Lectures, 1 mars 1948, mars
r ¦ ; .tures Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE IDEAL ET PRINCIPES Page Triomphe féminin, deux romans de Germaine Guèvremont .J.-M.Gaboury, c.s.c.65 ETUDES CRITIQUES Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers .Guy Boulizon 70 Fausse monnaie de Ringuet .Paul Gay, c.s.sp.75 Problèmes vivants et leur solution .Jacques Tremblay, s.j.80 Calendrier de Flore d'Alexandre Ar-noux .Rodolphe Laplante 83 DOCUMENTS Pax Romana et les universitaires canadiens .86 Le millénarisme .88 FAITS ET COMMENTAIRES Ambassadeur de France au Canada .89 Manuels techniques en langue française 90 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture) .92 Revues .H8 BIBLIOTHECA La vie de l’A.C.B.C.121 Essai d'un code de classement en langue française (suite) .Marie-Claire Daveluy 123 Tome IV — n° 2 MARS 1948 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction: Paul-A.MARTIN, c.a.c.Rédaction: Théophile BERTRAND Technique bibliographique: Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doetrin» «t Droit canonique V ail rien BELANGER, ptre, D.D.C., professeur à la Faculté de Droit canonique de l'Université Laval.A.PERRIER, ptre-curé, D.Ph.8.Th.D., professeur de Philosophie sociale à l’Université de Montréal.Jean-Marie GABOURY, cs.e., professeur de Philosophie au Collège de Sa tnt-Laurent.Paul GAY, cj4p., professeur de Rhétorique au Collège Saint-Alexandre.Jacques TREMBLAY, sj„ professeur de Philosophie au Collège J ean-de-Brébeuf.T echnique bibliographique Roméo BOILEAU, C.S.C., Professeur de Classification systématique à 1 Ecole de Bibliothécaires de l'Universi-te de Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur de Bibliographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Leurette TOUPIN et G.KARCH, professeurs de CaUlographie à l’Ecole de Bibliothécaires.Publication autorisée par l’Ordinaire.NOTES: 1.La revue est publiée mensuellement de septembre à juin (ne paraît pas en juil-ie et août).Les dix livraisons de l'année constituent deux tomes: septembre a janvier et février a juin.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de janvier et celui de juin) comprend une table méthodique es sujets traites ainsi qu une table alphabétique des ouvrages recensés dans les six derniers mois.3' rî,,référenCe ^ibl,3 * * * * * * io8f.aPhiquc de toutes les publications mentionnées dans Lectures est redigee d apres les règles de la catalographie, et dans chaaue cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais Dangereux Appelle des resserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irré- prochable et peut être lu par tous.D B?CANADA: le numéro.10.25 abonnement annuel .2.50 ETRANGER: abonnement annuel.3.00 FRANCE: abonnement annuel 350 fr.La procure générale du clergé, 5, rue de Mézières, Paris (VI«), FRANCE.Autonté comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postet.Ottawa FIDES 25 EST, RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL - 1 *PLateau 8335 IDÉAL ET PRINCIPES ZJxiompke féminin ' DEUX ROMANS DE GERMAINE GUÉVREMONT : Le Survenant1 2 Marie - Didace 3 Rémy de Gourmont écrivait, en 1901: «La part des femmes est si grande dans l’oeuvre de la civilisation qu’il serait à peine exagéré de dire que l’édifice est bâti sur les épaules de ces frôles cariatides.Nous ne sommes frappés que par l’extraordinaire.Le puissant outillage d’un tissu nous subjugue; qui a jamais regardé avec émotion le simple jeu de deux aiguilles à tricoter?Cependant, comparé à ces petits morceaux de bois, le plus formidable métier mécanique n’est plus rien; il représente une civilisation particulière: les aiguilles de bois ou de fer représentent la civilisation absolue.Il faut en tout distinguer l’essentiel et ce qui est de surcroît.Dans la civilisation, la part des femmes représente l’absolu.» Pour les contempteurs systématiques des aptitudes et gestes féminins, notre critique prend figure de chevalier servant.Cependant, même pour Rémy de Gourmont, le rôle de la femme n’est pas de créer, mais de conserver.Il est vrai que de ce rôle elle s’acquitte en perfection.« Elle rallume éternellement et sans se lasser, à la torche qui va mourir, une torche nouvelle et toute pareille.» Mais dans le royaume de l’intellectualisme, d’où sont exclus les émouvants labeurs de la génération charnelle, la femme n’aurait jamais exercé une sérieuse influence directe.Limitée — sachons toutefois réduire au minimum la portée restrictive de ce terme — limitée à la stimulation de la verve créatrice de l’homme, elle se serait toujours médiocrement manifestée dans les jeux suprêmes du langage.Cette opinion fut séculaire et universelle.On se rap- 1 Ce texte fut donné en causerie au programme de Radio-Collège, la Revue des lectures, vendredi le 19 décembre dernier, de 5 hres à 5 h.15 p.m.2 Guèvremont (Germaine); Le Survenant.Roman.Paris, Plon [cl945].246p.19cm.$1.35 ($1.45 par la poste).C84-3 3 Guèvremont (Germaine) ; Marie-Didace.Roman.Montréal, Beau-chemin, 1947.282p.19.5cm.