Lectures, 1 septembre 1947, septembre
SEPTEMBRE 1947 SOMMAIRE Page IDÉAL ET PRINCIPES De Garneau à Minville (à suivre) Arthur Maheux, ptre 3 Plan de cercle d’étude : les Lectures : influence et choix.10 ÉTUDES CRITIQUES Les Engagés du Grand Portage Rolland Legault 12 Henry de Montherlant ou la purulence d’une intelligence très vive Paul Gay, c.s.sp.17 Les Enseignements de Jésus-Christ Donat Poulet, o.m.i.21 DOCUMENTS Sur une pensée de Lacordaire Odette Oligny 25 FAITS ET COMMENTAIRES La France et nous de Robert Charbon- neau .Théophile Bertrand 27 Livres canadiens.Jacques Hérissay 30 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture .32 Revues .61 Montréal LES GRANDS AUTEURS SPIRITUELS collection dirigée par M.l’abbé Amable LEMOINE, docteur es lettres Notre littérature religieuse recèle des richesses incomparables.Ecrivains célèbres, orateurs diserts et penseurs profonds ont laissé des écrits auxquels on ne cesse et on ne cessera jamais de référer.De leurs ouvrages les plus renommés, on a extrait les meilleures pages dans le but de les répandre à profusion.Première série : 1 — L’abandon à la Providence, par le Père de Caussade, s.j.(1703-1751) 2 — Les Béatitudes, par saint Jean Chrysostome (344-407) 3 — La paix intérieure, par A.de Lombcz, capucin (1708-1778) 4 — Le Pater, par sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) 5 — Le Carême, par Dom Guéranger (1806-1875) 6 — Saint Joseph, par saint Bernardin de Sienne (1380-1444) 7 — Amour de Dieu, par le Père Grou (1731-1803) 8 — La vie intérieure, par le Père Baudran, s.j.(1707-1787) 9 — La douceur, par l’abbé Carron (1760-1821) 10 — Le chemin royal de la Sainte Croix, par l’abbé Boudon Tracts de 32 pages, chacun: $0.10 (franco: S0.13) Les 10 tracts sous bande: $1.00 (franco: $1.10); dans un solide cartable: $2.00 (franco : $2.10); reliés (omette) : $2.00 (franco : $2.10) Deuxième série : 11 — Les vertus de Marie, par saint Alphonse de Liguori (1696-1787) 12 — L'humilité, par saint François de Sales (1567-1622) 13 — La charité, par le Père Marin Pallu, s.j.(1661-1742) 14 — La présence de Dieu, par le Père Berthier, s.j.(1704-1782) 15 — Le chemin du Paradis, par le Père S.upoli (1530-1610) 16 — La pureté d’intention, par le Père de Saint-Juré (1588-1657) 17 — L'oraison mentale, par le Père William Faber (1814-1863) 18 — Les sept paroles du Christ, par Ludolphe le Chartreux (1300-1378) 19 — L’action du Saint-Esprit, par le Père du Pont (1554-1624) 20 — Le respect humain, par le saint Curé d'Ars (1786-1859) Tract de 32 pages: $0.10 chacun (franco: $0.13) Les 10 tracts sous bande : $1.00 (franco : $1.10); dans un solide cartable: $2.00 (franco: $2.10); reliés (omette) : $2.00 (franco: $2.10) Troisième série : 21 — La direction spirituelle, par le R.P.Libermann, c.s.sp.(1802-1852) 22 — Le renoncement, par le R.P.Jean-Joseph Surin (1600-1665) 23 — La joie intérieure, par le R.P.Ambroise de Lombez, cap.(1708-1778) 24 — Qui est mon prochain?par le R.P.Quadrupani (1740-1807) 25 — La sainte messe, par saint Léonard de Port-Maurice 26 — La miséricorde, par le Père Lacordaire, o.p.27 — La voie d’amour, par le Père Louis de Grenade À paraître : 28 — L’oraison dominicale, par saint Cyprien 29 — Le Très Saint-Sacrement, par le Bx.P.-J.Eymard 30 — Le magnificat, par saint Jean Eudes Chacun: $0.10 (franco: $0.13) L'abonnement à la série (10 tracts de janv.47 à janv.48) : $1.00 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques MONTRÉAL! LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Tome III Septembre, octobre, novembre et décembre 1947 Janvier et février 1948 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Technique bibliographique : Cecile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique Valérien BÉLANGER, ptre, D.D.C., professeur à la Faculté de Droit canonique de l'Université Laval.Armand PERRIER, ptre-curé, D.Ph., S.Th.D., professeur de Philosophie sociale à l'Université de Montréal.Guy-M.BRISEBOIS, o.f.m., D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand Séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY, c.s.c., professeur de Philosophie au Collège de Saint-Laurent.Paul GAY, c.s.sp., professeur de Rhétorique au Collège Saint-Alexandre.Jacques TREMBLAY, s.j., professeur de Philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.s.c., professeur de Classification systématique à l’École de Bibliothécaires de l'Université de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliographie à l'École de Bibliothécaires.Laurette TOUPIN et G.KARCH, professeurs de Catalographie à I École de Bibliothécaires.Publication autorisée par l’Ordinaire.NOTES: 1.La revue est publiée mensuellement de septembre à juin ; en juillet et août il ne paraît qu’un seul numéro.Les onze livraisons de l’année constituent deux tomes : septembre à février et mars à juillet-août.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome ( soit celui de février et celui de juillet-août ) comprend une table méthodique des^ sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’après les règles de la catalogra-phie, et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.4.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B ?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés ( intellectuellement et moralement ).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n’est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous. De Qarneau à M inville > IDÉAL ET PRINCIPES De Garncau à Minville, c’est tout un siècle d’histoire et je n’en offre ici qu’une vue a vol oiseau.Tout ce que j’en dirai porte sur des matières ouvertes à une honncte discussion.Ma plus haute ambition est de porter à réfléchir, et aussi à lire des textes, soit d’anciens textes trop ensevelis dans l’oubli, soit de nouveaux tout frais sortis des ateliers d’imprimerie.On chercherait donc en vain dans ces lignes les jeux de la rhétorique, dont le trésor est riche en ce domaine.Le moins de passion possible.Le moins de sentiment possible.Ln exposé.Une analyse.Des opinions.