La musique, 1 janvier 1922, mai
4e Année — No 41 Mai 1922 La Musique Revue mensuelle SOMMAIRE : SS.Pie XI et le chant grégorien.Gai ! le pommier ! Chanson de Th.BOTREL Le Chant Choral .Octave BOURDON i-3Joseplj 142, rue ^t-djran QUEBEC.Tel.4626 Tel.4345 Lavigueur & Hutchison SEULS REPRÉSENTANTS DES - CÉLÈBRES PIANOS t HEINTZMAN & CO.(LE FAVORI DES ARTISTES) t I ' , Distributeurs des Grafonolas COLUMBIA et des merveilleux BRUNSWICK, reproduisît» à la perfection tous les disques de n’importe quelle marque x .! ¦ ' CONDITIONS DE PAIEMENT LES PLUS FACILES 81, RUE ST-JEAN Succursale : 54, rue St-JosepH. LA MUSIQUE Mal 1922 4èmc année - No 41 SS.Pie XI et le Chant Grégorien «La Musique» doit à ses lecteurs de leur donner communication de deux documents récents dont l’un émane du nouveau Pape, Pie XI.Nous les reproduisons d’après la Croix de Paris.Dal Vaticano, 7 avril 1922.Eminentissime Seigneur, J’ai l’honneur et le plaisir de remettre à Votre Eminence la lettre ci jointe, que S.S.le pape Pie XI a daigné lui adresser pour l'hommage que vous lui avez fait de votre pastorale sur “le chant grégorien et la prononciation romaine du latin ”.Veuillez agréer, Eminentissime Seigneur, l’hommage réitéré de ma vénération profonde et de mon entier dévouement en Notre-Seigneur.P.card.Gasparri.A Notre cher Fils, le cardinal Louis Dubois, du titre de Sainte-Marie “ in Aquiro ”, archevêque de Paris PIUS PP.XI Notre cher Fils, Salut et bénédiction apostolique.Il nous a été très agréable de recevoir le lilial hommage que vous Nous avez fait de votre Lettre pastorale portant promulgation dans votre archi-diocèse de Paris des livres de chant liturgique de l’édition vaticane.Et volontiers, Nous voulons saisir cette occasion pour déclarer, dès le début de Notre pontificat, combien nou - auss', joignant Notre voix à celles de Nos vénérés prédécesseurs, notamment les Papes Pie X et Benoit XV, de sainte mémoire, Nous avons à coeur de promouvoir et d’assurer la perfection et la splendeur du culte liturgique, très spécialement en ce qui regarde le chant sacré.C’est pourquoi, est-ce avec un vif intérêt que Nous avons pris connaissance de votre Lettre pastorale.En une rapide synthèse, vous instruisez vos pieux fidèles, et, après leur avoir fait connaître l’histoire des origines vénérables et de la restauration du chant grégorien, vous leur donnez des directions propres à en assurer efficacement, dans une exécution pratique, le caractère tout à la fois religieux et artistique.Aussi bien la présente Lettre pastorale est-elle une preuve nouvelle des nobles efforts que vous n’avez cessé de prodiguer, depuis de longues années déjà, pour seconder les désir de Nos vénérés prédécesseurs au sujet de la prononciation du latin.Il nous plait donc, Notre cher Fils, de vous exprimer, à Notre tour Nos félicitations et en témoignage de Notre paternelle bienveillance, et comme gage des faveurs divines, Nous vous accordons de coeur à vous même, Notre cher Fils, ainsi qu’au clergé, aux corn munautés religieuses et aux fidèles de votre archidiocèse, la Bénédiction apostolique.Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de saint Grégoire, pape, le 12 mars 1922.PIUS PP.XI.Il r.’e.-t peut-être pas oiseux de rappeler que le Cardinal Dubois, dans la lettre Pastoraie qui vient de lui attirer une si précieuse approbation, avait écrit au sujet des éditions avec signes rhythmiques : “Nous verrons donc volontiers ces éditions excl nsi renient adoptées dans nos paroisses et nos communautés 82 LA MUSIQUE GAI, LE POMMIER! Paroles de THÉODORE BOTREL Musique de OMER LÉTOURNEAU rie - re chez ma mè - re, Y a-t-un petit ver 0 plan - té par grand pè - re, N'y a qu'un seul pom-mier.Gai 1 on lé ! Gai le ponv plan - té par grand'pè N'y a qu’un seul pom-mier.Gai Ion lé I Gai le ponv n—r—rr^—^—* Mi r « .•._ _ t r* • i in' /s • i • .i gerl Gai Ion lé! Gai le pom-mier De mon pe-tit verger! De mon pe -tit mier, •'V * LA MUSIQUE 83 Sa tête virginale Est fleurie en tous temps Soit de neige hivernale Soit de fleurs du printemps Gai ! Ion lé ! 3 Ses pommes ont la mine D’un beau visage en fleurs: Seule Anna, ma voisine, A si riches couleurs.Gai ! Ion lé ! 4 Et comme, à la “cueillette’’, Je veux nous marier, Je courtise l’Annecte, Le soir, sous mon pommier ! Gai ! Ion lé Et, souvent, je l’avoue, Je me trompe de fruit.Et je croque une joue En croyant mordre un fruit ! Gai ! Ion lé ! 6 Que le bon Dieu bénisse Et l’arbre et le foyer ; Que le second fleurisse Autant que le premier ! Gai ! Ion lé ! 7 Qu’il remplisse de pommes L’arbre, à chaque saison, Et de petits bonshommes La petite maison ! Gai ! Ion lé ! VARIÉTÉS Le violon Ayant parcouru un article de Saint-Saëns discutant le fameux violon d’Ingres, et soucieux de restituer à l’histoire ce qui menace de ne plus devenir qu’une légende, le docteur Thévenet, qui a des lectures, a recherché et retrouvé dans une lettre de Liszt à Berlioz un passage bien fait pour éclairer notre opinion.Ingres, étant alors directeur de l’école de Rome, fit visiter les salles du Vatican à Liszt.Celui-ci, rappelant cet épisode à l’auteur des Troyens continue : «Le soir, lorsque nous rentrâmes, après nous être assis sous les chênes verts de la Villa Médicis, après avoir causé longtemps coeur à coeur de toutes ces grandes merveilles, je l’entraînai à mon tour vers le piano ouvert, et, lui faisant doucement violence: «Allons, maître,lui dis-je, n’oublions pas notre chère musique; le violon vous attend; la d’Ingres sonate en la mineur s'ennuie sur le pupitre, commençons ».Oh ! si tu l’avais entendu alors ! Avec quelle religieuse fidélité il rendait la musique de Beethoven! Avec quelle fermeté, pleine de chaleur, il maniait l’archet ! «Quelle vérité dans le sentiment ! Malgré le respect qu’il m’inspire, je ne pus me défendre de me jeter à son cou, et fus heureux en sentant qu’il me pressait contre sa poitrine avec une paternelle tendresse.» Ingres joua donc du violon avec assez de virtuosité pour que Liszt fût capable de s’enthousiasmer à ce point.Dans son âge mûr Ingres n’avait aucune prétention au talent de violoniste.C’est donc qu’il avait la pudeur do tenir secrètes les pures émotions musicales de sa jeunesse. 84 LA MUSIQUE Voix d'enfants : qualités, inconvénients et avantages.Desiderata en ce point.Travail d'entraînement.La voix dite de tête requiert sans doute un travail assidu de formation et d’élaboration, en commençant toujours par les notes élevées et en rabattant la voix dans le régistre inférieur.Au début, les notes basses seront faibles, grêles, sans timbre, voilées parfois.Ne pas se décourager alors, mais insister sur la respiration abondante et bien ménagée,—base vocale trop négligée,— et repasser, toujours en descendant, les différentes sonorités des voyelles sur toute l’étendue de la voix jusqu’au grave.La voix de tête doit être descendue le plus bas possible.A cela, il n’y a guèred’inconvénient physiologique ou vocal.La culture développera l’organe, affermira le timbre et la qualité du son, en s’affermissant, s’améliorera.Pour obtenir des résultats satisfaisants, il faut des exercices fréquents, quotidiens même, peu prolongés, mais réguliers et bien conduits, et surtout de la patience, encore, et toujours.Qualités des voix d’enfants Si la voix d’enfant est cultivée comme on l’a dit, elle doit donner l’illusion de la voix de femme (1), avec ce je ne sais quoi de simple, de frais, de jeune, et qui fait tout de suite voir la différence à un connaisseur.Seuls les gens qui n’ont entendue que la voix inculte et criarde des enfants, peuvent s’y (1) Physiologiquement le larynx d’un p tit garçon et d’une pptite fille ne différent en rien.Or le larynx de cette dernière ne subit qu'une changement insignifiant lois de la crise de puberté: la parité doit être très grande entre les trois organes, donc aussi leur sonorité.* Voir La Munique No 40.méprendre et confondre avec une voix de femme une voix d’enfant correctement entraînée.Bien cultivées, les voix d’enfant se distinguent par les qualités suivantes : 1° Beau timbre, limpide, se fusionnant en une seule voix, sans distinguer rien de personnel (appoint considérable en musique sacrée) 2° Etendue.Elles atteignent sans efforts les notes élevées.En vocalisant, le chanoine Perruchot faisait donner à ses sopranes le mi suraigu.3° Union insensible des registres et passage imperceptible de la voix de tête aux régistres inférieurs.4° Justesse impeccable qui permet de chanter a cappella sans détonner.5° Endurance.Cette émission permet de chanter des heures sans fatigue, les voix conservant toute leur fraîcheur.6° Durée.La mue ne se produit que vers la 16e année, souvent même cette émission se prolonge jusqu’à dix-huit ans.Voix da fammes et d’enfants comparées C’est une grande erreur de supposer que les meilleurs choeurs sont nécessairement ceux dans lesquels on emploie les voix de femmes.Les plus célèbres du monde, ceux d'Angleterre et de Russie, ne sont composés que de voix d’hommes et d’enfants La musique russe est particulièrement difficile ; étant de plus sans accompagnement elle exige un grand développement vocal.Sans doute, les voix non cultivées de femmes sont moins rudes que les voix 78 LA MUSIQUE incultes d’enfants et n’ont pas le sérieux inconvénient de la mue, mais elles atteignent péniblement les notes élevées et contractent des défauts presque impossibles à déraciner.