Prêtres et laïcs, 1 août 1971, Août - Septembre
[" PRETRES DOSSIER Le vieillard dans notre société AOÛT-SEPTEMBRE 1971 \u2014 VOL XXI 7 PRÊTRES ET LAICS REVUE D'APOSTOLAT LAÏC ET DE PASTORALE POPULAIRE Sous la direction des aumôniers nationaux de l\u2019Action Catholique Ouvrière Jacques Lemay, o.m.i., directeur P.-E.Pelletier, o.m.i., Laurent Denis, o.m.i., Roger Poirier, o.m.i., Raymond Roy, Hubert Coutu, aumôniers nationaux de la J O C Secrétaire à la rédaction: Paul-Emile Charland, o.m.i.Abonnement: $5.00 pour un an; $9.00 pour deux ans; $0.60 le numéro Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Canada Téléphone: (514) 524-1188 Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement n° 0220.\u201cFrais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie Notre-Dame (O.M.I.), Richelieu, Qué. sommaire Août-septembre 1971 \u2014 Vol.XXI ÉDITORIAL Rendre la parole aux personnes âgées Paul-Emile Charland, o.m.i.385 DOSSIER Les personnes âgées dans notre société Jean-Guy Bellemare 389 La vieillesse, miroir d\u2019une société\tRosaire Perreault 395 L\u2019habitation chez les personnes âgées Julien Pelletier 399 Centre communautaire pour personnes âgées Florence Daigneault 405 Jeunesse et Troisième Age\tHubert de Ravinel 409 Une expérience humaine, l\u2019artisanat\tLise Doucet 414 Des personnes âgées s'adressent à leur évêque Francine Jinchereau 417 La solitude, réalité commune des hommes Francine Jinchereau 421 La pastorale des personnes retenues à la maison Diocèse de Valleyjield 425 La communion à domicile\tLouis Normandeau 428 Catéchèse du troisième âge\tAndré Beauchamp 432 Témoignage d\u2019une ancienne\tRaymonde Dubé 434 ACTUALITÉS Joseph et Arthur face à la violence\tHubert Coutu 437 RECENSIONS Justice et violence\t443 Sous-développement au Québec et dans le monde\t444 LtoxCal Rendre la parole aux personnes âgées Pouvoir encore parler, pouvoir encore s\u2019exprimer avec tout ce que cela comporte de participation à la vie sociale, c\u2019est le regret et c\u2019est aussi le désir que nous avons rencontré chez les personnes âgées en réunissant ce dossier.Il n\u2019est que d\u2019observer ce qui se passe souvent dans les familles pour constater que les vieux parents sont réduits au silence: \"Votre temps est fini; laissez-nous faire, nous savons ce qui est bon pour vous\".Les vieux n'ont plus un mot à dire! Ils n'ont plus un mot à dire, et pourtant ils ont un grand besoin de communiquer, et de communiquer avec les jeunes; c\u2019est pour eux la façon de rester en contact avec la source de la vie.On cherchera en vain les moyens médicaux de prolonger la vie si l\u2019on enferme les personnes âgées dans leur solitude.Ils n\u2019ont plus un mot à dire, et pourtant encore c\u2019est d\u2019eux qu\u2019il s\u2019agit quand on cherche à s\u2019occuper de leur sort.La population du Québec comptera, en 1981, près de 600,000 personnes âgées de 65 ans et plus; on commence heureusement à s'en préoccuper.Le ministère des Affaires sociales élabore présentement une \"politique de la vieillesse\".Des projets sont en voie de réalisation dans le domaine du logement, de la santé, des loisirs.Les intéressés ont-ils été consultés?Quelle part prennent-ils dans la réalisation de ces projets?Si la société se refuse à être \"le fils\", comme le dit Jean-Guy Bellemare, n\u2019a-t-elle pas subtilement la réaction de ceux qui savent ce dont les vieux ont besoin?Ils n'ont plus un mot à dire, non plus, dans la vie de l'Eglise dont ils ont été les fidèles serviteurs.Les nécessaires transformations se sont faites trop souvent dans un manque de respect à leur égard.386 _ Et pourtant, combien d\u2019entre eux sentaient depuis longtemps la nécessité d\u2019un retour à la simplicité et à l'authenticité de l'Evangile.Le vieux pape Jean XXIII ne fut-il pas l'audacieux rénovateur que même les incroyants ont admiré?Rendre la parole aux anciens: telle est l'urgence qui, nous semble-t-il, se dégage des textes ici réunis.Ils nous viennent de différents agents sociaux, ils nous apportent l'écho d\u2019expériences et de projets divers, mais tous rendent le même son.Le vieillard désire que sa parole soit encore entendue.Il désire d'abord quelqu'un qui l\u2019écoute.C'est beaucoup demander à nous qui n'avons plus le temps de vivre, drogués que nous sommes par le travail, l\u2019efficacité et la vitesse.Etre écouté, être reconnu, c'est pourtant là l\u2019aspiration première et essentielle de tout être humain.Prendre le temps d'écouter et d'apporter du bonheur: œuvre apparemment superflue à laquelle se consacrent les Petits Frères des Pauvres sous leur nouveau nom de Jeunesse et Troisième Age.Hubert de Ravinel explique ici ce qui les anime.Mais les personnes âgées, de plus en plus sensibles aux \"nouveaux pouvoirs\", désirent également que leur voix soit entendue quand il est question de leurs problèmes.La façon dont on les traite est bien le miroir d'une société.A cet égard, affirme Rosaire Perreault, la vieillesse est un profond révélateur de la maladie ou de la culpabilité de la société tout entière dont elle est susceptible d\u2019en menacer ou d\u2019en compromettre l\u2019équilibre, l\u2019épanouissement, ou du moins la bonne conscience.Quand les \"vieux\" réclament d\u2019être entendus, il se produit un choc qui ébranle et dérange les certitudes que l'on croyait acquises.Pour s\u2019endormir la conscience on leur prépare une \"retraite dorée\".Mais est-ce bien cela que les personnes âgées désirent?Elles n\u2019osent plus parler de peur de déranger! L'habitation est actuellement le point brûlant qui confronte la société: où et comment loger la population croissante des personnes âgées?Une équipe de recherche s'est mise au travail au cours de l'année 70-71 dans le secteur défavorisé du Centre-Sud de Montréal.Réunissant les différents organismes concernés autour d\u2019un projet d'habitation pour personnes âgées, elle a dû se rendre à l'évidence que les projets les plus parfaits des technocrates ne correspondent 387 pas aux attentes des vieillards.Julien Pelletier, travailleur social, livre à ce sujet les résultats d une enquête auprès de la population du quartier.Le Centre communautaire pour personnes âgées, où ces dernières seraient partie prenante, répondrait davantage aux aspirations des vieillards, à leur désir de garder leurs racines dans leur milieu, tout en recevant l aide et la sécurité dont elles ont besoin.Leur volonté de participation, l'utilisation de leurs talents et de leur expérience, sont aussi nécessaires pour elles que le pain qu'on leur donne.Face à la communauté chrétienne, qui est souvent pour elles leur seul milieu humain, les personnes âgées ont aussi leurs griefs.S\u2019adressant à leur évêque par Ventremise de l\u2019équipe Centre-Sud, elles réclament un responsable de pastorale dont elles définissent le rôle et les qualifications requises.Quelqu'un qui leur traduirait lexpérience chrétienne de l\u2019Eglise d\u2019aujourd'hui à travers le langage religieux quelles ont appris et celui de la condition humaine qui est la leur.Une réflexion de Francine Jinchereau sur la solitude et le sens de la vie voudrait amorcer ce dialogue.L\u2019Office de catéchèse du Québec lancera en septembre un instrument de travail pour la catéchèse aux personnes âgées que nous présente André Beauchamp.Plusieurs diocèses ont déjà commencé à mettre sur pied une pastorale des personnes retenues à la maison.Nous retenons particulièrement le projet du diocèse de Valley field pour ses qualités méthodologiques et son fondement théologique.La communion à domicile est conçue et présentée comme la concrétisation du lien d'appartenance à la communauté, ce qui répond non seulement à la réalité eucharistique, mais également aux aspirations des personnes âgées ou malades.Paul-Emile Charland, o.m.i.388 'OllŒT Les personnes âgées dans notre société Jean-Guy Bellemare* J\u2019entendais récemment une dame âgée, très digne, déclarer à son entourage: \u201cLes enfants et les vieux sont dans le même sac: ils n\u2019ont pas de place dans la société et ils embarrassent tout le monde.\u201d C\u2019est un jugement cruel porté sur notre génération, la génération des fils, si l\u2019on pense un moment que c\u2019est le système global de valeurs des hommes qui définit le sens et la valeur de la vieillesse.C'est-à-dire le prix que nous attachons à la vie humaine, à la famille, à la fraternité, à la solidarité, à la justice, à la vérité.Il faut bien avouer qu\u2019on perçoit trop souvent la vie comme une compétition où les plus forts et les plus habiles seuls sont honorés, la justice comme une émanation de la loi et non de l'âme humaine, la Patrie comme un comptoir d\u2019échanges.Il faut donc revoir succinctement le contexte historique qui a pu conduire à pareil verdict, identifier ces besoins insatisfaits qui ont pu suggérer un refus du vieillard dans notre société et envisager les décisions qu\u2019il serait utile de prendre pour corriger des écarts toujours possibles dans la qualité de leur vie.La situation actuelle Le vieillissement de la population est, de tous les problèmes que confronte notre époque, celui qui se pose en des coordonnées singulièrement * Allocution prononcée par M.Jean-Guy Bellemare, directeur de service au ministère des Affaires sociales, le 27 mai dernier, lors du \"Second Annual Clinical Day\", à Montréal.Monsieur Bellemare représentait le ministre des Affaires sociales.389 inquiétantes.Longtemps méconnu, ce phénomène de l'accroissement constant de la proportion des personnes âgées dans la société a suscité et suscite des études de plus en plus nombreuses et diverses.Le gouvernement du Québec a pressenti que ce phénomène prenait une importance inaccoutumée et que la satisfaction des besoins et des aspirations des personnes âgées demandait dorénavant l\u2019attention des groupes et de l\u2019Etat.Il a créé en 1963 un important comité d\u2019étude sur l\u2019assistance publique, en 1966 la Commission d\u2019enquête sur la santé et le bien-être qui avait provoqué des centaines de mémoires et un rapport élaboré pour une \"Politique de la Vieillesse\u201d en voie d\u2019exécution.Plusieurs recherches sont actuellement en cours pour appuyer les réformes du proche avenir ayant trait aux personnes âgées.La structure du vieillissement de la population et le passage de la société rurale à la société urbaine, rendent difficile, voire très précaire la situation économique et sociale des personnes âgées: \u2014 La structure du vieillissement de la population: 1951\t128,000 de 65 ans et plus 1961\t306,000\t.1971\t414,000\t.1981\t600,000\t.\u2014 Population rurale: 1951\t30%\tde\truraux 1971\t20% 1981\t15% Les efforts étatiques deviennent à la longue insuffisants à satisfaire les besoins de subsistance de base de la population âgée.Le nombre toujours plus élevé de vieillards et les exigences de la vie industrielle qui limitent ou freinent l\u2019emploi des personnes âgées conduisent inévitablement à une situation de plus en plus critique: ( les personnes âgées de 65 ans et plus ne constituaient que 1.83% de l\u2019ensemble des salariés au 30 mars 1971 ) les individus prenant de l\u2019âge voient donc leurs gains diminuer plus vite que leur capacité industrielle sur laquelle ils fon- 390 daient l\u2019essentiel de leur raison de vivre.Les activités professionnelles diminuant proportionnellement plus vite que s\u2019accroît l\u2019âge, les travailleurs âgés se trouvent en face de situations sans issue.Les progrès de la biochimie et de la gériatrie ajoutent des années à la durée moyenne de la vie.La technique et l\u2019automation accélèrent la production massive des biens de consommation, et forcent pour ainsi dire les appétits.Etant donné que la société met actuellement l\u2019accent sur la jeunesse, sur la productivité, sur un rythme de vie accéléré, il faut s\u2019appliquer à voir à ce que les personnes qui prennent de l\u2019âge ne soient pas sacrifiées à cette hâte que l\u2019on met à satisfaire aux exigences d'une société centrée sur les jeunes, et à s\u2019assurer que les besoins primordiaux des gens âgés ne soient pas négligés ni leurs droits enfreints.A proprement parler, il n\u2019y a pas de problèmes de personnes âgées.Il n'y a qu'un problème social global dans lequel il est de première importance de tenir compte de la variable \"âge\u201d dans une structure sociale marquée par l\u2019urbanisation.Cette variable \u201câge\u201d dans un complexe lié au processus de l\u2019urbanisation, est un carrefour des différentes modalités qui freinent ou limitent l\u2019emploi des travailleurs âgés, s\u2019inquiètent du maintien de la santé et s\u2019ajustent aux besoins variables selon l\u2019âge.Ainsi la société doit se préoccuper des particularités des diverses situations de ses membres dans les cadres du temps et de l\u2019espace.Présentement, la Société subit les problèmes de la vieillesse; ces problèmes sont à peine au début du processus de formulation.Les recherches en vue de trouver des réponses satisfaisantes aux besoins de l\u2019heure exigent et exigeront toujours de plus en plus la collaboration de chercheurs de toutes les disciplines.Il convient donc de souligner la nécessité de voir l\u2019action des chercheurs recevoir le soutien d\u2019une opinion publique adéquatement informée et engagée dans la prise de conscience de ses responsabilités.La situation économique et sociale des personnes âgées est