* * * Cette Histoire du Canada, par François-Xavier Gameau, parue il y a un siècle, c’était un exploit, un grand exploit.Personne n’y contredit.Cet ouvrage a servi de nourriture nationale pendant un bon demi-siècle.Seul le livre d’Edmond de Nevers, VAvenir du peuple canadien-français, a pu rompre en partie le charme qui s’exerça par Gameau sur plusieurs générations.Il reste a savoir quelle était la qualité de cette nourriture, et si elle était propre à faire grandir un peuple adolescent.Laissons ici de côté toute idée de blâme.Gameau a été homme de son temps.Son ouvrage reflète les idées et les sentiments de ce temps.Qu’il en soit ainsi, c’est parfaitement excusable.Tout au plus peut-on regretter que cet illustre écrivain, ce grand patriote n’ait pas su s’élever au-dessus de son époque, la dominer, et par là aiguiller notre peuple sur une voie meilleure.Il lui reste l’immense mérite d’avoir été le premier à penser notre vie nationale.Cette époque qui se reflète dans l’histoire de Garneau, qu’était-elle ?Elle est marquée par une crise de croissance, par des désillusions, par des désappointements, par une fermentation.Extrait d une conférence donnée par l'abbé Arthur Maheux à la Chambre de Commerce des Jeunes de Rirr.ouski, le 9 mars 1947.Nous avons quelque peu accommode le texte aux exigences du style écrit ; nous avons en particulier supprimé maints passages d un intérêt moins immédiat pour le lecteur, suppressions qui permettaient par ailleurs de publier en deux articles la substance de cette causerie.N.D.L.R.139823 SEPTEMBRE 1947 Le désappointement s’observe chez les protestants de langue anglaise.A leurs yeux le Canada aurait dû être, dès le début, une colonie anglaise, un pays anglais, une entité bien britannique.N y avait-il pas eu une conquête ?Cette conquête, n’était-elle pas le fait de l’armée et de la marine britanniques, et celle des troupes coloniales britanniques?Parmi ces anglo-canadiens, il y avait les Loyalistes et leurs descendants.Que pensaient-ils ?Ils allaient encore plus loin que leurs congénères.Originaires des Treize Colonies, ils avaient refusé de suivre leurs frères dans la rébellion de 1775.Ils se virent refuser le droit de demeurer aux nouveaux Etats-Unis.Cette separation fut pour eux une douleur comparable a celle des Acadiens expulsés.Ils se formèrent de l’Angleterre, qu’ils n’avaient jamais vue, une image idéale ; ils prêtaient à une Albion idéalisée toutes les vertus.Le peu qu’ils savaient de la France était un ragot de calomnies anti-Bourbon et anti-papistes ; et ces Canadiens français, leurs voisins, ce n’étaient que des papistes et des Bourbons dangereux ; comment les avait-on tolérés?pourquoi nétaient-ils.pas devenus bons Anglais ?D’autres Anglo-Canadiens venaient aussi les Etats-Unis ; c’étaient des Américains remplis d’eux-mêmes, fiers de leur pays devenu indépendant, imbus d’une sorte de mission providentielle qu’ils appelaient « Manifest Destiny » et qui consistait a libérer les peuples de tout joug restreignant la liberté ; surtout ils gardaient dans leurs traditions de famille une profonde détestation de ces Canadiens français qui avaient exerce tant de.ravages dans la Nouvelle-Angleterre, et qui, outrage suprême, avaient refuse de les aider dans leur rébellion.Ces gens-là ne pouvaient avoir de bienveillance à l’égard de ces Français du Canada, qui s’obstinaient à demeurer, à ne pas changer et à bloquer les progrès si .fortement voulus par l’élément anglais.C’était un profond désappointement.Chez les Canadiens français, la désillusion n’était pas moindre.Ils croyaient avoir des droits comme groupe.Ces droits, ils les estimaient fixés par des textes officiels : les capitulations, le traite de Paris, l’Acte de Québec, la Constitution de 1791.Et pourtant, voila qu’on les contestait tous, et souvent avec une sorte de fureur, en tout cas avec mépris.Ils avaient été lents à accepter le regime établi par la Constitution de 1791 ; ils le crurent inébranlable et apte à leur donner la sécurité.Et pourtant on leur en contestait les avantages ; on pouvait jouer avec les élections ; on pouvait annuler l ceuvre.de l’Assemblée législative par l’opposition d’un Conseil législatif adroitement composé ; si l’Assemblée et le Conseil exécutif s’accordaient par hasard, voilà que le Conseil s’arrogeait le droit de tout renverser.Ils voyaient même entrer, dans les Conseils, des gens qui n étaient pas nés au pays, qui n’y avaient pas été naturalisés, tandis qu’eux, les premiers nés du sol, ils se voyaient relégués à un rang inférieur.1 .eur impérieuse logique les entraînait à tirer du regime démocratique toutes ses possibilités, mais une clique odieuse mettait obstacles sur obstacles à leur logique: 4 ;• .LECTURES Il y avait le choc de deux conceptions de la vie.L’Anglais visait aux realisations pratiques.Le Canadien français se contentait d’une manière de vie comportant un minimum de confort.Ce n’était pas affaire d’instruction scolaire, car à cette époque Anglais comme Français tenaient les classiques en haute estime, et les humanités faisaient le fonds d’éducation soit en France, soit en Angleterre, soit aux Etats-Unis, soit au Canada.En fait on voyait nombre de jeunes Anglais au Séminaire de Québec et quantité de jeunes Anglaises chez les Ursulines.C’était plutôt afTaire de religion.La majorité des protestants en Canada était calvinistes : pour eux, le salut avait été opéré une fois pour toutes, c’était un fait accompli ; tout protestant était 1 enfant de Dieu, et Dieu comme un bon père se devait d’assurer à ses enfants la prospérité et le bonheur dès ici-bas ; il n’y avait qu’à tirer du sol toutes les richesses possibles ; la vie était courte à cet effet et il fallait aller vite, pour jouir plus vite et plus longtemps.Dieu serait toujours content de voir ses enfants très prospères.Le catholique, lui, travaillait constamment à son salut, qui n était pas assuré ; il fallait des épreuves, des privations, des mortifications, de la pauvreté, pour se mieux sanctifier ; le bonheur, c’était pour après la mort.Inutile, donc, de se tracasser pour le grand confort ; inutile d’accumuler des biens terrestres.Une route d’hiver semée de cahots provoquait la rage d’un Anglais ; mais un bon Canadien les sentait avec philosophie et quelques jurons pittoresques.Les embêtements, on s’en consolerait vite avec une bonne pipée de tabac, des chansons et des contes, une danse.L’Anglais, lui, entrait chez lui furieux ; il allait alerter le voyer, les conseillers ; les cahots disparaîtraient, ou bien.Désappointements, désillusions, choc de deux philosophies, et par dessus le marché une fermentation apportée ici par l’immigration irlandaise.Qu’ils fussent catholiques ou protestants, les immigrés irlandais entendaient bien se faire valoir en ce pays, et cela d’autant plus que l’Europe les avait tenus dans la misère.Ils apportèrent ici tout leur tempérament, et aussi toutes leurs vieilles querelles européennes.De plus, les gens de l’Ulster transplantèrent en terre canadienne une matière très inflammable et très incendiaire, l’Ordre d’Orange.A quoi les Irlandais catholiques répondirent par leurs propres sociétés et clubs, ouverts ou clandestins.Si l’on réfléchit bien, il avait erreur chez les trois groupes.Les Américains, loyalistes ou non, auraient dû reconnaître que la terre canadienne n’était ni anglaise ni américaine, mais nord-américaine d’abord et puis canadienne.Les Anglais, les Ecossais et les Irlandais auraient dû considérer qu’ils n’étaient plus en Europe, que l’Angleterre n’avait ni toutes les vertus, ni non plus tous les défauts.Les Canadiens français exaltés — tels Papineau et sa suite — auraient pu s’aviser que l’Angleterre elle-même n’était pas encore SEPTEMBRE 1947 c rendue très loin en fait de démocratie ; que nous n’avions à copier ni les Etats-Unis ni la Révolution française.Les modérés, eux, auraient dû accepter le fardeau des taxes pour assurer la prospérité matérielle du pays et aussi pour l’instruction publique.Au milieu de toutes ces causes de désunion, apparaît enfin le Rapport Durham ( 1839 ).Malgré l’interet qu’il y aurait à analyser ce Rapport et les controverses qu’il a suscitées, retenons simplement que nos ancêtres s’arrêtèrent surtout à cette proposition de Durham, la responsabilité ministérielle, et ainsi se montrèrent fort réalistes.Ils trouvèrent là le vrai remède à leurs maux.François-Xavier Gameau partagea-t-il ce réalisme ?On peut se le demander, quand on lit la conclusion de son Histoire.* * * Les idées de Gameau, dans cette conclusion, se ramènent à quatre : nos origines, notre croissance sous les deux régimes, notre caractère, notre idéal pour l’avenir.Négligeons les deux premières, pour insister sur les dernières, dont le développement importe davantage à notre sujet.Parlant du caractère de notre peuple, Gameau déclare d’abord que nous sommes un « peuple de cultivateurs ».On trouve encore des publicistes pour reprendre l’expression en toutes circonstances.Mais, est-ce vrai ?Richelieu et Colbert, les deux grands ministres, avaient-ils en cela les mêmes vues que Sully ?Pas tout à fait.Sully voyait dans l’agriculture le salut de la France ; il disait que l'agriculture et le pastourage sont les deux mamelles de la France.Richelieu avait d’autres soucis.Lisez les constitutions des compagnies, nombreuses, qu'il a mises sur pied.Elles ont toutes un but commercial ou industriel.La charte de la Compagnie des Cent Associés est très explicite sur ce point.Après avoir, selon l’usage du temps, marqué le but religieux, Richelieu exige de la Compagnie qu’elle fasse passer en Nouvelle-France des hommes de tous métiers.L’agriculture à cette époque n’était pas un métier.A ces hommes de métier il accorde des privilèges : s’ils veulent revenir en France après six années passées en Canada, ils seront reconnus maîtres d’œuvre et pourront ouvrir boutique partout, même à Paris.Cette disposition ne s’appliquait certainement pas aux cultivateurs.Lors de la première procession religieuse à Québec, les citoyens délibérèrent sur l’ordre à suivre dans la procession, et on résoud de suivre l’ordre des corps de métiers de France.Cela non plus ne peut s’appliquer à des cultivateurs.Au premier recensement, en 1666, les colons déclarent d’abord le métier qu’ils exerçaient en France, même s’ils ne l’exercent pas en Canada.C’est simplement dans la suite qu’ils se donnent comme « habitants ».Notre peuple, à l’origine, et pendant longtemps, fut formé d’hommes de métier, d’artisans ; pour eux l’agriculture n’était qu’un k LECTURES ! , c'est-à-dire les adolescents, ceux dont la vingtième année n'a pas encore sonné.Ils nous disent cela comme ça, tout carré, les yeux bien ouverts, avec, au fond de la voix, un peu de rancune à la pensée qu’on ne peut ne pas croire entièrement à leurs capacités réceptives et à la qualité de l'assimilation qu’ils pourront faire de « toutes » les lectures, de la vue de « tous » les films.Ce n’est pas tout à fait leur faute.Quand la vente des livres n'est pas soumise à certaines lois, quand on peut, aux devantures, exposer n’importe quoi et le vendre à si bas prix que ce n'est pas la peine de s’en passer, quand l’entrée des cinémas est permise à tous, sans distinction d'âge, il ne faut pas être surpris d'entendre de pareilles professions de foi.Pourquoi lit-on ?Enfant, pour chercher le rêve.Adolescent, tourmenté par l’éveil des sens, pour avoir du « thrill ».A trente ans, pour commencer à comprendre; après cet âge, pour chercher la vérité.On ne lit jamais si bien et si fructueusement que lorsqu'on a passé par quelques épreuves, surmonté des difficultés, vu et compris qu’il faut prendre l’humanité comme elle est et non pas comme on voudrait quelle soit.Si on s en tient à la ligne de conduite basée sur la raison, on passe assez facilement de l'enfance à la maturité sans avoir eu trop de troubles de croissance.Mais dans le cas contraire.let L enfant lit pour chercher le rêve.C'est si vrai que rien ne lui plaît mieux que^ les contes.Et même à nos enfants modernes, que rien n'épate, ni l'auto, ni la radio, ni surtout l'avion.Comment d'ailleurs en seraient-ils étonnés ?Ils ont toujours vu ces merveilles autour d eux, alors que nous les avons connues à leur époque héroïque ( je parle pour les gens de ma génération, nés en même temps que le siècle XXe ).Bien qu'ils sachent que l'avion va plus vite que le carrosse traîné de cygnes de la Belle Princesse, ils ne voudraient pour rien au monde, la voir prendre un « Dakota ».Ils n'ignorent pas que J'clectricité donne bien plus de lumière que les bougies.N'importe.Il faut que les salons soient rutilants de celles des flambeaux.Et n’allez jamais habiller le Prince chez un tailleur.Il lui faut le pourpoint bleu ou rose brodé