$1.50 ($1.60 par la poste).C84-3 MARS 1948 65 pelle, dans Bas-bleus, les cruels et terribles coups de plume de Barbey d’Aurevilly.Il est tout probable qu’aujourd’hui encore on * pense, en général, de cette façon.Et il faut bien avouer que, contre les psychologues et critiques qui ont allégué comme cause de cette infériorité en matière de production artistique l’absence d’éducation adequate, on a su former un argument qui ne manque pas d’impressionner : voilà des milliers d’années qu’on apprend la musique aux femmes, et c est peut-être là qu’elles ont encore le moins créé.A rester sur le terrain de la spéculation, on pourrait discuter jusqu a perte d’haleine ou d’encre; examinons plutôt quelques faits.Sans nous arrêter aux justifications habiles des partis en lice, jetons un regard sur la littérature contemporaine, surtout à la section roman et nouvelle.En France, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Scandinavie, la femme apporte au temple des lettres des maté-riaux de plus en plus solides et précieux.Colette, Katherine Mansfield, Virginia Woolf, Sigrid Undset, Selma Lagerlof: et ces noms illustres ne parviennent pas à faire oublier, encore moins à décourager, 1 essaim besogneux de personnalités charmantes que leur œuvre et le temps suffiront a porter en pleine lumière.Chez nous, le fait paraît plus saisissant encore, car, comme le signalait tout dernièrement Madame Julia Richer, les femmes ne se contentent pas de rivaliser avec les romanciers, elles les surpassent.les œuvres qui dominent actuellement le roman canadien ont ete écrites par des femmes: Earth and High Heaven de Mme i Gwethalyn Graham, Bonheur d’occasion de Mme Gabrielle Roy, le Survenant de Mme Germaine Guèvremont.Ces trois romans ont mérité les honneurs d’une édition parisienne.Patronné par un des clubs littéraires américains, le roman de Mme Graham est actuellement mis en film à Hollywood.Tout comme Bonheur d’occasion.Ce dernier a remporté, comme chacun sait, un des grands prix de France: le prix Femina.Quant au Survenant de Mme Guèvremont, il a attiré l’attention d’une compagnie canadienne de cinématographie; il a obtenu le prix Duvemay en 1945, le premier prix de la province de Québec (prix David) en ’46 et aussi, en cette même année ’46, le premier prix Sully-Olivier de Serres, en France.Enfin, pas plus tard qu’hier4, comme disait un de nos professeurs de morale, étonnant artiste de l’information de fraîche date, pas plus tard qu’hier, les journaux métropolitains annonçaient que l’Académie canadienne-française venait d’accorder son prix de littérature annuel a un nouveau roman de Mme Guèvremont: Marie-Didace, suite du Survenant, trois mois à peine après sa mise en vente.Si nous ajoutons à ces trois romancières le nom de Mme Mazo de La Roche, célèbre depuis deux décades pour ses Whiteoaks of 4 La causerie fut prononcée le 19 décembre dernier.66 LECTURES Jalna, dont vous trouverez des traductions aux éditions de la Palatine, de Genève, de même que dans la collection: Feux Croisés, chez Plon — nous sommes forcés de convenir que dans le roman canadien, il est difficile de trouver un quatuor masculin de comparable envergure et que la femme est en voie d’écrire chez nous un des plus brillants chapitres de l’histoire de notre littérature.Cuique suum: à chacun son dû.* ?* Les raccourcis, écrivit Adjutor Rivard, sont toujours les chemins les plus longs.Une fois de plus, nous devons constater la fréquence des monstres littéraires à la tête énorme et au corps minuscule, une fois de plus, l’introduction a usurpé la place du sujet.Afin de réparer cette injustice, abordons, sans autre préliminaire ou transition plus ou moins artificielle, les deux romans de Germaine Guèvremont.Tout d’abord, le Survenant.« Un soir d’automne, au Chenal du Moine, [dans la région de Sorel, vers les 1910], comme les Beauchemin s’apprêtaient à souper, des coups à la porte les firent redresser.C’était un étranger de bonne taille, jeune d’âge, paqueton au dos, qui demandait à manger.» — J’aurais dû imiter, n’est-ce pas?cette position immédiate du sujet.Regrets superflus.— Cet étranger, dont on ne saura rien sauf ce qui se peut constater, pas même le nom, d’où l’appellation: le Survenant, se gagne l’amitié du père Didace Beau-chemin et reste sur la ferme malgré l’hostilité manifeste du fils et de la bru, Amable et Alphonsine.Ni « malamain », ni « ravagnard », beau à voir, avec de belles manières, le Survenant porte ses cheveux de flamme et son grand rire clair jusque dans le cœur des femmes de la paroisse, dans le cœur d’Angélina surtout, fille généreuse et travaillante, infirme aussi et pas jolie, à qui le Survenant marque des préférences.On s’attend à un mariage.Mais un beau matin, malgré l’amour d’Angélina, la vive amitié du père Didace et la faveur générale des habitants du Chenal, le démon de la route possède de nouveau l’âme du Survenant qui s’enfuit sans avertir, emportant avec lui le cœur d’une femme et son mystérieux secret à jamais inconnaissable.La suite du roman, Marie-Didace, décrit une sourde lutte de femmes.Alphonsine, la bru, dispute chaque repli de sa