Prêtres et laïcs, 1 janvier 1969, janvier
[" /%/ Mf /T JANVIER 1969 \u2014 VOL.XIX 1 PRETRES ET LAICS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE LE COURAGE DES OPTIONS \u2022\tDes travailleurs racontent leur condition de vie Denyse Gauthier \u2022\tL\u2019Eglise, témoin du Christ en monde ouvrier P.-E.Charland \u2022\tBâtir des cellules d\u2019Eglise J.Grand'Maison \u2022\tLes options nécessaires Laurent Denis \u2022\tLe prêtre qui veut travailler avec les ouvriers Marcel Lapointe Evangeline Bouchard L\u2019Eglise au cœur du monde Jérôme Régnier BERNARDIN FRERES Inc.COURTIERS D'ASSURANCES AGREES Maurice Bernardin, C.D A.A.\tClaude Bernardin, C.D A.A.J.-Louis Bernardin, C.DA.A.\tRaymond Bernardin, C.D A.A.Pierre Bernardin, C.D A.A.715, Carré Victoria, suite 410\tTel.: (514) 845-6257 MONTRÉAL 126 DUSTBANE MAISON CANADIENNE Produits et matériaux d\u2019entretien des édifices Service moderne d\u2019entretien des immeubles Contrats à forfait 465, Marconi QUEBEC 8, Qué.Tél.: 683-3760 4240, Côte de Liesse MONTREAL 306, 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Deschênes & Fils Ltée GROSSISTES EN MATÉRIAUX DE PLOMBERIE ET DE CHAUFFAGE Notre département technique peut vous aider à solutionner vos problèmes de chauffage: à vapeur, eau chaude ou air chaud 5685.rue Iberville\tMONTRÉAL 331.Qué.Demandez chez votre épicier les bons biscuits \"HARNOIS\" d'une saveur toujours insurpassable J.P.MORIN Ltée Entrepreneurs généraux SPÉCIALITÉS: Edifices publics \u2014 Construction en Béton Estimés fournis sur demande Cap-de-la-Madeleine, Qué.\t79, rue Latreille\tTél.: 375-4866 Ottawa 7\t6, rue Builders\tTél.: 746-4651 & FILS LTEE Plomberie \u2014 Chauffage \u2014 Ventilation 114 Marier Ave., Eastview, Ont.Tél.: 745-1508 2898 PRÊTRES ET LAICS Revue d'apostolat laie et de pastorale populaire Comité de direction: Paul-E.Pelletier, o.m.i., dir.Paul-E.Charland, o.m.i., réd.Paul-E.Deschénes, o.m.i.pub.Comité de rédaction: Roger Poirier, o.m.i., Laurent Denis, o.m.i., M.T.C.Jacques Lemay, o.m.i., J.O C.Raymond Roy, ptre, J.O.C.Principaux collaborateurs: J.-M.Lebeau (St-Jean) R.Maurice (St-Jérôme) G.Laçasse (Ottawa) A.Desmartis (Québec) U.Benfante (Montréal) Guy Laforte (Montréal) Jacques Grand'Maison Prêtres et laïcs veut être un carrefour et un instrument de travail des prêtres et des laïcs préoccupés de pastorale populaire et d'apostolat laïc, soit dans les mouvements d'action catholique ouvrière, d'action familiale ou sociale.Avec la permission de l'Ordinaire: Abonnement: $0.50 le numéro $4.00 pour un an $7.00 pour deux ans Rédaction et administration: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Can.Téléphone: 524-1188 \"Le Ministère des Postes, i Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication\u2019*.\"Frais de port garantis si non-livrable\".SOMMAIRE Janvier 1969 Vol.XIX Editorial Le courage des options Laurent Denis, o.m.i.2 Dossier Des travailleurs nous racontent leur condition de vie\tDenyse Gauthier 3 L'Eglise, témoin du Christ en monde ouvrier\tPaul-Emile Charland, o.m.i.I I Bâtir des cellu les d'Egl ise Jacques Grand'Maison 14 Les options nécessaires Laurent Denis, o.m.i.21 Le prêtre qui veut travailler avec les ouvriers M.Lapointe et E.Bouchard 24 Théologie L'Eglise au coeur du monde Jérôme Régnier 29 Sociologie L'Eglise dans la ville\tJoseph Folliet 41 Expériences pastorales Pour une formation sacerdotale en milieu ouvrier\tJoseph Giguère, o.m.i.50 Document La mission de l'Eglise en monde ouvrier M»' Ancel 53 Chronique Des ouvriers prêtres\t57 A travers les revues\t58 Recensions 56 \u2014ditoiia[ Le courage des options Soucieux d une pastorale mieux réfléchie et mieux adaptée au monde ouvrier.150 prêtres se réunissaient en novembre dernier à l invitation des aumôniers du Mouvement des Travailleurs Chrétiens, pour mettre en commun leurs interrogations, leurs initiatives, leurs hésitations et leurs espérances.Cette session de pastorale ouvrière avait pour thème: \"Comment bâtir l'Eglise au coeur du monde ouvrier\".Après un \"voir\" sérieux et réaliste de la situation ouvrière et une évaluation de l'action pastorale actuelle de l'Eglise, les prêtres ont été amenés à réfléchir sur les objectifs et les exigences d\u2019une pastorale missionnaire.La question qui a retenu tout particulièrement l'attention des prêtres a été celle concernant l'option.\"Est-il nécessaire pour le prêtre de faire une option pour le monde ouvrier s il veut travailler à son évangélisation?\" L option pour le monde ouvrier est apparue pour la majorité des prêtres une nécessité et une urgence.On a réalisé toutefois les difficultés que comporte une telle option et le courage qu elle exige de celui qui veut s'engager.Mais l Eglise ne peut pas oublier qu une grande partie de sa vitalité lui vient de ces apôtres qui ont eu le courage de faire des options et celui d'y rester fidèles jusqu'au bout.Ce numéro de \"Prêtres et Laïcs\" veut présenter un certain compte rendu de cette session.Nous espérons que ce rapport pourra servir à alimenter notre réflexion et nous aider à approfondir le sens missionnaire de l'Eglise en monde ouvrier.Laurent Denis, o.m.i.2 Des travailleurs nous racontent leur condition de vie Denyse Gauthier Le monde ouvrier existe-t-il?Qu'est-ce qui le caractérise?Quels phénomènes nouveaux avons-nous constatés dans le monde ouvrier?Des travailleurs, des mères de famille, un animateur social, un ancien militant syndicaliste sont venus tour à tour projeter devant nos yeux divers aspects de leur condition de vie.Monsieur Turcotte Monsieur Turcotte est un travailleur de Pointe Saint-Charles.Jusqu'à l'âge de 25 ans il a travaillé sur la ferme de son père.Puis il est venu habiter Drummondville où il a travaillé successivement à la Dominion Textile, puis à la Canadian Celanese.Depuis une quinzaine d'années, il habite Montréal avec sa famille et travaille à la Dominion Glass.Mentionnons qu'entre chaque emploi.Monsieur Turcotte a connu des périodes de chômages de un à deux mois.Comme beaucoup d\u2019ouvriers pères de famille.Monsieur Turcotte travaille sur les ' shifts\".Il explique comment ce travail à des heures irrégulières est nuisible à sa santé et à celle de sa famille.Après 5 ans de ce travail, il a fait des ulcères et il a dû prendre un repos de quelques mois.A son retour à l'usine on lui a donné un travail de jour, mais dernièrement, même après 15 années de service, il a dû reprendre le travail sur les \"shifts\" à cause des mises à pied.3 Le travail sur les shifts, c'est très dur pour la famille.Quand je travaille la nuit, je dois dormir le jour.Ma femme doit calmer les enfants à la journée longue.Ça énerve les enfants, ça énerve la mère, et moi je dors plus ou moins.Durant ma semaine de nuit, toute la famille est sur une tension nerveuse.\" Monsieur Turcotte organise son programme pour pouvoir être présent à ses enfants: \"mais quand je travaille de 4 heures à minuit, je ne vois presque pas ceux qui vont à l'école.\" Deux incertitudes quant à l'avenir: une grève possible et une mise à pied.Les négociations du contrat de travail s\u2019éternisent et font dire à Monsieur Turcotte:'*on a peur d'une grève, et c'est très dur de supporter une grève avec les exigences de la vie et de la famille.J'ai regardé pour m'acheter une maison, mais quand j ai vu que les négociations n'allaient pas bien, j'ai hésité.' Il semble que la Compagnie reviendrait sur certains avantages déjà acquis par les travailleurs, par exemple, la Compagnie voudrait se réserver le droit de donner les vacances au temps où elle le désire, ce qui pourrait être aussi bien en hiver qu'en été.Il y a aussi l\u2019automation, et dans l'usine de Monsieur Turcotte on prévoit qu\u2019elle affectera 200 travailleurs durant l\u2019année.En sera-t-il exempt?Il répond: \"Des gars de mon âge ( 47ans) n'auront pas la séniorité suffisante pour conserver leur emploi.\" Monsieur Turcotte n'a pas pu réaliser la vie à laquelle il aspirait, mais il se résigne, comme ses compagnons de travail.S\u2019il accepte sa vie c\u2019est à cause de sa famille qui.ajoute-t-il, a toujours été en santé.Il est militant syndical et trouve qu\u2019il y a encore trop de travailleurs qui n'ont pas confiance dans le syndicat et remettent leurs responsabilités entre les mains des dirigeants.Parlant de la religion, il dit: \"à l'usine on n'en entend pas parler; mais quand il s'agit de donner un coup de main aux autres, les gars sont toujours prêts.Madame Savard Madame Savard et sa famille habitent la Petite Bourgogne depuis 3 ans.Auparavant ils avaient toujours vécu dans la région du Saguenay où Monsieur Savard a d\u2019abord travaillé comme bûcheron, puis ensuite durant 11 ans à l\u2019usine d'aluminium.Un reclassement des travailleurs à 4 l\u2019usine a marqué le congédiement de Monsieur Savard qui ne possédait qu'une septième année scolaire alors qu'on en exigeait une onzième.Sur l\u2019invitation d'un parent, la famille Savard est venue tenter sa chance à Montréal.Durant un an et demi, Monsieur Savard travaille dans un garage, jusqu'au moment où le propriétaire vend son commerce.Depuis ce temps, ajoute Madame Savard, \"on vivote: nous avons vécu 3 ou 4 mois de chômage, 3 ou 4 mois de petits travaux.Mon mari qui a du coeur, a eu jusqu'à trois emplois à la fois pour nous permettre de vivre.Depuis quelques semaines il est gardien de nuit malgré que sa santé ne lui permette pas de faire un tel travail.Il gagne $58.00 par semaine\".La maladie et ses conséquences dans une famille économiquement faible a marqué ce foyer.Mme Savard dit: \"La maladie n'arrête pas: quand on est trois mois sans reconduire un enfant d'urgence à l'hôpital, on est au paradis.Je me fais soigner pour les nerfs et mon mari a le cœur malade.\" Et elle ajoute: \"Les hôpitaux et les médecins sont les plus durs quand il s'agit de se faire payer, nous avons connu plusieurs saisies.\" Durant les mois de chômage la famille Savard a vécu de l'assu-rance-chômage ($36.par semaine) et d'une allocation du Bien-Etre.Cette assistance tardait souvent à venir et Madame Savard passe la remarque: \"En attendant, on n'est pas supposé de vivre.\" Elle mentionne les humiliations endurées alors qu\u2019ils allaient demander de l\u2019aide à certains organismes et même à des prêtres.Elle s\u2019étonne que le nombre imposant d organismes sociaux ne puisse pas répondre d'une manière plus efficace aux besoins des plus pauvres.Elle souhaite du travail pour chaque chef de famille: \"quand les enfants rentrent à la maison qu'ils puissent dire papa travaille, et la femme, mon mari va rentrer de travailler.\" Qu'est-ce que cela veut dire dans la vie de chaque jour de ne pas posséder un minimum d'argent pour vivre?Madame Savard le souligne de différentes façons tout au long de son interview: \"ça fait dix ans que nous n\u2019avons pas bu de lait et qu\u2019on mange de la margarine.\" \"on reçoit de $40.à $45.de prescriptions médicales qu'on jette à la poubelle, car on ne peut s'en payer que pour $3.00.\" \"on est obligé de refuser à un enfant 50 sous pour acheter un cahier à anneaux et à un autre 10 sous pour un crayon.\u201d 5 on ne va jamais au théâtre, nulle part, on reste à la maison et on pleure.\u201d les fêtes de mariage, les funérailles, les événements de la famille, on n\u2019a pas le droit d\u2019y aller.\" \"quoi dire à l\u2019enfant qui n\u2019a pas de gâteau de fête, parce qu\u2019on n\u2019a pas d\u2019œuf pour lui en faire?\" Malgré tout Madame Savard participe aux organisations de la paroisse, en particulier elle est en charge du petit magasin d\u2019approvisionnement pour les pauvres.Elle a aussi participé à plusieurs rencontres sur la pauvreté et elle fait parti d'un Comité de Citoyens.\"Ce travail m apporte beaucoup, dit-elle, quand je rentre chez-nous je suis contente d avoir fait quelque chose pour les autres.\" M.Roméo Maione Deux responsables sociaux avaient été invités à faire connaître leurs réactions à la situation décrite par les travailleurs.Nous présentons un résumé de chacune de ces deux interventions.L'Eglise vit-elle en orbite ou sur la terre?J\u2019ai assisté, il y a une semaine, au colloque organisé par le département d\u2019action sociale de la C.C.C.pour les responsables sociaux, et aucun des problèmes qui ont été exposés ici n'a été abordé à cette rencontre.Je me demande parfois dans quel monde l'Eglise existe-t-elle?Est-elle en orbite loin des vrais problèmes ou si elle devrait commencer à exister dans un monde réel?Comment 95% de chrétiens peuvent-ils tolérer la pauvreté?Comment se peut-il que dans notre pays, un des plus riches au monde et où la population catholique et protestante est à 98%, nous devions encore entendre des situations aussi pénibles que celles que nous venons d'écouter?Les ressources d'un pays riche utilisées pour des fins égoïstes.On dégage de tous les témoignages combien la maladie est la grande inquiétude des familles à bas salaires.En Belgique, même si 6 j\u2019avais un bon salaire, à chaque naissance d'un enfant ma femme avait droit à des visites médicales régulières, aux exercices prénatals, à l\u2019accouchement et à un repos, aux services d\u2019une aide familiale, et cela sans qu\u2019il m'en coûtât un sou.C\u2019était la même chose quand il y avait la maladie.Et pourtant la Belgique n'est pas le pays le plus riche du monde.Ici, nous disons que nous sommes trop pauvres pour nous donner l'assurance-maladie et pourtant combien d'argent nous investissons pour la TV en couleur et toutes sortes de produits de luxe.On utilise les ressources de ce pays riche pour des raisons égoïstes.L'Eglise a un travail formidable à faire pour redonner aux hommes une autre échelle de valeur.Je ne dis pas cela dans le désir que tous les pauvres deviennent riches, mais pour que nous arrivions au moins à ce que notre société donne la sécurité à chaque citoyen.Organiser les travailleurs pour leur donner le pouvoir de changer leurs conditions.Nous avons besoin d'organiser les travailleurs, car sans cela ils n\u2019ont aucun pouvoir de changer leurs conditions.Un travailleur isolé ne peut rien.Nous vivons tous les jours la loi du plus fort et nos pauvres ne font peur à personne parce qu\u2019ils ne sont pas organisés, parce qu\u2019ils n\u2019ont aucun pouvoir politique.Si on veut solutionner les problèmes des pauvres et des autres travailleurs, il y a le syndicat; mais le syndicat ne peut pas solutionner tous les problèmes économiques.Les syndicats, mais surtout les travailleurs inorganisés et les pauvres, n\u2019ont pas de voix dans nos gouvernements.Le pouvoir politique est entre les mains de la classe moyenne et bourgeoise.Si nous n\u2019arrivons pas à politiser la grande masse de la population.nous aurons toujours des politiques qui favoriseront un certain groupe de la société.C'est dans ce sens qu'il faut éveiller les consciences.L Eglise doit liquider l'égoïsme.Le syndicat, la politique, sont des institutions humaines qui n'ont pas pour but la rédemption du monde: ça c'est la tâche de l'Eglise.L\u2019Eglise doit, par sa présence aux hommes et aux institutions, liquider l\u2019égoïsme pour permettre une conscience collective de l\u2019ensemble de la société.Il y a aussi de l'égoïsme chez certains travailleurs qui sont parvenus à une sécurité financière.C'est le rôle de l'Eglise de leur rappeler leur responsabilité envers ceux qui sont restés au bas de l'échelle.7 M.Léo Cormier Monsieur Cormier travaille aux Services familiaux de la \"Petite Bourgogne\".Il est en contact constant avec les situations décrites dans les témoignages précédents.C'est ma vie de tous les jours.Je ne peux pas vous dire que les situations décrites m'ont frappé.C'est ma vie de chaque jour: je demeure dans un secteur défavorisé et je travaille dans un autre qui ne l'est pas moins.Mais je puis vous affirmer que tout cela est vrai et que ce sont des situations que je vis à cœur de jour.Je suis d'accord toutefois pour affirmer que la situation n'est pas encore décrite dans toute sa réalité.Le problème de la pauvreté est-il insoluble?Quand on regarde les structures de la société, on se demande parfois s'il y a moyen d'en sortir.Nous sommes aussi loin de la pauvreté qui existe chez-nous que nous pouvons l\u2019être pour celle du tiers-monde.Nos politiciens ne savent pas ce qui se passe, comment et pourquoi ça se passe; alors comment peuvent-ils répondre adéquatement à ce problème de la pauvreté chez-nous.Ils se posent des questions, mais n\u2019ont pas de réponse.La classe des parvenus a élévé un mur de préjugés qui la sépare des pauvres, et tant que ce mur ne tombera pas, tout dialogue entre favorisés et défavorisés restera impossible.Passons à l'action.Souvent je me demande quand allons-nous agir.Arrêtons de faire des enquêtes, nous savons que la pauvreté existe: passons à l'action.Tous les jours nous devons répondre à des besoins très concrets.Par exemple, à la suite de la dernière tempête de neige nous avons dû répondre à de nombreuses demandes de bottes pour les enfants.Il faudra d'abord laisser tomber nos préjugés et donner aux pauvres la chance de prendre leurs responsabilités et de se valoriser comme hommes.8 Il faudra des politiques sociales qui se donnent des priorités par rapport aux problèmes les plus urgents, par exemple, la santé et le travail.Et je pense que l\u2019Eglise a un rôle à jouer pour lutter en toute liberté contre les injustices nombreuses, énormes, écœurantes, dont les travailleurs sont victimes.Il sera nécessaire de faire redécouvrir une nouvelle notion de la charité qui n'est plus don, mais service.Pas la charité d'un jour, mais la justice de tous les jours.Autour de la fête de Noël, il y a une atmosphère d\u2019amour et de charité qui a certainement tout son mérite.Le mercredi des cendres, il y a encore des pauvres, mais il n\u2019y a plus de \"paniers\".Nous devons apprendre à aimer tous les jours, et non pas par périodes.Des prêtres réfléchissent.1\t\u2014 Sur ces conditions faites aux travailleurs \"Ces personnes sont brimées dans leurs besoins vitaux.