d'or, les chausses et les souliers à la poulaine.Adolescents, on recherche les sensations.Ce n'est pas défendu, à condition quelles soient propres, saines et ne fassent pas appel trop vite à l'animalité.Il n'est pas répréhensible de voir un petit gars vibrer en suivant un explorateur, ou tel type épatant qui trouve le moyen, par sa seule perspicacité, de déjouer les ruses des gangsters les plus extraordinaires.Les fillettes peuvent s'intéresser aux romans d'amour, à condition qu’ils soient propres et ne les incitent pas à dire et à faire des sottises.Elles peuvent même pleurer si la situation est émouvante et cornélienne.Mais de grâce éloignez de leurs yeux les romans de quatre sous, qui les troublent, les affolent et leur montrent exactement le contraire de ce que sera ir vie.Texte paru dans Le Canada du 2 juillet 1947, p.6.SEPTEMBRE 1947 2.5 A trente ans, on cherche à comprendre.Oui, parce qu'on a déjà un peu vécu.On commence à ouvrir les yeux et c'est vers la seconde moitié de la trentaine, quand on sera en pleine capacité de production, intellectuelle et physique, qu'on réalisera exactement ce que c'est qu'une vie humaine et qu'on se préparera à entreprendre, avec la quarantaine, le vrai voyage d’exploration au pays de la lecture.C’est là qu'on apprendra à séparer le bon grain de l'ivraie, à préférer les livres un peu durs à ceux qui se lisent tout seuls et qu’on sera à même de parler de l’inutilité de l'œuvre de certains gribouilleurs, pcrvcrtisscurs d'une jeunesse qui aurait dû être guidée.Car ne vous y trompez pas.Tous Jes écrivains non recommandables ne manquent pas de talent.Les uns sont des charmeurs et vous entraînent malgré vous et il faut bien de la raison, bien de la compréhension pour s’en déprendre.Ne croyez pas aux adolescents qui vous disent qu’ils peuvent tout lire.S’ils s’en tenaient aux romans encore ! Mais non.C'est qu'ils abordent les thèses les plus dangereuses et selon leur état d’esprit du moment, ils s'y jettent tète baissée ou dévient, parce qu’ils n’ont pas compris.Pour peu que la forfanterie s’en mêle, les voilà partis dans la vie, en figure de proue, maniant des armes dont ils ne connaissent pas le danger et qui leur explosent en plein cœur.C’est bien malheureux d’entrer dans l'existence avec un esprit désabusé, un cœur pansé, des yeux voilés.Ah ! belle jeunesse canadienne, garde tes yeux clairs, ton cerveau lucide, tes pensées à base de foi et de raison.Ecoutez, pour vous en convaincre, cette phrase de Lacordaire et gardez-la en note, si vous avez un calepin.Elle vous aidera, pour l'éducation de vos enfants et la composition de leur bibliothèque : « Un signe de l'affaiblissement de la raison dans notre siècle c’est la dégradation des lectures.L’homme ne peut lire que ce qu’il goûte et ce qu’il goûte est à la mesure de sa raison ».Odette Oligny 26 LECTURES FAITS ET COMMENTAIRES La France et nous 1 I- faut savoir grc a Robert Charbonncau d’avoir public en brochure les textes de sa polémique avec quelques écrivains français, que seconde.élégamment René Garneau.Avec la réponse de Roger Duhamel à Aragon, Crise de l'esprit critique en France, ces textes constituent un dossier cloquent et pénible à la le is.Les brèves remarques suivantes n’ont pour but que de mettre en lumière quelques-unes des réflexions spontanées que suscite cette polémique.Il faut d’abord remarquer que les écrivains français qui se sont inconsidérément embarques dans cette galère ne représentent pas à nos yeux 1 opinion française, ni même — pour la plupart d’entre eux, qui sont loin d’être les fanatiques à tous crins d’une quelconque idéologie, — leur propre opinion à eux, définitive, irréformablc.Il est clair, en effet, a les lire, qu’ils tombent entre autres dans le sophisme de l'ignorance du sujet, comme ils ne connaissent rien d ailleurs de Robert Charbonneau lui-même, de ses idées et de scs œuvres.Nous voyons, dans leur sortie impulsive, un moment d humeur que, au moindre effort de réflexion sérieuse, de maîtrise de soi, ils seront les premiers à regretter.Non, nous ne pouvons évidemment pas rapetisser la pensée française sur notre compte, à la mesure de ces diatribes, et les seules paroles d’un penseur comme Etienne Gilson pèsent infiniment plus dans la balance que les pasquinades de « bcllettriens » trop chatouilleux.D’ailleurs, nous recevons de telles compensations.La France ne nous déléguait-elle pas, lors du Congres marial d’Ottawa, un ambassadeur aussi distingué que son Eminence le cardinal Gcrlier, dont quelques-uns des éloquents propos tintent encore agréablement à nos oreilles ?Non pas tant parce qu’ils flattent notre vanité que parce qu’ils attestent un étonnement ému, une joie profonde devant une fidélité dont nous voudrions être les dignes héritiers.Le Primat des Gaules osait s’écrier, dans sa magnifique conférence sur « Marie, médiatrice », au théâtre Capitol : « Si la France vous a un jour donné un peu d’elle-méme, vous le lui avez rendu au centuple.Votre race sublime a donné cent fois plus quelle n’a reçu.« O Canada, un Canadien de coeur te vénère avec tout ce que ce coeur contient de plus ardent.» (Le De-,o:r, samedi 21 juin 1947, p.1 .) Charbonneau ( Robert ) ; La France et nous.Réponses à Jean Cassou, R.Garneau, L.Aragon, S.Fumet, A.Billy, J.et J.Tharaud, F.Mauriac et autres.Montréal, l’Arbre [1947].77 p.19.5 cm.$0.50 ( $0.55 par la poste ).SEPTEMBRE 1947 27 Mais enfin il ne s’agit pas de l’amitié réciproque de la France et du Canada, amitié qui ne fait de doute pour personne.Et je me suis certainement éloigné un brin de la question.Il s’agit de l’existence et de l’autonomie de la littérature canadienne, à propos de laquelle Robert Charbonneau émet des vues d’une justesse évidente, et confond facilement des adversaires qui affichent une ignorance déconcertante de la réalité canadiennc-française.Le directeur de la Nouvelle Relève, un fervent de la pensée et sacrait même récemment dans le Toronto Quarterly une étude de la culture françaises, auquel un professeur canadicn-anglais con-intitulée A Canadian Disciple of François Mauriac, n’en a pas contre les influences françaises, mais contre un impérialisme intellectuel qui voudrait nous imposer la tutelle de Paris, perpétuer chez nous le colonialisme culturel.Dans la défense de son point de vue, Charbonneau, toujours avec tact, mesure et en s’en tenant à la question en litige.