Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Lectures, 1946-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Page SOMMAIRE A nos lecteurs.Paul-\.Martin, c.s.c.3 IDÉAL ET PRINCIPES L'esprit de nos critiques et nos coi .morales.Paul-A.Martin, c.s.c.8 Propos sur le beau littéraire Théophile Bertrand 13 Notre travail de classification décimale Cécile Martin 18 ÉTUDES CRITIQUES L’ « Histoire du Canada » de Carneau Guy Frégault 19 « La sagesse du Bonhomme * H.-P.Senécal, c.s.c.23 « Découverte de la Russie » J.-M.Gaboury, c.s.c.26 Notes sur Balzac., Jean-Marie Delnge 30 RECENSIONS Volumes (Voir liste p.3 et 4 de la cou- verture).34 Revues.61 REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE Tome I - no 1 SEPTEMBRE 1946 / I LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Présentation technique : Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique Valérien BÉLANGER, ptre, D.D.C., professeur à la Faculté de Droit canonique de l'Université Laval.Jean-Fr.BÉRUBÉ, s.s.s., L.Ph., f)rolesseur de Philosophie au Sco-asticat des Pères du T.-S.-Sacre-ment, à Montréal.Guy-M.BRISEBOIS.o.f.m., D.D.C., Srofesseur de Droit canonique au trand Séminaire de Montréal.Paul GA Y, c.s.sp., professeur de Rhétorique au Collège St-Alexandre.Présentation technique Roméo BOILEAU, c.s.c., professeur de Classification systématique^ a 1 Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliographie à l'Ecole de Bibliothécaires.Jean-Marie GABOURY, c.s.c., professeur de Philosophie au Collège de Saint-Laurent.Lauret te TOUPIN et G.KARCH, professeurs de Catalographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Direction, Rédaction Abonnement annuel : et Administration : Canada.$2.50 FIDES, Etranger.$3.00 25 est, rue Saint- Jacques FranCC.300 frs fran«ais Montréal-1 (S'adresser à FIDES, 5, rue de Mézières, Tél.: ’•‘Plateau 8335 Paris-Vie, France) Publication autorisée par l’Ordinaire du lieu.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement de septembre à juin ; en juillet et août, il ne paraît qu’un seul numéro.Les .nze livraisons de l'année constituent deux tomes : septembre à février et mars à juillet-août.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de février et celui de juillet-août) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’anrès les règles de la catalographie, et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.4.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut ctre lu par tous. LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Tome I Septembre, octobre, novembre et décembre 1946 Janvier et février 1947 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques.Montréal A nos lecteurs EN MARS 1943, la revue Jleo Fiched, qui comptait alors six ans de publication, ajoutait à ses rubriques habituelles une section de critique littéraire intitu Iée Lectured et Bibliothèqued.Cette section avait pour but de faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouveaux livres et d’opposer ainsi un barrage efficace au mal des mauvaises lectures.Dès le début, dans les milieux les plus divers, on s’est plu à reconnaître l’opportunité d’un tel travail.Les bibliothécaires et les bibliophiles, les prêtres et les éducateurs, les aumôniers et les militants d'Action catholique, les évêques eux-mêmes nous ont encouragé à le poursuivre et a le développer.Quant à nous, nous avons constaté bien vite que les quelques pages de ce supplément étaient insuffisantes pour que l’on puisse y mentionner tous les volumes dès leur publication, et surtout pour que l’on puisse y accomplir l'œuvre constructive qui s’impose.Car ce n'est pas tout d'indiquer ce qu’il importe de lire et ce qu’il ne faut pas lire ; il est d’une importance souveraine de poser le problème des lectures dans toute son ampleur, de le situer dans son cadre réel qui est celui de l’humanisme intégral a atteindre ; il faut aussi répandre les notions de base sur les rapports de l'art et de la morale, sur la législation de l’Eglise en matière de lectures, etc.Et c’est pourquoi, aujourd’hui, forts de l’expérience acquise en ces dernières années — nous avons à date analysé et coté 1342 volumes et brochures — appuyés sur les nombreux témoignages d’encouragement que nous avons reçus et adaptant notre formule aux meilleures suggestions qu’on nous a faites, nous lançons Lectured, revue spécialisée au but bien défini : Septembre 1946 Tome I - l 139821 donner à tous ceux qui sont conscients des dangers exceptionnels de l’heure un moyen pratique de se guider et de guider les autres dans le tourbillon des publications actuelles.L’opportunité de cette nouvelle initiative de Fides peut s’envisager sous deux aspects complémentaires : du point de vue de la fin elle-même de l’œuvre de critique qui s’impose et du point de vue des moyens de poursuivre cette lin.Du point de vue de la fin, qui est l’assainissement et l’orientation des lectures, l’urgence d’un organe qui diffuse les principes d’une saine conception de la critique littéraire et artistique — d’une conception respectueuse de toute la hiérarchie des valeurs de l’humanisme catholique — et qui démasque les livres mauvais et dangereux, tout en assurant aux bons ouvrages l’apologie qu’ils méritent, éclate aux yeux de tout homme averti.Point n'est besoin, par conséquent, de rappeler les cris d’alarme qu’on jette de partout sous l’avalanche des imprimés immoraux.Du point de vue des moyeno d’assurer la poursuite efficace de cette fin, on comprendra facilement la nécessité d’une publication régulière qui, dans la mesure du possible, surveillera et critiquera toute la production courante.Nous nous sommes d’ailleurs efforcés de trouver une formule assez souple et attrayante pour faciliter à une telle revue l’accès de tous les milieux et l'adaptation continue aux exigences toujours nouvelles de la mêlée littéraire et idéologique.Le combat contre les lettres perverses ne peut être efficace si on le livre à coups de précautions et de petite diplomatie : il faut de la décision, de la crânerie, de la fermeté.Gardons-nous bien de confondre bienveillance et complaisance, bonté et faiblesse, charité et lâcheté.Aussi, nous semble-t-il bien qu’il devient urgent de démasquer l’action néfaste des mauvais maîtres et de ne point ménager les compromissions des critiques.Il est surtout d’une souveraine importance de répandre les vérités essentielles sur la vie de l’esprit, sur la littérature, sur Fart ; de mettre à nu les incon- 4 cevables sottises qu'on en est rendu à présenter comme des truismes ; de prouver que les prétentions, les revendications, les audaces licencieuses ne sont en définitive que l’aveu de carences pitoyables et d’un univers spirituel très limité.Telle sera la tâche de la nouvelle revue, qui fera œuvre polémique si nécessaire et surtout œuvre constructive.Dès lors J fed Ficbed redeviendront ce quelles étaient à leur début : un bulletin documentaire toujours soucieux de procurer à ses lecteurs, dans l’appareil technique qui augmente encore leur praticité, les résumés substantiels des livres et des articles de revue qu’il importe de retenir.Elles ne pourront donc que gagner à consacrer toutes leurs énergies à leur but initial, à reprendre toute leur identité bibliographique et documentaire, pour remplir toujours mieux le rôle qu’elles jouent depuis bientôt dix ans auprès de la gent intellectuelle.* * * La récente allocution de Son Eminence le cardinal Villeneuve sur le problème des lectures renferme un passage qui jette une lueur nouvelle sur l'urgence du travail que nous entreprenons et qui indique en meme temps comment il doit être conduit.Il me paraît opportun de le citer ici textuellement : « Nous sommes heureux de le constater : depuis quelques années, nos gens lisent beaucoup plus qu’on ne se plaît à le répandre, et, par conséquent, il importe davantage que les prêtres, les éducateurs et les catholiques militants se soucient de la saine orientation des lectures et de leur choix judicieux, chez tous ceux sur qui ils exercent quelque influence.Les audaces du libéralisme intellectuel sont de plus en plus prononcées ; il nous vient de milieux ouvertement hostiles à notre pensée religieuse, et aussi d'autres milieux dont on penserait avoir moins lieu de se défier et qui semblent fort s’offusquer que l'îlot québécois se soit jusqu'ici montré bien imperméable à sa déliquescence.Voilà des raisons qui requièrent une vigilance mieux avertie.5 (( Pour les mêmes motifs, clans l’analyse et l’appréciation des livres, gare au dilettantisme.La critique littéraire est en vogue chez nous, il s’en fait énormément, de la bonne et de la moins bonne ; mais même lorsqu’elle n’est pas sans valeur, elle se présente en général comme un appendice à des revues qui ont au premier plan d’autres préoccupations et intérêts que de diffuser la bonne littérature.L'absence de publications spécialisées dans ce genre est une lacune qu’il faudrait combler.Ce nous est une singulière satisfaction d’apprendre que Fided, profitant des expériences d'autres pays, lancera bientôt une revue essentiellement critique, un guide pratique qui se proposera, par l’orientation des lectures, de défendre la véritable hiérarchie des valeurs et de travailler à sa réfraction dans la culture des individus et dans la vie sociale.))' Le projet que Son Eminence le Cardinal-archevêque de Québec saluait alors avec tant de bienveillance et que d’ailleurs il nous a lui-même encouragé depuis longtemps à mettre au point, ce projet est maintenant réalité.La revue Lectured affronte pour la première fois le public, avec confiance, dans la conviction où elle est d’accomplir une œuvre utile et nécessaire.Cependant, pour avoir toute l ’efficacité qu’on peut lui souhaiter, cette œuvre, nous tenons à le souligner, exige beaucoup de collaboration.Collaboration des bibliothécaires, des prêtres, des éducateurs, des gens de l'Action catholique, qui pourront nous montrer les tâches les plus urgentes et répandre dans leur milieu les principes et les appréciations intellectuelles et morales de la revue.Collaboration surtout de théologiens, de canonistes et de littérateurs, grâce auxquels chacun des articles et chacune des recensions pourra donner la note juste à tous points de vue.Et dès maintenant nous voulons remercier les prêtres et les laïcs qui nous ont aidé à préparer la matière de ce numéro.La plupart d entre eux d’ailleurs travaillent à la section de bibliographie critique de Med Fie bed depuis plusieurs années.Leur 1 Villeneuve (Card.J.-M.-R.), o.tn.i.; /•/¦¦ Problème >l*» Lecture».Allocution prononcée le 28 mai 1940, & l'occasion de la bénédiction de l'immeuble Fides- Montréal, Fidee, 1946.27 p.; p.21-22.6 exemple, nous n’en doutons pas, encouragera un grand nombre d’écrivains à se joindre à notre équipe.Allier la sûreté de la doctrine à la connaissance des contingences actuelles, les soucis d’ordre littéraire à ceux d’ordre strictement bibliographique, voilà, semble-t-il, l'idéal que doit viser une revue du genre de Lectures.C’est celui que nous nous sommes fixé ; et nous comptons sur la collaboration de tous pour nous en approcher de plus en plus.Paul-A.MARTIN, pire, c.s.c., directeur général de Fides « Les artifices qui excitent les passions, remarque Pie XII, ont extraordinairement augmenté, alors qu'en d autre* * temps ils étaient confinés dans des cercles restreints : le progrès de la presse, les éditions à bon marché comme celles de luxe, les photographies, les illustrations, les reproductions artistiques de toute forme et couleur et de tout prix, les cinématographes, les spectacles de variétés et cent autres moyens propagent les appats du mal et les mettent dans les mains de tous, grands et petits, femmes et filles.)) (Pie XII, la Mode, discours du 22 mai 1941 ; E.S.P., tract no 335.) * * * (( Les lectures et les illustrés sont une autre cause de ruine pour la moralité chrétienne.On sait l’influence qu exercent sur les esprits et les cœurs les journaux sans principes sérieux, qui étaient le crime et les désordres de famille, qui annoncent ties marchandises ou des films par des images qui font appel à 1 instinct sexuel, qui publient côte à côte, comme pour les mettre sur le meme pied, une actrice légèrement vêtue et un personnage religieux ou laïc.» (Lettre pastorale collective du Cardinal et des Éveques, te Devoir, 3 juin 1946.) ?* * (( On sait aussi le mal produit chez la jeunesse par certaines publications populaires à bon marché : revues, magazines, romans et feuilletons, qui prêchent à plaisir le crime et 1 immoralité.Les unes montrent leur perversion par des titres et des dessins provocateurs ; les autres cachent leur venin sous des dessins et des titres anodins.Toujours la jeunesse y trouve un poison mortel.» (Lettre pastorale collective du Cardinal et des Lveques, le Devoir, 3 juin 1946.) 