\" \"Les travailleurs vivent dans une insécurité permanente, au travail, dans la famille.\" \"Les travailleurs sont dépendants des patrons, de la maladie, de la pauvreté, de l'automation.\" \"Ils ne sont pas respectés comme personnes humaines, on manque de confiance en eux.\" \"Les travailleurs sont victimes d'un système capitaliste qui accorde une plus grande valeur à l'argent qu'à la personne.\" \"Les inorganisés n'ont aucune voix, aucun pouvoir.\" \"Certains politiciens ne travaillent que par ambition et pour l\u2019argent.\" 2\t\u2014 Sur les attitudes des travailleurs \"Les travailleurs désirent travailler et prendre des responsabilités.\" \"Ils ne s'épanouissent pas au travail, ils se résignent à vivre ainsi.\" 9 Les travailleurs manquent de solidarité entre eux.Ceux qui ont atteint une certaine promotion oublient facilement ceux avec qui ils ont vécu et travaillé.\" \"Ils sont courageux, persévérants.On tient à l'honnêteté et à la justice.\" \"On souffre de l'isolement quand on s'expatrie.\" \"Ils se sentent dévalorisés quand ils sont en chômage.\" \"Les pauvres sont humiliés par les bourgeois et l'Eglise.\" Les travailleurs ignorent les moyens mis à leur disposition pour lutter et revendiquer.Ils participent peu à leur syndicat.\" \"Ils désirent une plus grande planification des services.\" \"On aime à rendre service et à s'engager pour les autres.\" \"La foi des travailleurs s'exprime dans l'amour et leur souci de justice.\" Sur leur propre situation face aux travailleurs \"Il existe un écart entre la situation des travailleurs et la nôtre.On ne vit pas les mêmes problèmes, leur insécurité, leur pauvreté.\" \"Nos schémas ne correspondent pas à leur réalité.On ne parle pas le même langage.\" \"On doit prendre conscience des valeurs qu'ils vivent et aider les travailleurs eux-mêmes à en prendre aussi conscience.\" \"Les préoccupations des prêtres ne sont pas vitales, on ne connaît pas les vrais problèmes.\" \"On est davantage préoccupé de l'Institution.On est prisonnier des structures.\" \"On n\u2019est pas présent dans les milieux de travail et dans les milieux pauvres.\" \"On se sent loin des ouvriers et des pauvres.\"Les prêtres ont peur de prendre position, de se désinstaller.\" \"On prêche l'acceptation au lieu de l'engagement. L\u2019Eglise, témoin du Christ en monde ouvrier Paul-Emile Charland.o.m.i.\"L'Eglise est.dans le Christ, comme un sacrement ou.si l'on veut, un signe et un moyen d opérer l union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre humain.\" (Lumen Gentium, 1) Ce signe témoigne-t-il véritablement dans le monde ouvrier au milieu duquel nous vivons?Ce témoignage est-il entendu suffisamment pour révéler le Sauveur?Ramenés à la vie par les \"close-up\u201d que nous ont donnés les travailleurs au cours de la première partie de la session, nous avons réfléchi ensemble sur la qualité du témoignage que nous donnions en tant qu'Eglise.Le tableau n'est pas que négatif; des actions remarquables ont été entreprises ici mais elles demeurent individuelles et font ressortir par contraste les hésitations de l'Eglise.1 \u2014 Signes positifs du témoignage L\u2019Eglise témoigne pour l'ouvrier et le pauvre, mais ce n'est encore que le fait d\u2019individus: \u2014\tprise de position des prêtres d'une zone à l\u2019occasion d'une grève \u2014\tprésence sympathique de prêtres sur des lignes de piquetage \u2014\tquelques présences en usine \u2014\treligieuses qui vivent plus près des gens, à leur service \u2014\taction de divers mouvements: J.O.C., M.T.C.L\u2019Eglise s'est prononcée officiellement en certaines occasions en faveur des ouvriers et des défavorisés: \u2014\tla conférence œcuménique sur la conscience chrétienne et la pauvreté, \u2014\tla déclaration de l'épiscopat à l'occasion de la fête du travail 1968 11 \u2014 l\u2019Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix.2\t\u2014 Insuffisance du témoignage Ces efforts de présence auprès des ouvriers et d'intérêt à leur vie restent le fait d\u2019individus isolés et d'actions sporadiques.La communauté chrétienne dans son ensemble ne se montre pas suffisamment solidaire dans ce témoignage.Pourquoi?Diverses raisons se sont fait jour dans nos réflexions: \u2014 En pratique, nous avons plutôt comme politique de répondre aux besoins à mesure qu\u2019ils se présentent, sans avoir de vision d\u2019ensemble des problèmes.\u2014 A cause d\u2019une distinction trop accentuée entre la religion et la vie, nous évitons de nous engager dans la lutte pour la justice.\u2014 Par sa stabilité, l\u2019Eglise est embarquée avec la petite bourgeoisie, identifiée au système capitaliste, au pouvoir établi.\u2014 Ses préoccupations religieuses la placent plutôt en dehors de la vie.en dehors des événements.\u2014 Préoccupée surtout du salut individuel, elle néglige la vie des groupes: préoccupée trop souvent du nombre des pratiquants, elle néglige les personnes et leur développement.\u2014 La rigidité et l'anonymat des structures de l\u2019Eglise empêchent les individus et les petits groupes de s\u2019engager au niveau de la vie.3\t\u2014 Questions que pose l\u2019évangélisation Combler les insuffisances du témoignage de l'Eglise dans le monde ouvrier, telle fut ensuite l\u2019interrogation des prêtres et des laïcs présents à la session.Comment l'Eglise devrait-elle témoigner dans la situation où vivent la grande majorité des travailleurs?Des questions se sont posées, des problèmes ont été soulevés, au caractère parfois assez radical.Les voici dans toute leur crudité: nous les avons groupés autour de trois aspects qui se dégagent de l\u2019Evangile.L'Evangile, un salut 1 \u2014 Est-ce que pratiquer sa religion veut dire aller à la messe ou lutter contre l'injustice sociale?Que vaut le ministère sacer- 12 dotal en usine, alors qu'on nous défend de nous occuper des problèmes des ouvriers?2\t\u2014 L\u2019Eglise ne devrait-elle pas \"se mouiller\u201d pour les petits et les pauvres?3\t\u2014 Pourquoi le clergé ne s'embarquerait-il pas dans les initia- tives socio-économiques, l'animation sociale.?4\t\u2014 Nous avons l'impression de n\u2019être pas pleinement prêtre quand nous ne travaillons pas au niveau ministériel.L'Evangile, une vie 1\t\u2014 Pour rejoindre l\u2019Evangile faut-il partir de l\u2019institution, (pa- roisse.prédication, sacrements), ou s\u2019il faut partir de la vie.avec ses problèmes qui nous paraissent souvent terre-à-terre?2\t\u2014 Comment être présent aux problèmes des gens?Faudrait- il adopter le même genre de vie?3\t\u2014Comment faire découvrir et révéler les valeurs chrétiennes vécues par les gens lors des grèves, du chômage, etc.4\t\u2014 L\u2019amour de l\u2019homme, de la promotion humaine, rejoint-il l\u2019amour de Dieu?L'Evangile, une force 1\t\u2014 Comment apporter à la société tout le dynamisme \u2018\u2018révolu- tionnaire\u2019\u2019 de l\u2019Evangile?2\t\u2014 Que signifie pour le prêtre et pour l\u2019Eglise: audace, risque.compromission, insécurité?3\t\u2014 L\u2019Eglise ne devrait-elle pas crier les injustices, même face à la politique?4\t\u2014 Etre prophète ce n\u2019est pas être un franc-tireur, mais c\u2019est être en lien avec une certaine forme de vie d\u2019Eglise.L\u2019Eglise a besoin de prophètes.5\t\u2014 Comment arriver à trouver des prêtres qui vont faire une option, et jusqu\u2019au bout, pour le monde ouvrier?13 Bâtir des cellules d\u2019Eglise Jacques Grand'Maison Pour répondre aux interrogations sur le témoignage de l'Eglise en monde ouvrier, le chanoine Grand'Maison dégagea certaines orientations inspirées par un \"second regard\" à la lumière de la Bible et de l'Evangile.Nous avons gardé au texte son style parlé qui témoigne d'une vie intense.n.d.l.r.Je voudrais me situer dans la lancée des témoignages de laïcs et de prêtres que nous avons eus au cours de la journée et de certaines questions-clés qui ont été soulevées ce matin: \"Est-ce que nous avons à partir de nos structures ecclésiales ou bien si nous avons à partir de l\u2019Evangile en situation de vie?\" Quand on parle de l'Evangile en situation de vie, on se réfère à la qualité de cette vie-là, à la crudité des problèmes qui sont posés, particulièrement dans le monde ouvrier.Cela rejoint le témoignage d\u2019un confrère qui finissait en disant: \"Il m'est d'avis que la foi et la vie c\u2019est la même chose.\" Nous allons dégager certains points de repère pour nous situer dans l\u2019ensemble du paysage de la vie ouvrière à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise.Je dis ceci parce que nous avons plusieurs situations intermédiaires dans le groupe.Nous n'en sommes plus à un clergé monolithique qui formait une seule famille spirituelle.Il y a différentes conceptions de l'Eglise, différents regards sur la vie et sur ce qui se passe actuellement, différentes conceptions du sacerdoce.Points de repère Premier Il y a certains clichés qui exigent d'être revus.Le premier c'est l'image centrale de l'Eglise chez-nous et de la société québécoise: la 14 paroisse.Réalité socio-religieuse, on parlait aussi bien des Quarante Heures de la paroisse que de la coopérative ou des égouts de la paroisse.Ce fut une étape nécessaire mais qui doit être repensée, surtout en contexte urbain.Deuxième L'image centrale de la société dans laquelle nous sommes c'est une image de promotion, et de promotion profane.La culture de la terre est considérée maintenant davantage comme une tâche.L'école n\u2019est pas un donné tout fait, c'est une tâche.Les villes sont à construire, le monde agricole est à construire, un Etat est à construire.Alors on se lance dans l'économie, l\u2019instruction: recyclage des travailleurs, promotion collective des travailleurs.T coisième Deux autonomies sont en train de s\u2019affirmer.D'abord les préoccupations vont du côté de la promotion profane sans que forcément on écarte la dimension religieuse comme telle: comme attitude, c'est une espèce de coexistence pacifique.On est mobilisé du côté de la promotion, mais il nous faut du temps pour nous apercevoir que la libération du profane a quelque chose à faire avec le christianisme.On découvre progressivement que c'est un des aspects de la foi, que la rédemption et la libération ne sont pas séparées.Ce fut difficile pour l\u2019Eglise de découvrir ce qu'il y avait de positif dans la \"révolution tranquille\u201d.L\u2019autre volant de l'autonomie qui s\u2019affirme c\u2019est tout ce qui sent le besoin de retourner à ses sources, de purifier sa foi, parce que dans un contexte de chrétienté on est porté à oublier l'originalité même de l'institution chrétienne.C\u2019est assez évident dans le cas de la paroisse.Mais ce fut encore, entre les années 1950-65, une préoccupation de réforme de structures.Quatrième C\u2019est beaucoup plus profond ce qui se passe dans le profane et dans l\u2019univers de la foi.On fait face à des changements de mentalité, à de 15 nouvelles philosophies de la vie.Ce sont les valeurs qui changent, autant que les problèmes.Dans cette conception d'ensemble de la vie, la foi a plus ou moins de place.Même des prêtres se demandent ce que c'est que la foi, ce qu\u2019elle vient faire dans leur vie.Interrogation salutaire d'où 1 on commence à découvrir des liens entre la foi et la vie des individus, la vie familiale.Mais là où la relation est la plus embrouillée, c\u2019est dans les réalités collectives, les problèmes sociaux, économiques, politiques.Ce sont pourtant ces réalités qui poussent en avant.A l\u2019intérieur de cela 1 Eglise est marginalisée, elle reste dans le domaine privé.La foi n\u2019arrive pas à s\u2019exprimer dans le domaine social.Attitude pastorale Le changement dont je viens de parler est loin d'être assumé, critiqué.élagué.On prêche, on fait la visite de paroisse, on bâtit une équipe de foyers ou de M.T.C.un peu comme si on était dans cet univers d'autrefois, comme si les gens avaient la foi à priori, comme s\u2019ils avaient les deux pieds dans l\u2019Eglise.C\u2019est un peu la difficulté que j'ai vécue quand je suis arrivé sur les lignes de piquetage, dans les veillées chez les chefs de syndicats, dans les locaux d\u2019union, dans les assemblées syndicales.Ma première réaction me disait: la foi et l'Eglise sont drôlement absentes de tout cela.Je me sentais démuni parce que je n'avais aucun terrain d\u2019appui.En chaire ça va: dans la salle paroissiale ça va: à l'école ça va: dans un groupe de chrétiens qui s\u2019identifient comme tels, ça allait.Mais là je ne savais vraiment pas quoi faire.Partir d'ouvriers qui se rencontrent en Eglise, et partir d\u2019ouvriers en situation, engagés dans une même lutte et qui ne se regroupent pas à partir de la même base d\u2019appartenance religieuse, ce sont deux mondes différents.Il va falloir que nous en prenions conscience dans toutes leurs dimensions et leurs conséquences.Il y a des situations d\u2019appartenance religieuse extrêmement diverses: \u2014 Luc ne met jamais les pieds à l'église, et pour lui la question de religion c'est des bébelles \", il est indifférent.\u2014 Roger ne met jamais les pieds à l\u2019église, mais il reste un croyant quand même.16 \u2014 Edmond va à l\u2019église pour toutes les raisons excepté pour celle d\u2019une foi qui n\u2019est pas là: donner l'exemple à ses enfants, etc.\u2014 Armand, c'est un croyant qui est vraiment branché sur le Seigneur.Quel est votre point de départ?Le vrai point de départ c'est le travailleur en situation, ses engagements, ce qu'il vit.Cela a mis en cause toute ma pastorale, ma théologie, ma conception de l\u2019Eglise.Je me voyais comme une espèce de transmetteur des valeurs évangéliques, un commis-voyageur du Christ.Je me sentais mal à l\u2019aise parce qu'il n\u2019était pas question du Christ.Alors avec ces gars profondément engagés dans leurs syndicats, dans leurs responsabilités, j'accepte de cheminer, j'essaie de voir si pour la conception de la foi, du christianisme, ce n'est pas eux qui ont raison.Un second regard J\u2019ouvre ma Bible.Qu'est-ce qui est dit à la première page?