Lectures, 1 janvier 1948, janvier
~xT ' ures Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE IDEAL ET PRINCIPES Page Le Livre au Service du Christ Paul-A.Martin, c.s.c.257 ETUDES CRITIQUES Bonheur d’occasion.J.-M.G., c.s.c.261 Les reins et les cœurs .Guy Boulizon 264 Le sens de la mort .Paul Gay, c.s.sp.271 DOCUMENTS Une organisation mondiale de la culture intellectuelle .E.Gabel 278 Revues féminines .« L’Union » 279 FAITS ET COMMENTAIRES Le supplément littéraire 1947 du journal le Canada .T.Bertrand 280 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture) .287 BIBLIOTHECA L’Ecole de Bibliothécaires célèbre son dixième anniversaire.302 L’Ecole de Bibliothécaires, son histoire — ses buts — ses initiatives, Marie-Claire Daveluy 303 INDEX Ouvrages critiqués dans Lectures de septembre 1947 à janvier 1948.310 Revues critiquées dans Lectures de septembre 1947 à janvier 1948.318 TABLE DES MATIERES Tome III (septembre 1947 à janvier 1948) .319 Tome III — n* 5 JANVIER 1948 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction: Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Technique bibliographique: Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique Valérien BELANGER, ptre, D.D.C., professeur à lu Faculté de Droit canonique de TUniveraité Laval.A.PERRIER, ptre-curé, D.Ph.S.Th.D., professeur de Philosophie sociale à l’Uni-versité de Montréal.Guy-M.BR1SEBOIS, o.f.m., D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand Séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY, c.a.c., professeur de Philosophie au Collège de Saint-Laurent.Paul GAY, c.s.sp., professeur de Rhétorique au Collège Saint-Alexandre.Jacques TREMBLAY, s.j., professeur de Philosophie au Collège Jenn-de-Brébeuf.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.s.c., Professeur de Classification systématique à l'Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliographie à l'Ecole de Bibliothécaires.Laurette TOUPIN et G.KARCH, professeurs de Catalographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Publication autorisée par l'Ordinaire.NOTES: 1.La revu* est publiée mensuellement de septembre à juin (ne paraît pas en juillet et août).Les dix livraisons de l’année constituent deux tomes: septembre à janvier et février à juin.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d'auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de janvier et celui de juin) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3.La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’après les règles de la catalographie, et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n’est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: le numéro.$0.25 abonnement annuel .2.50 ETRANGER: abonnement annuel.3.00 FRANCE: abonnement annuel .350 fr.La procure générale du clergé.5, rue de Mézières, Paris (VI«).FRANCE.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.FIDES 25 EST.RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL - 1 *PLateau 8ÎÎ5 IDÉAL ET PRINCIPES * livre au service du flixUt1 Le révérend Père Alphonse de Parvillez, de la Société de Jésus, est connu depuis longtemps au Canada.En dehors de ses travaux purement littéraires, on n’a pas oublié les articles si courageux qu’il publiait aux Etudes d’avant-guerre sur l’aspect moral des lectures ; on a suivi, avec non moins d’attention, le rôle de premier plan qu’il a su tenir, avec fermeté et tact, dans les grandes réunions d’écrivains catholiques.Or toutes ces préoccupations concernant « la chose écrite », toutes ces réflexions faites au hasard des congrès et des retraites, le révérend Père les a recueillies en les amplifiant et les commentant dans un ouvrage remarquable intitulé le Livre au Service du Christ.Il y a dans ces deux cent cinquante pages une étude qui nous paraît si profonde et des remarques qui nous semblent si précieuses que nous avons voulu en faire profiter les amis de Lectures en leur proposant quelques brèves considérations sur ce livre.* * * Le Livre au service du Christ!.Ce titre n’est-il pas une provocation ?ou du moins une exagération ?Nous entendons nos modernes partisans de « l’Art pour l’Art » crier à l’Inquisition ! Mais rassurons-nous, le R.P.de Parvillez n’a pas l’intention — il nous en prévient dès le début de son ouvrage — de réclamer pour le catholicisme le monopole de l’édition, ni en droit, ni en fait.Pourtant, continue-t-il, on ne peut admettre que l’indépendance théorique du livre soit absolue ; pour une conscience chrétienne, en effet, l’activité de l’esprit, comme celle du corps, est soumise à la loi morale : ses droits sont donc limités par cette subordination ; il n’est pas plus permis à l’écrivain de tromper ou de corrompre les lecteurs, qu’au citoyen de blesser ou de tuer un autre citoyen ; restrictions bienfaisantes, d’ailleurs, et qui ne sont pas des barrières, mais des garde-fous ; loin de nous diminuer, la morale chrétienne nous protège ; elle nous perfectionne aussi, car à ses préceptes négatifs, elle joint une invitation formelle à développer toutes nos activités saines.« Je voudrais, disait M"r d’Hulst, 5 Parvillez (Alphonse de), s.j.; Le Livre au service du Christ.[Paris] Spes [1940].252p.19cm.002:26 JANVIER 1948 257 que les chrétiens fussent les premiers partout.les premiers dans l’art, les premiers par la culture de l’esprit et par tout cet ensemble d’avantages auxquels se reconnaît la civilisation véritable.» Sur i tous ces aspects du problème du livre, sur le duel entre l’art et la morale, l’auteur a des pages remarquables qui se méditent, mais ne se résument pas en quelques lignes.A propos d’un passage de Montherlant où cet écrivain païen essaie de montrer l’opposition fondamentale censée exister entre la morale chrétienne et une vie épanouie, le R.P.de Parvillez montre qu’il est difficile de se tromper plus complètement : la maîtrise de nous-mêmes, dans la soumission à l’ordre voulu par Dieu, loin de s’opposer à notre développement intégral, en est la condition expresse ; d’ailleurs, l’art doit se nourrir aux splendeurs de la nature et de l’âme; c’est ainsi qu’il sera réellement vivant et vrai.Demander que le Livre soit au service du Christ, c’est demander qu’il soit « au service de l’homme, de la vérité, de la beauté et de la joie ».* * * Faut-il admettre la puissance du livre ?Aussi étonnant que cela puisse paraître, nombre d’écrivains la nient ! « Les pauvres êtres qui prennent au sérieux une œuvre littéraire, dit Maurice Dekobra, sont des fous ou des imbéciles.» Des textes semblables, écrits par les auteurs les plus divers, ne manquent pas.D’où cela vient-il ?Avouons tout d’abord qu’il est difficile de déceler l’influence du livre, car elle agit avec lenteur, avec retard ; la puissance de l’imprimé, sournoise et inconnue, est semblable à celle des microbes dont, autrefois, on constatait les ravages sans en découvrir les causes.Cependant, d’une façon habituelle, on nie l’influence du livre parce qu’on ne veut pas la voir ; car admettre la force du livre, c’est reconnaître la nécessité d’une discipline intérieure avec les responsabilités et les complications qu’elle comporte.Pour ceux qui ont le courage de regarder la réalité en face, pour ceux qui connaissent le mécanisme psychologique, les lois de l’influence et de l’imitation, quelle force puissante que celle de l’imprimé ! « Un peuple fort a deux armes, disait un chef nazi : l’épée et le livre » ; simple application du mot de Bonald : « Depuis l’Evangile jusqu’au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions ».Oui, cette force du livre produit en nous des effets contraires, tantôt vers le bien, tantôt vers le mal ; c’est inconsciemment que nous subissons son action pénétrante ; et, sans que nous percevions sa poussée maligne, elle nous dirige.« tantôt vers le haut, parfois vers le bas; à nous de choisir, comme dans l’escalier mobile, le côté de la montée ou celui de la descente.Mais la liberté de ce choix ne nous donne pas celle de nier la puissance du moteur.On vaut ce qu’on lit ».258 LECTURES Si le livre est une force, quel usage fait-il aujourd’hui de sa puissance?Comment juger la production contemporaine?Question délicate ; car, pour beaucoup de gens, nous n’avons pas le droit de porter un jugement sur la valeur morale des livres, puisque le bien et le mal qu’ils sont capables de faire varient selon les lecteurs; ce qui est nourriture pour les uns, devient poison pour les autres ; tout jugement risque de « tomber dans l’arbitraire ou le ridicule ».Il se peut évidemment que l’influence du livre ne se manifeste pas toujours d’une façon uniforme, qu’une certaine anomalie se rencontre dans les effets produits, qu’une phrase, qu’un mot soit pour celui-ci mobile de conversion sincère, chez celui-là source de tentation violente.Certes, tout cela est possible, comme il arrivait à Raspoutine d’avaler d’énormes quantités de poison sans en être incommodé, alors que sainte Marguerite-Marie ne pouvait manger un morceau de fromage sans en ressentir un grand malaise.Mais il n’en reste pas moins que, pour l’immense majorité des lecteurs, un ouvrage donné est de nature à faire du bien, un autre du mal.Les classifications des moralistes sont fondées sur la nature des choses et répondent à la réalité moyenne.Oui, il existe de bons et de mauvais livres.Pour qu’un livre soit bon, il ne suffit pas qu'il ne contienne aucune grossièreté ; il faut qu’il aide le lecteur à sortir de sa vie routinière, à s’ouvrir aux appels de grandeur et de beauté, à s’élever vers les plus hauts sommets des valeurs spirituelles, à se convaincre, lui pauvre voyageur du temps, qu’il doit tendre vers sa fin, qui est de vivre d’éternité.Nuisible, par contre, le livre qui me rabaisse vers une médiocrité même déguisée ; qui trompe mon intelligence et souille mon imagination ; qui me fait toucher le mal, l’excuser, l’approuver; ou qui, simplement, n’apporte à mon esprit qu’un bagage encombrant de théories inutiles, à mon âme, que des visées terre à terre et sans espérance.Le bilan de la production contemporaine est assez difficile à équilibrer, à préciser.Les livres bons, excellents, admirables, sont nombreux ; mais les autres sont légion.Combien d’écrivains, même parmi les meilleurs, se préoccupent non pas d’élever, mais de plaire ! Combien nombreux sont ceux qui s’en prennent à l’idée même d’une obligation ou d’une règle ! Combien seraient prêts à signer le réquisitoire de Gide contre les commandements de Dieu : « Commandements de Dieu vous avez endolori mon âme.Jusqu’où rétrécirez-vous vos limites ?.» Le R.P.de Parvillez cite d’innombrables textes qui plongent dans l’angoisse : textes de dilettantes, comme celui de Gide ; textes de vulgarisation, peut-être plus dangereux, telle cette phrase extraite d’une revue populaire : « Employer tout ce qu’on peut avoir d’intelligence a oublier qu’on est intelligent, ne plus se fatiguer à repousser ses mauvais instincts ou à chercher son devoir ; vivre JANVIER 1948 259 animalement, vivre bellement, peut-être un peu bêtement, c’est-à-dire comme la plus belle bête de la création, h Certes, le mal est grand et la vase est profonde.La tâche était immense; elle n’a pas fait peur au R.P.de Parvillez, non seulement parce qu’il défendait les intérêts d’un Dieu tout-puissant, mais parce qu’il se savait à l’extrême pointe d’une magnifique renaissance et parce qu’il n’ignorait point que les francs-tireurs d’autrefois étaient devenus l’armée de l’Action catholique d’aujourd’hui.* * * Le dernier chapitre de ce livre étonnant, qui abords bien d’autres problèmes que ceux auxquels nous avons fait allusion, montre d’une façon très schématique ce que les catholiques français ont fait pour la diffusion du livre catholique, pour la formation du libraire, de l’éditeur, du lecteur.Dans le numéro de septembre de Livres et Lecturesle Père de Parvillez complète et met au point toutes ces données.Pour beaucoup, de tels renseignements seront rne véritable révélation.En effet, les catholiques ont mis sur pied en France une prodigieuse organisation pour lutter contre le mauvais livre : comité d’Action catholique du livre, commissions permanentes, bureaux bibliographiques publiant bulletins et revues, Œuvre des bibliothèques catholiques populaires, etc., etc.Pour conclure, nous ne saurions trop conseiller aux apôtres du livre de méditer l’ouvrage du Père de Parvillez, de se pénétrer de la doctrine qu’il expose et de voir comment les réalisations qu’il décrit peuvent et doivent s’appliquer au Canada.Ceci les aidera à faire de l’année 1948 une année plus féconde que les précédentes, une année décisive dans l’organisation et la stabilisation des bonnes lectures.Paul-A.MARTIN, c.s.c.-’ L'Action par le livre catholique: 1.moyens de renseignements; 2.moyens de diffusion; 3.groupements [par] le R.P.Alphonse de Parvillez, s.j.(Dans Livres et Lectures, no 4, août-septembre 1947, p.145- 260 LECTURES ÉTUDES CRITIQUES BonheuX d occasion 1 Deux ans à peine après sa publication, Bonheur d’occasion est classé parmi les grands romans de la jeune littérature canadienne.Il a obtenu le relatif succès de librairie à quoi, chez nous, le contraint le regrettable petit nombre de lecteurs.Diffusée par le Literary Guild, la traduction en langue anglaise : The Tin Flute, lui assure un tirage de quelque cent mille.Il a même reçu cette consécration, suprême sur le continent américain, d’attirer l’attention d’Hollywood : on s’est porté acquéreur des droits de représentation cinématographique et nous attendons le jour heureux — peut-être! — où sur la toile s’animera le personnage de Florentine Laçasse, incarnée par quelque éblouissante idole de l’écran.Le livre s’offre donc paré de tous les prestiges du succès.Situation périlleuse du critique ! Tous les collégiens savent l’éclatante victoire de l'opinion publique sur le despotisme littéraire du Cardinal de Richelieu : En vain centre le Cid un ministre se ligue Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.A susciter une cabale, à lancer une campagne de dépréciation, on perdrait sans gloire peine et plaisir.Grâce à Dieu et au talent de Mlle Roy.la vérité n’oblige pas à une bastonnade, même légère : elle m’ordonne au contraire de joindre, à l’ensemble déjà impressionnant de témoignages favorables, une voix tardive qui se voudrait éloquente.« O, for a Muse of fire ! » s’écrie le chory-phée ou début de YHenri V de Shakespeare, « Puissé-je recevoir l’aide d’une Muse de feu ! » Résignons-nous à l’absence de l’inspiration ardente et, puisqu’il s’agit de juger, laissons à cette opération de l’esprit les indispensables conditions d’objectivité et de pondération.Torde venientibus ossa.Aux retardataires les redites.Qu’on rre permette de rappeler trois qualités fondamentales de Bonheur d'occasion : la sûreté du tempo, la promotion voulue et heureuse de ce qui est d’ordinaire l’accessoire au rôle de principal, l’ampleur de la portée sociale.1 Roy (Gabrielle) ; Bonheur d’occasion.Montréal, Editions Pascal 119451.2v.19.5cm.$3.00 ($3.15 par la poste).C84-3 Pour adultes JANVIER 1948 261 La sûreté du tempo : les musiciens me comprennent.On appelle tempo le mouvement même d’une oeuvre : très vif, rapide, modéré, lent.Un tempérament sensible au rythme ne peut manquer, à la lecture du roman de Gabrielle Roy, d’être frappé par la souveraine lenteur du mouvement.Comme chez Proust — rapprochement honorable pour l’écrivain canadien — nous glissons sur le flot tranquille d’un long adagio.Calme décevant : la sérénité de cette nappe sans rides marque les plus redoutables écueils.En littérature comme en musique, l’artiste, s’il précipite l’allure, s’il charge ses thèmes de multiples incidents, parvient assez facilement à soutenir l’intérêt et, ainsi, à donner parfois le change sur la valeur véritable de son œuvre.Les exemples se présentent d’eux-mêmes : l’ouverture de la Gazza Ladra de Rossini, telle Rhapsodie hongroise de Liszt, les « mouvements perpétuels » de Paganini et de Strauss, certains récits d’aventures, la presque totalité des romans policiers.« Sure fire attractions », disent les publicistes américains ; ces infaillibles pièces à sensation déguisent sous les plus brillantes couleurs une indigence réelle.Ces possibilités de camouflage, avec leurs bénéfices, sont refusées aux mouvements lents : ces derniers trahissent toujours les gaucheries de style et d’expression.L’adagio du concerto Empereur, la Recherche du temps perdu ne valent que par leurs éléments fondamentaux, la qualité intrinsèque de la matière sonore ou littéraire.La réussite d’un adagio exige toujours la puissance de l’inspiration, la maîtrise du métier, l’intuition sûre des proportions de l’œuvre à créer.Elle exige aussi, lorsqu’on le veut prolonger aux dimensions héroïques de Bonheur d’occasion, une indiscutable hardiesse et une constante vigilance.Mlle Roy aurait pu adopter une allure plus vive : investi dans la mécanique civilisation moderne, le sujet s’y prêtait.Rien non plus ne s’opposait à des variations de tempo.Mais, le choix une fois arrêté sur le plus difficile — discipline excellente d’ailleurs : « L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté (André Gide) — l’auteur a dû maintenir une surveillance inquiète, veiller aux déviations, aux erreurs d’aiguillage, aux dissonances, repousser la tentation des brusques changements de ton, garder sous le harnais le meilleur de son talent pour élever chaque paragraphe à la hauteur d’une réalisation parfaite.C’est là faire œuvre de styliste.Mlle Roy y est parvenue : cinq cent trente pages de lente narration, un roman long mais sans longueurs : tel est le tour de force digne d’emporter l’admiration, de soulever l’enthousiasme.Comme dans tout effort d’ordre artistique, donc artificiel, la réussite nécessitait l’utilisation de quelque procédé.D’ordinaire, l’intrigue se noue autour d’un petit nombre de personnages : le milieu physique ne sert que de cadre, de toile de fond.Dans Bonheur d’occasion, l’intérêt ne se centralise pas sur Florentine Laçasse, ni sur sa mère, Rose-Anna ; encore moins sur Emmanuel 262 LECTURES Letourneau, Jean Lévesque, Azarius Laçasse.Selon la terminologie courante, le « héros » du roman, c’est le peuple obscur, ignoré, anonyme, l’humble masse ouvrière du quartier Saint-Henri, accroupi aux pieds de la montagne où s’échelonne « le rigide confort anglais » de la ville de Westmount.Que ne voudrions-nous dire des pouvoirs de la suggestion, de la vérité du symbolisme ! Ce peuple, cet être collectif autour de qui gravite tout le roman, ne remplit presque jamais la fonction d’objet direct.Le lecteur ne se réjouira pas d’hallucinantes évocations de foules agitées telles qu’en ont décrites certains romanciers de France : au contraire, le physique semble primer le psychologique.L’âme de la masse, nous la saisissons dans les empreintes dont elle a marqué les lieux mêmes de son labeur, de sa joie, de sa prière.Nous la saisissons dans une odeur âcre de charbon, un tourbillon de suie, un voile de vapeur, le tissage du fil, le dévidage des bobines, l’éclatement de la sirène, un clocher d’église.Nous la saisissons encore sur les quelques visages destinés à notre attention : chacun accuse un trait de l’image synthétique, chaque personnage énonce une part des convictions, exprime une part des désirs, vit une part des souffrances et des bonheurs de l’homme collectif.Les maisons emmurées inexorablement par les usines, entrepôts, élévateurs à blé, la course ininterrompue des caravanes sur rail, « le roulement, le battement, les sifflements des fins de jour et les grands silences inquiets des nuits », les amusements à peu de frais, les pathétiques discussions des sans-travail.