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Titre :
La musique
Éditeur :
  • Québec :[La musique],1919-1924
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

La musique, 1923, Collections de BAnQ.

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Septembre 1923 5e Année — No 57 TT Ar V-x.7 La Musique Publication die l'Univtrsité Laval SOMMAIRE La Musique.J.Robert Talbot La Sonate pour piano C.Bellaigue A propos des cantiques .J.Debout Le chant des moines de Solesme, Justine Ward M.Conrad Bernier C.-1L L.Revue des Revues .J.-R.T.L’Ecole de Musique de l’Université-Laval Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.DU Abonnement : $2.00 A Le numéro 25 sous /Z LA MUSIQUE Publication de l’Université Laval Comité de Direction MM.les professeurs de l’école de Musique : M.Gustave Gagnon, M Arthur Lavigne, M.Joseph Vézina, M.J.-A.Gilbert, M.l’abbé ( Desrochers, M.l’abbé L.Destroismaisons, M.1 abbé A.Tardif, M.J.-A.Bernier, M.Henri Gagnon, M.Orner Létourueau, M.J.-K.lalbot; M.le chanoine J.-R.Pelletier, le Rév.Père H.Lefebvre, S.J.Comité de Rédaction M.le chanoine J.-R.Pelletier; M.l’abbé C.Desrochers; M.l’abbé W.Ferland ; le Rév.Père H.Lefebvre ; M.l’abbé P.Gagnon ; M.Orner Létourneau ; M.Hector Faber ; M.Georges Maheux ; M.Jos.-F.de Belleval ; M.J.-Robert Talbot.Administration Directeur-Gérant : M.l’abbé C.Desrochers Secrétaire de Rédaction : M.Jos.F.de Belleval Administrateur: M.J.-Robert lalbot La MUSIQUE parait le 25 de chaque mois, sauf en juillet et août.ABONNEMENT, à partir de janvier : Canada et Etats-Unis.$2.00 ; Union postale : 20 francs.Le numéro 25 sous.ADRESSE pour tout ce qui regarde l’administration : LA MUSIQUE, Casier Postal 655 Québec, Canada. mma mm :v.v„.'x -.1 i Jits Argues (ttasafemt SONT CÉLÈBRES t| Au delà de 900 ont été construites par la MAISON CASAVANT FRÈRES, Liée dont 65 à quatre claviers, 197 à trois claviers, 538 à deux claviers, etc V V _ # CASAVANT FRÈRES, Ltée FACTEURS D’ORGUES SAINT-HYACINTHE, Qué. (Sctufrttt Sc QlmtrcliÊsnc Pianos — Orgues — Violons — Musique en Feuilles — Victor-Victrolas Disques “Victor” — Musique Classique et Populaire — Musique Religieuse Editions Européennes et Américaines , Æ ü n 3 252, rue St-Josrpl; QUEBEC.Tel.4626 142, rue Si-3Jran Tel.4346 APPAREILS ELECTRIQUES - DË TOUT GENRE POUR - BUREAUX, MAISONS et EGLISES LE PLUS BEL ASSORT IME NT DE LAMPES PORTATIVES DANS LA VILLE ABAT-JOUR EN SOIE OU EN CRISTAL Accessoires de Radio ( Westinghouse) Catalogues envoyés sur demande.LA CIE MECHANICS SUPPLY Ltée 80-90, rue St-Paul Québec A.G.VERRET IMMEUBLES et ASSURANCES 160, rue St-Jean, Québec.Xél.bureau 1630 - - ™.résidence 830 Maison fondée en 1850 (FONDERIE DE LA CANOTERIE) Fondeurs Se Marchands 196 à.224, rue St-Paul QUEBEC Musiciens,.' jeter votre argent par la fenêtre ?C’est ce que vous faites quand vous achetez des Editions classiques Américaines : Schirmer, Wood et autres.Comparez les prix de notre Edition Belge CRANZ, aussi bien gravée et doigtée, adoptée par tous les professeurs qui l’ont vue.Cette différence de prix n’est pas le résultat d’une solde, mais de la valeur du Dollar Canadien.Quelques exemples : Edition Cranz.Cranz Schirmer Album Moderne.Vol.1 1.25 Album de Concert No 2 1.25 Album de salon No 1 95 Chopin Valses 75.1.00 Clementi Sonatines 70.1.00 Kayser 36 Etudes, violon 80.1.00 Rode 24 caprices 55.1.C0 Diabelli Sonatines 1.00 Lemoine 50 Etudes de moyenne force 55.75 Kuhlau Sonatines Vol.1 .1.00 75.1.00 Dussek 6 Sonatines 1.00 Schmitt Exercices préparatoires 30.50 Bach 15 inventions à 3 vx 30.60 — 15 “ ‘'2vx Czerny Bach Le Clavecin bien tempéré .1.75 Sur ces prix remise habituelle est encore donnée aux professeurs.Abonnez-vous à la revue “Le Violoncelle”, revue unique pour les violoncellistes, SI.80 l’année.Au “Monde Musical”, si documenté, $2 40.Au “Courrier Musical”, envoyant à ses abonnés 10 morceaux inédits par année, $3.30.____________ Vous pouvez vous procurer l’édition CRANZ chez les marchands de Musique de Québec qui la connaissent et chez l’Agent général pour le Canada : Raoul Venn at 642, rue St-Denis Montréal.98 Sème année No 57 LA MUSIQUE Septembre 1923 LA MUSIQUE Duns toutes les sphères du mouvement intellectuel nous remarquons qu’il existe une chose essentielle, une chose commune à tontes les branches, quoique n’appartenant à aucune.Si nous considérons de quelle façon un tel ou un tel deviennent des autorités dans telle ou telle spécialité, nous constatons que tous connaissent et pratiquent l'art de l’étude.Ce point capital est aujourd’hui l’objet dont s’occupent certains spécialistes ; aussi existe-t-il quantité d’ouvrages sur l’art d’apprendre.Vous ne m’obligerez pas à démontrer et à prouver que la musique est basée sur un travail intellectuel ; vous ne me demanderez pas non plus de démontrer cette chose évidente que la musique est (ou du moins doit être) au nombre des connaissances générales d’un intellectuel : c’est pourquoi certains traités «le pédagogie pour les enfants mentionnent parmi 1 C’est un «espèce» admirable et presque disparue, dont l’évolution totale s’est accomplie en deux cents années, de la fin du dix-septième siècle à celle du siècle dernier.La sonate pour piano, forme de la musique pure, en est une forme plus libre que la fugue, plus idéale que la «suite», et moins sociale que la symphonie.Celle-ci gardera toujours l’avantage du nombre.Elle le possède en quelque sorte deux fois : elle existe par le nombre et pour le nombre.Elle doit au nombre non seulement l’intensité, mais la variété des sons.La sonate pour piano peut être—et chez Beethoven elle l'est souvent — symphonique autant que la symphonie même, par le développement et la combinaison des idées ; elle ne saurait l’être parla diversité des timbres.Infinie en ses formes, elle est bornée dans sa couleur.La symphonie est foule et s’adresse à la foule.Le génie ou l’âme d’un Beethoven est divisé par elle deux