Prêtres et laïcs, 1 mars 1968, mars
[" MARS 1968 \u2014 VOL XVIII 3 PRÊTRES ET LAICS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE L'HOMME AU TRAVAIL \u2022\tReconnaître le travailleur d'aujourd'hui \u2022\tRegard sur l'odulte ouvrier d'aujourd'hui \u2022 Une prise de conscience des travailleurs à Jacques Grand'Maison du M.T.C.dans un quartier de Montréal Jacques Champagne \u2022 Le M.T.C., une de deux ans Laurent Denis ¦cCr>»/-Tir»ki ex tnuimcrntTinu 1^11 WIOTATinu unwTQtti ni ic Tél.844-1761 i'Rôtisserie C\u201cSI\u201cBON BIERE \u2014 VINS \u2014 SPIRITUEUX Spécialités: Poulet Bar B Q \u2014 Steaks \u2014 Mets canadiens Livraison à domicile Salon privé pour groupe Paul Allaire, prop.815 est, rue Ste-Catherine (près St-Hubert)\tMontréal Hommages Rimouski, Qué.Tél.723-1 2 I 2 Avec les hommages de la Charbonnerie St - Laurent Inc.Huile de chauffage 2620 Notre-Dame TROIS-RIVIERES Tél.FR.4-6221 M O LS ON s// ri* LJieu avec agenouilloire rembourré,coffre ou tablette a livre.A.3 00 $22.50 A.351 Wilus 0 L\u2019ISLETVILLE.QUE.$38.00 OATIAUX action Beauce, Québec, Montréal, Halifax Une gracieuseté de $ \u2014 II \u2014 DUSTBANE Service moderne d'entretien des immeuble! maisons canadiennes produits et matériaux d\u2019entretien des édifices ainsi que les contrats à forfait.465, RUE MARCONI, QUEBEC 8.Qué 683-3760 2068, 55e AVENUE DORVAL, Qué.631-5521 100 chambres avec bain, douche, radio Service d\u2019ascenseur Air climatisé \u2022 Entièrement à l\u2019épreuve du feu HÔTEL ST-LOUIS L.-R.MARTIN, prop.6, rue St-Edmond\tR1MOUSK1, Qué.Téléphone: Réservation: 723-2251 et 723-2385 Sous la même direction: MANOIR ST-LAURENT, Luceville, Qué.m \u2014 m \u2014 PRETRES et LAÏCS Revu* d'apostolat laïc et da pastoral* populaire Comité de direction: Paul-E.Pelletier (dir.) Paul-E.Charland (réd.) Paul-E.Deschênes (pub.) Roger Poirier, o.m.l.Jacques Lemay, o.m.l.Laurent Denis, o m.l.Principaux collaborateurs- J.-M.T.ebeau (St-Jean) R.Maurice (St-Jérôme) G.Laçasse (Ottawa) A.Destnartls (Québec) V.Benfante (Montréal! Guy Laforte (Montréal) Ray.Roy (Vlctorlavllle) Jacques ftrand\u2019Malson Secrétariat- Annette Dumas Prêtres et laïcs veut être un carrefour et un Instrument de travail des prêtres at des laïcs préoccupés de pastorale populaire et d\u2019apostolat laïc, soit Hans les mouvements d\u2019action catholique ouvrière, d\u2019action familiale ou sociale.Avec la permission de l'Ordinaire: Abonnement: *0.50 le numéro $4 00 pour un an $7 00 pour deux ans Rédaction et administration: 1201.rue Visitation.Montréal (24).P.Q Canada.Téléphone: 524-1188 \"Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envol comme objet de deuxième classe de la présente publlca- SOMMAIRE Mars 1968 Vol.XVIII Editorial Famille et travail Paul-Emile Charland.o.m.i.Situation pastorale Présence de l\u2019Eglise dans le monde ouvrier Jacques Bissonnette.ptre Qui est l'homme au travail?Reconnaître le travailleur d\u2019aujourd'hui Denyse Gauthier Regard sur l'adulte ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui Jean-Louis Dion, o.m.i.Promotion par engagement Une prise de conscience des travailleurs à St-Jérôme Jacques Grand\u2019Maison Rita Maurice\t130 Développement du M.T.C.dans un quartier\tde Montréal Jacques Champagne\t139 Témoignages \u2014 Un couple\t144 Une mère de famille\t145 Une équipe d\u2019acheminement du M.T.C.\t146 lo Mouvement des Travailleurs Chrétiens, une expérience de deux ans Laurent Denis, o.m.i,\t148 Réflexions chrétiennes sur une grève Jacques Archibald et Yvon\tLemay 155 Les richesses du passé.sur le Travail Le Rédacteur\t117 Les affaires sont les affaires La Direction\t138 Actualités pastorales\t161 Livres récents\t163 106 107 113 118 \"Frais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie L\u2019Action populaire Ltée, Juliette, P.Q. itoria FAMILLE ET TRAVAIL La famille et le travail constituent les deux pôles de la vie pour l\u2019immense majorité des hommes.Les problèmes de l'un se répercutent sur l\u2019autre, non seulement au plan économique et budgétaire, mais plus profondément encore, au plan psychologique et, par voie de conséquence, sur le plan de la foi.Après donc avoir abordé en janvier quelques aspects de la pastorale familiale, le réalisme apostolique exige que nous ne perdions pas de vue la pastorale du travail.Avec la sexualité, le travail est pour la personne humaine l\u2019activité qui comporte les significations les plus profondes: celles de Futilité et de la valeur personnelle.Celle plus fondamentale encore de l\u2019identité personnelle: \u201cQu\u2019est-ce que tu fais dans la vie?\" Comme la sexualité également, le travail est le lieu de rencontre entre les humains, le lien de solidarité.Par ses implications profondément humaines, le travail est pour le chrétien le terrain privilégié de l\u2019évangélisation.Ou plutôt le travailleur, l\u2019homme au travail.Que nous soyons ouvrier, professionnel, fonctionnaire, tous nous connaissons la loi du travail.Finie, la mystique ouvrière, qui conservait un relent de la lutte des classes.Elle est en train de se dépasser dans une solidarité humaine par le travail.Les chrétiens ne sont pas étrangers à ce changement de mentalité et c\u2019est plus qu'un symptôme que nous croyons percevoir dans cette mutation de la L.O.C.en Mouvement des Travailleurs Chrétiens.iw Paul-Emile CharUmd, o.m.i. PRESENCE DE L\u2019EGLISE DANS LE MONDE OUVRIER Jacques Bissonnette, pire, aumônier de la C.S.N.A un colloque réunissant des prêtres de paroisses ou vrières fl) un participant faisant cette réflexion: \"1,'K glise du Québec aura perdu d'ici peu la classe ouvrière: nous nous retrouverons dans la même situation que l'Eglise de France au début du siècle.\u201d Sans partager totalement l'angoisse de ce pasteur, le jugement qu\u2019il porte sur la situation de l'Eglise en milieu ouvrier nous invite à la réflexion.Il y a des mutations profondes qui s'opèrent dans cette portion de l'Eglise de Dieu.Saurons-nous les discerner et adapter notre action pastorale à ces nouvelles situations?Sans vouloir épuiser le sujet, nous voulons proposer quelques réflexions sur ce défi que le monde ouvrier lance à l\u2019Eglise d'aujourd\u2019hui.L'Eglise a.dans le passé signifié de diverses façqns son intérêt pour le monde ouvrier.Les interventions officielles de la hiérarchie (lettre pastorale, encyclique), la mise sur pied de certaines institutions (syndicalisme, coopération), l'action de prêtres spécialisés dans les questions sociales, l'action catholique ouvrière et les services qu\u2019elle a mis sur pied sont autant de preuves de sa sympathie.Ces actions d'autre part, n\u2019ont pas mobilisé les énergies des pasteurs et des chrétiens au service des institutions ecclésiales.Au contraire des contre-témoignages individuels et collectifs ont hypothéqué lourdement ces efforts généreux.Peut-on rester surpris alors de voir s\u2019exprimer dans le monde ouvrier ties critiques (1) Voir \"Prêtres et Laïcs\", février 1968: Prêtres et laïcs face à la pauvreté.107 parlois violentes vis-à-vis l\u2019Eglise et ses représentants?Peut-on rester surpris de voir le monde ouvrier prendre ses distances par rapport à l\u2019institution ecclésiale qui ne témoigne pas de ce qu'elle proclame et enseigne?Faut-il s'étonner si le monde ouvrier rejette une Eglise dans laquelle il ne s\u2019est jamais senti chez lui?Face à ces transformations, on conclura que l\u2019Eglise est \u201cen perte de vitesse\".11 ne faudrait, cependant, pas succomber à la tentation du défaitisme et abdiquer devant les défis que le monde ouvrier pose aux pasteurs.Certains se surprendront peut-être de voir apparaître des réactions en un milieu que l\u2019on croyait à l\u2019abri des secousses qui ébranlent l\u2019Eglise actuellement.MUTATIONS AU SEIN DE L'EGLISE Or, ces mutations que l\u2019on observe, ne sont-elles pas dans la ligne d'une purification de notre christianisme traditionnel et d'un retour aux sources évangéliques?Le monde ouvrier réagit de plus en plus à toute forme de domination, à toute attitude paternaliste.Les chrétiens de ce milieu veulent être traités en adulte, n'acceptant plus d\u2019être considérés comme des auditeurs soumis et de simples consommateurs des sacrements.Ils refusent un christianisme dilué, édulcoré.Ils veulent eux aussi retrouver un christianisme vrai qui s'inspire des exigences de l'évangile.Les chrétiens de ce milieu souffrent d\u2019une Eglise installée, dont les richesses et la puissance sont sources, sinon de scandale, du moins de propos virulents.Ils comparent le style de vie \u201cpetit bourgeois\u201d d\u2019un trop grand nombre de leurs pasteurs avec la situation d\u2019insécurité dans laquelle ils vivent.Us veulent redonner à l\u2019Eglise un visage plus missionnaire; ils appellent une Eglise pauvre et servante de ceux qu\u2019elle a mission de conduire au Père, une Eglise qui épouse les aspirations de justice, de fraternité, de solidarité qui caractérisent l'âme ouvrière.Ces mutations, même si elles ne rejoignent pas la conscience de tous les pasteurs, ont provoqué des interrogations chez plusieurs.On sent que ça bouge, que l'Esprit est à l\u2019oeuvre.Diverses expériences, en vue de rendre l'Eglise présente au monde ouvrier, ont été tentées.On peut citer entre autres, l\u2019initiative que certains ont prise dans la lutte à ia pauvreté, l'expérience de prêtres vivant en quartier, celle de prêtres et séminaristes ayant vécu en milieu de travail, celles de religieux et religieuses vivant au cœur de collectivités ouvrières.Ces efforts sont fort louables; mais ils comportent des déficiences qui ne peuvent qu\u2019être à la longue, préjudiciables et à l\u2019Eglise et au monde ouvrier.Mentionnons-en quelques-unes qui nous apparaissent évidentes; 108 FAIBLESSES DE NOS EFFORTS I) Il s'agit d'expériences isolées, d'initiatives parsemées.C\u2019est ainsi que l'on soulignera l'action de tel prêtre, de l'équipe cléricale de telle paroisse, etc.II y a peut-être là une part d'inévitable surtout quand on se trouve dans une phase de recherche et d\u2019expérimentation.Mais un moment arrive où à la \"libre entreprise\" de chacun doit succéder un effort de réflexion entre prêtres en vue de définir des orientations pastorales qui seront agréées par l'ensemble des pasteurs.Au lieu de faire bande à part.Je tenter son expérience, il y aurait avantage à coordonner les efforts, à insérer les initiatives dans une pastorale d'ensemble du monde ouvrier.Cette pastorale d'ensemble du monde ouvrier est a faire, à inventer.Elle est la responsabilité de tous ceux qui s mt engagés à quelque titre que ce soit au service des chrétiens de ce milieu Or.n'a-l-on pas ( impression qu'actuellement elle est le souci de quelques-uns dans l'Eglise, qu'un trop grand nombre de pasteurs sont, sinon désintéresses, du moins indifférents face aux nouvelles réalités du monde ouvrier.On ressent l'absence de cohésion, de solidarité entre responsables de la pastorale auprès dc^ travailleurs.il ne s'agit pas de rechercher l\u2019uniformité paralysante, mais tl'être suffisamment préoccupe de travailler en Eglise, de donner I?témoignage de l'Eglise en responsabilité dans ce milieu particulier.Sommes-nous sensibilisés à cette action d'Eglisc, au point de vivre \u201cen communion\" avec tous ceux qui sont engagés dans l'apostolat du monde ouvrier?Sommes-nous soucieux de prendre en charge les initiatives pastorales qui naissent en ce milieu?l e sens de la collégialité, du travail en équipe, de l'action collective nous sied peu.Nous avons à découvrir les interdépendances qui nous relient les uns aux autres, malgré la diversité de nos tâches pastorales.2) Il s'agit d'expériences trop cléricales où les laïcs n'ont pa< été suffisamment associés.La tentation nous guette, comme prêtres, de cJéncaliscr l'Eglise.On se défendra de telles visées.Le laïcat peut, à ce point de vue.nous aider à retrouver une juste conception de l'Eglise, non seulement en théorie, mais aussi au plan de l\u2019action pastorale concrète.Dans les expériences pastorales en vue de rendre présente l'Eglise au monde ouvrier, ce sont des prêtres, religieux ou religieuses qui.selon le cas.en ont été les artisans.Dans quelques cas, on a tenu à consulter les laïcs sur l\u2019expérience qu\u2019on 109 voulait entreprendre.Or, une présence d\u2019Eglise dans le monde ouvrier doit associer intimement le couple \u201cprêtre-laïc\u201d.Sinon, l\u2019Eglise sera encore perçue comme une institution cléricale alors qu\u2019aujourd\u2019hui, on cherche à la présenter comme la communauté des chrétiens, le peuple de Dieu.A moins que le but que l\u2019on poursuive dans ces expériences soit de rendre l\u2019institution accessible aux hommes et de présenter de celle-ci un autre visage que celui sous lequel elle avait été trop longtemps identifiée.On aura alors la présence de l\u2019Eglise-institution en monde ouvrier.L\u2019E-glise-communaulé y sera absente.D\u2019autant plus, qu\u2019aujourd\u2019hui, tout effort pastoral ne peut avoir de résultats durables, sans la participation concertée de tous ceux qui constituent le peuple de Dieu (laïcs, religieux, prêtres).3) 11 s'agit d\u2019expériences qui semblent prendre davantage origine des besoins institutionnels que des besoins de ceux à qui elles s\u2019adressent.A une Eglise omniprésente, nous passons actuellement à une période où I\u2019Eglise-institution devient de plus en plus absente du monde profane.Le milieu ouvrier n\u2019échappe pas à cette constatation.Nos réflexes cléricaux et ecclésiaux nous servent maladroitement dans les changements pastoraux que nous opérons.Nous sommes plus préoccupés d\u2019adapter nos structures, notre système (dans bien des cas, de façon superficielle), plutôt que de mettre en cause nos méthodes et nos approches pastorales.11 ne s'agit pas de déprécier tout le renouveau entrepris dans le domaine sacramentel et liturgique.Mais on peut se demander si nos réformes sont suffisamment radicales.En d\u2019autres termes, sommes-nous plus préoccupés de faire marcher l\u2019appareil sacramentel et ecclésial, plutôt que de rejoindre les chrétiens dans leur vie; plus préoccupés d'assurer la permanence de nos structures, plutôt que de favoriser une évangélisation de la foi?Au lieu de centrer nos préoccupations pour sauvegarder l\u2019institution, n'y aurait-il pas avantage pour nous, à mieux connaître les ouvriers, leurs besoins, leurs aspirations?A rejoindre les chrétiens dans leur vie?A nous laisser enseigner par eux sur les situations concrètes qu\u2019ils ont à affronter?A partager avec eux inquiétudes et angoisses, joies et espoirs qu'ils ressentent?Ne vaudrait-il pas mieux faire surgir la foi de la vie, rendre les chrétiens du monde ouvrier conscients de la présence et de l\u2019action de Dieu dans leur existence? EXIGENCES D'UNE PASTORALE OUVRIERE Ces réflexions que nous venons d'exprimer n\u2019ont d'autre but que d\u2019aider à préciser certaines exigences d\u2019une pastorale du monde ouvrier.Nous voudrions, maintenant, évoquer les principales caractéristiques que la pastorale ouvrière doit comporter aujourd'hui.Nous voulons en souligner trois, à savoir: la pastorale du monde ouvrier doit être missionnaire, être axée sur l\u2019évangélisation et s\u2019associer le laïcat chrétien.A)\tLa pastorale du monde ouvrier doit être missionnaire En ce sens, la pastorale doit suivre le mouvement de l\u2019\u201cIncarna-tion\".Dieu a voulu sc rendre présent aux hommes.Il a pris l\u2019initiative du salut.La mission de l'Eglise consiste à continuer ce mouvement puisque