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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1947-12, Collections de BAnQ.

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/ — / + - n m ures Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE IDÉAL ET PRINCIPES page Le sujet dans le roman .Théophile Bertrand 193 ÉTUDES CRITIQUES Le réalisme de Balzac d’après le Père Goriot .Paul Sénécal, c.s.c.199 Si le grain ne meurt, par André Gide Jean-Marie Gaboury, c.s.c.206 Henry de Montherlant ou la purulence d’une intelligence très vive (fin) .Paul Gay.c.s.sp.211 DOCUMENTS Revues féminines .«L'Union» 217 FAITS ET COMMENTAIRES Lectures à Radio-Collège 220 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture) .222 Accusés de réception .246 Revues .247 BIBLIOTHECA L’Association canadienne des Bibliothèques catholiques.Esquisse historique (suite) .Fernand Guilbault, c.s.v.249 La bibliothèque de l’Université de Montréal Raymond Tanghe 252 La bibliothèque à l'école, par L.-E.Toupin .F.G.255 Tome III — n° 4 DÉCEMBRE 1947 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction: Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction: Théophile BERTRAND Technique bibliographique: Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique Valérien BELANGER, ptre, D.D.C., professeur à In Faculté de Droit canonique de l’Université Laval.A.Perrier, ptre-curé, D.Ph.S.Th.D., professeur de Philosophie sociale à l'Université de Montréal.Gujr-M.BRISEBOIS.o.f.m., D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand Séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY, c.s.c., professeur de Philosophie au Collège de Saint-Laurent.Paul GAY, c.s.sp., professeur de Rhétorique au Collège Sai nt-A lexa r.dre.Jacques TREMBLAY.a.J., rofesseur de Philosophie au Collège ean-de-Brébeuf.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.s.c., professeur de Classification systématique à l'Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Laurette TOUPIN et G.KARCH.professeurs de Catalographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Publication autorisée par l’Ordinaire.NOTES: 1.La revue est publiée mensuellement de septembre à juin: en juillet et août il ne paraît qu’un seul numéro.Les onze livraisons de l'année constituent deux tomes: septembre à février et mars à juillet-août.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de février et celui de juillet-août) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’après les règles de la catalographie, et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à dé- fendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n’est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: FRANCE: le numéro .$0.25 abonnement annuel .300 fr.abonnement annuel .2.50 La procure générale du clergé, ETRANGER: 5, rue de Mézières, abonnement annuel.3.00 Paris (VIe), FRANCE.Autorisé comme enooi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.FIDES 25 EST.RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL-I *PLateau 8335 IDÉAL F.T PRINCIPES JÇe Mi jet dam le xoman La question du sujet dans le roman en est une de grande rniportanœ et qui a suscité des réflexions souvent fort contestables.Je me rappelle en particulier ces paroles de Mauriac et de Gide, que je cite de mémoire, sans fidélité à la lettre sans doute: « Il importe d’abord de purifier la source » et « on ne tait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ».Ces sentences ont besoin d’être interprétées convenablement pour qu’on puisse se faire une juste idée de cette question du sujet en littérature et, du coup, réfuter les commentaires faux ou outranciers dont elles furent l’occasion.Le problème est grave et seule sa solution correcte peut permettre de comprendre et d’accepter 1 ostracisme a pratiquer vis-à-vis de romans de plus en plus nombreux.io4 7D»nS ^ ?age Iittéraire du Devoir, samedi le 25 octobre 1947, M.Jean-Pierre Houle, au cours d’un article intitulé VAventure humaine et qui porte sur l’œuvre d’André Malraux, écrivait avec raison : « L’on sait de reste que l’on peut faire de l’excellente littérature avec de bons sentiments ».C’est là la contradiction directe de l’assertion de Gide entendue en ce sens que seuls les mauvais sentiments peuvent être la matière d’une œuvre littéraire authentique.D’ailleurs, je ne prétends en aucune façon ici que Gide a voulu donner à ses paroles le sens excessif et péjoratif quon leur prête ordinairement et, en dehors de tout contexte, elles peuvent aussi bien et même plutôt signifier que « les bons sentiments » ne suffisent pas à faire de la bonne littérature.Qui ne 1 admettrait?On peut être honnête, digne, noble, et ne pas savoir écrire.Quant à l’importance de « purifier d’abord la source », si M.Mauriac veut signifier par là que l’écrivain n’a jamais à se préoccuper du sujet comme tel, en présumant de sa propreté et de sa droiture morales pour le traiter sans danger, — se confiant même, en cas de doute sur la prudence de ses développements, dans la saine atmosphère des derniers chapitres, dans un filet de grâce tardive pour racheter des pages et des pages de flirt avec le péché, — je crois qu’il s’illusionne singulièrement et qu’on tient ainsi la raison théorique des dangers de la plupart de ses propres DECEMBRE 1947 193 romans.Et ce n’est pas là nier que son œuvre, qui est l’œuvre d’un catholique, n’ait pu faire aucun bien à un monde en proie à tous les démons du plaisir.Hélas, comme le rappelle le R.P.Jacques Tremblay, s.j., dans son magistral article Mauriac romancier catholique paru dans Collège et Famille de mars 1947, il est certainement plus juste de dire qu’ « elle a travaillé davantage à rendre le péché vivant pour les chrétiens que le christianisme vivant pour les pécheurs ».Je me rappelle encore, à ce propos, un entretien du même Mauriac avec Dominique Arban, entretien publié dans Montréal-Matin du 2 octobre 1947 et où l’auteur du Fleuve de feu répondait à une question sur « la situation prépondérante ec quasi officielle faite au Mal dans nos lettres » : Je crois que ccttc littérature désespérée — effet et non cause — est l’expression d’une génération qui a subi la plus effroyable épreuve.Je crois que la philosophie de Sartre est extraordinairement liée aux circonstances dont elle naît.Il est vraiment le philosophe de cette époque empoisonnée.Mais la jeunesse surmontera cette crise.[.] Pour ma part, je crois que M.Mauriac parle d’or dans ce texte et qu’on doit même donner à la vérité qu’il énonce toute l’extension dont elle est susceptible : toute littérature est 1 expression d'une génération, d’une philosophie de la vie ; toute ceuvre littéraire concrétise, sur le plan artistique, une manière dêtre, une vie intérieure, une pensée avec laquelle le lecteur entre en contact pour son enrichissement ou son appauvrissement.* * * Comme il s’agit de simples notes, posons aussitôt, le plus clairement possible, le problème en cause, problème dont nous tenterons d’esquisser les grandes lignes d’une solution intégrale.Il s’agit du sujet dans le roman.On peut distinguer dans une œuvre romanesque le sujet, l’intrigue ou l’histoire, et la technique factive, le style, la forme artistique.Ces distinctions sont sans doute plus ou moins rigoureuses, on peut les contester en prétextant de l’unité foncière de l’œuvre ; mais elles sont apres tout objectives, fidèles à rendre des aspects authentiques de la réalité.Ce ne sont pas de simples distinctions de raison.L’homme est un aussi, et il y a cependant distinction réelle entre plusieurs des entités qui le constituent à divers points de vue.Pour préciser davantage, tenons-nous-en à la distinction entre le sujet du roma.et sa forme artistique.Ma proposition est alors celle-ci : le sujet d’un roman peut influer directement sur sa valeur morale et meme esthétique, w justification d’une telle proposition aidera a mieux comprendr l’attitude de réserve de bien des gens vis-a-vis d ouvrages litt 194 lectures raires irréprochables du côté de la forme (et le mot forme, dans ce texte, nest pas exclusif de respr/f dans lequel le sujet est 1 traité) mais non pas du côté du sujet.Le roman le mieux construit, le mieux écrit, sans soupçon de thèse, sans intention morale ou doctrinale, sans complaisance formelle de l’auteur envers les actions de ses personnages, peut être juge sévèrement du point de vue moral, si l’histoire qu’il raconte est malpropre ou simplement risquée, si ses personnages sont immoraux ou amoraux, vicieux ou malhonnêtes, bref de mauvaise compagnie.Et la sévérité du jugement moral sera fonction du degré de pauvreté morale (le mot signifie ici « mœurs humaines ») de l’histoire, du degré de perversité des personnages, de la quantité du mal que l’ouvrage peut représenter.Toute l’histoire, en effet, peut être viciée, ou simplement quelques épisodes ; tous les personnages peuvent être mauvais, ou simplement quelques-uns.Les raisons d une telle position sont bien faciles à comprendre .on ne fréquente pas sans danger des personnes de conduite coûteuse ou condamnable, on ne se distrait pas impunément à des récits quelconques.Tout ce qui tombe dans l’esprit, dans le subconscient, appelle tôt ou tard des réactions dont le jeu mystérieux et puissant dépendra en fin de compte de la maîtrise humaine de l’individu en cause ; et cette maîtrise est déjà en question dans le choix des livres qu’on lit, si bien que la plupart des lecteurs aux prétentions