fois : entre ceux qui l’exécutent et ceux qui l’entendenc.La sonate pour piano ne demande au contraire qu’un seul interprète et peu d’auditeurs.De ces derniers même elle peut se passer, et ce n’est pas alors qu’elle est le moins belle.Alors il n’y a plus en présence, tête à tête et, si j’ose dire, coeur à coeur, que le maître qui parle et le serviteur qui écoute.La sonate nous apparaît alors comme le mode lyrique par excellence — étant le plus individuel — de la musique pure.Ne les disant qu’à nous, il semble que le musicien nous dise de lui des choses plus intimes, partant plus précieuses.Il nous donne l’illusion de sa faveur ou de son choix, et la person- nalité, ou l'égoïsme, nous ferait aisément préférer la sonate, cette sublime confidence, à la symphonie, ce manifeste éclatant.La sonate pour piano est plus «idéale» que la «suite», d’où elle est sortie.La «suite», une des «plus anciennes formes musicales cycliques» est une série «de plusieurs morceaux de danse écrite dans le même ton, mais de caractères différents».Plus libre que la fugue, la sonate est aussi plus émouvante.Oeuvre de raison et de logique sans doute, elle l’est pourtant d’une logique moins étroite et d’une moins abstraite raison.La fugue éclate surtout aux esprits ; la sonate, comme la symphonie, aux âmes.Guidé par l’excellent historien anglais de la sonate, M.1.8.Shedlock, nous pouvons en parcourir le cycle entier.Ici, comme en tout l’ordre de la musique pure, Beethoven occupe le sommet.Jusqu’à lui, le chemin monte ; il descend après lui Mais les deux pentes sont belles.Pauvre piano, qu'on raille et qu’on maudit, instrument disgracieux et qui semble «une harpe mise en bière», que de chefs-d’oeuvre, depuis deux siècles, la musique a cachés en lui ! En lui seul, seul capable, entre tous ses frères sonores, d’enfermer tant de pensée, tant d’action et tant de rêve.Il semble qu’en ses flancs élargis d’âge en âge, un nouvel univers se soit formé, et que, laissant à l’orgue l’auguste soin des choses divines, il ait pris pour lui même le souci, plus humain, de nos passions terrestres.Il les connaît et les partage, il les exalte ou les apaise toutes.Je ne sais pas un répertoire supérieur en richesse, en beauté, à celui de la sonate pour piano.Le monde extérieur LA MUSIQUE 105 lui-même y est quelquefois représenté.Mais le monde moral surtout, et tout entier, en constitue le sujet ou la matière iutinie.Nous retrouvons là tous les degrés, tous les modes au«si de notre sensibilité.11 n est pas jusqu’à certains «objets», comme disaient les amants d’autrefois, dont certaines sonates, et des plus illustres ne nous retracent l’image étrangement personnelle et vivante.Telle sonate en la mineur fut composée par Mozart à vingt ans non seulement en l'honneur, mais à la ressemblance même d'une enfantqui l’avait charmé Qui pourrait entendre commencer la sonate en ut dièse de Beethoven sans voir paraître à la lumière pâle et comme au «clair do lune» de ces tristes accords, l’ombre de la comtesse Juliette ?Mais surtout qui dénombrera les sentiments en quelque sorte abstraits, ou plutôt inappliqués, dont la «sonate pour piano» constitue l’inépuisable trésor.Voici Haydn au coeur innocent et presque enfantin ; voici la divine pureté de Mozart.Voici Beethoven, le héros, et derrière lui, au-dessous de lui, ceux qui se sont partagé son héritage.D’un bout à l’autre du siècle, voici Schubert, Weber, Schumann, Chopin, Brahms et Liszt.Voici toutes les énergies et toutes les faiblesses, la puissance de 1 être et ses défaillances aussi.Voici les marches, allègres ou funèbres, la paix et le trouble, la maîtrise et l'abdication de soi-même, toutes les extrémités de la joie et de la douleur-Ainsi, grâce à la sonate pour piano» l’un de nous, seul, et sur un seul instrument, peut évoquer la vie tout entière.Elle vient à lui, elle sort pour lui des touches d’éhène et des touches d’ivoire, double matière, dont sont faites éternellement les deux portes de nos songes.I « Il y eut un homme nommé Jean», qui parait bien avoir été l’auteur de la première sonate pour piano.Né en 1000, mort en 1722, Jean Kuhnau fut, à Saint-Thomas de Leipzig, le prédécesseur immédiat de Jean-Sébastien Bach.C’est en 1G95 qu’il publia sa première sonate avec une série de sept «suites pour l’agrément particulier des amateurs».D'autres suivirent bientôt, sous ce titre : Fruits frais pour le piano.Nous dirions plutôt : Fruits verts, et dont la verdeur même est ce qui nous plait aujourd'hui.La sonate alors ne possède qu’en puissance et comme en promesse le goût et la taille que plus tard elle prendra.L’idée en est^orte, mais courte.Elle ne se développe et ne s’organise pas.La sonate, disions-nous, a banni peu à peu la danse de la musique pour piano.Il faudra qu elle apprentie de plus eu plus à s'en détacher.et que, tôt ou tard, suivant le mot du philosophe, elle ne jouisse que des âmes.Avec Philippe-Emmanuel Bach, elle commence à goûter cette jouissance.Ce qu’il y a de plus surprenant chez ce fils de Bach, c’est qu'il ne ressemble pas à son père.Il est à la fois très digne et très éloigné de lui.La polyphonie, et plus précisément la fugue, le contrepoint et la scolastique, n’ont pour ainsi dire aucune part à ses très libres sonates.Son oeuvre (je parle de ses sonates pour piano) ne semble pas venir du passé, mais aller vers l'avenir C’est à peine si de temps en temps revient à la mémoire du fils l'écho d’un prélude ou d’une gigue paternelle.Pour résumer l’histoire de la sonate, on dit communément : Emmanuel Bach a fondé l’édifice, Haydn lot) LA MUSIQLE et Mozart l’ont construit, et Beethoven l'a couronné.Cela est bientôt dit, et trop sommairement.Il faut, avec l’historien anglais, préciser et distinguer davantage.Bach a fait plus que poser les fondations, et Beethoven, lui, n’a pas craint parfois de les ébranler.Mais Haydn et Mozart ont trouvé la maison debout.Deux sonates de Mozart me