— ce qu’on ne peut malheureusement pas dire, de ses contradicteurs — lance des vérités dures mais opportunes.Ignorance à Paris de I2 vie de notre jeune littérature, tentation de bien des Français d’apprécier certains de nos actes ou de nos écrits à la lumière de leurs querelles partisanes, oubli pratique de l’universalité contemporaine de la culture, ignorance des activités intellectuelles étrangères, tels sont quelques-unes des caractéristiques d’un chauvinisme que Charbonneau ne manque pas de démasquer.Si beaucoup d’intellectuels européens manifestent un tel esprit, il n’est pas surprenant que la paix soit si difficile en Europe.« L’ordre dans les idées prédispose à mettre de l’ordre dans les choses.» L’impérialisme, sous toutes ses formes, ne devrait-il pas beaucoup de son aveuglement têtu et de ses mesquineries étonnantes à l’existence d’un impérialisme spirituel larvé ?L’heure semble venue d’un universalisme authentique et vécu, qui seul peut sauver notre civilisation et qui, dans son sain réalisme, est aussi éloigné du nationalisme exagéré que de l’internationalisme idéaliste.Pour ne pas être en retard sur leur époque, bien des gens devraient relire et méditer le texte suivant de Jean Cocteau, que Robert Charbonneau cite aux pages 63 et 64 de sa brochure : « Avant d'entreprendre le Tour du monde pour Paris-Soir, j'ignorais à quel point la France était crédule, soignait mal sa propagande et se reposait sur une vieille certitude aveugle de plaire.Jetais, l'avouerai-je, assez près de croire que le reste du globe était la province et qu'il devait être triste, par exemple, pour un écrivain, de s’exprimer dans une langue différente de la nôtre.C'est dans cet esprit absurde qu’on nous élève.Le maître d’école nous inculque la foi dans notre supériorité, la haine et le mépris des autres.Faites le tour du monde, vous reviendrez chez vous renseigné sur ce que ces autres pensent, et l'oreille basse.[.] La France est une cave pleine.Mais comme il serait mieux de n’en point crever d’orgueil et de regagner l'ancien prestige.C'est simple.Le moindre effort sera couronné de réussite et j'ai vu, pour peu qu’ils s’en donnent la peine, ce qu’un Français récolte chez des peuples qui dédaignent la France politique d'hier et placent au-dessus de tout les qualités poétiques dont elle a honte.» 28 LECTURES Enfin, tout ce dcbat aura été fort utile s’il aide, d’une part, les Canadiens français à prendre conscience de leur personnalité propre et si, d autre part, il aide Français et Canadiens à se mieux connaître de sorte qu’ils puissent collaborer, — dans le respect et 1 estime réciproques, mais de façon différente, selon les exigences de leurs caractères distinctifs, — au rayonnement du génie français dans le monde.Quant au dernier mot de ces discussions, il nous semble revenir de droit à M.Etienne Gilson, en raison de la connaissance pratjque qu il a de toutes les données du problème, de sa position désintéressée et de l’expression sereine, élégante et ferme à la fois de sa pensée : « Mais le Canada est-ii une branche de l’arbre de France ?C'est une autre question, et comme il importe avant de résoudre un problème, d'en définir exactement les données, on aurait peut-être avantage à ne laisser aucune équivoque obscurcir ce point important.« Ce n est d ailleurs pas chose facile, mais enfin, sans vouloir trop serrer une métaphore, une branche est une partie d’un arbre, et, si robuste soit-elle, cest de la sève de l'arbre quelle vit.Or il ne faut pas oublier U devise canadienne : « Je me souviens ».Le Canada se souvient de bien des choses, car non seulement il a une mémoire, il en est une II se souvient d'abord d'avoir été une branche de l’arbre français, mais aussi d en avoir été coupé, puis, laissé sur le sol, d’y avoir tout seul pris racine, d avoir vécu sans nous, grandi sans nous, conquis par son seul courage, Far sa seule perspicacité et par une continuité de vue qui ne nous doit rien le droit à sa propre langue, à ses propres méthodes d’éducation et à sa propre culture.Si nous sommes l’arbre, jamais arbre ne s’est moins soucie de sa branche.Qu’il s’en soucie aujourd’hui, rien de mieux, mais ce qu il retrouve, après l avoir si longtemps négligé, ce n’est plus une branche, c est un arbre : un arbre de même espèce que lui, mais un autre arbre qui est un arbre comme lui.« S il importe de le préciser, ce n’est pas afin de redresser une image.Nos amis Canadiens savent d’où elle vient : ils savent qu elle fut inspirée par la plus chaleureuse amitié ; mais une claire vue du réel commande toute action efficace, et rien ne serait plus fatal aux relations franco-canadiennes que la moindre erreur au départ.Il existe sur les rives du M-Laurent, un peuple de culture française, mais ce peuple ne nous la doit pas, elle est a lui, et si elle circule en lui comme une sève, ce n'est pas notre seve, c’est la sienne.Lorsque nos ancêtres se sont établis au Canada ils possédaient Corneille, Racine, Molière et Bossuet comme nous les possédons nous-mêmes ; nous n’avons pas changé cette possession en dette pour les avoir laissés seuls en charge de ces biens, sur le vaste continent, ou ils des ont seuls fa.t valoir.La langue qu’ils parient n'est pas une langue que nous leur avons apportée, mais celle qu’ils ont eux-mêmes apportée, gardée, sauvée du désastre au prix d'une lutte magnifique menée par eux pour le plus précieux de leurs biens.La culture intellectuelle canadienne-française ne doit qu'aux Canadiens de survivre et de fructifier.Ni empruntée ni parasite, et autrement que la nôtre, mais exactement ru meme titre que la nôtre, elle est française de plein droit.» ( Le Monde.le 7 janvier 1946.) - • ' C?est là un jugement à nos yeux définitif et qui nous touche profondément, simplement parce qu’il nous semble conforme à la stricte réalité.Théophile BERTRAND SEPTEMBRE 1947 29 Livres Canadiens 1 Dans le numéro de Lectures de juillet-août, nous avons présenté la splendide revue Livres et lectures.Nous en tirons aujourd’hui l’extrait suivant, qui atteste, si je puis m’exprimer ainsi, le renouveau canadien en France.Notre prochain numéro reviendra sur le sujet : on y verra quelles formes de relations pratiques et fécondes sait imaginer l’amitié vivante de nos frères d’outrc-Atlan-tique.