position sur la ferme à Blanche Varieur, l’Acayenne, présentée par le Survenant au père Didace qui l’a épousée après la fuite de son ami.Exaspéré par la tension de ce conflit familial, Amable quitte la maison et meurt à Montréal des suites d’un accident.Alphonsine donne le jour à une petite fille, Marie-Didace, qui compense en partie la perte de l’époux.Le vieux Didace disparaît à son tour, suivi de l’Acayenne.Sur un lambeau de vieux journal, une photo MARS 1948 67 informe Angélina de la mort du Survenant, tué à la guerre.Le nom manque sur le papier; la pauvre femme se refuse à menacer par une curiosité pourtant légitime le charme inoubliable du grand dieu-des-routes dont elle se considère la veuve.Vous aimez les intrigues compliquées, les psychologies chargées?Vous trouverez alors le sujet un peu mince.Et ce sera dom; mage.Car l’objection manque de fondement réel, puisqu’elle est toujours utilisable.« Je veux bien, écrivait encore Rémy de Gour-mont, qu’il y ait trente-six situations dramatiques et romanesques, mais une théorie plus générale n’en peut, en somme, reconnaître que quatre.L’homme étant pris pour centre, il a des rapports : avec lui-même, avec les autres hommes, avec l’autre sexe, avec l’Infini.Tout aurait été dit dans les cent premières années des littératures si l’homme n’avait eu le style pour se varier lui-même.» Cette prépondérance incontestable du style relègue au second plan d’intérêt l’invention des thèmes.Un sujet vraiment nouveau, comme le Don Quichotte de Cervantès, exige certes du génie chez l’artiste; un sujet banal, même nul, peut tout aussi bien donner naissance à un chef-d’œuvre.Ce n’est pas le sujet qui importe, mais ce qu’on en fait.La symphonie en ut mineur et la Jupiter l’ont démontré de façon péremptoire.Shakespeare n’a fait qu’insérer ses métaphores dans la trame de la première histoire venue.Tout tient donc dans l’écriture, sans laquelle le livre manque de tout.La discussion sur la valeur des deux romans de Mme Guè- | vremont se résume dans cette question: Mme Guèvremont a-t-elle un style, son style, élément aussi personnel que la qualité de son regard ou le son de sa voix?Ce qui compte dans un roman, c’est la création d’un personnage, la reconstitution d’un monde qui témoigne de l’auteur.Ou encore, comme l’écrit Maurois, « ce qui est important, c’est qu’il y ait une certaine atmosphère et que lorsque nous y sommes plongés et qu’elle nous est devenue respirable, l’écrivain ne nous en chasse point par un brusque changement de ton.Ce qui est important, c’est qu’il y ait une saveur [spéciale], quelque chose de particulier, de personnel, d’homogène, qui nous donne l’impression de l’unité, parce que c’est en effet l’unité d’une personne, celle de l’auteur, qui se projette sans cesse à travers les événements.» Eh bien, dans le cas de Mme Guèvremont, il y a une saveur Guèvremont, un parfum Guèvremont.Il y a des personnages bien en chair: le Survenant, le père Didace, Alphonsine, Angélina.Il y a un monde bien dessiné, le petit monde du Chenal du Moine — et peu importe qu’il ressemble ou pas aux alentours véritables de la ville de Sorel — avec son esprit de solidarité et de sympathie profondes, avec son attachante simplicité.Il y a un style Guèvremont, tissé de sensibilité, de charité fraternelle et d’un amour de la terre, de la belle nature de Dieu qui s’extériorise par des tou- 68 LECTURES ches poétiques d’une délicatesse charmante, toute féminine.Et, Dieu merci, ce n’est pas un style doucereux: nous commençons à voir la fin « de cette longue saison, de saccharine, de cette sursaturation de sirop » à laquelle nous ont habitués trop de femmes écrivains de la pire espèce.De la vigueur, pas de mièvrerie, ni dans l’écriture, ni dans les personnages qui portent tous à morte-charge leur part de défauts, voire de vices.Même la visite du curé nous a épargné le portrait traditionnel du « vénérable ecclésiastique », inévitable morceau de bravoure de la littérature à banderoles.Enfin pourquoi ne pas féliciter Mme Guèvremont d’avoir opposé un nouveau démenti à la boutade d’André Gide : « Ce n’est pas avec de bons sentiments qu’on fait de la bonne littérature »?N’allons pas croire, surtout après ce qui vient d’être énoncé, que l’auteur s’est enfermé dans un banal exposé de bons sentiments.Elle a compris le mot profond de Claudel : « Le bien compose et le mal ne compose pas »; elle a su maintenir un équilibre normal entre des forces opposées, sans lesquelles il n’y a ni luttes, ni progrès dramatique; elle a écrit une œuvre où la qualité esthétique ne s’insurge pas contre d’autres valeurs pourtant essentielles à la plénitude de l’humain.Jean-Marie GABOURY, c.s.c.MARS 1948 69 ËTUDFS critiques Sloquoiâie Dans l’histoire de la « chose littéraire » au Canada, les événements importants, ceux qui dureront, ne sont pas toujours les plus retentissants.Ainsi, il est bien certain que la fondation d’un Institut dlustoire de VAmérique française, voici un an, aura été à sa maniéré un événement national., eu.retentissement désirable?On en peut douter; et cest