Montréal qui chante, 1 février 1910, jeudi 10 février 1910
10 FEVRIER 1910 LE NUMERO iO cts.2ième Année No.19 &&&& E - OU - U - HEIN?LA REVUE DU NATIONAL.LE PORTEUB DE DEPECHES.COUPLETS DE L'ELECTRICITE.ILS TRAVAILLENT.SERMENTS.SOUVENIR DE MARINETTE.M.TROTTIN.No.19 Sommaire JOUR DE PETE (Valse) L'ETOILE D'AMOUR APRES L'ORAGE.JE NE PEUX T'OUBLIER LES PETITES CHATTERIES.CHANTECLERC.MONTREAL SUR SCENE. LE PORTEUR DE DEPECHES MONOLOGUE [nterprété par DHENNERY, de "l'Académie." "AUX ARMKS CITOYENS.Les Prussiens sont eu France." Tel est le cri farouche, altéré de vengeance Qui.depuis plusieurs jours, pleure et gronde partout.Dans les fières cité*, tout le monde est debout, Kt les vieux paysans, humant le vent qui passe, Graissent, silencieux, leurs vieux fusils de chasse.I vins un petit village, eu Argoune perdu, L'appel de la patrie, aussitôt entendu, A mis la rage au cœur à tous les gars valides.On les voit pleins d'entrain et de vengeance avides Accourir sur la place où le vieux maire inscrit Les noms des enrôlés, et tous signeut aux cris : " Vive.Vive la France, et mort à l'Allemagne." Et le garde champêtre aussitôt accompagne Chaque nom, chaque cri «l'un joyeux roulement : C'est un soldat de plus pour chasser l'Allemand.Tout à coup un long rire a monté dans l'espace____ C'est uu petit bossu qui traversant la place, S'avance vers le maire tt «lit : Inscrivez-moi.- " Pierrot, gouaillent les gars, Pierrot, c'est pas pour toi.Ne viens pas avec nous, tu nous ferais trop rire." Comme s'il était sourd, le bossu laisse dire____ II veut bien ce qu'il veut, comme tous les bossus.C'est un pauvre gamin de seize ans tout au plus, Tout contrefait, n ayant de bon que son visage, Comme on l'ennuie, il vit tout seul, en vrai sauvage, Avec Brisquet sou chien et sou uuique ami.Un grand chien de berger qui l'escorte aujourd'hui Semblant demander qu'on l'inscrive avec son maître : Pierrot n'a qu'une peur, c'est le garde champêtre, Car il fait une guerre acharnée aux lapins.Nul, comme lui, la nuit, au pied des grands sapins.Ne sait tendre un collet pour y prendre à l'aurore Le lapin étranglé qui s'y débat encore- C'est ta seule ressource : il faut manger enfin.Sans sa chasse, d'ailleurs, la grand'mère aurait faim.Car, en haut du coteau, Pierrot a sa grand'mêre.Pauvre femme qui vit seule dans sa chaumière.Ah.tenez tout difforme et contrefait qu'il est, Ce Pierrot est encore bien meilleur qu'il n'est laid.Les filles, eu passant, raillent son infortune Et comme il court la nuit : ' ' C'est l'amant de la Lune." Disent-elles, il est comme elle, tout pâlot.C'est de là que lui vient son sobriquet Pierrot.N'importe.Il vient, tout fier, bravant la raillerie, Demander en ce jour à servir la Patrie.Rires et quolibets, il n'en a nul souci- Les Français vont se battre, il est Français aussi.Oh, faites-moi partir dit-il de sa voix douce____ Ilelas, sans l'écouter, le maire le repousse, Et le garde-champêtre enflant sa grosse voix, Lui dit: File un peu vite, et si jamais au bois Je te pince à chasser, je réglerai ton compte.Et le pauvre bossu tout rougissant de honte, Tout confus, s'en retourne en murmurant tout bat : " Viens, mon pauvre Brisquet____viens, nous ne comptons pat L'ENROLEMENT Les Prnssieus ont atteint les défilés d'Argonne____ On se bat, du matin au soir, le canon tonne.C'est qu'il faut à tout prix arrêter le vainqueur.Trois bataillons français, la-bas, sur la hauteur, A vingt mille Prussiens depuis hier tiennent tête.Hélas.Il va falloir songer à la retraite____ Car les munitions s'épuisent, et les rangs Bclaircis sout semés de morts et «le mourants.Pendant qne les Prussiens se jetant dans la lutte, Surgissent plus nombreux de minute en minute.Il faut battre en retraite, ou se rendre ou mourir.Ah, qu'ils tiennent encore.Les secours vont venir.Dans le village, à six kilomètres à peine, Une avant-garde arrive, et la-bas dans la plaine C'est tout un corps français qui vient en se hâtant.L'heure presse.Il ne faut pas perdre un seul instant.Le jeune général qui marche à l'avant- garde Vient de commander : halte.Anxieux il regarde Autour de lui, cherchaut un hardi messager.C'est que la mission est pleine de danger : C'est qu'il faut à travers les lignes allemandes, Rampant par les fossés, se glissant par les landes, Sous lea balles, sous les boulets, sous les obus.Aux français qui, déjà là-haut, n'espèrent plus, Porter cette dépêche, espérance suprême : — Tenez.Nous arrivons.Tenez.Tenez, quand même.Le général frémit, il a peur d'échoué*.Il a trouvé des gars prêts à se dévouer____ Mais chacun d'eux a dit, en remuant la tête: — Nous ne traverserons jamais cette tempête, Regardez, général, le trépas est certain, La dépêche avec nous va rester en chemin .Héla» I Ils ont raison, ces gars, eu fin de compte.Leur mort resterait vaine, us reculent sans honte- Et comme il le seut bleu, le chef n'insiste pas, Mais il rouge ses poings.Tout à coup, à grands pas, Tout essoufflés, Pierrot et Bristjuet «jui l'escorte, Accourrent.Le bossu, de sa voix la plus forte S'écrie en voyant le général ravi : — Faut-il monter là-haut ?Général me voici.Mais le chef n'ose pas le croire sur parole : De la part du bossu, cette assurance est folle, Quand il a vu «les gars solides refuser.— C'est la mort, lui dit-il .ne va pas t'abuser____ — Craignez rien, fit Pierrot, Je suis sûr de l'affaire.Juste sur le coteau, j ai ma vieille graud'mère, Je connais le chemin mieux que personne ici.Allons, mou général donnez l'ordre.voici Fit alors ce dernier, déchirant une page De son carnet .Si tu ne meurs pas au passage Tu pourras te vanter d'avoir bien mérité De la France.— ' ' Merci, fit-il avec fierté Cette dépêche doit arriver, je vous jure Moi, qu'elle arrivera, c'est une chose Mire.Voyez, nous sommes deux, général, craignez rien____" Comptez sur mon Brisquet autant que sur moi-même Le général songeait : Le péril est extrême, Ton chien peut y rester fit il en l'arrêtant.Par prudence, d'abord, lis l'ordre et souviens-t'i n.C'est juste, dit Pierrot qui d'un geste rapide Déplia la dépêche et lut d'un oeil avide.Et puis la remettant au collier de Bristjuet.— Voilà mon général, c'est comme si c'était Imprimé, répondit-il.Et ni untenant en route.Et se penchant joyeux vers son grand chien : Ecoute, Murmura-t-il en le caressant de la main : Il faut monter là-haut, tu connais le chemin, Tu sais, c'est le sentier qui conduit chez graud'mère.Allons, Brisquet, allons.En avant pour la guerre.Au revoir, général, dites donc à ces gars QtU je suis uu soldat.' ' Et ses derniers regards Semblaient leur dire à tous : Eh I Là-bas, camarades On est bien plus fier que vous, sans faire de bravades MARTYRS DU DEVOIR Lentement, prudemment, ils allaient, ils allaient.Les balles, les obus sur leurs têtes sifflaient.Va, va, disait Pierrot, et la queue en trompette Brisquet marchait comme un soldat dans la tempête.Tout à coup le bossu s'arrêta brusquement, Il venait de tomber daus uu poste allemand.Que faire?Se cacher?Retourner en arrière?Mais déjà les Prussiens l'avaient jeté par terre E' le fouillaient des pieds au front brutalement, — Quel ordre portes-tu ?dit le chef allemand.Allons, gamin, réponds, et donne-moi cet ordre .Comme Brisquet allait s'élancer, prêt à mordre, Pierrot lui fit un signe, un signe suppliant, Puis le voyant piquer tout droit en aboyant : — C'est vrai, dit le bossu, souriant, bien tranquillement, Je porte un onlre, mais il est fort inutile De le chercher sur moi, vous me fouille/, en vain, Regardez, comme il fait du chemin, Et joyeux, il montrait filant comme une flèche, Brisquet qui s'échappait emportant la dépêche — Feu, cria l'officier.