\"Dieu a fait l'homme, Adam croyant, de la terre.\" C'est la réalité cela: \"de la glaise \", Il faut retrouver ce réalisme fondamental de la Bible.La glaise, le terreau humain, c\u2019est le profane, les problèmes concrets des gars, leur vie ouvrière, leur engagement syndical.On se trompe si on veut bâtir la foi, l'espérance, la charité, sans cette glaise.Nous en sommes convaincus, mais je pense qu'il faudra que nous approfondissions cette conviction-là.L\u2019Esprit Saint nous demande actuellement de revenir au réalisme biblique, charnel, de l'Incarnation, à la Terre nouvelle de la Pâque.C\u2019est ce que j'appellerais le second regard.Mon premier regard c'était de dire que l'Eglise.l'Evangile, la Foi sont absents du monde ouvrier.Un second regard, celui de la Bible, me dit: \"L'Esprit est répandu sur toute chair.\u201d Le Christ est là, il a tout sauvé, il est présent là-dedans.\"Le Royaume ne se laisse pas observer: tu ne peux pas dire il est ici ou il est là.Le Royaume est au milieu de vous.\" Est-ce que ce ne serait pas cela notre première conversion: Nous convertir au Royaume déjà présent, en pleine glaise.Nous convertir à cette présence qui nous a précédés.Quand on parle de bâtir l'Eglise, que l'on soit prêtre ou laïc, la grande tentation tout au long de la Bible c'est de s'évader, de fuir la vie: la tentation d\u2019incrédulité.17 Mais à quel signe découvrir le Royaume?La glaise, toujours la glaise! Aller au bout de cette glaise pour y faire jaillir la qualité de la vie.Faire face aux vrais problèmes avec ceux qui y sont impliqués, et ensemble aller jusqu au bout.Le Seigneur dit: \"C'est là que tu vas me rencontrer.C'est moi le chemin, la vérité, la vie.\" Occupons-nous des hommes.L'amour que le Seigneur a vécu dans l'Evangile, c\u2019est un amour qui met les hommes sur pieds, un amour qui fait entendre, qui fait voir.Et nous, nous spiritualisons, nous transportons dans les nuages.L\u2019Eglise, elle est déjà commencée partout où se vit une fraternité, un service authentique, des efforts de libération.Avec des signes qui sont privilégiés: la place que l\u2019on fait au petit.Cela peut prendre toutes les formes possibles et imaginables.Objection de l'horizontalisme Les théologiens nous disent que l'on tombe dans l'hérésie de l'hori-zontalisme: \"c'est trop humain cela\".Ils disent: le prêtre, ce n\u2019est pas un animateur social, un constructeur de coopérative, ce n'est pas un permanent syndical: le prêtre, c\u2019est le haut-parleur de Dieu, il prêche, il enseigne, il éduque la foi.Mais la foi de qui?La foi de quoi?La foi pourquoi?Et la foi comment?Le signe que Dieu nous a donné, c\u2019est la glaise: c\u2019est d'elle qu'il fait jaillir la vie, c\u2019est là que nous le rencontrons.Cela est très biblique: la première eucharistie c\u2019est l'eucharistie de la vie.La \"beraka\" c\u2019était la vie qui montait, la victoire de la vie.la victoire du sens sur le non-sens, et cela jusqu'à la résurrection.Optimisme croissant où la vie gagne.Ce qui est à retenir le plus dans l'Evangile: \"Je suis la vie.L'Eglise, comme Adam, ne se bâtit qu\u2019avec la glaise.Une foi radicalisée Le profane est en train de se radicaliser.Cela devient de plus en plus exigeant pour celui qui s\u2019engage dans la vie, sur le plan social ou autre.Tout se passe comme si la foi était en porte-à-faux.C'est alors un appel du Seigneur à radicaliser sa foi.L\u2019image qu\u2019elle a donné jusqu'ici était beaucoup plus celle d'un frein que celle d'un dynamisme.18 Nous avons à nous engager dans les promesses eschatologiques pour que la société ne soit pas une grimace du Royaume de Dieu.Une roi, donc, qui nous projette en avant et qui en même temps relativise, car on a toujours la tentation de faire un dieu de nos mécanismes, de nos structures, des objectifs humains.Non pas pour retourner en arrière, mais pour aller plus loin.Vivre l\u2019insécurité Nous sommes de plus en plus dans un contexte urbain, mais nous conservons encore une mentalité rurale: nous voulons des choses solides, des choses qui se tiennent.Comme me disait un curé: \"Moi, je n\u2019avance pas si je ne suis pas absolument sûr.\u201d C\u2019est vraiment rural cette réaction.Une enquête sérieuse sur la conception de la vie urbaine a révélé récemment que 75 à 80% des prêtres et des religieux n\u2019avaient pas saisi le minimum de ce qu\u2019est un comportement urbain.Le comportement urbain, c\u2019est de l'inachevé, un monde de l'événement, un monde où il y a des rassemblements soudains, un monde de choix, un monde fluide.Mais nous n\u2019avons pas encore accepté cette insécurité.Si la seule forme d'insécurité que nous avons est de chercher nos voies, et si nous la refusons, quelle autre façon vraie nous restera-t-il d\u2019être en collaboration, en même longueur d\u2019onde avec ceux qui vivent d\u2019autres formes d\u2019insécurité?Accepter l\u2019insécurité au cœur même de notre aventure de foi.Un engagement total Une parabole nous fera mieux comprendre.Dans une région d\u2019Afrique c\u2019était la famine: les animaux décident de venir en aide à leurs confrères en détresse.La poule va voir le cochon et lui dit: Es-tu prêt à faire ta part?Moi, je vais envoyer des boîtes d'œufs; toi.es-tu prêt à envoyer des paquets de \"bacon\".Le cochon la regarde: Pour toi, c\u2019est un engagement partiel; pour moi, c\u2019est un engagement total.C\u2019est ce qui se passe pour les classes populaires: \"Je vais essayer cela dans le monde ouvrier.\" Bien des choses vont tomber, mais ma res- 19 ponsabilité d\u2019évangélisateur, mon coude-à-coude avec les travailleurs avec lesquels je vis une solidarité depuis 10 ans, ce sera la dernière chose qui va tomber.On a besoin actuellement de prêtres qui \"y mettent le paquet\", qui acceptent de vivre cette insécurité, de se faire dire par les uns qu\u2019ils sont contre l'institution, et par les autres qu'ils font du cléricalisme.Laissons-nous éduquer par la vie.et pendant qu'il y a des gens qui vivent dans une insécurité profonde ce n\u2019est pas le temps de nous arrêter à mi-chemin de nos engagements.Est-ce que ce n'est pas une tâche passionnante?Je travaille dans différents milieux, mais le milieu le plus passionnant, le plus vrai, le plus authentique, le milieu qui nous assoie dans la vie, où les relations humaines sont directes, c'est le milieu des travailleurs.Il y a une qualité humaine devant laquelle je ne puis m'empêcher de dire: c'est le plus beau signe du royaume de Dieu qui est là.Mais cet engagement va nous obliger à nous serrer les coudes ensemble, à ne pas céder sur certains points, parce que nous sommes tellement peu nombreux pour aboutir à une Eglise qui soit missionnaire, à une Eglise qui ne soit pas un contre-témoignage, qui mette vraiment le poids du côté des petits.Vivre l\u2019Evangile Quand je vois tout ce qu'on a d\u2019Evangile parlé, liturgisé, catéchisé, paroissialisé, concilisé, à côté de ce qu'on a d\u2019Evangile vécu et agi, je ne suis pas gêné pour dire: moi ce qui m'intéresse c'est de l\u2019Evangile en action.Je ne dis pas que tout cela n'est pas important, mais que l'on a besoin actuellement de témoignages qui soient inscrits dans des gestes, dans des comportements.Et c\u2019est peut-être cela que les travailleurs me rappellent quand ils me disent: \"Monsieur l'abbé, votre texte d'Evangile.: nous autres, nous voulons le vivre l'Evangile.\" Cela est révélateur du type de religion auquel ils aspirent.En terminant, je reviens à l\u2019idée centrale: si on s'occupe de \"bé-belles\u201d on va avoir une foi pour enfants: si on s'occupe de problèmes et de questions secondaires on va avoir une foi secondaire.Mais si on s'occupe des vrais problèmes et que l'on accepte d'aller jusqu'au bout de ces problèmes en essayant d\u2019y vivre l\u2019Evangile, on aura alors une foi qui sera véritablement une vie.20 Les options nécessaires Laurent Denis, o.m.i.Pour répondre aux exigences missionnaires, le prêtre ne doit-il pas opérer des choix, établir des priorités, s'il veut assurer une présence missionnaire et travailler à l'évangélisation du monde ouvrier?Voilà la question posée au terme de cette session.Nous reproduisons ici les réflexions recueillies dans les différents ateliers de travail.L'Option, c'est quoi?Faire une option, c\u2019est faire un choix, c'est s'engager profondément, c'est aussi établir des priorités dans son travail.L'option d\u2019un prêtre doit se prendre à partir des besoins du milieu.Elle doit correspondre aux attitudes, aux convictions, aux charismes de chacun.Cette option n\u2019est pas un choix arbitraire.Elle doit être faite au nom d'une théologie de l'Eglise et de sa mission.Nécessité d une option Un prêtre ne peut pas être un homme universel.Il doit de plus en plus se spécialiser.Sans option, un prêtre tourne en rond.L'option est nécessaire si on veut aller en profondeur, si on veut rejoindre les gens en situation.Sinon on risque de répondre à des questions d'ordre secondaire.L\u2019option est nécessaire si on veut être proche de la vie, si on veut la saisir dans tout ce qui fait ses richesses et sa pauvreté.Difficultés de faire une option Les prêtres ont rarement été appellés à faire une telle option.Le plus souvent, on leur assigne une tâche, un milieu qu\u2019ils acceptent avec générosité.L\u2019option est faite par d\u2019autres qu'eux.21 On ne peut pas tout demander à un prêtre qui a fait des options.C\u2019est exigeant pour lui et pour les autres.C'est la grosse machine de la Pastorale d'ensemble qui pèse sur le dos du prêtre.L\u2019engagement vient d'en haut et conditionne le rendement de son option.Ce n'est pas non plus sécurisant de s\u2019opposer à cette machine.Le problème vient autant de la base parce qu\u2019on ne s\u2019arrête pas suffisamment pour réfléchir en équipe sur les priorités du milieu.Il faut être capable aussi de s'opposer aux plans non-incarnés parfois de la pastorale d\u2019ensemble.L\u2019équipe doit seconder et encourager ceux qui font l\u2019option pour le monde ouvrier.Les difficultés viennent aussi du fait qu\u2019on a peur de remettre en question son action.Cette remise en question doit se faire d'une façon permanente si l'on veut une pastorale adaptée.Enfin on accorde beaucoup plus d'importance à la pastorale scolaire, à la liturgie et à la catéchèse qu\u2019à la pastorale en monde ouvrier.L'option pour le monde ouvrier Les prêtres considèrent que l\u2019option pour le monde ouvrier signifie: \u2014\trejoindre les travailleurs en situation, les rejoindre dans ce qui fait leur vie, \u2014\têtre engagé avec et pour les ouvriers et aller jusqu'au bout de l'engagement, \u2014\tune présence sacerdotale plus vraie, \u2014\têtre attentif aux groupes naturels, aux leaders du milieu, \u2014\tsusciter un laïcat.Conditions pour réaliser cette option Conditions générales: \u2014 Une vie d\u2019équipe entre prêtres qui travaillent dans le milieu, et vie d\u2019équipe aussi avec les laïcs.\u2014 Une vie avec le monde ouvrier et dans le monde ouvrier.22 \u2014 Un réaménagement de la paroisse et du ministère des prêtres.\u2014 Avoir une conception de l\u2019Eglise qui soit communauté de charité fraternelle se réalisant d\u2019abord en unités plus restreintes.\u2014 Accepter de commencer en petit, soit par une équipe de JOC ou du MTC.\u2014 Ne pas se fier uniquement à ses propres forces, mais s'appuyer sur le Christ qui est présent dans le monde et dans les hommes.Conditions particulières: \u2014 Vivre en appartement.\u2014 Travailler en usine pour épouser pleinement la vie des travailleurs.\u2014 S'engager dans des options sociales sans avoir peur de prendre des risques et avoir le courage de ses options en les poussant jusqu\u2019au bout.\u2014 S\u2019engager sur le plan politique quand il s\u2019agit de promouvoir des valeurs évangéliques.Moyens de réaliser ces conditions \u2014 Etre aux écoutes de la vie ouvrière par le carnet de faits.\u2014 Remonter de cette vie à l'Evangile par la révision de vie.\u2014 Maintenir une vie intellectuelle et spirituelle éveillée.Conséquences de l'option prise \u2014 Accepter d\u2019être considéré en marge par plusieurs.\u2014 On ne peut être fidèle à l'option pour le monde ouvrier et le monde des pauvres sans y être totalement et uniquement.\u2014 On doit tenter de résoudre l\u2019impasse dans laquelle on se trouve, entre la pastorale missionnaire et la pastorale traditionnelle.\u2014 Avoir le courage de ses options.23 Le prêtre qui veut travailler avec les ouvriers Marcel Lapointe Evangéline Bouchard Je suis content de la session que je vis en ce moment, mais je trouve cela pénible.C'est pénible pour moi parce que je retrouve des choses que j'ai dites il y a sept ou huit ans dans des réunions de prêtres; on me disait alors: \"C'est du schisme\u201d.Je leur avais répondu: \"Appelez ça comme vous voudrez, c\u2019est comme cela que je Je comprends.\u201d Je n'ai pas de théologie, je n\u2019avais pas les mots pour le dire comme Grand'Maison l'a dit, mais je peux lui dire que s\u2019il continue de plonger et d'agir comme il le fait, il va trouver plus que ce qu'il nous a dit hier.L'Amour, avec un grand A, il va le trouver au bout de cela.Quand quelqu'un donne sa vie pour son option, il va trouver que cela a du sens.Voici comment nous voyons le prêtre qui veut travailler avec des ouvriers adultes.Ces convictions, il y en a dix, nous les avons acquises avec les années en travaillant avec des prêtres dans les mouvements.1 \u2014 Il doit décider s\u2019il veut rester un prêtre.Dans la société d'aujourd'hui tout est remis en question.Il se trouve très normal que le prêtre se pose lui aussi des questions, et peut-être même sur sa vocation.Je trouve cela aussi normal que le père ou la mère de famille qui se demandent, quand ils en ont par-desssus la tête: \"Est-ce que j\u2019ai bien fait de me marier?\u201d Au risque de découvrir qu'ils se sont joliment trompés.Au fond, je trouve que le prêtre traverse lui aussi sa crise religieuse.Qu'elle se situe au niveau de sa vocation, c\u2019est normal, parce que celle-ci est étroitement liée à l'Eglise-institution.Mais quelqu\u2019un qui est engagé dans une vie, il doit être convaincu.Quelqu'un qui s\u2019est donné une option et qui n\u2019est pas convaincu, celui-là est appelé à disparaître, que ce soit dans le syndicat ou ailleurs.Celui qui est dans une vocation doit l\u2019avoir à cœur et l'aimer.24 2\t\u2014 11 doit vouloir remplir sa vie avec quelque chose de plus que son ministère.Remplir ma vie, c'est à mon sens mettre dans ma vie quelque chose de complémentaire, quelque chose qui va m'aider à évoluer et qui va m'équilibrer.De même que la vie de famille n\u2019est pas suffisante pour une femme ou un homme, je trouve que le ministère seul n\u2019est pas suffisant pour donner à un prêtre l\u2019équilibre.Le ministère, mon mot n\u2019est peut-être pas juste à vos oreilles, mais je veux dire par là tout ce qui entoure votre vie presbytérale.Je compare cela à ma vie de famille: une femme a amplement d\u2019ouvrage, elle en a plus qu\u2019elle est capable d\u2019en faire pour l'entretien de sa maison: mais je dis que ce n\u2019est pas suffisant pour remplir une vie.3\t\u2014 Il doit opter pour qui il veut travailler.Je suppose que vous tendez à opter pour la classe ouvrière.Je trouve que c'est normal que vous vous posiez des points d'interrogation: c'est difficile, je suis d\u2019accord.Mais il va falloir que vienne un jour où vous cessiez d\u2019être assis sur la clôture, de vouloir sauver toutes les situations.Ça va être difficile à cause de votre formation; c'est aussi difficile pour nous, mais nous avons été habitués à avoir plus de misère que vous dans la vie.