le Christ lui a donné mission de porter la bonne nouvelle aux hommes de toutes les nations.Nous avons à retrouver ce sens missionnaire de l\u2019Eglise, non pas uniquement à l'égard des \u201cpays de mission\", mais aussi à l\u2019égard de notre propre milieu, auprès des chrétiens qui attendent le message de l\u2019espérance et de l'amour.Cela exigera de nous des dépouillements; il faudra nous désinstaller pour aller au monde ouvrier.Ne peut-on pas affirmer que la pastorale du monde ouvrier a jusqu\u2019ici consisté à faire venir le monde ouvrier sur notre terrain ecclésial.De plus en plus, on devra se déplacer et rejoindre les ouvriers là où ils sont, où ils vivent leur vie quotidienne, en terrain profane.D'une situation où nous étions en sécurité, nous aurons parfois l'impression de plonger en pleine insécurité.Peut-être, est-ce cela qu'il nous faut pour nous dépouiller de certains défauts cléricaux: dogmatisme, moralisme, etc.?On rejoindra la vie.On expérimentera avec les chrétiens de ce milieu ce que la vie de la foi exige quand on est confronté aux réalités, défis, inquiétudes de la vie concrète.Notre compréhension du monae ouvrier sera beaucoup plus experimentale que livresque.Nous serons, dès lors, plus attentifs aux hommes, plus sensibilisés aux richesses de l\u2019âme ouvrière.B)\tLa pastorale du monde ouvrier doit être axée sur l'évangélisation Le renouveau pastoral dans l'Eglise a surtout été centré sur la pastorale sacramentelle et liturgique.On peut se demander si ce renouveau a véritablement changé les attitudes, mentalités et comportements des fidèles chrétiens.On leur a rendu plus accessible des réalités qu'ils peuvent davantage apprécier.Mais leur vie de foi rejoint-elle leurs préoccupations quotidiennes?N'est-on pas encore à entretenir un cloison- 111 nement entre le religieux et le profane?Quel effort avons-nous entrepris pour aider les chrétiens du monde ouvrier à faire le lien entre foi et vie?On n'a qu\u2019à voir les quelques rares cellules d'action catholique adulte pour se rendre compte que peu de pasteurs ont le souci, la préoccupation d'une évangélisation à partir de la vie.11 s'agit là d\u2019un travail obscur, d'un lent cheminement, où des chrétiens avec leur pasteur, font revision de vie\tet découvrent l\u2019évangile,\tnon\tcomme un\ttexte, mais comme une vie,\tun esprit qui doit les animer.\tLa présence\tde l\u2019Eglise dans le monde ouvrier, ce sont les chrétiens qui vont la manifester, la concrétiser, dans la mesure où nous les aurons aidés à découvrir l\u2019évangile vécu dans tous les aspects de la vie ouvrière.C) La pastorale du monde ouvrier doit s'associer le laïcat ouvrier On parle beaucoup de participation aujourd\u2019hui à l\u2019intérieur de l'institution ecclésiale.On claironne bien\thaut\tque les laïcs sont l'Eglise, qu'ils sont\tresponsables de l'Eglise\tdans\tleur milieu,\tetc.Mais dans les faits, qu\u2019en est-il?Il faudrait, sans plus tarder, passer des paroles aux actes et donner aux chrétiens du monde ouvrier l\u2019apportunité de participer à part entière à la mission de l\u2019Eglise.Nous les avons cantonnés jusqu\u2019ici dans les tâches administratives, nous réservant tout ce qui concerne l\u2019activité pastorale proprement dite.Certes, dans certains cas, on tient à les consulter.Mais les travailleurs ont vraiment l'impression qu'ils ne sont pas \u201cdans le coup\u201d, qu\u2019on leur présente du tout cuit, que tout est décidé d\u2019avance, qu\u2019on vient \u201cpro forma\u2019\u2019 leur demander leur \u201cplacet\" \u2014 \u201cnon placet\u201d.Ils ne se sentent pas associés à la recherche et à l\u2019effort pastoral que nous entreprenons.Aurons-nous le courage d\u2019aérer nos structures de pastorale?CONCLUSION: une pastorale de milieu En terminant, nous voudrions formuler une double espérance.Nous anticipons le jour où la mission pastorale de l\u2019Eglise s\u2019exercera non plus à l'échelle paroissiale, mais regroupera des ensembles plus vastes à l\u2019intérieur desquels des prêtres du milieu paroissial, des prêtres en situation particulière, des religieux, religieuses et laïcs seront ensemble, chacun à sa manière propre, une présence de l\u2019Eglise missionnaire dans le monde ouvrier.Nous souhaitons que les autorités favoriseront cette mise en place de ces secteurs plus larges d'activité pastorale.Ce ci exigera des personnes capables de travailler ensemble et ayant une théologie pastorale commune sur la mission de l\u2019Eglise en monde ouvrier.112 RECONNAÎTRE LE TRAVAILLEUR D'AUJOURD'HUI Denyse Gauthier Il n'est pas facile de reconnaître le travailleur d\u2019aujourd'hui.C\u2019est tellement vrai, que certains avancent même qu'il n\u2019y a plus de milieu ouvrier dans notre société nord-américaine, ou qu\u2019il tend à disparaître.Ces affirmations sont-elles si vraies?Notre société n\u2019a-t-elle pas plutôt fabriqué de toute pièce un masque qui nous empêche de reconnaître le travailleur, de saisir ce qui fait sa vie de chaque jour au travail, dans la famille, les loisirs, le quartier et qui lui donne un caractère original?Ceux qui nient l\u2019existence d\u2019une situation ouvrière, nous diront que nous ne vivons plus à l\u2019ère d\u2019autrefois, que la situation a bien changé; vovez la famille ouvrière est arrivée à vivre au même standard que les autres: la voiture, le frigidaire, la télévision, des vacances, etc.Deux questions qu\u2019il faut ici se poser: \u2022 A quel prix le travailleur arrive-t-il à se procurer ces produits qui le rendent semblable aux autres?Est-il plus heureux, plus libéré?© L\u2019ensemble des travailleurs vit-il véritablement dans les réalités 1968?LE MASQUE DE LA CONSOMMATION Une publicité bien orchestrée est arrivée à faire entrer une quantité de produits dans la majorité des foyers de notre milieu.Des personnes chargées d\u2019évaluer l\u2019évolution de notre société regardent le nom-hre de télévisions, d\u2019autos, de frigidaires, et jugent que tout va pour le mieux, notre niveau de vie va en s'améliorant.On a regardé des choses et non pas les hommes et malgré un apparent rapprochement, il y a différence de conditions de vie.11J Le travailleur le plus souvent est obligé de prendre sur ces besoins essentiels (nourriture, médicaments) ou encore emprunter, prendre un second emploi, sortir un enfant de l\u2019école, accepter que sa femme travaille, etc., pour se procurer ce que la standardisation des modes de vie l\u2019amène à dépenser.Et c\u2019est cela qui fait toute la différence.Le travailleur qui se procure tout ce que la publicité lui offre est demain plus inquiet, moins heureux et moins libre.Au temps des fêtes de Noël, j'allais dans une famille, inquiète parce qu\u2019on n\u2019arrivait pas à recueillir la somme de $60.due pour le loyer.Le père était en chômage depuis deux semaines.Et pourtant dans cet intérieur fort simple, j'y ai vu télévision, frigidaire et l\u2019auto était devant la porte.Ils étaient semblables, mais différents.LE PASSÉ RESTE PRÉSENT Grâce au syndicalisme surtout, aux lois ouvrières, à l\u2019avancée de la technologie les travailleurs en général ont amélioré leurs conditions (salaire, heures de travail, sécurité, etc.), mais tous les problèmes ne sont pas résolus et il reste que des centaines de travailleurs de chez nous sont restés sur la ligne de départ.Vous ne pouvez pas avoir l\u2019impression de vivre en 1968, dans une société évoluée qui s\u2019est donné des moyens pour améliorer la condition de tous les hommes: \u2022\tquand un père de famille de six enfants, travaillant depuis des années pour la même industrie, vous dit qu\u2019il gagne $68.par semaine.\u2022\tquand de récentes statistiques indiquent que 70% des femmes mariées qui travaillent au Canada ont un mari qui gagnent moins de $3.000.et que ce deuxième salaire est nécessaire pour joindre les deux bouts.\u2022\tquand vous écoutez les conditions faites aux travailleurs, telles qu'elles ont été décrites lors de la grève chez Ayers et de celle plus récente chez Baribeau.En juin dernier, j\u2019assistais au Congrès National de la J.O.C.Ma plus grande impression fut de réaliser que les conditions de travail décrites par les dirigeants actuels du mouvement étaient exactement les mêmes que lorsque je suis arrivée à la Centrale Nationale en 1956.114 Il faut le reconnaître que les travailleurs n'ont pas profite de l'évolution et qu\u2019ils partagent des conditions de travail et de vie d'antan.Sont-ils la majorité?Il est difficile de l\u2019établir.Cependant si on part du fait qu\u2019en général ces travailleurs correspondent au groupe des \"inorganisés\u201d, qui rcorésentent 70% de la force ouvrière au Québec, nous pouvons déduire assez facilement qu\u2019ils sont encore trop nombreux.DÉPENDANCE ET INSÉCURITÉ Dépendance et insécurité sont les deux caractéristiques du monde des travailleurs.Cette dépendance, le travailleur la ressent vis-à-vis d\u2019un travail qu\u2019il doit exécuter comme il est prévu, d'un système économique, politique ou éducationnel qui se transforme et qu'il a peine à suivre, des transformations technologiques, etc.Dans tous ces domaines qui le concernent très étroitement, il n'a pas ou peu de responsabilité et cela crée son insécurité.Regardons maintenant quelques situa'ions vécues présentement dan-, notre milieu et nous pourrons mieux comprendre poumon1 le travailleur c^t dépendant et dans l'insécurité: I.Chômage: Le vendredi 5 janvier 1968, le Centre de la n-ain-d'oeuvre de Montréal faisait savoir que 59,588 travailleurs avaient eu recours à ses services en décembre 1967.soit 2,498 de plus qu'en novembre.On soulignait qu'il y avait 12,000 chômeurs dans l'industrie de la construction et nresqu'autant dans la catégorie des mécaniciens et des travailleurs manufacturiers.Je connais par exemple un travailleur de la construction qui n'a pas manqué de travail depuis 12 ans et qui se trouve maintenant en chômage depuis 3 mois.S'il est vrai que Montréal demeure en general un centre où il est plus facile de trouver un emploi on peut déduire que le chômage a affecté sinon plus fortement du moins également les autres régions de la province.Aux chantiers maritimes de Lauzon par exemple il y a eu dernièrement une mise à pied de 500 à 2.000 travailleurs.Ce matin on annonçait que 40 employés de la voirie provinciale seraient remerciés jusqu'au printemps.Et la situation ne va pas en s'améliorant puisque le 8 février les chiffres, produits conjointement par le Ministère de la main-d\u2019oeuvre et le Bureau des statistiques indiquaient une recrudescence du chômage pour 115 l\u2019ensemble du Canada et en particulier pour le Québec.D\u2019après ce communiqué le taux actuel du chômage a atteint le point le plus élevé depuis 1964.Les chiffres donnés sont déjà imposants et si on les multiplie par 2-3-4 ou davantage selon les personnes à la charge de chaque chômeur on peut facilement évaluer le nombre et la situation des personnes vivant du piètre revenu de l\u2019assurance-chômage.2.\tL'automation: Les travailleurs savent reconnaître que l\u2019évolution technique a eu d\u2019heureux résultats sur leurs conditions de travail, et leur niveau de vie: heures de travail moins longues, opérations plus faciles, création de nouveaux produits et amelioration des autres, facilités de logement, de loisirs, de transport, etc.Bon nombre de travailleurs ont expérimenté que l\u2019automation est devenue synonyme d\u2019insécurité.11 s\u2019agit qu\u2019un patron décide de moderniser son usine ou son bureau pour que la machine prenne leur place, les relance sur le marché du travail sans préparation pour un nouvel emploi.La machine, si moderne soit-elle, n'est pas arrivée à assurer le gagne-pain de tous les travailleurs.Evolue-t-elle en fonction des hommes ou du profit?3.\tLes structures en place: Les organismes politiques, syndicaux pour ne mentionner que ces deux-là, sont en recherche, font de nouvelles expériences pour se situer devant les réalités actuelles de notre milieu.En général, le travailleur veut suivre l'évolution, mais il craint parce qu\u2019il n'est pas suffisamment renseigné, parce qu\u2019il n\u2019a pas ou peu de chance de s\u2019exprimer et surtout parce qu\u2019il n\u2019est pas présent dans les centres de décisions.Les travailleurs, par exemple, ont opté en général pour la réforme en éducation.Mais dans l\u2019application de cette réforme, ils réalisent que beaucoup de choses les dépassent, que les choix à faire sont difficiles et ils restent préoccupés devant l\u2019avenir de leurs enfants.Le syndicalisme dans sa recherche d'un rôle nouveau d\u2019une action et de structures adaptées pour une société en évolution n\u2019est pas sans inquiéter les travailleurs et leur poser des interrogations.Nous avons pu le constater par la réaction des travailleurs lors des derniers conflits ouvriers, de la prise de position ou de l'abstention des Centrales syndicales sur certaines situations politiques et sociales.Pour sa propre organisation, le travailleur a besoin d\u2019être renseigné.de pouvoir s\u2019exprimer et de participer aux décisions.EXPRESSION - INFORMATION - PARTICIPATION Faire que le travailleur puisse exprimer ses réalités de vie.l'informer de l\u2019évolution du milieu où il vit et l'amener à participer aux décisions, voilà ce qui semble essentiel pour la promotion non pas seulement de quelques travailleurs mais de tous.Déjà des initiatives intéressantes ont été prises ces dernières années tant par les organismes gouvernementaux que privés.L'expérience du B A.E.Q., de l'animation sociale, des Comités de Citoyens dans différentes villes, les Comités d'action politique, etc., sont autant d'efforts pour amener le travailleur à prendre en main scs propres problèmes, à changer la situation.LES RICHESSES DU PASSE.sur le Travail Le Revue possède dans son passé des richesses oubliées que nous voulons rappeler aux lecteurs.On peut encore sc procurer ces numéros.Le Toullec, A.f.c.: Travail, sacerdoce, pastorale.1\u2014\tSignification du travail: juin-juillet 1966, p.237-243.2\u2014\tI>e travail: aliénation ou libération, responsabilités sacerdotales: août septembre 1966.p.263 274.Georges, R.f.c.: Les ouvriers interrogent l'Eglise: octobre 1965.P.317 329.Georges, R.f.c.: Une révision de vie en monde adulte ouvrier; novembre 1964.p.365-370.Maurice, Rita: Recherches sur notre monde ouvrier: février 1965, p.53 67 M.T.C.: Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens, ses fondements et son orientation: juin-juillet 1965, p.227 243; août septembre 1965, p.289 307.117 Regard sur l'adulte ouvrier d'auiourd'hui Jean-Louis Dion, o.tn.i.INTRODUCTION I \u2022 H ne s agit pas d'une étude approfondie sur le monde ouvrier adulte.Car la réalité ouvrière est très diversifiée, très complexe et même en évolution.Elle porte le poids du passé et revêt des éléments nouveaux.Si comme pasteurs, nous observons le monde ouvrier d\u2019aujourd'hui, ce n\u2019est pas par souci de science, c\u2019est avant tout par amour, dans le dessein non de juger ce monde mais de le sauver.2.11 ne s'agit pas ici de savoir si les ouvriers forment ou non une classe s\u2019ils ont une conscience de classe, avec ce que cela exige de solidarité, de tradition commune et d\u2019aspirations communes.Il s\u2019agit simplement de savoir s\u2019il existe toujours un groupe social à marque ouvrière distinctive, c\u2019est-à-dire si l\u2019ouvrier se sent \"ouvrier\u2019\u2019 par distinction relative aux membres de', autres couches sociales, et quels sont les traits caractéristiques de sa physionomie.EXISTENCE D'UN GROUPE SOCIAL A MARQUE DISTINCTIVE OUVRIERE Les statistiques nous disent qu\u2019il y a au Québec plus de 900,000 travailleurs répartis comme suit: les travailleurs d\u2019usine et de la construction (environ 60%); les travailleurs des services (environ 25%) et les employés de bureau dans les entreprises de fabrication (environ 15%).Certains pensent cependant que sous l\u2019effet des techniques nouvelles et de l\u2019élévation de son niveau de vie, il s\u2019est produit dans la conscience et le comportement ouvrier un changement tel que l\u2019ouvrier est en train de s'intégrer à la société globale ou du moins à des couches sociales moyennes nouvelles.118 Bien sûr, avec l'avènement de la consommation de masse, le visage du monde ouvrier a changé chez nous.Invités d une part au banquet de la prospérité par le néo-capitaliste dominé par la notion de consommation, constamment sollicités d'autre part par le genre de vie des autres ou par la publicité, les ouvriers n'ont pas résisté à la possibilité de vivre comme tout le monde, de consommer comme les autres.Avec l'augmentation des salaires et du pouvoir d'achat, avec l\u2019accession aux biens de confort, il y a eu évolution considérable, mais la majorité des travailleurs a-t-elle pénétré dans ce \u201cparadis néo-capitaliste\u2019\u2019?Une réalité qu'on oublie trop souvent a été mise au grand jour chez nous: de larges fractions de la classe travailleuse \u2018ubissent encore le phénomène de la paupérisation.On a pris conscience de l\u2019extrême disparité des niveaux de vie et des situations sociales.Nombreux sont, en effet, ceux qui vivent \u201cen marge'' de notre société naissante de consommation.Pensons à ces vieillards économiquement faibles, à tous ces retraités pour qui la retraite est une réduction brutal?du pouvoir d'achat.Ajoutons à cela les ouvriers des secteurs industriels en déclin, des entreprises anachroniques, tous ces ouvriers licenciés à cause des transformations dans l'industrie, tous ces manoeuvres dont le rôle est \"d'effectuer les travaux sales et néniblV.Ft alors la réalité nous apparaîtra tout autre: le nombre grandissant de pauvres, exclus de notre société d'abondance, n'est pas une simple petite frange marginale.