La musique, 1 janvier 1921, octobre
Octobre 1921 3e Année — No 34 -a Musique mpm mom SOMMAIRE : Ëphémérides musicales.Causerie sur le Solfège E.STIEVENARD Musique et Musiciens à Québec : Gustave Gagnon.N.LeVASSEUR Musique d’église : Le cantique grégorien.V.d’INDY Le Chant.Lettre de Montréal Gustave COMTE La Vie musicale à Paris.J.de VALDOR Le Récital Clément.O.BOURDON Concert Burke-Stanley .G.DUCHAMP Alberto Salvi.J.-Ch.FISET Le violoniste Vasa Prihoda Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.Abonnement : $1.50 par année Le numéro, 12 sous Parait le 15 de chaque mois LA MUSIQUE Revue mensuelle Publiée sous la direction de Orner Létourneau et Hector Faber Secrétaire de la rédaction: Jos F.de Bclleval COLLABORATEURS : M.Jean Aubois M.J.-Arthur Bernier R.P.Louis Bonvin, s.j.M.Octave Bourdon R.P.J.Bérioot, s.m.m.Mademoiselle Victoria Cartier M.Gustave Comte M.Auguste Descarries M.l’abbé Joseph Desmet Mademoiselle Blanche Gagnon M.Henri Gagnon M.l’abbé Placide Gagnon.M.J.-A.Gilbert Madame Maria Lagacé-Girard R.P.C.-H.Lefebvre, s.j.M.Arthur Letondal M.N.LeVasseur M.l'abbé Olivier Maurault, p.s.s.M.Xavier Mercier M.le docteur J.-G.Paradis M.le chanoine J.-R.Pelletier M.Fréd.Pelletier M.Alfred Poulin Rév.Fr.Raymondien, e.c.S.M.de S.M.M, E.Stiévenard M.Robert Talbot M.Edm.-J.Trudel Administration : 20, Côte de la Montagne, Québec Téléphone 6349 Adresser toute correspondance à l’administration.ABONNEMENTS : Canada et États-Unis, un an.$2.00 Etranger, unau.1.50 L’abonnement part de janvier et est payable d’avance.Les numéros parus sont envoyés aussitôt inscription.La collection des années 1919 et 1920 se vend $1.30 (par la poste, $1.60) chacune.Prière de faire remise par mandat-poste ou chèque payable au pair à Québec.LA MUSIQUE est en vente chez les marchands de musique et dans les principaux dépôts de journaux.Vient de paraître: “SOUHAIT NUPTIAL” Cantique pour messe de mariage par Auguste Schuller PRIX : $1.00 Eu vérité chez G.lîobitaille, Err., 3;?0, rue St-Joseph, Québec.SOLFEGE-MAHUEL DE CHANT GREGORIEN par Fr.Raymondien, E.C.«Je souhaite que votre superbe ouvrage répande largement sa bonne doctrine ».Dom J.Pothier, abbé de Saint-Wandrille.« Vos principes sont clairs et simples.présentés avec une rigueur pédagogique absolue.Votre enseignement est intuitif et bien « agissant ».Dom Lucien David, prieur de Saint-Wandribe.En vente à la «Procure», 44, rue Côté, Montréal.Prix : 50 sous, la douz., 13.00 ^ ^^aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaàaaaaaaaaaàaaaaÀaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaàaaao jttatsmt ÿk ^rclramhault ; La maison ARCHAMBAULT, sise au centre de la métropole, est l’endroit tout indiqué pour vos achats de musique vocale et instrumentale.Vous y trouverez un choix complet des œuvres des maîtres classiques et des compositeurs modernes.> Cette maison fait en outre un commerce considérable de pianos et de phonographes les plus recherchés des artistes et des amateurs de musique.C’est également, dans cette maison qu’est établi le comptoir de musique religieuse du BUREAU D’ÉDITION de la SCOHLA CANTORUM de.Montréal, rendez-vous habi tuel des organistes et des maîtres de chapelle.312 a rm ^ontreaL 'Ulcptpne ;Esi 3299 et 1842 O * Y TYY Y Y Y Y Y W Y YVWYWYYYYYYWWWWVWVWWYWY WW YYW YYYWYY YW Y Y WYY W wmv Musique Française vendue aux Prix ji1 Avant-Guerre Assortiment sans précédent de musique CLASSIQUE et MODERNE des meilleurs édùem Européens et Américains.Musique d’enseignement demandée dans tous les Conservatoires du Canada.Musique religieuse d’après le Motu Proprio : Messes, Motets, Cantiques.Musique d’ensemble : Orchestre, Harmonie, Fanfare., Nouveautés reçues consta mment.Opéras — Libretti — Traités de composition.SCHMOLL, célèbre méthode de piano.g * Merveilleuse méthode Rose.g Méthode des méthodes de Staub.g Hanon, le Pianiste Virtuose, Edition COMPLETE, texte français ou texte anglais, SEULE édition permise au Canada.12 RAOUL* VENNAT 642, rue St-Denis, Montréal - Tel.Est 3065 - Jeprends les abonnements au Monde Musical, Courier Musical, Tribune de St-Q errais, LaMusinuei Chambre et TOUTES les publications françaises à 10 cents le Franc.Pour le choix de votre instrument de '.!! 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(Fanny), 1818-1867 Cette chanteuse naquit la même année que Gounod.Elle fut une des dernières représentantes du "bel canto" italien.Son grand talent decanta-'ricedramatique, un des plus remarquables à une époque où il y en avait tant, la mit en vue dans la première partie du siècle dernier.17 octobre Gounod (Châtie»), 1818-1893 I.e 17 octobre 1893, après deux jours de maladie, s’éteignait doucement Gounod à six heures et vingt-cinq du matin.Ses funérailles religieuses n’eurent lieu que dix jours après.Selon la demande formelle du maî- tre, elles furent en chant grégorien, que le grand artiste prisait hautement.“Ce fut.a dit quelqu'un, sa meilleure leçon de musique’’.Une revue française publiait récemment l’accueil encourageant fait par Gounod au chansonnier Pierre Dupont, encore à ses débuts.Ce dernier était chez l’auteur de Faust.De la voix sympathique dont il était doué.Dupont se mit à fredonner un air dont l'originalité frappa Gounod qui lui demanda : — Où donc as-tu appris la musique ?— Mais je ne sais pas une note! — Tu plaisantes ! — Non, je t’affirme en toute sincérité que je sais tout juste monter la gamme.C’est là tout mon bagage musical.— Voilà qui est singulier.Chante encore.— Dupont chanta.— Quel est cet air ?— C'est un air que j’ai fait ce matin sur des paroles à moi.— Et tu ne sais pas la musique, vraiment ?— Pourquoi veux-tu que je mente ?— Mais, cher ami, tu as trouvé là des motifs admirables.Recommence un peu.Gounod prit une plume et nota rapidement à mesure que Dupont chantait.Le morceau écrit, il l’essaya au piano.L’effet fut prodigieux.— Sans avoir appris la musique ! s’écria Gounod, avec une émotion qu’il n'essayait pas de dissimuler ; mais le jour où tu la sauras, nous serons de petits cadets à côté de toi.— Eh bien ! sois tranquille, je ne l’apprendrai pas.— Tu as tort.— Bah! laisse donc.Si j’avais la moindre connaissance musicale, l’amour-propre s’en mêlerait ; je ne ferais rien qui vaille.C’est encore possible, reprit Gounod.Cependant, cher ami, s’il te vient dorénavant une inspiration musicale, appliques-y des paroles, tâche de la retenir, et fais-la noter soit par moi, soit par Parisot.— Eh bien, je te le promets.Le soir même Gounod conduisait son ami au café des Variétés.Devant un auditoire composé d’artistes, d'acteurs et de gens de lettres, Dupont redit sa chanson, qui fut applaudie frénétiquement. 150 LA MUSIQUE Causerie sur le Solfège L E solfège est la probité du musicien comme le dessin est la probité du peintre.Aussi, dans les orchestres ce mot « solfège » est un des plus riches de signification, il évoque l’idée de probité professionnelle, c’est-à-dire la plus belle des qualités pour un disciple d’Apollon.Cependant ce mot n’est pas agréable à toutes les oreilles et dans les milieux d’amateurs il sonne mal, il est considéré comme un « empêcheur de danser en rond », un importun ; bref, un parent pauvre auquel on tourne le dos.Que signifie donc ce mot ?tout simplement l’enseignement primaire de la musique: l’éducation de l’oreille, la lecture, la théorie, enfin l'étude des formes musicales.Avec ce3 connaissances on est apte à entendre, à interpréter les oeuvres des maîtres; sans elles on peut faire un certain effet dans un salon d'amis mais on n’aura aucun succès auprès des vrais artistes.Voyons d’abord ce qui se passe chez les amateurs, lesquels considèrent la musique comme «art d’agrément », art étudié par obligation mondaine, pour faire comme tout le monde.Commentapprend-t-on la musique dans les pensionnats?Ordinairement le but principal est de caser dans la tête de l’élève le morceau (souvent récalcitrant !) en vue de l’audition périodique ou de la distribution des prix.Là s’arrête généralement l’étude de la musique.Incontestablement c’est du temps perdu pour l’élève, car il a eu aussi peu déplaisir à ce travail superficiel qu'il n’en a donné à ses auditeurs.Comment l’apprend-t-on dans les familles bourgeoises qui se piquent de faire de cet art un passe-temps agréable?A peu près in variablement, sans se demander si l’enfant a des aptitudes, on cherche dans ou par ses relations mondaines, un professeur.On ne s’inquiète pas le moins du monde de la valeur professionnelle de celui-ci; le principal c’est qu’il réponde aux désirs des parents comme tenue et prix des leçons (ces deux choses sont de la plus limite importance dans la classe moyenne).Puis, comme il faut aller vite, on se garde bien de prendre un professeur de solfège qui enseignerait au débutant à entendre, à lire et à comprendre, en un mot qui le préparerait à aimer la musique.Non, le solfège dans les familles est une chose inutile et ennuyeuse qu’il faut laisser pour plus tard, beaucoup plus tard ! On ne comprend pas que l’intérêt et le plaisir de faire de la musique dépend de ce travail primordial; que sans lui toute interprétation sera médiocre.Il y a en outre une conséquence presque inévitable : l’insuffisance d'étude du solfège amène tôt ou tard chez l’amateur l’indifférence pour la musique.Le fait se passe à peu près ainsi : Tant que l’on a un professeur celui-ci remédie aux fautes de solfège, il veille à l'étude des morceaux, il empêche les bévues qui déforment le sens des phrases; en un mot il mâche le travail de l’élève.Mais vient un jour où les leçons cessent, voila notre amateur