« la hantise de la grande ville grisante », la vie frémissante mais trop vide, tous ces éléments se conjuguent sans hâte comme sans retard pour la réalisation d’une puissante figure globale, engagée dans la perpétuelle mobilité de l’humain.L’évocation est-elle fidèle à la réalité ?En fonction des traits dessinés, oui.Le tableau est-il complet ?Bien sot qui répondrait dans l’affirmative.Un artiste intelligent ne prétend jamais épuiser son sujet : nul ne peut exprimer le tout d’une personnalité humaine, moins encore d’une société.Le Saint-Henri de Bonheur d’occasion subit les conditions de toute création artistique; tel cependant, il vit, il vit avec une intensité qui ne se laisse pas oublier.On a reproché aux personnages, sauf à la maman, de ne pas être des âmes bien fortes ; on a pu trouver un peu froid le climat spirituel, et absentes les préoccupations de culture.Jean Lévesque s'affiche bassement égoïste.Le visage obstinément fermé de Florentine Laçasse, pitoyable victime d’une heure d’égarement, rafraîchit la sympathie du lecteur comme celle de ses parents et amies.Lorsque finit le livre, la jeune femme s’engage à fond, nul ne peut le nier, sur la voie du mensonge.Le récit ne cesse de signaler les lacunes de l’éducation, le manque de distinction et parfois, de pure dignité — il y a nuance, — le gaspillage des loisirs, JANVIER 1948 263 l'attrait du superficiel.Ne cédons pas à la tentation du dénigrement facile.Quelles furent au départ les chances de tous ces gens?Quelles sont les fées bienfaisantes qui se sont penchées sur le berceau des personnes de la vie réelle, de ces hommes et femmes en chair et en os comme nous, qui vivent à côté de nous, dans la même ville que nous ?Certes, le livre est sombre et laisse une impression de malaise, le malaise d’Emmanuel raconté dans un des derniers chapitres : Se promenant entre les grands hôtels princiers, son malaise croissait pourtant.Ce n’était pas de la rancune, pas du dégoût, pas même sa gêne ancienne de petit gars du faubourg, lorsqu’il arrivait sur la montagne de Westmount.Rien qu’un malaise indéfinissable.Toute l’inquiétude, toute l’angoisse du bas quartier semblait s’être collées à lui au départ, et plus il avait monté haut, plus elles s’étaient retenues, tenaces, à son corps.Et maintenant, c’était comme s’il n’avait plus le droit d’entrer dans la cité du calme, de l’ordre, avec cette odeur de misère qui le suivait comme un relent de maladie.C’est bien cela, une odeur de misère qui nous suit comme un relent de maladie.C'est pour cela surtout que nous devons admirer et remercier Mlle Roy.Comme la Dulcinée de Gaston Baty, nous nous promènerons avec une triste histoire attachée autour du cœur comme grelot.Nous ne pourrons plus, espérons-le, oublier la face tourmentée du pauvre, incarnation perpétuellement renouvelée de Jésus-Christ lui-même.J.-M.G., c.s.c.teinâ et led coeuxâ Parmi les centaines d’ouvrages que nous offre chaque mois 1 édition française, il est difficile de choisir celui qui méritera 1 audience de Radio-Collège.Cette abondance de livres, que l’on trouve aux vitrines des librairies parisiennes, déconcerte le voyageur canadien à qui l’on parle sans cesse de la crise du livre français.Certes tous ces ouvrages ne méritent pas qu’on s’y arrête.Combien de titres qui, grâce à la réclame payée des rubriques littéraires des journaux, brillent quelques jours pour retomber dans l’oubli?Combien de noms de jeunes écrivains annoncés comme la révélation de l’année, et qui, en quelques semaines, retrouvent un anonymat qu’ils auraient mieux fait de ne jamais quitter?Le seul^ avantage d’une production aussi abondante, c’est que, dans l’ensemble, seuls les livres vraiment exceptionnels 1 Le sort (Paul-André); Les Reins et les Cunirs.Roman.Préf.de Gabriel Marcel.Paris, Tien [cl9471.4% p.19cm.843 Mauvais 261 LECTURES surnagent et qu’ainsi l’on n’est point obligé de monter en épingle le premier ouvrage venu, à défaut d’autres plus intéressants.Il faut bien avouer ¦ d’ailleurs que dans ces réussites comme dans ces échecs, les critiques littéraires portent une grosse responsabilité: décider que tel ouvrage qui vient de paraître et dont la technique déconcerte le lecteur, décider qu’un tel ouvrage est un navet sans importance ou une réussite magnifique, cela comporte toute une suite de conséquences que l’on devine facilement, d’abord évidemment pour l’auteur, puis pour l’éditeur.enfin (et peut-être vaudrait-il mieux dire d’abord) pour le lecteur.Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, c’est-à-dire en mettant au programme l’oeuvre récente d’un jeune romancier: les Reins et les Cœurs par Paul-André Lesort, nous ne prenons pas grand risque du point de vue littéraire.Tous ceux qui liront ce roman seront d’accord pour en ratifier la valeur psychologique et littéraire.Sur le plan moral et philosophique, il n’en est plus exactement de même: ce livre s’inscrit dans la lignée des romans existentialistes: la préface écrite par Gabriel Marcel ne laisse point de doute à ce sujet, mais Paul-André Lesort n’est pas un disciple fidèle du grand pontife de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre: il veut témoigner, en effet, en faveur de l’existentialisme chrétien avec tout ce que cela comporte de dangers et d’aventures à courir.C’est pourquoi les Reins et les Cœurs nous semble motiver une double étude: tout d’abord l’analyse littéraire du livre, puis en second lieu, un bref commentaire philosophique qui cherchera à situer cet ouvrage, le plus exactement possible, dans la perspective chrétienne.* * ’ * Le roman s’ouvre et se ferme sur un enterrement.A la première page, en effet, on peut lire le faire-part mortuaire suivant: Vous êtes prié d’assister aux Convoi, Service et Enterrement de Monsieur Eugène, Pierre, Adrien Drouet Ingénieur E.C.P.Vice-Président de l’Institut européen d’Etudes Sociales Professeur à l'Ecole libre des Sciences Politiques Officier de la Légion d'Honneur.Vient ensuite la longue énumération des membres de la famille: ils sont trente-cinq, répartis entre trois ménages.C’est parmi ces parents et ces enfants que l’auteur va choisir les principaux personnages de son roman, les principaux acteurs de ces drames, qui pivotent tout autour du problème conjugal et JANVIER 1948 265 des questions familiales de tout ordre que font surgir, de nos jours, la création, l’entretien, l’épanouissement d’un foyer.Comment résumer un tel livre?La manière en est tellement déroutante que, dans ses cinq cents pages, il n’y a pas une intrigue, mais dix, quinze, vingt intrigues qui se heurtent, s’entrecroisent, se chevauchent, s’abandonnent pour se mieux retrouver.L'auteur n’a-t-il pas décidé de juxtaposer une cinquantaine de chapitres, sans lien apparent, sans ordre chronologique exact: ce sont comme des instantanés qu’il prend ici et là, ce sont des coupes géologiques qu’il fait aux divers niveaux des familles, ce sont des vues photographiques qu’il nous montre à la lanterne de projection.On retrouve un peu la technique de Jules Romains dans ses Hommes de bonne volonté et ces coupes de vie psychologique ne sont pas sans rappeler les romans naturalistes du siècle dernier, avec cette seule différence que ce n’est plus la philosophie de Taine, mais celle de Bergson qui transparaît.Apparemment, rien ne se tient dans ce livre et pourtant, lorsque nous fermons l’ouvrage, nous connaissons vraiment, autant que cela est possible, tous les membres de cette famille, de cette « tribu » des Drouet et nous sommes plus persuadés que jamais que le fond de l’être humain nous échappe, que nous ignorons tout des motifs et des mobiles qui font vraiment agir nos frères et que Dieu, seul, sonde les reins et les coeurs.Faut-il trouver une trame à cette histoire?Si c’est nécessaire on pourrait sans doute dire qu’elle réside dans le fait qu’il s’agit toujours d’hommes et de femmes mis en présence: jeunes mariés comme Eugène et Suzanne, vieux époux comme Henri et Clotilde Lavallée ou encore fiancés comme Emmanuel et Geneviève: tous, au milieu d’une vie horriblement quotidienne, cherchent à vivre, à réaliser leur existence; on les suit dans leurs réactions et dans le rythme de leur vie intérieure durant un peu plus d’un an.Parmi tous ces drames, nous en choisirons un, en exemple, parce qu’il est particulièrement dramatique et que deux ou trois autres, secondaires, dépendent de lui.Michel Estienne a trente trois ans et il aime passionnément sa femme, Andrée.Celle-ci a vu la mort de près lors de la naissance de la petite Jeannine et toute maternité nouvelle lui est interdite sous prétexte de crises cardiaqües qui lui seraient funestes.Les deux époux, fidèles au précepte de l’Eglise, observent donc une stricte continence, mais tandis qu’Andrée ne semble pas trop souffrir de la situation, Michel sent, avec les années, le désir l’exaspérer ; certes, il aime sa femme et pourtant, il se laisse tenter par l’amour sensuel que lui offre une autre jeune femme: Colette Nocheret.Celle-ci est l'épouse d’un professeur de droit qui vit dans une atmosphère desséchante de science et d’étude.Absorbé par ses livres, le professeur Nocheret ne s’interroge pas sur ce que pense Colette, il ne se demande II 266 LECTURES pas si la vie qu’il lui fait lui suffit; il aime sa femme profondément, mais en égoïste.Colette se croit le droit de se refuser au t désir de son mari quand celui-ci le manifeste, sous le prétexte • de n’avoir point reçu d’apaisement au moment où elle en aurait eu besoin, à l’heure où chez elle le désir appelait.Un malentendu se creuse dans le ménage Nocheret, une fissure apparaît dans cet amour paisible: c’est par cette fissure que Michel Estienne va passer.Bientôt, il va accompagner au théâtre, où l’on joue Antigone, les époux Nocheret.Durant le spectacle se noue entre Michel et sa voisine Colette, des liens subtils et d’autant plus dangereux, car tous les deux sont complices et inassouvis.A la même représentation, un ménage ami est aussi présent: celui de Suzanne et d’Eugène Lavallée; c’est avec ce couple que Michel revient du spectacle, monte dans le métro et soudain, se trouvant isolé de Suzanne, et proche de son vieil ami, il se laisse aller aux confidences.Ecoutons ce passage: — Le foyer! ça dit bien ce que ça veut dire.Cest le lieu d’un feu.De loin en n’entend peut-être qu’un aimable ronronnement, mais qu’on y aille voir de près.Le bois brûle et crépite, la flamme se tord; nul paix, mais la douleur et la joie et tout se consume.Jusqu’au bout, jusqu’à la mort.Michel a parlé à voix basse avec une rapidité extraordinaire.Puis il s’est arrêté subitement.Et maintenant, comment oser l'interroger?Que lui dire pour l’aider à livrer le fond de sa peine?Cette main dure se laisse serrer sans résistance et la courbe de l’alliance s’imprime dans la chair.Michel ne lève pas les yeux.Il dit:—Tout cela est incompréhensible pour toi, Eugène.Je ne devrais pas te parler ainsi.Cest bien là le signe demon échec.Tant que j’ai espéré, j’aurais considéré cela comme une trahison.Maintenant.voilà.Tu sais qu’Andrée a été très malade à la naissance de Jeannine.Elle a failli mourir, ce que personne n’a su.Rétrécissement du cœur.Et le médecin m’a dit alors une formule horrible: fille, pas de mariage: femme, pas d’enfants: c’est la loi de ce cas-là.Pourquoi t’en H«re plus?Depuis cinq ans, notre vie est celle de deux êtres au bord d’un gouffre.Le moindre vertige.Andrée ne peut pas supporter une seconde fois les fatigues d’une grossesse et surtout le travail d’un accouchement.Deux êtres que le monde réunit et que la solitude aussitôt condamme à se fuir.Un dialogue de muets.Un ménage de fantômes.Chercher désespérément à maintenir, par les mots seuls, ce qu’avait créé le mariage, corps et âme! Il faut passer près d’une centaine de pages pour retrouver la suite de ce drame.C’est au cours d’une scène passionnée que nous reprenons contact avec Michel et Colette.Par suite de l’absence momentanée du professeur Nocheret, Colette va se trouver seule en face de Michel, invité à dîner.Leur passion se manifeste alors avec une violence extrême: elle, la femme sans enfants qui ne trouve chez son mari l’amour sensuel qu’elle avait rêvé; lui, le mari dont le devoir est de vivre à la fois dans et en dehors de la vie conjugale.On assiste à l’aveuglement de deux êtres douloureux, longtemps refoulés et qui vont reprendre leur liberté.Egarement rapide car d’un moment à l’autre Jean Nocheret peut rentrer.Mais demain on se retrou- JANVIER 1948 267 vera.et c’est demain que la vraie vie commencera.Et pourtant ce demain n’aura pas lieu.En quittant Colette, Michel se pose les éternelles questions qui obsèdent tous les personnages des Reins et des Coeurs: c Si l'appartenance par la tendresse eM insuffisante, pense Michel, si lui-même peut, en Colette, retrouver un être capable de l’absorber, de l’arraclier à son propre regar-i, un coup .décisif sera-t-il porté à la mu-radle qui l'enserre?ne sera-ct pas ne quitter une cellule que pour une autre aussi étroite, aussi étouffante.une autre cellule de condamné à mort?» Non, il ne retrouvera pas Colette.Sa femme non plus; voilà que soudain il la hait pour ce monstrueux interdit religieux qu’elle n’a pas voulu renier: il part à l’aventure et dans une boîte de nuit il rencontre la petite Natacha; durant dix jours, il vivra avec elle commettant pour cela indélicatesses, infidélités et vol.Mais le souvenir de sa femme, son visage surtout le hante.«[.] le visage d’Andrée ! murmure-t-il.le seul visage ! » Et tous les autres sont emportés d’un coup, submergés par la nuit.Il entre dans une église, espérant y trouver un prêtre de ses amis; le prêtre n’est pas là et c’est un confesseur étranger, au visage rébarbatif, qui l’attend au confessionnal.« Ainsi tout est plus simple, pense-t-il, ce n’est pas un homme dont on a besoin.Et c’est la consécration empreinte sur ces mains velues qui fera leur pouvoir quand elles délieront.» Il faut encore sauter plusieurs chapitres qui eux aussi sont chargés d’autres drames puissants, pour retrouver Michel.Il va tout avouer à Andrée; il craint que celle-ci ne lui pardonne que difficilement, mais pendant qu’il parle, c’est Andrée qui s’accuse intérieurement ; elle veut sauver son mari, le garder à elle, lui rendre confiance dans la vie, même au prix d’un mensonge héroïque; ce mensonge peut-être lui sera fatal; mais alors, par sa mort, son mari redeviendra libre : « Michel, Michel, sais-tu maintenant que je suis forte! Que notre vie recommence, que tout ce cauchemar est fini.Voilà longtemps que je voulais te le dire, Michel, et je n’osais pas.» La vie reprend désormais.Bientôt, on attend un enfant; une angoisse silencieuse les torture tous les deux: elle, pour faire face avec le sourire à cette faiblesse cardiaque qui la terrasse, lui, parce qu’il compte les jours qui le séparent de cette terrible date de l’accouchement où les chances de vie et de mort sont presque exactement partagées.Andrée et Michel sont entre les mains de Dieu : « Le destin, pense-t-il, n’est pas un verdict, mais une invitation.Répondre oui, n’est qu’un premier pas qui conditionne les autres mais ne peut les remplacer.L’amour est un don de la grâce, mais aussi le fruit d’un dur et long apprentissage.x> Il faut, en effet, que Michel et Andrée soient prêts pour le sacrifice final, car la jeune femme meurt quelques heures après avoir donné le jour à une petite fille.Le livre s’était ouvert 268 LECTURES sur un faire-part mortuaire, c’est encore sur un enterrement que va se clore ce drame.Le récit nous en est fait par Fernand, le personnage le plus antipathique du livre, celui qui n’apparaît que pour séduire et pour salir.Sa description de la cérémonie est un comble de cynisme : tout le monde est présent à l’enterrement, même un petit sourd-muet que vient d’adopter Colette Nocheret désormais vouée aux oeuvres de charité: «‘Horrible, précise Fernand, horrible et ridicule, ce qui est le comble de l’horrible.Michel hypnotisé par le devoir de la procréation, faisant un enfant à sa femme, en sachant que cela risquait de la tuer.Quelle histoire insensée.De deux choses l’une: ou bien Michel n’a pas su s’y prendre et alors il est d’une naïveté qui confine à la bêtise.Ou alors il savait et il n’a pas voulu, par quelle absurde vertu, et alors c'est un salaud.11 n’y a pas moyen de sortir de là.» Heureusement que Dieu seul sonde les reins et les coeurs et que le vice de ce dilemme saute aux yeux.