\u201cEt puis, disait un sociologue, si l\u2019on examine la situation des ouvriers ayant accédé à un certain standing, on peut facilement se faire illusion.L\u2019erreur, serait de compter les antennes de télévision, car cc sont les signes extérieurs de richesse du pauvre.\" Ce standing, en effet, au prix de quels sacrifices a-t-il été payé?Bien souvent c'est à coup d'heures supplémentaires, au prix d'une accumulation de dettes et de fatigue nerveuse, d'une restriction alimentaire.Pour monter dans le stanJhe social, le monde ouvrier vit souvent au-dessus de ses movens et très souvent s\u2019appauvrit.D'ailleurs cc qui définit le monde ouvrier ce n'est pas sa situation défavorable dans l'échelle de consommation, niais sa situation de dépendance dans l'appareil de production.Autrement dit: le statut social d'un homme ne déeend pas seulement de sa place dans le niveau de consommation 11 dépend surtout de sa place dans l'appareil de production qui met d'un côté \"ceux qui gèrent\" et de l'autre \u201cceux qui exécutent sans gérer\".Ce qui définit la classe ouvrière c\u2019est sa situation de dépendance dans l\u2019entreprise où l'on voit avec évidence une ligne de partage diviser les hommes en \"personnes qui gèrent\" et \u201ccelles qui sont exil® cluses de la gestion\u201d, entre \u201ccelles qui fournissent l\u2019effort productif\" et face à eux \u201ccelles qui en tirent le bénéfice\u201d.Cette dichotomie des structures sociales comporte le sentiment que les ouvriers partagent le sort commun d'une même injustice, parce qu\u2019ils remplissent la fonction du travail productif.Bien plus, pour les ouvriers cette fonction et cette injustice sont liées l\u2019une à l\u2019autre.Pour eux, celui qui fait ce travail productif est pour cette meme raison celui qui subit l\u2019injustice sociale.On les entendra dire: \u201cC\u2019est à nous les ouvriers que cela arrive, à nous qui travaillons \u201cen bas\" et qui nous trouvons du même coup socialement \"en bas\u201d.A partir de là nous tenterons de dégager les traits caractéristiques de l\u2019ouvrier adulte qui nous permettent de saisir l\u2019âme ouvrière c\u2019est-à-dire la source profonde d\u2019où jaillissent les réactions ouvrières.TRAITS CARACTERISTIQUES DE L'OUVRIER ADULTE Contentons-nous de souligner les trois principaux traits, et pour chacun de ces traits caractéristiques dégageons l\u2019aspiration profonde qu\u2019il manifeste, en y ajoutant une courte réflexion d\u2019ordre pastoral.Premier trait: L'adulte est un homme profondément \"marqué par son travail\" Un sentiment d'injustice.Les travailleurs sont particulièrement sensibles aux diverses formes d\u2019injustice qui résultent soit des conditions inhumaines de vie, du rythme du travail, soit du manque de respect dû à toute personne, soit de l'inégalité dans les possibilités d\u2019accéder à l\u2019instruction et à la culture.Ils en souffrent: humainement, car aujourd'hui ils désireraient être instruits; techniquement aussi, car leur manque d'instruction arrête leur promotion; ils en souffrent enfin socialement quand ils ont à dialoguer avec leurs patrons ou quand ils prennent conscience de leur absence aux divers paliers de la société.même si la situation s\u2019est améliorée.11 est certain que cette situation de l'ouvrier sur le lieu du travail s'est améliorée: la discipline, les reglements atténués, les relations humaines changées dans leur forme, la surveillance moins tatillonne qu\u2019au- trefois.L\u2019ouvrier connaît sur le lieu du travail des libertés et des droits ignorés autrefois.Il bénéficie d'avantages sociaux, les salaires sont plus élevés.Tout cela il le doit certes à son action organisée mais aussi à l\u2019action des techniques modernes.une chose reste certaine \u201cC\u2019est qu'en dépit de ces améliorations subsiste une situation d\u2019infériorité, de subordination sociale dans laquelle les ouvriers voient le trait dominant de leur état.\u201cLa situation de travail, avec la subordination et l\u2019infériorité de celui qui la subit, est au coeur de la condition ouvrière.\u201d Les ouvriers se plaignent de \"ne compter pour rien\" parce qu\u2019ils sont des ouvriers.\u201cOn nous considère juste bons pour travailler, pas plus\" dira-t-on à qui veut l'entendre.Cette expression \"ne compte pour rien\" exprime précisément le sentiment indigné de se trouver dans la dépendance et la subordination.A) Caractéristiques de l'ouvrier Ce qui caractérise l\u2019ouvrier aujourd'hui comme hier, c\u2019est la \u201csituation sociale dans le travail\", beaucoup plus que \u201cl\u2019acte de travail\" lui-même.La marque distinctive ouvrière provient moins de ce que fait l\u2019ouvrier que de sa situation de travail.Et l\u2019état de subordination et de déconsidération sont, à ses yeux, les données primordiales de son travail.1) Ce n'est pas \"l'acte de travail\" qui marque l\u2019ouvrier.L'ouvrier d'aujourd'hui est bien différent de celui d'autrefois.Pour le comprendre il suffit de saisir ce que son travail signifie aujourd'hui pour lui.Autrefois la fierté ouvrière distinguait les ouvriers qualifies.Jl.s étaient fiers d\u2019une part de leur savoir-faire et de leur qualification et d\u2019autre part fiers de leur capacité de producteurs.Ils se considéraient comme des piliers dans la société parce qu\u2019ils effectuaient le travail productif.Aujourd'hui pour l\u2019ouvrier le travail est un vide et dans la quasi totalité des cas l'ouvrier n\u2019attribue plus aucun rôle à son travail, si ce n\u2019est d\u2019être pour lui le moyen de se procurer de l\u2019argent.Bien sûr il y a des ouvriers chez qui le goût du travail existe, qui éprouvent un plaisir véritable à faire un travail difficile, exigeant de l'initiative et du savoir-faire.Mais ils expriment en même temps leur insatisfaction du travail qu'il leur incombe d'exécuter et cela à cause de leur situation sociale dans le travail.121 Pour l'ouvrier d'aujourd'hui le travail a perdu sa signification sociale qui lui appartenait dans l\u2019élite ouvrière d\u2019autrefois.Ecoutons les témoignages recueillis par un sociologue (1) auprès d'ouvriers.Ils expriment bien l\u2019essentiel du changement qui s'est produit dans l\u2019attitude ouvrière vis-à-vis le travail.\u2014\tAimez-vous \\otre travail?\"On l'aime parce qu'on est obligé île le faire.'' \"Oui.ça me permet Je vivre.\" \u2014\tVotre travail vous intéresse-t-il?\"Non.\" \u2014\tPensez-vous au travail pendant les loisirs?\"Jamais.\" \u2014\tAux loisirs pendant le travail?\u201cOui, on attend toujours avec impatience I heure Je la sortie.\u201d \u2014\tQuel est le meilleur moment de votre journée?\u201cA la sortie, le soir.\" \u2014\tLe plus mauvais?\u201cQuand il faut se lever et aller travailler, ou quand le patron se met à gueuler.\" 2) Ce qui marque l'ouvrier, c'est sa \u201csituation sociale dans le travail\" c'est-à-dire au sens de rapports sociaux dans l\u2019entreprise, celle du rapport de supérieur à subordonné avec tout ce que cela implique de dépendance, de déconsidération et d'importance sociale.Cette relation de supérieur à inférieur sur le plan de l\u2019entreprise, l\u2019ouvrier la ressent vivement; et la vie quotidienne, à la journée longue, la lui rappelle.L'étau de la subordination lui fait sentir que lui, ouvrier, n\u2019a qu'à se conformer aux dispositions prises par \u201cceux là-haut\u201d, qui ont la qualité de \"maîtres\u201d.L\u2019omniprésence de ce pouvoir qui s'exerce sur lui en cascade de délégations et auquel il n'a aucune part, il le ressent sans relâche et de tous côtés.Ecoutons le témoignage d\u2019ouvriers en réponse à la question: Qu'est-ce qui vous déplaît dans l\u2019usine?\u2014\t\"C'est de recevoir toujours des ordres, mais qu'est-ce qu'on peut y faire?\u201d \u2014\t\u201cÇa ne me dé plait par les ordres.mais je suis bien obligé de plier l'échine.\" \u2014\t\u201cJe préfère un travail où on n'est pas embêté par des hommes qui vous tombent dessus.\" (1) L\u2019ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui, par Jean Lignon et Andrée Andrieux. \u2014\t\"Ça ne me dérange pat les ordres, quand ils sont justes; j'aimerais avoir des responsabilités.\" Les ouvriers en general reconnaissent la nécessite des reglements, d'une discipline.Ce qui soulève leur critique ce n'est pas tellement de se conformer à des ordres que de se plier aux ordres en tout état de cause, alors même qu'ils sont déraisonnables et injustes.Car c'est dans cet abus de pouvoir que se manifeste la situation subordonnée de l\u2019ouvrier.Et c\u2019est elle qui l\u2019irrite.Son langage prend alors un ton chargé d'une souffrance intime, qui exprime celle d'h tmme marqué par sa situation sociale de travail: la déconsidération.Abstraction faite de la différence des gains, à la question.\u201cPensez-vous que l'ouvrier soit défavorisé?\" Voici la réponse d'ouvriers d\u2019usine.\u2014\t\u201cCertauiemen'.On ne comnte va pour cran I chose.ni 'me si ra fait ?0 ans que l'on travaille dans l\u2019usine.\" \u2014\t\"Rien sûr.parce ane de toute façon il est sous les ordres des anfes.Il est obligé de travailler pendant que les autres le regardent.\u201d \u2014\t\"Ça oui, le directeur on l'écoute avec attention, l 'ouvrier a peu de prix.Faut dire que s'il était directeur .on lui dirait tout de suite, monsieur.\" \u2014\t\"Oui.il n'est pas an même niveau que les antres.On ne tient pas compte de nous.\" \u2014\t\"C\u2019a oui.il est mal considéré, on le méprise tm peu.C'est un pauvre diable.I.e directeur, c\u2019est le contraire.\" Aux veux de l'ouvrier la subordination et la déconsidération sont le problème fondamental de son travail.Sa situation sociale dans le travail, au sens des rapports sociaux dans l'entreprise, est donc au coeur de la condition ouvrière.3) Mais la manière dont l'ouvrier réagit en face de cette situation est par ailleurs d'une importance capitale pour toute sa vie.Car c\u2019est elle qui commande toute son attitude devant les problèmes de sa vie.Comment l'ouvrier d'aujourd'hui réagit-il face à sa situation de travail?Les attitudes des ouvriers sont bien différentes à la question posée: \u201cAvez-vous des projets d\u2019avenir?\" On peut les grouper en trois catégories.123 \u2014 Les uns cherchent à s\u2019évader de leur situation de subordonné soit en \"se partant une petite business\u2019\u2019 à leur compte, soit par une promotion dans l\u2019usine ou en dehors de l\u2019atelier.\u2014 D'autres, en désespoir de cause, \u2014 et c\u2019est le grand nombre \u2014 se résignent à leur sort.\"On toffe la brise, on se laisse vivre\" disent-ils.Pour eux aucun espoir de changement de leur situation.\u2014 D'autres enfin militent activement dans leur syndicat et voient dans cette résistance collective et organisée un espoir pour libérer l\u2019ouvrier et changer le régime.Ils consacrent leurs énergies et leurs loisirs à cette cause de libération et de promotion collective.Tel est le premier trait qui caractérise l'ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui: un homme marqué par sa situation de travail, c'est-à-dire, par un sentiment profond de dépendance, de subordination et de déconsidération.B)\tQuelle ASPIRATION se dégage de ce premier trait caractéristique de l'ouvrier?C'est une aspiration profonde à la justice: être considérés et reconnus comme des personnes humaines.En effet quand les ouvriers parlent de leur situation de travail, ils ont l'impression profonde d'être victimes d\u2019une injustice.Pour l\u2019ouvrier la justice a essentiellement une valeur humaine.Pour l\u2019ouvrier la justice n\u2019est pas en premier lieu une question d\u2019argent; c\u2019est une question de rapport entre les personnes.Ne se sentant pas traités dans leur situation de travail comme des personnes humaines libres, les ouvriers en souffrent au plus profond de leur être comme une injustice.C)\tRéflexion d'ordre pastoral.Pour nous prêtres, affectés à l'apostolat en monde ouvrier, la question qui se pose à nous; c\u2019est de comprendre la souffrance ouvrière dans ce qu'elle a de plus intime.Un ouvrier ne s\u2019ouvre pa> à celui qu\u2019il ne sait pas capable de le comprendre.On ne peut pas, en effet, rencontrer l'âme ouvrière si on ne la rejoint pas dans l\u2019impression d\u2019injustice qui la pénètre tout entière.\u2014 connaître l\u2019ouvrier c\u2019e>t en effet le connaître, non en tant que paroissien, mais en tant qu\u2019homme, en tant que travailleur marqué par sa situation sociale dan> le travail.C\u2019est avoir la préoccupation de le rejoindre sous cet angle dans sa vie réelle; car il s\u2019agit de sauver 124 les hommes dans leur vie réelle.Il s\u2019agit pour nous de rejoindre l\u2019action de Dieu au travail dans le coeur des hommes.Et pour cela, devenir missionnaire, devenir l'un d'eux.Pour connaître l'ouvrier, c\u2019est-à-dire, naître à sa vie, à ses souffrances, il faut savoir écouter.C\u2019est un mode de connaissance accessible à tout prêtre.Ecouter avec tout son coeur, tout bonnement, patiemment.Et alors on comprend.Quand la souffrance d'un autre commence à nous faire mal, c\u2019est bon signe.Et quand la souffrance ouvrière sera devenue \u201cnotre\u201d souffrance, on sera alors un vrai pasteur des ouvriers.Deuxième trait: L'adulte ouvrier est un homme \"marqué par la non-responsabilité\" c'est-à-dire par la privation de toute responsabilité.Ce deuxième trait découle de ce que l'on a dit antérieurement.En effet, la situation de dépendance dans laquelle sont maintenus les travailleurs entraîne la privation de toute responsabilité au plan de l\u2019entreprise comme au plan social et politique.En fait, les travailleurs ne sont pas situés pour agir vraiment en responsabilité sur les problèmes qui les confrontent.En théorie, la société leur reconnaît le droit d'être responsables, mais dans la vie concrète les travailleurs peuvent difficilement exercer leurs responsabilités.Notons que des éléments nouveaux viennent aggraver cette situation.