7 IDÉAL ET PRINCIPES L'esprit de nos critiques et nos cotes morales Société dont le but premier est de « promouvoir chez les individus l'humanisme intégral et au sein de la nation l'ordre social chrétien, par le moyen des publications et documents et par une organisation chrétienne des lectures ))*, ainsi avons-nous l’habitude de définir Fides.Les principes qui guident notre travail de bibliographie critique sont fidèles à l'esprit de cette définition.Défenseurs de l'humanisme intégral, c'est-à-dire d'une doctrine de 1 homme qui loin de mépriser les richesses de la nature les surélève et les assume dans les splendeurs de la révélation et de la grâce, nous prétendons nous garder des étroitesses de conceptions littéraires valésiennes.Universel, l'humanisme intégral, l’humanisme de l'Incarnation l’est non seulement sur le plan horizontal, en raison de son extension, mais encore dans son amplitude verticale, par sa co*mpréhension : il embrasse, dans son réalisme, tous les paliers, toutes les manifestations de l'être, tous les ordres du savoir et de la vie.Dans ces perspectives, il ne surprendra personne de nous voir affirmer en tout premier lieu que notre formule d'appréciation des ouvrages n'est pas d'abord « moralisante » dans un sens desséchant, dans un sens puritain.Elle se préoccupe de l'aspect moral 1 Voir la Chart»* de Kides (Dana Editions et Lecture», par Paul-A.Martin, c.s.c.Montréal, Fides (1943).91 p.; p.02.) en raison même de son réalisme integra! de son souci de l'universel et même par souci du beau.L’écrivain et le lecteur sont d’abord des hommes et l'esthétique ne peut supplanter la morale, comme le rêvait Renan dans /’Avenir de la Science : « Je conçois de même pour l’avenir que le mot morale devienne impropre et soit remplacé par un autre.Pour mon usage particulier, j'y substitue de préférence le nom d’esthétique.En face d’une action, je me demande plutôt si elle est belle ou laide, que bonne ou mauvaise, et je crois avoir là un bon critérium ; car, avec la simple morale qui fait l’honnête homme, on peut encore mener une assez mesquine vie [.].))* * On reconnaît là le méphitisme lleuri de l’auteur ties Origine a du Christianisme, le genre d’illusions auxquelles s'amusent volontiers les esthètes de tous les temps.L'expérience montre en effet à quelles étranges anomalies aboutissent ceux qui se laissent guider uniquement par l’idée de beauté.« Chez les Grecs, peuple très artiste, a-t-on écrit avec justesse3, le culte du beau s'est allié avec une moralité personnelle et sociale très inférieure.Chez certains esthètes modernes, la même étrangeté paraît : un raffinement excessif du goût esthétique uni à un goût singulier des plaisirs grossiers et des joies égoïstes.Et cela se comprend.Nous avons des facultés diverses tendant à ties objets différents.L’homme n'est pas tout lui-même s’il n’aime pas la beauté, mais il est moins que lui-même s'il n’aime que la beauté.» II est clair que nous ne prétendons en aucune façon que la rectitude de l’appétit, la droiture des intentions et l’amour de I idéal peuvent suppléer, chez l'artiste, le talent et le travail, non plus que, dans une œuvre, la valeur esthétique.Mais, d’autre part, nous tenons fermement qu’un culte dilettante du beau, de la forme pour la forme, dans l'oubli ou le mépris des exigences de la morale, n'est pas légitime et doit*être condamné.L’humanisme intégral, théocentrique, que nous défendons, — ainsi que nous l'avons déjà établi4 — peut se ramener, dans le domaine de la littérature et des arts, aux propositions fondamentales suivantes : * Renan (Ernest) : L'Attnir de la Setrnrr.Paris.Calman-Lévy.1913.XX-541 p.; p.177- • Ponsard (Ph.) ; Formation Ju sentiment esthttiqu* chez le» enfant».Paria, Librairie des Catéchismes, s d 62 p.: p.6-7.4 Paul-A.Martin, c.s.e.; Fides.Rapiwrt annuel (1044).Montréal, Fidcs, 1944.16 p.; p.9-10.9 1.Proposition générale : « L'autonomie du beau dans sa ligne formelle )) ne doit pas servir à justifier le désordre et la licence dans les manifestations artistiques.2.Application de cette proposition à l'artiste : L'artiste est un homme : il n'échappe donc pas aux exigences de la morale, sous le couvert de la (( pureté )) artistique.3.Application de cette proposition à l’art : Les principes du classicisme traditionnel bien entendu6, donc vivant, ouvert aux nouveautés légitimes, mais ferme sur l’essentiel, méritent toujours d'être défendus.C'est dans cet esprit que sont faites nos critiques et qu’il importe de comprendre nos cotes morales.II ne faut pourtant pas exiger de cotes de ce genre plus qu'elles ne peuvent donner.Aussi, après avoir énuméré ces cotes, voulons-nous en préciser ici la portée pratique6.1.Voici d'abord quelles sont ces cotes : Formule abrégée Employée En usage jusqu'à main- dans tenant dans LectureJ Met Fiches Livre mauvais I Livre dangereux II Livre qui appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement) III Livre convenable pour adultes IV-A M D B?B Si un titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions, il faut en conclure qu’il est absolument irréprochable et qu’il peut être lu de tous.Lorsqu'une œuvre s’adresse aux jeunes en particulier, nous le disons explicitement.* Voir au sujet d'une juste notion du classicisme, le magistral ouvrage d’Henri Peyre : U Classicisme français.New York, Maison française, 1942.279 p.20 cm.• Nous reprenons ici, en les complétant, certaines précisions déjà données dans Mes Fiches (no 121.A mars 1943, p.1 de 1s section lectures et Bibliothèques ; no 151, 5 oct.1944, p.89 de la même section).T II convient de noter que ces sigles sont les mêmes que ceux utilisée par le R.P.G.Sage-homme, s.j., dans son Répertoire alphabétique de 18 000 auteurs arec 40 000 de leurs ouvrages qualifiés quant à leur valeur morale (6e 6d.Tournai, Casterman, 1944.608 p.).Cependant le R.P.Sagehomme emploie en plus le sigle TB pour les livres irréprochables à tous pointa de vue, et le sigle E dans le cas des livres pour enfanta. 2.Ces cotes concernent la valeur doctrinale ou morale des livres présentés.Il ne s'agit pas par conséquent de cotes du point de vue esthétique (quoique la richesse artistique d’un ouvrage soit un des principaux éléments dont une bonne recension doive tenir compte), et la profondeur du sujet, sinon son opportunité pour tel ou tel âge, n'y change rien.Les livres son* tout simplement classifiés selon l'influence bonne ou mauvaise qu'ils peuvent exercer sur les esprits et les cœurs, plus concrètement selon l’occasion plus ou moins prochaine de péché qu'ils peuvent comporter pour la plupart des lecteurs de telle ou telle condition, ou pour les lecteurs de tout âge et de toute condition.Chaque cote est donc l'expression d’un jugement le plus objectif possible et formulé par rapport à la majorité des gens.3.Les livres nommément à l’Index sont évidemment classés sous la cote mauvais.Tous ceux qui tombent sous les loi* générales de l'Index entrent aussi dans cette catégorie.4.Un volume dont le titre n’est suivi d'aucune cote est irréprochable, avons-nous dit.Cela ne signifie pas qu'il soit à conseiller à fous indistinctement, ou même simplement à conseiller.Il est irréprochable au point de vue doctrinal et moral, c’est tout.La recension seule nous donne sa valeur positive.5.Disons enfin que nos cotes relèvent d'une prudence générale que tiendront à ne pas mépriser ceux qui veulent se préserver des atteintes du libéralisme littéraire contemporain.Ces cotes sont une aide à la prudence d'un chacun, mais elles ne prétendent pas suppléer cette prudence, après tout décisive.Chacun verra d'ailleurs rapidement l'attitude qui s'impose s'il est en face d’un livre coté mauvais ou pour fous.Il sera évidemment plus difficile de prendre une décision quand il s'agit d’ouvrages de valeur intermédiaire.Dans ces cas chacun doit s’étudier ou bien consulter un directeur qui le connaisse, afin de savoir s'il est ou non dans la catégorie à laquelle est réservé tel ouvrage, ou s’il a les raisons graves voulues pour lire telle oeuvre malgré les dangers qu’elle comporte.* * * Voilà donc l'esprit de notre travail de bibliographie critique et la signification de nos cotes morales.Par leur diffusion, nous estimons servir efficacement la cause de I humanisme chrétien.Loin de nous l'idée de propager un isolationisme intellectuel ignorant des exigences de la vie.Les catholiques doivent etre II présents partout, mais pas de n’importe quelle manière, avec n’importe quelle préparation ; et leur présence doit être chrétienne, vivante, active, non pas passive et complaisante.Le mal demeure une absence, un vide, même sous les oripeaux de l’art, et le vide est fait pour être comblé, non pour être entretenu, subtilisé ou raffiné.« Selon la doctrine chrétienne, — enseigne Pie XI dans Qua-dragedimo /inno6, — le but pour lequel l'homme, doué d'une nature sociale, se trouve placé sur la terre, est que vivant en société et sous une autorité émanée de Dieu, il cultive et développe pleinement touleo dCd Jacultéd à la louange et à la gloire de son Créateur et que, remplissant fidèlement les devoirs de sa profession ou de sa vocation, quelle qu elle doit, il assure son bonheur à la fois temporel et éternel ».A nos yeux, le plein développement de toutes les facultés de l'homme comprend, il va de soi, la culture du sens esthétique, mais d'abord et avant tout le souci du bien humain comme tel, c'est-à-dire du bien qui finalise dans l’orbite de sa primauté et l'attraction de sa transcendance les biens intermédiaires ou infra-valents.Ainsi, dans le respect des réalités de tous les ordres, qui loin de s'exclure se confortent l’un l'autre, l’homme marchera sûrement vers les joies d’une unité vivante que ne peuvent entamer ni la multiplicité ni les distinctions.Paul-A.MARTIN, ptre, c.s.c.(( La moralité baisse encore par l'action de ces bandes comiques que dévorent les enfants, jeunes et vieux.Ces bandes et ces feuilles comiques jouissent d'une faveur nue l'on ne saurait mésestimer, d’autant plus qu’au jugement d'enquêteurs récents, la plupart des « comiques )) sont mauvais : soit qu’ils décrivent des voies de fait, des délits ou des crimes, soit qu'ils montrent des cas de mauvaise conduite, soit qu’ils aient une tendance sensuelle et suggestive.On les a même dénoncés comme une des principales causes de la délinquance juvénile.» (Lettre pastorale collective du Cardinal et des Evêques, le Devoir, 3 juin 1946.) * * * « Que jamais vos exemples ou vos faiblesses ne viennent détruire l'influence de votre parole.Bannissez de vos foyers toute littérature malsaine, tout illustré indécent.)) (Lettre pastorale collective du Cardinal et des Évêques, le Devoir, 3 juin 1946.) • Montréal.Ecole sociale populaire, nos 210-211 ; p.48-49.I 1 9 Propos sur le beau littéraire Comme notre revue a pour objet premier d'orienter les lectures et la vie intellectuelle vers la maturité de l’esprit, dans le respect de la hiérarchie des valeurs, il convient, dès ce premier numéro, d’esquisser notre conception du beau littéraire.Cette conception doit commander, en effet, notre attitude critique, et son exposé, même cursif, me fournira de plus l’occasion d’appuver sur quelques idées qu’il paraît urgent de rendre monnaie courante* ART ET MORALE Il importe d’abord d'attaquer certains préjugés propres à rendre inefficaces tous les efforts de la critique littéraire la plus constructive.Ainsi, des esprits aventureux voudraient accréditer l'opinion que les préoccupations morales, le souci de louteô les richesses intérieures rendent nécessairement claudicantes les démarches de l’artiste vers la beauté, mettent du plomb dans les ailes du poète, rejettent le romancier vers le maquis de la thèse, faussent l’optique du critique.Ce sont là illusions faciles à une époque où le désordre général des idées a pour corollaires la licence des sentiments et le dévergondage des mœurs.Il faudra, dans des articles subséquents, traiter à fond des rapports de l'art et de la morale.Nous alignons ici de simples réflexions qui peuvent souligner la naïveté ou la mauvaise foi de ces prétentions de l’art pour l'art.L'INDIVIDUALISME ET L'ART Le beau, en littérature comme dans tous les arts, et comme dans la nature, naît de la rencontre des conditions mêmes de l'ordre : l'intégrité, la proportion et l’éclat.Qu’une de ces conditions manque, l'« ordre lumineux )), expression adéquate de la beauté, décline.Des écrivains, des artistes, et surtout certains théoriciens de l'art veulent bien la luminosité et toute la luminosité ; mais 13 - «i ils la veulent en dehors de l'ordre, dans leur ordre à eux, comme leur beauté à eux, toute tirée d'eux-mêmes.Ces artistes acceptent volontiers Y éclat ; mais ils pèchent facilement contre la proportion et j'entends ici d'abord la proportion première, celle qui préside aux épousailles de l'« objet » et du « sujet » ; ils pèchent surtout, dans leur mépris de réalités fondamentales, contre Y intégrité, l'intégrité même du beau, « splendeur de l’ordre ».J’ai déjà baptisé cette attitude un anthropothéisme de l'art, forme ultime de l'individualisme, et j'écrivais alors : « On érige en doctrine absolue l'exaltation de l'indétermination ; on postule, sans s'en apercevoir, la primauté des causes matérielle et efficiente et ce malheur arrive — 6 ironie I — justement alors que les artistes prétendent, quand ils philosophent, se