Prêtres et laïcs, 1 janvier 1971, janvier
[" PRETRES DOSSIER Vingt ans de fidélité au monde ouvrier JANVIER 1971 \u2014 VOL XXI 1 PRÊTRES ET LAICS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE Sous la direction des aumôniers nationaux de l\u2019Action Catholique Ouvrière Jacques Lemay, o.m.i., directeur P.-E.Pelletier, o.m.i., Laurent Denis, o.m.i., Roger Poirier, o.m.i., Raymond Roy, Hubert Coutu, aumôniers nationaux de la J O C Secrétaire à la rédaction: Paul-Emile Charland, o.m.i.Abonnement: $5.00 pour un an; $9.00 pour deux ans; $0.60 le numéro Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Canada Téléphone: (514) 524-1188 Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement n° 0220.\u201cFrais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie Notre-Dame (O.M.I.), Richelieu, Qué. sommaire Janvier 1971 \u2014 Vol.XXI EDITORIAL Au service des humbles Paul-Emile Pelletier, o.m.i.2 DOSSIER Vingt ans de fidélité au monde ouvrier Gabriel Clément, ptre 7 Où va la pastorale ouvrière?Jean-Marc Lebeau 14 Quand on fait confiance aux laïcs Jean-Louis Dion, o.m.i.21 Ce qu\u2019en pensent nos lecteurs Paul-Emile Charland, o.m.i.27 THÉOLOGIE PASTORALE Pour que vivent les hommes Claude Lefebvre, f.c.35 TÉMOIGNAGES Un groupe d\u2019anciens militants jocistes Mémoire à la Commission Dumont 51 RECENSIONS 60 élditoïLaf 4* ôetvîce de* humble* Avoir 20 ans, c'est un événement qui mérite d\u2019être souligné, autant pour les organismes que pour les individus.C'est la raison d\u2019être des principaux articles qui composent ce numéro de la revue Prêtres et Laïcs.M.l'abbé Gabriel Clément décrit brièvement les trois étapes de la revue selon les trois noms qu\u2019elle a portés.De 1951 à 1957, elle était \"l'Action Catholique Ouvrière\" et servait de bulletin de liaison des aumôniers de J O C, de L O C et de S P M.De 1958 à 1966, elle devint Prêtre aujourd'hui\" pour porter plus facilement son message à tous les prêtres préoccupés de pastorale en monde ouvrier et populaire.En 1967, elle devenait \u201cPrêtres et Laies\" pour déborder le milieu sacerdotal et mieux parler à tous ceux de la communauté chrétienne qui étaient engagés dans la tâche d\u2019éducation et d'animation chrétienne des milieux ouvriers.Mais tout au long de sa carrière, sous les divers noms qu\u2019elle a portés, la revue a toujours voulu garder une grande fidélité à l\u2019intuition de base de sa fondation: être un moyen de communication pastorale au service de la masse des humbles, des petits, des pauvres, des classes populaires, du milieu ouvrier.Et parce que les instruments privilégiés de cette pastorale populaire en ont toujours été les mouvements d\u2019Action catholique ouvrière, la revue a toujours été attentive à faire écho aux découvertes, aux réflexions et aux réalisations des militants, prêtres et laïcs, de ces mouvements.L'Action Catholique canadienne a connu une crise majeure, ces dernières années.La Commission Dumont fut alors instituée par l\u2019épiscopat pour mieux connaître les aspirations de tous les milieux sociaux et géographiques du Canada français et proposer des lignes d\u2019orientation pour le peuple de Dieu, chez nous.Mais les mouvements d\u2019Action catholique ouvrière, soit la J O C et le M T C , continuent leur travail ardu 2 et fécond d\u2019éducation et de soutien des laïcs militants des milieux ouvriers.La revue Prêtres et Laïcs poursuit sa route en privilégiant ces efforts et en rappelant à tous ses lecteurs le rôle primordial que doivent jouer les humbles, les petits, les pauvres, dans une Eglise qui se veut inspirée de l'Evangile et qui n\u2019a d\u2019autre but que de faire reculer les frontières de l\u2019égoïsme pour y implanter le règne de la justice et de la charité du Christ.C\u2019est ce qui amène M.Jean-Marc Lebeau à se poser la question: \u201cOù en est la pastorale ouvrière?\u201d Sans doute, les intentions des chrétiens, évêques, prêtres ou laïcs, se déclarent toujours favorables à cette préoccupation majeure en faveur des défavorisés.Les deux derniers messages de l\u2019épiscopat canadien à l\u2019occasion de la fête du travail sont là pour prouver l\u2019importance d\u2019une pensée sociale et d'une pastorale centrée sur les difficultés, les besoins et les désirs de libération et de promotion des \u201csans voix\u201d, des \u201copprimés\u201d de notre société.Mais trop peu d\u2019entre nous savent passer \u201cde l\u2019exhortation nationale à l\u2019agir local\u201d, selon l\u2019expression de M.Claude Létourneau, sociologue à plein temps au service de l\u2019Eglise de Hull.Ausssi, la revue \u201cPrêtres et Laïcs\u2019\u2019, à l\u2019aurore de ses vingt ans, veut-elle redire avec fermeté, ses priorités d\u2019intentions et d\u2019orientation, convaincue plus que jamais de mettre l\u2019accent sur le signe le plus évangélique qui soit: \u201cLes pauvres sont évangélisés\u201d.Le signe de l'authenticité Nous voulons redire, par toutes les expressions de la pensée théologique comme de la vie chrétienne militante, que toute la dynamique de l\u2019Evangile ne sera authentique que si elle part des humbles, des défavorisés, des pauvres.Le signe premier de la charité se situera toujours au niveau des engagements concrets pour la justice.Et ce n\u2019est qu\u2019à partir des souffrances et des besoins de ceux qui sont victimes d\u2019injustice que la charité chrétienne saura se vérifier.Trop de prêtres et de laïcs sont plus ou moins conscients de ce nombre considérable de familles qui vivent dans l\u2019insécurité du chômage, de l\u2019assistance sociale ou des salaires insuffisants.Egalement, trop d\u2019entre nous ne réalisons pas assez l\u2019insécurité pychologique de ces nombreux citoyens qui n\u2019arrivent pas à réaliser leur dignité humaine dans une société qui tend sans cesse à les intoxiquer de matérialisme.3 Un prêtre me demandait s\u2019il y avait du communisme derrière telle grève récente.\"Non, lui répondis-je, ce n\u2019est pas du communisme, c\u2019est du matérialisme.\u201d Et alors de lui expliquer que notre économie ne pouvait fonctionner sans production, notre production sans consommation, notre consommation sans publicité.Ainsi on crée des besoins aux gens, on les rend malades d\u2019avoir toujours davantage et on est surpris qu\u2019ils prennent l\u2019arme de la grève pour obtenir l\u2019argent nécessaire pour acheter les choses qu\u2019on les a convaincus d\u2019acheter.Comment permettre à tous ces hommes plus ou moins démunis, tant au plan économique que culturel, d\u2019accomplir leur vocation humaine et chrétienne dans notre société d'aujourd\u2019hui?Comment leur faire découvrir le Christ vivant au cœur de toutes ces réalités concrètes de leur vie?\"Prêtres et Laïcs\" gardera donc son option de base et demeurera centrée sur le monde des moins favorisés, des marginaux, et sur les meilleurs artisans de leur salut.Les artisans de leur salut Mais les meilleurs artisans de leur salut, qui sont-ils?Quels sont ceux que les pauvres et les classes populaires perçoivent comme leurs vrais sauveur?Quels moyens doit-on prendre pour permettre l\u2019éveil, la croissance et la pleine réalisation de toutes les énergies qui résident en abondance dans le cœur de ces humbles?Comment l\u2019Eglise, mère et éducatrice par excellence, porteuse de l\u2019Evangile du Christ et de toutes les valeurs de salut de l\u2019homme, est-elle présente à ce monde des pauvres?Quelle pédagogie utilisera-t-elle pour se présenter à eux, se faire reconnaître, s'identifier à eux, les faire grandir dans toutes leurs dimensions humaines et surnaturelles?Même si les mouvements d\u2019Action catholique ouvrière ne connaissent pas le développement qu\u2019ils ont déjà connu, il ne faudrait pas trop facilement ignorer toute cette pédagogie profonde de Cardijn qui demeure une acquisition importante du dernier demi siècle et que nombre d\u2019organismes profanes ont adoptée: \"Entre eux, par eux, pour eux\" \u201cVoir, juger, agir\u201d \u201cFormation par l\u2019action\u201d 4 Ce sont des principes que Pie XI et Jean XXIII incorporaient dans leurs encycliques sociales.Ce sont des lignes d\u2019action indispensables pour une véritable éducation populaire.Qu\u2019on me permette de citer le témoignage d\u2019un jeune de la J O C de 1963 \u2018\u2018J\u2019étais un garçon au cœur volage et aux idées \u201cécartées\u201d et très froufrou.Je ne pensais pas à l\u2019avenir.Pour moi, ça ne me disait rien.Lorsque j\u2019ai quitté l\u2019école à l\u2019âge de 16 ans, je n\u2019étais pas préparé pour affronter la vie avec un degré d\u2019instruction plutôt pauvre.Je ne voulais pas écouter mes parents.\" \"Pendant deux ans, j\u2019ai travaillé de nuit dans une usine de textile.Quel désastre pour moi, j\u2019étais découragé, je blasphémais, je parlais toujours de me suicider.A l\u2019âge de 19 ans, un de mes amis me dit: Tu devrais venir voir cela; on a besoin de ta collaboration pour la J OC.\"Ça a commencé par un système-D, sorte de discussions sur les problèmes des jeunes chômeurs.J\u2019en étais de ceux-là.J\u2019ai compris que la plupart des jeunes étaient trop excités et pas assez sérieux.Aujourd\u2019hui, je n\u2019ai pas honte de le dire, j\u2019ai acquis une bonne formation et surtout une personnalité dont je suis fier.\"Je pense que le Christ est le Sauveur du monde.Il nous a donné son exemple, à nous de faire comme lui.\"Je suis en train de faire ma neuvième année, et j\u2019ai une forte idée de suivre un autre cours l\u2019an prochain pour devenir opérateur de pelle mécanique.J'ai rencontré une jolie fille, il n\u2019y a pas longtemps.Depuis ce temps je suis doublement sérieux et je pense beaucoup plus à l'avenir.\"Lorsque je quitterai la J O C , je vais essayer de continuer d\u2019encourager les jeunes à suivre leurs études.Avec un peu de chance, je vais entrer dans le comité de loisirs pour la jeunesse.\u201d (Prêtre aujourd\u2019hui, 1963, p.25-26) Ce témoignage n\u2019en est qu\u2019un parmi tant d\u2019autres.Dans un mémoire soumis à la Commission Dumont, un groupe d\u2019anciens militants de la J O C ont tenu à exprimer ce que leur a donné leur passage en Action catholique ouvrière: sens des responsabilités et de la participation, conscience d\u2019appartenir à la classe ouvrière et solidarité avec les autres travailleurs.Et dans leur vie chrétienne: découverte du message 5 du Christ et son application dans une vie quotidienne, passage d\u2019une foi-enfant à une foi-adulte, découverte d\u2019une Eglise missionnaire et nouvelle conscience du rôle de laïc chrétien en action dans la société.La plupart de ces anciens militants, on les retrouve aujourd\u2019hui ici et là dans une même fidélité au monde ouvrier.La seule difficulté qu\u2019ils éprouvent est celle de trouver une équipe et des prêtres pour les aider à continuer la revision de vie.Lin aumônier de J O C , de Joliette, m\u2019écrivait ces derniers temps: \u201cLes jeunes travailleurs d\u2019aujourd\u2019hui ont les mêmes richesses qu'hier.Si personne n\u2019est là pour les cultiver, elles ne savent pas se manifester.Quand on les aime et qu\u2019on les aide à prendre des responsabilités, c\u2019est merveilleux.La méthode de Cardijn reste plus actuelle que jamais.\u2019\u2019 Le bon vieux Cardijn savait comprendre et aimer les jeunes travailleurs: il les dynamisait par la confiance qu\u2019il mettait en eux.Un vétéran de l\u2019Action catholique ouvrière, le Père Jean-Louis Dion, nous livre ici ce qui fut la conviction de toute sa vie.Quand on fait confiance aux laïcs, on découvre rapidement qu\u2019il ont un sens missionnaire plus aiguisé et plus dynamique que beaucoup d\u2019entre nous, parce qu\u2019ils vivent quotidiennement les réalités du monde, qu\u2019ils sont en contact constant avec les hommes.L\u2019Action catholique a pris au sérieux la vocation apostolique des laïcs et y a cru profondément.Elle a tenté de porter devant tous le témoignage communautaire de charité et d\u2019unité des chrétiens dans le Christ.A côté des mouvements d'Action catholique ouvrière, il y a d\u2019autres mécanismes, comme les divers comités de citoyens qui se forment ici et là au cœur des populations ouvrières.Des chrétiens comme des prêtres s\u2019y engagent généreusement.Parvenue à ses vingt ans, la revue \"Prêtres et Laies\" entend servir tous ces ouvriers de la promotion et du salut des humbles.Elle fait appel à la collaboration de tous afin de continuer sa route comme carrefour, organe de liaison et de support pour tous ceux qui placent les petits, les humbles, les milieux ouvriers, en tête de leurs priorités d\u2019action pastorale.Paul-Emile Pelletier, o.m.i.6 ÎZ3ollt£'I Vingt ans de fidélité au monde ouvrier Gabriel Clément, historien Ce premier numéro de l'année 1971 marque le vingtième anniversaire de \"Prêtres et Laïcs\" qui, sous des noms divers, a voulu porter, dans l\u2019Eglise canadienne d\u2019expression française, le souci d\u2019une pastorale ouvrière contemporaine.Dès le premier numéro, en janvier 1951, la revue voulait, de son propre aveu, garder une fidélité rigoureuse à tous les aspects du monde ouvrier.Faite pour des aumôniers d'Action catholique ouvrière, puis pour tous les prêtres de milieu ouvrier urbain et enfin pour les laïcs et tous les prêtres, la revue n\u2019a cependant jamais changé son optique fondamentale.Elle a simplement voulu porter, en élargissant successivement ses destinataires, le souci d\u2019une pastorale réelle, fondée sur la vie.Aussi ces quelques jalons historiques, sans prétention aucune, marqueront-ils les principaux temps d\u2019évolution de la revue.Les changements de nom successifs de la revue nous serviront de points de références commodes pour la clarté des réflexions qui suivent.I \u2014 L\u2019 \"Action Catholique Ouvrière\" (1951-1957) L\u2019 \"Action Catholique Ouvrière\", qui succède au Bulletin des aumôniers jocistes et locistes, édite son premier numéro en janvier 1951.Déjà la J O C a quinze ans d\u2019existence et la L O C en a onze: l\u2019expérience acquise a besoin d\u2019être codifiée, explicitée et transmise à tous les 7 prêtres intéressés à la pastorale ouvrière.Par ailleurs, sous la pression d un Québec dont l\u2019évolution s\u2019accélère, les mouvements ouvriers ( J O C \u2014LOC) entreprennent une revision systématique de leur action, en opérant un retour aux sources vives du mouvement: l\u2019enquête comme point de départ de l'action, la perspective éducative et non plus l\u2019embrigadement, la nécessité d\u2019être missionnaire dans un monde qui développe ses propres significations du schème traditionnel de la chrétienté.La revue sera donc, durant ses sept premières années, un écho fidèle des préoccupations et de l\u2019action de la J O C et de la L O C.En ce sens, chaque numéro comportera toujours une chronique sur la vie des mouvements et leurs activités, de même qu\u2019un grand nombre de récits d\u2019expériences locales ou régionales.Liée aux préoccupations de la J O C, la revue va s\u2019inspirer des mêmes modèles.Or, la J O C de cette époque s\u2019ouvre sérieusement aux expériences européennes de pastorale, particulièrement aux expériences françaises.La constitution d\u2019un secrétariat international de la J O C, en 1950, favorisera fortement cette dimension internationale des préoccupations.Aussi, pour le curieux qui feuillette les quelques 2,000 pages de ces sept années de parution, deux traits majeurs se dégagent ici: une ouverture remarquable aux institutions européennes les plus valables, et la mise en place progressive d\u2019une pastorale ouvrière autochtone.L\u2019 \"Action Catholique Ouvrière\", un œil ouvert sur le monde L' \"Action Catholique Ouvrière\" \u2014 semblable en cela aux Cahiers d\u2019Action Catholique de la J E C \u2014 va faire circuler au Québec un large éventail de préoccupations universelles et poser ainsi les jalons d\u2019une mentalité internationale.C\u2019est ainsi que la revue fera un large écho aux textes les plus importants de Pie XII1, à des conférences percutantes de quelques évêques français2 et à certains des meilleurs auteurs de la 1\tDiscours au premier Congrès International de l'Apostolat laïc, dans A.C.O., décembre 1951, p.263; cf.aussi, avril 1952, p.128; juillet-août 1952, p.318; novembre-décembre 1952, p.461; mai 1953, p.226; septembre 1953, p.370 et 403; novembre 1953, p.492; février 1954, p.79; mars 1954, p.123; octobre 1957, p.333.2\tLe Cardinal Saliège, A.C.O., février 1954, p.74; le Cardinal Feltin, mai 1954, p.204 et janvier 1955, p.96; Monseigneur Ancel, janvier 1955, p.18 et février 1955, p.79, etc.8 décennie, tels le Père Lebret, o.p.et Josué de Castro3.C\u2019est dans le même sens que la revue fait régulièrement le point sur les activités internationales de la J O C4.Dans ce riche apport extérieur, le chanoine Cardijn tient une place de premier choix.Ses nombreuses conférences sont fidèlement reproduites dans la revue, ses multiples voyages dans les pays en voie