— T.B.Des livres, admirablement imprimés, sur beau papier, en caractères élégants, — de ces livres comme on n’en voit plus guère sortir de nos presses françaises en dehors des tirages de luxe, — tels nous arrivent, pour notre grande joie, quelques ouvrages canadiens récemment parus Des oeuvres d autrefois sont réimprimées ; d'autres voient le jour, — et c est tout le cher pays d outre-Atlantique qui s'évoque, lorsqu'on feuillette ces volumes, fleurant bon la vieille France, écrits dans notre belle langue qui garde là-bas, grâce à certaines expressions archaïques, sa saveur d'autrefois ; surtout nous y trouvons 1 image de ces mœurs d’un peuple en même temps très vieux et très jeune, jaloux de sa foi, de ses vertus, de sa pureté, de son terroir.Comme on se reprend à aimer le Canada, en lisant ses écrivains, — ce Canada, dont la guerre nous avait, pendant des années, séparés, dont nous avons vu les fils venir se battre sur notre sol, pour la cause commune, ce Canada que nous n’oubliions pas et qui, lui, nous oubliait encore moins, resté fidèle à notre culture, rééditant nos livres qu il ne pouvait plus recevoir, avide aujourd’hui de renouer plus étroitement que jamais avec nous les liens qui, depuis trois siècles, nous unissent ! Ici même, il y a quelques mois, nous signalions un charmant roman, Vézine, de Marcel Trudel, où était racontée la mélancolique histoire d’un vieux garçon, un peu disgracié par la nature, mais resté jeune de cœur et dont l’amour pour une toute jeune fille était voué à un douloureux insuccès.Il y avait, dans res pages, une exquise sensibilité, beaucoup d’émotion, une peinture saisissante des mœurs patriarcales restées en honneur sur les rives du Saint-Laurent, et cela nous rappelait un peu Maria Chapdelaine.Qui ne se souvient de ce chef-d’œuvre de Louis Hémon ?Quand, dans un de ses «Cahiers verts», Crasset nous le fit connaître en 1921, ce fut, pour tous, un émerveillement : il sembla qu'un monde nouveau nous était révélé, — et c’était, en fait, une bouffée d’air pur qui, venant du Canada, passait sur notre littérature trouble de l’après-guerre.On ne se lasse pas de relire ce grand livre, — et on en trouvera un autre reflet, très beau lui aussi, dans Menaud maître-draieur, de Félix-Antoine Savard.Là, suivant un mot qui en dit long, s'entend le cri « d’une race qui ne sait pas mourir » et c’est l’histoire, toute simple, mais profondément émouvante, d’un coureur des bois d'autrefois qui, ardemment 1 Article tiré de Litres et lectures, revue bibliographique mensuelle ( Cahiers du livre — Retue des lectures ).Issy ( Seine), 184 avenue de Verdun.48 p.21.5cm.Directeur : Pierre Cribier.— Juin-juillet 1947, p.101.* Marcel TruJcl, Vè:rve.— Collection « le Nénuphar » : 1.Félix-Antoine Savard, Menaud ,r druteur.— 2.Joseph-Charles Taché, Forestiers et voyageurs.— 5.Emiie Nelligan, Poésies.— 4.Léo-Paul Desrosiers, les Engagés du Grand Portage.— 5.Louis Hémon, Maria Chapdelaiue.— Editions Fides.Montréal.( Dépôt : 5, rue de Mézières — Paris ( 6e ).30 LECTURES attaché à son sol, ne peut se résigner, sur ses vieux jours, à voir son pays devenir la proie des grandes sociétés anglaises et de ceux qui s'enrichissent à le servir : quelle belle leçon de fidelité au passé on trouve dans ce récit, qui nous dépeint un de ces foyers, encore si nombreux là-bas, où toutes les traditions se maintiennent !.Peu a peu cependant un monde nouveau s'édifie dans ces pays de l'ouest et du grand nord ou jadis rivalisaient pionniers français et compagnies britanniques acharnes au commerce des fourrures, se disputant, avec l'alcool et la poudre le concours des Indiens alors encore nombreux.Ce sont ces temps héroïques et a3"! p dîSitbUtS du X,Xe Slède racontent les Engagés du grand Portage, de Leo-Paul Desrosiers, — un roman d aventures, vivant au possible, qui s'apparente aux meilleures oeuvres de Fenimore Cooper.M FF Il y a aussi, au Canada, de grands poètes.Emile Nelligan.mort en 19-11 restera 1 un des plus surprenants: vers 1900, il était déjà célèbre et les plus beaux espoirs lui étaient permis quand la névrose le terrassa et, cette névrose on «°7C ¦ SCS dern,er?\crs< a|ors qu'il avait vingt ans.Imprégné 7*?i • françaises, ayant vibre aux écrits de nos maîtres, qu'il connaissait à fnuV £C ÇT?* C|:haCPî,r- * kuf inAucncc’ on retrouve, dans ses vers, à la mdd\ffl,,Pat’ du Herédia, du Verlaine, — même, plus Join-tainemeot, du Musset et du Lamartine.Mais quelle envolée vers le rêve, quelle pureté de forme, quelle profondeur de sensibilité il y a dans ces Poésies qu'on disn^n.LTmÎ’T re*rct quun étfe aussi doué ait précocement disparu .Emile Nelligan devrait ctre aussi illustre en France qu'il l'est dans sa patrie: en fait c'est un admirable poète de chez nous dont les accents nouî arrivent aujourdhui dau delà de l’Atlantique.citer d C" djr?.,plus.Ces quelques livres que nous venons de rn,w C “5>Qtrent l,s Pas qu *1 «ciste une importante littérature canadienne ?fS dC7t1.pa7S’ h1.communion Je pensée, d'aspirations, de culture est telle qu ils doivent 1 un et I autre connaître leur vie intellectuelle réciproque.Le ^srestir,,mnr1|!0re* nC° dc ?qUI * publie en Francc ï comment pourrions-nous rester indifférents au grand mouvement littéraire qui se manifeste chez lui > Jacques HERISSAY SEPTEMBRE 1947 51 NOT1ŒS BIBLIOGRAPHIQUES Volumes PHILOSOPHIE * * * Amour et violence.[Bruges] Dcsclce de Brouwer [cl946L 277p.hors-texte 22cm.( Etudes Carmélitaines, 25e année, no 1 ).157 On n’a plus à faire la présentation ni l’éloge des Etudes Carme-litaines.Pour le premier numéro de la vingt-cinquieme année de cette incomparable revue, une imposante équipe de théologiens, de philosophes, de poètes et de critiques ( v.g.les Pères Garrigou-Lagrange, o.p., Philippe de la Trinité, o.c.d., Gustave Thibon, Lanza del Vasto, Jacques Madaulc.) a choisi comme theme fondamental : Amour et Violence.Sujet des plus appropries aux circonstances actuelles.Sujet traité, surtout, avec une vigueur, une largeur de conception qui ne concèdent rien a la faiblesse, a la lâcheté.On y trouvera meme une justification de la violence qui repousse la médiocrité, de la violence prônée par Celui qui n est pas « venu apporter la paix, mais la guerre », de la violence de ceux qui ont su exercer sur eux-mêmes leur volonté de puissance, capitaliser leurs énergies dans le climat de la sainteté chrétienne, emporter d’assaut le royaume des cicux.A ce niveau supérieur, la violence se résorbe dans l’amour ; seul l’amour pourra vaincre la guerre — en la dépassant, par en haut — et assurer la véritable paix, la paix que le Christ nous a donnée au soir de la Cène.J.