« Ceux qui « ont eu beaucoup à faire avec les voix «de femmes et d’enfants ont dû recon-« naître, dit M.Martin, organiste à < S.Paul de Londres, que les notes «supérieures (sol, la, si, do, au-dessus «de la portée j sont difficiles à émettre, «et une fois obtenues, ne sont ni aussi «résonnantes, ni aussi musicales que « chez les enfants » Inconvénients : émission criarde et mue Assurément rien de plus désagréable, pénible, intolérable même que le chant de voix incultes de garçons.Etant limitées à l’aigu, il leur faut un effort dans les notes hautes qui surmènent leur larynx encore frêle et les fait détonner.Le souffle fait vite défaut, et la diction molle et flasque venant s’y ajouter, les les résultats sont lamentables.Ils expliquent à merveille cette réflexion d’un amateur : «Si jamais je place mes « enfants dans une institution où l’on « fait vociférer, je poserai comme condi-« tion qu'ils ne feront jamais partie des « choeurs ».Heureusement que la plaie n’est pas sans remède.Mais qu’ils sont clairsemés encore les Samaritains de l’art vocal qui savent appliquer pertinemment le cordial de la patience et le stimulant de la bonne volonté et du zèle dans le développement normal et la culture intense des voix si musicales et des oreilles si faciles de notre jeunesse scolaire ! Pour cet enseignement même, j’allais dire cet apostolat, il faut de la préparation.Elle s’acquiert par la lecture d’ouvrages traitant de ce sujet.La littérature musicale anglaise est assez riche en ce point ; par contre, en France, il y a peu de publications sur cette matière, La mue, la terrible et implacable mue, vient ravir à un enfant sa voix juste au moment de la plus grande splendeur et priver une maîtrise d’un sujet des plus efficaces et précieux, surtout s’il est lecteur musical.Mais encore ici, le malheur n’est pas sans compensation pour l’art.Si la chrysalide se transforme en un superbe papillon vocal qui ténorise ou barytonne, ce sera certes une excellente aubaine.S’il ne lui vient que la voix dite de compositeur, mais qu’il soit muni de sérieuses connaissances, la musique instrumentable ouvre devant lui les vastes horizons et un champ immense à ses aptitudes.Tout à la base, il faudrait, ainsi que le réclament les hommes de la partie, maîtres de chapelles, directeurs de chorales, ou chefs d’orchestre, l’enseignement musical et vocal de très bonne heure, même dans les écoles rurales.La question est complexe, et ne peut se résoudre d’un trait de plume, et dans le cours de quelques semaines ou mois.C’en est une de formation pédagogique, de manuel bien adapté, court, pratique et surtout bien gradué, et ne donnant que l’essentiel sans se perdre dans une foule de notions plutôt inutiles et encombrantes.Un tel manuel existe-t-il en français, où soient enseignés de pratique façon les rudiments de la lecture ou notation musicale, du rythme si nécessaire au chant d’ensemble, de la correcte émission des sons, de la prononciation distincte, précise et nette et aussi de la respiration, fondamentale et pourtant si négligée ?(à suivre) Octave BOURDON 8G LA MUSIQUE Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d'un amateur - PAR - K.Le VASSEUR Colliyefraymenla ne pereanl / Le 9 mars 1903, la Société Symphonique de Québec était fondée.La plupart des instrumentistes de la ville s’étaient empressés d’en faire partie, le Septuor Haydn entr’-autres qui s’y fondit, en lui apportant une expérience et une maîtrise de plus de trente ans.Joseph Vézina fut choisi comme directeur de la nouvelle société, qui existe àepuisbientôt vingt ans(1922).Vézina en est toujours le chef.J aurai 1 occasion de parler du rôle que A ézina a joué dans la direction et les travaux cle la Société Symphonique de Québec, lorsque j’aborderai l’historique de cette société.Le 26 mars 1906, Vézina produisait son premier opéra, Le Lauréat, opéra-comique en deux actes, libretto de feu 1 lion.F.G.Marchand, ancien premier ministre de la province de Québec.Grande manifestation publique à l’occasion de la première représentation de cet opéra.Un comité de citoyens, tous amateurs de musique, s’occupa activement de l’organisation de cette première audition qui fut répétée le lendemain soir, le 27 mars, avec le succès le plus flatteur pour l’auteur du libretto et celui de la musique.Il va sans dire que Vézina dirigea lui-même l’exécution de son oeuvre.Voici maintenant un aperçu du libretto : La scène se passe à Québec dans une maison de pension tenue par la mère Michel, rue d’Aiguilion.Il s’agit d’une scène ordinaire de moeurs dans laquelle figurent un étudiant amoureux, un ami de coeur de celui- ci, une amoureuse, un oncle riche et une maîtresse de pension, veuve qui n’a pas encore abdiqué.Paul, l’étudiant amoureux et un peu transi, vient de remporter haut la main un diplôme de lauréat.Ses camarades le fêtent.Durant ses études et son séjour chez la mère Michel, il s’est sérieusement épris de la nièce de celle-ci, Pauline.De son côté, Pauline en tient fortement pour Paul.L’un et l’autre, cependant, ignorent leur état d’âme respectif.Tout de même, ça arrive toujours comme ça, les circonstances font qu’un jour ils finissent partout se dire.Pendant ce temps-là, Bernardin, oncle et protecteur do Paul, s’est laissé dire que son neveu, au lieu d’étudier le jus romanum, cultive plutôt le jus de la treille, et se livre à toutes sortes de f risques et de frasques.Voulant en avoir le coeur net, il part pour la ville afin de voir Paul.Au moment où il frappe à la pension, la mère Michel se trouve dans cet état d’âme particulier des veuves alors (pie la solitude pèse, l’isolement enerêpe l’imagination, devient même douloureux et insupportable, et inspire un désir violent de donner, au plus coupant, un successeur au regretté défunt.Toute nerveuse, et prête à braver h' “coup de foudre,” elle court elle-même ouvrir la porte.Elle se trouve en face d’un monsieur d’un certain âge.paraissant avoir encore des restes fort rassurants.La conversation s’engage, et le dialogue qui s’établit entre LA MUSIQUE eux deux est rempli de qui proquos des plus amusants.Bernadin trouve dans son neveu, au lieu d’un mauvais garnement, un garçon studieux, rangé, qui vient d’être proclamé lauréat.Grande satisfaction de l’oncle qui annonce de suite à son neveu qu’il s'est occupé de son avenir et qu’il lui a trouvé une brave jeune fille pour épouse.Paul, de son côté, informe son oncle qu’il a eu lui au3si exactement la même pensée, et que la jeune fille de son choix est Pauline, nièce de la mère Michel.Pauline étant de condition modeste et sans fortune, Bernardin fait la grimace et essaie de dissuader son neveu de pareille union.Voyant que Paul demeure inébranlable, il se fâche dur et le deshérite.Sur les entrefaites, Pauline reçoit de son père une lettre qui lui annonce qu’il est sur le point d’arriver de Californie avec une grosse fortune qu’il destine à sa fille.A cette nouvelle, bouleversement complet dans les dispositions de l’oncle Bernardin, qui refait Paul son héritier et l’autorise à épouser Pauline.Quant à la mère Michel, elle en a pris son parti ; elle se console en contemplant le bonheur des autres ; ce qui ravive chez elle bien des souvenirs.Les rôles étaient distribués comme suit : Paul, lauréat de l’Université, (ténor), M.J.A.Gagné Bernardin, rentier, oncle de Paul, (basse), Dr DeVarennes Ernest, ami de Paul, (baryton), M Edouard Dufresne Pauline, nièce de la mère Michel, (soprano), Mlle Sophie Bender La Mère Michel, maîtresse de pension, (alto), Mlle Lucie Taschereau Plusieurs universitaires.Régisseur de la scène, M.D'Hau- n’7 terives.Assistant régisseur, M.Henri Chassé.Le choeur de composait d’élèves de l’Université Laval.Ces deux représentations de gala se composaient de deux parties : la première, concert par la Société Symphonique, et la deuxième, l'opéra-comique Le Lauréat.Le concert consistait en oeuvres de Vézina lui-même, savoir : Le Jubilé de la Reine, allegro militaire, dédié au Lieut.