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Titre :
Prêtres et laïcs
Le mensuel Prêtres et laïcs fait suite à L'Action catholique ouvrière et se veut un instrument de travail pour les prêtres et les laïcs soucieux de l'évolution de la société québécoise. Il traite principalement de pastorale populaire et d'apostolat laïque.
Éditeur :
  • Montréal, :[Prêtres et laïcs],1967-1973
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Prêtre aujourd'hui
  • Successeur :
  • Dossiers "Vie ouvrière"
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Prêtres et laïcs, 1973-11, Collections de BAnQ.

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[" prêtres et 1 _\u2022\u2022_ NOVEMBRE 1973 VOL.XXIII DOSSIER Marxiste et chrétien ? prêtres -1- et 1 _\u2022\u2022 _ REVUE DE PASTORALE POUR LE MONDE OUVRIER Comité de rédaction Jacques Lemay, o.m.i., directeur Hubert Coutu (J.O.C.), Lorenzo Lortie (M.T.C.) Claude Lefebvre (C.P.M.O.) Paul-Emile Charland, o.m.i., secrétaire à la rédaction Relations extérieures Mlle Claudette Côté Abonnement: $5.00 pour un an; $9.00 pour deux ans; $0.75 le numéro Adresse: 1201, rue Visitation, Montréal 133, Qué.Canada Téléphone: (514) 524-1188 Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement n° 0220.\u201cFrais de port garantis si non-livrable\u201d.Imprimerie Notre-Dame (O.M.I.), Richelieu, Qué. sommaire Novembre 1973 \u2014 Vol.XXIII Editorial Marxiste et chrétien?\tPrêtres et Laïcs 522 Dossier Comment j\u2019ai rencontré le marxisme au Québec Les questions qu\u2019il me pose\tTable ronde\t523 Le marxisme comme instrument d\u2019analyse\t\t et d\u2019action\tYves Vaillancourt\t533 Diverses interprétations de la \u201cgrille\u201d marxiste\tJérôme Régnier\t539 Réponse aux questions\tJ.R.et Y.V.\t554 Christianisme et analyse marxiste Document du Nord-Est du Brésil\t\t557 Commentaire\tJérôme Régnier\t566 La théologie des colonels au Chili\tInterview\t568 Expérience pastorale\t\t Sortir de l\u2019Eglise pour y entrer\tGuy Boulanger\t572 Le Courrier des lecteurs\t\t La solidarité vécue\tAlain Deslandes\t579 Le chômage et ses conséquences\tCarole Lamoureux\t581 Recensions 582 Eclitoxial Marxiste et chrétien?Un homme peut-il être à la [ois marxiste et chrétien?La question n'est plus étrangère à notre vie ouvrière québécoise: elle se pose à un nombre de militants de jour en jour plus nombreux.Une session d'étude réunissait dernièrement un certain nombre d'entre eux, laïcs, religieuses et prêtres.Leur engagement quotidien les ont déjà familiarisés avec une grille d'analyse de la société qui s'inspire de l\u2019enseignement de Marx; leurs combats pour la justice les ont amenés aux côtés de militants marxistes.La question, pour eux, n\u2019est plus hypothétique: \u201cla lutte des classes est une réalité, pouvons-nous rester en dehors?\" Une meilleure connaissance de cet instrument d'analyse de la société, quest le marxisme, s'imposait donc aux participants: nous l'avons demandée à Yves Vaillancourt et à Jérôme Régnier.Deux interprétations du marxisme sont possibles, dont l\u2019une, celle de Roger Garaudy, n\u2019est pas incompatible avec la foi chrétienne.Comme méthode d'analyse, le marxisme relève de Vobservation de la réalité socio-économique: il n\u2019a jusqu\u2019ici rien à dire pour ou contre la Foi.Lorsqu'il veut se présenter comme l'explication dernière de la destinée de l'homme, il sort du champ scientifique qui est le sien pour devenir une pseudo-religion, issue du scientisme du XIXe siècle.A ce sujet, le chrétien a quelque chose à dire à la lumière de sa Foi.Pour illustrer la possibilité d'être chrétien et d\u2019utiliser l'analyse marxiste de la société, nous avons pris comme exemple la Lettre des évêques du Nord-Est du Brésil: elle s'inspire d\u2019une vision de l\u2019homme que n accepteraient sûrement pas les marxistes doctrinaires, mais d\u2019une analyse et d'un engagement politiques que ne renierait sans doute pas Marx lui-même.La position de l'Eglise à l\u2019égard du marxisme n'est plus celle d'il y a 15 ans.L\u2019aiguillon du marxisme est en train d'opérer chez bon nombre de chrétiens une conversion évangélique.Prêtres et Laïcs 522 Comment j'ai rencontré le marxisme au Québec Les questions qu'il me pose Table ronde Les 10 et 11 septembre, le C.P.M.O.organisait une rencontre sur le marxisme avec Jérôme Régnier1 et Yves Vaillancourt2.L\u2019invitation s\u2019adressait \u201cà ceux qui, dans leur travail ou leurs engagements, se réfèrent à l\u2019analyse ou la pensée marxiste, ou encore qui sont en lien avec des personnes qui s\u2019en inspirent\u201d.Un très grand nombre de personnes auraient sans doute été intéressées, mais il a fallu réduire la participation à 25.Un tour de table nous a permis de mieux connaître l\u2019action de la pensée marxiste chez nous et les questions qu\u2019elle pose aux chrétiens.Pour le moment, nous avons préféré garder aux participants leur anonymat.N.d.l.r.Montréal 1.Dès le début de mon arrivée dans le quartier, je me suis vu confronté avec des personnes marxistes.Après deux ans, on est arrivé à des conflits.Les trois événements les plus marquants qui ont motivé ma participation à cette session sont les suivants: a) \u2014 En 1971, lorsqu\u2019il a été question de l\u2019autoroute Est-Ouest, il y avait tout un mouvement de contestation devant un projet qui allait déloger 12,000 familles.Après avoir fait des pressions avec les groupements populaires, l\u2019animateur social nous dit: \"L\u2019autoroute ne peut être empêchée, alors qu\u2019allons-nous faire devant cette situation?Allons- 523 nous continuer de contester ou bien nous occuper de former un comité de citoyens pour pouvoir défendre nos droits de relogement?\u201d On a formé un comité de citoyens et c\u2019est là que le conflit est arrivé quand des personnes marxistes ont dit qu'il ne fallait pas travailler dans ce sens-là, que nous mettions par terre le mouvement de contestation qui voulait vraiment défendre le bien des citoyens.Nous étions accusés de rendre les gens encore plus dépendants.b)\t\u2014 L\u2019an dernier, quand il s\u2019est agi pour le Centre communautaire d\u2019entrer dans le Bill 65, nous avons vécu un durcissement de conflits.Les gens qui se disaient marxistes voulaient résister complètement, alors que la population désirait des services.Les gens ont eux-mêmes décidé, à la Corporation, d\u2019entrer dans le Bill 65 et, à travers les services, de politiser la population afin de changer plus tard ce qu\u2019ils ne pouvaient pas accepter aujourd\u2019hui.Durcissement du conflit qui a amené des mises à pied et des dénonciations de la \"mafia religieuse\u201d qui rendait dépendants les citoyens.Ce fut très dur à vivre.c)\t\u2014 Je suis actuellement sur un comité d'habitation avec 5 personnes sur 7 qui étaient dans ces conflits.Jeudi prochain nous avons à nous dire pourquoi nous voulons faire partie du comité et dans quel intérêt, parce que chacun travaillait avec des intérêts bien particuliers.Ce que j\u2019attends de la session c\u2019est de savoir, dans les réunions ordinaires comment avancer et non pas suivre des décisions prises d\u2019avance; comment dans les situations que j\u2019ai vécues arriver à fonctionner avec eux.Je suis moins intéressé à discuter du système capitaliste qu\u2019à m\u2019unir à des personnes et à faire quelque chose avec elles.2.Je travaillais au C.L.S.C.avant qu\u2019il soit formé, et les luttes que nous y avons menées nous ont tous marqués; on était acculé à choisir si on était de la gauche ou de la droite.J\u2019avais suivi des cours en doctrine sociale où on avait présenté la théorie marxiste; mais tant qu\u2019on ne vit pas avec des gens qui pensent de cette façon, cela reste bien théorique.Quand on est amené à vivre avec des gens qui ont d\u2019autres idées que les nôtres, on est vite en confrontation.J\u2019attends de cette session des éclaircissements sur la doctrine marxiste.Est-ce qu'elle a évolué; où en est-on actuellement?Est-ce encore la théorie de \u201cla collectivité contre l\u2019individu\u201d?Nous sommes 524 appelés à travailler ensemble; alors il me faut apprendre à être avec eux en les respectant, en reconnaissant qu\u2019ils ont des valeurs et que nous en avons nous aussi.Trouver une base commune d\u2019où l\u2019on pourrait faire quelque chose ensemble.J\u2019ai rencontré un de ceux-là qui se référait à l\u2019Evangile; alors, comment pouvoir se dire à la fois marxiste et à la fois intéressé à vivre pleinement l\u2019Evangile?3.J\u2019ai vécu les mêmes conflits comme vicaire en paroisse.Je participe au Service d'Economie Familiale et à la St-Vincent-de-Paul, qui sont des services de dépannage.Quand on est avec des groupes qui ont d\u2019autres idéologies et qu\u2019on analyse ces services, ils sont vus comme les complices de la société; on bouche des trous, on met des \u201cpatchs\u201d.Nous sommes ainsi toujours remis en question: j\u2019aimerais éclaircir cette situation.De plus, je travaille à la formation des groupes: comment présenter une vision de la société à travers différentes idéologies dont le marxisme?J\u2019aimerais avoir une grille, non pas tellement d\u2019analyse et d\u2019évaluation, mais d\u2019approche, c\u2019est-à-dire: quels sont les liens que nous pouvons avoir avec eux?4.Le conflit au C.L.S.C., je l\u2019ai vécu entre deux idéologies: ceux qui ont une vision marxiste et ceux qui ont une vision chrétienne.Ce conflit s\u2019est concrétisé dans la lutte entre le collectif et l\u2019individu.Au début, dans le comité-santé, nous étions bons amis; le jour où ils ont vu que je refusais le jeu de charrier les gens en leur faisant faire des choses qu\u2019ils ne comprenaient pas, à ce moment-là ce fut fini, je n\u2019ai plus compté pour eux.Au Centre communautaire il y eut des renvois de gens de la gauche; certains autres ont démissionné par solidarité.Parmi les gens de l\u2019autre groupe plusieurs ont démissionné, n\u2019en pouvant plus de l\u2019atmosphère qui régnait.Depuis cette disparition des gens de gauche, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a plus rien que se fait au niveau du quartier.On essaie de s\u2019organiser uniquement avec les gens qui travaillent au Centre dont la plupart sont de l\u2019extérieur.La question que je me pose: Est-il possible de travailler avec des marxistes, comment et à quelles conditions?En réalité, ce n\u2019est pas la 525 population qui est marxiste, mais il y a dans le quartier des gens qui sont des intellectuels ou qui se sont intellectualisés et qui mènent les autres en voulant les amener à ce qu\u2019ils ont jugé, eux, être la bonne solution.5.Vicaire en paroisse, je fais partie d\u2019un comité de citoyens qui a travaillé beaucoup pour mettre en place un C.L.S.C.qui corresponde aux besoins des gens du quartier.Mais en travaillant avec les représentants du gouvernement on se rend compte que, même s\u2019ils sont de bonne volonté, ils ne peuvent rien changer parce qu\u2019ils sont esclaves du système.Nous sommes pris entre deux feux: ou bien nous faire enlever nos organisations populaires, ou bien lutter pour les conserver.Il y a des choses qui doivent changer: mais comment, par quels moyens?Si l\u2019analyse marxiste est un moyen, comment la posséder suffisamment pour qu\u2019elle puisse être conforme à l\u2019esprit évangélique que bien des personnes vivent?Si elle est un moyen, il ne faut pas qu\u2019elle devienne une fin et nous rende esclaves.Un socialisme chrétien, est-ce possible?Le plus difficile, c\u2019est comment respecter les gens dans le changement; parce que les gens veulent le changement, mais en autant que ce ne soit pas toujours eux qui paient la note.Face au changement, il y a trois catégories de gens: il y a les indifférents pour qui la situation est satisfaisante ou irrémédiable; il y a ceux qui veulent changer tout en respectant les personnes, même s\u2019il faut aller lentement; il y a enfin ceux qui veulent changer les choses rapidement, parfois au détriment des personnes.Le conflit entre ces derniers est autre chose qu'un conflit idéologique.6.Depuis 7 ans que je suis engagé avec des gens dans la transformation du milieu ouvrier.Mes premiers contacts avec des marxistes ont été avec les animateurs de \"University Settlement\u201d de McGill qui travaillaient dans le quartier du Mile End.Ce furent les premiers avec qui j\u2019ai pu travailler à transformer le milieu d\u2019une façon organisée; ils étaient marxistes sans au point de départ s\u2019identifier comme tels.Beaucoup d\u2019entre eux venaient de l\u2019extérieur et regardaient du côté des curés pour obtenir de la collaboration parce que nous avions 526 du personnel et de l\u2019équipement communautaire.C\u2019était opportun pour commencer leur action, mais graduellement on a pris conscience que c\u2019était une idéologie qui les poussait: le désir de faire disparaître la société telle qu\u2019on la connaissait et les institutions qui la maintenaient en place.Nous étions assez d\u2019accord avec eux sur la transformation de la société, mais peut-être pas d\u2019une façon si radicale, plutôt par le biais d'une réforme.Le deuxième temps de mon expérience se situe dans la Petite Bourgogne.Là, l\u2019animation sociale avait une autre forme, peut-être parce qu'elle avait été récupérée par l\u2019Eglise.Il y avait des regroupements de citoyens et la participation d'une foule de personnes.J\u2019ai senti qu'on essayait de servir le milieu plutôt que de se servir du milieu.Il y avait moins de marxistes à l\u2019œuvre dans les associations; le milieu était tellement diminué que ce n\u2019était pas intéressant pour eux d\u2019y faire du travail.Les seuls groupes que j\u2019ai vu s\u2019identifier comme marxistes, c\u2019était des groupes de passage comme le \u2019\u2019Comité Ouvrier\u201d animé par des étudiants d\u2019université qui ont dû retourner en classe.Je me pose des questions en pensant que les gens qui ont le plus travaillé à transformer le milieu ont été des marxistes; ce sont les seuls qui sont arrivés d\u2019une façon virulente et qui ont réussi à transformer quelque chose: dans cela il y a quelque chose de bon.J\u2019aimerais avoir une meilleure connaissance de leur formation et de leurs méthodes de travail; une collaboration est-elle possible pour arriver à transformer une société qui est déjà condamnée?Est-ce avec des gens comme les marxistes qu\u2019il faut le faire?Enfin, qu\u2019est-ce que nous devons mettre comme ressources et commes personnes pour y arriver?7.Je m'occupe d\u2019éducation des adultes depuis 5 ans dans la Petite Bourgogne et j\u2019ai le goût de rencontrer des gens engagés dans un processus de changement pour réfléchir ensemble à partir d\u2019une idéologie qui s'appelle le marxisme.Il me serait utile de la comprendre davantage, mais ce qui m\u2019intéresse surtout c\u2019est de voir quelle idéologie nous sommes nous-mêmes les représentants.Parce que, autant on peut se poser des questions sur le marxisme, autant on peut s'en poser sur la sorte d\u2019idéologie que nous transmettons nous-mêmes, souvent à notre insu.Je vis dans une communauté chrétienne nullement ouverte aux réalités sociales et au processus de changement: comment cela se 527 fait-il?Est-ce que cela correspond véritablement à la nature du christianisme ou si c\u2019est le communisme qui y correspond davantage?8.Animateur social depuis plusieurs années, j\u2019ai eu souvent l\u2019occasion d\u2019être en contact avec des gens qui travaillaient à la transformation sociale, à la prise de conscience dans le milieu; beaucoup d entre eux s\u2019identifiaient clairement comme des marxistes.Plusieurs de ces gens-là, avec qui j\u2019ai travaillé, je les ai bien appréciés.Nous pouvions nous dire des bêtises mutuellement, mais il y avait beaucoup de collaboration.J\u2019ai découvert de nombreuses richesses chez eux: un grand idéal, de la générosité, un désir réel de changement mais pas pour en profiter eux-mêmes.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019ils ne faisaient pas des choses dégeulasses; je pense en particulier à un jeune du milieu, très en contact avec le \"Comité Ouvrier\u201d, un garçon très ordinaire; il me dit: \"Penses-tu que c'est vrai que dans la société il y a à peu près 95% du monde dont il ne faut pas tenir compte parce que ce sont des \u201c suiveux\u201d, et qu'il n'y a que 5% du monde qui sont capables de comprendre les problèmes; que c'est avec eux qu'il faut travailler, les autres, on les charrie et il faut qu'ils suivent\".Ça ne m\u2019était jamais apparu aussi clairement l\u2019attitude que pouvaient avoir des gens devenus marxistes qui travaillaient dans un milieu comme le nôtre où c\u2019est vrai que des gens sont mal pris.Dans la Petite Bourgogne, 70% des gens sont complètement dépendants et attendent tout de la société.Cette société dans laquelle nous sommes, moi aussi je la trouve inacceptable et il faut la transformer radicalement.Quels moyens allons-nous prendre?Pendant plusieurs années j\u2019ai travaillé dans la ligne du réformisme, de l\u2019évolution, de la mise sur pied de services.L\u2019an dernier, avec un groupe de personnes, on a essayé de faire l\u2019inventaire de ce qu'on avait fait pour voir ce que cela avait donné.Notre analyse a été extrêmement négative: on arrive dans un cul de sac avec l\u2019approche par les services, on finit par faire avec les gens des consommateurs et à les rendre de plus en plus dépendants: quand ils ont obtenu le service ils s\u2019en retournent chez eux.A la fin de cette réflexion nous avons décidé de nous retirer complètement de cette approche des services et d\u2019aller beaucoup plus dans le sens d\u2019une prise de conscience de ce qui se passe dans la société: quelque chose de moins apparent comme action mais qui va davantage 528 dans le sens de l\u2019éducation, un instrument privilégié dans le processus de transformation sociale.Dans ce sens, la session m\u2019intéresse beaucoup car j\u2019ai tendance à ne plus croire à l\u2019approche réformiste et à croire qu\u2019il faudrait systématiquement provoquer des heurts sociaux pour ébranler progressivement la société, pour la faire s\u2019écrouler.Mais quand j\u2019affirme cela je me sens mal à l\u2019aise parce que je dis: les gens, là-dedans, qu\u2019est-ce qu\u2019ils deviennent?C'est pourquoi je compte sur l\u2019échange que nous allons avoir pour apporter des éléments de réponse.9.Cela fait plusieurs années que j\u2019ai constaté l\u2019exploitation quelque peu exagérée de ceux qu\u2019on appelle la classe ouvrière.Aussi bien ici qu\u2019ailleurs le parti communiste, qu\u2019il soit officiel ou clandestin, a toujours été aux premiers rangs de la lutte pour que cette exploitation soit combattue.J\u2019ai vécu les conflits que vous avez décrits et moi aussi j\u2019ai été classé parmi ceux qui font partie du \u201cpouvoir religieux\u201d.Dans le fond, ce qu'ils attaquaient c\u2019était les institutions religieuses.S\u2019il y a des gens avec qui je ne suis pas d\u2019accord parmi ceux qui se disent marxistes, il y en a aussi avec qui je ne suis pas d\u2019accord dans ce qu\u2019on appelle l'Eglise.J\u2019ai appris que c\u2019est vrai la lutte des classes: et si c\u2019est vrai, il faut que je sois dedans.S\u2019il faut choisir, je suis à gauche.J\u2019aimerais qu\u2019ensemble, les chrétiens, nous fassions une véritable analyse politique de ce qui se passe au Québec et à quel endroit nous nous situons.Hull 10.