MusiCanada, 1 janvier 1923, février
2304 pE R /VI -J f(> MONTREAL, FEVRIER 1923 ****+***f*****1rtrt+-t***********t*; ***t*****~~t**41tt******t***++$ 1 'ère Année \ JS Rpi EMILIANO RENAUD, Dirtcteur - Un Barbe-Bleu Chinois A.-B L’Art Pianistique R, Octave Pelletier Un Brigand au Temps de Louis XVI MM.Bruel et Foucault Etc., Etc., Etc.LISZT ¦ .üü rrsi Souhaits [Ch an!) Frédéric Pelletier Danse Caprice (Violon) Emile Tarranto Ave Maria (Chant) Arthur Letondal Pour Danser (Piano) Alfred Généreux : t i COPIE j C | Ce numéro contient pour au moins $3.00 de musique inédite et publiée exclusivement par nous.• i ™ * 1 I ' j-i I i * if ‘ - • .POUP Hommes ET Femmes FAIBLES ET DÉPRIMÉS NUTRTOL Le Grand Rénovateur du Sang et des Nerfs Un excellent vin d’huile de foie de morue avec malt et cerisier sauvage, combinés avec les hypophosphites de chaux, soude, potassium, fer, quinine, et strychnine :: :: :: :: :: Ce TONIQUE est préparé agréablement avec le meilleur vin de Terragone et peut être pris par Testomac le plus délicat.DEMANDEZ-LE A VOTRE PHARMACIEN préparé par La Compagnie Pharmaceutique ADANAC Limitée 11, Rue Marie-Louise - - MONTREAL TÉLÉPHONE EST 4555 J i 7 I Nos Collaborateurs j L’Hon.ATHANASE DAVID, secrétaire de la province de Québec, MONTRÉAL L’Hon RAOUL DANDURAND, sénateur-ministre, président de France-Amérique, MONTRÉAL L’Hon.Juge EDOUARD FABRE-SURVEYER, vice-président de l’Alliance française, MONTRÉAL L Hon.JugC LOUIS LORANfGER, conférencier.M.EDOUARD MONTPETIT, secrétaire général de l’université de Montréal, professeur d économie politique aux Hautes Études, conférencier littérateur, auteur.MONTRÉAL M FERNAND RINFRET, député de Saint-Jacques au parlement du Canada, „ „ journaliste et critique d’art, MONTRÉAL M.IRENEE VAUTRIN, architecte, conférencier, auteur, MONTRÉAL M.JULES EDOUARD PRÉVOST, député de Terrebonne au parlement du M.LÉON TRÉPANIER, st jér0me échevln de Montréal, journaliste, MONTRÉAL L’Hon.Juge GONZALVE DESAULNIERS, chevalier de la légion d’honneur, président de l'Alliance française, conférencier, poète, MONTRÉAL M.l’Abbé J.-A.-M.BROSSEAU, littérateur, curé à ST-JÉRÔME M.R.OCT.PELLETIER, doyen des musiciens canadiens, organiste à la Basilique, compositeur, musicologue.MONTRÉAL M.l’Abbé ELIE AUCLAIR, journaliste, directeur de la "Revue Canadienne", MONTRÉAL Dr EUGÈNE LATREILLE, de l’université de Paris, professeur à l’université de Montréal, médecin de l’Hôtel-Dieu, MONTRÉAL M.JEAN CHARBONNEAU, littérateur, poète lauréat de l’Académie française.MONTRÉAL M.ACHILLE FORTIER, compositeur, auteur et musicographe, OTTAWA M.ARTHUR LETONDAL, compositeur, organiste au Gésu.musicographe, MONTRÉAL M.RENE CHOPIN, poète et littérateur, MONTRÉAL M.B.F.POIRIER, compositeur et organiste à Notre-Dame, MONTRÉAL M.ALFRED LALIBERTÉ, R.C.A., sculpteur, Montréal M.CLAUDE ADONAÏ CHAMPAGNE, compositeur, PARIS M.SUZOR COTÉ, R.C.A.artiste-peintre, MONTRÉAL M.AEGIDIUS FAUTEUX, littérateur, bibliothécaire de Salnt-Sulplce, MONTRÉAL M.ERNEST LANGLOIS, compositeur et organiste au Saint-Enfant Jésus, MONTRÉAL M.HENRI HÉBERT, R.C.A.sculpteur, Montréal M.RAOUL PAQUET, compositeur et organiste à St-Jean-Baptlste, MONTRÉAL M.J.-J.GAGNIER, chef d’orchestre, directeur des Grenadiers, compositeur, MONTRÉAL M.P.-B.de CRÈVECOEUR, secrétaire de l’Alliance française, bibliothécaire de l'institut Fraser, MONTRÉAL M.AMÉDÉE TREMBLAY, ^ compositeur et organiste, SALT LAKE CITY M.LÉON LORRAIN, auteur et Journaliste, MONTRÉAL M.LEO ROY, compositeur et musicographe, QUÉBEC M.HECTOR GARNEAU, Historien, littérateur, directeur de la bibliothèque municipale de Montréal, MONTRÉAL Mlle VICTORIA CARTIER, organiste, musicographe, directrice de l'Ecole de piano Paris-Montréal, MONTRÉAL M.ARTHUR LAURENDEAU, maître de chapelle à la Basilique et musicographe, MONTRÉAL M.J.-P.-L.BÉRUBÉ, secrétaire du Conseil des Arts, MONTRÉAL Mme BERTHE ROY, planiste et musicographe, QUÉBEC M.JOSEPH SAINT-CHARLES, R.C.A.artiste-peintre MONTRÉAL MADELEINE (Mme W.-A.HUGUENIN), auteur, directrice de "La Revue Moderne", MONTRÉAL M.LOUVIGNY de MONTIGNY, auteur, littérateur, représentant de la Société des gens de lettres de Paris, OTTAWA M.F.-X.Le NOBLET Du PLESSIS, - auteur et correspondant, PARIS M.LEON SAMPAIX, Pianiste, Directeur du ITHACA (N.Y.) Conservatory M.L.-J.DOUCET, littérateur, poète-chansonnier, QUÉBEC M.CHS.MARCHAND, chanteur folkloriste, conférencier, MONTRÉAL M.OSCAR O’BRIEN, pianiste, compositeur, MONTRÉAL M.W.-A.BAKER, littérateur-poète, MONTRÉAL COLOMBINE (Mme CIRCÉ COTÉ), auteur, femme de lettres, bibliothécaire.MONTRÉAL M.GUSTAVE LABELLE, violoncelliste, compositeur, MONTRÉAL M.JOSEPH F.de BELLE VAL, journaliste, correspondant, QUÉBEC M.JOSEPH FORTIER, auteur, professeur à l’université de Shanghaï, correspondant, SHANGHAÏ, Chine Docteur JULES JEHIN de PRUME, officier d’instruction publique, Paris,auteur et correspondant,NEW-YORK M.MAURICE MORRISSETTE, poète-chansonnier, OTTAWA M.ERNEST TREMBLAY, journaliste et chansonnier, MONTRÉAL Mme J.MAUBOURG ROBERVAL, de l'union des maîtres du chant français, MONTRÉAL M.SALVATOR ISSAUREL, professeur de chant et musicographe, MONTRÉAL M.S.-MORGAN POWELL, courriériste de théâtre au "Star”, MONTRÉAL M.JOSEPH SAUCIER, artiste lyrique, Montréal Dr FRED.PELLETIER, compositeur, musicographe, MONTRÉAL M.PHILIP A.-H.KING, critique musical au "Star”, MOiNTRÉAL M.PAUL MORIN, auteur, poète, MONTRÉAL Dr J.-C.BERNARD, conférencier, MONTRÉAL Dr C.N.VALIN, conférencier, MONTRÉAL M.P-M.BERNARD, chroniqueur et chansonnier, MONTRÉAL M.ALBERT LABERGE, critique d’art et salonnier, MONTRÉAL M.NARCISSE ARCAND, Journaliste, chroniqueur, MONTRÉAL M.J.-A.MORENCY, chanteur, chroniqueur, (tableaux, oeuvres d'art) MONTRÉAL Dr JEAN SAUCIER, correspondant, WORCESTER.Mass.M.HENRI HAINS, avocat et publiciste, MONTRÉAL M.YVES le ROUZÈS, éducateur et pionnier du chant à l’école, MONTRÉAL “MUSICANADA” est imprimé par La Compagnie d’imprimerie Moderne, No 39, rue Dowd, Montréal. 2 çyVlusiCanada Février 1923 ! MADAME DE STAËL ] ELLE respira la politique en naissant.Enfant, on la disait prodigieuse.Elle voulut être et elle devint une femme extraordinaire.Tels de ses amis célèbres, Talleyrand en particulier, eussent souhaité, par égoïsme d'hommes et d'amants, qu’elle fût seulement adorable.Pendant^ la belle époque où elle avait vu se lever les radieux espoirs de 1789, elle exerça par ses salons une grande influence.Le 18 brumaire mit fin à son crédit.L’animosité persécutrice de Napoléon la poursuivait de ville en ville, en Suisse, à Vienne, à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, en Angleterre, magnifiait sa gloire, mais incommodait ses jours.Elle était lasse d’errer hors de ce point du monde parisien auquel son cœur restait attaché par des fibres toujours vives.En présence de la nature la plus majestueuse ou la plus expressive, quand elle pouvait s'enchanter elle-même à- dépeindre la splendeur des paysages, le pittoresque et l’étendue de la perspective, la hauteur des horizons, ailleurs vaguaient ses yeux et sa pensée: elle se demandait anxieuse quand donc elle pourrait encore aller causer à Paris.La déchéance de l'empereur la rendit à cette société qui la possédait d’une passion tyrannique.La monarchie légitime accueillit son retour généreusement.“Je me plais à croire, disait Louis XVIII, que sa conversion fut sincère; elle fut, il est vrai, payée d’un million.Je traitai Corinne en fille de financier." Ressaisie de ses fièvres d’action et d’organisation, elle eût désiré du roi mieux que de l'argent: de l’ascendant et du pouvoir.Elle y insista trop, selon ce qr ’ajoute Louis XVI11 en ses Mémoires : J «û eu beaucoup de peine à me défendre de Mme de Staël, qui voulait tout reconstituer en France selon sa fantaisie.Elle me répéta jusqu’à satiété son refrain étemel: Prenez Benjamin Constant, Talleyrand et moi, moi d'abord.Benjamin ensuite et Talleyrand après." Par contre, elle maltraitait fort, auprès de lui, le parti de Bonaparte: le comte Régnault, le duc de Bassano, Savarv de Rovigo surtout, Savary, l’objet perpétuel de son indignation: “Sire, s’écriait-elle, il a abandonné Bonaparte, et, maintenant.il n'est plus que le marchepied du despotisme!" Cette femme supérieure avait aussi ses adversaires, et qui ne se croyaient pas tenus à plus de ménagements envers elle.Témoin l’histoire de sa rencontre, chez le duc d’Escars, avec le Russe Rostopchine.Ils ne s’aimaient pas l’un l’autre; celui-ci voyait en la fille de Necker une pédante à fuir; et celle-là voyait dans 1 incendiaire de Moscou un sauvage à détester.La conversation avait pris feu, Mme de Staël s’était emportée contre lui, contre sa race et sa patrie.Benjamin Constant avait bien eu raison de dire que la Russie n’était pas même une nation! Et, le prenant personnellement à partie, elle lui rappela, sur le ton du sarcasme, qu’elle l’avait représenté dans un de ses livres comme étant né avant l'ère de la civilisation.Du tac au tac, Rostopchine lui répliqua que si elle avait écrit cela, lui-même avait dit quelque part, en causant d'elle, qu’elle n’était qu'une pie conspiratrice et que, partant, ils étaient quittes.A la vérité, la gloire de Mme de Staël, depuis un certain temps, subissait une sorte d’éclipse.On était passé vis-à-vis d elle de l’enthousiasme au dénigrement.Ses qualités éminentes étaient reléguées dans l’ombre; on ne voulait plus voir que ses defauts.Elle effarouchait les femmes par l’éclat de ses sentiments, tout étant, chez elle, force, élan, passion; elle incommodait les hommes par la supériorité évidente de son génie.La postérité devait lui rendre bien largement la part d’admiration et de célébrité que lui retiraient peu à peu ses contemporains, lassitude ou par envie.Frédéric Loliée.par Tonique, reconstituant, apéritif non-toxique à base de vin généreux, LE VIN VITAL Elixir au glycerophosphate de soude et au quinquina.La Cie Chimique Le Mérite, Augustin Comte & Cie, limitée, Montréal.) \ ) \ l i l t•• J.D.ARCHAMBAULT PIANISTE Studio chez BOUVIER Ltée, 452, Ste-Catherine, Est Enseignement du piano; interprétation et harmonie.