Ça nous a fait mal à nous aussi l\u2019engagement.On vous a parlé hier du syndicalisme: il s\u2019est donné des vies pour le syndicalisme, les ouvriers l\u2019ont bâti avec de la misère.Des faits, on pourrait en raconter à la dizaine.Il y en a un entre autres.Les gars étaient environ quarante, ce n'est pas beaucoup sur les 6,000 hommes de l\u2019usine.Un soir la compagnie décide d'enlever un homme dans l\u2019équipe d\u2019un département.Les gars disent: on ne travaille pas comme cela.Deux soirs de suite.Le troisième soir le chef du département arrive: \"Si vous ne voulez pas travailler prenez vos cartes et allez-vous en chez-vous.\u201d Trente-cinq pères de famille.Ils ont dit: \"Oui, donnez-nous la.notre carte.\" Ils ont pris une chance, les gars, ils avaient des familles, une maison à payer.C'est un geste dur à poser, mais avant de faire des gestes semblables il faut en poser des petits.Je suis convaincu que si vous attendez pour poser un geste comme celui-là vous allez attendre longtemps: ce sont des gestes qui font mal.Il y a de grandes consolations aussi.Quelqu'un qui fait option pour une chose et qui se donne, reçoit de grandes consolations des gens 25 qui l'entourent, qui font équipe avec lui.J\u2019ai eu l'occasion de m\u2019en rendre compte quand ma femme fut frappée de Parkinson.Nous savons très bien que tous les prêtres ne feront pas option pour le monde ouvrier, nous respectons cela car il en faut pour les autres.4\t\u2014 Il doit accepter d\u2019être du monde ouvrier à part entière.C'est à dire qu'il doit accepter les limites du monde ouvrier.Il doit accepter que l'ouvrier fonctionne lentement: on digère lentement.Ne pas essayer le lui donner les réponses que vous connaissez, mais les faire découvrir par eux-mêmes.Quand ça vous fait mal d'être là sans rien dire, pensez qu'eux aussi en endurent du mal: souffrir avec eux.Si vous n\u2019acceptez pas, au point de départ, l\u2019idée que ceux avec qui vous travaillez vont vous faire évoluer sur le plan social, mais aussi sur le plan de votre foi, n\u2019y allez pas.Allez-y si vous êtes convaincus de cela: allez cheminer avec eux.Mais n'allez pas avec les ouvriers parce que vous avez trouvé un terrain où vous pouvez faire du bien, rendre service: vous allez manquer votre coup.Cela me fait penser à l\u2019annonce commerciale qui dit: \"Je les fume parce que je les aime.\" 5\t\u2014 Il doit être du côté des plus faibles.Je dis que quelqu'un qui fait option pour le monde ouvrier, pour les petits, s\u2019il arrive quelque chose, une grève par exemple, ou n'importe quoi, il doit toujours appuyer le plus faible.Je ne me dis pas: \"Mais il a fait ci! Mais il a fait ça!\u201d Je l'appuie totalement: c\u2019est final.C'est seulement après cela que je dois me poser des points d\u2019interrogation et essayer d'améliorer cela.Les ouvriers n\u2019ont pas besoin de nous pour les écraser, il y en aura bien assez pour le faire, et d'une façon plus ou moins sournoise.Donc, faire option pour le plus faible sans y mettre de condition.6\t\u2014 Il faut que l\u2019évolution des personnes l\u2019intéresse.Il faut que vous soyez plus préoccupés de faire avancer des personnes que de faire marcher un mouvement.Le mouvement, les laïcs vont le faire marcher si vous leur manifestez la confiance en eux et en leur mouvement.Etre le support moral, être celui qui va les aider à se 26 découvrir, à découvrir leurs qualités, leurs ressources, et à les mettre en valeur.Les personnes, c'est très important.Ce n\u2019est pas avec le nombre que l\u2019on bâtit quelque chose: les grandes campagnes de recrutement ça ne donne rien.Ce sont les personnes qui font quelque chose, et ça prend du temps à les faire évoluer, à les amener à s\u2019engager avec une optique et un esprit ouvriers.On veut bâtir un monde chrétien et un monde humain: je pense qu\u2019on ne peut le faire qu'avec des gens qui se sentent responsables partout et en toute occasion.7\t\u2014 Il doit être libre et laisser les autres libres.Ce point est assez délicat, mais tout de même il faut être réaliste.Si on envoie quelqu'un et qu'on le délègue quelque part, il faut qu'il soit libre de dire ce qu\u2019il pense: et si vous voulez faire option pour la classe ouvrière il va falloir que vous soyez capables d'être libres de dire ce que vous pensez.Si vous n\u2019êtes pas attaché par des promesses, par des cadeaux, ce sera plus facile de le faire, vous allez être libres pour poser un geste qui s'impose.Les gens se laissent attacher très facilement: n'oubliez pas que les ouvriers le voient et y sont très sensibles.N\u2019essayez pas de gagner l'amitié des gens par des compliments.Supposons que vous travaillez au sein d\u2019une réunion et que des gens vous ont fait quelque chose de travers: si après cela vous leur dites: \"Tu as bien fait ça!\" Ce n'est pas vrai et cela se ressent.On devrait lui dire franchement, et la personne sera libre de faire la même chose avec vous.C'est dans ce sens que l'on parle de liberté les uns envers les autres.8\t\u2014 Il doit choisir le groupe de personnes avec qui il veut travailler.Le monde ouvrier est très vaste.Le prêtre risque donc de planer encore longtemps s'il ne décide pas tout de suite avec qui il veut travailler.Travailler avec tout le monde, \"c\u2019est scientifiquement impossible\u201d.Nous avons confiance au petit groupe et de travailler beaucoup avec le petit groupe.9\t\u2014 Il doit acquérir les qualités du monde ouvrier.Je n\u2019ai pas la prétention de croire que le monde ouvrier n'a pas de 27 défaut, mais il y aura toujours assez de gens pour le lui dire.Je trouve que les grandes qualités du monde ouvrier sont la confiance, la solidarité et la générosité, qualités que l'on ne retrouve pas ailleurs.La confiance: il est tellement confiant qu'il ne se méfie de personne et se laisse facilement \"organiser\" par les beau-parleurs.Mais tout de même c'est une qualité.Aujourd'hui on dit presque que c'est un défaut.Un des grands malheurs actuellement c'est que l\u2019ouvrier est en train de perdre la confiance: si quelqu\u2019un a le malheur de nous faire un petit coup, c'est fini, La solidarité: on la constate en regardant les syndicats.Quand vient le temps de déléguer quelqu\u2019un pour eux, ils y regardent par deux fois et ne prennent pas quelqu\u2019un qui joue deux jeux.Ils pardonneront difficilement à celui qui les lâche.Si vous faites option pour le monde ouvrier, faites attention à la solidarité.La générosité: elle ressort suffisamment des exemples que nous avons donnés.Ils ont le cœur \"comme un autobus\".Essayez de trouver ailleurs autant de gens qui se donnent bénévolement.Et pour les souscriptions, qui est-ce qui contribue le plus?C'est toujours le petit.La patience: J'ajouterais encore une qualité, la patience, parce que nous pensons que pour vous, prêtres, c'est très fatiguant de respecter la lenteur du monde ouvrier, la lenteur de son cheminement.On vous dit d'être attentif aux personnes, mais c'est très fatiguant.En revision de vie vous seriez tentés de leur donner tout de suite la bonne réponse: même s'ils ne la découvrent pas au cours de la réunion, les laisser faire.10 \u2014 Il faut qu\u2019il soit vrai.C\u2019est d'avoir beaucoup plus le souci d'être témoins que d'être savants.Des savants, à peu près tous les prêtres le sont: mais des témoins.?C'est peut-être achalant de vous faire dire cela par une petite mère comme moi.mais n'oubliez pas que quand je prêche quelque chose à mes enfants, il faut que je le sois, il faut que je le fasse, du moins que j\u2019essaie.Et si nous ne vous le disons pas, qui est-ce qui vous le dira?Etre vrai: cela ne sert à rien d\u2019essayer de jouer un personnage, parler et dire de belles choses.Les gars le sentent facilement si vous jouez deux jeux.Voilà ce que nous pensons.Vous pouvez ne pas être d\u2019accord, c'est votre droit, et nous essaierons de répondre à vos questions.28 ^Ufiiodoc ILS L\u2019Eglise au coeur du monde Jérôme Régnier, Directeur de l'Ecole des Missionnaires d'Action catholique et d'Action sociale, de Lille (France) La dernière Constitution (ancien schéma XIII) est certainement, de tous les textes conciliaires, le plus avancé dans la réflexion en profondeur sur le laïcat.Ce texte (imprévu au départ) est beaucoup plus important que la déclaration sur l\u2019apostolat des laïcs.Vingt jours seulement séparent la promulgation de ces 2 textes ( fin Novembre, et 7 décembre 1965): mais il y a bien 20 ans de différence d\u2019âge théologique! C\u2019est qu\u2019en effet au delà de la réflexion sur ce qui distingue laïc et clerc, \u2019\u2019spirituel\u201d et \"temporel\", animation du Monde et évangélisation.nous trouvons ici une perspective théologique sur la nature de la Foi dans un Monde devenu \u2019Historique\u201d et sur la solidarité de l\u2019Eglise et du Monde.Nous avons ici une vue très unitaire, au delà de tous les dualismes anciens: cela renouvelle toutes les questions relatives au laïcat.\u2019C\u2019est dans la mesure où l\u2019Eglise est en dialogue avec le Monde qu\u2019elle se connaît elle-même\u201d nous disait un jour le Père Chenu.Voilà bien l\u2019axe essentiel de Gaudium et Spes.Précisons davantage encore, en indiquant deux propositions qui doivent sans cesse tenir ensemble: \u2014\tc\u2019est la présence au monde qui permet à l\u2019Eglise d\u2019exister et d\u2019avoir une substance: sans cela elle n\u2019est rien et le Royaume ne se construit pas; \u2014\tet en même temps cette présence est animée par Ja Foi au Christ ressuscité, qui donne sens à cette histoire du monde.C\u2019est avec 29 tout le \"spécifique\" de notre christianisme que nous intervenons, sans nous contenter de nous aligner purement et simplement sur les idées du temps, de manière \"horizontale\u201d (selon l'expression du P.Congar) : à quoi bon continuer d'affirmer un \"catholicisme athée\" ou de rester membre d\u2019une Eglise \"perdue\" dans ce monde, n\u2019affirmant jamais sa consistance propre?La constitution Gaudium et spes va sans cesse se référer implicitement à cette double proposition: Présence et Sens.Elle nous permet de bien dégager les principes, les conséquences et quelques applications de ce style de présence au monde.ÉGLISE ET MONDE: PRINCIPES THÉOLOGIQUES Rappelons d\u2019abord quelques difficultés traditionnelles touchant la signification de la construction du monde pour un chrétien, à titre d\u2019exemple.\u2014 A partir de quand une activité \"humaine\" devient-elle \u201cchrétienne\u201d?Est-ce seulement la \"bonne intention\" du chrétien qui la valorise?\u2014 L'intervention chrétienne est-elle seulement à faire dans les limites de la \"morale sociale\" ou de 1' \"annonce\" du Christ: ou bien peut-on dire que tout progrès humain (technique ou moral) est déjà chrétien?\u2014 L'objet du salut (et donc aussi la nature du péché et de l'effort de Rédemption) est-il fondamentalement le salut des personnes ou aussi la construction correcte du Monde dans l\u2019histoire actuelle?\u2014 L'action du laïc chrétien est-elle chrétienne à partir du moment où il vit explicitement, signifie ou annonce Jésus-Christ, ou bien déjà dans l'accomplissement immédiat de sa tâche humaine au foyer, au travail, dans la Cité?\u2014 Peut-on dire qu'un non-chrétien (voire un athée) de \"bonne volonté\" qui améliore la condition humaine construit lui aussi le Royaume de Dieu?\u2014 Et si 1\u2019 \"humain\" est déjà \"chrétien\", à quoi bon être chrétien?.Trois propositions peuvent exprimer la réponse de Gaudium et spes (dans la 1*\u201d partie du texte, chap.1 à 3).30 \u2014 Il y a convergence originelle entre construction du Monde et réalisation du Royaume de Dieu.\u2014 Mais il y a aussi péché (lui aussi \"originel'') possible: le monde ne se construit pas automatiquement dans la ligne du Royaume.Et le mal n\u2019est pas seulement intérieur à chacun, il touche aussi les structures sociales.\u2014 Le salut vient du Christ Sauveur: son Message évangélique et sa Résurrection sauvent non seulement \"les hommes\" mais aussi \"l\u2019humanité\u201d dans son mouvement historique.A.La convergence Monde \u2014 Royaume Le réflexe classique de la pastorale a été souvent celui-ci: comment christianiser un monde \"profane\", et \"pécheur\u201d?C\u2019était s\u2019enfermer dans une problématique de dualité, dès le départ, dont il est ensuite très difficile de sortir.Et cette dualité est dramatique aujourd\u2019hui, en ce temps qui croit au monde en progrès.Le concile a changé cette problématique: d\u2019emblée, il affirme Y unité profonde du Royaume annoncé par le Christ, et du Monde créé par Dieu.Le monde et son mouvement sont divins dès l'origine, ils n\u2019ont pas à être \"divinisés\" de l\u2019extérieur.C\u2019est la perspective biblique de la Genèse comme de saint Paul: \u2014 Dès ses premières lignes, la Bible enseigne que Dieu a donné à l\u2019homme comme une double impulsion (voir G.S., n° 12, 3-4): \u2014\tdominer toutes les créatures terrestres et s\u2019en servir: c\u2019est le sens du rapport Homme-Nature, de l\u2019effort de progrès par le Travail, de l\u2019invention technique qui est source d\u2019Histoire: nous comprenons mieux cet ordre (\"qu\u2019il domine la terre\") dans un monde devenu très évolutif; \u2014\tet ainsi constituer davantage une communauté de personnes qui perfectionne en l\u2019homme l\u2019image de Dieu-Trinité, et le rende ainsi apte au Royaume définitif qui est la participation de l\u2019humanité à la famille divine.Cette double impulsion est profondément convergente: \"et Dieu vit que cela était bon.\u201d \u2014\téclairé par le mystère du Christ, saint Paul (cf.G.S.22, 32 et 38) associe profondément le Verbe Créateur et le Verbe Rédempteur (Eph.1/10): Jésus n\u2019intervient pas seulement à la fin des temps 31 messianiques, mais dès le départ du monde.\"Les réalités profanes et celles de la Foi trouvent leur origine dans le même Dieu\" (G.S.37, 2).Aussi le Concile peut-il affirmer, à la fois objectivement: \"l'Esprit de Dieu, qui par une providence admirable, conduit le cours des temps et rénove la face de la terre, est présent à cette évolution\" ( G.S., n° 26, 4) \u2014 et aussi subjectivement (Esprit vit au cœur des hommes de bonne volonté) : \"Puisque la vocation de l\u2019homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l\u2019Esprit Saint offre à tous, d\u2019une façon que Dieu connaît, la possibilité d\u2019être associés au mystère pascal\" (G.S., n° 22.5).Ce thème biblique fondamental est particulièrement développé au cours du Chapitre 3 sur le sens de l\u2019activité humaine (qui crée la \"base matérielle\" nécessaire au progrès humain) et aux chapitres 2-3 sur le progrès des valeurs personnalistes et communautaires; et l\u2019on peut y associer le chapitre 2 de la 2' partie de G.S.à propos du sens du progrès culturel.Tirons de cette première réflexion une première conclusion, capitale: il faut définitivement éliminer de notre vocabulaire les dualités classiques humain-chrétien, temporel-spirituel, sacré-profane.\"Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d\u2019un grand nombre de chrétiens est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps\" (G.S.43, 1); les chrétiens doivent \"mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses, sous la souveraine ordonnance desquels tout ce trouve coordonné à la gloire de Dieu\u201d (idem).Et donc la mission de l\u2019Eglise commence au cœur du Monde: pour que le Royaume arrive, il faut que ce monde qui en est le chantier et l\u2019ébauche (G.S.n° 39.2-3) réussisse à mieux s'organiser.Tout cela nous met dans une perspective d\u2019optimisme fondamental: même si parfois l\u2019Eglise visible semble en difficulté, que de progrès du Royaume sous nos yeux à travers tous les succès de l\u2019activité humaine.! B.Le péché au cœur du monde Cet optimisme n\u2019est pourtant pas naïf.Nous croyons à la réalité du péché \"dès le début de l\u2019histoire\" (G.S.13).Le mal n'est pas 32 pour nous, chrétiens, simple inachèvement du progrès (comme si 1 avancée technique du monde, son enrichissement économique résolvait peu à peu automatiquement toutes les difficultés morales de l'humanité): parfois la brillante synthèse du P.Teilhard de Chardin dont le mérite immense est de réconcilier avancée du monde et préparation du Royaume.est peut-être sur ce point trop optimiste et trop uniment \u201cévolutionniste\".Nous affirmons que le mal est aussi à mettre au compte de la liberté et qu\u2019il naît au cœur de l'homme (G.S.13, 1).L'homme n est pas seulement quelqu\u2019un qui doit redoubler d\u2019effort pour achever la création: il doit toujours se méfier d'une possible dégradation de son œuvre.En reprenant la réflexion du paragraphe précédent, nous pouvons définir le \u201cpéché du monde\" (le péché en tant qu\u2019il dévie le mouvement de l\u2019Histoire) comme la rupture de la convergence entre progrès technique et progrès humain.