de développement sont fidèlement rapportés5.Cet œil sans cesse ouvert sur le monde que constitue la revue contribue ainsi, pour sa part, à élargir les horizons du catholicisme québécois aux dimensions du monde.Le monde ouvrier n'apparaît plus comme un champ clos, limité aux frontières du pays et que se disputent les catholiques et les communistes.Bien au contraire, il apparaît comme un monde de plus en plus unifié par la technique et les communications.Les lecteurs de la revue sont constamment appelés à se faire une conscience internationale.De la même façon, la revue véhicule une conception missionnaire de l\u2019apostolat, une ouverture généreuse à un christianisme de type non-occidental et à la nécessaire diversité des expériences pastorales: peu à peu, elle répand l\u2019idée que pour être vraiment universelle, l\u2019Eglise doit diversifier sa pastorale.Une pastorale ouvrière québécoise .Fille de l\u2019Action catholique ouvrière, la revue se devait d\u2019en garder le meilleur.Indéfectible dans son attachement à la vie ouvrière, elle accorde une place majeure à la vie concrète et à la relation des expériences.Plutôt que de crier à la déchristianisation, elle tente d\u2019en cerner le visage proprement canadien.Ainsi elle contribue à mettre en place les premiers éléments d\u2019une problématique pastorale vraiment canadienne.C\u2019est là d\u2019ailleurs que réside son apport le plus original et le plus neuf.Les quelques 70 numéros de cette période comptent un nombre impressionnant d\u2019études sur les milieux de travail.De nombreuses monographies de sections locales, souvent revêches au premier abord et peu faciles d\u2019accès au lecteur pressé par le temps, n\u2019en constituent pas moins des contributions précieuses à une pastorale vivante, par le goût 3\tLebret o.p., A.C.O.février 1956, p.43; mars 1956, p.80; avril 1956, p.122.Josué de Castro, A.C.O., avril 1953, p.202.4\tAction Catholique Ouvrière, avril 1951, p.2; mai 1952, p.242; avril 1954, p.165; mai 1956, p.166; février 1957, p.42; novembre-décembre 1957, p.391; etc.' 5\tPas moins de vingt numéros comportant des articles à son sujet entre 1951 et 9 de la vie qu elles révèlent et la quantité des faits observés.De même les nombreuses enquêtes annuelles des mouvements ouvriers y sont présentées \"in extenso\u201d: la vie religieuse des jeunes travailleurs6, leur vie professionnelle7, leurs loisirs8, l\u2019éducation sentimentale9, les jeunes qui quittent l\u2019école à quatorze ans10, etc.Il n\u2019y a pas que les sections locales des mouvements qui sont ainsi analysées.En mars 1955, commence une chronique mensuelle sur les paroisses urbaines, bourrée de statistiques et d\u2019observations: Québec-ouest* 11, Lennoxville12, Granby13, St-Jean14, Arvida15, Ville Jacques-Cartier 16, etc.A ces monographies analytiques s\u2019ajoutent des études plus théoriques sur le milieu et la paroisse.De nombreux articles signalent le décalage progressif qui s\u2019établit entre la vie paroissiale et les milieux réels de la vie au détriment de la première17.D'autres articles analysent le milieu ouvrier18, le milieu urbain19, le jeune ouvrier20, la déchristianisation au Canada-français21.Ces études sont bourrées de chiffres, de statistiques et de tableaux qui ne sont des détails qu\u2019en apparence car c\u2019est à travers eux \u2014 la revue le spécifie à maintes reprises \u2014 que se joue le drame de la foi.qui réclame un nouveau style de prêtres.Destinée à des prêtres et entraînée par sa visée expérimentale, la revue ne pouvait manquer de véhiculer une conception originale du rôle sacerdotal.6\tA.C.O.septembre 1952, p.354 à 360 7\tA.C.O.octobre 1952, p.385 à 416 8\tA.C.O.novembre-décembre 1952 9\tA.C.O., octobre 1953, p.425 et 441 10\tA.C.O., novembre 1954, p.394 et 417 11\tA.C.O., mars 1955, p.115 12\tA.C.O., avril 1955, p.170 13\tA.C.O., juin-juillet 1955, p.273 14\tA.C.O., février 1957, p.53 15\tA.C.O., novembre 1957, p.378 16\tA.C.O., février 1954, p.62 17\tPar exemple, A.C.O., février 1953, p.84 18\tA.C.O., avril 1953.p.63 19\tA.C.O., février 1954, p.49 20\tA.C.O., juin-juillet 1956, p.214 21\tA.C.O., mars 1955, p.104 10 Les prêtres sont sans cesse invités à connaître les influences qui s\u2019exercent sur leurs fidèles et les milieux où ils travaillent et se détendent22.Leur premier rôle est de voir et de comprendre la vie ouvrière23, d'accepter les gens tels qu\u2019ils sont24.Dès 1951, la revue véhicule la conception d'équipes sacerdotales qui planifient le travail et spécialisent leur rôle25 pour une meilleure efficacité.2 - ' Prêtre Aujourd'hui\u201d (1958-1966) En janvier 1958, la revue change de nom et s\u2019adresse désormais à tous les prêtres des centres ouvriers urbains.Elle entend refléter davantage les milieux de vie et mettre en lumière les expériences pratiques de pastorale, réalisées en milieu urbain.Ainsi, la nouvelle revue ne changera pas d\u2019optique mais elle étendra le champ de ses intérêts.Les expériences locales Au contraire de la période précédente, celle-ci met l\u2019accent sur les expériences plus que sur l\u2019analyse des situations régionales ou nationales.Sous la rubrique \u201cSociologie\u201d, chaque numéro comporte le récit d\u2019une expérience réalisée dans un coin ou l\u2019autre du Québec: à titre d\u2019exemple, les jeunes chômeurs de Ville Jacques-Cartier26, le chômage27, des expériences neuves de pastorale familiale28, etc.La découverte des communautés humaines Si cette période de la revue a une originalité, c\u2019est bien celle de l\u2019insistance très forte mise sur le caractère collectif des problèmes et la nécessité primordiale de fonder la pastorale sur les nouvelles commu- 22\tA.C.O.février 1952, p.43 23\tA.C.O., novembre 1951, p.225 2« A.C.O., avril 1951, p.58 25\tA.C.O., mai 1952, p.165;\tdécembre\t1955, p.1 26\tPrêtre\tAujourd'hui,\tjanvier\t1958,\tp.\t11 27\tPrêtre\tAujourd'hui,\tfévrier\t1959,\tp,\t96 28\tPrêtre\tAujourd\u2019hui,\tjanvier\t1959,\tp.\t49 nautés qui naissent.On a le sentiment d\u2019un monde nouveau qui naît, avec une nouvelle problématique: les besoins collectifs sont décrits comme le fondement premier de la pastorale29, la jeunesse comme corps social30, l\u2019influence des facteurs sociaux extra-paroissiaux31, une pastorale urbaine sortie des traditions rurales32, une pastorale du tourisme33, ou encore les péchés collectifs34 et les communautés humaines35.Une pastorale renouvelée En même temps, on s\u2019attaque, avec plus de force, aux réalités traditionnelles de la pastorale pour les revivifier: les grandes missions de St-J érôme et de Montréal sont exposées en détail dans leur préparation et leur réalisation36; la paroisse, en particulier, fait l\u2019objet de plusieurs articles qui l'abordent sous divers angles: la visite paroissiale37, la nécessité de responsables paroissiaux laïcs38, la spécialisation des vicaires39 et la planification du travail pastoral paroissial40.La sociologie religieuse, qui commence à être connue à cette époque, est examinée comme apport au réalisme apostolique41.3 \u2014 \"Prêtres et Laïcs\" (1967 .) La revue garde sa visée essentielle mais veut désormais s\u2019adresser aux laïcs et à tous les prêtres; s\u2019il est un accent propre à cette optique récente, c\u2019est le besoin d\u2019une pastorale diversifiée et la nécessité d\u2019éviter le nivellement des expériences par le haut.Aussi la revue aborde-t-elle différentes réalités très contemporaines, chacune d\u2019elles faisant désormais l\u2019objet d\u2019un numéro: l\u2019animation42, 29 Prêtre Aujourd'hui, octobre 1958, p.309; juin-juillet 1959, p.251 3° Prêtre Aujourd'hui, août-septembre 1959, p.299 31\tPrêtre Aujourd'hui, août-septembre 1958, p.250 32\tPrêtre Aujourd\u2019hui, avril 1959, p.154 33\tPrêtre Aujourd'hui, mai 1959, p.124 34\tPrêtre Aujourd\u2019hui, février 1958 35\tPrêtre Aujourd'hui, février 1958; mai 1958, p.170 36\tSt-Jérôme, Prêtre Aujourd'hui, mars 1958, p.99 Montréal, ibid., février 1959, p.90 37\tPrêtre Aujourd'hui, septembre 1958, p.267 38\tPrêtre Aujourd'hui, 1960, p.325 39\tPrêtre Aujourd'hui, 1961, p.373 4° Prêtre Aujourd'hui, 1962, p.210 41\tPrêtre Aujourd'hui, janvier 1959, p.17; avril 1959, p.165 42\tPrêtres et Laïcs, février 1967, p.54; décembre 1969 12 une pastorale missionnaire dans une société en évolution43, la pau-vreté44, les problèmes de travail45, la contestation46, une pastorale familiale renouvelée47, une pastorale de quartier48, de la ville49, etc.Conclusion Parler d\u2019une aventure au passé comme nous l\u2019avons fait, risque toujours de la faire considérer comme terminée définitivement.Et il est évident que de nombreux articles de la revue ne sont plus utilisables tels quels aujourd\u2019hui.Mais les intentions profondes de la revue sont encore vivantes et contemporaines.Si l\u2019histoire de cette revue a une signification, c\u2019est qu\u2019on ne saurait penser la pastorale, sans risque certain d\u2019échec, autrement qu\u2019à partir du donné de fait des situations actuelles: la valeur permanente de cette revue, c'est d'avoir parlé beaucoup plus de vie que de doctrine, beaucoup plus du monde que de l\u2019Eglise, beaucoup plus des hommes que du prêtre.Sans doute, cela constitue-t-il le risque d\u2019évacuer l\u2019Eglise dans un groupement humain quelconque et la foi dans de vagues aspirations humanitaires.Mais ce que cette revue a véhiculé, c\u2019est que la foi, hors des situations concrètes, ne peut qu\u2019endormir l\u2019homme et devenir une drogue à côté et sur le même pied que les autres.La foi sera un risque ou elle ne sera pas.43\tPrêtres et Laïcs, août-septembre 1967; p.302; octobre 1967, p.360 44\tPrêtres et Laïcs, février 1968, p.63; novembre 1968, p.430 45\tPrêtres et Laïcs, mars 1968, p.106; avril 1968, p.166; juin-juillet 1968, p.274 46\tPrêtres et Laïcs, février 1969 47\tPrêtres et Laïcs, janvier 1968, mars 1969 48\tPrêtres et Laïcs, août-septembre 1968, p.324; octobre 1968, p.374 49\tPrêtres et Laïcs, août-septembre 1969 13 Où va la pastorale ouvrière?Jean-Marc Lebeau président national du M T C Quoique la réalité ne soit pas nouvelle, l'expression \"pastorale ouvrière\u2019\u2019 indique un début d\u2019efforts concertés.Les mots recouvrent aussi un courant neuf.Sans nier les efforts passés de l\u2019Eglise en monde ouvrier, on peut dire que le projet de faire surgir l\u2019Eglise en monde ouvrier est récent.Le désir de réaliser une pastorale ouvrière n\u2019est pas une réalité spontanée: il se situe dans un courant de continuité.C\u2019est surtout à partir des expériences relatées dans la revue Prêtres et Laies depuis cinq ans que nous tenterons de dégager cette réalité et de l'interroger.1968 \u2014 Espoir d\u2019un nouvel élan a \u2014 Depuis une quarantaine d\u2019années l\u2019Action Catholique en monde ouvrier (JOC, LOC, MTC) a creusé un profond sillon tant dans le milieu ouvrier que dans l\u2019Eglise.Des sociologues et autres chercheurs ont déjà montré la créativité et le rôle de pionnier de l\u2019A.C.chez nous.Au tournant des années 1950, l\u2019A.C.s\u2019est davantage axée sur sa mission dans le monde.Nous ne nous étendrons pas sur les dialogues académiques autour de distinctions théologiques et canoniques de cette époque.Toutefois, il faut dire qu\u2019au moment où l\u2019Action Catholique trouvait le véritable lieu de sa réalisation, l\u2019ensemble de l\u2019Eglise y por- 14 tait graduellement moins d\u2019attention.Les prêtres qui continuaient à y travailler avec les laïcs, surtout depuis 1960, étaient les \"mordus Il n\u2019est pas surprenant que \"Le Courage des Options\" ait été le thème d\u2019une session groupant 150 prêtres à l\u2019automne 19681.L\u2019histoire de l\u2019Action Catholique montrera un jour le rôle essentiel qu\u2019elle a joué au Québec.Depuis un peu plus de cinq ans le M T C, par une orientation nouvelle, continue l\u2019effort commencé par la L O C.La J O C, pour sa part, continue son action: ses réalisations récentes (Carrefour 69, etc.) montrent sa capacité de toujours s\u2019adapter.b \u2014 Les aumôniers des syndicats ( C S N ) sont aussi dans la lutte ouvrière.Leurs situation n'est pas de tout repos.Ils s\u2019interrogent sur leur statut, leur rôle et les modes de présence au syndicalisme.Ils sont en quelque sorte de la lignée des prêtres bâtisseurs ou des prêtres sociaux du début du siècle.Leurs interrogations les portent à se dégager d\u2019un \"statut\u201d pour être avec les laïcs du milieu, les témoins d\u2019une Eglise solidaire des angoisses et des espoirs des hommes, les prophètes des valeurs évangéliques.c \u2014 D\u2019autres prêtres, insérés dans un groupe d\u2019Action Catholique Ouvrière ou issu de ce courant, ont décidé d\u2019options innovatrices dans notre milieu.Dans une région, un prêtre s\u2019insère dans des événements de la vie ouvrière pour éveiller la classe ouvrière de sa région qui était écrasée, démunie et pratiquement sans leadership.Ailleurs, un autre se lance courageusement, malgré des contraintes, dans l\u2019organisation et la libération des défavorisés et des assistés sociaux.A quelques endroits, des équipes de deux ou trois prêtres prennent logement dans des quartiers populaires.D\u2019autres décident de travailler en usine ou de devenir animateurs sociaux à plein temps, etc., etc.La session de 1968 sur la pastorale ouvrière est une des premières occasions de se rencontrer et de parler dans la certitude d\u2019être compris.Ces signes d\u2019une pastorale ouvrière qui se fait, ont tendance à se multiplier.Qu\u2019il suffise de mentionner la mise en route du Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C P M O) où, durant la première année, une douzaine de prêtres, à partir de leur propre option, font un stage d\u2019étude 1 Prêtres et Laïcs, janvier 1969 15 et de pratique en pastorale ouvrière.Notons enfin l\u2019actualité des récents messages des Evêques à l\u2019occasion de la fête du travail: les Nouveaux Pouvoirs, la libération.Ces trois concrétisations d\u2019un début de pastorale ouvrière montrent à la fois une continuité et une diversification.Continuité dans la faculté de toujours retrouver le sens profond de l\u2019Eglise par un retour à la base.Diversification, depuis quelques années, par la recherche de moyens différents d\u2019arriver à être signe d\u2019Eglise dans le monde ouvrier.Au cœur de la réalité ouvrière Rompre avec un style de vie confortable et structuré, pour s\u2019insérer dans le milieu humain, c\u2019est la manifestation d\u2019une volonté de présence vraie et d\u2019une option claire pour être avec le monde ouvrier.Habiter en quartier, s\u2019insérer dans le travail d\u2019usine ou autre, participer à la vie collective du milieu, vivre les insécurités et les espoirs de tous, partager les luttes ouvrières, etc.ce sont autant d\u2019éléments qui révèlent aux prêtres les possibilités de réaliser l\u2019Eglise.Ces quelques expériences de prêtres, relativement récentes, ont plusieurs points en commun.D\u2019abord ce sont des gestes posés en accord avec les autres prêtres.On est conscient de rester en relations étroites avec eux.Le cheminement pourrait se lire ainsi: motivation et prise de décision, intégration dans le quartier, découverte du milieu, prise de conscience du divorce entre la vie et l\u2019Eglise structurée, du fossé entre vie et foi, puis accueil sympathique des gens, découverte des groupes de solidarité et d\u2019amitié, espérance enfin de leur cheminement vers une communauté eucharistique.Cette insertion dans l\u2019histoire humaine d\u2019aujourd\u2019hui, la participation à faire un monde libre et juste, amènent ces prêtres à découvrir ou à redécouvrir le sens de l\u2019Evangile, à déceler une Eglise qui se fait à même la vie des hommes.En décrivant brièvement cette insertion de prêtres dans la vie ouvrière, il ne faudrait pas laisser entendre que c\u2019est le seul moyen.D\u2019autres, tout en étant dans un ministère \u2018\u2018traditionnel\u2019\u2019, ont aussi opté et 16 sont réellement présents à la vie ouvrière: participation à des groupes de } O C et de M T C, présence aux revendications du milieu, etc.Les chances de l'évangélisation Le sujet est délicat, mais il faut oser l\u2019aborder.Chez plusieurs prêtres on sent une hésitation ou une crainte à actualiser 1 Evangile.Plusieurs laïcs manifestent un désir de découvrir plus à fond l\u2019Evangile dans leur vie.Ce désir va parfois jusqu\u2019à l\u2019impatience.Il n\u2019y a pas de mécanisme d\u2019évangélisation.Il ne s'agit pas non plus d\u2019étiqueter \u201cévangéliques\u201d toutes valeurs vécues.Il faut considérer que le respect des personnes n\u2019est pas uniquement dans un sens.Le respect de la personne exige aussi de provoquer chez elle la découverte du Christ.a \u2014 Les prêtres sont évangélisés; mais les laïcs?Par leur insertion dans les réalités du monde, par leur participation à des équipes avec des laïcs, les prêtres découvrent ou redécrouvrent les dynamismes de