\u2014\tLa concentration du pouvoir économique entre quelques mains à des niveaux de plus en plus élevés au-delà du cadre de l'entreprise.\u2014\tLe développement de la TV qui.si elle permet aux spectateurs une participation à la vie du monde par l'image, ne les appelle pas à l\u2019action.\u2014\tL\u2019orientation du régime politique actuel, qui, tout en tenant compte des réclamations des corps intermédiaires, s\u2019en remet de plus en plus dans scs décisions aux mains des technocrates.M Caractéristiques C'est pourquoi un autre aspect de la souffrance des ouvriers vient de ce que l'on ne fait pas appel à leur responsabilité.L'ouvrier adulte est un homme marqué par le manque de responsabilité sur tous les plans.1 ) Au plan de l\u2019entreprise d\u2019abord 125 On constate que les ouvriers en sont venus à penser que celui qui fait le travail productif ne pourra jamais être, dans l\u2019entreprise comme dans la société, qu\u2019un exécutant d\u2019ordres reçus.Ils ne se sentent pas intégrés humainement dans l\u2019entreprise, sans participation à la responsabilité à l\u2019intérieur d\u2019un atelier.La spécialisation à outrance, les méthodes perfectionnées sur l'économie des gestes pour accélérer le rendement avec le manque d\u2019initiative qui en découle, font des ouvriers de simples exécutants au service d'une machine.Ignorant bien souvent à quoi va servir la pièce qu\u2019ils fabriquent, presque jamais consultés sur la marche de l\u2019atelier ou sur les procédés de fabrication, ils ne se sentent pas \"de la partie dans l'entreprise\".Ecoutons quelques ouvriers nous dire ce qu\u2019ils pensent de leur travail en usine: Aimez-vous votre travail?\u2014\t\"Nuit.Parce que celui qui pense est un obstacle.Qui pense autrement que la machine, que le chronomètre, autrement que la règle à calculer, autrement que le directeur, est une gène.\u201d \u2014\t\u201cJ'ai aimé mon travail.Plus maintenant.Dans le temps on a demandé à l'ouvrier du beau, aujourd'hui on demande trop de vitesse.\" \u2014 \"J'aimerais avoir des responsabilités et le soin de les répartir avec des copains.\" Au plan de la cité C'est un fait que I on rencoivr* très peu de travailleurs avec des responsabilités dans les institutions sociales, économiques et politiques.Certes la croissance d\u2019une société se mesure à l\u2019amélioration des conditions de vie, particulièrement de ses membres les plus pauvres, mais elle ne saurait se limiter à ce seul aspect.Ce qui constitue également le progrès, c\u2019est la croissance en liberté et en responsabilité des plus humbles.On objectera que le monde ouvrier manque de culture.Peut-être.Si l\u2019on n'a qu'une conception unique de la culture ou si l\u2019on considère que certains moyens d\u2019acquérir une culture sont encore pour lui hors de portée.Mais il est d'autres signes d\u2019une véritable culture dont il n'est pas démuni: ils se traduisent par une conception vraie de l\u2019homme, de sa dignité, de sa véritable place dans la société.N\u2019est-ce pas cette richesse que nous devons découvrir ensemble à travers toute la vie ouvrière? B)\tAspiration L'aspiration profonde qui se dégage de ce deuxième trait caractéristique de l\u2019ouvrier: c\u2019est un appel à être considérés comme des adultes.Ce que les travailleurs souhaitent c\u2019est avant tout d\u2019être traités comme des adultes, c\u2019est que l\u2019on fasse appel à leur responsabilité.Au fond dans tout ce que nous venons de dire, les ouvriers se sentent traités comme des \u201cmineurs\u201d à qui on demande de la docilité et de l\u2019application; ils ne se sentent pas traités en \u201cadultes\u201d, à qui on demande une vraie coopération dans un partage de responsabilité.C)\tRéflexion d'ordre pastoral Cette aspiration des travailleurs à la responsabilité nous invite, prêtres, à changer notre optique pastorale et nos attitudes secerdotales vis-à-vis les laïcs dans l\u2019Eglise.\u2014\tElle nous invite à considérer les laïcs non comme des \u201caides\u201d, mais comme des hommes qui ont une mission propre et irremplaçable, non comme des hommes qui pourraient nous aider, mais comme des hommes que nous devons aider à faire leur apostolat.\u2014\tC\u2019est de croire à l\u2019apostolat et à la responsabilité des laïcs dans l\u2019Eglise.\u2014\tEt pour cela, se faire serviteurs dans l\u2019Eglise c'est-à-dire devenir \u201cpauvres\u201d dans l\u2019Eglise.Car avoir le sens de la pauvreté pour le prêtre, c\u2019est travailler à ce que les richesses, les possibilités, enfouies et souvent ignorées dans le monde des travailleurs, soient mises en valeur même chez les plus écrasés en apparence.Alors seulement pourront surgir de son sein les apôtres qui seuls, totalement, seront capables de planter l\u2019Eglise dans le monde des travailleurs.\u201cEtre pauvre pour un prêtre\u201d, se faire serviteur dans l\u2019Eglise, c\u2019est croire à la valeur irremplaçable d\u2019un laïcat ouvrier missionnaire.Troisième trait: L'adulte ouvrier est un homme \"marqué par la solidarité\u201d A) Caractéristique Quiconque est quelque peu attentif à la vie ouvrière sera fort impressionné en même temps qu'édifié par la solidarité dans ce monde ouvrier.Chez les travailleurs la solidarité est chose normale, quelque chose de spontané, qui ne se commande pas.Sans arrière pensée, sans calcul, elle est une forme d\u2019amitié toute simple, franche et directe.127 Elle se traduit dans la vie quotidienne.On est entre copains.L\u2019un est-il dans le besoin, alors on l\u2019aide.Aujourd\u2019hui c\u2019est lui; demain ce sera moi.Mais on ne rend pas service pour en attirer un autre.On s\u2019aide tout bonnement, spontanément.C\u2019est un mouvement du coeur qui ne calcule pas.Elle s\u2019exprime dans le quartier entre les familles où l\u2019on se visite facilement par simple amitié.Dans le besoin on rend volontiers service, et l\u2019on sait faire plaisir également en acceptant un service.Dans le milieu de travail elle se traduit par l\u2019entraide et l\u2019action commune.Cette amitié collective des ouvriers, autrement dit la solidarité ouvrière, est une caractéristique du milieu ouvrier.Est-ce à dire qu\u2019elle soit parfaite?Loin de là.H y a dans le monde ouvrier de l\u2019égoïsme et de l\u2019individualisme.Dans notre province elle est menacée par un désir exagéré de confort et de promotion individuelle.C\u2019est surtout dans l\u2019action commune que la solidarité n\u2019est pas toujours évidente, qu\u2019elle est battue en brèche.Chez beaucoup, elle est passagère: elle est ressentie à l\u2019occasion d\u2019injustice flagrante, de négociations ou de grèves pour s\u2019effriter le plus souvent quand ces situations disparaissent.Mais chez la majorité, elle est latente, elle subsiste et lorsque l\u2019occasion lui en est donnée, elle se manifeste de façon magnifique.Cette solidarité, cette amitié collective s\u2019explique par la situation «ouvrière elle-même.Tout en effet dans la vie de l\u2019ouvrier l\u2019invite à la solidarité.La misère des autres, il la connaît lui-même par sa propre expérience.Il connaît les difficultés de se trouver sans emploi, les risques du chômage, l\u2019angoisse des dettes qu\u2019on ne peut pas rembourser.Soumis aux mêmes besoins, en butte aux mêmes difficultés, souffrant des mêmes injustices, il est normal que dans le monde ouvrier on ressente davantage l\u2019impuissance de la solitude et le besoin de se serrer les coudes.B) Aspiration L\u2019aspiration profonde qui se dégage de ce troisième trait caractéristique, c\u2019est l\u2019espérance ouvrière.Nous ne pouvons pas comprendre le monde ouvrier, ni surtout les militants ouvriers si nous n\u2019avons pas découvert la place que tient dans l\u2019âme ouvrière l\u2019espérance d\u2019un monde meilleur, cette espérance humaine, non pas individuelle mais collective.En effet, cet effort accompli par le monde ouvrier pour assurer sa promotion collective trouve sa source dans cette espérance humaine, collective.Unie à la solidarité cette espérance est une source de générosité, de dévouement de don de soi extraordinaire.Difficilement on se rend compte de la générosité et de l\u2019esprit de sacrifice qui sont nécessaires aux militants pour tenir.Savons-nous apprécier suffisamment la valeur de l\u2019espérance ouvrière, ce dynamisme de la solidarité?128 C) Réflexion d'ordre pastoral Compte tenu de ce que nous venons de dire, nous pouvons saisir, nous prêtres, qui voulons travailler à l\u2019évangélisation du monde ouvrier, à quel point nous devons être attentifs à la solidarité et à l\u2019espérance ouvrière.On trouve, en effet, dans cette solidarité et cette espérance des pierres d\u2019attente de grande valeur pour l\u2019évangélisation.Nous avons là un autre aspect de notre tâche essentielle: Etre un artisan d\u2019unité, un rassembleur dans la fraternité et la filiation: unir les hommes entre eux et avec Dieu.C\u2019est bien là notre vocation sacerdotale spécifique.\u201cEn effet notre travail de prêtres, c\u2019est d'aider les chrétiens à découvrir et à réaliser pleinement leur vocation originale de laies.Pour eux comme pour nous, la sainteté consiste à répandre à ce que Dieu attend d\u2019eux, dans leur état de vie providentiel.\u2019\u2019 (Semaine Religieuse de Lille, juin 1962.) Pour des ouvriers chrétiens cette vocation originale consiste à être présents au monde; présents chrétiennement; être présents solidairement.Et notre rôle sacerdotal, c\u2019est d\u2019être \u201cArtisan d\u2019unité\u2019\u2019 auprès d\u2019eux, en les aidant: a)\tà \u201cêtre présents au monde\u201d, c\u2019est-à-dire à découvrir ce réseau complexe des relations humaines dans lequel ils sont insérés.Car la forme la plus haute d\u2019amour consiste à \u201cêtre avec\u201d à partager loyalement le même destin.La tentation consiste à s\u2019en évader.b)\tà \u201cêtre chrétiennement présents\u201d.Pour que leur présence soit un témoignage évangélique, il faut que leur vie soit à la fois semblable à celle de leur entourage et différente par leurs refus du péché mais surtout par la foi et l\u2019amour.Donc les aider à faire le lien entre leur foi et leur vie, entre l\u2019action pour la promotion collective et le Royaume de Dieu.c)\tà \u201cêtre solidairement présents\" c'est-à-dire en Eglise, en soudant l\u2019équipe dans l\u2019amitié du Christ.Car il s\u2019agit de porter devant tous le témoignage de charité et d\u2019unité des chrétiens dans le Christ.C\u2019est là la volonté du Seigneur.\u201cPère, qu\u2019ils soient un, afin que le monde croie.\u201d Telle est la mission du Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) dans le monde ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui.Ces traits caractéristiques de l\u2019ouvrier d'aujourd\u2019hui sont comme des appels qui nous sont adressés.Puissions-nous répondre à ces besoins immenses du monde ouvrier d\u2019une part, du Christ et de l\u2019Eglise d\u2019autre part.129 A Saint-Jérôme UNE PRISE DE CONSCIENCE DES TRAVAILLEURS Jacques G rand'Maison et Rita Maurice Une petite ville de 35,000 habitants, St-Jérôme, située à 30 milles au nord de Montréal, connaît actuellement une situation économique déplorable.Une usine a changé sa production, résultat: plus de mille ouvriers mis à pied.Une autre diminue constamment sa pro-duction.également plus de mille employés sont remerciés.Nous sommes devant l\u2019effarante réalité d\u2019un taux de chômage de 25%, soit plus de 3,000 chômeurs actuellement.Les salaires, selon les statistiques du Gouvernement fédéral, sont de $69.59 par semaine, ce qui est la moyenne la plus basse du pays.Une enquête réalisée par le M.T.C., en 1964 établissait que 30% des pères de familles de la région avaient un salaire inférieur à $60.00 par semaine.20% travaillaient plus que 55 heures par semaine et 70% n\u2019avaient aucune sécurité d\u2019emploi.Durant une dizaine d\u2019années, soit de 1950 à 1960, les grèves se suivirent à un rythme de plus en plus accéléré.Elles révélaient la détérioration progressive de la situation.A ces occasions, les travailleurs alertaient l\u2019opinion publique sur les différentes causes d\u2019un drame qui s\u2019étendait à toute la région.Peu à peu les chefs ouvriers débordaient les questions de leurs locaux d'union et devenaient les artisans d\u2019une conscience régionale.Evidemment, on ne manquait pas de les accuser de semeurs de désordre.Vivant dans une insécurité grandissante, les travailleurs ne pouvaient pas attendre passivement des lendemains meilleurs.Pendant quarante ans, ils s\u2019étaient tus et rien n\u2019avait changé.Comme prévue, la tragédie décrite plus haut arriva.no LE REVEIL DES TRAVAILLEURS Ordinairement, les changements, les révolutions sont accomplis par un leadership venant du milieu bourgeois.Les classes pauvres ne peuvent pas se payer le luxe de dépenser des énergies en dehors des efforts de survivance.D'où vient le réveil collectif actuel que l'on peut constater dans la région de St-Jérôme?Les divers milieux sociaux de la ville semblent vouloir sortir effectivement du marasme socio-économique.Déjà on met en place des dispositifs de restructuration.Les leaders de ce qu'on peut appeler \"de la petite bourgeoisie\u2019\u2019, voulurent prendre en main la situation en mettant en veilleuse le rôle-clé joué par le leadership populaire pour éveiller une conscience régionale et une volonté de promotion collective.Certains d\u2019entre eux tenaient même le monde ouvrier pour le premier responsable de la détérioration progressive de l'économie locale.On comprend alors leur politique qui consiste à tenter des réformes par-dessus la tête des travailleurs, tout en consentant par ailleurs, à intégrer quelques leaders ouvriers dans les cadres de réforme pour ne pas sc les aliéner.Ce n\u2019est pas tellement le sort déplorable du monde prolétaire qui suscite cette action d\u2019ensemble, que les contrecoups d\u2019une industrie périmée, sur les commerçants et les professions libérales de la communauté locale.A St-Jérôme, pendant longtemps, on a tenté de faire taire les chefs ouvriers, parce qu'ils nuisaient, disait-on, à la bonne réputation de la ville.Il fallait cacher les problèmes, sinon les industriels ne viendraient pas s'installer.Peu importaient la misère de milliers de familles et leurs besoins urgents, on devait tout sacrifier à la tranquillité des nantis.Mais voici qu'un leadership populaire naissait au sein de conflits de plus en plus nombreux et profonds.On le perçoit encore aujourd\u2019hui davantage comme un facteur de régression, que comme le démarreur véritable de la prise de conscience de l'ensemble de la population et des divers agents sociaux, économiques, politiques ou autres.EMERGENCE D'UN LEADERSHIP POPULAIRE a) Un monde ouvrier aliéné Pendant des années, la plupart des ouvriers de St-Jérôme ont été à la merci de conditions inhumaines de travail.Des