Lectures, 1 octobre 1946, octobre
tares REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE Page SOMMAIRE IDÉAL ET PRINCIPES Pour une action concertée Paul-A.Martin, c.s.c.65 Littérature et humanisme Théophile Bertrand 70 la Lecture__Dom R.Hamel, o.s.b.79 Pour un catalogue vivant.Guy Boulizon 8».ÉTUDES CRITIQUES Raïssa Maritain et ses souvenirs Juliette Chabot oa « Une hirtoire de la littérature Jran- çaise ».Clément Saint-Germain 94 c U Art vivant et nous ».M.-A.Legrand 98 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture) .I*** Revues.1^ Tome I - no 2 OCTQBRE 1946 F IDES MONTRÉAL TABLE ALPHABÉTIQUE des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages critiqués et de la cote morale AGADJANIAN (G.) et SOLO (R.)» La Vallée des ombres, M, p.119.ALZIN (J.).Jésus-Christ, p.103.BALL (J.), Les Instituteurs et l ascen-^sion des masses, p.114.BALZAC (H.de), La Maison du chat qui pelote.B?, p.119.BLUM (L.), A l'échelle humaine, B l, p.111.BOUL1ZON (G.), Féeries radiophoniques d'après les Ahlle el une nuits, p.117.BOUSQU1E (F.), A la découverte de.notre civilisation, p.101.BRÉ11AUT-RYERSON (S.), Le Canada français, M, p.112.BREYNAT (Mgr G.), Cinquante ans au pays des neiges, t.1, p.125.CANNÀ (J.), Le Document qui tue, B?, p.122., J ^ CAUSSADE (Père de), L Abandon à la Providence divine, p.109.CHARDON (Père), La Croix de Jésus, p.109., Cil A REST (A.), Les Mille et un Jeux (2e cahier), p.116.CHAUTARD (Dom J.-B.), L Ame de tout apostolat, p.106.CHOROMANSK1 (M.), Quand U marbre s’anime, p.120.CRESSATY (Comte), Lettre à mon fils, p.122.CRESSATY (Count), A Letter to My Son, p.122.j DEPOORTER (I.), La Passion du Chri.d en repaid du monde moderne, P- 105.DESGRANGES (J.), Choc au cœur, B, p.120., .* * • Devenir des hommes.Vouloir, EMMANUEL (P.).Tombeaud’Orphée, B?, p.116.rr ., FEUILLET (O.), Un mariage dans le monde, B?, p.120., GAGNON (M ), Sur un état actuel de la peinture canadienne, p.115.GÉRIN (L.), Aux sources de notre GIRAUDOUX (J.), Tessa, D, p.118.GRIMAUD (C.).Lui et nous : un seul Christ, p.106- GUERRY (E.), Vers le Pere, p.107.HARDENS (K.), Cne histoire de la littérature Jrançatse, B /,«y.94.KELLY (G.), Jeunesse moderne et chasteté.B p- 102.KESTELOOT, VERMEERSCH et JEAN JEAN, Produit.< commerçables, K&ZESINSKI (A.J.), Christianity’s Problem in the Jar hast, p.109.LOEW (M.-R.), Les Dockets de Marseille, p.112.MAGALT) (Chan.P.), Les Evangiles du dimanche, p.103.MARCHAND (L.).Julot chez tes Jées, P 127.MARIN (A.), U Honorable Pierre-Basile Mignault, p.101.MAR1TA1N (R.), Les Grandes Amitiés, p.88.MASSON (L.), Dlhvrez-nous du mal, B?, p- Ub.MAUROIS (A.), Byron, D, p.126.MERSCH (J.), A la découverte de.l’entreprise, p.114.?* * JléÜiode d'enquête.I.a personne et le Joycr, p.110.MON1 MA J OU R (P ), Le Bourgeois de Jérusalem, p.122.PERRAULT (C.), Contes, p.126.PETERS (Dr N.) et DECARREAUX (J.), Notre Bible, source de vie, p.102.PETIT (G.), L’Art vivant el nous.p.98.P1NTAL (M.-N-), Mis s ion de Jemme, B, p.122.ROBERT-DUxMAS (C.), L’Embardée, ROBERT-DUMAS (C.)et DIDELOT (R.-F.), La Machine à prédire la mort, B?, p- 120.RONSARD, Pierre de Ronsard, p.117.ROYER (Dr L.), Autour de l'être masculin, D, p.102.RUM1LLY (R ), Histoire de la province de Québec, t.14, 15, 16, P C d 124 SAINTONGE (F.), Témoin de la lumière, B, p- 105.SALONNE (M.-P.), lends la bise, p 121.SIMENON (G.), I.e Locataire, B?, TlüÔMAS D’AQUIN (S.), La Liberté des enjants de Dieu, p.it)9 ; Rites et prières de la messe, p.108.