vie de l\u2019Evangile.La justice, l'entraide, la solidarité, la promotion qui s\u2019opère, la libération qui s'articule: toutes ces valeurs prennent un sens et une dimension de foi et d\u2019espérance.Ces prêtres sont dans la joie de découvrir le Christ toujours présent, et une Eglise qui se refait: ils voient l\u2019Evangile qui continue à s\u2019écrire dans la vie.Mais on perçoit difficilement qu\u2019ils soient prêts à partager avec les laïcs ce qui se fait dans la vie.Pour être malin, on pourrait dire: ils gardent précieusement leur découverte sans oser la partager avec les laïcs.Comme si l'Evangile était une réalité incompréhensible pour des laïcs.De ce fait les laïcs, majorité du peuple de Dieu en monde ouvrier, risquent de ne pas être évangélisés et de ne pas arriver, eux aussi, à être personnellement et collectivement évangélisateurs.Dans le passé, plusieurs prêtres ont joué un grand rôle dans la construction du monde au Québec.Sans porter de jugement, on peut se demander s\u2019ils ont évangélisé., si des laïcs sont devenus conscients 17 d être Eglise au cœur du monde.Ne risquons-nous pas de revivre l\u2019histoire?Sans critiquer les expériences neuves et courageuses qui se font, les questionner est une façon d\u2019aider.b \u2014 Evangélisation: acte essentiel de lEglise En s\u2019interrogeant sur l\u2019évangélisation, il ne faut pas croire que l\u2019histoire humaine a peu d\u2019importance ou qu\u2019elle est simplement un point de départ pour l'annonce de l\u2019Evangile.Elle est le lieu où le Christ nous précède toujours et nous invite à témoigner de Lui et à Le signifier.L\u2019évangélisation est un acte essentiel de l\u2019Eglise.Ce n\u2019est pas la mission uniquement des prêtres.Dans cette perspective, il ne suffit pas pour l\u2019évangélisation que des laïcs se meuvent dans l\u2019implicite et que des prêtres s\u2019explicitent à eux-mêmes le vécu évangélique de ceux-là.On est un peu, parfois beaucoup, dans une Eglise qui semble chercher un endroit où placer le Christ et un service de plus, dans ses structures, qui s\u2019appellerait \"évangélisation\u201d.Pour un bon nombre de laïcs, surtout des militants ou des anciens de l\u2019A.C., il y a une soif dans notre vie, de nous situer dans le courant et les exigences de l\u2019Evangile.En même temps on remarque que les prêtres, héritiers d\u2019une histoire, d\u2019une formation et de modes pastorales, sont démunis pour participer à notre éducation de croyants.Là-dessus, ensemble prêtres et laïcs, nous avons dans l\u2019humilité à retrouver la simplicité et la densité de Jésus-Christ parmi nous, ainsi que les exigences de la Bonne Nouvelle.L\u2019enracinement dans le monde, l\u2019effort pour bâtir un monde avec les hommes et pour eux, l\u2019entraide mutuelle à lire l\u2019Evangile dans le vécu de la vie où il surgit, l'encouragement à y être fidèle: tout cela nous conduit ensemble, laïcs et prêtres, à être signe visible de l\u2019Eglise pour le monde ouvrier.Signe dans le sens que c\u2019est comprenable, visible dans le sens que c\u2019est identifiable.C\u2019est exigeant, on le sait.Mais l\u2019évangélisation ne peut se réaliser par des individus isolés: cela s'accomplit en Eglise.Tout effort d\u2019actualisation de l\u2019Eglise en monde ouvrier ne peut être pleinement réel sans la participation consciente de laïcs ouvriers devenant évangélisés-évangélisateurs.18 Il y aurait beaucoup à dire sur la pédagogie, les moyens, sur les différentes étapes de l\u2019évangélisation.Cependant, bien humblement et courageusement, même si des moyens pastoraux nouveaux sont un signe d\u2019espérance en monde ouvrier, il ne faut pas oublier qu\u2019en plus du contenant à renouveler, il y a surtout le contenu à authentifier.Pour la continuité de la pastorale ouvrière Le courant de pastorale ouvrière est fragile.On ne peut pas dire qu\u2019il y a orgie de prêtres qui optent sérieusement de ce côté.On ne peut pas dire que l\u2019Action Catholique en milieu ouvrier (J O C et M T C) est sur le \"hit parade\u201d de l\u2019Eglise d\u2019ici.Au moins il est possible d\u2019affirmer que son existence, malgré tout, a tenu et tient à la volonté de laïcs et de prêtres qui ensemble ont décidé de continuer.Cette conscience d\u2019être Eglise dans le monde ouvrier est très faible chez les laïcs.A peine 2% des mémoires (sur 800) présentés à la commission Dumont ont attiré l\u2019attention sur le monde ouvrier.Une dizaine sur huit cents référaient à des laïcs ouvriers qui sont Eglise à même leur vie.Pour la continuité il apparaît que la pastorale ouvrière ne doit pas s\u2019attendre à des développements spectaculaires.Quelques exigences pourraient être: \u2014 Fidélité à la base, sans précipiter la mise en place de structures.\u2014 Briser l\u2019isolement par des dialogues et des confrontations fraternelles.\u2014 L\u2019effort concerté pour réaliser l'Eglise en monde ouvrier doit, dans les faits, compter sur les laïcs autant que sur les prêtres.\u2014 Dans les différents projets et expériences, accorder une priorité à animer les laïcs déjà embarqués dans les projets réels des hommes au lieu de créer des projets ecclésiaux.\u2014 Un travail sérieux d\u2019entraide et d\u2019approfondissement sur les exigences de l'évangélisation.Nécessité de dialogue entre l\u2019effort de pastorale ouvrière et les théologiens.19 Conclusions Nous constatons que la réalité et l\u2019idée du christianisme et de l\u2019Eglise chez nous, sont étriquées.L'institution, avec son histoire et ses modes d\u2019action, demeure l\u2019image principale de l\u2019Eglise chez les baptisés.Souvent cette image est contre-témoignage pour plusieurs travailleurs engagés dans une véritable action de promotion collective.L\u2019évangélisation et l\u2019actualisation de l\u2019Eglise, signe de Jésus-Christ en monde ouvrier, est la raison capitale de la pastorale ouvrière.Les étapes s\u2019insèrent dans la perspective même de la motivation d'être de la pastorale ouvrière.Une étape doit être interprétée comme un appel à cheminer plus loin.L\u2019acte d\u2019évangélisation n\u2019est pas une dernière étape.L\u2019évangélisation, la découverte de Jésus-Christ, le témoignage en Eglise de sa présence avec nous, ces trois étapes ne peuvent se séparer de l\u2019insertion dans un milieu, du partage de ses peines et de ses aspirations, et finalement de sa promotion collective.Sans vouloir compliquer et ré-intellectualiser la Foi chrétienne qui germe en espérance dans la pastorale ouvrière, deux aspects sont à retenir et à accentuer: \u2014 Que la pastorale ouvrière soit un fait d\u2019Eglise: laïcat ouvrier et prêtres.\u2014 Que soit révélée la vérité de Jésus-Christ et de l\u2019Evangile, vécue au cœur de la vie ouvrière.20 Quand on fait confiance aux laïcs Jean-Louis Dion, o.m.i.A l\u2019occasion de son 20e anniversaire, la revue Prêtres et Laïcs me demande de bien vouloir, sous forme de témoignage, communiquer aux lecteurs de la revue mes réflexions au sujet de l'Action catholique en monde ouvrier adulte.Entreprise délicate, vous en conviendrez! Car l\u2019Action catholique est une vie, et comme toute vie, avec ses espoirs et ses inquiétudes, ses souffrances et ses joies, ses succès et ses échecs.Une vie qui se veut pleinement humaine et authentiquement chrétienne.Une vie qui se veut un témoignage, parce qu\u2019elle est porteuse d\u2019un message, celui du Christ présent dans son Eglise à tous ses frères les hommes.Entreprise délicate, parce que la vie ne se laisse pas facilement encadrer, encore moins étouffer, dans nos catégories intellectuelles.Elle perd alors toute sa saveur.Je tenterai donc simplement, tout bonnement, de vous faire part de cette expérience de vie.Action catholique, effort missionnaire Au départ, disons que j\u2019ai découvert toutes les richesses, toutes les possibilités, toutes les énergies que recèle l\u2019Action catholique, non pas dans les livres mais en plongeant en plein milieu ouvrier, en mettant la main à la charrue, comme on dit souvent.Aussi suis-je convaincu que l\u2019Action catholique ouvrière, loin d\u2019être une recette, une méthode (comme certains qui la regardent de l\u2019extérieur sont tentés de le croire), est tout simplement l\u2019effort missionnaire de l\u2019Eglise pour rejoindre les hommes là où Dieu veut les sauver, c\u2019est-à-dire dans leur vie réelle et concrète; plus concrètement, pour l\u2019ouvrier, dans son milieu de travail.Cette orientation missionnaire de l\u2019Eglise est d\u2019abord un appel à prendre au sérieux la vocation apostolique des laïcs et à y croire profondément.Leur rôle est immense, irremplaçable, soit qu\u2019il s\u2019agisse de l'animation chrétienne du temporel, soit qu\u2019il s\u2019agisse de la transmission du message.Car ce qui fait la richesse originale de la condition laïque, c\u2019est cette double appartenance au monde et à l\u2019Eglise.C\u2019est par les laïcs et grâce à leur présence au monde que l\u2019Eglise est 21 encore en contact avec le monde qu elle doit évangéliser.Ce sont eux qui rendent possible la présence de l\u2019Eglise dans le monde.L\u2019important, c\u2019est qu\u2019ils soient vraiment présents au monde.En effet, la première condition qui s\u2019impose à l\u2019apôtre pour être accepté et écouté dans son milieu, c\u2019est qu\u2019il appartienne au milieu, qu'il partage la vie des personnes qui l\u2019entourent, qu\u2019il soit engagé avec d\u2019autres pour améliorer les conditions de vie qui marquent les personnes.Bien souvent notre apostolat consistait à retirer les hommes de leurs solidarités naturelles pour les mettre à l\u2019abri dans nos locaux, dans nos \u201cbocaux\u201d, dans un monde construit à notre taille.Nous sommes facilement tentés de proposer aux laïcs des engagements apostoliques à côté de leurs engagements dans le monde, de ne nous intéresser à leurs activités que dans la mesure où elles se répandent dans nos œuvres, en serre-chaude.La mission de l\u2019Eglise, au contraire, c\u2019est d\u2019inviter les laïcs à être non pas à côté du monde réel, mais \u201cavec\u201d, \"dedans\u201d, comme le levain dans la pâte.D'ailleurs la plus haute forme d\u2019amour ne consiste-t-elle pas à partager loyalement le même destin que ses semblables?N\u2019est-ce pas imiter l\u2019exemple du Christ qui, pour sauver les hommes, s\u2019est fait homme lui même, est devenu l\u2019un d\u2019eux: \"Et le Verbe s\u2019est fait chair, et II a habité parmi nous.\" (/n 1, 14).Pour susciter ce laïcat missionnaire en pleine vie, il faut devenir \"l\u2019un d\u2019eux\u201d en les aimant vraiment.Les aimer vraiment, qu\u2019est-ce à dire?Les comprendre dans leur vie de travail, dans leurs conditions familiales, mais surtout dans leurs engagements au service de la société: ne pas craindre de se mettre à leur école, car nous avons beaucoup à apprendre d\u2019eux.Si le prêtre sait être attentif à tout ce qui fait la vie du monde des travailleurs, il découvrira vite qu\u2019il lui faut recevoir d\u2019eux plus qu\u2019il ne leur donne.Se mettre à l\u2019écoute de leur vie, afin de partager leurs aspirations comme leurs inquiétudes, leurs craintes comme leurs joies.Et alors on ressent la souffrance ouvrière dans ce qu\u2019elle a de plus intime.Un ouvrier ne s\u2019ouvre pas à celui qu\u2019il sait incapable de comprendre.On ne peut pas, en effet, recontrer l\u2019âme ouvrière si on ne la rejoint pas dans l\u2019impression d\u2019injustice qui la pénètre tout entière.Alors on comprend! Et quand la souffrance d\u2019un autre commence à nous faire mal, c\u2019est bon signe.22 Pour susciter cet effort missionnaire de l\u2019Eglise qu est 1 Action catholique ouvrière, il faut être accueillant, à la manière du Christ: refuser de rester entre nous, en cercle fermé.Accueillir, pour le prêtre, c\u2019est faire des pas vers les autres, se compromettre avec eux, souligner le bien partout où il est, ne rien abattre de ce qui peut être relevé.Accueillir, c\u2019est respecter les germes, éveiller l'intérêt, discerner les bonnes volontés naissantes ou qui sommeillent.C\u2019est, à propos de tout, susciter des actes progressifs de générosité en commençant par les plus faciles.C\u2019est se réjouir de tous les petits pas de tous ceux qui marchent sur le chemin du retour, même s'ils sont encore hésitants et faibles.Pour cela, il nous faut croire et aimer: croire aux possibilités des chrétiens dans le monde et à l\u2019action de Dieu dans le cœur des hommes.Et aimer comme le Christ a aimé ses frères, les hommes, les aimer d'un amour qui ouvre les yeux et le cœur.Et alors, quand on prend cette attitude d\u2019attention aux personnes, d\u2019attention à la vie, d\u2019une présence qui nous met à l\u2019écoute, on retrouve une nouvelle forme de contemplation, celle de contempler Dieu dans la vie.Et alors, on s'émerveille des \"mirabilia Dei\u201d, c\u2019est-à-dire des choses admirables, des transformations profondes que Dieu opère dans le cœur des hommes et dans toute leur vie.Voilà pourquoi j\u2019ai eu foi aux laïcs, j\u2019ai eu foi à l\u2019Action catholique ouvrière, parce qu\u2019elle fait vraiment appel au sens de responsabilité des personnes.Plus d\u2019une fois, j\u2019ai noté la souffrance des ouvriers parce qu\u2019on ne faisait pas appel à leur responsabilité.Trop souvent, les ouvriers, surtout ceux qui ne sont pas professionnels, sont de simples exécutants au service d'une machine.Le plus souvent, ils ignorent à quoi va servir la pièce qu\u2019ils fabriquent; on ne les consulte presque jamais sur la marche de l'atelier ou sur les procédés de fabrication; ils ne se sentent pas intégrés humainement dans l\u2019entreprise.On ne les traite pas vraiment en hommes.Au fond, les ouvriers se sentent traités comme des mineurs à qui on demande de la docilité et de l\u2019application; ils ne se sentent pas traités en adultes à qui on demande une vraie coopération dans un partage de responsabilité.N\u2019est-ce pas une injustice?L\u2019oublier, ce serait se tromper gravement.En conséquence, l\u2019Action catholique ouvrière a été pour moi une révélation des richesses de cœur, des possibilités d\u2019action qui souvent 23 s ignorent dans le monde ouvrier.A mon avis, une chose reste certaine: les ouvriers sont prêts à collaborer, si on leur en donne la possibilité d une façon qui respecte leur dignité et leur responsabilité.J\u2019ai l\u2019impression que ni les gouvernements, ni bon nombre d'employeurs n'ont vraiment compris ce problème.Communauté de foi et d\u2019amour Mais il est un autre aspect de l\u2019Action catholique ouvrière que je voudrais souligner et qui résume toute sa mission.C\u2019et la mission même que le Christ a confiée à ses Apôtres et à son Eglise: \u201cvous serez mes témoins jusqu\u2019aux extrémités de la terre\u201d.Atteindre aujourd\u2019hui en profondeur les extrémités du monde voulait dire, pour nous, animer chrétiennement les communautés naturelles, les ensembles, c\u2019est-à-dire la rue, le quartier, l'atelier, le milieu social.C\u2019est avec tout cela qu\u2019il faut faire du divin, avec les gens, mais aussi avec les liens sociaux et communautaires.C\u2019est aussi \"changer la face de la terre\u201d.Pour cela, bâtir des conditions de vie sociale dignes de l'homme, influencer les grands courants d\u2019idées, les structures, les conditions matérielles de travail et de vie du milieu populaire.Le monde ouvrier, non seulement dans ses membres mais encore dans ses communautés et ses structures sociales, doit être évangélisé.Aux témoins du Christ, engagés dans une mission d'Eglise, d\u2019aller ainsi en profondeur jusqu'aux extrémités du monde.Mais de quel témoignage s\u2019agit-il?\u201cVous serez mes témoins\u201d.Rien d\u2019autre chose que de rendre à l\u2019Eglise son vrai visage en pleine vie ouvrière: une communauté de foi et d\u2019amour.Porter devant tous le témoignage communautaire de charité et d\u2019unité des chrétiens dans le Christ, tel était la mission de l'Action catholique ouvrière.La suprême prière du Christ à son Père au soir du Jeudi-Saint était la consigne des militants chrétiens: \u201cPère, qu\u2019ils soient un, afin que le monde croie\u201d.Ce témoignage consistait en ceci pour des ouvriers: des chrétiens engagés dans des organisations ou des mouvements divers, syndicaux, politiques, sociaux: des chrétiens, qui hier sans doute s\u2019ignoraient ou n\u2019osaient pas se rencontrer pour éviter des discussion pénibles, peut-être même se combattaient parce que les positions de leurs groupements étaient différentes et contraires: ces mêmes chrétiens, les voilà maintenant qui se réunissent.Chacun d\u2019entre eux conservera son attachement à son mouvement temporel et en suivra les consignes particulières dans 24 son action politique, sociale, syndicale, etc.Mais, à l'Action catholique ouvrière, ils apprendront à se connaître, à se comprendre, à s\u2019accepter avec leurs différences non seulement de caractère, de tempérament, mais de points de vue sur des questions vitales pour le monde ouvrier.Ils apprendront à s\u2019aimer tous dans le Christ d\u2019un même amour.Quelle est la valeur de ce témoignage d\u2019unité des chrétiens?Quelle valeur le Christ lui-même a-t-il attaché à ce témoignage d\u2019unité porté par des chrétiens?Quelle efficacité en attend-il?