semblent, pour des raisons diverses, également dignes d’une attention particulière.L’une est la Fantaisie et sonate en v.t mineur : l’autre, la sonate en la mineur.Si les sonates pour piano ne sont pas un des chefs-d’oeuvre du musicien de Don Juan, la Fantaisie et sonate, surtout la Fantaisie, en est un : 1 un des plus extraordinaires et, p#rmi tant de sommets radieux, peut-être l’unique sommet couronné de nuages et frappé de la foudre.Souvent, au moment de créer un exemplaire définitif et parfait, il semble que la nature en multiplie les esquisses et comme les épreuves.Pour préparer un Beethoven, il ne lui suffit pas d’un Haydn et d’un Mozart ; il lui faut encore un Rust, un Dussek, un Clementi.De ces trois musiciens.Rust, le plus admirable, est inconnu ; les deux autres sont trop oubliés.Il y a trente-deux sonates de Beethoven.Près de quatre fois aussi nombreuses que les symphonies, elles s’étendent, ou plutôt — car elles montent jusqu’à la fin — elles s éta-gent sur un espace de plus d’un demi-siècle : de l’année 1790 (Beethoven avait vingt-six ans) à l’année 1823 quatre ans avant sa mort.Entre les symphonies et les sonates — je parle des plus grandes — la différence n’est pas de nature, mais en quelque sorte d’accident ; elle tient aux moyens et aux dehors, plus qu’au fond et à l’essence même.Dans la symphonie, tous les instruments concourent à l’unité et l’établissent ; elle est préétablie dans la sonate pour piano.Un seul instrument, un seul interprète, et cet interprète, nous pouvons l’êt re nous-mêmes.Alors, comme nous le disons plus haut, il n’est pas jusqu’à cetto solitude qui ne nous enchante.Alors nous nous flattons d’être de ceux pour qui les Beethoven ou les Mozart écrivaient, lorsqu’ils écrivaient pour eux et pour leurs amis.C’est à ses amis que Beethoven a dédié ses sonates, et, si deux ou trois d’entre elles seulement portent un titre, presque toutes portent un nom.Noms illustres par eux-mêmes, ou que de telles dédicaces ont suffi pour illustrer ; noms de grands seigneurs ou de nobles femmes ; noms de toutes les amitiés de Beethoven et de toutes ses amours.Le premier de ces noms est le plus humble et le plus glorieux : «Trois sonates op.2, pour le clavecin piano forte, composées et dédiées à M.Joseph Haydn, docteur en musique, par Louis van Beethoven.Encore une fois, les premiers noms de l’Autriche sont gravés au frontispice des sonates de Beethoven Trois d’entre elles (et sublimes) sont dédiées à l’archiduc Rodolphe, dont l’affection, le dévouement et.dit-on, le talent, méritaient cet hommage.D’autres furent offertes à des jeunes femmes, en signe de sympathie, de reconnaissance ou d’amour La sonate Pathétique eut pour destinataire le prince Charles Lichnowsky.Né d’une vieille famille polonaise, en 1758, le prince était de douze ans l’aîné de Beethoven.Il résidait le plus souvent à Vienne.Tl avait été l’élève et l’ami de Mozart : il voulut être l’hôte de Beethoven et le logea dans son palais.C’est là que les trois premières sonates de Bee- LA MUSIQUE 107 thoven furent joules pour le première fois par l’auteur devant Haydn.C’est là sans doute (car le maître y demeura jusqu’en 1800) que fut composée, en 1790, la sonate pathétique.II Au gré de son inspiration, Beethoven commence par un mouvement lent ou vif ; il nous avertit et nous prépare en quelques mesures, à moins qu il ne nous attaque soudain et, du premier coup, nous terrasse.Fugue, variations, menuet ou scherzo, récitatif, arioso, il choisit librement parmi les formes musicales sms en créer comme sans en abolir aucune, il les grandit et les élève toutes.La tonalité, chez Beethoven, est plus indépendante que chez ses devanciers.Il ne respecte pas aveuglement le rapport, tenu jusqu’à lui pour sacré, de la tonique avec la dominante.La médiante l’attire : il penche vers elle et déplace ainsi l’axe même do la modulation.II s affranchit, lorsqu’il lui plait, de la traditionnelle «reprise»; mais, quand il l’accepte, ou la prescrit, il ne permet pas qu’on y ajoute ; il interdit à l’interprète les fioritures et les «agréments».Autant que des introductions, Beethoven a des codas avant lui sans pareilles (premier morceau d° la sonate des Adieux, dernier morceau de V Appassionata, dernier morceau de la sonate appelée sans raison l'Aurore).Près de toucher le but, il se retourne, et, voyant derrière lui son oeuvre tout entière et parfaite, il l’ombrasse une dernière fois d'un regard triomphant.Beethoven a renouvelé même les éléments essentiels et comme le fond de la sonate pour piano.Dans ses premières sonates, la phrase principale revient un peu plus ornée seulement ; dans les suivantes, elle réparait plus riche de sens et de sentiment.Il n'est pas jusqu’aux parties d’accompagne-inent que Beothoven ne fasse mélodiques.Sous le thème du premier morceau de la sonate en ut dièse mineur, je sais des notes intermédiaires dont la succession forme un chant.Haydn et Mozart ménageaient des oppositions agréables entre des idées différentes ; Beethoven cherche davantage à développer une idée centrale, de façon qu’elle gagne peu à peu toute la circonférence, que dis-je ?toute la sphère, car son oeuvre a le relief et la plénitude autant que l’étendue.