-Col.Th.Duchesney, La Brise, valse de concert, dédiée à M.J.U.Gregory, commodore du Club de Yacht de Québec, Conver-8azionne, gavotte, dédiée au Septuor Haydn et Mosaïque d’airs Canadiens.Encore une fois ces deux représentations eurent le plus brillant relief, tant au point de vue du succès de l’oeuvre qu à celui du haut patronage qui les honorait et de l’excellent travail du comité d’organisation.Voici quels étaient les patrons et les membres du comité d’organisation : S.E.le Gouverneur général du Canada et lady Grey ; S.H.le Lieutenant Gouverneur de la province de Québec et lady Jetté ; S.H.le Maire de Québec et Madame Garneau ; L’Hon Ministre de la Justice et Madame Chs.Fitzpatrick ; L’Hon.Trésorier de la Province et Madame McCorkill ; L’Hon.Ministre de la Colonisation et Madame Prévost ; L’Hon.John C.Kaine et Madame Kaine.Président du Comité : Hon.P.-A.Choquette ; Secrétaires : W.H.Wiggs et le major N.LeVasseur ; Trésorier : M.Ulric Barthe.Membres du Comité : Hon.A.C.P R.Landry MM.Noble Campbell, Montefiore Joseph, D.Watson, 88 LA MUSIQUE Arthur Lavigne, Georges Belle-rive, Georges Gale, Jean Dumont, Lieub.-Col.L.N.Laurin, Auguste Carrier, Lieut.-Col.Oscar Evantu-rel, H.A Legendre, Arthur Paquet, Louis Savard, Gustave Gagnon, Georges Bélanger, J.E.Mercier, Commandant C.-E.Rouleau, Dr Lucien Bacon.Cet opéra revoyait avec égal succès les feux de la rampe en 1920.Lors du brillant succès de la Société Symphonique, le 27 janvier 1907, à Ottawa, au concours dramatique et musical inspiré par S.E.le Gouverneur général Lord Grey, Vézina dirigeait le concert qui gagna d emblée à la Société Symphonique le trophée que lui présenta plus tard Lord Grey à la citadelle de Québec.Lors des fêtes du troisième centenaire de la fondation de Québec, fêtes qui durèrent douze jours, du 19 au 31 juillet 1908, la partie musicale fut confiée à un comité composé de Messieurs Joseph Vézina, président, J.Arthur Bernier, secrétaire, J.A.Gilbert, trésorier, L.J.Dessane et J.Art.Paquet.Le 21 et le 22 juillet, on exécutait a la Salle Militaire, en soirée, l’ode-sym phonie de Félicien David, Christophe Colomb, avec un choeur de 400 voix soutenu par un orchestre de 100 instrumentistes, sous la direction de Joseph Vézina.Tenaient les principaux rôles de la pièce, M.Joseph Saucier, (Christophe Colomb); M.Paul Dufault, (Fernand) ; Mlle M.-A.Godbout (Elvire) ; Mlle E.Lacroix (la mère indienne) ; M.J.A.Gagné, (un mousse) ; M.Moïse Raymond, (un matelot); M.Adj.Rivard, (le récitant.) Le 25 juillet au soir, aussi à la Salle Militaire, concert de gala par la Société Symphonique de Québec avec le concours de Madame Bernice de Pasquali, soprano, qui chanta Ah fors e lui (La Traviata) de Verdi, le Chant du mysoli (La Perle ,/„ Brésil) de Félicien David, LTiiflarn.matus (Stabat Mater) de Rossini avec le choeur et orchestre.La Symphonie exécuta les pièces suivantes : Marche de la Damnation de Faust de Berlioz : Ouverture du Freyschutz de Weber ; Danse Macabre, poème symphonique de Saint-Saëns ; Les Erynnies, suite d’orchestre de Massenet ; Une nuit à Lisbonne, barcarolle de Saint-Saëns ; Pégase, allegro caractéristique, de A.Dessane.Le concert se termina par 1 1 [vaine au Prince de Galles (George V; de Brinley Richards, traduction française par l'hon.juge A.B.Rou-tliier, le chant national 0 Canada et le God Save the King.Lors de ces fêtes, les Plaines d’Abraham furent le théâtre de spectacles historiques grandioses reproduisant les principaux événements d'il y a trois siècles.Us furent l’objet d’un programme musical qui fut exécuté par un orchestre considérable sous la direction de Vézina.Ce programme devait naturellement être conforme au goût du temps.C’est ainsi que Vézina dut choisir, écrire, arranger marches royales, menuets, pavanes, etc.Ce fut un travail aussi ardu qu’original mais Vézina réussit à s’en tirer très heureusement.Vézina avait bien mérité une distraction et un repos ; aussi décida-t-il de faire un voyage en Europe à cet automne de 1908.Fin d’octobre, avant son départ, ses amis de la Société Symphonique et autres lui donnèrent un banquet au Kent House qui fut présidé par M.Davis, alors président de la Société Symphonique.Il y eut forces discours, beaucoup d’entrain et on lui présenta une bourse et un solitaire. LA MUSIQUE 89 Vézina s’embarqua donc en novembre pour l’Europe en compagnie de M.Arthur Paquet.Ils visitèrent entr’autres endroits, Londres, Paris, Marseille, La Riviera et les principales villes d’Italie.Mis en verve par le succès du Lauréat en 1900, Vézina écrivit et produisaiten 1910, les 14 et 15 mars, le liajah, sur la donnée d’un libretto par M.Benjamin Michaud, sous-ministre de la voirie de la province de Québec et premier titulaire de ce poste.Le Rajah est un opéra-bouffe en deux actes et est écrit en vers.Drôle de titre que celui de Rajah pour un opéra-bouffe de facture canadienne-française.J’imagine que l’auteur voulant avec le talent qui le distingue, apporter son écot à la littérature canadienne, a trouvé opportun île faire allusion à divers problèmes qui agitent l’humanité depuis nombre d’années, comme l’indépendance des Indes, à l’exemple de l’Egypte et de l’Irlande qui viennent de conquérir la leur, l’impérialisme mal déguisé des Etats-Unis du nord, le fémimisme moderne, car au cours du libretto des personnages et scènes représentent cette trinité de situations.L e rajah, dont le nom est Rabkar, e.st le souverain de la principauté dp Mysoulior.C’est un prince indépendant qui, contrairement à pin'd eurs autres de ses pairs, est non seulement pacifique mais “pacifiste”.Il entreprend de voyager et d’étudier le problème du désarmement général.Downing Street a chargé Archibald Nevei scoop, reporter du London Times et savant pliré-nologue, de veiller sur le prince et de communiquer au journal les indents du voyage.Le prince est accompagné de son épouse, la.princesse Lolila et des femmes de sa suite, Puis de son secrétaire particulier, Li-F ôu-Tché-Nou, un chinois de distinction qui sert de Mentor à l’Ulysse hindou.Le rajah a visité l’Europe, qu’il a trouvé armée jusqu’aux dents, et le pays de l’oncle Sam nourrissant des ambitions non moins rassurantes.Désillusionné, il n’a plus songé an désarmement, mais s’est laissé charmé par une chanteuse d’opéra du nom de Cora à qui il fait cadeau d’un rubis précieux, héritage sacré des princes du Mysoulior.Cora a son histoire.A l’âge de quinze ans, elle s’enfuyait de chez son père, Panachoux, agriculteur et financier, probablement de quelque canton de l’Est de la province de Québec, parce qu’il s’opposait aux assiduités d’un certain Paul Blof-fard, journaliste et bohème de race.Cora fit son chemin, on lui avait découvert de la voix, qu’elle eut l'avantage de cultiver, et elle devint une prima donna rivale des Farrar et des Garden.Lors du passage du rajah à New-York, elle est une étoile du “Metropolitan”.Pour revoir son beau prince, elle abandonne bientôt la scène de ses triomphes et prend le train pour Québec.A la même époque, le père Panachoux, qui n’a pas rev u sa fille depuis huit ans, vient aussi à Québec déposer une somme de $10.000 et en même temps faire voir à un client de superbes échantillons de carottes.Paul Bloft’ard a, lui aussi, perdu de vue Cora.Il est l’homme le plus endetté du pays, compère compagnon avec Crétin val, qui est l’ami du ministre des cultes et des affaires étrangères, et grâce à son habilité, il fait rapporter au journalisme plus qu'il ne donne ordinairement.Blof-fard et Crétin val tirent des ficelles.Panachoux va leur en fournir une.Il rencontre Bloffard au moment où ce dernier est en quête de mille pias- LA.MUSIQUE 90 très pour donner au nom du ministre un bal costumé en l’honneur du rajah.C’est l’ambition de Panachoux de devenir “honorable”, et Bloffard s’engage à lui faire obtenir la réalisation de son rêve moyennant la somme de mille piastres.Au deuxième acte, on ne se contente plus de mille piastres pour ce service, mais c’est dix mille que l’on exige de Panachoux, que l’on sirera maintenant comme récompense du supplément.Panachoux se fait tirer l'oreille, mais voici que l’intrigue se complique: Li-Fou-Tché-Nou a constaté la disparition du rubis des Princes du Mysoulior et a dit que le rajah doit mourir.Cora, d’entente avec Bloffard qu’elle a retrouvé, refuse de remettre le bijou, à moins qu’on ne lui en donne dix mille piastres.Panachoux a le coeur tendre en plus de ses ambitions, et pour arracher le prince à la mort et en même temps gagner son titre de “Sir”, il consent à débourser le montant demandé.Cora, enhardie par son succès, obtient en plus le consentement par-ternel à son mariage avec Bloffard.Notre héros triomphant reçoit donc dans sa corbeille de noces les dix mille piastres convoitées.Crétival est en dehors de cette spéculation, mais est tout de même de la fête car il marie sa fille Méli-nite, bas-bleu, poétesse décadente, écrivailleuse incorrigible, au sire Panachoux.Tel est le canevas sur lequel Vézi-na a écrit une partition bien agencée et mettant en relief les différentes phases du libretto.Nouveau fleuron à sa cocarde.Les rôles étaient tenus connue suit : Robkar, rajah du Mysoulior, Moïse Raymond.Crétinval, rédacteur-en-chef (]e la “Patrie Canadienne”, Jos.Hndon Paul Bloffard, journaliste,H • Paré Panachoux, agriculteur, Dr Jos, De Varennes.Archibald Neverscoop, reporter du London Time, Henri Chassé.Li-Fou-Tché-Nou, secrétaire du Rajah, J ules Garneau.Le Ministre des cultes et des affaires étrangères, Henri Beaudry.Mélinite, J.E.Renaud.Cora, Mademoiselle A.Giguère.Lolila, femme du Rajah, Madame Lucien Lebel.Arlette et Jenny, amies de Cora, Mlles A.Watters et J.Chouinard.Première danseuse, Mlle Shirley Go wen.Foule sur la terrasse, Italiens, Italiennes, Etudiants, Femmes de la suite de Lolila, garçons de café, Policemen, etc, etc.Acte 1.