pourquoi, à propre d’Iroquoisie, le nouveau livre de Monsieur Desrosiers, livre qui se rattache si étroitement à cet Institut comme nous le verrons par la suite, j’aimerais rappeler brièvement l’origine, le rayonnement, et quelques-uns des buts de cet Institut.On savait que, depuis longtemps, Monsieur le Chanoine Groulx projetait la création d’un semblable organisme; mais l’on conçoit facilement que les difficultés de toutes sortes ne devaient pas manquer.Aussi fut-ce avec une surprise joyeuse que l’on apprit que, le 24 juin 1946, à l’issue du banquet de la Saint-Jean-Daptiste, le Chanoine Groulx avait annoncé l’événement en termes a ailleurs fort émouvants: J’ai souhaité former ici, dans Montréal, disait l’orateur, une équipe de chercheurs et d’écrivains d’histoire qui s’emploieraient tout spécialement à^l étude du passé français de l’Amérique.S’il le faut, ajoutait-il, je fonderai cet Institut dans la pauvreté puisqu’il n’y a que ça chez nous qui ait réussi.Je le fonderai dans notre Université, si elle le veut, pour que nous soyons plusieurs a travailler méthodiquement; pour que cette histoire, avec sa vérité et son prestige, pénètre dans toutes nos écoles, dans tous nos foyers; pour que cesse l’ignorance inconcevable de ceux-là qui en sont les héritiers.J ai tenu vous citer ces paroles car elles sonnent clair et haut, elles ont 1 accent des fondateurs qui croient à leur oeuvre et ne reflètent pas l’écho mercantile de tant d’initiatives de notre monde moderne.Cest ainsi que devaient parler ceux qui, il y a trois siècles, se lançaient dans ia grande aventure d’une Amérique française ou dans l’utopie montréalaise.Cet Institut d’histoire du Canada français prit en réalité un , ,1 S£?isî!?(Leo-Paul); Iroquoisie.Tome I (1534-1646).[Montreal, cl947.] 351p.19.5cm.(Les Etudes de l'Institut d'Histoire de l'Amérique française) $2.50 ($2.65 par la poste).— Ce texte fut donné en causerie au programme de Radio-Collège, la Revue des lectures, vendredi le 23 janvier dernier, de 5 hres à 5 h.15 p.m.70 LECTURES autre nom; il devint l’Institut d’histoire de l'Amérique française.C’est qu’en effet, comme le précise le Chanoine Groulx dans le premier numéro de la revue de l’Institut, « l’histoire du Canada et surtout du Canada français dépasse les frontières canadiennes d’aujourd’hui.Presque les trois quarts de l’Amérique du Nord portent des empreintes françaises, la France aura été l’une des principales puissances colonisatrices de cette partie du continent [.] il y eut donc, un temps, et dans le sens précis du mot, une Amérique française.Et voilà qui constitue un bloc historique à part, bien caractérisé.» C’est précisément pour étudier le fait français en Amérique que fut constitué cet Institut.Dès le début, son rayonnement fut profond.Un enthousiasme, étonnant si l’on songe à l’aspect austère de cette création, se manifeste partout.Des sections d’étude s’organisèrent en plusieurs endroits et l’Institut put dresser une liste de membres correspondants impressionnante par la qualité et la diversité du recrutement.Par ailleurs, une revue fort remarquable, digne des publications européennes les plus cotées, fut rédigée avec des rubriques très variées.Des étudiants y apprendront dans des chapitres de méthodologie historique que l’histoire n’est pas une occasion à morceaux de bravoure, ni une évasion pour ceux qui se complaisent dans les temps anciens, mais bel et bien, une discipline intellectuelle « qui doit abjurer tout préjugé, comme toute préférence ».Les lecteurs curieux y trouveront des articles de recherche et de documentation et même à l’occasion, ceux qui aiment la polémique pourront y relever telle ou telle page où le sel ne manque pas.Mais il y a mieux.Parmi les statuts du nouvel Institut, on lit que ce dernier peut et doit « éditer des textes ou des œuvres ».Avouons qu’il n’a pas été long à tenir sa promesse.Son année de fondation est à peine passée et voici que l’Institut publie son premier ouvrage, et pour un coup d’essai c’est un coup de maître, car il s’agit d’Iroquoisie, dont l’auteur est Léo-Paul Desrosiers, de l’Académie canadienne-française.* * * Léo-Paul Desrosiers est considéré comme l’un des plus solides écrivains de romans historiques du Canada.Certains même estiment, et je suis de ceux-là, qu’il peut être considéré comme le meilleur romancier tout court, comme le plus représentatif de la littérature canadienne dans ce qu’elle a à la fois de largement universel et de typiquement canadien.Mais pourtant jusqu’à présent, Monsieur Desrosiers n’avait point publié de grand ouvrage historique.Certes, tous ses romans — et je songe surtout a ses Opiniâtres que j’ai fait lire à tant de mes compatriotes arrivant à Montréal tous ses romans dis-je, sont tissés dans l’histoire; ses moindres intrigues romanesques se déroulent dans cette atmosphère mi-épique mi-historique des premiers temps de la Nouvelle-France; on avait MARS 1948 71 même pu lire de lui un essai se présentant sous une forme historique tel que Commencements, mais ce n’était pas là le monument