-M.GABOURY, c.s.c.Perrin ( Julien ), p.s.s.Chambres à louer.Montréal, Fidcs, 1946.15 p.17 cm.$0.10 ($0.12 par la poste).j 74 Pour adultes L’auteur s’élève contre les locateurs de chambres, qui, pour gagner plus d’argent, passent outre aux règles les plus élémentaires de la morale.On ne louerait pas à un chimiste qui risquerait de faire sauter la maison ni à un chambrcur atteint de maladie contagieuse.« Pourquoi alors seriez-vous moins exigeant, voire si indulgent pour dès 32 LECTURES personnes qui constituent un grave danger moral pour vos enfants et même pour les adultes vivant sous votre toit ?Les faux ménages, les fréquentations qui sont un prétexte à l’ivrognerie et à la débauche, les renégats qui se font prêcheurs des sectes les plus méprisables, ne pensez-vous pas que ces gens sont autant à craindre que les manipulateurs d’explosifs violents ?Leur présence est une menace à la santé et à la vie spirituelle de votre famille, et vous allez les tolérer ?» Puis, il y a « le cas de ces établissements où l’on fait une industrie de la location des chambres à la semaine ou même à l’heure » et celui des Tourists’ Rooms.«La cupidité et la lâcheté des logeurs sont parmi les causes les plus responsables de l’immoralité dont souffre la société d’aujourd’hui.D’autre part, le profit qu’on encaisse en tolérant le vice ne peut être qu’un argent maudit, qui ne procure pas le bonheur mais qui attire le châtiment, le remords et la ruine.» Trop de catholiques croient pouvoir détourner le bras irrité de la Justice divine par quelques lampions allumés devant une statue, ou une grand’messe célébrée de temps en temps à leurs intentions.On n’aura atteint la racine du mal que lorsqu’on aura redressé les consciences.E.G.RELIGION Daniel-Rops.Histoire sainte.Jésus en son temps.Paris, Fayard [cl945].( Réimpr.par Variétés, Montréal, 1946.) 638 p.cartes 18.5 cm.$2.00 ($2.15 par la poste ).22.09 « Un homme a donc vécu dans un temps parfaitement fixé, sous les règnes d’Auguste et de Tibère ; son existence est un fait incontestable.On l’a connu, travaillant de ses mains, charpentier au copeau sur l’oreille, poussant la varlope et jouant du marteau.On l’a vu marchant sur tel chemin qu’on peut nous indiquer encore, mangeant le pain, l’olive, parfois le poisson qui est la gourmandise de son peuple, et le soir, étendu sur la natte de joncs ou dans le hamac de cordages, on l’a trouvé dormant, recru de fatigue, homme parmi les hommes, tout semblable à chacun de nous.« Pourtant il a dit les mots les plus surprenants qu’on puisse entendre : qu’il était le Messie, le témoin providentiel par qui le peuple élu devait être établi dans sa gloire et dans son achèvement ; plus étonnant encore, qu’il était le fils de Dieu.Et on le crut.Cet homme s’est effondré tout d’un coup, sans opposer de résistance.Or loin de se laisser décourager par une telle faillite, ceux de sa bande s’en allèrent de par le monde entier donner à sa divinité un témoignage signé de sang ; et, depuis lors, l’humanité, SEPTEMBRE 1947 33 faisant de cette défaite la preuve d’une victoire, se prosterne devant un gibet patibulaire, tout comme si, demain, une église proposait à la vénération des foules l’abjection de l’échafaud.» ( Jésus en son temps, Introduction.) Une telle entrée en matière renseigne à plaisir sur la qualité de l’œuvre.Depuis vingt siècles, une foule innombrable de penseurs ont scruté avec attention et amour la figure du Christ, la plus belle, la plus haute, la plus émouvante de l’histoire.Aucun des portraits tracés n’est parvenu à surpasser le réalisme sobre et vivant des Evangiles.Aucun, non plus, n’a pu espérer épuiser le mystère de ce « Dieu à l’affût » dont a parlé Mauriac.Et toujours on tente de nouveau l’expérience, avec le louable désir de souligner un trait, un geste, une parole qu’un monde sans cesse en mouvement a besoin de se remémorer.Pour la masse des lecteurs, ces Vie de Jésus apportaient, comme déficience majeure, une surcharge de notations techniques écrites dans un style trop lourd, ou un magnifique souci de réalisation artistique plus révélatrice de la personnalité de l’auteur que la doctrine du Maître.Autre forme du conflit entre l’historien et le romancier, exposé déjà par M.André Maurois.La conciliation si délicate, si difficile de l’art et de l’exactitude, M.Daniel-Rops vient de l’opérer dans une mesure jusqu’ici inconnue en la matière qui nous occupe.L’exégète, l’archéologue, l’apologiste ne laissent jamais dans l’ombre le romancier.Ni l’humaniste d’ailleurs : il est très intéressant de voir la touchante scène de la Visitation suivie du rappel du culte marial témoigné par les cathédrales de Paris, d’Amiens, de Chartres, de Reims, de Florence, de Cologne ou de cette « exquise petite fresque » de Santa Maria Novella ( Florence ) décrivant le baiser de Joachim à sa femme Anne d’où, selon la légende, la Vierge serait née.E pluribus unum : un exemple entre plusieurs.Le livre de M.Daniel-Rops connaît une vogue extraordinaire ; le tirage aurait déjà dépassé le centième mille.Nous devons nous en réjouir, à moins d’avoir à éprouver la honte conséquente à la méconnaissance d’une si belle œuvre, ce qui serait très facile à corriger.J.-M.GABOURY, c.s.c.Levie ( Jean ), s.j.Sous les yeux de l'incroyant ; 2e édition.Paris, Desclée de Brouwer ; Bruxelles, l’Edition Universelle, 1946.302 p.23.5 cm.