* • * Un Evêque Jrançais sous l occu- ufiloN' Féminine civique et SOCIALE, La Vie politique et les femmes, p.115. ?IDÉAL ET PRINCIPES Pour une action concertée LE problème des lectures est complexe, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue moral.Pour le résoudre dans le concret de la vie d'un chacun, pour répandre le goût des saines lectures et élever le niveau de la culture populaire, il faut de l'action, il faut des campagnes.Aucun des moyens modernes de propagande ne doit être neglige, et il serait désastreux d'attendre, pour entreprendre cette conquête des masses, que les leçons nous viennent des fauteurs de révolution.L'ouvrage du Père F.-A.Morlion, o.p., /'Apostolat de l’Opinion publique», contient une multitude de faits qui démontrent fort éloquemment la puissance et l'efficacité d'une technique de propagande à la page en ce domaine.En voici un qui suffira a faire réfléchir.Vers 1935, la Belgique subissait une invasion de revues pornographiques venues de 1 etranger.Aleme les villages étaient atteints.L'Action catholique prit tous les moyens pour enrayer Jj marche de ce danger national.Malheureusement, en raison de l'illégalité de toute « censure préventive )), il était impossible de bloquer les assauts du scandale.A la fin il parut évident que cette littérature ne pouvait être légalement prohibée que si elle lésait de fait l'ordre public.« Un groupe de jeunes laïcs, — je 1 Morlion (Félix-A.), o.p.; L'Apostolat de l’opinion publique.Montréal, Fides [19441.245 p.19.5 cm.$1.00.A % Lectures, octobre 1946 Tome 1-2 65 cite textuellement le P.Alorlion — qui n’engageaient point d’ailleurs la responsabilité de l’Eglise ni celle de l’Action catholique, décidèrent alors d avoir recours au seul moyen possible d'écarter ce danger contre lequel la constitution belge (comme d’ailleurs presque toutes les constitutions des environs de 1830) n'offrait aucun recours.A l'heure où le peuple remplit les rues, le dimanche après la messe, ces jeunes gens se rendirent dans les magasins de journaux et firent semblant d'acheter un choix de publications les plus scandaleuses.Ils les avaient à peine en mains qu'ils s’en furent les déchirer en pleine rue.Des reporters avaient été avertis qu’il y aurait ce jour-là un événement intéressant à tel endroit indiqué.Us y vinrent, ils prirent des notes et des photographies qui faisaient ressortir 1 agitation de la foule.Tout y était : les coupables reconduits chez eux par la police ; l’arrêt du service des tramways.Bref, l'ordre public avait été réellement troublé.Le procès intenté aux coupables ne fit qu'ajouter à la publicité en faveur de la protection des mœurs.Le juge, Auguste Van Cauwe-lært [.J déclara que les marchands qui vendaient de la littérature pornographique ne devaient pas s'étonner s'ils provoquaient de l'indignation et ne devaient pas s'attendre à être protégés par la loi, alors qu'ils violaient la loi morale qui est censée être la base de toute loi.« Ces événements ne manquaient pas d'offrir des matériaux magnifiques pour des récits susceptibles d'émouvoir.Toutefois, l'opinion publique n'eût pas été atteinte jusqu'au fond si l'un des collaborateurs les mieux doués Pro Deo (il signait F.V.I.) n'eût fait passer dans les journaux quotidiens des dessins particulièrement^ frappants qui portèrent à son comble l'indignation des honnêtes gens.A la fin, le gouvernement vota une loi qui défendait 1 importation et la vente de la littérature pornographique.Grâce à trois arrêtés royaux successifs, pas moins de trente-cinq publications différentes tombèrent sous le coup de la loi*.)) Cet exemple d'action habilement menée est destiné, dans l'intention de l'auteur que nous citons, à prouver la nécessité et la puissance de 1 illustration comme moyen de propagande.Sous toutes les réserves qu'impose la prudence, nous le rappelons simplement pour souligner les possibilités insoupçonnées des techniques modernes d influencer les foules, l'importance primordiale de ces techniques.Il ne faut cependant pas oublier qu'une réali- * Ii; ibid., p.112-113.66 