\"Refusant de reconnaître Dieu comme son principe, l\u2019homme a.par le fait même, brisé l'ordre qui l'orientait à sa fin dernière, et en même temps il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création\" (G.S.n° 13).L'effort de maîtrise des choses reste toujours positif: mais il n'est pas automatiquement couronné par la promotion humaine, c.-à-d.par l\u2019avancée de la personnalisation et de la communauté.Précisons.Quand l\u2019homme maîtrise mieux la nature, il multiplie les chances de promotion: ainsi c\u2019est à cause de l\u2019enrichissement national que l\u2019on peut généraliser l'instruction et donner à chacun la possibilité d'une culture: ou que l'on peut construire un meilleur logement, chance de réussite pour le foyer, etc.De même, à cause du progrès des techniques, les hommes deviennent plus solidaires: le Concile, après \"Mater et Magistra\" et \u201cPacem in Terris\", a été très frappé par le rapport Techniques-Socialisation: et la communauté humaine, à tous ses niveaux, a plus de chances de se former maintenant qu'au temps des économies fermées ou artisanales.Mais ce résultat n'est pas automatique: il peut y avoir reflux humain.La chance culturelle peut déboucher sur une presse érotique ou une T.V.aliénante: le machinisme peut entraîner la dépersonnalisation du travailleur.Et de même au plan de la communauté: une mauvaise gestion industrielle peut entraîner la cassure des groupes 33 sociaux (lutte des classes) ou des nations (guerres de plus en plus barbares, sous-développement.).En construisant le monde, le chrétien doit rester très attentif à cette possibilité de divergence qui existe \"dès le début de l\u2019Histoire\" (13, 1) et a nécessairement des réactions collectives en chaîne: nous croyons ainsi de plus en plus au péché originel, qui est vraiment sous nos yeux quelque chose de collectif et d'héréditaire comme nous le saississons mieux aujourd'hui (cf.37, 2).Et si le péché \"actuel\" est souillure de la conscience, il se manifeste aussi dans les structures, il est péché du monde (25, 3).En cette fin du 20* siècle, nous savons mieux que le monde reste toujours pécheur en dépit de son foudroyant progrès technique.Les drames de ce siècle (et ceux qui se préparent encore: déboussolement de nos sociétés industrielles privées de finalité, appel non entendu du Tiers Monde) nous ont guéris des optimismes à courte vue du scientisme.de 1 euphorie facile des Expositions Universelles des saint-simo-niens, ou des grandes idéologies sécurisantes du libéralisme ou du socialisme.,.Le chrétien comprend cette situation par sa Foi, et cela fonde son engagement: le non-chrétien ne serait-il pas très prêt de comprendre aussi ce que nous affirmons en parlant du \"péché du monde\u201d, si nous savions l'interpréter correctement à ses yeux?En situant avec réalisme le mal au cœur du monde, nous nous mettons dans l\u2019attente du salut, en état de comprendre le mystère actuel du Christ sauveur.C.La Rédemption du monde: le Christ sauveur Certains à la fois de l'impulsion divine du monde et de la menace qui pèse constamment sur lui, nous comprenons l\u2019urgence de la Rédemption et l\u2019importance actuelle du salut apporté par Jésus-Christ.On notera au passage que le Concile a voulu (dans G.S.) présenter toujours la figure du Christ dans les trois premiers chapitres au terme de ses réflexions sur les problèmes humains actuels, et spécialement présenter le mystère pascal après la réflexion sur l'activité scientifique et technique.C'est assez inattendu aux yeux de beaucoup de chrétiens.qui n'y pensent guère en \"faisant leurs pâques\"! Comment relier Foi pascale et Vie quotidienne?34 1.L'attente du salut Ce monde pécheur est donc marqué par une rupture de finalité (\"il a brisé l'ordre qui l\u2019orientait à sa fin dernière\".13, 1) et une \"rupture d harmonie\" (idem): d\u2019où l\u2019interrogation de 1 homme engagé dans la construction du monde: a)\tQuel But poursuivre?Finalement, cette histoire a-t-elle un sens?Comme l\u2019a écrit Paul Ricœur, \"on peut analyser notre temps aussi bien en termes de rationalité croissante qu\u2019en termes d absurdité croissante\".On a cru Jongtemps que la \"rationalité\" (c.-à-d.le seul usage de la raison expérimentale) permettrait de donner une intelligibilité à tout le mouvement historique ( le marxisme est le modèle le plus achevé de cet effort).On abandonne aujourd'hui cette illusion.On peut continuer d\u2019améliorer matériellement la condition humaine.Mais l'avenir est-il garanti pour autant?Et quel \"projet\u201d humain développer pour soutenir la conviction des bâtisseurs de la cité?Arrivée à un certain niveau, la \"société de consommation\u201d ne suffit pas à entretenir l\u2019enthousiasme et à garantir du scepticisme.La rationalité ne fournit pas un sens.b)\tHarmonie rompue: où trouver les Valeurs dans une société techniciste?La progression technique ne crée pas toute seule une personne communautaire.Dans le détail de la vie quotidienne, la référence devient de plus en plus technique ou économique.Nous croyons que la société réussit si le taux d'expansion est maximisé, si chacun s'adapte au mieux à sa fonction productrice ou reproductrice.Pas besoin de Morale ou de Métaphysique, domaines vagues où aucune certitude ne peut être obtenue.Mais, recherchée pour elle-même, la \"société de consommation\" amène l\u2019homme à se trouver finalement subordonné aux choses qu'il modifie par son activité (forme moderne de l\u2019avarice.) ou dont il dispose.Sa personnalité ou sa relation à l'autre en sont profondément menacées.C'est en ce sens que le Concile parle du primat de 1' \"économisme\", ou de la passivité d\u2019un nombre croissant d\u2019hommes (G.S.n° 63, 3).Incapable de donner un Sens, la rationalité est aussi incapable de fournir des valeurs à l'homme de la société industrielle.Le Christ ne serait-il pas source de Sens final de l\u2019Histoire et de Valeurs humaines?35 2.Le salut en Jésus-Christ a) Jésus est ressuscité: Mystère pascal et terme de l'Histoire.Certes la résurrection du Christ signifie toujours aujourd\u2019hui comme hier, la victoire sur la mort individuelle.Mais en face de nos questions d aujourd'hui sur l'incertitude de notre avenir historique (pour nous qui avons désormais le sens de l\u2019Histoire), nous retrouvons la grande synthèse paulinienne (Ephésiens) de la récapitulation de l'histoire dans le Christ ressuscité, alpha et oméga.L\u2019événement de Pâque signifie dès maintenant la garantie du salut de l\u2019Histoire humaine: le Seigneur reviendra.Si Jésus est ressuscité, \"Il apporte ainsi la certitude que l'effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n'est pas vain (38, 1).Indiquer \u201crationnellement\" un terme certain, une \"fin de l'histoire\u201d, un sens définitif n\u2019est pas possible.Mais le chrétien peut croire à la valeur de l\u2019histoire s'il a foi en la résurrection, gage du Royaume.Citons deux textes admirables de Gaudium et Spes en ce sens: \u2014\tle premier rappelle que cette conviction du succès nous habite même quand nos engagements apportent l'échec apparent: \"Le Christ nous apprend par son exemple que nous devons nous aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur ceux qui poursuivent la justice et la paix\" (38, 1 ) : car c\u2019est précisément si nous nous engageons (pour la justice.) que nous rencontrons le mystère de la croix du Christ, comme ce fut le cas pour Lui.\u2014\tLe second texte évoque une définition que donnait récemment le P.Karl Rahner du christianisme comme \"religion de l'avenir absolu \": le christianisme est essentiellement \"eschatologique\", tendu vers la fin des temps, sans que pour autant, et bien au contraire \"s'affaiblisse en nous le souci de cultiver cette terre\u201d: \"De tous.l'Esprit du Christ ressuscité fait des hommes libres pour que.renonçant à l'amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, il s\u2019élancent vers l'avenir, vers ce temps où l'humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu\" (38, 1, fin).L'Eucharistie est la concélébration de cette espérance, à partir des fruits actuels de l'activité humaine (3); combien de chrétiens en sont conscients?Ainsi, au delà de la rationalité technique, la Foi nous garantit le sens final de la construction du Monde: c'est intentionnellement que 36 G.S.a souvent employé ce terme (sens ou signification: par ex.40 # 3, et 41 * 1).Nous n'avons pas de doctrine, de système explicatif universel (pas d' \"idéologie\"): nous n'avons pas réponse à tout (33 # 2) et restons en recherche avec les autres hommes.Mais nous avons cette conviction sur le Terme, qui nous permet de reprendre notre effort humain avec courage.Si l\u2019on nous permettait ici, en conclusion de cette réflexion, une expression de théologie technique, nous dirions avec le P.Schillebeeckx (dominicain hollandais) qu'il vaut mieux désormais remplacer le couple \"naturel-surnaturel\" (facilement interprété en termes statique ou dualiste: le droit naturel d'un côté, la révélation de l'autre.) par le couple Histoire-Eschatologie, beaucoup plus parlant pour l'homme moderne.\"A qui demande comment une telle misère (née du péché) peut être surmontée, les chrétiens confessent que toutes les activités humaines, quotidiennement déviées par l'orgueil de l'homme et l'amour désordonnée de soi, ont besoin d'être purifiées et amenées à leur perfection par la croix et la résurrection du Christ\" (37 # 4).L\u2019Histoire trouve son sens dans l'Eschatologie chrétienne.b) La loi Evangélique de l'Amour: Foi et VALEURS \"Le Christ nous révèle que Dieu est Charité (Jean 1° Ep.4, 8) et nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l'amour\" (38 # 1).Certes nous connaissons bien cela, au point que cela nous paraît banal: il s'agit aujourd'hui de rendre toute sa vigueur à ce principe évangélique qui est source de salut pour notre civilisation actuelle.La première forme du péché était \"rupture de finalité\", c.-à-d.perte du sens de l\u2019aventure humaine: elle trouve dans la Foi au Christ ressuscité sa rédemption.Il reste la seconde forme du péché: cette \"rupture d\u2019harmonie\" entre progrès technique et promotion humaine, cette divergence entre maîtrise des choses et réalisation d\u2019une communion des personnes.L'homme du 20* siècle siècle sait admirablement maîtriser l\u2019univers matériel: il lui est très difficile d'organiser le monde \"humain\", parce qu'il cherche trop uniquement la solution dans la ligne \"scientifique\" en refusant des valeurs provenant d'une autre source que la science.37 On a essayé de croire quelque temps que la société humaine s organiserait spontanément au mieux, grâce au progrès technico-économique: que chacun cherche son intérêt, que l'on respecte les contraintes économiques sans y faire interférer du \"social\u201d, et la société sera la meilleure possible, disait le libéralisme du 19e siècle.Devant les difficultés de ce monde libéral, le socialisme (qui se veut toujours \"scientifique\u201d!) a affirmé: le progrès technique s'accompagne fatalement de tensions humaines, mais une fois cette tension surmontée (et la violence y est nécessaire), il y aura automatiquement \"homme nouveau\" et société définitivement harmonieuse.Ces idéologies \"scientifiques nous paraissent aujourd'hui peu convaincantes.Aussi fonde-t-on plus d\u2019espoir dans le développement des sciences humaines\": la connaissance des structures \u2014 ou des infrastructures \u2014 de la personne ou des groupes permettra de résoudre les problèmes de l'humanisme par la science sociologique.Certes, bien des choses sont à découvrir en ce domaine: mais on risque là encore une nouvelle utopie, \"sociologique\" cette fois.Le problème des \"valeurs\u201d restera toujours posé.En conséquence, notre société est profondément désorientée: quel \"projet\" humain peut orienter ses efforts, la guider dans ses responsabilités accrues par sa puissance?En fait, dans notre société industrielle.l\u2019homme devient souvent un élément du progrès collectif qui cherche seulement à accroître 1' \"avoir\" de chacun: on organise la société humaine en fonction de la maîtrise des choses; l'homme est aliéné par \"productivisme\" qui.au dire de Gaudium et Spes, est devenu l'objectif réel \"aussi bien dans les pays favorables à l'économie collectiviste que dans les autres\u201d (63 # 3).On n\u2019en sortira que dans la mesure où l'on développera, au delà de l\u2019effort scientifique et technique, 1 éducation des Valeurs.Alors apparaît dans toute sa richesse de salut la Loi Nouvelle de l\u2019évangile.Jésus Christ ne nous a pas donné de \"doctrine\u201d, mais un principe: aimez-vous comme je vous ai aimés.A côté du rapport Homme-Nature, il y a le rapport inter-humain (le rapport Homme-Femme et le rapport social) qui doit rester privilégié, et finaliser le premier rapport.C\u2019est en ce sens que l\u2019on lira les deux premiers chapitres de Gaudium et Spes, Personne et Communauté: la construction du monde n\u2019est correcte que si elle vise la personne comme absolu; et la personne ne devient elle-même que dans la mesure où elle s\u2019ouvre 38 gratuitement à l\u2019amour, à l\u2019amitié, à la communauté.(regrettons ici que G.S.n\u2019ait pas fait un chapitre unique regroupant le ch.1 et le ch.2).Nous trouvons ici (et la remarque est très importante) le mouvement inverse du rapport Homme-Nature.Dans le rapport technique, il s\u2019agit de modifier la nature à notre usage, pour s'en servir, se 1 adapter: là au contraire dans le rapport inter-humain il s'agit de se mettre au service de l'autre, avec désintéressement total.Dans le mouvement de 1' \"Agapè\u201d divine, Jésus a voulu se manifester comme \"Serviteur\u201d (et serviteur souffrant).L'imiter, c'est trouver l'attitude profondément équilibrante, et qui fait contre-poids à cette civilisation très \"captive , dont le péché est de traiter les hommes comme elle traite les choses (voir G.S.n° 26 # 3).Chrétiens au cœur du Monde, il s\u2019agira donc pour nous essentiellement de le sauver en développant au maximum dans la société industrielle cette valeur évangélique du sens de l'homme.Notre temps prépare tellement (dans ses programmes scolaires comme dans son organisation industrielle) à \u201ctravailler\u201d ou à \"gagner\u201d, et si peu à \"aimer\u201d! La certitude des Valeurs est d'un autre ordre, mais elle est tout aussi \"certaine\u201d que la science expérimentale.11 faut que ces valeurs humaines (rendre autant que possible chaque personne responsable: n° 31, et favoriser toujours plus la communion des personnes, n° 30) deviennent un \"paramètre opérationnel\u201d aussi efficace que les contraintes techniques ou économiques.3 \u2014 Trois remarques pour achever cette réflexion 1.L'attention au \"pauvre\" et à V \"ennemi\" Le concile rappelle aux Nos 27 et 28 l\u2019importance capitale de ces 2 signes évangéliques: \u2014\tune société qui vise vraiment la personne comme absolu le manifeste par son acharnement à aider la promotion même du pauvre, plus ou moins inutile, inefficace (techniquement parlant), peu \u201cintéressant\".Cela prouve que le projet humain l'emporte vraiment sur le projet technique (vérifier à ce propos l'organisation scolaire, l\u2019industrie.le rapport au Tiers Monde.) \u2014\tune société qui vise vraiment la communauté universelle s\u2019acharne à récupérer dès que possible l'adversaire (pardonner et non écraser) : c\u2019est le signe qu'elle ne cherche pas le triomphe d'un groupe particulier.39 La violence est parfois tragiquement nécessaire pour lutter contre l\u2019injustice: elle devient pire que l'injustice si elle conduit à préférer l\u2019écrasement au pardon.2.