seul désormais LA MUSIQUE 151 aux prises avec les oeuvres.Qu’en fait-il ?une bouillie indigeste dont il se nourrit avec plus ou moins de conviction jusqu’au jour où il a une indigestion de musique.Et alors au diable le piano, le violon, ou le violoncelle ! C’est ce qui explique que tant de personnes qui semblaient remplies d'ardeur pour la musique cessent brusquement ce passe-temps quand elles n’ont plus un professeur poulies guider ; elles abandonnent cette étude parce qu’elles ne peuvent plus apprendre un morceau nouveau par leurs propres moyens; elles sentent instinctivement que la mesure, les accents, les nuances, le mouvement, tout est à côté de ce qui doit être.Cette désertion à la bonne cause est provoquée, il ne faut pas hésiter à l'affirmer, par l’insuffisance de l’étude du solfège.Et pourtant si dès la première leçon les parents se trouvent en face d’un professeur consciencieux qui insiste pour cette étude voilà tout à coup nos bourgeois devenus méfiants; ils s’imaginent que l’on en veut à leur porte-monnaie et que.de plus, leur enfant va perdre du temps.Dans leur esprit, le solfège c’est la lecture, laquelle s’apprend petit à petit en travaillant l'instrument.Le point capital pour eux est que leur progéniture joue le plus tôt possible "quelque chose” à leur entourage ; tout le reste est secondaire.Cette déplorable conception de 1 enseignement musical n’aurait pas une suite si commune, et l’élève ne serait pas si souvent engagé dans la mauvaise voie, si le professeur y mettait le hôlà au début des leçons.Malheureusement la plupart du temp sil n’ose le faire de crainte de perdre le bénéfice des leçons.Il y a un instant nous parlions de personnes qui se lassaient de la musique, reconnaissons néanmoins qu’à côté de l’amateur qui abandonne la pratique de son instrument il y a celui qui au contraire persiste toute sa vie.Il n’est pas rare de voir des personnes ayant dépassé la soixantaine continuer à prendre des leçons, non pas comme lorsqu’elles étaient enfant, mais pour être sûres que l’exécution de leur répertoire ne contiendra pas de fautes d’interprétation qui feraient jaser les bons amis à qui l’on se fait entendre.Ce que ces amateurs attendent de leur maître, c’est un vernis artistique qui les mette à l’abri des méchantes langues.Comme nous le voyons, l'art ne préside pas de très haut à ces exercices, il ti’y faut voir qu’une simple et douce habitude de rentiers.Pourtant cette habitude devient moins douce quand ces amateurs se réunissent pour faire de la musique d’ensemble; on entend alors les oeuvres les plus belles rendues méconnaissables, on voit aux répétitions d’orchestre cinquante exécutants s’acharner à défigurer les chefs-d’oeuvre de la musique.* * * Vojrons maintenant ce qu’il en est du solfège de l'autre côté de la barrière, je veux dire chez les professionnels.Allons tout de suite jusqu’au bout de la vérité en disant que même chez eux l'enseignement du solfège laisse à désirer.Nous allons voir pourquoi et comment.Dans tous les conservatoires les élèves sont tenus de suivre une classe de solfège.Certes, cette mesure est excellente, mais ce qui l’est moins c’est le travail que l'on y fait, non à cause des professeurs mais du programme imposé par l’administra- 152 LA MUSIQUE tion, programme dont il ne faut pas sortir sous peine d’être disqualifié.De plus, pour les classes de solfège, les directeurs de conservatoires forment assez facilement les yeux sur l’assiduité des élèves.Voici un fait significatif : Au conservatoire de Paris la classe de solfège des instrumentistes à vent (c’est-à-dire la plus importante de l’école puisque c’est elle qui prépare les ouvriers d’art que le public est appelé à entendre tous les jours dans les théâtres et concerts) est restée pendant plusieurs années sans professeur titulaire.Il y avait bien un suppléant, non appointé, qui venait quand il n’avait pas autre chose à faire, mais le plus souvent c’était les élèves qui ne venaient pas.Hélas ce qui se passe à Paris se passe, avec aggravation, dans d’autres conservatoires.Un de nos amis qui vient de diriger pendant un an un conservatoire de province nous disait que durant cette année-là il avait eu comme principale préocupation : corriger l’injustesse des voix et des instruments.Pour cela il visitait souvent les classes, signalait le défaut aux élèves, disait aux professeurs ce qu’il fallait faire pour arriver à mieux.Rien n’y fît, l’année se passa sans amélioration, on continua, on continue et on continuera sans doute longtemps à chanter désespérément faux daus ce conservatoire ! Pourquoi ?simplement parce que les professeurs ne se doutaient pas que l’on puisse chanter ou jouer juste, et ils ne s’en doutaient pas parce que, par leur éducation insuffisante du solfège et par leurs habitudes professionnelles, ils n’avaient jamais songé à ce détail : la justesse ! Et notre ami d’ajouter: le musicien célèbre qui a dit que l’on chantait faux en France adit une cruelle vérité, mais qu’aurait-il dit s’il avait entendu le conservatoire en question ! ! ! Mais laissons la province et revenons à Paris.Examinons le travail d’une classe quand elle marche régulièrement Y fait-on suffisamment l’éducation de l’ouïe?nous affirmons que non et nous en avons la preuve en constatant la difficulté que l'on a à jouer et à chanter juste dans la plupart des théâtres.Si l’oreille des exécutants avait été exercée méthodiquement pendant les années d’étude, cette oreille serait plus sensible ef par discipline inconsciente les chanteurs s’écouteraient, les exécutants s’accorderaient avec soin sans qu'il soit besoin de la traditionnelle recommandation du chef d’orchestre.Les instrumentistes n’auraient plus ainsi, comme cela se fait encore dans de grands orchestres, l’humiliante corvée de passer à la file indienne devant le chef et son diapason pour y “prendre le la," c’est-à-dire pour y être soi-disant accordé (nous disons “soi-disant” parce que sur la plupart des instruments à vent on peut faire entendre le “la’’ exactement au diapason et jouer fausses les autres notes).Les chefs d’orchestre devraientsa-voir que jouer juste ou faux dépend surtout de la conscience artistique de l’exécutant et que l'accord fait avant la séance est une précaution inutile (sic).Si vous assistez à cet accord vous verrez, par exemple, le hautboïste enfoncer ou tirer à plusieurs reprises son anche d'un millimètre jusqu'au moment où le chef juge le “la’’ bien au diapason, puis, pendant que l’opération de l’accord se continue avec d’autres instrumentistes, le hautboïste retire délicatement son anche de l’instrument et la serre précieusement dans sa boîte avant de monter à l’orchestre.Voilà la co- LA MUSIQUE 153 médis qui se joue avant chaque concert., L'instrumentiste qui s écouté et pense à jouer juste y arrive; c’est là affaire d’entraînement et de discipline intérieure.Mais cette discipline, une des formes de la probité artistique, se prépare, se cultive comme tout le reste, et son champ d’action est la classe de solfège.C’est pourquoi si dans cette classe les instrumentistes à vent étaient exercés à entendre des intervalles plus petits que le demi-ton, la justesse dans les orchestres y gagnerait.Pour les instruments à cordes c'est différent, ceux-ci sont propres à subdiviser à l’infini le demi-ton, l’exécutant est familiarisé avec les moindres différences de diapason, par conséquent s’il joue faux c’est par négligence plutôt que par manque d’éducation de l'ouïe.Passons à l’enseignement de la lecture musicale.Ici rien de particulier à dire, la lecture est une chose si importante, si indispensable au musicien qu’il n’y a pas pour ainsi dire de professionnel qui lise mal.Dès qu’un instrumentiste commence à travailler sérieusement il est constamment obligé de déchiffrer, si bien qu’il arrive au conservatoire à peu près formé do ce côté-là.S’il den trouve néanmoins qui lisent mal c’est qu’ils n ont pas eu de bons principes de leur premier professeur de solfège (celui-ci ne leur aura pas fait comprendre l’importance qu’il y a à lire à l’avance) ou bien que leurs yeux ont un défaut originel, défaut que l’exercice de lecture ne pourra que seulement atténuer.Aussi les person-nesquilisentmallamusique ne lisent pas mieux dans un livre quelconque.* * * A ce propos nous faisons remarquer le ridicule d’une tradition qui se perpétue à l’encontre du plus élémentaire bon sens.Tous les jours il y a des concours pour l’obtention de places dans les grands orchestres, concours où l’on fait déchiffrer des artistes qui ont dix ans de pratique.Même si ces concurrents avaient commencé à faire de l’orchestre sans savoir lire du tout, ces dix années de pratique le leur auraient appris.Donc, à moins qu’ils ne soient aveugles, ils doivent tous, avec plus ou moins de facilité, lire très suffisamment.C’est pourquoi l’épreuve de déchiffrage pour ces concours spéciaux est une vieille coutume désuète ; on lui donne une importance qu’elle ne mérite pas et par conséquent elle fausse les jugements des jurys.En réalité, le meilleur lecteur n’est pas forcément le meilleur et le plus consciencieux des instrumentistes, sa supériorité est le déchiffrage mais ce n’est pas là ce qui importe le plus dans un orchestre.