\"Père, qu\u2019ils soient un.afin que le monde croie\u201d.Afin que les hommes découvrent que le Christ est vraiment Dieu et qu\u2019il les aime.Le Christ ne parle pas explicitement, en ce passage, des chrétiens pratiquant la charité individuellement envers leurs semblables; les témoignages individuels ont certes leur valeur.Mais c\u2019est en tant qu\u2019ils seront un dans le Christ que les chrétiens amèneront le monde à croire.Rien ne peut donc remplacer le témoignage collectif d\u2019une communauté humaine cimentée par l\u2019amour du Christ, car celle-ci sera comme la présence vivante de l\u2019Eglise dans le monde.Quiconque a tant soit peu vécu sait qu\u2019il est très rare de voir se réaliser une entente profonde entre les hommes qui vivent côte à côte et sont harcelés par les angoissants problèmes de la vie.Il constate que les intérêts, les passions, l\u2019égoïsme, l\u2019ambition, la jalousie dressent les hommes les uns contre les autres.Et alors ce spectacle de l\u2019unité surprend, étonne, intrigue.A la curiosité succède l'interrogation.\"Qu\u2019y a-t-il là-dessous?Des chrétiens ont donc en eux une force d\u2019amour qui dépasse le pouvoir de l\u2019homme!\u201d Il découvrira bientôt que, cette capacité d\u2019aimer, ces chrétiens la puisent dans leur amour du Christ, dans le témoignage de sa vie et de son sacrifice pour les hommes.Et alors ceux qui ignoraient le Christ commenceront à le découvrir.Dans cette communauté de chrétiens, unis entre eux dans la charité du Christ, ils apercevront le vrai visage de l\u2019Eglise.Tout cela ne peut être que l\u2019œuvre de la grâce et de la charité du Christ.Cette transformation, certes, ne s\u2019accomplira pas en un jour.L\u2019essentiel est de ne pas se laisser décourager par les premiers affrontements.Il faut d\u2019avance savoir qu\u2019ils sont inévitables pour ne pas s\u2019en étonner.Et alors, l\u2019Action catholique ouvrière devient cette montée des chrétiens dans l\u2019amour par cet effort constant de dépouillement et de dépassement, et, grâce à eux et à leur témoignage communautaire, la montée de tout leur milieu dans la charité du Christ.25 Bel idéal, mais bien utopique, diront certains! Ceux-là croient-ils à la toute-puissance de la charité dans le cœur des hommes?Connaissent-ils les ressources extraordinaires de générosité que possède le monde ouvrier?Mais pour tous ceux qui ont eu la joie de contempler de leurs yeux le témoignage de ces militants chrétiens dans leur effort de compréhension réciproque et dans leur volonté de bâtir tous ensemble cette communauté rayonnante, cela ne fait aucun doute.A la condition, bien sûr, d'être attentif à la solidarité ouvrière et à l'espérance ouvrière.Quand on veut travailler à l'évangélisation du monde ouvrier, on trouve, dans cette solidarité et cette espérance, des pierres d\u2019attente de grande valeur pour l\u2019évangélisation.Elles sont certainement, et de l\u2019aveu de tous, les caractéristiques les plus marquantes du monde ouvrier.Et lorsque l\u2019espérance s\u2019unit à la solidarité, le monde ouvrier devient capable d'une générosité extraordinaire.Cette générosité, en effet, ne calcule pas.Elle est vraiment don de soi.Elle engendre de grands dévouements et accepte de grands sacrifices.Mais nous pouvons nous demander si nous avons su apprécier suffisamment ces richesses humaines.Avons-nous su les mettre en valeur pour le plus grand bien du monde ouvrier et pour la gloire de Dieu?L\u2019Action catholique ouvrière n\u2019en est-elle pas la plus authentique expression en même temps que l\u2019appel le plus sincère?A mes amis les travailleurs, je souhaite de rencontrer dans leur vie quotidienne ce vrai visage de l\u2019Eglise qu\u2019est le témoignage de charité et d\u2019unité des chrétiens dans le Christ.A mes frères dans le sacerdoce, je souhaite d\u2019entendre l\u2019appel silencieux du monde ouvrier en découvrant ses richesses cachées et trop souvent ignorées.Prêtres et laïcs ont besoin les uns des autres pour réaliser la mission de l'Eglise: \u2014 les laïcs ont besoin de nous pour les aider à découvrir et à réaliser pleinement leur vocation originale de chrétiens dans le monde; \u2014\u2022 nous avons besoin d'eux pour nous aider à être vraiment prêtres par leur accueil et leur appel aux richesses de notre sacerdoce.Car toute la vie profonde de l\u2019Eglise est faite de cette communion et de cet échange entre les différents membres d\u2019un même corps.26 Ce qu\u2019en pensent nos lecteurs Paul-Emile Charland, o.m.i.A l\u2019occasion du 20e anniversaire de la revue nous avions inséré un questionnaire-sondage dans le numéro d\u2019octobre dernier.Notre but était de connaître davantage nos lecteurs, leurs intérêts, leurs préoccupations, afin de pouvoir mieux répondre à leur attente.Nous voulons remercier ceux qui se sont donné la peine de répondre et nous espérons qu\u2019ils trouveront, dans le résumé que nous allons présenter, les remarques et les suggestions qu\u2019ils ont bien voulu nous faire.C\u2019est une collaboration que nous apprécions hautement et qui aidera l\u2019équipe de rédaction à maintenir la revue dans son orientation première.Ceux qui ont répondu Sur le nombre d\u2019abonnés susceptibles de pouvoir répondre à l\u2019enquête, nous avons reçu 5% de réponses.Cela peut paraître faible, mais c\u2019est une proportion normale dans des cas semblables.Une réponse sur deux nous parvient de prêtres séculiers, tandis que une réponse sur quatre nous vient de laïcs, à notre grande surprise et encouragement.Les autres viennent de prêtres-religieux ou de religieuses.L\u2019âge moyen se situe entre 30 et 50 ans, avec une pointe vers les 45 ans.La très grande majorité vient de milieux urbains.La fonction principale des lecteurs-prêtres est dans le service paroissial (50%) et l'aumônerie d\u2019action catholique ou d\u2019œuvres (20%), les autres se situant, par ordre, dans la pastorale scolaire et l\u2019administration diocésaine.Les laïcs qui lisent la revue viennent surtout du milieu populaire: ménagère, maîtresse de maison, journalier, secrétaire.A quelques exceptions près, ceux qui ont répondu ont déjà fait partie de mouvements, soit l\u2019action catholique (60%), les mouvements 27 paroissiaux (33%), les mouvements sociaux (25%), les syndicats (M%), associations patronales (6%), ou autres mouvements (20%).Ils sont encore, pour la plupart d\u2019entre eux, engagés dans l\u2019un ou l\u2019autre mouvement, dans une proportion moindre cependant car certains d\u2019entre eux sont devenus prêtres ou pour d\u2019autres raisons que nous ignorons.Intérêt pour la revue Ceux qui ont répondu sont en général de \u201cvieux amis\u201d; ils sont abonnés en moyenne depuis 10 ou 15 ans.La très grande majorité (80%) disent la lire régulièrement et en grande partie (50%), les autres la lisent en entier (40%).Six abonnés sur dix affirment qu\u2019elle leur a beaucoup servi.Pour dire ce qu'elle leur a apporté, il faudrait relever nombre de témoignages personnels en réponse à cette question.Le sentiment qui revient le plus souvent c\u2019est celui d\u2019être réconforté dans son travail pastoral, de se sentir moins seul dans son travail d\u2019évangélisation du monde ouvrier, par les expériences d\u2019autres prêtres et de laïcs engagés qui y sont rapportées.La revue \u201cme fait poser des questions, elle me permet de voir et d\u2019entendre ce que je ne verrais pas de moi-même': voilà un autre aspect de ce qu\u2019elle apporte, face surtout au monde ouvrier dont elle permet de mieux connaître les problèmes et la sensibilité.En plus d\u2019apporter des informations, \"elle est un instrument de réflexion pour moi et pour les couples\".En analysant les réponses, on peut dire que ce que la revue a apporté aux lecteurs se situe davantage au plan de la vie qu\u2019à celui des idées ou même de l\u2019action: \u201celle me fait faire des efforts constants pour vivre près des gens\", \"elle confirme ma foi et m'apporte une espérance\".Ces conclusions sont confirmées par les réponses à une autre question: Pour quelles raisons vous êtes-vous abonné?On retrouve ici les \"vieux amis\u201d du début, anciens aumôniers de l\u2019Action catholique ouvrière qu\u2019un même amour pour la classe ouvrière avait soudés ensemble.Même chez les abonnés plus récents et qui ne sont pas passés par l\u2019Action catholique, c\u2019est la préoccupation du monde ouvrier qui revient le plus souvent comme motivation dans le choix de la revue: \"Elle aborde avec réalisme la pastorale actuelle dans notre milieu; elle est adaptée à la situation canadienne-française par les expériences de chez nous qui y sont rapportées; elle colle à la vie\".Une mère de famille écrit: \"Je me suis abonnée pour pouvoir dialoguer avec mes enfants qui ne pra- 28 tiquent pas\".C\u2019est certainement un profond encouragement que de lire cette réponse: \"Elle est à l\u2019origine de ma vocation\".Les sujets désirés Une revue peut difficilement plaire à tous ses lecteurs à chaque numéro qu\u2019elle produit.Certains sujets rencontrent davantage l\u2019intérêt des uns que des autres.Nous reconnaissons aussi volontiers que certains articles ont un peu décroché de la vie, ou bien, à l\u2019opposé, qu'ils ont été d\u2019un intérêt trop particulier.Cette dernière remarque est un peu inévitable pour une revue qui veut partir des expériences.Car c\u2019est cela, en effet, qui est surtout désiré par les lecteurs: les expériences pastorales viennent nettement en tête, suivies de loin par la théologie pastorale et les informations pastorales; les enquêtes sociologiques viennent en dernier lieu.Indiquer les dossiers et les articles qu\u2019on a le plus appréciés c\u2019est en même temps traduire un désir et un intérêt.Nous aurons donc ici un autre recoupement qui nous permettra de percevoir l\u2019orientation de la revue.On ne peut évidemment remonter très loin dans les souvenirs quand il s\u2019agit d\u2019une question comme celle-ci, ce sont les numéros courants qui sont le plus portés à remonter à la mémoire.Les articles parus en 1969 et 1970 couvrent cependant les sujets habituels.Avant de signaler des articles particuliers, disons que la préférence va \"aux expériences vitales au Québec, comme celles du Père Lefebvre, du diocèse de Hull, des prêtres-ouvriers\".Comme on doit s\u2019y attendre, les lecteurs s\u2019intéressent surtout aux articles et aux dossiers concernant le monde ouvrier et la pastorale ouvrière.Dans cette veine, un dossier comme celui sur les Nouveaux pouvoirs, sur la Libération ou sur l\u2019Animation sociale répondent à la problématique actuelle de l\u2019évangélisation.L\u2019événement ecclésial canadien qu\u2019est la Commission Dumont rencontre aussi un grand intérêt chez les lecteurs, ainsi que les problèmes de la paroisse.La participation des laïcs à la vie de l\u2019Eglise trouve là des lieux où s\u2019exercer.Un sujet qui a préoccupé dès le début l'Action catholique ouvrière chez nous est celui de la pastorale familiale.Les dossiers que nous avons produits ce thème ont reçu l\u2019intérêt de bon nombre de lecteurs.29 S il fallait nommer des auteurs qui nous ont été signalés, disons d abord que l\u2019on a grandement apprécié les témoignages de laïcs engagés qui ont écrit dans la revue, laïcs venant pour la plupart du monde ouvrier.On signale ensuite, par ordre alphabétique un certain nombre d\u2019auteurs: les Camara, Grand'Maison, Maione, Régnier, Roberge.Rappelons cependant que si l'intérêt général va d'abord aux expériences pastorales, ce sont les artisans et les auteurs de ces expériences qui ont la plus haute cote d\u2019amour.Une revue de pastorale canadienne-française Est-ce qu\u2019on peut définir la revue Prêtres et Laïcs?Il est toujours odieux, nous dit un lecteur, de faire des comparaisons.Il ne s\u2019agit donc pas de comparer, mais d\u2019identifier.Comment est-ce que les lecteurs identifient la revue?Elle est une revue de pastorale expérimentale canadienne-française, une revue centrée sur la vie du monde ouvrier.Elle est une revue d'action avant d'être une revue d\u2019idée.Ce sont là les trois caractéristiques qui pourraient servir à la définir: une publication d'expériences pastorales, vécues dans l'Eglise canadienne, tirées de la vie du monde ouvrier.Pour l\u2019un ou l\u2019autre, elle remplace la revue française \u201cMasses ouvrières\".Par là, il nous semble, se justifie encore son titre, contesté par quelques-uns.Il n\u2019est sans doute pas facile de trouver un nom de baptême qui plaise à tous.Le nôtre semble provoquant: on le soupçonne d\u2019une pointe de cléricalisme.En devenant \u201cPrêtres et Laies\" en 1967, la revue \u201cPrêtre aujourd'hui\" que les anciens ont connue, a voulu entrer plus avant dans l\u2019esprit du concile pour qui prêtres et laïcs font également partie du peuple de Dieu.Si nous avons un regret, c\u2019est que n\u2019apparaisse pas suffisamment dans le titre la préoccupation majeure pour le monde ouvrier que les lecteurs apprécient et désirent voir dans la revue.La recherche d\u2019une pastorale plus adaptée, telle semble être la préoccupation majeure de nos lecteurs: \u201cc\u2019est une revue de recherche et d\u2019orientation réalisée en équipe\u201d.On la définit comme: \u201cune revue susceptible d\u2019aider les chrétiens, prêtres ou laïcs, à repenser leur enga- 30 gement concret dans l'Eglise locale, où il y a à agir\".Pour plusieurs, une telle revue est \"indispensable\" chez nous.Suggestions des lecteurs La façon dont une revue se présente est importante, particulièrement de nos jours: l\u2019image qu\u2019elle donne est un facteur important de sa popularité.Qu\u2019est-ce que les lecteurs disent au sujet de sa présentation?Dans l\u2019ensemble, elle plaît par la clarté de sa présentation et la lisibilité facile de sa typographie.Pour les articles plus denses, le résumé en marge des paragraphes a été beaucoup apprécié.On préfère en général des articles moins longs, des sujets plus courts.La présentation d\u2019un périodique est conçue en fonction du genre de lecteurs à qui il s\u2019adresse.La présentation actuelle \"est passable, si la revue s\u2019adresse surtout à des prêtres et laies engagés d\u2019une façon quelconque dans l\u2019Eglise; si elle veut s'adresser à la masse des gens, elle doit alors repenser sa présentation\".Cette remarque d\u2019un lecteur nous pose la question: à qui veut s'adresser la revue?Nous essaierons d\u2019y répondre en conclusion.Quelques lecteurs nous ont parlé de la page couverture et du titre.Nous avons essayé d\u2019en tenir compte dans la nouvelle présentation.Pour ce qui est du titre, que l\u2019on voudrait \"plus sécularisé\", il faut se rappeler qu\u2019il n\u2019est pas aisé de changer le titre d\u2019une publication lorsqu\u2019elle est enregistrée.Dans la question de la présentation nous avions mis entre parenthèses: \u201ccompte tenu des moyens réduits dont elle dispose\u201d.Il est certain qu'avec des moyens plus abondants on pourrait faire mieux.Un lecteur nous écrit: \"Il m'est difficile de tenir compte des moyens réduits dont dispose la revue Prêtres et Laïcs, quand je ne les connais pas\u201d.Nous parlerons plus loin, dans les projets d\u2019avenir, de la question financière de la revue.Une mine de sujets Nous gardons précieusement en réserve la mine de suggestions faites en réponse à cette question.Rapportons d\u2019abord un jugement 31 général: ' J aimerais vous voir continuer dans le sens entrepris depuis deux ou trois ans\".Ce serait nous répéter que d\u2019énumérer ici les sujets désirés, signalons cependant deux sujets qui nous ont le plus frappé: ce sont d\u2019abord les problèmes de l\u2019urbanisation et de la pastorale en milieu urbain.On ne s\u2019éloigne pas ici du monde ouvrier parce qu\u2019il est le premier à être atteint par le phénomène de l\u2019urbanisation.L\u2019autre sujet dont on voudrait être informé, ce sont les expériences des nouvelles structures de participation dans l\u2019Eglise: les conseils de pastorale paroissiaux et diocésains.Nous voulons tenir compte de toutes les suggestions, en autant qu\u2019elles ne nous feront pas dévier de l\u2019orientation première de la revue.Quant à la façon de traiter les sujets, on apprécie surtout le fait de partir d\u2019expériences vécues.On aimerait plus d\u2019exemples et de témoignages.Plusieurs ont signalé le désir que nous apportions plus souvent la lumière de la Révélation sur les événements, et ils ont apporté comme exemple l\u2019article du Père Roberge (mars 1970).Dans la présentation on voudrait également \"une plus grande radicalisation\".Et, ce qui rencontre nos aspirations: \"un parti-pris inconditionnel pour la libération du monde ouvrier\".Une revue d\u2019échange: est-ce possible?La dernière question contenait une visée de prospective: \u201cLa revue peut-elle devenir un instrument d\u2019échange avec les lecteurs?