\tImportance de l'ordre politique: c'est lui qui permet d\u2019incarner les valeurs, en dominant la société technique et économique (voir n° 26) : nous reviendrons sur ce point important.3.\tSens de l Homme et Sens de Dieu.Quand une société s\u2019élève à ce niveau personnaliste, au delà d\u2019une perspective uniquement scientifique, elle est davantage capable de découvrir Dieu.Jean XXIII l\u2019a écrit magnifiquement dans Pacem in Terris, au n° 45: \"Une fois que les hommes s\u2019ouvrent aux valeurs.de vérité, de justice, d\u2019amour et de liberté, ils sont portés à mieux connaître le Dieu véritable, transcendant et personnel\u201d.Une civilisation scientiste est spontanément athée: \"Celui qui n\u2019aime pas ne connaît pas Dieu\" dit saint Jean: une société personnaliste rend le sens du Dieu chrétien.Ainsi notre effort de construction d'un monde humain sera, du même mouvement, \u201cévangélisateur\": notre engagement temporel est immédiatement \"apostolique\".Il n'y a pas à craindre que notre volonté d' \"humaniser\" nous fasse oublier de \"christianiser\".Oui c\u2019est le même mouvement.Conclusion: de la \"Doctrine Sociale\" aux \"Signes du Temps\" En recherchant les principes d\u2019une Théologie qui aide le chrétien à être présent au monde, nous nous sommes peu référés a une Doctrine Sociale conçue comme catalogue de principes de \"droit naturel\" (sur la propriété, le travail.l'Etat.) : avec Gaudium et Spes, c\u2019est directement la perspective de la Foi au Christ qui nous a inspirés.La Foi ne nous donne pas de solutions concrètes: elle est Sens de l'histoire et donne Valeur absolue à la personne.Eclairés par cette lumière (cf.Nos 4 et 11 ) le chrétien et l'Eglise-Peuple analysent les sitations actuelles du monde, les relient aux signes messianiques du Christ, et cherchent, avec les hommes de bonne volonté, les solutions adaptées au salut du Monde, de telle façon qu'il deviennent peu à peu Royaume (n° 39).Cette réflexion sur les principes est difficile, mais essentielle.Il nous reste à en tirer quelques conséquences et applications.40 ^SoCLOLücJLE L'Eglise dans la ville Joseph Folliet Un jour, le cardinal Cardijn.aumônier fondateur de la J.O.C., compara mélancoliquement dans la rue une église maussade, solitaire, déserte, et un cinéma, bruyant, lumineux, coloré, à l'entrée duquel se pressait la foule.Il se posait ainsi, en données concrètes, le problème de l\u2019Eglise dans la ville.J\u2019ai fait, à New York, une comparaison semblable, lorsque j\u2019embrassais d'un même coup d'œil la cathédrale Saint-Patrick, d'un néogothique froid et prétentieux, et le Rockefeller Building, moderne, vivant, élancé vers le ciel et l'avenir.Ceci écrasait cela, le refoulait dans le passé, l\u2019anéantissait.L\u2019Eglise était là, mais combien humblement et pauvrement représentée, d\u2019une humilité et d\u2019une pauvreté qui n'étaient point celles de l'Evangile.Une absence Tout chrétien qui regarde et réfléchit a pu nourrir des méditations aussi moroses.Dans les grandes agglomérations urbaines qui envahissent notre temps, et qui à moins de catastrophes, ne cesseront de se multiplier.l'Eglise ou bien est absente, ou bien n\u2019est présente qu'en retard, essouflée à courir derrière un mouvement qu\u2019elle n'a pas prévu, et d'une présence presque toujours insuffisante, quelquefois insignifiante.C\u2019est visible dans le monde entier, mais particulièrement dans les pays latins, où la Réforme protestante n'a pas tranché les liens entre le catholicisme et la civilisation rurale.Dans les contrées de protestantisme dominant, l'Eglise catholique, lorsqu'elle a pu reparaître au grand jour, a dû s\u2019urbaniser, mais, comme elle s\u2019y trouvait minoritaire, sa présence n'a pu s\u2019affirmer autant qu\u2019il aurait fallu.41 Les autorités religieuses, le clergé et les militants chrétiens n'ont pas attendu nos jours pour une telle constatation, encore que, faute de moyens, elle manquât de la rigueur scientifique que lui donne la sociologie contemporaine.Pourtant, comme le mouvement ouvrier à ses débuts, les catholiques ont compensé leur déception urbaine par des rêves et des mythes archaïsants: exaltation de la terre, de la vie rurale et de leurs vertus, éloge de la paysannerie, lamentation sur l'exode rural et la terre qui meurt1, prédication du retour à la terre, tous ces thèmes particulièrement accentués en France.Ces nostalgies n\u2019ont pas, heureusement, inspiré de spéculations théologiques au sens propre de ce mot, mais abondamment, une prédication, une littérature et une pastorale, car pendant longtemps, outre la très inégale répartition du clergé entre ville et campagne, au profit de cette dernière, la pastorale urbaine, en dépit de quelques adaptations qui s imposaient, à prolongé en pleine ville la pastorale rurale, notamment par la conception autarcique de la paroisse et par un certain type de spiritualité.Il y a quelque dix ans encore, cette installation du rural dans l'urbain se révélait avec évidence au Québec, brusquement urbanisé.Les premières réactions contre un tel état d'esprit et de fait, vinrent d\u2019un regard réaliste jeté sur le monde: réalisme des sociologues, un Ficher, aux U.S.A., un Houtard.un Chélini \u2014 et moi-même s\u2019il m'est permis de le rappeler \u2014 en pays de langue française2: réalisme des mouvement d'action catholique, après la naissance de la J.O.C.La pastorale a suivi avec quelque retard et quelque distance, la théologie aussi, mais de plus loin et quelquefois en s'engageant sur de fausses routes, soit par abandon à des spéculations trop notionnelles, soit par conclusions hâtives à partir de faits mal connus ou mal interprétés3.1\tCette allusion au célèbre roman de René Bazin ne cache aucune arrière-pensée péjorative.René Bazin partageait les convictions de son temps et de son pays \u2014 l'Ouest de la France \u2014 mais il savait voir, comprendre et écrire.Quand on les dépouille de leur idéologie et de leur mythologie, ses romans ruraux gardent leur valeur littéraire et documentaire.2\tCf.notre rapport: The effects of city life upon spiritual life, au Symposium tenu pour le deuxième centenaire de l'Université Columbia.The metropolis in modem life (Columbia University, New York.1954).Cette étude était fort incomplète, mais elle venait l\u2019une des premières.Une version française en a été publiée dans la Chronique Sociale de France: Les effets de la grande ville sur la vie religieuse.n° 6.1953.3\tLe décalage entre les sciences humaines, la pastorale et la réflexion théologique est perceptible dans \"l'homme et la révolution urbaine \", compte rendu de la Semaine Sociale de Brest, 1965.42 Pour une théologie de la ville Aussi faut-il accueillir avec empressement le récent travail de M.l'abbé Joseph Comblin: Théologie de la ville*.Ce gros ouvrage est touffu et parfois diffus, mais riche d'information et de pensée.Il suscitera probablement autant de \"mouvements divers\" que la précédente étude du même auteur sur l\u2019Action catholique, mais peut-être pas dans le même milieu.Moi-même, je ne m'accorde pas toujours avec M.Comblin.Il me paraît sous-estimer, peut-être par manque d\u2019expérience directe, la valeur humaine du village et de la vieille civilisation rurale.Bien que je me rallie en bloc \u2014 très en bloc \u2014 à ses jugements sur la paroisse, je les trouve souvent pessimistes et je crois qu'ils plantent un peu trop vite une croix funéraire sur le renouveau paroissial dont les curés comme un Remillieux ou un Michonneau furent les artisans.Je crains \u2014 et d'ailleurs il l'appréhende lui-même, puisqu'il le dit expressément \u2014 que certaines de ces conclusions n'engagent les \"impatients\u201d qui puluîlent aujourd'hui à démolir ce qui existe encore tant bien que mal pour lui substituer une construction géométriquement parfaite à laquelle ne manquera que l'existence.Ces réserves faites, je dis ma satisfaction de rencontrer une \"théologie\" des réalités terrestres qui ne soit pas un surcroît de bla-bla-bla à propos des rapports entre le spirituel et le temporel; une théologie de l\u2019actualité, qui parte des faits et recoure largement aux sciences humaines, à la sociologie par exemple \u2014 un peu moins à l'anthropologie culturelle et très peu à l'économie \u2014 et qui procède par voie ascendante; une théologie active et pratique, enfin, qui n\u2019ignore ni les expériences, ni les nécessités pastorales* 5, qui fait leur place à la spiritualité et même au Droit Canon.M.Comblin nous offre notamment des pages à la fois * Un volume, 496 pages.Paris, 1968.Editions Universitaires.5 La séparation \u2014 nous ne disons pas la distinction \u2014 entre la théologie et la pastorale parait une faiblesse de la pensée théologique contemporaine, et même de la pensée théologique en général.Dans l'histoire, ces disciplines se sont le plus souvent sereinement ignorées, mais quelquefois la théologie a réduit la pastorale à la portion congrue.Aujourd'hui la pastorale tend parfois à éclipser la théologie.Cela ne va pas sans inconvénient à commencer par l'oubli des principes et des fins.Une vraie pastorale n'est possible qu'en relations avec une théologie.A condition, bien entendu, que la théologie ne soit pas un jeu conceptuel qui ignore et les réalités et les responsabilités pastorales.43 traditionnelles et fort neuves sur la pédagogie divine, la dialectique de l\u2019économie divine et la typologie.Je souhaite que son ouvrage fasse du bruit, suscite des contradictions et des recherches, en espérant qu'il n\u2019ajoutera pas simplement quelques items à la liste des poncifs théologiques, car il mérite infiniment mieux que cela.Retour aux sources La théologie de la ville est un ressourcement à la tradition après une parenthèse \"ruraliste\u201d qui n\u2019a guère duré plus d\u2019un siècle et qui n\u2019a jamais englobé toute la pensée catholique.Né dans les campagnes de Galilée, dont l\u2019Evangile garde le parfum agreste, le christianisme s\u2019est diffusé par et dans les villes.Il a mis des siècles avant de faire alliance avec la vieille civilisation rurale qui germa en Europe à l\u2019époque néolithique, et encore cette alliance ne fut-elle jamais ni parfaite ni totale.Dans l'histoire de la pensée judéo-chrétienne, si le Paradis terrestre est un jardin, trois villes \u2014 et pas simplement la Cité en soi.comme chez saint Augustin \u2014 promues au rang de symboles, voire de mythes, dominent les spéculations: Babylone, la grande prostituée, capitale de la chair et du monde, objet de répulsion et de réprobation; la Jérusalem terrestre, centre visible du peuple de Dieu rassemblé en nation, aspiration du peuple de Dieu dispersé en exil; la Jérusalem céleste, par delà le temps, sur la terre nouvelle et sous les cieux nouveaux, terme du pèlerinage humain.On l\u2019a dit justement: commencée dans un jardin, l\u2019histoire s\u2019achève dans une ville6.On ne voit donc pas pourquoi les chrétiens, au nom de leur foi, éprouveraient de la répulsion et de la peur devant le fait urbain.Cela ne signifie pas pour autant que la ville, ou plutôt, car la ville est une abs- 6 Une parenthèse à ce propos.Selon M.Comblin.l\u2019Eglise ne connaît pas de \"Villes Saintes\".C'est un peu vite dit et cela demanderait quelques précisions et quelques explications.Il y a tout de même Jérusalem et Rome.44 traction, les villes successives de l\u2019histoire, et, aujourd'hui, la révolution urbaine qui tend à faire du inonde entier une ville immense ne leur posent point de problèmes théoriques ou pratiques, théologiques, moraux ou pastoraux, difficiles souvent et quelquefois tragiques.Mais la campagne.avec les survivances de son \u2019 paganisme\", en soulevait au moins autant: simplement, l\u2019habitude les cachait.La paroisse et la ville A quelques-uns de ces problèmes pratiques et immédiats, nous voudrions apporter, en union avec M.Comblin, quelques éléments de réponse.Comme lui, nous pensons que l'organisation paroissiale classique inventée dans les campagnes du haut Moyen Age est, sauf exception, insuffisante devant les réalités et les nécessités urbaines d'aujourd hui.Importée des champs à la ville et toujours plus ou moins inadaptée à son entourage urbain, déviée en outre par les conceptions bénéficiaires dont s'inspira longtemps le droit canonique, et qui.du reste, se justifiaient en leur temps, mue par une tendance à peu près inévitable à se replier sur elle-même et à entrer en concurrence avec les organismes extra-paroissiaux; désarmée devant l'évolution rapide et incohérente des agglomérations contemporaines, elle a montré à la fois sa réelle efficacité dans une certaine zone et un certain ordre d'action \u2014 ici je serai moins dur que M.Comblin \u2014 mais également ses limites que.selon toute vraisemblance, elle ne pourra jamais dépasser7.Est-ce à dire qu'il faille, du jour au lendemain, \"supprimer la paroisse\"?Seuls, des \"impatients \u201d, et pas très futés, adopteraient cette résolution catégorique, qui ne serait pas une solution.Ce qui importe, c'est de comprendre que la ville moderne requiert une organisation ecclésiastique plus complexe, plus souple, plus mouvante que la paroisse sinon de papa.7 Je diffère de M.Comblin lorsqu\u2019il pense que la conception bénéficiaire de la paroisse a empêché les paroisses rurales d être de vraies communautés.Elle a certainement gêné la vie des communautés: elle a tendu à les cléricaliser autour du Curé (bénéficiaire).N'empêche que certaines paroisses rurales n'ont pas eu besoin de lire Fernand Tonnies pour être de vraies communautés.Les Curés passaient, la paroisse restait.45 au moins de notre vieil oncle le chanoine, même lorsque celle-ci était complétée par des mouvements extra-paroissiaux, d\u2019ailleurs avec les rivalités, les complications et les surcroîts de travaux impliqués par une coexistence qui n\u2019était pas toujours pacifique.Une analyse des mouvements d\u2019action catholique, paroissiaux ou extra-paroissiaux, montrerait qu'ils ont, eux aussi, besoin d\u2019une révision pour tenir compte de la révolution urbaine.Il faut aussi remplacer la notion de bénéfice, qui persiste encore comme un état d\u2019esprit plus que comme une réalité, par celle de (onction.Vers cette réorganisation ecclésiale du territoire urbain.l\u2019Eglise, pensons-nous, doit se diriger non point selon des plans préconçus et des théories préfabriquées, mais après une étude sérieuse et \"prospective\u201d des réalités psychologiques et sociales.La paroisse est pour les paroissiens et non l\u2019inverse.Est-il besoin de préciser que cette orientation suppose une politique à plus longue période que celle qui consiste à \"boucher les trous\" au jour le jour et à construire des églises traditionnelles \u2014 à retardement \u2014 dans les nouveaux quartiers des villes?La tentation du Suburbia Nous rencontrons ici une objection, qui est aussi une tentation.Nous l'appellerons la tentation de Suburbia, terme générique par lequel les Anglo-Saxons désignent les faubourgs et les banlieues.La paroisse classique, rénovée et complétée, \"communautaire et missionnaire\", n\u2019obtient-elle pas des succès pastoraux dans les banlieues habitées surtout par les représentants des nouvelles classes moyennes8 qui ajoutent des