* * * Revenons à notre classe de solfège et voyons ce qu’on y fait comme théorie musicale.Selon nous ou ne fait qu’effleurer cet enseignement, on n’y étudie que ce qui est tout à fait indispensable pour exécuter mais lion interpréter les oeuvres (ce qui est un peu différent.) Par exemple la vraie raison d’être de la barre de mesure n’y est pas expliquée et partant le “temps fort” continue à fausser le bon sens des élèves doués.Du rythme on n’en parle que vaguement et encore pour le confondre avec la mesure.Dans les classes des conservatoires aussi bien que dans les orchestres le verbe “ rythmer ” ne veut pas dire autre chose que marquer le soi-disant «temps fort;».Comme cela est loin de ce qui devrait être.Les signes qvii servent à l’interprétation musicale (nuances, ac- 154 LA MLSIQUE cents, termes ) sont bien expliqués dans les manuels mais, comme cette partie de la théorie ne fait pas partie des questions posées aux examens, elle est généralement moins étudiée dans les classes que les autres parties.Combien y a-t-il d’instrumentistes et de compositeurs qui ne connaissent pas suffisamment la signification de tous les signes ?Conséquence : l’instrumentiste trahit la pensée du compositeur et d’autres fois le compositeur se trahit lui-même par une notation défectueuse.J’ai sous la main une partition où je trouve une accentuation notée ainsi , Comment veut-on que l’exécutant s’y reconnaisse ?un des signes signifie «attaquer et diminuer » ; l’autre signifie tout le contraire « tenir le son sans le diminuer ».* * * Tant qu'aux formes musicales il n’en est soufflé mot dans aucune classe de solfège.Mais, me dira-t-on, les formes musicales sont du domaine de la composition et non du solfège ?En deux mots on va comprendre la faiblesse de cette réplique.Développer l’ouïe, travailler la lecture, apprendre à connaître les signes qui servent à la notation musicale, cela constitue la partie matérielle de l’interprétation.On peut être très fort sur ces notions, on peut exécuter textuellement ce qui est écrit et ne rien comprendre à la musique, si on l’exécute comme un perroquet.Or, pour comprendre et goûter les oeuvres il est indispensable de suivre les intentions des auteurs.Ce travail délicat d’analyse devrait être le propre du conservatoire; les élèves devraient être habitués à analyser les oeuvres tout en les interprétant ; cela guiderait d’ailleurs l’exécutant pour les respirations et pour les coups d’archet.Se rendre compte du ton et des modulations des phrases, les ponctuer logiquement et non au hasard.En un mot.chercher à saisir les idées du compositeur et les exprimer avec le relief qui leur convient.Tout cela l’exécutant des orchestres devrait le savoir car alors il écouterait ce qui se fait ailleurs qu’à son pupitre, et de lui-même il se ferait un scrupule de s’effacer quand la partie principale est chez son voisin.C’est pourquoi un cours de solfège ne devrait pas avoir pour seul but un examen ou un concours mais bien l’interprétation intelligente et soignée des maîtres de la musique.Le jour où il en sera ainsi les interprètes comprendront mieux les oeuvres ; par cela ils en auront une joie artistique plus sensible qui se communiquera au public pour le plus grand bien et la gloire de la musique.E.Stiévenard» LA MUSIQUE 155 Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d’un amateur PAR H.LcVASSEUR Collige fragmenta ne pereant ! M.Gustave Gagnon, né à la Riviè-re-du-Loup(Louiseville) le 6 novembre 1842, était donc de huit ans plus jeune que son frère ainé, Ernest.En 1860, à sa dix-huitième année, on le trouve à Montréal, en veine d’embrasser lui aussi la profession musicale, avec M.Paul Letondal, son beau-frère, comme professeur.Au bout de quatre ans, il était appelé à devenir organiste à Québec à l’église Saint-Jean-Baptiste.C’était en 1864.Au physique, taille moyenne, plutôt trapue qu’élancée; je ne pourrais en faire de plus exacte description que celle de M.Arthur Letondal dans la Revue Moderne du 15 juin 1921: “S’il vous est jamais donné”, dit M.Letondal, “d’observerun jour par les rues de Québec, un homme marchant d’un pas robuste et guilleret, le noeud de sa cravate au vent, perdu dans le rêve, fredonnant parfois un thème qui l’obsède et tiré à chaque instant de sa rêverie pour saluer les passants qu’il rencontre et qui tous semblent leconnaître, ne croyez pas que ce soit un député, ou un politicien quelconque.Les politiciens connaissent à vrai diie beaucoup de monde, mais ne sont pas rêveurs.Us ruminent d’habitude autre chose que des thèmes musicaux.Leuruoeud de cravate est soigné.comme leur attachement au parti.Cherchez plutôt chez les artistes.ce doit être Gustave Gagnon.” Cette disposition à subir l’influence d’une impression, à rester au mo- ment le plus imprévu, complètement à l’écart de ses environnements, lui a joué quelques fois de mauvais tours, soit au piano d’accompagnement, soit à la direction de l'exécution d’une partition pour choeurs et orchestre, où choeurs et orchestre étaient solides au poste.Comme son frère Ernest, il n’était pas pianiste virtuose, et je ne me rappelle pas l’avoir vu paraître en concert comme pianiste soliste.En 1870, il fit un voyage en Europe et en revint en 1873 pour reprendre son poste d’organiste à l’église Saint-Jean-Baptiste et de directeur de l’Union musicale.Il visita la France, la Belgique et l’Allemagne: il eut commeprofesseurs à Paris Alexis Chauvet, organiste à l’églisede la Trinité, et Antoine Marmontel.A Liège, au Conservatoire, il fut élève de Toussaint Radoux pour l’harmonie, et d’Etienne Ledent pour le piano.A Leipsig, il étudia avec Louis Plaidy et l’organiste Paperitz.I)e retour à Paris, Gustave Gagnon fit la connaissance de Camille Saint-Saëns.Parmis les élèves qu’il forma furent Joseph Dussault, ancien organiste de Notre-Dame de Montréal, qui décédait il y a quelques mois, Léopol Morin, ce jeune talentueux pianiste, et Henri Gagnon, son fils, qui lui succéda en 1915 comme organiste de la Basilique.Gustave Gagnon a à son crédit plusieurs compositions pour le piano et pour l’orgue dont la plupart ont été publiées. LA MUSIQUE 156 A noter tout particulièrement parmi ces œuvres, la Marche Nocturne (1873), composition à laquelle l’auteur a su donner un cachet marqué d’originalité et de distinction.Citons aussi, Soxovenir de Leipsig, valse de concert dédiée à Mademoiselle Sewell (1864) ; Gavotte, dédiée à Frédéric Archer (1890) ; la Messe royale de Dumont, harmonisée pour quatre voix mixtes, pour la célébration de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, en 1880, et exécutée sous sa ont été orchestrées depuis par M Joseph Vezina.M.Gustave Gagnon a épousé Mademoiselle Séphora Hamel, fine ainée de feu Abraham Hamel, |’un des chefs de la maison Hamel Frères, qui pendant des années fut l’une des têtes du commerce de nouveautés de gros à Québec.De ce mariage sont issus Cécile, aujourd'hui l’épouse de l’hon.Jean Côté, membre du cabinet de la province d’Alberta, résidant à Edmond- M.GUSTAVE GAGNON direction à la messe en plein air qui fut célébrée sur les plaines d’Abraham.Deux Marches pontificales, pour piano ou orgue, l’une écrite en 1886 à l’occasion de l’élévation de l’archevêque de Québec, Mgr Taschereau, au cardinalat ; l’autre dédiée à Mgr L.-N.Bégin, à l’occasion de son intronisation comme archevêque de Québec en 1896.Ces deux marches ton ; Jeanne, aujourd’hui veuve de M.L.E.O.Payment, avocat ; Paul, comptable au ministère des travaux publics à Ottawa, qui a épousé Mlle Gobeil, fille de l’ancien sous-ministre des travaux publics, et Henri, qui, comme je l’ai déjà dis, a remplacé son père en 1915 comme organiste à la Basilique de Québec et qui a épousé le 18 novembre 1916, Mlle Marie-Plugénie Dorion, fille du juge C- K- LA MUSIQUE 157 Dorion, do la cour supérieure, et petite-fille par sa mère de Alfred Paré, du Septuor Haydn.Henri Gagnon fit un séjour d’étude à Paris, de 1907 à 1909, où il suivit les cours d’orgue, de plain-chant ut d’improvisation d’Eugène Gigout durant la première année, et l’année suivante il s’adressa à Isidore Philipp pourle piano, à Gastoué pour le chant grégorien tel qu’usité dans les éditions officielles, et à Charles-Mario Widor, qui consentit à lui donner nombre de leçons particulières sur ses célèbres symphonies d’orgue.Gustave Gagnon est aujourd’hui à la retraite après avoir été dix ans organiste à l’église Saint-Jean-Baptiste et quarante ans organiste à la Basilique de Québec.Ce qui, bien compté, lui fait un demi-siècle comme organiste et professeur de solfège, piano et orgue.A l’exception de Georges Hébert, organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste depuis 1876 jusqu'à 1916-17 (qui eut comme successeur M.Arthur Bernier, ci-devant organiste à l’église Saint-Sauveur), la famille Gagnon a tenu alternativement, depuis 1864-65, les orgues des églises Saint-Jean-Baptiste et de la Basilique de Québec.Le chef de la famille, Charles-Edouard Gagnon, était notaire.Il semblerait que la plus positive des professions dites libérales aurait une influence physiologique toute particulière sur la production de musiciens.Frédérick Glackemeyer, flûtiste, était notaire; notaire aussi est Cyrille Tessier, ce phénoménal type de vigueur juvénile, tout nonagénaire qu’il soit, et qui fut un amateur de marque ; Octave Pelletier, organiste distingué de Montréal, est notaire ; Octave Chavigny de Lachevro-tière, flûtiste-virtuose, était notaire ; Jacques Auger, notaire, jouait du violoncelle ; William Campbell, l'un des fondateurs du Septuor Club, était excellent violoncelliste, quoique notaire ; son fils Noble, aussi notaire et ancien associé de Jacques Auger, est violoniste ; l'un des fils de M.Art.Lavigne, tout notaire qu’il soit, exerçant dans l’Abittibi, est très bon flûtiste ; notaire aussi, Louis Leclerc, qui fut l’un des fondateurs de l’Union musicale, possède une très belle voix de baryton et n’a jamais manqué de prêter son concours à maint concert.De tous ces faits, je ne concilierai pas que pour devenir musicien, il importe de se faire notaire, ce serait forcer la note ; mais il est assez bizarre de constater que la plus prosaïque des professions porte autant de ses membres vers la plus idéale des mentalités.