“Par l’accroissement de la mélodie et l’usage modéré des cadences parfaites ; par le style thématique des passages de transition ; par l’affinité, qui n’exclut pas le contraste, entre le premier motif et le second ; par le caractère organique— et non pas mécanique — des développements ; par ces moyens et d’autres encore, Beethoven l’emporte sur tous ses prédécesseurs en continuité, en intensité et en unité”.La variété même introduite par Beethoven dans le nombre et dans l’ordre des morceaux me paraît significative.Elle atteste une connaissance de la vie plus étendue et plus profonde.Beethoven sait qu’il est des âmes héroïques et toujours victorieuses.Pour celles-là, qui ressemblent à la sienne, il écrit ses finales triomphants.Mais il y a des âmes plus faibles ; il y en a de plus heureuses ou déplus épargnées ; accordant alors son génie avec leur facile destin, Beethoven leur consacre d’aimables menuets et des rondos mélodieux.Si votre jeunesse fut sans joie la sonate en ut dièse mineur, douloureuse dès le commencement, est pour vous; elle est vous.Le sort vous a-t-il frappé soudain, lisez le 108 LA MUSIQUE début de la Pathétique ou de Top.111, vous y reconnaîtrez la brutalité de ses coups.Enfin, il n’est pas jusqu aux dernières sonates qui, s’achevant par d’immenses fugues, par des variations splendides, ne nous invitent à finir comme elles dans la contemplation sereine, dans l’amour des lois éternelles et de l’ordre souverain.Parmi les trente-deux sonates de Beethoven, une seule et seulement en sa dernière partie, VAurore, pourrait justifier le titre pittoresque qui lui fut gratuitement donné.“Le jour sort de la nuit comme d'une victoire”.C’est bien ainsi que du sombre adagio sort le finale éblouissant.Il a vraiment des beautés matinales ; des arpèges transparents, des trilles qui jaillissent en gerbes de rayons, des notes pures et rondes comme des gouttes de lumière.Mais si de l’ordre visible, vous le transposez dans l’ordre moral ; si vous le ramenez, comme disent les mystiques, ah exteriorihus ad interioru, vous l’éle-verez ad superior a, comme ils disent aussi.Du dehors au dedans et du dedans au dessus.Ainsi entendu, le finale demeurera toujours une victoire, mais victoire intérieure, celle dont Beethoven était coutumier.De cette fête des yeux vous ferez une fête de l’âme, et le tableau musical y gagnera encore en ressemblance autant qu’en beauté.Ce serait une étude intéressante, mais interminable, que l’étude sentimentale ou passionnelle, et pour ainsi dire “éthique”, des sonates de Beethoven.Les moindres recèlent des trésors : trésors même de grâce et d’amabilité, de charme intime et familier.Avec quelle cou rtoisie le Beethoven des trois premières sonates, dédiées à Haydn, ne rend-il pas hommage au passé, a cet “ancien régime” avec lequel il va rompre, d’une rupture qu’annoncent déjà des éclairs.Que de fois, plus tard, entre deux tragiques poèmes, Beethoven s’égaye et rit ! Autant que de la douleur, il a tout connu, tout exprimé de la joie: tout, depuis la violence, la rudesse et même la frénésie, jusqu’à l’ingénuité, l’innocence divine : témoin la sonate en sol majexcr (alla tedesca), 1 une des moins profondes, mais tics plus exquises, oil l’Allemagne, je veux dire certaine Allemagne, enjouée et naïve, une Allemagne d'autrefois, semble danser et sourire sous un nom et comme sous un masque italien.De toutes les sonates de Beethoven, une seule s'appelle “pathétique” mais presque toutes pourraient porter ce nom.La sonate en ut dièse mineur ; celle en fa mineur (qu’on appelle l’Appasionuta, sont parmi les plus illustres ; trop illustres peut-être pour qu’on ose en parler encore.Comme la sonate en la mineur de Mozart, ce sont deux sonates d’amour, mais de quel autre amour.Il est une autre sonate, moins célèbre, où se révèle dans toute sa simplicité et toute sa grandeur le pur échos beethovenien : c’est la sonate en mi bémol, op.81.Elle se divise en trois morceaux, intitulés par Beethoven lui-même : les Adieux, l’absence et le Retour.Qui donc était parti, puis revenu ?L'élève et l’ami du maître, l’heureux titulaire de tant de chefs-d’oeuvre, l’archiduc Rodolphe, à qui cette sonate, entre autres, est dédiée.Elle commence par un court adagio : sons les trois premiers accords, les plus simples du monde, sont écrites les syllabes de l’adieu allemand.Après quelques modulations sombres éclate soudain l'allegro, et ce changement brusque, à lui seul, est comme une leçon d’activité et de courage, même dans la tristesse, même après la séparation.Il condamne l’abattement et l’abandon de soi.Tl traduit par les sons le LA MUSIQUE 109 mot énergique de Goethe sur la vie.“L’otre est un devoir’’.De ce premier morceau tout le développement ou, comme disait le regretté George Grove, le “Working-out’’, est magnifique.Nulle part on ne voit mieux comment Beethoven sait tirer d’un fragment de la mélodie première un ensemble nouveau ; comment avec un élément purtiel il reconstitue un tout, un ordre complet et vivant.A la fin du morceau, dans une délicieuse coda, les trois notes de l'adieu reviennent.Enveloppées et comme voilées de traits légers et rapides, elles s’éloignent comme celui qui s’en va, jusqu'à ce que deux accords vigoureux, un peu rudes à dessein, hâtent la conclusion et nous sauvent sinon de la tristesse, au moins du découragement et de la lâcheté.Le thème de l’adagio (l'absente) est fait, comme celui de l'adieu, de trois notes, mais trois notes tout autres.Au lieu de descendre, elles montent.Le doute, l’angoisse est en elles.Avec une instance, une émotion qui redouble, elles ne cessent d'interroger.On pense aux vers fameux, pleurant une absence aussi : “Mon fibre a-t il tout ce qu’il veut?” et l'on sent bien alors la mystérieuse mais profonde concordance de la poésie et de la musique, puisque, pour exprimer le tourment de l'absence, toutes les deux ont recours au même signe, verbal ou sonore : une question éternelle, éternellement sans réponse.Le final est une ode à la joie : moins grave et moins religieux, moins déve‘ ’> surtout, cela va sans dire, que le final de la neuvième symphonie, il est plus passionné.Tl exprime la joie sous toutes ses formes, avec ses nuances : depuis l’ivresse légère,qui rit et qui pétille, jusqu’au transport haletant, presque fou.Ainsi comme nous l’observions plus haut, le sentiment de Beethoven se montre en cette sonate dans sa plénitude et sa perfection.Les cinq ou six dernières sonates, de l’op.101 à Top.111, sont assurément les plus sublimes ; je ne dirai pas les plus faciles.Impossibles à jouer pour qui n’est pas un maître, on ne les comprend qu’à la