durable, l’œuvre considérable que nous attendions de lui et qu’il nous préparait religieusement dans le silence et le travail.f ^ voila que 1 Institut d histoire de l’Amérique française nous l’offre comme don de joyeux avènement et comme le plus beau témoignage de sa vitalité et de son sérieux.Iroquoisie, c’est l’histoire de la lutte implacable qui, de 1534 à 1646, opposa d’une part les Iroquois et d’autre part les nations européennes qui voulaient à tout prix se tailler un empire dans les immensités nord-américaines.Certains pourront se demander si un tel travail s’imposait bien, s’il était vraiment nécessaire de consacrer tant de temps, d’efforts et de recherches à l’histoire d’un fait apparemment si restreint et si limité dans le temps et dans l’espace; et puis, n’existait-il pas sur toute cette période, une bibliographie déjà imposante?A ceux qui se poseront de telles questions, un seul conseil à donner: qu’ils lisent Iroquoisie et à mesure qu’ils pénétreront dans ces chapitres si évocateurs et si remplis de matière historique, ils comprendront bien des choses ! Us saisiront tout d’abord que ces luttes franco-iroquoises, loin detre un quelconque fait historique, constituent parfois la trame essentielle de l’histoire des débuts de la Nouvelle-France.Us verront aussi que loin d’être uniquement Hiistoire d’une guerre entre tribus, Iroquoisie est véritablement l’histoire de tout un peuple, presque de toute une civilisation.Us verront également que, soit par le récit des faits eux-mêmes, soit par les aperçus, soit par les commentaires que l’auteur en fait, l’histoire de ce temps héroïque a une valeur à la fois « nationale et humaine ».Us reconnaîtront enfin que si d’autres que Monsieur Desrosiers ont, en effet, traité cette question avant lui, personne ne s’était, jusque-là, livré à ce travail minutieux, détaillé, à cette étude au microscope, comme dit 1 auteur.D’ailleurs, dans sa préface, en parlant de ce sujet, il ajoute: «Nos historiens ne nous en ont jamais présenté que de larges fresques et de puissants raccourcis.Us en ont pris des vues a vol d'oiseau.Cette immense région, nous ne la connaissons que par ses hauts sommets; personne n’est descendu dans les vallées et les plaines pour en décrire le pittoresque ou le tragique.En lisant tout ce détail, peut-être se dira-t-on que les guerres franco-iroquoises sont si peu connues qu’elles ont tout l’intérêt de l’inédit.» * * * Et cette prétention est bien juste.L’auteur a tellement repensé la question que grâce à son art puissant, nous revoyons tout cela d’un œil neuf.Presque dès la première page du livre le problème est posé; c est, en effet, sur la description d’une assemblée indienne que s’ou- 72 LECTURES vre le volume.Champlain qui vient d’arriver en Nouvelle-France assiste à ce conseil.La question, qui sera au fond de toutes les luttes iroquoises, est traitée; « le calumet circule; chacun pétune, raconte l’auteur, Champlain et Pont-Gravé inhalent à leur tour des bouffées de fumée.A peine descendu sur le sol canadien, le premier assiste donc à une discussion sur l’alliance des Français et des Algonquins contre les Iroquois.Il apprend que le roi est déjà saisi de cette affaire et qu’il a posé ses termes.il assure les Algonquins de son amitié; il sait qu’une guerre sévit entre ces derniers et les Iroquois.Il ménagera la paix entre eux si c’est possible, sinon il accordera son assistance militaire aux Algonquins.» Ce duel entre Hurons et Iroquois n’est pas nouveau.Depuis 1570, la guerre inexpiable sévit et à certains moments la lutte s’est étendue sur un front allant de Tadoussac au lac Huron.Champlain va donc décider de soutenir les Algonquins, c’est-à-dire la Confédération laurentienne contre les Iroquois, car les premiers « sont des négociateurs rusés » et ils ont dit à Champlain : « pas de secours militaires, pas de fourrures ».D’ailleurs cette lutte franco-iroquoise est dans la nature même des choses.Des raisons de toutes sortes, géographiques, politiques, commerciales surtout, la rendent inévitable.Songeons que la colonie nouvelle qui vient de se créer à Québec repose financièrement sur la traite des pelleteries.L’avenir de la colonie dépend avant tout de la qualité des fourrures que Hurons et Algonquins pourront apporter jusqu’à Québec et Tadoussac.Mais la route qui passe par l’Outaouais et le Saint-Laurent est remplie d’embuscades et les Iroquois hantent ces bords.Pour toute la colonie nouvelle, l’Iroquois : voilà l’ennemi ! Au contraire, les Hurons, ce sont ceux qu’il faut soutenir pour que la voie précieuse du grand fleuve reste libre.