(à suivre) N.LeVASSEUR 158 LA MUSIQUE MUSIQUE D’ÉOLISE Le Cantique grégorien Nous reproduisons ci-dessous une étude des plus intéressantes sur le Cantique grégorien, publiée par le maître Vincent d'Indy en tête des Selecta cantica de l’abbé F.Brun.A vrai dire, c’est plus et mieux qu'une dissertation sur la question spéciale du Cantique grégorien : en réalité, c’est toute la question, plus actuelle que jamais, du Cantique populaire qui est traitée en un vigoureux raccourci par le maître respecté, en ces quelques pages.Et elle l’est avec une hauteur de vues, une netteté et une vigueur d’expression qui ne laissent rien à désirer.Depuis qu’après deux siècles environ d'abandon, on s’est décidé, sur l’initiative de Charles Bordes, à s’occuper de la musique d’église, la question de la rénovation du cantique en langue vulgaire a paru se dresser comme un problème pour les uns, comme un épouvantail pour d’autres.« Comment, on voudrait toucher à nos « vieux cantiques, à ce trésor de la foi popu-« laire, à ces entraînantes mélodies qui, «depuis des temps immémoriaux.,etc , etc., « vade retro ! Ce serait un sacrilège ! » Qu’est-ce donc, à examiner de près, que ce bloc intangible, quelle peut être son ancienneté, comment s’est-il formé ?A très peu d’exceptions près,nos soi-disant vieux cantiques ne remontent pas plus haut que la fin du XVIIIe siècle ou le commencement du XIXe, époque où, comme on le sait, la foi s’était, hélas, considérablement altérée.Les mélodies qui composent ce trésor musical ne sont autrechose que, soit des airs d’opéras-comiques connus, soit des airs à danser ayant souvent servi à cet usage, soit enfin (et c’est le plus grand nombre) des timbres de chansons de beuverie,aux paroles licencieuses, parfois même blasphématoires, puisés, pour la plupart, dans la « Clef du Caveau » ou autres recueils de chants après boire du XVTTIe siècle.Le plus connu des cantiques parodiés suides airs d’opéras est le fameux : Reviens, pécheur, à ton Dieu qui t’appelle, dont les véritables paroles sont loin d’être de la poésie sacrée.La musique ne peut en passer pour ancienne puisqu’elle est tirée d’Ariodant, opéra que Méhul fit représenter dans les der nières années du Directoire ; mais on peut se demander s’il était bien utile de faire, de cet air profane, le type d’un chant de Pénitence.Il est certains autres cantiques — et en beaucoup plus grand nombre qu’on pourrait le croire — dont la musique est empruntée à des chansons à boire du temps de Louis XV, et dont je rougirais de transcrire ici les textes originaux, car, à notre époque, où l’on n’est cependant pas bien difficile sur la matière, on n’oseiait les risquer, même, au music hall ! Mais il v a peut-être encore pire que cela, dans le faisceau des vieux cantiques dits populaires, c’est le foisonnement de mauvaise musique, de musique vénéneuse qui — sous le couvert de la popularité— vient s’étaler à l’église avec impudeur.Les exemples fameux ne me feraient pas défaut.Cependant, de ce que le répertoire religieux en langue vulgaire est pauvre et près que toujours accolé à de la mauvaise musique, faut-il en inférer que le cantique français doive être délaissé par lescompositeursl — Bien loin de moi cette pensée ! Mais pour que le cantique français puisse être digne du rôle qu’il est appelé à remplir certaines conditions sont nécessaires, je pourrais même dire indispensables.Ces conditions sont au nombre de trois.Le cantique doit être : musical, religieux, populai re. LA MUSIQUE 159 1 En disant que le cantique doit être mu-sica(j j’entends qu’i! ne doit introduire à l’église que de la bonne musique.— En effet, si l'art bien compris est ce qui peut nous rapprocher le plus de l’idéal divin, il va de soi que le langage sonore employé pour chanter la prière des hommes et la louange de Dieu, résumé l’expression de ce que l’artiste trouve en son âme de meilleur et de plus élevé, c’est-à-dire de la bonne musique.__ En dépit des actuelles théories, répandues par les impuissants, les paresseux et les snobs, tendant à dire qu’il n’y a ni bonne ni mauvaise musique, j’ai la certitude que tous les vrais musiciens me comprendront.Cette première condition bannit de l’église toutes les élucubrations, genre : « Minuit chrétiens.» et autres.2.Le cantique doit être religieux.Sans avoir besoin d’invoquer les ordres formels du Saint-Père Pie X, contenus dans son Motu proprio de 1903, il tombe sous le sens que le cantique doit être empreint d’un sentiment de foi véritable, de façon que, ni les paroles, ni la musique puissent détonner dans le saint lieu, mais qu’au contraire elles y trouvent leur place naturelle.Cette seconde condition condamne les chants où sous l’étiquette populaire, le compositeur cache un sentiment de vanité pio-pre ou un calcul de profit.Elle condamne également les arrangements de fragments svmphoniques ou dramati pies qui n’ont point été faits pour l’église et surtout les adaptations choquantes — style : Méditation de Thais — dont certains musiciens, illustres par ailleurs, n'ont pas su se défendre.3.Le cantique doit être populaire : et par populaire je n’entends surtout point dire populacier, mais seulement ceci que le cantique doit être accessible, aussi bien comme compréhension que comme exécution, à tous les gens simples, croyants, dénués d’orgueil et de snobisme, bref à toutes les âmes de bonne volonté.Et cette troisième condition proscrit naturellement tous les « articles maître de chapelle » (très comparables aux « articles de Paris » des magasins de camelote) où tel tenancier de tribune ou de chœur dépose périodiquement les fruits de son inexpressive fécondité.« Mais », pourra-t-on peut-être demander, < où trouver le moyen de réunir ces trois conditions dans une pièce relativement assez courte 1 » Ce moyen, vous le trouverez facilement dans l’étude du Chant grégorien, qui est le véritable cbant de l’Eglise.Pour peu que vous ayez compris ces admirables mélodies, ordonnées avec une si par faite science des proportions et cependant libres de toute entrave harmonique ou mesurée, si vous avez bien su pénétrer le sens de ces monuments d’un art élevé, pieux et naïvement expressif, art qui ne saurait être comoaré qu’à celui des nefs romanes et des fresques décoratives des premiers âges de la peinture, vous n’aurez pas besoin d’aller bien loin chercher d’autres modèles Mais, entendons-nous ; ce terme de « modèle » éveille généralement une idée de copie qui est bien loin de ma pensée.En art, il faut savoir étudier les modèles, mais jamais les copier, ce qui serait du travail inutile et infécond.- - Si j’ai parlé de modèle, j’ai voulu dire que cet art grégorien, dans lequel nous pouvons retrouver les principes et les formes même de notre musique la plus moderne, réunit également les conditions énumérées plus haut pour constituer de bons cantiques.Il est de la bonne musique, puisqu’on lui est le principe même de toute musique.Il est religieux, puisqu’il est éclos dans les monastères, aux siècles de foi, et que son seul but a été la célébration de l’oftice.Il est, enfin, populaire, puisqu’il s’adresse à tous les fidèles et qu’il se prête à être interprété avec la plus grande facilité par eux, qu’il soient lettrés ou illettrés en musique.il/.d’Indy termine en indiquant deux façons de comprendre et de traiter le cantique à base grégorienne On admirera avec quelle conscience artistique, quelle clarté bien française M.(IIndy résout la question des cantiques dits “traditionnels’ ’ et dits “populaires’ ’ et de même avec quelle autorité sûre il définit les conditions maîtresses d'un renouveau du cantique français. 1G0 LA MUSIQUE @=- L E C II À N T - - Comment chanter les demi-teintes?Avec le moins de souffle possible et le plus possible d’articulation, de timbre ; parlez votre phrase, dites-la légèrement, mais en portant la voix à distance, et quand vous tenez le son bien étendu, bien porté et bien dégagé, chantez en gardant la même attitude vocale.Pour bien chanter la demi-teinte, il faut la parler en musique.Beaucoup de jeunes chanteurs poussent sur la demi-teinte et retiennent d’autres part la voix ; c’est s’exposer au chevrotement et aux nodules vocaux, aux durillons.De plus, ces demi-teintes, qui satisfont peut-être le chanteur et son entourage immédiat, n’ont aucune portée et aucune délicatesse.Quand vous savez porter votre voix légèrement et sans effort, en douceur, à vingt ou trente mètres, il vous suffira de parler tonalement, c’est-à-dire de prendre l’intonation du chant au lieu de celle du langage, pour produire le maximum d’effet vocal avec le moindre effort, et l’effort ne doit jamais se faire sentir, ni au chanteur ni à l’auditeur, dans la demi-teinte.Les sons filés Filer les sons est un excellent exercice lorsque le chanteur s’applique à filer le son de toute sa voix, c’est-à-dire quand il sait garder, à travers les variations d’intensité du son, la même justesse, la même portée et le même timbre.