* • * * La richesse de ce drame qui, encore une fois, n’est qu’une petite partie du roman, laisse pressentir l’ampleur de ce livre où, à l’occasion de méditations, de réflexions, de dialogues, des problèmes d’ordre philosophique, religieux, esthétique, pédagogique, familial sont traités par l’un ou l’autre des personnages.En raison même de 1’importance de tels problèmes et de la façon dont certains sont traités, ce livre ne saurait s’adresser qu’à des consciences formées, à des esprits avertis et sains qui le liront sans arrière-pensée, et même alors sa lecture pourra bien ne pas être sans risques.C’est qu’en effet — et Paul-André Lesort l’a dit lui-même — ce roman est un témoignage en faveur de l’existentialisme chrétien; or cette attitude de pensée, entraîne dans le roman, un certain nombre de caractéristiques et d’exigences qui, sur le plan moral, ne sont pas sans dangers.Tout d’abord, en rejetant comme mode de connaissance l’abstraction nui, d’après la philosophie traditionnelle nous fait saisir l’être, ies existentialistes désirent surtout percevoir ce qu’il y a dans l’être de plus distinctif, de plus individuel.Or, précisément, c’est par nos cinq sens et par l’acte d’amour, affirment-ils, que nous pouvons le plus facilement entrer en contact avec le réel : d’où le caractère « sensuel » des oeuvres existentialistes, très marqué chez Sartre, assez épuré chez Lesort, qui cependant multiplie les regards, les gestes significatifs, les contacts appuyés, les étreintes décevantes.En second lieu, l’existentialisme estime saisir par la réflexion intellectuelle, pas un « moi » substantiel, stable, universel, mais uniquement une personnalité qui ne serait qu’un écoule- (2) Pour ce passage voir Feuillet du cercles d'études d'Angers, no 3.JANVIER 1948 269 ment d’actes, imprévisibles, spontanés.Ce « moi » serait un élan vital, aveugle, dont la moralité ne consisterait que dans la mesure même où cet élan serait loyal et fidèle à soi et aux autres, ce qui interdit l’hypocrisie et le snobisme autant que la conversion et le prosélytisme: d’où ce besoin d’aveu, de confession totale que l’on trouve dans les Reins et les Cœurs et aussi cette évolution admirable des personnages qui nous paraissent vraiment agir dans la ligne même de leur liberté, qui nous semblent exister dans leur réalité à eux, sans cesse mouvante et imprévisible.Une autre exigence du roman existentialiste, c’est d’obtenir des notations précises de caractère individuel, de nuances caractéristiques, c’est d’essayer de les saisir au moment où l’âme est la plus abandonnée.L’existentialisme espère ainsi obtenir la réalité comme si le réel était constitué de simples différences individuelles sans une nature commune, sans un élément stable qui précisément permette aux êtres cette compréhension mutuelle.Et puis, que vaudra la foi dans cette perspective?Impossible pour l’existentialiste de songer aux principes, aux exigences de la raison, à un dogme quelconque : la foi chrétienne n’est plus qu’un élément fortuit de « l’existant », élément qui pourrait aussi bien ne pas être présent, comme chez Sartre.Ainsi toutes les fois se valent; il n’y a pas de vraie foi, mais une attitude psychologique qui sera louable dans la mesure où elle sera sincère.Notons pourtant que sur ce point, notre auteur se montre très discret et les paroles qu’il place dans la bouche d’Eugène, le chrétien fiçièle, constituent une mise au point satisfaisante.En outre cette philosophie existentialiste sera souvent une doctrine de désespoir, de jansénisme irréductible.Considérez Michel Estienne, le principal personnage du roman, celui qui vraiment semble le porte-parole de l’auteur; écoutez ce qu’en dit Eugène : « Il a toujours été en garde devant les aspects consolants de la religion comme devant toute tentation de somnolence; mais maintenant, tout ce qui est lumière, joie, louange et gloire dans le christianisme semble presque l’offenser.» Enfin le roman de Lesort aurait pu être aussi fidèle à la formule existentialiste et nous montrer pourtant un Michel Estienne orienté — et grâce à l’épreuve — vers une vie de dévouement, d’héroïsme même, bref vers une vie spirituelle si débordante que sa fièvre d’amour charnel eût pu être sublimée.Les besoins exceptionnels d’une époque comme la nôtre appellent de ces vocations.Or, les Reins et les Cœurs ne laissent même pas soupçonner la possibilité d’une telle éventualité.Serait-elle métaphysiquement impossible d’après les canons existentialistes?Nous croyons que c’est là un reproche très grave et dont l’objet fera que bien des lecteurs estimeront — du moins 270 LECTURES inconsciemment — la chute inévitable pour tout homme qui vivra les mêmes difficultés que Michel Estienne.Au lieu donc d’avoir un roman tonifiant, ce qui aurait été fort concevable, nous sommes en face d’une intrigue susceptible de laisser entendre que le catholicisme ne propose pas vraiment de solution satisfaisante, viable, à des difficultés avec lesquelles tant d’époux sont aux prises de nos jours.En tout cas, si, chez notre auteur, la philosophie est discutable parce qu’elle est existentialiste, disons que chez lui la psychologie est remarquable justement pour la même raison: finesse extrême des analyses, souci d’une compréhension totale des personnages, sens moral du bien et du mal, tout cela met singulièrement en valeur la thèse du secret inviolable des consciences.Certes, Dieu seul sonde « les reins et les coeurs ».Avouons pourtant que, sans être Dieu, Paul-André Lesort, pour un premier roman, ne s’en est pas mal tiré.Guy BOULIZON JÇe âenâ de la moxt1 La mort n’a pas de sens si elle n’est qu’une fin; elle en a un, si elle est un sacrifice (p.324).Paul Bourget, pendant trente ans le roi incontesté du roman, universellement loué, est victime de nos jours d’une critique qui semble injuste.Ne lit-on pas avec stupeur ces lignes de Kléber Haedens : « Paul Bourget a longtemps servi de psychologue aux bourgeoises vertueuses et aux femmes du monde à mi-chemin entre le confessionnal et l’adultère.Ses romans solides et respectables, naïvement organisés pour démontrer des thèses amies de la morale et de la raison, sont écrits dans une langue terne, privée de tout pouvoir et de toute beauté.Il gardera la réputation d'un honnête homme, bon travailleur, romancier de talent et de poids pour son époque.Mais il n’est guère vraisemblable qu’on le relise.» Le coup de patte est spirituel, mais il porte à faux, lancé par un auteur de talent certes, mais jeune, que la littérature (!) Bourget (Paul); Le.Sens de la mort.Roman.Paris, Plon [1915].(Ré-impr.par Variétés.) 232 p.19.5em.$1.25 ($1.35 par la poste).84-3 Pour adultes Ce livre est au programme du baccalauréat de l’Université Laval pour 1948.I.a revue Mes Fiches en a également publié une critique, dans la no 161, à la p.3 de la Section bibliographique.(2) Haedens (Kléber): Une Histoire de la littérature française, p.400.Voir la critique de cet ouvrage dans Lectures, oct.1946, p.94.JANVIER 1948 271 dite d'idées — et d’idées de droite — semble agacer particulièrement.Le roman à idées a droit au soleil tout comme un autre: on lui demande seulement d’être vraisemblable, de s’appuyer sur des faits, de montrer une connaissance sérieuse du coeur humain.Or, qui peut dire que l’intrigue des romans de Bourget soit naïve, même si elle est solidement construite?Qui peut dire que l’auteur du « Démon de Midi » ne soit pas un profond psychologue?Malgré qu’on en ait, on est obligé de reconnaître que Paul Bourget est un grand auteur.On connaît l’évolution et la marche de Bourget vers la lumière.Après ses très illustres Essais de psychologie contemporaine (1883-1885), il se sert du roman pour lutter contre le matérialisme et le réalisme de Zola.Le spirituel existe.Bourget arrive vite, surtout après le Disciple (1889), au catholicisme, qui confirme à l’homme la réalité de ses aspirations vers l’Infini et préserve l’effondrement de la société par la pratique des vertus morales et politiques.Le Démon de Midi (1914) était à peine paru que la première Grande Guerre éclata.Bourget, ancien étudiant en médecine, se consacra d’abord au soulagement des blessés dans un hôpital de Clermont-Ferrand.Mais le célèbre académicien comprit vite qu’il n’était pas dans son rôle, et il reprit la plume pour soutenir le moral de ceux qui luttaient par les armes.La première Grande Guerre — tout comme d’ailleurs la seconde — posait de grands problèmes: celui de la souffrance imméritée de tant de héros, celui de leur mort, de leur anéantissement apparent, celui de la barbarie d’une race ivre de domination, celui de l’avenir de la patrie et par-dessus tout la notion même de patrie.Bourget, l’homme de droite, le grand patriote, écrit alors son roman le Sens de la mort pour tenter de répondre à toutes ces questions.Il convaincra ceux qui doutent et il encouragera ceux qui croient et qui affrontent le feu.Dans l’immense drame où les nations d’Europe jouent leur sort, il distinguera un autre drame, familial et individuel celui-là, qui est, en quelque sorte, une réduction du premier.La tragédie qu’il raconte se développe « parallèlement à l’autre, la grande et terrible tragédie française » (p.34).L’auteur « dégagera de l’aventure tout intime dont il fut le témoin sa signification profonde: un des enseignements de l’immense épreuve collective » (ibid).Bourget se met lui-même en scène sous le nom du docteur Marsal.Ce Dr Marsal est l’assistant d’un très célèbre chirurgien, Michel Ortègue, excessivement riche et matérialiste endurci.Ortègue ne croit qu’à ce qui peut se démontrer et se découper par le bistouri et le scalpel.Il a épousé une femme beaucoup plus jeune que lui, Catherine Malfan-Trévis, qui lui a apporté en dot sa beauté ravissante, son dévouement et une foi absolue dans la Science.272 LECTURES Dès les premiers jours de la guerre, Ortègue ouvre de lui-même une clinique pour les blessés, car, tout matérialiste qu’il soit, domine en lui l’idée de justice et de patrie.Il hait la force brutale de l’ennemi et il met tout son art à soigner les blessés qu’on lui amène du front.Dans les couloirs de son hôpital, dans les chambres des moribonds, sa femme, sa douce femme, imite son désintéressement et donne son temps au soulagement de la souffrance.L’abnégation d’Ortègue est d’autant plus sublime qu’il se sait irrémédiablement perdu.Lui, Ortègue, lui, le célèbre clinicien, le cancer le ronge.Comme il ne croit pas au succès d’une intervention chirurgicale pour lui-même, il se drogue pour endormir la douleur et continuer son travail.Il recule ainsi jusqu’au bout l’échéance affreuse de la mort, de cette mort terrible, absurde, terminant une vie et une souffrance absurdes.Avec une bonne humeur feinte, il attend la fin; c’est une affaire de quelques semaines, il ne l’ignore pas! Or, voici qu’arrive, couché sur un grabat d’ambulance, le lieutenant Ernest Le Gallic, petit-cousin de Catherine.Le lieutenant Le Gallic, un héros, est blessé à mort.Mais lui, il croit.La souffrance du monde, il sait l’expliquer par le péché et la Rédemption.La mort peut venir, il l’offrira en holocauste à Dieu pour le salut du monde et de sa patrie.Dans les derniers jours de leur vie, ces deux caractères vont s’affronter, se préciser en s’opposant.Bourget a bien noté l’agacement que produit sur Ortègue la grandeur d’âme de Le Gallic.Agacement rendu plus cuisant par les soupçons qui naissent dans son coeur: Catherine aimerait-elle Le Gallic?Aimerait-elle ce petit cousin avec lequel elle a été élevée, qui revient de la guerre auréolé par le martyre, qui est aussi sûr dans ses affirmations qu’Ortègue dans ses négations?Ces idées sombres pénètrent Ortègue d’autant plus que son pauvre corps n’a plus aucune force de réaction.Sur le point de mourir, il n’est plus qu’un squelette repoussant, abîmé par le cancer.Il souffre tellement que sa femme s’en aperçoit, lui demande la vérité, et, après son aveu, lui jure la fidélité de son amour.Elle va même jusqu’à lui promettre — atroce serment — de mourir avec lui et de se suicider avec lui, le jour qu’il voudra et au moment qu’il choisira.Malgré Marsal, l’assistant du docteur, qui a surpris cette confidence horrible, malgré Le Gallic qui a tout deviné et qui offre sa vie pour le docteur et sa femme, Ortègue se tue en se donnant une forte dose de morphine.Mais avant de mourir, il rend sur l’intervention de Marsal, sa parole à sa femme.Catherine ne s’enlève pas la vie; et la fin du roman laisse entrevoir son retour à Dieu.JANVIER 1948 273 La forte contexture du livre met bien en relief deux caractères robustes: celui d’Ortègue et celui de Le Gallic.Ce rapprochement artistique permet à Bourget d’étudier le sens de la mort.Pour Ortègue, la mort n’a aucun sens.C’est un triste accident qu’on peut seulement enregistrer sans l’expliquer.Matérialiste convaincu, seul le fait compte pour lui.« Le surnaturel n’existe pas.Tout ce qui suppose dans l’univers une intention personnelle est nul par définition» (p.11).«Il faut se purger de toute idée d’un au-delà possible, de ce malsain atavisme de mysticité qui nous incite à poursuivre dans les phénomènes de la nature la trace d’une pensée, d’une volonté, d’un amour» (p.10).La mort le détruira, lui, Ortègue, elle aura raison de cette magnifique intelligence, de l’art même du chirurgien.Si elle était sensible à quelque considération, n’hésiterait-elle pas5 Car C était vraiment un chirurgien, dans le sens complet de ce beau mot.fait de deux autres et si beaux aussi: kheir, la main, ergon, l’œuvre.Pour lui, penser, c’était agir.Il y avait du direct, de l’immédiat, dans toute sa personne.Quand il opérait, son maigre visage, encadré dans la gaze du masque, étonnait par l'intensité de l’attention, par le don, la présence de son être entier.On le voyait vivre jusqu’au bout des outils d’acier que ses longs doigts, si agiles, si souples dans le gant de caoutchouc, maniaient avec tant d énergie tour à tour et tant de délicatesse.Et quelle sûreté de vision anatomique! Petit, mince, basané, ses prunelles d’un brun clair et chaud décelaient, comme son aspect général, ses os fins, ses cheveux longtemps très noirs, un atavisme étranger, presque exotique (p.16).Et encore: A 1 amour passionné de la Science, de sa science, se joignait un goût, une passion de la somptuosité qui avait en effet quelque chose d’oriental.Moralement, il s appariait plutôt à un docteur Faust, assoiffé de toutes les joies'de la vie et les étreignant toutes.Son extraordinaire prestige su.r élèves venait de cette dualité: un prince de la Science vivant princièrement.Il apparaissait comme l’incarnation du succès.Professeur à quarante ans, après d'éclatants succès de concours, il avait les honneurs.Il avait la pensée.Il avait la gloire.Il avait l’argent.Il semblait, jus-, qu’à oa terrible maladie, avoir l'éternelle jeunesse (p.17 à 20).Hélas, Ortègue est convaincu que tout est fini.Alors, il essaye d’être fort et de pratiquer le stoïcisme.Impossible! La nature reprend ses droits: dans un accès de désespoir, il crie à sa femme: Alors, toi la Science, mon art, tout est parti, tout.Cest une chose horrible, vois-tu, quand tout ce que l’on a aimé s’en va, s’écoule, se perd, et de le voir, de le sentir, de s’en aller avec, et dans quelle mort!.(p.111).Sa colère éclate contre Le Gallic: Le Callic est venu nous étaler son optimisme d’incompétent! Cet affreux mot: la guerre, se traduit pour lui, depuis ces quelques jours, en votons d horreur, et qu’il sait réelles: des membres broyés, des ventres ouverts, des crânes crevés, toute la férocité de la brute ancestrale déchaînée dans l’homme, des cris, des hurlements, des hoquets, des râles.27-1 LECTURES et, pour finir, le churnier.Eh bien! voilà un guillard à qui ces abominations n'apprennent rien, ne représentent rien.Il vient vous parler de la bonté de Dieu!.Il croit dur comme fer qu’un Etre tout-puissant et parfait, son Dieu, préside à ces massacres.Il leur trouve un sens dans la justice et lu bonté de ce Dieu!.Si Dieu existait, il mériterait le bagne! (p.68-69).Et Ortègue se suicide, « dans un geste d’impuissance désespérée, sous la pression de forces irrésistibles, souveraines, pour lui monstrueuses, puisqu’elles ne l’ont produit qu’afin de l’écraser» (p.321).En face de lui, le jeune officier meurt dans d’horribles souffrances, sans l’adoucissement de la morphine, en offrant sa vie avec le geste des héros des Chansons du moyen âge, qui, dans un mouvement de galanterie, tendaient leur gant à Dieu.Ce n’est pourtant pas un héros de rêve.Les passions humaines le mordent lui aussi: il a besoin de tout l’élan de sa volonté pour résister à l’amour qu’il ressent pour la femme d’Or-tègue, amour de jeunesse.Sa qualité principale est la force.Il craint aussi peu le boche que les affirmations péremptoires du savant qui essaye de le dominer de toute la hauteur de sa science: — Souffrir, à quoi cela sert-il?interrogea Ortègue.— A payer, répondit Ijc Gallic sur le même ton de vérité profonde.— Payer quoi?demanda Ortcgue.— Mais nos fautes, dit Le Gallic.et celles des autres.— Nos fautes, passe encore, fit Ortègue.Nos fautes?Comme si nous avions demandé la vie!.Mais les fautes des autres?.Des autres?Voyons.Cest monstrueux ! ! ! — Comme tout dans la vie aboutit à la souffrance et à la mort, si la souffrance et la mort n’ont pas ce sens-là, celui d’un rachat, quel sens ont-elles, et quel sens a la vie?— Aucun, dit Ortègue! (p.56-57).Le Gallic, en un mot, « réalise dans sa personne le type accompli d’une certaine espèce d’hommes, toute volonté dans l’action, toute foi dans la prière, et l’action les menant à la prière, comme la prière les mène à l’action.Le symbole de cet état d’âme est l’épée, l’outil de bataille, quand vous la prenez par la poignée.Au repos et plantée dans le sol, c’est la croix » (p.200).* * * La grande leçon qui se dégage de ce roman se résume en cette proposition: il serait vraiment monstrueux que la mort n’ait pas de sens.Dans quel abîme de désespoir ne pourrait-on pas se jeter si vraiment des intelligences aussi belles que celles d’Ortègue n’étaient pas éternelles: si des coeurs aussi purs et aussi ardents que celui de Le Gallic n’avaient pas droit à une infinie rémunération?Non! Il ne se peut pas que la mort soit un anéantissement pur et simple.JANVIER 1948 275 La mort n'a pas de sens >i elle n'est qu'une fin; elle en a un, si elle est un sacrifice (p.324).Cette phrase de Bourget résume parfaitement le roman.Puis, comme parfois le sacrifice est connu seulement de celui qui l’offre, il ajoute: Pour que le sacrifice ait un sens, il faut qu'il y ait.en l’absence de témoins humains quelqu'un pour le recevoir, un esprit capable d'enregistrer l'acte que l'homme fait pour l’homme, quand cet acte n’a aucun résultat et qu’aucun homme ne le connaît.Si ce témoin des dévouements inconnus et inefficaces n’existe pas, ces dévouements sont comme s’ils n’avaient pas été.Tout en nous se révolte là contre.D’autre part, ce témoin, cette conscience, jupe et conservation de la nôtre, ne se rencontre pas dans le monde que l’expérience physique nous découvre.N’est-ce pas la preuve que «eue expérience physique n’épuise pas la réalité?(p 325-326.) « Tout en nous se révolte là contre ».Cette façon de procéder constitue une sorte d’apologétique expérimentale et sentimentale.D’après l’auteur, le christianisme est vrai, parce que, s’il était faux, ce serait trop cruel.Quand Ortègue s’écrie : « Il ne s’agit pas de savoir si nous sommes malheureux, mais si nous sommes dans le vrai », Le Gallic répond (et c’est la conclusion du livre) : « La vérité ne peut pas être dans des idées avec lesquelles on ne peut ni souffrir ni mourir» (p.165).Bourget emploie ici l’argument traditionnel moral en faveur de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme : les exigences psychologiques de l’homme demandent la réalité de ces croyances.Si cet argument était l’unique preuve, il ne suffirait peut-être pas.Par lui-même, il constitue un excellent coniirmatur: le christianisme est vrai, parce qu’il correspond aux aspirations les plus nobles de notre âme, parce qu’il sauve l’ordre social, etc.Bourget a eu peut-être tort de ne voir que cet argument.On pouvait alors l’accuser de pragmatisme religieux, doctrine qu’il empruntait à William James, et il faut avouer que le roman en est fortement teinté : « L’action est donc, en définitive, le critérium suprême de la vérité » (p.12), lisons-nous avec un certain étonnement.Dans cette adhésion (au philosophe de Cambridge), écrit M.Feuille-lat, les critiques trouvèrent le point où attaquer l’auteur, sur le terrain même de ses convictions.Des esprits d'une religiosité scrupuleuse se donnèrent le plaisir de faire remarquer que la conclusion du livre était peu orthodoxe du point de vue catholique.D’après l'apologétique chrétienne reconnue par le Vatican, seule la raison peut démontrer l’existence de Dieu et l’authenticité de la Rév«*lation.Toute doctrine qui s’appuie sur l’expérience personnelle e«t teintée de protestantisme et contraire au catholicisme.Par l’article XXVI du Syllabus, le pape Pie X a condamné les pragmatistes: « Kst anathème celui qui dira: les dogmes doivent être tenus seulement suivant leur sens pratique d'agir, c’est-à-dire non comme une règle de croyance, mais comme une règle preceptive Bourget aurait été, sans le savoir, hérétique! (3) Cette traduction de l'article xxvt du Syllabus est c«*lle de Monsieur Feuillerat.276 LECTURES C'était évidemment absurde.On pense bien que Bourget n’ignorait pas ces conséquences dangereuses du pragmatisme.Il s’en expliqua l'année suivante dans la préface qu i! écrivit pour le Voyage du centurion de Psichari.11 définit les limites que Pâme pieuse doit assigner au pragmatisme comme méthode d'investigation de la vérité religieuse.