— La Terrasse Dufferin.Acte IL— “ Les Marches Naturelle ’’ au Sault Montmorency.Les danses avaient été réglées par Mlle Shirley Gowen.Les décors de scènes avaient été peints par M.Pouliot de la maison Marier et Tremblay.L’orchestre était dirigé par Joseph Vézina et se composait de membres de la Société Symphonique.En 1911-12, Vézina était appelé à la présidence de la Société Symphonique.(à miivre) N.LeVASSEUR LA MUSIQUE 91 MUSICIENS DE FRANCE : Lili Boulanger (1893*1918) Mais l’Ange invisible est là, debout au chevet : le génie insiste et exige dans la têto enfiévrée, la création attend, lame se raidit — et la main amaigrie se remet à écrire .Le drame de ce combat, de l’esprit contre la, chair domine donc infiniment son sujet apparent.La brièveté de la carrière de Lili Boulanger, l’aspect météorique de sa gloire et de sa disparition, ne devront pas nous induire en erreur.Elle fut une enfant prodige et on pourrait être tenue de croire et de dire qu’une mort prématurée et déplorable a privé l’École française d’un être supérieur 1» issant de belles promesses.Ce seiait trahir la vérité.Il ne s’agit point ici de promesses, mais d’une œuvre.Assurément, avec les années, Lili Boulanger se fût perfectionnée.Personne n’a jamais fini d’apprendre.Maîtresse à vingt ans de tout les moyens de son art, nous ne saurons jamais à quels sommets ils l'eussent conduite sur la route on elle s’avançait avec une souveraine certitude.L’analyse montre que dans son cas les termes d’« inspiration » et de « génie » d'un emploi si redoutable, sont réellement les seuls exacts dans leur acception étymologique.Le talent, si grand soit-il, n’a pas ce caractère de magie intuitive.Mais les créations de tels êtres pré-desti nés, à quelque moment que le cours en soit interrompu, forment un tout.Il faut y insister : nous ne sommes point en présence d’esquisses, d’intention, de recherches, de feuillets vierges à disperser pieuse- * Voir « La Musique » No 40 ment comme des fleurs sur une tombe.L’oeuvre est là, cohérente, complète.Elle se compose de la cantate Faut et Hélène, pour solis et orchestre, dont l’ardeur, la liberté, le sens pathétique et tragique dépassent infiniment son cadre et son but : d’une série de compositions pour solis, choeurs et orchestre, Soir sur la Plaine, Hymne au Soleil, La Tempête, les Sirènes, Sous Bois, la Source.Je mets à part les Funérailles d’un soldat, pièce écrite sur quelques vers de Musset à moins de dix-huit ans et que je considère comme une des plus grandioses inspirations qui aient jamais été révélées depuis la marche funèbre de la Symphonie Héroïque.On trouve encore, parmi la musique composée durant le séjour à Rome ou dans la période dernière : le Psaume 129, pour chant et orchestre, d’une suavité et et d'une éloquence admirables ; une Prière hindoue non moins belle ; deux poèmes d’orchestre, D’un soir triste et D'un matin de Printemps ; un Pie Jesu pour chant, quatuor à cordes, harpe et orgue ; les Clairières dans le Ciel, treize mélodies sur des poésies de Francis James, merveilles d’émotion et d’art que j’ose comparer aux plus nobles pages vocales de Schumann, et que Lili Boulanger a ciselées pendant deux années avec une tendre et aimante mélancolie.C'est là qu’elle a le plus confié d’elle-même, de ses regrets de disparaître, des angoisses que taisaient dans la vie le courage et la pudeur de son âme.Elle laisse aussi plusieurs pièces instrumentales, des mélodies 92 LA MUSIQUE pour chant et Orchestre, une sonate pour piano et violon inachevée, un poème symphonique.11 y faudrait joindre le véritable trésor de ses carnets oh des années de musique sont prévenues avec un soin extraordinaire dans la moindre réalisation de détail.Enfin Lili Boulanger, dans les derniers mois, a presque complètement terminé une partition considérable sur les cinq actes de la Princesse AlaLeine de Maeterlinck.Elle atteste autant de pénétration du style, du sentiment, de l’atmosphère légendaire et tragique, que le Pelléas et Mélisande de Debussy.Il s’agit donc incontestablement d’une oeuvre aussi importante que celle que nous ont léguée bien des musiciens, et d’une oeuvre absolument homogène exprimant sans lacune l’évolution d’un tempérament, puisqu’il comporte un grand drame lyrique, une cantate qui est un véritable drame condensé, des pièces instrumentales ou orchestrales, des mélodies, des choeurs, le tout porté au plus haut degré de l’affirmation d'une volonté d’artiste.Et cette oeuvre doit être connue, répandue, et recevoir de l’Ecole française tout l’honneur qu’elle lui a contribué.Elle doit vivre dans nos concerts et sur nos scènes.Cette musique, comment la définir ?Elle est de forme claire et vivante, d’harmonisation presque classique, si l’on entend par là le dédain de tout effet d’étrangeté et la grande simplicité de la ligne.La part qu’elle accorde à la voix humaine, si souvent sacrifié aujourd’hui, est large et splendide.Également harmonique et mélodique, sa technique est sans reproche.La science même, presque anormalement précoce, se présente avec une sincérité qui écarte la virtuosité et limite exactement les moyens au but.Cette malade a réalisé l’art le plus sain : on y pénè- tre d’emblée.Cependant il semble que l’être qui a écrit cette musique n’ait jamais connu d’autres compositions que les siennes, ltien ne rappelle l’école, rien n’évoque le rap.prochement de tel ou tel nom, rien ne décèle l’influence ou le désaveu de telle ou telle théorie.La musique de Lili Boulanger est «sa musique».Elle ne se rattache à rien et elle est de toujours.Elle a été composée dans une époque musicale ardemment troublée ; elle ne s’en ressent point.Elle peut s insérer àn’importe quel moment dans l’histoire de l’inspiration française.Elleest infiniment naturelle, et si elle possède un charme mystérieux, c’est peut-être par cette évidence même.C’est une grande âme qui se donne toute, c’est une expansion de vie intérieure, d’une richesse et.d’une beauté spontanées ne créant leurs formes qu’à mesure quelles s’accroissent ; et peut-être depuis la musique de piano de Schumann n’y a-t-il pas eu une révélation du même ordre dans la psychologie musicale.Cette jeune fille concilie en chaque page de son oeuvre une puissance grave, une autorité, une énergie rythmique qui sont d’un homme, et une sorte d’allégresse, de faculté de rêve tendre, soudain portée à la violence déchirante et éperdue, qui est à la fois d’une femme ayant tout deviné des tragédies du coeur, et d’une enfant aussi innocente et aussi courbée sous la fatalité que la pauvre petite princesse Maleinodont elle voulut commenter le destin, symbole du sien.Il n’y a pas d’intermédiaire entre son âme et nous, on ne songe point au procédé, à l’étude, au talent.Une sonorité s’éveille, et à l’instant une poésie et une sensibilité s’imposent à nous avec, une impérieuse et persuasive douceur.Même lorsque Lili Boulanger commente les vers d’autrui, il semble que ces paroles LA MLSIQUE 93 v___________ soient liées d’elle ; elle s’y adapte si parfaitement (ju’elle les refond et [our donne un sens nouveau.Elle était née pour la grande musique dramatique, mais quand elle s’est tenue a la simple expression du lied, elle s’est placée auprès des maîtres de l’art intimiste.La musicienne qui a créé en quelques années les Funérailles d’un Soldat, Faust et Hélène, le Psaume, les Clairières dans le ciel, la Prière Hindoue et la Princesse Maleine, en omettant dix autres compositions dont aucune n’est indifférente, n’est donc pas une débutante aux promesses détruites, mais une créatrice ayant marqué sa place et réalisé une oeuvre.A force de volonté, elle a presque désarmé la mort.Elle n’a fait que passer, mais son caractère d’élue s’est créé, une légende s’est formée, auréolant le souvenir de cette enfant modeste pour qui la gloire n’était rien, qui écoutait ses voix.Elle aura