\tC est à partir du travail et du chômage que j\u2019ai étudié un peu plus l\u2019économie capitaliste et le problème des classes: et à ce point de vue, l\u2019analyse marxiste m\u2019a rejoint bien davantage que la lettre des évêques.Mais il y a une question que je me pose: le marxisme est-il seulement une science ou s\u2019il est aussi un humanisme?Comme science, on ne se chicane pas; c\u2019est seulement lorsqu\u2019il s'agit de traiter les hommes que l\u2019on n\u2019est pas d\u2019accord.La lutte des classes, est-ce aussi simple que l\u2019on dit: ceux qui ont les moyens de production et ceux qui ne les ont pas, et l\u2019exploitation des uns par les autres?La libération et le salut, qu\u2019est-ce que 529 cela veut dire pour un chrétien et pour un marxiste?Quel est le bout de chemin que 1 on peut faire ensemble?On semble dire que le christianisme est pour la personne et que le marxisme est pour les masses: qu\u2019en est-il dans l\u2019Evangile?Il* Pour moi, la lutte des classes est un fait évident: j\u2019aimerais voir comment elle se réalise ici, en 1973, dans une société de consommation.De plus, j\u2019aimerais participer à l\u2019élaboration d\u2019une stratégie de lutte qui mène vraiment à un changement de structures, non simplement une réforme, mais qui ne laisse pas la majorité des gens en arrière.Au niveau de la religion et du christianisme, l'Eglise a été pour moi source d\u2019aliénation par les valeurs anciennes qu\u2019elle nous prêchait; elle a été à l\u2019encontre d\u2019une véritable libération.Ce qui est fatiguant, c\u2019est que je suis chrétien et que je veux le rester.12.J ai l\u2019impression de ne pas avoir une bonne idée du marxisme à travers ceux que j\u2019ai rencontrés.Au début, mes premiers contacts avec eux m\u2019ont fait peur: ces gens-là voyaient l\u2019Eglise comme une ennemie à abattre, et j\u2019étais moi-même prêtre.Je me suis rendu compte plus tard qu\u2019il y avait autre chose dans le marxisme que des conflits de personnalité et le peu que j\u2019en ai appris m\u2019a posé question, entre autres celle de la lutte des classes.Je travaille avec des gens dans les comités de citoyens pour qui le marxisme et le communisme font peur: j\u2019aimerais le connaître d\u2019une façon plus dégagée.Face à mes convictions chrétiennes, la lutte des classes me pose question: je me dis qu\u2019il me faut être dedans, mais je n\u2019ai pas encore fait le joint entre l\u2019Evangile et elle.Je n'ai pas encore réussi à me situer face aux conflits.Je crains une certaine réduction du christianisme au marxisme, je pense que c'est mal les connaître, mais je suis convaincu qu\u2019ils ont des points de rencontre.St-Hyacinthe 13.Je vis et travaille avec des gens qui sont marxistes et qui savent que je suis chrétien; chose curieuse, je n\u2019ai pas de problème avec eux, au contraire, je les estime et je trouve qu\u2019ils m\u2019interpellent beaucoup.Ce sont des gens qui sont prêts à aller au bout et qui visent l\u2019efficacité, et je trouve que c'est une valeur.Ce sont peut-être les gens de St-Hyacinthe qui veulent le plus de changement.Quand je lis la lettre des évêques du Brésil1 2 3, je me dis que ça fait longtemps que mes compagnons marxistes vivent cela, ce n\u2019est pas nouveau pour eux.Je voudrais connaître mieux le marxisme; c\u2019est une méthode d\u2019analyse derrière laquelle il y a une idéologie: j\u2019aimerais savoir à quel moment elles se séparent, les conflits que cela pose.Par rapport à l\u2019action et à l\u2019analyse de la société, je ne vois pas de problème; c\u2019est seulement au point de vue de la Foi que ça peut poser des problèmes, mais je n\u2019ai jamais eu d\u2019échange avec eux à ce sujet.Quels sont les dangers ou les faiblesses possibles de la pensée marxiste?Je n\u2019ai pas senti qu'ils ont charrié les gens.Est-ce parce qu\u2019ils ont des objectifs précis et qu\u2019ils savent ce qu\u2019ils veulent que l\u2019on dit qu\u2019ils charrient?Mais nous aussi nous avons des objectifs?Comment faire comprendre, non aux marxistes mais aux chrétiens, que les deux peuvent travailler ensemble; ils nous acceptent mais ce sont les chrétiens qui ne les acceptent pas.Il me semble qu\u2019il y aurait avantage à travailler ensemble et qu\u2019ils auraient beaucoup à nous apporter.J.O.C.14.Depuis 4 ou 5 ans, la J.O.C., comme la plupart des groupements sociaux, a évalué son efficacité: devant la nécessité du changement social, quels moyens allons-nous employer?Je suis disponible à être marxiste, mais j\u2019aimerais en rencontrer de vrais pour voir ce qu'ils peuvent m\u2019apporter.L\u2019expérience du mouvement jociste nous montre que dans la mesure où on élargit la vision et qu\u2019on regarde au plan politique et global, dans la même mesure on est désamorcé dans notre combat quotidien.Est-ce qu\u2019on peut s\u2019attendre du marxisme qu\u2019il nous 1\tJérôme Régnier, professeur à l\u2019université de Lille (France) vient au Québec depuis plusieurs années; il a accepté d'animer une autre session sur le marxisme au printemps.Pour de plus amples détails, communiquer avec le C.P.M.O., 1584 rue Panet, Montréal 133.2\tYves Vaillancourt est coordonnateur du \"Centre coopératif de recherche en politique sociale\" dont le siège social est au 6920 rue Papineau, Montréal 330.531 apporte une pédagogie ou si c\u2019est à nous de l\u2019inventer.Quand on utilise la méthode marxiste est-ce qu elle nous stérilise ou si on est capable d être inventif.Quels sont ses bons côtés et ses faiblesses?J aimerais qu on mette en parallèle l\u2019espérance des chrétiens et le rêve des marxistes.La pénétration du marxisme au Québec a été assez rapide et s\u2019est faite à partir de la crise d\u2019octobre '70.Depuis 3 ans on a vu le marxisme comme instrument d'analyse pénétrer d\u2019une façon progressive et anonyme beaucoup d\u2019organismes qui étaient marqués par un autre type d analyse et d'action.On pourrait citer de nombreux exemples: les centrales syndicales (la Fédération des Services C.S.N., le conseil central de Montréal C.S.N., certains secteurs de la F.T.Q., l\u2019exécutif du syndicat des professeurs C.E.Q.), les groupes d'économie familiale A.C.E.F., les avocats populaires de l\u2019A.D.D.S., les débats autour de l'implantation des C.L.S.C.; certaines régions du Québec sont plus avancées, comme au Saguenay-Lac-St-Jean, en Abitibi, dans les zones prioritaires de la ville de Québec.Tous sont aux prises avec le problème de l\u2019analyse marxiste de la société: c\u2019est un processus irréversible et d\u2019autant plus rapide qu\u2019il a été réprimé par l\u2019idéologie capitaliste.Voici un échantionnage des questions: 1)\tA quoi bon la mise sur pied des services s\u2019ils ne débouchent pas sur des changements ou sont récupérés?2)\tComment faire des liens entre une élite éclairée à former et la conscientisation des masses?3)\tQuelle est cette analyse marxiste et comment cet instrument peut-il être utilisé dans le contexte québécois?4)\tComment cheminer avec des marxistes qui semblent parfois très radicaux et peu respectueux des personnes?5)\tUn chrétien peut-il être bien dans sa peau tout en étant marxiste?532 Le marxisme comme instrument d\u2019analyse et d\u2019action Quelques caractéristiques Yves Vaillancourt Sans prétendre être complet dans son intervention, nous avons demandé à Yves Vaillancourt de présenter aux participants de la session la \u201cgrille d\u2019analyse marxiste\u201d; on trouvera à la fin quelques éléments de bibliographie qui permettront de compléter ces informations.N.d.l.r.Notes préliminaires 1.Dans la mesure où je m\u2019adresse d'abord à des chrétiens engagés du côté des travailleurs, du côté de leurs luttes et de leurs organisations, j\u2019aimerais rappeler que toute militance du côté des travailleurs suppose deux choses intimement interreliées: a)\tUne utopie, une passion pour un type d\u2019homme et de société nouveaux qui motive, dynamise, soutient l\u2019engagement, donne une direction positive à la lutte et joue le rôle de norme pour évaluer de manière critique les mécanismes de la société actuelle.b)\tUne méthode scientifique d'analyse et d\u2019action qui permet à la passion de l'homme nouveau d\u2019être efficace, d\u2019avoir des dents sur l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire de tenir compte des vraies causes des problèmes sociaux et des conditions objectives nécessaires pour solutionner ces problèmes.Ici, il est question exclusivement d\u2019une méthode d\u2019analyse et d\u2019action qui se présente comme scientifique: la méthode marxiste.533 2.\tQuand on parle du marxisme, il importe de distinguer deux niveaux, même si la séparation entre les deux n\u2019est pas nécessairement étanche: a)\tLe niveau du marxisme pris comme matérialisme dialectique, i.e.comme conception de l'homme et de la société (utopie) impliquant une façon de voir les rapports homme-nature et les rapports des hommes entre eux.C\u2019est à ce niveau que se situe la question de l\u2019athéisme.b)\tLe niveau du marxisme pris comme matérialisme historique, i.e.comme instrument pour analyser correctement et transformer efficacement la société.Ici nous nous occupons seulement du marxisme en tant que matérialisme historique.3.\tLa naissance de la théorie marxiste (avec Marx) et son développement (spécialement avec Lénine et Mao-Tsé-Toung) n\u2019ont aucun sens si l\u2019on ne voit pas le fait qu'ils ont été l\u2019œuvre à'intellectuels-militants, i.e.d\u2019intellectuels organiquement liés aux travailleurs et à leurs luttes.C\u2019est parce qu\u2019il a été lié à la révolution allemande de 1848, à l\u2019Internationale de 1864 et à la Commune de Paris de 1870 que Marx a pu lui-même perfectionner constamment sa théorie en tenant compte des faits.La principale caractéristique du Marxisme comme méthode Un trait capital de la méthode marxiste d\u2019analyse et d\u2019action c\u2019est que, dans le but d\u2019expliquer le fonctionnement d\u2019une société concrète, qu\u2019elle soit de type esclavagiste, féodal, capitaliste ou socialiste, elle va droit à l\u2019organisation du travail, à l'organisation de la production des biens matériels, à /\u2019organisation de l\u2019économie.En réaction contre les philosophes idéalistes allemands comme Hégel et compagnie qui l'avaient beaucoup marqué dans sa jeunesse, Marx met en garde contre le slogan voulant que ce sont les idées qui font l\u2019histoire.Il constate que beaucoup d'idées trouvent leurs racines dans les faits matériels plutôt que vice-versa.En ce sens, la compréhension correcte d\u2019un édifice social global passe par la reconnaissance du fait que la base, linfrastructure de l\u2019édifice se situe au niveau économique; les autres niveaux, politique, juridique et idéologique apparaissent comme des superstructures qui s\u2019expliquent principalement en référence avec la base économique.534 En présentant l\u2019économique comme la variable lourde, la théorie marxiste n\u2019en fait pas pour autant un déterminisme unilatéral.Si c\u2019était le cas il n'y aurait pas d\u2019émergence possible de révolutionnaires dans une société de type capitaliste.Au contraire, les rapports entre l\u2019infrastructure et les super-structures sont dialectiques, dans le sens que le développement idéologique et le développement de l\u2019organisation politique peuvent avoir un impact sur l\u2019évolution du mode de production et vice-versa.D\u2019où l\u2019importance, dans une perspective marxiste, de poser en priorité des questions au sujet de l\u2019infra-structure du genre des suivantes: \u2014 Comment est organisée dans cette société concrète, à ce moment-ci, la production des biens matériels permettant aux hommes de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se transporter d\u2019un lieu à un autre, de se détendre, etc.?C\u2019est la question du mode de production.\u2014 Dans le processus de travail, quels rapports s\u2019établissent entre les hommes?Quels rapports y a-t-il entre la force de travail et les moyens de production ( matières premières et toutes ces choses qui directement ou indirectement permettent de transformer la matière première en produit final comme le terrain, l\u2019électricité, le chauffage, le local, les instruments.)?Est-ce que ces rapports sont de propriété ou de non-propriété?Est-ce que les travailleurs détiennent les moyens de production?Est-ce que les travailleurs contrôlent la production?Est-ce que les rapports entre les hommes sont des rapports de coopération ou d\u2019exploitation?-\u2014- Ces questions et d'autres permettent de déterminer les rapports de production et de mesurer le degré de démocratie économique découlant de ces rapports.Et le degré de la démocratie économique annonce pour une bonne part le degré de démocratie que l\u2019on retrouve au niveau politique et culturel.Méthode marxiste et société capitaliste Appliquée à une société capitaliste, la méthode d\u2019analyse permet de dévoiler à la fois l'existence et la cause de rapports de production caractérisés par Vexploitation d\u2019une classe par une autre.Bien qu\u2019elle 535 trouve son fondement au niveau économique, cette exploitation se répercute aux niveaux politique et idéologique.1.\tLe fondement de l'exploitation se trouve d\u2019abord au niveau de la production des biens matériels et des services, dans les rapports qui s\u2019établissent entre deux classes fondamentalement opposées.a)\tLa classe capitaliste qui a la propriété privée des moyens de production et par là contrôle le processus de production (quoi produire, comment, à quel rythme, dans quelles conditions, etc.) et s\u2019approprie les fruits de la production.b)\tLa classe ouvrière et, plus largement, la classe des travailleurs (si l'on inclut les salariés des entreprises financières et commerciales liées aux entreprises industrielles) qui en ne possédant que leur force de travail sont obligés de la vendre aux détenteurs de la production.Le rapport entre ces deux classes en est un de domination et d\u2019exploitation dans la mesure où une classe, minoritaire, dirige le processus de travail et, en retour d\u2019un salaire qui ne représente pas la valeur du travail effectué par les travailleurs, cherche à accaparer la plus grosse plus-value possible, i.e.la plus grande quantité de travail non payé.Les intérêts des deux classes sont opposés dans la mesure où: a)\tl\u2019intérêt des capitalistes est de continuer à exploiter les travailleurs pour continuer à profiter de leur situation de privilégiés, i.e.à accumuler du capital: b)\tl\u2019intérêt des travailleurs est dirigé à détruire cette situation d\u2019exploitation, i.e.à supprimer la propriété privée des moyens de production.Il est dans leur intérêt de détruire les exploiteurs en tant que tels, sans les détruire comme personnes pour autant.Précisons qu\u2019au niveau économique, entre les deux classes fondamentalement opposées il y a des fonctions intermédiaires qui peuvent osciller d'un côté ou de l\u2019autre dans certains cas (contre-maître, gérants, responsables des ventes, personnel de secrétariat, etc.).2.