« Il est certain, a-t-il dit, que la vérité n’a pas pour mesure l’utilité.11 n’est pas moins certain que l’utilité reste une présomption de vérité, en sorte que le pragmatisme, erroné en tant que philosophie définitive, est très légitime en tant que commencement d'enquête.Il n’est que la mise en œuvre du précepte sur les faux prophètes: « Un arbre mauvais ne peut porter de bons fruits.Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ».C’est une première éiape à laquelle une âme religieuse ne peut pas se tenir.L’action ne lui suffit pas, ou plutôt l’action, pour elle, n’est qu’un symbole d’une réalité spirituelle que cette âme a besoin d’atteindre/ Cette réponse de Paul Bourget nous paraît suffisante et met les choses au point.Disons mieux: l’auteur n’est pas un philosophe, mais un romancier: d’où certaines affirmations qui peuvent faire sourciller les théologiens et qui sont regrettables.Il est dommage que la philosophie de Bourget n’ait pas été à la hauteur de sa psychologie.Nous le redisons: c’est un profond psychologue.Les idées qu’il manie n’étant pas superficielles alourdissent son style.Il y a du médecin et du savant dans chacune de ses pages.Mais il ne faudrait pas exagérer cette lourdeur signalée par les critiques.Bourget sait être rapide dans la narration d’un fait.Là, les pages se suivent avec le plus grand intérêt: on ne voit plus l’auteur, mais l’épisode qui se déroule devant nous.Prenez, par exemple, le récit de l’assaut dans lequel Le Gallic est mortellement blessé (p.194 à 197), vous y trouverez la spontanéité de la vie elle-même.Le Sens de la mort reste, somme toute, un grand roman.Avec les autres oeuvres de Paul Bourget, il justifie la réputation de l’auteur.Nous pensons sincèrement que Bourget romancier vaut bien d’autres romanciers: il vaut bien ceux qui sont à la mode d’aujourd’hui, et il les surpasse peut-être.4 5 Paul GAY, c.s.sp.(4) Feuillerat (lAlhcrt); Paul Bourget.Paris.Librairie Plon.415 p.19cm.: p.316-317.(5) Il admet, lui du moins, les valeurs spirituelles traditionnelles.C’est pour cela que je me permets de reprendre à rebours la phrase de Kléber Haedens citée plus haut et de dire: «11 est très \raisemblablc qu’on le relise!» JANVIER 1948 277 DOCUMENTS Une organization mondiale de la culture intellectuelle « Une organisation mondiale de la culture intellectuelle», tel est le sujet ue traita M.Etienne Gilson, de l’Aca-émie française, mardi 26 novembre dernier, dans la Conférence qui inaugurait les travaux du Centre catholique des intellectuels français.M.Etienne Gilson était qualifié au plus haut point pour parler de l’U.N.-E.S.C.O.à l’assistance nombreuse et choisie qui remplissait la salle des Conférences de la Mai^n diocésaine des étudiants, rue Madame.Depuis longtemps, en effet, il travaille à cette coopération intellectuelle entre les nations en enseignant dans les Universités américaines, et, plus récemment, il a pris une part active à la constitution du nouvel organisme qui est chargé de promouvoir, dans le cadre de PO.N.U., par son activité spécifique, la paix du monde.Il était particulièrement intéressant au moment même où se réunit pour la première fois à Paris PU.N.E.S.C.O., de connaître les origines, la structure, l’esprit, l’avenir de cet organisme.Cela pouvait faire une conférence aride, hérissée de citations d’articles et de paragraphes.Mais avec M.Gilson, personne ne redoute ce danger.Informations de première main, présentation limpide, remarques caustiques, conviction ardente: c’est tout ce qu’il faut pour instruire et charmer un auditoire.Le conférencier insis/ta sur l’esprit dans lequel travaille l’U.N.E.S.C.0.Et on retrouva dans les remarques qui, en quelques mots, découvraient de vastes perspectives, l’historien de la philosophie et le philosophe de l’histoire, comme aimera à le souligner M.le professeur Bedarida, à la fin de la réunion.Il faut, d’une part, tenir compte d’ua phénomène qui s’impose à tout observateur attentif.Nous allons à grands pas vers l’unité de notre planète; nous vivons au siècle de la planétisation.L’intelligence n’échappera pas à cette loi.Elle ne peut plus s’enfermer dans les limites d’un pays ou même d’une culture.Les échanges s’imposent, et non seulement les échanges, mais U plus étroite coopération.D’autre part, la paix du monde a ses assises dans les esprits.La guerre n’est pas le déchaînement fatal de forces physiques, elle provient d’abord de la corruption des esprits et des cœurs.Il importe donc que dans l’Organisation des nations unies, qui travaille à acclimater et à enraciner la paix sur notre planète, il y ait une section préoccupée de rechercher tout ce qui, dans l’ordre intellectuel — éducation, science, culture — permet d’atteindre cette fin.Les catholiques, plus que tous les autres, doivent et peuvent apporter leurs concours à cette œuvre de la plus haute importance pour la paix du monde.Leur vision de l’univers n’est-elle pas précisément «catholique»?et la paix n’est-elle pas la grâce annoncée aux hommes à l'aube des temps nouveaux?I.es catholiques ont donc une place marquée dans le travail de l’U.N.LS.-C.O., et ils sont susceptibles d’avoir une influence des plus heureuses dans le choix des moyens concrets, immédiatement réalisables, qui peuvent dans un monde divisé par les cultures, les religions, les intérêts, favoriser l’entente entre les hommes.M.Bedarida, professeur à la Sorbonne, exprima, en termes chaleureux, la satisfaction et l’admiration de toute l’assistance: il rendit hommage à la 278 LECTURES tranquille audace de M.Gilson qui sait communiquer à ses auditeurs l’espérance en des jours meilleurs et la décision de travailler chacun à sa place et avec ses convictions chrétiennes à faire naître ces jours.L’année de travail du Centre catholique des intellectuels français s’est ouverte par une magnifique conférence.Elle promet d’être fructueuse.Et en un temps où le débat se situe chaque jour davantage sur le plan des idées dans l’affrontement de deux conceptions du monde et dans l’élaboration de nouvelles techniques, beaucoup de catholiques auront à cœur de trouver 1e-mière et directive en un Centre dont l’influence sera profonde.E.GABEL La Croix, 28 novembre, 1946.Jfevueâ féminine ô L’Union des Oeuvres Catholiques de France — dont l’organe, YUnion, nous fournissait la liste de revues que nous avons publiée le mois dernier, dans cette section même, sous le titre: Revues féminines, — nous informe que cette liste, dressée au printemps de 1946, exige déjà quelques corrections.Cela se comprend : le monde des revues, comme celui de l’édition en général, est aujourd’hui plus mouvant que jamais.Toutes les revues n’ont pas tenu, d’autres ont fait leur apparition.Le jugement porté sur le Petit Echo de la Mode serait aussi à reviser car, nous dit notre correspondant, la restriction sur la valeur littéraire de cette publication n’est désormais plus justifiée.Il peut donc arriver que d’autres notes de cette liste aient également besoin d’être revisées.Nos lecteurs que le problème de la valeur des nombreuses revues françaises intéressent, sont invités à s’adresser, pour des renseignements plus actuels, à la Ligue féminine d’Action catholique française, 98 rue de l’Université, Paris, 7e.N.D.L.R.JANVIER 1948 279 FAITS ET COMMENTAIRES jÇe Supplément littéraire 1947 du journal “le Canada ” Le 17 novembre dernier, le journal le Canada publiait son cinquième Supplément littéraire annuel.Comme les années précédentes, ce Supplément présente un très grand intérêt et est une contribution appréciable à notre vie littéraire.Il permet aux éditeurs de dresser en quelque sorte leur bilan annuel, de faire connaître au public l’ensemble de leurs réalisations et ce dernier, d’autre part, peut se rendre compte de la situation du livre dans Québec, des reculs ou des progrès de l’édition.Initiative fort heureuse et qui mérite tous les encouragements.Ce n’est pas une raison pourtant de dépouiller tout esprit critique, ne serait-ce que pour le bénéfice de l’habitué des journaux, qui doit être enfin entraîné à distinguer entre objectivité et publicité, ou encore, dans un débat, entre littérature et argumentation.Les remarques qui suivent, en marge du dernier Supplément du Canada, ne seront donc pas inopportunes.Ce Supplément est ouvert devant moi.La première page illustre huit grandes époques de la littérature universelle par des caricatures ou — si l’on préfère — des abstractions picturales qu’expliquent des légendes.L’ensemble a pour but de souligner la caractéristique de chacune de ces époques.L’idée est heureuse et son exécution réussie, même si l’on peut toujours dans des condensés de ce genre, où les nécessités de la concision obligent à des simplifications souvent arbitraires, contester l’à-propos du choix de certaines perspectives.Qu’on en juge par la lecture des équations suivantes: Les Grecs: la sagesse et la poésie; Les Romains : le discours et la rhétorique ; Le Moyen Age : l’humour et l’édition ; Les Arabes: le merveilleux et le conte; La Renaissance: l’humanisme; Le Grand Siècle : la forme ; Le XIXe siècle : le romantisme, le lyrisme ; Le XXe siècle: la nausée.Au centre de ce panorama littéraire surgit un article de René Garneau: Petite géographie de l’esprit.L’auteur y poursuit 280 LECTURES la défense des points de vue qu’il exposait à la même page dans le Supplément littéraire ’46.Ce texte, qui est un tissu de sophismes et d’allusions tendancieuses, me paraît une illustration typique du désordre où peut conduire la culture du « comment de la forme » au mépris des droits du « quoi de la réalité ».Cette « géographie de l’esprit » de notre littérature est fantaisiste et, c’est le cas de l’écrire, « petite ».Tout d’abord, René Garneau affiche une drôle de conception de l’«autonomie » littéraire et prête, à ce sujet, à Robert Char-bonneau des opinions que celui-ci n’a jamais exprimées.Où voit-il que Charbonneau, dans sa polémique avec quelques écrivains français, qui ont peut-être réajusté leur lorgnette après les déclarations d’un Gilson, d’un Louis Artus, d’un Emile Hen-riot et de quelques autres, — ou même après une lecture sérieuse de la plaquette de Charbonneau, la France et nous (1), — soit contre «[.] le maintien et l'approfondissement dans nos lettres de la tradition psychologique de caractère français, et pour l’abandon à la facilité de formules relâchées et purement documentaires du roman étranger [.]»?Je ne vois pas bien non plus comment il y a contradiction entre les «thèses » de l'auteur de Ils posséderont la terre et son « tempérament ».Toutes les pièces au débat confirment cette phrase de l’Avant-propos de la France et nous : Robert Charlwnneau ne s'insurge pas contre les influences françaises mais contre la tutelle de Paris.Il sait qu’une littérature fermée est une littérature vouée à la mort.Il ne fait done que conseiller aux t.anadiens ce que les Français ont toujours pratiqué.Quand ils parlent d’autonomie, Charbonneau et tous ceux qui admettent le bien-fondé de ses opinions, ne parlent ni d isolationnisme culturel ni d’étroit nationalisme, ils ne songent aucunement à quelque forme inimaginable d’autarcie littéraire ; ils rappellent simplement que l’accession d’une littérature à la vie pleine et à l’audience universelle exige la répudiation de toute conception coloniale de la culture.Alors que la littérature connaît un renouveau riche de promesses, que des oeuvres de plus en plus nombreuses piquent .ion seulement la curiosité mais éveillent l’intérêt des étrangers, que des écrivains éminents de France nous découvrent avec joie, pourquoi s’ingénier à accoucher de fantaisies comme les suivantes, insinuations poncives de notre « gauche » culturelle et qui sentent le parti-pris et le sectarisme à plein nez: On se doutait un peu de ce qui se cuisinait dans certains cercles qui ont claqué depuis longtemps leurs portes sur une littérature lointaine dont l’humanisme libéral les déroute (Petite géographie de fesprit).Fichaise ! (1) l’ai présenté la France et nous dans Lectures de septembre dernier, p.27.JANVIER 1948 281 r Avant la querelle de l’autonomie, on voyait bien que plusieurs esprits s'entendaient de loin pour se refuser au mouvement, s’isoler dans une tour d’ivoire,—qui d’ailleurs ressemblait beaucoup plus à la barricade de pieux de r.os guerres iroquoises qu’à la tour des prophètes € puisants et solitaires » d’Alfred de Vigny,—et nous éloigner des sources claires qui, pour nous comme pour les écrivains français, jaillissent du même fonda traditionnels (ibid.).Turlupinadc! [ .] l’inspirateur de ce groupe [.J M.Roger Duhamel !.1 (ibid.).Malgré tous les avatars d’un homme comme Roger Duhamel, il demeure évident à tout esprit droit que sa réponse à Aragon, Crise de l'esprit critique en France (2), est une fessée magistrale qui mériterait de figurer en première place d’une anthologie polémique.Poursuivons nos citations.A l’école de la fausse autonomie littéraire,—puisqu’en dernière analyse il s’agit pour elle de sc mettre à la remorque de toutes les littératures à l’exclusion de la littérature française—[.1 (Petite Géographie de r esprit).Vision de tourlourou! Car il est très beau de nous proposer le naturalisme américain d’aujourd’hui au lieu et place de la tradition psychologique française, [ .1 (ibid.).Interprétation carabinée ! [.] cette Académie canadienne-française qui est le point de rencontre du nationalisme politique et de l'autonomie intellectuelle, T.1 (ibid.).Ra6ouillage ! L’Academie canadienne-française a un bras séculier à Notre Temps.[.J (ibid.).Cailletage ! Le spectateur amusé de cette démonstration (?) «géographique » — démonstration qui trouve encore le moyen de d’en prendre à l’Action Universitaire, au Devoir et à un de nos écrivains les plus remarquables, Léo-Paul Desrosiers, dont la valeur est reconnue même en France, — se dit, en reluquant le paysage réel de nos Lettres, que l’« aspérité » Gameau est sûrement bien artificielle, n’ayant même pas le mérite du pittoresque.Pendant qu’il y était, pourquoi le distillateur de cette vinasse ne mentionnait-il pas M.le Chanoine Groulx et M.l’abbé Sa-vard?Systématiquement entraîné à de telles acrobaties de l’esprit, pourquoi ne tente-t-il pas un seul instant de sauter hors (2) Cette réponse a Aragon est parue dans Notre Temps du 25 janvier 1947.282 LECTURES de sa cage idéologique pour essayer de prendre goût à la pratique de la géographie au grand air?Je parie qu’il abandonnerait tout à fait alors la géographie « en chambre » ! Pourquoi ne s’avise-t-il pas que le libéralisme (« humanisme libéral » !) ne se confond pas avec le véritable universalisme, avec la vigueur de l’esprit, avec la générosité intellectuelle?Lui enfin qui ne se tient certainement pas pour un esprit géométrique, pourquoi s’ingénie-t-il à ignorer des distinctions élémentaires, dont le maniement est esssentiel à tout esprit bien fait et dont l’ignorance conduit tôt ou tard à des impasses comme celle d’où il nous agonit de chimères?Mais il est vain de poursuivre cette dissection d’une diatribe où l’on ne trouve aucune note objective.La seule lecture des extraits précédents aurait sans doute suffi à éclairer le lecteur qui aura constaté, une fois de plus, que la partisannerie culturelle n’est guère plus reluisante que la partisannerie politique.Pour oublier ces à-côtés regrettables, qui peuvent tout au plus détourner les esprits superficiels du fond de la question débattue, revenons sur le point précis du problème.Je rappellerai simplement quelques témoignages, plus convaincants que ma prose et qui ne tentent pas de nous entraîner dans l’accessoire de considérations tangentielles.I.’objct de la controverse est clairement défini dans une phrase de l'écrivain canadien Robert Charbonneau, que cite M.André Billy et que je reproduis à mon tour en la purgeant d’une coquille qui la rendait inintelligible: « Toute la querelle est entre ceux qui ne veulent voir dans le Canada français selon la formule de M.Duhamel, qu’une branche de l’Arbre français, et ceux qui, avec M.Gilson, croient que ce sont deux arbres distincts, d’une même famille, mais ayant chacun sa vie propre et ses fins différentes.Ainsi les Etats-Unis \is-à-\is de l’Angleterre.» (Etienne Gilson, Depuis le Xl’llle siècle le Canada a sa littérature originale, article paru dans la revue Une semaine dans le mande.numéro du 26 avril 1947.) Tout n’est pas excellent chez nous, même en poésie.Que ces écrivains (ceux du Canada) soient avant tout eux-mêmes, c’est-à-dire Canadiens, ils n’en seront pas moins Français.C’est en eux-mêmes et en eux seuls qu’ils peuvent rencontrer la poésie.Tout le reste est versification.(André Vovard dans la Croix de l’aris, 10 août 1947.) Quand nous aurons appris à mieux connaître, à admirer souvent, toujours à resnecter.les hommes et les choses d’un des plus beaux pays du monde, où tant de villes et de villages portent des noms chers à nos cœurs, nous renoncerons à des airs de supériorité, si déplaisants, si peu justifiés, sous le prétexte que nous sommes des « champions du progrès intellectuel », _ou bien en revendiquant le titre de € fille aînée de l’Eglise », non pas peut-etre que nous en ayons perdu tout à fait le droit, mais si nous voulons le conserver ou le reconquérir, ces.sons d'en offrir, comme témoignage, nos plus récentes propositions philosophiques; elles provoquent ici (au Canada) plus d’ahurissement que d'admiration.