tenir dans la pure ligne formelle du beau »*.LE BEAU ESTHÉTIQUE « L’autonomie du beau dans sa ligne formelle », c'est là une abstraction, légitime et Jormellement vraie sans doute, au moyen de laquelle on tente de justifier bien des fantaisies et bien des aven, tures.Sans entreprendre de réfuter une à une toutes les interprétations qu'on a tirées de ce cliché philosophique, il est bon de remarquer qu’il s’agit clairement, dans cette formule, d'une autonomie relative.La distinction classique entre la fin de l'œuvre et la fin de l'ouvrier, loin d'épuiser toutes les virtualités doctrinales de cette constatation, ne paraît qu'un premier jalon dans une voie féconde en découvertes.Il faudra aussi un jour scruter ces horizons.Le beau esthétique, c'est-à-dire, étymologiquement, perceptible par les sens, est d’abord fonction d’un intelligible.La connaissance du beau, connaissance avant tout délectable, est à la fois intellectuelle et sensible.L'œuvre d'art qui combine harmonieuse* ment le poids, la mesure et le nombre, grâce à son intégrité, à sa proportion et à son éclat, accomplit en quelque sorte un rapt de la sensibilité intelHgenciée.C'est un sujet moral, l’homme un, qui, dans la connaissance au moins implicite des exigences intrinsèques et extrinsèques du beau, communie à une beauté ; cette beauté est l'épanouissement d'une eurythmie qui ne peut être la 1 .U es biches, nos 149-150, p.82 de la section Lectures et Bibliothèques.14 contradiction, la moquerie ou le viol de Tordre à la fin propre de celui qui est ravi, sans postuler instantanément une brisure fatale au beau lui-même.AVEUX D'ailleurs, les maîtres mêmes auxquels font appel les fumistes des lettres et des arts pour tenter de justifier leurs élucubrations, ont témoigné de l'insuffisance radicale de la beauté parcellaire, fragmentée, c’est-à-dire coupée de Tordre humain intégral.Et je parle du beau en lant que beau, objet actuel de délectation.Comme Rimbaud est le premier de ces maîtres qui se présente à mon esprit, je m'empresse de le citer à la baire.« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux.— Et je l’ai trouvée amère.— Et je l’ai injuriée ))* *.Ce sont là les regrets et les plaintes d'un artiste qui ne parvenait pas à étouffer définitivement les exigences foncières de son humanité.Lui qui écrivait encore : « (.j ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté »3, percevait sans doute très lucidement que le beau esthétique est « comme une certaine espèce de bien )) seulement, et non pas le bien purement et simplement.Rien d'étonnant alors qu'il gémisse : « [.] moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde [.J »4.Oui, celui qui perd la sagesse, Tordre, même s’il s’agrippe à ce qu'il entend par « beau », reflet éphémère d'une lumière mouvante, celui-là perd même le monde et ses fugaces beautés : « damnée et morte au monde ».Mais il est une autre mort au monde qui, loin de mutiler et de châtrer, libère pour les enivrements des pures joies spirituelles, les joies esthétiques y comprises.Pour goûter vraiment même les beautés profanes, le beau, quel qu'il soit, il faut être dans un état de réceptivité convenable.La beauté authentique est fonction d'un centre ordonnateur, rayonne d'une forme irradiante qui transfigure l'opacité de la matière.Cette poésie qui niche au cœur des choses, celles de la nature et celles de l'art, qui filtre par tous les interstices des corps, source lumineuse et chantante qui donne la nostalgie des beautés * Rimbaud (Arthur) ; Une saison en enjer.Montréal, Variétés [1946].89 p.19 cm.(Bibliothèque de luxe) ; p.9.* Ibid., p.64.* Ibid., p.42.15 impérissables, l'homme la perçoit clans la mesure où il s’est lui-même dégagé des lourdeurs du monde.Autrement, il s amuse a des parodies, trompe sa faim avec des ersatz.LITTÉRATURE ET SAGESSE La littérature n’est pas une Circé dont la liqueur doive nécessairement nous donner le goût de la bassesse.Bien au contraire et de même que Ulysse obtint de la magicienne, ap-ès avoir gagné son amour, que ses compagnons fussent rendus à leur première forme, de pourceaux cju’ils étaient devenus, — de meme le litterateur qui a pu se fourvoyer dans les sentines de lettres indignes saura, grâce au sens véritable de l’art nouvellement éclos dans un cœur reconquis, retrouver la fraîcheur des premiers contacts avec les merveilles du monde littéraire.Sans doute Rimbaud encore rêvait-il de cette aurore, de la pureté nécessaire à ceux qui veulent communier sans lassitude à la beauté créée, lorsqu'il déclarait : « Tout dernièrement m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac î j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien [.] La charité est cette clef »&.J'ai la conviction que, dans les pages si lucides qu’il composait en marge de sa triste aventure, l’auteur des Illuminahona avait l'intuition douloureuse de !a vivante unite de 1 artiste qui trouve la beauté, toutes les beautés, dans le respect de l'ordre, en cultivant d'abord la sagesse. Ce n'est certes pas Barnabé, cet odieux homme raisonnable, qui prendrait un plaisir extrême au conte de Peau-d'Ane.Pour entrer en sympathie avec M.l'abbe Llewellyn, il était pourtant nécessaire à Barnabé d'entrer dans le jeu comme nous le donne à entendre le début de la plaisante explication de la fable (( le Rat de Ville et le Rat des Champs )) : « Mettez-vous à quatre pattes, ou même à plat ventre, sur le tapis de la salle à manger.Regardez-le bien, ce tapis, découvrez-en les dessins, les brins qui dépassent, les miettes qui ont échappé au balai, après le dîner.Regardez aussi les énormes pieds de cette table, qui montent droit, peut-être avec quelque sculpture ou quelque cannelure, et disparaissent, là-haut, sous les franges du couvre-table qui pend tout près de vous.Le dessous de cette table a 1 air d une caverne mys- 1 Llewellyn (Robert-E.).T,a sagesse du Bonhomme ; 2e édition.111.de Jean Simard.[Montréal] Fides (1946).171 p.ill.22.5 cm.$1.00 ($110 par la poste).84-4 terieuse et sombre, et c’est là que vont se passer les événements que nous montre La Fontaine.Les personnages n’en sont pas grands, il nous était nécessaire de nous mettre à leur hauteur.)) On reconnaîtra ici, appliqué à la littérature, le procédé du genial Walt Disney qui, à l'instar de son émule, nous invitait aussi sous la table de son rat de ville.Nous ne relirons jamais plus la fable charmante qu'en compagnie invisible de l'écrivain et du cinéaste.Et c'est profit immense pour notre imagination.D'ailleurs, que le lecteur trop sérieux se rassure.M.Llewellyn sollicite suffisamment son intelligence.Les études de l'auteur sont bourrées de notations historiques où ressuscitent sous nos yeux Mademoiselle de Montpensier, le grand prieur de Vendôme, Tu-renne, Corneille, Racine, Molière, Fouquet, Law et autres grands personnages.Bossuet lui-même consent à poser un instant et à répéter pour nous une partie d'un sermon sur le mystère de Noël.Rien que l’utilisation judicieuse et discrète de la matière des oeuvres d’auteurs anciens et modernes suffirait à retenir l'attention dédaigneuse de nos Barnabés canadiens.Il n'est pas indigne non plus d’un honnête homme de voir comment le fabuliste Llewellyn, après La Fontaine et sous sa direction, a considéré « l’homme éternel à travers les plumes et poils dont l'avait orné le poète )).C’est le propre des œuvres classiques, et leur mérite incontesté, de pouvoir s'appliquer, à travers le temps et l'espace, à tous pays et à toutes civilisations.Ainsi l'embourgeoisement de nos chefs politiques rattrape l'embourgeoisement du Roi-Soleil et de ses courtisans.« Les types d'il y a trois siècles, rappelle l’auteur, sont demeurés les mêmes, il y a encore des vaniteux, des méchants, des rusés, des vantards.» Comme dans le cas de La Fontaine, M.Llewellyn sera surtout compris et goûté de ceux qui s’adonnent à l'étude de l'homme.Si on s'obstine malgré tout à croire au démérite d'une œuvre trop facile, semble-t-il, à composer, qu’on veuille bien employer son sens critique à l'étude du style de l'auteur de la Sagetoe du Bonhomme.Que penser par exemple des qualités de la description suivante de l'offensive d'un maringouin : « Et tout d'un coup, comme s'il flairait la chair fraîche, l'auteur du bourdonnement se rapproche : c'est un maringouin.Il a des sonorités de violon qui descendent parfois jusqu’à celles de la contrebasse ; et cette musique ne manquerait pas d'un certain charme sauvage si vous ne vous sentiez pas directement en but au visiteur.II a pris main- 24 1 tenant, dans le grand silence de la nuit, les allures d'un bombardier quadri-inoteur ; il s’approche si près de votre oreille qu’il y va presque pénétrer ; mais le bruit s’éloigne, l’ennemi vise maintenant votre lampe de chevet, il tourne et retourne, se pose un instant, et le silence devient Immense, presque trop lourd 1 Qu'est-ce qu’il manigance 1 Ce serait agréable de dormir, d’entrer tranquillement dans le domaine des éléphants roses, des voyages dans les nuages, des rêves délicieux.Est-il reparti ?Peut-être se pose-t-il sur le treillis de la fenêtre ?« Non 1 le revoilà ! Il est revenu à la charge, il est maintenant tout un orchestre, ils sont au moins dix ou quinze à tournoyer autour de vous ; ça se pose sur votre bras : un geste vif pour le frapper, et vous rentrez la main sous la couverture ; il faisait pourtant bien assez chaud tous bras dehors 1 Ça s’est déjà posé sur l’autre ! Nouveau geste, et maintenant, il n'v a plus que la tête qui dépasse du drap, et vous imaginez la tache d’ombre ronde qu’elle dessine sur l’oreiller.« Le — ou les — maringouins se sont repris à tourner de plus belle, et il semble que votre nez soit comme le pivot de leur ronde invisible ; une aile effleure votre joue : une claque ; un frisson sur le front : re-claque ! Et il vous semble maintenant que ça se promène sur vos cheveux I C’est atroce 1 Vous êtes tout à fait réveillé, tout entier tendu vers l’ennemi invisible, vous frissonnez ! Adieu, délicieux moments où l’on va perdre doucement conscience et s’enfoncer lentement vers le sommeil ! C’est la guerre, la guerre sans merci ! )) Quel auteur canadien a jamais brossé sur ce sujet éminemment indigène un tableau plus pittoresque ?Pierre Boucher qui, avec ou sans humour, dès 1663, écrivait dans son Histoire naturelle que la grande incommodité au pays, après celle des Iroquois, était le Maringouin, aurait applaudi au récit de M.Llewellyn.Une imagination fertile, un tour d’esprit original, un goût très sûr, un style primesautier, alerte et vif à souhait, permettent à M.Llewellyn de réussir de nombreux tableaux aussi savoureux que ce dernier.Son art est celui d’un conteur en pleine possession des mille et une ressources d'expression de la langue française.S’amuser, se connaître soi-même, conduire l’homme à la sagesse : ce triple but que La Fontaine poursuivait dans ses fables, M.l'abbé Robert E.Llewellyn le reprend à son tour.La Fontaine a imité Esope, Llewellyn imite La Fontaine.L'aventure littéraire ne laissait pas que d'être périlleuse, mais notre fabuliste s’en est 25 v tiré avec honneur grâce à sa culture et à son talent littéraire.Ce sont ces dons précieux que FIDES a voulu couronner en éditant la Sageooe du Bonhomme dans une forme luxueuse I* La qualité du papier, l'art de la typographie et de la mise en page, les illustrations originales de M.Jean Simard font de l'ouvrage un très beau livre.Nous ne chicanerons pas M.LlewvUyn d'avoir écrit des fables ni FIDES d'avoir fait princièrement les choses, en un pays où l’un de nos écrivains les plus doués, M.Clément Marchand, pouvait, il V a quelque cinq ans, nous accuser d'un péché littéraire d'omission.« Trop de raisonneurs, de bâtisseurs de thèses, de philosophes en pantoufles, et pas assez de fous, c'est-à-dire de véritables créateurs, d’écrivains désintéressés.Nos revues sont assez pleines de choses rebutantes : rarement un beau conte, un poème vivant : toujours des essais et souvent trop solennellement écrits.Il se publié facilement en Canada français dix livres d’inspiration militante pour un de littérature pure.)) La Sageooe du Bonhomme est une belle chose.De la littérature gratuite et désintéressée.Plus désintéressée que certaines conférences d'un certain écrivain français de haute et bonne réputation qui s’est moqué du public canadien en lui servant, au prix fort, des mets réchauffés de sa cuisine littéraire.H.-P.SENÉCAL, c.s.c.Découverte de la Russie ' Depuis 1917, le drapeau rouge a toujours pris l’allure d’un épouvantail sanglant.Agité par une tempête (( dont il souffle lui-même le vent » — comme disait Chesterton de saint François d Assise ; que les deux nous pardonnent ! — il se noue et dénoue 2 Cette édition de luxe est épuisée ; elle a été suivie par la 2e édition décrite dans la référence.1 Massis (Henri).Découverte de la Russie.(Lyon) H.Lardanchet (cl944).(Réimpr.par Variétés.) 