\tAu niveau politique les rapports entre les deux classes fondamentalement opposées se retrouvent.La domination des capitalistes sur les travailleurs au niveau économique trouve des conditions de maintien au niveau politique dans la mesure où des rouages institutionnels comme l\u2019appareil exécutif, l\u2019appareil législatif, l\u2019appareil judiciaire, l\u2019appareil répressif (armée, police) sont contrôlés par des représentants de la 536 classe capitaliste.Si les travailleurs ont une tradition de lutte et de solidarité, ils auront des organisations de classe comme les syndicats, des organisations de quartier, peut-être un parti politique à eux.3.Au niveau idéologique (fabrication et diffusion des idées, influence des comportements) on retrouve le même rapport de force: forts de leur domination sur le terrain économique, les capitalistes contrôlent fortement les instruments à fonction idéologique comme le système d\u2019éducation, le système de communication (T.V., radio, journaux, revues), le réseau des organisations artistiques, culturelles, religieuses.Là encore, si les travailleurs ont une tradition de lutte et une conscience de classe ils auront leurs journaux, leurs radios, leurs centres de formation et de recherche et, par là, une capacité de créer des zones libérées où leur point de vue est représenté dans l\u2019Eglise, l\u2019Ecole, les stations de télévision et de radio d\u2019Etat, les organismes de coopération internationale, etc.Le concept de lutte des classes Le moment est venu de préciser que les rapports capitalistes-travailleurs ne sont pas statiques mais dynamiques et que leur développement quotidien prend la forme d\u2019une lutte des classes qui se déroule au niveau économique (grèves, occupations d\u2019usines, coopératives), politique (nouvelles lois, création de nouvelles organisations, mobilisations, manifestations) et idéologique (meilleure utilisation des instruments existants ou création de nouveaux instruments).C'est dans cette lutte sur les trois terrains que les travailleurs s\u2019affaiblissent ou se renforcent dans leurs rapports avec les capitalistes.Si cette lutte des classes s\u2019intensifie, elle donne l'occasion aux gens des classes intermédiaires surtout au niveau des super-structures (artistes, journalistes, curés, étudiants, professeurs, techniciens, scientifiques, fonctionnaires, etc.), d\u2019osciller du côté des travailleurs.D\u2019où l\u2019évolution possible d\u2019instruments comme le C.P.M.O., la revue \"Prêtres et Laïcs\u201d, la revue \"Relations\u201d, S.U.C.O., Développement et Paix, l\u2019I.C.E.A., la C.E.Q., etc.La question de la lutte des classes nous mène à celle de la transition du capitalisme au socialisme et du marxisme comme instrument d'action autant que d\u2019analyse.Cette transition suppose une détermination de la société visée au niveau de la base économique (appropriation sociale des moyens de production, contrôle des travailleurs, plan d\u2019ensemble de 537 la production), au niveau politique (une organisation politico-juridique et une direction politique dans lesquelles les intérêts des travailleurs sont déterminants) et au niveau idéologique (de nouvelles idées, de nouvelles valeurs, une nouvelle société dans lesquelles les intérêts des travailleurs ont un impact déterminant.Pour favoriser le passage du capitalisme au socialisme, la méthode marxiste permet de mettre de l\u2019avant certaines conditions, entre autres le principe de l'autonomie organisationnelle et idéologique des travailleurs.Il faut que les travailleurs cessent de compter sur des outils faits pour servir des intérêts de classe autres que les leurs.Il faut qu\u2019ils aient des syndicats à eux, des partis politiques à eux, des moyens de communication à eux.Il faut qu\u2019ils en viennent à diriger eux-mêmes leurs organisations et à forcer les petits-bourgeois qui veulent faire alliance avec eux à venir le faire sur leur terrain à eux.Cette condition est importante parce que très souvent des organisations, tout en étant à composante ouvrière, sont habitées par le point de vue d\u2019une autre classe; c\u2019était le cas, par exemple, de la C.T.C.C.des origines.Eléments de bibliographie Karl Marx, Le Capital, Livre I, édition Garnier-Flammarion, Paris 1969, 699 pages.(Les notes d\u2019introduction d\u2019Althusser, pp.7-30, méritent une attention spéciale).Marta Harnecker, Los conceptos elementales del matérialisme historico, éditions \u201csiglo veintiuno\", Mexico, 1969, 341 p.Lucille Beaudry, Guide de recherche à l'intention des militants, Centre coopératif de recherche en politique sociale, Montréal 1972, 75 p.(Le 2e chapitre sur le cadre général d\u2019analyse de la société est directement dans le sujet).Marta Harnecker et Gabriela Uribe, Cahiers d\u2019éducation populaire.Ces cahiers publiés d\u2019abord au Chili sont traduits par le Secrétariat Québec-Amérique latine et 4 des 7 cahiers sont présentement disponibles au Centre de formation populaire.Il s\u2019agit d'une présentation à la fois rigoureuse et vulgarisée du Marxisme comme instrument d\u2019analyse.Centre de formation populaire, Le monde du travail et les classes sociales, texte polycopié, Montréal 1972, 13 p.Céline Saint-Pierre, De l'analyse marxiste des classes sociales, texte polycopié.septembre 1972, 28 p.(disponible au Centre de formation populaire).538 Diverses interprétations de la \"grille\" marxiste Jérôme Régnier La question a été posée au cours de cette session, en raison du terme souvent évoqué maintenant par certains au Québec: interpréter notre société au moyen de l\u2019analyse \"scientifique\u201d que permettrait \"la\u201d grille marxiste.Les organisateurs de la session m\u2019ont demandé de \"situer\u201d cet aspect dans le contexte général, philosophique et historique du marxisme, et particulièrement du marxisme le plus représentatif, et de loin, à savoir le \"marxisme léninisme\u201d, inspirateur aussi bien du communisme que du \"gauchisme\u201d.Ce qui me frappe le plus, après de longues années d'étude des textes et des contacts avec des marxistes (surtout européens, évidemment), c\u2019est la complexité du système marxiste, où l\u2019on trouve diverses \"grilles d\u2019analyse\u201d \u2014 le lecteur fidèle de cette revue pourra se reporter à une brève présentation des \"5 thèses\u201d, dans le numéro de Février 1972, p.104-105 \u2014; et même, où l\u2019on trouve aussi diverses \u201cpentes\u201d d\u2019interprétation: les marxistes s\u2019opposent souvent entre eux, de manière irréductible.Il n\u2019y a pas \u201cune\" science marxiste comme il y a une science physique.Cependant, ce rapide survol des positions diverses, s\u2019il montre au croyant certaines difficultés fondamentales pour être chrétien et totalement marxiste-léniniste1, est très stimulant: au-delà de certaines simplifications naïves et même archaïsantes, qui reprennent à la lettre 1 M.Georges Marchais, chef du P.C.français, est d\u2019accord avec Paul VI pour dire que la \"théorie\" marxiste est en effet inconciliable avec la Foi.R.Garaudy, se rapprochant du christianisme, a été considéré comme un \"idéaliste\u201d et exclus du Parti communiste.539 une analyse que Marx faisait il y a 125 ans., la \u201cgrille marxiste\u201d oblige à une réflexion approfondie sur notre système social, étudié dans ses structures plus que dans ses apparences.Reprenons point par point les divers aspects du système, dans 1 esprit que nous venons d\u2019exprimer.1.Matérialisme dialectique et lecture des conflits La dia mat \u201d, selon le terme célèbre dans les pays de l\u2019Est européen, enracine le système d\u2019analyse marxiste dans la \u201cDialectique de la Nature\u201d, célèbre ouvrage d\u2019Engels (1820-1895), collaborateur et vulgarisateur de Marx (1818-1883), particulièrement mis en valeur par Lenine et Staline2.Que dit cette thèse \u201cévolutionniste\u201d, fortement inspirée de Darwin et de sa célèbre \"struggle for life\u201d, très à la mode précisément vers 1880?Elle propose une grille de lecture très différente de celle de \u201cl'aliénation\" de l\u2019homme que prônait celui que les marxologues appellent \"le jeune Marx\", antérieur à 1845, très marqué encore par l\u2019influence \u201cidéaliste\u201d de ce géant de la \u201cphilosophie de l\u2019Histoire\u201d qu\u2019était son maître Hégel.Une grille de lecture, inspirée de 1\u2019 \u201caliénation\u201d humaine, part de l\u2019idée (humaniste) de l'homme mutilé, opprimé, \"aliéné\u201d, rendu étranger à lui-même, par exemple en raison d\u2019un travail abrutissant ou de sa dépendance totale du chef d\u2019entreprise: le conflit, issu de cette constatation du \u201cmalheur\u201d de l'homme, (ce que Hégel appelait \u201cla conscience malheureuse\u201d ) va nous mobiliser pour libérer l\u2019homme de sa servitude et lui rendre la \u201cmaîtrise\u201d de lui-même.Par contre, la \u201cdiat mat\" a une toute autre origine: critiquant ce système de pensée comme \u201cidéaliste\u201d (on a un \u201cidéal\u201d humain en tête.), Engels et Lenine ont rattaché la lutte des classes à la \"lutte\u201d qu\u2019on trouve déjà bien avant l\u2019homme, et même avant l\u2019animal ou le végétal: une \"dialectique\u201d, c\u2019est-à-dire une transformation tantôt lente et quantitative (la glace qui réchauffe peu à peu et passe de 20° à 31°.: c est 2 Se reporter à la petite brochure populaire de ce dernier, intitulée \"Matérialisme historique et dialectique\", qui a été répandue dans tous les partis communistes mondiaux à des millions d'exemplaires.540 l'exemple donné par Staline), tantôt brutale et qualitative (la mutation \"révolutionnaire\": à 32°, la glace solide se transforme d\u2019un coup en liquide, comme à 212°, en vapeur), une dialectique donc existe déjà dans la matière, dès l\u2019origine.Quand l\u2019homme apparaît, la même \"loi dialectique\u201d continue de marquer l\u2019évolution des sociétés et la lutte des éléments contraires: la \"lutte des classes\u201d (capitalistes et prolétaires, comme l\u2019eau et le feu!) est lente par instants, mais finalement aboutit toujours à une rupture révolutionnaire, seul passage possible à une nouvelle forme sociale.L\u2019origine profonde de la lutte, ce n\u2019est pas l\u2019oppression de l\u2019homme (encore que cela en soit la forme actuelle), mais les lois de la nature dont l\u2019homme est un élément.Ce n\u2019est pas au nom de \"l\u2019humanisme\u201d utopique que nous luttons, c\u2019est au nom des \"lois scientifiques\u201d de l\u2019évolution qui imposent cette attitude révolutionnaire.Voilà les deux \"pentes\u201d possibles du marxisme: \u2014\tsa pente \u201chumaniste\": un chrétien peut s\u2019y retrouver, si l\u2019on parle d\u2019 \u201caliénation\u201d à dénoncer.\u2014\tsa pente \"scientifique\" (au sens d\u2019Engels et Lénine): là, toute transcendance humaine (toute subjectivité, dit Garaudy) est supprimée au profit d\u2019un évolutionnisme matérialiste datant de la fin du XIXe siècle.L\u2019aliénation est un terme récusé par cette famille marxiste (de très loin majoritaire), alors qu\u2019il revient souvent sous la plume actuelle de Garaudy, comme des philosophes timidement contestataires qui, en Pologne, en Hongrie, à Prague, essaient d\u2019 \"humaniser\u201d le scientisme officiel des pays marxistes de l\u2019Est, très anti-personnalistes comme nous le savons.Je ne pense pas d\u2019ailleurs que ce lourd positivisme, si archaïque, séduise encore beaucoup de vrais \"scientifiques\u201d qui étudient l\u2019évolution de la matière et de la vie.Comme le dit R.Garaudy, l\u2019usage qui en est fait est surtout \"polémique\u201d et permet aux dirigeants de ces pays de ne pas remettre en cause leur pouvoir totalitaire! 2.Matérialisme historique, grille de lecture sociologique C\u2019est la célèbre thèse sur la \u201cbase réelle\u201d de la société, que Marx a très clairement définie lui-même à plusieurs reprises, spécialement en 1857 dans son \"Introduction à la critique de l\u2019Economie Politique\u201d, 541 sorte d avant-projet du \"Capital\u201d.Le fil conducteur de ses recherches, dit-il, c est l\u2019affirmation du primat de l'homme comme producteur: toutes les formes sociales, tous les divers aspects de la société considérés autrefois autonomes, dépendent en fait radicalement de l\u2019état des \u201cforces de production\u2019\u2019 (la technique, par laquelle l\u2019homme maîtrise la nature) et les rapports de production\" que cette technique engendre3.Cette \"base\u201d, ou \"infrastructure\" que constituent à une certaine époque la technique et l\u2019économie, soutient un étage supérieur, une \"superstructure\", constituée par tous les autres secteurs de la vie sociale: la mentalité d\u2019une époque, ses formes de vie religieuse, familiale, son Droit, son organisation politique (ce qu\u2019on résume très sommairement en parlant d' \"idéologie\u201d et de \u201cpolitique\u201d), sa morale, son système éducatif.C\u2019est le fameux \"retournement\u201d cher à Marx; la dialectique de Hégel marchait sur \"la tête\u201d, car Hégel expliquait la dynamique sociale par l\u2019action de 1\u2019 \"Esprit\u201d humain (phénoménologie de l\u2019Esprit); Marx la \u201cremet sur ses pieds\u201d en expliquant 1' \"homo sapiens\u201d par 1\u2019 \"homo faber\"! Ce ne sont pas les idées qui mènent le monde, c\u2019est le combat de l\u2019homme travailleur qui domine peu à peu la nature par ses techniques et \u201cproduit\u201d ainsi l\u2019existence sociale.Malheureusement, les \"rapports de production\u201d entre les hommes ne suivent pas sans conflits l'heureux progrès de la technique4.Ainsi, le machinisme moderne qui a supplanté l\u2019outil \"privé\u201d de l\u2019artisan solitaire, crée une \"production sociale\u201d de l\u2019existence, c\u2019est-à-dire tout simplement un travail en commun à la manufacture, au super-marché, dans l\u2019agriculture même.L\u2019exploit de Lindberg traversant l\u2019Atlantique en 1927 sur un avion rudimentaire était individuel; mais c\u2019est une communauté de 200,000 personnes qui a permis les premiers pas sur la lune d\u2019un cosmonaute dont chaque mouvement était surveillé à Houston par des centaines de techniciens.Malheureusement, les \"rapports économiques\u201d dans ce cadre communautaire restent dominés par la propriété privée des moyens collectifs de production: un \u201cpropriétaire patron\u201d du super-marché embauche 300 employés salariés qui n\u2019ont rien à dire sur la gestion et les béné- 3 Les relations de la société économique: patrons et travailleurs par exemple, à l'époque d\u2019une technologie où les hommes travaillent ensemble, et non plus privément comme au temps de la technique artisanale.* Voir la thèse N® 1, \"dialectique matérialiste\u201d: toute évolution passe forcément par une \u201crupture\" révolutionnaire, c\u2019est la loi \"scientifique\" du progrès.542 fices de l\u2019entreprise et reçoivent simplement leur salaire en échange de leur \u201cforce de travail\u201d, entièrement subordonnée au pouvoir du \u201ccapitaliste-patron\u201d.Là est la \u201ctension\u201d, le conflit essentiel de la société humaine: technique collective \u2014 propriété individuelle.En effet, toute la \"superstructure\u201d (Etat, Eglises, Institutions, Mentalité) s\u2019édifie en fonction de ce mode \"capitaliste\u201d (comme en d\u2019autres temps, \u201cféodal\u201d) de production industrielle.Puisqu'il y a propriété \u201cprivée\u201d, tout est \u201cprivatisé\u201d: la mentalité est individualiste (\"chacun pour soi\u201d), l\u2019Etat ne s\u2019occupe que des droits de l\u2019homme individuel, la religion devient aussi individualiste, l\u2019école est \u201cconcurrentielle\u201d (chaque élève pour son compte \"contre\" les autres.).Plus grave: cette superstructure ainsi secrétée à partir des modes capitalistes de production, devient protectrice de ces privilégiés lors des contestations naissantes qui veulent une \u201céconomie sociale\u201d (socialiste) au lieu de la propriété privée, pour correspondre à une technologie devenue sociale.Ainsi, la \"classe dominante\u201d utilise-t-elle l\u2019Etat (ses lois, son code, sa police, son armée, son parlement, et même les élections!) pour se défendre, elle influence \u2018\u2018l\u2019idéologie\u201d par ses mass-media, etc.Même l\u2019Eglise est un bon \u201cgendarme spirituel\u201d (ou \u201copium du peuple\u201d) pour maintenir les peuples dans l\u2019obéissance et la résignation, les yeux levés vers un ciel qui les détourne de la terre et de ses conflits.Cette \u201cgrille de lecture\u201d appelle au moins deux séries de remarques: \u2014 D\u2019abord, elle attire l\u2019attention sur la relation de \"l\u2019humanisme\u201d et du \"travail\" que nos études classiques ou théologiques de naguère avaient presque entièrement omise.Nous étions des \u201cidéalistes\u201d, des \"moralisateurs\u201d.Jacques Maritain, récemment décédé, thomiste très ouvert, disait de cette vision de Marx qu elle était une excellente réaction, une \u201caper-ception vengeresse de la causalité matérielle\u201d.! C\u2019est bien dit! Le cultivateur change de mentalité quand il passe de l'âge du cheval à l'âge du tracteur.et le Québécois aussi quand il passe de l\u2019âge rural à l\u2019âge industriel.Cette grille de lecture nous fait mettre ensemble des phénomènes qui nous croyions totalement indépendants (technologie et théologie, par exemple) : merci à Marx.-\u2014¦ Mais une équivoque demeure: en fait, deux \"grilles\u201d sont possibles, selon deux \"pentes\u201d d\u2019interprétation de cette découverte: \u2014 Ou bien l\u2019infrastructure est considérée comme un des facteurs fondamentaux (non exclusifs) qui forment l\u2019esprit, la politique.543 la religion d\u2019une civilisation: dans nos sociétés modernes, l\u2019économie a une influence majeure qui \u201ccolore \u201d, modifie, oriente en effet cette \u201c superstructure\u201d.Cela, un chrétien '\u201cpersonnaliste\u201d peut très bien l\u2019admettre: C'est même l\u2019occasion de réfléchir à toutes nos \"complicités\u201d avec \u201cl\u2019ordre établi\u201d qui est si souvent l\u2019écrasement \"structurel\u201d des pauvres ou du Tiers-Monde.: silence conservateur masqué par nos \"charités\u201d individuelles.Le thème a été largement et heureusement développé en nos temps contestataires.\u2014 Ou bien \u2014 seconde pente possible \u2014 l'infrastructure est considérée comme déterminant toute la superstructure, c\u2019est-à-dire comme l\u2019explication toujours dernière de tous les comportements de l\u2019Etat, de la religion, du nationalisme, etc.Même s\u2019il y a des divergences entre une vision étroite de ce déterminisme3 et une vision plus \"dialectique\u201d et moins mécanique des rapports entre les \u201cétages\u201d, insistant plus sur le va-et-vient, des chocs en retour, une certaine \u201ccausalité réciproque\" (ainsi Althusser, en France), cependant la très grande majorité des marxistes affirme, avec Althusser, que toujours \"le facteur économique est dominante en dernière instance\".Ce qui revient à dire que l\u2019Etat démocratique, par exemple, n\u2019est que l\u2019expression des privilégiés oppresseurs: on pourra donc (il faut même) supprimer ces \"pauvres conquêtes\": élections, parlements, droits de l\u2019homme, existence d\u2019une presse critique, d'une opposition.Le \u201cdéterminisme économique\u201d justifie la \"dictature du prolétariat\u201d, et sépare ainsi les marxistes des socialistes qui, eux, estiment (en Angleterre, en Suède, en France, en Allemagne.) qu\u2019il faut garder cette démocratie née sous le capitalisme certes, mais qui n\u2019obéit pas seulement à \"l\u2019expression de la classe dominante\u201d: détruire le capitalisme, oui, mais sauver la démocratie, comme le voulaient les Tchèques en 1968 au printemps de Prague.