« La logique des événements, dit l’auteur, entraîne donc Champlain non seulement dans une alliance de plus en plus intime avec la coalition laurentienne [.] mais encore dans une opposition de plus en plus nette à la Confédération iroquoise.» Car ces Iroquois ne sont pas seuls.De même que les Hurons "ont d’instinct aux Français, de même les Iroquois et surtout les Agniers vont naturellement aux Hollandais établis à Albany qui se trouve au débouché de l’Iroquoisie.Ainsi la lutte franco-iroquoise se double d’une lutte d’influence colonisatrice.Relisons ensemble un de ces raccourcis puissants dans lesquels excelle Monsieur Desrosiers et qui émaillent tout le livre de véritables pages d’anthologie : Les nations européennes qui s’espionnent si bien,, s’établissent l'une suivant l’autre dans quelque coin du nouveau monde; aussitôt débarqués les colons nouent des liens commerciaux avec le?tribus avoisinantes; ils sont tous intéressés par la traite et peu à peu s’ébauche l’Amérique de demain où les rivalités, les haines des pays européens, s’introduisant dans les relations des tribus indiennes, aggravant les inimitiés, consolidant les alliances, pro- MARS 1948 73 duiront l’Amérique de demain, sanglante et sordide, où les b* tailles livrées outre-mer se répercuteront dans de petits combat! obstinés et féroces, des actions de forêts et des supplices sans fin.La guerre franco-iroquoise c’est cette succession continuelle de batailles ; c’est une multitude d’événements, au milieu desquels il serait d’ailleurs impossible de se retrouver si Monsieur Desrosiers n’avait eu l’heureuse idée de mettre une chronologie marginale qui facilite énormément la lecture de cet ouvrage.Cette lutte interminable qui fut, presque à la lettre, une guerre de cent ans, est remplie de voyages, de guérillas, de sièges qui soudain s’arrêtent à la suite d’une victoire éphémère et de quelque obscure négociation.Puis, aussi rapidement que le traité a été bâclé, le voici rompu et le cycle se referme ; c’est un perpétuel recommencement qui serait d’ailleurs bien fastidieux si, sous la plume de Monsieur Desrosiers, le ciel de cette lutte ne s’éclairait de temps en temps de la lueur rougeâtre d’une hallucinante description de torture ou ne s’apaisait dans l’évocation d’un paysage de la pastorale Huronnie.Tout doucement on assiste à la destruction de ces tribus in- diennes, de cette race autrefois saine et vigoureuse et qui lentement disparaît des grandes étendues américaines.Comment expliquer ce phénomène ?On sent dans les raisons qu’en donne l’auteur non seulement l’historien objectif, mais l’homme au cœur sensible qui s’apitoie sur ces malheurs : la famine d’abord : la grande calamité toujours à redouter chez ces peuples imprévoyants; la guerre ensuite, mais pas dans les proportions que l’on pourrait ^ croire car cette succession de petites guerres, ces escarmouches ne sont point en définitive très meurtrières, quelques centaines de morts au cours de cette longue lutte et c’est tout.Par contre, l’alcoolisme est autrement destructeur et les blancs responsables de cette calamité n’ont pas à en être fiers.Et enfin, dernière cause, les épidémies, ces épidémies mystérieuses qui participent à ce « poids du destin » dont parle l’auteur.Il arrive que le soir, blancs et indiens veillent ensemble et soudain, dans la confiance fraternelle, les Algonquins se lamentent « Pourquoi meurent-ils si souvent ?Ils disent que depuis la venue des Français, leur nation se perd entièrement ; seuls autrefois, les vieillards mouraient, mais maintenant il en meurt plus de jeunes que de vieux.» C’est en silence que les Français écoutent ces vérités terribles ; ils voient à l’évidence qu’Algonquins et Hurons s’évanouissent pour ainsi dire devant une race européenne qui pourtant leur est sympathique, qui ne leur livre aucune guerre.Le simple mélange des populations est suffisant.« C’est un phénomène que la science médicale a observé plus tard.La seule présence de quelques blancs parmi des Indiens qui ne les connaissaient auparavant les rend vulnérables à toute une série de maladies [.] L’Indien a commencé à se vêtir de laine et de lin, lui qui n’avait porté que des peaux ; son alimentation s’est modifiée.74 LECTURES Il erre entre deux civilisations.L’ombre puissante de l’homme blanc le domine et la transition est si brusque d’un mode de vie à l’autre que les corps ne s’adaptent pas assez tôt et succombent.» * * * Par ces quelques notes rapides, on devine tout ce que cet ouvrage peut recéler comme richesses d’aperçus, comme valeur de documentation, comme nouveauté dans les conclusions.Ce n’est pas un livre qu’il faut lire, mais une œuvre de chevet qu’il faut analyser et à laquelle les historiens futurs devront se reporter continuellement.D’ailleurs, il est bien évident que le livre paru n’est que le premier tome d’un long ouvrage d’ensemble.Cela nous réjouit — et nous attriste à la fois — car nous redoutons que, pris par ce travail de bénédictin, Monsieur Léo-Paul Desrosiers délaisse ses romans historiques.Or, si notre admiration va à Iroquoisie, il est bien certain que c’est à Nord-Sud ou aux Opiniâtres que notre sympathie reste acquise.Guy BOULIZON 3auââe Monnaie ' Il est d’étranges soirs.Encore un livre qui pose avec acuité la question du droit des écrivains à la description du mal.Pourtant cette question semble d’ores et déjà révolue.