les plus libérales attestent par cela même leur plus grand besoin d’attention et de prudence dans l’organisation de leurs lectures.Sans doute, les charmes du beau, la magie de la forme, l’élégance et la limpidité des idées sont en quelque sorte un écran lumineux qui peut voiler les laideurs d’une aventure, les déficiences d’une pensée, et même si bien répondre aux exigences esthétiques d’un lecteur que, sous l’effet de la grâce artistique, il accédera pour ainsi dire d’emblée au ciel des transcendentaux et sera du coup immunisé contre les laideurs du sujet réduit alors à jouer le rôle d'une occasion.Mais la moyenne des lecteurs sont loin de jouir d’un sens esthétique aussi fortement impressionnable, surtout aussi éthéré.C’est pourquoi je ne crois pas qu’on doive tenir Rimbaud, par exemple, pour un Père de l’Eglise du fait que ses Illuminations et sa Saison en enfer ont donné à Claudel « l’impression vivante et physique du surnaturel », et l’analyse du pourquoi de cette " impression vivante et physique » nous conduirait peut-être à des conclusions surprenantes; d’autre part, je ne crois pas non plus, en m’en reportant aux principes analogues d’un autre registre de •a vie de l’esprit, qu’on puisse blâmer Maritain de s’en être pris aux erreurs de Bergson, sous prétexte que le bergsonisme est à ¦ origine du renouveau spirituel de la philosophie en France et DECEMBRE 1947 195 même de sa propre délivrance à lui, Maritain, du « bagne maté rialiste » de l’enseignement officiel.Ce n’est pas parce qu’une œuvre a produit ou peut produire tel effet, chez tel individu, dans telles circonstances données, qu’on doit se garder de la juger intégralement et aussi objectivement que possible par rapport à l’ensemble de l’univers intellectuel, dont les beaux-arts sont parties, et aux besoins de la plupart des hommes.Ainsi, saint Augustin reçoit bien de Cicéron les premières bribes de la sagesse et il le reconnaît ; mais loin de réduire alors toute la littérature et la pensée à Cicéron, il sait garder le sens des perspectives, et il écrira dans ses Confessions : Suivant le cours normal des études, j'en étais arrivé à un certain Cicéron, dont la plupart admirent plus la lanque que le cœur (les italiques sont de moi).On souhaiterait la même ‘mesure aux admirateurs, aux débiteurs de certains des mages de la littérature contemporaine.Et le même Augustin, un maître également dans les lettres profanes, sait, dans les Confessions encore, distinguer encore plus explicitement entre fond et forme, je dirai même entre sujet et forme, au risque de me faire accuser de confondre les lois des genres.Rappelant son éducation selon l’esprit et la lettre de la plus haute culture du siècle, il écrit : Je n'accuse pas les mots, vases élus et précieux, casa electa atqiu pretiosa.mais ce qui nous y était présenté à boire par des docteurs ivres, et si nous ne buvions pas nous étions frappés sans recours possible à uo juge sobre.Et cependant j’ai appris tout cela de bon cœur et je m'en délectais malheureux et c'est pourquoi on m'appelait un enfant de belle espérance ! Que de commentaires surgissent en marge d’un tel texte, qu’on peut d’ailleurs — la dialectique moderne est si subtile! — invoquer contre mes « prétentions ».Mais pourquoi insister ?Il peut aussi bien arriver et il arrive plus souvent que les qualités esthétiques d’une œuvre revêtent de plus grands attraits le mal lui-même, et deviennent l’excuse trop facile de ceux qui veulent le propager ou simplement s'y complaire.De plus, n’est-il pas juste de soutenir qu’il est ordinairement plus facile de construire un édifice vraiment splendide et durable avec des matériaux de première main?Je n’estime donc pas osé d’affirmer que celui qui a un sens esthétique cultivé simultané ment au développement ordonné de toutes ses facultés, goûtera 196 LECTURES d’instinct plus facilement une œuvre littéraire fidèle à toutes les exigences de l'harmonie humaine1.Toutes les erreurs sur une telle question, accessible au simple bon sens et qu’a compliquée à plaisir le byzantinisme d’une culture décadente, ne viennent-elles pas de ce qu’on tenterait de faire indûment du beau le bien lui-même, le bon absolu, en rejoignant alors les positions d’un Renan qui aurait voulu remplacer la morale par l’esthétique ?Ces quelques considérations appellent des développements auxquels j’espère bien me donner un jour.Je me plais pourtant à souligner aussitôt que le sens commun des peuples comme des individus est fidèle à la défense de la vérité fondamentale que veulent mettre en lumière ces notes cursives : le sujet n’a pas qu’une importance secondaire dans une œuvre littéraire, dans une intrigue, dans une histoire.Ainsi la National Broadcasting