==® Mais il n’en va pas souvent ainsi.Demandez à un chanteur de filer un son, le plus souvent le début va être rapproché, mal porté raccourci et la voix ne s’allongera que dans le forte ; ie timbre, pauvre et mince au début, changera et se colorera à mesure que la voix s’ouvrira ; souvent aussi, dans le forte, la tonalité baisse ou monte.Ce n’est pas filer correctement le son.Pour bien filer, il faut que d’emblée la voix prenne sa justesse, sa portée et son timbre, et ne varie plus quant à ces qualités ; seule l’intensité, la puissance, l’ampleur du son pourront changer.En d’autres termes, quand vous filez un son, la portée, la justesse et le timbre ne doivent pas changer du piano au forte, la force seule varie.• P.Bonnier (La voix et sa culture physiologique) PENSÉES L’éducation de l’oreille est ce qu'il y a de plus important.Habituez-vous de bonne heure à reconnaître les gammes et les tonalités.Comparez entre eux les sons qui frappe votre oreille et sachez les distinguer R.Schumann En musique, arranger est souvent le synonyme de déranger.Léon Gatayes LA MUSIQUE 161 Lettre de -î- EUX raisons m’ont fait hésiter, lorsqu'on m’a prié de devenir le correspondant de « La Musique » : j’avais peur des compliments.car c’est terrible de se faire présenter comme un personnage compétent, lorsqu'on sent en soi-même qn’on a tout juste assez d’expérience, de connaissances et de discernement pour ne pas écrire de trop grosses bêtises.Mais j’avoue que cette première raison ne m'aurait pas trop effarouché, car, avec les années de métier, on acquiert de l'audace.C’est la seconde raison qui me rend autrement craintif, et le pire c’est que je n’y puis rien, quoique je fasse.Je me demande même si je dois vous la dire ?Pourquoi pas, après tout, puisqu’il n’y a rien de tel que la franchise.Eh! bien, allons-y, du courage, morbleu ! J'ai donc hésité à devenir votre correspondant, principalement parce que je suis Montréalais, et.malheureusement, je sais ce que cela veut dire que se déclarer trop franchement "métropolitain ” à Québec.Ouf ! en voilà un aveu qui m’a coûté ! Enfin, c’est fait, et pour me faire pardonner tant de brutale franchise, je vais commencer par débiner un peu mes concitoyens.Tant pis.s’ils ne sont pas contents ! D'abord, je vous écris dans le train, sur mes genoux, au fil du crayon, sans me soucier de la splendeur du paysage qui, panorainiquement se déroule sous mes yeux, - et, je supplie le typo d’essayer de déchiffer mon grimoire sans trop jurer et de ne pas parsemer cette lettre de trop de coquilles.Quand on attend au dernier moment pour rédiger sa lettre, et qu’on se décide à l’écrire dans le train, en allant la porter soi-même, c’est rudement difficile de faire de la littérature.Aussi, causons, sans prétention.Eh ! bien oui, je vais à Québec ce soir, et comme je n’v passerai que quelques instants, tout juste le temps de serrer la main à l’éminerit artiste qu’est Edmond Clément, pour repartir immédiatement, j'espère que les directeurs de "La Musique” ne m’en voudront pas de ne leur avoir laissé que mon manuscrit, au lieu d'aller causer amicalement avec eux.Mais, revenons à nos moutons ; il en est grand temps, et débinons, dare, dare ! Donc, Montréal, malgré son titre de Métropole, avec un "M” majuscule, et sa grosse popula- (Quelque part entre Montréal et Québec, le 28 septembre 1921.) tion, peut avoir plus de concerts, d’opéra et de théâtre que Québec, mais n’est pas plus “artistique” pour cela, au contraire.D'abord, nous n’avons pas d’orchestre, même d’amateurs, et ce n’est que depuis cette année que nous avons une salle de concert, à peine suffisante, avec le théâtre Saint-Denis.On me dit qu’à Québec, vous avez deux orchestres qui font du bon travail, et je sais que vous avez l’Auditorium.C’est qu’à Montréal, les instrumentistes de valeur sont tous engagés dans les théâtres et les gros “scopes”, où ils jouent sept jours par semaine.Comment voulez-vous qu’ils prennentle temps de répéter, de travailler?Mais, il y a aussi le public.Il se peut qu’il y ait des “snobs” à Québec, mais il n’y en a sûrement pas autant que dans ma chère métropole.Chez nous, aux grandes auditions, on a la rage d’arriver en retard.Nous avons eu des concerts à onze heures, le soir, et nous avons vu de belles dames, toutes nues, ou presque, venirétaler leur anatomie, grasse ou maigre, à minuit ou minuit et demi, au grand mécontentement de leurs voisins quelles dérangeaient.Chez nous, à Montréal, on annonce que le concert doit commencer à 8 h.30.On ne commence qu’à neuf heures, mais les premiers numéros du programme se perdent dans le fracas des strapontins qu’on abaisse.C’est charmant ! Chez nous, à Montréal, on joue fort bien du bon théâtre français dans une petite boite ne payant pas d'apparence, et les directeurs, pour faire un peu d’argent, et vivre, sont forcés d’encourager le public à mâcher de la gomme ou à manger pendant les actes, en laissant vendre des provisions, aux entr’actes.Entendre du Brieux, du Lavedan et du Pierre Wolf, en mangeant, c’est nouveau genre ! Mais, c’est aussi la faute aux autres, à ceux qui savent que c’est après le théâtre qu'on soupe.Ils préfèrent alkr passer leur soirée au théâtre anglais ou dans les cinémas de luxe où on leur sert du vaudeville frisant le burlesque ou le grotesque, et des extraits lyriques capables de faire frémir dans leur tombe les auteurs.Ca coûte plus cher, mais quand on est «snob» on aime mieux payer cher que bon marché.On expose des toilettes, et l’on diminue son intelligence, mais qu’est-ce que cela peut bien faire ? 162 LA MUSIQUE Evidemment, je ne sais pas comment les choses se passent à Québec, mais il est certain qu'il doit y avoir une différence.En tout cas, je crois en avoir assez dit pour me faire "pardonner” mon titre de Montréalais, trop heureux si je ne me fais pas lapider par les miens lorsque le prochain numéro de "LA MUSIQUE” sera paru ! Toutefois, ne me jugez pas trop mal.Je ne suis ni mauvaise langue, ni traître ; j’ai dit la vérité et je me suis confié comme on agit d'ordinaire avec des amis.La prochaine fois, nous causerons d’autres choses.La saison des concerts battra son plein, et je m’engage à ne pas écrire sur mes genoux.A bientôt.Gustave COMTE.La Vie musicale à Paris Dans mes précédentes correspondances je me suis occupé de renseigner nos lecteurs sur les projets de l’Opéra et de l’Opéra-Comique.Vous pourriez bien apprécier l’importance de la saison prochaine.O Trianon-Lyrique, guidé par le sympatique M Louis Masson, sera à la hauteur de sa tâche car les nouveautés et reprises promettent une saison brillante.Il y aura vraiment du sang dans le répertoire.Non seulement l’opéra-comique, mais les opérettes également vivront leur jour.Les frais, les charges et les acquisitions artistiques n’empêcheront pas l’habile directeur d’assurer A nouveau des succès retentissants.Il y aura aussi des créations comme La Poule au Pot, opéra-comique de M.Malherbe sur un livret de M.Henry Fabert, et une opérette dont l’auteur est M.Saint-Georges.Le doyen des musiciens français, le vénérable M.Camille Saint-Saëns, aura les honneurs musicaux avec Proserpine et Phrynê.Geox-ges Bizet sera placé sur les affiches avec La jolie Fille de Perth, et les Pêcheurs de Perles.Nous entendrons Le roi l’a dit de Delibes et Dinorah de Meyerbeer.Boieldieu lui-même trouvera une place honorable avec La Dame Blanche et Les Voitures Versées.L’exquis Le Médecin malgré lui, de Gounod, et Philémon et Baucis, du même auteur, nous sont promis.Enfin une reprise de L’Amour Tzigane, qui dans le passé jouissait des recettes, promet d’attirer des foules.Le répertoire étranger contribuera à la variation des spectacles.Jeannot et Colin (Nicolo), Le Barbier de Séinlle (Rossini), Le Mariage Secret et Astuce Féminine (Cinarosa)et La Servante Maîtresse dePergolè-se assureront le succès de la saison.* .# # En dehors de ce que j’ai annoncé, l’Opéra vient d’ajouter d’autres nouveautés pour la saison prochaine.Est-ce que M.Rouché sera capable de remplir ses promesses ?Avec un budjet maigre, les frais s’annoncent formidables.On espère de faire recettes.Le public devrait donner son appui au courageux directeur de la Salle Garnier ; contrairement, je vois un avenir précaire.Espérons pour le mieux et tâchons d’éviter le pessimisme.Je reviens aux nouveautés : Les deux pigeons de M.Massager et les reprises de Lohengrin et d'Othello donneront un éclat à la saison.Joseph de Valdor Paris, Septembre 1921. LA MUSIQUE 163 Le récital OICI que commence l’opulente floraison musicale qui s’épanouira sous les soleils électriques de nos salles de concerts.Elle ne pouvait mieux débuter que par le récital Clément.Le tout Québec artistique s’était donné rendez-vous pour entendre et applaudir l’éminent ténor français.L’Auditorium regorgeait.Réentendre un représentant de l’école française de chant si distinguée de diction, de style et d’interprétation, c’était sans doute le rêve universel : il est devenue réalité.Clément a tenu sous le charme, une heure et demie durant, son auditoire, en donnant la plus exquise leçon de chant.Il n’aurait pas de voix que cet artiste trouverait le moyen de s’imposer par la netteté de sa diction, la chaleur de son jeu.la vivacité expressive de sa physionomie et l’admirable justesse d’expression, qui ne dépasse jamais la mesure.Il semble que Clément renoue la tradition des ténors genre Adolphe Nourrit, de l’ancienne école française, dans la première partie du siècle précédent.Le contrôle absolu des notes supérieures en voix de tête, l’intelligence scénique et la chaleur communicative de la diction, voilà bien par où brille également l’élégant chanteur que tous ont applaudi.D’autres artistes ont plus de voix, fort peu savent tirer parti, comme lui, de leurs ressources personnelles, et aussi donner aux pièces de caractère différent qu’ils ont à rendre leur véritable physionomie.C'est