— Talent et Arrivisme.| Talent et Charlatanisme.j Appréciation et Snobisme.C’EST par des œuvres bonnes de saine musique que nous défricherons le champ de l’Art, où viennent s’enterrer sans retour toutes les entreprises malsaines et inexpressives,” nous écrivait justement le maître-compositeur M.Vincent d’Indy.“Bah! pourquoi se faire mourir à travailler, quand il est si facile d’arriver ?car nous n’avons qu'à dire à nos canayens que nous sommes allés en Europe pour qu’ils nous gobent sans réserves; alors, amusons-nous ferme,” disait un de nos petits musicastres,— car M.d’Indy, après tout, n’est qu’un.maître! “Travaille-t-on réellement, chez vous?Y aime-t-on véritablement l’auguste travail plus que la passagère gloriole?” nous demande-t-on de toutes parts.Si l’on en juge par la majorité des faits passés, — appuyé sur d’indiscutables documents venant de maîtres compétents, — il serait quelque peu délicat et difficile de répondre à ces dernières questions, avouera-t-on; cependant, il nous est consolant de constater qu’il existe d'heureuses quoique rares exceptions à la regrettable règle générale: nous pouvons compter sur quelques sincères et valeureux travailleurs, et lorsqu on aura enfin découvert la cure de la diplomanie grassement lucrative mais pratiquement inutile sinon nuisible, lorsqu’on aura connu les dessous “diplomatiques” des innombrables titres ronflants et vides, nous pourrons heureusement fonder de beaux et réalisables espoirs sur notre avenir artistique.* Comme un peu partout, il existe, dans notre pays jeune au point de vue intellectuel, quantité de charlatans parvenus et trop peu de talents réels et désintéressés.Réalisons donc ce que nous adressait, quelques mois avant sa mort, le regretté maître M.Saint-Saëns, lorsqu’il se rendit compte de “cette maladie universelle” “des critiques (?!) ne disant du bien que de ce qui est charivarique,” nous souvenant que tout cela finira par passer, fatalement, tandis que le talent, le travail et la droiture demeurent, finalement.* Serait-il tout à fait équitable de prétendre qu’il y a trop de snobisme, chez nous, pour que l’appréciation y soit généralement valable?Le règne des amateurs (trop pressés de se montrer en public) achève peut-être, et l’on finira peut-être par tirer de l’ombre les gens du métier, — pour le grand bien de l’Art, des artistes et, aussi, du public, — que l’on a par trop exploité.( On dit que notre gouvernement provincial, représenté par 1 hon.M.Athanase David, donne des bourses d’études européennes.Nous serait-il permis d’espérer que, dans le choix des boursiers privilégiés, l'on voudra bien exiger des candidats, de solides garanties artistiques, morales et intellectuelles ?en plus des réels travaux accomplis, recommandés par de véritables et de vénérables maîtres, et non sur des prétentions plus ou moins acceptables, ou sur de complaisantes influences quelconques.Si nous voulons faire et montrer quelque chose, évitons de tomber dans les “habiles” pièges que tendent les disciples du “culte de l'incompétence” comme dirait Emile Faguet.Et, comme le compositeur M.Félix Fourdrain, qui a bien voulu nous l’écrire, répétons ceci: “Enfin, j’ose croire les Canadiens assez clairvoyants pour délaisser bien vite les poseurs et les marchands du cubisme musical à bon marché".Léo Roy.*¦- ) i ] ï l ) l l l ï l l l i - ,, Tous ceux de nos lecteurs qui désireraient s’abonner à “MusiCanada” et qui n’auraient pas reçu la visite de nos agents autorisés, peuvent le faire bien facilement en nous adressant le prix de l'abonnement, soit au moyen d’un chèque accepté ou d'un mandat poste.Ils seront immédiatement inscrits sur nos listes, déjà encourageantes.Ceux qui recevront la visite de nos agents, doivent exiger que chaque reçu d'abonnement porte la contre signature suivante de notre directeur: -t i t t i ï l ï i •-k Février 1923 OTVlusiCanada 3 ffilugtCanaba Revue mensuelle, littéraire et musicale Publiée à Montréal par “MUSICANADA, Incorporée” EMILIA.NO RENAUD, Président (CANADA - - $3.00 par an ABONNEMENTS ETATS-UNIS - - 3.50 “ (ETRANGER - - 4.00 “ Strictement payable d'avance.Adresser toutes correspondances à Casier Postal 2304, Montréal, Can.RÉDACTION et ADMINISTRATION:—263, rue St-Jacques, Suite 609 Édifice Banque de la Nouvelle-Ecosse Téléphone Main 8714 L’opérette MUSiCanada est heureux de reconnaître le succès de la troupe française d'opérette que nous a amenée M.J.-A.Gauvin, mais combien plus il le sera, lorsqu'il pourra s’adresser à la société canadienne d'opérette que M.Albert Roberval et son bureau d'administration sont à organiser avec une prudence qui est d'un bon augure pour l'avenir.En attendant, nous avouons, sans trop nous faire prier, que nous sommes fort satisfaits d'avoir eu chez nous la troupe du théâtre Saint-Denis pour les deux trop courtes semaines de son engagement.Comme nous ne pouvons, avec décence, demander que pendant ce temps on nous serve tout le répertoire de l'opérette, il fallait nous contenter des sept ou huit œuvres annoncées.Elles représentent assez bien la somme des inventions musicales légères.Le répertoire était: Offenbach, une œuvre; Audran, trois œuvres; Lecoq, deux œuvres; Planquette, une œuvre; Messager, une œuvre.On pourrait peut-être regretter qu'Audran ait la part si large et Offenbach si petite; ; on pourrait aussi souhaiter que, pour ne parler que des morts, Varney et Hervé ne brillent pas par leur absence.Mais il faut savoir se contenter de ce qu’on a, quand on ne peut obtenir ce qu'on désire.Vivent donc Lecoq et Audran et Planquette et Offenbach et Messager pour ce qu’ils nous donnent.La troupe est bien formée: bons chanteurs et comiques drôles, excellents chœurs et orchestre solide, chefs d'orchestre experts et régisseurs actifs.Tenons bonne note qu'à l'exception des chefs d’attaque, les chœurs sont composés de chanteurs canadiens, aux voix claires, résonnantes et musicales qui attaquent franchement et soutiennent juste.C'est d’un bon augure pour la société canadienne d'opérette.N'oublions pas non plus que Roberval, qui est maintenant des nôtres, puisque naturalisé, est un aussi bon chef d'orchestre que quiconque, ce que que nous savons depuis longtemps, et qu'il peut, si la fantaisie lui prend de passer le bâton, monter sur le plateau et régler n'importe quelle mise en scène, fût-ce celle d'un opéra de Saint-Saëns ou d'un opéra-comique de Philidor.Que dis-je! ne T avons-nous point vu faire les deux choses presque à la fois! Revenons à la troupe.Premier chef d'orchestre: M.Maurice Jacquet.Jeune, enthousiaste et soigneux, précis et délicat, il tient bien son monde, l'anime et le mène avec de l'autorité.Il commande à un orchestre multilingue, puisque recruté à Montréal et comme il ne doit pas parler l’anglais, — il y a bien peu de ses compatriotes qui le font, — il faut bien que sa direction soit exactement ce qu elle doit être et facile à comprendre, par-dessus le marché, pour obtenir le beau résultat qu'il nous présente.Les artistes: Mlle Lucie Bachelet, qui mérite tous les éloges qu'on a faits d'elle avant son arrivée et que ses portraits publiés dans les journaux n'avaient certes pas flattée, Mlle Léo Demoultn, statuesque, M.Delaquerrière, ténor exquis, M.Rolland, comique exubérant, M.Letertre, baryton chaleureux, et leurs camarades de là-bas et d’ici agissent avec une joie vocale et plastique qui se communique à l’auditoire d’intense façon.Cela forme un ensemble d’une valeur musicale et scénique qui rénove des œuvres si souvent entendues, comme la Mascotte, et qui fait qu’elles semblent toujours jeunes.Les troupes qui voyagent pèchent d'habitude par un côté ou l'autre.Le plus souvent leur défaut est qu'à côté d'une ou deux étoiles il n’y a que de la friperie, ou bien c’est le chœur, qui, formé de quelconques individus, ne sait ni chanter, ni se tenir, ni marcher.Il n'y a rien de tel ici, parce qu’on s'est d'abord occupé d'homogénéiser l'ensemble.C’est un très bon point pour l’organisateur.L'opérette, comme ses sœurs ainées dans le théâtre lyrique possède une valeur artistique et éducatrice indéniable, pourvu, que le dialogue ne soit ni changé, ni augmenté ni chargé à la fantaisie des acteurs.Souvent en effet le comique ou le trial de le troupe ne se gêne pas pour introduire dans leurs rôles des mots qui n’ont rien de spirituel, mais qui sont au contraire d'une crudité étudiée.Il y a il est vrai, de la mauvaise opérette, mais il y a aussi du mauvais opéra, comme il y a de la mauvaise musique.Cela ne milite en rien contre ce genre qui trouve ses fervents dans tous les rangs de la société et dont des gens réputés pour leur bon goût se montrent d’ardents adeptes.Les auteurs d’opérette ont en général le soin d’avoir suffisamment d'esprit; sans cela ils arriveraient jamais à se faire représenter.Les insanités même de certains dialogues sont soigneusement étudiées et calculées pour faire rire sans qu'une arrière-pensée -ne s’y mêle.Je sais bien qu’on peut, à la faveur du dialogue faire de l’opérette un ragoût fort épicé, mais on peut aussi le faire dans la comédie, et c'est aux auditeurs à manifester leur mécontentement.Mais voilà que nous entrons dans la défense d’un genre qui se défend bien tout seul, allez! Il faut quelque fois en agir ainsi vis-à-vis de certaines personnes qui font profession de mépriser tout ce qui n'est pas sévère ou ennuyeux.A propos de la Belle Hélène d'Offenbach, un critique parisien écrivait qu'après avoir entendu cette sacrilège parodie de TIlliade il avait éprouvé la joie de relire son vieil Homère.Pareille sottise pédante se retrouverait volontiers sur les lèvres de certaines gens.Fréd.Pelletier.