\"Un socialisme à visage humain\u201d.5 La théorie stalinienne, selon laquelle la superstructure n'est que le reflet de l'économique: ainsi le roman, la peinture, devaient en URSS refléter la victoire du socialisme, être \"réaliste\u201d, \"positive\u201d.Picasso, c\u2019était la société capitaliste pleine de drame! Le style \"pompier\" en URSS est aussi catastrophique que chez nous l'académisme néo-gothique ou saint-sulpicien.544 Si tous les historiens soulignent maintenant l\u2019importance de la causalité économique, les vrais scientifiques de l\u2019histoire répugnent à la mettre toujours en dernière instance dans un faisceau de causes! Certains conflits s\u2019expliquent par l\u2019économique; d\u2019autres, pas essentiellement (ainsi la guerre de 19H).Dire par exemple que les Canadiens-français répugnèrent à se battre au côté de l'armée britannique en 1939-45 parce qu\u2019ils étaient contre l\u2019impérialisme français ou anglais.est-ce vraiment \u2019\u2019scientifique\u201d?Un chrétien, de son côté, peut très bien admettre, je crois (la Foi n\u2019en est pas juge!), la première pente \"fondamentale\u201d; mais je crois qu\u2019admettre la seconde pente \"déterministe\u201d c\u2019est finalement refuser le primat de notre Foi, la transcendance de la révélation en Jésus-Christ (qui n\u2019est pas une sorte de Spartacus).Ceci précisé avec force, il reste au chrétien à se remettre en cause, lui et son Eglise, en étant très stimulé par ces analyses marxistes; les chrétiens ont été très souvent les alliés \"objectifs\u201d d\u2019un capitalisme écrasant.Que font-ils pour le Tiers-Monde?Paul VI a nettement condamné le capitalisme international dans \"Populorum Progressio\u201d.3.Une grille d\u2019analyse économique: les contradictions du capitalisme On sait que Marx a été beaucoup plus \"critique du capitalisme\" que \"prophète du socialisme\u201d: après sa découverte des principes du matérialisme historique, il s\u2019est attaché toute sa vie6 à \"décrypter\u201d les lois scientifiques qui conduisent le capitalisme à sa perte en raison de ses contradictions sans cesse accrues: prolétarisation, paupérisation, baisse tendancielle du taux de profit (plus-value), crises économiques de plus en plus graves.Si l\u2019on veut éviter la fastidieuse lecture du \"Capital\", la brochure Salaires, Prix et Profits donne déjà une bonne idée de la \"grille\u201d.L\u2019idée fondamentale est la contradiction toujours croissante entre la gestion capitaliste et le progrès technologique.6 Sauf peut-être à la fin: certains marxologues estiment même qu\u2019il était assez découragé, et il n'a publié en 1864 que le 1« volume du Capital: les trois autres furent publiés par Engels après la mort de son ami.545 En effet, la domination absolue du propriétaire sur le salaire, lui permet de prélever sur le fruit du travail un profit, une \u201cplus-value\u201d que Marx chiffre souvent, dans ses exemples, à la moitié de la valeur produite.Ainsi, le salarié qui travaille 12 heures reçoit un salaire qui correspond à sa production de 6 heures: ce qui est le salaire minimum pour refaire sa \u201cforce de travail\u201d (besoins élémentaires et procréation-éducation de nouveaux travailleurs) alors qu\u2019il devrait être payé double, pour son travail intégral.Cette exploitation du travailleur, c\u2019est la \"plus-value\u201d, le profit capitaliste: pour le maintenir, on verse toujours un salaire minimum (paupérisation).Que fait le capitaliste de cet argent?Dans l\u2019ensemble, une fois déduite sa consommation, il le ré-investit: il remplace ses machines.Mais celles-ci, dans une période d\u2019inventions incessantes, ne cessent de se perfectionner et augmentent la \u201cproductivité\u201d du travail: avec ces machines améliorées, il suffira de la moitié du personnel antérieur pour fabriquer la même production.Or, selon Marx, si le nombre des salariés diminue pour une production constante, le \u201cprofit\u201d patronal va diminuer dans la même proportion puisque ce profit provient de l\u2019exploitation des heures de travail! Si la machine demande moitié moins d\u2019hommes, moitié moins d\u2019heures de travail, le profit diminue de moitié.: loi de \"baisse tendancielle du taux de profit\u201d (contradiction du capitalisme et du progrès technique).Pour maintenir son profit, que faire?Impossible de baisser les salaires déjà au minimum! On peut accélérer les cadences: la limite vient vite.Le plus simple c\u2019est de doubler son entreprise en \u201cavalant\u201d celle du concurrent voisin: ainsi on retrouve le même nombre d'ouvriers qu'avant! D\u2019où: concentrations capitalistes (jusqu\u2019aux monopoles, trusts.) et en même temps, augmentation du nombre des prolétaires.\u201cLes bourgeois créent eux-mêmes leurs propres fossoyeurs\", dit le Manifeste Communiste de 1848: la classe ouvrière devient de plus en plus nombreuse, et la classe bourgeoise de plus en plus petite.Peut-on \u201cl\u2019enterrer\u201d tout de suite?Patience, dit Marx (et encore plus Lénine): la révolution active (praxis) doit intervenir seulement 7 Cf \u201cQue faire?\" (1903): création du Parti \"bolchevik\u201d, cà.d.non \"social-démocrate; et en 1917, \"L'Etat et la Nation\".546 quand une bonne analyse (théoria) démontre que le capitalisme est assez affaibli (voir ci-dessous): et son affaiblissement c\u2019est la fatale \"crise\" économique.En effet, le progrès technologique accroit sans cesse les richesses, les biens proposés sur le marché \u2014 au moment même où le processus de prolétarisation, de paupérisation des masses s'accroît aussi (par tous les patrons, commerçants, agriculteurs, ruinés par la concentration et qui deviennent salariés).Crise: les biens restent sans acheteurs, le chômage augmente, les usines s'arrêtent: alors intervient l'action révolutionnaire: après la préparation lente de la révolution (ex.la glace qui se réchauffe jusqu\u2019à 31°), il y a la rupture finale, le capitalisme s\u2019effondre pour laisser place au socialisme, comme la glace qui disparait à 32° pour laisser place à l'eau.Du temps de Marx, certainement, cette analyse était proche de la réalité.Mais les syndicats sont nés, et protègent le salaire.; et les capitalistes se sont aperçus, avec Ford en 1936, que les hauts salaires étaient nécessaires dans une \u201csociété de consommation\u201d (non prévue par Marx).Lénine a alors rajeuni la thèse en parlant dès 1916 de \"l\u2019impérialisme, stade suprême du capitalisme\": grâce à la trahison de \u201cl\u2019aristocratie syndicale\u201d et de la social-démocratie (c.a.d.des socialistes non marxistes), le capitalisme a relevé le niveau de vie du monde ouvrier en Occident, le profit étant pris désormais sur le Tiers Monde pillé.Mais la même contradiction se poursuit \"scientifiquement\u201d: dès que la crise (la guerre souvent!) éclatera entre pays impérialistes, ou entre Occident et Tiers Monde, ce sera la fin dernière (\"stade suprême\u201d disait Lénine en s\u2019opposant à la marxiste Rosa Luxembourg qui n\u2019en était guère persuadée.) du système capitaliste.Rosa Luxembourg aurait sans doute de quoi justifier sa thèse aujourd\u2019hui, où le capitalisme évolue à nouveau: les pays riches, en particulier, font de plus en plus de commerce entre eux: la part du Tiers Monde dans le commerce international est tombée, en quinze ans, de 31 à 17%.et l\u2019enrichissement de l'Occident n\u2019a jamais connu de cadence aussi rapide, en dépit de nombreuses difficultés (monétaire en particulier).Un livre comme celui de Paul Baroch (Le Tiers Monde dans l\u2019impasse, N.R.F., Paris 1971) montre bien, en économiste, au-delà des faciles clichés habillés en statistiques, à la fois la \"culpabilité\u201d et la prospérité de l\u2019Occident.C\u2019est ici qu\u2019une double direction est possible à propos de l\u2019analyse critique du capitalisme: 547 \u2014 Ou bien conserver cette grille marxiste qui entend démontrer scientifiquement\" les contradictions du système capitaliste au nom des lois du matérialisme dialectique et historique, en dehors de toute critique \u201cmorale\u201d, qualifiée d\u2019\u201cidéaliste\u201d; \u2014 Ou bien, si l\u2019on est socialiste, fonder cette critique sur un refus moral, \u201chumaniste\u201d, de ce système capitaliste.Techniquement, il peut sans doute s'adapter encore et survivre longtemps: n\u2019est-il pas curieux qu\u2019en dépit de ces analyses \u201cscientifiques\u201d aucun pays industriel avancé ne soit passé au socialisme marxiste, celui-ci étant essentiellement au pouvoir dans des pays peu industriels au départ, donc sans \u201ccontradictions\u201d ni \u201cclasse ouvrière\u201d?Le système fondé sur la décision des seuls \u201cpropriétaires\u201d (ou de leurs représentants), laisse \u201centièrement passifs et silencieux\u201d les salariés, comme le disait Jean XXIII dans \"Mater et Magistra\", mais des salariés de société de consommation., ce système est-il réellement \u201cputrescent\u201d, \u201cmoribond\u201d, comme Marx et Lénine, puis Mao, l\u2019ont écrit tant de fois depuis 120 ans?Rendre au travailleur sa responsabilité, créer une vraie démocratie économique pour compléter la démocratie politique, trop \u201cformelle\u201d, n\u2019est-ce pas une \"volonté\u201d à créer plus qu\u2019une dialectique \"scientifique\u201d à seconder?Quelle grille est la meilleure?Y répondre supposerait un très grand travail d\u2019analyse économique précise, au-delà des affirmations dogmatiques.Ces travaux existent, entrepris même par des marxistes, Garaudy par exemple.Nous ne pouvons ici y entrer.La grande masse des marxistes soutient ici la grille \u201cscientifique\u201d, tout comme elle soutenait le \"matérialisme dialectique\u201d (voir I): les socialistes non marxistes soutiennent davantage une critique \u201chumaniste\u201d du capitalisme, tout comme ils préfèrent fonder leur lutte sur \u201cl\u2019aliénation\u201d plus que sur la \u201cdia mat\u201d.Venons-en à l\u2019organisation de cette \u201clutte des classes\u201d.4.Action politique et Parti révolutionnaire Marx écrivait à son ami Wiedemeyer en 1852: \"En ce qui me concerne, je n'ai ni le mérite d'avoir découvert l\u2019existence des classes dans la société, ni celui d'avoir découvert leur lutte.Ce que j'ai fait de nou- 548 veau consiste dans la démonstration suivante: 1° Vexistence des classes ne se rattache qu'à certaines luttes définies, historiques, liées au développement de la production: 2° la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat: 3° cette dictature elle-même constitue seulement la période de transition vers la suppression de toutes les classes et vers une société sans classes.\" Ces précisions éclairent nos dernières réflexions.Deux \"pentes\u201d encore à propos de la lutte des classes: son style \"marxiste\u201d ou son style \"socialiste\u201d: \u2014 Le style marxiste est bien défini ici: le conflit repose seulement sur un conflit de nature économique, à l'exclusion de toute autre raison (de nationalisme, de complexité industrielle, de valeurs diverses.): l\u2019adversaire fondamental est le seul \u201ccapitaliste\u201d.\"Pour conduire cette lutte des classes, il faut une organisation de la classe ouvrière très poussée, capable d\u2019instaurer une provisoire \"dictature\u201d politique.Lénine a durci encore cette position, contrairement aux syndicats ou partis socialistes du temps.Il faut que le Parti s\u2019organise à partir d\u2019une \u201cminorité active\u201d qui encadre les masses ouvrières.Car les travailleurs n\u2019ont pas par eux-mêmes la conscience révolutionnaire, mais seulement la conscience \u201ctrade-unioniste\u201d, comme dit Lénine: ils pensent à défendre leur niveau de vie et non à changer le système.L\u2019esprit révolutionnaire dans la lutte leur est apporté \"de l\u2019extérieur\u201d par cette minorité active du Parti, conduit par sa tête, \"avant-garde éclairée du prolétariat\u201d.On ne fait pas la révolution en anarchiste, en terroriste, à coups de bombes ou d\u2019enlèvements.Le \"centralisme démocratique\" du Parti dirige la lutte des classes de deux façons: 1° en analysant \"scientifiquement\" l\u2019état de l\u2019adversaire: la contradiction est-elle bien avancée?l\u2019abcès est-il presque mûr?.Cette analyse \u201cthéorique\u201d détermine la \u201cligne\u201d du Parti.2° en organisant de manière très disciplinée (\"discipline de fer\u201d) les combattants: c\u2019est le \u201cbolchévisme\u201d au sens strict.Ces militants disciplinés auront au préalable \"noyauté\u201d les organisations ouvrières (syndicats, journaux, associations de base): le jour où l\u2019abcès est mûr, on commence la lutte \"finale\u201d qui détruit le capitalisme.C\u2019est la \"praxis\u201d révolutionnaire, où l\u2019organi- 549 sation et la conscientisation politique doivent dominer toutes les autres formes de regroupement des travailleurs.\u2014 La lutte des classes plus \"socialiste\u201d que marxiste, c\u2019est la seconde pente possible: que les forces populaires s\u2019unissent pour transformer le système économique.Mais on n\u2019escompte pas un effrondrement industriel.La machine industrielle est très complexe (la \u201ctechnostructure\u201d, dit Galbraith dans son analyse moderne du \u201cNouvel Etat industriel\u201d): il s\u2019agit d\u2019en con-trôler les rouages pour le bien de tous: la \u201cplanification\u201d moderne, permise par les découvertes de la macro-économie et les méthodes de la comptabilité nationale, est peut-être plus efficace et moins lourde que la \u201cnationalisation\u201d généralisée, préconisée en 1850.Et il s\u2019agit surtout d\u2019assurer à la base une sorte d\u2019\u201cautogestion\u201d progressive, permise par une prise de conscience et de responsabilité d\u2019un maximum de personnes qui s\u2019y exercent en de petites organisations locales: celles-ci paraissent souvent inutiles aux idéologues impatients, alors qu\u2019en fait elles préparent des citoyens capables de gérer une société vraiment démocratique, sans \"dictature\" d\u2019une minorité active qui, comme l\u2019objectaient déjà R.Luxembourg et Trotsky à Léline en 1903s, prépare la dictature autoritaire de quelques-uns ou même d\u2019un homme au nom d'un peuple \u2014 étonnante prévision du \u201cstalinisme\u201d quelque 30 ans avant \u2014 et non d\u2019une vraie démocratie.La lutte est menée ici en s\u2019inspirant d\u2019un \"humanisme\u201d qui ne croit pas au déterminisme historique \"scientifique\u201d, et de principes de \"promotion collective\u201d, préférant la formation lente d\u2019authentiques militants et militantes du milieu populaire à l\u2019encadrement d'une minorité active qui embrigade souvent plus qu\u2019elle n\u2019explique (car \"il n\u2019y a rien à faire comprendre à ces gens-là\u201d.!) Il semble bien qu\u2019il y ait là une double mentalité très différente: depuis ce conflit de 1903 entre \"bolcheviks\u201d léninistes et \"mencheviks\u201d sociaux-démocrates, le mouvement socialiste mondial est resté profondément divisé.On en voit les effets quand on connaît de près les 8 Voir l'édition de \"Que faire?\" de Lénine, parue aux Editions du Seuil, collection P.Pasis.550 énormes difficultés du si regretté Allende, tiraillé entre les tendances opposées de la coalition qui le soutenait: les excès des \u201cgauchistes\" ne favorisent-ils pas toujours les excès des \"droitiers\u201d, pour employer un vieux langage marxiste?Il ne m\u2019appartient pas d\u2019apprécier Octobre '70 au Québec: mais les français l\u2019ont vérifié en Mai \u201968: les élections de Juin 68 ont été plus à droite que jamais! 5.L\u2019objectif final: une Démocratie populaire La phrase de Marx citée plus haut permet là aussi de déterminer la double \"pente\u201d du mouvement socialiste.\u2014 Les socialistes non marxistes, surtout dans les pays industriels qui connaissent depuis longtemps la démocratie libérale et les \"Droits de l\u2019Homme\", pensent que cette démocratie doit consister à élargir la démocratie politique en démocratie écono~ mique.Le \"citoyen\u201d a quand même son mot à dire dans le choix et le contrôle des chefs politiques: il faudrait que le \u201ctravailleur\u201d ait son mot à dire dans le choix et le contrôle des chefs économiques.Mais supprimer le captitalisme ne veut pas dire renoncer à la démocratie déjà existante.Sans doute, y a-t-il souvent une utilisation de l\u2019Etat par les privilégiés du système ( le Droit, la police au secours de la propriété, etc ) : mais ces abus -\u2014 encore plus flagrants d\u2019ailleurs au temps de Marx vers 1850, où il n\u2019y avait aucun Droit de travail, aucun syndicat, où la politique et l'instruction étaient le domaine réservé des seuls \"notables\u201d \u2014 ne signifient pas que l\u2019Etat actuel ne soit que l\u2019expression politique de la classe dominante, comme le prétendent dogmatiquement Lénine et ses disciples, au nom d\u2019une vision étroite de la \"superstructure reflet\u201d (voir 2).Les Tchèques au printemps \u201968, voulaient maintenir le socialisme mais retrouver la démocratie: supprimer la censure, permettre l\u2019existence d'une presse et d\u2019un parti d\u2019opposition, assurer l'indépendance du syndicat par rapport au Parti gouvernant.Les chars russes sont intervenus pour défendre la \"dictature du prolétariat\u201d.comme en sens inverse l\u2019armée chilienne (là, dans son propre pays) pour supprimer un socialisme démocratique.Comme \"les faits sont têtus\u201d et l\u2019Histoire plus complexe que l\u2019idéologie! 