longue et pas toujours tout entières.Il est permis de leur préférer, avec M.Shedlock, les sonates de la seconde manière : la Juliette ou Y Ajgmssirtna-ta.Elles nous dépassent par la hauteur des idées et l’ampleur quelquefois démesurée du développement ; elles nous étonnent et peuvent même nous effrayer d’abord par la liberté, la fantaisie et l’audace.Tout élément, à commencer par le plus simple de tout : la mélodie ; toute forme : variation ou fugue (op.106 et 109).s’y trouve non seulement élevée, mais en quelque sorte dilatée prodigieusement ; à moins que, par un miracle inverse la pensée, au lieu de se donner carrière, s’enferme une dernière fois dans la concision classique (op.111, premier allegro), ou se condense encore plus brièvement (op.110) dans le raccourci d’un récitatif ou d’un arioso.Alors même que nous ne les comprendrions qu'à demi, croyons en elles tout entières.Que la foi supplée à notre intelligence bornée, à notre sensation imparfaite.Praestet fides mvpplemcntum Sensuuui defectui.En étendue comme en profondeur, ces oeuvres suprêmes sont pour ainsi dire à la limite.On n’imagine rien an delà.Carlyle appelait la musique “une sorti- d’inarticulée et insondable parole qui nous amène au bord de l’infini et qui nous y laisse quelques moments plonger le regard’’.C’est bien là que les dernières sonates de Beethoven nous amènent, et qu’elles nous laissent.?58 110 LA MUSIQUE III ‘ Toute chose ne fait que croître ou décliner”.La sonate.— je veux dire l’être ou l'espèce sonate — a trouvé chez Beethoven le terme de sa croissance et le commencement de son déclin.Il y a quatre sonates de Weber, ou plutôt, suivant l’expression de Spit-ta, quatre “fantaisies en forme de sonate”, quatre merveilleuses improvisations de grand pianiste et de grand virtuose ; musique plutôt en surface -—¦ en surface brillante, étin-cellaute même — qu’en profondeur, où le génie mélodique l’emporte de beaucoup sur le génie du contrepoint et du développement.C’est aussi par la faiblesse du développement, par la disproportion des parties et par la prolixité, que les sonates de Schubert demeurent au dessous de celles de Beethoven.Créateur de mélodies sans nombre, sinon sans égales, au moins sans pareilles, Schubert est un faible symphoniste; or, le principe symphonique est le fond ou l’âme de la sonate non moins que de la symphonie elle-même.Il est rare qu’un morceau de Schubert ne commence pas d’une manière exquise : avec une grâce, une spontanéité ravissante ; il est rare qu’il continue de même, de parle surtout ici des grands morceaux : premier allegro ou finale, car les scherzos do Shubert sont très souvent parfaits, “Schubert, a écrit Schumann, est comme un tempérament de jeune fille qui s’est attaché au maître Beethoven.Il est vis-à-vis de lui comme un enfant qui joue sans souci entre les jambes du géant.” Pas plus que les contemporains de Beethoven, ses successeurs ne l’ont égalé.Schumann, comme Schubert, ne paraît auprès de lui qu’un enfant, plus irrité seulement que Schubert et plus farouche.Tandis que l’oeuvre pour piano do Beethoven ne consiste guère que dans lestrente-deux sonates, l’oeuvre pour pour piano de Schumann renferme deux sonates seulement.L’oeuvre de Chopin, un maître du piano, n’en renferme pas davantage et.malgré la beauté de la marche funèbre, on sait que le Chopin véritable est ailleurs : dans les Polonaises ou les Ballades, les Valses, les Préludes, ou les Mazurkas.Trois sonates de Brahms une (admirable) de Liszt, tels sont les derniers spécimens pour ne citer que les plus insignes — d’un genre qui s’épuise et d’une forme presque abolie.Camille Bellaigue.Le* Epoque* lie la Manque (Delagrave, Paris) LA MUSIQUE 111 A propos des cantiques ^3° La question des cantiques a soulevé et soulève encore des controverses qui l’ont plutôt compliquée.Il s’y est mêlé quelque aigreur et c’est tout juste si l’on ne s’est pas qualifié mutuellement de rétrogrades et de révolutionnaires, de fétichistes et d’iconoclastes.Nous devons même avouer qu’il s’est rencontré des hommes de goût et de sens pour défendre des pauvretés mirli-tonnesques.La misère est pourtant évidente de certains airs et de certaines paroles.Le ridicule en est parfois si apparent que l'honneur de notre foi en est atteint.Si j’entends bramer par exemple ceci qui est soi-disant populaire: Je n’ai qu’une âme Qu’il faut sauver.Quand tout le n’onde entraîné par le ' i e Pour les enfers se ferait enrôler ! (etc ) J’ai l’impression que l’on déconsidère Dieu.Que l’on parcoure les recueils les plus connus, même avec l'indulgen ce la plus plénière on trouvera à foison des platitudes pires .La iof éblouis ante Qui jette au lo n ses feux Est bien moins rav s ante Ses aspe.ts — moins pompei x ?Seulement quand on cite “ces glaives, ces flammes, ces foyers et ces brasiers”, les défenseurs des “Vieux cantique»" objectent que nous les choisissons.Hélas ! non ! nous ne le choisissons pas, elles nous assiègent.Quand à la musique, elle est plus calamiteuse encore.Les invites à la conversion et à la pénitence notamment y empruntent des airs de rigodon.Tout cela est du reste tellement indé niable que je m’excuse d’y revenir.Il le faut bien puisqu’on veut faire protéger par leur ancienneté vénérable ces indestructibles rons-rons.Leur ancienneté n’est tout de même pas une raison.Ils ont été jeunes, hélas ! et la routine qui les a consacrés ne les sacre pas Le fait d’être vieux n’empêche pas d’être né sénile.Ancienneté vénérable ?pas toujours.Vénérable, certes, s’il s’agit des cantiques que le Bienheureux Grignon de Montfort improvisait au hasard de son zèle aventureux.Il exorcisait ainsi des ritournelles de cabaret et cela se passait dans un temps où les missions détournaient de la danse.On battait le démon avec ses propres verges.Ne serait-ce pas le contraire aujourd’hui ?Le Père de Montfort en tout cas n’a jamais prétendu transformer ses chants de circonstances