donc fonction des efforts mis en œuvre par toute la collectivité pour assurer à chacun des conditions de vie satisfaisantes et promouvoir un authentique progrès social par l'utilisation au maximum de toutes les valeurs humaines.Un progrès social certain, comme la prolongation de la vie, peut devenir un malaise communautaire profond s\u2019il ne s\u2019accompagne d\u2019institutions et de politiques qui donnent aux personnes âgées leur place et la possibilité de vivre à l\u2019intérieur de la Société.Le problème se pose sous quatre (4) aspects principaux: il est à la fois économique, social, médical, personnel.391 Satisfaction des besoins Economiques Les pouvoirs publics doivent assurer aux personnes âgées un revenu suffisant pour mener une vie respectable et digne par rapport au reste de la collectivité.A cette fin la création de centaines de foyers pour retraités (en santé et malades), l'aide sociale, la pension de vieillesse, le supplément au revenu garanti, l\u2019assurance hospitalisation, l'assurance santé, forment avec la rente maxima des travailleurs une base substantielle pour assurer aux personnes âgées leur indépendance, leur autonomie, leur dignité.Sociaux La collectivité entière devrait être pleinement au fait des problèmes des vieillards au travail et à la retraite et se rendre compte que ces travailleurs ont un apport à fournir à la société.Il faut changer l\u2019attitude de la société vis-à-vis du vieillissement et de l\u2019emploi des personnes âgées qui désirent continuer à œuvrer ou qui ont besoin de se tenir occupées.En particulier toutes les entreprises privées devraient adopter des programmes comportant des conseils et des préparatifs en vue de la retraite, avec la collaboration des gouvernements.Le ministère applaudira à l'éclosion d\u2019associations créées en vue d\u2019assurer un minimum de vie sociale et de loisirs aux personnes âgées.Médicaux et personnels Le gouvernement du Québec est actuellement engagé dans la création de \u201cCentres locaux de Services communautaires\u201d disséminés sur le territoire et qui serviront à la fois de centres d'information et d\u2019orientation pour fournir de l\u2019aide, un appui ou des soins.Ces installations locales seront situées dans le voisinage du domicile des personnes âgées.En plus de ces centres, des services pourront être assurés à domicile pour aider les personnes âgées à vivre dans leur propre logement (aides familiales, service de repas à domicile, infirmières visiteuses, soins à domicile organisés, consultation professionnelle, service social individualisé).Nous visons donc à supprimer les entraves à la participation à la vie communautaire; car il faut assurer la présence des personnes âgées dans les activités locales et faire bon accueil à leur apport.392 Conclusion Mais l\u2019Etat n\u2019est pas le fils.Notre rôle gouvernemental consiste davantage à créer les conditions qui vont permettre aux personnes âgées de prendre leur place d\u2019une façon autonome plutôt que de leur en donner une.N\u2019allons jamais oublier que les personnes âgées ont fabriqué le niveau de vie dont nous nous vantons tant et que c\u2019est simple justice en retour que de leur assurer une vieillesse aisée, de les honorer, de les aimer.La seule alternative pour notre Société consiste à prendre conscience des conséquences possibles de ses actes, et savoir agir sur le plan collectif avec la même vigilance rationnelle que celle que nous nous efforçons depuis toujours de maintenir dans nos destinées individuelles.Faute d\u2019intervenir à temps devant les problèmes qui s\u2019accumulent, on court le risque de devenir prisonniers des destins néfastes que l\u2019on a laissés se tisser.Faute de prévisions et par abus de la passivité, nous pourrions nous préparer des lendemains tragiques.Donc chaque citoyen, chaque syndicat, chaque association commerciale et industrielle, chaque organisme privé, doit participer à l\u2019élaboration de politiques toujours plus efficaces et concerter ses efforts avec ceux du gouvernement pour assurer à nos parents un crépuscule enviable.\u201dL\u2019UN PORTANT L\u2019AUTRE\u201d.Pour aider à la réflexion et à la discussion, on se reportera au questionnaire à la page 416.n.d.l.r.393 LA PORTÉE D'UNE POLITIQUE DE LA VIEILLESSE C'est la vie humaine tout entière qui se trouve assombrie et faussée, c'est toute la suite des âges qui se voit désorganisée par la dévalorisation de la vieillesse.Les mesures propres à remédier aux aspects particulièrement pénibles de la situation faite à la vieillesse par notre société, mesures dont l'ensemble définit ce que l'on appelle aujourd'hui une POLITIQUE DE LA VIEILLESSE, sont donc d'un intérêt très général.Elles ne visent pas seulement le bien d'une fraction de la société, dont les autres fractions pourraient, après tout, se désintéresser: ce ne serait qu'une injustice de plus.La politique de la vieillesse vise, au-delà du bien présent d'un groupe, le bien futur de tous les individus.Et dans la mesure où l'anticipation plus ou moins confuse de son avenir et de son épanouissement, conditionne l'évaluation que chaque humain fait de son présent, c'est le bien présent de tous les hommes qui est en jeu dans le succès ou l'échec d'une politique de la vieillesse.Les relations entre les générations, \u2014 et nous entendons par là aussi bien les relations interpersonnelles que les rapports de force entre les groupes d'âge, \u2014 s'établiraient, au bénéfice de tous, dans des circonstances plus favorables, par l'heureux succès de la politique de la vieillesse.Michel Philibert 394 Le rôle et l'image du vieillard dans notre société, dans la revue ESPRIT, 1963, no 5, page 946. La vieillesse, miroir d'une société Rosaire Perreault La vieillesse ne peut plus être considérée comme un problème exclusivement ou même surtout médical.La vieillesse constitue un problème social, un problème politique, un problème de culture.La vieillesse résulte au moins en partie, de la structure, de l\u2019organisation et du fonctionnement de la société.Face à un monde où la production ne paraît pas avoir de limite, où les besoins sont étirés démesurément, à des appétits que l\u2019on excite par tous les moyens, face aussi à une demande que l\u2019on fait naître de désirs plus ou moins obscurs, où les moyens de production doivent fournir le rendement le plus efficace.l\u2019homme s\u2019est rapidement fait assimiler aux autres instruments de production.Il est comme la machine dont la durée utile est souvent raccourcie par l\u2019innovation, il vieillit vite.L'audace qui est à la recherche de l\u2019efficacité et à la poursuite incessante du progrès et des promesses les plus incroyables dans tous les domaines, laisse derrière elle ses déchets, ses vieilles machines et ses travailleurs usés.Victime du Progrès, vaincue de la Prospérité, la vieillesse est une anomalie ou un fardeau: il faut l\u2019oublier ou s\u2019en débarrasser.La vieillesse est le produit de la façon dont la vie et la société traitent l\u2019homme en le formant et déformant, l\u2019utilisant, l\u2019exploitant et le gratifiant selon son sexe, sa race, sa classe, sa nation, de diverses façons et à travers toute sa vie.\"Selon les droits, les devoirs qu\u2019une société accorde à une catégorie d\u2019âge déterminée, elle propose un équilibre différent, plus ou moins favorable à l\u2019individu, entre les frustrations qu'elle lui impose et les compensations quelle lui offre: elle propose entre les différents âges de 395 la vie, un certain équilibre, elle organise le parcours de la vie en rendant pour les uns plus facile, pour d\u2019autres plus difficile, le vieillissement; en le rendant pour tous plutôt plus facile, ou plutôt plus difficile qu\u2019une autre société ou une autre culture1.\u201d A cet égard la vieillesse est un profond révélateur de la maladie ou de la culpabilité de la société tout entière dont elle est susceptible d'en menacer ou d'en compromettre l\u2019équilibre, l\u2019épanouissement ou du moins la bonne conscience.A l'heure actuelle il y a au Québec plus de 418,000 personnes âgées de plus de 65 ans; bien que ce nombre ne constitue que 6.4% de la population totale, les personnes âgées n'en constituent pas moins de 25% du nombre total des défavorisés.Selon les chiffres du ministère fédéral de la finance, au Québec en juillet 1969, 40% des personnes âgées avaient pour unique moyen de subsistance les prestations de la sécurité de la vieillesse plus la totalité du supplément annuel garanti ($110.20 par mois), et 20% bénéficiaient partiellement du supplément.On a tout lieu de croire que ces chiffres sont toujours valables aujourd\u2019hui, à part la récente augmentation du nouveau maximum pour les pensions de vieillesse qui est passé à $135.00 par mois pour une personne seule et $255.00 pour un couple.Affirmer qu\u2019au moins 60% de la population âgée vit en ce moment avec moins de $1740.00 (revenu minimum décent pour une personne seule en bonne santé) est en deçà de la vérité.50% des gens souffrant de maladies mentales sont des personnes âgées.On ne peut encore appeler \u201cpolitique de la vieillesse\u201d la collection des mesures dispersées qui ont été mises de l\u2019avant pour améliorer le sort des personnes âgées, même en y ajoutant l\u2019ensemble des services communautaires qui sont à la disposition des personnes âgées.Il est étonnant d\u2019apprendre que moins de 15% des personnes âgées ont été rejointes par l\u2019ensemble de ces services dits communautaires.A ce sujet M.Jean-Marie Martin dit dans l\u2019annexe 17 du Rapport de la commission d\u2019enquête sur la santé et le bien-être social (page 75): 1 Michel Philibert, Gérontologie 1970, n° 1, page 5.396 \u201cS\u2019il est vrai que l'on possède dans beaucoup de localités ou de paroisses des institutions dites communautaires comme, centres paroissiaux, centres de loisirs, etc., il faut admettre qu\u2019elles ne répondent même plus adéquatement aux besoins qui les ont fait naître; elles répondent bien moins aux besoins des vieillards pour lesquels elles n\u2019ont jamais été conçues.Pour ce qui est du personnel spécialement préparé pour s\u2019occuper des vieillards, il est, à toute fin pratique, inexistant: il ne suffit pas d'être médecin, travailleur social, psychologue, pour que l\u2019on puisse se prétendre compétent dans le domaine de la gérontologie; et quant aux meilleures motivations religieuses et civiques, elles existent sans doute, mais les personnes âgées ont besoin de plus que des intentions pieuses ou de la seule bonne volonté.\u201d La mort lente, sauf pour ceux qui se suicident, tel est le sort auquel, faute d\u2019une véritable politique de la vieillesse, sont acculés les gens âgés.Seule une action sociale2 est susceptible de rendre possible des solutions aux problèmes de la vieillesse.L\u2019émergence des personnes âgées comme groupe social responsable de la lutte pour l\u2019amélioration de son existence, semble être le point de départ à un renversement de la situation actuelle.Après 4 ans de vains échecs, un groupe de travail reprend le combat pour obtenir la réduction du coût des billets d\u2019autobus pour les personnes âgées.Depuis le mois de juin dernier, le groupe a obtenu l\u2019appui de plus de 120 organismes de Montréal et l'appui direct d\u2019au-delà de 150,000 personnes.Ce combat à finir avec la ville de Montréal et la communauté urbaine de Montréal est le prélude à une nouvelle ère de revendications.2 Action par laquelle la société elle-même ou un groupe responsable en son sein vise à modifier son fonctionnement, son organisation ou sa structure, et qui pour se déployer avec efficacité se transforme à un moment donné, au moins en partie, en action politique.397 LA SOCIÉTÉ ET LES FAIBLES Vis-à-vis des vieux, dans la vie contemporaine, la tendance naturelle consiste à les faire disparaître, non certes de la vie, ni même des comptes budgétaires, mais de la vue.D'où l'idée si courante, si spontanée, de les placer dans des cités spéciales, entre eux.Si, par la partie financière, une certaine générosité semble inspirer de telles propositions, c'est que, pour le Français, pour d'autres nationaux aussi sans doute, la finance est quelque chose d'assez vague, d'étranger aussi, et l'Etat de même.C'est l'absence de calcul qui rend ici généreux, dans l'apparence.Les vieux entre eux, ce sera la bonne solution, PUISQU'ON NE LES VERRA PAS.L'idée ne vient pas qui'ls ont, bien plus que d'autres encore, besoin de vie autour d'eux, de jeunesse.Alfred Sauvy Vieillesse et vieillissement, Esprit, 1963, no 5, p.748.398 L'habitation chez les personnes âgées Julien Pelletier travailleur social La question du logement représente l'un des aspects im-portants de la situation globale des personnes âgées.Les quelques observations qui suivent sont tirées d'une thèse de maîtrise que j'ai complétée en 1968.Il s'agissait d'un groupe de membres du troisième âge économiquement défavorisé et constituant tous \"des vieux amis\" de l\u2019organisme des Petits Frères des Pauvres de Montréal.Dans ce court exposé, nous nous arrêterons surtout à la perception subjective des personnes interrogées, face à leur logement.Nous toucherons deux points principaux: la définition de ce que devrait être \"un bon logement\u201d, par les experts en la matière, et le décalage qui existe entre cette même définition par les usagers eux-mêmes.En dernier lieu, nous tenterons de