219 p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).9 (47) (04) .26 sans relâche, menace grotesque et multiforme dans un ciel trop lourd.Sur la Russie soviétique s'énoncent les jugements les plus contradictoires, que l’intelligence moyenne des peuples doit passer au filtre de la critique pour recueillir les parts inévitables de mensonge, d’erreur et de vérité.La portée définitive des faits accomplis ne nous permet plus de nous réfugier dans une indifférence équivoque.L’heure vient, elle est probablement déjà venue — où il faudra choisir et en accepter les conséquences de notre choix.Une telle décision engage trop avant pour s'y risquer les yeux fermés.Il n'est pas d'intelligence soucieuse de l'avenir qui ne doive comprendre « la grandeur du danger et la dure nécessité de servir pour ne pas disparaître ».L'Allemand R.Ernst Curtius écrivait immédiatement après l’autre guerre : « Peu importe l'attitude politique qu'on adopte à l'endroit du bolchevisme.Ce qu'il y a d'éminemment rern/.r-quable dans son apparition, c'est qu'il est l'expression d’un changement des tendances de l'esprit occidental.Depuis Descartes et Voltaire, depuis les philosophes de France et d’Angleterre, il semblait que normalement toute émancipation, toute réforme sociale dût venir de l'Ouest.Ces temps-là, pour nous, sont accomplis.» Ainsi, pour certains esprits qu'on ne saurait taxer d'imbecillite, le bolchevisme ne se limite pas à une théorie sociale et politique.La réalité est beaucoup plus grave.Anti-occidental, anti-humain, antagoniste implacable de la grande tradition spirituelle dont vit encore le monde chrétien d’Occident, le chancre rouge s'attaque à ce que nous avons de plus sacre et de plus cher.La chute du tsar Nicolas II n'a pas ouvert à l’âme populaire russe le chemin du progrès à l'européenne, mais « celui du retour à l’Asie ».Cette affirmation peu rassurante, coupable d exagération marquée au jugement de cerveaux quiétistes ou rassis, les Russes eux-mêmes l'ont confirmée à maintes reprises.Dès 1840, Tchaa-daieff résumait ainsi les thèmes de la propagande slavophile : « Nous sommes.les enfants chéris de l'Orient.Quel besoin avons-nous de l'Occident ?Est -ce l'Occident qui est la patrie de la science et de toutes les choses profondes ?C’est l'Orient que nous touchons partout, d'où nous avons naguère tiré nos croyances, nos lois, nos vertus.Le vieil Orient s'en va.Ne sommes-nous pas ses heritiers naturels ! C est parmi nous que vont désormais se perpétuer ses admirables traditions, que vont se réaliser toutes ces grandes et mystérieuses ventes dont le depot 27 lui fut confié dès l’origine des choses.» Plus près de nous, le prince Troubetzkoï écrit : « Si nous sommes acculés au précipice, c’est que la voie suivie n’était pas la bonne.Aussi, maintenant nous renions tout : votre sagesse occidentale, votre art, vos machines et votre communisme.Nous ne voulons plus de Pierre le Grand qui nous a fait faire votre connaissance.Ne nous regardez pas comme les fils de l’Europe, dépourvue de talents.Elle n’est pas notre mère.Notre voie tout indiquée se dirige vers l’Orient.La Russie a péché d’avoir méconnu son orientalisme et de s’être laissé leurrer par des illusions occidentales.» Etrange psychologie, étrange histoire, que celles de ce pays immense qui d’un côté s’appuie sur l’Allemagne et de l’autre sur la Chine et le Pacifique ! Dans le meilleur chapitre de la Découverte de la Ruééie, emprunté de toutes pièces d’ailleurs à Déjcriée de l’Occident, M.Henri Massis expose longuement la « peine historique » d’un peuple « qui ne sait pas encore pour quel monde il est né ».Pendant des siècles, dans ce domaine illimité qui s'étend sur des milliers de verstes, tout était marqué du signe de l'informe et de l'indéterminé.Absence de pierre et de maisons stables; aucune délimitation précise entre les régions, attaches à la vie comme à la terre flottantes et indécises, peu de traces du travail des ancêtres, l'apport négatif du milieu géographique et de la tradition laissait le paysan russe tel un petit homme infime au centre d’une plaine démesurée et ennuyeuse.Un peuple sans passé historique, sans moyen âge, sans adolescence nationale, sans patrimoine d'idées héréditaires qui relient le présent au passé, un peuple sans religion stabilisée par la rigidité des dogmes, voilà le peuple russe.A cette mentalité primitive, les Romanoff apportèrent les arts et les sciences, la culture et l'éthique sociale d'une civilisation avancée, déjà éloignée de la pureté de ses sources.La Russie s'abreuva ainsi aux erreurs d'une Europe en voie de décadence.Mal équipée pour la spéculation abstraite, dépourvue d'esprit critique, d'expérience et de prévision, elle ne pouvait trouver en son propre fond aucun antidote aux doctrines empoisonnées de Rousseau, Kant et Marx.En 1863, Michelet observait que la Russie n'admettait de l'Occident que le mal, qu'elle attirait à elle tout le poison d'Europe pour le rendre augmenté et plus dangereux encore.Nous en avons pu voir, nous en voyons toujours les formidables réactions.Dans le deuxième chapitre de son ouvrage, M.Massis montre comment la Russie soviétique, « héritière de l'empire des steppes, 28 a su doter les hordes riveraines du Don ou de la Volga de toutes les ressources de la technique moderne.En vingt ans, les maîtres que lui a donnés la Révolution d’Octobre ont atteint les trois buts principaux qui lui furent désignés par Lénine dès le commencement de la grande aventure : 1° s’assurer la possession de toutes les matières premières essentielles ; 2° transformer le sol, la géographie économique et politique du pays, tant par la création de voies de communication que par le transfert des populations et la conquête de nouveaux territoires-clefs ; 3° pousser à fond l’industrialisation dans les campagnes comme dans les villes.» L’absence de pierre a été compensée par l'utilisation du béton ; on a multiplié canaux, routes et chemins tie fer ; l’aviation a bénéficié d’un essor considérable ; des escouades de savants ont prospecté le gigantesque territoire pour en recenser les énormes richesses matérielles, dont l’exploitation systématique a fait surgir les villes industrielles comme ties champignons.On a examiné tout particulièrement les possibilités du cercle arctique.Le développement, surtout, de l'industrie lourde — « dont la guerre se nourrit )) — complétée par la dispersion rationnelle des centre.^ de production, a définitivement fait de la Russie un monde complet, une autarcie prête à l'agression comme à la défense.Que nous réserve cette machine de guerre ?« Orient de l’Europe », la Russie s'est glorifiée de pouvoir élever dans la terreur et dans le «ang un nouvel ordre humain.Rien n’a jusqu’ici prouvé qu’elle ait résolu de ne pas tenter l’aventure.On peut se demander ce que vaut objectivement la documentation de M.Massis.Des insinuations malveillantes se sont déjà fait entendre.De toute évidence, nous avons affaire à un penseur qui étudie son sujet depuis longtemps.Les garanties extrinsèques de compétence ne lui manquent pas.Reprochons-lui, si nous y tenons, d'avoir peint sa fresque en teintes sombres : il a décrit la puissance de la Russie, la tenace détermination qui anime un monstrueux impérialisme.Il fallait éviter au lecteur la tentation de prendre le sujet à la légère.L'auteur ne s’est pas attardé à l’envers de la médaille ; il n'a pas exposé ce qu'a coûté en valeur humaine une aussi vaste mise en disponibilité de la matière ; il n’a pas cherché les causes possibles de dissociation qu’entraîne la négation de la liberté.La sincérité de M.Massis, nous ne pouvons la mettre en doute, connaissant la qualité de son christianisme.Son livre est 29 une leçon sérieuse et un avertissement solennel.Puisse l'Occident en tenir compte avant qu’il ne soit trop tard.J.-M.GABOURY, c.s.c.Notes sur Balzac En marge d’« Eugenie Grandet » et de « Cesar Birotteau » 1 Eugénie Grandet est peut-être le meilleur roman que Balzac ait écrit, celui où il a mis le plus de composition, où le style, jamais parfait, n'en reste pas moins toujours égal, d'une correction soutenue.On connaît l'affabulation.Eugénie Grandet, la pure et noble Eugénie, et sa mère, douce et effacée, mènent une vie claustrale dans une sombre maison de Province.Le maître de la maison, avare, richissime et usurier par surcroît, fait peser sur ces deux victimes un joug de fer.L’existence des deux femmes, sacrifiées à l'ignoble passion du père Grandet, se déroule, monotone et triste, dans le cadre de la vie provinciale.Mais le personnage central du roman, c'est le père Grandet.Balzac a déployé, dans l'étude de la passion de Grandet, tous ses dons merveilleux de psychologue, de connaisseur de l'âme humaine.Avec quel art nous montre-t-il les développements de cette passion, l'emprise qu'elle prend sur la vie de Grandet 1 On compare volontiers l'avarice au cancer.Du cancer, l'avarice a le 1 Balzac (Honoré de).Eugénie (irandet.Montréal, Variétés [1945J.278 p.19 cm.(Coll.les /tomans illustres) $1.25 ($1.35 par la poste).César IUrotteau.Montréal, Variétés (1945).411 p.19 cm.(Les Romans illustres) $1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Appellent des réserves. développement sournois, le travail en profondeur.Envahissante, exigeante, elle ne laisse rien de côté.Le cancer englobe petit à petit, dans sa marche destructrice, tous les tissus qui l'avoisinent, puis il prend subitement de l'ampleur, il essaime partout, se répand dans tout l'organisme.Ainsi l'avarice, discrète au début, passion silencieuse, insinuante, vient à prendre dans la vie de celui qu'elle habite une place considérable, pour finir par la do_ miner cette vie, /’injormer, lui donner son sens, sa saveur même.Drame immense que celui d'une âme ainsi possédée 1 Esclavage pire que toutes les servitudes ! D'abord, le père Grandet aime l'argent pour ce qu'il représente.C'est l’argent qui donne à Grandet une foule de choses, c'est grâce à lui qu'il peut influencer la vie d'un grand nombre de gens, qu’il pourra faire de tous les habitants de Saumur, ou presque, des débiteurs.L’argent donne à Grandet le pouvoir, la puissance.L'avarice tire d’abord ses racines de l’orgueil, du désir de domination.Mais bientôt, elle s'affine, elle 4 épure si l'on peut dire.Le père Grandet en vient à aimer l'argent pour lui-même.Les dernières années de sa vie, la vue de l'or lui causera une joie incomparable, une jouissance quasi-sensuelle.Le père Grandet mourra en palpant des pièces d'or ! Tous les critiques s’accordent pour dire que Eugénie Grandet est un des plus grands romans de la littérature française et universelle.On pénètre avec Céaar Birolleau dans le monde de la bourgeoisie parisienne.L'auteur s'est donné un but assez simple en écrivant ce livre : décrire les déboires de la classe bourgeoise.« Puisse cette histoire, écrit-il, être le poème des vicissitudes bourgeoises.)) Céoar Birolleau, c’est l’histoire d'un commerçant parisien honnête, probe jusqu’au scrupule.César ne manque pas de jugement mais c’est un esprit faible.Il se laisse entraîner par des financiers malhonnêtes dans des entreprises qui doivent lui donner mer et monde et qui ne lui laissent, en fin de compte, que honte et faillite.L'avenir se chargera de venger Birotteau.César verra son honneur réhabilité : un de ses commis à qui il avait fait du bien, payera les dettes de son ancien patron.César meurt le jour où il apprend l’heureuse nouvelle.Cette banale histoire, longue à souhait, touffue, passablement indigeste, abonde en descriptions pittoresques.Comme il s’agit d'un roman (( commercial », les détails financiers ne manquent 31 pas.Balzac, cédant à un de ses penchants qui est de tout décrire minutieusement, ne nous fait grâce d’aucune transaction.Il y aurait beaucoup à dire sur la qualité artistique de ces deux ouvrages, sur le style, la composition, les procédés tie Balzac.Je m’attacherai plutôt à étudier l’aspect moral, non pas de ces deux ouvrages en particulier, mais de toute l'œuvre île Balzac, prise en général.En préface au premier livre de la Comédie humaine, Balzac dit : « J’écris à la lumière de deux vérités éternelles, la Religion et la Monarchie.» Balzac aime l’ordre, il respecte et admire la morale chrétienne.Ainsi, il nous montre, chez Eugénie Grandet et sa mère, à quelle élévation d'esprit et de cœur conduit une vie vraiment chrétienne.Balzac se fait volontiers moraliste ; il peste contre la corruption îles mœurs du temps.Est-ce à dire que Balzac soit pour cela un auteur « de tout repos )) ?Loin de là ! Si on scrute le fond de sa pensée, on s'aperçoit vite qu’il voit en la morale chrétienne plutôt « une discipline, une police sociale, un système répressif )) (Petit de Julleville) qu'une nécessité philosophique et vitale.Cela tient d’ailleurs à sa conception de la vie et à l'opinion qu’il a de l’homme.Pour lui, la vie sociale se résume à une lutte d'appétits ; c’est une longue et cruelle bataille entre le faible et le fort.Et les forts, ce sont les gens qui ne s’embarrassent d’aucun principe, qui ne reculent devant rien pour arriver.Les héros des romans de Balzac sont presque tous des arrivistes, notons-Ie.Balzac ne voit en l’homme qu’appétits et aptitudes.D’où l’abondance dans son œuvre de passionnés, d'intrigants, de financiers véreux.On pourrait gloser longtemps