551 \u2014 Al' inverse donc, les maxistes classiques croient que la prise de pouvoir \u201cpopulaire\" doit nécessairement s\u2019accompagner de la suppression \"provisoire\" de la démocratie: aucun inconvénient, puisqu\u2019elle était uniquement un camouflage du pouvoir oppressif des privilégiés capitalistes.Deux objectifs sont donnés à cette dictature exercée par le Parti au nom du peuple1 1° empêcher le retour des capitalistes (\"la lutte des classes s\u2019amplifie dans les pays socialistes\u201d, disait Mao, reprenant le vieux slogan \u201cclasse contre classe\u201d abandonné par les soviétiques depuis 1934), et 2° rééduquer le peuple habitué au \u201cchacun pour soi\u201d du libéralisme, pour lui donner le sens communautaire au terme de ce \"noviciat\u201d autoritaire.Toute critique ou opposition ne peut donc être que \u201cvestige du capitalisme\u201d, trahison du peuple, révisionnisme bourgeois, etc.Après cette phase \u2014 qu\u2019aucune démocratie de l\u2019Est n\u2019a encore franchie, l\u2019URSS de 1917 restant toujours \u201csocialiste\", c.a.d.dictatoriale, et non \u201ccommuniste\u201d c.a.d.société sans classe et sans Etat \u2014 ce sera la société sans antagonismes.Puisque tout conflit vient de la scission économique Capital-Travail, une fois bien supprimé le capitalisme, il n\u2019y a plus aucune \u201cbase objective\" pour des oppositions de groupes, d\u2019intérêts, de nations, etc.La société sans classe est donc forcément sans opposants; et comme l\u2019Etat était uniquement un moyen oppressif au service de la classe dominante (la bourgeoisie avant la révolution, le prolétariat après.) il disparaît lui aussi avec la disparition de l\u2019antagonisme des classes.\"Le gouvernement des personnes est remplacé par l\u2019administration des choses\u201d, selon la vieille formule de Saint-Simon, ancêtre de Marx.On pourra évidemment discuter longuement de ces méthodes: les marxistes objectant l\u2019échec d\u2019Allende, les autres parleront de Prague, de Soljenytsine ou de Seklasov, en rappelant que le socialisme peut aboutir non à la démocratie mais à une sorte de fascisme autoritaire d\u2019une \"nouvelle classe dirigeante\u201d, pour reprendre l\u2019expression du yougoslave marxiste Milovan Djilas, très critique pour son propre régime, un peu à l\u2019image de Garaudy.Nous avons seulement essayé de présenter ici les divergences d\u2019un mouvement socialiste qui est loin 552 d\u2019être \"scientifique\u201d et unitaire.Et il est sûr aussi que notre personnalisme\u201d évangélique nous pousse à certaines préférences, clairement manifestées.* * « C\u2019est encore l\u2019influence de ce \"personnalisme\u201d qui nous amènera peut-être, dans nos engagements politiques, à nous poser quelques questions : \u2014\tsur fespérance du Royaume et l\u2019effort politique.La politique est sûrement liée à la construction du Royaume; le christianisme a été beaucoup trop \"privatisé\u201d, comme disent les théologiens allemands.Mais en même temps, le Royaume reste \"eschatologique\u201d, horizon de l\u2019histoire\u201d, comme l\u2019a bien vu Garaudy dans \" L'Alternative\".Peut-on imaginer une société où, tout antagonisme disparu, la vertu des chefs faits serviteurs du peuple, est si certaine qu'il n\u2019y a plus d\u2019opposition ni de critique permises?Au nom du Royaume même, le chrétien doit rester \"critique\u201d, sous peine de retomber dans un nouveau \u201cchristianisme constantinien\u201d, pour reprendre une formule commode; -\u2014 sur la participation de tous.Il ne faut pas seulement faire le vrai bien du peuple, mais le vouloir aussi par le peuple.Le progrès du \"personnalisme\u201d est essentiel au Royaume; \u2014\tsur la recherche permanente de la \"vérité\": \u201cC\u2019est la vérité qui est libératrice\u201d, comme le dit s.Jean.C\u2019était le propos de Marx d\u2019enlever tous les camouflages de nos hypocrites sociétés bourgeoises.Harmonisons s.Jean et Marx.en dénonçant sans cesse au nom de la vérité les mutilations de l\u2019homme, et aussi en renonçant aux facilités démagogiques, aux déformations idéologiques dans la lecture de la réalité, si fréquentes aujourd\u2019hui.La polémique ne peut remplacer le sérieux de l\u2019étude: à court terme, on y gagne peut-être; sûrement pas à long terme, au contraire! Engageons-nous avec cette \"arme de lumière et de vérité\u201d comme dit s.Paul.Cela nous permettra d\u2019étudier notre société avec une \"grille\u201d authentique, sans jamais risquer de devenir prisonniers d\u2019une grille transformée en cage! 553 RÉPONSE AUX QUESTIONS 1.Faut-il travailler encore dans les services?La question-clé est ici le lien qui existe entre une transformation globale de la société et 1 action quotidienne des services à rendre, comme une coopérative, un service de santé ou de relogement, etc.Si on se réfère à l\u2019expérience générale des mouvements mondiaux, on trouve deux tendances: la tentation du gauchisme et celle de l'opportunisme intégrateur.Le gauchisme est une politisation qui ne tient plus compte du concret, des besoins immédiats.C\u2019est souvent le fait d'intellectuels qui sont plus ou moins coupés des masses populaires réelles; il germe dans les universités, les écoles, et chez les idéologues coupés de la vie quotidienne.Le gauchisme consiste à dire qu\u2019à partir du moment où on entreprend une action pratique pour venir en aide à un besoin immédiat c\u2019est mauvais parce que les gens vont être un peu satisfaits et moins révolutionnaires.Il ne faut donc pas poursuivre ces actions pratiques parce qu\u2019elles désarment la révolution: mieux vaut que les gens souffrent plus longtemps et qu\u2019on fasse la rupture radicale que d\u2019avoir le souci quotidien des services.Il met l\u2019accent sur le global politique et oublie le quotidien.L'opportunisme ou l\u2019intégrationnisme met, au contraire, l\u2019accent sur la solution des cas particuliers et perd dans le quotidien les objectifs d'un changement plus profond de la société.Il dit: \u201cSoyons vraiment dans l\u2019action, le reste n\u2019est que du verbillage\u201d.Les évêques du Brésil reconnaissent, au contraire, que \"la grande aspiration du moment présent appelle un projet historique global de transformation de la société\u201d (24).Les vrais marxistes disent: évitons le gauchisme qui est une pureté inefficace refusant l\u2019action quotidienne, mais évitons aussi le danger d\u2019opportunisme qui consiste à subvenir à des besoins pris un à un, ce qui serait de l\u2019intégration.L'action des mouvements sociaux et chrétiens est d\u2019être proche des problèmes que l\u2019on peut immédiatement résoudre et en même temps, à l'occasion des gestes, éduquer à voir la perspective générale qui pro- 554 voque cette situation.Je dis donc oui aux \u201cservices\": je les trouve avantageux pour deux raisons au niveau de ma foi chrétienne.Quand mon frère est en difficulté, je dois l'aimer à deux niveaux: au niveau immédiat des services à lui rendre et à celui, plus profond, des causes de sa situation.Ozanam, le fondateur de la Société St-Vincent de Paul, qui était un homme politique, avait une double idée: connaître et aider les pauvres, puis dans un deuxième temps, réunir en une conférence les gens qui avaient découvert la misère pour en voir les causes.Mais la Conférence a été détournée de son objectif par l\u2019esprit bourgeois.Le service est bon à condition qu\u2019il ne voile pas les causes.Si le service met en action le maximum de personnes pour le gérer, on ne perd jamais son temps, on développe un esprit de responsabilité.Si on a rendu les gens plus gestionnaires en les libérant du paternalisme, même si l\u2019action ne va pas très loin dans le bouleversement de la société, on n\u2019a pas travaillé inutilement.Deux conditions sont nécessaires cependant pour éviter l'intégra-tionnisme.Il faut reconnaître la nécessité de groupes qui sont à gauche de nous, surtout quand ces services sont contrôlés par le gouvernement ou par l\u2019Eglise; si nous sommes sur la défensive à l'égard des groupes de gauche, il y a quelque chose qui ne va pals dans le sens de la transformation sociale.La deuxième condition est d\u2019être en lien organique avec des groupes qui, offrant des services semblables, sont orientés vers la transformation radicale de la société.On ne doit pas opposer \u201cservices\u201d et \u201caction révolutionnaire\u201d, même si actuellement au Québec il est difficile d\u2019entrer dans ces services sans perdre de vue la transformation totale de la société: les militants sont actuellement en recherche sur ce point.2.Chrétiens et marxistes peuvent-ils collaborer?En se reportant aux exposés qui précèdent, on constate qu\u2019il existe actuellement deux interprétations possibles du marxisme.Il y a l\u2019interprétation traditionnelle qui est \u201cdéterministe\u201d: les rapports de production économique \"déterminent nécessairement\u201d l'histoire de la société et l\u2019avenir de l\u2019homme.Mais il y a aussi une autre interprétation, plus humaniste et plus personnaliste.Selon cette interprétation, représentée entre autres par R.Garaudy, la situation économique est fondamentale 555 pour comprendre la pensée et l\u2019organisation sociale, mais elle n\u2019est pas déterminante; ce sont les aspirations humaines et non les \u201clois scientifiques\u201d qui rendent compte de la marche de l\u2019histoire.Le chrétien peut se sentir en affinité avec cette interprétation.Il faut porter une attention spéciale à l\u2019ambiguïté du mot \u201cscientifique\" lorsque l\u2019on parle du marxisme.Il est une science qui tente d\u2019expliquer la société dans son ensemble, à partir des relations au niveau de la production des biens matériels.A ce titre, il se situe parmi les sciences humaines de la société et de l\u2019histoire.Mais le mot \u201cscientifique\u201d peut avoir aussi un sens philosophique: la Science des sciences, celle qui a le dernier mot sur toute la réalité humaine.Le marxisme, selon l\u2019interprétation traditionnelle, prétend expliquer jusqu\u2019aux \u201cfins dernières\u201d de l\u2019homme et de la société.Ces deux conceptions ont des conséquences différentes au niveau de la vie.Pour les premiers, la lutte des classes est un sursaut d\u2019humanité chez l\u2019homme opprimé, aliéné par sa situation dans les rapports de production.Pour les autres, elle est une loi scientifique à promouvoir systématiquement.Chez les premiers elle est une prise de conscience des personnes, chez les seconds une prise de conscience des lois de l\u2019histoire.La première conception inspire un socialisme démocratique et humain; la seconde donne naissance à un communisme autoritaire et monolithique.Le chrétien peut entrer en collaboration avec les marxistes \u201cpersonnalistes\u201d, utiliser avec eux l\u2019instrument d\u2019analyse du fonctionnement de la société qu\u2019ils proposent; les évêques du Nord-Est du Brésil nous en donnent un exemple.Tôt ou tard, cependant, chrétiens et marxistes seront confrontés dans leur conception de l\u2019homme et de sa relation avec Dieu.J.R.et Y.V.(résumé par Paul-Emile Charland) 556 Christianisme et analyse marxiste Document du Nord-Est du Brésil \"J'ai vu la misère de mon peuple et j'ai entendu les cris que lui arrachent ses oppresseurs.Oui, je connais ses angoisses\".(Exode 3, 7) 1\t\u2014 Ces paroles du livre de l\u2019Exode, dites par Dieu à Moïse, donnent aujourd\u2019hui la mesure exacte de nos sentiments.Devant la souffrance de notre peuple, humilié et opprimé depuis tant de siècles en notre pays, la Parole de Dieu nous presse à prendre position.A prendre position aux côtés du peuple.A prendre position aux côtés de tous ceux qui, avec lui, travaillent à sa libération véritable.I.Pourquoi nous prenons position 2\t\u2014 Sur les traces de Moïse, nous voulons remplir notre mission de pasteurs et de prophètes auprès du peuple de Dieu.Si nous sommes amenés à prendre la parole, c\u2019est sous l\u2019impulsion de la Parole de Dieu qui juge les événements de l\u2019histoire.C\u2019est dans cette lumière que nous cherchons à interpréter les gémissements du peuple, les faits et les événements de chaque jour que vivent les gens marqués par la souffrance.Faits et événements dont la véracité est démontrée par l\u2019analyse sérieuse de la réalité humaine que nous vivons.3\t\u2014 Il est évident que, conscients de nos fréquentes omissions et de nos erreurs au long de l\u2019histoire de notre Eglise au Brésil, nous nous sentons impuissants et intimidés devant une si grande tâche.Spontanément nous répétons la plainte de Moïse à Yahvé: \u201cQui suis-je pour aller trouver 557 Pharaon?\".Mais nous connaissons aussi la force du Très-Haut, la grâce de celui qui nous a appelés et envoyés: \"Je serai avec toi, dit Dieu\" (Exode 3, 11-12).4\t\u2014 C\u2019est la raison pour laquelle, en cette année jubilaire de la \u201cDéclaration Universelle des Droits de l\u2019Homme\u201d et à l\u2019occasion du 10e anniversaire de l\u2019encyclique \u201cPacem in Terris\u201d du pape Jean XXIII, des évêques et des supérieurs religieux du Nord-Est brésilien, en accord avec les conclusions et les appels de la 13e Assemblée générale de la Conférence nationale des Evêques du Brésil qui s\u2019est tenue au mois de février dernier, ont décidé de rendre public ce document qui représente une expression de leur mission ainsi qu\u2019une façon de commémorer des faits aussi importants.Pour cette commémoration, nous ne pouvons pas nous contenter de paroles de pure rhétorique, dénuées de sens du réel et dépourvues d\u2019incidences sur la vie du peuple.\"Va donc sur l\u2019heure, je t\u2019aiderai à parler et te suggérerai ce que tu devras dire\" (Exode 4, 12).5\t\u2014 Nous ne voulons pas, répétons-le utiliser de façon erronée ou inadaptée notre pouvoir et devoir de parler.De parler au nom de Dieu, dans ce moment historique, aux hommes de notre pays, pour les inviter à une véritable conversion, c\u2019est-à-dire à un loyal examen de leur comportement humain et à une radicale transformation de leur vie entière \u2014 individuelle et collective \u2014 sous la conduite de l\u2019Esprit-Saint.Celui-ci nous est en effet donné comme la Force de Dieu pour faire la créature nouvelle et pour renouveler la face de la terre.Aussi, en nous appliquant à interpréter le jugement de Dieu sur la réalité des hommes et des choses conformément à ce que nous jugeons être notre mission de pasteurs et de prophètes, notre parole veut être le moyen vivant et efficace d\u2019une interpellation capable, telle une épée affilée, de pénétrer jusqu\u2019à l\u2019intérieur de l\u2019homme et de discerner les sentiments de son cœur (cf.Hébreux 4, 12).6\t\u2014 Avant de nous adresser aux autres, nous cherchons nous aussi, en cet instant, à écouter l\u2019interpellation de Jésus, \"le témoin fidèle et vrai\" (Apocalypse 3, H) qui nous exhorte à la fidélité et secoue la torpeur de nos Eglises.C\u2019est lui en personne qui leur attribue leur mission irrécusable, faite de présence et d'action dans le flot de l\u2019histoire des hommes.\"Que celui qui a des oreilles écoute ce que dit l\u2019Esprit aux Eglises\" (Apocalypse 1, 3).558 7\t\u2014 Que l'on ne vienne pas nous dire que ce n\u2019est pas notre rôle de parler concrètement de la réalité humaine, pour mieux nous reléguer sur un prétendu plan spirituel.Pour nous, le plan spirituel recouvre l\u2019homme dans sa totalité, dans toutes ses dimensions, à condition qu\u2019on le regarde sous la lumière du jugement de Dieu, qui est sans appel, et sous l\u2019action totalisante de son Esprit.En tant que pasteurs, il est donc aussi de notre droit et de notre devoir de traiter des problèmes humains, et par conséquent, de questions économiques, politiques et sociales, dans la mesure où elles concernent l'homme et engagent Dieu.8\t\u2014 Si nous sommes fidèles à l\u2019Evangile, notre engagement se trouve vraiment du côté du peuple.Du côté de ses espoirs.Du côté de sa libération.Au fait, n\u2019est-ce pas à ses côtés que Dieu s\u2019est engagé?La Bible a-t-elle une autre signification que celle de nous révéler l\u2019engagement de Dieu avec le peuple, l\u2019Alliance de Yahvé avec l\u2019histoire des hommes?Jésus-Christ celui en qui s\u2019est réalisée cette communion définitive, n\u2019a-t-il pas défini sa vie comme étant celle du bon pasteur qui donne sa vie pour son troupeau?9\t\u2014 En essayant humblement de prendre conscience de notre mission, nous demandons à Dieu la force d\u2019élever la voix, dans l\u2019espoir que la menace du Seigneur contre les prophètes et les pasteurs infidèles ou défaillants ne retombe aussi sur nos propres têtes: \"Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit sans rien voir.A cause de vos paroles vaines et de vos visions mensongères, oui, je me déclare contre vous.car ils égarent mon peuple en disant tout va bien alors que tout va mal.Malheur aux bergers d\u2019Israël qui se paissent eux-mêmes.Les brebis sont dispersées, faute de pasteur, pour devenir la proie de toute bête sauvage\" (Ezéchiel 13, 3, 8, et 34, 2, 5,).10\t\u2014 Notre responsabilité de pasteurs nous met, une fois encore, face à un défi: la fidélité continuelle à l\u2019homme dans son contexte historique.Nous sommes des serviteurs, des ministres de la libération.\"C\u2019est pour que nous devenions libres que le Christ nous a libérés\" ( Galates 5, 1 ).Comme ministres de la libération, nous devons avant tout travailler à notre conversion permanente afin de pouvoir mieux servir.Nous devons accepter que l'homme du Nord-Est nous interpelle en réclamant à grands cris ce ministère de la libération et en appelant à notre effort de partage de sa \u201cfaim et soif de justice\".11\t\u2014 En marche vers sa libération, l\u2019homme du Nord-Est interpelle notre société et se heurte à ses préoccupations de profit qui s\u2019accom- 559 pagne de la manipulation des statistiques et des données, dans un effort de justification de \u201cla violence instituée\u201d dans laquelle nous vivons, pour reprendre 1 expression de la 2e Conférence du Conseil Episcopal Latino-américain (CELAM) de Medellin.C\u2019est aussi notre Conférence épiscopale continentale qui caractérise la situation des sociétés des pays d Amérique latine comme \u201cune situation de péché\u201d.Affermis, donc, dans la conviction de notre charge pastorale et prophétique, nous allons, en ce temps de défi, parler pour commémorer des événements qui, par eux-mêmes, nous interpellent.12 \u2014 Nous allons nous référer à des données objectives, issues d\u2019enquêtes et au contenu technique, de manière à ce que notre jugement, porté au nom de Dieu, ne soit pas le reflet d\u2019impressions superficielles et d\u2019attitudes subjectives.Mais notre perspective reste celle de l\u2019homme, l\u2019homme tout entier et tous les hommes.Elle est celle de Dieu qui, en se faisant homme dans le Christ, a fait de l'homme la mesure de toutes choses.