dégager une définition provisoire et descriptive de ce que pourrait être un logement adéquat destiné aux personnes appartenant au groupe dit: \"de l'âge d\u2019or\u201d.Les logements habités par les personnes âgées économiquement faibles ne sont sans doute pas plus détériorés que ceux qui logent la population plus jeune du même groupe économique.Cependant, les personnes âgées risquent de souffrir davantage d\u2019une logement inadéquat parce que leur mobilité physique est restreinte à cause d\u2019une santé chancelante.Puisque la personne âgée est moins en mesure de se déplacer facilement par des moyens économiques comme la marche par exemple, son logement représente très souvent son seul univers, univers duquel elle doit forcément attendre une réponse à tous ses besoins.En outre, parce que le vieux citoyen est généralement à la retraite, il dispose donc de beaucoup de temps et puisqu\u2019il a peu d\u2019argent il n\u2019a que le balcon pour rêver au golf ou au canot-automobile.A ce point de vue, 399 les personnes qui vivent encore à la campagne ont nécessairement 1 avantage sur celles des villes puisque pour elles le loisir et le travail se fondent souvent en une seule occupation globale: elles peuvent s\u2019éteindre lentement en cultivant si l\u2019on veut de moins en moins de légumes mais en en cultivant quand même.Nous avons, en nous appuyant sur la documentation spécialisée et en y ajoutant une réflexion personnelle, rassemblé quelques critères pouvant servir de base à une définition rationnelle et objective de ce que pourrait être un logement adéquat pour des personnes âgées.A titre d\u2019illustration, mentionnons quelques-uns des éléments que nous avons retenus: logement au rez-de-chaussée ou si aux étages supérieurs, muni d\u2019un ascenseur; plancher non dérapant, éclairage suffisant, cuisine sûre et facile d\u2019entretien, etc.En un mot il s\u2019agit d\u2019un logement essentiellement fonctionnel qui réduit le travail ménager le plus possible tout en fournissant tous les services jugés nécessaires.Nous avons examiné les logements des trente personnes retenues dans notre échantillon à l\u2019aide des critères qui faisaient partie de notre méthode de travail et nous les avons codifiés selon une procédure dont nous vous épargnerons la description ici.Après avoir compilé nos données, nous avons demandé aux sujets de notre recherche de définir eux-mêmes comment ils percevaient leur logement, nous avons constaté un décalage assez important entre notre définition de ces logements et l\u2019appréciation subjective que nous en ont donné leurs habitants.Là-dessus nous rejoignons l'auteur américain Sheldon: If housing is examined in its relation to the physical needs of older people, it is possible to develop tangible answers to the question, \"what constitutes \"adequate\" or \"good\" housing for older persons?\u201d Wheter or not \"good\u201d housing in this sense is attractive or even acceptable to older persons would seem to remain an open question.1 Il se peut que ce décalage soit dû au fait que toute personne s\u2019attache au décor qu\u2019elle connaît bien et craint l\u2019inconnu.Le logement étant un élément important du cadre de vie quotidien, représente pour plusieurs dont les gens âgés, un port d\u2019attache souvent essentiel.Le docteur Solms écrit à se sujet: .Un déménagement dans une autre ville peut être une lourde charge pour un vieillard parce qu'à son logement est lié un sentiment de sécurité, de familia- 1 Henry D.Sheldon, The Older Population of the United States, (John Wiley & Sons Inc., New York Chapman & Hall, Limited London, 1958, p.103.400 rite et bien des habitudes importantes pour l\u2019homme se rattachent à son logement et à ses alentours.Un changement de lieu peut ainsi signifier facilement un déracinement2.Au fond les membres du troisième âge n\u2019ont vraiment pas beaucoup de choix dans le genre d'habitations qui leur est accessible.A notre époque, il n'est pas question pour eux, dans la grande majorité des cas, d\u2019envisager avec intérêt la possibilité de vivre avec leurs enfants surtout si ces derniers sont mariés.J\u2019ai eu l\u2019occasion dans mon travail de prendre connaissance de situations très pénibles où des citoyens canadiens d\u2019adoption ont accepté la responsabilité de faire immigrer leurs parents au Canada.Par la suite, pour toutes sortes de raisons, mauvaise santé des aînés, difficulté de relations entre les générations, etc., rien ne va plus dans la famille.Le plus souvent ces personnes ne peuvent plus, même si elles le désireraient, retourner dans leur patrie à cause du manque d'argent mais surtout de la situation politique dans leur pays d\u2019origine.Nous en arrivons alors à une situation sans solution; les personnes âgées ne pouvant plus retourner dans leur pays, étant pour toute fin pratique apatrides, ne pouvant plus demeurer au foyer de leurs enfants à cause des conflits précités, mais en même temps ne pouvant pas aller demeurer ailleurs en logement à cause du manque d\u2019argent de tous les membres de la famille et finalement étant incapables d\u2019entrer dans une institution à cause du refus des gouvernements autochtones d\u2019en assumer la responsabilité financière.Les institutions d'hébergement collectif ont de longues listes d\u2019attente et, d\u2019autre part, les personnes âgées qui les surnomment encore \u201cdes hospices et des refuges\u201d leur vouent énormément de méfiance et d\u2019appréhension.La plupart des personnes âgées rejettent la solution institution parce que, lorsqu'on demeure dans ces institutions, on perd nécessairement de sa liberté et de son indépendance personnelle.Il semble que par-dessus tout, on craigne de partager une chambre avec des congénères.Je pense, quant à moi, qu\u2019il y a quelque chose de très fondamental dans le rejet par les personnes âgées, de la vie de groupe.Ce désir d\u2019indépendance dépasse certainement de beaucoup le groupe de notre population qui est âgé de plus de 65 ans.Pour revenir aux préférences des personnes âgées face à leur logement, mentionnons leur préférence marquée pour la baignoire sur la 2 Dr.W.Solms, \"Problèmes psychologiques\", Echanges, (numéro 28 automne 1956), p.11.401 douche, et cela contre l\u2019avis des spécialistes du domaine.Même lorsqu elles ont accès à une douche, les personnes que nous avons interrogées 1 utilisent très peu même si dans la documentation spécialisée on en signale la supériorité sur la baignoire à tous les points de vue dont 1 important facteur de la sécurité.Nos \u2018 interrogés\u201d signalent leur préférence marquée pour la cuisinière au gaz sur celle utilisant l\u2019énergie électrique.On sait que les appareils ménagers de cuisson n\u2019utilisant pas de flamme représentent plus de sécurité que les autres.Quant à la façon d\u2019obtenir de l'eau chaude, les personnes interrogées semblaient très bien s\u2019accommoder de l\u2019obtenir en la faisant chauffer sur leur poêle ou cuisinière plutôt que de l\u2019obtenir directement du robinet à l\u2019aide d\u2019un réservoir central chauffé en permanence.Peu de personnes interrogées ont exprimé le désir d\u2019acquérir des articles ménagers tels: polisseuse, aspirateur et lessiveuse.Par contre les membres de notre échantillon semblent tirer passablement de plaisir à regarder la télévision.Cependant ces personnes âgées paraissent s'habituer à un téléviseur en mauvais ordre ou même vraiment inadéquat, aussi n\u2019admettent-elles pas facilement le mauvais fonctionnement de leur appareil.Ces personnes ne considèrent pas comme important le fait d\u2019habiter à proximité de magasins ou centres commerciaux.En effet de toute façon, surtout l'hiver, elles font largement usage du téléphone pour faire leur magasinage.Elles sont cependant conscientes qu'il y a un avantage certain à être sur place pour choisir soi-même la marchandise qu\u2019on désire se procurer.Signalons également qu\u2019au cours de la saison hivernale, les personnes âgées ne se font pas un cas de conscience et n\u2019hésite pas à ne pas se rendre à l\u2019église pour le service dominical si par exemple elles jugent la chaussée trop glissante ou la température particulièrement inclémente.Nos vieux amis admettront facilement qu\u2019en demeurant dans leur logement ils connaissent des difficultés parfois assez importantes.C\u2019est pourquoi ces personnes du moins dans l\u2019ensemble apprécieraient beaucoup la mise sur pied de service d\u2019aide-ménagères et d\u2019infirmières visiteuses qui pourraient répondre efficacement à la demande.Dans les paragraphes qui précèdent, nous avons souligné quelques éléments qui sont ressortis de notre enquête sociale.Nous savons que la société devrait se pencher de façon sérieuse sur la façon la plus adéquate de loger nos personnes âgées.Cette question pourrait être 402 définie comme l'un de nos problèmes sociaux prioritaires.Cependant, nous prévoyons que cela ne se produira pas dans un avenir immédiat du moins; en effet la définition d\u2019un problème social et surtout de son importance prioritaire dépend dans une large mesure de la force des groupes de pression et de leur place respective \"dans le système\u201d.Nos sociétés occidentales ne comprennent et ne connaissent qu\u2019une valeur: la productivité ou encore plus précisément le profit.Les personnes âgées ne font pas partie de la population active, \"ne rapportent pas \u201d, elles sont donc jugées \u201cinutiles\u201d.On ne peut donc pas considérer leurs problèmes de façon prioritaire.Dans le même ordre d\u2019idée, tant que \"la drogue\u201d, disons la \"mari\u201d n\u2019était utilisée que par des groupes sociaux très marginaux, \"des parasites\u201d, à peu près personne n\u2019en parlait.Maintenant ce problème est devenu prioritaire parce que les fils et les filles de nos \"piliers de la société\u201d en utilisent, les membres de l'ordre établi, ceux qui sont capables de tirer les ficelles vont mettre les appareillages nécessaires en mouvement afin que la société se défende contre ce fléau.Puisque le choix général des personnes interrogées est sans contredit de demeurer dans leur logement et cadre de vie actuels, il s'ensuit que nous pouvons faire les quelques suggestions suivantes: Il faudrait aménager des maisons au niveau des quartiers, pour recevoir les personnes âgées aux prises avec le problème du logement.Cette initiative consisterait en une décentralisation de l\u2019hébergement des personnes âgées dans de petites maisons à caractère non institutionnel.De telles maisons apparaissent, du moins à partir des données présentées dans ce travail, comme la réponse la plus adéquate au désir et au besoin d\u2019un grand nombre de personnes âgées dans ce domaine.Des expériences-pilotes, dans le but de rendre des services multiples aux personnes âgées demeurant en logement indépendant, s\u2019avéreraient des plus utiles.Il faudrait également mettre sur pied des foyers pour personnes âgées où l\u2019atmosphère institutionnelle serait réduite à son strict minimum.En terminant, si j\u2019avais à laisser aux lecteurs la suggestion de ne retenir qu\u2019une seule chose de ce qui précède, je soulignerais par-dessus tout que notre société doit prendre tous les moyens efficaces afin de garder les personnes âgées intégrées à la communauté le plus longtemps possible, idéalement jusqu'à la fin de leur voyage terrestre.403 CE QU'ELLES ONT À DIRE Les personnes consultées expriment d'abord leur désir, leur besoin de se sentir utiles et libres, de rester en contact avec les autres et, quand c'est possible, de continuer à jouer un rôle.\"Vivre de façon indépendante.Avoir de l'aide tout en restant indépendant.Vivre, non exister.Avoir souvent de la visite.Pouvoir rendre visite.Avoir du travail pour éviter de jongler qu'on est fini., qu'on nous met de côté.Etre intégré à un comité travaillant au mieux-être des vieux.Etre informé de ce qui se trame autour de nous, par une personne de confiance.\" Elles réclament par-dessus tout de continuer à participer à la vie communautaire, non seulement en sortant de chez elles, mais aussi en recevant chez elles les services requis par leur état.Elles veulent être maintenues dans le circuit, en étant bien informées, en bénéficiant de certaines facilités.\"Qu'il y ait par exemple, un numéro de téléphone où une personne compétente et compréhensive réponde à nos questions et nous oriente vers le bon endroit.\" Au plan logement, au plan santé, au plan social, culture! et spirituel.Elles veulent être maintenues dans le circuit: c'est pour elles un droit.Non seulement le droit de recevoir, mais aussi celui de pouvoir encore donner.Saurons-nous respecter leur attente?Le comité de consultation du secteur Centre-Sud de Montréal 404 Centre communautaire pour personnes âgées Sr Florence Daigneault, p.s.a.Quand on m\u2019a demandé de causer avec les lecteurs de Prêtres et Laies des Centres Communautaires pour Personnes Agées, j\u2019ai accepté de bon cœur.J\u2019avais le sentiment de pouvoir traduire les préoccupations d\u2019un groupe qui travaille depuis décembre dernier avec beaucoup d'intérêt, sur les besoins des personnes âgées du Secteur Centre-Sud de Montréal.J\u2019ai aussi la conviction de véhiculer les attentes des personnes âgées elles-mêmes et je me sens travaillée par la dialectique dans laquelle elles se situent.Les attentes des personnes âgées?Que disent-elles quand on prend le temps de les écouter et de les consulter véritablement?Elles crient une détresse qui n\u2019est pas d\u2019abord matérielle.Elles expriment \"leurs désirs, leurs besoins de se sentir utiles et libres, de rester en contact avec les autres et quand c\u2019est possible de continuer à jouer un rôle\".Elles réclament de \"demeurer dans le circuit, de ne plus être considérées comme des enfants qu\u2019il faut amuser, comme des êtres qui n\u2019ont d\u2019autre avenir que la mort.