* * * Un peu d’histoire de la musique.LA MELODIE, image de l'individualité, et l'harmonie, image de la société, sœurs divines qui, avec la poésie, forment la véritable triade des grâces idéales, ont dû apparaître dans le monde dès que deux cœurs ont aimé, souffert, espéré!.L'enfant se console au chant de sa nourrice; l’adolescent donne le change aux vagues désirs qui l'obsèdent, en chantant la mélodie préférée par celle qu'il aime sans le savoir; le guerrier vole au combat aux sons d'une musique belliqueuse; l'esclave brise ses fers avec un chant de liberté, et lorsque l'homme rend à la terre sa dépouille mortelle, c’est encore la musique qui, par ses accents douloureux aide aux larmes d'enfants, de parents, d'amis penchés sur le bord d’un tombeau.La musique par la diversité de ses genres, par l’application si variée que Ton en peut faire, embrasse le monde entier.Elle est la langue universelle; c’est l'idiome du cœur et l’accent des âmes non corrompues par l'orgueil.Cet art qui, pour la plupart des modernes, n'est qu’un agréable délassement, était, dans l'antiquité, l'objet d’études profondes de la part des philosophes, ainsi que des hommes les plus opulents.Le philosophe Hermes définissait la musique la connaissance de Tordre de toutes choses.L’école de Pythagère et celle de Platon enseignaient également que tout dans l'univers était musique.Ce fut Lasus qui, dans l'antiquité écrivit le premier sur l'art musical, et il attribue à la musique un pouvoir dont notre art moderne ne peut faire soupçonner la puissance, mais le seul Traité complet de musique antique est celui d’Aristide Quintilien.Les anciens connaissaient nos trois genres: diatonique, chromatique, hypocritique.Ils divisaient leur gamme en deux Tétracordes, mais comme ils n'avaient pas une tonalité précise, unitaire, et que les deux modes, le majeur et le mineur, n'étaient pas scindés par eux dans les proportions mathématiques et tout à la fois spiritualistes des modernes, ils comptaient autant de modes que de notes.C'est ce qui explique le vague et le décousu des tons de l’ancien Plain-chant qui fut le plus constant reflet de l'art antique.Tout se rapportait à la mélopée chez les anciens, car ce que nous appelons l’harmonie ou le produit de la combinaison simultanée de sons différents, paraît leur avoir été inconnu.Ils chantaient et exécutaient à l’unisson ou à l’octave, et très souvent ils réunissaient ces deux intervalles.Ce n'est que vers le commencement du Xle siècle, après un sommeil que la barbarie avait trop longtemps prolongé, que l'échelle musicale fut à peu près constituée telle que nous la connaissons.Ce fut le bénédictin Guy-d'Arrezzo qui adapta aux six premiers 4 oTWusiCanada Février 1923 sons de la gamme, la première des syllabes de chacun des vers d'un hymne à Saint-Jean.Lintroduction de l’orgue en France vers l'an 757, y avait jeté les semences du contrepoint, ou l'art d'écrire des sons contre d'autres sons.Guy-d'Arrezzo, non content d'avoir réformé la gamme, donna aux notes dont il était le parrain, une forme précise, distincte, en remplaçant avec un avantage merveilleux les lettres-notes, dont on se sert encore pour écrire le plain-chant.Tandis que des musiciens érudits constataient ou posaient les règles de l’art, d’autres musiciens, qui avaient le génie créateur, produisaient des compositions remarquables par l'invention et le charme mélodique.Josquin des Près, Orlando Lassus, ces deux derniers maîtres qui furent la gloire de VÉcole Flamande, eurent pour disciples, en France, Pierre de la Rue, et l’immortel Palestrina en Italie.Ockenheim, leur devancier, avait déjà formé à Paris, Antoine Bromel, et le fameux Jean Mouton.Ce n’est que vers l’an 1600 que l'usage des barres de mesure fut généralement introduit dans la musique écrite dès 1540, sur cinq lignes horizontales armées de trois clés, celles de sol, de fa et d'ut; les différents genres de musique se dessinèrent alors.C'est à Claude Monteverde que le monde musical est redevable de la fixation immuable de la tonalité.Cette tonalité remplit une des^ conditions les plus essentielles à toute constitution musicale.Grâce à une découverte, la tonique, la sous-dominante, la dominante, et la sensible occupèrent chacune dans l’échelle majeure et mineure la place immuable que leur assigne la nature, et la création de l'opéra qui suivit de très près la découverte de Monteverde, en fut en quelque sorte la conséquence nécessaire.Ce qui établit la supériorité de l'art musical moderne sur celui des anciens, c'est, outre la tonalité fixe, l'invention des rythmes, l’empli des différentes mesures simples et composées; c'est surtout la classification des différentes notes de passage, ces véritables consonnes du mot mélodique, c'est-à-dire que le discours musical a sa ponctuation tout aussi exacte que celle du discours littéraire.Si nous ajoutons à tous ces éléments puissants les immenses progrès de l'instrumentation, cette riche palette où le génie du compositeur choisit et mélange les différentes couleurs, nous aurons prouvé surabondamment la suprématie de notre musique sur la musique antique.Le règne de la véritable science musicale fut, sans contredit, la fin du XVIIle siècle; si Haendel, en Angleterre, créa l'oratorio, Haydn, en Allemagne, fit surgir la symphonie, cette sœur de la musique vocale.L'Italie avait été le berceau de l'opéra, la France le perfectionna, et même elle créa un genre charmant, celui de l’opéra-comique.Si cette dernière ne put opposer à l'Allemagne des symphonistes dignes de Haydn et de Mozart, la scène lyrique française eût en revanche des maîtres justement renommés, à la tête desquels la postérité a placé entre autres Philidor et l'immortel Grétry.La musique, telle que Beethoven et E.AI.Weber, en Allemagne, Rossini et Verdi, en Italie, Spontini, Meyerbeer, Auber et Halévy, en France, l'ont fait progresser, est-elle arrivée à son apogée?Il y a longtemps qu'un écrivain, homme d'esprit et bon observateur, M.Beyle, a écrit sous le pseudonyme de Stendhal dans la Vie de Rossini, qu’il n’y aurait désormais de succès possibles dans l’art musical que pour le compositeur qui réunirait la simplicité à la nouveauté naïve des idées.Espérons que le XXe siècle résoudra enfin le problème musical le plus difficile: celui de l'alliance indissoluble de la mélodie qui vivifie, et de l’harmonie qui colore.Celte union est le rêve, le but constant des efforts de tous les musiciens supérieurs qui se sont succédé jusqu’à nos jours depuis que Monteverde, en découvrant la dissonnance, a sapé sans retour l’ancien système musical, pour le remplacer par la tonalité fixe, unitaire, qui, par ces deux modes, le majeur et le mineur, est l’image la plus touchante de la dualité humaine.* ¥ * E.De la Respiration dans le Chant \ N’AVEZ-VOUS jamais remarqué tel chanteur fort intéressant, et d'ailleurs servi par un organe puissant et bien timbré, désappointer totalement son auditoire et voir son succès malheureusement compromis, pour n’avoir pas su apporter une voix toujours égale dans certains passages soutenus, ou pour n avoir pas su garder sans s’essouffler une ronde liée, pour avoir enfin inévitablement écourté le point d’orgue auquel vous vous attendiez ?Le fait est d’expérience quotidienne et la cause, pourtant très simple, échappe à la plupart, quand ce n’est pas à l’artiste lui-même: Il ne sait pas respirer! Le chanteur et la chanteuse qui savent bien tenir compte de ce facteur si important dans l’art vocal possèdent déjà sur leurs collègues un avantage indéniable, et l’on peut affirmer qu’au double point de vue de leur santé et de leur succès, l’art de savoir respirer est un atout dont ils ne peuvent se passer.Le petit livre d’Edward Lankow, autrefois basse au Metropolitan et à l’Opéra de Boston, intitulé “How to Breathe Right”, renseignerait mieux le lecteur que je ne pourrais le faire sur ce sujet, mais toutefois, je lui énoncerai quand même, s’il le permet, les quelques principes sur lesquels s’étaye sa théorie qui n’est, au fond, qu'une application d’un précepte d’hygiène.fl n’est pas nécessaire d’avoir fait une étude approfondie de la physiologie humaine pour se douter qu'il existe un élément nourricier de notre économie, et pour conclure que cet élément est le sang! Or, à quelle condition notre sang acquiert-il cet attribut si puissant de régénération que nous lui attribuons?Cela va sans dire, à la condition qu’il reçoive la quantité d’oxygène suffisante pour subvenir à sa tâche! Le phénomène est déjà patent, et vous avez dès maintenant saisi que pour répondre au grand appel d’oxygène que nous demande notre sang, il faut activer constamment nos poumons, et partant respirer profondément, très profondément.Voyons donc pourquoi il importe tant que notre respiration soit si profonde.La presque totalité des humains respire en moyenne vingt à vingt-deux fois par minute, tandis que celui qui a appris à respirer systématiquement et profondément,, exécute à peine quinze respirations dans le même temps et c’est très logique; s’il respirait plus souvent, la