(Les évêques rapportent ici les \"données objectives\" de la situation) 2.Le monde est le lieu du salut 13 \u2014 L\u2019Eglise ne peut rester indifférente devant [.] ce qui se passe sous nos yeux, dans un cadre de vie humaine rendant la réalité encore plus poignante et tragique en vertu des aspects psychologiques et moraux qu\u2019elle implique.Par vocation divine, nous appartenons à la souche de ceux qui doivent s\u2019engager aux côtés des rejetés de la société dans la mesure où, nous aussi appartenant à la même race humaine, nous sommes \"enveloppés de faiblesse\" (cf.Hébreux 5, 2).Notre conscience chrétienne à l\u2019égal de celle de Pierre et des Apôtres aux origines de l\u2019Eglise, ne pouvait nous permettre de nous taire (cf.Actes des Apôtres 4, 19, 20).M \u2014 Nous savons que nous ne serons pas compris par ceux qui ne peuvent ni ne veulent nous comprendre, pas même devant la force des faits, à cause de l\u2019égoïsme de leurs intérêts.Ils sont des avocats complaisants du status quo.Pour des raisons évidentes, ils font de la foi chrétienne un simple sujet de relation personnelle avec Dieu, sans interférence aucune avec l\u2019action politique et sociale de l\u2019homme.Ils attribuent un caractère privé à la religion.Ils l\u2019utilisent comme un instru- 560 ment idéologique pour la défense de groupes et d\u2019institutions qui ne sont pas vraiment au service de l\u2019homme, et ils s\u2019opposent ainsi aux desseins de Dieu.St-Jacques témoignait déjà à leur sujet: \"N\u2019est-ce pas tes riches qui vous oppriment?N'est-ce pas eux qui vous traînent devant les tribunaux?N\u2019est-ce pas eux qui blasphèment le beau Nom qu\u2019on a invoqué sur vous?\" (Jacques 2, 6, 7).Le pape Jean XXIII de son côté, regrettait la mentalité faussée, de ce point de vue, de nombreux chrétiens bien intentionnés en déclarant dans \"Pacem in Terris\u201d: \"Si la foi religieuse des croyants est maintes fois en désaccord avec leur manière d\u2019agir, cela provient encore, pensons-nous, du fait que leur formation en matière de doctrine et de morale chrétiennes est restée insuffisante\u201d (Pacem in Terris n° 66).15\t\u2014 Il nous revient, dans cette partie finale, de souligner que nous ne pouvons pas concevoir l'Eglise comme une réalité séparée du monde, comme un ghetto à part.L\u2019Eglise est au service du monde.Elle est tournée vers lui (cf.la constitution conciliaire \u201cGaudium et Spes\u201d).Elle s\u2019identifie même à lui en partie quand elle exprime la dimension de grâce et d\u2019amour de Dieu enfouie dans cette réalité humaine.C\u2019est le monde qui est le lieu où se réalise le salut de Dieu aimant réellement tous les hommes.C\u2019est donc au cœur de l\u2019humanité, dans l\u2019étendue de l\u2019histoire des hommes qu\u2019agit l\u2019amour vivifiant de l\u2019Esprit du Christ.Comment alors s\u2019absenter du monde?Comment lui être indifférent ou opposé, sauf dans le combat contre le péché, la misère et l\u2019esclavage?16\t\u2014 Ainsi, au-delà des sacrements qui sont les signes spécifiques de la foi et de la grâce rédemptrice, les réalités humaines peuvent aussi dans leurs sphères les plus variées, être médiatrices du salut, facteurs de communion avec Dieu dans le service et la communion avec nos frères de faiblesse et d\u2019humanité (cf.Matthieu 25).19 \u2014 Le salut ne se définit pas comme une réalité située en dehors du monde, celle que l\u2019on ne pourrait atteindre que dans la trans-histoire, dans la vie d\u2019outre-tombe.Il commence ici même.La vie éternelle \"non encore\" consommée nous est \"déjà\" donnée par le Fils de Dieu, dans l\u2019ici et l\u2019aujourd\u2019hui de la vie humaine (cf.Jean 5, 24; 6, 40; etc.).Ce salut venu de Dieu et qui jaillit dans la pâte humaine, dans le tissu de l\u2019histoire, va se révélant au cours du long et complexe processus de la libération de l\u2019homme.Conjointement avec une dimension personnelle et intérieure, la libération totale de l\u2019homme n\u2019est pas possible si elle n\u2019inclut pas une dimension politique, si elle ne suppose pas un contexte 561 économique et social.C\u2019est pour cela que, conformément aux desseins du Père, la libération s\u2019accomplit par et dans le peuple, là où se vérifie la dimension sociale et politique de l\u2019homme.Dieu sauve chacun d entre nous dans un peuple, \"le peuplé de Dieu', objet de son amour.18\t\u2014 Comme au temps de Moïse, un peuple qui cherche à réaliser sa promotion et à secouer le joug de l\u2019esclavage, accomplit par là-même un aspect du dessein de Dieu et annonce, même s\u2019il n\u2019en a pas une conscience claire, le salut qui s\u2019opère en lui (cf.Exode 12).19\t\u2014 Il est évident que les détenteurs de pouvoir esclavagiste n\u2019admettent pas, comme autrefois Pharaon, de reconnaître les valeurs de salut dans la lutte du peuple.Ils ne veulent pas voir le présence de Dieu dans l\u2019émergence vivante des pauvres.Ceux-ci, cependant, \"les pauvres de Yahvé\" sont le lieu privilégié de la révélation de Dieu, la chaire quotidienne de sa Parole dans les événements de l\u2019existence, dans l\u2019espérance qui ne faillit pas, dans les aspirations à la libération, à la paix et à la fraternité.Les oppresseurs, quant à eux, qui se servent à tout moment de la repression ils se servent aussi de Dieu dans leur argumentation idéologique pour l\u2019attirer de leur côté, pour en faire leur instrument, pour le mettre au service de \u201cl\u2019ordre établi\u2019\u2019, selon leur convenance.Mais la Vierge Marie, mère de Dieu et humble fille du peuple, a renversé cette conception dans l\u2019expression parfaite de la sagesse de Dieu: \"Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles; il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides\" (Luc 1, 52-53).20\t\u2014 Nous devons reconnaître, dans un esprit de véritable humilité et pénitence que l'Eglise n\u2019a pas toujours été fidèle à sa mission prophétique, à son rôle évangélique de présence constante aux côtés du peuple.Combien de fois, parce qu\u2019elle était prise dans les filets de l\u2019injustice qui existent dans ce monde, l'Eglise n\u2019a-t-elle pas fait le jeu des oppresseurs et favorisé les puissants de l\u2019argent et de la politique au détriment du bien commun, sous des masques trompeurs, par ingénuité ou par sophisme, dans une triste déformation du message évangélique! Mais la Parole de Dieu lui est donnée à toute heure de son existence pour qu\u2019elle se repente, qu\u2019elle se convertisse, qu\u2019elle revienne \u201cà son amour d\u2019antan\u2019\u2019 (cf.Apocalypse 2, 4).21\t\u2014 Nous sommes convaincus de vivre à l\u2019heure d\u2019un choix pour Dieu et pour le peuple.L\u2019heure de la fidélité à la mission.Bien sûr, le prix à ce choix a toujours été celui de la persécution sous prétexte de \"rendre 562 service à Dieu\" (Jean 16, 2).Mais le chemin à suivre est clair, car il a déjà été tracé par les instructions missionnaires adressées aux disciples ainsi que nous le rapporte saint Matthieu au chapitre 10 de son évangile.Nous sommes sûrs que l\u2019oracle de Jésus, Seigneur de l\u2019Eglise, s\u2019adresse aussi à nous dans la lettre de l\u2019Apocalypse: \"Ne crains pas les souffrances qui t'attendent: le Diable s\u2019apprête à jeter des vôtres en prison pour vous tenter.Reste fidèle jusqu\u2019à la mort et je donnerai la couronne de vie\" (Apocalypse 2, 10).3.Analyse de la situation 22\t\u2014 A la lumière, donc de notre foi, et conscients de l\u2019injustice qui caractérise les structures économiques et sociales de notre pays, nous cédons à une sérieuse révision de notre attitude envers les opprimés dont la pauvreté est l\u2019autre face de la richesse de leurs oppresseurs.23\t\u2014 Les structures économiques et sociales en vigueur au Brésil sont édifiées sur l\u2019oppression et l'injustice; elles résultent de la situation capitaliste dépendant des grands centres internationaux du Pouvoir.Dans notre pays, de petites minorités, complices du capitalisme international et à son service, s'emploient par tous les moyens possibles à préserver la situation créée à leur avantage.Ainsi est née une situation qui n\u2019est ni humaine ni donc chrétienne.24\t\u2014 Nous constatons aujourd\u2019hui que, dans l\u2019effort de lutte contre le sous-développement, le projet social élaboré dans le seul but d\u2019augmenter au maximum l\u2019efficacité des disponibilités financières, ne répond pas aux exigences actuelles de la libération des opprimés.Une exploration scientifique de la réalité montre que la grande aspiration du moment présent appelle un projet historique global de transformation de la société.25\t\u2014 Il ne suffit cependant pas de faire un diagnostic à partir d\u2019une connaissance scientifique de la réalité.Par son exemple, le Christ nous a appris à vivre ce qu\u2019il annonçait.Il a prêché la fraternité humaine et l\u2019amour qui doivent animer toutes les structures sociales, et surtout a vécu son message de libération en l\u2019assumant jusque dans ses ultimes conséquences.Les puissants de son peuple ont vu dans son message et dans l'amour effectif avec lequel il l\u2019annonçait, un véritable danger pour leurs intérêts économiques, sociaux, politiques et religieux, et ils 563 1 ont condamné à mort.Mais son Esprit, qui est à l\u2019œuvre aujourd\u2019hui comme hier, donne à l\u2019Histoire son impulsion et se manifeste dans la solidarité de ceux qui luttent pour la liberté, dans un sentiment d\u2019amour parfaitement lucides envers les frères opprimés.26\t\u2014 La situation sociale, économique, politique et culturelle de notre peuple est un défi lancé à notre conscience chrétienne.La sous-nutrition, la mortalité infantile, la prostitution, l\u2019analphabétisme, le chômage, la discrimination culturelle et politique, l\u2019exploitation, l\u2019inégalité grandissante entre riches et pauvres, et bien d\u2019autres conséquences sont la caractéristique d\u2019une situation de violence instituée dans notre pays.Les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, à cause du processus asservissant de la concentration économique inhérente au système.27\t\u2014 Par ailleurs, la nécessité de la répression, destinée à garantir le fonctionnement et la sécurité du système capitaliste associé, se manifeste de façon toujours plus irrésistible et implacable à travers la contrainte exercée sur le cadre constitutionnel et la législation, la dépolitisation des syndicats ruraux et urbains, la saignée des organisations étudiantes et à travers, enfin, les mécanismes de censure, les mesures policières contre les ouvriers, les paysans et les intellectuels, ainsi que les vexations infligées aux prêtres et aux militants des Eglises chrétiennes, tout ceci prenant les formes variées de l\u2019emprisonnement, de la torture, de la mutilation et de l\u2019assassinat.28\t\u2014 Cependant, cette réalité misérable qui s\u2019abat de façon plus pesante sur le Nord-Est, n\u2019est pas la conséquence inévitable d\u2019une insuffisance de la nature; elle est avant tout la conséquence d\u2019un processus déterminé de la volonté des hommes engagés aux côtés du capitalisme international.C'est elle qui a rendu possible l'édification d'une société injuste et qui continue à l\u2019écraser de son poids pour assurer la défense, la protection et l\u2019accroissement de leurs privilèges.L\u2019injustice née de cette société est le fruit des rapports capitalistes de production qui donnent obligatoirement naissance à une société de classe portant la marque de la discrimination et de l\u2019injustice.29\t\u2014 Le capitalisme international et ceux qui se sont engagés à ses côtés dans notre pays \u2014 la classe dominante \u2014 imposent un type de culture différente par l\u2019utilisation de tous les moyens de communication et d\u2019éducation.Ils se servent de cette culture pour justifier leur domination et pour simuler le système d\u2019oppression sur lequel ils s\u2019appuient.564 En même temps ils essaient de droguer la conscience des couches populaires en s\u2019appliquant à détourner notre peuple des véritables objectifs globaux de transformation de la société.4.Le chemin de la libération 30\t\u2014 Le processus historique de la société de classes et la domination capitaliste conduisent fatalement à l\u2019affrontement des classes.Bien qu\u2019il soit un fait chaque jour plus évident, cet affrontement est nié par les oppresseurs, mais il se trouve également affirmé dans cette propre action.Les masses opprimées des ouvriers, des paysans et des nombreux employés en prennent conscience et assument progressivement un désir renouvelé de libération.31\t\u2014 La classe dominée n\u2019a pas d\u2019autre issue pour se libérer que dans le long et difficile chemin, déjà commencé, qui mène à la propriété sociale des moyens de production.C\u2019est là le fondement principal d'un gigantesque projet historique de transformation globale de la société actuelle, une société nouvelle dans laquelle il devienne possible de créer les relations objectives permettant aux opprimés de récupérer l\u2019humanité dont ils ont été dépouillés, de faire tomber les chaînes de leurs souffrances et de vaincre l\u2019antagonisme des classes, et, enfin, de conquérir la liberté.L\u2019Evangile appelle tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à s\u2019engager dans ce courant prophétique.32\t\u2014 L\u2019espérance chrétienne, qui fait entrevoir une nouvelle humanité conciliée avec elle-même et en communion fraternelle avec l\u2019LInivers, ne nous permet pas de rester sans rien faire dans l\u2019attente soumise du don de la restauration de toutes choses, \u201clibération de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu (cf.Romains 8, 8-12), mais elle exige de nous une présence attentive et agissante, capable de faire naître dans le flot de l\u2019histoire les signes de la Résurrection, les ébauches de la nouvelle humanité à venir.33\t-\u2014 Frères, en cette heure sombre mais aussi lourde de promesses, la parole de Jésus dans la prédication eschatologique est pour nous d\u2019une force incomparable: \u201cRedressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche\" (Luc 21, 28).(Suivent les signatures des évêques et supérieurs religieux qui ont pu signer à ce jour: 6 mai 1973).565 Commentaire de Jérôme Régnier La lettre des évêques et des supérieurs religieux du Nord-Est brésilien part de l\u2019utopie chrétienne de l\u2019Exode: un peuple en marche vers sa libération.Les événements de l\u2019Exode sont relus ici à la lumière de l\u2019Evangile, tels que le chrétien les vit: pour lui, le royaume de Dieu est le terme de l\u2019histoire.Parce que Jésus est ressuscité, le chrétien croit qu\u2019il y a un terme à l\u2019histoire et que ce n\u2019est pas vain de travailler dans cette ligne.Le grand ressort de l\u2019action tient beaucoup plus de la foi que de la raison scientifique: c\u2019est fondamental pour nous, et c\u2019est un point sur lequel les marxistes ne sont pas d\u2019accord.Le texte se situe dans le courant théologique du concile: unité fondamentale entre un monde en évolution et le Royaume qui vient.La libération des hommes et le salut, ce ne sont pas deux choses différentes.Dans la mesure où nous nous battons maintenant pour une société plus juste, nous ébauchons la matière du Royaume de Dieu.Ceci est important, car si nous voulons dialoguer avec les marxistes, il faut que nous ayons une vision du Royaume qui inclut la libération concrète, sinon nous nous ferons traiter d\u2019idéalistes, d\u2019opium du peuple: l\u2019idéalisme étant une libération spirituelle obtenue par la conversion du cœur sans relation avec une libération quotidienne.Dans la perspective évangélique où se situent les auteurs du document, on insiste à la fois sur la conversion du cœur et sur l\u2019engagement, la lutte contre les structures qui oppriment.Les deux sont inséparables car le \u201csigne évangélique\u201d fondamental est le \u201csigne du pauvre\u201d.Le christianisme ne donne pas une \u201cgrille d\u2019analyse\u201d des événements, il faut la prendre ailleurs; mais il fournit un signe pour lire la venue du Royaume, la libération des pauvres.C\u2019est là que l\u2019on doit trouver les chrétiens; les évêques reconnaissent avec modestie qu\u2019ils n\u2019ont pas toujours été de leur côté.Ici se termine l\u2019introduction: la motivation de la lutte est essentiellement chrétienne et se rattache à la foi, tandis que le point de départ marxiste est rationnel et se rattache aux lois de l\u2019histoire: ils ne peuvent être confondus.Les \u201cdonnées objectives\u201d auxquelles se réfèrent les auteurs décrivent la situation du Nord-Est brésilien: nous avons omis cette section pour nous attacher à l\u2019analyse qu\u2019ils en font.Pour le faire, les évêques ont repris une analyse qui est toute proche du marxisme: 1\t\u2014 Cause de la situation socio-économique: le capitalisme international (23) a)\tcomplicité politique (27-28) b)\tdomination culturelle (27, et 19) c)\trépression policière (27, et 21) 2\t\u2014 Les lignes d\u2019action: a)\tla lutte des classes (30) b)\tla propriété sociale des moyens de production (31) 566 Les auteurs reconnaissent qu\u2019ils ne seront pas compris par les détenteurs du pouvoir: bien que ceux-ci se disent chrétiens, ils ne peuvent pas reconnaître les valeurs de salut dans la lutte du peuple.Utilisant ici une des données de l\u2019analyse marxiste, celle de la superstructure idéologique, les évêques reconnaissent que les oppresseurs \u201cutilisent\u201d Dieu pour le mettre au service de \u201cl\u2019ordre établi\u201d, selon leur convenance.