\u201d Cette question pouvait venir sonder le sérieux du désir que l\u2019on a d\u2019une revue de recherche et d\u2019information sur les expériences pastorales.Une telle revue, en effet, suppose nécessairement une plus grande collaboration de la part des lecteurs.Ceux qui ont répondu sont en général assez réalistes: \"vos lecteurs sont dévorés par le travail pastoral\".On souhaiterait que la revue soit un instrument d'échange: \"cela permettrait de mieux cerner la situation actuelle et de l'améliorer\".Mais on hésite encore à croire que c\u2019est réaliste.Cependant, on propose des formules concrètes: c\u2019est déjà un signe de bonne volonté.Un questionnaire à la fin de certains articles, sorte d\u2019enquête où le lecteur n\u2019aurait qu\u2019à répondre par oui ou non, quitte à s\u2019expliquer davantage à la fin pour préciser sa pensée si on a été vrai- 32 ment ' embarqué\" par les questions.Ou encore, susciter des réactions sur les articles présentés, et publier les meilleures.Inviter les lecteurs à poser des questions auxquelles on pourrait répondre dans la revue.Inviter aussi à apporter des expériences vécues dans leur milieu ou leurs activités.Poser des questions directes, comme par exemple: \u201cQui est Jésus-Christ pour vous?\u201d Peut-être faudrait-il réitérer plus souvent l\u2019invitation à faire part de ses expériences.Nous tenterons encore de le faire en nous inspirant des suggestions reçues.Mais l\u2019expérience de la rédaction nous a fait également acquérir un certain réalisme à ce sujet; nous espérons cependant que la revue pourra continuer à s\u2019alimenter par la base comme elle l\u2019a fait depuis ses débuts.Nous en profitons pour remercier tous ceux qui ont eu le courage de s\u2019asseoir pour écrire.Nous retenons particulièrement deux suggestions qui nous ont été faites.La première voudrait qu\u2019on annonce à l\u2019avance aux lecteurs les sujets à venir, invitant ceux qui auraient une expérience à faire valoir.La deuxième concerne l\u2019utilisation de la revue et s\u2019adresse surtout aux lecteurs: former un club de lecture où l\u2019on partirait d'un texte ou l\u2019autre pour l\u2019animation ou la discussion.Comment nous voyons l\u2019avenir Les articles de ce numéro anniversaire vous ont rappelé les origines et les grandes orientations fondamentales de la revue.Son public s\u2019est élargi au cours des années: d\u2019un bulletin des aumôniers d\u2019Action catholique ouvrière qu\u2019elle était à ses débuts, elle est devenue une \u201crevue d\u2019apostolat laïc et de pastorale populaire\u201d.A qui veut-elle s\u2019adresser?Aux prêtres et aux laïcs engagés dans une Eglise aux prises avec les problèmes de l\u2019évangélisation du monde ouvrier.Les lieux de l\u2019évangélisation sont aujourd\u2019hui ceux où vivent les hommes dans leurs regroupements et leurs solidarités.C\u2019est aux artisans de ces regroupements et de ces solidarités que voudrait s\u2019adresser la revue si elle veut rester fidèle à ses origines.L\u2019avenir, nous l\u2019envisageons sous deux aspects: \u201dcelui du pain et celui du sens\u201d, comme dirait Jacques Grand\u2019Maison.Elle doit d\u2019abord survivre, elle doit ensuite rester fidèle au sens que lui a donné son histoire et que réclame encore le désir de ses lecteurs.Rattachée, à 33 ses origines, aux mouvements de l'Action catholique ouvrière, la revue a vécu surtout de bénévolat et de la générosité de ses amis.Les Oblats de Marie Immaculée y ont investi largement en hommes et en argent durant toute la période de son adolescence.Maintenant qu\u2019elle atteint sa maturité, la revue voudrait pouvoir prendre son autonomie et se suffire à elle-même.Plusieurs hypothèses s\u2019offrent à nous: nous rattacher à un Institut de pastorale, ou bien former une corporation avec la participation de groupements intéressés.Ces hypothèses sont à l\u2019étude et nous vous tiendrons au courant de leur développement L\u2019autre aspect est celui du sens ou de l\u2019orientation de la revue.Les lecteurs la définissent comme \u201cune revue de pastorale expérimentale canadienne-française pour le milieu ouvrier\u201d.Il va sans dire que nous sommes d\u2019accord avec cette définition et qu\u2019elle correspond aux aspirations de l\u2019équipe de rédaction.Une telle revue ne peut exister sans la collaboration, bien humble et bien imparfaite, des hommes d\u2019action.C\u2019est un défi que nous avons à relever tous ensemble car, comme le dit non sans humour un lecteur: \"l'homme, et surtout le prêtre, est 'naturellement' occupé\".QUESTIONNAIRE \u2014 Etes-vous d'accord avec les articles de ce numéro?\u2014 Avez-vous des expériences qui viennent les confirmer?ou au contraire, les contredire?\u2014 Comment faire renaître l'Eglise dans le monde ouvrier?La revue est faite de vos expériences; nous serions heureux de les connaître.34 Lz Pour que vivent les hommes La théologie d'une équipe sacerdotale Claude Lefebvre, f.c.Dans le numéro de novembre dernier, le Père Claude Lefebvre écrivait \"l\u2019histoire d\u2019une équipe sacerdotale à la Petite Bourgogne '.Aujourd'hui, il nous livre les convictions théologiques qui ont guidé l'équipe dans ses options pastorales.Après avoir été curé de la paroisse Ste-Cuné-gonde, le Père Lefebvre dirige actuellement le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) qui en est à sa première année.n.l.d.r.\u201cQu\u2019est-ce que vous avez derrière la tête, vous autres les prêtres, et où voulez-vous en venir?\u201d Je revois, en mémoire, la paroissienne qui me prenait ainsi à partie.Je ne sais plus de quoi il s\u2019agissait.Je me souviens cependant que ma réponse, cette fois-là, ne lui avait pas paru satisfaisante.D\u2019ailleurs elle était plus soucieuse de me communiquer son embarras devant certaines de nos attitudes pastorales, que d\u2019écouter sur-le-champ une quelconque explication.Dans la revue \"Prêtre et Laïcs\u201d de novembre dernier, je reconstituais la petite histoire pastorale de Ste-Cunégonde, de 1966 à 1969, et j\u2019annonçais une réflexion qui devait suivre.Il me restait à \u201crendre 35 compte des perceptions théologiques qui ont guidé l\u2019équipe dans ses choix et ses comportements, de même que de la pensée à laquelle nous ont entraînés les événements et l\u2019expérience vécue de nos choix antérieurs\u201d.Pourquoi pas parler comme tout le monde et reprendre la question qui m\u2019était si clairement posée: \"Qu est-ce que vous avez derrière la tête; et où voulez-vous en venir?\" C\u2019est à cela que je vais essayer de répondre.Cette anecdote m\u2019entraîne dans une digression qui me paraît opportune sur le dialogue prêtres-laïcs et sur les réactions du milieu en regard des événements racontés.Une caractéristique évidente de ces trois années de pastorale c\u2019est l\u2019innovation, le changement.Les prêtres vont prendre logement dans le quartier, le presbytère devient un carrefour pour la population du coin, un prêtre entre à l\u2019usine pour y travailler, un autre s\u2019engage comme animateur social, etc., etc.Quel dialogue est entretenu avec le milieu à propos de tout cela?C\u2019est un aspect à la fois passionnant et complexe de notre ministère.\"Et les gens, qu est-ce qu\u2019ils en pensent?\" Souvent on nous a demandé, de l\u2019extérieur: \u201cLes gens, qu\u2019est-ce qu\u2019ils en disent de tel changement ou comportement nouveau?\u201d Réponse spontanée presque inévitable: \"Les gens?.euh! .Ça dépend qui!\u201d Le milieu englobe une multitude de situations et de points de vue.Il y a ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas; ceux qui joignent les deux bouts, et ceux qui sont toujours submergés; ceux qui s\u2019intéressent à ce qui se passe dans le quartier, et ceux qui s\u2019en fichent.Il y a aussi ceux qui font confiance aux \u201ccurés\u201d, et ceux qui se méfient; ceux qui connaissent personnellement les prêtres, et ceux qui auraient besoin de voir la soutane ou le col pour les reconnaître sur la rue; il y a ceux qui sont informés de vive voix et sont impliqués dans les décisions; il y a ceux qui ne voient que les faits accomplis.un mois ou un an après.Alors, qu\u2019est-ce que les gens en pensent.?A quelques reprises il m\u2019est revenu aux oreilles une réflexion de certains paroissiens: \u201cC\u2019est pas un parleux, notre curé; il vous questionne, il vous regarde, il vous écoute, il vous dit bonjour.et s\u2019en va.\u201d Il y avait tellement à écouter.Chacun de nous, il me semble, 1 Martin Roberge, o.m.i.Projets du Christ, projets de l'homme.Prêtres et Laïcs, octobre 1970, page 473.36 désirait être attentif à ce que les gens pouvaient exprimer de leur propre vie ou de celle du quartier, ou de la paroisse.Notre ferme résolution de favoriser la participation des laïcs à l\u2019élaboration de la pastorale ne pouvait nous cacher cependant certains aspects de la question.\u2014 Ainsi, lorsque nous avons échangé avec des laïcs sur l\u2019opportunité qu\u2019André aille travailler en usine, les gens n\u2019avaient pas d\u2019autre point de référence que l\u2019expérience française des prêtres-ouvriers.L\u2019information qu\u2019ils en avaient reçue, ou du moins retenue, c'est qu'un bon jour Rome y avait mis fin.Le pape avait condamné les prêtres-ouvriers! Certains interlocuteurs qui ne voyaient pas qu\u2019un prêtre puisse être leur compagnon de travail à la shop, sont devenus, expérience faite, de chauds supporteurs de cette initiative.\u2014 Parmi les non-pratiquants, nombreuses sont les personnes, des femmes surtout, qui affectionnent retrouver la religion du temps où elles étaient petites filles, avec ses symboles et ses expressions d\u2019alors.sans quoi elles se sentent perdues.Il nous paraissait évident que nous n\u2019avions pas à entretenir une religion de musée pour les braves gens qui seraient heureux d\u2019y venir faire un tour, à chaque \u201cpremière communion\".\u2014 Parmi ceux qui sont loin, il y a par contre tous ceux qui ont coupé avec la religion de leur enfance et l\u2019Eglise de leurs souvenirs, mais qui gardent une disponibilité mystérieuse pour une Eglise qui, à un moment donné, \"leur dirait quelque chose\u201d en regard de leurs aspirations, de leurs questions d\u2019adultes.\u2014 Au sein même des pratiquants, on aurait pu trouver sur toute question l'éventail complet des points de vue.Pour ceux-là auxquels nous étions les plus familiers, le plus important nous semblait être l\u2019attitude globale manifestée à leur égard.En disant cela, je me rappelle un paroissien d\u2019un certain âge, un fervent de la Trappe d\u2019Oka, qui a rouspété à maintes reprises sur le déroulement de nos célébrations dominicales.Un jour, à la sortie de la messe, il m\u2019accosta pour me dire avec agressivité: \u201cTant et aussi longtemps que les choses se passeront comme ça.je ne mettrai plus les pieds ici.\u201d Mais, quelques semaines plus tard, l\u2019un des prêtres de l\u2019équipe entendait le même brave homme affirmer, au cours d\u2019une discussion avec un autre paroissien: \u201cNos prêtres, ici, il faut le reconnaître, ils prennent à cœur la vie des gens.\u201d 37 Et de fait, notre homme devait remettre les pieds à l\u2019église, même si les choses \"se passaient encore comme ça\u201d.\u2014 Enfin, les pasteurs dans l\u2019Eglise, sont.\"pasteurs\u201d.Cela veut dire quelque chose sans doute! C\u2019est leur fonction, c\u2019est leur grâce.ils n\u2019ont pas à s\u2019asseoir dessus.Et cela me ramène à mes moutons! \u201cQu\u2019est-ce que nous avions donc derrière la tête?\u201d Il est permis de dire \u201cnous\u201d parce qu\u2019il s\u2019agit d'une pastorale que nous avons réalisée à plusieurs.Ce que je vais exprimer à ma façon a souvent été l\u2019objet de communication et d\u2019échange liés au travail quotidien.Cela n\u2019est pas sorti seulement de ma \"petite tête\u201d.Chacun a contribué à la constitution d\u2019un fonds spirituel commun.Mais il reste vrai que je parle ici \"pour moi\u201d, sans lier les partenaires.Je livre ma perception personnelle de ce que j\u2019ai cru être une pensée pastorale d\u2019équipe.\u2014 1 \u2014 et Jésus disait: le sabbat a été fait pour l\u2019homme et non l\u2019homme pour le sabbat.Les épis arrachés Un jour de sabbat qu'il passait à travers des moissons, ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher les épis.Et les Pharisiens de lui dire: \"Vois! Pourquoi font-ils le jour du sabbat ce qui n'est pas permis?\" Il leur répond: \"N'avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu'il fut dans le besoin et qu'il eut faim, lui et ses compagnons, comment il entra dans la maison de Dieu, au temps du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains de proposition qu'il n'est permis de manger qu'aux prêtres, et en donna aussi à ses compagnons?\" Et il leur disait: \"Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat; en sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat.\" Marc 2, 23-28 38 L\u2019homme à la main desséchée Il entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait une main desséchée.Et ils l'épiaient pour voir s'il allait le guérir le jour du sabbat, afin de pouvoir l'accuser.Il dit à l'homme qui avait la main desséchée: \"Lève-toi, là, devant tout le monde.\" Puis il leur dit: \"Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer?\" Mais eux se taisaient.Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur, il dit à l'homme: \"Etends la main\".Il l'étendit et sa main fut remise en état.Alors les Pharisiens sortirent et aussitôt ils tenaient conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre.Marc 3, 1-6 Le sabbat a été fait pour l\u2019homme et non l\u2019homme pour le sabbat.Par la parole et par le geste, Jésus affirme avec force la primauté de la personne sur l\u2019institution, même religieuse.Ce faisant, il conteste un ordre solidement établi et la mentalité d'un grand nombre de bien-pensants.L\u2019affaire ne devait pas en rester là.Ce conflit nous paraît facile à comprendre, du moins dans les faits rapportés par Marc.Mais il ne faut pas aller trop vite à une conclusion bienveillante à notre égard, et nous rangeant du côté du Christ, déplorer nous aussi \"l\u2019endurcissement de leur cœur\".Il vaut mieux nous laisser intriguer par le fait que les Pharisiens n\u2019ont pas compris ni accepté l\u2019attitude pourtant convaincante de ce Jésus.Ce qui est en cause et qui nous paraît clair dans ces faits extérieurs à nous et d\u2019une autre époque, nous est peut-être insaisissable dans des situations d\u2019aujourd\u2019hui dans lesquelles nous sommes impliqués.Des méchants, ou plutôt.une attitude?Les Pharisiens, ils n\u2019ont pas un beau rôle! L\u2019image qu\u2019ils projettent n\u2019a vraiment rien de sympathique.Dans le langage chrétien, se faire traiter de \"pharisien\u201d, c\u2019est essuyer une des pires injures.L\u2019image est si laide (et si simpliste, peut-être), qu\u2019il devient presqu\u2019impossible de se 39 reconnaître une quelconque parenté avec ces gens-là.Ces \u201caffreux pharisiens nous rendent un bien mauvais service, si au lieu de nous inquiéter par leur attitude, ils nous fournissent tout simplement une injure utilisable à l\u2019adresse des autres.Ceci dit, non pour réhabiliter les Pharisiens, mais pour ne pas perdre de vue le fond de cette opposition dramatique que nous retrouvons tout au long du récit évangélique.Saint Paul, avant son chemin de Damas, était lui-même pharisien, et pas mécréant pour autant: \"J\u2019ai été élevé dans cette ville (Jérusalem), et c\u2019est aux pieds de Gamaliel que j\u2019ai été formé à l\u2019exacte observance de la loi de nos pères et j\u2019étais rempli de zèle de Dieu, comme vous l\u2019êtes tous aujourd\u2019hui.J\u2019ai persécuté à mort cette Voie, chargeant de chaînes et jettant en prison hommes et femmes, comme le grand prêtre m\u2019en est témoin\u201d (Actes 22, 3-4).