partie superficielle seule de son poumon serait aérée, tandis qu’avec de profondes inspirations, ilgagne en surface, et donc en activité ce qu’il perd en temps et l’oxygénation totale de sa surface respiratoire est assurée.Voilà le résumé de la question exposé aussi succinctement que possible.Je disais tout-à-l’heure que la santé et le succès du chanteur étaient grandement proportionnels à l’ampleur de ses mouvements respiratoires.Ce semble un peu outré, direz-vous, mais c’est pourtant exact: Est-il porté à l’embonpoint, cette technique aura pour effet de lui réduire promptement sa graisse par oxydation, c’est-à-dire par destruction plus complète des éléments gras; est-il chétif et émacié, s’il emplit consciencieusement d’oxygène la surface totale de ses deux poumons, son sang sera enrichi d’autant, et l’activité possible de ses échanges nutritifs concourra à rétablir l’équilibre; est-il prédisposé à la tuberculose, l’expérience et les statistiques prouvent que la gymnastique respiratoire est un des plus beaux moyens de prophylaxie contre ce fléau; est-il enfin au concert, eh! bien, c’est surtout là qu’il bénéficiera de sa grande réserve d'air: il pourra désormais se sentir à son aise dans les chants les plus soutenus et les plus liés, et il tiendra aussi longtemps que vous le souhaiterez, les points d’orgue qui font vos délices! * * * J.Saucier.I I l Un brigand au temps de Louis XVI.i l_____ _______ _ \ Les Méfaits du Poulailler LE 20 octobre^ 1785, sur les quatre heures du matin, un individu à peine vêtu, frappait à coups redoublés aux volets d’une maison de Brie-Comte-Robert habitée par le commandant de la maréchaussée du lieu, le sieur Jean-François Andrieux.Celui-ci, réveillé en sursaut, venait ouvrir et reconnaissait un nommé Ragan, aubergiste du Cadran Bleu près la route de Paris, qui lui déclarait, encore tout ému, avoir été victime, durant la nuit, d’un vol singulièrement audacieux.“Etant couché dans son lit avec sa femme, on lui avait pris sa culotte sous sa tête, dans laquelle il y avait un écu de six livres et une pièce de douze sols, et on avait aussi pris les pouches (tablier) de sa femme dans lesquelles il pouvait y avoir environ quinze livres, et aussi sa montre d’argent qui était accrochée à son lit.” Après quoi les voleurs s’étaient retirés par la porte de la cuisine dont ils avaient pris soin de condamner extérieurement le loquet avec des coins de bois pour que Ragan, s’il venait à s’éveiller, ne pût les poursuivre; ils étaient résolument montés au premier étage et avaient pénétré dans une chambre où reposaient, en des lits voisins, deux voyageurs, les sieurs Bernard, ancien aubergiste, et Henri Bellier, marchand de Paris.Sans troubler en rien le sommeil des dormeurs, les cambrioleurs avaient réussi à ouvrir, par d’habiles pesées, les portes d’une grande armoire qui se trouvait entre les deux lits.Ils avaient alors fait tranquillement un choix des objets à leur convenance, puis étaient enfin partis, chargés d’un volumineux butin.Ayant franchi le mur de la cour à l’aide d’une échelle, ils avaient gagné la campagne avant que personne se fût aperçu de leur passage. Février 1923 zJVIusiCanada 5 Et, mélancoliquement, le malheureux hôtelier d’énumérer à l’officier les nombreux objets disparus de son armoire: “une somme de trente louis d’or, un gobelet d’argent, des boucles de femme aussi d’argent, un habit complet de drap bleu de ciel, une redingote carmélite, une robe de taffetas fond mordoré à petites rayes blanches avec un caracot pareil, un déshabillé d’indienne roze, doublé de blanc et quantité d’autres vêtements et linge de corps.” A peine le commandant Andrieux a-t-il eu le temps de recueillir les premières informations sur le vol Ragan qu’il est avisé d’un cambriolage analogue, commis trois jours après, dans la nuit du 25 octobre, à Boissy-Saint-Léger: des inconnus se sont introduits par escalade dans la cour de l’auberge de Saint-Nicolas, tenue par le sieur Richard; un cabriolet et une charette couverte, chargée d’un grand coffre et de nombreux paquets, y étaient garés: les voleurs se sont emparés du coffre, ils l’ont traîné jusqu’au milieu du jardin, puis fracturé à l’aide d’un levier de fer, dérobant tout un trousseau de linge fin et plusieurs riches vêtements qui y étaient contenus.Mais la difficulté consistait à emporter une aussi lourde charge; les brigands ont donc eu l’idée d’utiliser le cabriolet que le hasard mettait à leur portée.Sortir un cheval de l’écurie, l’atteler à la voiture, placer dans celle-ci les objets dérobés, ouvrir la grand porte de la rue et partir sans éveiller personne, leur parut un jeu d’enfant; ils exécutèrent tout ce programme sans le moindre accroc et avec une incroyable subtilité.Ce n’est rien qu’au matin, lorsqu’il descendit pour panser ses chevaux, qu'Hippolyte Morlet, le propriétaire de la grande voiture, découvrit le vol et donna l’alarme.Mais les brigands étaient déjà hors d’atteinte.Dix jours plus tard, sans s’inquiéter aucunement des recherches de la maréchaussée, nos voleurs réussissent un troisième exploit.Cette fois leur victime est un cabaretier, Etienne Coradin, tenant débit au village des Bordes-lès-Corbeil, paroisse d’Essonnes.Il vient, lui aussi, déposer qu’étant couché au premier étage il crut entendre,vers une-heure du matin,un certain mouvement dans la salle d’en bas, mais qu’il n’y prit point garde pensant que c’était quelque voiture qui passait sur la route.En descendant avec sa femme à cinq heures et demie, il a trouvé le contrevent de sa cuisine grand ouvert et tous ses meubles fracturés.On lui a pris quinze livres en monnaie grise, trente livres de salé, les voleurs ayant laissé sur place le saloir vide, un pot de grès plein de graisse qui en contenait bien pour douze livres, un bocal de tabac râpé (environ quatre livres) et un fusil à deux coups.L’arrestation.Ces trois vols successifs, opérés de la même façon et commis en moins de quinze jours dans la même région, ne décelaient que trop clairement la présence dans le pays de Corbeil d’une troupe de bandits aussi dangereux qu’adroits.Les aubergistes et caba-retiers d’abord, puis tous les commerçants dont le logis est du fait de leur profession ouvert au public, enfin tous les habitants indistinctement, vécurent dans l’émotion de recevoir, une nuit ou l’autre, la visite de la mystérieuse et redoutable bande.On ne voyageait , après le soleil couché, que le pistolet au poing, et l’on ne dormait que d'un œil, même derrière des portes bien verrouillées La crainte devint presque de la terreur lorsqu’on apprit, au matin du 10 novembre, que le sieur Hardouin, honnête bourgeois, demeurant au village de Quincy, près Brie-Comte-Robert, sur la lisière de la forêt de Sénart, venait d’être à son tour victime d’un quatrième coup de main des brigands.Suivant leur méthode ordinaire ceux-ci l’avaient sans doute préparé, se renseignant exactement par avance sur les habitudes des hôtes et sur les dispositions des lieux.S’étant introduits dans la salle basse en fracturant une fenêtre, n’avaient-ils pas pris la précaution d’enfermer tout d’abord le cuisinier du sieur Hardouin dans la cuisine où ils le savaient couché ?Ils étaient ensuite montés dans les chambres, et, y ayant dérobé quantité de linge et de vêtements, étaient redescendus sans bruit, puis avaient pris tranquillement la clef des champs avec leurs ballots, en escaladant le mur de clôture.Aucun indice, cette fois non plus, semblait-il, qui pût orienter la maréchaussée dans la recherche des coupables.Mais Hardouin n’était pas homme à s’en remettre entièrement à la justice du soin de retrouver ses voleurs.Dès le matin, sitôt le cambriolage découvert, il avait personnellement fait procéder à une première enquête aux environs de Quincy.Et le soir du même jour, 11 novembre, un exprès apportait de sa part au brigadier Picard de Fontenelle une lettre fort civile contenant de précieuses indications: un voiturier de Saint-Germain-les-Corbeil, le sieur Mangeot, avait rencontré la veille du vol, vers cinq heures du soir, sur la grand’route, une petite voiture couverture verdâtre traînée par deux chevaux, l’un rougeâtre et l’autre blanc, se dirigeant vers Quincy.Et le lendemain, à cinq heures du matin, Mangeot, accompagné cette fois du voiturier Belloy, avait à nouveau rencontré la même voiture, attelée des deux mêmes chevaux, revenant dans la direction inverse;elle contenait deux voyageurs et un chien.Il était donc vraisemblable que ces deux inconnus avaient passé la nuit à Quincy.Ne seraient-ce pas les auteurs du vol, écrit Hardouin, qui ajoute poliment: “Je n’ai pas l’honneur, Monsieur, d’être connu de vous; je me flatte que vous voudrez bien concourir à me faire retrouver ce vol; c’est une justice, mais cela ne diminuera pas ma reconnaissance.J’aurais été vous demander cette grâce, mais ces voleurs m’ont emporté jusqu’à ma garderobe.J’aurais prié beaucoup de personnes de votre ville, M.Girardot, M.Decourville, M.Papelin et autres de vous recommander cette affaire.Ils ont emporté trois ou quatre paires d’habits.” On le voit, le malheureux Hardouin, encore sous le coup de l'alerte de la nuit, embrouille son discours, revenant malgré lui à l’objet qui lui tient à cœur.Il se répète: “J aurai toujours l’honneur de vous aller faire mes remerciements le plus tôt que je pourrai; j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.Hardouin.” Aussitôt cette lettre reçue, le soir même, le brigadier Picard va recueillir de la bouche des voituriers Mangeot et Belloy confirmation des détails que lui fournissait le plaignant.Puis, dès le