Company des Etats-Unis a accepté, devant les requêtes d’une foule d’associations, d’émonder énergiquement ses programmes.Je cite ici un quotidien de Montréal dans une de ses actualités d’octobre dernier : Elle en>.end bannir de ses ondes toute émission qui ne sera pas conforme aux conditions et restrictions suivantes: Aucun programme ne sera irradié qui glorifie ou justifie le crime, les criminels, ou des actes antisociaux: qui comporte une dramatisation trop réaliste des aspects morbides ou criminels d'un roman policier, le récit détaillé de meurtres, d’électrocutions, de tortures, de souffrances physiques; qui peut servir d'école du crime: qui porte sur l’enlèvement d’un enfant, l'adultère ou autres crimes sexuels: qui ridiculise la loi.la justice ou la police: enfin, il faudra que le crime soit puni, au moins implicitement.De plus, les nouvelles portant sur des crimes seront données sans trop de dépoiement, et sans jaunisme.Des requêtes de ce genre, qui sont loin d’être exceptionnelles de nos jours, sont la réaction spontanée d’organismes encore assez en santé pour se défendre contre les toxines qui les menacent Il suffit de lire attentivement la citation qui précède pour constater la place qu’occupe le sujet dans une intrigue, dans une histoire.Qu’est-ce qui assure d’ailleurs la pérennité des œuvres universelles, auxquelles toutes les générations sont demeurées fidèles, sinon la noblesse de leurs sentiments et de leurs idées, leur vérité humaine dans le sens objectif du mot?* * * Après de telles réflexions, on ne s’étonnera pas de me voir relever, sous la plume de Louise Daudelin, ces lignes qui paraissaient dans Notre Temps du 18 octobre dernier : 1 L’épithète «humain» signifie, partout dans mon texte, ia hiérarchie nécessaire entre toutes les facultés et les puissances de l’homme, hiérarchie exigée par b nature même et la dignité de ces facultés et de ces puissances.DECEMBRE 1947 197 DevaHt iin chef-d'oeuvre (l’auteur de ces lignes parlait du Diabl au corps de Radiguet, ouvrage récemment filme) on a le devoir de iUMr à un point de vue strictement artistique.J K Je vois la la manifestation d’un préjugé que partagent, de bonne foi, trop d honnêtes gens, préjugé qu’il importe de démas quer et de combattre pour permettre à la littérature d’accomplir sa tache incomparable d’humaniser les esprits et les coeurs.Ce nest pas là vouloir la réduire au rôle de simple annexe de la philosophie et de la morale, mais bien comprendre la grandeur propre, la noblesse des lettres.Elles exigent de l’écrivain conscient de sa haute mission une ascese telle qu’il puisse ouvrer bellement dans la fidélité même à l’idéal humain.Dans la mesure même où il veut se préoccuper uniquement du beau, le poursuivre dans sa pure ligne formelle, il doit s’exercer à mortifier ses appétits, à purifier son coeur, de sorte qu’il ait la simplicité de regard nécessaire à cette .jonquête.C’est là un idéal d’atteinte difficile, j’en conviens, et je comprends que, entraînés par la tendance au moindre effort, nombre d’écrivains préfèrent les formules à succès facile Osons cependant souhaiter rencontrer de plus en plus d’ouvriers de la plume qui puissent dire comme Péguy : Il leur faut le mal et le péché pour faire des œuvres intéressants Moi, je ne travaille pas dans le péché.Au sein d’une culture qui en est réduite à « vivre de ses propres déjections », alors que le psychisme de trop de littérateurs est habituellement polarisé par le péché, par le désordre esthétisé.il importe que romanciers et lecteurs se pénètrent d’une vérité aussi élémentaire que celle que rappelle ce texte de saint Paul: Et que la paix de Dieu qui dépasse tout sentiment monte la garde de vos cœurs et de vos intelligences dans le Christ Jésus.Au reste, mts frères, tout ce qui est vrai, tout ce qui est pudique, tout ce qui est juste tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable, tout ce qui est de bon tôt enfin tout ce oui est vertueux et tout ce qui est selon l’ordre, voilà d( quoi vous devez vous occuper l’esprit.Non, quoi qu’on dise, le monde ne se limite pas au mal, et il faut vraiment tout ignorer de la vie de l’esprit, avoir bien peu d’imagination pour chercher surtout dans ses terres plates la source de son inspiration, les matériaux de son œuvre.Théophile BERTRAND I.e jury du prix littéraire des « Neuf », composé de la Duchesse de la Rochefoucaui-de Mme Simone, des frères Tharaud, de Francis Carco, Maurice Hedel, Gérard liaur Jean Antoine et Pierre Hennit, a couronné le roman de Mme Henriette Faroux l'hutih-tion GUameagle.M.Rohida, depuis 12 ans reporter littéraire et chef du service «les reportages i !» Radiodiffusion française, remporte le prix Femina pour le Temps