[.] (Louis Artns.dans le Devoir du 20 août 1947.) Les prétentions de notre littérature à être canadienne, dans la fidélité à l’humain d’abord, à l’universel, (il s’agit évidemment ici de priorité de nature), à ses innéités ensuite (comment être un homme, sans être un individu?), ces prétentions paraissent tout à fait naturelles à ceux que n’aveugle pas quelque forme d’impérialisme culturel.Suivons donc la voie de notre destin et gardons-nous de vouloir à tout prix imaginer en littérature des partis, des camps adverses avides de s’entre-déchirer.Ce serait là une manière bien curieuse de vivre même l’« humanisme li- JANVIER 1948 283 béral ».Malgré leurs lacunes, nos Lettres sont du moins assez vivantes pour connaître une heureuse variété de groupes divers, sans qu'il soit besoin de les dresser arbitrairement les uns contre les autres.* * * A lire les lignes précédentes, on pourrait croire que ce Supplément disparaît entièrement devant la verrue orographique qui nous a retenus jusqu’ici.Non pas! René Garneau lui-même, avec le talent qu’on lui connaît, nous offre deux pièces de critique qui sont de première valeur.Il s’agit en premier lieu des extraits d’une conférence donnée au Club musical et littéraire de Montréal sur « deux étapes de la pensée de Camus » : le Malentendu et Caligula.C’est là, sans contredit, l’une des meilleures études que j’ai lues sur Camus.La seconde de ces pièces s’intitule : De VAndromaque de Racine à VAsmodée de Mauriac.Cet « essai de littérature comparée » n’est pas de la piquette et nous convainc que « la parenté spirituelle de Racine et de Mauriac n’est pas discutable ».L’on trouve, dans ces études critiques, des jugements définitifs, des réflexions qui méritent d’être retenues ; l’une et l’autre attestent que René Garneau est non seulement un styliste émérite, mais un penseur de première force quand il est vraiment lui-même.Des morceaux de cette veine le classent incontestablement parmi les maîtres de la critique littéraire au Canada.Voyons maintenant l’ensemble de ce Supplément ’47, qui comprend quatorze pages.Il serait certainement faux de croire à une formule publicitaire dans un sens péjoratif.Dès le début de cet article, j’ai distingué entre objectivité et publicité.Cette distinction ne vise d’aucune façon la valeur propre de ce raccourci des activités de l’édition dans le Québec; elle rappelle simplement que le Canada publie les textes ou les propos des éditeurs interviewés, qui ont tout intérêt à mousser leurs marchandises et dont les soucis culturels ne sont évidemment pas tous au même niveau.D’ailleurs, une initiative de ce genre exige d’abord de ses promoteurs le respect de la personnalité et des caractéristiques de chacune des maisons en cause: elle perdrait autrement une de ses notes les plus intéressantes.Ces considérations n’excluent pas, pour autant, l’insertion d’articles de fond qui, tout en « informant » plus solidement le tout, laisseraient deviner davantage des préoccupations d’ordre supérieur.Sans doute, on trouve déjà dans le Supplément du Canada des morceaux remarquables comme ceux que j’ai déjà signalés, mais ce sont en quelque sorte des hors-d’oeuvre.Or je fais ici allusion à des bilans littéraires dans les différents genres par exemple, véritables pièces d’ajustement qui, tout en laissant aux maisons d’éditions leurs responsabilités publicitaires, permettraient au lecteur d’intégrer 284 LECTURES les activités littéraires de l’année dans des perspectives intellectuelles complètes, dans le respect de la hiérarchie des valeurs.On peut estimer cette dernière formule assurément fort convenable pour un Almanach des Lettres, trop ambitieuse pour un simple supplément de journal.Une adaptation est certainement toujours possible.En tous cas, tel quel, le Supplément ’47, comme ceux des années passées, semble déceler, dans son aspect éditorial, une neutralité complaisante vis-à-vis de toute activité littéraire, neutralité issue d’un libéralisme intellectuel ouvert à tous les vents idéologiques.N’est-ce pas dans le Supplément ’45 (22 octobre, p.4) qu’on pouvait lire en éditorial ces lignes suggestives: L'influence de la pape littéraire du Canada vient de ce qu’elle est la seule tribune où la critique d’idées peut s’exprimer librement, sans préjugés d’aucune sorte?Comment s’étonner alors de voir René Garneau se glorifier de son « humanisme libéral »?S’il est vraiment attentif à l’évolution culturelle de notre époque, ne doit-il pas savoir que l’humanisme dit « libéral » est aussi l’humanisme anthropocentrique et idéaliste, le premier responsable de la crise mortelle de notre civilisation occidentale?Confondrait-il l’essence de la liberté avec sa situation concrète dans l’homme?Estime-t-il que le fait de pouvoir choisir le mal soit une perfection de la liberté?Assimile-t-il à une certaine catégorie de préjugés l’attachement à des principes certains?Il devrait se rendre compte, avec tous les rêveurs généreux mais peu sages de tous les « gauchismes » (à l’extrême opposé, les camps de « droite » le sont guère mieux : « gauches » et « droites» sont aujourd’hui dépassées), qu’il ne faut pas prendre la complaisance envers l’erreur pour la bienveillance envers les errants.« La critique d’idées peut s’exprimer librement» non pas si le critique est indifférent à tout, même à la vérité, mais s’il est vraiment libre de préjugés, et la fidélité au réel intégral n’en est pas un.Certaines gens ignorent qu’il est des questions fondamentales vis-à-vis desquelles toute neutralité manifeste la forme de préjugé la plus dangereuse dans sa subtilité.Ces réflexions sont déjà bien suffisantes à souligner la principale lacune d’une entreprise que, d’autre part, nous ne louerons jamais assez.Je termine donc en illustrant ma pensée d’un exemple tiré de la page 16 du Supplément ’47 : les Editions Marquis veulent nous faire avaler l’Eve de Fred Kotulla par un texte publicitaire mensonger, alors que l’ouvrage de Charles-E.Harpe, les Croix de Chair, est accompagné, au même endroit, d’une lettre élogieuse de feu Son Eminence le cardinal Ville-neuve.Le lecteur inexpérimenté ne croira-t-il pas aussitôt à la véracité du commentaire sur l’ouvrage de Kotulla, ouvrage qui, en réalité, n’est qu’une arlequinade?Sans doute, il n’appartient JANVIER 1948 285 pas aux réalisateurs d’un tel supplément de mettre des entraves à la liberté des éditeurs, et il ne peut être question ici de littérature dirigée: les splendeurs de la planification économique des ganaches de la politique sont déjà bien suffisantes; mais des textes appropriés, discrets, surtout mieux inspirés que la Petite Géographie de l'esprit critiquée plus haut, pourraient donner à tous le complément nécessaire que cherche instinctivement tout esprit droit devant un mélange encyclopédique.La liberté, qui est un fait, et la vérité objective, qui est aussi une réalité, seraient alors également respectées.* * * Ces notes hâtives ont été rédigées dans un sincère esprit de collaboration.Je m’effraierais davantage de leur décousu et de leur allure grincheuse, si j’avais d’autre souci que celui de servir d’abord à la fois le Vrai et le Beau authentiques.Théophile BERTRAND Simplifiez vos affaires, économisez votre temps et votre argent! Confiez TOUS vos abonnements à TOUTES publications périodiques du CANADA et de l'ÉTRANGER au service général d'abonnement ‘SeKoit'Sanit 777, avenue Stuart, Outremont, MONTRÉAL-8, Canada Listes adressées gratuitement sur demande.286 LECTURES NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumeâ GÉNÉRALITÉS • • • Bulletin bibliographique de la Société des Ecrivains canadiens, année 1946.[Compilé par Mlle Anne-Marie Morisset.] Montréal, la Société des Ecrivains canadiens.117p.19.5cm.015 (71) « 1946» La Société dds Ecrivains canadiens vient de publier son dixième Bulletin bibliothèque.Il a été compilé par Mlle Anne-Marie Morisset, diplômée en bibliothéconomie de TUniverslté de Montréal.Cette brochure contient la liste de près de quatre cents ouvrages.Mais « il ne comprend, avec une liste alphabétique des titres, que les ouvrages parus dont les auteurs ou les éditeurs ont adressé un exemplaire au siège de la Société, soit: 1) les ouvrages canadiens publiés en 1946; 2) les ouvrages français ou étrangers édités ou réimprimés au Canada en 1946.Ce Bulletin nous donne une idée du merveilleux essor de la littérature canadienne.Jacques D’ORLEANS PHILOSOPHIE KOTULLA (Fred).Eve.(A la recherche de la lumière.) Montmagny, les Editions Marquis [cl 938'].264p.19.5cm.136.1 Mauvais Dans le Supplément littéraire du journal le Canada, publié le 17 novembre dernier, les Editions Marquis présentaient ainsi cet ouvrage de Fred Kotulla: Essai de psychologie de l’amour.Un livre captivant, d’un bout à l’autre! Plus encore que l’Homme, plus encore que la Femme, dans leurs manifestations amoureuses, c’est le COUPLE, le Bonheur du COUPLE, les conditions de ce bonheur qui sont l'objet de cet essai dédié à la Femme.JANVIER 1948 287 Ce texte publicitaire détermine très exactement l’objet de l’ouvrage, mais nous induit carrément en erreur quand il parle d’« un livre captivant, d’un bout à l’autre ».L’ouvrage n’a rien de sensuel; par contre, presque tous les paragraphes affichent une ignorance inimaginable des rudiments de la religion et de la philosophie.Et dire que l’auteur s’aventure même, quelque part, dans l’exégèse! On imagine le résultat.Mais pourquoi continuer?Le lecteur le moindrement cultivé n’aurait pas le courage de parcourir plus d’une trentaine de pages de ces pédantes fadaises.Qu’il me suffise donc de citer ce passage (ceux du genre foisonnent) : I.e péché est survenu.On désigne l’union physique sous le nom de « péché originel », et certains qu'il ne me sied point de nommer, en ont bien ahusé.en la calomniant, en la chargeant de punitions terribles et étemelles (tout à fait imaginaires d’ailleurs).Qu’est-il besoin de poursuivre?Théophile BERTRAND RELIGION RONDET (Henri), s.j.Problèmes pour la réflexion chrétienne.Le péché originel.L’enfer et autres études.Paris, Spes [1946].217p.19cm.23 (04) Sous ce titre, le Révérend Père Rondet, Professeur au scolasticat de Fourvière, vient de publier sept études, pour la plupart déjà parue dans la revue Cité Nouvelle de 1942.Ces études nous révèlent un théologien à la page, qui possède saint Thomas, mais qui connaît aussi une foule de penseurs modernes et sait les apprécier.Il cite Berdiaeff, Evdokimoff, Jou-handeau.Les cinq premières études : péché originel, union au Christ et individualité personnelle, vie future, enfer, damnation éternelle pour un seul péché mortel, reprennent l’enseignement de l’Eglise, montrent les rapprochements possibles avec certains aspects de la philosophie contemporaine, sous une forme vivante, détachée, imagée même, qui tout en laissant subsister le mystère, éclaire les problèmes et permet à l’esprit de reconnaître le bien-fondé de certaines affirmations.Les deux autres études portent sur des sujets encore discutés entre les diverses écoles de théologie et, de ce fait, prêtent plus facilement à la critique.Eglise et corps mystique, sixième étude de l’ouvrage, nous montre l’auteur se cantonnant résolument, après « réflexion plus poussée » (p.186), derrière « la vieille distinction du corps et de l’âme de l’Eglise qu’on a tendance à rejeter aujourd’hui » (p.187).Il y a une coextension de droit de l’Eglise et du Corps 288 LECTURES Mystique.Saint Paul l’affirme : «[.] ce qui manque aux souffrances du Christ [.] je l’achève pour son corps, qui est l’Eglise » (Col., 1, 24).L’Eglise est coextensive au monde de la grâce.Des situations de fait viennent cependant corser le problème.Les infidèles, païens qui sont justifiés et se maintiennent dans l’état de grâce ne sont pas membres de l’Eglise.Ils font cependant partie du monde de la grâce.Par contre les catholiques baptisés mais pécheurs sont membres de l’Eglise tout en étant exclus du monde de la grâce.Pour résoudre la difficulté, on a eu recours à la distinction très commode du corps et de l’âme de l’Eglise.Cette dernière seulement serait coextensive au Corps Mystique.Cette tentative n’est pas heureuse toutefois ni dans sa forme ni dans son application.Elle n’est pas traditionnelle et sent un peu la supercherie.L’âme est partout dans le corps qu’elle anime.L’âme n’est pas plus grande que le corps dont elle est la forme.L’âme en plus informe tous les membres à la fois puisqu’elle est principe d’actuation.L’auteur lui-même s’est rendu compte de la difficulté et il tente un redressement qui ne porte guère.Il nous apparaît que le païen justifié fait partie du monde de la grâce beaucoup plus rigoureusement que le livre issu de ma pensée n’est informé par mon âme.Dans son application, l’auteur nous semble voir une façon par trop facile de classifier dans une même catégorie le grec orthodoxe pécheur et le païen pécheur.Cette distinction comporte en plus le danger de discréditer l’Eglise catholique romaine.On y reconnaît des infiltrations protestantes.Une église spirituelle, ïàme, à laquelle il faut appartenir, et des églises qui en pratique ne sont pas nécessaires.A partir de la Réforme, où la mentalité protestante dominait, cette distinction fit fortune, surtout avec saint Robert Bellarmin.La solution traditionnelle, au lieu de porter la distinction à l’intérieur de l’Eglise, la situe dans la manière d’appartenir à cette réalité de l’Eglise.La terminologie de Saint Thomas sur cette question est assez vague, elle explique en partie le crédit que connut la distinction corps et âme.On la trouve cependant dans la Somme (Ilia, q.8, art.3 c.), où le Docteur angélique met en oeuvre la grande distinction d’acte et de puissance.Appliquée au problème qui nous occupe, cette distinction nous donne les catégories suivantes: Appartiennent actuellement à l’Eglise : 1° — les bienheureux unis au Christ par la Gloire; 2° — les âmes qui ont la grâce ou la charité; appartiennent potentiellement à l’Eglise : 1° — les âmes qui n’pnt que la foi informe; 2° — les infidèles prédestinés, pas encore justifiés; 3° — les infidèles qui mourront dans l’infidélité.JANVIER 1948 289 Souscrivons cependant à cette concession de l’auteur : « .il faut l’entendre (la distinction du corps et de lame de l’Eglise) de façon très souple » (p.187).En effet, l’expression corps et âme est acceptable si on prend soin de l’expliquer.Pour ce qui est de la dernière étude : la Messe est-elle un sacrement?, les âmes gagneront immensément à lire et surtout à relire les pages trop courtes où l’on sent l’âme de l’auteur vibrer devant les horizons qu’ouvre cette façon d’envisager la théologie sacramentaire, façon directement rattachée à la pensée de saint Thomas.C.M.SAINT-GERMAIN, o.s.m.BASLY (R.P.Déodat de), o.f.m.Le Sacré-Cœur, exposé selon la doctrine du bienheureux Jean Duns Scot.Introduction par le R.P.Léon Seiller, o.f.m.5e édition revue et corrigée.Paris, aux Editions Franciscaines [1946].161p.front.18cm.232.8 Le Sacré-Cœur du R.P Déodat, réédition posthume d’une oeuvre de jeunesse grandement appréciée à son apparition, vient de nouveau, dans l'immense concert des écrits christologiques modernes, émettre une note franciscaine et sainement dogmatique.Ces six chapitres déroulent devant notre intelligence, en un style imagé, les richesses du Sacré-Coeur: centre religieux de l’univers, motif de la création et fin des oeuvres de Dieu.Le tout est mené rondement, avec la foi d’un croyant, le coeur chaud d’un franciscain, avec aussi la précision d’un théologien, encore qu’ici il faille relever certaines citations au sens continué, quelques textes présentés d’une façon trop matérielle ou pas assez critique, quelques affirmations un peu trop noyées d’exclamations, d’interjections et auxquelles pourrait manquer la solidité d’une preuve moins enthousiaste mais plus objective.Somme toute, le lecteur trouvera dans ce livre un aliment pour sa dévotion envers le Coeur de Jésus et un bel aperçu de la thèse franciscaine de la primauté du Christ.P.MAURICE, o.f.m.cap.KLEIN (Abbé Félix).La Vie humaine et divine de Jésus-Christ Notre-Seigneur.Paris, Bloud et Gay [cl946].434p.20cm.232.9 Comme son titre l’indique, cet ouvrage est le récit de la vie de Notre-Seigneur, Dieu et Homme.Il ne pouvait mieux réussir qu’en suivant pas à pas les Evangiles et en les citant abondamment.L’Evangile est une vie et non un système, une théorie.C’est la vie de Notre-Seigneur et de tout chrétien.On ne 290 LECTURES MHi peut mieux travailler à la sanctification des âmes qu’en les mettant en contact avec Jésus-Christ vivant notre vie humaine dans le cadre des Institutions juives de son temps.L’abbé Klein profite de son exposé pour réfuter quelques erreurs des rationalistes, expliquer quelques passages obscurs des textes évangéliques et nous suggérer quelques considérations propres à nous inciter à une vie plus profonde, plus évangélique.Il est regrettable que de pareils livres ne se trouvent pas plus souvent dans les bibliothèques des familles chrétiennes: elles auraient à leur portée la doctrine de vie et connaîtraient mieux la Personne si attrayante de Notre Sauveur.L.KITTEL, c.s.sp.* * * Culture.Pour nous, E.M.[Paris, 1944.] 111p.hors-texte 21cm.*256.63 Brochure intéressante à l’usage des élèves-maîtresses, pour leur aider à examiner le rôle de la culture en regard de leur esprit, de leur âme et de leur vocation.Nombreuses illustrations et textes bien appropriés.R.G.* * * Pour servir.(Janvier).[Paris] les Elèves-Maîtresses chrétiennes [1944].52p.21.5cm.« • • Pour servir.(Série D).[Paris] les Elèves-Maîtresses chrétiennes [1944].48p.21.5cm.*256.63 Les institutrices désireuses de bien comprendre leur vocation et de se livrer à l’apostolat seront heureuses de consulter ces deux numéros du bulletin des élèves-maîtresses chrétiennes.R.G.DHEM (Pierre).Pourquoi je respecte ma fiancée! Paris, les Editions Ouvrières [19471.15p.15.5cm.*265.531 Une petite plaquette qui se lit très vite et qui, cependant, pourra exercer une influence profonde sur la conduite des jeunes gens et des jeunes filles en âge de se fréquenter.Elle réapprend à ceux qui l’auraient perdu, le sens de l’amour véritable sans lequel il est vain d’espérer une union heureuse.C.M.MOOR (Vincent de).Leur Combat.Lettre-préf.de S.E.le card.Baudrillart.JANVIER 1948 291 Paris, Beauchesne ; Bruxelles.Librairie de la Grand’Place 320d h.-t.24cm.266.1 Pour adultes Voici une étude missionnaire de première valeur: la richesse de la documentation, la belle ordonnance des matériaux, 1 agrément du style, tout contribue à rendre cet ouvrage intéressant.6 Les deux premiers chapitres sont consacrés à l’action missionnaire de Jésus et des apôtres.Après avoir brossé ensuite un tableau captivant de l’histoire des missions depuis le moyen age, 1 auteur étudie quelques-uns des obstacles à l’évangélisation i r'3- °.abord1le bloc granitique de l’Islam.Puis, chez les noirs: le fétichisme, les superstitions, les sociétés secrètes, les sorcelleries, les initiations.Il y a aussi l’activité des sociétés bibliques et du Watch Tower, sans oublier la poussée communiste.Les derniers chapitres envisagent la situation actuelle des missions, alors que des ordres essentiellement missionnaires ont été fondés L ouvrage se termine par une sérieuse étude des tactiques mis-sionnaires.Certains pourront juger à propos de ne pas faire lire 1 ouvrage a tous, en raison des pages sur l’initiation chez les noirs.SCIENCES SOCIALES E' °' FRANCO (Général).La Politique de Franco (1939-1946).Texte du discours pro-nonce par le chef d’Etat espagnol devant le Parlement, à Ma-dnd le 14 mai 1946.