lendemain matin, il se met en campagne.Ses recherches vers la lisière de la forêt de Sénart n’aboutissant à la découverte d’aucune piste, il fait volte-face, se dirigeant vers Tigery.Et bientôt, il est assez heureux pour remarquer (dans une terre labourée, la trace d'une voiture qui lui paraît assez fraîche); il observe même que l’un des chevaux qui traînaient la dite voiture avait “trois clous neufs sous le pied hors-le montoir” et qu’un chien accompagnait l'attelage.Mais, en arrivant à la grand’route, toute empreinte de roues et de pas disparaît.Picard, assez dépité, s’arrête à Tigery avec ses hommes; il ne se décourage pas pourtant, et bien lui en prend; à force d’interroger l’un et l’autre, il apprend que le matin même la voiture fantôme a été aperçue filant à toute allure sur la route de St-Germain.Dès le lendemain, un dimanche pourtant, le brigadier continue donc ses recherches dans la direction indiquée.Il enquête d’abord à Essonnes où les voleurs ont peut-être passé la nuit.N’ayant pu recueillir aucun renseignement dans les diverses auberges d’Essonnes, les gendarmes vont poursuivre leur route, lorsque l’idée vient à quelqu'un que “le particulier établi depuis un mois seulement dans le pays comme marchand de chevaux pourrait bien être l’homme qu’ils cherchent”.Picard a bientôt fait d’imaginer un prétexte pour pénétrer dans la maison suspecte: il frappe à la grand'porte de la cour.Un homme lui ouvre, dans les quarante-cinq ans, de taille moyenne, le visage pâle, répondant bien au signalement fourni par Mangeot de l’un des mystérieux voyageurs.“Je viens, explique Picard, examiner vos chevaux, car on vous a dénoncé comme ayant des animaux malades de la morve.” Aucune excuse n’est possible et le brigadier, introduit dans l’écurie, reconnaît aussitôt les deux chevaux, l’un blanc et l’autre rouge, que lui ont dépeints les témoins.Le rusé gendarme constate même, à la dérobée, que le cheval blanc porte bien au pied hors-montoir trois clous neufs.Enfin, le chien de la maison est reconnaissable à son poil grisâtre et à son large collier de fer, et la voiture à couverture verte se trouve remisée dans un coin de la cour.Edifié sur l'identité de son voleur, Picard de Fontenelle se retire afin d’aller chercher tous ses hommes pour opérer l’arrestation.Mais le pseudo-marchand, inquiet des suites de cette première visite policière, s’éloigne en toute hâte, et quand le brigadier revient accompagné de ses gens, il ne le trouve plus.Cependant deux gendarmes se mettent à sa poursuite et l’arrêtent une heure après sur la grand’route de Paris.Entre temps, la maison a été investie et tous ses habitants arrêtés.Le prisonnier, pressé de questions, a donné son nom: Jean Chevalier, natif de Paris, paroisse Sainte-Marguerite, ci-devant demeurant aux Nouveaux-Convertis, rue de Seine, et récemment venu s’établir marchand de chevaux à Essonnes.Les autres personnes arrêtées sont: Jeanne Gauthier, qui se dit femme de Chevalier, Sauvage, domestique de Chevalier, Claudine Masselot, femme Sauvage, enfin Marie-Antoine Delorme, une jeune servante.Tout ce monde, étroitement surveillé par les trois gendarmes, fit, en pleine après-midi de dimanche, une entrée sensationnelle à Corbeil, sous la conduite de l’heureux brigadier Picard.L’instruction.Un rapide examen du logis de Chevalier avait permis d’y retrouver un peu partout des objets provenant des vols Ragan, Morlet et Hardouin, en sorte que la culpabilité des prisonniers était déjà certaine.Ravi de cette importante capture, maître Jehan-Baptiste Robert de Courville, lieutenant-criminel pour le roi au 6 zJltiisiCanada Février 1923 baillage de Corbeil, ne voulut pas différer d'un jour le premier interrogatoire.Marie-Antoine Delorme comparaît la première, c’est une timide enfant de dix-huit ans, toute en larmes.Elle explique comment Sauvage, domestique de Chevalier, offrit un jour à son père, jardinier à Quincy, de la placer en service chez son patron.Elle y entra vers la Toussaint dernière; son emploi était de servir au ménage, balayer, laver la vaisselle, aller chercher de l’eau, et dans la journée de garder les dindons et les canards.Elle ignore tout ce qui pouvait se passer dans la maison, ne s’étant jamais occupée que de son ouvrage.Après cette jeune fille, qui paraît bien être innocente, le juge appelle Jeanne Gauthier.Celle-ci âgée de vingt-six ans, reconnaît sans peine qu’elle est depuis sept mois la compagne de Chevalier.Elle raconte, de la meilleure grâce du monde, les débuts de cette liaison.Née à Nancy, en Lorraine, elle habitait à Paris, ouvrière en linge, rue Galande, en la maison des sieurs Grandjean, oculiste.Elle fréquentait chez les époux Viardot, ses voisins, dont le mari exerçait la profession de cordonnier, et c’est chez eux que Chevalier, alors cordonnier, lui aussi, la rencontra et en devint éperdument amoureux.Un soir, il y avait quinze jours qu'ils s’étaient rencontrés pour la première fois, Chevalier l’invita à souper en compagnie des Viardot.C’est chez ses derniers qu’eut lieu la fête.“Et après souper, se disposant à rentrer chez elle, lesdits Viardot et sa femme ont fermé la porte de leur chambre à la clef et ont dit à la répondante qu’il fallait quelle couchât avec eux et ledict Chevalier.La répondante ayant voulu absolument s’en aller, lesdits Viardot et sa femme et ledict Chevalier à leurs instigations, se sont saisis d’elle, l’ont déshabillée avec violence et l’ont mise dans le lit desdits Viardot.Ceux-ci s’y sont mis aussi, ainsi que ledict Chevalier, et ils y sont restés tous quatre jusqu’au matin.’’ Depuis ce temps, qui était dans le courant de janvier dernier, elle a été demeurer avec Chevalier dans un logement qu’ils louèrent chez le sieur Chéron, marchand de vins, rue Galande.La Gauthier prétend au reste ignorer les vols reprochés à Chevalier et ne pouvoir donner aucun renseignement sur ce qu’il faisait pendant ses absences du logis.Chevalier comparait à son tour.Il nie avec énergie être l’auteur du moindre vol et s’efforce vainement d’expliquer la présence à son domicile des nombreux objets déjà reconnus pour avoir été récemment dérobés.Interrogé sur son passé, il raconte que, s’il a quitté Paris pour venir s’installer à Essonnes, c’est à la suite d’une fâcheuse affaire de chevaux vendus avec fausse garantie au comte Du Barry.Un interrogatoire sommaire de Sauvage et de sa femme se disant tous deux domestiques de Chevalier, termina cette première séance.L’information fut activement continuée les jours suivants.L’enquête menée à Paris ne tarda pas à révéler des faits nouveaux qui amenèrent l’arrestation d’un sixième personnage.En quittant, pour venir habiter Essonnes, Paris où il avait successivement été cordonnier, marchand de vins, brocanteur et maquignon, Chevalier y avait conservé sous le nom de sa femme une chambre, rue de la Parcheminerie; mais il y avait encore un autre lieu de recel, le logement d’un certain Martin Droguet, écrivain public, avec lequel il était demeuré en relations constantes depuis son départ.Droguet, arrêté dès le 19 novembre, à la suite d’une perquisition fructueuse effectuée à son domicile, rejoignit aussitôt la bande Chevalier dans les prisons de Corbeil.Ce jeune homme très différent de ses coaccusés, assez instruit, pourvu d’une situation, aisé sans être riche, mérite quelque sympathie.Il fut victime de sa passion pour la jolie Jeanne Gauthier.Etant un jour allé chercher son linge, expose-t-il, chez sa blanchisseuse, la femme Viardot, il y vit la maîtresse de Chevalier, et en devint follement épris.Pour l'approcher, il eut la faiblesse de rechercher la société du voleur, et Chevalier, voyant tout le parti qu’il pourrait tirer du sentimental jeune homme, répondit à ses avances avec empressement.Même, au bout de quelques jours, il le traitait en vieille connaissance, lui empruntant la bagatelle de mille francs.Le naïf Droguet, introduit par sa nouvelle amie dans la chambre de la rue de la Parcheminerie, était devenu à son insu le complice et le récéleur de la bande.Chevalier lui confiait souvent de volumineux paquets bien ficelés, qu’il se gardait discrètement d’ouvrir et hospitalisait innocemment.Droguet ne pensait qu'à ses visites à Essonnes, elles étaient fréquentes.Au moment où l’enquête allait être close, une dernière découverte sensationnelle vint encore retarder le prononcé du jugement; il y avait identité certaine entre Chevalier et le nommé Desmaisons jadis inculpé pour vol à Meaux et évadé des prisons de cette ville le 2 juin 1784, sans qu’on eut jamais pu retrouver sa trace.Et, de ce fait, la culpabilité de l’accusé s’aggravait singulièrement.En 1780, une première fois.Desmaisons avait été arrêté à Montereau pour avoir volé deux chevaux ; incarcéré à Guermantes, il s’était évadé la nuit même par le jardin du curé de ce village; un de ses complices, le berger Sauvage, s’était également enfui, tandis que le troisième larron, Didier, avait été condamné à neuf ans de galères.Desmaisons et Sauvage avaient dès lors poursuivi, non sans succès, pendant deux ans, la série de leurs vols.De nouveau, en 1782, Desmaisons avait été arrêté et incarcéré, cette fois, à Meaux.Son procès allait être jugé lorsqu’il s’était encore évadé le 2 juin 1784.Venu se cacher à Paris sous le nom de Chevalier, il avait renoncé pour quelque temps à voler ouvertement, y vivant pourtant de métiers assez louches.Puis, le goût de son ancienne profession l’ayant repris, il avait successivement élu pour centres de ses opérations Vincennes, et Essonnes où nous l’avons retrouvé.La condamnation.L'identification de Chevalier de Corbeil