dizaines d\u2019entre eux 131 attendaient durant des semaines le.coup de téléphone de la compagnie qui les appelait au travail quand elle avait besoin d\u2019eux.Ceux-ci restaient sur place, parce qu'ils voulaient garder la seule protection du travailleur non qualifié: son ancienneté.Plusieurs familles ont connu ce cercle vicieux de père en fils.Ils se transmettaient leur misère sans pouvoir en sortir ou choisir autre chose.L'immigration d\u2019un monde sous-prolétaire venu du Nord contribuait à maintenir les salaires très bas et à fournir un surplus de main d\u2019oeuvre très profitable pour les employeurs qui pouvaient faire \u201cchanter\u201d leurs employés insatisfaits.Mais ce milieu de travailleurs écrasés et sans espoir allait bientôt produire ses propres leaders.Pourtant ils ne pouvaient compter sur une majorité de travailleurs qui restaient apeurés, atteints dans leur sécurité psychologique et prêts à toutes les concessions.b) Une première collaboration En 1963, alors que 2 usines entrèrent en grève en même temps, ce fut une occasion unique de collaboration et de prise de conscience d\u2019une situation économique qui débordait les cadres d\u2019une seule usine.Quelques rencontres informelles permirent d\u2019alerter l\u2019opinion publique par les journaux, de secouer une politique municipale léthargique, de favoriser des échanges entre les grévistes des deux usines.Une grève dura 5 mois.Un comité de travailleurs de différentes usines prit naissance et commença une série d\u2019actions collectives: services de secours, quêtes aux portes des églises, articles dans les journaux, cours, enquêtes sur les conditions des ouvriers de la localité, visites au conseil municipal, etc.11 s\u2019agissait ensuite de mieux équiper les leaders qui pointaient à même ces situations, un collège ouvrier fut organisé, en collaboration avec les centrales syndicales.11 n\u2019était pas question de cours, mais d\u2019une auto-éducation collective: apprendre à se défendre, à persuader, à entraîner les autres, à faire passer la promotion collective avant tout.Mieux saisir les mécanismes de la vie en groupe, les formes possibles de solidarité, d\u2019action commune.Mieux connaître, non seulement les rouages syndicaux, mais aussi les fondements du système économique qui les étouffait.Enfin, se préparer à des campagnes bien orchestrées pour éveiller une conscience collective chez les ouvriers et pour faire connaître leurs véritables problèmes.132 c) Plus avant dans le problème Le même comité cité plus haut, en lien avec le M.T.C., décide donc de mener une vaste enquête auprès des travailleurs de la région, syndiqués ou non sur les salaires, la sécurité, l\u2019organisation syndicale, etc.L\u2019enquête fut faite par contacts personnels et la presque totalité de la population active fut rejointe.A chacune des réunions, les membres revenaient avec de nouveaux chiffres.Ils touchaient du doigt les problèmes les plus cruciaux et prenaient une vive conscience de la détresse d\u2019une majorité d'ouvriers laissés à eux-mêmes sans défense et sans voix.L\u2019engagement de plusieurs membres remonte à cette période de découverte vitale des situations concrètes et de leurs conséquences désastreuses dans la vie des travailleurs.A titre d\u2019exemple, un travailleur d\u2019une usine participe au M.T.C.depuis 3 ans.Au début, il se sentait incapable de faire quoi que ce soit dans son milieu de travail.Tous ses camarades vivaient dans un climat tendu, craignaient les représailles déjà nombreuses.Le travailleur cité plus haut apprit au comité comment aborder ses compagnons d\u2019usine pour les amener à faire face à leurs propres problèmes.Après deux ans, ses efforts patients portaient fruit.Le milieu était prêt à rencontrer un permanent syndical et procéder à l\u2019affiliation à une des centrales.Pendant tout ce temps, il a essuyé représailles, mise à pied, menaces.De plein accord avec sa famille, il a tout risqué pour ses frères travailleurs.Un tel engagement ne se prend pas sans des motivations profondes.Le M.T.C.en était la source.C\u2019est là que ce travailleur, comme tant d'autres, a appris à s\u2019investir totalement dans le service de la promotion des plus pauvres.PARTIR DE IA BASE Un leadership populaire ne naît pas dans les super-structures, même les plus démocratiques.Il a besoin de prendre consistance sur son propre terrain, à même son dynamisme particulier.Souvent, on en arrive à un consensus collectif qu\u2019en favorisant des regroupements informels polarisés autour de besoins particuliers, de centres d\u2019intérêt gratuits et d\u2019objectifs partiels.Les leaders de la base savent mieux que tout autre ce qui intéressera leur entourage et les mettra 133 en marche.Longtemps trompés et exploités, les milieux prolétaires flairent facilement tout indice de domination, de manipulation, de paternalisme.On s\u2019en rend compte surtout à travers leurs leaders qui expriment plus lucidement cette aliénation.Par exemple, dans une usine, les patrons ont été surpris de la fin de non-recevoir que les ouvriers ont manifestée, à l\u2019occasion d\u2019une requête pour le travail continu.La compagnie disait qu\u2019elle avait absolument besoin du travail dominical.Après avoir fait du travailleur un robot pendant des années, on est surpris de le voir si peu attentif à une demande de collaboration, à une tentative de dialogue.Voilà comment un système aliénant se condamne un jour ou l\u2019autre à perdre même l\u2019unique efficacité qu\u2019il a cherchée: le profil par tous les moyens, fût-ce au prix de la destruction de toute dignité humaine.Tout ce qui précède nous aide à saisir la portée de cette expérience d\u2019enquête conçue et réalisée par des leaders ouvriers de la base sans interférence prématurée de l\u2019extérieur, même des superstructures syndicales.Aucune recherche de spécialistes ne les aurait autant motivés à une action collective d\u2019envergure.Ils avaient accès à tous les travailleurs de par leur statut semblable, leur langage, leur désintéressement, leur sympathie fraternelle, leur compréhension spontanée, leur capacité d\u2019empathie, leur colère de révoltés, leur volonté de promotion collective.Ils ont acquis la conviction que la justice ne peut venir que de la conscience des plus exploités, qu\u2019une société vraiment humaine doit s\u2019organiser en fonction des plus petits.Dans leur enquête, les travailleurs ont constaté que la loi du \u201csalaire minimum\u201d n\u2019était pas respectée, que plusieurs employeurs refusaient de payer temps et demi pour les heures supplémentaires, que 33% des chefs de famille vivaient dans une complète insécurité ayant un salaire de $60.00 ou moins par semaine.D\u2019autres gagnaient $75.00 ou $80.00 en faisant jusqu\u2019à 70 heures de travail par semaine.Cette enquête a nécessité de nombreux contacts.Sans s\u2019en rendre compte, ils éveillaient l'intérêt et l\u2019espoir de beaucoup de travailleurs du milieu.Ils préparaient une conscience régionale et des offensives autrement plus percutantes. Quand les résultats parurent dans les journaux ,on ne s\u2019émut pas en haut lieu du sort tragique de cette masse prolétaire majoritaire, on cria plutôt à l\u2019exagération, à la mauvaise réputation qui en découlerait pour la ville, au climat révolutionnaire que cette révélation pouvait créer.Les mieux pourvus prirent peur et firent l\u2019impossible pour étouffer l\u2019affaire.Le monde ouvrier commençait à faire bloc, à se mettre en marche et on en avait peur.DES LEADERS ANIMATEURS En 1966, les trois usines les plus importantes eurent à tour de rôle un arrêt illégal de travail.Des membres du M.T.C.jouèrent alors un rôle d\u2019animation admirable, durant cette période.Il est à remarquer ici qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de questions de salaire, mais de prise de conscience d\u2019une situation inhumaine qui durait depuis trop longtemps.Ces arrêts de travail ont fourni aux travailleurs l\u2019occasion de créer un nouvel esprit de solidarité, d\u2019entr\u2019aide, de respect mutuel, de justice.Dans les séances d'études, les travailleurs s\u2019ouvrirent aux difficultés ouvrières des autres usines.Puis ce fut la marche sur l'Hôtel de ville, des pressions dans l\u2019opinion publique en vue d\u2019une action plus efficace pour relever la région d\u2019un marasme sans cesse croissant.UNE EFFERVESCENCE COLLECTIVE D\u2019autres grèves éclatèrent dans la région.Le comité se mit en fiais de créer un réseau d\u2019appui et de secours mutuels.11 y eut entr\u2019aide, indépendamment des allégeances syndicales, ce qui ne s\u2019était jamais vu auparavant.Bientôt les esprit étaient prêts à une manifestation régionale pour ¦créer une fois de plus la misère des milliers de prolétaires écrasés par le coût de la vie et des conditions inacceptables de travail.Mille travailleurs défilèrent dans les rues de St-Jérôme, avec ordre et dans un silence lourd de signification.A la fin quelques orateurs prirent la parole et soulignèrent l\u2019état d\u2019urgence des conjonctures économiques de la région.Pour la première fois, un nombre considérable de personnes acceptait de se compromettre risquait les représailles et poursuivait un objectif régional.Plus tard le Conseil d\u2019Orientation Economique du Canada confirmait que nous étions dans une région tragiquement sous-développée et Uâ sous-équipée.Des démarches commencèrent auprès des divers ministères gouvernementaux par la Commission industrielle afin d\u2019obtenir que la région soit zone désignée, ce qui signifie appui financier gouvernemental aux usines qui viennent s\u2019établir, etc.Les délégués furent surpris de trouver une oreille aussi attentive en haut lieu, les efforts courageux des travailleurs avaient préparé le terrain.ET MAINTENANT ?a)\tau plan politique Les travailleurs se sont vite rendu compte que tout avait un lien avec la politique, aussi ils ont mis sur pied des cours pratiques d\u2019éducation économique et politique, spécialement pour eux, adaptés à leur mentalité, à leur façon de travailler qui part de la vie.Mieux équipés, les travailleurs pourront ,avec le temps, faire entendre la voix, les besoins de leurs semblables aux différents plans: municipal, provincial et fédéral.b)\tau plan recyclage Malgré certains efforts faits par les gouvernements provincial et fédéral pour faciliter le recyclage des travailleurs, des lacunes sérieuses subsistaient: cours non adaptés, matières inutiles, manuels périmés, cours qui ne débouchent pas sur le travail, manque de conseillers en orientation, etc.Un comité s\u2019est formé parmi les travailleurs du recyclage et de nombreuses démarches furent entreprises afin de faire améliorer ces cours que des travailleurs de plus en plus nombreux devront suivre afin de se réadapter à un travail différent.Ce furent tour à tour des rencontres avec le conseil de ville, les officiers du Ministère du Travail et de la main d\u2019oeuvre, les responsables de l\u2019éducation permanente de la région, etc.Malgré de nombreuses promesses, les résultats se faisaient attendre, c\u2019est alors que les cinq travailleurs du comité de recyclage décidèrent de rédiger un mémoire qui Lrait connaître publiquement leurs démarches et leurs demandes.Ce mémoire fut rendu public et endossé par les participants à un congrès de travailleurs organisé par le M.T.Ct Journaux, radio, télévision, tous les moyens de communication ont repris les recommandations du mémoire par les travailleurs eux-mêmes.% 136 Actuellement les responsables de la commission scolaire régionale ont accepté le plan d\u2019études que ces travailleurs ont proposé.La réponse attendue viendra du gouvernement.Quand à la collaboration des travailleurs, elle est assurée par le travail d'animation du comité de recyclage, qui est décidé d\u2019aller jusqu\u2019au l>out, en sachant que le sort de milliers de travailleurs dépend de cette action de base.c)\tau plan de la consommation A l\u2019occasion des recherches faites par le M.T.C.un autre besoin s\u2019est fait sentir: celui d\u2019une éducation financière.En un sens plus large, on pourrait dire éducation du consommateur.En collaboration avec les Caisses populaires (banques, genres cooperatives.ces cours d\u2019éducation financière seront bientôt mis sur pied, quatre travailleurs font partie de ce comité.d)\tau plan de l'animation Un comité d\u2019animation sociale prépare une session afin, non seulement d\u2019éveiller les principaux leaders des différents organismes aux Droblèmes de la région, mais surtout pour les convaincre de l\u2019importance d\u2019une animation continuelle dans le milieu.RECONSTRUCTION COMMUNAUTAIRE Tout n\u2019est pas fait à Saint-Jérôme, mais les efforts entrepris de tout côté nous permettent d\u2019espérer beaucoup.Même si le bloc des industriels n\u2019est pas encore entré dans ce mouvement communautaire, même s\u2019il y a des tensions véritables entre la commission industrielle et les travailleurs, une première étape est franchie.Maintenant les travailleurs iraternisent plus facilement entre eux et ils ont été les ferments de ce réveil communautaire.Des échanges se font plus facilement entre les travailleurs.Après ce long moment de contestation nous entrons dans une phase de reconstruction.Celle-ci se réalisera par une collaboration de plus en plus grande entre les différents responsables par un courage sans défaillance de la part de ceux qui ont commencé ce travail et par une réponse positive de la part des autorités gouvernementales.Des militants du M.T.C.de la région ont été parmi les éléments les plus actifs à l\u2019intérieur de cette mise en branle de toute une region sous-développee.Nous nous sommes limités à décrire de façon la plus objective possible cette page d\u2019histoire ouvrière Le lecteur pourra facilement lire entre les lignes ce qu\u2019il a fallu d\u2019éducation et d\u2019animation pour en arriver à une telle évolution.L\u2019expérience vitale qui a pris corps durant plusieurs années déborde toutes les expressions que nous pouvons en donner.Nous espérons n\u2019avoir pas trahi les faits, ni leurs auteurs.Mais nous savons que la vie sous-jacente est beaucoup plus riche que cette analyse forcément succincte.Rien qu\u2019au plan des valeurs humaines et chrétiennes vécues par ces ouvriers, il y aurait matière à une très longue étude.Nous escamotons si rapidement la réalité des faits pour \u201cphilosopher et théologiser\u201d.Avant de sauter aux interprétations gratuites et faciles, il faut accepter de regarder et d\u2019assurer la vie à l\u2019état brut.C\u2019est à ce niveau que l\u2019évangile devient simple, profond et très réel .à ce niveau aussi que le Dieu caché, le Seigneur incognito révèle son vrai visage.\u201cJ\u2019étais nu et vous m\u2019avez vêtu .mais oui c\u2019était moi.\u201d Les affaires sont les affaires Prêtres et laïcs, nous connaissons tous également l'inexorable loi de l'argent.C'est une expérience que nous vivons et qui nous rapproche les uns des autres.Expérience humaine que celle d'un budget qui ne boucle pas; il faut alors en chercher les causes objectives et les solutions les moins dommageables.En 1966, la Revue totalisait 441 pages de texte; l'an dernier, 1967, la page finale portait le folio 532.Pendant ce temps, depuis 1958 (sic) le prix de l'abonnement est resté le même, à $3.00 par année.Nous devons donc, à partir du 15 mars, augmenter de $1.00 le tarif de l'abonnement.