\u201cC\u2019était tout-à-fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu\u2019à ce jour\u201d (Actes 23, 1).Paul, en toute bonne conscience, avait enchaîné des chrétiens au nom de la loi de ses pères dans la foi.Sa conversion l\u2019amena a dénoncer l\u2019esclavage de la loi et à proclamer la liberté des enfants de Dieu.Il était rempli, dès son jeune âge, du zèle de Dieu.Sa conversion au Christ devait orienter de façon nouvelle sa ferveur, et lui apprendre, selon l\u2019expression de saint Irénée, que \u201cla gloire de Dieu, c\u2019est que l\u2019homme vive\u201d.Quant à nous, au lieu de faire la grimace sur les Pharisiens, nous aurions profit à nous intéresser sérieusement au pharisaïsme, à cette attitude religieuse contestée et contredite par le Christ, non seulement dans ses expressions répugnantes, mais dans sa base même.Aujourd\u2019hui comme aux temps évangéliques, l\u2019humanité a besoin d\u2019apprendre que toute institution existe pour l\u2019homme, et non pas l\u2019homme pour l\u2019institution.Si nous cherchons des \u201caffreux Pharisiens\u201d haïssables en tous points, des gens dont nous sommes sûrs qu\u2019ils seraient disposés eux aussi à supprimer le Christ.nous perdons notre temps.Mais si nous regardons en nous-mêmes et dans le monde, si nous réfléchissons au sort qu\u2019on réserve parfois à l\u2019homme pour sauvegarder un système, une idéologie ou une religion, nous prendrons peut-être conscience qu\u2019il y a là un problème de tous les temps, et que la contestation du Christ est \u201cd\u2019aujourd\u2019hui\u201d.Cette invitation du Christ à privilégier les personnes plutôt que l'institution, il y a des jours sûrement où nous ne l\u2019avons pas entendue.40 Mais, je ne saurais pas en parler.Par contre, il y eut plus d\u2019un événement, plus d'une décision à prendre, où cette problématique nous semblait en cause et inspira notre comportement.Est-ce que l\u2019on favorise la \u201cFabrique\u201d ou bien les \"gens du quartier\u201d?Il faut dire que le fait de se trouver en contact fréquent avec des gens qui ne peuvent satisfaire de façon convenable leurs besoins essentiels, aide à fixer le regard sur la vie de l\u2019homme et à lui accorder la primauté sur l\u2019organisation de la religion.Le \"bon curé\".Il fut un temps où un \u201cbon curé\u201d équivalait à un \"bon administrateur\u201d.Celui qui avait le don, à la fois de faire entrer l\u2019argent et de l\u2019utiliser judicieusement à des fins d\u2019Eglise, (entendez principalement: construction ou amélioration de bâtiments, et capitalisation en prévision de l\u2019avenir).Ce point de vue régresse, mais tient encore du terrain.A propos d\u2019un lointain prédécesseur, un paroissien me disait un jour avec un accent d\u2019admiration: \"Le curé Un Tel, il avait le tour, lui, de tirer l'argent de nos poches.sans que ça nous fasse mal\".C\u2019était le temps prestigieux où l\u2019on bâtissait des résidences presbytérales de quinze, vingt ou vingt-cinq pièces.Les temps avaient changé.Des monuments démesurés nous restaient sur les bras, mais la prévoyance de nos ancêtres venait combler nos déficits.La perspective à moyen terme de la faillite financière ne nous réjouissait pas, mais il nous paraissait inconvenant de pleurer sur nos difficultés d\u2019église quand des centaines de familles du quartier habitaient, elles, des taudis et vivaient d\u2019assistance sociale.Un logement trop réduit, que l'on ne peut ni chauffer ni entretenir convenablement, cela affecte la vie des personnes.Cela compromet le sommeil, la santé et l'épanouissement des enfants, et la qualité de la vie familiale.Ne fallait-il pas, en pareille situation, éveiller la conscience des chrétiens sur les conditions de vie de leurs frères, orienter dans ce sens toutes les énergies possibles, et se garder de publiciter les misères du \"temple\u201d?Et cela, même si l'on est curé, et responsable.Est-il possible que la responsabilité déterminante du curé, celle qui conditionne l\u2019exercice de ses autres responsabilités, soit celle de président du Conseil de Fabrique?Nous avions confiance, quant à nous, que les chrétiens en viendraient à accorder une telle importance à l\u2019Eglise vivante qu\u2019ils constituaient, et à la communauté humaine du quartier, que la disparition du 41 temple, si elle devait se produire, ne leur apparaîtrait pas une catastrophe.Le salut de la paroisse.par les bingos?De temps en temps, des paroissiens sensibles aux difficultés financières de la Fabrique, nous invitaient à organiser ce qui aurait dû mettre fin à nos tracas: des bingos.\"D'autres curés le [ont et bien des gens d'ici vont dépenser leur argent dans d\u2019autres paroisses; vous seriez bien [ous de ne pas en [aire vous-mêmes''.C\u2019était le temps, encore récent, où les bingos n\u2019étaient pas permis par la loi.mais il y avait plus que cela.A tort ou à raison, nous considérions que les bingos constituaient une activité \u201cdétériorante\u201d pour bon nombre de gens du quartier.On se laisse prendre par l\u2019appât d\u2019un gain qui nous vienne du hasard, qui nous tombe du ciel.Dès mères de familles en arrivent à risquer plusieurs soirs par semaine, des trois ou quatre dollars nécessaires au foyer, en vue de décrocher le gros lot convoité.On développe une attitude d\u2019irresponsabilité qui fait vibrer sans cesse à des espoirs illusoires, alors qu\u2019il faudrait avec lucidité, courage et fierté, relever le défi quotidien.Et nous disions: \"C'est de cet argent-là que nous, les prêtres, nous allons retirer une partie de nos salaires?Non, merci! Si la charge de nos services est trop lourde pour les paroissiens, nous gagnerons notre vie en travaillant de nos mains, plutôt que de vivre sur les bingos.\" Notre conviction était que l\u2019on ne sauvera jamais \u201cla religion\" par des activités qui sont de nature à \u201ccaler le monde\u201d Traduction libre de la parole évangélique: le sabbat a été fait pour l\u2019homme, et non l\u2019homme pour le sabbat.La vie de nos oeuvres, l'exercice de notre charité.Nous avons été impliqués dans des phénomènes plus complexes que celui des bingos.Une des questions qui nous laissaient le plus perplexes: comment nous situer face aux innombrables demandes d\u2019assistance matérielle qui nous étaient adressées?J\u2019ai déjà raconté quelle politique nous en sommes venus à adopter par rapport aux interventions de dépannage, et comment s\u2019est opéré le passage de la St-Vincent-de-Paul à l'Association des Services communautaires.Je voudrais mentionner ici comment a joué dans ce problème, la conviction que toute institution doit être soumise au bien véritable de l\u2019homme.Et les entre- 42 prises ecclésiales les mieux intentionnées n'échappent pas à cette exigence.Par la St-Vincent-de-Paul, la communauté paroissiale possédait un instrument qui lui permettait d\u2019exercer sa charité à l\u2019égard des pauvres du quartier.Le gros des sommes dispensées provenait, il est vrai, de la Fédération (par le biais du Conseil central de la S.V.P.de Montréal); mais il y avait aussi sur place, la guignolée et des quêtes occasionnelles.Il y avait surtout le travail bénévole et ardu des membres de la conférence locale.Il y avait aussi les heures consacrées par les prêtres à entendre ceux qui venaient dans l\u2019espoir d\u2019obtenir de leur part quelques dollars.En voilà assez pour nous convaincre que nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir.Nous faisions la charité, selon le commandement du Seigneur, et pour le reste.à la grâce de Dieu.Mais, il y avait un \u201cos\u201d.Nous en sommes venus à découvrir, peu à peu, que notre façon concrète de vivre le commandement du Seigneur, nos comportements individuels et notre organisation de la charité, faisaient plus de tort que de bien à ceux qui en \u201cprofitaient\".Or c\u2019est bel et bien pour la vie de nos frères que le Seigneur nous a laissé son commandement.Et nos institutions de charité ont été faites pour l\u2019homme, et non pas l\u2019homme pour permettre le déploiement de nos entreprises charitables.Je termine là-dessus par une citation de mon premier curé.Il nous faisait souvent la réflexion suivante, très souvent (car il disait aussi: il n\u2019y a que les dadas qui finissent par passer), il disait donc à ses vicaires: \u201cLe plus important, voyez-vous, ce n'est pas ce que nous réalisons pour les gens; le plus important, c\u2019est ce que les gens deviennent à travers ce que nous faisons\u201d.Il me semble qu\u2019il y a de l\u2019évangile là-dedans: \u201cLe sabbat a été fait pour l\u2019homme, et non l\u2019homme pour le sabbat\u201d.43 \u2014 2 \u2014 L\u2019homme n\u2019a pas deux vies.Le Royaume n\u2019est pas dans un autre monde.\"Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.\" Gen.I, 27 \"Oui, cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l'amour, à l'exemple du Christ qui vous a aimés et s'est livré pour nous, s'offrant à Dieu en sacrifice d'agréable odeur.\" Eph 5, 1-2 \"Ainsi prenez bien garde à votre conduite; qu'elle soit celle non d'insensés mais de sages.ne vous montrez donc pas inconsidérés mais sachez voir quelle est la volonté du Seigneur.Ne vous enivrez pas de vin: on n'y trouve que libertinage; mais cherchez dans l'Esprit votre plénitude.\" Eph 5, 15-18 Interrogé par les Pharisiens sur le moment où arriverait le Royaume de Dieu il leur répondit: \"La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et on ne saurait dire: le voici! le voilà! car sachez-le, le Royaume de Dieu est parmi vous.\" Luc 17, 20-21 44 L\u2019homme n\u2019a pas deux vies.Le Royaume n\u2019est pas dans un autre monde.On parle du mystère comme on peut! Il y a un certain vocabulaire théologique, vulgarisé pendant des générations, qui nous laisse l\u2019impression de sectionner l\u2019homme et de lui attribuer deux vies.Un homme à deux étages; une vie pour chacun d\u2019eux.La vie naturelle et la vie surnaturelle.Tantôt l'activité se passe au premier; tantôt au second.Activité fébrile et quotidienne à l\u2019étage de \"humain\u201d.Sur le plancher du \"chrétien\u201d, par contre, c\u2019est plutôt tranquille; on y va pour la prière et dans des circonstances particulières.Et par moment on ne sait pas trop bien à quel étage on se trouve; on ne saurait dire si on a posé tel geste en tant que ceci ou en tant que cela.\"Monsieur l\u2019Abbé, cette semaine j\u2019ai défendu un compagnon de travail contre une décision injuste du contremaître; remarquez, c\u2019est tout naturel.\u201d \u2014 \"Moi, je crois que c\u2019est très chrétien ce que tu as fait.\u201d Et l\u2019autre fait un air comme pour dire: \"Ah bon! Excusez-moi, vous êtes mieux placé que moi pour le savoir, c\u2019est votre plancher.\u201d Faut croire que j\u2019étais passé à l\u2019étage supérieur sans m\u2019en rendre compte.Mais on dirait qu\u2019il rajoute, par en-dessous: \"N\u2019empêche que ça me paraît bien naturel; on ne laisse pas tomber un copain qui a du mal à se défendre!\u201d Tout cela, pour le commun des mortels, c\u2019est bien embêtant! Au terme de la session d\u2019été \u201970 à l'Institut de Pastorale d\u2019Ottawa, un participant affirmait: \"Moi, j'ai découvert la disparition de la dichotomie (la coupure, le sectionnement) entre vie et foi, entre humain et évangélique\".En gros, c\u2019est la même chose que je veux exprimer en disant: \"l\u2019homme n\u2019a pas deux vies\u201d, ou encore, \u201cle Royaume n\u2019est pas dans un autre monde\u201d.Et moi, je l\u2019ai vérifié et ressenti avec d\u2019autres, à Ste-Cunégonde, de façon plus lumineuse que durant mes quatre années d'études au séminaire.Prêtres.dans la vie du monde \u201cNotre sacerdoce, on a à le planter dans la vie des gens, comme témoin de l\u2019Evangile de Dieu auprès d\u2019eux; non d\u2019abord dans la chaire, au confessionnal ou à l'autel, mais dans la vie des gens pour qu\u2019ils deviennent à leur tour une offrande à Dieu, je crois que cela nous donne une synthèse qui nous aide à nous situer face au monde d\u2019aujourd\u2019hui dont on a découvert la densité et la richesse.C\u2019est cette richesse 45 que le Christ est venu racheter.Je dirais que son projet est de libérer la richesse humaine, la libérer grâce à son Esprit.Et nous voilà médiateurs de son Esprit auprès des gens.\u201d1 C\u2019est un théologien qui dit cela.et c\u2019est bien dit.Ce n\u2019est pas à la suite d'une réflexion théologique serrée, mais plutôt comme par intuition et à priori, que nous sommes sortis à la découverte de la vie des gens et du milieu.Et nous avons engagé nos énergies à faire que cette vie soit une vie qui regarde en avant et qui progresse.Après un certain temps nous avons senti le besoin de nous déterminer des priorités pastorales.Il fallait certains pôles à notre activité, pour que nous puissions garder le contrôle de notre propre vie, savoir où nous allions, et être en mesure de renoncer à certaines tâches.Je ne veux pas décrire à nouveau ces priorités et répéter ainsi l\u2019article déjà publié.Je signale simplement le fait que deux d'entre elles portaient sur des réalités qui n\u2019appelaient pas de soi l\u2019intervention des prêtres: la valorisation et la coordination des services d\u2019ordre social, ainsi que la rénovation urbaine.Or, impliqués dans ces entreprises particulièrement nécessaires à la vie du milieu, nous ne nous sommes jamais sentis sur un autre \"plancher\u201d que le nôtre.Tout simplement parce qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul plancher, et nous y sommes tous.Au sein de leur condition commune, tous les hommes veulent vivre et sont appelés à la plénitude de la vie en communion avec Dieu et avec les autres hommes.Certains se reconnaissent, dans le Christ, fils et filles de Dieu.Leur vie, bien sûr, gagne en signification, la direction de leur démarche leur est révélée et une voie leur est indiquée dans l\u2019exemple personnel du Christ.\"Cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés et suivez la voie de l\u2019amour, à l'exemple du Christ qui vous a aimés et s\u2019est livré pour nous.\u201d Mais c\u2019est toujours leur vie d\u2019hommes qui est en cause et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019engager sur la voie; pas une \u201cvie de la grâce\u201d qui marcherait tout seul, qu\u2019on perd de vue et qu\u2019on retrouve.Du germe à la plénitude, il n\u2019y a qu\u2019une vie.L\u2019homme n\u2019accède pas de lui-même à la communion avec Dieu, cela lui est donné; mais le don de Dieu ne retire pas l\u2019homme à sa vie.L\u2019homme est, plus qu\u2019on ne le croit peut-être, en recherche de plénitude.Celui qui s\u2019enivre, il veut trouver une plénitude.Et pour ce faire, il va décoller du quotidien avec ses contraintes et les frustrations qu'il engendre, pour sauter dans un terrain \u201clibre\".Saint Paul avertit les chrétiens que dans l\u2019enivrement \u201con ne trouve que libertinage\u201d et non pas la liberté.\"Cherchez dans l\u2019Esprit votre plé- 46 nitude\u201d, et pour cela, \u201csachez voir qu\u2019elle est la volonté du Seigneur \u2019 sur votre situation et votre conduite.Rien de ce qui fait la vie des hommes n\u2019est étranger à la foi et au Royaume.Bien sûr, nous n\u2019assumions pas, dans les comités de citoyens ou auprès des organismes sociaux, la même fonction qu\u2019à l\u2019intérieur de la communauté des croyants lorsqu\u2019elle est rassemblée à ce titre.Nous n\u2019étions pas les pasteurs de ces groupes, ni les présidents de ces assemblées.Au début, il pouvait y avoir risques d\u2019ambiguïté, soit de notre part, soit de la part des autres citoyens, quant à notre rôle au sein de ces groupes.C\u2019est un défi que nous avons relevé avec attention et confiance.Les problèmes et les aspirations qui s\u2019exprimaient là, l\u2019action qui était discutée, entreprise, la vie des personnes et du quartier qui s\u2019y révélait.tout cela nous y était accessible.Nous pouvions y communier et y contribuer.Et comme prêtres, nous y étions \u201cchez nous\u201d, parce que l\u2019homme n\u2019a pas deux vies, et que le Royaume n\u2019est pas dans un autre monde.Notre priorité première relevait, quand à elle, de ce qu\u2019on pourrait appeler les gestes spécifiques de notre ministère: c\u2019était l'assemblée dominicale.Présider une assemblée eucharistique et prêcher, c\u2019est un moment de vie intense pour le prêtre, quand il y a communion réelle avec l'assemblée et conscience d\u2019une vie d\u2019hommes et de femmes qui se recherche et se développe dans la foi au Christ.Si pour certains fidèles, le lien entre le dimanche et la semaine est difficile à saisir, pour le prêtre il ne l\u2019est pas.Quand, du moins, le prêtre au cours de la semaine a communié et contribué à la vie des gens, il éprouve dans la célébration l\u2019authenticité et l'opportunité de son rôle.Il se reconnaît le prédicateur d\u2019un message qui veut dire quelque chose pour quelqu\u2019un.Il préside à des gestes qui trouvent un sens pour les participants, du moins pour un certain nombre d\u2019entre eux.Et le prêtre alors, est de ceux-là.Règle générale, chacun de nous faisait l'homélie à la célébration qu\u2019il présidait.Chaque prédication nécessitait le plus souvent deux rencontres au cours de la semaine, parfois trois.La préparation débutait généralement par cette interrogation: \u201cQu\u2019est-ce qui se passe de ce temps-ci?Que vivent les gens?A quoi sont-ils sensibilisés?