symbolisé cette union de la beauté et de la fatalité (pii, de siècle en siècle, a toujours frappé de vénération et de crainte le coeur de l’inquiète humanité.La figure délicieuse et frémissante de Lili Boulanger envisageant son affreux destin sans faiblir, ennoblissant de charité les heures qu’elle savait inexorables, ne passionnera pas seulement les musiciens.Elle aura mérité de paraître emblématique à tous les artistes, à tons les écrivains qui se penchent avec pitié et respect sur le mystère des disparitions prématurées.Auprès de Chopin, du jeune Schubert, elle leur semblera errer comme une petite fée bienfaisante dans le pays de rêve dont parle Shelley, «où la musique, le clair de lune, et le sentiment ne font qu’un».Ce pays d’où elle venait, elle v est remontée, ayant mis d’accord son coeur et son génie.Ses voix ne l’ont lias trahie : elle accompli sa mission.Il est des destins si purs, qu’on n’ose plus les pleurer.Les souvenirs en fleurs que ses amis renouvellent sur sa tombe ne sont que les pâles images des fleurs impérissables qu’elle nous a données.Elle n’est plus — et elle vit cependant, d’une vie intangible, plus vivante que l’existence elle-même.Elle n’a pas connu l’amour, et elle a exprimé dans ses mélodies les plus déchirantes et les plus suaves émotions de l’amour.Bien avant la guerre, elle a réalisé avec les Funérailles d’un soldat l’anticipation splendide de nos exaltations les plus intenses en cette crise dont elle n’a.pas su la fin ; et je crois que vous penserez comme moi que c’est la musique même qu’il faudrait jouer sur la tombe de notre Soldat Inconnu.Tout en elle a été divination et prophétie.La mémoire de l’enfant merveilleuse ne s’éteindra pas.Est-ce que les fées peuvent mourir ?Il ne sied pas de songer à elle avec ce sentiment qui fait poser quelques roses sur une colonne brisée.L’œuvre survit, elle exige ses droits.Lili Boulanger se présenteà nous «telle qu’en elle-même enfin l’éternité lachange», dans la force de son fier esprit et la tendresse de son douxcœur.L’heure est venue où, ayant déploré son destin pathétique, nous ne lui devons plus que de l'admiration.Si je devais chercher le symbole tangible de cette vie, peut-être le trouverais-je eu un de mes souvenirs de cette Florence que cette jeune fille a tant aimée.Le samedi saint, au moment du Gloria dans la nef de Sainte-Marie des Fleurs, une fusée en forme d’oiseaus’allume, glisse sur un fil d’or, et traverse l’édifice au-dessus de la foule en prière.Ainsi a glissé au-dessus de nous cette rapide et étincelante petite Colombe de l’Esprit.Camille Mauclair (De La Rerue Musicale, Paris) 94 LA MUSIQUE IIS® MUSIQUE D’ÉCÏUISE Organisation pratique des Scbolæ grégoriennes L'avenir du chant grégorien dépend d’une question d’organisation.Nous n’en sommes plus à la période des discussion théoriques, où la vérité se frayait péniblement passage au milieu des préjugés et des habitudes acquises, l’Eglise a parlé.Le Motu proprio de Pie X indique avec précision et vigueur leur devoir à tous ceux que la réforme du chant regarde La bonne volonté, d’ailleurs, est générale.Personne ne s’avise de combattre les volontés du Pape.Pour les mieux réaliser, il n’est que de les savoir réalisables.Ce sera donc rendre service à tous ceux qui veulent seconder les désirs de l’Eglise, que d’aider à l’organisation pratique du chant.Tant d’expériences ont été faites, un peu partout, dans les paroisses et les institutions, qu’il suffirait d’en faire le tableau pour traiter le sujet qu'on nous a proposé.Ce rapport pourrait s’intituler « une page d’histoire » où noms et dates figureraient, s’il en était besoin.* * * Si utile que soit la formation rationnelle de la voix, il parait bien difficile de l’imposer à tous es fidèles.Et cependant, ils sont appelés à prendre part à l’office.Le problème n’est pas insoluble heureusement Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en chantant qu’ils apprendront à chanter.Pourvu que le maître possède les principes, et que l’élève ait toujours sous les yeux d’excellents exemples, on obtiendra, à n’en pas douter, de bons résultats.Il faut avant tout recruter des chanteurs.C'est chose facile.Toute paroisse qui pratique les possède.Ce sont les fidèles qui viennent à ’office ; ce sont les habitués de nos œuvres, de nos patronages, de nos réunions dominicales.Ce sont, là où existent des écoles libres, les élèves qui les fréquement et surtout les enfants, garçons et petites filles, qui se préparent à la première communion.Les règlements du catéchisme astreignent les uns et les autres à une présence régulière à l’Eglise.Plusieurs fois par semaine, le prêtre les y retrouve.C'est dans ces réunions hebdomadaires qu’il leur donnera une première formation élémentaire.L’enseignement du chant ne devrait-il pas faire partie de l’enseignement général de la prière, qui, de l’aveu des meilleurs catéchistes, est le premier objet de leurs sollicitudes ?Qu’il soit considéré comme un des exercicestdu catéchisme.Si l’adage ancien a conservé quelque valeur « bis oral qui bene cantal » bien chanter c’est prier deux fois, ne sera-ce pas une garantie pour l’avenir religieux de nos jeunes communiants qu'ils aient appris, par la pratique quotidienne, à aimer la prière publique et le chant officiel de l’Eglise?Qu’on veuille bien relire, dans le beau livre de Mgr Dupanloup sur «l’œuvre par excellence» le chapitre qu’il consacre à la pratique du chant, et on se convaincra de son importance.' # * * Les prières, récitées avec piété et recueillement’ avec des pauses marquées d’avance, et observées par tous, et sur un ton de voix unique, seront un premier exercice qui préparera les enfants à aborder le chant des psaumes.Qu’est-ce qui empêche, pour stimuler le zèle et exciter l’émulation, de séparer en deux chœurs, garçons et filles, et de les faire alterner.Leur attention en est plus éveillée.Ils surveillent, avec une juste sévérité, tous les défauts d’exécution qu’ils constatent chez les autres ; ce qui est peut-être le meilleur moyen de retenir les règles, pour eux-mêmes.C’est parmi les meilleures voix que l’on trouvera bientôt les éléments de ses futures Schola.Le goût, la piété, l'obéissance à la direction, sont autant d’indices sûrs qui feront discerner les bons scholistes.Ils formeront l’élite, dont les exécutions, toujours parfaites, seront une vivante leçon de choses pour les autres enfants d’abord, et pour toute la paroisse.Mais on se gardera bien de négliger l’ensemble de ses catéchismes.C’est à tous que doit s’étendre notre zèle.Si élémentaires qu’on les suppose, quelques leçons de solfège, de prononciation, de liturgie surtout sont indispensables.La formation liturgique fera l’objet du rapport LA MUSIQUE 95 de M.l’abbé Descamps.Qu’il nous suffise d’en souligner l’importance, car la liturgie sera l'âme de toute action paroissiale.Elle doit donc être.à la base de notre apostolat grégorien.Plus nos enfants auront l’intelligence et le goût de la prière de l’Eglise, plus ils aimeront à participer au chant des offices.* * Aux éléments de la liturgie s’ajouteront quelques leçons de solfège grégorien.Elles aideront à la formation de la voix.Nos enfants feront, au moins chaque jeudi, quelques courts exercices de gammes et de vocalises.Chaque répétition pourrait commencer par lâ.Il faudra recommander sans cesse aux garçons la douceur et le moelleux des sons, et leur interdire absolument de crier ; aux petites filles, au contraire, demander la décision et l’énergie ; à tous l’ouverture delà bouche, la netteté de l’articulation.Ces qualités se développeront sans cesse, pourvu qu’on ne renonce jamais à les exiger.Des voix rauques et incultes au début ne tarderont pas à s’assouplir et à se former.Y a-t-il des voix fausses ?Ou y a-t-il des voix peu exercées?Presque toutes se corrigent par letravad Que de fois l’on vous dit : Il n'y a pas de voix dans ma paroisse.C’était la réponse d’un excellent vicaire que nous poussions à organiser un groupe d’enfants.Au bout de quelques exercices, il fut tout étonné de découvrir de fort jolies voix.Sa Schola de garçons devint, après quelques mois de travail, une des meilleures de la région.