dr la longue patient 198 LECTURES ÉTUDES CRITIQUES jÇe téaliâme de (Balzac d’apïèâ le Pète Qotiot1 DANS une notice biographique qui accompagne une édition populaire du père Goriot, Henri Duvernois rapporte l’anecdote suivante : « Un jour que Balzac travaillait, débraillé à son ordinaire, un camarade entre dans son cabinet de travail et lui annonce Mme Marneffe, l’horrible et séduisante Mme Mar-neffe de la Cousine Bette.Balzac renoue fébrilement sa cravate, passe une main coquette dans ses cheveux épars et s’écrie : « Faites entrer! » Il est significatif, au début d’une courte étude sur le réalisme de Balzac, de constater que l’auteur lui-même est dupe de son génie, de sa puissance à enfanter des personnages littéraires qui ne le cèdent en chair, en os et nerfs, à aucun homme de la rue.Balzac, en écrivant que son drame « n’est ni une fiction ni un roman » n’entend pas donner à ses paroles le sens d’une précaution littéraire chère aux romanciers du temps.C’est avec la conviction la plus forte qu’il s’écrie aussi : « All is true ».Le réalisme chez Balzac ressortit à son don prodigieux d’observation.Il nous a fourni là-dessus, dans son conte philosophique Facino Cane, des renseignements précieux.Quand le temps était au beau, Balzac quittait sa mansarde de la rue de Lesdiguières et allait observer sur place « les moeurs des faubourgs, ses habitants et leurs caractères ».En entendant ces gens, je pouvais épouser leur vie.je me sentais leurs guenilles sur le dos.je marchais les pieds dans leurs souliers percés: leurs désirs, leurs besoins, tout passait dans mon âme.ou mon âme 1 Le Père Cundl de Balzac est un ouvrage u l Index.En raison de 1 importance de l’oeuvre du grand romancier dans la littérature française et meme universelle, nous croyons convenable de publier ce travail solide sur le réalisme, sur la grandeur de Balzac.Ceux que leurs études obligent à une connaissance plus approfondie de lautcur de lu Comédie humuine y trouveront un vif intérêt: les autres, respectueux des lois de l’Eglise, qui ne peuvent donc pas tout lire Balzac, apprécieront l’avantage de le connaître mieux par une telle analyse.II reste qu’on n’a ici qu'une étude au point de vue de la facture, au point de vue littéraire, étude à compléter, du point de vue moral, par d autres du genre de celle déjà parue dans Lectures (sept.1046.t.I.p ^0).N.D.L.R.DECEMBRE 1947 190 passait dans la leur.Je m'échauffais avec eux contre les chefs d'atdim qui les tyrannisaient ou contre les mauvaises pratiques qui les faisaient revenir plusieurs fois sans les paver.Sachez seulement que dès « amps.i a\ais decompose les elements de cette masse hétérogène nommée le peuple, que je 1 avais analysée de manière à pouvoir évaluer ses qualités bonnes ou mauvaises.Je savais déjà de quelle utilité pourrait tire ce faubourg, ce séminaire de revolution qui renferme des héros, des inventeurs, des savants, des coquins, des scélérats, des vertus et des vices, tous comprimes par la misère.Vous ne sauriez imaginer combien d aventures perdues, combien de drames oubliés dans cette ville douleur.Combien d'horribles et belles choses! L’imagination n’at- découvrirJma,S *** QU' *V C3C^C que pcrsonne nc Peut aller N’était le besoin de faire court, nous aurions plaisir à pour-suivre la citation tant elle jette de lumière sur le génie créateur de Balzac.* * * La puissance de Balzac à faire réaliste affecte l’action du roman, son cadre et ses personnages.Le roman du « Père Goriot » emprunte à la vie réelle sa complexité, ses grandeurs et ses ridicules, ses grands et ses petits personnages, la grisaille quotidienne des petits événements tout autant que l’éclat des grandes passions humaines.Dans la composition de chacun des éléments essentiels du roman, abonde une infinité de détails que la sévérité des écrivains avait cru bon d’écarter jusqu’alors, pour ne conserver que ce qui était essentiel à la trame, à la crise morale dont leurs œuvres étaient les récits dépouillés.Ainsi, dans la Princesse de Clèves, pas ou peu de personnages secondaires, pas ou peu de décors, de costumes, de meubles; chez les personnages principaux eux-mêmes, pas ou peu de ces « traits qui, comme le dit Brune-tière, donnent à la physionomie des hommes et des choses cet accent de personnalité qu’on chercherait en vain dans les romans antérieurs à ceux de Balzac )>.De l’opinion de tous les critiques, c’est par l’abondance, la précision, la minutie des détails que les romans de Balzac sont des romans réalistes.Le cadre dans lequel Balzac situe son roman baigne dans la réalité.De la maison Vauquer, le lecteur connaîtra tout : son emplacement, ses lignes architecturales, son jardinet, ses appartements, ses meubles et jusqu’à son odeur et sa couleur.La description est riche de détails précis; nous savons par exemple « qu’à la nuit tombante, la porte à claire-voie qui ferme le jardinet est remplacée par une porte pleine », que la maison comprend trois étages, qu’elle est bâtie en moellons.