\u201d C\u2019était la mise en condition pour notre réflexion sur les textes liturgiques.Je ne prétendrais pas que chaque dimanche toutes les homélies étaient formidables.Ce que je peux affirmer c\u2019est que la célébration du di- 47 manche constituait pour nous tous un moment à la fois privilégié et nécessaire de notre engagement sacerdotal.Un fait bien simple en témoigne: longtemps, nous fumes cinq prêtres dans l\u2019équipe, alors qu\u2019il n y avait que quatre messes.Il n\u2019y a jamais eu de problèmes à savoir lesquels prêcheraient.Par contre, il était quelques fois un peu délicat de déterminer \u2018\u2018qui ne prêcherait pas\u201d.Cet intérêt venait, il me semble, de la conscience que la vie quotidienne des gens aussi bien que le Royaume étaient de la partie.C'est quoi, vivre en chrétiens?Vivre en chrétiens, ou vivre dans la foi, c\u2019est quoi concrètement?Si on recherche dans le sens de cette question, il va d\u2019abord falloir se demander: vivre, c\u2019est quoi, concrètement, pour telle personne et tel groupe?\u2018\u2018Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n\u2019est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.Leur communauté en effet s\u2019édifie avec des hommes, conduits par l\u2019Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteur d\u2019un message de salut qu\u2019il leur faut proposer à tous.La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.\" On aura reconnu les premières phrases du best-seller, sans doute, des textes conciliaires, la \"Constitution pastorale sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps\".Le contenu de la vie chrétienne, c\u2019est fondamentalement le contenu de la vie des hommes de son temps.Et l\u2019histoire de l\u2019Eglise se trouve intimement solidaire de celle du genre humain.Dans la Petite Bourgogne la population du quartier se partage en deux grandes catégories: des travailleurs manuels (usines, transports, construction) et des assistés sociaux.C\u2019est quoi la vie, pour un travailleur d'usine et ses semblables?Qu\u2019en est-il des \u2018\u2018joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses\u201d de ces hommes?D\u2019autre part, \u2019\u2019vivre sur le Bien-Etre\u201d, comment cela se présente-t-il?Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a dans le cœur des hommes et des femmes qui vivent ces situations?En quoi la vie est-elle bloquée?et où se trouvent les chances d\u2019avancée?48 Ce sont des questions de ce genre qui nous ont orientés assez tôt vers le travail en usine pour André, et l\u2019animation sociale pour Michel.Est-ce qu\u2019il ne revient pas aux laïcs eux-mêmes d\u2019exprimer au sein de l\u2019Eglise ce qui en est de la vie dans leurs situations précises, et de réagir au message évangélique; de telle sorte que cette Parole de vie éternelle devienne source de vie aujourd'hui?Sûrement.Et cela semble particulièrement vrai dans nos schèmes actuels, très différenciés, de \u201cprêtres\u201d et de \"laïcs\u201d.Cela explique certaines craintes compréhensibles devant les initiatives mentionnées.On a cru (certains prêtres ou laïcs qui réfléchissaient à ces questions) que nous voulions être toute l\u2019Eglise à nous autres tout seuls; on a cru que nous manquions de confiance dans les laïcs chrétiens; que nous professions un néocléricalisme.C\u2019était un point de vue.Quant à nous.nos démarches n\u2019étaient pas inspirées par des définitions du sacerdoce et du laïcat, mais par une situation concrète, en un temps donné.Nous ne prétendions pas que cela devait être fait partout, et nous ne prenions pas des options nécessairement valables jusqu\u2019à la fin des temps.Nous croyions profondément qu\u2019il revient aux travailleurs de traduire l\u2019Evangile en un langage de vie pour eux, et de témoigner à leur façon de ce qu\u2019est \u201cvivre en chrétiens\u201d.De même, pour les assistés sociaux et pour les gens de toute autre situation.C\u2019est à eux qu'il revient de \u201cmarier\u201d l\u2019Evangile à leurs conditions concrètes d\u2019existence dans le monde.Il n\u2019est pas nécessaire (et évidemment pas possible) que les prêtres assument toutes les situations de vie, pour que celles-ci soient vécues et exprimées dans la foi.Nous jugions cependant que prêtres et laïcs se trouvaient trop séparés, de toutes sortes de façons et depuis trop longtemps, pour que les laïcs assument pleinement leurs responsabilités dans l\u2019Eglise et exploitent librement leurs charismes dans l\u2019œuvre d\u2019évangélisation.En même temps, nous pensions que la vie du monde nous était trop étrangère pour que nous puissions remplir pour le mieux notre rôle d\u2019éducateur de la foi.Ce ne sont pas seulement les intentions et les idées qui façonnent la vie des hommes.Les conditions concrètes d\u2019existence, le mode de fonctionnement des institutions, comptent pour une large part.Alors que nous vivions, au sein de l\u2019Eglise comme au sein du monde, une période de transformations profondes, nous refusions de nous agiter entre l\u2019autel et l'ambon, et d\u2019y entraîner les laïcs; et nous voulions pénétrer davantage dans la vie du monde.Au fond de ces 49 démarches il y avait la conviction profonde que l\u2019homme veut vivre, qu il n\u2019a pas deux vies, et que l'Evangile constitue un apport incomparable à sa vie d\u2019homme.\"L\u2019homme voudra toujours connaître, ne serait-ce que confusément, la signification de sa vie, de ses activités et de sa mort.Or Dieu seul, qui a créé l\u2019homme à son image et l\u2019a racheté du péché, peut répondre à ces questions en plénitude.Il le fait par la révélation dans le Christ, son divin Fils, qui s\u2019est fait homme.Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme.Aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de l\u2019homme comme le fait l\u2019Evangile du Christ confié à l\u2019Eglise.Cet Evangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette tout esclavage qui en fin de compte provient du péché, respecte scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix, enseigne sans relâche à faire fructifier tous les talents humains au service de Dieu pour le bien des hommes, enfin, confie chacun à l\u2019amour de tous.\" (Gaudium et Spes, n° 41 ) Conclusion Voilà quelques-unes des intuitions évangéliques qui nous ont inspirés dans notre ministère de pasteurs vivant dans le milieu concret de la Petite Bourgogne.D\u2019autres convictions nous ont également animés: j\u2019y reviendrai à une autre occasion.Les gestes que nous avons pris en équipe, ou soutenus par elle, ont essayé de traduire la préoccupation fondamentale de rejoindre les personnes dans ce qui fait leur vie de tous les jours: c\u2019est là, nous semble-t-il que vient prendre racine l\u2019espérance chrétienne.Ce que nous avions \"derrière la tête \u201d, ce à quoi \u201cnous voulions en venir\", c'était de faire grandir les personnes pour les aider à vivre plus pleinement.Avons-nous été compris?Y sommes-nous parvenus?L\u2019histoire le dira peut-être.50 [Z/imoiqnaqzi Un groupe d'anciens militants jocistes Mémoire à la Commission Dumont Il est difficile pour des militants de résumer en quelques lignes ce qu'un passage dans un mouvement d Action Catholique tel que la J.O.C.leur a donné et semé en eux.Sortis de ce mouvement, de cette école de vie depuis plus d un an pour la majorité, nous en mesurons quotidiennement le fruit aujourd'hui dans nos vies de chaque jour.Il est rare que les militants expriment par écrit ce dont ils ont été témoins.Parce que cet engagement se continue.Parce que c'est tellement grand et nous nous exprimons tellement maladroitement, nous, ouvriers.Parce que des transformations de vie, ça ne se raconte pas si simplement.Donc, en tant qu anciens militants d'Action catholique, nous désirons rencontrer la Commission Dumont pour lui présenter le témoignage de notre passage en Action catholique, ou l\u2019Eglise en cheminement dans la vie ouvrière.Lise Aujourd\u2019hui, mon choix est fait.Tout ce que je fais se veut au service des ouvriers, avec les ouvriers.Ouvrière moi-même, la plus grande transformation que la J.O.C.a opéré en moi a été l\u2019acceptation de mon milieu, de ma classe sociale et m\u2019a permis de choisir d'être avec les ouvriers et y œuvrer ensuite le plus positivement possible.Pour cela, il 51 a fallu que je dépasse mon insécurité, mon écrasement et tout ce qui marque le monde ouvrier en général.La J.O.C.par ses moyens, par ce qu\u2019elle est, m'a renvoyée dans mon milieu (travail, famille, loisirs) et m\u2019a permis d\u2019y découvrir les appels de libération, les appels de Dieu même dans cette glaise déformée que ne je voulais pas accepter.Je me serais débâtie avec les faibles moyens que je possédais, en voyant tous ces écrasements, si la J.O.C.(c\u2019est à dire la \"gang\u201d de jeunes travailleurs qui voulaient comme moi, porter le Christ ou le découvrir dans nos usines) n\u2019avait pas été là, derrière moi, avec tous ces petits moyens (carnets de faits, responsabilités, l'équipe, le bulletin, la réflexion, l\u2019amitié, la solidarité, le programme d\u2019action, la carte ouvrière, les journées d'étude., enfin tout ce qui était à notre revision de vie, la méditation, le journal Jeunesse Ouvrière.) pour m\u2019aider à passer de l\u2019état de sourde-muette et aveugle, à l\u2019état d\u2019une chrétienne qui apprend à voir, à parler, à entendre, donc à s\u2019émerveiller devant la mission qu'on me confiait.De la petite fille timide, perdue chez Biren Knitting qui tremblait devant le patron (durant 4 ans), qui n\u2019acceptait pas les filles de ce milieu, je suis devenue la responsable syndicale qui allait défendre, négocier avec le patron les griefs des employés qui sont devenus mes amis, mes compagnons de lutte pendant la grève, les filles qui bâtissaient des articles pour le journal J.O.parce qu\u2019elles l\u2019achetaient chaque mois (4 autres années).Tout ce que j\u2019ai fait dans le mouvement est important mais ce qu\u2019il l\u2019est plus c\u2019est ce que j\u2019ai fait dans mes milieux de vie.ça ne se dissocie pas, l'un est en fonction de l\u2019autre.Mon usine était devenue mon Eglise, ma Communauté.Je sentais que je participais à l\u2019évangélisation, à l\u2019effort missionnaire de l\u2019Eglie pour être en milieu ouvrier, à la construction du Royaume de Dieu.C\u2019est là que la J.O.C.a eu confiance en moi.C\u2019est là qu\u2019a commencé ma conversion.C\u2019est là que je n\u2019ai pas pu dire \"non\u201d.C\u2019est là que l'Eglise a eu besoin de moi.Toute l\u2019action que j\u2019ai réalisée, j\u2019ai voulu la faire en équipe (structurée, à la J.O.C.\u2014 non-structurée, dans mon usine).Ceci d\u2019une façon plus ou moins consciente au début.52 Ce que je savais c\u2019est que j'essayais et voulais bâtir des cellules d\u2019Eglise dans mon milieu de vie naturel.J'ai voulu avec eux, faire face aux vrais problèmes et avec eux aller jusqu\u2019au bout.Ce cheminement me plaçait dans une insécurité pas facile à accepter mais par la revision en équipe de ce qu\u2019on vivait chacune dans nos milieux et la recherche de continuation de présence authentique dans ces milieux, nous découvrions à force de piétinements ou bafouillements peu à peu une confiance que c\u2019était de cette façon que l'Eglise collerait à son Peuple, que c\u2019était là notre rôle de chrétiens engagés.On voulait devenir un militant présent là ou il y avait diverses formes de groupements (syndicat, loisirs, etc.) et qu\u2019on était là en pleine Eglise.Ceci on devait le découvrir, le provoquer et l'annoncer aux autres.On vivait une Eglise missionnaire.C'est en agissant qu'on se forme Formation par l\u2019action: (Service de préparation à la vie, sports, la vente de billets, le journal, la danse).Nous ne voulions pas voir, juger extérieurement pour apporter de belles solutions ensuite, mais plutôt en agissant n'importe où, n'importe comment, avec les moyens (financiers \u2014 intellectuels \u2014 etc.) qu\u2019on avait, (toujours avec le souci de répondre à des besoins) nous apprenions par la revision à revoir, à re-juger, à re-agir (avec la lumière de l\u2019Evangile et de la mission du mouvement) et ainsi à transformer notre forme de présence dans nos milieux de vie propre.Ceci toujours ensemble, communautairement, car l\u2019équipe est un élément nécessaire.En se ramassant ensemble dans une équipe structurée ça nous permettait de se sentir responsables parce qu\u2019on se situait constamment en fonction des gens en arrière de nous, notre équipe non-formelle.Le cheminement se fait donc toujours en fonction des autres, avec les autres: lère forme de responsabilité collective.Me sentir de l'Eglise En agissant ainsi, avec d\u2019autres, maladroitement, je découvrais la mission de l\u2019Eglise: 53 \u2014\tqui voulait découvrir le monde tel qu\u2019il était \u2014\tqui se voulait au service \u2014\tqui voulait croire en la dignité de l\u2019homme.\u2014\tqui se voulait sensible, attentive aux aspirations qu'on a d\u2019être plus libre, plus responsable, aux cris des pauvres.\u2014\tqui n\u2019acceptait pas que le monde moderne produise des pauvres, des irresponsables, des automates.\u2014\tqui ne voulait pas s\u2019identifier à une classe sociale par ses contacts, relations, sa sécurité, sa peur d'embarquer avec les pauvres.\u2014\tqui voulait prendre les vrais moyens pour annoncer l'Evangile.\u2014\tqui voulait nous associer à Elle dans sa mission.\u2014\tqui était inquiète de ceux qui en étaient éloignés.\u2014\tqui voulait reconnaître et accueillir toutes les valeurs authentiques vécues par le monde.Je découvrais cette mission de l\u2019Eglise parce qu\u2019on m\u2019avait appris à la porter.Mais dans les faits, ce n\u2019est pas ça qu\u2019on retrouvait.Je me souviendrai toujours lorsqu\u2019on était en grève, mal habillés, pas très propres, sur le trottoir avec nos pancartes défraîchies et qu\u2019on voyait passer deux vicaires de la paroisse qui passaient de l\u2019autre côté et sans même nous regarder.Paraît-il qu\u2019il ne fallait pas qu\u2019ils s\u2019impliquent.L\u2019un deux était aumônier de la J.O.C.et ils nous connaissaient très bien, tous les deux.Nos vraies souffrances.la mission de l\u2019Eglise.Fallait donc porter ça seul, du moins en public.Je ne comprenais plus rien.L'Eglise-Institution, nous ne la connaissions pas.Sinon par quelques brèches d'authenticité qui se manifestaient ici et là.Pendant la grève et après, j\u2019ai commencé à écrire des articles dans le journal du coin à partir des événements qui se produisaient, ce qu\u2019on faisait face à des problèmes et certaines critiques.Le curé, une fois que j\u2019étais allée au presbytère pour faire corriger mes fautes d\u2019orthographes par l\u2019aumônier, me dit que ça allait bien que de signer des articles écrits par l'autres (Il sous-entendait l\u2019aumônier).Au début de mon engagement syndical, j\u2019avais un sentiment de culpabilité, je croyais m'être aventurée un peu trop loin, que c\u2019était 54 socialiste.Tiraillée, j\u2019en parlai à l\u2019équipe et à l\u2019aumônier qui me firent découvrir l'importance de mon rôle, là, car les gens de l\u2019usine étaient-là.C\u2019était là que je devais vivre chrétiennement.L\u2019Eglise m\u2019a embarquée dans sa mission, a eu besoin de moi par l'intermédiaire d\u2019une jeune travailleuse, d\u2019un aumônier, d\u2019une équipe.Etre éducatrice L\u2019Action Catholique m\u2019a rendue à l\u2019écoute, attentive au mouvement ouvrier pour y découvrir avec joie, sérénité, respect, les semences du Verbe qui s\u2019y trouvent cachées.Au lieu de faire des sermons, j\u2019ai appris à écouter les filles, les questionner pour découvrir les réponses qu\u2019elles possédaient en elles.Je voulais embarquer à leur suite.Le carnet de faits a été l\u2019instrument le plus exigeant mais le plus éducateur pour m\u2019aider à saisir la vie.C\u2019est encore l\u2019équipe qui me forçait à travailler avec les autres.AUJOURD\u2019HUI Mon cheminement se poursuit avec les personnes que je côtoie (amis \u2014 famille) dans une recherche d\u2019être le plus efficacement possible au service des ouvriers et autres dans leurs vrais problèmes.Sensible à tout ce qui se passe dans le monde ouvrier, et désireuse de concrétiser mon engagement, mon état de service, il ne nous est pas facile de retracer l\u2019endroit et la forme que va prendre cet engagement.Et parallèlement où va se continuer le ressourcement chrétien.Vais-je retourner en usine ou trouver un travail autre qui me permettrait d\u2019œuvrer en monde ouvrier?C\u2019est le défi d\u2019adaptation, le désert que semble rencontrer beaucoup de militant sortant d\u2019un mouvement de jeunes.Quelles suites aura-t-il?Actuellement.Pour moi ça c\u2019est continué dans les cours de recyclage, avec des ouvriers pris dans la même situation \u2014 dans les regroupements naturels d\u2019amis \u2014 dans l\u2019accueil à des immigrés \u2014 dans des rencontres- 55 revision avec d'anciens responsables jocistes pour voir où et comment se continuait notre engagement et réfléchir ce qu\u2019on vivait.Pour un engagement plus grand En tant que responsable sur un plan chrétien et social, je désire m\u2019engager, comme adulte, plus loin.Défi à relever: peu de structures favorisant notre participation, l\u2019anonymat et l\u2019isolement.Lise Gadoury Jean-Paul Les éléments d\u2019expérience de mon passage en J.O.C.sont nombreux.J\u2019essaierai de répondre aux trois questions qui me sont posées: Ce que ça m\u2019a apporté?Ce qui m\u2019y a amené?Comment ça se continue aujourd\u2019hui?Découverte d'un travail que j'aime Par le confrontement avec les difficultés de d\u2019autres jeunes travailleurs sur le milieu de travail, j\u2019ai été amené à me poser les vraies questions.Mon expérience dans le Mouvement a été prise en considération lorsque j\u2019ai été engagé comme éducateur au Mont St-Antoine.