(19 et 14).Ni humaine ni chrétienne, la situation actuelle appelle un nouveau projet social.En effet, le projet social élaboré dans le seul but d\u2019augmenter au maximum l\u2019efficacité financière ne répond pas aux exigences actuelles de la libération des opprimés.La grande aspiration du moment présent appelle un projet historique global de transformation de la société (24).Nos évêques ont-ils quelque chose à dire?En regard du document des chrétiens du Brésil (évêques, prêtres et Laïcs), Yves Vaillancourt pose la question en analysant le Message de la Fête du travail de 1973 sur les Inégalités sociales: \u201cNos évêques ont-ils quelque chose à dire?\u201d On lira le texte de son intervention dans la livraison d\u2019octobre de la revue Relations.Le texte du Message des évêques canadiens relève tout d\u2019abord des interrogations pertinentes sur les inégalités sociales dans notre société.Mais \u201caprès avoir déposé sur la table leur question explosive sur l\u2019exploitation, les évêques évitent soigneusement d\u2019y répondre.Leur diagnostic devient alors chambranlant.\u201d Ils glissent constamment d\u2019un niveau d\u2019analyse à un autre.Les questions posées plus haut relevaient d\u2019un niveau d\u2019analyse socio-économique.Au moment où ils s\u2019apprêtent à répondre à leurs questions et à expliquer l\u2019existence des inégalités sociales, les évêques, sans crier gare, quittent subitement le niveau de l\u2019analyse sociale pour adopter celui de l\u2019analyse morale.Au niveau des moyens d\u2019action, nous retrouvons les mêmes faiblesses que dans le diagnostic.L\u2019utopie d\u2019une humanité fraternelle et égalitaire a beau être généreuse, elle est condamnée à demeurer de l\u2019idéalisme abstrait sans relation avec l\u2019histoire, aussi longtemps qu\u2019elle n\u2019est pas servie par un diagnostic et des moyens d\u2019action capables de tenir compte aussi du structurel, (cf.\u201cPrêtres et Laïcs\u201d septembre 1973: Pour vaincre les inégalités sociales).567 La théologie des colonels Vous n\u2019avez pas su travailler.S'incarner, comme vous avez [ait, ce n\u2019était pas nécessaire; il ne [aut pas s'incarner, il [aut que le prêtre reste en haut!\u201d Un colonel du Chili Au moins une dizaine d\u2019Oblats ont été mis à la porte du Chili après le dernier coup d\u2019état, de même que plusieurs prêtres des Missions Etrangères.Que leur reprochait-on?D\u2019être marxistes.On dirait au Québec: d\u2019être \"communisses\u201d.On veut extirper satan, autrement dit Marx et tous ceux qui lui ressemblent: c\u2019est la nouvelle inquisition.\"Le pire de tout, déclare Guy Boulanger, un des récents exilés, c\u2019est que ces bons monsieurs de l\u2019armée chilienne le font au nom de la foi.Comme disait le colonel qui a expulsé mes deux compagnons: des ouvriers, on en a en masse (sous-entendu des prêtres-ouvriers, on n'en a pas besoin), des bons prêtres on n\u2019en a pas assez!\" \"Vous avez vécu dans le quartier avec les ouvriers: pas nécessaire., a-t-on dit à Robert Quevillon, arrêté par les militaires et interrogé longuement.Vous vous êtes abaissés, vous n\u2019avez pu influencer les gens!\u201d D\u2019un bord ou de l\u2019autre, l\u2019évangile a été toujours compromis avec des groupes, reconnaît le missionnaire: que ce soit de gauche ou de droite, on veut avoir l\u2019évangile de son côté.\"La droite dit qu\u2019il y a des valeurs, qui sont la religion, la morale, etc.La gauche dit: le Christ, c\u2019est le premier communiste.L'égalité, la fraternité! En ce sens, ils utilisent le Christ!\u201d 568 Pour Robert Quevillon, l\u2019Eglise a de fait toujours été utilisée, consciemment ou inconsciemment.Malgré qu\u2019elle se soit toujours déclarée a-politique, l\u2019Eglise a toujours défendu certaines valeurs qui l\u2019ont identifiée à tel ou tel groupe.Au cours des derniers siècles, par exemple, elle a mis l'emphase sur l'ordre, la hiérarchie, l\u2019obéissance, la famille, etc., toutes valeurs qui sont typiques de la bourgeoisie: \u201cCe ne sont pas nécessairement des valeurs d\u2019évangile.\u201d, commente Robert.IEÇON DE- WFOI O&fff A LÊ .R E GARDEZ LE CAPITAINE DUN RÉGIMENT: IL EST RESPECTÉ, CE GARS-LA, PARCE QU/L RESTE EN HAUT.VOUS AVEZ TRÈS MAL TRAVAILLÉ.Vous AVEZ VÉCU DANS LE QUART/ER AVEC LES OUVRIERS: Pas nécessaire/ /ous vous êtes abaissés.Les valeurs privilégiées par les milieux populaires portent bien plutôt sur l'égalité, la fraternité, la solidarité, la vérité.\u201cJe crois, 569 poursuit-il, que ce qui nous a amenés à être en recherche, c\u2019est qu\u2019avant tout on veut que l'homme arrive à \u201csouffler\u201d, en arrive à vivre.Parce que le Christ a dit qu\u2019il est venu pour qu\u2019on ait la vie, qu\u2019on l\u2019ait en plénitude.\u201d La difficulté, c\u2019est qu\u2019il y a toujours eu relation étroite entre l\u2019idéologie dominante dans une société et la religion.Grands sont alors les risques d\u2019utilisation.\u201cPour casser cela, il faut travailler sur le plan de la foi, sur le plan du sens: sens des gestes, sens de l\u2019histoire, sens du changement\".Le grand défi consiste alors à habiliter les pauvres, les travailleurs, la petite classe moyenne à sortir du monde des vérités absolues dans lequel elle a été formée: \u201cLà on dit: notre vérité est à faire, notre recherche de Dieu est à faire, notre solidarité est à faire.C\u2019est en recherche, en perpétuelle purification, en perpétuel dialogue, en perpétuelle dialectique: la rencontre d\u2019une situation de mal qu\u2019on voudrait purifier\u201d.Le passsage d\u2019une religiosité à une vraie foi.Malheureusement, les travailleurs sont trop souvent portés à percevoir un Dieu solution-à-leurs-problèmes: un Dieu-aspirine.Pour l\u2019ouvrier de conscience religieuse fermée, le bon Dieu est bien souvent magique.Il veut avoir un bon Dieu qui lui donne toujours les solutions à ses difficultés.\u201cMontrer que le bon Dieu va se servir de lui pour donner des solutions, faire découvrir à ce gars-là le Dieu de Jésus-Christ, ça c\u2019est une autre paire de manches.\u201d D\u2019autant plus que Jésus-Christ et l\u2019Eglise ne sont pas perçus de la même façon! \"Nous autres, dit Robert Quevillon, dans notre méthode de conscientisation, on avait des questions sur le Christ: le Christ sert-il la révolution?le Christ veut-il la révolution?est-il utile?va-t-il nous aider?.Pas de problème, c\u2019était tout positif.Pour les mêmes questions sur l'Eglise, c\u2019était tout négatif: le court-circuit direct\u201d.Il faut alors faire le passage d\u2019une Eglise ancrée dans des institutions basées sur un type de société précis, à une Eglise des prophètes.On peut alors en arriver à montrer qu\u2019il y a plus de valeurs évangéliques dans la nouvelle société qu\u2019on va mettre en place.La collaboration avec les marxistes prend alors tout son sens: \"C\u2019est pour cela qu\u2019on ne se demandait pas si les gars avec qui on travaillait étaient chrétiens selon l\u2019institution; mais on se demandait \u2014 570 devant les valeurs que met en place la nouvelle société, les valeurs que met en place l\u2019évangile \u2014 si les gars marchaient avec cela.Quand les gars marchaient avec cela, on se mettait à marcher avec eux autres.C\u2019est là qu\u2019on joue sur des postes frontières.\u201d, de conclure l\u2019Oblat.Les militaires n\u2019aiment pas les postes-frontières! Interview Pour \u201cconscientiser\u201d en économique \u2014\tPourquoi y a-t-il toujours un petit nombre de personnes qui vivent de la vie de la grande masse?\u2014\tToi, la richesse qu\u2019il y a dans le monde, comment est-ce que tu la distribuerais?\u2014\tJésus-Christ, penses-tu que ça sert?pour toi, qui est-ce que c\u2019est, Jésus-Christ?571 cïxjiixlznczz kaitoxatzz Sortir de l'Église pour y entrer Guy Boulanger, o.m.i.missionnaire au Chili Ç\u2019a commencé au mois d\u2019août 1971.A ce moment-là, il y a eu un mois d\u2019études, organisé par Jean Caminada (un Hollandais, né en Suisse, qui a étudié en Allemagne).Une quinzaine de prêtres se sont réunis à partir de certains critères: espoir de rénovation pastorale, certaine maturité, pas en crise sérieuse, expérience pastorale et connaissance du Chili.C\u2019est surtout Juan Caminada qui avait fait un plan d\u2019étude, une hypothèse.C\u2019est lui qui a donné les exposés: théologiques, sociologiques, psychologiques.Avec des discussions, on arrivait à la fin à tirer des conclusions concrètes et immédiates: qu\u2019est-ce qu\u2019on fait concrètement?.De là est partie la décision de commencer une expérience pastorale dans le milieu des mines de cuivre de Chuquicamata, au mois de janvier 1972.Ma décision de joindre le groupe Moi, je n\u2019ai pu m\u2019incorporer en janvier 1972, parce que j\u2019étais Vicaire épiscopal de la pastorale pour le diocèse d\u2019Antofagasta.Et je trouvais un peu malhonnête de laisser mon poste comme ça, tout d'un coup: je voulais faire une espèce de terme de trois ans.Depuis près de trois ans j\u2019essayais de donner à la pastorale une orientation missionnaire \u2014 parce que je trouvais que la pastorale tra- 572 ditionnelle tournait trop autour des sacrements, il fallait sûrement l\u2019ouvrir à une perspective d\u2019évangélisation! \u2014 J'avais même fait une planification de réorganisation pastorale ouvrant sur deux champs: une pastorale missionnaire, qui visait à entrer en contact avec les gens et à chercher avec eux les moyens de vivre la vie chrétienne dans leur vie même; et puis l\u2019autre, plus traditionnelle, autour des sacrements.J\u2019espérais qu\u2019on accepte au moins cela que c'est une urgence et une priorité de se tourner vers une autre pastorale.Mais cela n\u2019a pas pris.D\u2019un autre côté, les membres de l\u2019équipe insistaient pour que je me joigne à eux.La planification, les données et hypothèses scientifiques sur lesquelles ils s'appuyaient m\u2019intéressaient énormément.C\u2019était une expérience qui n\u2019était pas faite \u201cà la bonne franquette\u201d, sans fondements scientifiques et théologiques.Cela me donnait beaucoup de confiance; c\u2019est ce que j\u2019avais cherché tout le temps.Trop souvent, chacun arrive et organise sa planification pastorale, avec les ressources, les souvenirs, les points de comparaison qu\u2019il a: c\u2019est de l\u2019empirisme.Tandis que là, je trouvais quelque chose de vraiment scientifique, de vraiment fondé théologiquement, et dans les domaines de la sociologie et de la psychologie.Je trouvais là, par conséquent, une ressource très intéressante.Je me suis donc incorporé complètement à cette expérience-là en janvier 1973.J\u2019avais pris ma décision au mois de septembre précédent.Nature de l\u2019expérience Au fond, l\u2019expérience part d\u2019une critique de la situation pastorale de l\u2019Eglise.Voir l\u2019échec de l\u2019Eglise, c\u2019était admettre qu\u2019elle pouvait difficilement évoluer, elle était enfermée dans un système.Et, enfermée dans un système, elle tourne en rond, elle dépérit, elle s\u2019éteint tranquillement.C\u2019est un des principes sociologiques sur lequel est basée l\u2019expérience: tout système refermé sur lui-même produit de la marginalité, puis une plus grande fermeture et éventuellement la mort.Alors, il faut essayer d\u2019ouvrir le système sur d\u2019autres systèmes: l\u2019intercom-munication des systèmes aide vraiment à progresser et à faire l'évolution.Par conséquent, il faut se mettre dans une situation de changement.La situation de changement, c'est de forcer le système à s\u2019ouvrir, ou de 573 sortir du système pour retrouver des ponts à partir d\u2019un autre système, à partir de l\u2019extérieur.Cette critique m\u2019a amené à me tourner vers les éléments suivants: d\u2019abord être missionnaire.Parce que ce qu\u2019on voulait, c\u2019était une recherche d\u2019Eglise, de construire l\u2019Eglise, de construire une Eglise renouvelée, non à partir de la reproduction des systèmes, des modèles et des formes traditionnelles, mais à partir de la vie des gens, à partir d\u2019une redécouverte de la réalité dans laquelle les gens vivent.Etre missionnaire, mais pas n\u2019importe où.Particulièrement auprès de ceux qui sont les plus marginalisés: rejoindre la réalité de la libération des pauvres.Dans tous les systèmes on voit un secteur de gens marginalisés du point de vue social, politique, économique.Dans l\u2019Eglise, c\u2019était la même chose.C\u2019est en allant vers les pauvres et en partant d\u2019eux qu\u2019on peut trouver les lignes qui pointent vers l'Eglise.Voilà un élément missionnaire, un élément de construction de l\u2019Eglise : la préoccupation du monde des pauvres, d\u2019une façon prioritaire.Et puis, en utilisant des instruments inter-disciplinaires enfin à notre disposition: la sociologie, dont certains éléments de la sociologie marxiste: les moyens de la psychologie (de la communication particulièrement); et puis certains éléments théologiques de critique de l\u2019Eglise (ecclésiologie critique).L\u2019équipe Il y avait l\u2019équipe aussi.J\u2019ai toujours trouvé très arbitraire n\u2019importe quelle orientation bâtie sur une seule personne: ça peut être une bonne idée, mais ça demeure très incomplet.Seul, on voit la réalité d\u2019une façon plus réduite qu\u2019à l'intérieur d\u2019une équipe.C\u2019est d\u2019ailleurs une expérience de tous les jours, de tant de prêtres qui se sont lancés seuls dans des lignes nouvelles: contacts, monde de la politique., et qui à brève échéance, parce qu\u2019ils étaient seuls, se sont perdus, se sont écroulés: ça finissait qu\u2019ils sortaient de l\u2019Eglise! Cette situation-là m\u2019avait toujours convaincu que, pour faire n\u2019importe quelle expérience dans ce domaine, il faut être appuyé par une équipe, une équipe qui soit consistante, qui comprenne vraiment et qui puisse intégrer les différentes perspectives que quelqu\u2019un peut avoir.574 Ces éléments m\u2019ont attiré pour entrer dans cette équipe-là, même si je commençais à me trouver un petit peu vieux, à 46 ans.Même si aussi je trouvais que ça pourrait causer certains problèmes: ce n\u2019est pas facile de vivre dans une équipe où il y a des personnalités très fortes.Mais cela s\u2019est très bien passé! Une hypothèse de travail Notre équipe, partant d'une critique de l\u2019Eglise, a donc établi une pré-hypothèse de travail, comportant sept étapes qu\u2019on appelait les sept pas formels.Premier pas: tout d\u2019abord, un exode, un éloignement, une distanciation: sortir le plus possible du système pour s\u2019orienter vers la marginalité.Deuxième pas: dans cette orientation vers la marginalité, une solidarité et une identification, le plus qu\u2019il était possible dans les circonstances concrètes.Troisième pas: étude et analyse de la marginalité.Quatrième pas: collaboration avec tous les secteurs de la marginalité: systèmes ou organisations qui travaillent de quelque façon dans la ligne de la libération (politiques, syndicaux, culturels.).Cinquième pas: actions concrètes engagées avec eux, mais que nous faisons comme chrétiens, comme membres de l\u2019équipe.Sixième pas: réflexion sur ces actions concrètes de collaboration avec la marginalité, inspirées par la foi chrétienne.Septième pas: en analysant cette réflexion et cette communication autour d\u2019une action concrète de libération, devrait sortir une nouvelle forme d\u2019Eglise à l\u2019écoute de l\u2019Esprit.Les engagements concrets On est allé vivre dans la population: on a acheté des maisons dans une poblacion.Je suis entré dans le monde du travail; j\u2019ai travaillé le premier mois pour des contracteurs de la construction: ce sont ceux qui paient les 575 salaires les plus bas de l\u2019endroit.On n\u2019abandonnait pas l\u2019espoir d\u2019entrer un jour dans la mine.J'ai travaillé avec les gens, j\u2019ai collaboré avec eux.Après un mois, on m\u2019a nommé délégué des ouvriers auprès du syndicat de mon entreprise.Et voilà que, récemment, c\u2019était le temps des élections syndicales, et le parti avec lequel j\u2019avais commencé à collaborer m\u2019a demandé de me présenter comme candidat à la direction du syndicat de la construction.Le jour du coup d\u2019état, c\u2019était le jour de l\u2019élection, j\u2019étais au poil à tenir les régistres de ceux qui venaient voter.L\u2019équipe était une, accomplissant ensemble tout le travail de réflexion et d\u2019engagement.Mais il y avait des tâches spécifiques.Concrètement, il y en avait trois qui demeuraient au \u201ccentre\u201d, qui étaient dédiés particulièrement au secteur de la réflexion: rédaction de certains textes sur notre expérience, étude d\u2019alternatives pour nos actions concrètes.Ils avaient le temps de penser! La moitié de l\u2019équipe était au travail.On vivait en mettant en commun notre salaire, pour les dépenses ordinaires.Toutes les dépenses extraordinaires d\u2019installation avaient été financées par Adveniat.Jugement sur l\u2019expérience Je dois dire que je suis très heureux d\u2019avoir participé à cette expérience.Je me suis senti plus missionnaire, je me suis senti plus prêtre que jamais auparavant, dans le sens d\u2019une recherche réelle pour une rénovation de l\u2019Eglise.L\u2019idée de fond qui est là-dedans est la suivante: c\u2019est à travers une communication chrétienne idéale que peut se former une nouvelle communauté chrétienne.Il s\u2019agit de donner tous les conditionnements humains les plus favorables à ce qu\u2019il y ait une communication réelle et profonde sur les problèmes de fond de l\u2019homme et du chrétien, pour susciter une vraie communauté.Au fond, on cherche la communauté de base, une nouvelle communauté de base.Non pas bâtie à partir de nos reproductions ou des