« Les cinq croisées percées à chaque étage ont de petits carreaux et sont garnies de jalousies dont aucune n’est relevée de la même manière.» Balzac a mesuré la largeur d’une cour derrière le bâtiment : elle compte environ vingt pieds.Il nous est même loisible de dresser l’inventaire de 200 LECTURES chacune des pièces.Dans le salon, il y a « des fauteuils et des chaises en étoffe de crin à raies alternativement mates et luisantes », une « table ronde à dessus de marbre Sainte-Anne », « deux vases pleins de fleurs artificielles, une pendule bleuâtre », etc.etc.Quant à la salle à manger, c’est un véritable capharnaüm; nous y trouvons « des buffets gluants sur lesquels sont des carafes échan-crées, des ronds de moiré métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai », « une boîte à cases numérotées », « un baromètre à capucin qui sort quand il pleut,» un «poêle vert, des quinquets d’Argand, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu’un facétieux externe y écrive son nom, des chaises estropiées, de petits paillassons », etc.Art visuel auquel il convient d’ajouter quelques images thermiques et olfactives.Ainsi cette description de la senteur de la pension qui porte sa marque authentique de fabrication réaliste: («Cette première pièce (le salon) exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu’il faudrait appeler l’odeur de pension.Elle sent le ienfermé, le moisi, le rance; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements; elle a le goût d’une salle où l’on a dîné; elle pue le service, l’office, l’hospice.» Et même, horresco referens, Balzac pousse le souci de la notation réaliste jusqu’à déplorer l’absence d’une machine qui pourrait « évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux».Réalisme qui frise le mauvais goût.La description de la pension Vauquer s’achève par le spectacle du « chat de Mme Vauquer qui précède sa maîtresse, saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d’assiettes, et fait entendre son ronron matinal.» N’oublions pas que la pension doit être, dans la pensée de Balzac, le cadre approprié de la déchéance de la fin misérable du père Goriot.D’où le caractère sordide de la maison et d’où aussi la présence du chat, hôte habituel de ces sortes de refuge de la misère.Pour les mêmes soucis de réalisme, les peintres hollandais plaçaient le chien dans la composition de leurs tableaux d’intérieurs paysans et bourgeois.Il était donc bien permis à Balzac de ne pas oublier le chat dans sa mise en œuvre littéraire de la pension Vauquer.Les êtres de Balzac ne sont pas façonnés autrement que les choses.C’est un truisme de répéter, après de nombreux critiques, que l’auteur du Père Goriot possédait à un degré extraordinaire la faculté de créer des personnages vivants.Ils nous sont présentés comme des parents, des camarades, des amis qui partagent notre vie.Leurs ridicules, et jusqu’à leurs tics nous sont connus.Il nest rien dont l’auteur n’enrichisse l’exactitude de ses portraits.Ici encore, la description accumule les détails minutieux copiés sur la réalité, détails des costumes comme détails des tempéraments.Le jupon de la veuve Vauquer « dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont la ouate s’échappe par les fentes DECEMBRE 1947 201 de l’étoffe lézardée ».Vautrin annonce un sang-froid imperturbable « à la manière dont il lançait un jet de salive ».Le portrait du père Goriot, dont Balzac ne cesse jamais de nous fournir des détails tout le long du récit, est rigoureusement brossé d’après nature.„ Le père Goriot, vieillard de soixante-neuf ans environ, s’était retiré chez Mme Vauquer, en 1813, après avoir quitté les affaires.Il y avait pris l’appartement occupé par Mme Couture, et donnait alors douze cents francs de pension, en homme pour qui cinq louis de plus ou de moins étaient une bagatelle.Quoique le larmier des yeux de Goriot fût retourné, gonflé, pendant, ce qui l’obligeait à les essuyer assez fréquemment, elle lui trouva 1 air agréable et comme il faut.D’ailleurs, son mollet charnu, saillant, pronostiquait, autant que son long nez carré, des qualités morales auxquelles paraissait tenir la veuve, et que confirmait la face lunaire et naïvement niaise du bonhomme.Quoique un peu rustaud, il était si bien tiré à quatre épingles, il prenait si richement son tabac, il le humait en homme si sûr de toujours avoir sa tabatière pleine de macouba que.» De détails en détails, la description des personnages va se développant.Leur langue même nous est familière.Madame Vauquer prononce le mot tilleul « tieuille »; le père Goriot dit « ormoire » pour armoire.Vautrin a toujours à la bouche son.