\u201d Elles disposent d\u2019intelligence, d\u2019expériences qu\u2019elles veulent continuer de mettre à profit, et elles réclament qu\u2019une part des énergies des plus jeunes leur soit consacrée.Elles demeurent engagées dans le dynamisme de la communauté et elles comptent en obtenir la reconnaissance.Oui vraiment, il s\u2019agit d\u2019une réclamation de leurs énergies vitales: l\u2019attribuer à l\u2019acrimonie de l\u2019âge, c\u2019est fausser le dialogue au départ.On nie la direction de cette énergie quand on se satisfait de les infantiliser au point de ne développer pour elles que des institutions de protection ou de divertissements.En septembre dernier, un médecin nous demandait d\u2019aider M.L., 90 ans, qui avait subi une fracture dans un accident (heurté par une auto alors qu\u2019il déambulait sur le trottoir), à prévoir son départ de l\u2019Hôpital.M.L.habitait seul dans son logement de deux pièces depuis 405 une quarantaine d années et voyait à tout, lui-même, avec l\u2019aide de ses voisins jeunes et vieux.Bien sûr il aurait eu plus de sécurité et de commodités dans une institution, mais où est la place de ces valeurs dans une vie comme la sienne: 60 ans de travail sur la voie ferrée.Un jour, comme beaucoup d\u2019entre vous, au nom d\u2019une certaine affection et d\u2019une certaine conscience sociale, j\u2019ai insisté sur ces valeurs pour m\u2019entendre dire: ' j\u2019aime bien quand tu viens me voir mais pas quand tu me parles que je serais mieux ailleurs.L\u2019important, l\u2019important dans la vie, c\u2019est la clarté et la liberté.\u201d S\u2019agit-il d\u2019une exception?Ne s\u2019agirait-il pas plutôt de quelqu\u2019un qui consent à exprimer jusqu\u2019à la limite des valeurs sur lesquelles nous obligeons souvent les personnes âgées à se taire, sur lesquelles nous nous obligeons trop souvent nous-mêmes à nous taire.A la même époque, Monsieur Castonguay déclarait à l\u2019Assemblée Nationale: \"permettre aux personnes âgées de tenir un plus large degré d\u2019autonomie tout en ayant accès à des services essentiels, rechercher un meilleur équilibre entre les diverses ressources et les besoins variés des personnes âgées, voilà la direction des nouvelles orientations que je viens de vous décrire.\u201d Entre M.L.à la base et M.Castonguay au sommet (ma conception de la société n\u2019est pas encore circulaire) comment nous situons-nous dans le registre de la révolution culturelle?Quelle percussion j'accorde à cette tonalité de la fin?Au groupe de travail sur les besoins des personnes âgées du Secteur Centre-Sud, nous avons conscience d'avoir parcouru un bout de chemin dans cette direction.Un premier intérêt nous avait regroupé: la construction d\u2019un centre d\u2019hébergement dans notre Secteur; nous sommes passés, péniblement parfois, de l\u2019intérêt à la prise de conscience et cette démarche nous a conduits au Centre Communautaire.Le Centre Communautaire pour Personnes Agées Ce n\u2019est pas d'abord un édifice où les personnes âgées trouvent du personnel dévoué, heureux de leur rendre des services fussent-ils les plus appropriés et les plus diversifiés possible.Un Centre Communautaire, c\u2019est une espèce de concentration de la conscience d\u2019une communauté, de ses énergies, de son dynamisme.Tous doivent pouvoir s\u2019y exprimer dans la mesure de leurs capacités, autant en termes de pouvoir que de besoins.406 Un Centre Communautaire c\u2019est une révolution dans nos mentalités.Un Centre Communautaire c\u2019est une peu une utopie.Sur le terrain de la réalité, il n\u2019existe pas encore, du moins pas que je sache dans la communauté canadienne-française.La Communauté Juive de Montréal nous sert de signe et de témoin, peut-être à cause de traits culturels et d\u2019un développement social différents du nôtre.Cependant, septembre nous trouvera à l\u2019œuvre dans la construction de ce \u201ccentre nerveux\u201d qui pourra tout aussi bien fonctionner dans un local mis à notre disposition que dans un édifice érigé par la Ville de Montréal.Dans un secteur de 2 milles carrés, le Centre-Sud, avec la participation des personnes âgées, nous assisterons à la naissance d\u2019un centre où s\u2019élaboreront des réponses à des besoins déjà identifiés.Il pourrait s\u2019agir tout autant d\u2019un travail de quelques heures par jour ou par semaine, que d\u2019organisation d\u2019une salle à manger à prix modique, de repas à domicile, de formation d\u2019aides ménagères pour personnes âgées, d\u2019ateliers de bricolage ou de réparation, de négociations avec des organismes en vue de soins à domicile.Déjà sont à l\u2019œuvre un peu partout dans le secteur des noyaux d'action.Cette action a été coordonnée à venir jusqu\u2019à maintenant par le groupe de travail sur les personnes âgées du Secteur Centre-Sud de Montréal.Le groupe de travail sert de lieu de confrontation en regard de l\u2019objectif poursuivi.Cette confrontation est difficile, nous avons parfois envie de la fuir mais il se trouve toujours quelqu\u2019un pour reposer la question: \u201cquel intérêt poursuivons-nous?\u201d Notre Centre Communautaire a pour le moment l\u2019image de réalisations diverses dans un but unique.Ceux qui à la fin de cet article s\u2019attendaient à trouver le nom et l\u2019adresse d'une boutique qu\u2019ils pourraient visiter, où ils pourraient aller piger des trucs à imiter, seront bien déçus.Une belle dissertation de plus! Peut-être changeriez-vous d\u2019avis si vous assistiez à une séance du groupe de travail sur les besoins des personnes âgées, à l\u2019une ou l\u2019autre des rencontres de ces noyaux d\u2019action dont j\u2019ai parlé plus haut.Je pense que le Centre Communautaire, il est dans ce travail, dans ce consentement, dans ces affrontements aux questions que pose la vie quotidienne tout autant sinon plus que dans un édifice dont j\u2019espère quand même pouvoir vous donner l\u2019adresse un jour.La construction d\u2019un Centre Communautaire est d\u2019abord dans la conversion de nos propres mentalités.407 La commission Dumont La commission Dumont, sur la participation des laïcs dans l'Eglise, soumettra son rapport à l'épiscopat en septembre.La revue Prêtres et Laïcs a déjà publié deux dossiers sur cette importante consultation populaire; une certaine quantité est encore disponible pour servir à des cercles d'étude.\u2014 Une Eglise en recherche, avril 1970 \u2014 Projets pour l'Eglise canadienne, octobre 1970 ($1.00 pour les deux) 408 donner aux pauvres ce que nous appelons le superflu et qui est en réalité nécessaire à chacun de nous: une attention personnelle, désintéressée, des relations de simple amitié.Un vieux est abandonné dans son immeuble: ai-je le droit de l\u2019y laisser?Est-ce suffisant de le dépanner ou même de le référer à un service social?Mon voisin part à la campagne, pourquoi pas une personne âgée?On fête mon anniversaire, pourquoi pas le sien?Rien n\u2019est trop beau, rien n\u2019est trop superflu pour des êtres qui n'intéressent plus guère les intelligences de notre monde actuel.Fondée sur ces convictions, une famille peu à peu s\u2019est formée.Née en octobre 1962 à Montréal, elle porte aujourd\u2019hui le nom de Jeunesse et Troisième Age.Assez semblable à ce qu\u2019elle était à l\u2019origine, elle est cependant très différente à deux points de vue.En premier lieu, elle a perdu tout caractère confessionnel.Au sein du mouvement, des chrétiens apportent un témoignage, mais rien d\u2019officiel, à l\u2019instar de ce qui peut se passer au sein d\u2019un syndicat ou d\u2019une autre organisation laïque.Par ailleurs, au souci du contact individuel, s\u2019est ajoutée une prise de conscience de la situation réelle du vieillard dans notre société, et la volonté de contribuer à une solution au problème.Si le mouvement a survécu avec crises sérieuses et si l\u2019on peut même dire qu\u2019il progresse c\u2019est qu\u2019il repose sur plusieurs bases assez solides, de sorte que si l\u2019une d\u2019entre elles vient à chanceler, les autres sont là pour soutenir l\u2019ensemble.Les bases qui constituent la famille des petits frères reposent essentiellement sur les personnes âgées et sur les jeunes qui les servent.Si la situation des personnes âgées à Montréal et dans la province commence à être très connue, elle reste loin d\u2019être brillante.La moitié des 200,000 personnes de plus de 60 ans ne reçoivent qu\u2019une pension n\u2019excédant pas $135.00 par mois: il va sans dire que les problèmes économiques quotidiens sont innombrables et qu\u2019ils ne vont pas en s\u2019améliorant.L\u2019attitude conservatrice routinière et endormie de la bonne municipalité en place ajoute aux difficultés des personnes âgées la conviction qu\u2019elles ne sont plus utiles à personne.Et c\u2019est ce sentiment d\u2019inutilité et de solitude, qui pèse sur elles bien plus que les difficultés économiques.Ajoutons à cela l\u2019insuffisance des foyers d\u2019hébergement, des hôpitaux de convalescence, la quasi-inexistence des services à domicile adéquats.Tout cela est dû en partie au fait que la situation des personnes âgées n\u2019inquiète sérieusement personne.Elles sont trop 410 isolées ou divisées pour faire pression.Elles ne croient plus guère en leur propre valeur.Surtout elles se trouvent coupées des adultes actifs et très souvent n\u2019ont personne à qui parler.Elles existent mais ne vivent pas.C\u2019est à cette situation que nous faisons face à Montréal depuis 9 ans.Nous sommes en relation régulière avec environ 200 personnes âgées et rencontrons à intervalles plus espacées plus de 300 d\u2019entre elles.Les visites à domicile constituent le cœur de notre travail.Chacune d\u2019entre elles peut revêtir une forme différente, il n\u2019y a pas de règle.En plus de pallier à l\u2019ennui et à la solitude, ces visites visent à restituer chez ies personnes âgées la capacité de renouer des relations avec les autres.Elles constituent le début d\u2019une sorte de réhabilitation.Après des années et des années de solitude l\u2019être entier devient atrophié, les réactions ne sont plus toujours normales, des troubles pathologiques apparaissent.La connaissance personnelle Il apparaît ainsi évident qu\u2019une connaissance approfondie et personnelle des personnes âgées doit toujours accompagner une action de groupe qui viserait à faire prendre conscience aux vieux de leur situation pour tenter d\u2019en sortir.Les jeunes qui constituent un des rouages essentiels du mouvement ont conscience que leur présence régulière auprès des personnes âgées permet à ces dernières de recommencer à vivre.Le drame de la pauvreté chez les vieux, c\u2019est surtout de dépendre des autres, d\u2019attendre une aide toujours hypothétique qui revêt trop souvent l\u2019allure d\u2019une aumône officielle.Au contact des jeunes, les vieux se redécouvrent comme des parents.Ils ont quelqu\u2019un dont ils peuvent un peu influencer le cours de l\u2019existence.Les jeunes redécouvrent des êtres qui savent fort bien les écouter, en une époque où on n\u2019a plus de temps à donner à personne.Ils est beaucoup plus important de se laisser aimer par ceux que l\u2019on approche, que de les aimer! Autant le contact avec les adultes est parfois difficile, autant les contacts entre jeunes et vieux, marginaux tous les deux, sont relativement faciles et toujours fructueux.C'est à l\u2019occasion des séjours de vacances dans les camps d\u2019été que s\u2019opèrent ces découvertes mutuelles.Chaque été, de juin à octobre, nous invitons environ 150 personnes âgées à venir passer trois semaines dans les Laurentides.C est pour les unes comme pour les autres une expérience assez extraordinaire.Les jeunes retrouvent chez les vieux cette flamme de vie et d\u2019affection dont notre monde est tellement privé.Ils réalisent l'existence de problèmes humains au cœur de la cité et non pas seulement au-delà des mers.Les équipes de jeunes reviennent très soudés de ces séjours et, de plus, conscientes que les contacts peronnels établis doivent déboucher sur une autre dimension: aider les personnes âgées à prendre elles-mêmes leur situation en main.Mais il s\u2019agit là d\u2019un point délicat.L\u2019animation du Troisième Age est très différente de celle des adultes actifs.Certes, nous pensons qu'il s\u2019agit là d\u2019un problème essentiellement politique car le sort des personnes âgées est essentiellement lié à un type de société qui met l\u2019homme trop souvent au dernier plan de ses préoccupations.Mais s\u2019il apparaît essentiel d\u2019associer les vieux à cette prise de conscience, il faut le faire progressivement.Il serait illusoire d'éveiller en eux la fibre politique si cet éveil ne se situe pas en même temps sur les plans humains, culturels, sociologiques ou religieux.Il faut restaurer la personne âgée sur tous les plans, ce qui est passionnant, mais très lent.Si nous délaissons la génération des gens \"perdus\u201d politiquement ou même humainement nous sommes perdus nous mêmes! Il est certain que dans notre action nous encourons souvent le risque (et y succombons souvent) de rendre les personnes âgées trop dépendantes par rapport à nous.En fait les vieillards nous aiment beaucoup, ils voient en nous des amis, mais aussi des petites providences, des sauveurs.Cette attitude est évidemment équivoque et très explicable, mais en approfondissant la nature de nos relations, nous voulons qu\u2019elle disparaisse peu à peu, nous voulons apprendre à nous faire engueuler.Ce souci de connaître à fond une personne âgée implique que le mouvement Jeunesse et Troisième Age ne pourra jamais être très important: tout au plus pouvons-nous et devons-nous multiplier les efforts pour collaborer efficacement avec ceux qui œuvrent sur différents plans à la promotion du troisième Age en partageant avec eux l'expérience humaine que nous valent les contacts quotidiens Par ailleurs, de par le mode de financement du mouvement, nous sommes appelés à rester en contact étroit avec environ 15,000 donateurs qui nous apportent régulièrement leur aide.Un grand nombre de lettres qui accompagnent les contributions révèlent une amitié souvent très forte et font état de confidence en nous demandant par exemple de partager telle épreuve ou telle joie.Nous nous sentons très unis à 412 ces amis qui par leur aide nous délèguent la charge de servir les personnes âgées.Nous courons parfois le risque de ne pas nous préoccuper assez de ceux qui nous permettent de vivre et de partir en flèche dans des directions dont ils ne sont pas toujours informés.C\u2019est là 1 inconvénient de recourir à l\u2019aide du public, mais nous sommes amenés par cette situation à faire part à nos donateurs de ce que nous faisons et surtout à les informer de la situation des personnes âgées.Un quelconque chèque de subvention ne remplacera jamais la présence silencieuse de milliers d\u2019amis qui certes, se soulagent parfois la conscience mais le plus souvent semble-t-il nous demandent d\u2019agir en leur nom et se privent réellement.Nous percevons souvent le même ton chez les donateurs, chez les vieillards, et chez les jeunes qui travaillent avec nous: le ton d\u2019un amitié partagée, le désir de vivre à nouveau, le refus d'une existence sans intérêt parce que sans but.\"Les fleurs avant le pain\" Les visites régulières, les dépannages, les vacances d\u2019été, l\u2019artisanat, les fêtes assez nombreuses rue Garnier, la préparation des campagnes, les sorties, les grands repas pour différentes occasions, font que le travail ne manque pas à l\u2019équipe de Jeunesse et Troisième Age qui compte actuellement 5 permanents et beaucoup de bénévoles.En fin de compte cette équipe assez souple, assez spontanée, qui a connu et connaît des soucis mais semble s\u2019organiser et se fortifier vit autour d\u2019un idéal commun qui à l\u2019heure actuelle est réellement voulu par tous: mettre en pratique un commun respect de la personne humaine en s'efforçant de vivre quotidiennement le symbole \"des fleurs avant le pain\" demeure plus que jamais essentiel dans un monde où l\u2019attention gratuite et individuelle aux êtres humains devient un luxe.Les fleurs ne s\u2019opposent pas à une action générale de réintégration dans la vie active.Elles expriment simplement ce qu\u2019il y a d\u2019intraduisible dans l\u2019aventure éternelle des relations humaines et que nulle planification sociale ne saurait complètement remplacer.Le sourire de la vieille dame et l\u2019action entreprise pour la réduction des tickets d\u2019autobus sont les deux facettes d\u2019une aventure commune.C\u2019est cette aventure que l\u2019équipe de Jeunesse et Troisième Age entend partager avec tous ceux qui luttent pour l\u2019épanouissement individuel et collectif du troisième âge.413 UNE EXPÉRIENCE HUMAINE L'Artisanat Lise Doucet Le Club d\u2019artisanat organisé en octobre 1969, rue Garnier, a permis de rencontrer le troisième Age sous un jour positif.Il a révélé que les personnes âgées de plus de soixante ans possèdent toujours des ressources à développer.En créant un centre où il leur est possible de s\u2019exprimer manuellement, nous contribuons à leur revalorisation personnelle (vis-à-vis d\u2019elles-mêmes, vis-à-vis des autres.) Un bazar a clôturé la première année d\u2019existence de notre club.Il a mis le grand public en présence des œuvres exécutées par nos artisans.Pour plusieurs visiteurs, ce fut une découverte: Il est possible d\u2019exécuter des ouvrages de valeur à l\u2019heure de la retraite.Le travail manuel offre un vaste éventail de possibilités.Quiconque s\u2019y intéresse trouvera à coup sûr un hobby correspondant à ses goûts ou à ses capacités.Nous réunissons un groupe composé en grande partie de femmes dont l\u2019âge varie entre 60 ans et 90 ans.La débutante qui n'a jamais tenu une aiguille, voisine l\u2019experte aux doigts de fée.Et tout celà dans une atmosphère d\u2019entraide.Elles échangent idées, trucs et découvertes.Oui, il est possible à 70 ans d\u2019apprendre à manier un crochet pour réaliser un coussin.On constate aussi avec surprise qu\u2019on possède un coup de pouce très adroit pour modeler un chandelier d\u2019argile.A 76 ans, des messieurs apprennent à travailler des fonds de chaises en corde.Un de ceux-là nous assure que depuis qu\u2019il vient chez nous, il rajeunit de dix ans.Et pendant qu\u2019on manie ciseaux, aiguilles, pinceaux, on oublie de parler de tous les maux qui accompagnent la vieillesse.On réalise peu à peu qu\u2019on fait partie d\u2019un groupe.Des liens se créent entre habitants du même quartier.On se visite, et si on demeure aux extrémitées de la Ville, il y a le téléphone! Quelle anxiété se manifeste lors de l\u2019absence d\u2019un membre.Surtout si la personne en 414 question demeure seule.sans amis aux alentours.Mais pour relever l\u2019ambiance, une dame lance une histoire, une autre poursuit, sur une note plutôt grivoise, et c\u2019est la plus folle gaieté pour la suite de l\u2019après-midi.Il faut une bonne provision de rire pour retrouver une chambre humide dont le toit coule depuis la fonte des neiges.Les dames de l\u2019artisanat se font un plaisir de mettre en commun leurs connaissances pour le plus grand bénéfice de chacune.On échange les adresses d\u2019autres clubs où l\u2019on peut se distraire sans trop de frais.Pour nous tenir au courant, nous avons visité le salon de la femme et le salon des métiers d\u2019art.On se renseigne au sujet des habitations à loyer modique, au sujet des démarches en vue d\u2019obtenir une réduction sur les taux des tickets d\u2019autobus, sur les cours aux adultes proposés par la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal.On échange des recettes de tisane, de yogourt fait à la maison, on se renseigne mutuellement sur les régimes qui assurent une perte de poids importante.Les différents sujets discutés sur les ondes lors des émissions radiophoniques par téléphone, fournissent matière à susciter des controverses.Il y a aussi les problèmes humains qu'on soulève parce qu\u2019on se sent en confiance: Problèmes personnels qu\u2019on n\u2019a plus la force de garder pour soi, et que l\u2019on raconte avec l\u2019espoir de trouver les conseils et la compréhension qui permettront de mieux les surmonter.Et c\u2019est la ronde des questions auxquelles il n\u2019est pas toujours possible de trouver réponse \u2014 Devant la mort d\u2019un homme jeune: Pourquoi lui, et pas moi qui ai 78 ans et suis toujours malade?\u2014 Devant les soins et les remèdes ou sérums administrés à l\u2019hôpital: Je ne veux pas que le médecin me prolonge.\u2014 Devant l\u2019Eglise qui à leur avis les a dupés: On a amassé des indulgences et ça ne compte plus.\u2014 Il fallait faire des sacrifices, et maintenant ça ne sert plus à rien.\u2014 Aujourd'hui, faire l\u2019amour avant le mariage, ça n\u2019est plus péché.\u2014 Les prêtres nous obligeaient à avoir une famille nombreuse.et aujourd'hui! \u2014 Devant les enfants: Il ne faut pas les achaller, on va les voir seulement quand ils nous invitent.Ma fille veut que je m'en aille quand elle étudie.415 Même arrivant à la fin de sa vie, l'être humain continue d\u2019être en marche.Il n y a pas d\u2019âge où l\u2019on est fini.Je crois que pour connaître les personnes âgées, il faut communiquer avec elles sur le même pied.Les hommes et les femmes que je côtoie possèdent une personnalité aussi marquée que des personnes beaucoup plus jeunes.C\u2019est important qu\u2019elles le sachent.Il y en a qui considèrent que c'est une charité que de s\u2019intéresser à eux.C\u2019est là un réflexe issu d\u2019une éducation et aussi de l\u2019attitude d\u2019une société qui a renoncé à réellement dialoguer avec les personnes âgées.ECHANGE \u2014 DISCUSSION -\u2014- \"Notre rôle gouvernemental consiste davantage à créer les conditions qui vont permettre aux personnes âgées de prendre leur place dune façon autonome plutôt que de leur en donner une.\" (p.393) Comment?A quelles conditions?\u2014\t\"La vieillesse est un profond révélateur de la maladie ou de la culpabilité de la société tout entière.\" (p.396).Quelle maladie révèle notre façon de traiter les personnes d\u2019âge?\u2014\tQue signifie pour un vieillard, son logement?(p.400) \u2014\tQue serait, d\u2019après vous, un Centre communautaire pour personnes âgées?(p.407) \u2014\t\"Les fleurs avant le pain\", est-ce pour vous une action valable auprès des personnes âgées?(p.413) 416 Des personnes âgées s'adressent à leur évêque Monseigneur, Depuis plusieurs semaines, un groupe de personnes réunissant des prêtres et des membres de divers organismes sociaux s\u2019interrogent sur les besoins et les difficultés que rencontrent les personnes âgées vivant dans le quartier Centre-Sud de Montréal et qui représentent dix pour cent de la population globale de ce quartier.Les membres de ce \"Groupe de travail sur les besoins des personnes âgées du quartier Centre-Sud de la ville de Montréal\u201d se sont rendus dans de nombreux domiciles et dans les lieux de rencontre des personnes âgées, pour connaître leurs besoins réels, tels qu\u2019elles les vivent et les décrivent.Nous avons ainsi recueilli leurs demandes et leurs réflexions et tenté de trouver, avec elles, quelles pourraient être les solutions appropriées à leurs besoins.Parmi ces demandes, il en est une que les personnes âgées du secteur vous adressent.Elle concerne leur appartenance à l\u2019Eglise de Montréal et leurs aspirations à y participer de façon plus vivante pour elles.Elles décrivent des aspirations comme étant un désir de se situer dans une collectivité spécifique, l\u2019Eglise, pour répondre à leur profond besoin religieux qu\u2019elles disent vivre et qui donne le sens ultime à leur existence.L'Eglise représente aussi, nous disent-elles, une collectivité groupant des gens de tous les âges mais qui vivent une réalité intérieure semblable.Pour réaliser leurs aspirations, les personnes âgées vous font la demande d\u2019un prêtre responsable de la pastorale pour les personnes âgées vivant dans plusieurs paroisses de votre diocèse.417 Nous vous mettons sous ce pli un résumé de la demande telle qu elle nous a été faite et nous espérons que vous pourrez répondre aux attentes de ces personnes.Francine Jinchereau pour le groupe de travail sur les besoins des personnes âgées du quartier Centre-Sud de Montréal Responsable de la pastorale des personnes âgées QUI SERAIT CE RESPONSABLE \u2014\tIl serait prêtre.\u2014\tNon pas un aumônier pour les personnes âgées, mais un responsable, à temps plein, de la pastorale des personnes âgées pour les paroisses de St-Pierre Apôtre, Ste-Brigide, St-Anselme, Ste-Catherine, St-Eusèbe, St-Vincent-de-Paul, Ste-Marguerite-Marie, Sacré-Cœur et St-Jacques.Nous savons qu'il existe actuellement dans les structures ecclésiales des regroupements de personnes par secteurs et par zones.Nous vous laissons le soin d'utiliser ces structures si vous le jugez opportun.RÔLE DE CE RESPONSABLE \u2014\tIl serait un prêtre lié directement à l'ensemble de la pastorale du quartier Centre-Sud, groupant les paroisses ci-haut mentionnées, qui sont toutes situées dans le quartier et dans l'arrondissement.\u2014\tUn informateur, auprès de la population des personnes âgées, des nouvelles locales et mondiales dans l'Eglise.\u2014\tUn traducteur des réalités religieuses actuelles, permettant aux personnes âgées de comprendre le sens des changements rapides qui se produisent dans l'Eglise pour leur permettre de les vivre et de s'y situer.418 \u2014 Un prêtre qui puisse, avec elles, découvrir le sens de la mort et qui les aide à se préparer à la leur et à la vivre.QUALIFICATIONS REQUISES \u2014\tPrêtre prêt à travailler et à connaître la vie des personnes âgées.\u2014\tHomme ayant la capacité d'entrer en relation avec les personnes.\u2014\tCapacité de devenir un agent de formation de personnes ayant à assumer des responsabilités de catéchètes ou d'agents d'information auprès des personnes âgées à domicile ou ailleurs.Ces personnes dont il serait l'animateur pourraient être des prêtres, des laïcs, des religieux ou des religieuses.\u2014\tNécessité que ce responsable soit bien informé de ce qui se passe dans l\u2019Eglise tant locale que mondiale.