« Les auteurs », lisons-nous dans Bibliothèques 1 2, « les auteurs ont le droit d’étudier et de peindre le mal, tout comme le médecin a celui de sonder la plaie.Mais ce sondage n’est permis au médecin que pour chercher à guérir.Le praticien dont les études ne serviraient qu’à répandre la contagion serait un malheureux ou un monstre.» « Sur le plan moral, le principe demeure analogue.Etudier les difformités morales que sont le vice er.le péché oblige en même temps à en révéler le danger, et non pes à le rendre contagieux, à force d’en souligner l’attrait, d’en évoquer le charme et de les donner comme inévitables.» Le dernier roman de Ringuet me paraît pécher de quelque façon contre l’esprit de ce texte, même s’il arrive que l’intention de l’auteur ait été tout autre.* * * 1 Ringuet; Fausse Monnaie.Roman.Montréal, Variétés [cl947].236p.19.5cm.— Ce texte fut donné en causerie au programme de Radio-Collège, la Revue des lectures, vendredi le 16 janvier dernier, de 5 hres à 5h.15 p.m._ C84-3 Dangereux 2 *** Bibliothèques.Trente années d’essais et d’expériences.Paris, Casterman [1939].190p.19cm.(Nous ne saurions trop recommander ce livre aux libraires et aux éducateurs).MARS 1948 75 Qu’il me soit donné d’abord de raconter d’une façon proprt l’intrigue qui pourrait l’être davantage.Cinq jeunes gens et cinq jeunes filles partent en excursiot, au nord de Montréal en fin de semaine.L’auto les conduit chez 1 oncle de Suzanne Lemesurier, Amédée, un bonhomme aux mœurs plutôt louches.Les jeunes gens, sans être pervers, ne manifestent aucune vraie formation.De famille aisée et bourgeoise, ils recherchent avant tout le plaisir, leur unique souci.Parmi eux, André Courville, un des personnages principaux du roman, 27 ans, est un vulgaire coureur de filles.André est surpris par l’attitude orgueilleuse et distante de Suzanne Lemesurier.Elle lui apparait comme une Vénus ombrageuse qui réclame tous les hommages sans rien donner en retour.Le soir arrive.Une fois tout le monde couché dans le chalet du père Amédée, — ou plutôt alors que tout le monde devrait 1 être, André va prendre l’air dans le sous-bois, et par hasard, rencontre Suzanne.« Il est d’étranges soirs.» Longue présence mutuelle.Bribes de paroles.Dans le silence de cette nuit idéale, « une nuit de Noël en été », ils tournent tous deux, lentement, avec beaucoup de dévotion, les pages oubliées de leur enfance.L’amour pénètre dans leur cœur avec la douceur de l’atmosphère.Pendant soixante pages exactement, soixante pages d’un style délicat et sensuel, pages des plus réussies au point de vue littéraire, mais des plus évocatrices et donc dangereuses au point de vue moral, Ringuet, avec un art qu’il faut reconnaître, nous montre une Suzanne qui commence à se donner et un André qui, s’il fait un peu plus de manières qu’à l’ordinaire, reste quand même l’André jouisseur déjà connu.Je m’excuse de citer le passage suivant, malgré sa longueur, mais il peut permettre d’apprécier l’à-propos de mes jugements : r b $ n Brusquement, André fut bouleversé de sentir qu’il aimait Suzanne, sans se rendre compte que ce qu’il prenait pour de l'amour était avant tout une satisfaction de son amour-propre et un besoin instinctif de n’être pas en reste.Une surenchère.Un souffle, si faible qu’on ne savait de quel point il venait ainsi, monta jusqu’à la gloriette, apportant l’odeur subtile et piquante des pins qui dormaient en contrebas.Et simultanément tous deux eurent la vision imprécise d’une clairière ombreuse sous les branches hautes et à demi dépouillées: une clairière mouchetée de soleil sur la natte lustrée, ferme, des aiguilles rousses, et qui invitait à s’allonger langoureusement sur le sol.Au fond de l’esprit d’André, l'enchaînement inconscient des pensees et des images éveilla quelque chose qu’il connaissait bien: la soif du plaisir et de la joie, le désir de la lutte, de la victoire séculaire et momentanée de l’homme sur la femme.Et cette anxiété impatiente et cruelle qui toujours, chez le premier, accompagne le désir; comme si la nature, à l’avance, savait combien décevant serait ce triomphe qui à peine atteint ne laisserait que fatigue et la certitude d’avoir été vain.André sentait monter un flot impétueux qui rapidement noyait autour de lui tout ce qui n’était pas ou lui-même ou celle dont le 76 LECTURES contact prochain avait provoqué cette marée brutale.Tout a l’heure, rien n’existerait plus que lui, lui seul, égoïstement.Tout serait bouleversé, en lui et autour de lui.Tout prendrait couleur de son désir avant que de s’effacer pour ne plus laisser que cette seule passion, comme un ouragan balayant le sommet du monde.Puis, enfin, lui-même, sans qu’il s’en doutât, emporté par ce souffle cosmique.Ce qui, en ce moment, métamorphosait André Courville et en faisait quelque chose qui n’était plus un homme mais bien un être étonnant et monstrueux où il y avait du dieu et de la bête, c’était un esprit mille fois plus puissant que lui.Un élan dont toujours, dans son orgueil d’homme, il s’était cru le maître, alors qu’il n’en était comme les autres que l’esclave et le jouet.Qu’attendait cette femme?Et qu’attendait-il lui-même?N’était-elle pas, comme les autres, une femme entre les femmes?Comme toutes