« Ça me connaît ».Que dire encore de la plaisanterie de parler en « rama », de l’« allons-nous dinaire?» d’Horace Bianchon?Ces particularités de langage, Balzac aurait pu les biffer de son œuvre, n’eût été son souci constant de faire vrai.Ne font-elles pas réellement partie des mille riens de la vie de l’homme moyen?A la rigueur aussi, plusieurs personnages du roman pourraient disparaître sans nuire à l’action dramatique, Poiret, par exemple.Poiret, cette « espèce de mécanique », ce vieillard ratatiné, « 1 un des ânes du grand moulin social ».Il ne pourrait jouir, dans un roman de Scudéry ou de Mauriac, que d’un portrait à peine esquissé.Mais nous sommes sur le terrain réaliste et Poiret est tout aussi nécessaire dans le roman du Père Goriot que tel écolier gamin que nous rencontrons dans le tramway, tous les matins, à la même heure, que tel pauvre homme qui mendie au coin de telle rue.Ils nous sont des figures familières; ils entrent dans notre vie quotidienne; ils ne seraient pas présents à notre vue que nous nous surprendrions à dire: « Mais ils ne sont donc pas là, ce matin.Qu’est-ce qui leur arrive?» Et c’est ça le réalisme, et voilà pourquoi il se trouve, dans les romans de Balzac, quantité de ces acteurs secondaires dont Poiret n’est que la cause exemplaire et le prototype.Le nombre des personnages dans le Père Goriot complique l’action principale de multiples épisodes.Le mouvement du romai-n’est donc pas rectiligne comme celui d’une œuvre classique.Outre l’histoire du père Goriot, il y a celle de Rastignac, celle de Vautrin.202 LECTURES Il fallait à Balzac un talent de composition peu ordinaire pour ne pas s’égarer dans ses coupures, dans ses ébauches d’autres romans dont il parsème les pages de son Père Goriot.Ce procédé ressortit encore à la réalité, à la complexité de la vie qui est faite des drames conjugués des êtres que nous coudoyons tous les jours.Lorsque le père Goriot disparaît de la scène du monde, Rastignac continue de vivre son aventure terrestre.* * * Les quelques observations qui précèdent sur les éléments essentiels du roman suffisent à nous convaincre de la nature réaliste du Père Goriot.Il ne s’ensuit pas pour autant que le réalisme de Balzac soit d’une perfection entière.C’est à Flaubert que revient l’honneur d’avoir créé avec Madame Bovary le modèle du genre réaliste.Jamais, par exemple, Flaubert ne s’interpose comme le fait Balzac entre le lecteur et son œuvre.Balzac fatigue l’intérêt de son lecteur en ralentissant et en arrêtant même par des digressions d’ordre philosophique et moral, l’allure de son récit.Ainsi l’amour à Paris fait l’objet d’une véritable dissertation: L amour à Paris ne ressemble en rien aux autres amours.Ni les hommes ni les femmes n y sont dupes des montres pavoisées de lieux communs que chacun étale par décence sur ses affections soi-disant désintéressées.F:n ce pays, une femme ne doit pas satisfaire seulement le cœur et les sens, elle sait parfaitement qu'elle a de plus grandes obligations à remplir ens'ers les milles vanités dont se compose la vie.Là surtout l'amour est essentiellement vantard, effronté, gaspilleur, charlatan et fastueux.Si toutes les femmes de la cour de Louis XIV ont envié à M111* de la Va-lière l’entraînement de la passion qui fit oublier à ce grand prince que ses manchettes.coûtaient chacune mille écus quand il les déchira pour faciliter au duc Vermandois son entrée sur la scène du monde, que peut-on demander au reste de l'humanité?Soyez jeunes, riches et titrés, soyez mieux encore, si vous pouvez: plus vous apporterez de grains si toutefois vous avez une idole.L’amour est une religion.Le lecteur impatienté de tant de verbiage risque de faire faire le pied de grue à ce Balzac raisonneur, comme il le faisait faire enfant, autrefois, à Jules Verne physicien.Nous sommes surpris aussi de rencontrer de longs monologues, sinon des discours, dans le Père Goriot.Vautrin, par exemple, lors d’une rencontre avec Rastignac, y va d’une longue tirade sur l’ambition et sur les moyens infaillibles de « parvenir ».Le discours de l’ex-forçat s’insère mal dans l’allure réaliste d’un récit.Ce procédé nous semble relever plutôt du théâtre que du roman.Il paraît aussi difficile d’interpréter dans un sens réaliste la longue divagation du père Goriot mourant.Nous croyons que la déclamation est le fruit naturel d’une sensibilité encore surexcitée par le romantisme.De nombreux critiques — et nous souscrivons à leur jugement — ont aussi qualifié d’excessifs certains personnages de la DECEMBRE 