\u2014\tPrêtre étant suffisamment en santé pour répondre de façon adéquate aux exigences de sa tâche.MODE DE NOMINATION \u2014\tIl semble important que ce poste soit offert aux prêtres du diocèse et non pas imposé à une personne.Qu'un prêtre accède à cette responsabilité par choix.\u2014\tII est souhaité qu'une consultation auprès du conseil de pastorale de zone soit faite au moment du choix de ce responsable.Le groupe de travail sur les besoins des personnes âgées du quartier Centre-Sud de Montréal.Montréal, le 8 avril 1971.419 Mort pour la libération des pauvres Le 21 août, le Père Maurice Lefebvre tombait sous les balles d\u2019un franc-tireur pendant qu\u2019il secourait un étudiant blessé à La Paz, en Bolivie.L\u2019engagement politique pour la libération des pauvres provenait chez lui de la même charité que d\u2019aller secourir un blessé au risque de sa vie.Pour connaître le Père Lefebvre et la profondeur de son engagement, les lecteurs se reporteront au numéro de février 1969 de la revue Prêtres et Laies.Il terminait sa lettre à ses parents et amis, par ces paroles qui trouvent aujourd'hui leur triste réalisation: \"Le mystère de Noël, c\u2019est bien cela: Le Bon Dieu qui prend notre peau.et à quel risque! Puissiez-vous, puissions-nous, au cours de 1969, trouver dans ce mystère tout ce qu'il nous faudra de courage et d'amour pour risquer la peau et le reste, quand la justice et une vie authentique nous demanderont de tout risquer\" (p.104-105).Avec les autres missionnaires de l'Amérique latine, le Père Lefebvre nous indique la fin éventuelle d\u2019un engagement sans compromis pour la libération des pauvres.La rédaction 420 La solitude réalité commune des hommes Francine Jinchereau Consultante en relations humaines \u201cLa Maison du Père\u2019\u2019 est un centre d\u2019accueil et de réhabilitation pour des hommes seuls, sans logis.* Le directeur de cette Maison est l\u2019abbé Guy Laforte.Chaque soir, une cinquantaine d\u2019hommes viennent à la \u201cMaison du Père\u201d pour y trouver un gîte pour la nuit et un repas frugal avant de s\u2019endormir, une ambiance.Ils sont des hommes de tous âges, des adultes que de l\u2019extérieur les gens appellent clochards, terme que ces hommes refusent de s\u2019attribuer.Ils ne se reconnaissent pas dans ce nom.Ils se disent des hommes seuls, sans logis et momentanément \u201cdans une mauvaise passe\u201d.Cette période de leur vie est plus ou moins longue selon les personnes; de quelques jours à trente, quarante ans.Ce sont des itinérants.Ils viennent de partout, des orphelinats et des familles nombreuses, de la campagne et de la ville, ils sont analphabètes ou universitaires.Tous vivent une réalité commune: la solitude.Tous sont des hommes.Le Centre d\u2019Accueil est situé dans le cœur de la métropole, près de rues où se trouvent les clubs, les tavernes, l\u2019anonymat des foules, mais aussi le bruit, le tintamarre des cabarets qui fait penser, lorsqu\u2019on s\u2019y promène la nuit, à une immense foire où pour un moment les hommes peuvent oublier le cri que la nuit, couchés dans leur lit, ou dehors sur la montagne ou sous une galerie, ils entendent en eux et auquel par moments ils ne peuvent échapper.\u201cDes fois, je me regarde dans le miroir et j\u2019ai peur.Je ne me reconnais pas.C\u2019est pas suppor- * La Maison du Père est située au 1185 rue St-André, Montréal 132 (tél.845-7368) 421 table.L homme que je vois dans le miroir et celui que je sens en dedans c\u2019est pas le même.\u201d** hommes sans logis Etre itinérant, c est démoralisant\u201d .\"Tu pars le matin, puis tu sais pas où tu vas aller; de ce côté là?celui-là?.tu vas nulle part\u201d .\u201cTu reçois du Bien-Etre Social, tu te loues une chambre, mais c\u2019est ennuyant en chambre.Alors, tu vas à la taverne pour être avec du monde, puis tu bois pour oublier\" .\"L\u2019été ça va bien, mais l\u2019hiver il fait froid\u201d .\u201cQui j\u2019suis \u201cj\u2019vais mourir, on va m\u2019enterrer six pieds sous terre, puis après?\u201d .hommes seuls âgés \u201cJ\u2019avais des amis autrefois.\u201d L\u2019homme qui me parle ainsi est un itinérant âgé.Pour entendre sa solitude c\u2019est tout l'homme que je dois entendre.Il ne me parle pas que par des mots.L\u2019homme parle par toute sa personne: son regard, le son de sa voix, ses gestes, ses traits physiques, ses rides, ses silences.Il y a des interlocuteurs qui \u201cdemeurent à jamais étrangers parce qu\u2019ils oublient cette communication subtile des silences\u201d.* 1 \u201cLe Langage une longue corde de silence dont les mots ne sont que les nœuds\u201d.2 Pour entendre les silences, il faut consentir à prendre du temps et croire, parce qu\u2019on le vit, que les silences sont langage.Il est des moments où l\u2019on dit de ces hommes seuls, et particulièrement de ceux qui sont âgés, qu\u2019ils se répètent, qu\u2019ils radotent.Ils racontent leur passé, le temps où tout semblait beau et doux même dans la rudesse et la pauvreté très souvent, mais c\u2019est peut-être là leur façon de pouvoir aborder la réalité qu\u2019ils ont à vivre présentement.Ils nous montrent leur visage, du temps où ils se regardaient avec un certain plaisir dans un miroir.J\u2019étais jeune, j\u2019étais fort, j\u2019avais des amis, c\u2019est d'abord ce qu\u2019ils nous disent.Pour celui qui écoute aujourd\u2019hui cet homme, qui entend, \u201cil faut, comme dans le conte, s\u2019apercevoir que l\u2019empereur est nu et que ses vêtements splendides sont tissés par l\u2019illusion\u201d.3 Aujourd\u2019hui, cet homme jeune est vieux, »* Toutes les citations de \"personnes âgées\u201d ont été autorisées à être rendues publiques par elles.1\tIllich, Ivan, \"Libérer l'avenir\".Editions du Seuil, 1971, page 41.2\tIdem, p.42.2 Fromm, Erich, Introduction au livre d\u2019Illich \"Libérer l'avenir\".422 cet homme fort est vulnérable, cet homme entouré jadis de chaleur humaine est seul et abandonné, et c\u2019est l\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il demande à vivre, tout en parlant de son passé, pour découvrir le sens ultime de son existence.Ce qui rend ce cheminement difficile, ce dépouillement parfois impossible devant un interlocuteur, c\u2019est l\u2019incapacité pour ce dernier d\u2019entrevoir chez l\u2019autre la profondeur du désespoir humain, la présence de la mort, le dépouillement même physique, et de les accueillir en lui.Ces images, lorsque nous y avons accès, nous renvoient comme un miroir l\u2019image de notre propre condition humaine.Mais c\u2019est aussi, me semble-t-il, à cette profondeur que nous voyons l'homme se prendre en charge.C\u2019est dans leur source profonde que ces hommes veulent se sentir, se voir, pouvoir se regarder dans un miroir et se voir vieux mais toujours en mouvement intérieurement, vulnérable mais bien enraciné, seul mais solidaire du monde des hommes.Chez ces hommes, je crois, l\u2019espérance se situe souvent à la limite du désespoir.Les nuits sont longues, noires et froides et ils demandent des compagnons de route qui consentent à vivre avec eux les nuits comme elles sont pour eux.Peut-être se rendont-ils à l\u2019aube, peut-être mourront-ils en chemin; c\u2019est l\u2019immédiateté du moment que l\u2019homme seul, âgé, demande à son compagnon de route de vivre avec lui.\u201cDes profondeurs, je crie vers toi, Seigneur\u201d, (ps CXXX, 1) qui entendra?qui répondra?Parmi les écoutes possibles, parmi les réponses possibles, il en est une qui me paraît être une \u201créponse religieuse\u201d.Celle qu\u2019ils ont connue autrefois est inadéquate: c\u2019est celle du Dieu justicier qui récompense les bons et punit les méchants.Et tout ça selon les normes humaines en plus! Ils sont donc toujours perdants à leurs yeux et bien souvent aux yeux des hommes qui forment la société! }\u2019ai parfois l\u2019impression que ces hommes ont besoin d\u2019être reconnus, d\u2019être appelés chacun par leur nom.D\u2019être reçu par un être humain comme une personne unique.D\u2019être entendu.Qu\u2019une personne prenne du temps pour entendre se dire une autre personne.Que ce soit-là la vocation d\u2019hommes et de femmes.Si l\u2019interlocuteur ou le compagnon de route est un croyant, qu\u2019il permette à l\u2019autre de vivre son désespoir tout en lui disant aussi son cœur.423 Si le langage d\u2019autrefois ne suffit plus, en substituer un autre ne suffit pas non plus.Le langage doit parler au cœur de ces hommes, parler à leur expérience humaine.Ce n'est pas le langage qui est vieux, c\u2019est qu\u2019on a vidé les mots de leur sens profond.Il est des phrases de Paul Tillich, qui sont, pour moi, un langage religieux lié à l\u2019expérience humaine comme la sève l\u2019est au tronc d\u2019un arbre: \u201cLa foi en la Providence divine est que rien ne peut nous empêcher d\u2019accomplir la signification ultime de notre existence.\u201d .\"La Providence signifie qu\u2019il se trouve en chaque situation une possibilité de création et de salut qu\u2019aucun événement ne peut détruire.La Providence veut dire que les forces démoniaques et destructrices, en nous et dans notre monde, n\u2019auront jamais sur nous une emprise qui ne puisse être brisée, et que notre lien avec l\u2019amour qui nous accomplit ne pourra jamais être rompu\u201d.4 Bien sûr, ce langage aussi doit lui-même être traduit.Il n'y aura pas de traduction universelle du langage religieux pour ces hommes qui souvent en ont été éloignés depuis longtemps; seuls des traducteurs personnels pourront accomplir la tâche, je pense.C\u2019est peut-être en eux et avec eux, si ces traducteurs existent, que des hommes percevront un premier écho à leur cri.4 Tillich, Paul, \u201cLes fondations sont ébranlées\", Ed.Robert Morel, 1967, p.148.424 La pastorale des personnes retenues à la maison Diocèse de Valley field 16 mars 1971 Chers pasteurs, Dans un communiqué d\u2019information daté du 10 février 1971, nous vous annoncions la mise sur pied d\u2019un comité d\u2019étude de la pastorale des personnes malades et/ou âgées vivant à domicile.Nous présentions, à cette occasion, certains jalons de notre plan de travail en ce domaine.Nous vous apportons, aujourd\u2019hui, quelques nouvelles de ce comité d\u2019étude.En premier lieu, nous voulons dire que notre intention n\u2019est pas de \u201ccréer\" une pastorale des personnes retenues à la maison.Nous connaissons, en effet, le travail accompli, auprès des malades, par différents pasteurs dans leur milieu.En cette matière, certains prêtres ont une solide réputation, bâtie au fil des années, qui constitue pour beaucoup de chrétiens un rappel de la sollicitude du Seigneur pour cette catégorie de personnes.Par nos travaux, nous désirons fournir à ces agents de pastorale une occasion de reviser leur action.Cette revision pourrait comporter une phase d évaluation des pratiques utilisées en pastorale des personnes retenues à la maison et une phase de développement des expériences personnelles en une action durable qui pourra être mise en œuvre par l\u2019ensemble des pasteurs dans le diocèse.Parmi ces pratiques, il en est une qui est, paradoxalement, toute nouvelle et très ancienne; c\u2019est celle de la communion apportée à des 425 personnes retenues à la maison par des chrétiens laïques ou religieux.Quelques prêtres ont commencé à préparer les fidèles à ce propos.Avant qu une activité semblable ne devienne pratique officielle et courante.nous croyons que 1 ensemble du Peuple de Dieu dans le diocèse de Valleyfield et, plus particulièrement, les personnes immédiatement concernées, doivent franchir certaines étapes.Nous pensons à la saisie du sens profond de cette tradition très ancienne mais disparue depuis longtemps de nos coutumes; à l\u2019acceptation joyeuse et sereine d'une pareille initiative par les malades et les personnes âgées; à la détermination des critères devant servir au choix des auxiliaires; à la préparation concrète de ces auxiliaires et des personnes qui pourront participer à l\u2019action de la communauté eucharistique grâce au concours de ces nouveaux agents pastoraux.Après avoir pensé proposer aux prêtres des paroisses la préparation et l\u2019instauration d\u2019une telle pratique à l\u2019occasion du carême 1971, nous nous sommes ravisés.Des personnes proches des vieillards et des malades nous ont fait voir que pareille initiative et semblable délai créeraient des perturbations importantes chez les personnes que nous voulions servir.Nous proposons donc, à ce stade-ci, de commencer la préparation des prêtres et des fidèles à un éventuel changement et à des jalons nouveaux dans la pastorale des personnes physiquement éloignées de la communauté eucharistique, soit pour cause de maladie, soit pour raison d\u2019âge avancé.Après Pâques, un décret officiel pourra être émis par M9' l\u2019Evêque de Valleyfield, sur les modalités d\u2019instauration et de pratique de cette nouvelle forme d\u2019action pastorale.Pour amorcer cette préparation, nous vous faisons parvenir, sous même pli, un texte préparé par un des membres de notre comité.Cette étude met en lumière divers aspects de \u2018\u2018la communion à domicile\u201d.En particulier, le lien entre la communion à domicile et la célébration eucharistique paroissiale est présenté comme le chemin normal pour dégager le sens réel de la communion des malades et des vieillards lorsque celle-ci est reçue à la maison.Nous croyons que ce texte peut utilement servir de première pièce dans un dossier sur la question de \u2018\u2018la communion à