appendices caractéristiques à nos grandes agglomérations; nous reconnaissons le fait avec plaisir.Si la paroisse traditionnelle fait preuve d\u2019une utilité persistante, c'est bien dans ce genre de banlieues.Mais le succès même comporte une tentation, celle d\u2019un repli sur Suburbia et son ministère \"consolant\", donc sur une fraction des classes moyennes, composée surtout, par la force des choses, d'enfants, de 8 Cf.Chronique Sociale de France: Les nouvelles classes moyennes.1965, n° 5-6.46 femmes et d'hommes bien tranquilles, assez semblables, en fin de compte, aux \"bons paroissiaux\" qui fréquentaient les églises urbaines du siècle dernier.Ce serait oublier les centres des villes où s\u2019accroche une population incohérente à côté des administrations, des grands magasins; les banlieues prolétariennes, les bidonvilles et les milieux intellectuels qui, même s\u2019ils résident à Suburbia, n'en fréquente guère les paroisses, pas plus d\u2019ailleurs que les mouvements d'action catholique.Ici, la paroisse classique ne suffit pas.Qu'on m\u2019entende bien, je ne réclame pas la désertion pastorale de Suburbia sous prétexte qu\u2019il y a mieux à faire ailleurs.Je relève simplement la tentation de bonne conscience qui se cache dans les banlieues.Une ville, un clergé, un peuple Il semble que la ville moderne réclame à la fois une centralisation et une décentralisation pastorales.La paroisse contemporaine sous la direction de l'évêque, devrait englober toute une ville ou, dans les grandes agglomérations, un segment urbain considérable.Un évêque responsable, en liaison institutionnelle avec les autres évêques de la même grande unité culturelle et politique.Un presbytérium, c'est-à-dire un clergé autour de l'évêque, des prêtres, diocésains ou réguliers, et des diacres, mobiles, disponibles, susceptibles d'être répartis rapidement dans l'agglomération, selon les besoins, les attraits et les capacités.Ce clergé devrait bien entendu entretenir des relations constantes avec les communautés spécialisées de religieux ou de religieuses et les instituts séculiers.Beaucoup de lieux de culte, aussi dispersés que possible, qui ne soient pas des églises paroissiales selon la formule ancienne, mais des postes de secours spirituel à la disposition de tous ceux qui passent.Et un peuple chrétien uni, mais divers dont on respecterait les diversités de situations et d'aspirations sans tout passer au laminoir.Des paroisses nouvelles, communautés spirituelles autour d'un lieu de culte, mais sans la fermeture et l'exclusivisme d\u2019antan.De grands mou- 47 vements sociologiques selon les stratifications sociales.Et aussi beaucoup de \"micro-groupes\", comme dit Maritain.réunis par des affinités géographiques, culturelles et spirituelles, de façon à répondre aux besoins de tous.La phobie du micro-groupe a fait commettre quelquefois bien des erreurs apostoliques.Il faut évacuer ce restant de totalitarisme clérical.Et partout des laïcs assez formés pour se conduire tout seuls, aussi bien pour leur soutien mutuel que dans leurs apostolat, sans demande autre chose à l'évêque que des directives générales et aux prêtres que ce qui tient à ses fonctions sacrées.Le commencement de la pastorale, c\u2019est de prendre les gens où ils sont et comme ils sont, même les brebis perdues.Or.un des traits de la psychologie urbaine, c\u2019est une volonté de libre choix des affinités, des activités et des communautés.Les relations urbaines sont sélectives.La même personne pourra, en même temps et sans contradiction, fréquenter tel lieu de culte, se refaire spirituellement dans telle petite communauté, participer à tel grand mouvement d\u2019apostolat.Pourquoi lui imposer en droit ou en fait des appartenances contraires à ses désirs?Pourquoi lui donner un menu tout fait alors qu elle entend manger à la carte?N\u2019est-ce pas transporter en ville des habitudes \"autrefois\" rurales, contractées dans les villages où l'on ne pouvait choisir ni ses voisins, ni ses relations, ni sa paroisse, ni son curé, et où ce curé, parce que bénéficiaire, entendait diriger ses ouailles sans partage d'autorité?Les églises, signes de l'Eglise Nous avons souhaité de nombreux lieux de culte.S\u2019agit-il d\u2019églises?Oui, au sens profond du mot.Non, si l'on pense aux églises paroissiales classiques, ou aux bâtiments traditionnels dont nos souvenirs d'enfance à la campagne gardent l'image.J\u2019aime trop les églises de village pour en nier la spiritualité et la poésie, mais elles ne cadraient pas toujours avec la ville ancienne, sauf lorsqu'elles s'épanouissaient en cathédrales, et elle n'entrent plus du tout dans le paysage présent de la ville.Certains pousseraient aujourd\u2019hui leur idéal de la \"religion en esprit\u201d jusqu'à souhaiter la disparition des églises, remplacées par.au fait, par quoi exactement?D\u2019autres érigeraient des églises purement fonctionnelles, machines à prier en commun.48 L'abbé Combin a bien vu \u2014 et je partage son sentiment \u2014 que les églises, outre leur utilisation fonctionnelle qu'on ne saurait oublier, ont une valeur de signes.Elles témoignent de la présence de l'Eglise dans la cité.Bien pauvres témoignages à présent.Les unes rappellent les splendeurs d'un passé lointain, les autres l\u2019indigence artistique et spirituelle d\u2019un passé proche.Les plus récentes sont, la plupart du temps, des hésitations ou des incertitudes en béton armé, sauf Ron-champ, mais qui est rurale, voire sylvestre.Que signifie un clocher quand on ne peut plus sonner les cloches et qu'il y a tant d\u2019autres moyens de convoquer les fidèles?Pourquoi ces églises ''monumentales\" qui perpétuent la tradition de la ville baroque?Et à quoi bon ces cubes fonctionnels où plus rien ne touche lame?Survivances du passé ou erreurs du présent?Il semble que l\u2019abbé Comblin ait raison d'inviter à imaginer les églises d\u2019aujourd'hui sur le type du monastère plutôt que sur celui de l\u2019église monumentale9.Dans la ville contemporaine, une église doit être le signe de l'Eglise contemporaine.Pour y arriver, il faudra beaucoup d\u2019imagination aux prêtres, aux fidèles.et aux architectes.Vers l'avenir Je ne me cache pas ce que ces simples réflexions et les considérations plus savantes de l\u2019abbé Comblin ont de \"révolutionnaire\u201d et même de \"subversif\" pour employer les mots à la mode.Et d'autant que beaucoup de chrétiens, à tous les échelons, n\u2019ont pas encore conscience de la révolution urbaine et de ses exigences radicales.Aussi je ne les présente pas comme des conclusions, mais comme des ouvertures sur la ville de l'an 2000, où l'Eglise doit être présente comme elle le fut à Rome, à Antioche et à Alexandrie, comme elle le fut avec Notre-Dame, l\u2019Université et les ordres mendiants, dans le Paris médiéval.9 M.Comblin insiste sur les oasis de silence, de recueillement, de retraite que devraient être les églises dans la ville.Comme il a raison! Mais qui l'entendra?(Tiré de: Chronique Sociale de France, juillet 1968.p.107.n.d.I.r.) 49 tZxfii\u2019iiznczi ficutoiaCzs.Pour ime formation sacerdotale en milieu ouvrier Joseph Giguère o.m.i.étudiant en théologie, Ottawa.Dans l'Eglise d'aujourd\u2019hui, les jeunes qui veulent devenir prêtres pour le monde ouvrier, se voient d'abord obligés de sortir de ce monde.Ils doivent fréquenter l\u2019Université, acquérir une mentalité et des réflexes universitaires.Une fois leur formation complétée, ils mettent de cinq à dix ans pour planifier leur atterrissage dans le milieu ouvrier.Ils connaissent ensuite les risques et imprévus de la descente: les uns ne touchent jamais le sol, ballotés qu\u2019ils sont par des rafales et des vents contraires; d'autres s\u2019écrabouillent purement et simplement au choc de la terre ferme; quelques-uns atterrissent en douce, mais pour aussitôt constater qu\u2019ils ont visé un mauvais point de repère; un petit groupe enfin arrive sain et sauf au bon endroit.Mais ce groupe n'est pas prêt à se mettre au travail immédiatement: il lui faut encore quelques années pour s'émerveiller de sa performance et sonder un peu le terrain afin de ne pas trébucher dès les premiers pas.En écrivant ceci, je caricature, mais n\u2019 ''extravague\" pas.Les prêtres vraiment insérés dans le monde ouvrier, qui connaissent viscéralement les problèmes de ce monde, savent la marge qui existe entre ce qu\u2019ils sont maintenant et ce qu\u2019ils étaient à leur sortie du séminaire.Leur option pour le monde ouvrier, ils l\u2019ont conquise malgré les structures et en dépit de leur formation.Leur véritable formation, ils l'ont acquise des milieux ouvriers, dans les communautés de base et à partir de la vie.Je ne suis pas en train de retourner des lieux communs d'un autre âge.Je sais qu'on doit avoir envie de me dire: \"arrive en ville, mon gars; tu n'es pas au courant que la formation des prêtres, ce n\u2019est plus comme c\u2019était: les séminaristes ne portent plus la soutane, ils peuvent faire des activités pastorales pendant leurs années de théologie, il leur est permis de travailler pendant leurs vacances: par conséquent, il est 50 déplacé de parler encore de coupure avec le monde.' A ceci, je réponds globalement: l'atterrissage est peut-être mieux préparé, mais il reste toujours un atterissage.Et pour ceux qui se destinent au monde ouvrier, un atterrissage encore passablement compliqué.On a peut-être cru régler le problème en disant aux séminaristes: désormais on vous encourage à faire des activités pastorales.Au bout du compte, ça donne ce qu\u2019on voit: des jeunes pleins de bonne volonté qui gaspillent de l'énergie en essayant péniblement de greffer des \"expériences\" pastorales à un programme d'étude qui, sans opérer de mouvement de rejet, ne fait positivement rien pour intégrer le nouveau venu.Il y aurait toute une branche à développer en ce qui concerne les tests de compatibilité, mais à date, on n\u2019a rien fait de sérieux en ce sens.J'ai entendu et j\u2019entends encore parfois des considérations élaborées au sujet des activités pastorales des séminaristes: ça constitue une préparation réaliste au ministère, ça fournit des motivations pour l'étude, ça donne un sens à la prière.Tout cela est vrai.Mais d'autres considérations s\u2019avèrent également vraies: ça nous éparpille pour rien, c est d\u2019une artificialité qui tue, ça donne envie de lâcher les études pour apprendre à vivre en recommençant à zéro.Dans le système actuel, pour être capable, sans tension, de mener de front études et activités pastorales, il faudrait être un peu fonctionnaire: je consacre 40 heures par semaine à mes études et 5 heures à des activités pastorales.Au niveau d'activités comme celles d\u2019assurer les services liturgiques dans une paroisse ou de donner quelques cours de catéchèse de temps à autre, cela est possible.Mais à ce moment-là on devrait avoir la lucidité de considérer qu'on fait de la suppléance et non de la pastorale.Je ne dis pas que cela doit être condamné; il faut se rendre compte toutefois qu\u2019il s\u2019agit du bon vieux système laboratoire: tant d'heures de théorie et tant d\u2019heures de pratique.Ça peut donner d'excellents liturgistes ou catéchètes, mais pas automatiquement des pasteurs.Je ne voudrais pas généraliser de façon trop simpliste.Je connais des séminaristes de mes confrères qui font de la vraie pastorale.Mais chez ceux-là.c\u2019est souvent l'intérêt aux études qui paie la note.Ce sont des gens qui, pendant qu'un professeur débite son cours, vont élaborer des plans concrets concernant la marche de leur travail pastoral.De plus il faut voir que c'est, dans la majorité des cas.auprès de 51 groupes d étudiants que ces gens là font leur pastorale.Ceci ne représente rien que de très normal; d'instinct les séminaristes savent qu'une pastorale honnête doit partir de la vie; or les étudiants sont les seuls avec lesquels ils ont quelque chose en commun.Il apparait en effet très symptomatique de constater que le monde ouvrier est absent, au moins à 95 pourcent des préoccupations pastorales immédiates des séminaristes.Et tant que les choses seront ce qu\u2019elles sont, que la formation sera conçue comme elle est conçue, à savoir quatre années de théologie style universitaire, il ne faudra pas s'attendre à des changements majeurs.Pour le jeune qui a pris l\u2019option du monde ouvrier, la formation actuelle constitue jusqu'à un certain point une épreuve de force: il s\u2019agit de ne pas se laisser aliéner par les questions, non point fausses, mais \"institutionnalisées\", de la théologie, afin d\u2019être apte à acquérir plus tard une vraie formation à partir de la vie.Entre temps, il doit, en dépit des conflits et tiraillements que ça implique, essayer de faire quelque chose de concret pour le monde ouvrier.C\u2019est une question de vie: une préoccupation pastorale, ça ne se met pas en veilleuse: si elle ne se concrétise pas.elle se perd ou se pervertit.La formation pastorale, je la vois personnellement comme une démarche concrète d'un individu avec une communauté de base qui l'appelle, le porte et le pousse.Dans cette perspective ce n'est pas aux activités pastorales de s'ajouter misérablement comme un complément à la théologie, mais à cette dernière de s\u2019offrir comme réponse à une démarche pastorale.Idéalement cela signifie que quand un jeune du monde ouvrier songe au sacerdoce, il devrait d'abord s\u2019engager dans son milieu, animer d'une certaine façon sa communauté de vie.cheminer réellement avec elle et en arriver jusqu\u2019à un certain point à résumer en sa personne les appels profonds de cette communauté; suivant les exigences et les besoins de sa communauté, il pourrait ensuite recevoir la formation théologique et le sacerdoce, mais toujours en gardant un contact très immédiat avec les gens concrets qu'il prétend servir.Beau rêve que tout cela! Si on entrevoit seulement comme une généreuse utopie la possibilité de donner une telle consistance aux communautés de base, qu'on ait au moins le langage clair de l'honnêteté: qu\u2019on arrête de parler de la responsabilité des chrétiens, qu\u2019on change l'expression peuple de Dieu par masse de Dieu et qu\u2019on dise carrément aux laïcs que le Saint Esprit, ils n'ont pas à compter dessus.Quant à moi.il m'apparaît aussi réaliste de rêver ainsi que de continuer à modeler une classe de gens à qui on confère un sacerdoce à priori, qu'ils 52 ont ensuite, à grand renfort de mises en scène, d'homélie et de catéchèses, à faire accepter à une communauté de gens qu\u2019ils n\u2019ont jamais vus ni connus.Je ne prône pas la mort de la théologie; nous avons et nous aurons de plus en plus besoin de la théologie et des théologiens.Mais il me semble nécessaire qu'on dissocie le sacerdoce de la théologie académique et ce.au nom de la polyvalence et de l\u2019universalité du sacerdoce.Cette nécessité s\u2019avère pressante dans bien des milieux, et dans le cas du monde ouvrier elle représente une urgence.Dans le système actuel, quand un jeune du monde ouvrier a franchi le \"cursus\u201d qui mène au sacerdoce, il n\u2019est plus un ouvrier, mais un clerc; et le monde ouvrier a le droit d\u2019avoir des pasteurs ouvriers.l\u2019Eglise en monde ouvrier Au ferme de la huitième Rencontre nationale de l'Action catholique ouvrière qui s'est tenue du 10 au 12 mai 1968, M^r ANCEL, président de la Commission épiscopale française du monde ouvrier, a lu l'intervention dont nous donnons ci-après un extrait.(Documentation catholique, 2 juin 1968) Les raisons de l'effort missionnaire de l'Eglise en monde ouvrier Au nom de la mission qu\u2019elle a reçue du Christ d\u2019annoncer l'Evangile à toute créature, l'Eglise ne peut en aucune manière se désintéresser de l\u2019évangélisation du monde ouvrier.Elle doit en effet rendre possible et désirable à tout homme la découverte de Jésus-Christ et, en lui.de sa vraie libération.De plus, l\u2019amour dont elle vit fait ressentir son devoir avec d\u2019autant plus de force qu\u2019il s\u2019agit d'hommes qui, globalement, sont plus éloignés d\u2019elle, en même temps qu\u2019ils sont marqués par une situation trop habituelle de pauvreté, d\u2019insécurité, de dépendance.