1947 203 Comédie humaine, dont le père Goriot.Le père Goriot tourne au type par l’effet d’une simplification qui est le propre d’une œuvre idéaliste.Balzac ne le hausse-t-il pas jusqu’au niveau surhumain d’un Christ de la paternité.L’amour du pauvre homme pour ses filles est quelque chose de monstrueux.Il semble impossible de rencontrer ailleurs que dans le monde des maniaques pareille hypertrophie du sentiment paternel.Avec le cas Goriot, nous entrons dans le champ de la pathologie et nous délaissons celui de la psychologie.Goriot sort des rangs de l’humanité moyenne; il ne peut vraisemblablement appartenir qu’au monde suprahumain; il ne peut être que la synthèse de multiples aberrations de l’amour paternel chez plusieurs individus.Il cesse par là d’être un individu possible; Madame Bovary, au contraire, ne cesse jamais d’être la sœur possible de quantité d’épouses malheureuses.Il y a telle chose que le bovarysme dans le quotidien de la vie, il ne saurait y exister de « goriotisme ».Tout en demeurant d’un relief saisissant, le père Goriot nous semble la production artificielle d’un art proprement idéaliste qui vise à identifier l’homme à une passion unique.* * * C’est donc le grossissement des personnages qui, avec le goût de la prédication morale et les effets de déclamation, nous semble limiter ou contrarier le plus le réalisme de Balzac.Cependant ce réalisme qui sourd de toute l’œuvre du Père Goriot produit dans l’esprit du lecteur une impression étonnante de vie.Devant la puissance de la transcription littéraire, nous oublions volontiers les incohérences de la composition, la lenteur de certaines descriptions, le ralentissement des digressions, les faiblesses du style.Ce serait vétiller, par exemple, que de s’arrêter à gloser méchamment sur cette proposition prudhommesque du début du Père Goriot: « Le char de la civilisation, semblable à celui de l’idole de Jaggemat, à peine retardé par un cœur moins facile à broyer que les autres et qui enraye sa roue, l’a prise bientôt et continue sa marche glorieuse.» La marche glorieuse, c’est bien plutôt la description de la maison Vauquer et de ses pensionnaires.N’est-ce pas l’effet d’ensemble qui compte après tout?Balzac se place en dehors et au-dessus des écoles.Ses œuvres n’obéissent qu’à un canon de beauté balzacienne.Et encore, Balzac, s’asseyant à sa table de travail serait fort en peine d’en établir le module.Ne l’affirme-t-il pas lui-même en quelque sorte dans son conte Facino Cane: «Quitter ses habitudes, devenir un autre que soi par l’ivresse des facultés morales, et jouer ce jeu à volonté; telle était ma distraction.A qui dois-je ce don?Est-ce une seconde vue?Est-ce une de ces qualités dont l’abus mènerait à la folie?Je n’ai jamais recherché les causes de cette puissance; je la possède et m’en sers, voilà tout.» Dante et Shakespeare, ces 204 LECTURES autres génies, ne tiendraient pas un autre langage.Ils auront été, tous trois, eux-mêmes, c’est-à-dire des créateurs.Que des disciples aient ensuite assoupli les formes données, les aient débarrassées de leurs imperfections natives, peu nous en chaut.A la rose stylisée il manque toujours la vigueur de formes de la rose naturelle.Flaubert, malgré ses prodiges de style et de composition, n’est jamais parvenu à égaler la vie merveilleuse des œuvres de Balzac.L’art de Balzac, ainsi que le note très judicieusement Bru-netière, aura été « de choisir sans passion, sans autre goût que celui du vrai, parmi les mille détails de la réalité les plus significatifs et de les coordonner de manière à produire sur nous l’impression que produit le réel lui-même, mais plus forte.» Nous aimons Balzac pour cette raison, celle qui se suffit à elle-même.Libre à nous, ensuite, d’admirer le caractère de nécessité et l’équilibre parfait d’une œuvre classique comme de goûter, chacune dans son mode particulier, les œuvres modernes.* * * Que dire au terme de cette étude par trop informe sinon que Ie génial auteur de la Comédie humaine reste, dans le monde des écrivains, le plus fécond et le plus puissant des romanciers.Tous ceux qui sont venus après lui ont puisé, sans l’avouer toujours, dans le fonds très riche de son immense magasin de documents humains.Le roman moderne ne se conçoit pas sans l’apport des richesses balzaciennes.Après avoir achevé le Père Goriot, le 26 janvier 1835, au château de Saché, Balzac écrivait à Mme Hanska: «Aujourd’hui, a Père Goriot.Il est vrai que cela est grandiose.» La critique aura confirmé ce jugement.L’usure du temps n’aura rien ôté à la vigueur de cette œuvre.Et de Balzac, il restera en définitive cette impression finale que nous suggère Albert Thibaudet: «
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