[Trad, de M.Joseph de Nobili.] Montréal, 32(46)1“19”P°PUlairC 2°P' 23Cm' $CU° ($0'12 P3r 13 p0Ste)* Les heureuses initiatives de l’Ecole Sociale Populaire ne se comptent plus.Une des dernières à date est bien la publication intégrale du grand discours du généralissime Franco devant le Parlement espagnol, le 14 mai 1946.Notre siècle en démence se devait, pour être complet, de nous donner le spectacle de cette levée en masse de boucliers contre un gouvernement national légitime, alors que les mêmes protestataires, dans leur hypocrisie, laissaient se perpétrer, sans mot dire, les crimes les plus horribles contre des centaines de milliers d’êtres humains.C est à toutes les accusations non fondées portées contre son régime que le généralissime répond.Notons en passant qu’il use d’un style d’une plénitude et d’une vigueur de pensée qui n’est pas monnaie courante chez la plupart des chefs d’Etat.Après un court préambule, il esquisse sa conception d’un parlement et démontre jusqu’à quel point il l’a réalisée, tout en disposant de certaines accusations.Il insiste sur le fait que le 292 LECTURES gouvernement de l’Espagne est une démocratie catholique, puis, en un saisissant résumé de l’histoire espagnole, il oppose les résultats de son administration à ceux de gouvernements passés, surtout celui de la République, de 1931 à 1936.Bien d’autres points sont touchés: le communisme, relations avec les autres pays, ingérences étrangères en Espagne, etc.Espérons que ce pâle et imparfait résumé donnera une idée de la substance de ce discours, qu’on voudra lire et conserver.Une phrase est à retenir: « Les deux grands péchés de l’Espagne, dit Franco, sont la suppression de la Franc-Maçonnerie qui l’a trahie, et sa bataille contre le communisme dans notre territoire.» Il semble bien, en effet, que ce soit là la raison de tout le tapage qu’on a fait contre ce pays, de même que l’explication de bien des condamnations et des emprisonnements qui ont pullulé en certains endroits depuis la dernière guerre.André JANOEL WELLES (Summer).L'Heure de la décision.[New York] Brentano's [cl946].2v.20cm.327 Ouvrage de bonne foi, touffu, publié en anglais et traduit en français par Robert Tenger.Ces deux tomes relatent l’activité du diplomate américain, notamment dans la période entre les deux guerres.L’ex-sous-secrétaire d’Etat veut continuer à servir.Son livre est franc, sincère, mais peu original.C’est le diplomate qui ouvre ses cartons, mais qui ne peut pas encore tout dire ou tout écrire.Nous sommes loin de la pensée et du style d’un Jacques Bainville; cependant, en raison de la carrière longue et active du secrétaire d’Etat américain, du rôle qu’il a joué dans la politique extérieure de son pays, l’ouvrage intéressera ceux que les questions internationales préoccupent.Mentionnons que l’auteur exprime le voeu que le Canada fasse enfin partie de l’Union Pan-Américaine.R.L.LEBLANC (Marg.-E.).La Crise du service domestique.Le service social-familial des jeunes filles.Bruxelles, Editions Famille et Jeunesse, 1946.32p.21cm.(Coll.Politique familiale.Ligue nationale des Foyers et futurs foyers).331 :647 Modeste plaquette, qui mérite plus qu’un regard furtif car la question abordée touche la famille dans sa vie même.Ceux qui s’occupent de problèmes familiaux devraient s’inquiéter encore davantage de l'absence d’aides domestiques qui se fait sentir JANVIER 1948 293 au sein des jeunes familles.Il faudrait peut-être même écrire que cette absence pourra éventuellement conditionner désastreusement le nombre des enfants.On n’a pas idée en effet du drame qui se joue dans certains foyers, à l’occasion d’une nouvelle maternité, lorsque la mère a déjà quatre ou cinq mioches sous sa garde.Il est bien beau de parler de pédagogie familiale, de maisons familiales, d’allégement des charges financières familiales, mais si la femme est écrasée sous une besogne trop lourde, il s’ensuivra au Canada français ce que l’on déplore ailleurs.Et il y a aussi le problème de la détente, sans pour autant négliger ses enfants, que réclame un mère harassée ou un père las.Autrefois il y avait dans toutes les familles une vieille tante, une parente qui aidait à élever toute la marmaille.Ses vieux jours étaient assurés et elle aidait à la croissance des jeunes pousses humaines.Aujourd’hui, de tels dévouements entourant la jeune mère n’existent plus: le travail féminin intensif à l’extérieur et les lois sociales, nécessaires certes, ont bouleversé tout le cadre de la famille.Il reste vrai qu’il y a au Canada français un problème d’assistance domestique dont la solution est urgente.La crise ancillaire ne s’est pas réglée avec la fin de la guerre; la brochure que nous signalons à l’attention des groupements familiaux et des groupements professionnels prétend même que le service domestique que nous avons connu autrefois est chose révolue.Alors si nous ne pouvons plus espérer le retour du service domestique que ceux de notre âge ont connu, (et il faut avouer que bien des employeurs ont abusé, soit en raison de l'insuffisance des appointements accordés, soit en raison de l’insouciance vis-à-vis du bien-être de la bonne, ou encore dans la façon de la diriger et de la commander,) il y a lieu de chercher un moyen pour parer aux plus grands besoins des jeunes mères qui requièrent impérieusement une assistance domestique.Cette bro-churette disserte pertinemment de la question, et ceux qui s’intéressent à la solution de cette crise du service domestique devraient prendre connaissance des idées nouvelles, peut-être discutables, que Mlle Marg.-E.Leblanc nous apporte.R.L.QUERCY (Jean).Guide de l’apprentissage.Paris, les Editions Ouvrières [cl947].168p.19cm.(Coll.Ico — « L’éducation des hommes»).331.86 Toute la question de l’orientation professionnelle est posée dans les pages de Jean Quercy.C’est un ouvrage que les instituts de psychologie ou d’orientation devront utiliser.Il y a évidemment une section documentaire qui ne vaut que pour la 294 LECTURES France, mais la première partie du volume, surtout celle intitulée l'Ecole actuelle et la préparation à la vie, sera d’un immense intérêt pour ceux qui s’occupent chez nous de l’orientation et de l’éducation de notre jeunesse.Les éducateurs de l’enseignement secondaire ou de l’enseignement technique et les orienteurs de toutes catégories trouveront là des idées neuves.R.L.DIVERTISSEMENTS.SPORTS RADOU (Jean).Santé par le Medicine-Ball.111.par Jean Hubert.Préf.du Dr Victor Pauchet.Paris, Editions Oliven [cl928].71p.ill.front.21.5cm.796 Jean Radou est disciple du célèbre docteur Victor Pauchet qui écrit une courte préface à cette brochure.Le professeur Radou n’a ni le talent littéraire du docteur Pauchet ni celui de la démonstration.Il nous présente ici une modeste plaquette qui devrait être lue par tous: elle peut convaincre non seulement de la valeur d’exercice du ballon dit medicine-ball, mais aussi du moyen exceptionnel qu’est la gymnastique pour garder son équilibre physique ou pour le rétablir s’il est menacé.R.L.LITTÉRATURE CLARET (Elyane).Les Nouvelles Aventures de Blanche-Neige.Suite imaginée au conte de Grimm.Féerie musicale en quatre tableaux avec les principaux airs de Blanche-Neige.Paris, Revue Moderne [cl945].40p.19cm.(Coll, les Editions Théâtrales).84-2 Blanche-Neige et le Prince se sont épousés.Mais la belle-mère de Blanche-Neige veut de nouveau briser le bonheur de l’heureuse épousée.La reine offre un bouquet au Prince et lui recommande « particulièrement le parfum [d’un] oeillet vert à l’arome capiteux ».Ce parfum insidieux endort le Prince.La marâtre dépose alors près de lui un grand portrait de femme qui est le sien et l’envoûte par un sortilège magique.Surviennent les quatre nains, Grincheux, Joyeux, Timide et Simplet.Ils aperçoivent la peinture et trouvent que le peintre a beaucoup flatté la reine vaniteuse.Le Prince se réveille et part à la conquête de la mystérieuse inconnue que représente la peinture.Il est complètement en- JANVIEP.1948 295 sorcelé et repousse Blanche-Neige qu’il rencontre et qui tente de le retenir.Après de multiples péripéties, grâce à l’intervention des nains et de l’enchanteur Merlin, les « nouvelles aventures » connaissent un dénouement heureux.Féerie délicieuse et charmante.BUCK (J.-M.de).Claudette FRANCE Dieu parlera ce soir.5e édition.Paris, Desclée, De Brouwer [1946].526p.19cm.$2.25 ($2.35 par la poste).84-3 Dommage qu’on ne puisse parler plus longuement de ce roman qui nous décrit d’une façon si juste l’évolution d’un jeune rhétoricien! Thierry, le héros, est en pleine adolescence.Il se mue peu à peu en jeune homme et prend conscience de ses responsabilités personnelles et sociales.On le voit, le sujet non plus que la manière de le présenter — Thierry fait son journal — ne sont pas nouveaux.Mais l’auteur fait montre d’une belle connaissance de la psychologie de la jeunesse et maîtrise son art d’une façon remarquable.Les jeunes qui liront ce livre seront stimulés dans l’apprentissage de « leur beau métier d’homme » et les éducateurs aimeront davantage leur rôle magnifique.P.ETIENNE, o.f.m.cap.CAMI.Les Kidnappés du Panthéon.111.de l’Auteur.Montréal, Fernand Pilon fcl947].135p.ill.19.5cm.(Les Aventures de Krik-Robot) $0.75 ($0.85 par la poste).84-3 Cami est ici un humoriste qui, avec des situations fantaisistes, sait amuser son lecteur et bâtir en même temps un roman détective sur un vol invraisemblable de cercueils d’hommes cé-lèbres.RG FÉVAL (Paul).Le Bossu.Montréal, Variétés [1946].2v.19.5cm.$2.50 $2.65 par la poste).84-3 Pour adultes Réédition d’un fameux roman de cape et d’épée que la radio et le cinéma ont popularisé.Dans un genre inférieur et assez facile, le Bossu constitue une réelle réussite.J.M.DELAGE 296 LECTURES GROSPÉLIER (E.) La Dernière Aventure de Monsieur de Beaufort.Roman.Paris, Editions des Saints-Pères [1946].255p.19.5cm.(Coll.Morainville).84-3 L’auteur nous transporte au temps des corsaires barbares-ques qui sillonnaient la Méditerranée.Le héros a subi une longue captivité et, à son retour en France, on est tout étonné qu’il ait survécu.L’aventure est agrémentée par la recherche d’un trésor caché depuis de longues années.R.G.SAND (George).Elle et lui.Montréal, Simpson.257p.19.5cm.84-3 Mauvais Ce roman de George Sand serait né de la liaison Sand-Musset.C’est la pénible histoire de deux déséquilibrés.Ruptures, reprises, querelles violentes suivies d’attendrissements ridicules, tout baigne dans une sentimentalité douteuse et morbide.Les descriptions abondent, ainsi qu’il était de mode à l’époque.Je ne crois pas que Elle et Lui soit pour grand’chose dans la réputation d’écrivain de Madame Sand.J.-M.DELAGE SNORA (Robert).Les Nouveaux Troglodytes.Roman.Paris, Bonne Presse r 19471.127p.18.5cm.(Coll, la Frééate, 12).84-3 Captivant roman d’aventures qui nous met en présence d’un groupe d’hommes cachés dans des cavernes pour mettre au point de nouvelles inventions.Ce roman plaira aux jeunes gens assoiffés de récit où la science et les mystères sont les éléments principaux.Roland GERMAIN DAVID (André).Amour charnel de la Patrie.New York, la Maison française, cl944.171p.19cm.$1.50 ($1.60 par la poste).84-4 Pour adultes Ce livre n’est qu’un épanchement lyrique sur la France meurtrie.Le chapitre cinquième surtout classe cet ouvrage parmi les plus beaux du genre lyrique.Ce chapitre en effet, qui est le point culminant de toutes les considérations d’un poète JANVIER 1948 297 aimant de toute son âme le beau pays de France, est un splendide chant d’amour et de pitié envers ceux qui, là-bas, meurent et souffrent, voient leur sol foulé et pillé par un ennemi inhumain.On regrette des considérations plutôt étonnantes (qui nous apparaissent encore plus surprenantes en 1947!) dans ce genre-ci : « Sans poser l’éponge sur tout ce qu’a fait la Révolution russe, il convient de reconnaître que la Russie est en train d évoluer sous l’impulsion d’un chef devenu le Sauveur de sa patrie et du reste du monde.» Nous déplorons aussi la haine irraisonnée de l’auteur contre la race allemande.« Il n’y a plus, écrit-il, qu’une Allemagne, celle qui hait la France, c’est-à-dire le genre humain.» Peut-être également, l'apologie du général de Gaulle est-elle exagérée! Pour André David, trois noms jalonnent l’histoire de France: «Jeanne d’Arc, la Révolution française de 1789, et Charles de Gaulle ».De Gaulle, comme Jeanne d’Arc, « aurait entendu les anges ».C’est « le soldat visionnaire ».N’y a-t-il pas dans ces mots un peu de ridicule et beaucoup d’exagération?Ceci dit, il reste que c’est un livre où abondent les plus captivantes descriptions de la terre de France, livre qu’anime un sentimentalisme chrétien surabondant mais privé de la sauvegarde nécessaire d’une pensée suffisamment formée, ce qui explique les fantaisies que nous avons relevées.Roger TILLARD TERRIER (G.).Francette au bord de la vie.Paris, Spes [1947].328p.19cm.84-6 Les livres de pédagogie sont souvent trop abstraits, irréels, artificiels.Certains auteurs ont un ton doctoral qui ennuie et fatigue.G.Terrier a heureusement échappé à ces travers en écrivant Francette au bord de la vie.Et son livre est un bel ouvrage de pédagogie, car toute l’éducation de la jeune fille y est en jeu : sa piété, ses études, ses lectures, ses relations.On le lit d’un trait, avec un intérêt et un plaisir soutenus, tellement on y trouve d’entrain et de charmant naturel.Francette a quinze ans.Dans de fréquentes lettres à sa marraine,^ elle raconte ses occupations, ses distractions, ses joies, ses rêves, ses peines, toute sa vie.Dans de courtes réponses, la marraine, très délicatement, fait les mises au point nécessaires, rectifie certains jugements, tire des conclusions des confidences reçues et glisse quelques judicieux conseils.Cette correspondance constitue tout le livre.C’est la jeunesse qui s’épanouit avec son enthousiasme, sa spontanéité et aussi ses illusions.298 LECTURES Que toutes les adolescentes lisent ce beau livre et elles deviendront, si elles le veulent, d’autres Francettes, des âmes droites, franches et généreuses.L.KITTEL, c.s.sp.FERLAND (Albert).Montréal, ma ville natale.De Ville-Marie à nos jours.Poèmes.Montréal, Jules Ferland, 1946.122p.21.5cm.(Le Canada chanté, livre cinquième) $1.25 (S1.30 par la poste).C84-1 Ces poèmes, d’une belle inspiration, racontent en vers aimables et faciles, l’histoire de Montréal, « de Ville-Marie à nos jours ».La versification est généralement correcte et l’auteur a eu d’heureuses trouvailles.J.-M.DELAGE FRANCHEVILLE (Geneviève de).Trahison.Roman.[Montréal, 1946.] 203p.par la poste).C84-3 19cm.$1.25 ($1.35 Pour adultes On nous montre l’évolution d’un jeune ménage, très heureux aussi longtemps que la mère reste au foyer.Mais un jour, de légers embarras financiers poussent la jeune femme à chercher du travail dans un bureau.L’ambiance délétère où elle vit change peu à peu ses idées, ses habitudes.Une liaison coupable se produit.Dès lors toute la vie familiale se trouble.Une circonstance providentielle fait disparaître le séducteur et la paix revient, mais le passé reste avec son poids de remords.Bon livre, qui est une réaction contre le féminisme outré qui menace les familles modernes.Bien qu il se lise avec plaisir, on aimerait y trouver un style plus vigoureux et plus de naturel dans l’intrigue.L.KITTEL, c.s.sp.SANSFAÇON (Maurice).Une Méprise inconcevable.[Québec, 1946.] 159p.18cm.C84_3 Appelle des réserves Ce qui est parfaitement «inconcevable », c’est qu’on puisse publier un tel livre, qui affiche une ignorance déconcertante de la grammaire et de la syntaxe.Pas une page où l’on ne puisse relever une grosse faute de français, quand ce n’est pas deux ou trois, et toutes ne sont pas imputables à la seule typographie.Si nous ajoutons à ce premier passif les trois ou quatre passages où l’auteur « mange du prêtre » à belles dents, nous obtenons un bilan d’un ridicule achevé.JANVIER 1948 299 L’histoire est on ne peut plus banale.Un veuf meurt quelques années après avoir placé ses enfants dans un orphelinat.La plus jeune est adoptée par une famille, sans papiers ni formalités.Tout va bien jusqu’au jour où cette jeune personne désire se marier.Dans l’impossibilité de trouver l’extrait de baptême de la fiancée, on décide de la baptiser avant le mariage.Les nouveaux époux se jurent de retrouver la famille de la jeune épouse.Mais à la fin du livre, huit ans plus tard, ils n’y sont pas encore parvenus.Il est vrai que ce premier tome doit avoir une suite, puisque l’auteur nous dit à la fin de sa préface: «Je me propose de vous revenir, très bientôt, avec la suite de ce roman; car, même si Marie-Laure mourrait (sic), Jean Lafortune vivra.» Nous ne pouvons que le conjurer, au nom du simple bon sens, de ne pas récidiver.André JANOËL HISTOIRE, GÉOGRAPHIE, BIOGRAPHIES POUZINA (I.V.) et MOOR (V.de).Petite Histoire de la Révolution russe.Préf.de S.E.le card.Baudrillart.Paris, Beauchesne; Bruxelles, l’Edition Universelle.398p.19.5cm.$1.25 ($1.35 par la poste).9 (47) En ces temps où le communisme par toutes sortes de moyens s’infiltre dans les masses ouvrières et les travaille en vue de la^ révolution sociale, il est bon de placer sous les yeux des honnêtes citoyens un livre comme celui-ci.Il est recommandé chaudement par la lettre-préface du Cardinal Baudrillart, un maître en histoire comme en religion.C’est une histoire de la révolution russe.Il en montre les causes lointaines dans les conditions géopolitiques: migrations continuelles, manque d’héritage historique, caractère indéterminé du Russe ; les symptômes plus récents des deux derniers siècles, en particulier l’action de Pierre le Grand qui détruit l’ancienne Russie.Alors que les tsars paraissaient encore puissants, Maxime Gorki annonçait la révolution prolétarienne.Les auteurs s’attardent avec raison à la personne et au règne du dernier tsar Nicolas II, rapprochant pour mieux les faire comprendre les transformations profondes des masses, l’action sournoise et inexorable des partisans du bolchevisme naissant, les sursauts révolutionnaires d’abord singulièrement faibles et hésitants, les réactions gouvernementales aussi hésitantes et maladroites.Certains caractères gagnent à être connus: il y eut de véritables héros; mais il y eut aussi de sombres «canailles».300 LECTURES Il est curieux de constater l’apparente faiblesse des occasions qui déterminent une vie comme celle de Lénine ou permettent la réussite de plans téméraires comme le succès des Soviets à Saint-Pétersbourg.Avec raison, les auteurs détaillent, autant que le comporte leur idée de « Petite Histoire », le nivellement de toute la société par le « rouleau compresseur » du communisme matérialiste, l’affolement qui s’ensuit dans tous les rangs d’une population qui a cru marcher vers une paix heureuse et se réveille victime d’un parti qui a rayé de son programme de vie les idées les plus nobles.Plus de liberté, plus de religion, plus de fierté dans le travail, plus de bonheur dans le foyer.C’est un cri d’alarme facile à comprendre.Lisez et faites lire.A.POISSON, c.s.sp.BUET (Patrice).Vers la Chine mystérieuse : Marco Polo.Paris, Bonne Presse [1947].182p.ill.19cm.91 (51) Trop bref aperçu de la vie de Marco Polo.Ce volume a cependant le mérite de nous inciter à la lecture d’ouvrages plus fouillés sur les expéditions de ces grands Vénitiens en Orient.Gilles LAVOIE BELANGER (Abbé René), v.g.Les Escoumins.Chicoutimi, 1946.58p.ill.21.5cm.