LECTURES sation du genre ne peut remplacer en aucune manière une campagne générale de l'envergure de celle qu'on a menée dans la Province en ces derniers mois, mais qu'au contraire elle n'apparaît qu'un incident dans l'ensemble d'une action générale bien organisée.Bien plus, il faut se convaincre que pour maintenir, dans la mesure du possible, l'enthousiasme d’appels intermittents à la beauté et à l'intégrité de la vie de l'esprit, des organismes bien établis et bien vivants, générateurs d'une action concertée, s'imposent absolument.Comment ne pas l'admettre quand on songe, par exemple, que « les idées et les mœurs de la société moderne sont le produit du papier et du celluloïd » ?Il importe d'abord de faire le dénombrement des troupes susceptibles de servir en ce domaine.Il est, en effet, d'une souveraine importance pour l'efficacité de tout apostolat, de coordonner les forces des divers mouvements qui y collaborent.Négliger cette coordination, c'est risquer la confusion et un gaspillage souvent irréparable d'énergies généreuses.Cette vérité, Son Excellence Mgr Lamirov, pionnier de l'Action catholique des adultes, la rappelait au Congrès catholique de Courtrai, lorsqu'il disait : « Vous fabriquez des munitions, nous nous en servirons pour l'offensive )).Un apostolat des lectures adapté aux besoins de l’heure présente exige une telle coordination.La distinction entre la (( spécialisation selon le sujet )) et la (( spécialisation selon l’objet » appliquée à l'Action catholique, peut être fort utile au règlement des problèmes que cette coordination soulève.La epécialioalion oelon le eujet commande le groupement des apôtres laïcs d'après leur milieu, leurs tâches respectives dans la société : nous avons alors la J.O.C., la J.E.C., etc.; la epêcia-lieation eelon l’objet groupe les effectifs de certaines organisations non d'après la situation sociale de leurs membres, mais d'après les buts particuliers qu'ils poursuivent dans le vaste champ de l'apostolat.Parallèlement à la distinction entre la epécialieation eelon le eujet et la opécialioation eelon l’objet, nous distinguons, pour ce qui est de l'apostolat des lectures, le domaine de Y action (lutte organisée contre la mauvaise littérature) et le domaine de Y étude (appréciation des livres).La critique des livres est un travail qui présuppose une préparation intellectuelle poussée et exige, pour être vraiment efficace, le respect des règles du jeu, le respect OCTOBRE 1946 67 des techniques appropriées : les intentions les plus genereuses n’y peuvent suffire.Or, il n'est pas ordinairement possible que cette tâche intellectuelle soit accomplie par des groupes spécialisés oc Ion l'objet ou encore moins par les secrétariats ou les organismes de direction des mouvements spécialisés oeton le oujel, quoiqu’il appartienne à ces groupements de donner les directives appropriées, les mots d ordre convenables dans la lutte contre la mauvaise littérature.Il importe donc d’autant plus que ces groupes, ou ces responsables d'un service particulier, visent a coordonner leurs forces avec des groupements ou des organismes qui, sans engager la responsabilité de l’Eglise, accomplissent tout de même une œuvre d'apostolat culturel judicieux et appréciable.Nous croyons qu’il revient alors aux mouvements d’Action catholique spécialisés oeton te oujet île mener a fond 1 action contre la littérature immorale, en tenant compte des directives de Secretariats ou de Services spécialisés qui sauraient employer avec sagesse et prudence les conclusions du travail de centres d'études sérieux.Ces mouvements d'Action catholique influencent des portions de plus en plus grandes de la masse et ont tous les moyens de mener au succès une action d'envergure, si on