\u2014 Numéro isolé .50 \u2014 Abonnement d'un an\t$4.00 \u2014 Abonnement de deux\tans\t$7.00 Malgré cette légère augmentation, nous devrons encore compter sur la générosité de nos amis.LA DIRECTION 138 Développement du M.T.C.dans un quartier de Montréal Jacques Champagne n s'agit d'un quartier très ouvrier et même d'un des plus défavorisés de Montréal: la Pointe St-Charles.Ce quartier comprend deux paroisses.De fait.le développement du M.T.C.dans ce quartier gravite autour de la paroisse St-Jean, puisque huit des onze couples qui sont présentement dans ce mouvement, sont de cette paroisse.Un couple demeure dans l'autre paroisse, les deux autres n\u2019étant pas de la Pointe.Ces pages sont trop courtes pour raconter toute la vie des équipes du M.T.C.et toute l'évolution des personnes dont il est question.Cette histoire serait pourtant beau coup plus riche, qui raconterait la vie du monde ou vrier, l\u2019effort de pénétration et d'influence chrétienne de quelques militants ouvriers, leurs succès comme leurs é checs, le rôle qu'a pu y jouer le M.T.C., etc.Bien sûr.il y sera fait allusion en passant.Mais l'objectif est au tre: décrire comment le M.T.C.est né et comment une première équipe est devenue trois équipes.C'est une mo nographie plus qu'autre chose.Etant membre d'une équipe du M.T.C.de ce quartier, il m\u2019a été possible de rédiger ces notes.Je l'ai fait, tou tefois, avec la collaboration particulière du Père Ugo Benfante, aumônier de deux des trois équipes, et aussi celle de quelques-uns des responsables actuels.Au point de départ On est à l'automne 1963.A la paroisse St-Jean.dans la Pointe St Charles, travaille une équipe de prêtres qui croit au laïcat et en particulier aux tra vailleurs, lesquels composent la quasi-totalité de la paroisse.Ces prêtres veulent démarrer une action catholique ouvrière adulte dans le quartier.A ce moment, le seul mouvement qui se veut d'action catholique et qui s'adresse au monde ouvrier adulte, c'est la Ligue Ouvrière Catholique (L.O.C.).Mais comme la L.O.C.s'est mise elle même en état de révision profonde un an plus tôt, qu\u2019elle envisage de se donner des objectifs nouveaux, de mo di/ier ses structures et ses méthodes de travail et même de changer son nom, il saurait difficilement être question pour ces prêtres de susciter ce mouvement dans le quartier.Croyant par ailleurs à la revision de vie et sachant que la L.O.C.s\u2019intéresse de plus en plus à cette méthode de travail, ils décident de mettre sur pied une équipe d'hommes et de femmes du quartier, équipe qui ferait révision de vie.Ils confient cette tâche au Père Lorenzo.US Le choix des premiers Le Père Lorenzo est déjà en relation avec plusieurs foyers de la paroisse.Il connaît assez bien leur vie.leur situation professionnelle, économique, familiale, etc.: il connaît aussi leur degré de préoccupation des autres, leur plus ou moins grand souci de faire quelque chose pour les autres.Parmi eux, il choisit trois couples à qui il propose de se retrouver en-sembre pour réfléchir sur leur vie et leur action.Ils acceptent.Ce qui caractérise ces trois couples, on devrait dire plutôt les trois hommes, en plus du fait qu\u2019ils sont des travailleurs d'usine, c\u2019est qu\u2019ils ont un engagement temporel sérieux.Je vous les présente tels qu\u2019ils étaient à l'automne '63: \u2014 Marcel et Henriette: mariés depuis 14 ans: Marcel est employé de bureau à la C., usine de fabrication de matériaux de plomberie: il est secrétaire de l'union; Henriette n\u2019a aucun engagement.\u2014 Jean-Guy et Madeleine ont 9 ans de mariage: il est forgeron à l'emploi d\u2019une compagnie de chemins de fer et est secrétaire-trésorier du local de l\u2019union.\u2014 Henri et Rita 8 ans de mariage: lui est opérateur à la même usine que Marcel; au moment de son entrée dans l\u2019équipe, il est membre de l'union et délégué d\u2019atelier; elle, n\u2019a aucun engagement dans une association mais est très présente à son entourage.Ils sont désignés comme responsables de l\u2019équipe.Ce ne sont donc pas des militants chrétiens tout formés; ce sont des foyers de travailleurs, mais de travailleurs ouverts sur les autres, déjà en état de service auprès de leurs compagnons de travail, même si les motifs de leur action ont plus ou moins besoin d'être révisés.C'est Marcel qui avouera quelques mois plus tard que la principale raison qui, au début, l'avait incité à devenir officier de l\u2019union, c\u2019était la sécurité de son emploi: le contrat de travail prévoyait que, dans l\u2019éventualité d\u2019une mise à pied, les officiers de l'union ne seraient affectés qu'en dernier lieu.Addition de nouveaux membres Après quelque six mois, l\u2019équipe augmente de deux autres couples: Maurice et Françoise f 18 ans de mariage, lui est frère d'Henri et employé aux Postes) ainsi que Hervé et Monique (mariés depuis environ 14 ans.travaillent à la maintenance à la D.G., une usine de fabrication de morceaux en verre, sont amenés à l'équipe par Jean-Guy et Madeleine après avoir participé ensemble à un groupe de S.O.F.) Aucun de ces nouveaux membres n\u2019a un engagement temporel.A l\u2019été de la même année, je demande à cette équipe la faveur de m'accepter parmi eux, ainsi que Gilberte, mon épouse.J étais secrétaire national du mouvement (alors la L.O.C.) et.comme tel.j\u2019étais désireux d'expérimenter la révision de vie et la vie d'équipe dans une équipe composée de couples véritablement du monde ouvrier.Mais, à ce moment, de telles équipes é-taient plus que rares et en démarrer une eut été trop long pour me permettre de vivre assez longuement l\u2019expérience de ce qui se dessinait déjà com- 140 me le futur M.T.C.L'équipe répond affirmativement à notre demande même si nous demeurons à une quinzaine de milles de la Pointe St-Charles (depuis un an, nous sommes dans une petite ville de la banlieue de Montréal).L'équipe y met une condition: que nous soyons pleinement membres de l'équipe et non de simples spectateurs.C'est également ce que nous souhaitons.Comme engagement, Gilberte vient d'entrer dans le Cercle des Fermières: de mon côté, rien d'autre que certaines activités reliées à mon occupation professionnelle.Première multiplication Juillet 1965: congrès de fondation du M.T.C.L\u2019équipe décide, d'un commun accord, de s'affilier à ce mouvement.En septembre, l'équipe revise l'année écoulée.Elle se rend compte d'une difficulté sans cesse croissante: quatre des six couples progressent assez bien tant au plan de l'engagement temporel que du regard de foi; les deux autres (ceux arrivés au printemps) évoluent plus lentement, ne sont pas encore prêts à prendre un engagement temporel même s'ils n'en rejettent pas l'idée.L'écart qui sépare les uns des autres tend à augmenter plutôt qu'à diminuer.Les mêmes revisions de vie qui ne sont pas assez exigeantes pour ceux qui ont un engagement temporel, deviennent de plus en plus étouffantes pour les autres.De plus, un autre couple voudrait se joindre au M.T.C.Il s\u2019agit de Ger main et Thérèse, mariés depuis 15 ans.Germain travaille comme mouleur de bouteilles à la D.G.et est membre actif de l\u2019union.Thérèse n'a aucun engagement pour le moment.Mais, à sept couples, l'équipe deviendrait trop nombreuse.Ces deux faits amènent l'équipe à se diviser en deux équipes ou plutôt, et c'est l'un des membres qui y tient, à se ''multiplier\".Marcel et Henriette sont invités à prendre en charge une équipe qui regroupe Hervé et Monique, Maurice et Françoise ainsi que les derniers arrivés: Germain et Thérèse.Le Père Ugo est leur aumônier.Celle-ci est une équipe d'acheminement.C'est pourquoi, Marcel et Henriette continueront à fair partie de l'autre équipe, étant convaincus qu\u2019ils y trouveront davantage l'animation dont ils ont be soin personnellement.En même temps, le Père André, après avoir assisté à plusieurs révisions de vie, devient aumônier de cette équipe.De l'automne 1965 à l'automne 1967 Très tôt, un cinquième couple rejoint l'équipe d'acheminement.C'est An drê et Cécile, mariés depuis environ 8 ans et demeurant dans un quartier voisin de Pointe St-Charles.André travaille pour les Postes et est délégué de ses compagnons de travail à l\u2019union.Cécile n'a pas d'engagement tempo rel.Après quelque six mois, la plupart des membres de l'équipe ont débou ché sur l'engagement temporel.Il semble bien que les deux couples \"transférés d'équipe\" ont progressé beaucoup plus rapidement dans cette équipe davantage homogène qu'ils auraient pu le faire dans la première équipe.Toujours est-il que, de l'accord de tous, l'équipe cesse d'être considérée comme une équipe d'acheminement et devient une équipe du M.T.C.bien 141 que les responsables croient que c'est un geste un peu prématuré.Selon eux.un progrès plus marqué au plan de la réflexion chrétienne aurait été souhaitable auparavant.Marcel et Henriette laissent alors l\u2019autre équipe.Puis, c\u2019est au tour de Guy (frère de Maurice et Henri) et de Thérèse, son épouse, d'entrer dans cette équipe.Ils ont 17 ans de vie de ménage.Lui est aussi employé des Postes: il est membre actif de son syndicat, surtout depuis la grève survenue une couple d'années plus tôt.Elle, n'a pas d'engagement et a une santé très délicate.Et l'équipe continue à fonctionner à six couples pendant une autre année.Quant à l\u2019autre équipe, deux changements sont survenus pendant cette période de deux ans.Vincent et Claire se sont joints très tôt à l\u2019équipe.C\u2019est un couple marié depuis 9 ans.Claire n'est pas engagée mais Vincent est permanent syndical pour une union affiliée à la P.T.Q.L\u2019autre changement: le Père Claude a remplacé le Père André à l'été 1966.Les équipes font revision A chaque automne, les équipes revisent leur année, prennent conscience des progrès comme des difficultés: progrès ou difficultés dans la présence au milieu, dans l'engagement temporel, dans les liens entre la vie et la foi.etc.: difficultés dans l\u2019utilisation de la méthode de la revision de vie.etc.L'automne dernier, ce retour sur l\u2019année écoulée fut l'occasion pour l'équipe de Marcel et Henriette de se multiplier à nouveau.Ces derniers demeurent responsables d'une équipe qui regroupe, avec eux.André et Cécile.Guy et Thérèse ainsi qu'un nouveau couple: Marcel et Jacqueline, mariés depuis 8 ans.Il est livreur pour une compagnie qui vend des pièces d\u2019automobile.est président de l'organisation des loisirs du quartier et s\u2019intéresse à plusieurs autres domaines.Elle, est marguillière.A noter que Françoise et Henriette qui font maintenant partie du Comité des Loisirs n'ont jamais parlé du M.T.C.à Marcel pour l\u2019y inviter bien qu'elles le voyaient comme un membre possible.De son côté, il savait leur appartenance au M.T.C.Ce fut donc un travail de patience et un résultat acquis par la qualité de la présence et de l'action de Henriette et Françoise aux Loisirs.Maurice et Françoise ont accepté la responsabilité de la nouvelle équi pe composée de Germain et Thérèse.Hervé et Monique ainsi que de Georges.frère des trois autres.Bien que marié depuis une vingtaine d\u2019années.Georges vient seul à l'équipe.Sa femme se dit non préparée à y venir et l'équipe ne tente pas de la forcer.Ce fait fut l'occasion pour l'équipe de reviser son attitude vis-à-vis \"le couple dans le M.T.C.\" et de s'ouvrir à des person nés seules, mariées ou célibataires.Georges travaille aussi à la C.(maté riaux de plomberie) et est président du comité des salaires pour l\u2019union.Le Père Ugo est aumônier de ces deux équipes.L'autre équipe déjà existante a également fait sa révision de l'année.Tout en voyant des possibilités de recrutement pour l'avenir, elle ne connaissait personne qu'elle pourrait inviter maintenant.De plus, Henri et Rita ont alors annoncé leur départ du mouvement, au moins pour quelque temps Ils avaient plusieurs raisons pour prendre cette décision, dont certaines personnelles.Quant à celles qui concernent directement le mouvement, elles posent, à mon avis, deux points d'interrogation importants: y a-t-il danger 142 que des membres, après plusieurs années dans une équipe de M.T.C., en arrivent à ne plus rien recevoir de neuf et quittent alors le mouvement?Ou encore: sait-on exploiter la révision de vie au maxima dans des équipes assez avancées?L'autre point d'interrogation peut être exprimé ainsi: des responsables d'équipe ont-ils besoin d'une animation plus poussée pour les soutenir dans leur responsabilité?Il suffit ici de poser ces questions.Trois équipes isolées?Le cas est encore rare dans le M.T.C.où l'histoire de trois équipes ait été liée.Y a-t-il d'autres liens que ceux de la naissance des équipes pour continuer à les unir?Dans le cas présent, il y a des contacts naturels, spontanés.entre plusieurs membres ou couples des différentes équipes.Il y a aussi, à l'occasion des fêtes, un \"party annuel\" qui regroupe ces équipes et même, depuis deux ans.une autre de l'ouest de Montréal.Il y aura surtout, en mai prochain, une sorte de retraite de près de deux jours pour ces trois équipes de la Pointe St-Charles.Ce qu'il faudrait ajouter Pour que ces pages soient moins sèches et aient toute leur signification, il faudrait en ajouter encore autant.Il faudrait parler de la présence ré-gul ère d'un séminariste dans chacune des deux plus anciennes équipes, pourquoi ils y sont, comment ils s'y situent, souligner que l'un d'eux a été au travail pendant un an, qu'un autre y est présentement, etc.11 faudrait aussi indiquer comment les aumôniers conçoivent et réalisent leur rôle dans les équipes, que ce soit dans les réunions ou dans les contacts qu'ils ont avec les membres.Il faudrait encore dire plus concrètement comment chaque couple nouveau a été préparé ou ne l'a pas été suffisamment avant d'être invité au M.T.C.les problèmes qui ont pu en résulter, etc.11 faudrait enfin montrer davantage l'évolution des couples et des personnes après un, deux, trois ou quatre ans de révision de vie en équipe de M.T.C.: évolution au plan de la foi, au plan de la vie du foyer, au plan de la mentalité, au plan de l'engagement temporel.Sur ce dernier plan, il faut tout au moins mentionner que la quasi-totalité des membre; des trois équipes actuelles (y compris les femmes qui étaient beaucoup moins engagées que les hommes lors de l'arrivée de chaque couple) sont engagés dans un o-ganisme qui travaille, d'une façon ou de l'autre, au service des foyers ou vriers du quartier; aussi que plusieurs membres ont plusieurs engagements et que la qualité de l'engagement, l\u2019esprit avec lequel il est vécu, a progrès sé beaucoup.143 TEMOIGNAGES I TEMOIGNAGE D'UN COUPLE Dans une lettre qui accompagne leur témoignage, E.et G.écrivent: \u201c.ce quil y a dans le coeur, c'est parfois difficile à exprimer, çti se vit plutôt\".Voici tout de même ce qu'ils ont pu dire.Lui \u2014 Depuis que je suis dans le M.T.C., je me suis déjà fait dire'.\u201cPourquoi tf occuper de tout ça, ça ne te rapporte rien en argent et ce n'est pas le M.T.C.qui remplacera ton automobile, te temps venu\".