anticipations (on pense que la communauté de base va être comme ci ou comme ça, parce qu\u2019on a toute une formation, tout un bagage, toute une imagination tournés dans un sens), mais à partir de la praxis.576 C\u2019est à partir de la lutte pour la libération qu\u2019on veut construire la communauté de base, ou qu\u2019on veut qu\u2019elle surgisse.On met seulement les conditionnements les plus favorables: psychologie, sociologie., pour permettre à la communauté de communiquer profondément, non seulement au niveau de discussions théoriques, mais à partir de la vie.Car c\u2019est dans la communication entre des gens qui luttent pour la libération, dans la perspective d'une transcendance, que peu à peu vont surgir de nouvelles formes d\u2019expression de la libération.Une alliance entre marxisme et christianisme Politiquement parlant, on peut interpréter l\u2019expérience en disant: on a cherché une alliance stratégique entre le marxisme et le christianisme.On a voulu démontrer quelle est la spécificité du chrétien dans une lutte pour la libération, même s\u2019il emploie des instruments marxistes.Démontrer aussi aux marxistes que le chrétien est capable de travailler pour la libération des pauvres, concrètement, efficacement, et qu\u2019il fait cela non seulement parce qu\u2019il est marxiste mais qu\u2019il y a d\u2019autre chose plus loin qui le \"bouge\u201d, qui le pousse à être encore \"mieux marxiste\u201d qu\u2019ils ne le sont eux-mêmes.Mais tout cela, pas à partir de théories ou de paroles, mais en essayant de le vivre, à partir de la praxis.C\u2019est justement là que nous critiquons le marxisme, qui est très dogmatique.On est devenu une instance critique vis-à-vis le marxisme; on n\u2019était pas lié et on ne voulait pas être lié comme tel au marxisme.On a employé l\u2019instrument marxiste, mais d\u2019une façon très critique.L\u2019équipe, comme équipe, n\u2019était liée à aucun des partis.Chaque membre était libre d\u2019appartenir à l\u2019un ou l\u2019autre parti politique.L\u2019équipe devenait alors une instance critique pour chacun des membres.Parce que le but de l\u2019équipe n'était pas de faire de la politique mais de poser les conditions pour une Eglise nouvelle.Par conséquent on est prêt, à un moment donné, de dire à un membre: tu t\u2019es trop engagé dans ton parti politique, tu dois laisser l\u2019équipe ou diminuer tes engagements.C\u2019est ainsi qu\u2019il y en a un qui est sorti du parti communiste parce qu\u2019il voyait qu\u2019à ce moment-là le parti voulait se fermer complètement.577 Notre espérance J\u2019ai encore de l\u2019espérance parce que j\u2019ai l\u2019impression que cette expérience-là ne peut pas mourir.Elle donne vraiment de l\u2019espérance à bien des prêtres qui pensaient qu\u2019il n\u2019y avait plus moyen de rien faire.Je ne dis pas cela dans un enthousiasme aveugle; j\u2019en suis persuadé en voyant que l'équipe ne pense absolument pas à une rupture avec l\u2019Eglise.Nous étions convaincus d\u2019une chose; notre exode n\u2019était pas un point de rupture avec la hiérarchie, mais avec les structures de l\u2019Eglise; beaucoup d\u2019autres le font en pratique sinon en théorie, ils ne veulent plus rien des structures.Nous, nous disons: il faut maintenir la hiérarchie, et c\u2019est cela qui nous a fait accepter une décision de l\u2019évêque qui nous demandait de nous retirer.Notre décision l'a tellement surpris que le jour suivant il a changé d\u2019idée.Les prêtres de l\u2019équipe sont très heureux, ils sont épanouis.Les gens qui sont venus nous visiter ont été enchantés de voir la façon dont nous vivons.L\u2019hospitalité qui règne est un signe que les gens sont heureux.Personne ne pense à quitter le célibat.Même si l'expérience n\u2019exclut pas les femmes, la communauté n\u2019était encore formée que de prêtres.Mais ce n\u2019est encore qu\u2019un premier pas, il y a déjà des laïcs qui ont demandé de faire partie de l\u2019équipe.578 X .£ COllï\u2019lLE'l dzi Ù:ctzUϱ La solidarité vécue J\u2019ai été témoin d\u2019un geste de solidarité à l\u2019occasion d\u2019un conflit entre l\u2019administration du collège et les étudiants sur le plan du Comité de Vie Etudiante.Il y a eu débrayage des étudiants par suite du congédiement de deux membres du comité dont le représentant de la pastorale, l\u2019abbé Gilles Chauvin, et on a eu le secours et l\u2019appui de la majorité des professeurs pour mettre sur pied des cours parallèles et ainsi amoindrir le fardeau des préoccupations d\u2019une session compromise.Par ce geste des professeurs on a pu poursuivre nos revendications et obtenir partiellement gain de cause.En plus de respecter nos lignes de piquetage et ce, en dépit des menaces de l\u2019administration de couper leur salaire, ils ont même été solidaires au point de penser tout un système de cours pour permettre aux étudiants de sauver leur année.J\u2019ai fait du piquetage dans ce cas-ci avec la ferme conviction qu\u2019il s\u2019agissait là de principes fondamentaux: respect des personnes, droit de parole des personnes en cause, que l\u2019ordre établi, fût-il le meilleur, doit toujours accepter d\u2019être remis en question et discuter ouvertement et franchement.Une autre fois, ce fut la grève du Front Commun à laquelle je participais en tant que sydiqué de l\u2019Hôpital de la place.Encore là, je me suis donné entièrement parce qu\u2019après réflexion, j\u2019étais aussi convaincu du bien-fondé de nos revendications et que la formule \u201cL\u2019Etat, employeur modèle\u201d me semblait souhaitable pour l\u2019ensemble des salariés, tant ceux des services publics que de l\u2019entreprise privée.A quoi elle fait appel La solidarité va puiser au plus profond de soi-même l\u2019humanisme, la fraternité, le sens du prochain que chacun possède en lui.C\u2019est aussi, souvent, un réveil de ces valeurs qui se produit dans certaines circonstances qui font que l\u2019on se sent tous dans le même \u201cbag\u201d, avec des problèmes communs.La charité, l\u2019amour du prochain ne sont pas non plus étrangères à cette solidarité.Etre solidaire, c\u2019est vibrer au même diapason qu\u2019un nombre X d\u2019individus, partager ce qu\u2019ils partagent: problèmes, misères, rejets, insultes, conditions sociales, frustrations, injustices, mépris.La solidarité va, bien sûr, jusque dans l\u2019action.C\u2019est une attitude de vie qui consiste à VOIR ceux qui vivent autour de nous, avec nous.Il n\u2019est pas impensable ni même impossible d\u2019être sensible à quelque chose qui nous touche de plus ou moins près.Cependant je soutiens que plus on se rapproche du monde ouvrier, plus on est en mesure d\u2019apprécier toute l\u2019ampleur des problèmes avec plus de justesse et de réalisme.Vivre quelque chose de l\u2019intérieur aide à la comprendre; par contre, le regard critique, le 579 recul nécessaire me semblent plus facile venant d\u2019une situation externe au problème.Ce serait un radicalisme dangereux, utopique, que de' se fermer à l\u2019aide, aux influences de gens socialement en dehors de notre situation, de nos problèmes.Quelqu\u2019un d\u2019extérieur peut avoir le souci, la compréhension du problème, mais j\u2019estime qu\u2019il lui faut se fondre avec les gens concernés pour compléter sa vision avant d\u2019agir.Solidarité sonne à mes oreilles comme fraternité et ce, globalement, sans m\u2019en tenir à la définition du dictionnaire ou à l\u2019étymologie des mots.Le Christ a été solidaire de son peuple parce qu\u2019il a vécu avec lui.Il leur a fait découvrir leurs problèmes, leur a enseigné la justice parce que cette dernière doit exister même dans l\u2019oppression, les a aidés à résoudre leur problèmes et est mort dans l\u2019action de libération qu\u2019il menait.Nombreux sont ceux qui, comme le Christ, (si vous me permettez cette grossière image), y mourront sinon physiquement du moins socialement et peut-être moralement, à vouloir sauver leurs semblables.Construire la solidarité A partir d\u2019un mouvement de sensibilisation, de prise de conscience d\u2019éléments communs propres à notre situation, à notre vie.Je1 crois que la solidarité trouve sa source d\u2019abord dans chacun de nous, mais en fonction d\u2019un contexte extérieur favorable.Ainsi une personne peut prendre conscience que d\u2019autres, autour de lui, font face sensiblement aux mêmes problèmes que lui sans pour autant se solidariser d\u2019eux.Il y a un fondement humain qui n\u2019est pas à négliger dans la solidarité; on pourrait aussi appeler cela de la charité humaine.La majorité, pour ne pas dire la totalité, des média d\u2019information prêche l\u2019individualisme, la compétition en terme \u201cd\u2019avoir toujours plus\u201d.Cette compétition fait abstraction de l\u2019autre, d\u2019une part, et se base sur l\u2019autre, d\u2019autre part.Abstraction, parce qu\u2019on prohibe toute forme de charité chrétienne et qu\u2019on engendre plutôt l\u2019envie, la jalousie envers autrui, envers la possession des biens matériels et du succès des autres.Elle se sert de l\u2019autre, maintenant, parce que la publicité développe des images-types de gens \u201cbien\u201d, à l\u2019aise, en vue, réussissant socialement, selon eux parce qu\u2019ils achètent à crédit, qu\u2019ils possètent auto neuve, yatch, ski-doo, et commodités.En un mot, ils dépersonnalisent les gens en leur faisant ressembler à ce qu\u2019ils ne sont pas de par leur situation socio-économique.Pour construire des solidarités: promouvoir la simplicité, le retour à la nature, le rétablissement des vraies valeurs fondamentales.Proposer des actions de participation portant sur le souci de l\u2019autre, l\u2019amélioration collective de leur situation.Renseigner ou étudier en groupe certains engrenages socioéconomiques en allant le plus loin possible aux causes et aux implications sur les gens, la société.Engendrer des discussions pour découvrir certains besoins communs dans le collège et trouver l\u2019action adéquate pour les améliorer.Développer l\u2019idée qu\u2019il faut partager avec d\u2019autres les perceptions ou découvertes de situations-problèmes plutôt que de se prendre pour un cas isolé.Alain Deslandes Etudiant-infirmier 580 Le chômage et ses conséquences A partir d\u2019une situation assez embarrassante qu\u2019est le chômage, quelques chômeurs et d\u2019autres jeunes travailleurs se sont réunis pour en discuter.Voici le résultat de notre analyse.Les causes du chômage \u2014\tune politique du gouvernement qui permet une marge de chômage pour permettre un \u201ccheap labor\u201d; \u2014\tun manque de planification au niveau des cours aux étudiants; \u2014\tdes cours non adéquats aux exigences du travail (ex: bilinguisme); \u2014\tune mauvaise orientation des étudiants.Les conséquences du chômage Une personne devient amorphe, dépressive, agressive; elle se jette dans la drogue ou la boisson.Naturellement, cette personne ne veut plus rien faire, elle se sent dévalorisée et arrive même à ne plus croire en ses propres valeurs.Mais il ne faut pas perdre de vue qu\u2019il n\u2019y a pas seulement le chômeur qui est atteint par ces conséquences, il y a aussi son milieu familial, son milieu social: tous en souffrent.De plus, la mentalité des gens n\u2019aide pas du tout le chômeur.Beaucoup disent: celui-ci ou celle-là ne veut pas travailler.Quelques fois c\u2019est la réalité, car à un moment ou à un autre les personnes n\u2019ont plus le goût de travailler.Un travailleur qui ne trouve pas de sens à son travail ne peut s\u2019affirmer, ne peut créer, parce qu\u2019on ne le lui permet pas.Il est normal qu\u2019il ne veuille pas travailler.Trop souvent certains disent que, malheureusement, on ne fait pas toujours ce qu\u2019on veut dans la vie: il faut travailler pour vivre.Mais si on ne trouve pas de sens à son travail, on vivra matériellement seulement; moralement, c\u2019est impossible de vivre, on existe, on subit la vie.Le chômage, ce n\u2019est pas normal: le premier des \u201cDroits de l\u2019homme\u201d c\u2019est le droit au travail.Le chômage détruit l\u2019homme en ne lui permettant pas de s\u2019identifier, de créer.La personnalité même de l\u2019homme risque d\u2019être détruite.Il ne faut pas oublier que l\u2019homme a besoin de sécurité; le chômage insécurise l\u2019homme et peut le pousser à bien des choses, même jusqu\u2019à la tentative de suicide.En conclusion de cette petite analyse, nous nous rendons compte qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup de choses qui sont valables à travers le chômage.Tout ce qu\u2019il nous reste à nous, chômeurs, c\u2019est l\u2019espoir de pouvoir un jour trouver un sens à notre travail et, par le fait même, un sens à notre vie.Pour soutenir cet espoir, heureusement que le Christ est là pour nous aider.Si vous désirez apporter des commentaires ou ajouter quelque chose, vous serez les bienvenus.Carole Lamoureux, J.O.C.1750 Des Cascades, St-Hyacinthe 581 EC£nicon± Marx et saint Paul.Libérer l\u2019homme.François Refoulé, aux éditions du Cerf, 1973, 142 p.L\u2019Evangile est un message de libération.Pour Marx également, la Révolution sera l\u2019acte de naissance d\u2019un homme nouveau et l\u2019instauration du règne de la liberté.Dès lors, la confrontation entre le marxisme et le christianisme s\u2019avère inévitable.Ces deux messages s\u2019opposent-ils, ou bien leurs exigences, radicales l\u2019une et l\u2019autre, sont-elles en définitive convergentes?En d\u2019autres termes, jusqu\u2019où un chrétien peut-il adhérer au marxisme?Ou encore, plus abruptement: peut-on être chrétien et marxiste?Telle est la question, plus actuelle que jamais, posée par l\u2019auteur dès le début de son essai.Elle en commande le développement.Après une présentation de l\u2019interprétation donnée par Marx à la libération de l\u2019homme et un exposé parallèle de l\u2019enseignement de saint Paul dans les épîtres aux Romains et aux Galates, un débat est instauré entre ces deux célèbres fils d\u2019Israël.L\u2019auteur espère que ce dialogue fera ressortir les identités respectives du marxisme et du christianisme, et leur compatibilité ou incompatibilité.Il souhaite, non moins fermement, que ce dialogue puisse se prolonger entre les chrétiens, ceux qui, aujourd\u2019hui, mettent leur espoir dans le marxisme et ceux qui le refusent.Les chrétiens et les stratégies de la gauche.Chronique sociale de France, n° 3, 1973.Parce qu\u2019on a longtemps cru séparer foi et politique, inclinant souvent la masse des croyants à faire en pratique la politique dominante, il ne faudrait pas aujourd\u2019hui, écrit l\u2019éditorialiste, absolutiser la politique ou temporaliser la foi.L\u2019équilibre est difficile qui consiste à garder à la foi sa transcendance en la vivant dans l\u2019action politique.Attentifs à la clameur des pauvres.Conférence Religieuse Canadienne, collection \u201cDonum Dei\u201d n° 19, 1973.Les religieux, selon Paul VI, sont tout spécialement responsables des pauvres dans l\u2019Eglise.Mais comment se rendre présents à leur vie, comment les aider à s\u2019arracher à leur univers d\u2019exploitation et à retrouver une espérance ?Telles sont les questions auxquelles les collaborateurs de ce livre veulent répondre.582 Hommaaes Hommaaes Tél.: 723-1212 Rimouski, Que F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie QUÉBEC, 245, rue Du Pont Spécialité: ascenseurs\tTel.: 522-5262 MONTRÉAL, 2111, boul.Henri-Bourassa est\tTel.: 389-2258 BUREAU CHEF \u2014 HEAD OFFICE: 625, LAFONTAINE \u2014 RIVIÈRE-DU-LOUP /D'ANJOU \\ MONTRÉAL \u2014 QUÉBEC \u2014 ST-JEAN-PORT-JOLI \u2014 ST-PASCAL \u2014 RIVIÈRE-DU-LOUP EDMUNSTON \u2014 ST.JOHN \u2014 MONCTON, N.B.SYLVA BERGERON, Prés.-fondafeur Institut de Culture Personnelle du Québec Inc.Cours: Initiation Relations Humaines ( Personnalité) Bureau: 242 rue Lafayette, Ville de Laval\tTel.: 669-5357 Laboratoire DU-VAR Inc.Manufacturier de cosmétiques et de parfumerie NOUVELLE ADRESSE 1004 PORT-ROYAL EST MONTRÉAL 358 Tél.: 388-8602 V Au service de la famille canadienne depuis 1917 $ OVERNITE EXPRESS LIMITED Ottawa \u2014 Hull: 777-4301 Montréal \u2014 Toronto \u2014 Hamilton \u2014 Hawkesbury \u2014 Buckingham \u2014 St-Jérôme \u2014 Maniwaki \u2014 Shawville \u2014 Pembroke \"LARGE OR SMALL WE HAUL IT ALL\" LE SALON DE BEAUTE POUR L'AUTO G.LEBEAU Ltée 5940, rue Papineau Montréal, Tél.: 273-886I 6270, Upper Lachine Montréal, Tél.: 489-8221 Toits \u2014 Housses \u2014 400 St-Vallier.Est Québec, Tél.: 522-6816 Nettoyage intérieur 1690, boul Labelle Chomedey, Tél.: 688-275I 405 ouest, Curé Poirier Jacques-Cartier, Tél.: 677-9136 \u2014 Rembourage \u2014 Vitres ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ?x > z xj m m MAURICE BERNARDIN JEAN-LOUIS\tBERNARDIN PIERRE\tBERNARDIN RAYMOND\tBERNARDIN RENÉ\tCOUILLARD CLAUDE\tAUDREN I N FRÈRES INC.ASSURANCES \u2022 BCJDD BT.DENIS MONTREAL 327 \u2014 TEL.: 3B4-92DD DUSTBANE MAISON CANADIENNE Produits et matériaux d'entretien des édifices 2560 Dalton Parc Colbert Ste.Foy QUEBEC 12, Qué.Tél.: 651-9830 2068, 55e Avenue DORVAL, Qué.Tél.: 631-4526 Service moderne d'entretien des immeubles Contrats à forfait 4240, Côte de Liesse MONTREAL 306, Qué.Tél.: 735-4161 2556 Dalton Parc Colbert Ste.Foy QUEBEC 12, Qué.Tél.: 651-9515 nnz>2)cuiz Marxisme et conversion \u201cLe socialisme ne peut exister s\u2019il ne s\u2019opère dans les consciences une transformation qui provoque une nouvelle attitude, fraternelle, à l\u2019égard de l\u2019humanité, aussi bien sur le plan individuel dans la société qui construit ou a construit le socialisme, que sur le plan mondial, vis-à-vis de tous les peuples souffrant de l\u2019oppression impérialiste\u201d.Ché Guevara, discours de 1964 à Genève Le mal n\u2019est pas en effet seulement extérieur à l\u2019homme, il lui est intérieur.Il l\u2019atteint et le ronge à une profondeur que Marx ne soupçonnait pas mais que Soljénitsyne découvrit dans les camps concentrationnaires soviétiques: \u201ci\tméchant\u201d.S&P'™.r,0*
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