en une sorte de liturgie qui remplacerait l’autre et qui permettrait de tuer le temps à l’Eglise ou, selon l’expression regrettable d’un missionnaire contemporain : “de distraire pendant la messe et de la faire avaler.” Du reste les cantiques du Père de Montfort sont d’une inspiration théolo gique, d’une sobriété sentimentale et verbale qui les imposent à notre respect.Seulement le nom de cet admirable apôtre est une sorte de paravent derrière lequel on abrite des rimailleries qui ont le seul mérite de dater.D’excellents curés ou chapelains ont composé, il y a cinquante ans, de pieux bouts rimés qu’un chanoine mit en musique.On se prit à chanter ces pas redoublés ou ces romances.On continua parce que cela n’exigeait ni effort ni culture.Et maintenant que cela a pris comme la rouille, 112 LA MUSIQUE on déclare aux novateurs que s’attaquer à cet oxyde vénérable, c’est être impertinent envers le Bienheureux de Mont-fort.Un autre grand argument, c’est qu'ayant bercé notre enfance, ils la ressuscitent à certains jours et ne sont pas loin par là-même de réveiller la foi.L'incrédule en effet, les aimera comme une puérilité qui le rajeunit, mais enfin comme une puérilité.S’il a du goût il en sentira la niaiserie touchante, mais la foi qu'il eut s’identifiera dans sa mémoire attendrie avec cette gaucherie de sentiment et d’expression.Il regrettera de l'avoir perdue, mais comme on regrette de ne plus croire au petit Chaperon Rouge.Est-ce à dire que le cantique ne doive pas être simple pour être populaire ?Certes non.Mais simple n’est pas simpliste, et l’on joue un jeu de dupes quand on s’imagine conquérir la masse ingénue par des balbutiements.L’échec de toute une apologétique s’explique ainsi.Sous prétexte de conquérir ou de garder le peuple, on a abaissé l’esprit et la langue.On s’est fait un pauvre devoir de traduire le sublime en lieu communs ou d’enjoliver par de vulgaires artifices le noble dépouillement de la Vérité.“Une fleur, disait une dame appartenant à cinq archiconfréries, c’est bien plus beau lorsque c’est en papier.” Ce sont des fleurs en papier peint que les bouquets de métaphores pré vues dont certains vieux cantiques émaillent leurs plates-bandes.Mais pourquoi dis-je “vieux cantiques”, fortifiant ainsi une redoute imaginaire.Beaucoup de ceux qu’on chante n’ont de vieillesse que leur style.La plupart sont d’une époque toute proche de nous-On le constate aux relavures de romantisme qui les font aimer des âmes sensibles.Ils sont parfois assez passable- ment rimés.et la fille du bedeau prêtent que la musique en est savante.Il faut une belle voix pour les détailler.Les lys et les colombes blanches y abondent.Et le genre du reste est le roucoulement.Amis et adversaires du vieux cantique pourraient du moins s’entendre pour élaguer inpitoyablement cette fausse et fade sentimentalité qui fait larmoyer la dévotion et rigoler l’indifférence.Ceci par exemple : Prends mon coeur, le voilà, Vierge ma bonne [mère,] Tu le sais inconstant, hâte-toi de le prendre.Ce soir, ce coeur pourrai ne plus ; tre le mien! Il me faudrait pleurer pour me le faire rendre.Ah! cache-le b en vite et m-ts-le dans le tien ! Il faut voir, avec quel accent guttural et quels yeux blancs, la fille du bedeau miaule “pleurer’’.Et voilà comment on remplace le Salve Regina et le Sub tuum.Pour ma part je pardonnerais bien volontiers leur prosaïsme aux cantiques dûment vieux qui expriment platement mais simplement une vérité dogmatique et morale, j’en accepterai d’autres avec gratitude et plaisir spirituel pour leur piété vraie et pour la fraîcheur de leurs maladresses — il y en a et pas mal dont je serais triste qu’on nous privât — il y en a de convenables, il y en a même d’exquis.Mais pour Dieu que l’élan soit unanime contre le faux et le toc prétentieux contre le cabotinisme mystique qui remplace ou qui dévore trop souvent les aces avant et après la Corn munion.C’est une question de dignité et presque de propreté.Un air et des paroles qui seraient mieux situés à l’Opéra ou au Concert — parfois même au Café-concert — qu’à l’Eglise me paraissent une malhonnêteté et une profanation.Jacques Debout. LA MUSIQUE 113 Le chant des moines de Solesmes Nous empruntons à la Remit Grégorienne cette relation intéressante de Mme Justine Ward, fondatrice de l'Institut de musique liturgique de New-York, qui vient de faire à Quarr Abbey un séjour prolongé pour s’assimiler la méthode des moines de Solesmes.On se sent chaque jour impressionné plus profondément, à mesure qu’on entend le chant et rien que le chant dans toute la richesse et la variété des offices quotidiens.C'est d’ailleurs, tout l’ensemble et non le seul chant qui donne cette impression : l’église, si simple et qui va chercher tout son effet dans le seul jeu des proportions et de la lumère, les orn ments de lignes et de couleurs exquise-, les mouvements d s moines dont la démarche pleine de majesté semble une sorte de "pas” en parfait accord avf c la musique et qui rappelle le tableau de Fra Angelico : La danse des Saints au Paradis.Paroles, gestes, musique sont en harmonie parfaite, comme si i s gestes avait été accordé?avec la musique ou les paroles avec les mouvements il est diffic le de dire lequel des deux, tant on sent profondément le sentiment de l'unité.Hier, en la fête de S.Paul, un novice fai ait profession, cérémonie touchante qui a eu lieu au cours de la messe, M.Bonnet était à l'orgue, jouant d'admirables mprovisations sur les divers thèmes de la m sse.11 est venu ici il y a quelques jours, à la suite de on g and concert à Tab' aye de Westmm ter, à Lon res.Il vient de donner toute une série d’auditions à tra> ers l’Europ , et je ne croyais pas lu trouver si bon.ne m ne II est très clair que tous le monde l'aime ci, à Q :arr A bey Le cha it de l'abbaye donne une impression de caln e et de naturel extiaordinaires.Nulle recherche de l’effet, mais non plus nul