( Museum Lessianum — Section théologique, no 40).239 Volume d’apologétique écrit à l’usage de ceux du dehors qui demeurent sympathiques au catholicisme, Sous les yeux de l’incroyant répond partiellement à ce dessein de l’auteur.On lit dans l’Avant-Propos : « Certes on n’a pas cherché à sortir en esprit du Christianisme pour le comprendre : ce serait contradictoire et absurde ; mais on a tâché de mieux se saisir 34 LECTURES comme chrétien, de mieux percevoir ce qui nous caractérise comme croyants, en s aidant du jugement même de ceux qui ne partagent pas notre foi.L’attitude de foi est profonde, singulièrement complexe en meme temps que rigoureusement une : faire deviner un peu cette profondeur à celui qui ne croit pas, la faire comprendre plus intimement au chrétien, c’est le but principal de ce volume.» Cette apologétique du croyant qui veut se prouver à lui-même non les vérités de la foi — la raison humaine ne peut prouver le mystère : rum assensu cogitare — mais leur crédibilité, se rappro-che de !a théologie fondamentale, telle qu’élaborée par le Père Reginald Gamgou-Lagrange.o.p., dans le De Revclatione., .Fort, bier\ imposé, ce livre plaira aux âmes apostoliques, qu’il s agisse de pretres ou de laïcs cultivés., ._., , Michel DORAN, o.p.Masse (Dieudonne), o.f.m.P.Ma,J°ur?" avec„ ,ainte Thérèse de l’Enfant-,Jésus.Montréal, Fldes''94«- 02 p.ill.15.5 cm.$0.75 ($0.85 par la poste)., .courant de piété et de dévotion autour de la « petite fleur » de Lisieux va sans cesse croissant.Ma journée avec sainte Thérèse qui devrait connaître un grand succès, contient un beau choix dé pneres pour les principaux exercices religieux de la journée du chrétien : prières du matin et du soir, prières pour la messe, la communion, la confession, l’heure d’adoration, le chemin de la croix, etc.Bien sûr, toutes les prières que contient ce livre ne sont pas nécessairement celles que récitait sainte Thérèse, pas plus d’ailleurs qu elles ne sont toutes composées par elle.Cependant, avant chaque exercice important, l’auteur esquisse un mot d’explication, une courte exhortation et cite des exemples ou des pensées de la sainte.Lne légère remarque en ce qui concerne les prières indiquées pour la sainte messe : la formule suggérée est certes excellente, mais a notre humble avis, aucun texte ne saurait remplacer les prières liturgiques de l’ordinaire de la messe.mi ^°|ons5 en terminant, la belle disposition typographique, les illustrations, l’impression en deux couleurs et surtout le sens religieux remarquable qui a présidé au choix des pièces de ce recueil.rv , k ll • % André JANOËL Germain ( Abbe Victorm ).Amour et intimité.Méthode pour la sanctification des actions ordinaires.Québec [cl9281.62p.ill.13.5cm.$0.15 ($0.18) par la poste ) ' v 248 L’auteur décrit les joies de l’amitié, de l’intimité suave unissant les âmes : douceur de la présence de l’être cher, reconnaissance pour les bonheurs réciproquement donnés, attention pour ne jamais déplaire volontairement.Or, Jésus n’est-il pas le premier SEPTEMBRE 1947 3.5 des amis ?Suit une exhortation pleine de mansuétude aux humbles et aux grands de pratiquer l’exercice de la présence de Dieu.Il est inutile d’insister sur les qualités d’un tel ouvrage.w E.G.Moreau ( L.-J.), o.p.Le Sens de la croix.Paris, Spes [1946].130p.19cm.248 y Très belle étude sur le caractère providentiel de la souffrance.Oeuvre forte, puissante et consolatrice, qui s’appuie sur l’Evangile, sur les textes de saint Paul, de saint Thomas, de saint Jean de la Croix.E G Riche ( R.).Vous connaître, vous conquérir, vous donner.Aux jeunes de cœur ! 66 entretiens à lire un par jour.Paris, Spes, 1946.256 p.19 cm.248 Voici un livre spécialement écrit pour la classe ouvrière.En 250 pages, l’auteur a compilé 66 entretiens « à lire un par jour ».Sans négliger sa haute qualité enrichissante pour l’esprit, cette sorte de meditation quotidienne constitue un véritable tonique reconstituant de la vie morale et spirituelle.La doctrine exposée laisse une impression de sérénité et de paix.Vous connaître, vous conquérir, vous donner sera assurément un livre apprécié de tous « les jeunes de cœur » pour qui il fut écrit.Gabrielle BADEAU Izart ( Chan.).Le Chemin de la Croix d’après les textes de la Sainte Ecriture.Retour à l’Evangile.Paris, Spes [1946].47 p.ill.18 cm.248.159.23 M.le Chanoine Izart est le gardien du « Dévot Crucifix » de Perpignan et, depuis trente-deux ans, il dirige, en la veillée du Jeudi-Saint, un émouvant chemin de croix qui réunit autour de l’image du Chnst la foule des fidèles de cette ville.Il réunit ici pour chaque station, des extraits des récits évangéliques et de l’Ancien Testament.E.G.Faure ( Alexandre ), o.m.i.Heures d'adoration sacerdotales.Ottawa, Séminaire Saint-Paul de l’Université d’Ottawa, 1946.344 p.front.20 cm.$1.50 ( $1.60 par la poste ).*254.4 Les prêtres et les séminaristes, les personnes consacrées à Dieu et les pieux laïques tireront un profit spirituel remarquable des Heures d'adoration sacerdotales du R.P.Alexandre Eaure, o.m.i.36 LECTURES Elles peuvent parfaitement servir de livre de méditation a0 i * spirituelle et même de choix de mx.es ite S Jean et saint Paul ont les préférences de l’auteur ) spntuel au Séminaire St-Paul de l'Université d'Ottawa traim en 344 pages, dix-neuf sujets qui gravitent autour de cette idérmff tresse : l'esprit sacerdotal en Notre-Seimeur en I» ?• u Vierge Marie, chez le prêtre etkfidèlf * “ Blenh««'use Le mérite de 1 auteur est de livrer des fruits mûne chrétiens> anciens et modernes, longuement étudies et enseignés.« La puissance de leur génie les rnndïït T?t-r, ^ —-.bogies, à varier KMSnt de L à presenter les memes ventés sous des aspects touinnrc n ’ Autant de rayons lumineux qui, réunis en faisceau, projettenTqudl ques clartés sur ce rôle maternel que l’Esürit est Ju T .nt ^.uei’ l’âme qu’il sanctifie » (p 9n Ï'T 651 aPPe,c a Jouer dans Faure sVst P: 1 ' * Ie Programme que le R.P.ure s est tracc a lui-même, conformément aux dernières encvcli ques.Il révélé a la fois, par un habile rapprochement de text^ He details et de vastes synthèses de la vie spirituelle.Tel WegeÎS en &TÆÏ rapprochement des continents, nous donn^ sa Ces Heures d'adoration sacerdotales se lisent en i reflétant l'origine de l’auteur, évoque la vie du ruisseau akesue aver les scenes graves et variées des Crises majestueuse qü'fl uave^ E.ANDLAUER, c.s.sp.Beschet ( R.P.).Miss‘on «* Thuringe.Paris, les Editions Ouvrières fl94fil *256 8C(44)( m dmS l“ gUerre > ¦ De quoi s’agit-il et quel est le but de cette « mission » > r.scoutisme^eTde PAcf^’e*o' T™ «Ui °nt d
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