leur donne les mots d’ordre convenables.En faveur d'une telle collaboration, je cite de nouveau le Père Morlion : « [.] Les centres spécialisés de l’apostolat d opinion publique ne sont efficaces que s'ils peuvent compter sur la coopération des diverses organisations de masse.Sans une meilleure formation donnée aux dirigeants chrétiens dans le domaine de la presse [.] et des techniques modernes en général, il y a peu de chances que l'opinion publique se rechristianise.Sans une mobilisation de tous les membres des organisations de chrétiens vraiment militants, des campagnes lancées par les spécialistes sont inopérantes.* » Quant à nous, avec Lecture*, nous souhaitons simplement pouvoir accomplir la tâche à laquelle semblent nous preparer nos labeurs du passé et pour laquelle notre œuvre a été organisée.Nous voulons livrer le résultat de nos élude* sur les livres et les revues, publier des articles d'orientation et de combat, bref, établir un arsenal où pourront venir puiser ceux qui organiseront l'action et les campagnes qui s’imposent.* Id.; ibid., p.199-200.68 LECTURES Leclurea en est à son deuxième numéro ; c'est un commencement et de nouvelles rubriques s'v ajouteront avec le temps : ainsi nous espérons commencer bientôt la publication d un courrier.Nous comptons améliorer sans cesse la revue en nous guidant pour une bonne part sur les suggestions qui nous viendront des hommes d'action.Ou sein de la melee, il.'» voudront nous indiquer les tâches les plus urgentes et nous réclamer ce qui est le plus de nature à faciliter leur travail apostolique.Paul-A.MARTIN, c.s.c.« Le problème de la moralité devient de plus en plus angoissant.Presque chaque jour les journaux et la radio nous rapportent des signes inquiétants il un abaissement de la moralité qui émeut même les meilleurs lideles.Le vice parait \ouloir s installer partout avec cynisme.Ses fauteurs, avec une astuce diabolique, emploient à sa ditlusion les raffinements aguichants de la publicité que peuvent offrir les perfectionnements récents de la presse, du cinéma, de la radio, du livre et des affiches.» (Lettre de S.E.Mgr Georges-Léon Pelletier, évêque auxiliaire de Québec, Semaine religieude de Québec, 58e annee, no 54 ; 25 avril 1946, p.533.) « Mais pour assurer le succès de ce redressement de la moralité, pour gagner les esprits et les cœurs a 1 austérité bienfaisante de l'Évangile et faire régner la vertu dans toutes les sphères de l'activité humaine, la prière accompagnée de sacrifices est indispensable.» (Ibid., p.554.) OCTOBRE 1946 69 Littérature et Humanisme Dans un précédent article, je présentais en vrac quelques réflexions sur (( le beau en littérature ».Ces lignes amorçaient maints problèmes dont nous reprendrons certainement l’examen mais sans ordre préconçu : ils présenteront plus un enchaînement vivant que rigoureusement logique, élaborés qu ils sont au hasard des circonstances et de l’inspiration.L esprit qui les ^nime et les grands principes qu’ils promeuvent leur assureront tout de même une réelle unité.Dans le pêle-mêle actuel des idéologies et la confusion babe-lique du langage, il convient, en premier lieu, de définir les termes qui coiffent ces lignes : littérature et humanisme.LITTÉRATURE Qu'est-ce que la littérature ?Les définitions sont multiples.Surgissent aussitôt a ma pensee toutes ces prises de conscience aiguës d’écrivains qui, en des heures de grande lucidité, ont tente de couler dans le moule des formules la haute conception de leur art.Nous avons alors ces condensés lumineux dont la poesie et le mysticisme de bon aloi sont un complement necessaire a la sécheresse didactique des exposes et des classifications des manuels scolaires.Voici quelques-uns de ces apophtegmes, que j emprunte a Charles du Bos et qui soulignent le rôle presque sacramentel de la littérature.