une méprise assez répandue de classer les voix d’après l’étendue et de saluer “ténor” quiconque peut atteindre et donner de temps en temps telle note élevée.Que de barytons mués en ténors ont brigué les suffrages et tablé sur la vogue des notes aiguës données en puissance ! Ne fut-ce pas un peu le cas de Caruso ?Le chant, pour rester chant, ce que l’italien dénomme le bel canto, doit s’abstenir de ces abus de force et de ces sons poussés avec une violence qui dégénère aisément en brutalité, et le chanteur de tact se doit de mépriser ces succès faciles et ces concessions au mauvais goût.Rien de tel dans l’exécution du programme qui nous fut servi.Par une complaisance dont il faut savoir gré, vu l’intention, Clément avait mis à son programme deux chants canadiens dont il a tiré le meilleur parti possible en l’occurrence.A tout prendre, il eut mieux valu peut-être nous donner de ces mélodies anciennes recueillies par Weckerlin ou Tiersot, que l’éminent ténor excelle à dire.Du moins faut-il avouer qu’il a su donner aux airs connus de Vive la Canadienne et Un Canadien errant une interprétation, charmante pour le premier, émouvante pour le second.De cette amabilité remercions Clément d’abord, et en outre d’avoir choisi comme accompagnateur en sa tournée un jeune musicien des nôtres, encore à ses débuts artistiques, M Auguste Descarries.C’est un beau geste que celui-là et nous en savons gré à l'artiste de cette France où M.Descarries doit sous peu compléter ses études musicales.Clément, pour sa part, aura contribué de la sorte à faciliter la voie à un talent musical prometteur des plus beaux résultats.L’aisance avec laquelle M.Descarries s'est acquitté d’un rôle aussi délicat, aux premiers contacts avec l’auditoire, le chanteur et le programme, donnent l’assurance d’un plein succès dans la tournée qui commence.Nos meilleurs souhaits aux deux artistes.O.Bourdon.M.Joseph Bonnet L’éminent organiste français donnera un récital en l’église Notre-Dame de Lévis le 7 novembre.La chorale de Notre-Dame, sous la direction de M l’abbé Placide Gagnon, donnera le Credo de la messe Pontificale de Perosi, le Sanctns de la messe Hosanna Filio David de Yon, un Pater non ter de Perruchot et une pièce de Capocci.Un salut solennel terminera le concert.A Bienville Dimanche le 2 octobre, la paroisse de Bienville célébrait le 25e anniversaire de sa fondation.A cette occasion, les Chanteurs de St-Domini-que exécutèrent la messe en toi de Théodore Dubois et le Panie Angelica» de César Franck.Le soir, M.Henri Gagnon, organiste de la Basilique de Québec, donna un concert d’orgue avec le concours de M.Georges Gravel, baryton, de Mlle M.-P.Lainé.soprano, et de M.Armand Beaudry, violoniste. 164 LA MUSIQUE LA VIE MUSICALE EN EUROPE Angleterre — Le compositeur finlandais Jan Sibelius, invité par le chef d’orchestre Henry Wood, a dirigé à Londres plusieurs de ses œuvres : Les Océa-nide*, poème symphonique, ses 4e et 5e Symphonies, Finlandia, fantaisie pour grand orchestre et Elégie Tristanesque.— Oeuvres nouvelles : VEcole en Crinoline, un ballet de Eugène Goossens : Mêlée fantastique, poème symphonique d’Arthur Bliss.— Lord Berners travaille à un nouvel opéra-comique, Le Carosse du St-Sncrement, sur un livret tiré de la nouvelle de Prosper Mérimée.— Le baryton américain Werrenrath s’est fait entendre dans les villes anglaises.— Un des meilleurs violoncellistes de l’heure, en Angleterre, est Félix Salmon.La critique anglaise en dit beaucoup de bien.— On annonce la mort, survenue à Londres le 21 du mois dernier, de la célèbre actrice anglaise Mme Charles Calvert.Née en 1836, elle monta sur les planches à l’âge de sept ans.C’est avec les rôles shakespeariens qu’elle fit sa réputation.Allemagne — Le fameux compositeur Engelbert Humper-dinch est mort à Berlin le 26 du mois dernier.Ne' à Sieburg, dans les provinces du Rhin, le 1er,septembre 1854, Herr Humperdinch entra au conservatoire de Cologne sous Ferdinand Heller en 1872.Plus tard à Munich il fut élève de Franz Lachner et de 1877 à 1879 il étudia avec Rhein-berger à l’Ecole Royale de Musique.Il visita Naples, puis rencontra quelque temps après Richard Wagner.Sur l’invitation de ce dernier, il l’accompagna à Beyreuth où il l'aida à la production de “Parsifal” en 1880 et 1881.Humperdinch visita à plusieurs reprises les Etats-Unis.Ses opéras les plus connus sont “Hansel et Gretchel”et “Les Enfants du roi.” — Le célèbre chanteur Josef Mann, premier ténor de l’Opéra de Berlin, est mort de façon tragique.Il s’est affaissé au cours d’une représentation d'Aida et les meilleurs soins ne purent le ranimer.Ce chanteur venait d’être engagé par le Metropolitan de New-York pour la saison prochaine.Italie — On a donné avec succès, au Théâtre Cos-tanzi de Rome, le /loris Oodounow de Moussorgs-ki.— L’opéra tant attendu de Mascagni, U Pi,-, colo Marat, fut représenté l’hiver dernier avec un succès extraordinaire et comparable à celui de Carnlleria Rusticana trente ans auparavant.Un critique italien constate maintenant que le dernier ouvrage de Mascagni n’apporte rien de n niveau.« Les thèmes, écrit-il, sont d’un goût douteux, l’orchestration est chargée, avec abus des batteries L’auteur a taché de faire œuvre moderne et nouvelle en mélangeant la mélopée et la mélodie : vain effort qui n'atteint pas son but.» — Le Cercle des artistes de Turin a organisé un concours pour une œuvre de musiqu?de chambre écrite pour sept instruments au minimum.Oe concours est ouvert à tous les compositeurs, sans distinction de nationalité, le délai fixé expire le 31 décembre 1921.Il y a deux prix: l’un de 5090 lires et l'autre de 3000.Suisse — Avant la guerre, Zurich était un centre musical très actif.Elle l’est toujours si l’on en juge par l’importance des manifestations artistiques qui viennent d’avoir lieu dans cette belle ville.On y a donné une série de grands concerts, avec le concours des chefs d’orchestre les plus réputés.Chacun de ces concerts était consacré aux compositeurs d’une seule nationalité et dirige1 par un chef d'orchestre de ce même pays.Les deux premiers concerts, réservés à la musique allemande (la première soirée, programme d’œuvres classiques ; la seconde, œuvres modernes) furent dirigés par Arthur Nikisch.Au 3e concert, M.Gabriel Pierné fit acclamer les œuvres françaises.Le 4e concert, dirigé par Sir Henry Wood, mit en valeur les auteurs anglais.Le 5e concert, sous la direction de M.Volk-mar Andreac, consistait en une audition intégrale de la Damnation de Faust de Berlioz.Deux opéras, Parsifal et Enlèiiement nu Sérail, donnés au Grand-Théâtre de Zurich, complétaient le programme de ce beau festival.— Les Ballets Viennois ont donné deux représentations au Grand-Théâtre de Genève. LA MUSIQUE 165 , — m- 331- = AUX ÉTATS - UNIS - Chicago La saison artistique, qui s’ouvrira le 14 novembre, promet d’être très intéresssante.On remarque parmi les première* : le célèbre opéra de Prokofieff, l'Amour de Troie Oramjes, qui sera chanté en russe par des chanteurs russes.Bvi-gourotrhka, avec Lydia Lipkow ka dans le rôle titre, et trois ballet': I ri fêle à Robinson, Les Prélude« de Liszt et Lee Créatnree de Proniélhé de Beethoven.On reprendra Salomé, avec Mary Garden, Ramson et iJalilu, avec Muratore, L’heure Espagnole, La Nararrniee et quelques opéras de Wagner : Lee Maître» Chanteur», Tanuhaüser et Tidet au et Irolde, qui seront chantés en allemand pour la première fois depuis la guerre.Dans ces trois derniers ouvrages, le ténor allemand, Richard Schubert, qui a tant fait parler de lui en Europe durant ces dernièr es années, et la basse polonaise, Edouard Lankow, se feront entendre dans les principaux rôles.On donnera durant les cinq premières semaines : Louise.La Toeca, La Bohème, La Traviala, Carmen, Lucia, Roméo et Juliette, I.c Trourère, Le Buriner de Ré rifle.Madame Butterfly Monna Vanna, Riyolr/to le Jonyliur f/e A o/re-/rame.Aida, P Amour de e Troie Rois.Les vingt deux nouveaux artistes sont : Vincente Ballest'r.baryton espagnol du Teatro Reale, de Madrid, qui débutera dans le rôle du Comte de Le Trourère ; Lina Cavalieri, soprano dramatique, qui apparaîtra de nouveau dans Thaïe, La Toeca.Werther et Lee Contes d’Hoffmann ; Jeanne Dusseau, soprano canadienne-française.qui chantera dans Paillasse et Le» Joyaux de la Madone ; Claire Dux, soprano lyrique ; Maria Ivogun, soprano léger ; Nina Ko-shetz, soprano dran at:que russe ; Edouard Lankow, basse polonaise ; Lydia Lipkowska, soprano léger russe; Mary McCormick, soprano américain ; Edith Mason, soprano lyrique américain ; Graziella Pareto, soprano léger italien ; Tino Pat'iera.ténor dalmatien ; Paul Payan, basse française ; Théodore Ritch.ténor russe ; Eleanor Reynolds, contralto ; Antonio Rocca, ténor .Jeanne Schneider, soprano française, qui possède,dit-on, une voixexceptionelle.Richard Schubert, ténor allemand ; Joseph Schwar, baryton russe ; Jérôme Uhl, baryton ; et James Wolf, basse russo-américaine.I.es chanteurs réengagés sont : Georges Bakla-noff, baryto'1 ; William Beck, baryton ; Sallusto Cival, basse ; Maria Clatssens, mezzo-soprano ; Edouard Cotreuil, basse ; Marguerite D’Alvarez, contralto ; Désiré Defrère, baryton ; Octave Dua, baryton ; Hector Dufranne, baryton ; Phiiice Falco, soprano ; Amelita Galli Curci, soprano léger, qui chantera aussi au Metropolitan ; Mary Garden, soprano ; Edward Johnson, ténor ; Forrest Larront.ténor ; Alice d’Her-manoy Lauwers, soprano ; Virgilio Lazzari, basse ; Florence Macbeth, soprano lyrique ; Charles Marshall, ténor dramatique ; Riccardo Martin, ténor ; Margery Maxwell, soprano lyrique ; Jose Mojica, ténor ; Lucien Muratore, ténor ; Marguerite Namara.soprano lyrique ; Constantin Nicolay, basse ; Lodovica Oliviero, ténor ; Frances Paparte, mezzo-soprano ; Irène Pav-loska mezzo-soprano ; Rosa Raisa, soprano dramatique ; Giacomo Rimini, baryton ; Tito Schi-pa, ténor ; Vittorio Trevisan, basse , Cyrena Van Gordon, mezzo-soprano, et Serge Oukrain-sky et Andreas Pavley, pour le ballet.New-York — Le “New-York Symphony ” commencera sa 44ème saison le 20 octobre, sous la direction de M.Walter Damrosh, dont ce sera la trente-septième saison comme chef d’orchestre.Le chef anglais Albert Coates a été invité à diriger dix concerts à commencer du 29 décembre.M.Vincent d'Indy apparaîtra au pupitre pour deux concerts seulement, les 1er et 2 décembre.