(Publications de la Société historique du Saguenay, no 10).91(714) L’auteur retrace la géographie humaine de la paroisse civile et religieuse qui a nom « Les Escoumins ».Ce coin du Saguenay pittoresque comprend environ mille cinq cents âmes et est situé à vingt-quatre milles au nord-est de Tadoussac.La mer et la forêt ont contribué à son développement.Plusieurs enfants de la paroisse firent leur marque dans la vie.Robertine Barry, fille de John-Edmund Barry, collabora à la Patrie sous le pseudonyme de Françoise.Elle écrivit aussi Fleurs champêtres et fonda le Journal de Françoise.Blanche Lamontagne-Beauregard y naquit.Enfin Tommy Topping, né aux Escoumins en 1883, est aujourd’hui reporter, au New York Times je crois.L’auteur même de cette plaquette fut le premier prêtre ordonné au Saguenay.Il est intéressant de voir l’origine étymologique montagnaise d’une telle dénomination : les Escoumins.E.G.JANVIER 1948 301 BIBLIOTHECA J^’Ccole de bibliothécaire à célèbre âon dixième anniversaire L’Ecole de bibliothécaires a célébré le samedi vingt-deux novembre dernier le 10e anniversaire de sa fondation.A cette occasion, l’Université de Montréal a bien voulu honorer l’Ecole en accordant deux doctorats en bibliothéconomie et en bibliographie à titre honorifique à deux des membres du Conseil de l’Ecole, le R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c.et M.Joseph Brunet.Le R.P.Martin est le fondateur de Mes Fiches, Bulletin documentaire bibliographique, qui existe déjà depuis 1937.Il fonde l’Ecole de bibliothécaires avec M.Aegidius Fauteux, Mlle Marie-Claire Daveluy et le R.P.Emile Deguire, c.s.c.D’abord secrétaire-adjoint de l’Ecole, il devient secrétaire du Conseil d’administration en 1942, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.Il enseigne la classification décimale systématique des livres.Il publie en 1938 l’ouvrage suivant : Religion, Théologie et Droit canonique.En 1940, il fonde les Editions Fides.Avec l’aide de quelques bibliothécaires, il participe, en 1943, à la fondation de l’A.C.B.C.(Association canadienne des bibliothèques catholiques) qui l’élit président à deux reprises.En 1943 également, il publie un ouvrage intitulé Editions et Lecture.En 1944, Son Eminence le Cardinal Villeneuve, au nom des archevêques et des évêques de Québec, le nomme président de la Société catholique de la Bible.Enfin en 1946, il organise la revue Lectures.M.Joseph Brunet est à l’emploi de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal depuis 1924.De 1932 à 1939, il est professeur de sciences à l’Eicole supérieure Le Plateau.Depuis 1939, il est Directeur des bibliothèques de la Commission scolaire.Monsieur Brunet a étudié particulièrement les sciences sociales, le grec; il est bachelier ès bibliothéconomie de l’Université McGill; il a fait un stage à l’Université Columbia de New York; il est depuis 1942 le Directeur des études de l’Ecole des bibliothécaires et il enseigne l’administration des bibliothèques.A trois reprises il a été président de l’Association des bibliothécaires du Québec; il a été vice-président de l’Association canadienne des bibliothécaires.Il est membre du Conseil de l’ALA (American Library Association).Il est aussi membre du CLC (Canadian Library Council).302 LECTURES J^Ccole de bibliothécaire à Son h h toile - âeâ but 3 - âeâ initiativei Monseigneur le Recteur, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire, Mesdames, Messieurs, Je sais profondément gré à l’Ecole de Bibliothécaires de m’inviter à prendre la parole, ce soir, à l’occasion de son dixième anniversaire de fondation.Je m’acquitterai cependant de ma tâche, sans y appuyer par trop de gravité, préférant, quand il s’agit de remuer des souvenirs, le ton simple et souriant des mémoires.Une allocution, du reste, c’est un discours de peu de durée, quelque chose qui s’apparente, par exemple, à un petit sermon de vacances.Il peut être bien-disant, mais sans prétendre aucunement à l’éloquence; il suggère, conseille, invite à la paix, bénit la détente.Il se met à l’unisson des coeurs.La joie est dans l’air, les labeurs sont moins lourds, les arbres ont leurs feuilles bruissantes, et les jardins, des floraisons qui se renouvellent.C’est une atmosphère subtile, aérienne où s’accroît notre vitalité.Eh bien, est-ce qu’en ce moment, je ne dépeins point l’ambiance même où est née l’Ecole?N’a-t-elle pas choisi l’époque des saisons brillantes pour apparaître?Elle est venue en mai, avec les lilas, et les promesses de l’été.Elle favorisait ainsi, les gestes de nouveaux semeurs intellectuels.Puis, c’est en juillet qu’elle a commencé d’exercer son rôle d’éducatrice.Dans quelle chaleur généreuse, qu’on s’en souvienne! Le soleil brûlait tout, même le marbre des monuments.Au parc Lafontaine, où beaucoup d’animation se remarquait ce matin-là, on eût dit qu’il réchauffait le bronze où souriait Hippolyte Lafontaine.N’apercevait-il pas devant lui, larges ouvertes, les portes de la Bibliothèque municipale?Et, qu’y voyait-on?Soixante-quinze étudiants qui en franchissaient le seuil dans la plus joyeuse rumeur.Songez donc! Ils seraient les premiers initiés à la science de la bibliographie et de la bibliothéconomie.Us appréciaient ce privilège, non sans se sentir un peu intrigués par ce (1) Allocution de Mademoiselle Marie-Claire Daveluy, co-fondatrice et directrice adjointe de l’Ecole.(2) Mgr Olivier Maurault, P.D., p.s.s.(3) M.Léo-Paul Desrosiers, directeur de l’Ecole de Bibliohtécaires.(4) M.Edouard Montpetit, secrétaire général de l’Université de Montréal.JANVIER 1948 303 nouveau domaine du savoir.Ils venaient de très loin ou de très près, ces étudiants; de Montréal ou de Sainte-Anne de la Poca-tièrc, des provinces-soeurs ou des Etats-Unis.Ils portaient des costumes variés, austères avec les fils de Saint François et quelques religieuses cloîtrées, clairs et gais, avec les jeunes filles et les jeunes gens, qui délaissaient pour quelques semaines tennis et excursions.Car nous avons voulu débuter par des cours de vacances.Etait-ce pour mieux saisir au vol et moins effaroucher cette jeunesse pleine d’entrain, mais qui aimait les livres?Puis, dans le cas de nos graves étudiants, n’était-ce pas tirer profit de leurs rares semaines de loisirs ?Quoi qu’il en soit, tous et chacun se promettaient de développer leurs aptitudes de bibliothécaires qui s’ignoraient encore.Apprendre son mÇtier, son beau métier, n’est-ce pas une sorte de révélation de soi-même, de ses vraies possibilités; ou, au contraire, la constatation que telle ou telle carrière nous demeure incompatible, ainsi que le prouvent ces quelques étudiants qu’un matin on ne voit pas revenir aux cours ?Alors, c’est une carrière que celle de bibliothécaire?Certes, et vous faisiez mieux que le pressentir en venant frapper aux portes de l'Ecole et en prenant connaissance de son but, quoique n’en soupçonnant point toute l’ampleur.Vous vous seriez fort étonnés, si on vous eût dit que vous preniez alors la route des humanistes, — si vous ne l’aviez déjà été! Un bibliothécaire, d’une façon générale, c’est un omniscient, avec une, deux, ou plusieurs spécialisations dans le savoir, qui en quintuplent le rendement.Il y a là-dessus, des traditions à respecter et des modèles à imiter.Il y a un idéal qui a été vécu par une élite, nombreuse, et où les femmes ont prouvé qu’elles possédaient plus que « des clartés de tout ».Un bibliothécaire, quand ne conseille-t-il pas ou n’aide-t-il pas de quelque façon ses semblables?Ses semblables sont divers sans doute, et ce qu’on lui demande n’exige pas toujours la science d’un Léopold Delisle ou d’une Marie Pellechet, pour ne nommer que deux noms parmi les grands bibliothécaires et bibliographes modernes.Non, mais il est certain, et c’est un mot d’ordre pour les gardiens de livres, qu’ils doivent répondre à tous de façon à suggérer, avec plus ou moins de maîtrise et de discrétion, les oeuvres anciennes, ou celles toutes récentes, qu’il y aurait profit^ à consulter et à lire.Pour cela, ne faut-il pas devenir soi-même un ami et un familier des hôtes innombrables qui prennent place sur les rayons de telle ou telle bibliothèque?Et ne croyez pas que j’exagère, quand je parle des connaissances étendues que doit posséder un bibliothécaire.Sinon, pourquoi une école, un enseignement systématique, à la fois technique et culturel et des bibliothèques où l’on vient pour un tout autre motif que celui, par exemple, qui vous amène dans un salon de modes?304 LECTURES Le bibliothécaire accueillera donc toutes les catégories de lecteurs, l'esprit en alerte; il offrira ses services au lecteur moyen qui ne vise qu’à se divertir, mais qui en se divertissant assimile beaucoup d’idées, de sentiments et de principes.Il n’y a rien de superficiel, allez, dans votre métier, votre beau métier de bibliothécaire.L’Ecole, par l’enseignement de ses professeurs et par quelques traditions naissantes, ne saurait trop le redire! La nouvelle institution, cependant, portait un nom inquiétant, peu familier aux oreilles.Nos premiers étudiants s’y perdirent un peu au commencement, le mot bibliothécomanie venait sur leurs lèvres, sinon dans leur esprit.L’assistance aux premiers cours les éclaira et la confusion des vocables cessa.La science, l’histoire et l’économie du livre apparurent.On y discerna vite un vibrant appel à la culture générale, et aux essais autour des techniques minutieuses, exigeantes, voire tyranniques.Quelques-unes préconisaient un effarant respect des espaces.non des espaces pascaliens, hélas, ces sublimes éléments de* la pensée ou de la rêverie.Les initiés à la catalo-graphie, — il y en a beaucoup dans cette salle, — me comprennent bien en ce moment, n’est-ce pas?Puis, que vous répétaient certains professeurs — dont j’étais peut-être — pour créer une catégorie de bibliothécaires ennemis de la distraction, et point méprisant des petits détails?« L’exactitude et la probité, voilà les qualités essentielles des bibliographes et des gardiens de livres.» Il faut une tête et des yeux clairs pour classer les ouvrages des gens d’esprit.C’est plus difficile que les rangs à observer dans un dîner d’Etat, ou le protocole règne pourtant en despote.Il faut connaître à fond le sujet d’un livre avant de lui assigner sa place véritable sur les rayons.Il faut apposer rarement auprès de leurs feuillets intérieurs, — non de la couverture, bien entendu, car elle tape toujours l’oeil — ces deux mots pénibles: non vidi, c’est-à-dire, je n’ai pas regardé, lu, examiné, jugé.Une carrière, si elle existe et doit s’apprendre, a donc besoin d’une Ecole pour parvenir à ses fins.C’est pour avoir compris cette nécessité que les fondateurs de l’Ecole, — ils furent deux d’abord 5 (6) — se réunirent, finalement, au nombre de quatre (*) pour donner une forme définitive au projet.Us dressèrent un programme de cours, et surtout, ils se résignèrent.Us se résignèrent à exercer leur tâche dans des conditions misérables.« Bah ! déclarait l’un d’entre eux, ‘dont l’enthousiasme ne se refroidissait point quoi qu’il arrivât, bah ! exister et répandre une nouvelle science, cela vaut bien tous les inconvénients de l’indigence ! Etre, ou ne pas être, voilà le problème pour nous », (5) I« R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c., et Mlle Marie-Claire Daveluy.(6) Le R.P.F.mile Deguire c.s.r.et M.Aegidius Fauteux furent ralliés à la cause.JANVIER 1948 305 achevait-il, citant, avec un effroi bien dissimulé, le vers shakespearien.Et les quatre fondateurs se mirent une dernière fois à peser le pour et le contre.Soyons francs.Un seul était contre, radicalement contre,.tout en travaillant pour! Mais cet opposant avait un prestige si grand, tant de science et d’esprit, qu’il fallait obtenir son adhésion, quitte à recommencer sans cesse la conquête de cet irascible érudit.Etait-il toujours sincère?Enfin, on se mit d’accord sur le geste initial: solliciter une entrevue avec Mgr le Recteur, ici présent.Le 13 mai 1937, les quatre fondateurs entraient dans le vieil édifice de l’Université de Montréal.Quatre humeurs différentes se faisaient jour sur leurs visages.L’un exultait à son ordinaire; le second, bougonnait encore un peu; le troisième, très digne, gardait une sérénité de prélat ; et le quatrième, avait l’assurance de la jeunesse qui croit aux initiatives audacieuses et secourables.Mgr le Recteur accueillit bien les quatre, — Mgr reçoit toujours ainsi, du reste, le nombre n’y est pour rien.Il semblait tout de même, ce jour-là, prendre beaucoup de plaisir à questionner ces requérants dont les attitudes semblaient si bien tranchées.Chose curieuse, chose même un peu inconcevable, ce fut notre cher fondateur récalcitrant qui prit la parole et plaida la cause.Il mit à néant toutes les objections posées et dépensa à cet effet, les ressources de son esprit caustique très fin, et son humour qui fit rire souvent Monseigneur.Or, quand les répliques sont solides et restent amusantes, il est difficile de résister à une supplique.Mgr le Recteur combla donc les voeux des quatre, qui se retirèrent plus que satisfaits.L’exultant du groupe, cependant, demeurait silencieux, encore estomaqué du revirement du prestigieux Napoléon-bibliothécaire, qui enfonçait d’un air narquois, à la sortie, son petit chapeau sur ses yeux.Le troisième fondateur regardait avec le sourire averti du psychologue qui répète : « Je vous l’avais bien dit » ; tandis que le quatrième suivait avec joie, heureux de constater que rien ne l’empêchait maintenant de préparer une autre initiative.Car notre nouveau docteur, le R.P.Martin, les multiplie les initiatives, au point de nous faire croire, aujourd’hui, que le Pape seul pourrait peut-être arrêter ses élans créateurs.Et les quatre se mirent à la recherche des professeurs, des spécialistes du métier.Deux s’offrirent spontanément : M.Joseph Brunet, déjà digne du doctorat par ses connaissances spécialisées, et Mlle Laurette Toupin, une bilingue parfaite et une diplômée de l’Ecole de bibliothécaires de l'Université McGill.Cette école Montréalaise, de langue anglaise, existe depuis quarante-trois ans.Elle est antérieure à toute autre au Canada.Elle a diffusé son enseignement à plusieurs de nos professeurs, qui tiennent aujourd’hui à lui rendre un reconnaissant hommage.Le Dr.Gould, s^r fondateur, le Dr.Lomer, son successeur, un 306 LECTURES érudit et un lettré, qui conférencie chaque année à notre Ecole, gardent toute notre admiration et notre respectueuse sympathie.Puis d’autres professeurs se joignirent au premier noyau composé de six : le R.P.Hugolin-Lemay, franciscain, un savant et un esprit original, un bibliographe récemment débarqué d’Italie, où il travaillait à la célèbre Ecole de bibliographie de Qua-racchi, à Florence; le R.P.Roméo Boileau, professeur de premier ordre, philosophe et commentateur des beaux textes des historiens de l’Eglise; Mlle Hélène Grenier, voyageuse qui sait voir, et dont la mémoire enregistre tout: sciences, belles harmonies, visions d’Espagne ou d’ailleurs; Mlle Cécile Lagacé, bibliothécaire de carrière, écrivain bien-disant, et d’une forte culture générale; le R.P.Thomas Charland, dominicain, professeur et maître dans la recherche historique; le R.P.Léon Pouliot, jésuite aujourd’hui provincial de la Compagnie au Canada, dont les cours présentaient une telle clarté dans l’exposition, qu’ils étonnaient et enchantaient à la fois les étudiants; M.Philippe Beaudoin, artiste en reliure, et fondateur de l’Ecole des Arts graphiques ; M.Raymond Parent, premier archiviste-paléographe canadien-français de l’Ecole des Chartes de Paris, entraîné vers la parfaite érudition française; et enfin, pour clore par un nouveau nom réputé, fort sympathique chez nous: Son Excellence Mgr Philippe Perrier, chargé, en sa qualité de docteur en droit canon, des Cours sur la censure des livres.Voilà, oui, voilà les treize professeurs de la première année d’enseignement de notre Ecole de bibliothécaires.Il y avait là beaucoup de personnalités dont la science illustrerait tout groupe de savants.Ils se sont prêtés avec empressement, bonne grâce et zèle à la création de nos chaires en bibliothéconomie.Nous leur rendons publiquement un haut témoignage de gratitude.Ils ont assuré, consacré, la réputation future de l’Ecole., Hélas! la mort a vite frappé autour de nos chaires bien constituées.Dès la deuxième session de nos premiers cours, en juillet 1938, le R.P.Hugolin-Lemay, o.f.m., mourait après quelques heures de maladie.Nul n’avait accordé de plus grand coeur son adhésion à l’Ecole.Trois jours avant sa mort, il nous assurait enrore au téléphone de sa collaboration entière.M.Aegidius Fauteux, le prestigieux, savant et omniscient M.Fauteux, le bibliothécaire de la Municipale, mourait durant l’année 1941.Ce fut un deuil profond.Ce fondateur avait voulu assister l’Ecole jusqu’à la fin par son enseignement vivant, nourri de lettres et de sciences, et d’une forme si originale.En 1944, ce fut M.Raymond Parent qui s’éteignit prématurément dans la province de Saskatchewan.Beaucoup de science a disparu avec ce jeune maître.Et enfin, l’an dernier, nous perdions un grand ami de notre enseignement spécialisé, un professeur des toutes premières an- JANVIER 1948 307 nées, Son Excellence Mgr Philippe Perrier, protonotaire apostolique et vicaire général du diocèse de Montréal.De nouveaux professeurs, des spécialistes eux aussi, vinrent combler les vides dans nos rangs.M.Aegidius Fauteux fut remplacé comme directeur général de l'Ecole par le bel écrivain et le bibliothécaire qui favorise admirablement à Montréal le progrès de nos cités des livres: M.Léo-Paul Desrosiers.En qualité de professeur de l’histoire du livre, M.Fauteux eut comme successeur Mlle Juliette Cha-bot, bachelière en blibliothéconomie de l’Université McGill, et diplômée de 1 Institut catholique de Paris ; comme titulaire du cours d’administration des bibliothèques, ce fut M.Joseph Brunet qui monta dans la chaire où avait enseigné M.Fauteux.Il cumulait beaucoup de leçons, M.Brunet, et cependant, l’année suivante, en 1942, il assumait, en outre, la direction générale des cours.Et tout cela avec le sourire, sans se plaindre jamais, nonobstant la fatigue, écrasante parfois.