sur le déterminisme balzacien» sur sa conception physiologique et matérialiste de l’homme et de la vie.Il y a de tout dans Balzac, du meilleur et du pire.Ce grand seigneur des Lettres a voulu pénétrer partout, poursuivre le vice jusque dans ses plus secrets retranchements.Doué d'une lucidité et d'un sens d'observation uniques, cet imaginatif génial s’est plu à créer des personnages de tous les calibres moralement, mais surtout des êtres vicieux et dépravés.La liste serait longue de ces misérables qu’il a dépeints avec une précision et une crudité inouïes.32 La plupart de ses Héros évoluent dans une atmosphère trouble et dangereuse.Bien plus, il semble que Balzac se soit attaché à ses tristes créatures.Il les décrit avec complaisance et avec tout un luxe de détails.La vertu dans ses romans est quasi-continuellement bafouée.Il nous la montre, de plus, presque toujours incarnée en des êtres inférieurs, faibles, impuissants.Cela est-il bien conforme à la réalité ?Certes une conception aussi pessimiste de la vie ne manque pas de véracité.Et tout chrétien sait l'empire qu’exercent en nous les forces du Mal.Mais Balzac tombe dans l'exagération.Il est à l’opposé de Rousseau ; s'il prône comme celui-ci la corruption de l'homme par la société, il affirme par contre aussi la malice congénitale de l'homme.Ce n’est pas un progrès.Il faut dire que la société du temps a largement influencé les idées de Balzac.Il a vécu à une époque d'individualisme effréné.La Révolution, qui a renversé bien des fortunes, l’Empire, qui en a érigé d’autres, ont ouvert la voie à l'action d’une foule d'intrigants plus ou moins honnêtes ; l'incertitude des temps donne libre cours à bien des débordements.On n'a qu’à ouvrir l’histoire pour s'en rendre compte.Rien n'empêche que la philosophie morale et sociale de Balzac est nettement fausse.Elle donne de l'homme une image mutilée et dangereusement erronée.Balzac voulait, en l’étalant au grand jour, montrer la laideur du vice et corriger si possible les moeurs de la société.Il est indéniable qu'il a atteint juste le contraire de son but.Et tout en reconnaissant en lui le maître incontestable du roman français, tout en saluant bien bas ses qualités et son génie, on ne peut s'empêcher de dire, avec Jean Carrère, que Balzac est un mauvais maître.Jean-Marie DELAGE « En général, que chacun exige de ses fournisseurs des vêtements, des livres, des journaux, des revues, des films mêmes, qui respectent la modestie et n'offensent pas la morale.Ah 1 si nous voulions être conséquents avec notre foi 1 Comme nous aurions vite fait de purifier les étalages de modes, les librairies, les kiosques de journaux et de revues, l'écran même.Quand la conscience n’est plus écoutée, il est nécessaire de faire entendre à certains exploiteurs la voix de l'intérêt matériel.)) (Lettre pastorale collective du Cardinal et des Évêques, le Devoir, 3 juin 1946.) 53 LECTURES — 3 RECENSIONS Volumes GÉNÉRALITÉS * * • The Canadian Catalogue oj Books published in Canada, about Canada, as well as those written bv Canadians, with Imprint of 1944.Compiled by The Toronto Public Libraries and published as a Supplement to The Ontario Library Review.1945.62 p.25.5 cm.(No 23) 015(71 )‘T944” La Bibliothèque publique de Toronto publie depuis 1921 une liste des ouvrages imprimés au Canada au cours de chaque année.La vingt-troisième de la série, celle que nous avons à présenter, nous paraît très complète, meme pour ce qui concerne la section des ouvrages de langue française.Les bibliophiles canadiens ne peuvent qu’apprécier ce travail préparé avec une grande conscience prolession-nelle.Les rédacteurs de catalogues en particulier constatent avec satisfaction ue l’année de naissance de bon nombre 'auteurs est indiquée au début de la référence : détail qui représente pour eux une notable économie de temps.C.MARTIN PHILOSOPHIE * • • Femmes d’absents.Témoignages recueillis par les Associations de Femmes de Prisonniers et le Mouvement populaire des Familles.(Paris] les Editions ouvrièi^s (1945].128 p.16 cm.Ces enquêtes et ces études sont destinées à ceux qui ont passé la guerre dans les camps de concentration nazis et qui devront faire face au problème de fa ré-adaptation à la vie familiale.J.-M.D.Vincent-Fumet (Odette).Comment le dire '/ Nos petits et les mystères de la vie.Montréal, les Editions de la Famille (1945).32 p.ill.15.5 cm.$010 ($0.13 par la poste).176(07) Pour adultes Inspirée du plus pur esprit chrétien, Madame Odette Vincent-Fumet s'acquitte avec un doigté remarquable de la tâche délicate de guider les mamans dans l'éducation de leurs petits : c'est qu’elle est elle-même maman et qu'elle a eu à répondre aux questions parfois embarrassantes de sa petite fille.Aussi a-t-elle voulu faire profiter de son expérience les jeunes mères canadiennes-françaises.Cette brochure est écrite dans une langue dépouillée et claire.Quelques jolis dessins de l’auteur égayent le texte., Élie GOULET RELIGION Daniel-Rops.Histoire sainte.Le Peuple de la Bible.Paris, Fayard (1943].(Réimpr.par Variétés.) 409 p.18.5 cm.$2.00 ($2.10 par la poste).22.09 173.3 Pour adultes Pour adultes Il est vraiment réconfortant de voir de grands écrivains chercher leur inspiration, ou plus simplement leurs sujets, dans l’Ecriture sainte.Après Léon Bloy, Claudel, Mauriac et tant d'autres — pour ne citer que les modernes — voici Daniel-Rops qui synthétise en quatre cents nages 1 histoire du peuple tie la Bible, il tend à y faire figure d’initiateur et d'érudit, mais à tout moment ses merveilleux dons d'artiste l'emportent et il dégage des textes inspirés l'incomparable valeur poétique qui a fait des écrivains sacrés les premiers poètes de l’univers.L Histoire sainie s’impose, tant par la facture que par le sujet, à l'attention ties chrétiens et des incroyants ; puisse-t-elle surtout conduire à la lecture amoureuse des originaux, de l’Ecriture elle-même ! Y.L.Folliet (J.).Le sentiment de ta nature dans les Psaumes.Paris, Arcfhconfrérie de l’Evangile dans la Vie.84 p.18 cm.(Coll.A M.D.A.).223.2 Ce petit livre d'aspect miteux contient une solide étude et manifeste une connaissance approfondie des textes sacrés, en particulier du psautier.L'auteur étudie les psaumes sous cet angle particulier du « sentiment de la nature » et dégage de cette étude diverses remarques relatives à l’esprit d'observation des Hébreux, à leur amour de l'hyperbole, à leurs sentiments à l’égard du Tout-Puissant, etc.L'allure minable du volume est grandement compensée par l'originalité des aperçus, l'élégance du style et la perfection de la langue.André JANOËL Hemptinne (Chr.de) et Van Elewijck (E.).Maman, parle-moi du Bon Dieu.Première instruction chrétienne.Collaboration de A.Bruggeman.Dessins de M.A.Lernould.Bruges, Bcyaert (1944).222 p.ill.22.5 cm.238(07) Rien ne remplace la formation maternelle.Même si l’école prépare très bien l'enfant à sa première communion, l'adaptation personnelle doit se faire et l’influence de la mère est irremplaçable ; la toute première initiation religieuse de scs enfants incombe à la maman et si elle ne remplit cette mission, elle trahit la partie la plus sublime de sa tâche.Les jeunes mères soucieuses de leur responsabilité, qui n'ont pas le temps tie compulser les manuels, trouveront ici des leçons toutes préparées en (onction de l’âge et de la mentalité des tout-petits.Ces leçons sont de nature à éclairer l'intelligence tout en formant le coeur et la volonté.Denis MONTBOISÉ Mathieu (II.), s.j.list-ce un dei'oir pour tout chrétien d’être apôtre 1 Les devoirs de l’apostolat.Paris, Bonne Presse [19431.59 p.17.5 cm.241.535 L’auteur répond d’abord directement à la question que nose le titre, en précisant la nécessité de l’apostolat pour le chrétien.Sa réponse s’appuie sur de nombreux textes de l’Ecriture sainte et des Souverains Pontifes.Il dénombre ensuite et explique les différentes formes d’apostolat accessibles à tous et, en guise de conclusion, les résume toutes dans la charité.Un petit livre clair, précis et solide.André JANOËL Genevois (F.).Lumières de vie et Jamille humaine.[Préf.de Mgr J.Lavarenne.Paris] Bonne Presse [1943].204 p.19 cm.$0.75 ($0.80 par la poste).248.1 L'auteur, directeur d’une maison de retraites fermées, livre, sous ce titre, le fruit de ses méditations, la substance de sa prédication.J.-M.DELACE 55 Pinard de la Boullaye (H.), s.j.Les étapes de rédaction des exercices de S.Ignace.Paris, Beauchcsne, 1945.67 p.20 cm.Exercices spirituels, selon la méthode de saint Ignace ; 5c* édition.Paris, Beauchcsne, 1944.2 v.20 cm.$4.00 pour ces deux volumes et le précédent ($4.25 par la poste).248.1 Le P.Pinard de La Boullaye, s.;., l’auteur d’un savant ouvrage en 3 vol.sur 1‘Etude comparée des Religions et B:ndant neuf ans prédicateur de Notre-ame de Paris, fait paraître chez Beau-chesne un ouvrage magistral sur les Exercices de S.Ignace.Déjà deux volumes sont parus d'une collection qui en comprendra quatre, en plus d’un travail préliminaire, plaquette de 67 pages : les Etapes de rédaction des Exercices de S.Ignace.Le tome I, de XXVIII-314 pages, est un directoire des Exercices.Ouvrage très précieux pour quiconque veut les étudier ou les donner à des retraitants.Il fait comprendre non seulement l’esprit de S.Ignace, mais aussi chacun des principaux exercices de la retraite de trente jours, sa place, son ordonnance dans l’ensemble, son but et la manière de l’utiliser pour en retirer le meilleur profit spirituel.11 nous semble que de tous les commentateurs des Exercices que nous connaissons, le P.Pinard de La Boull aye n’a pas son égal pour l’ampleur de l'œuvre, la clarté des exposés et la compréhension singulière du livre de S.Ignace.Le tome 11, de VIII—3C>0 pages, intitulé Retraites, comprend les méditations complètes de deux retraites de huit jours, selon les méthodes de S.Ignace.C'est un ouvrage riche et pratique offert à toutes les âmes qui pourraient rechercher une matière neuve en même temps que substantielle pour l'avancement spirituel, ou aux prédicateurs qui sentiraient le besoin de se renouveler.Nous attendons avec impatience les deux autres volumes à paraître : Retraites et Tnduums et Conférences, examens.Le tout formera un ensemble imposant et unique, une mine spirituelle aux richesses très grandes.Paul FONTAINE, s.j.Bérubé (J.-F.), s.s.s.La piété eucharistique.Montréal, la Librairie eucharistique (1945J.147 p.19.5 cm.$1.00 ($1.10 par la poste).248.159.22 Le passage suivant de l’Encvclique « Mirœ Caritatis » de Léon XIII résumé la leçon de doctrine et de piété que nous donne le R.P.J.-F.Bérubé : le sacrement de l’Eucharistie « doit être regardé comme le centre dans lequel réside la vie chrétienne, autant qu’elle peut exister quelque part ; tous les autres modes de piété, quels qu'ils soient, conduisent à l'Eucharistie et g trouvent leur terme ».Les pages de la Piété eucharistique sont d’une telle densité, elles s’avèrent si appropriées au besoin fondamental de notre époque — en raison d'un réalisme qui, tout en plongeant ses racines dans le tuf doctrinal le plus riche, reste en même temps ouvert aux exigences de l’évolution de la piété dans l’histoire et la vie de l'Eglise — qu’elles doivent être méditées et assimilées par tous ceux qui veulent assurer à leur vie intérieure toute l’intégrité et le rayonnement possibles.Le Révérend Père, qui puise largement aux sources les plus sûres, pose d’abord le problème de la piété eucharistique ; il nous prouve ensuite que cette piété eucharistique est la piété chrétienne dans sa plus fidèle expression, que le Christ eucharistique, « source actuelle de notre piété par la messe et par la communion », est aussi la fin de la vie intérieure.Apres la synthèse générale que nous offre la conclusion, nous trouvons, en appendice, un discours du Souverain Pontife Pic XII aux prêtres adorateurs d'Italie et l’Allocution qu’il prononçait lors de son jubilé épiscopal.Outre la table des matières, une bibliographie topique — donc eucharistique — étaye la thèse de l’auteur de sa muette mais bien réelle éloquence.56 Je me plais à souligner quelques points de cet enseignement adamantin : même les habitués des lectures pieuses solides pourront peut-être en tirer prolit.L'Eucharistie est avant tout un sacrement, un sacrement en acte continu, le sommet des merveilles des réalités sacramentelles, le Sacrement auquel les autres sont ordonnés comme à leur fin : l’Eucharistie possède en propre l’Auteur de la grâce et la grâce elle-même, alors que les autres sacrements ne la possèdent que par participation.11 ne nous surprend donc pas, après la démonstration de ces vérités, de voir affirmer ici qu* « une véritable piété chrétienne ne peut pas ne pas être eucharistique ».C’est que la véritable piété trouve sa source, ses moyens principaux et sa fin dans l’Eucharistie, perpétuation de la présence du Verbe Incarné en personne parmi nous.Quel est le catholique qui, ayant atteint aux pâturages spirituels d’une vie intérieure vraiment « raisonnable » — « rationabile obsequtum » — et qui, Far le fait même, ayant le sens de ordre — « tout ce qui est tie Dieu a été fait selon l’ordre » (Rom., XIII, 1) — ne sentira pas augmenter sa piété envers l’auguste sacrement de nos autels et ne sera pas incliné à donner à sa piété plus de conscience eucharistique, lorsqu'il saura que tous les autres sacrements ne sont que des causes particulières, dans le travail tie transformation de nos âmes, par rapport à l’Eucharistie, Cause universelle ; lorsqu’il saura que les autres sacrements, dans leur opération, dépendent de la vertu principale du Christ-eucharistique ?La méditation de ces pages, au cours desquelles le lecteur savourera bien d’autres vérités fortes et délectables, permet tie comprendre le sens profond et plénier des paroles de saint Thomas d’Aquin : « Le sacrement de l’Eucharistie contient le bien commun spirituel de toute l’Eglise » (III, q- 65, a.3 ad 1).En terminant, je regrette la pauvre enveloppe matérielle — papier, couverture, typographie — tie ce magistral enseignement.D’autres reprocheront aussi à l'auteur, avec un brin d’exagération, de ne nous présenter qu'une marqueterie de textes ; pour ma part, je ne partage en aucune façon cette dernière opinion, non seulement parce que ces textes représentent un matériel assimilé et assumé dans la vie intime d'un vérin.