(( La littérature est le moyen de faire accéder à l’intemporel le temps irréparable.»‘ « La littérature est la vie prenant conscience d'elle-même lorsque, dans l'âme d'un homme de génie, elle rejoint sa plénitude d’expression.»* * i Dn Bos (Charles) ; Qu est-ce que ta littérature ?et Dernier Journal intime, suivi de Hommage .) Ch.du Dos, par F.Mauriac, C Morgan, C.May ran et autres).Paris, Plon (1946).276 p.front.19.5 cm.(Coll.Présences).P.11-12.* Ibid., p.13.70 LECTURES « La littérature est le lieu de rencontre de deux âmes.»* « La littérature est la pensée accédant à la beaute dans la lumière.»* 4 * On pourrait continuer longtemps des citations semblables d'artistes qui honorèrent les lettres de tous les pays, pour lesquels la littérature ne fut pas seulement une « affaire )), une fuite devant la vie, une aventure, une prostitution.Ce ne sont pas ces maîtres qui auraient signé les paroles suivantes de Gustave Fia ibert, dans une lettre à Ernest Feydeau : « L existence n est tolérable que dans le délire littéraire.Mais le déliré a des intermittences et c'est alors que l'on s'embête.)) Triste repoussoir des definitions précédentes ! Mais pour ne point sembler musarder sur des themes imprécis, venons-en à la definition stricte des manuels de préceptes littéraires.Je me sers du Alanuel de Verest que ) ai sous la main.(( On donne l'appellation d'œuvres littéraire*, non pas a tous les ouvrages que l'esprit humain créé au moyen de la parole et de la plume, mais à ceux-là seuls qui se distinguent par la force de la pensée, par l'ordre des idees, par le mouvement de la passion, par l'élégance et l’expression verbale.»6 Ailleurs, il définit le olyle : « l'expression littéraire de la pensée et du sentiment )).— « Dans cette definition », ajoute-t-il, « le mot littéraire est le mot essentiel, il signifie qu'il n'y a pas de vrai stvle sans qualités d ordre, d harmonie et de vie, sans beauté littéraire ».• Il ressort manifestement de ces deux citations que la littérature, entendue en acte d'exercice, peut se définir : la production des ouvrages de l'esprit humain, parles ou écrits, « qui se distinguent par la force de la pensee, par 1 ordre des idées, par le mouvement de la passion, par 1 elegance de 1 expression verbale ».Ou encore : la littérature est la culture du style, c est-a-dire de « l'expression » harmonieuse particulièrement soucieuse de la beauté de la forme7 — « de la pei.see et du sentiment ».Et c est ainsi qu'on dira • il fait de la littérature, il cultive les lettres.* Ibid., p.20.4 Ibid., p.41.,, * Verest (Jules), s.j.; Manuel de littérature ; 1 le 6d.revue par K Uiarlier, s.}.Paris-Bruges, Desclée de Brouwer et Cie, 1931.XX-695 p.21.5 cm.P.* Ibid., p.79, no 125.7 Ibid., p.13, no 22.OCTOBRE 1946 71 On peut done entendre la littérature dans un sens large et dans un sens strict.Au sens large et impropre, elle embrasse tous les genres qui doivent employer l'écriture comme moyen d'expression : théologie et philosophie, ouvrages didactiques et techniques, aussi bien que les genres littéraires proprement dits.I/objet formel tie la littérature entendue en ce sens, c'est le vrai, objet de la science.Au sens strict et ordinaire du mot, la littérature comprend tous les ouvrages dans lesquels l’imagination, la sensibilité, le goût ont un part prépondérante : poésie, romans, nouvelles, contes, etc.Il ne s'agit plus de dénuder le réel, mais de « créer », de reproduire dans un travail artistique Vidée exemplaire qu'on porte en soi.L'objet formel de la littérature entendue en ce sens strict, c'est le beau, objet de Y art.Entre ces deux catégories, se placent les genres mixtes, qu’il serait superflu d'envisager ici.On peut