont deux arts complets qui, par conséquent, ne peuvent pas se marier, il faut bien que les vers d’une chanson se fabrique avec de la prose simplement mesurée, afin de laisser le champ libre à l’expression des notes •le la musique.Il y a près d’un siècle n a-t-on pas écrit des strophes poétiques pour être chantées?Cela s’appelait la romance.La sarcasme l’a tuée.Ce n’étais plus la chanson mais un produit hybride qui n’appartenait à aucun genre.L’opéra, qui est musique avant tout, se contenta d'une versification sans couleur et de pauvres idées.Sur des mots quelconque on ajusta la mélodie.Ce n’est pas la beauté du vers qui est demandée, mais la mesure des syllabes.Ce qui se chante est emporté par la musique.Si le vers est beau, il passe sans jeter d’é- clat ; s’il est banal, vulgaire, et sans attrait, il passe tout de même.La chanson que l’on veut définir ici, ce que l’on nomme le genre populaire, celui dont Blain de Saint-Aubin faisait ses beaux dimanches et dont nos poètes n’ont généralement pas la veine, c’est un don naturel qui ne vise pas de hauts sommets.Le vrai chansonnier n’a aucune prétention.Il sait d’avance qu’une bonne chanson est sujette à imperfections.Il compte sur l’air adapté aux paroles pour le bien faire recevoir.Nos poètes se gonflent et manquent 1 effet attendu, ou encore chatouillent les oreilles des gens délicats, qui veulent de la poésie, et ce n’est plus le couplet chantant.Pour préciser davantage la nuance, il y a la différence entre un rigodon joué par un alerte violoneux et exécuté par un violoniste d’école.En dehors des chansonniers ordinaires, doit-on placer Béranger et Gustave Nadeau?Ceux-là ont tellement relevé le ton de la chanson que le populo ne s’y reconnaît plus.La chanson du peuple est mieux rendue par tout autre, car, pour l’atteindre, l’homme dit instruit doit revenir un peu sur ses pas et cela n’est possible qu’a la condition d’avoir conservé une tournure d’esprit qu’on ne trouve pas chez les poètes, c’est affaire de naissance, qu’on se le dise, et personne ne peut l’enseigner.Si Emmanuel Blain de Saint-Aubin voyait ses rimes reproduites trente et quelques années après son trépas, il ne manquerait pas de s’écrier: Mais, tudieux ! quelle mouche pique donc ces gens-là ! C’était pour rire ! .(à mi>
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