* bien Jormé, mais dans la conviction où je suis que trop tie gens souffrent du prurit de l’inédit, de la nouveauté pour la nouveauté, du littéraire d’abord, aux dépens de la sagesse et de la docilité au réel, aux dépens de la simple « dénudation de l'intelligible contenu dans l'éternelle et toujours neuve réalité ».Aussi en avons-nous des tonnes tie vanités imprimées ! Théophile BERTRAND McGrath (Mgr William C.).Fa/1ma, l’espoir du monde¦ Tr.de l’anglais par G.Quenneville, c.s.v.Scarboro Bluffs, The Scarboro Foreign Mission Society [1945].84 p.ill.16.5 cm.$0.25 ($0.30 par la poste).248.159.4 Cet opuscule débute par un tableau apparemment pessimiste, mais trop vrai, hélas ! de la situation mondiale.Viennent ensuite, un récit succinct des « Apparitions » et la biographie abrégée, mais toujours si captivante, des petits « Voyants ».On a ajouté à l’ensemble la consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie, telle que faite par S.S-Pie XII, ainsi que le discours du Saint-Père au peuple portugais.Viennent, à la fin, des considérations sur la dévotion des (( premiers samedis » et des réflexions sur le « message » de Fatima.Plusieurs photos et de beaux dessins, d’un genre trop peu répandu encore dans les ouvrages similaires, ornent ce petit livre.André JA NOËL Ma.MPAEY (Chanoine A.).T’Action catholique d’après les décrets du Ve Concile provincial de Malines ; 2e édition.Bruxelles, Editions Novissima [1939], 144 p.20 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).*256.8 (493) 57 I^es « Actes et Décrets » du Ve Concile Provincial de Malines (1937), reconnus par la Sacrée Congrégation du Concile et approuvés par N.S.Père le pape Pie XI, consacrent un chapitre entier à l’A.C.et donnent, en appendice, le statut d'organisation de l’A.C.en Belgique.I*es décrets traitent : 1.de la notion générale de l’A.C« 2.des différentes missions de l’A.C.3.de ceux qui doivent s’appliquer à l'A.C.4.de l’organisation pratique de 1 A.C.L’auteur rapporte d’abord la traduction de chaque décret qu’il fait suivre aussitôt d’un commentaire appuyé sur les documents pontificaux.(Les références sont précises.) l^e volume nous révèle la force de l’A.C.belge et demeure un document national qui coordonne la pensée tie l’A.C.plutôt qu’il ne la fait avancer.André PICARD, c.s.c.LescoüHIFR (Chan.D.).Explication sommaire des principales fonctions et cérémonies liturgiques et des fêtes religieuses ; 5c édition.Bruges, Bcyaert, 1944.76 p.ill.21 cm.$0.60 ($0.65 par la poste).264 Parce que la brochure prétend être un « résumé complet » de la liturgie, elle est nécessairement sommaire et superficielle.Elle est un peu didactique pour enthousiasmer des jeunes.Elle pourra plutôt aider les professeurs.André PICARD, c.s.c.Cuyper (A.de).Manuel de liturgie.Bruges; Bcvaert, 1941.4 v.18.5cm.$1.50 ($1.60 par la poste).264(07) Quatre petits volumes divisés ainsi : I.L Edifice du Culte II.La Sainte Messe et l’Office Divin III.L’Année Liturgique IV.Les Sacrements et les Sacra-mentaux « Ce manuel est la traduction libre du « Liturgisch Handbook » introduit auprès du public néerlandais par le savant promoteur du Mouvement liturgique, Mgr Callewaert.» Il s’adresse aux élèves des Humanités et des Ecoles Normales.L’auteur a su éviter une systématisation trop rigide et une érudition trop poussée qui auraient tué la vie nécessaire à tout volume qui s’adresse à des étudiants.André PICARD, c.s.c.Brabant (Chan.).Le sacrement de Confirmation Simples leçons destinées aux confir mands.Bruges, Bevaert (1945) 43 p.20.5 cm.$0.75 ($0.80 par la poste).265.2 Cette brochure veut être une aide aux prêtres dans la préparation des leçons de « catéchisme de confirmation ».D’allure très simple, le texte est bien présenté ; mais tout catéchiste devra l’adapter selon une méthode plus pédagogique.Le livre pourrait servir dans une récollection de militants d’A.C.André PICARD, c.s.c.* * * Le mariage chrétien.Montréal, Fides, 1946.126 p.15.5 cm.$0.25 ($0.30 par la poste).265.53 Pour adultes « Préparez votre mariage.Pour vous aider dans cette tâche qui décidera du bonheur de votre vie et peut-être de votre éternité, le Comité diocésain d’Action catholique, désirant aider 58 (.) tous les jeunes gens et toutes les jeunes filles à se bien préparer à la vie du mariage, a fait rédiger ce précis sur le mariage chrétien.» On voit que l'introduction souligne avec précision le but de l’ouvrage.Peu volumineux, cet opuscule n’en contient pas moins une foule «le renseignements concernant les fréquentations, les fiançailles, l’enquête prénuptiale et la réception du sacrement de mariage ; il est tout indiqué pour les futurs époux.Albert BERGERON SCIENCES SOCIALES IZARD (Georges).L’homme est révolutionnaire.Paris, Grasset (c 194o).315 p.19 cm.335 (44) Dangereux Communistes et socialistes se réclament de Marx.Si on les compare aux seconds, les premiers pourraient cire dits « marxistes orthodoxes » ou « marxistes de la stricte observance ».Bien entendu, tout cela est approximatif car personne, aujourd'hui, meme les plus rigoureux théoriciens du communisme, ne suit réellement et complètement Marx.Lénine écrivait en 1914 : « (.) pas un marxiste n’a compris Marx un demi-siècle après lui ».Cela n’a guère changé.Et l’évolution doctrinale des tenants du marxisme se continue.Ixîs socialistes français, pour une part, tendent depuis Jaurès vers un socialisme humaniste ou spiritualiste.La pensée de Jaurès survit aujourd’hui en M.Blum.M.Izard a voulu expliquer cette tendance actuelle du socialisme français.Je n’ai pas besoin de dire que ce tenant d'un socialisme spiritualisé tombe dans l’erreur assez souvent.Mais il a le mérite esoin que semble éprouver Gide de révéler ttrbi et oroi les dégradantes faiblesses d’une volonté incapable de se refuser à la tentation du moment.Que l’écrivain tienne à raconter sa première jeunesse jusqu'à l’époque de son mariage, personne ne peut trouver à redire.Mais il n’est pas obligé de se complaire dans ses bêtises.C’est en lisant tie pareils livres que l’on comprend le jugement terrible d'un personnage de Huxley : « I wish one met a few more heterosexuals.Since Proust and Gide made them fashionable (les homosexuels), one sees nothing else in this tiresome town.» Y.L.Giraudoux (Jean).Juliette au pays des hommes.Paris, Emile-Paul Frères.(Réimpr.par Variétés.) 195 p.19.5 cm.84-3 Dangereux Dans un article récent, le collaborateur d’une revue française s’en prenait à la routine de la critique qui s'est obstinée sur le thème facile de 1’ « irréalisme # de l'univers littéraire de Giraudoux.Sans nécessairement endosser toute la thèse de l’auteur, il convient de remarquer que même la voie de la fantaisie dans les lettres peut révéler un esprit et que, d’ailleurs, il n’est pas dans l'art plus que dans la nature de Jorme pure.De ce dernier point de vue, il semble qu'on puisse déceler dans l'œuvre giralducienne, sous la dentelle et la passementerie du style, une matière souvent douteuse.Juliette, fiancée de Gérard, part afin de se délivrer « de tous ceux qui la tenaient (.) emprisonnée » (p.20).Après avoir visité des savants et des artistes, elle échoue à la fin, contre son gré, dans les bras du Russe Boris, un séducteur professionnel.Puis elle retrouve Gérard dans un négligé qu'elle semble désormais plus upte à apprécier.I hèse feutrée ?En tout cas, l'ouvrage offre quelques scènes tout à fait regrettables.Théophile BERTRAND Giraudoux (Jean).Simon le pathétique.Paris, Grasset [cl926J.(Réimpr.par Variétés.) 206 p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Appelle des réserves « Le ton était à la fois celui de l’humaniste cultivé et de la jeune fille minaudière.» Ce jugement s’attaquait au premier livre de Giraudoux ; le reste de l’œuvre n'a pas toujours su y répondre avec honneur.Divagation poétique, Simon le Pathétique constitue une espèce d’autobiographie, dont les inexactitudes et les transpositions diminuent chez le lecteur les motifs d’intérêt.II faut bien l’avouer, il n'y a pas ici que le héros qui soit pathétique : le roman lui-même appelle notre sympathie, comme toute belle œuvre un peu manquée, monotone et ennuyeuse.Y.L.Hello (Ernest).Contes extraordinaires.Montréal, Variétés (1945).258 p.19.5 cm.$1.50 ($1.60 par la poste).84-3 Appelle des réserves Je vois dans les Contes extraordinaires d’Ernest Hello l'exemplaire parfait du conte philosophique et moral.Les Français excellent dans le genre et chacun y a apporté sa manière.Qu’est-ce que La Fontaine, par exemple, sinon un philosophe aimable et cruel qui enseigne en racontant ?Les Contes extraordinaires naissent de cette vérité que « la recherche du nom de Dieu est le drame capital de la vie humaine ».Les passions, orgueil, avarice et autres, sont la caricature ou Elutôt le côté tragique de ce drame.'auteur a voulu décrire ces passions, montrer les ravages qu’elles exercent 4f) dans les âmes et faire voir les transformations radicales qu’elles apportent chez ceux qu’elles dominent.Les récits baignent dans une atmosphère étrange.On pense à Poë.A leur manière, les tristes héros de Hello sont des absolus.Des absolus qui se sont engagés dans le mal d'une manière irrévocable.Les passions qui les animent existent chez eux à l’état f»ur, si l’on peut dire.L'auteur, dans a peinture de ces âmes malheureuses, descend à des profondeurs étonnantes.Des récits lels que « Ludovic », # Eve et Marie », suffisent à placer Hello à côté des plus lucides scrutateurs de l’âme humaine : La Bruyère, Shakespeare, Balzac et, plus près de nous, Mauriac et Bernanos.J’ai classé l'ouvrage dans la catégorie de ceux qui appellent des réserves, car l'audace de 1 auteur et la hardiesse de ses procédés pourraient fort bien troubler certaines âmes.Jean-Marie DELACE LACRETELLE (Jacques de).Les Hauts Ponts.T.1 : Sabine.Roman.Montréal, Variétés [cl932].227 p.19 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Appelle des réserves Les Hauts Ponts.T.2 : Les fiançailles.Roman.Montréal, Variétés [c!933 par Gallimard].266 p.19 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Appelle des réserves Les Hauts Ponts.T.3 : Années d’espérance.Roman.Montréal, Variétés (cl935 par Gallimard], 242 p.19 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Appelle des réserves Les Hauts Ponts.T.4 : La Monnaie de plomb.Roman.Montréal, Variétés [cl935 par Gallimard].195 p.19 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Appelle des réserves Un beau document de psychologie humaine.Devant ce long exposé d'une passion qui comprime et empoisonne toute une vie, on comprend mieux la valeur libératrice du message chrétien enseignant aux hommes le détachement progressif des biens temporels.« Délivrance aux âmes captives », s’écrie Frcre Léon à la fin du Soulier de Satin, alors que Rodrigue rassemble enfin dans une ferme prise volontaire les lambeaux de son cœur tiraillé par l’ensemble de la création.La fin des Hauts Ponts est tout autre.Lise Darembert n’a pas su parvenir à cette haute sagesse des âmes détachées.Un seul désir a groupé et orienté toutes ses énergies : recouvrer le domaine familial des Hauts Ponts.Au soir de sa vie, elle se trouve plus éloignée que jamais du but poursuivi.Elle n’a plus d’argent, plus de famille ; son fils est entré dans les ordres.Mais le mirage séduisant hante toujours son esprit affaibli.Elle ne peut résister à un dernier appel mystérieux de la toute-puissante passion.Elle se glisse sur le domaine désert et silencieux, que viennent de quitter les propriétaires, fait quelques pas incertains, se demande où elle ira d’abord.