domicile\u201d.En conséquence, nous invitons les prêtres à le lire attentivement.En temps opportun, on pourra faire lire ce texte aux personnes appelées à jouer le rôle d\u2019auxiliaires dans la communion à domicile.Comme premières étapes de préparation à cette pratique pastorale nouvelle et, de façon générale, à la revision de la pastorale des per- 426 sonnes retenues à la maison, nous suggérons aux prêtres deux actions.La première concerne les pasteurs eux-mêmes.Nous demandons à ces derniers de définir, en un travail de réflexion personnelle, d\u2019une part, les liens qu'ils voient entre la communauté chrétienne et les personnes physiquement empêchées de participer aux activités de celle-ci à cause de la maladie ou de la vieillesse et, d\u2019autre part, la contribution réelle de ces personnes à la vie de la communauté.En second lieu, nous aimerions que les prêtres, à l\u2019occasion des homélies du dimanche, sensibilisent les fidèles présents à la célébration au fait que d\u2019autres membres authentiques de la communauté participent réellement à la vie de celle-ci même s\u2019ils sont empêchés d\u2019y être présents physiquement.Il nous paraît très important de \u2018\u2018récupérer\u2019\u2019 dans la communauté chrétienne ces membres très vivants et, parfois, très actifs spirituellement que sont les malades et les personnes âgées.En terminant, permettez-nous de vous souligner que cette action de revision et de promotion de la pastorale des personnes retenues à la maison correspond pleinement aux orientations proposées par les objectifs diocésains pour 1971.Par un travail semblable, l\u2019on collabore, auprès des familles, à une éducation qui vise à l'approfondissement ou à la découverte de la foi.De même, il s\u2019agit là d'une action destinée à des catégories de personnes qui sont souvent des oubliés, des démunis et des \u2019\u2019pauvres\u201d.Enfin, la formation d\u2019auxiliaires pour cet agir pastoral entraîne infailliblement la constitution de groupes pastoraux qui mettent en œuvre la co-responsabilité des laïcs, religieux et prêtres dans le travail de l\u2019Eglise.Nous vous apporterons, au fur et à mesure que se dérouleront nos travaux, d\u2019autres nouvelles et, surtout, des propositions d\u2019action ainsi que des instruments de travail appropriés pour faire la revision et le développement de la pastorale auprès des malades et des personnes âgées vivant à domicile.A votre service, Les membres du comité par Bernard Hubert (Document annexe: Problématique de la communion à domicile; Cf.page suivante) 427 Communion à domicile Louis Normandeau, pire La communion à domicile est une des actions de cet ensemble qu on nomme la pastorale des personnes retenues à domicile par l\u2019âge avancé ou par la maladie.Il ne serait pas opportun de traiter de cette question isolément de la pastorale globale concernant ces mêmes personnes.Lien d'appartenance à la communauté 1\t\u2014 Si on veut penser une pastorale qui soit la plus vraie possible, il est important de cultiver le lien qui existe entre la Communauté et un de ses membres, soit le malade ou la personne âgée retenue à domicile.Ce lien est la caractéristique première du chrétien qui par son baptême est constitué être-avec-les-autres dans la totalité du Corps du Christ, membre à part entière de la communauté ecclésiale.2\t\u2014 Cette appartenance peut être mise en valeur à son maximum en cultivant à la fois dans la Communauté et chez les personnes retenues à domicile, le souci des autres qui doit caractériser tout chrétien qui est devenu en Jésus-Christ un être-pour-les-autres.\u201cC\u2019est à ce signe que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples; à cet amour que vous aurez les uns pour les autres.\u201d 3\t\u2014 C\u2019est ainsi que le jour du Seigneur, on devrait rappeler à l\u2019intérieur de la célébration, ce souci du plus petit, du plus démuni en l\u2019appliquant non seulement aux gens des milieux défavorisés mais aussi aux malades et aux personnes retenues à la maison.4\t\u2014 Ces mêmes personnes, membres à part entière, ne sont pas présentes physiquement à la célébration mais sont en communion avec la Communauté rassemblée pour célébrer le sacrement de l'unité, à la fois fin et moyen d\u2019unité.428 Célébration eucharistique et communion à domicile 5\t\u2014 Si on parcourt un historique de la communion en dehors de la messe (cl, Martimort, Eglise en Prière, pp.435-470), nous découvrons que la réserve n\u2019a comme fin première que le viatique.Nous constatons aussi un fait: des laïcs, lors de la célébration dominicale, apportaient la communion à leurs frères absents et surtout à ceux qui en étaient empêchés par la maladie.6\t\u2014 L\u2019action de porter la communion à domicile doit être en relation directe avec son centre i.e.là où se célèbre l\u2019Eucharistie: la messe paroissiale.Elle doit être considérée, non comme un à-côté de la célébration eucharistique, mais comme une extension.7\t\u2014 Il est important de garder un lien très étroit entre la célébration paroissiale de l'eucharistie et la communion à domicile.Si on veut faire saisir ce lien aux membres de la communauté, on fera face à de nombreuses difficultés, dans l'hypothèse où on continue à utiliser la réserve pour porter la communion à domicile.8\t\u2014 Car cette façon de procéder contribuerait à faire de la communion à domicile un geste qui tiendrait beaucoup plus du viatique que de la fraternelle sollicitude de l\u2019Eglise envers ses frères absents de la célébration dominicale et surtout ses frères malades 9\t\u2014 Si on veut garder au maximum l\u2019authenticité de la communion à domicile, il faut tenir au lien entre celle-ci et la célébration eucharistique.Et en plus, pour y conserver ou y redonner un sens communautaire visible et réel, il serait préférable de la lier à la célébration eucharistique dominicale en priorité et en second à toute autre célébration eucharistique (sur semaine ou à domicile).Et ne conserver la communion à domicile en dehors de toute célébration eucharistique (à partir de la réserve) que pour le viatique et des cas d\u2019exception.Communauté \u2014 Agent \u2014 Communiant 10\t\u2014 Pour vraiment conserver à ce geste un caractère d\u2019authenticité de ministère, il faut faire ressortir le caractère de mission, d\u2019envoyé de la personne qui apporte la communion à domicile.Car c\u2019est elle qui fait le lien entre la Communauté (prêtre et laïcs) et le communiant à domicile.C\u2019est à elle qu\u2019est confiée la charge d\u2019être pour le communiant le signe vivant de la fraternelle sollicitude de la communauté rassemblée.429 Car c est à la communauté tout entière qu\u2019est confié le souci du Christ pour les malades.11\t\u2014 Il est de première importance de s\u2019assurer que cette personne est bien connue du communiant et même plus qu\u2019elle a la capacité réelle de créer avec cette dernière une amitié profonde et vraie.Mais en plus, il faut s\u2019assurer que non seulement elle peut visiter la personne âgée ou malade en raison d\u2019une amitié mais aussi en étant chargée par la communauté (prêtre et laïcs) d\u2019accomplir auprès de cette personne un ministère ecclésial, parce qu\u2019en mission au nom de la communauté, mandatée par elle.Célébration 12\t\u2014 Un autre aspect du lien communauté-communiant à domicile c\u2019est celui d'une célébration à domicile qui soit en relation avec celle vécue par l'assemblée dominicale i.e.par une relecture de l\u2019évangile du jour et un échange sur l\u2019homélie et la récitation du Notre Père.13\t\u2014 D\u2019autres possibilités peuvent être exploitées telle qu\u2019une célébration plus élaborée mais peut-être plus indépendante de l\u2019assemblée dominicale.Il ne faudrait quand même pas perdre de vue que la communion à domicile a comme principal motif l\u2019absence de l\u2019assemblée dominicale.14\t\u2014 Il y aurait aussi possibilité d\u2019utiliser comme célébration entourant la communion à domicile la messe à la radio 8 h.00 a.m.ou à la T.V.10 h.30.15\t\u2014 Il pourrait être souhaitable qu\u2019une fois par année, la messe soit célébrée au domicile de certaines personnes retenues à la maison avec leur entourage et la personne qui leur apporte la communion.Ce serait pour eux une grande joie.Préparation du communiant 16\t\u2014 Aurons-nous assez de délicatesse dans la présentation de ce renouveau pour les destinataires?Saurons-nous vraiment penser à eux en premier?Il est important de respecter leur rythme d\u2019évolution, d\u2019être attentifs à leurs réactions.Sinon nous risquons d\u2019appliquer une recette au détriment de ce qui est premier, dans cet élargissement, le souci des personnes retenues à domicile.430 17\t\u2014 Il faudra veiller à sauvegarder une liberté très grande dans l'utilisation de ce service offert.Il serait malheureux que des personnes soient forcées ou presque à accepter ce changement.18\t\u2014 On devra veiller à une information très grande auprès de ces personnes, car il ne faut pas oublier que plusieurs d'entre elles n'ont même pas vu, de leurs yeux, la réception de la communion dans la main.N'oublions pas qu\u2019elles devront faire deux pas dans un, i.e.à la fois perdre leur conception que personne d'autre que le prêtre ne peut toucher l\u2019hostie consacrée et en plus la communion qui lui sera apportée par un religieux ou un laïc au lieu du prêtre.19\t\u2014 La ligne de force à leur proposer sera probablement celle d\u2019une participation à l\u2019assemblée dominicale, effectivement plus grande par la communion à domicile.Car la communion au Corps du Christ et l\u2019écoute de sa Parole constituent le sommet de la participation à la célébration eucharistique.Place du prêtre 20\t\u2014 Il est important de rappeler que le service plus grand qui est offert ne doit pas décharger le prêtre de son ministère propre auprès des personnes retenues à la maison par maladie ou âge avancé.21\t\u2014 Il est essentiel que le prêtre s'engage à continuer de porter la communion comme avant (aux grandes fêtes, par exemple) et à continuer de les confesser et d\u2019aller les visiter pour leur dire bonjour.Qu'il n\u2019oublie surtout pas qu\u2019il est le premier responsable dans la communauté du souci des malades et de l\u2019Eucharistie.Cela va de soi, dira-t-on, mais il ne semble pas superflu de rappeler ces points.Conclusion 22\t\u2014 En terminant, je voudrais rappeler trois principes très importants dans toute pastorale des malades ou des personnes immobilisées.Elle doit être axée sur le souci du plus petit, du plus démuni.La maladie étant un mystère, elle exige une attitude profonde d\u2019écoute et de compassion pour arriver à une communion.Elle doit être aussi révélatrice de la participation de ceux qui souffrent à la construction du Royaume de Dieu pour répondre à l\u2019invitation du Seigneur.'\u2018Allez; de tous, faites des disciples\u201d.431 Ui &nzoLCjnacjz Une Ancienne Madame Raymonde Dubé vit seule.Elle habite dans une rue animée du plateau Mont-Royal.Elle ne dispose pour vivre que d\u2019une pension mensuelle de $135.00.Elle souffre particulièrement de la solitude, n'a pas de voisins.Elle est très alerte, très vive d'esprit, mais s'ennuie beaucoup.Sa santé n'est pas excellente.Madame Dubé, vous faites partie d\u2019une Paroisse?Oui, depuis 20 ans.Le prêtre vient me donner la communion tous les mois.En dehors même du domaine spirituel dont nous ne parlons pas toujours, sa visite constitue pour moi une source précieuse de contacts humains.En dehors de ces visites mensuelles, avez-vous d\u2019autres liens avec la Paroisse?Non aucun.Je ne sors pas.Ma santé ne me permet pas d\u2019aller à la messe.Etes-vous d'accord avec l'évolution actuelle de l\u2019Eglise?Oui.