^J^ociunznb La mission de 53 A travers la contestation du mouvement ouvrier, comment ne serait-elle pas attentive à ce cri des pauvres, dont la lecture de la Bible lui rappelle sans cesse la place privilégiée dans la révélation du dessein de Dieu?Et comment ne souffrirait-elle pas de n'être pas reconnue comme signe de Jésus-Christ par ceux avec lesquels Dieu a voulu s'identifier?Nous pensons à la signification profonde du mystère de l'Incarnation, mystère qui est fondamental pour notre foi.Pour rétablir la communion des hommes entre eux.et des hommes avec Dieu, le Fils de Dieu s'est fait pauvre et il est venu parmi nous, pauvre parmi les pauvres.Pour annoncer l\u2019Evangile au monde ouvrier, l'Eglise doit le découvrir tel qu'il est, comme un peuple qui a une histoire, des traditions, une culture, et tenir compte de ses aspirations, des événements qui le marquent.des organisations à travers lesquelles il s'exprime et demande à prendre sa part dans la construction du monde.\"Pour que les chrétiens, dit le décret conciliaire Ad Gentes.puissent donner avec fruit le témoignage du Christ, ils doivent se joindre à ces hommes par l'estime et la charité, se reconnaître comme membres du groupement humain dans lequel ils vivent, avoir une part dans la vie culturelle ou sociale, au moyen de divers échanges et de diverses affaires humaines; ils doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses, découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s\u2019y trouvent cachées.\u201d Une telle attitude n'est pas seulement nécessaire pour les groupements nationaux.Elle s\u2019impose pour les groupements sociaux et, lorsque des apôtres du Christ deviennent plus attentifs au mouvement ouvrier, c'est pour y découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s'y trouvent cachées.L'Eglise ne saurait s\u2019identifier au monde ouvrier et lui faire courir le risque d'un messianisme temporel, mais elle doit reconnaître et accueillir toutes les valeurs authentiques vécues par ce monde.Certes, elle n'ignore pas que le monde ouvrier a lui aussi ses limites et ses déficiences, qu'il est marqué par le péché et qu\u2019il doit se convertir de l'égoïsme à l\u2019amour; mais elle affirme en même temps qu\u2019il possède des valeurs humaines dont l'apport sera pour elle un enrichissement et pour toutes les catégories sociales l'occasion d'un renouvellement.54 Elle veut donc se mettre à son service pour que ces valeurs puissent être purifiées et consacrées par le Christ.Ainsi elles deviendront des valeurs du royaume de Dieu.L\u2019Eglise, qui découvre dans le Christ la vraie dimension de 1 homme sauvé et divinisé par lui, ne peut qu'être sensible à la dignité de tout homme et rappeler sans cesse le respect auquel il a droit.C\u2019est pourquoi elle est sensible aux aspirations à une vie humaine plus libre, plus responsable dont le mouvement ouvrier est porteur.C'est pourquoi aussi elle ne saurait accepter que le monde moderne, par ses structures et par la conception matérialiste qu'il a du progrès, continue plus que jamais à secréter des pauvres, des irresponsables, des révoltés.Dès lors, les chrétiens qui, dans le monde ouvrier, travaillent avec tous leurs frères dans la diversité des organisations sociales à l\u2019instauration d\u2019un monde plus humain, loin d'être détournés par leur foi de l'accomplissement de leurs tâches temporelles, y trouvent une lumière et un stimulant qui communiquent, en particulier à leur action, la force de l'espérance.Vous l\u2019avez dit justement dans l'un de vos rapports: \"Le Christ.Homme parfait, vrai libérateur, ne peut nous arrêter à un quelconque moment de notre lutte collective, humaine dans le monde de ce temps, si nous savons, en toute humilité, en toute lucidité, en tout amour, reconnaître en Dieu le Créateur, en l\u2019homme la créature faite à l'image de Dieu.\" L\u2019intervention de l'Eglise dans le domaine temporel, dans la mesure où elle s\u2019inspire des exigences de l'Evangile, ne saurait donc être mise au compte de l'opportunisme ou de la démagogie, mais découle de sa mission du salut de l\u2019homme.L\u2019attention privilégié que l'Eglise doit porter à l'évangélisation du monde ouvrier lorsqu elle est inspirée par l\u2019Evangile, ne la rend pas moins attentive et aimante pour les autres catégories sociales, les valeurs qui leur sont propres, qui ont besoin, elles aussi, d être purifiées et consacrées.L\u2019Eglise ne saurait en effet s'identifier à un groupement humain, qu'il s\u2019agisse d'une nation, d\u2019un parti, d'une classe sociale.Mais dans la mesure où, pour mieux comprendre et accueillir les valeurs propres du monde ouvrier, l\u2019Eglise est amenée à retrouver une 55 fidélité plus grande à l'Evangile, ce sont tous les hommes qui en sont bénéficiaires.Et la seule façon que l'Eglise ait d'aimer une personne humaine, n est-ce pas de lui rappeler, dans sa vie concrète, dans l'accomplissement de sa tâche terrestre, les exigences de l'Evangile?L Eglise ne saurait se laisser enfermer dans un esprit de classe ou de caste, mais si grâce à un souci plus grand de l\u2019évangélisation du monde ouvrier.les autres catégories sociales sont amenées à découvrir les exigences d\u2019une fraternité mieux vécue et plus universelle, n'est-ce pas le signe du salut qui est manifesté, et la catholicité de l'Eglise qui est davantage révélée?£^\\£C£721lO/2:i ÉDITIONS OUVRIÈRES Connaître Dieu vivant, par Marie-Abdon Santaner, 150 p.L\u2019auteur du livre \u201cDieu cherche l\u2019homme\u201d nous apporte aujourd\u2019hui encore une spiritualité biblique qui rejoint les réflexions et les interrogations des prêtres réunis en session de pastorale dont nous faisons ici le compte rendu.La révélation du Dieu vivant nous apprend que la présence aux problèmes des hommes doit être vécue comme une attention à Dieu qui s\u2019y trouve véritablement engagé.La leçon essentielle que l\u2019auteur tire des pages de la Bible est que l\u2019on n\u2019accède pas à la connaissance de Dieu autrement que par le chemin de l\u2019existence.Le seul chemin possible est le chemin du réel dans la vie qui est la nôtre: le réel de nous-mêmes, le réel des autres, le réel du temps où nous vivons.Nous recommandrions volontiers la lecture de ce livre aux prêtres et aux laïcs engagés dans la pastorale ouvrière pour alimenter leur vie spirituelle.Là aussi est ton cœur., par Louis Antoine, 222 p.Dans la même veine que le précédent, l\u2019auteur nous livre une spiritualité fondée sur l\u2019anthropologie biblique selon laquelle l\u2019homme connaît avec son cœur.Nous retrouvons sans peine la pensée actuelle de la philosophie et des sciences de l\u2019homme.56 dftïonLauz Des ouvriers prêtres Le sacerdoce est-il lié à un statut social?Telle est la question face à laquelle 300 prêtres français sont décidés de passer à 1 action.Le statut clérical, qui fait du prêtre un \"fonctionnaire du culte \", payé par le culte, le conduit à des impasses dans l\u2019évangélisation.\"Le statut clérical imposé aux prêtres avec le style de vie et le mode de relation aux hommes qu\u2019il implique, est 1 un des obstacles majeurs à cette révélation de Jésus-Christ.\" Il incombe de redessiner de nouvelles figures du sacerdoce en le réintégrant dans la condition humaine.La condition de travailleur salarié, ces prêtres sont décidés de l\u2019assumer comme tout homme, de manière naturelle, sans autorisation extérieure.Il semble donc que cette remise en question soit plus fondamentale encore que celle des \u201cprêtres-ouvriers\".On sait que quelques mois avant la parution de cette lettre collective diffusée au début de novembre par le groupe en question, l'épiscopat français réuni à Lourdes au cours de l'été avait approuvé la reprise du travail en usine pour certains prêtres.Mais la position présente va plus loin encore et justifie, nous semble-t-il, le titre que nous donnons à cette chronique.La question, disions-nous, est plus fondamentale encore.Il ne s\u2019agit plus de se demander si des prêtres, appartenant à un statut social déterminé, celui de clerc, peuvent exercer un métier.Elle se pose maintenant ainsi: des ouvriers peuvent-ils être prêtres, comme des professionnels, des instituteurs, des administrateurs.Comment devenir prêtre tout en restant ouvrier, travailleur salarié comme ceux qu\u2019on reçoit mission d\u2019évangéliser.Nous ne sommes pas surpris que la question en soit venu là après la lecture du passionnant ouvrage de Emile Poulat: \"La naissance des prêtres-ouvriers\" (Casterman, 1965).L\u2019auteur retrace l\u2019histoire de la pastorale ouvrière française.De l\u2019abbé Godin au cardinal Suhard.du père Guérin, fondateur de la J.O.C.française.aux pionniers de la Mission de France, nous assistons à l\u2019épopée missionnaire du 20' siècle, celle de la classe ouvrière.Prêtres diocésains, religieux et religieuses, travailleurs jeunes et adultes, tous ces apôtres nous font partager leur inquiétude pastorale.Ils ont eu leurs penseurs avec le père Lebret et le groupe de \"Economie et Humanisme\".Tout ce mouvement de fermentation, toutes ces réalisations héroïques ne furent pas étrangers à l\u2019éclosion du Concile, l'élévation au cardinalat de Mar Cardijn et le rôle qu'il a joué en période conciliaire le démontre amplement.La mission ouvrière française ne pouvait pas ne pas aboutir à la présence de prêtres en usine à titre d'ouvriers.Mais on se rappelle l\u2019impasse critique où l'on s\u2019enferma: le statut traditionnel du prêtre était trop rois en question.La reprise de l'expérience du prêtre-ouvrier ne peut s\u2019avérer une solution viable car elle porte en elle presque une contradiction si l'on considère le statut actuel du clergé: on ne saurait s'arrêter à mi-chemin.Non qu\u2019il soit ouvrier, mais l\u2019ordination sacerdotale d\u2019un homme comme Joseph Folliet nous semble un signe de la dissociation progressive qui s'opère entre sacerdoce et statut clérical.\tPaul-Emile Charland.o.m.i.57 tlCl(J£,ï± [s.1 T£(7U£1 Dans ce bulletin nous désirons présenter les revues avec lesquelles nous effectuons un échange.Nous en profitons pour remercier les éditeurs et recommander leur publication à nos lecteurs.N.d.l.r, Chronique Sociale de France, 46, rue de la Charité, Lyon 2.Doyenne des revues sociales catholiques en France, et peut-être dans le monde, la Chronique fêtait cette année son 75e anniversaire.A cette occasion la Secrétairerie d\u2019Etat du Vatican faisait parvenir à son directeur une lettre par laquelle \u201cle Saint-Père apprécie l\u2019enrichissement apporté au catholicisme français, au cours de ces longues années, par cette revue et par tout le mouvement d\u2019idées qui en est issu.\u201d L\u2019ordination sacerdotale de l\u2019un de ses directeurs, Joseph Folliet, connu chez-nous par ses écrits de sociologie et de spiritualité, est pour nous un signe des temps nouveaux.Nous reproduisons dans la présente livraison de Prêtres et Laïcs ses réflexions sur l\u2019Eglise dans la ville de l\u2019an 2000 (C.S.F., n° 4, juillet 1968).Feuilles familiales, 54, rue Marie de Bourgogne, Bruxelles 4.Publiées mensuellement par le Centre d\u2019étude, d\u2019édition et de consultations familiales (C.E.C.F.), les Feuilles familiales s\u2019adressent aux époux, aux éducateurs de la famille, aux fiancés.Parmi le groupe de travail qui assure la revue, nous connaissons plus particulièrement le couple G.et M.-Fr.Falisse.Nous avons eu l\u2019occasion de présenter à nos lecteurs quelques publications du groupe des Feuilles familiales.Psychologie, spiritualité conjugales, éducation des enfants, la revue apporte chaque mois des articles courts et vivants sur ces différents sujets.Celui de août-septembre traitait avec délicatesse et franchise un sujet d\u2019actualité pour les couples: \u201cLa fidélité, un défi?\u201d Nous la recommandons vivement à ceux qui s\u2019occupent de pastorale familiale.Masses Ouvrières, 12, av, Sœur-Rosalie, Paris 13.Les lecteurs de Prêtres et Laïcs se sentiront vite en monde connu avec Masses Ouvrières puisqu\u2019elle est la revue des mouvements de l\u2019Action Catholique Ouvrière française.Ceux qui ne croient plus à l\u2019A.C.y trouveront ample matière à réflexion.Pour les autres, Masses Ouvrières leur apporteront une sensibilité plus grande à cette classe de gens que nous connaissons peu 58 parce que nous prenons rarement le temps de franchir la distance pour les écouter: les travailleurs.Perspectives sociales, C.P.2208, Québec 2.Bulletin bimestriel de pastorale sociale, sous la direction de l\u2019abbé Gérard Dion, directeur de la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université Laval, Perspectives sociales fait suite au bulletin \u201cAd usum sacerdotum\u201d et se situe à la fine pointe de la critique sociale dans une perspective chrétienne.Nous signalons à nos lecteurs le dossier sur Humanæ Vitae paru dans les numéros 4 et 5 de l\u2019année écoulée.Recherches et échanges, 2, rue Elzévir, Paris 3.Nous ne saurions recommander plus chaudement aux prêtres ainsi qu\u2019aux religieuses engagées dans la pastorale la revue française des Fils de la Charité.Pionniers de la révision de vie et de l\u2019équipe sacerdotale, les Fils de la Charité ont publié des œuvres de spiritualité et de pastorale qui ont fait leur marque dans l\u2019Eglise.La revue Recherches et échanges, en plus d\u2019être leur bulletin de réflexion, apporte aux prêtres et aux laïcs l\u2019expérience d\u2019un travail d\u2019équipe en milieu ouvrier.La dernière livraison nous donne le texte du rapport d\u2019orientation proposé aux \u201cFils\u201d avant la prochaine session de leur Chapitre.Les perspectives qu\u2019ouvrent leurs recherches d\u2019insertion dans le monde ouvrier rencontrent les inquiétudes des prêtres mises en commun lors de la session de pastorale ouvrière dont nous rapportons le compte rendu dans le présent numéro de Prêtres et Laïcs.Témoignages, 114 est, rue Jacques-Cartier, Chicoutimi, Qué.Canada.Publié sous la responsabilité du Comité diocésain de l\u2019Action Catholique du diocèse de Chicoutimi, la revue Témoignages se mérite à bon droit une place de premier choix tant pour sa présentation que pour son contenu.Nous en félicitons sincèrement l\u2019équipe de rédaction dirigée par l\u2019abbé Jean-Paul Tremblay.Des sujets d\u2019actualité ont été abordés avec franchise et sincérité au cours de l\u2019année: la foi chez les jeunes, le temps des vacances, mariage et famille, la culture populaire, l\u2019Eglise aujourd\u2019hui.Cette revue pourrait être utilisée avec avantage dans des cercles d\u2019étude, des dialogues avec jeunes et adultes, etc.Nous pensons aussi à ceux qui veulent renouveler leur homélies en partant de la vie: ils trouveront dans Témoignages l\u2019expression fraîche et actuelle de cette vie.59 ANTOINE F.LAROSE Pharmacien \u2014 Chimiste Service de livraison rapide \u2014 Prescriptions remplies avec soin 1262, rue St-Denis, MONTRÉAL\tTel.: 861-6670 Pharmacie Yanasse JEAN VANASSE PHARMACIEN P.L TURCOTTE Confection et Réparations MARCHAND DE FOURRURES 464.De la Chapelle.QUÉBEC DRUMMONDVILLE Tél.: 524-1030 BYTOWN LUMBER CO.no Georges Bonhomme.Gérant 1021, Chemin Cyrville, Ottawa 7 Produits Shell Oil Company\tProduits General Tire & Rubber Company La Compagnie distributrice du Saint-Laurent Ltée Entrepôt, Bureau, RIMOUSKI-EST\tTel.: 723-7273 DESOURDY CONSTRUCTION LTEE LAFLÊCHE, Qué\tTél.: 676-7721 PEINTURES MONT-ROYAL LTEE 5669, ave Casgrain, Montréal 151, Qué.OVERNITE EXPRESS LIMITED Ottawa \u2014 Hull: 777-4301 Montréal \u2014 Toronto \u2014 Hamilton \u2014 Hawliesbury \u2014 Buckingham 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