* * * On donnera le plus de soin possible à la lecture du latin, veillant à obtenir une accentuation nette, souple, aisée, élégante.Ces qualités de l'accent latin s’obtiennent bien mieux avec la piononciation romaine.C’est l’avis de M.Vincent d'Indv ; il est pai tagé par l’ensemble des grégorianistes.Nous n’avons, pour notre part, jamais obtenu de bonne accentuation latine, sans la prononciation romaine.Et peut-être la plus grande difficulté pour vulgariser léchant grégorien dans les milieuxoù l'on étudie le latin, a-t-elle été la prononciation à la françai«e, qui a continué à sévir dans les classes, et qui, par sa méconnaissance complète de l'accent, complique singulièrement le travail du maître de chant.Cet exercice de langage restera toujours le plus important.Les chants du peuple sont presque exclusivement des récitatifs ou des acclamations.Les bien dire, c’est la moitié du chant.On so;gnera de toute façon la récitation du Conflleor, les réponses au De profundi», la lecture des Psaumes des Vêpres.Rien n’est plus édifiant que ces prières publiques, quand elles sont dites avec ensemble.Les exercices de lecture deviendront bientôt des exercices de psalmodie où se mêleront les conseils d'interprétation yrér/orienne, chaque fojs que ce sera utile.On ne fera pas chanter les psaumes, sans indiquer au fur et à mesure, les règles qui permettent d’appliquer les paroles aux cadences psalmiques.Les enfants eux mêmes sont susceptibles de les comprendre.Ils aiment au surplus à se rendre compte de ce qu’ils font, j’entends les plus intelligents.Ils acquerront aussi, peu à peu, les notions du solfège grégorien.On les donnera sans dépense de livre.La main du maître sera, si l’on veut, la portée à quatre lignes, sur laquelle il leur enseignera la science des interval les.Ces exercices sont reposants et instructifs.Le maître les varie à volonté.S’ils sont bienfaisants à la masse, il sont, on s’en convaincra, indispensables à nos Schohr, car ils permettent deréa iser une économie considérable de temps et de fatigue.L’initiation des Scholœ devra être beaucoup plus complète.Il faut qu’elles soient dans la paroisse une école de beauté.C’est par la perfection de leurs exécutions que le chant grégorien conquerra les paroissiens.Qu’elles atteignent aux frontières du parfait, humainement accessible ; alors, saisis et convaincus.nos chanteursdeviendront d’infatigables apôtres de la prière chantée.* * * Ce programme est trop vaste, pour qu’on ait la prétention de le réaliser sans efforts.Il y faut la compétence d’un maître.Mais ce qui compromettrait, sans doute infailliblement le succès, c'est la hâte et l’empressement de l’ouvrier, qui, supprimant les étapes, voudrait aboutir sans la collaboration du temps.Rien ne sert de courir.mais il faut marcher sa ns cesse et avoir le courage d’aller lentement.En éducation, les progrès sont insensibles, mais ils doivent être poursuivis avec méthode et constance.Au bout de six mois, au bout d’un an, on constatera les résultats de ses efforts.On verra les voix s’assouplir, les âmes se former, la piété se développer autour de son centre, l’autel ; les offices mieux compris, intéresser davantage.Le prêtre ne sera plus un is lé ; en acquittant le devoir de la prière, il sentira ses ouailles groupées et unies autour de leur pasteur, vivant symbole de la communion des Saints.Est-il douteux que l’esprit chrétien n'ait progressé en même temps?(« miirre) Abbé Charles Vnntlewalle. 96 LA MUSIQUE 44 EVE ” A la salle Colomb, le 25 avril dernier, les Chanteurs de Saint-Dominique ont fait une première incursion au pays de la musique profane.Aidés de quarante voix de femmes ils présentaient à une pleine salle de mélomanes, ponctuelset silencieux (ô merveille!) une œuvre, de Massenet écrite sur un livret de Louis Gallet Quoiqu’on puisse penser du choix d’Eve, il faut convenir que la musique de Massenet se trouvait davantage à sa place au théâtre qu’à l'église.A distance, il n’est pas aisé de juger de la valeur des partitions et souventes fois il faut s'en rapporter au hasard.Ceci dit, à la décharge des directeurs de la Chorale Saint-Dominique, nous glisserons sur les énormes inexactitudes du livret pour nous astreindre uniquement à l’exécution, la première en Amérique, croyons-nous.Tous les auditeurs avertis ont été vivement impressionnés par une exécution presque parfaite et ils rapportent la conviction que l’œuvre a été préparée avec un soin et un souci d’art qui se rencontrent rarement.Sous la baguette énergique, sûre et habile d’un amateur de goût, M.Raoul Dionne, chœurs, solistes, instrumentistes ont évolué harmonieusement et sans accrocs.Encore à ses débuts, le directeur s’est montré imprégné de sa partition et maître incontesté des rouages de cette machine compliquée qu'est un groupement de 75 choristes.Il convient de le souligner.Chez les chœurs, toujours difficiles à styler.nous avons noté la fermeté des attaques, la justesse d émission, une articulation excellente et des nuances dessinées à la volonté du directeur.L’équilibre dynamique faisait parfois défaut chez les ténors qu’éclipsaient en nombre les soprani ; le phrasé agréable de l’ensemble faisait oublier quelques cas de respirations malvenues.Du reste, l'auditoire, pris par la beauté des chœurs de la Tentation et de la Malédiction, n’a pas ménagé ses applaudissements aux choristes aussi bien qu’aux solistes.Ceux-ci tiennent dans ce myntère un rôle de premieç plan.Massenet a confié à Eve une partie écrasante et il fallait le magnifique organe de Madame Mahy-Bouliane pour se jouer de toutes les difficultés.Grâce à l’étonnante souplesse de sa voix limpide, à son excellente compréhension du texte, elle a su donner au rôle d’Eve un relief remarquable.A la basse chantante J.-E.-A.Cloutier était dévolu le rôle d’Adam, pourtant assez élevé.Sa voix bien posée, au timbre solide et d’une belle ampleur n’a pas failli un instant.Dans le duo de la troisième partie les deux protagonistes ont fait merveilles.Le récitant, M.Roméo Faguy, prêtait son timbre chaud de ténor à la partie la plus ingrate ; il a très bien détaillé ses tirades essoufflantes et haut perchées.Aux pianos d’accompagnement Mme P.Mo-rency apportait de l’expérience et sa maîtrise accoutumée ; le prélude de la deuxième partie lui permit de faire montre d’une technique sûre et d’une belle faculté d’interprétation M.Adrien Payette secondait Mme Morency et s’est révélé aide précieux.Tout en rendant hommage au talent des pianistes, il nous faut regretter que l’œuvre de Massenet n’ait pas été présentée avec accompagnement d’orchestre.On nous répondra avec raison : “ Où sont les Mécènes qui se chargent de solder les déficits toujours à redouter?’’ Nous comprenons que ce n’est là qu’un début prometteur et c’est pourquoi nous espérons que l’an prochain ce groupe d’amateurs enthousiastes et bien doués nous offrira une grande œuvre cho raie comme Joneph de Méhul ou la Damnation de Fauttt de Berlioz, avec orchestre.Le public de Québec, peu gâté par des auditions de grandes pièces de chant profane, a clairement manifesté tout le plaisir qu’il éprouvait à entendre un genre trop délaissé.Que les Chanteurs de Saint-Dominique n’en restent pas à ce premier succès et qu’ils s’adonnent désormais à l’exécution des belles et grandes œuvres polyphoniques.Ce sera un digne pendant aux beaux concerts de musique religieuse dont la Chorale de Limoilou nous gratifie depuis deux années.Son Excellence le Gouverneur et Lady Fitzpatrick avaient daigné rehausser de leur présence l’éclat de :ette soirée commencée par le chant de O Canada brillamment enlevé.Henri Chantepleure.N.B.— La même chorale avait exécuté dix jours plus tôt /yen Sept paro/tn du Clivid de Dubois, pour la troisième fois.Belle exécution C’est un article du répertoire à renouveler. LA MUSIQUE 97 La Vie Musicale à Paris C’est la saison des décorations.Certains acquièrent le ruban rouge par la protection d’un sénateur ou d’un député, d’autres par leur mérite.Parmi les derniers honorés citons avec plaisir M.Albert Wolff, le chef d’orchestre à l’Opéra-Comique.Lors de son engagement au “Metropolitan House”, le brillant directeur d’orchestre défendit notre répertoire avec un grand zèle et un dévouement admirable.M.Woltî, qui jouissait de la confiance du directeur général, contribua dans une large .’part à l'augmentation de notre répertoire lyrique.Sou engagement à l’Opéra-Cornique privera la France musicale d’un défenseur en Amérique.C’est à une représentation de l'Attaque dit Moulin d'Alfred Bruneau, que M.Bertaux, chef de cabinet du ministre de l’Instruction Publique, présenta à M.Wolff le cordon de Chevalier de la Légion d’honneur.En même temps que M.Wolff, M.Henri Casadessus vient de recevoir les mêmes honneurs.* * * Les concerts symphoniques de Pasdeloup, Lamoureux, Colonne et du Conservatoire attirent toujours leur clientèle fidèle.Parmi les concerts donnés dans les derniers jours de mai citons la Société Nationale de Musique, la Société Française de Musicologie, Concert Marthe Martine, Récital Jeanne Jouve (soprano).Société des Compositeurs de Musique.Concert Paul Roes (pianiste), Récital Suzanne Bouquet, Concert Iturbi, le concei t de la Société Musicale Indépendante, le concert Croiza, le concert du quatuor Bastide et le récital de Mme Blanche Marchesi.?