avec le Desmaisons de Meaux donnait lieu à un conflit de compétence judiciaire entre les deux sièges.Le litige fut porté devant le parlement de Paris, qui, après de longs débats, trancha la difficulté en évoquant les deux affaires conjointes au châtelet.Le procès de Chevalier, jugé de la sorte dans la capitale, en acquit un retentissement inattendu.Ce n’était pourtant, on l’a vu, qu’un adroit voleur de chevaux, de poules, et de lapins, un détrousseur exercé de garde-robes et de garde-mangers, qui n’allait pas à la cheville d’un Cartouche, d’un Mandrin ou d’un Derues; pas le moindre meurtre, pas le plus petit empoisonnement à relever à son actif! La curiosité du public se contenta de sa double évasion, de la galante aventure de la Gauthier avec le sentimental écrivain public qu’était Martin Droguet; on avait eu peur un peu de ce hardi brigand; on lui savait quelque gré, maintenant qu’il était sous les verrous, d’avoir nargué la justice pendant plus de cinq ans; enfin, outre les deux noms sous lesquels nous le connaissons, et qu’il avait pris, car il s’appelait réellement Boutillier, il jouissait de l’aimable sobriquet de “Poulailler”, et ceci contribua sans doute encore à le rendre intéressant.Marchands d’estampes et rimeurs de complaintes ne se firent point faute d’exploiter cette popularité, imaginant de pied en cap un Poulailler terrifiant, armé jusqu’aux dents, haches et pistolets à la ceinture, à la main un fusil, ou une massue qu’un homme ordinaire eût à peine pu soulever, brigand sinistre dont les mères eurent loisir de faire peur, comme de la Barbe-Bleue, aux enfants méchants: “Du haut en bas Je vous dévalise mon homme, Du haut en bas, Et s’il raisonne, je lui casse un bras.Ne remue pas ou je t’assomme.Poulailler ne ménage personne Du haut en bas.” Et les images coloriées s’enlèvent en masse, rue St-Jacques et rue des Mathurins, aux étalages de Basset et des Campions, représentant le criminel, accoutré de toutes façons, son amie Jeanne Gauthier, le berger Sauvage, le jeune amoureux Droguet, et tous les autres.Il n’y manque rien, portraits en pied et en buste des accusés, croquis d’audience, tableau final: “Triomphe de Poulailler’’, le condamné amené dans la charette au lieu de son supplice.Car le 26 mai 1786 le Châtelet rendit sa sentence, conforme aux lois rigoureuses alors en vigueur, contre Jean-Pierre Boutillier, dit Chevalier, dit Desmaisons, âgé de 38 ans, bien qu’il en parût 45, coupable de plus de quinze vols qualifiés.11 le condamnait “pour réparation, à être pendu et étranglé à ce que mort s’ensuive par l’exécution de la haute justice à un poteau qui pour cette effet sera planté dans la place de la Porte Saint-Antoine, ledict Chevalier préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir par sa bouche la révélation de ses complices.” L’arrêt donnait sursis à l’égard des autres accusés, jusqu’après l’exécution de Chevalier.Celui-ci comme il était d’usage, fit bien appel; mais la Cour de Parlement rendit le 30 juin un arrêt de rejet, confirmant purement et simple^ ment la sentence de mort.Et l’exécution eut lieu, dans les formes prescrites, le 3 juillet 1786.F.-L.Bruel et M.Foucault.ERRATA Page onze de la musique.Si bémol à la clé doit être observé. Février 1923 zJWusiCanada 7 \ 1 l ! I l EXTRAITS* de | L’ART PIANISTIQUE j par Monsieur R.Octave Pelletier.I De tout temps on a vu mettre des vers en musique, mais mettre de la musique en vers, voilà qui est certes plus rare, C’est ce qu'a fait le vénéré doyen de nos professeurs de piano, M.H.Oet.Pelletier.M.Pelletier, qui est un fervent des classiques de la musique, ne pouvait manquer d’avoir aussi pratiqué ceux de la littérature.Il connaît, entre autres, Boileau, par coeur.Un jour lui vint l’idée qu'un Art Pianistique pourrait tout aussi bien s’écrire qu’un Art Poétique.De là à suivre la forme du traité versifié de Boileau et même à l’imiter délibérément et ouvertement en quelques endroits, pour mieux accentuer cette ressemblance voulue, il n’y avait qu’un pas à faire, et M.Pelletier l’a fait très heureusement.Du piano plus souvent on apprend la musique Que du piano lui-même on apprend la technique.Au piano c'est en vain qu’un naïf amateur Pense de son étude atteindre la hauteur S’il ignore en cet art apparemment facile Les réelles beautés qui le font difficile Et se borne au brio dont le vain déploiement Ne demande à ses doigts qu’un brut entraînement, De cet entrainement entrepris dès l’enfance Ainsi que du solfège on admet l’importance, Mais le travail qui fait les doigts souples et forts N’a pas pour seule fin les plus brillants efforts, Car il faut davantage, il faut qu’à la souplesse Corresponde un contact des touches sans rudesse, Que du vrai légato la grasse pression.D’un chant par le piano donne l’impression Et que d’heureux reliefs dans la polyphonie Fassent de l’instrument comme une symphonie.Il faut prêter l’oreille à la sonorité Dans les proportions de son intensité : A la voix qui domine en tant que mélodie, Aux voix lui répliquant au sein de l’harmonie, A la basse qui tient parfois le second rang, Au remplissage mis à l’arrière plan, A la voix enfin qui, doublant une partie, Serait sur elle mise à propos en saillie Donnant l'illusion d’un effet orchestral En plus de l’intérêt purement musical, Car si par ses accents le piano ne sait peindre Cette couleur du son qu’on appelle le timbre, Par ses tons en grisaille il sait la remplacer Sous un toucher sensible et prêt à nuancer.Sur les divers touchers, avec soin, qu’on insiste, Dans leur distinction se reconnaît l'artiste; Ainsi le légato qui, par la pression Des touches, coïncide avec expression, Le mezzo-légato par lequel on procède En attaquant de haut la note et qui le cède Au toucher précédent en sensibilité, Bien qu’utile encor, même en sa brutalité, Soit pour un marcato d’assez courte durée Ou commençant d’un trait l’étude séparée, Le leggiéro qui, par la chute du doigt, Laisse entendre la note en l'effleurant et doit Convenir à des traits qui, plus ou moins rapides, Veulent sonorité délicate et limpide.Enfin le staccato qui, par doigts contractés Comme aux pizzicati, fait les sons écourtés.Si vous articulez, au besoin, par le geste, Qu’il soit et naturel et gracieux et leste Par les muscles du bras imprimant librement A l'avant-bras passif l’alerte mouvement Qui, transmis à la main, détache avec souplesse Les notes ou les coule ainsi qu’une caresse.Le geste, intermittent en son impulsion.Permet de procéder à l’exécution D’octaves qu'on détache en moderne pratique Comme par ricochets d’une balle élastique.Le geste encore opère un demi-staccato Qui fait lever un peu la main puis aussitôt La laisse retomber tout près, lourde et passive Pour souligner la note et la faire expressive.Ainsi qu’en un tableau le tout polyphonique Se colore par plans ou degrés dynamiques Lesquels servent de base à la proportion D’intensité des voix dans leur relation, Et le critérium d’un degré dynamique Est tout dans la personne et sa force physique, Dès lors déterminant votre fortissimo, Puis déduisant de lui votre pianissimo, Toute autre dynamique entre ces deux extrêmes Par la comparaison s’établit d’elle-même.Il faut en s'écoutant surveiller la pédale — Du piano de nos jours cette âme musicale.— L’abaisser à propos, surtout quitter à point, Evitant liaisons qui ne s’accordent point.Dans ces conditions de goût et de prudence, Même en son signe absent, la pédale est d’urgence Pour enchaîner des sons qu’on ne pourrait tenir Ou d’autres, simplement, qu’on voudrait embellir; Les premiers, trop distants, la font indispensable, Les seconds, rapprochés, quand même désirable.Quand l’accord arpégé, surtout très étendu, Demande la pédale ü la faut au début, Autrement on la met après l’attaque faite De basses à lier d’une façon parfaite, Aux changements d’accords son emploi, suspendu Et vivement repris, doit être défendu A certains sons conjoints de faible résonnance Dont la confusion produirait dissonnances, Au grave, au médium, même aux notes d’un chant Qui, formant un accord, s’en distingue pourtant.Une confusion toutefois se déguise Par un prompt changement de la pédale mise A chaque accord distinct dans l’accompagnement De traits à la main droite enlevés brillamment.Une confusion, même au grave, est admise Quand un choc violent des marteaux la déguise Tandis que la pédale intervient souvent Entre groupes de sons attaqués vivement.Un ferme légato, commencé lentement Et maintenu forté jusqu’au vrai mouvement, Sert même aux traits légers de discipline sûre Et propre à les conduire à leur finale allure.Pour rendre le classique il nous faut l’habitude De son audition en plus de l’aptitude; Or si, faute des deux, on avait renoncé Aux raffinements d’art tels plus haut énoncés.Il est un répertoire élégant et d’un style Qui plait sans demander un effort inutile Et mieux vaut jouer bien du Lack ou du Godard Que mal du Beethoven, du Chopin, du Mozart ; Mais trêve au tapotage en musique idiote Allant de pair avec certaine camelote Sous forme de piano ; assez des pianoteurs Croyant interpréter les plus fameux auteurs Et rendre ample justice à leur belle musique En la reproduisant comme un automatique.Le vrai musicien ne saurait envier Celui dont le talent s’étale au clavier Sans le solfège qui fait penser en musique Avec son complément de science harmonique, Sans notions de forme en composition Donnant intelligence à l’exécution, Sans culture d’esprit par acquit littéraire De l’inspiration puissant auxiliaire.Telle éducation nécessaire au talent Devra la préserver du factice engouement Pour le genre ignorant toutes lois d’harmonie, Cohérence de forme et toute symétrie Par lequel un snobisme, ennemi du bon sens, Prétend faire oublier Beethoven et Saint-Saëns.