(/est vrai, mats le mouvement m'a apporté beaueoup depuis que j'en fais partie.En plus de Tassurance et de la grande confianee qu'il a développé en moi.je me suis éveillé petit à petit à T attention de mon prochain, ce qui dp plus, a favorisé le dialogue au foyer et surtout dans mon milieu dr travail.Comme conséquence, je corn prends mieux maintenant les réactions drs autres derant certains faits.J'ai pu aussi abolir quelques barrières humai nés dues au travail de vérification que j'accomplis dans /'usine.Comme preuve, lors de la fondation de la caisse d'économie, mes compagnons dr travail me confièrent un poste dans cet organisme.Vne personne disait récemment: \u201cC'est lui qui ta présenter 1rs invitéJr te croirai quand je T aurai vu\".De plus lors de la formation d'un atelier pédagogique, je me suis acquitté de ma tâche avec facilité et simplicité, ce qui m'a surpris moi-même.Enfin, j'ai acquis une rom préhension de la messe que je ne possédais pas auparavant.Je n'aurais pu faire toutes res choses sans avoir fait partie du .M.T.C.Elle \u2014 Il y a à peine deux ans, on nous demandait, à mon mari et à moi.de nous occuper (Torganiser des cours pour former des moniteurs afin d'aider notre entourage À suivre la méthode sympto-thermique.Due de bonheur avons-nous éprouvé en nous donnant aux autres, même s: cela demandait beaucoup de notre temps et (Toubli de soi.Je dirais que rein hit très mal parfois, mais comme c'est enrichissant en retour.Lors de la semaine intensive de la Grande Mission, encore là.par nos é-changes d'idées avec des personnes que nous ne connaissions même pas, te M.T.C.était réellement présent.4 certains moments nous sentions notre influence dans les discussions.\\ous n'aurions jamais pensé lors du Congrès du lancement du M.T.C.à Drummondville qu'un jour nous en viendrions jusque là?.Ce qui est merveilleux dans le M.T.C.c'est que le couple peut réfléchir ensemble sa lie de militant chrétien.Ed.et Gaètane G.144 UNE MERE DE FAMILLE Je suis femme d'ouvrier, mère de quatre enfants dont les âges vont de sept à douze ans.Issue d'une famille à revenu modeste, je fus élevée dans un quartier de la ville de S.(population de 75,000) où la richesse côtoyait la pauvreté.Tous les échelons de la société s'y trouvaient, de l'ouvrier jusqu'au député.Je fus donc obligée d'apprendre très jeune à vivre selon mes moyens et à ne pas envier celui qui possédait plus.Aussi loin que je me rappelle, dans mes années scolaires, j'ai fait partie de mouvements d'apostolat en commençant par les Croisés, J.E.C., J.O.C., S.P.M.Devenue adulte, je me joignis à la L.O.C.pendant sept ans.Quand le mouvement décida de changer ses structures, j'emboitai le pas comme tout le monde.Un jour, je m'aperçus que le fait de participer aux réunions mensuelles.non seulement ne me donnait plus la sensation d'avoir fait quelque chose, mais m'invitait surtout à travailler pour et avec les autres dans les organismes du milieu.En me rendant aux réunions scolaires ou municipales, je me rendis compte que l'ouvrier n'y était pas représenté.Avec la réforme scolaire qui se faisait, je vis là pour moi l'occasion de m'engager plus sérieusement sur Je plan temporel.A la première réunion de Parents-Maîtres, pour les é-lections des responsables, je demandai qu'il y soit nommée une personne qui représenterait la classe ouvrière de notre quartier.Plusieurs professionnels présents approuvèrent ma demande et se déclarèrent très contents de voir qu'enfin les ouvriers exigent leur place dans notre société.De ce fait, je pris pour acquis qu'il ne fallait plus se compter pour battu à l\u2019avance, qu'il ne suffisait pas de toujours revendiquer, mais que les travaileurs devaient agir et participer à la vie et à la transformation de la société.C'est ainsi que j'ai été amenée à m'occuper des loisirs des enfants, en particulier de l'organisation de camps d'été; après avoir fait une enquête personnelle, nous savons maintenant que dans notre ville, il y a des camps d'été soit pour les enfants riches, soit pour les enfants très pauvres ou handicapés, mais aucun pour les enfants de familles ouvrières moyennes.Nous cherchons encore l'endroit qui conviendrait à nos petits en même temps qu'à notre budget.En réfléchissant, je m'aperçois aujourd'hui que c'est dans le contact constant avec des ouvriers et les membres de mon équipe qu'à la longue, j'en suis venue à déceler partout les problèmes du monde ouvrier, démarche essentielle à la qualité de notre engagement.Quelquefois, l'envie de tout laisser vient me tenter en sourdine, mais c'est un moment vite passé.Il suffit qu'un nouveau problème surgisse pour que je décide de poursuivre mes efforts.Je ne peux terminer ce témoignage sans parler de mon mari, travail leur de nuit depuis de nombreuses années dans une usine de textile.Nous savons ce qu'est l'insécurité ouvrière, ce que signifient des conditions de travail pas toujours humaines; nous avons appris également ce qu'est une grève de quelques semaines pour une famille ouvrière.C'est à travers tout cela que nous essayons ensemble de faire notre part pour la promotion du monde ouvrier.\tMme Clément Allie 145 UNE EQUIPE D'ACHEMINEMENT DU M.T.C.Il existe une équipe d'acheminement du M.T.C.à V.qui a débuté il y a trois ans.Cette équipe se compose de cinq couples ayant entre trois et sept ans de mariage et ayant chacun entre un et trois enfants.Quatre de ces couples se connaissent depuis longtemps si on considère qu'un des hommes et quatre des dames ont d'abord fait de la J.O.C.et qu'ensuite, comme couples, ils se sont engagés au S.P.M.à des temps et endroits différents.Ces affinités apostoliques et cette amitié remontant à une dizaine d'années ont fait que ces quatre couples se fréquentaient occasionnellement jusqu'au jour où un prêtre suggéra à l'un d'eux de se réunir pour échanger sur des questions de leur choix.C'est, à partir de là qu'un cinquième couple, dont l'homme était compagnon de travail d'un autre, fut intégré à l\u2019équipe qui commençait.Après quelques réunions portant sur des faits d'actualité sociale comme la grève des professeurs, les élections de juin 1965, la radiodiffusion dans la ville, le syndicalisme, etc., (c\u2019était en 1965).un nouvel aumônier leur par le.en septembre 1966, carrément de M.T.C.et de révision de vie.A partir de là, au rythme des réunions mensuelles, tous ont reçu avec explications quelques plaquettes sur le M.T.C., de même que le journal \u201cPrésence Chré tienne\" dont on se servait pour introduire les révisions de vie.Les réunions de l'équipe ont touiours lieu le samedi soir et se tiennent à tour de rôle chez chacun des membres; malgré que deux n'aient pas d'au to et qu'un demeure à quarante milles, il est rare qu'il en manque.Dr 8 h.à 11 h.c'est la révision de vie: puis c'est le lunch, léger et uniforme partout, qui se prolonge parfois tard, mais qui soude davantage les liens d'amitié de l'équipe.Outre cette amitié, ce sont surtout les révisions de vie qui comptent le plus dans la vie de cette équipe.A date, il y a rotation mensuelle du couple meneur de la révision de vie; cela a l'avantage d'y initier tous les membres.Quelques jours avant la réunion, l'aumônier va prendre un repas chez le couple meneur, afin de préparer la révision de vie.Le choix du fait est important: il s'agit de trouver un fa;t VECU par ce couple, mais en même temps un fait capable d'être élargi aux dimensions de l'équipe d'abord, puis, si possible, aux dimensions du milieu de travail et de vie de chacun des membres.Peur le moment, ce sont souvent des faits de vie conjugale et familiale, parfois de milieu de travail et de loisirs, qui reviennent; mais à la longue il est remarquable que les couples s'ouvrent peu à peu à des préoccupations plus larges.Par exemple, un couple a apporté en révision de vie le fait de la famille de madame qui venait de vivre de grandes divisions internes.Au départ ce couple s'était juré de ne jamais plus fréquenter frères et soeurs.La révision de vie les a convaincus, au contraire, qu'ils étaient les seuls à pouvoir contribuer à ramener la paix troublée; trois autres couples souffrant de situations semblables, bien que moins graves, en ont conclu qu'ils de vaient contribuer plus positivement à l'avenir à faire vivre la charité et la bonne entente dans leurs familles respectives; tandis que le cinquième cou 146 pie a réalisé que la famille de madame était trop couveuse et accaparante pour eux, au point qu'elle nuisait à leur vie conjugale.Tous ont compris \"qu'il peut bien y avoir des guerres, quand on peut difficilement s'entendre entre frères et soeurs\".Il y eut des révisions de vie à partir \u2022de faits relatifs à la vie de loisirs des épouses, à l'adaptation à un nouveau quartier de résidence et un nouveau milieu de travail, aux inquiétudes concernant la morale conjugale, l'éduca tion des enfants, les nouvelles approches de la religion, etc.A la longue, les membres de l'équipe se sont habitués à élargir la situa tion contenue dans le fait initial, à voir eux mêmes des situations semblables chez eux et autour d'eux.De sorte que deux d'entre eux ont déjà pris un engagement temporel précis: ils ont accepté une tâche dans leur syndicat: plusieurs ont posé des gestes significatifs: un homme a décidé de s'inscrire aux cours de recyclage du Centre de la Main d'Oeu.re: deux femmes ont décidé de participer à des cours du soir en artisanat: deux autres ont décidé de s'inscrire à des loisirs organisés.Et tout cela est le résultat plus ou moins conscient des révisions de vie menuelles et du support de l'équipe qui les font évoluer dans le sens d'une meilleure prise en main de leur vie con jugale, et de plus en plus de leur vie sociale.Le climat des rencontres est de plus intéressant.On y trouve d'abord un respect viril et adulte, les uns des autres: on se parle franchement et clairement.Puis, on y remarque le souci de s'aider vraiment: on se téléphone pendant le mois, on s\u2019informe d'un mois à l'autre des résultats et des décisions prises à des réunions antérieures.Comment ne pas e-pérer for tement que de telles attitudes et une telle qualité ne va pas déboucher un jour sur de plus en plus grandes transformations et sur des engagements d'une bonne qualité.Hector Besncr, pire 147 LE MOUVEMENT DES TRAVAILLEURS CHRETIENS une expérience de deux ans Laurent Denis, o.m.i., aumônier national du M.T.C.Le 2 juillet 1965 avait lieu le lancement officiel du Mouvement tics Travailleurs Chrétiens au plan national.Grâce à une recherche sérieuse au niveau des orientations missionnaires de l\u2019Eglise et de l\u2019évolution du monde ouvrier, il a été possible aux responsables de la L.O.C.de jeter les bases d'une nouvelle orientation pour le mouvement apostolique des travailleurs.Les grandes lignes de cette orientation peuvent se résumer ainsi: 1\t\u2014 PRESENCE AU MONDE OUVRIER: Cette pré ence doit se concrétiser par un engagement visant la promotion des travailleurs.Pour être dans le monde ou-srier un t moin du Christ, il ne faut pas avoir une mentalité d'évadé.il faut aimer son milieu et y être engagé.2\tANIMATION CHRETIENNE: L'animation consiste asant tout à aider les militants à acquérir une foi adulte, c'est-à-dire de bien voir le plan de Dieu sur le monde et son insertion dans ce plan.Cette animation se fait à travers les rencontres, les revisions de vie, etc.2 EVANGELISATION: Le grand objectif du M.T.C.c\u2019est d\u2019annoncer l\u2019évangile, de révéler le Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou le connaissent mal ou encore à ceux qui l'ont oublié.Le M.T.C.veut susciter des témoins qui puissent par leur joie éveiller ou réveiller la foi dans le Christ.Le M.T.C.est un mouvement apostolique et missionnaire. Ces trois aspects du M.T.C.constituent son originalité.Nous pouvons retrouver, d'une façon beaucoup plus élaborée, ces trois objectifs du M.T.C.dans le premier document de base que nous offre le mouvement.Deux années ont passé depuis le lancement de cette nouvelle orientation.Pour le conseil national du M.T.C., 1 expérience était suffisamment longue pour qu'elle vaille la peine d\u2019être révisée.11 parait ici important d\u2019en dégager les principales conclusions afin d\u2019ètre plus en mesure d'élaborer quelques considérations concernant l'avenir du M.LC.Dans les mois qui ont suivi le lancement, le M.T.C.prit un certain essor, Les équipes de L.O.C.se transformèrent d'abjrd en équipes de M.T.C.Ce passage ne s\u2019est pas fait sans difficulté.Pour certaines équipes, on était davantage préoccupé de la technique que de la vie, l'engagement leur apparaissait une patente du mouvement.Par contre, des équipes nouvelles furent formées.Des personnes engagées, tout particulièrement des hommes, sont entrées dans le mouvement.La présence de ces nouvelles recrues a donné un certain regain de vitalité et d\u2019encouragement.La deuxième année, le M.T.C.a enregistré, pour des raisons particulières, peu de progrès.La crise de l\u2019Action Catholique a mobilisé d\u2019une part les responsables chargés de l'animation et a créé d autre part une certaine méfiance ou un doute vis-à-vis l'Action Catholique.Peu d\u2019équipes nouvelles ont été mises sur pied au cours de cette deuxième année.Nous réalisons par ailleurs que pour les équipes de base, cette année a été marquée par un approfondissement de l'orientation et de la méthode de travail.Pour certains, cette dernière période peut leur apparaître comme un recul.Ce n'en est pas un.Le M.T.C.peut aujourd'hui compter dans presque tous les diocèses sur des personnes capables d'assurer l'orientation et l\u2019animation du mouvement.Si nous nous reportons au rapport moral présenté au conseil national du M.T.C., nous pouvons dégager quelques éléments de l'évaluation faite à partir des trois grands objectifs du mouvement.1) PRESENCE AU MONDE OUVRIER La première des tâches du M.T.C.a été d\u2019éveiller et de susciter l'engagement chez ses membres.Nous reconnaissons d\u2019abord que la pédagogie utilisée pour promouvoir l'engagement n\u2019a pas toujours été adaptée aux travailleurs.Dans certains diocèses, on a commencé par définir l\u2019engagement, par juger des engagements de chacun, on a essayé de comprendre intellectuellement ce qu'est l\u2019engagement.Ce procède s'est avoué un échec.C\u2019est à partir des problèmes de vie, des réali- tés concrètes que des hommes peuvent découvrir leur responsabilité, leur engagement.Et dans cette ligne certains diocèses sont allés jusqu'à mettre les membres a l'action pour ainsi leur faire découvrir, comme de l\u2019intérieur.ce qu'est l'engagement.Ioutcfois, l'engagement temporel a été pris au sérieux.Dans l'ensemble, des efforts réels ont été faits pour y atteindre, du moins on en a été fortement préoccupe On peut dire facilement aujourd'hui que les membres actuels sont beaucoup plus présents au monde ouvrier que ne l'étaient ceux de la L.O.C.Ceci ne veut pas dire que les équipes actuelles soient en majorité formées de membres engagés.La plupart au contraire sont en acheminement.L'insertion dans le monde et dans l'organisation du monde n'est pas facile pour les travailleurs.Les structures favorisent encore peu leur participation.Mais le fait d'etre intègres à une équipe de M.T.C., avant même leur engagement, a été pour certains un stimulant et une po'sibilité de prise de conscience.Quant aux femmes, elles éprouvent tout particulièrement de la difficulté à s'engager.Elles portent une part de rengagement de leur r.iari, niais elles ont aussi à trouver leur engagement propre qui devrait normalement sc situer dans la vie, dans le cadre de leurs possibilités.