de plus, donner au mot littérature un sens péjoratif, comme lorsqu'on dit par exemple, en parlant de théories ou d'idées imprécises, liquéfiées dans un style trop pâle : « c’est de la philosophie ès-Iettres 1 » ou encore : « c'est de la littérature ! » par allusion à des écrits plus sérieux.Ces réflexions ne sont pas d'ailleurs toujours justifiées, puisque Aristote dit bien quelque part : « C’est la marque d’un homme cultivé d'exiger seulement, pour tout genre d'étude, la précision que comporte la nature du sujet ».;a Enfin, il va de soi — puisqu’on ne distingue pas pour le plaisir de la dispersion mais pour atteindre à la liberté d’une unité vivante — que le vrai gagne à se présenter sous les ornements du beau et que le style lui-même trouve son profit de la noblesse des idées qu’il revêt.HUMANISME Que la littérature ait quelque rapport avec l'ordre, la sagesse, qui le niera ?Les témoignages, à ce sujet, sont nombreux et il n’est point nécessaire de fouiller de lourds ouvrages ou de scruter des thèses philosophiques pour les cueillir.Ainsi, devant les fantaisies déconcertantes de certaines vedettes littéraires de l'heure en France, n’est-ce pas Maurice Edgar Coindreau qui s'insurge : « Ce n’est pas en effet sans une certaine impatience 7* Eth., 1094.b.21.- 72 LECTURES que je constate, depuis la libération de notre pays, la faveur dont jouissent les apologistes du désordre et du déséquilibre.Quand j'étais en classe de première, je nie rappelle avoir sué sang et eau sur une dissertation dont le sujet était « Commenter la maxime suivante : Le progrès se mesure à la condescendance qu'ont les sages pour les reveries des fous ».Si nous tenons pour vrai cet aphorisme, il nous faut reconnaître que notre littératuie chausse aujourd'hui des bottes de sept lieues.Au pays de Descartes on ne nous donne plus comme modelés que des fous ou des demi-fous.Reste a savoir si la « condescendance » qu'on leur témoigne émane d'esprits où règne la sagesse »* *.Ces reflexions nous rappellent que tout artiste est d'abord un homme et que son sens du beau, bien loin d'être un abcès qui ronge graduellement et nécessairement son humanité, apparaît comme L aura naturelle des richesses intérieures qui l’ennoblissent.Pour employer des termes plus précis, le sens artistique est un babiluj intellectuel qui, s'il tire à lui des énergies profondes et s il manifeste, dans 1 acte meme de la création, des exigences souvent exclusives, ne suppose pas moins pour son épanouissement intégral une atmosphère de sérénité, d'ordre et de mesure, de même que l’harmonie des puissances.Si bien que les fleurs de 1 art ne sent pas des sensitives monstrueuses et omnivores qui engloutissent Us fruits de sagesse ; au contraire, elles appellent ces fruits, les précèdent, les préparent, ou encore accompagnent leur croissance, ornent leur maturité et leur assurent une saveur encore plus exquise.C’est le privilège de l'univers spirituel d'unifier, en des moments de plénitude, les joies fragmentées du monde de l'espace et du temps.I/art et 1 humanisme ?II s’agit de toute évidence pour nous d un humanitme tl éccentrique, d'un humanisme de l’Incarnation.Il le faut préciser, puisque ce terme est aujourd’hui un paradigme du mot équivoque et que tous les doctrinaires, même les existentialistes athées, se réclament de l'humanisme.Aussi est-il facile de comprendre les judicieuses remarques de Charles de Koninck a ce pr( pos et même son rejet du mot humanisme, dans son livre Primauté du bien commun.* et dans sa magistrale * Coindrcau (M.-E.) ; Les rncres poétique, d'.HJitd Jarrjt.(Dans F rance-timirique, 23 juin I940.p.7.) * K on hu it (C ha ries de) : De hl an monté du bien commun contre les /'
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