* Publié avec la gracieuse permission de l’auteur. cyWusiCanada Février 1923 >r.-y wm* Æâmï mtr ntt & •* >\.•£>TV ># Février 1923 ^yitusiCanada 9 *- ) -¦f l Souhait Paroles de SULLY PRUDHOMME Musique de FRED.PELLETIER Piano Moderato très discret È s Sil est un - char - mant ga - zon Que le m m Un peu plus f Où brille en tou - te sai - 1 fl fl n tni u son Quel - que fleur è - elo Où Ion e -*?— s - b 3 *1 [*JÏ=f / * _fe — / -à /suivez J3 4.—J Copyright MCMXXI1I ky Musiranada International Copyright Secured All Rights Reserved, Canada 1 10 çJHusiCanada Février 1923 5^ «h ^ é cueille à plei - ne main pzrp~ip=p=^^ Lys, chè - vre - fenille et jas - S '"i £ ¦f * 5^5 retenu un peu -min, Jen veux faire w^-\ r p s che - min Où ton Suivez en retardant au tempo mour Parfu -¦f 1 ) i l l l l i l l l l l l l ! i i ! i i ï ) \ i i ; I i I \ \ i \ i i i \ 1 i L Février 1923 CyUusiCanada il v- \ l \ \ l l l I $ $ tr m Un peu plus f - nè de ro se, Où Ion » trou - ve cha - que £ £ retenu jour Quelque p au temps i- j J) i dou ce cho se, Un re 9 f 2» 1 r é P T P§üî 5 m - ve que Dieu bè - nit' Où 1; p p w ,r* ' ^ 3ù lame a là - me su - ni S J_______À.* i ï 3 r T fl- =r=i* p ±— - nit, Oh! jen retenez - psp élargissez et glissez /?s veux fai - re le 2Z m nid Où ton coeur se po E_r 7g g-.= ^ f • I J suivez m.# se pp.ET e suivez -rr I ¦HP J ?*- j Souhait .3 12 çyVtusiCanada Février 1923 v- I \ l i l I l i l i Danse Caprice EMILE TARANTO All?Violon Piano I i % m Copyright MCMXXJII by Musicanada International Copyright Secured All Rights Reserved Canada -«f ) ) i l \ l l l l l l Février 1923 dyVIusiCanada 13 ^l «N 1 f r»|- * : T~% f-f 4 f CODA.2 fois Danse Caprice 7 •w ai iprjBf/’mj: ¦ r«u a\i«i h*f/ LM’i aiiii kMW 'srssssi kM»i r*%Ti j 14 çyWusiCanada Février 1923 \ 1 \ ) \ ) \ l ï l I l l l l 1 I < J I i < l i ! i i i 1 i t i i i i I i i \ i i l l l i i i l i i I ! i i i i i \ #¦¦ -f*-J • p.# - -a ~ ^— ——^ _ —?A - —-— i ~»=— i —_ i.-i r -r- - r _û -JL 1 ir îtlï » » ^— v 1 f ¦¦ ¦ i Vi.« SU • * 1.1 L i® r ^ r ^ T* ¦ w r —i— x ¦ • _-n a il* 1 — t I — F JV* B ) ^ / .U Ê# 1 1 « £ ,# | fL #: r i « U r * flj __ yf » v S w F— n a 1 i S If —# * i * n .¦_s* \ fl r _ i - .^ T V LT1 LL17 W -ir* i i i i \ l i i i i i i i i i i i i i i i i i ï i i i i i i ï i i \ t i i i i i \ ï i l i i i ï l i l l i l i l ï l l Dance Caprice 7 Février 1923 cyWusiCanada 15 \ l l I \ i ) ! \ \ i i i i i i i i i \ l i i i i i i i i i \ i i i i i i i i 1 i i i i ; i i i i Moderato t ' f -\-r—-) : f I | || k—l 1 t t =3 pj- à -à- J Lurtrrr f —; 1 F |— \ à -à J J rf rrmr M J J—^=\ tLrrrrrî P 4 j_ J -f J U J f j 1 %=J r i i r:j -J J rrrfrtrr r_T Ffr rTrrr fr i' i f W : *>— -ar-j n i , , .- - f tm _ » i i— i- - l VU J a j 1 Æ & a a a tlTTLlf rrr TT Tf LUIT TTJ j r^Tï : - ¦ ¦ ¦¦ r \ —/ \ L i ' ' m ¦s m ¦ -G f ! i 1 ?i / i i i ) i 1 i i \ ï i i ) i i l ) i i l i \ i l i \ ) J J t t ée! _J_~j J J .^L^l rrrrrrrr s f P f P f Danse Caprice 7 l l l t 1 ?i i 1 i l ! I l l i 16 çyHusiCanada Février 1923 i l ) \ \ ) l l l i i i i l l i l i l l \ l \ \ l i i i i l l l i l | 1 l l l l ) i \ i i l l l i l l l l l i i l i ¦«J 5t • • 1 1 ¦ / ¦ÿ | ¦ I I I 1 | \m J J.J *— / *): -—i | ~—m _j rrr m a iJflf # J J W- Mi- ~ r r r f t ! 1 r 1 " J.— - -¦ __j_ ± d .r _i=i Danse Caprice 7 anima to fjmÿüpgip X X X f—x A ri i M=Üf i i l l i i i ï i i l \ ï ï l l l ï i l l i ) i i l l i l i 1 l l ï ï l i l l l l ï l i i i \ \ \ l i ï ï l i l l i T Février 1923 çyilusiCanada 17 v- I l l l 4>:—Itj.j.*.t ^-TTJ- I I I I CODA.' P«i * £3 I «Ê.I üül sé ?3É £ w= ** 'tï* Pï l l l l l l i / ?) î i i -4 Danse Caprice 7 18 çJ/VlusiCanada Février 1923 animai o -4 Danse Caprice 7 Février 1923 çyWusiCanada 19 V- ) ! I \ \ l ) AVE MARIA Pour Soprano ou Tenor aver accompagnement d Orgue par ARTHUR LETONDAL CHANT Orgue * Andantino P— J b M- I M i I A - ve Ma - ri - ^^ a : = r-= f f *-»• • .P es*.t.k r "g- - .=^n_-.i Mz —— — % * semplice ?m D ^ lI_P gra ti a pie _ na, gra ti a ple_ na do mi nus zl-%-4 = ! ¦M, =j ¦ —i': ' i ir^— AV -w-v- ^ Tf I* f* M f—F — iri- _r: V -•f \ l l l \ ) i i ) \ \ i ! i i i i l i $ £ m m te _ cum Be ne die ta tu in mu li er U-V.1 K J .=| J-J .01 I- U J r'ff — fJ • 1 “J] 1 .n • r f i» IP' ^ —r— 1 —/ "T*ir 1 \ -ft + r—< ’ t .^ ¦ —i ==i /#! ¦ -] p1—< j-' —— - ,r - r =?“- t?i=: r —¦ ,1.-: -¦ -==! se/npre TT—~3* " dim -J- - - • " ¦ÿ- ~ • : —6— -V5 * ^ 1st' d: —p-=— J-r \ f-T- L_r r r f Ave Maria H 1 i l \ l i l j \ t l 1 l i « f i i \ i ! i ) i i i i i i i \ i i l i l l l l l 1 i l ! I l l i l ) I l l t l çyWusiCanada Février 1923 ) Pour Danser ALFRED GENEREUX Sans Lenteur PIANO i marc marc 1 gm f êJ f^r-r- V 1“^ ^ KJ~ m J- ^ i • ^ 4» «L n-=h-C— —j m -fJLt E f.f f~t Ê U ; ; i z 2 ! Z ! -»"¦ —"-j—r -—m * marc m arc ?¥ 1 4- f i « ?3T International Copyright Secured Copyright, 1933 by Music&nada All rights reserved, Canada. Février 1923 çyVIusiCanada 23 i-r»« * =¥ ppp 1 j Mi! cresc.i=A=é J tfi 1 H j i molto crescendo J • • • • Tl r |f r ¦_’_;____ H 5f f ïu*i f J j—^ ^V7 ŸJ Pour Danser 24 çJVIusiCanada Février 1923 1 il * m * > ^ .1 J Rj^ÉP] *m f=f=^ - >.stmprep 1 •): v £rtr *H ¦ 6 ** >?rt'sc.r ?ag£r*ys -jg -rgJ.j #1 • #¦ *—m— y* » * =4~ j J y r fît r " ' w-H -rf ¦ f1 s m 'i -s- zz.— ï= rrr-f RFI j.r 1 i2 ¦ s*- i ./ / marc.an ¦••f f l l ) i *é '^jitnrpre I 5H T3 S marc.marc.9m ^ i* r t an E-' t-i I» (S^ ¦ « i***: >.* tr >- r—f #t i W~ï~ A’t'“ T=ff > .— f-p :êe£e^e— /bæfe é.>•: - r—f-w ¦ — =fw —r ^ 4 J : * «3 —3— » J> ' ~r~ ü 4^ —g Eàmâ=-, U k/LiTHH frf—=3= ,L-H ¦ U - -—m ft ! i 'a-L p * * H»J t (S m ?l l l l i l l i ¦¦i Pour Danger - 3 Février 1923 çyi4usiCanada 25 BH m&mi Es,; -T •' Bai £t : mm, M&0 N ‘ T EL Jf .M 1 Nj S' [ rDARiE K AV H ¦.¦ - K v | r a N C O N I La leçon de musique .r ï?„ 1 H K-::.•fTltT-fÀiii ùir î goï,.-', ‘13®-' Lipts-s |S?ÉS& «¦jawj .• vr'i« 26 çyHusiCanada Février 1923 Un Barbe-bleu Chinois Un Barbe-bleu Chinois SI-FINN, fille de Bah-bah, plus blanche que le riz, plus gracieuse que le bambou.Ses pieds, modèles de perfection chinoise, n'étaient pas plus longs que le doigt, ce qui lui donnait l’estimable avantage de ne pouvoir faire un pas sans s’appuyer sur un roseau ou sur le bras d’une suivante, et imprimait à sa démarche une sorte de balancement, élégant, assez semblable au mouvement de ces petites figures dites poussahs, qu’on voit osciller au moindre choc sur leur base arrondie en forme de culot.Sa taille était si svelte, sa figure si jolie, et toute sa personne si ravissante, qu’elle ne pouvait se montrer sans attirer tous les regards, comme la paille que le jongleur de Chang-hi tient en équilibre sur le bout de son nez.Ses sourcils étaient arqués comme le col du cygne; ses petits yeux, relevés vers les tempes et taillés comme les fruits de l'amandier, n’étaient pas défigurés par des cils; ses cheveux avaient la finesse des légers fils qu’ourdissent les araignées noires de Tschansi; son nez était court et délicatement épaté, ses lèvres semblables à ces belles chenilles roses que les cuisiniers de Peking apprêtent pour la table du fils du ciel.La renommée des charmes de Si-finn s’était répandue dans toute la province de Kiang-si, et sur la foi de cette seule renommée, son père avait reçu pour elle de nombreuses demandes en mariage.Mais le vieux Bah-bah était tant soit peu philosophe: après avoir longtemps médité sur les causes théoriques et pratiques du bonheur, et particulièrement sur la physiologie du mariage, il s’était fait, en ce qui concerne le lien matrimonial, un système à lui.Son plus grand regret, à la vérité, était de ne s’y être arrêté, qu’un peu tard, c’est-à-dire, après s’être marié; mais avait résolu, du moins, de faire profiter sa fille des lumières de son expérience; et pour un chinois, il avait, ce me semble des idées passablement avancées.Il professait, entre autres, une doctrine qui paraissait tellement hétérodoxe, tellement excentrique, qu’elle aurait probablement attiré sur lui quelque manifestation du déplaisir impérial, si l'on avait élevé des doutes charitables sur son état mental.Cette doctrine ne nous semble pas, à nous autres barbares, si déraisonnable; mais il n'en est pas moins vrai que, des soixante milliards d’habitants du Céleste Empire (en ne comptant que deux cents générations de trois cents millions chacune), Bah-bah était le premier qui se fut jamais avisé de mettre en doute la parfaite convenance d’une union conjugale entre deux personnes qui ne se sont jamais vues.Il avait eu la hardiesse d’émettre et de soutenir cette opinion; et il en tirait la conséquence assez logique que les parties devaient, avant de serrer les nœuds d’hyménée, reconnaître qu’il existait entre elles certaines sympathies et affinités mutuelles.Il décida donc, contrairement à tous les usages et à toutes les idées reçues, premièrement, que sa fille verrait son futur maître et seigneur avant de lui engager sa foi; et, en second lieu, qu elle aurait une raisonnable latitude de choix parmi les nombreux prétendants qui se disputaient sa main.Un malandrin à bouton bleu et deux riches négociants avaient envoyé de magnifiques présents à Bah-bah, et un savant lettré du collège de Han-lan avait composé dix volumes de sentences morales à la louange des vertus et de la beauté de Si-finn, qu’il n’avait jamais vue.Bah-bah accepta les présents et parcourut les livres; mais il éconduisit poliment les prétendants, qui demeuraient trop loin pour pouvoir faire leur cour en personne.Une foule