— L’Orchestre de Philadelphie, dirigé par Léopold Stokowski, donnera dix concerts au Carnegie Hall durant la saison qui commence.— Richard Strauss donnera son premier concert au Carnegie Hall le 31 octobre.Il dirigera ensuite au Metropolitan les 15 et 20 novembre et le 13 décembre.— Alfredo Casella, pianiste et compositeur italien, fera son début à New York le 1er novembre au Carnegie Hall.— C’est Mme Frances Aida qui remplira le rôle de Rosenn dans le Roi d’Ys, dont la premiè re au Metropolitan aura lieu cette saison. 166 LA MUSIQUE ÉCHOS ET NOUVELLES Québec, centre artistique U y a quelque soixante ans les artistes européens qui songeaient à traverser l’Atlantique du côté du Nouveau-Monde prenaient un navire en droite ligne pour Québec.C'est ainsi que nous vinrent le ténor Nourrit, les pianistes Thalberg et Grottschack, les violonistes Ole Bull etMusin, la Trebelli, et combien d’autres célébrités d’alors ! De nos jours, New-York a plus d’attraits pour les artistes étrangers.N’empêche cependant que des étoiles de première grandeur du monde artistique lui préfèrent la voie du Saint-Laurent.Ainsi lors de sa dernière traversée les deux suites royales de I’Empress of Britain, le grand paquebot du Pacifique Canadien, étaient occupées par le prince des ténors français, Edmond Clément, et le roi des barytons anglais, Edmund Burke.L’un et l’autre viennent entreprendre une série de concerts au Canada et aux Etats-1 nis et ont donné leur premier concert à Québec.De même la Pavlova et son corps de ballet russe se sont embarqués à Liverpool le 2 octobre et commenceront leur tournée américaine par Québec.M.Edmond Clément en est à son troisième voyage au Canada 11 était très heureux de faire la traversée avec le baryton anglo-canadien.Les passagers de l’«Empress » ont appris avec joie la présence des deux artistes et ont organisé un grand concert à bord avec comme vedettes Edmond Clément et Ed.Burke.Mlle Victoria Cartier Le Cercle des Étudiants Canadiens, de Paris, a appris avec regret le départ pour le Canada de Mademoiselle Victoria Cartier, l’amie si sympathique et dévoué de notre petit groupe.Durant son séjour à Paris Mlle Cartier s’est employée avec un zèle inlassable à favoriser ses compatriotes venus pour étudier dans la Ville-Lumière, et, grâce aux relations artistiques qu’elle a 1 avantage de posséder, a obtenu en leur faveur des avantages très appréciables sous forme de bourses, notamment à l’Ecole des Hautes Etudes Musicales de Fontainebleau et àl’Ecole Normale de Musique de Paris, de même que l’assistance gratuite à nombre de concerts.Le Cercle tient à exprimer sa reconnaissance à notre distinguée artiste et lui souhaite un heureux voyage et un prompt retour parmis nous.[Commiinii/ui’] Informations — M.Edmond Trudel s’est embarqué le 2 octobre à bord du * Scandinavian », M.Truriel se rend à Paris pour un long séjour ; il travaillera sous la direction de Blanche Selva, l'une des meilleures pianistes de France.Bon succès ! — Durant son séjour dans notre ville M.Edmond Clément, le célébré ténor français, a été l’hôte d’honneur à un dîner offert par M.Alexandre Taschereau, premier ministre de la Province de Québec.La ville de Montréal lui a fait une réception civique.— Le 27 septembre dernier a été célébré à Montréal le mariage de M.Auguste Dencarries (le jeune pianiste qui vit nt d’obtenir le Prix d’Europe), avec Mlle Marcelle Létourneau.fille de l’honorable Séverin Létourneau, conseiller législatif.On sait que M.Descarries a été choisi pour accompagner le grand ténor français Edmond Clément dans sa tournée américaine.Le distingué pianiste s’embarquera ensuite pour l’Europe où il passera les deux années que lui assure la bourse de l’Académie de Musique.— L’Union Musicale est à préparer un grand concert sacré pour la Sainte-Uécile.On a mis à l'étude des extraitsde J eau le Fréatrsnir, la belle œuvre de Guillaume Couture.On espère inaugurer en même temps l’orgue superb.1 qu’est à y installer la Maison Uasavant.— M.Robert Talbot suivra le baryton Jean Riddez pour la série de concerts que celui-ci donnera dans l’Ouest Canadien.Ils se rendront jusqu’à Vancouver.— M.Alexandre Gilbert est de retour d’un long voyage en Europe.Il a eu le grand plaisir de revoir le maître César Thomson, l'illustre violoniste belge qui fut son professeur au début de sa carrière.— La Compagnie d’opéra San Carlos compte cette année deux canadiens parmi ses artistes : le baryton Royer, qui est québécois, et Sophie Charlebois, soprano. LA MUSIQUE 1G7 rnNCERTS Edmund Burke et Mme Stanley Malgré la mauvaise température, toute la société anglaise de Québec s'était portée au Manège Militaire pour entendre le baryton Edmund Burke et Madame Helen Stanley, soprano.Sauf quelques exceptions l’élément canadien-français, encore sous le charme de la [voix de Clément sans doute, s’était abstenu.J’avoue, pour ma part, que j’éprouve une certaine gêne à formuler une opinion sur la valeur des artistes nommés plus haut ; d'autant plus que toutes les circonstances leur étaient des plus défavorablesauditoire : peu nombreux, salle trop grande et froide.Les honneurs de la soirée vont à Madame Helen Stanley, chez qui les attraits d’une voix de soprano forte et souple s’augmentent de ceux du plus séduisant physique.Elle débuta par des pièces italiennes et l’air de Mme Butterfly : “Sur la mer calmée”.J’ai mieux aimé son interprétation de Mon lirai prenait ta taille frite de Widor, de Printemps de Février et de Si mes vers avaient de* aile* de Hahn.Elle chanta ensuite d’une manière ravissante My love in a Muleteer de Di Nogero et Happiness de Hageman.M.Edmund Burke est un baryton à la voix rude et puissante, dans les notes élevées ; c’est pourquoi il interprète mieux les pièces qui demandent des éclats de voix.Il remporta un succès mérité dans te Captif de Gretchaninow et le Bruit du monde de Sokolow, — qu’accompagnait le tintement de la pluie sur les vitres.Comme Mme Stanley, M.Burke semblait plus à l’aise dans les pièces anglaises : Inter Now de Macfey-den et Rolling to down Rio de German.Les deux artistes terminèrent leur concert par le duo A'Hamlet, “Doute de la lumière”.qui fût longuement applaudi.Il convient de signaler d’une manière toute spéciale le nom de Mlle Imogen Peay.qui est une accompagnatrice de première valeur.G.Duchamp Alberto Salvi Avez-vous entendu Salvi ?Eh bien ! vous avez perdu un véritable et délicieux ré:al — "Fi donc” ! vous êtes-vous dit peut-être, “de la harpe, rien que de la harpe durant tout “un concert, que ce doit être monotone! ” Peut-être même avez vous été tenté de rééditer le mot de Rossini, au sujet du 3/ente de Handel : “ Dix minutes de celte musique, c’est sublime; "un quart d’heure, c’est insupportable ! ” Vous devriez avoir raison et pourtant., vous avez tort ; tort vous avez, dirait feu Molière, car c’était ravissant.Oui, ravissant ! Les traités d’instrumentation nousdisent bien que d’abuser delà harpe c’est enannih'ler l’effet.En cela, ils n'ont pas tort et semblent donner raison à ceux qui se sort abstenus de ce chef.Mais avec Salvi.rien de tout cela ne tient, à cause de la prestigieuse virtuosité de cet artiste prodige.Ah ! mes amis les pianistes, vous avez dû " et transir et brûler” d’entendre de pareilles sonorités, des nuances si délicates, une variété de timbres insoupçonnée et pardessus tout une sincérité d’émotion très prenante alliée à une irrésistible fougue.L’artiste se joue de toutes les difficultés, il jongle avec les prétendues impossibilités.Se rit-il à son gré des observations suivantes qu’on peut lire au sujet du mécanisme spécial et du jeu de cet instrument • la gamme chromatique lui est interdite en rapidité ; de même aussi les modulations rapides entre tons éloignées sont dangereuses et risquées ; enfin le trille et les notes répétées ne sont pas d’un effet très heureux ! Avec un virtuose de la trempe de Salvi, tout cela se voit infliger le plus violent démenti.Surtout l’échelle des nuances, depuis l’imperceptible pianissimo qui parvenait aux derniers recoins de la salle, tenant en suspens la respiration de l’auditeur involontairement subjugué, jusqu'à ces bouffées véhémentes et à ces vagues de sonorités qui balayaient l'atmosphère en soulevant au fond de l’âme les émotions les plus fortes, voilà ce qui fait de cet artiste un maître incontesté dans ce domaine à peu près inconnu, parce que inexploré, de la musique instrumentale M.Salvi s’est présenté comme compositeur en plusieurs numéros.Nous n’oserions pas, sur ce terrain, le placer à la même hauteur que l’exécutant miraculeux qu’il est.Peut-être vaudrait-il mieux qu'il se cantonne en la transcription pour harpe d'oeuvres pianistiques.Le numéro de Chopin, surtout, et celui de Debussy, étaient tout à fait intéressants à une double point de vue : en illustrant l'adresse d’exécution et d’adaptation, et de plus en montrant la différence entre les sonorités de la harpe, plus éthérées et cristallines que celles du piano.Félicitons le Club Musical, remercions-le et souhaitons le fréquent retour de telles aubaines.J.