— Vingt balles à la fois Sifflèrent sur le chien fuyant à travers bois.Brisquet tomba, blessé légèrement sans doute, Car secouant l'oreille il poursuivit sa route.Courir à sa poursuite était du temps perdu : Avant qu'on y songeât il avait disparu.Laissez, dit l'officier, il nous reste le maître.Furieux, il revint alors vers le pauvre être.— De la guerre, dit-il, tu doi» savoir les lois.Cet ordre t'est connu : parle ou meurt, à ton choix., Pierrot hocha la tête : — Alors, prenez ma vie, Fit-il très doucement.Prenez* Je vous défie De me faire vous dire autre chose à présent.— Tn parleras, reprit le chef en rugissant — Inutile, Monsieur allez,qu'on me fusille Je mourrai saus regret.Je n'avais pour famille Que grand'mêre et Brisquet.Js suis sûr que demain Le village à grand'mêre assnrera du pain : Peut-être bien aussi qu'une âme charitable Vondra bien à mon chien donner un coin d'étable.C'est tout, monsieur.Allez.J'ai fait mon testament.— Bien, qu'il meure, ordonna l'officier allemand.Et la bande adossant Pierrot an pied d'un hêtre.Déchargea ses fusils sur le corps du pauvre être.APRÈS LA HATAI i.I.l'; Au sommet du coteau, Brisquet est parvenu.I rrftct à lui les héros décimés ont tenu____ On entend reteutir les fiers clairons de France Aunouçant les secours avec la délivrance.Pâle rayon d'espoir en ces jours de malheur, J.a victoire est restée aux vieilles trois couleurs.Les « nul ires de la nuit descendent sur la plaiue, La lune à l'horizon moute grave et sereine Et sa blanche lueure filtre à travers le bois.Tout repose à présent.Mais quelle est cette voix.C'est uu chien qui gémit, il appelle son maître, Il cherche.c'est Brisquet.Tout à coup vers le Où Pierrot agonise, il sélance joyeux____ [hêtre, Il arrive.son maître est bien là sous ses yeux Mais en apercevant Pierrot gisaut à terre, On dirait qu'il comprend le funèbre mystère.Il j -in- vers le ciel un plaintif hurlement, Puis, tout triste, il se met à lécher doucement Le sang qu'il voit couler tout chaud de la blessure.Pierrot rouvre les yeux____et soudain sa figure S'illumine de joie .Au collier «le Brisquet De Brisquet de retour, la «lépêche manquait .— Merci, murmura-t-il merci, la chose est faite.Nous pouvons maintenant, mon vieux, dresser la tête.Nous avons aujourd'hui rempli notre devoir.Le général attend.viens.Il faut le revoir.En ramdant sur les mains, sur les genoux, daus l'herbe, Sur les pierres riant «le ses blessures, superbe D'héroïsme etd'orgeuil, le bossu regagnait Lentement le village — et Brisquet aboyait Et courait et avant, annonçant la nouvelle.Soudain il s'arrêta.—Le pauvre ami fidèle S'apperçut que Pierrot restait sans mouvement.Alors déchirant l'air «l'un long gémissement, Retournant sur ses pas, triste, l'oreille basse, Près «le son pauvre maître, il viut premire sa place.Hélas, blessé luimême, Il oublia son sang Pour étancher celui de son maître expirant- Un régiment passe regagnant le village.Le bossu tressaillit.