d’autres, qui, n avaient pas ce désavantage, se mirent sur les rangs; mais aucun d’eux ne trouva grâce aux yeux de Si-finn.L’un était trop grand, 1 autre trop petit; un troisième trop gros, un quatrième trop maigre; celui-ci trop gai, celui-là trop grave.Ting-ting avait la voix trop grêle, et Dong-dong le verbe trop haut.L’un aimait la patate douce, et Si-finn avait la patate douce en horreur; 1 autre n appréciait pas suffisamment le mérite du chien accommodé aux jujubes, et c’était le régal favori de Si-finn.En un mot, la belle Si-finn était une demoiselle fort difficile à contenter.Tout près de la ville de Hum, qu’habitaient Bah-bah et son aimable fille, vivait un jeune homme qui tirait vanité de sa parenté avec la famille impériale: il descendait en effet d'un souverain qui avait occupé le trône environ deux cents ans auparavant.L’empereur de la Chine étant sa louable et paternelle sollicitude sur tous les pauvres parents, dont il tient une liste, qui comprend près de dix mille noms; et selon leur degré de parenté, il alloue à chacun d eux une pension annuelle, réglée d’après une certaine échelle graduée.Ils ont en outre le privilège de porter quelque marque distinctive, telle que manteau, ceinture, écharpe ou bon-bet, à la couleur impériale, c’est-à-dire jaune.Hofi, le jeune homme en question, portait une ceinture de soie, ce qui l’avait fait surnommer dans le voisinage Ho-fi à la ceinture jaune.Ayant donc l’honneur d’être cousin, quoique à un degré fort éloigné, du fils du Ciel, Ho-fi eût regardé comme une chose fort au-dessous de sa dignité, de travailler pour vivre; mais, comme des facultés pécuniaires n’étaient nullement en rapport avec ses prétentions et ses désirs, il était quelquefois réduit à de singuliers expédients pour se procurer du sel pour son poisson, comme nous le dirions dans nos grossiers idiomes de l’Occident, ou plutôt du poisson pour son sel.Ho-fi avait souvent entendu vanter les charmes de Si-finn; il avait entendu parler en même temps de son humeur capricieuse.Il savait combien de prétendants étaient restés sur le champ de bataille; mais Ho-fi n’était pas homme à s’effrayer de si peu de chose; et comme le soleil luit pour tout le monde, il résolut de tenter aussi la fortune.Quoique tout jeune encore, Ho-fi avait été déjà six fois marié, et chaque fois, chose étrange! il avait eu le malheur de perdre sa femme quelques semaines après son mariage.Le nombre sept était généralement considéré comme un nombre chanceux, il n’était pas étonnant qu’il désirât courir une dernière chance: ses six épouses chéries étaient ensevelies toutes ensemble dans un même tombeau, et il lui en fallait encore une pour faire compte.Avec un mérite intrinsèque assez mince d’ailleurs, Ho-fi possédait certains avantages qui lui avaient été fort utiles, en plusieurs circonstances analogues.Il réunissait les agréments physiques qui constituent, aux yeux des dames chinoises, un beau cavalier.Il cultivait avec soin des ongles d’un pouce et demi de longueur; il ne portait ni barbe ni favoris, et sa tête était toujours proprement rasée, à l’exception d’une seule touffe de cheveux, qui, nouée avec un cordon de soie, pendait par derrière jusqu’à ses jarets.Aux agréments de sa personne et à la recherche de sa toilette, Ho-fi joignait des qualités encore plus précieuses: c’étaient une merveilleuse assurance, une souplesse d'esprit qui lui permettait de se plier à l’humeur de chacun, et par-dessus tout, une rare habileté à saisir le faible des gens et à régler ses mouvements en conséquence.Ho-fi, ayant donc jeté ses vues sur la fille de Bah-bah, dressa son plan de campagne, et commença par faire connaissance avec le digne philosophe.Il l’aperçut un jour qui marchandait, à létal d’un boucher, un filet de fouine; profitant aussitôt de l’occasion, il s’arrangea de manière à lier adroitement conversation, et, à l’aide de quelques observations facétieuses adressées à propos du boucher, il obtînt le rabais que Bah-bah lui-même, avec toute son éloquence, sollicitait en vain.Ayant alors déclaré sa prédilection gastronomique pour la fouine, et surtout pour le filet de ce succulent quadrupède, il fit passer la conversation, par une série de transitions habilement ménagées, des fouines aux belettes, des belettes aux rats, des rats aux chiens, des chiens aux cochons, des cochons à ses aimables compatriotes, et de là tout naturellement à la belle Si-finn, fille du sage Bah-bah.Il parla avec enthousiasme de ce grand philosophe, et exprima le regret hypocrite d'être privé de l’avantage de le connaître, même de vue.Quel philosophe fut jamais à l’épreuve de la flatterie ?Tout dépend de la manière dont elle est assaisonnée.Bah-bah, déjà plein d’estime pour son nouvel ami, ne se sentit pas le courage de changer le sujet d’une conversation qui chatouillait agréablement son propre-amour : il se hasarda donc à sonder les opinions du jeune étranger sur sa théorie matrimoniale.Ho-fi saisit la balle au bond, et voyant de quel côté venait le vent, se lança hardiment dans les éloges les plus hyperboliques.Si 1 on me demandait, s’écria-t-il d’un air inspiré, quel est le plus grand des sages, anciens et modernes, je répondrais Bah-bah ! quel est celui qui a jamais conçu le système le plus fécond en heureux résultats pour l’espèce humaine, je répondrais encore Bah-bah! Je ne doute pas qu’un jour ne vienne où le nom seul de Bah-bah sera un argument péremptoire, une réponse à toutes questions, une solution à tous les problèmes.Quand on demandera à quelqu’un sa raison, il suffira de dire Bah-bah! son autorité, Bah-bah! En un/not, Bah-bah sera la quintessence de la dialectique, le résumé de toute discussion, le dernier mot de toute science ! Ce même jour, Ho-fi dina avec Bah-bah, du filet de la fouine, relevé de champignons au piment.Ayant si heureusement conquis les bonnes grâces du père, il chercha l’occasion de s’insinuer dans celles de la fille, et manifesta à Bah-bah le désir qu’il avait de lui être présenté.Un jour fut fixé, et dans l’intervalle, Ho-fi recueillit tous les renseignements propres à l’éclairer sur les goûts et les caprices de la charmante Si-finn.Que dirai-je?comme César, il vint, il vit, il vainquit; ou pour parler plus correctement, il vint, elle vit, il vainquit.Sa mise était d’une élégance encore plus recherchée que d’habitude; il avait choisi et assorti avec art les couleurs qu’il savait être les plus agréables à la dame de ses pensées ; sa tunique de soie cramoisie, ornée de riches broderies, était d’un goût irréprochable; son châle aurait suffi pour gagner le cœur d’une Parisienne, et sa Février 1923 k 1 J Grand choix d’instruments: PIANOS, VIOLONS, PHONOGRAPHES, HARMONIUMS, GUITARES, Etc., Etc.Aussi, un beau choix de musique religieuse, classique et profane.Bureaux de l’édition de la “S C H O L A CANTORUM” et du “CONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE,” ce dernier affilié à l’université de Montréal.EDMOND ARCHAMBAULT Enrg.312-316, rue Ste-Catherine Est, MONTRÉAL Les Amusements du l LE FAMEUX ORCHESTRE DU CAPITOL .CAPITOL.se composent ¦ *,4 - s Des Meilleures Vues Animées Disponibles — et — Des Programmes Musicaux de haut genre LES ARTISTES LOCAUX DU CAPITOL «ont Direction J.“J.Shcâ, est tellement connu des îdL Thompson^ ténor amateurs de musique de Montréal qu’il n’a m.Becker, baryton — Mlle Ivy Scott, soprano pas besoin de présentation.Mlle Leila Auger, soprano Tous sont profondément estimés de tous les fervents des programmes musicaux de bonne valeur.UNIVERSITÉ DE MONTREAL COURS DU Conservatoire National de Musique Les Cours du Conservatoire National de Musique ont lieu chaque semaine comme suit: Théorie de la Musique - le Lundi @ 10.30 a.m.Harmonie le Année - - le Mardi @ 10.30 a.m.Harmonie 2e Année - - le Jeudi @ 10.30 a.m.Harmonie 3e Année - - le Samedi @ 10.30 a.m.Pose de la Voix - - - le Mercredi @ 10.30 a.m.Solfège - le Vendredi @ 10.30 a.m.Répétition d’Orcheetre - le Mardi * 0° P*m- Répétition de Chorale - le Jeudi @ 8.00 p.m.Cours Instrumentais par arrangement spécial.A partir du 1er janvier, tous ces différents cours se donneront aussi le soir pour ceux qui ne peuvent y assister dans la matinée Tous les Cours du Conservatoire sont donnés gratuitement et la seule condition d'admission est un examen et une inscription de $5.00 pour toute l’année.Le Conservatoire est heureux d’annoncer l’affiliation d’un orchestre de 45 membres sous la direction de M.E.Chartier, professeur de violon, comme aussi de la chorale Brassard, composée de 185 voix, dirigées par M.A.J.Brassard.Ceux qui désirent faire partie de l’une ou de l’autre de ces deux organisations, seront admis après examen fait par MM.Chartier ou Brassard.Les professeurs du Conservatoire donnent gratuitement aussi des leçons instrumentales de piano, de violon, etc, à tous ceux qui, sur examen, font preuve de talent et lorsque ces derniers ne se trouvent pas en position de se procurer ï < < uca «>n nécessaire, l’inscription de $5.00 pour l’année n’est pas même exigée.Pour inscription et toute autre information, s’adresser à M.O.F.DeVeaux, Secrétaire au Bureau du Conservatoire.312 est, rue Ste-Catherine, Montréal. ; I;.'.,,/ > Monsieur, .• ’ x&r % .- - ¦r; .-V ¦» X Madame, y * ¦ 1» '.J.V 1 st t -.Mademoiselle :- Nos CHAUSSURES et SOULIERS sont très ?I - Si - La - Si - Ré ! ! ! few Venez nous voir à un de nos trois magasins: 341, Rachel Est St-Louis 7700 599,Ste-CatherineEst Est 5188 881, Mont-Royal Est St-Louis 7408 w mcçu ui 7N0VW3 BU (HlEJ&tG .X.LaSallé & Fils ___7 * * i I
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