* * L’Opéra vient de reprendre plusieurs ballets qui occupèrent toute une soirée.Mentionnons les reprises de Petite Suite (Debussy), La Péri, La Tragédie de Salome (Florent Schmitt), et Taglioui chez Mouette.M.Rouché sait apprécier les oeuvres italiennes.Parmi les reprises heureuses à l’Opéra, Fahtaff, de Verdi, a su attirer une clien- tèle nombreuse.Faletaff fut interprété par M.Huberty et l’orchestre dirigé par l'excellent chef d’orchestre italien, M.Arturo Vigna.Les concerts sont nombreux.Dans le courant du mois d’avril nous avons entendu les concerts d’Edouard Risler (piano), le concert de Musique Britannique, le concert du Cercle Musical Universitaire, récital Alice Durant (piano), le concert de Mmes Wintzweiller, Claire Carloni, le concert des « Amis de l’Orient », le concert de Mlle Jeanne-Marie Darré (piano) et le concert Claude Lévy (piano).* * * Les cercles musicaux regrettent la disparition inattendue du grand baryton Jean Noté, décédé à la suite d’une opération.Quoique né en Belgique, Jean Noté avait fait sa carrière en France, sur tout à l'Opéra de Paris, où il compta des milliers d’admirateurs.Le grand baryton fut officier de la Légion d’honneur et Chevalier de l’Ordre de Léopold.Nous avons à déplorer aussi la disparition d’un écrivain savant.L’auteur bien connu de Moussorgsky, M.D’Alheim, vient de passer dans l’éternité le 13 avril.* * * Au Trianon-Lyrique noirs avons entendu une comédie lyrique de M.Eugène Cools.Musique intéressante, mais peu captivante.* * * Le pi ix Nadaud de 4000 francs pour le meilleur violoniste fut décerné au jeune, mais brillant musicien, M.René Benedetti,premier prix du Conservatoire de l’année 1918.Il est ù noter que M.Benedetti est l’élève même du fondateur du nouveau prix.* * * Les concerts continuent avec beaucoup d’acharnement.Mentionnons ceux de M.Robert Casadessus, de Marcelle Blanquart, et de Gérard Ai'iiitz.Joseph de VALDOR.Paris.30 avril. 98 LA MUSIQUE LA VIE MUSICALE EN EUROPE =1 Allemagne Avec le zèle qu’ils mettent à servir le culte de leurs grands hommes, les Allemands, qui ont célébré il y a quelques mois le vingt-cinquième anniversaire de la mort du symphoniste Anton Bruckner (1824-1896) se préparent cette année à célébrer celui de Brahms.— L’Opéra de Berlin a donné récemment un nouvel opéra de Frank Schreker, intitulé Le Fossoyeur de Trésor.C’est un drame lyrique en trois actes.M.Schreker est le directeur de la •‘Hochschute fur Musik”.Il a déjà écrit plusieurs oeuvres lyriques, dont les Signes, représenté l’an dernier avec un vif succès.— La succession de Nikisch échoit à M.Furt-wangler, l’un des plus brillants chef d'orchestre de l’Allemagne.— Le Dr Munk, l’ancien chef du “Boston Sy iphony”, vient d’être appelé à la direction de l’orchestre de Hambourg.— Bruno Walter a donné sa démission comme directeur de la musique de l’Opéra de Munich.Angleterre ¦—Albert Coates, de retour d’Italie, s’occupe de monter des œuvres wagnériennes pour la British National Opera.Coate1- dirigera le 15 mai l’Or du Rhin, dont ce sera la première representation à Londres depuis la guerre.— La saison d’opéra Gilbert et Sullivan s’est terminé le 15 avril.Le succès de ces “revivais” a été aussi grand que celui du “Beggar’s Opera ”.Le public de Londres aime les œuvres légères et a fait fête aux interprètes qui leur ont donné The Mikado Solanthe, The Yeomen of the Guard, The Gondoliers et Rndigore.Autriche — On vient donner à Vienne une importante cantate, depuis longtemps attendue, de Hans Pfitzner.l’auteur du Palestrina représenté l’an dernier.Sa dernière oeuvre est divisée en deux partie : If homme et la nature et La ne.et le chant, d’après des poèmes de Kichendorff, le poète romantique allemand.Hans Pfitzner est considéré aujourd’hui, en Allemagne, comme le compositeur le important après Strauss.Belgique — Aux Concerts populaires, M.Ruhlmanna fait connaître la Veillée d'Armes de Georges Antoine, musicien liégeois mort en 1918.— A l’Opéra d’Anvers, on a donné Dourla première fois la Gismouda de Février et Antar.A l’Opéra Flamand, reprise de la Walkyrie.— Le Conservatoire de Liège a consacré un de ses derniers concerts à l’exécution intégrale de La passion selon S.Mathieu de Bach, dirigée par M.Sylvain Dupuis.Italie — Première représentation à Rome à’Isabella Orsini, opéra nouveau du maestro Brogi.A.Ges-co, le critique autorisé de la TrUrmia, reconnaît à cette partition des qualités d'élégance et de simplicité.Il la juge toutefois assez superficielle et conclut en ces termes : «Isabella Orsini a une médiocre importance artistique ; toutefois, elle se fait écouter sans fatigue d’un public peu exigeant».— Au «Teatro dei Piccoli», première de la Bella dormente ne/ bosco du maestro Ottorino Respighi.livret de Gian Bistolfi d’après le conte de Perrault.Action charmante, langue expressive et simple, baignée dans une musique limpide.— Le maître anglais A.Coates, qui vient de conduire trois beaux concerts à Rome», rend hommage à la qualité de l’orchestre et à la valeur de son chef habituel, le maestro Molinari.Les prochains concerts seront dirigés par Wilhelm Furtwangler, le jeune successeur de Nikisch à la Philharmonique de Berlin.— On reproche à la «Scala» de n’avoir pas monté d’oeuvres nouvelles, alors que le «San Carlo» de Naples a donné Glauco ; Bologne, Sa-kuntata : Rome, Guilttta e Romeo ; Trieste, Jacquerie et Turin la Figlia del Re.Une nouveauté cependmt était promise, Debora et Jaele, du maestro Pizzetti.— Le public de Rome a fait bon accueil au Cavalier à la Rose, l’opéra de Richard Strauss.— On dit que Mascagni écrit actuellement la musique d’un opéra dont le livret est de d’Annunzio et qui a pour titre la Déh crame de Jérusalem. LA MUSIQUE 99 AUX ETATS - UNIS — L'exode des vedettes du monde musical bat son plein.Les artistes retournent aux vieux pays après avoir fait a uple moisson de dollars américains.— Madame Geraldine Farrar ne fera plus entendre son admirable voix dans les rôles d’opé.ra, a-t-on annoncé en apprenant que M.David Belasco l’avait pris sous sa tutelle pour la faire briller dans des productions cinématographiques.Madame Farrar est apparue pour la dernière fois au Metropolitan Opera House samedi le 22 mai lorsqu’elle a chanté dans “Zaza”.— Bon nombre d’étudiants américains s’embarqueront pour la France le 14 mai.Ils s’en vont compléter leurs études à la nouvelle école de Fontainebleau.Ce groupe compte39 pianistes, 9 violonistes, 2 harpistes, 7 organistes, et 12 chanteurs.Il y a aussi quatre élèves qui se destinent à étudier la composition.— On annonce un récital du violoniste italien Angelo Giuffrida, premier prix du Conservatoire Royal de Parme.Cet artiste, qui fit partie de l’orchestre du Metropolitan en 1914, tente de faire sa trouée pour prendre place parmi les grands virtuoses du violon.— Mme Ferrabini chante avec la Brocklyn Opera Company.— Chalmers Cliffton a été nommé directeur de l’American Orchestral Society.— John McCormack, fameux ténor irlandais, qui a été dangereusement malade par suite d’une affection de la gorge, a du subir une autre opération pour extraire les formations de pus qui s’y trouvent.Son médecin, le Dr A.C.Dupont, a fait la déclaration suivante : "M.McCormack a traversé la crise.Sa gorge est quelque peu mieux.Il peut avaler avec moins de douleur mais il ne pourra chanter d’ici plusieurs mois.M McCormack quittera New-York pour l’Irlande le mois prochain si sa santé le lui permet.” McCormack aura 38 ans le 14 juin prochain.Ses amis croient qu’il lui faudra un long repos avant qu’il ne soit complètement rétabli.— L’Orchestre de Philadelphie a donné le mois dernier la première audition en Amérique du Sarre du Printemps de Stravinsky.— Dom Mocquereau, le savant musicographe bénédictin, fera l’été prochain une série de conférences sur le plain-chant à l’Institut Pie X de Musique Liturgique, de New-York.— La nouvelle loi scolaire de l’Etat de la Californie rend obligatoire l’étude de la musique pour tous les élèves des écoles publiques depuis l’âge de six ans jusqu’à la terminaison du cours.Cette loi est en vigueur depuis l’automne dernier.Bien que la musique n’ait pas été classifiée au nombre des sujets d’études supérieurs qui composent le curiçulum, elle est mise au rang du cours d’agriculture, de l’étude de la vie des animaux et des oiseaux, de l’économie domestique élémentaire, des sujets humanitaires et du sujet, absolument nouveau, d’économie financière.Ces diverses matières occupent un tiers du temps de l’école.Le principal but de cette loi est d’inculquer à la jeune intelligence de l’enfant la connaissance et le goût de la musique.Comme la loi scolaire fixe d’une manière absolue le nombre d’heures que tout élève doit passer à l’école, depuis l’âge de six ans jusqu à la fin de son cours, il devient facile de calculer combien de temps chaque enfant devra consacrer à l’étude de la musique.PI.Joseph Bonnet — Il y a quelque temps les journaux ont annoncé que le célèbre organiste de St-Eustache de Paris, M.Joseph Bonnet, devait entrer chez les Bénédictins au cours de l’été prochain.M.Bonnet n’a aucunement confirmé la nouvelle et même il est sous contrat avec le directeur de la grande école Eastman de Rochester, N.