— " Frappez ferme, courage, Cria t il, ignorant que tout fut terniné, Et vaguant par la fièvre miné- Merci, mon général, de votre confiance.La dépêche est remise.allez." Vive la France! " Ce fut son dernier mot.Sa tête retomba Sur le corps de Brisquet, et Pierrot expira, Bénissant son pays dans son soupir suprême.Mais à sa voix, la voix du général lui-même Avait répondu : halte.Et tout le régimeut Avait été té'noln de son dernier moment.Le général ému regarda la victime Mourant près «le son chien en un groupe sublime : — " Messieurs, s'écria-t-il on levant son képi, Saluons ce héro." Et tout pâle, attendri, Il jeta son manteau sur Brisquet et son maître.— Général, dit quelqu'un, vous oubliez peut-être Qu'avec votre manteau, vous jetez votre croix.— Laissez, dit-il, il l'a gagné au moins deux fois." LA TOMBE DE PIERROT " L'an dernier un beau jour de vacance d'automne, Comme je parcourais un sentier de l'Argonne, Je m'arrêtai pensif devant un monument Dans le rocher français sculpté grossièrement.C'est une tombe avec un drapeau tricolore, Le roc est tout noirci, mais on y lit encore Cette inscription ; " Mil huit cent soixante-dix: A Pierrot, le bossu, tombé pour son pays." Tout rêveur, je fouillai vainement ma mémoire, Mon guide, «le Pierrot me raconta l'histoire, Et comme il achevait son récit glorieux, Tout à coup un grand chien passa devant mes yeux, Boiteux traînant la patte et pourtant fier encore____ Il gagna lentement la tombe tricolore, Et s'annonçant au mort, par un doux grognement, Il s'étendit au pied de l'humble monument." Vous l'avez reconnu, me dit alors le guide, C'est son ami Brisqnet-Quoiqu'il soit invalide, Il vient là tous les jours, en soldat, en ami Parler de la revanche au héros endormi.Rt depuis ce moment, souvent je me demande S'il ne peut pas narguer la menace allemande, Le pays qui produit de tels héros, Et pleurant les martyrs, je maudis les bourreaux* Yxvy SERMENTS ! CHANSONNETTE Interprétée par LAUREL au National PI A SO T p >rrs dûUf rl Ur -« * * ' *- p Rn// Presser M'iijv' LAUREL lii-'.i'it \i M Lus amants Font «les serments l.h! les vils serments Poussière et feuille jaunie * hose morte non finie Uni s en va plus loin f^ftfe*1* Lorsque ton cœur ment formules «I amour qui rte vous prend .,, .[soin?•''' VOiS-tU «le nulle tourments o vttus qu'on prétend sur le sable é«-ri- Dis que désormais tu seras sincère [tes Car Je crois encore aux serments ma Le néant vous guette aussitôt que «lues [chère Au Uel'raiu Au Retrain .sicreei feuille jnu .ni .e.Chose mor.ic non_ fi .-ni .e, Q"i s'en va plus Avec ampleur ^- ' _ ^___ Calm*1 Dim friStC p l.r neani vONi cu«i.le Aiis.hi.tôt nut it*n, ("«•st à toi mon uros eliien eliien. Nouvel Etablissement 320 BEAUDRY L'Etablissement le plus moderne en Amérique SEMAINE DU 7 FEVRIER 1910 )000000»»0«OOC SEMAINE DU 7 FEVRIER IOIO THEATRE NATIONALINATIONOSGOPE direction g.gauvreau direction gauvreau et larosb A-E-OU-U ¦ HEIN ?Emile à des Remords REVUE A GRAND SPECTACLE Par ERNEST TREMBLAY et GEORGES OUMESTRE 60 Personnes en 8cène Les fiançailles à St-Eloi L'arrivée du "Montréal" La Commission Royale Le Palais des Grisantes La fête sur la Montagne CHOEURS, ATTRACTIONS SPECIALES, ORCHESTRE AUGMENTÉ Décors d'actualités par m.Seymour d.Parker Matinée tous i.hs Jours Le spectacle commence à 2% hrsetSX p.m.SOiRBE loc, 25c, 35c, 40c, 50c, 60c, 75c MATINKK IOC, 25c, 5OC, 6CC Comodle - BO uffo DISTRIBUTION : Suzanne.Mme Rhéa Harmant Marie.Melle Verteuil Emile Cournesac.MM.Harmant Calomel.Soulier Zéfirin .Granier EDWARDS (Chansons Illustrces) 7000 Pieds de Vues NOUVELLES ATTRACTIONS DE NEW YORK MATINEE TOCS LES JOURS SOIREE MATINEE ioc, 15c, 25c, 35c, 50c ioc, 15c, 25c, 35c ABONNEZ-VOUS A (Jy^ontml'
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