\u2022_') L'ANIMATION CHRETIENNE Quand on parle de l'animation comme objectif, il s'agit avant tout de l'animation tic militants considérés individuellement dans leur engagement.Elle consiste à donner une vision de foi sur la vie.les événements et sur leur engagement.L'animation doit aider à acquérir une foi adulte, c'est à-dire à bien voir le plan de Dieu sur le monde.A ce moment-là, la vie.l'action sc trouve ainsi éclairée d'une lumière nouvelle.Cette animation sc fait dans le mouvement à travers les rencontres d équipe, tout particulièrement par la révision de vie.Or les difficultés rencontrées en revision de vie ont limité passablement la valeur d'animation du mouvement.Des efforts loyaux ont été faits pour la comprendre au cours de ces deux années d'expérience.Il faut bien reconnaître que jusqu'à present, dan-, les réunions du M.T.C.la revision de vie a rarement atteint son objectif.On a peut-être pas su apporter suffisamment la matière première de sa vie.Les faits n'étaient pas suffisamment pris dan> la v raie vie de travailleurs.Pour certains responsables d'équipes, on était peut-être trop pris à suivre une méthode, que d'animer des personnes en réflexion sur leur v ie.La difficulté majeure qu\u2019on semble rencontrer actuellement en revision de vie sc situe au niveau du regard de foi.On voit difficilement 150 comment sa vie de foi est concernée dans les faits révisés et comment le Seigneur agit à travers les faits, les événements et les personnes.Ici nous croyons que l\u2019aumônier a un grand rôle à jouer en aidant l\u2019équipe dans cette découverte du christianisme dans la vie.La révision de vie reste une méthode difficile.Elle devra être adaptée pour les équipes qui commencent mais elle servira véritablement à l\u2019animation d\u2019une équipe qui voudrait progressivement vivre un christianisme adulte.3) EVANGELISATION La mission du M.T.C.n\u2019est pas uniquement d\u2019assurer une présence chrétienne dans le monde.L\u2019engagement et l\u2019animation sont voulus en fonction de l\u2019Evangélisation du monde ouvrier.C'est à ce titre que le M.T.C.est apostolique.Or depuis ses débuts, le mouvement a été peu préoccupé de cet objectif d\u2019évangélisation.Ne fallait-il pas d'abord réaliser les conditions pour que la révélation du Christ soit possible, pour que le témoignage soit perçu?Impossible d\u2019évangéliser un milieu si on n\u2019est pas présent, engagé dans ce milieu, si on ne communie pas aux aspirations profondes de ce milieu.C\u2019est ce qui explique l\u2019option faite par le conseil national à savoir que le mouvement continuerait d\u2019approfondir les deux premiers objectifs sans toutefois oublier que le M.T.C.est appelé avant tout à évangéliser sans quoi il manquerait à sa mission.L avenir du M.T.C.Que sera l\u2019avenir du M.T.C.?11 serait prétentieux de vouloir répondre à cette question après une courte expérience de deux ans.Les prochaines années seront beaucoup plus significatives de son avenir que l\u2019étage de démarrage qui vient de se terminer.Mais dans le contexte actuel de l'évolution de l\u2019Eglise et du monde, tout nous permet de croire à l'orientation prise par le M.T.C.Notre confiance est d\u2019autant plus grande que l\u2019orientation du M.T.C.correspond à celle donnée par le concile à toute l'Eglise.11 existe toutefois un certain nombre de défis que le M.T.C.devra en partie relever s\u2019il veut connaître un lendemain.Ces défis se situent pour une part à l\u2019intérieur du mouvement et que l\u2019expérience de deux ans nous contraint de reconnaître.11 existe d\u2019autre part certains défis, 151 non moins importants, se situant au niveau de la réponse de toute l\u2019Eglise à l'appel missionnaire du monde ouvrier.1 ) Défis intérieurs au mouvement \u2014\tIl existe actuellement environ 200 équipes dans le mouvement.Un pourcentage important, sinon la majorité de ces équipes sont d'acheminement, c\u2019est-à-dire qui regroupent des personnes qui ne sont pas engagées.Cette situation pose une question concernant le recrutement.Pour être fidèle à l\u2019orientation prise, il y a deux ans, le M.T.C.devrait être préoccupé de regrouper d\u2019abord les engagés du monde ouvrier.Les raisons d\u2019une telle exigence dans le mouvement ne sont pas d\u2019ordre temporel mais bien apostolique.Le M.T.C., comme l'Eglise, veut être présent au monde ouvrier, là où se joue le sort des ouvriers.Or c\u2019est par des engagés qu'il pourra le mieux assurer cette présence et travailler à bâtir un monde selon le plan de Dieu.Le M.T.C.ne veut pas avoir dans ses rangs, des hommes qui ont démissionné, ni des évadés du milieu ouvrier et encore moins des gens en pantoufles.Il veut rejoindre ceux qui ont à coeur la promotion de l\u2019ensemble des travailleurs et qui sont prêts à faire quelque chose.Cette présence dans le monde ouvrier est ainsi pour le M.T.C.une condition pour remplir sa mission d\u2019évangélisation.Or, si nous jetons un regard réaliste sur le monde ouvrier tel qu\u2019il existe chez nous, sur l\u2019ensemble des travailleurs à qui s\u2019adresse le M.T.C., on est contraint de reconnaître que les engagés sont en très petit nombre, que la conscience ouvrière existe peu.et que le militantisme est à peu près absent, même à l'intérieur du mouvement ouvrier.Cette situation de fait pose un sérieux défi au M.T.C.Devra-t-il uniquement maintenir l'engagement comme exigence d\u2019adhésion du mouvement ou accepter qu\u2019à l\u2019intérieur du mouvement il puisse se faire un réel acheminement dans la prise de conscience des autres, et dans l'engagement.Le M.T.C.veut rejoindre les travailleurs là où ils sont et tels qu'ils sont dans la vie.11 veut être surtout réaliste dans ses exigences et ses préoccupations \u2014 c\u2019est pourquoi il entend réfléchir prochainement sur cette question du recrutement \u2014\tLe retour sur l\u2019expérience de deux ans nous a révélé qu'il y avait eu jusqu'ici une plus grande préoccupation de technique et d'organisation que de vie et d\u2019animation dans le mouvement.S'il faut connaître un minimum de technique pour bien orienter nos rencontres d\u2019équipes, ne faut-il pas par contre éviter de se laisser accaparer et dominer par elle.Quand des équipes démarrent avec une préoccupation de techniques ne risquent-elles j être des années à la recherche de définitions, de recettes et de h lues.152 11 faut dire que cette préoccupation vis-à-vis l\u2019orientation, les structures, et l\u2019organisation a primé au cours des rencontres nationales et diocésaines depuis les débuts du M.T.C.On imagine la répercussion que cela a pu avoir au niveau des équipes de base.Si le mouvement veut susciter un véritable laïcat, intéresser sérieusement des laïcs à l\u2019évangélisation, ne devrait-il pas axer tous ses efforts sur la vie pour s\u2019en imprégner profondément et vibrer à la vie de l'ensemble des travailleurs.N\u2019est-ce pas la vie, c\u2019est-à-dire les aspirations profondes des hommes, les dynamismes actuels de notre société que bâtissent l\u2019homme et le chrétien?Le Christ est en travail de rédemption dans les réalités humaines et les faits sociaux que nous vivons aujourd'hui.C\u2019est là qu\u2019on doit le rejoindre pour bâtir le royaume.C\u2019est cette présence du Christ dans l\u2019actualité que les laïcs sont appelés à révéler dans leur milieu.Si cette approche de la vie est pauvre, le M.T.C.ne risque-t-il pas de pivoter sur lui-même et de compromettre la qualité de son regard évangélique sur le royaume fait pour eux?2) Défis extérieurs au mouvement \u2014\tLa prise de conscience de la mutation du monde et d\u2019un certain échec de la foi devient pour l\u2019Eglise un pressant appel à entrer dans une action missionnaire, à se tourner vers le monde actuel pour l\u2019évangéliser et le sauver.Cet appel missionnaire doit se traduire selon le décret sur l\u2019activité missionnaire par une volonté de présence au monde et par le sérieux accordé à la vocation apostolique des laïcs.\u201cL'EglLe n\u2019est pas fondée moralement, elle ne vit pas pleinement, elle n\u2019est pas le signe parfait du Christ parmi les hommes si un laïcat authentique n\u2019existe pas.\u201d (Décret sur l\u2019activité missionnaire de l'Eglise) Or pour l'Eglise canadienne, la réponse à cet appel ne devrait tarder à se faire.Toutefois l\u2019attention qu\u2019on porte actuellement aux renouvellements des structures et de l\u2019organisation au détriment de la vie, inquiète pour le moins un certain nombre d\u2019apôtres.11 faudra du temps sans doute pour que l\u2019Eglise voie dans quel sens elle devra orienter ses efforts, mais toutes ces lenteurs auront des répercussions sur les experiences missionnaires en cours telles que le M.T.C.veut les réaliser.\u2014\tL\u2019évangélisation du monde ouvrier est l\u2019oeuvre de toute l\u2019Eglise et non seulement de quelques prêtres, de quelques spécialistes et de quelques mouvements particuliers.Or, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui le clergé 153 dans son ensemble, s\u2019est montré peu intéressé à ce type d\u2019action pastorale.L\u2019action catholique était considérée de fait comme une action en marge de la pastorale ordinaire.On ne voyait pas non plus la nécessité de tels mouvements, les prêtres étaient peut-être trop accaparés par la pastorale traditionnelle.Aujourd'hui, le clergé prend conscience de plus en plus pour rejoindre les hommes dans leur vie concrète et sanctifier le monde, ils doivent opter pour une pastorale missionnaire.Pour un certain nombre de prêtres ce n'est pas uniquement un changement d\u2019orientation mais une véritable conversion à opérer chez eux.C\u2019est ce qui explique l'existence d'un très petit nombre de prêtres à s\u2019engager dans une action missionnaire.Cette situation pose un défi au M.T.C.où le prêtre a un rôle particulièrement important.L'action catholique est un travail d'équipe: prêtres et laïcs, en équipe d'Eglisc.Sans aumônier convaincu et profondément missionnaire, le laïcat missionnaire devient impossible.Il apparaît dès lors important aux prêtres et aux laïcs qui vivent une véritable expérience d'action missionnaire d\u2019éveiller et d'entraîner ceux qui ignorent en partie la vocation des Lies dans le monde.L'espérance des pauvres Malgré les difficultés, les oppositions, les défis que le mouvement devra relever, il nous faut croire au rassemblement que permet le M.T.C.Pourquoi?Parce que ce rassemblement devient l\u2019espérance des pauvres dans le sens évangélique.Quand des chrétiens se ressemblent pour prendre au sérieux la vie, les problèmes, les aspirations profondes des travailleurs, ce regroupement devient un signe d\u2019espérance.Quand des chrétiens posent des gestes de pardon, d'entraide, d\u2019amour dans leur milieu et qu\u2019ils s\u2019engagent pour travailler à la promotion de tous, l'espérance grandit dans le coeur des travailleurs.C'est à partir de ces groupes que s\u2019édifiera progressivement le grand rassemblement des hommes pour former une seule communauté dans le Christ.Sans doute, le M.T.C.ne se réalisera que lentement.I.essentiel dans l\u2019étape d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est de tenir et d'accepter un effort difficile.Bien sûr.le M.T.C., comme le grain de sénevé dans l'évangile, est une bien petite semence.Sa croissance est entre les mains du Seigneur.A nous de semer , de bêcher et de labourer.A lui de faire croître et grandir.Line chose est certaine, l\u2019action catholique ouvrière a besoin de nous (prêtres et laïcs) pour que le Christ rejoigne les travailleurs dans leur vie réelle.Encore faut-il qu elle existe pour porter des fruits.Vous connaissez tous la boutade du Cardinal Saliège à quelqu'un qui lui demandait \u201cau fond, qu\u2019est-ce qu elle a fait l\u2019Action Catholique\"?Il répondit, \u201cRien.là où elle n'existait pas.\u201d !54 Réflexions chrétiennes sur une grève Jacques Archibald (M.T.C.) Yvon Lemay (J.O.C.) Les employés de l'entreprise Baribeau Craft de St-Romuald ont connu la grève durant 107 jours.Il y a eu 193 syndiqués touchés directement par le conflit.De ce nombre.60 hommes et 11 femmes mariés dont dépendent 80 enfants.Les autres em ployés syndiqués sont au nombre de 122 et sont célibataires: 68 gars, 54 fil les.Face à un tel conflit ouvrier, conscients de leurs responsabilités, que! ques membres de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et du Mouvement des Tia vailleurs Chrétiens diocésains ne pouvaient rester inactifs, encore moins indifférents.Aussi, ont-ils jugé bon d'entreprendre une démarche chrétienne auprès des ouvriers en grève.Trois tables-rondes ont été réalisées.Les deux premières ont rejoint exclusivement des ouvriers de l'entreprise; et à la dernière, ont aussi participé quelques représentants du syndicat local.Le but de ces rencontres ne visait aucunement soit une prise de position syndicale ou patronale, mais était plutôt de favoriser de la part de tous ceux impliqués dans ce conflit: a)\tune recherche commune des valeurs humaines et chrétiennes, vécues ou compromises à l'intérieur d'un tel événement; b)\tune réflexion, à partir de leurs conditions actuelles de vie sur leur rô le de chrétien; c)\tune prise de conscience de leurs responsabilités individuelles et col lectives de toute la communauté humaine face à ce conflit.Dans cette analyse, nous nous efforçons de dégager quelques points qui nous semblent importants et révélateurs de toutes les réflexions faites à l'oc casicn des tables-rondes.Il ne s'agit évidemment pas ici d'une recherche sci entifique, mais bien de quelques idées traduisant une partie de la mentali té ouvrière de ce milieu de travail.L'échange s'est fait autour de grandes questions: 155 1ère QUESTION:\tQuand des ouvriers ou ouvrières sont en grève, com- me en ce moment, est-ce qu''A.A.Bernardin Frères Inc.COURTIERS D\u2019ASSURANCES AGREES 715, Carré Victoria, suite 410, Tél.845-6257 Montréal Tél.LA.4-1030 P.L.TURCOTTE Marchand de Fourrures Confection et Réparations 464, De La Chapelle QUEBEC LA CONSTRUCTION DAMASE MORIN LTEE ENTREPRENEUR GENERAw Spécialité: briques et pierre 10210, Ave Bruchési, Montréal 12 Tél.381-2244 - 622-7225 MURDOCK LUMBER CO.CHICOUTIMI, Qué.Huil 4135 ROUEN es eueco MONTREAL 4 Gazolines CL.4-7141 Les Equipements de Bureau Richelieu Ltée Montréal 866 4117 .1 L.Charette.prés.268.Champlatn\t79.Place du Marché Saint-Jean\tValleyfleld 346 5159\t373 3121 Tél 692-1059 J.Ls Morency, M.S.C., ADM.P.Président LES TABACS LAMARCHE LTEE 112 ST-PAUL QUEBEC 2 \u2014 V \u2014 Tél.861-4783 Ed.BEAUCHAMP & FILS (1966) Ltée EPICIERS EN GROS Spécialités: Oeufs, beurre, volailles, produits congelés Fournisseurs: Hôtels, Restaurants, Institutions Montréal Toronto Hamilton OVERNITE EXPRESS LIMITED OTTAWA .HULL PR.7-4301 Hawkesbury\tM&niwaki Buckingham\tShawville St-Jérôme\tPembroke \"LARGE OR SMALL WE HAUT IT ALL\" f BAÎLLARGEON L!MiTÉ£ Les plus grands fabricants de chandelles et bougies au Canada SAINT-CONSTANT,\t105 est, St-Paul Cté Laprairie, Oué.\tTél.866 6913\tMONTREAL ANTOINE F.LAROSE Pharmacien - Chimiste Service de livraison rapide\tPrescriptions remplies avec soin 1262, RUE ST-DENIS\tTEL.UN.1-6670\tMONTREAL Produits Shell Oil Company, Produits General Tire & Rubber Company.LA COMPAGNIE DISTRIBUTRICE DU ST-LAURENT, LTEE Entrepôt, Bureau\tRIMOUSKI-EST\tTél.723-7273 Québec 245, rue Du Pont Tél.: 522-5262 F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie Spécialité: ascenseurs Montréal 12 2111, Boul.Henri-Bourassa est Tél.389-2258 \u2014 VI \u2014 Notre salon privé met à votre disposition: CHASUBLE en velours de nylon de première qualité à motif de rose.Fabrication française, blanc, rouge, vert, violet, noir.CHAPE de soie moirée avec galon internissable.Blanc, rouge, vert violet et noir.CALICE à motif de vigne tout en argent solide plaqué or.Hauteur 8V4\u201d et diamètre 5lA\".Fini satiné.545 est, St-Joseph \u2014 Québec ir\tA\t\t J :\t\t vj ffiy :\t\t \t\t Çf i®'\t\tV \t\t \ti S\t 5 M\t\t,v; \t\t \t\t "]
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