« Sur la Selouse, vers la terrasse, au potager ?.oudain ces questions devinrent de S rands coups de marteau qui assour-irent toutes ses pensées.Elle vacilla, chercha un appui, et dans le moment même, heurta du front le sol.Quand la lune se leva sur les Hauts Ponts, elle éclaira le corps jeté là.La bouche était grande ouverte et paraissait manger la terre ».Monnaie de plomb, en effet, qu| n'a rien pu acheter.Monnaie vile, qu1 n’a su apporter que la déchéance et la mort.Par malheur, la faiblesse et la malice des hommes en font trop souvent un enjeu définitif.Monnaie sans couverture, la passion, comme 1 écrit Mauriac, « se conserve, se concentre ; elle s’accumule, croupit, se corrompt, empoisonne, corrode le vase vivant qui l’enferme ».Y.L.LACRETELLE (Jacques de).Silbermann, suivi de le Retour de Silbermann.Montréal.Variétés [1945].232 p.19.5 cm.$1.50 ($1.60 par la poste).84-3 Appelle des réserves 47 La valeur d'un livre ne se mesure (>as au chiffre de son tirage.Toutefois es nombres jouissent d’une éloquence, froide peut-être mais rigoureuse et, dans leur domaine, irréfutable.Paru en 1922, Silbermann atteignait en 1936 sa cent vingt-deuxième édition.Il s’agissait pourtant moins d’un roman que d’une nouvelle, étendue par de gros caractères d’imprimerie jusqu’à cent quatre-vingts pages.On n'y raconte pas une histoire passionnelle : l'attrait du fruit défendu n’a nullement déterminé le succès extraordinaire de ce portrait psychologique.Silbermann est un jeune Juif de France, d'une rare puissance intellectuelle, qu'il se fera pardonner encore moins que son origine raciale.La persécution s'abat sur lui et, malgré la réconfortante amitié d’un camarade — d'un seul — il quitte finalement cette patrie dont il avait rêvé devenir un des grands poètes.Le retour de Silbermann nous apprend la fin de cette lamentable vie, pas plus heureuse en Amérique qu’en cette France dont l'attirance culturelle le ramène à Paris pour y mourir.Les vertiges de la souffrance morale brisent l’équilibre psychologique du jeune homme : « Silbermann aperçoit, au terme de sa destinée lamentable, une vision qui le grise, une espèce de royauté, de place élue : il est le plus malheureux des Juifs ».Ecrits dans un style direct et dépouillé, classique, presque froid par moments dans sa sécheresse cérébrale, Silbermann et le Retour de Silbermann résument le problème naturel et humain de l'antisémitisme mieux que tous les manifestes et que toutes les thèses du monde.On n a pas fini de les lire.Yves LOISEL Lamartine (A.de).Raphaël.Montréal, Fernand Pilon.220 p.19 cm.84-3 Dangereux Profondément respectueux de tout ce qui manifeste quelque virtualité de l'âme humaine, je n'ai poifl-tant jamais pu retenir un sourire vis-à-vis ce qu’on appelle le romantisme.Je n'ai jamais cru, en effet, qu'un esprit équilibré pfit s'abandonner à ces effusions ma- ladives et pleurnichardes qui affadissent trop souvent les œuvres des écrivains de cette école.S’il faut dire que les romantiques ont chanté des thèmes éternels de 1 âme humaine, il faut bien ajouter aussi que leur optique était à ce point individualiste qu’elle a lamentablement ignoré ou mutilé les grands thèmes du lyrisme.Certes, il y eut un Musset, il y eut un Lamartine et un Hugo bien humains, mais il y eut aussi un Musset geignard, un Lamartine aux effusions ridicules, un Hugo au lyrisme bénêt.Raphaël est fils du Lamartine deuxième manière.Aussi il n’y a pas lieu de s'étonner que scs thrênes, s’ils donnent une idée de la faiblesse de l’homme, n'en donnent que très peu de sa force, de son intelligence, de ses élans enthousiastes devant la beauté de la création et les splendeurs de la vie.D'ailleurs, même si ce genre est fort suranné, l'histoire romancée de ces tristes amours n’en reste pas moins dangereuse.R.T.Lauran (Stéphane).Ils s’aimaient.Roman inédit.Montréal, les Editions Parisiennes, 1944.32 p.17 cm.{Arrive de Paris-Magazine) $0.10.Dessaignes (R.).Une jeune Pille seule.Roman d’amour.Montréal, les Editions Parisiennes.32 p.17 cm.(Arrive de Paris-Magazine) $0.10.Valbreuse (René).U héritière d'une Jaute d’amour.Roman sentimental et dramatique inédit.Montréal, les Editions Parisiennes, 1944.32 p.17 cm.{Arrive de Paris-Magazine) $0.10.Lenoir (Pierre).L’affaire du Lukania.Roman policier.Montréal, les Editions Parisiennes.32 p.17 cm.{Arrive de Paris-Magazine) $0.10.Dori a (Anna).Guitare dans la nuit.Roman inédit.Montréal, les Editions Parisiennes, 1944.32 p.17 cm.{Arrive de Paris-Magazine) $0.10.46 Dubeux (Albert).Maurois (André).Un centrât gosse.Roman.Montréal, les Editions Parisiennes, 1944.32 p.17 cm.{.Irrive de Paru-Al ago une) $0.10.Climats.Paris, Grasset [cl928].(Réimpr.par Variétés.) 234 p.19.5 cm.84-3 Appellent des réserves Cette nouvelle collection ne mérite aucune attention.Elle n’offre rien qui puisse intéresser.Les histoires sont courtes et vides.Le seul piment qu'elles contiennent sont la licence et l’arbitraire dans les champs de la morale et du bon sens.Quant au style, il convient au genre de ces fadaises : lourd, décousu et faisandé.84-3 Albert BERGERON Dangereux Une belle étude sur la psychologie féminine : un homme, divorcé puis remarié, fait une analyse louillée du caractère de ses deux épouses.On constate encore chez Maurois ce curieux détachement vis-à-vis des personnages qu'il a créés et qui rend moins vivants des livres d’ailleurs bien construits.Au point de vue moral, le simple exposé du sujet, avec les sous-entendus qu’il comporte, suggère déjà les réserves à faire.Y.L.Mac ali.Sur la route inconnue.Roman.Paris, Chantal [cl944j.(Réimpr.par l'Arbre.) 238 p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Pour adultes Nerval (Gérard de).84-3 Sylvie.Montréal, Variétés |I946].87 p.19 cm.(liihliothègue dt luxe) $0.75 ($0.80 par la poste).Pour adultes 84-3 Le dernier Magali n'a rien pour nous emballer.Il me semble avoir été écrit à la hâte.L’héroïne est plutôt insignifiante : elle tombe amoureuse de deux hommes pour enfin revenir à son ami d'enfance qu’elle épouse.Un merveilleux hasard, Providence ordinaire des amoureux de roman fade et sentimental, déroule fort heureusement le fil des destinées.Se peut-il qu’après le Calvaire de la France, une romancière de ce pays nous offre des pages aussi doucereuses ! I At chef-d’œuvre tie Gérard de Nerval, dit-on parfois.Quoi qu’il en soit, nous nous accommodons mal aujourd’hui de ce romantisme embrumé.Les états émotionnels exaltés et instables que rapporte Sylvie nous font trop songer au chien du fabuliste qui lâche la proie pour l’ombre.Mais les âmes sensibles, en quête d’évasion, trouveront dans ces pages les sujets propices à l’éclosion de leurs rêves les plus charmants.Y.L.Elie GOULET Robert-Dumas (Charles).Mauriac (François;.Les anges noirs.Roman.Paris, Grasset [cl936).(Réimpr.par Variétés.) 210 p.19 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Appelle des réserves Un des livres les plus tourmentés du grand romancier, et aussi un des plus riches : inutile donc d’essayer de comprimer en quelques lignes une appréciation sur laquelle il faudra forcément revenir.Deuxième bureau.Paris, Arthcnie Fayard [c!934].(Réimpr.par Variétés.) 255 p.19.5 cm.(Coll.Ceux du S.IL).Mauvais L’idole de plomb.Paris, Arthènie Fayard |cl935).(Réimpr.par Variétés.) 254 p.18 cm.(Coll.Ceux du S.R.).Mauvais J.-M.GABOURY, c.s.c.I,’homme à abattre.Paris, Arthème Fayard [cl934[.(Réimpr.par Variétés) 254 p.18 cm.(Coll.Ceux du S.R.).Mauvais 84-3 49 LBCTURBS — 4 r Trois livres d’une immoralité consommée, dont nous laissons la jouissance — si elle est possible — aux âmes affligées de ce que la psychologie moderne apiHîlle « une constitution perverse ».La valeur littéraire d’ailleurs n en dépasse pas la valeur morale.Y.L.et sonores, Estelle de Sèpe nous brosse un portrait ou un paysage avec une maîtrise admirable.Dans une trame très simple mais d’une psychologie profonde, elle nous raconte le combat intime et les souffrances morales d’une jeune intellectuelle tenaillée par la hantise de l’infini.Denis MONTBOISÉ Saint-Pierre (Bernardin de).Paul et J irginie.Montréal, Variétés (1946).212 p.19 cm.{Les Romans illustres) $1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Appelle des réserves Les manuels de littérature française ont pris l’habitude de nous imposer Paul et I trginie sinon comme un chef-d’œuvre, tout au moins comme un exemple du roman classique au XVIIle siècle.Que l’histoire le veuille ainsi, nous n’y pouvons rien, mais nous gardons malgré son choix le privilège de juger ses raisons.Deux qualités de chefs-d’œuvre ont envahi la littérature classique : quelques-uns ont continué tie dessiner les traits de l'homme universel, presque tous les autres ont tenté de nous fixer l'image fluente de leur siècle.Entre les deux, il y a toute la différence de la fixité à la mobilité, du durable à l'éphémère.Les premiers, riches d’un surplus de signification humaine, consentent à se renouveler indéfiniment sous différents éclairages, sans jamais rien sacrifier de leur vrai visage.I,es autres s’accrochent désespérément à un paysage, s'enlisent tlans les jeux d’une sensibilité vaine et trompeuse.I/essai d’exotisme idéaliste, au milieu de l'Ile-de-France, qu’est Paul et Virginie, est le digne témoin d’une fin de siècle exécrable.Maurice BLAIN SÈPE (Estelle de).Résidence bourgeoise.Bruxelles, Editions Novissima.179 p.19.5 cm.$1.25 (1.35 par la poste).84-3 Beau livre, écrit dans un style fort et imagé.En quelques phrases brèves Simenon (Georges).La danseuse du Gat-.ffoulin.Paris, Arthème Fayard [cl931 J.(Réimpr.par Simpson et Feuchc.) 252 p.19.5 cm.$0.90 ($1.00 par la poste).84-3 Appelle des réserves Georges Simenon jouit d'une enviable réputation comme auteur de romans policière.Après avoir lu La Danseuse du (lat-Jlouhn, j’ose avouer en toute humilité que, dans ce genre de fiction, je lui préfère Arthur Conan Doyle, Ellery Queen, Agatha Christie, Erie Stanley Gardner, l'incomparable Chesterton des Rather Brown Stories, et meme S.S.Van Dine ! L’inspecteur Maigret montre trop d’intuition ; son explication finale n'a que le minime défaut de survenir sans préparation : elle semble nous sauter au visage comme un chien hargneux.Il paraît bien que son explication soit la bonne, puisque aucun des personnages du roman, sans parler de l’auteur, ne se risque à la contredire.Une telle habileté déconcerte ; je me sens plus à l’aise en face d’une déduction longuement élaborée, plus traditionnaliste.Y.L.Zilkha (Berthie).I.a voie et les détours.Roman.New York, Maison française, cl946.264 n.19 cm.84-3 Mauvais « Peut-être étaient-ils flattés aue Muriel écrivât (sic) de beaux vers : » « Ses yeux se dressent, m’endoctrinent, me juxtaposent une quantité d'étendues, une multiplicité de moi dont son moi est le plus moi.» Il y en a de cette veine, à satiété.S0 Des fautes de français, assez fréquentes pour dégager le prote ; des analyses incompréhensibles et insensées, et à l’infini, d’un MOI païen et sacré par un autre MOI, que divinise et adore le premier MOI.Des importations de ce genre ne peuvent que nuire à la culture française chez nous.L.SAINT-AMOUR Duhamel (Georges).Fables de mon jardin.Paris, Mercure de France (cl936).(Réimpr.par Variétés.) 163 p.19.5 cm.$1.00 ($1.10 par la poste).84-4 Pour adultes Monsieur Duhamel a un jardin — puisse ce présent être véridique ! un petit paradis dont il sait écouter et comprendre la rumeur silencieuse.L’ardeur du vieux bignonia brûlé par un gel d’arrière-saison, l'impudente rébellion du cytise à fleurs roses, le funeste découragement des capucines en mal d’ennui, la générosité du modeste petit pommier, la nostalgie des rosiers luxembourgeois qui n’aiment « pas beaucoup la colline qu’on voit là-bas » — « C’est tout, monsieur, et c'est grave ».— toute l'immobile agitation du règne végétal suggère à l'écrivain une belle suite, presque musicale, et qui s’exprime à merveille dans le mode humain.Les animaux n’échappent guère plus à cette heureuse transfiguration.La fourmilière abandonnée possède son vieux sous-oflicier : la vieille fourmi qui se plaint de ses rhumatismes et se dispose à demander « un peu d’avancement et la médaille militaire *.Les deux chiens Castor et Dick opposent l’exubérance impénitente de la jeunesse à l’indulgente philosophie des gens d'expérience.Quelquefois l'homme lui-même entre en scène, a\ ec ses tourments réels et son irrépressible espérance.On reconnaît partout la touche propre à Duhamel, ce stvlc enchanteur, vibrant de sensibilité, piqué d'humour, dirigé par une science tellement sûre qu'elle se laisse à peine remarquer.Y • L.Rabelais (François).ï.es œuvres de .H.français Rabelais, colligées et présentées ^>ar Pierre d’Ks-pezcl.Paris, A l'Enseigne de la Cité des Livres, 1927.(Réimpr.par Mangin.) 4 v.19.5 cm.84-7 Mauvais On n'a plus à faire aujourd’hui l'apologie ou le procès de François Rabelais.Le jugement de La Bruyère a résumé tout ce qu'ont dit critiques et historiens : « Rabelais surtout est incompréhensible.Son livre est une énigme, quoi qu’on veuille dire, inexplicable : c’est une chimère, c’est le visage d’une belle femme avec des pieds et une queue de serpent ou de quelque autre bête plus difforme ; c’est un monstrueux assemblage d’une morale fine et ingénieuse et d’une sale coriuption.Où il est mauvais, il passe bien loin au delà du pire, c’est le charme de la canaille ; où il est bon, il va jusqu'à l’excjuis et l’excellent, il peut être le mets des plus délicats.