-Ch.Fiset. 168 LA MUSIQUE ' ¦ ¦ ¦ 4» Monsieur J.-A.Ganvin nous fera entendre, au cours de l’automne, le violoniste bohémien Vasa Prihoda, que les italiens ont surnommé le « roi des violonistes », le « second Paganini ».Né à Vodnany, en Bohème, le 24 août 1900, Vasa Prihoda étudia avec Marak au Conservatoire de Prague.A 19 ans, il arrivait à Milan, où, sans argent et sans amis, il fût forçéde jouer dans un restaurant pour gagner sa nourriture.C’est là que le découvrit le Maestro Bavagnoli, autrefois du Metropolitan Opera de New-York.Il le présenta à Toscanini qui en fût émerveillé et l’amena avec lui en Amérique, lors de sa tournée avec l’Orchestre de la Scala.Au cours de sa tournée en Italie, Prihoda reçut un honneur insigne.La ville de Gènes, qui conserve précieusement l’instrument du célèbre virtuose Paganini, un Guarnieri de 1736, l’a fait tirer de sa vitrine de cristal afin que Prihoda pût le jouer au < Carlo Felice ».Visiblement ému, celui-ci le baisa pieusement, puis il exécuta les fameuses Variations de Paganini sur un thème de Paisiello.L’ar-tistefut, dit-on, l’objet d'un véritable triomphe- Depuis lors, Prihoda ne connût plus que des succès dans tous les endroits où il se fît entendre, en Italie, aux Etats-Unis et dans l’Amérique du Sud.On dit que sa technique est merveilleuse et qu’il joue avec une grâce et une facilité vraiment remarquables.Variétés Une riposte inattendue La Patti reçut des cachets fabuleux qui allèrent jusqu’à25.000 dollars pour quatre représentations.Un milliardaire américain voulut s’offrir le luxe d’inscrire le nom de la diva au programme d’une soirée intime.Il l’alla trouver, lui demandantquelles seraient ses conditions.La Patti fixa son cachet à cinq mille dollars.Et le moderne Crésus de s’exclamer : — Je ne donne pas autant en un mois à mes ingénieurs, qui me font gagner des millions.— Eh bien riposta la Patti, faites chanter vos ingénieurs ; votre soirée vous coûtera moins cher.PENSÉE Un compositeur a dans l'âme une somme de musique à dépenser ; aidé ou contrarié parles circonstances, il peut tout donner de suite outout garder pour une certaine heure.Mozart avait fini à trente-cinq ans ; Gluck commençait à soixante.V.Massif / Conférence-Récital Nous apprenons avec plaisir qu’il sera donné en l’église de Limoilou, aux environs de la Sainte-Cécile, une causerie sur la musique d’église.Dette conférence sera illustrée de chants sacrés tirés du répertoire A lire dan» le prochain numéro : Fleuron d'Alsace : Boëllmann, par Fr.Raymondien, E.C.Adolphe Hamel, par N.LeVasseur.Editions grégoriennes, par le K.P.C.-H.^Lefebvre.Notre rubrique c Le Piano » Nos Lettres de Montréal et de Paris.“ LA MUSIQUE ” ne rendra, compte que des concerts pour lesquels elle reçoit le service de presse.grégorien, palestrinien, cécilien et moderne.La maîtrise de Limojlou, sous la ' direction de M.Alfred Poulin, est à préparer un programme de choix.Les détails à plus tard.L’Harmonie de Québec (35 musiciens) i»e EDMOND-J.TRUDEL, Directeur Accepte engagements pour concerts, réceptions, parades, etc.\ S'adresser A: 131, Avenue Cartier.Œuvres de XAVIER MERCIER France.40c.0 Canada, mon pays, mes amours.40c.Le Saint-Laurent.30c.Ce qne je chante.25c.Mourir c’est partir un peu.35c.Si l'heure qui sonne.25c.Masique de ISA JEYNEVALD En vente chez tous les marchands de musique TéL 6640 VIENT DK PARAITRE: Recueil d’Exercices sur la Théorie (complète) de S.M de M.Format 7 x 10, 64 pages.Ce nouvel ouvrage complète la série des devoirs théoriques faisant suite au 1er Recueil d’ex, qui est celui du «Précis» du même auteur.Il comprend 200 questions de révision théorique et 80 exercices préparés sur la mesure, la tonalité, les intervalles, les armements, etc., etc.Prix : $0.40.S’adresser chez les principaux libraires et marchands de musique de Québec et de Montréal.Programmes de Concerts Pancartes, etc.Demandez nos prix.L’Imprimerie Modèle Impressions en tous genres Travail rapide et soigné 20, Cote de lo Montagne Téléphone 6349 17 : COURS E " INSTITUT DE L’ART XAVIER MERCIER de l’Opéra-Comique de Paris et du Covent Garden de Londres.13, RUE STE-URSULE - Tél 4311 ' r LEÇONS , VOCAL DE QUÉBEC Mme ISA JEYNEVALD 1er prix de Chant et d’Opéra du Conservatoire de Lyon, France, des graridR théâtres, Lyon Toulouse, et des Concerts Colonne de Paris.J.-A.GILBERT PROFESSEUR DK VIOLON 334, rue St-Jean Tél.3I5B LOUIS GRAVEL Ex-Élève du Conservatoire de New-York “Institute of Musical An " „ CHANT Studio : 320, rue St-Joseph Tél.0608 (Rés 530*2 j) J.-ARTHUR BERNIER Ex-élève de Alexandre Guilmant et F.Fourdrain Membre de la Société des Auteurs et Compositeurs de Paris.PIANO - ORGUE — HARMONIE U, rue de Salaberry Tél.2131 HENRI GAGNON Organiste de la Basilique Studio : 8, rue St-Flavien Tél.Iü3f> Georges e.chouinard Organiste et Professeur de Musique Enseignement théorique, mAhode Danhauser 17è, rue Ste-Famille Tél.844 A.PARADIS Lauréat de l’Académie do Musique de Québec.LEÇONS DE VIOLON Studio : 103, rue d'Aiguillon Tél.62Ü5-J y y ERMINE Il U D O N ^P1-3110 lyrique Opéra — Concerts.— (Français, anglais, italien.) 59.rue Ste-Ursule Tél.7846 Germaine Lavigne Élève de Mme Berthe Roy.Lauréat de l'Académie de Musique Prendra un nombre limité d'élèves à son domicile et en debout, pour renseignement • du piano et de la théorie musicale.Tél.1241 Résidence : 272, rue St-Cyrillc.J.- ANDRÉ JACQUES Organiste à l'église St-Patrice PROFESSEUR DE PIANO, CHANT.ORGUE 83, rue St-Luc ¦ Tél.1298 J.-Edouard OUELLET Lauréat de Piano et d’Orgue ù l'Académie de Musique de Québec.Old Lake Road Co.Témiscouata.LES PAPILLONS.mélodie, musique de Orner Létourneau.— Prix : 50 sôus.J.-ROBERT TALBOT, Violoniste-Compositeur Brevet d’enseignement de l’Académie de Musique.Ex-élève du Conservatoire de New-York : Institute of Musical Art.VIOLON, SOLFEGE, HARMONIE et COMPOSITION Studio: 81, rue d’Artigny.Tél.1834 lUCILLE DOMP1ERRE, PIANISTE Prix d’Europe de 1919 Elève de Georges de Laus' ey et Félix Fourdrain, Paris PIANO, SOLFEGE, HARMONIE ET CONTREPOINT Studio ; 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OSCAR HAMEL Rod.K.MacKAY ETUDE DE HAMEL, & MACKAY NOTAIRES Représentants de Versailles, Vidricaihe, Boulais, Ltee, pour la vente des Obligations municipal.-Bureaux : 198, rue St-Jean, Québec.— Téléphone 4455 — Echange privé.PAUL DROUIN, c.r.AVOCAT Edifice Quebec Railway Tél.466 OSCAR BEAULÉ ARCHITECTE 21, rue d Aiguillon Tél.1684 HENRI POULIOT ADRIEN FALARDEAU NOTAIRE AVOCAT Edifice Quebec Railway Tél.992 Edifice Quebec Railway Tél.2307 Les Prévoyants du Canada ASSURANCE FONDS DE PENSION Capital autorisé.>,.$ 500,000.00 Actif du Fonds de Pension le 31 mars 1921 .2,131,986.33 $2,131,986.33 Progression de la Compagnie jusqu’au 31 mars 1921 Années Sections Sociétaires actifs Pensions Actif 31 déc.1909 45 1,880 5,205 16,461.94 31 “ 1912 294 19.326 39,211 284.355.82 31 “ 1915 455 32,155 61,468 772,698.99 31 “ 1918 560 41,259 77,419 1,463,440.43 31 mars 1921 623 55,408 104,431 2,131,986.33 Continuez cette progression pendant vingt ans, vous aurez une idée des sommes énormes dont disposeront les Prévoyants du Canada, lorsque le temps de payer les rentes sera venu.ANTONI LESAGE, Gérant-Général Siège social : Edifice «Dominion», 126, rue St-Pierre, Québec.Bureau à Montréal : Ch.22, Edifice '' La Patrie", X.Lesage, Gérant Téléphone 1163j ROCH LYONNAIS Maison fondée en 1822 Fils LUTHIER Réparation d’instruments de musique en bois ot on cuivre / , -.• • *¦ - - 110, rue des Fossés, OUVRAGE GARANTI St-Roch, Québec. “CANDIAC Bonbons Canadiens pour les Canadiens dime pureté et d une supériorité incontestables.La Compagnie de Bonbons Candiac Canada, Limitée, a été fondée par des capitalistes de Québec, dans le but d'introduire dans la fabrication et le commerce du chocolat et des bonbons en général des réformes et des perfectionnements depuis longtemps désirés; elle a voulu fournir aux Canadiens des chocolats et des sucreries d'un goût exquis, d'une saveur incomparable tout en leur conservant toutes les propriétés bienfaisantes dont ces précieux aliments sont susceptibles.Les Chocolats Candiac composés seulement de cacao pur et de sucre, d'extraits purs de fruits, de vanille, de menthe, de fruits et de noix, et sont ce qu’il y a de plus savoureux et de plus sain sur le marché.Les Bonbons Candiac au sucre et aux extraits de fruits, sont incomparables quant à la saveur, à 1 arôme et à 1 apparence appétissante et attrayante.Les Bonbons Candiac de Luxe représentent en un mot la perfection dans l’art du confiseur.Tout, d'ailleurs, contribue à cette perfection: un édifice spacieux et moderne spécialement construit pour cette fabrication, ou pénètrent en abondance l’air pur et la lumière du jour, le choix des matières premières des meilleures provenances, autant d elements essentiels à la production de bonbons réellement délicieux.Goutez-y, exigez-les de votre fournisseur.S’il ne les a pas en magasin il se fera un plaisir de vous les procurer.Bonbons Candiac (Canada) Limité© Québec, Qué. tS-OI^-toi->[Ic^=ioi^=3||c=roi=z3l[ôl[cïznioi: n 0 ü LE PIANO KNABE i C.ROBITA1LLE e„,.320, rue t-Joseph a Québec.Téléphone 2291 iôl|cz=rioi=^||czr3p]rzz^|fCTorz)|fô1Ic==ioE=zz>||czzz30i±31|ô L'Imprimerik Modèle, 20, Côte de la Montagne.
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