effort pour l’éviter lorsqu'il est contenu dans la musique elle-même On n’entend absolument rien de cette musique haché que l'on renco ître parfois chez certains élèves de Solesmes aux Etats-Unis.Au contraire, ce qui ressort au-dessus d tout, c'est la phrase dan la plénitude de son développent nt, ce que dom Mocqu r au appelle "le grand rythme” ; et tout l’ensei.nernent personnel de 'om Mocquerenu tend justement à ce que la phrase soit bien l’élément suprême et que les mots et les membres de phrase se fondent dans le grand tout de la phrase musicale parfaite.La divis on en groupes de deux ou trois notes sert simplement à l’analyse de la phrase et elle est pour le chantre ce que le squelette est pour l’artiste, la base solide sur laquelle se construit le grand rythme.La schola et la communauté chantent avec un Ug-Uo admirable, sans donner un volume de voix considérable, mais avec une sonorité très ferme et très bonne, quelque chose comme un orchestre de violoncelles.Il y a toujours une ligne mélodique très vivante et très sensible et, pour se rendre compte que les notes individuelles sont pratiquement d’égale longueur, — ce que, bien entendu, elles doivent être, — il faut s’arrêter et procéder à une véritable analy; e ; parce que, si elles sont bien d’égale longueur, leur valeur, leur mouvement et leur caractère général présentent des cifférences considérables.Les notes à l’arsis sont d’ordinaire un peu plus pressées et ont une tendance au crttctndo,— naturellement.une simple nuance, presque imperceptible, — tandis que les notes à la thésis sont plutôt légèrement ralenties.Mais, même ici il n’y a pas d; règle f.xe, puisque chaque phrase a son cachet personnel.C; qui frappe par dessus tout, c’est cette ondulation vraim nt vivante, où l’on ne sent rien de mécanique, mais qui monte et s’élève au sommet de la phrase comme le gonflement d’une vague Darmi toutes les autres.Les moines soulignent dans leur chant les diverses répercussions indiquées, mais avec une telle délicatesse que, là encore, ce n’est qu’une nuance à peine sensible, en légère vague de son qui s’ajoute comme une nouvelle assise, sans rien du tout d’un viliralD.C’est la perfection, une perfection qu’on doit s’attendre, je suppose, à trouver dans une communauté de moines où tout le monde parle latin et qui font de la liturgie leur vie journalière.Ils prennent, de fait, tellement à coeur le chant que, si l’un d’eux vient à faire la moindre faute, il la répare immédiatement par une pénitence publique.Mais il y a beaucoup de ce que font les moines qui pourrait être reproduit ailleurs et ce sera't admirable de pouvoir penser que, partout dans le monde, Notre-Seigneur est honoré avec une telle perfection de beauté.Le côté scientifique du travail, '.’analyse et la 114 LA MUSIQUE comparaison des manuscrits, est quelque chose d’excessivement intéressant et impressionnant.Le soin extraordinaire apporté à l’étude des questions les plus menues et la bonne grâce empressée avec laquelle les moines se prêtent à l’explication des moindres détails de leur travail impressionnent à l’extrême.Mais quand bien même il n’y aurait à la base de cette oeuvre aucun élément scientifique, la beauté du résultat suffirait à conquérir les auditeurs, et je doute qu’il soit possible à n’importe qui, doué du moindre sens artistique, de faire à Quarr Abbey un séjour un peu prolongé sans se laisser convertir à la méthode des moines de Solesmes.C’est le grand art, l’art à son degré suprême, mais avec quelque chose de plus et qui dépasse tellement l’art lui-même, qu’on a l’impression d’insulter en quelque sorte les moines en les louant d’être de grands artistes.C’est suivant le mot de Francis Thomp.on, comme si on louait les Séraphins pour les boucles éclatantes de leur chevelure.C’est quelque chose de si saint qu’on se sent pénétré de crainte, de foi et d’adoration.Si une telle beauté pouvait se répandre et envahir nos églises, on sent que tout péché s’évanouirait comme les microbes aux rayons du soleil.M.CONRAD BERNIER Prix d’Europe, 1923 Le très jeune et très méritant boursier de la présente année vient d’arriver à Paris, afin d’y parfaire ses études musicales.Sur la liste des lauréats déjà glorieuse pour les nôtres, M.Conrad Bernier continue le crescendo artistique, par sa précocité non moins que par sa belle nature musicale, son application au labeur, et l’excellente préparation dont il a bénéficié.Il est de haute lignée musicale : son père, Arthur Bernier, le brillant organiste de Québec, dont la réputation s’étend au loin, appartient à une famille de musiciens.Dès son enfance Conrad manifesta des aptitudes musicales que son père s’empressa de cnltiver.Solfège et piano se partagèrent les loisirs du jeune “boy” de cinq à huit ans.Vers cette époque, il travailla quelques mois le piano avec Mlle B.Létourneau, elle-même élève distinguée M.Arthur Bernier.Plus tard, en même temps qu’il abordait l’étude de l’orgue sous la direction paternelle, il poursuivait ses études pianistique avec Madame Berthe Roy, la très éminente artiste et professeur et l’incomparable virtuose bien connue dans le monde musical.Concurremment avec ces études, le jeune Bernier faisait au Séminaire de Québec son cours classique et développait ses facultés littéraires en même temps qu’il affinait son goût et sa compréhension du beau sous ses différentes manifestations.Pareille activité ne pouvait manquer de porter des fruits.A peine avait-il atteint ses treize ans qu’il était jugé capable d’inaugurer les orgues de Bienville et qu’il donnait en cette circonstance une audition fort remarquée des connaisseurs.L’année qui suivit, il inaugurait l’orgue de la nouvelle église des Pères du T.-S.Sacrement à Québec, et, fait qui rappelle les Dethier et les César Franck, malgrés a jeunesse de quatorze ans, il était choisi comme organiste en charge de l’orgue de cette égbse,et comme organiste suppléant aux grandes orgues de S.