# Depuis l'époque de La Bruyère, on a peut-être résolu l’énigme : toute l'œuvre de Rabelais s'expliquerait par sa vie.Mais une explication n’est pas une justification.Le champion de la liberté ou le fervent de la rigolade ne peuvent faire oublier le pamphlétaire malveillant, le pornographe abject.Les brillantes qualités de l’humaniste ne masquent pas les faiblesses du penseur, s’il est vrai qu'on puisse dissocier humanisme et pensée.Selon ses dispositions, le lecteur choisira le pire ou l’exquis, « le charme de la canaille # ou « le mets des plus délicats # ; il faut bien avouer que ce choix peut constituer une assez rude épreuve, dont les résultats restent trop souvent douteux.On aurait cependant très mauvaise grâce à ne pas admirer l’élégante tenue de ces quatre volumes, dont les Editions Mangin sont au Canada les distributeurs officiels.Signalons enfin le travail soigneux de Pierre d’Espezel, qui a colliçé et présenté les Oeuvres de M.François Rabelais, alias « Al.Alco-fribas, abstracteur de quinte essence #.Y.L.* * * Les Oeuvres nouvelles, t.6.New York, Maison française, cl946.303 p.19 cm.$1.50 ($1.60 par la poste).84-8 Appelle des réserves Signalons dans ce dernier numéro un article intéressant de Darius Milhaud sur Erik Satie, musicien humaniste, signe de contradiction pour les contemporains, tempérament fantaisiste et délicat en qui les uns ont vu un farceur, les autres un génie, et qui a toujours gagné à être mieux connu ; — une étude de I iugo Péris sur « Le Tyran d'après Platon » ; — un schéma assez complet de l’histoire tie la plus ancienne des universités, l'université de Paris.« Vie, mort et renaissance des cités » (Roger Picard), « Pionniers français d’Amérique » (Marlise Philipp) et trois contes (G.Weber — Schinner — C.Penco) complètent la matière de ce volume.Y.L.Duhamel (Georges).Lieu d'asile.Paris, Mercure île France, 1945.(Réintpr.par Variétés.) 142 p.19 cm.$0.75 ($0.85 par la poste).84-94 Un nouveau livre de Duhamel est toujours un événement.Le lecteur n’est pas d’avance assuré d'y trouver tout ce qu’il y voudrait voir, mais en général il n’hésite pas à risquer les déceptions possibles, tant il a hâte de rencontrer les personnages si humains — trop humains parfois, nas assez forts devant les misères morales — que cet écrivain sensible sait, comme nul autre, imposer à notre pitié.Le titre désigne l’hospice tic Pont-chaillon, tenu par des religieuses, lilies de saint Thomas de Villeneuve.Royaume et refuge de la charité en péril.Pontchaillon devint en 1940 — peut-être même dès la fin de ’39 — un hôpital pour blessés civils.Ils arrivèrent par trains entiers.Religieuses et laïcs répondirent aussitôt aux exigences île la tâche avec ce dévouement infatigable et compréhensif qui fut toujours une des plus l>el!es fleurs de la parole évangélique.Les difficultés matérielles ne le cédaient qu'aux misères morales.Mais la ténacité admirable de ces humbles réalisa très vite l'adaptation et le redressement nécessaires.On peut trouver que le sujet ressemble beau- coup à la Vie des dlariyrs.L’analogie est indéniable.Il reste que de pareils exemples méritent toujours d'être connus et que Lieu d’asile est traité de façon beaucoup plus sobre que son illustre aîné.Y.L.Duhamel (Georges).I te des .Martyrs (1914-1916).Paris, Mercure de France.(Réimpr.par Variétés.) 203 p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).84-94 Pour adultes « Pendant la guerre, je pensais : plus rien n’est certain.Puis je me ravisai.Si, quelque chose est certain.L’homme qui est en face de moi souffre.Deux et deux ne font peut-être plus quatre, mais l’homme qui est en face de moi souffre, et cela est une certitude.# Duhamel nous livre, dans ces lignes, la brutale prise de conscience que fut pour lui la guerre et ses réflexions jettent une lumière révélatrice sur la courlie de ses œuvres, depuis Vie des Martyrs jusqu'aux derniers des Pastfuter.Non que les années île souffrance aient marqué définitivement la pensée duhamélienne.Même contre sa volonté, Duhamel reste bourgeois, jouisseur raffiné d’une civilisation qu’il a peut-être renoncé à modeler à l’image harmonieuse de son idéologie attristée.Mais le long martyre des hommes dont il a partagé la vie durant l’autre guerre l’a fait se tourner vers les refuges prometteurs de paix et de consolation.Cette recherche obstinée d'une issue aux éternels balancements de la misère humaine — misère de l ance et de la bête — aura été l’inquiétude incessante de Duhamel.Encore se cherchait-il à lui-même de nouvelles raisons île croire à la rédemption possible de la civilisation.Peut-être est-il venu tout près d’accepter les seules valeurs qui lui auraient assuré le repos.Quelle que soit la place de Vie des Martyrs dans l’œuvre île Duhamel, il reste que ce drame pathétique des heures où le chirurgien se penchait sur les blessures de ces frères de combat, est un des plus émouvants 52 témoignages à la gloire de l’humanité douloureuse.A travers le conflit qui s’éternise, ces hommes aux chairs fouillées par le bistouri, au cœur accablé par les langueurs d’une espérance toujours sans lendemain, acceptent ou refusent de mourir, parce que cette longue souffrance n est plus à leur mesure.La tragédie n’est pas dans l'avance ou le recui des troupes qui se harcèlent impitoyablement, mais dans la plainte de l'homme que lâche tout d'un coup l’espérance.L’homme hors de combat est plus triste que l’autre : il mesure l’étendue de sa misère au bonheur de son existence des jours de paix.Duhamel a tenté de fixer le visage de ces suppliciés.Observation d’une étrange lucidité, narration toute simple, rude comme le métier de soldat.Style nerveux, hâtif, serré comme le travail épuisant du chirurgien.« Ne perdons rien de leurs humbles propos, inscrivons leurs moindres gestes, et dites-moi, dites-moi que nous y penserons tous ensemble, à chaque heure du jour, maintenant et plus tard, alors que nous éprouverons la tristesse des temps et la grandeur du sacrifice.» Maurice BLAIN Hello (Ernest).Phi/sionomies de saints.Montréal, Variétés [19451.312 p.19.5 cm.$1.50 ($1.60 par la poste).84-97 En un stvle caractéristique, l’éminent journafiste du siècle dernier nous présente non pas des biographies, mais des « physionomies de saints » : « Ce ne sont pas des vies que je raconte, ce sont des physionomies que j’esquisse » (préface).Dans la préface encore, nous lisons ceci : « Les élus diffèrent en intelligence, en aptitudes, en vocation.Ils ont des dons différents, des grâces différentes.Et pourtant une ressemblance invincible réside au fond de ces différences énormes.» Et précisément, l’auteur s'applique à nous faire toucher du doigt ces « dif- férences énormes » et cette « ressemblance invincible ».Les portraits qu’il nous offre s’échelonnent tout au long de l’année, suivant d’assez près la succession des mois.Chez chacun des saints dont il parle, il y a un trait particulier qui frappe Hello.Et c’est ce trait particulier, cette dominante qu’il analyse, médite et autour tie laquelle se concentrent ses réflexions, tout imprégnées de foi vive et qui dénotent une familiarité peu commune avec les choses de la mystique.Il arrive parfois, dans ce style quelque peu heurté et qui ne permet pas à l'esprit d'errer pendant que les yeux lisent, qu’on rencontre certains passages où la pensée est trahie par l’ingratitude tics mots et où le fil ténu de l’idée s’enveloppe d’obscurité.Malgré ces faiblesses, les traits de ces physionomies sont burinés de façon à n'être pas facilement oubliés, tels par exemple ceux d’une sainte Thérèse ou d’un saint Jean Chrysostome.Un livre d'une lecture agréable et enrichissante.André JANOËL * » * l oix des poètes.Montréal, Variétés [19451.247 p.20 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).C84-1 Pour adultes Le plus indiscutable mérite de cette récente édition de Variétés est d’apporter aux détracteurs de la littérature canadienne une excellente occasion de railler notre effort poétique.Au sortir de cette peu judicieuse anthologie, on ne pourra manquer de moquer le mauvais goût du compilateur.Si l’on veut présenter au public de jeunes poètes en mal de publier — nous souhaitons qu’ils n aient pas livré là leurs meilleurs poèmes, ce serait vraiment désespérant ! — et faire de l’épate avec une série de funambulesques inédits, qu'on le dise donc franchement ! Si l’on se propose seulement de « lancer » certains jeunes, que viennent faire dans cette boutique 46).(Paris) Bonne Presse (1943].142 p.18 cm.92:2 « On fait tous les jours des romans qui ne sont que des mensonges ; en voici un qui est une réalité et où le merveilleux se mêle a 1 héroïsme * (Anne d’Autriche).Cette épigraphe en tête du présent ouvrage résume nos impressions, apres lecture de ces pages au style vif et prenant.Il y a bien quelques petites erreurs géographiques : ce n est pas le fleuve qui se divise en trois branches aux Trois-Rivières, et ce n’est pas non plus sur le cap Diamant que Jacques Cartier a construit un fort ; ^mais ces erreurs ne sont pas de nature a enlever lieaucoup de valeur au récit de la vie héroïque d'un de nos martyrs canadiens.Denis MONTBOISÉ DuGRÉ (Alexandre), s.j.Centenaire de la conversion du cardinal Newman.Montréal, l’Oeuvre des Tracts.16 p.19 cm.(Tract no 316.Octobre 1945) $0.10.92:2 Cote de la coll.: 3(05) C’est en 1845 que se convertit celui qui vit la lumière en tentant de prouver la fausseté des prétentions de l’Eglise de Rome, et qui, par son exemnle et surtout par ses écrits, déclencha le fameux mouvement d Oxford.Le R.P.Alexandre Dugré, avec son style alerte, pittoresque et toujours si enlevant, était tout indiqué pour traiter un tel sujet.Aussi nous pré-sente-t-il une page d’apologétique qui renouvellera, chez tous les lecteurs, leur amour filial envers la Sainte Eglise.Denis MONTBOISÊ * * * Francis Chirat, militant jociste.Un de la Résistance.Exécuté par la Gestapo le 27 Juillet 1944.Paris, les Editions ouvrières [1945).102 p.hors- texte 18.5 cm.$1.00 ($1.10 par la poste).92:2 « Quand on s’oublie, la vie est belle.» Telle est la belle devise de ce jeune ouvrier de Lyon exécuté en pleine rue, le 27 juillet 1944, par la Gestapo.Ce petit volume évoque la vie intime d'un jociste qui a su mettre au service du Christ et du prochain le meilleur de lui-même.Des mille détails quotidiens, l'auteur a voulu surtout dégager la force d'âme d’un héros dont l’exemple servira d’inspiration aux jeunes travailleurs qui, comme lui, consacrent leur jeunesse à leurs frères de travail.Denis MONTBOISÊ Rumilly (Robert).Monseigneur La flèche et son temps.Montréal, Simpson [1945J.460 p.21.5 cm.$2.25 ($2.35 par la poste).92:2 Appelle des réserves On l'a justement noté : les travaux de Robert Rumilly relèvent plus de la chronique que de l’histoire.Comme les autres ouvrages du même auteur, celui-ci est plein d intérêt mais doit être réservé aux gens assez formés pour ne pas se scandaliser de la mes- Îjuinerie d’une multitude de menus aits, qui perdent leur signification véritable s’ils ne sont pas assumés dans la synthèse d’une vue d’ensemble vraiment compréhensive.Théophile BERTRAND Henry-Bordeaux (Paule).Marie Stuart.Avec 11 gravures hors-texte.Paris, Plon (cl938j.(Réimpr.par Variétés.) 446 p.hors-texte 18.5 cm.$2.25 ($2.35 par la poste).92:3 Le temps est le filtre merveilleux de l’histoire.Au fur et à mesure de la succession des siècles, l'horizon s’illumine et des énigmes depuis longtemps indéchiffrables se dénouent.Tel n’est pourtant pas le cas de Marie Stuart et les historiens de bonne foi ont tôt rendu justice à sa noble et douloureuse figure.L'ignoble procès qui l’a condamnée n'est pas, de son vivant même, la seule et première preuve à l'appui de son innocence.Ses délateurs ont été forcés, à un moment particulièrement pathétique, d'avouer leur perfidie et proclamer la bonne foi de leur victime.A la veille de la mort de Marie, alors qu'elle avait été condamnée pour son supposé complot contre Elisabeth, on lui avoue : « Votre vie serait la mort de notre religion (la religion protestante).Votre mort en sera la vie.» Le mérite de l’auteur ne réside certes Pas dans le fait qu'elle nous a montré héroïsme de la reine d’Ecosse, que nous connaissions déjà, mais bien plutôt dans le fait qu'elle nous met en présence de la véritable femme que fut Marie Stuart.La malheureuse Reine était la plus charmante enfant du Royaume, belle, vive, intelligente, cultivée, « plus femme de cœur que de raison », capable d’aimer passionnément, susceptible de faiblesses, mais toujours fille aimante de l’Eglise, et, par là, entraînée aux plus héroïques renoncements.Paule Henry-Bordeaux s'est attachée, avec un soin minutieux à l’analyse de tous les documents originaux capables de jeter quelque lumière sur ceite vie admirable.Saris nous imposer la fastidieuse lecture de ces documents, elle nous les commente dans un style facile et alerte, de sorte que nous parcourons ces quelque quatre cents pages avec un plaisir toujours soutenu.Jacques NOLET 58 Vallery-Radot (René).I.a Vie de Pasteur.Ernest Flammarion [s.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.