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai beaucoup plus d\u2019intérêt à me perfectionner parce que je sens que je suis en marche.Par le fait même, aujourd\u2019hui, je suis plus secure dans la vie au niveau de la sécurité personnelle, pécunière, et dans l\u2019orientation de mes besoins.La J.O.C.m\u2019a donné une femme Ce fut dans la J.O.C.que j\u2019ai rencontré une fille qui est aujourd\u2019hui mon épouse.Dans la J.O.C.nous avons appris à nous connaître à travers nos idées et nos actions envers les autres.Elle nous a montré aussi qu'il était possible de s\u2019engager ensemble.Aujourd\u2019hui, cet engagement se continue avec un enfant que nous attendons.Notre engagement commun se situe aussi autour de nos amis dans des rencontres amicales où l\u2019on cherche à étendre le cercle.Il y a aussi notre engagement dans 56 la paroisse où nous tentons de répondre aux besoins de d'autres couples comme nous.Découverte du prêtre La présence du prêtre attentif à mes besoins de jeune travailleur, dans mes milieux de vie me révélait une Eglise institutionnelle beaucoup plus dans son rôle.Je sentais que le prêtre pouvait m\u2019aider dans le cheminement de mes découvertes en y donnant un sens, une dimension que je n\u2019avais pas dans d\u2019autres organisations.Je découvrais le prêtre aussi en tant qu\u2019homme.Cette découverte m\u2019a rapproché de l\u2019Eglise, car je vis et réalisai qu\u2019elle avait des faiblesses, mais que je pouvais l'améliorer par ma participation.Découverte de l'Evangile J'ai appris à découvrir plusieurs dimensions du message de l\u2019évangile à travers la J.O.C.Ceci non seulement en échangeant sur ce sujet mais en apprenant à le vivre.Je crois beaucoup au message du Christ parce que je le comprends mieux.Le prêtre dans le mouvement m\u2019aidait beaucoup sur ce point.La revision de vie dans le mouvement fut pour moi une grande aide, du fait qu\u2019elle partait de la vie de tous les jours en ne restant pas seulement sur le plan social.L\u2019évangile n\u2019était pas réfléchi théoriquement mais en vue surtout d\u2019une application de son message.Aujourd\u2019hui je crois que ma foi est beaucoup plus adulte.Cette formation que j\u2019ai reçu, j\u2019essaie de la transmettre dans mes milieux de vie.Découverte de moyens pour agir Je découvrais par la J.O.C.un idéal qui me faisait sentir utile, responsable et plus chrétien.Mais, je découvrais aussi qu\u2019il était important d'avoir des moyens pour arriver aux buts que je me fixais.Que le résultat d\u2019une belle organisation qui avait réussi n\u2019était vraiment pas réussi quand c\u2019était fait seulement par quelques personnes.Qu'il fallait viser la participation des jeunes avec toutes les difficultés que ça supposait.Que la transformation des jeunes se vivait surtout dans l\u2019aide qu'on leur demandait, à penser, à bâtir et à reviser leurs actions.Et ceci, par des moyens concrets et aptes à être employés par eux.Que l\u2019action devait être orientée surtout sur les besoins des jeunes travailleurs qu\u2019ils ne percevaient pas bien souvent eux-mêmes.57 Exemple: Ils disent avoir besoin de loisirs.Mais ça veut dire qu ils ont besoin d'amitié, de participation, de regroupement en réponse aussi à un problème de solitude.Aujourd\u2019hui, dans mon milieu de travail, je cherche avec d'autres éducateurs, à répondre aux besoins professionnels des éducateurs par la participation de ceux-ci, pour découvrir les besoins et trouver des solutions et des réponses.Aptitude à m'exprimer Je réussis aujourd\u2019hui à exprimer beaucoup mieux ce que je vis et je veux.Que ce soit avec un individu ou en groupe.Car le mouvement m\u2019y a aidé à le faire.Et ceci par des responsabilités où il me fallait aller parler en public.Par la confiance qui m'était accordée.Par des camps de formation où j\u2019avais à exprimer mes opinions, etc.Aujourd'hui, je ne serais sûrement pas en action devant un groupe dans mon milieu si je n\u2019avais pas eu la possibilité de l\u2019acquérir par le mouvement.La J.O.C.m\u2019a montré où diriger mes actions Il est facile, en un certain sens, de se donner.Mais où se donner et comment se donner, c\u2019est une autre chose.Par la J.O.C.j\u2019ai appris à partir des gens, à trouver des moyens pour réfléchir avec eux et agir avec eux.J\u2019ai appris par le mouvement que ça ne sert à rien d\u2019être très actif dans des organisations sociales, si ma femme est malheureuse, si je ne participe pas aux solutions des problèmes de mon milieu de travail, s'il y a mésentente dans nos deux familles, etc.Que mes énergies doivent avant tout être autour de moi.Faire les priorités de mon don de soi est une chose importante que le mouvement m\u2019a aidé à faire.Ouverture aux autres Savoir écouter, accueillir et respecter les idées des autres est une autre chose que j\u2019appris dans le mouvement.C\u2019est une chose que je m'efforce de faire aussi avec mes amis, ma famille, ma femme et mes compagnons de travail qu\u2019ils soient nouveaux ou anciens dans le métier.Etre attentif aux gens, à leurs besoins et difficultés sans être moralisateur, c\u2019est une chose importante pour moi dans la vie de tous les jours et un grand moyen aussi pour être vraiment plus amis avec eux.C\u2019est 58 en quelque sorte pour moi un respect de leur personne, devant un besoin de chacun.Connaissance des autres J\u2019ai découvert par la J.O.C.que les autres jeunes travailleurs avaient les mêmes besoins que moi.Même si des fois ils étaient révoltés, ils recherchaient.Ils désiraient être regroupés, organiser eux-mêmes leurs loisirs.Ils avaient besoin d\u2019amitié.Ils voulaient partager ce qu\u2019ils vivaient, se connaître et connaître les autres.Ils désiraient être quelqu'un, être considérés, être responsables, qu\u2019on leur fasse confiance, être libérés de leur insécurité à tout point de vue, trouver des solutions à leurs problèmes qui les dépassaient bien souvent (exemple: chômage).Ils voulaient savoir le pourquoi de leur existence, avoir un idéal plus grand que la paye du vendredi soir.Ils voulaient aimer, mais ne savaient pas comment.En apprenant à connaître les autres comme moi, en réfléchissant sur leurs problèmes et en agissant, j\u2019apprenais à me connaître aussi.Transformation par l'action sur le semblable Les jeunes travailleurs eux-m?mes m'appuyaient à les aimer tels qu\u2019ils étaient.En partageant leurs joies et leurs difficultés, en cherchant à les aider, je m\u2019aidais moi-même.En leur faisant confiance, je prenais confiance en moi-même.En m\u2019arrêtant pour réfléchir sur leurs vies, j\u2019apprenais à réfléchir sur la mienne.En leur faisant découvrir le positif de la vie, j\u2019apprenais à voir le positif de la mienne.En leur faisant vivre l\u2019amitié, j\u2019apprenais à m\u2019impliquer et à partager moi aussi.En leur faisant confiance, ils me faisaient confiance.En leur donnant des responsabilités pour qu\u2019ils deviennent responsables, je devenais plus responsable moi-même.En leur faisant découvrir le Christ à travers la vie de tous les jours, j\u2019apprenais à le voir en eux.En essayant de leur faire découvrir les autres, l\u2019Amour, la confiance, la justice etc., à travers leurs découvertes, ils m\u2019apportaient d\u2019autres dimensions.En sortant du mouvement, il est plus difficile de mener une action, car on est seul pour penser et agir.Notre forme d\u2019action doit être renouvelée et adaptée dans les moyens.Et, ce cheminement est difficile à réaliser.Jean-Paul St-Amand 59 ÉDITIONS FLEURUS Mission en secteurs ouvriers, par Jean-Baptiste Béraud, préface de M.Ménant, collection \u201cExpériences pastorales\u201d, 152 pages.La \u201cMission Ouvrière\u201d est en marche.Comme elle n\u2019apporte pas de solution toute faite et passe-partout, comme la vie surtout ne s\u2019apprécie point en termes de \u201ccomptabilité\u201d, il ne peut être question de dresser un bilan.Plus simplement, dans un regard de foi sur quatre régions où laïcs, religieux, religieuses, prêtres et évêques, chacun à sa façon, tentent de vivre Jésus-Christ dans toute l\u2019épaisseur de la vie ouvrière, ce livre veut témoigner que surgissent des signes souvent humbles et petits encore, mais des signes authentiques d\u2019une Eglise naissante au cœur du monde ouvrier.Ce qui se passe là n\u2019est pas une petite affaire: en vérité, un peuple nouveau naît à Jésus-Christ.L\u2019auteur de ce livre, ce sont d\u2019abord et avant tout ceux qui ont accepté de parler de ce qu\u2019ils constatent, de ce qu\u2019ils vivent.Ce livre est vraiment le leur.J.-B.Béraud a recueilli et colligé leurs témoignages durant son année de stage à l\u2019E.M.A.C.A.S.(Ec^le Missionnaire d\u2019Action Catholique et d\u2019Action Sociale) de Lille.Des années de ministère en des milieux très divers comme vicaire, aumônier fédéral et curé, l\u2019avaient préparé pour un tel travail.ÉDITIONS DU CERF L'Evangile selon Paul Tillich, par Louis Racine.Collection \u201cThéologie sans Frontières\u201d, 180 pages.Fidélité à l\u2019homme contemporain; fidélité au message chrétien.Voilà l\u2019alternative devant laquelle théologiens et pasteurs sont souvent placés, à quelque tradition religieuse qu\u2019ils appartiennent.Tout au long de sa carrière, Paul Tillich, philosophe, théologien et prédicateur, s\u2019est refusé à renvoyer dos à dos culture et religion.Il décèle une continuité profonde entre l\u2019existence humaine et T \u201cêtre nouveau\u201d révélé en Jésus reconnu comme Christ.C\u2019est dans les homélies de Paul Tillich que Louis Racine, un dominicain canadien, met en lumière la corrélation entre la foi chrétienne et la question ultime impliquée dans toute existence humaine.L\u2019Evangile selon Paul Tillich devrait retenir l\u2019attention de quiconque s\u2019intéresse au dialogue entre la culture contemporaine et le message chrétien, en particulier, de tous ceux qui sont préoccupés du renouvellement de la catéchèse, de l\u2019homilétique et du langage théologique.60 ÉDITIONS CASTERMAN Les deux visages de la théologie de la sécularisation, en collaboration.Collection \u201cL\u2019Actualité religieuse\u201d, 272 p.L\u2019intention de ce volume n\u2019est pas de reproduire une fois de plus une théologie de la sécularisation, mais au contraire de la vérifier, de la mettre à l\u2019épreuve.Car en prenant très au sérieux les facteurs non théologiques du phénomène de T \u201caggiomamento\u201d, on en arrive très rapidement à déceler les ambiguïtés du mouvement post-conciliaire.Il apparaît ainsi que la théologie de la sécularisation est l\u2019expression idéologique des chrétiens qui entendent se conformer aux habitudes de la société industrielle développée.Dès lors la question se pose: le christianisme dispose-t-il de catégories mentales et de modèles d\u2019action susceptibles de transformer la société d\u2019aujourd\u2019hui dans la mesure où celle-ci stabilise une structuration injuste et inhumaine des relations entre les hommes ?Laïcité, liberté et vérité, par Pierre Jouguelet.Collection \u201cLe Monde et l\u2019esprit\u201d, 144 p.La laïcité est le régime où coexistent des hommes relevant de métaphysiques différentes.Au minimum, la coexistence réclame un pluralisme sans oppresseurs ni opprimés, et c\u2019est la laïcité de l\u2019Etat.Au maximum, elle réclame un dialogue où apprennent à vivre ensemble des hommes qui ne se font pas une même idée de la vie, et c\u2019est la laïcité de l\u2019Ecole.Mais il serait dangereux de définir la laïcité en termes de tolérance, comme si ce qu\u2019on accorde à la liberté était enlevé à la vérité.Plus profondément, être laïque, c\u2019est savoir qu\u2019on ne possède pas la vérité comme une chose.On la cherche, et on ne la cherche correctement que dans une quête collective où le bien de tous est approché par la rencontre de tous.CHEZ L\u2019AUTEUR Au cœur de la semaine.Réflexions chrétiennes à partir de chansons d\u2019aujourd\u2019hui, 132 p.Par Jean-Guy Morin, o.m.i., Maison de Retraites fermées, C.P.758, La Pocatière, Qué.La poésie de la chanson pénètre le cœur des hommes beaucoup plus qu\u2019un grand nombre de nos homélies.A partir de chansonniers, le Père Morin adresse chaque semaine aux auditeurs de C.H.G.B.La Pocatière, quelques réflexions sous forme de prière.Le texte lui en a été souvent demandé, et nous avons le bonheur de pouvoir lire ces réflexions fraîches et spontanées.Au cœur de la semaine est une réalisation pastorale qui peut être source d\u2019inspiration pour des rencontres de jeunes, des groupes de réflexion chrétienne ou de catéchèse d\u2019adultes.61 HOMMAGE À NOS SOUSCRIPTEURS Le Conseil provincial des Oblats de Marie Immaculée, Montréal La Paroisse Notre-Dame, Hull La Paroisse de Ville-Marie, Témiscamingue La Paroisse de VAssomption, Maniwaki La Paroisse St-Sauveur, Québec La Maison de Retraites Fermées, Rouyn La Paroisse Immaculée-Conception, Rouyn La Paroisse Immaculée-Conception, Kapuskasing La Paroisse Sacré-Cœur, Hull La Paroisse de l Assomption, Granby La Paroisse Notre-Dame de Lourdes, Mont-Joli Le Centre d'Animation, Mont-Joli Nous adressons, en votre nom, un cordial merci à nos souscripteurs qui permettent à la revue Prêtres et Laïcs de vous parvenir régulièrement.Nous voulons remercier spécialement le Père Paul-Emile Deschênes, o.m.i.qui, durant 20 ans, a assuré la survie financière de la revue.La Rédaction 62 3=®»e vi».| ¦ r ~ \" *j -wtf'^uu:- 11 ?.J-*UiJ- .:*>w- ïSiü?«tua > j, Tr* *üm7îT iwuTTTA ;Æ.^ £ÿsss ««Si $rt ./^i£S 3*?Sô^ aSi& 3»H35 3Œ»* LA CATECHESE AUX ADULTES, ÇA VOUS DIT QUELQUE CHOSE?\t^«yKjg A LA RECHERCHE DE L\u2019EGLISE est un programme de catéchèse aux adultes.Et un peu\ts plus .Pour le pasteur, un puissant instrument d\u2019éducation de la foi.Pour le chrétien, une expérience neuve qui veut revaloriser son rôle dans l'Eglise, le rôle de l\u2019Eglise dans le monde.Huit thèmes de réflexion et d\u2019échange : la contestation, la pratique religieuse, l'espérance, la fraternité, la morale, l'autorité, la communication, l\u2019engagement.Huit brochures scripto-visuelles de 16 pages, dont plusieurs en volets.Images, couleurs, textes et volets s'y agencent en une création d\u2019un style unique.De plus un GUIDE DES ANIMATEURS préparé à votre intention par une équipe des meilleurs catéchètes.Une réalisation conjointe de l\u2019Office catéchistique provincial (Québec) et de NOVALIS.Contactez dès maintenant votre directeur diocésain de la catéchèse aux adultes\tJpjl ou adressez-vous à NOVALIS.La série de 8 bro-chures : $3.50, port payé.Le GUIDE DES ANIMATEURS : $1.00, port payé.\t. STEINBERG Au service de la famille canadienne depuis 1917 Hommages Rimouski, Qué.Tél.: 723-1 2 I 2 LE SALON DE BEAUTÉ POUR L'AUTO G.LEBEAU Ltée 5940, rue Papineau Montréal, Tel.: 273-886I 400 St-Vallier, Est Québec, Tél.: 522-68I6 1690, boul.Labelle Chomedey, Tél.: 688-275I 6270, Upper Lachine Montréal, Tél.: 489-8221 Toits \u2014 Housses \u2014 Nettoyage 405 ouest, Curé Poirier Jacques-Cartier, Tél.: 677-9136 intérieur \u2014 Rembourrage \u2014 Vitres F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie QUÉBEC, 245, rue Du Pont Spécialité: ascenseurs\tTéL: 522.5262 MONTRÉAL, 21 II, boul.Henri-Bourassa esf\tTél.: 389-2258 P.L TURCOTTE Confection et Réparations MARCHAND DE FOURRURES 464, De la Chapelle, QUÉBEC\tTél.: 524-1030 BERNARDIN FRERES Inc.COURTIERS D\u2019ASSURANCES AGREES Maurice Jean-Louis Pierre Jacques Bernardin, Bernardin, Bernardin, Thériault, C.D'A.A.C.D'A.A.C.D'A.A.C.D'A.A.Claude Raymond René Claud Bernardin, Bernardin, Couillard, ; Audren, C.D'A.A.C.D'A.A.C.D'A.A C.D\u2019A.A.715, Carré Victoria, suite 410 Tél.: (514) 845-6257 MONTRÉAL 126 Laboratoire DU-VAR Inc.Manufacturier de cosmétiques et de parfumerie NOUVELLE ADRESSE 1004 PORT-ROYAL EST\tMONTRÉAL 358\tTél.: 388-8602 BYTOWN LUMBER CO.l\\TdE Georges Bonhomme, Gérant 1021, Chemin Cyrville, Ottawa 7 OVERNITE EXPRESS LIMITED Ottawa \u2014 Hull: 777-4301 Montréal \u2014 Toronto \u2014 Hamilton \u2014 Hawkesbury \u2014 Buckingham \u2014 St-Jérôme \u2014 Maniwaki \u2014 Shawville \u2014 Pembroke \"LARGE OR SMALL WE HAUL IT ALL\" 3 grands magasins pour mieux vous servir QUEBEC \u2014 SAINTE-FOY \u2014 TROIS-RIVIERES Stationnement couvert aux 3 magasins 8073 "]
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