-Jean-Baptiste.Outre ces deux inaugurations, auxquelles il faut ajouter celle de S.-François d’Assise, Conrad Bernier a donné maints récitals d'orgue, entre autres un à Providence (Rhode Island) où il exécuta un programme très éclectique dans lequel voisinaient les géants de l'orgue, Bach, Widor, Franck et autres.Rien de ce qui constitue le vaste domaine de la musique n’est indifférent au jeune artiste.Le chant grégorien, spécialement, attira son attention et fut l’objet de ses études ; il y trouva un aliment à son amour du sérieux et du grand.Remarqué par les deux organistes français Dupré et Bonnet, il reçut d’eux les plus chaleureux encouragements M.Bonnet s’est même offert à diriger ses études d’orgue C’est une aubaine pour le jeune musicien et pour nos futurs organistes sur lesquels il aura, n’en doutons pas, une influence considérable Formé à l’excellente école du consciencieux organiste, liturgiste avant tout, qu’est Joseph Bonnet, notre talentu ux compatriote à son tour, servira de guide et de modèle à nos titulaires d’orgue.Nous souhaitons à M.Conrad Bernier un séjour à la fois agréable pour lui, fructueux pour tous et l’accomplissement intégral des projets artistiques qu’il a dû former, et la pleine réalisation des radieux espoirs que ses belles aptitudes donnent à ses concitoyens.C.-H.L.,s j. w LA MUSIQUE 115 Revue des Revues Notre secrétaire de rédaction, M.J.Fournier de Belleval, vient d’être nommé, par le ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts de France, correspondant au Canada du Service d’Etude d’Action Artistique en ce qui concerne la musique profane.Le Révérend Père H.Lefebvre, S.J., notre dévoué collaborateur, est chargé de la musique sacrée.Nous pourrions rendre notre revue plus intéressante, si tous nos abonnés voulaient bien nous faire parvenir le montant de leur abonnement et parler de LA MUSI Q UE à leurs amis. saw LES barres au chocolat sont une des friandises les plus raffinées, les plus exquises, les plus appréciées des gourmets.—Les nôtres sont la perfection même; elles contiennent soit des noix pilées, du miel des raisins ou une crème parfumée aux extraits de vanille, de fruits ou de menthe, le tout recouvert de chocolat de premier choix.Leur goût est d’une finesse incomparable.Essayez-les.Le» BARRES AU CHOCOLAT sont en vente à Québec, Demandez-le*./ Caramel Bar Cocoanut Bar Cherry Bar Strawberry Bar Vanilla Bar Marshmallow Sultana Cream Center Bar Marshmallow Nut Bar Dipped Nut Bor Honey Taffy Bar Marshmallow Homy Creolian Pecan Fudge BONBONS CANDIAC (Canada) LIMITEE COURS ET LEÇONS INSTITUT DE L ART XAVIER MERCIER de l’Opéni-Cotiii-iiu) de Parie et du Covent Garden do Londrex.8.RUE CONROY - Tél 7877-M • VOCAL DE QUÉBEC Mme ISA JEYNEVALD 1er prix de Chant et d’Opéra du Conservatoire de Lyon, France, des grands théâtres, Lyon, Toulouse, et des Concerts Colonne de Paris.J.-A.GILBERT PROFESSEUR UE VIOLON 34, rue St-Jcan Tél.3158 LOUIS GRAVEL Kx-Éléve du Conservatoire de New-York “Institute of Musical Art ” CHANT Studio : 320, rue 8t-Joseph Tél.6608 (Rés 5302-j) J.-ARTHUR BERNIER Ex-élève de Alexandre Guilmant et F.Fourdrain Membre de la Société des Auteurs et Compositeurs de Paris.PIANO - ORGUE - HARMONIE 1$, rue de Salaberry Tél 2134 HENRI GAGNON Organiste de la Basilique Studio : 8, rue St-Flavien TéL 1035 GEORGES E.CHOUINARD Organiste et Professeur de Musique Enseignement théorique, méthode Ltonhauser 17|, rue Ste-Famille Tél.841 A.PARADIS LEVONS DE VIOLON Studio : 165, rue d’Aiguillon Tél.6205-J J.-M.SOULARD Brevet d'enseignement de l'Académie de Musique PIANO, ORGUE.THÉORIE Studio; 312, rue St-Fmnçois Tél.5091 w Germaine Lavigne Élève de Mme Berthe Roy.Lauréat de 1* Académie de Musique prendra un nombre Limité d‘élèves A son domicile et en dehors, pour renseignement du piano et de la théorie musicale.Tél.1241 Résidence : 272, rue St-Cyrille.J.- ANDRÉ JACQUES Organiste à 1‘église St-Patrice PROFESSEUR DK PIANO, CHANT, ORGUE 83, rue St-Luc Tél.1288 J.-Edouard OUELLET Lauréat de Piano et d'Orgue A l'Académie de Musique de Québec.LORETTEVILLE J.-ROBERT TALBOT VIOLON, SOLFEGE, HARMONIE KT COMPOSITION Studio: 81.rue d'Artigny Tél.1834 OMER LÉTOURNEAU Organiste à St-Sauveur 53, rue Boisseau Tél.1461 M.ROSIT A RHEAUME VIOLON KT PIANO Lauréat de l’Académie de Musique de Québec 61.rue Crémamie Tél.12BÔ V.RENAUD LUTHIER 174.rue du Pont, Québec.Tél.5531 L'Harmonie de Québec Capt.Chs.O Neil, Directeur Accepte engagements pour concerts, réceptions, parades, etc.S’adresser à : Edmond Pouliot, 21, rue St-Patrice.Tél.6739j BEAUDRY FRERES V|||l 263, rue St-J eau ’ Tél.833 Musique en feuilles Instruments de musique Assortiment des plus complet Henri Gagné Luthier 40, Côte d*Abraham Réparation d’instrumenrs à cordes et spécialement des archets.Photographie d’art Photographie commerciale.Satisfaction garantie.Les Prévoyants du Canada ASSURANCE FONDS DE PENSION Actif du Fonds de Pension le 31 déc.1922 .2,881,446,31 $2,881,445.31 Progression de la Compagnie jusqu’au 31 mars 1912 Années Sections Sociétaires actifs Pensions Actif 31 déc.1909 45 1,880 5,205 $ 16,461.94 31 ‘ * 1912 294 19,326 39,211 284,355.82 31 ' “ 1915 455 32.155 61,468 772,698.99 31 • ‘ 1918 560 41,259 77,419 1,463,440.43 30 ' '* 1922 675 62,044 123,611 2,881,445.31 Continuez cette progression pendant vingt ans, vous aurez une idée des sommes énormes dont disposeront les Prévoyants du Canada, lorsque le temps de payer les rentes sera venu.ANTONI LESAGE, Gérant-Général Siège social : Edifice «Dominion», 126, rue St-Pierre, Québec Bureau à Montréal : Ch.22, Edifice " La Patrie”, X.Lesage, Gérant 1861-1923 62ème anniversaire de la MAISON A.-J.BOUCHER — 28-Est, rue Notre-Dame, MONTRÉAL.Chants religieux et profanes, pour fêtes et distributions de prix.Spécialité pour Maisons d’éducation, Conservatoires et Académies du Canada. 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