\u2014 Pourquoi?R/ Parce que ça avait besoin de changements.Dans le temps pour être bon chrétien, il fallait aller régulièrement à la messe, la conviction n\u2019était pas nécessaire.Il fallait obéir à des règles, payer la dîme, offrir quelques messes.La religion est maintenant plus humaine, moins compliquée: moins de règles, on participe mieux aux sacrements, à la messe.Le latin c\u2019était du charabia.Que pensez-vous de la liturgie actuelle?Bile me rend plus solidaire des autres chrétiens.434 Pensez-vous que les autres personnes âgées acceptent la religion d'aujourd'hui?Je ne crois pas.Elles sont trop tournées vers le passé.Elles ne vivent pas réellement le temps actuel.Il faudrait que leur situation humaine, morale et financière change.Elles ne sont pas heureuses.Ils faudrait qu\u2019elles commencent par regarder en avant.Ensuite on pourrait leur parler de religion.Elles se méfient de la pastorale d\u2019aujourd\u2019hui.Pourquoi?Parce qu\u2019elles n\u2019ont pas de contacts ou presque pas avec les jeunes ou les adultes.Elles sont coupées de la vie.Par conséquent, elles se méfient de ce qui est vivant.Trouvez-vous que les personnes âgées soient responsables de cela?En grande partie, non! L\u2019Eglise ne s\u2019intéresse pas tellement aux personnes âgées.Elle se contente d\u2019avoir des rapports individuels avec celles qui sont seules ou malades.Elles nous considère comme des gens dont il faut s\u2019occuper par charité, comme des malades.Je trouve qu\u2019on ne peut faire participer les personnes âgées à la vie religieuse, si on ne les fait pas rentrer dans le monde des vivants.Les responsables de l\u2019Eglise, le Pape, les Evêques sont des gens âgés en général.Comment expliquez-vous qu'ils ne comprennent pas mieux le problème?Eux, ils ont des responsabilités.Ils ont eu l\u2019instruction.Ils sont actifs.Ils n\u2019ont pas tellement eu de problèmes d\u2019argent.Ils ne sont pas de notre monde.Comment voyez-vous une possibilité de participation des personnes âgées à la vie religieuse?Surtout par le contact avec les jeunes.Je crois qu\u2019il faut qu\u2019elles aient des relations suivies avec des jeunes.Il faudrait que les jeunes leur parlent de leur évolution, leur donnent des témoignages.Les jeunes et les personnes âgées s\u2019accordent bien ensemble.Alors ce serait une 435 bonne chose que les jeunes leur racontent leur vie, leurs problèmes d instruction, de famille, leurs projets, leurs expériences religieuses, les personnes âgées se prendraient d\u2019affection pour ces jeunes-là, et seraient disposées ainsi à mieux comprendre le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Elles pourraient mieux évoluer dans le domaine religieux.L'Evangile est-il, à votre avis, moins bien pratiqué aujourd'hui qu'il y a cinquante ans?Non.Car il y a cinquante ans, au plus fort de la pratique, tout compte fait l'Evangile était pratiqué plus à la lettre.Mais c\u2019était superficiel assez souvent.Reprochez-vous quelque chose à l\u2019Eglise?Oui je trouve qu\u2019elle ne prend pas partie pour les personnes âgées.Elle n\u2019est pas solidaire de nous.Elle nous donne des miettes.Les vieux ne font pas vraiment partie de la paroisse.les responsables de l\u2019Eglise sont du même bord que les autorités civiles.?RÉFÉRENCE Le vieillard dans l'Eglise, 40e priorité, par Hubert de Ravinel.Revue Maintenant, avril 1971, no 105, p.121.436 cz/fctuafiéâi fioâepk et c4xtnux face à la violence Hubert Coutu, aumônier national de la f.O.C.Ce texte fut communiqué lors d'une assemblée publique tenue par le Comité pour la Défense des Libertés civiles de follette, l'hiver dernier.Il a l'avantage d\u2019avoir été compris par tout le monde.C'est la raison pour laquelle nous l\u2019offrons à nos lecteurs aujourd'hui.n.d.l.r.J\u2019aimerais vous présenter Joseph et Arthur.Deux bons gars de chez-nous qui n\u2019ont pas les mêmes réactions face à la violence et aux mesures des gouvernements.J'aimerais vous décrire Joseph et Arthur, sans trop les juger.J'aimerais que toi, lecteur, tu essaies de les comprendre.J\u2019aimerais que tu les fasses se rencontrer.J'aimerais, enfin, que tu sois ARTHUR.Mais Attention!!! Arthur a toujours tendance à mépriser Joseph, et le plus grand malheur de Joseph, c\u2019est qu\u2019il a toujours été méprisé.Peut-être alors faudrait-il apprivoiser Joseph, l\u2019aimer un peu, et faire un bout de chemin avec lui.437 Chapitre 1 JOSEPH Pour JOSEPH, l\u2019ordre, c\u2019est ce qui ne change pas, ne bouge pas, L ordre, c est la tranquillité.Pour JOSEPH, ce qu\u2019il faut avoir à tout prix, c est la paix, ou mieux \"LA PA\u201d.\u201cJe veux la PA!\u201d ressemble beaucoup à Fiche-moi LA PA!\" \"Laisse-moi tranquille!\u201d \u201cNe me dérange pas!\u201d Pour JOSEPH, ce qui ne fait pas de bruit, ce n\u2019est pas du désordre.Qu\u2019il y ait, par exemple, 3,000 ou 4,000 chômeurs dans la région \u2014 on ne sait plus très bien si les chiffres officiels en disent plus que moins \u2014 ceci ce n'est pas du désordre, car ça ne mène pas de train.Pour JOSEPH, la paix, l\u2019ordre, la justice, la démocratie, on les a déjà, il s\u2019agit de les défendre, de les garder, de les protéger.Il a entendu ça souvent ces derniers mois: DEFENDRE L\u2019ORDRE, LA DEMOCRATIE! Ça lui a plu! Pour JOSEPH, le désordre, c\u2019est ce qui paraît et qui dérange.Une grève, par exemple, ça c\u2019est du désordre.Etre dans \"la shop\u201d à tout prix, à n\u2019importe quelles conditions, c\u2019est dans l\u2019ordre! Trente chômeurs qui découvrent que le chômage, ça doit bien profiter à quelqu\u2019un et qui commencent à crier fort, ça c\u2019est du désordre!!! Un mal poli qui attaque la justice, ça c\u2019est du désordre!!! Pour JOSEPH, il n\u2019y a qu\u2019une violence, la violence physique: kidnapper un diplomate.La violence de la propagande, des promesses, de la publicité, de la peur, du chantage, de l\u2019accélération du travail, ce n\u2019est pas de la violence.\u2014 \"Tu es dans un pays libre!\u201d dit Joseph.\"Si tu ne veux pas travailler là, va ailleurs.Tu es bien libre d\u2019aller emprunter, de t\u2019acheter un char, etc.\u201d Pour JOSEPH, le changement, c\u2019est un virus qui amène bien des problèmes.Ainsi, il faut se méfier du changement.JOSEPH croit que les événements d\u2019octobre sont le fruit de dix ans de tolérance aux changements dans le Québec.\u2014 \"On aurait dû mettre au pas bien avant, tous ces blanc-becs, ces universitaires, ces immigrés!\u201d dit Joseph.438 Octobre a été le premier face-à-face de Joseph avec la violence.\u201cOn vivait dans un si beau pays, si calme, si heureux.C\u2019est indigne de nous.Cette violence est une atteinte à notre honneur, à notre réputation.C\u2019est une tache!!!\u201d JOSEPH n\u2019avait jamais vu d'autres violences au Québec; c\u2019est pourquoi, il en a été très choqué; il a eu une forte réaction, il a eu peur, la panique l'a pris et il a souhaité que tout, absolument tous les moyens soient mis en œuvre pour la détruire, la pourchasser sans relâche.Pour JOSEPH, il n\u2019y a qu\u2019un objectif, tuer le terrorisme en tuant les terroristes et tous ceux qui sont dans le même genre, car si le terrorisme meurt, les problèmes seront réglés.Enfin pour JOSEPH, le terrorisme est un corps étranger dans notre système, notre pays, ça vient des autres pays; il ne s'y reconnaît pas d\u2019aucune façon, (même si souvent Joseph est aussi violent, désespéré, isolé, meurtrier que les terroristes eux-mêmes.) C\u2019est pourquoi, il demande à l\u2019Etat de prendre tous les moyens pour le détruire; il croit fermement qu\u2019aucun des moyens que prendra l\u2019Etat ne lui fera du tort à lui, parce que les terroristes, c\u2019est des étrangers.JOSEPH a dit souvent; \u201cÇa fait rien les mesures de guerre; je n\u2019ai rien à me reprocher; ceux qui ont de quoi à se reprocher, eux-autres ont peur, et ont raison d\u2019avoir peur.\u201d Ça le rassure d\u2019entendre le gouvernement lui dire: \u201cLaisse nous faire, on va te protéger.\u201d Chapitre 2 ARTHUR ARTHUR, lui, a une conception plus changeante, plus dynamique de l\u2019ordre et de la paix; pour ARTHUR, la paix, ce n\u2019est pas la tranquillité dans l\u2019ordre, mais c\u2019est le développement, l\u2019action continue pour nous libérer quotidiennement de toutes les formes de désordre.Pour ARTHUR, ce qu\u2019on a aujourd\u2019hui est bien imparfait, parce qu\u2019ARTHUR, lui, il est sensible aux désordres, aux injustices, aux violences qui ne font pas de bruit.439 ARTHUR appelle désordre et violence, les décisions de patronage faites sans bruit, dans le fond des bureaux mais qui laissent un gars sur le pavé parce qu\u2019il ne pense pas correctement.ARTHUR appelle désordre et violence, le billet qu\u2019un pauvre type signe, sans bruit, dans un bureau de finance, billet qui l\u2019engage pour longtemps et à des taux d'intérêt exhorbitants sans qu\u2019il s\u2019en rende compte lui-même.ARTHUR appelle désordre et violence, toutes ces jobs où le salaire minimum n\u2019est pas respecté, sans bruit.ARTHUR appelle violence, l\u2019empêchement de la création d'un syndicat par les mises à pied sans bruit.ARTHUR appelle violence, se faire dire que lui, un enfant, un gérant de Caisse, un cultivateur seront les prochaines victimes.\u201d Pour ARTHUR, l\u2019ordre, la tranquillité, la non-contamination de Joliette ne l\u2019impressionnent pas plus qu\u2019il ne faut! il sait qu\u2019il y règne un désordre établi, caché, discret, auquel on participe tous.Vous comprendrez que pour ARTHUR, les larmes ne lui viennent pas trop vite aux yeux, quand on lui dit que la démocratie est en danger, et qu\u2019il ne part pas en courant quand on l\u2019exhorte à défendre l\u2019ordre; pour lui, il s'agit moins de défendre l'ordre que de le construire; moins de protéger la justice que de la faire; moins de garder la paix, que de la développer; moins de sauver la démocratie, (elle a toujours eu des sauveurs) que de la bâtir.Pour ARTHUR, il s\u2019en cache pas, le changement est un porteur de progrès; le changement n\u2019est pas un virus qui va tuer la société, mais l\u2019injection qui va la revigorer, la sauver.Pour ARTHUR donc, il y a plusieurs sortes de violence, il y a la violence mentale, la violence de toutes les injustices; en octobre, ARTHUR n\u2019en était pas à son premier affrontement avec la violence; pour lui, c\u2019en était une nouvelle, plus spectaculaire, plus meurtrière apparemment ou réellement, mais une parmi les autres; ARTHUR n\u2019a pas eu de chocs extrêmes, de peur ou de panique exagérées, il l\u2019a regardé cette violence en rapport aux autres.Pour ARTHUR, le terrorisme n\u2019est pas un corps étranger à notre système; il n\u2019a pas besoin de faire appel aux étrangers pour l\u2019expliquer, il l'a vu se nourrir à même les injustices quotidiennes et les impatiences des défavorisés ou des militants.440 Pour ARTHUR, le terrorisme d\u2019octobre 1970 ne vient pas du fait que ça a changé trop vite au pays du Québec depuis dix ans, mais bien du fait que ça n\u2019a pas changé assez vite sur des points fondamentaux; notre société n\u2019a pas effectué de \u2019\u2019changements rapides et profonds\u2019\u2019 au plan de ses structures économiques, juridiques, sociales, constitutionnelles, on est allé au rythme de ceux qui ne pouvaient aller plus vite, mais par hasard, ce rythme là est souvent celui de ceux qui retirent des privilèges des situations actuelles.Pour ARTHUR, il faut tuer le terrorisme, mais le terrorisme mort, les autres violences seront encore là et prépareront de nouvelles violences.Pour ARTHUR, et cela est très important, le terrorisme n\u2019est pas un corps étranger à notre système; il est nourri, au contraire, des injustices de notre société; aussi, tous les moyens ne sont pas bons pour le détruire, car on peut être détruits avec; car ARTHUR lui aussi, se sent un peu menacé, bien qu'il ne se sente coupable de rien et n\u2019ait rien à se reprocher.ARTHUR se sent un peu menacé, car sur les 400 personnes arrêtées sous le coup de la loi des mesures de guerre, arrêtées au hasard et relâchées en grande partie, toutes ces personnes lui ressemblaient beaucoup plus qu'elles ne ressemblaient à notre JOSEPH de tout à l\u2019heure.ARTHUR, il comprend ça, ARTHUR comprend ça, parce qu\u2019il sait que le gouvernement n\u2019est pas sans péché, et qu\u2019il tolère plus certaines violences que d\u2019autres.Donc, ARTHUR a des réticences à voir le gouvernement prendre sur lui, tous les moyens pour détruire le terrorisme, y compris la suspension de nos libertés les plus fondamentales; il sait que les gouvernements nous ressemblent, et que nous, ( tenez-vous bien, ) nous avons des ressemblances avec les terroristes.Les terroristes sont des désespérés dites-vous?Nous aussi, nous sommes des désespérés; \"Il n\u2019y a rien à faire\", est la réponse que nous avons, face aux transformations à faire.Les terroristes sont des solitaires qui n\u2019ont pas confiance dans le peuple; nous aussi nous sommes des isolés et nous refusons la solidarité.Les terroristes sont des violents et des meurtriers; nous aussi, nous sommes bien prêts à tuer à la CAOUETTE, tous ceux qui donnent l\u2019allure d\u2019être dans le genre.441 Comme les gouvernements nous ressemblent, ARTHUR ne voudrait pas être gouverné pas un genre de terrorisme dont les seules lois seraient la peur et l\u2019arbitraire.ARTHUR croit encore qu\u2019il y a des libertés fondamentales qu\u2019on ne doit sacrifier ni au F.L.Q., ni à l\u2019Etat.Chapitre 3 JOSEPH et ARTHUR Mais, il y a un problème; ARTHUR et JOSEPH doivent vivre ensemble; JOSEPH traite ARTHUR de révolutionnaire, de F.L.Q.et de rêveur; ARTHUR, de son côté traite JOSEPH d\u2019ignorant, de paresseux et de matérialiste; ils ont donc beaucoup de difficulté à se parler et à s'écouter.Pourtant, un jour, il faudra bien qu\u2019ils réussissent à s\u2019entendre, pour répondre à quelques questions fondamentales qui seraient les suivante: \u2014 \u2014 Quelle sorte de société espère-t-on?\u2014 Le bien-être à tout prix, même au sacrifice des libertés, assure-t-il le bonheur de l\u2019homme?\u2014 Notre société produit-elle assez d\u2019injustice pour que des changements rapides et profonds y soient effectués?\u2014 Notre société mérite-t-elle que l\u2019on consacre des énergies à la défendre?Pour ma part, de ce que je sais d\u2019elle aujourd\u2019hui, je crois qu\u2019il faut consacrer plus de temps et d\u2019énergies à la construire, qu\u2019à la défendre.Comment?Je ne sais trop; mais, une chose est certaine; construire la démocratie, défendre ses libertés, avoir du pouvoir partout où des décisions qui nous concernent se prennent, cela est plus difficile que d\u2019écouter la télévision, que d\u2019aller au forum, que de faire du ski-doo, et que de passer quelques semaines en Floride.Mes chers amis, serait-on en train d\u2019acheter nos libertés?ou serions-nous en train de les vendre?JOSEPH ne s\u2019est jamais posé la question, mais ARTHUR commence à le croire.442
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