• F1*/8’ ÎC ^re Guy Brisebois, franciscain, s’acquitta avec autorité de 1 enseignement sur la censure des livres, à compter du départ de Mgr Perrier, en 1940.D’autres encore acceptèrent ?e”seiSner les chaires nouvellement créées.C’est d’abord ° Auguste Morisset, oblat de Marie-Immaculée, fondateur de 1 Ecole de bibliothécaires de l’Université d’Ottawa.Le R.P.Morisset k bibliothécaire canadien-français qui possède le plus haut grade chez nous.Il l’obtenait de l’Université de Columbia (N.Y.).Voici maintenant Madame Thérèse Desrochers-Foster, esprit clair et professeur non sans autorité malgré sa jeunesse ; le R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c., ce fondateur et nouveau docteur, que vous connaissez ; Mlle Blanche Thériault, reviseur expert en catalographie ; Mlle Gertrude Karch, qui explique admirablement les documents officiels canadiens, français ou anglais; le Sénateur Léon Mercier-Gouin, qui initie parfaitement nos élèves aux difficultés que rencontrent auteurs et éditeurs aux prises avec la loi; Mlle Jacqueline Lacroix, qui parle avec tant d’intérêt des bibliothèques pour enfants; les RR.PP.Gérard Houle, jésuite, Léandre Fréchet, c.s.c., Vivalde Massé, franciscain, esprits avertis et tout dernièrement chargés de plusieurs cours; enfin, M.l'abbé Emmett Carter, qui traite brillamment de bibliographie et de littérature anglaise et américaine.Il donne plusieurs leçons spéciales sur la littérature catholique, anglaise et américaine.Nos initiatives?Mais tout eut le caractère d’utiles et fécondes initiatives dans notre Ecole, en ses années de fondation ! Mentionnerai-je le répertoire bibliographique considérable créé par nos quatre cents élèves, grâce à des travaux collectifs entrepris à la fin de chaque année, sur les auteurs canadiens d expression française?Le Père Hugolin et moi-même avions, dès la création de l’Ecole, désiré d’un grand désir dresser cette 308 LECTURES énorme compilation à l’honneur de nos écrivains, grands ou petits, réputés ou encore enfouis sous le boisseau.Mentionnerai-je nos efforts pour favoriser nos diplômés à la sortie de l’Ecole?La plupart occupent aujourd’hui des postes excellents dans les bibliothèques canadiennes.Et nos cours de vacances aux Trois-Rivières?Nous avions tant à coeur, n’est-ce pas, de répandre au loin renseignement bibliothéconomique.Ce projet fut réalisé grâce à la collaboration d’une de nos plus distinguées diplômées: Mlle Claire God-bout.Elle sut intéresser la Société nationale St-Jean-Baptiste et des institutions religieuses et éducatives, à la venue de notre groupe enseignant.Comme on sut bien nous recevoir dans cette cité trifluvienne, aux belles traditions d’honneur et d’esprit! Notre Manifeste de 1944, comment ne pas le rappeler au passage?Ne tend-il pas à organiser suivant nos meilleures traditions provinciales, le mouvement des bibliothèques dans le Québec?Mais je n’en finirais plus si j’entamais maintenant la création de nos cours conduisant au baccalauréat ès sciences bibliographiques et bibliothéconomiques.Nous en sommes fiers à plus d’un titre.Je termine sur un mot d’espoir que méritent dix ans d’intenses et parfois pénibles travaux, sans aide extérieure qui en ait valu la peine, avouerons-nous, non sans mélancolie.Une flamme d’apôtre, heureusement, brûlait au cœur des fondateurs, des professeurs et des premiers élèves qui se ressentaient eux aussi de la pauvreté d’outillage de l’Ecole.Que ne devons-nous pas à la Bibliothèque de la Ville de Montréal, qui nous loge depuis dix ans et met à notre disposition ses fichiers et ses collections d’ouvrages?Puisse-t-elle grandir notre Ecole, devenir indépendante et s’assurer l'outillage indispensable aux techniques qu’elle enseigne ! La qualité supérieure des leçons professées par nos spécialistes est incontestable, mais il nous manque de ces cadres matériels dont a besoin toute institution pour vivre dans la sécurité et accomplir d’autant mieux sa mission scientifique et morale.La forêt est maintenant défrichée, en bibliothéconomie canadienne, les pionniers ont à peu près achevé leur oeuvre.Que les jardins apparaissent avec leurs artistes et leurs techniciens, et surtout avec de riches et constantes floraisons.Marie-Claire DAVELUY 22 novembre 1947.JANVIER 1948 309 Index des ouvrages critiqués dans Lectures de septembre 1947 à janvier 1948 classés par ordre d'auteurs et accompagnés de leur cote morale Alain (P.) : Saint Camille de Lellis — sept.1947, p.40.Alciette (P.) : Monique et le Sacré-Cœur — J —nov.1947, p.180.ALESSO (M.d’) : Le Petit Douci — J — nov.1947, p.180.ALLAIN (M.) : Fantômas rencontre l'amour — B?— sept.1947, p.44.ALLARD (P.) : Méditations sur la charité — oct.1947, p.10*1.* * * Alphabet pour les petits — J-nov.1947, p.179.* * * Amour et violence — sept.1947, p.32.ANCEL (A.) : Le Communisme et les Paysans—nov.1947, p.167.ANCELET-HustACHE (J.) ; Il était une fois à Assise — J — oct.1947, p.125.ANDERSEN; La Malle volante — J — nov.1947, p.181.AnsCIEAU (G.) : Le Familier de la nature — sept.1947, p.41.ARTUS (L.) : La Plus Belle Histoire d’amour du monde — B?— nov.1947, p.174.AUREL: Jean Dolent VAdorable — B — oct.1947‘, p.122.* * * Autobioqraphie de Mère M.Ste-Cécile de Rome — sept.1947, p.51.AVRACH (J.) : La Bande Coquelicot — J — sept.1947, p.56.Avrach (J.) : La Falaise mystérieuse — J — sept.1947, p.56.Avrach (J.) ; Message pour le Moyen-Orient — J —sept.1947, p.56.BALZAC (H.de) : Le père Goriot — M — déc.1947, p.199.BAROJA (P.) ; L'Arriviste sentimental — D — oct.1947, p.121.BAROJA (P.) : Mauvaise Herbe — D — oct.1947, p.121.BAROJA (P.) : Mes paradoxes et moi — M — sept.1947, p.48.BARON (P.) ; Ce que sont les religieux — déc.1947, p.230.BASLY (R.P.Déodat de) ; Le Sacré-Cœur — janv.1948, p.290.BEAUPRAY (C.-H.) ; Les beaux jours viendront — sept.1947, p.48.BÉLANGER (R.) ; Les Escoumins — janv.1948, p.301.BENOUVILLE (G.de) : Le Sacrifice du matin — nov.1947, p.138.BERGOUNIOUX (F.) : Mineurs et Prêcheurs — nov.1947, p.174.Bernage (B.) : Elle et son mari — B — déc.1947, p.240.BERTHEM-BONTOUX; 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Guide de l’apprentissage — janv.1948, p.294.316 LECTURES RABELAIS (F.) : Gargantua — B — oct.1947, p.124.RADOU (J.) : Santé par le Medicine-Bail — janv.1948, p.295.RAOULT (Dr F.) ; Ce que pense de la vie un vieux médecin — oct.1947.p.98.REBOUX (P.) ; Liszt — D — sept.1947, p.55.* * * Regards sur le Christ — nov.1947, p.160.REGNIER (P.); L’Aventure d’Hermione Capulet — nov.1947, p.171.REGNIER (P.) : L’Espérance d’Alain — sept.1947, p.46.RICHE (R.) ; Vous connaître, vous conquérir, vous donner —sept.1947, p.36.RIGAUX (M.) ; Les Appels du Fils éternel — oct.1947, p.101.Robin et Laure; L’Ours Grichou — J — sept.1947, p.59.ROGUET (A.-M.) ; Savez-vous vous confesser?— déc.1947, p.247.* * * Le Roman de Renard — J — oct.1 947', p.1 24.RONDET (H.) : Problèmes pour la réflexion chrétienne — janv.1948, p.288.Roy (M*1, C.) ; Propos canadiens — sept.1947, p.50.Roy (G.) : Bonheur d’occasion — B — nov.1947, p.1 55 et janv.1948, p.261.RYCKMANS (A.) ; Le Secrétariat paroissial — déc.1947, p.227.* * * Saint François d’Assise— nov.1947, p.163.SALVAT (I.) ; Le Fruit sauvage — sept.1947, p.47.Sand (G.) : Elle et lui — M — janv.1948, p.297.SANSFAÇON (M.) ; Une Méprise inconcevable — B?— janv.1948, p.299.Sartre (J.-P.) ; Les Chemins de la liberté.T.1 : L'âge de raison.T.2 : Le sursis — M — oct.1947, p.118.Sartre (J.-P.) ; La Putain respectueuse — M — oct.1947, p.116.SCHETAGNE (F.); Portraits de Mandchourie — sept.1947, p.51.SEGUR (Comtesse de) : Le mauvais génie — J — sept.1947, p.58.Semaines sociales du Canada; La Jeunesse — oct.1947, p.111.SEPE (E.de) ; Sylvine et son rêve — nov.1 947, p.172.SERTILLANGES (A.-D.) ; Les Fins humaines — oct.1947, p.103.SHOTWELL (J.T.) ; La grande décision — sept.1947', p.41.SlGEAN (R.) ; France, fille aînée de l’Eglise — oct.1947, p.108.SIMON (L.) ; Le Manoir oublié — J — sept.1947, p.59.SIMON (L.) ; Pinson le magicien — J — sept.1947, p.58.SNORA (R.) ; Les Nouveaux Troglodytes — janv.1948, p.297.SYLVAIN; Le Long de la route — oct.1 947, p.74.TERRIER (G.) ; Francette au bord de la vie — janv.1948, p.298.TESSIER (G.) et Pauwels (H.) ; Le Pluralisme syndical — déc.1947, p.247.* * * Thèmes familiaux — déc.1947, p.247.Théophile; La Passion — déc.1947.p.247.JANVIER 1948 317 r Thibon (G.) : Ce que Dieu a uni — B — oct.1947, p.97.Thoby-Marcelin (P.) et Marcelin (P.) : La Bête de Musseau _D —oct.1947,.p.118.Thouvignon (P.) ; L’Ame féminine — déc.1947, p.222.TOSSIJN (P.) ; Sauts et culbutes — sept.1947, p.44.Tossijn (P.) : Tentes et abris — sept.1947, p.43.TOUPIN (L.) ; La Bibliothèque à l’école — déc.1947, p.255.TRUC (G.) : De J.-P.Sartre à L.Lavelle — B — oct.1947, p.9?.Twain (M.) ; Contes choisis — oct.1947, p.114.* * * Une Démocratie en guerre— sept.1947, p.41.VAvSSE (L.) : Paysage aztèque — B?— nov.1947, p.169.VAULX (B.de) ; Le Duc et la Duchesse d’Alençon — sept.1947, p.52.VercoRS; La Marche à l’étoile — B — oct.1947, p.118.VÉRINE; Les 10 Commandements des parents—oct.1947, p.112.VÉRITÉ (M.) : Les Contes de l’étang — nov.1947, p.172.VÉRITÉ (M.) : Grand Isard — sept.1947, p.47.Verlay-Frapie (A.) ; Les Belagnel — J — nov.1947, p.172.VEUILLOT (F.) ; Saint Jean Bosco et les Salésiens — sept.1947, p.40.VlAU (A.-M.) ; La Romance — M — oct.1 947, p.115.VlGNON (P.) ; Au souffle de l’Esprit créateur — oct.1947, p.97.VISSOUZE (J.) ; La Croule — B — oct.1947, p.119.WAILLY (J.de) ; Godefroy-Célestin Chicard —nov.194?, p.178.Waltz (H.) : L’Affaire Kofka — sept.1947, p.47.WAUGH (E.) ; Conduite scandaleuse — B — déc.1947, p.238.WEINLAND (F.) ; Rulaman — J — nov.1947, p.180.WELLES (S.) ; L'Heure de la décision —janv.1948, p.293.Index des revues critiquées dans Lectures de septembre 1947 à janvier 1948 classées par ordre alphabétique.Action (L ) nationale [P.C.J 15e année, vol.29.no 6; juin 1927 .sept.1947, p.61.Anneau (L') d'or [P.F.] no 14, mars-avril 1947.oct.1947, p.126.Culture [P C.] vol.8, no 2; juin 1947 .sept.1947, p.61.Esquire's 1948 Calendar .déc.1947, p.248.I Gants du del [P.C.] été 1946, no 12.oct.1947, p.127.Jeunesse canadienne [P.C.J vol.12, no 6; oct.1947.déc.1947, p.247.Maison-Dieu (La) [P.F.J cahier no 11 (1947) .nov.1947, p.183.Petty Girl Calendar 1948 .déc.1947, p.248.Revue d'Histoire de l'Amérique française [P.C.] vol.1, no 1: juin 1947 .sept.1947, p.63.vol.1, no 2; sept.1947 .nov.1947.p.184.Revue Dominicaine [P.C.J vol.53, t.2; juillet-août 1947 .oct.1947.p.127.318 LECTURES TABLE DES MATIÈRES TOME III septembre 1947 à janvier 1948 IDÉAL ET PRINCIPES BERTRAND (Théophile) .Economie de l'abondance (à suivre) .oct.BERTRAND (Théophile) .Economie de l'abondance (suite et fin) .nov.BERTRAND (Théophile) .Le sujet dans le roman déc.MAHEUX (Arthur), ptre .De Carneau à Minville (à suivre) .sept.MAHEUX (Arthur), ptre .De Carneau à Minville (fin) oct.MARTIN (P.-A.) , c.s.c."Le livre au service du Christ" janv.* ?.Plan de cercle d'étude : Comment lire pour tirer profit de ses lectures .oct.* * * .Plan de cercle d’étude : les Lectures : influence et choix .sept.ÉTUDES CRITIQUES BERTRAND (Théophile) ."La France et nous", de Robert Charbonneau .sept.BERTRAND (Théophile) ."Sous le signe de l'abondance", de Louis Even .nov.BERTRAND (Théophile) ."Imaginer ou disparaître", de Bernard Malan nov.BERTRAND (Théophile) ."Bonheur d'occasion”, de Ga- brielle Roy .nov.BLAIN (Maurice) ."Pieds nus dans l'aube", de Félix Leclerc .nov.BLAIN (Maurice) ."Propos sur la montagne”.d'Edouard Montpetit oct.BOULIZON (Guy) ."Les Reins et les Coeurs", par P.-A.Lesort janv.GABOURY (Jean-M.), c.s.c."Si le grain ne meurt”, d’André Gide déc.GABOURY (Jean-M.), c.s.c."Bonheur d’occasion", de Gabrielle Roy janv.GAY (Paul), c.s.sp."Le sens de la mort", de Paul Bourget .janv.GAY (Paul), c.s.sp."Le démon du bien”, d’Henry de Montherlant nov.GAY (Paul), c.s.sp."Les jeunes filles”, d’Henry de Montherlant sept.GAY (Paul), c.s.sp."Les lépreuses", d'Henry de Montherlant .déc.GAY (Paul), c.s.sp."Pitié pour les femmes", d’Henry de Montherlant oct.G.(F.) ."La bibliothèque à l'école", de L.Toupin déc.L APL ANTE (Rodolphe) "Le Sacrifice du matin”, de G.de Bénouville nov.LEGAULT (Rolland) "Les Engagés du Grand Portage”, de L.-P.Desrosiers sept.LEGAULT (Rolland) ."Le long de la route", de Sylvain .oct.PAGE 1947, 69 947, 129 947, 193 947, 3 947, 65 948.257 947, 72 947, 10 947.27 947.131 947, 129 947.155 947, 142 947, 78 948, 264 947, 206 948.261 948.271 947, 148 947, 17 947, 21 1 947.81 947, 255 947.138 947.12 947, 74 319 JANVIER 1948 MAHEUX (Arthur), ptre MAHEUX (Arthur), ptre .POULET (Donat), o.m.i.SENECAL (Paul), c.s.c.d’E.Le Cii d’E.“Les enseignements de Jésus-Christ”, de J.Bonsirvcn, s .“Le père Goriot", d'Honoré de Balzac .DOCUMENTS FICHES DOCUMENTAIRES Hollywood dans l'objectif GABEL (E.) .Une organisation mondiale de la culture intellectuelle OLIGNY (Odette) .Sur une pensée de Lacorû SEMAINE RELIGIEUSE Le mouvement international DE PARIS .des intellectuels catholi UNION (L') .Revues féminines UNION (L') .Revues féminines FAITS BERTRAND (Théophile) .BERTRAND (Théophile) BERTRAND (Théophile) BERTRAND (Théophile) ET COMMENTAIRES La France et nous.Robert Charbon de Le supplément littéraire 1947 GRANDPRE (P.de) HERISSAY (J.) * * * Amitiés franco-canadiennes Lectures à Radio-Collège sept.1947.3 oct.1947.65 j.sept.1947 21 déc.1947.199 oct.1947, 86 janv.1948.278 sept.1947.25 nov.1947.152 déc.1947.217 Janv.1948.279 ut nov.1947 155 sept.1947.27 s oct.1947, 93 janv.1948.280 oct.1947.90 sept.1947 30 déc.19'7.220 Septembre Octobre Novembre Décembre Janvier .NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes Revues .p.32-60 Septembre .61-64 .95-125 Octobre .126-128 158-182 Novembre 183-184 222-247 Décembre 247-248 .287-302 BIBLIOTHECA BERTRAND (Théophile) .Une nouvelle rubrique nov.* * * .L'Ecole de Bibliothécaires célèbre son dixième anniversaire janv.DAVELUY (Marie-Claire) L'Ecole de Bibliothécaires, son histoire — ses buts — ses initiatives janv.G.(F.) .La bibliothèque à l’école par L.-E.Toupin .déc.GUILBAULT (F.) .L'Association canadienne des Bibliothèques catholiques.Esquisse historique .nov.GUILBAULT (F.) .L'Association canadienne des Bibliothèques catholiques.Esquisse historique (suite) déc.GUILBAULT (F.) Notes liminaires .nov.MARTIN (P.-A.), c.s.c.La première succursale de la Bibliothèque Municipale de Montréal .nov.TANGHE (R.) .La bibliothèque de l'Université de Montréal déc.947.185 948.302 948, 303 947.255 947.187 947.249 947.186 947.190 947.252 320 LECTURES TABLE ALPHABÉTIQUE des noms d'auteurs suivis du titre des ouvrages critiqués et de la cote morale BASLY (R.P.Déodat de), o.f.m.Le Sacré-Cœur, 290.BELANGER (R.), Les Escou-mins, 301.BOURGET (P.), Le Sens de la mort, B, 271.BUCK (J.-M.), Dieu parlera ce soir, 296.BUET (P.), Vers la Chine mystérieuse: Marco Polo, 301.*** Bulletin bibliographique de la Société des Ecrivains canadiens, 1946, 287.CAMI, Les Kidnappés du Panthéon.296.CLARET (E.).Les Nouvelles aventures de Blanche-Neige, 295.*** Culture.Pour nous, E.M., 291.DAVID (A.), Amour charnel de \ la patrie.B, 297.fy-HEM (P.), Pourquoi je respectera fiancée!, 291.FERNAND (A.), Montréal, ma ville natale, 299.FEVAL (P.), Le Bossu, B, 296.FRANCHEVILLE (G.de).Trahison, B, 299.FRANCO (Gén.).La Politique de Franco (1939-1946), 292.GROSPELIER (E.), La Dernière Aventure de Monsieur de Beaufort, 297.KLEIN (F.), La Vie humaine et divine de Jésus-Christ Notre-Seigneur, 290.KOTULLA (F.), Eve, M, 287.LEBLANC (M.-E.), La Crise du service domestique, 293.LESORT (P.-A.), Les Reins et les Cœurs, M, 264.MOOR (V.de).Leur Combat, B, 291.PARVILLEZ (A.de).Le Livre au service du Christ, 257.*** Pour servir.(Janvier), 291.*** Pour servir.(Série D), 291.POUZYNA (I.V.), et MOOR (V.de).Petite Histoire de la Révolution russe, 300.QUERCY (J.), Guide de l’apprentissage, 294.RADOU (J.), Santé par le Mede-cine-Ball, 295.RONDET (H.), Problèmes pour la réflexion chrétienne, 288.ROY (G.), Bonheur d’occasion, B, 261.SAND (G.), Elle et lui, M, 297.SANSFAÇON (M.), Une Méprise inconcevable, B ?, 299.SNORA (R.), Les Nouveaux Troglodytes, 297.TERRIER (G.), Francette au bord de la vie, 298.WELLES (S.), L’Heure de la décision, 293.Nouveauté L’ACTION CATHOLIQUE Pierre Tiberghien Cet exposé a d’abord été donné sous forme de cours aux élèves du Grand Séminaire du Diocèse de Lille.Ce sont, tout à la fois, des e expériences passées » acquises dans une fonction d aumônier diocésain de l’Action catholique des jeunes gens, et aussi des « vues d avenir telles que je puis les entrevoir apres avoir vécu longtemps en contact avec l’Action catholique.Avant-propos de l’Auteur.261 pages, broché: $1.40 (par la poste: $1.50) relié: $2.40 (par la poste $2.50) AUTRE OUVRAGE SUR L’ACTION CATHOLIQUE CORPS MYSTIQUE ET ACTION CATHOLIQUE, 148 pages: $1.00 par la poste: $1.10). 3 collectionâ laieâ et trèâ ptécieuâeâ BIBLIOTHECA CLASSICA LATINA, Parisiis, Lemaire, 1822, 142 vols., in-8, reliés demi-chagrin .$250.00 FÉNELON, OEUVRES COMPLÈTES, Versailles, Lebel, 1820, 38 vol.in-8, reliés demi-chagrin .$80.00 BOSSUET, OEUVRES COMPLÈTES, Paris, Lefèvre, 1836, 12 vols, grand in-8, reliés demi-chagrin .$65.00 IROQUOISIE — 1 par Léo-Paul DESROSIERS Si importantes dans l’histoire de la Nouvelle-France qu’elles en forment parfois la trame entière, les guerres franco-iroquoises n’ont jamais subi cet exa men de très près et dans le détail.C’est à cette étude au microscope, patiente, attentive, minutieuse, que s’applique l’auteur.350 pages: $2.50 (par la poste: $2.65) LE PÈRE (L’ANNEAU D’OR) Parmi les catholiques eux-mêmes, il semble qu’on méconnaisse parfois la mission du père.Ce volume oriente les regards vers l’importance et la grandeur de la paternité, en puisant dans le trésor de la pensée chrétienne.112 pages: $1.50 LES ARCHIVES DE FOLKLORE — 2 Recueil semestriel des traditions populaires publié sous la direction de Luc Lacourcière.Le deuxième recueil des Archives de folklore est consacré, pour une benne part, à Marius Barbeau qui a voué sa vie et ses études à nos traditions populaires.L’oeuvre de Barbeau est immense et son activité continue de s’exercer dans tous les domaines.La deuxième partie du recueil nous livre une Ethnobotanique abénakise, de Jacques Rousseau, tes Costumes traditionnels féminins, de Madeleine Doyon, et enfin les Recordeurs de chansons, par Franço's Brassard.72 dessins de mélodies, 5 hors-texte, format 7% x 9%, 202 pages: $3.00 l’abonnement: $5.00 FIDES - 25 est, rue Saint-Jacques, MONTRÉAL-1 - PL.*8335 Imprimé au Canada.
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