-Y., pour une nouvelle série de cours l’an prochain.M.Bonnet fera des tournées à travers l’Europe de mai à octobre, alors qu’il reviendra en Amérique pour y donner des concerts et continuer ses cours. 100 LA MUSIQUE La Société Symphonique Nous avions le plaisir de revoir la Symphonie le 23 avril dernier,alors que la Société reprenait l’habitude de paraître en public pour ses concerts annuels.Depuis plusieurs années la Société Symphonique n’avait pas donné de correct de son propre chef.Nous avons eu la preuve que seules les circonstances avaient ainsiavisé le bureau de direction.La Symphonie nous donna un intéressant programme, et fit mieux encore : il y avail un réel progrès dans l’exécution.Espérons que la Société Symphonique pourra reprendre,dès l’an prochain,un contact plus intime avec le public.Espérons et souhaitons que vingt années de travail assidu amènerons un résultat dont nous serons fiers, si nous ne lesonunes déjà.Le manque d’espace nous oblige è remettre à plus tard,un travail historique sur la Société Symphonique de Québec.J.Robert Talbot.Chez les Dames Ursulines de Québec Le triduum célébré par les dignes religieuses à l’occasion du 250e anniversaire de la mort de la Vénérable Marie de l’Incarnation a donné lieu à des solennités musicales d’une valeur remarquable.Chacun des jours avait pour la grand’messe du matin et le salut de l’après-midi un programme différent, tout à fait dans l’esprit de la vraie musique d’église.Le chant grégorien y occupait la place d’honneur et fut rendu de façon attrayante et très soignée.En outre, des pièces en musique figurée, soit ancienne soit récente, furent exécutées avec la sobriété de style et le coulant d’exécution gue ce genre comporte.Il convient de féliciter ces excellentes éducatrices de leur beau travail et du bon exemple donné par là dans la restauration du chant sacré.U.B ÉCHOS ET NOUVELLES -î- Les Nôtres à Paris Les journaux de Paris nous apprennent que notre compatriote M.Victor Brault, baryton, a chanté le 14 avril dernier, dans l’église de la Sorbonne, le rôle de Pierre dans l’oratorio de Beethoven: Le Christ au Mont des Oliviers.M.Brault a aussi remporté un bon succès aux Concerts Touche, le 28 du mois dernier.Informations — Théodore Botrel s’est embarqué pout la France le 16 mai.— Le concert annuel des élèves de l’Institut de l'Art vocal aura lieu le 2 juin en la salle Loyola.— Madame Anna Mahv-Bouliane et M.Placide Morency étaient au programme de la soirée organisée par la Société française de Bienfaisance en l’honneur de la fête Sainte Jeanne d’Arc.L’Harmonie de Québec, dirigée par le Capitaine Ch.O’Neil, a également pris part à cette belle manifestation.Audition d’élèves L'audition annuelle des élèves de M.Henri Gagnon a eu lieu le mardi 16 mai.Mme W.H.Delaney, soprano, prêtait gracieusement son concours.Concert des Etudiants Le manque d’espace nous empêche de faire un compte rendu de la soirée donnée parla Fédération Universitaire.vendredi le 12 mai, à l’Auditorium.Nous avons goûté tout spécialement lo Médecin mahjrè lui de Molière, très bien interprété par des amateurs connue M Gérard Lacroix, Mlles Marcelle Duhamel, Edith L’Heureux et autres.Dans le Violoneux d’Offenbach, nous avons remarqué M.André Simard, qui avec un peu d'expérience deviendra l’un de nos bons amateius.G.D. CHANTEZ EN FRANÇAIS .' • Catalogue (Je Mélodies nouvelles, chantées pour la première fois au Canada cet hiver, adressé : 6ur réception de 3 cts pour affranchissement.Toutes ces nouveautés se trouvent à Québec, chez M.J.F.de Belleval, qui les tiendra à la disposition des Amis de l’Art Français, qui veulent chanter autre chose que des Fox-Trot américains.Musique religieuse pour la Pentecôte et lu Fête-Dieu.Marchés «le Procession pour Fanfares et Harmonies.Musique spéciale pour Fêtes et Distributions de prix, Examens des Académies et Conservatoires de musique du Canada., Nous avons TOUT ce qui est joli en musique Classique et Moderne.RAOUL VENNAT 642, rue St-Denis, Montréal - Tel.Est 3065 - a la MUSIQUE ” ne rendra compte que des concerts pour lesquels elle reçoit le service de presse.L’Harmonie de Québec me Capt.Chs.9 Neil, Directeur \ Accepte engagements pour concerts, réceptions, parades, etc.^ S'adresser à : Edmond Pouliot, 21, rue St-Patrice.Tél.6739j OSCAR HAMEL ETUDE DE Rod.-E.MacKAY HAMEL & MACKAY t NOTAIRES Représentante de Versailles, Vidrioaire, Boulais, Ltee, pour la vente des Obligations municipales.Bureaux : 80, rue St-Pierre, Québec.— Téléphone 4455 — Echange privé.PAUL DROUIN, c.r.ADRIEN FALARDEAU AVOCAT Edifice Quebec Railway Tél.466 AVOCAT Edifice Quebec Railway Tél.2307 Programmes de Concerts Pancartes, etc.Demandez nofe prix.L’Imprimerie Modèle Impressions en tous genres Travail rapide et soigné 2D, Cote de la Montagne Téléphone £349 — : — .COURS EX LEÇONS t= INSTITUT DE L ART VOCAL DE QUÉBEC _ XAVIER ERCIER de l’Opéra-Comique de Paris et du Covent Garden de Londres.3, RUE STE-URSULE - Tél 13*1 Mme ISA JEYNEVALD \ 1er prix de Chant et d'Opém du Conservatoire de Lyon, France, des grands théâtres, Lyon, Toulouse, et des Concerts Colonne de Paris.J.-A.GILBERT LOUIS GRAVEL ! EX-Élève du Conservatoire de New-York PROFESSEUR DE VIOLON CHANT / * 334, rue St-Jean Tél.3156 Studio : 320, rue St-Joseph Tél.6608 (Rés 5302-j) J.-ARTHUR BERNIER Ex-élève de Alexandre Guilmant et F.Fourdrain Membre de la Société des Auteurs et Compositeurs de Paris.PIANO - ORGUE - HARMONIE IL rue de Salaberry Tél 2134 HENRI GAGNON Organiste do la Basilique • Studio : 8, rue St-Flavien Tél.lOÿ GEORGES E.CHOU1NARD A.PARADIS Organiste et Professeur de Musique Enseignement théorique, méthode Danhauser 17L rue Ste-Famille Tél, 844 LEÇONS DE VIOLON Studio : 163, rue d’Aiguillon Tél.6205-J O ER LÉTOURNEAU Germaine Lavigne Élève de Mme Berthe Roy.Lauréat de l'Académie de Muàjui Prendra un nombre limité d'élèves Organiste et Professeur de Musique à son domicile et en dehors, pour renseignement du piano et de la théorie musicale.53, rue Boisseau Tél.1461 Tél.1241 Résidence : 272, rue St-Cyrille.J.- ANDRÉ JACQUES Organiste à 1‘église St-Patrice PROFESSEUR DE PIANO, CHANT, ORGUE 83, rue St-Luc Tél.1298 J.-Edouard OUELLET Lauréat de Piano et d’Orgue à l'Académie de Musique de Québec.LORETTK VILLE, J.-M.SOULARD t y c Professeur de Piano 7, rue Notre-Dame-des-Anges Tél.1452 — LUCILE DOMPIERRE, pianiste Prix d’Europe, 1919 Elève de Georges de Lausnay et Félix Fourdrain, Paris.PIANO, SOLFÈGE, HARMONIE et CONTREPOINT.Engagements pour Concerts et RécitlW Studio : 1411/2.rue Crémazie — Tél.25513 J.-ROBERT TALBOT, Violoniste-compositeur Brevet d’enseignement de l’Académie de Musique.Ex-élève du Conservatoire de New-York : Institute of Musical Art VIOLON* SOLFÈGE, HARMONIE et COMPOSITION Studio: 81, rue d’Artiffny.Té,‘ 183* “CANDI AC” (j>\\ D/x]^ Bonbons Canadiens pour les Canadiens d’une pureté et d’une supériorité incontestables.La Compagnie de Bonbons Candiac Canada, Limitée, a été fondée par des capitalistes de Québec, dans le but d’introduire dans la fabrication et le commerce du chocolat et des bonbons en général des réformes et des perfectionnements depuis longtemps désirés; elle a voulu fournir aux Canadiens des chocolats et des sucreries d’un goût exquis, d’une saveur incomparable tout en leur conservant toutes les propriétés bienfaisantes dont ces précieux aliments sont susceptibles.Les Chocolats Candiac composés seulement de cacao pur et de sucre, d’extraits purs de fruits, de vanille, de menthe, de fruits et de noix, et sont ce qu’il y a de plus savoureux et de plus sain sur le marché.Les Bonbons Candiac au sucre et aux extraits de fruits, sont incomparables quant à la saveur, à l’arome et à l'apparence appétissante et attrayante.Les Bonbons Candiac de Luxe représentent en un mot la perfection dans l’art du confiseur.Tout, d’ailleurs, contribue à cette perfection: un édifice spacieux et moderne spécialement construit pour cette fabrication, où pénètrent en abondance l’air pur et la lumière du jour, le choix des matières premières des meilleures provenances, autant d’éléments essentiels à la production de bonbons réellement délicieux.Goutez-y, exigez-les de votre fournisseur.S’il ne les a pas en magasin il se fera un plaisir de vous les procurer.Bonbons Candiac (Canada) Limitée Québec, Qué. t°ll° toc->nC==30I==3ir
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.