les femmes, comme tous les humains, comme tous les êtres vivants, à la merci d’un moment imprévu, à la merci d’un mouvement instinctif de son coeur et de sa chair?Cette solitude de la nuit! Cette complicité de la nuit! Ce silence de la nuit! Cet appel de la nuit! Suzanne et la Nuit, mains jointes comme deux sœurs éternelles et toutes deux attendant, toutes deux espérantes ! Il est d’étranges soirs.avait dit la jeune fille.Soir étrange en vérité! Soir mystérieux où celle-là qu’il avait cru la moins soumise à la loi souveraine s’offrait, semblait-il, au jeu éternellement renouvelé de Pan à la poursuite de Syrinx.De moins en moins différente des autres la faisait son désir.Combien de fois, d’ailleurs, n’en avait-il pas rencontré, en sa course ou ses affûts de chasseur, de ces jeunes filles ou de ces femmes dont la réserve n’était qu’un barrage simulé retenant le flot inavouable du désir.Les femmes, il les connaissait; ou du moins il les croyait connaître.Toutes, simples au fond.Toutes semblables.Toutes la même.Eve, toujours (p.92 à 95).Ils reviennent ensuite au cottage.La nuit passe.Le lendemain, un chapelet en guise de messe suffit à la religion de tous ces campeurs.Dîner.Excursion.Au sommet de la montagne, chaque couple choisit sa gloriette (très moral, comme vous voyez!) et Suzanne entraîne André dans sa « loge ».Mais André, alors qu’il le pourrait et que Suzanne le désire, évite toute action déshonnête.Il chercha en lui quelque chose de vierge, quelque chose que jamais il n’eût donné.Et ce qui lui vint fut une phrase simple que jamais pourtant il n’avait dite, qu’il avait toujours gardée pour celle qui serait l’élue et la compagne; une phrase qui néanmoins lui parut douco et facile: — Suzanne.je t’aime! Alors il sentit en lui-même un grand apaisement (p.174).Mais voici la pluie et le retour au camp.La température change, et, avec elle, le coeur de Suzanne.Soit orgueil, soit dégoût d’un viveur qui, jusqu’alors, ne s’est jamais embarrassé de morale, soit doute sur la sincérité de ce don Juan, soit inexpérience des choses de l’amour, ou encore et uniquement versatilité féminine qui voudrait que le soupirant devienne subitement « Chevalier servant », Suzanne se détache d’André.MARS 1948 77 Le retour à Montréal, le soir, dans la voiture, accuse encor* ses sentiments d'indifférence, puis de mépris et bientôt de haine • à l’égard de celui vers lequel elle se sentait attirée quelques heurej auparavant Les dernières pages du roman nous montrent André Cour-ville redevenu l’André Courville du samedi précédent, dans son attitude plus qu’équivoque vis-à-vis de Charlotte, l’une des jeunes filles, qu’il quitte sur la promesse d’un rendez-vous significatif.La « fausse monnaie », c’est Suzanne ne correspondant pas à l’appel d’André qui désire sortir de son bourbier et qui a comme la nostalgie fugace du véritable amour.Ce qu’il avait ressenti, ce dont il retrouvait en lui les échos, était-ce bien l’Amour?Cet amour-passion, cet amour définitif, cet amour-Amour auquel depuis hier il ne demandait qu’à croire?Auquel il avait cru, vraiment?Ne pouvait-il donc aimer?Et ne pouvait-il donc être aimé de cette façon succulente et magnifique que d’autres avaient éprouvée?Etait-ce bien cela qu’il avait ressenti et découvert en ces heures étrangement parfumées?Ou peut-être l’Amour n’était-il, au demeurant, qu’un mirage, un jeu trompeur de la lumière et de l’esprit?(P.199) La « fausse monnaie », c’est également André et toute cette bourgeoisie falote qu’il représente.Monsieur Jean-Pierre Houle, dans le Devoir, se défendait de soupçonner Ringuet « d’une intention moralisatrice » vis-à-vis d’une certaine bourgeoisie, dont beaucoup d’éléments semblent vraiment incapables de revenir à une vie saine et noble.Pourtant, une telle « intention » n’est certes pas impossible, puisqu’on peut y faire allusion même si c’est pour la nier.En ce sens, le livre ne serait pas complètement mauvais, puisqu’il porterait, à sa manière, une condamnation implicite de la vie légère et vaine de certaines gens, des excursions risquées et du flirt.Hélas, on comprend qu’il ne pourrait s’agir que d’un soupçon ! Le sens de l’œuvre n’est pas alors suffisamment marqué, perceptible.Trop de pages baignent dans des descriptions langoureuses, sensuelles, voluptueuses et parfois pleines de sous-entendus.Certes, il s’agit de l’immoralité de bourgeois distingués, qui gardent une certaine retenue.C’est de l’immoralité quand même.De plus, le fond du livre n’a pas de contreparties suffisantes pour le légitimer.La description du flirt ne devrait être qu’un repoussoir pour mettre en valeur la notion du véritable amour.En reprenant les phrases que j’extrayais, au début, de Bibliothèques, nous avons certainement ici «l’étude et la peinture d’une difformité morale ».Ringuet en a-t-il suffisamment « révélé le danger » ?Je ne le pense pas.Ne pousse-t-il pas la majorité des lecteurs (et c’est la majorité des lecteurs qu’il faut viser quand on juge un livre.) à s’écrier : « Oui ! C’est bien ça, le flirt ! et pas le moins 78 LECTURES risqué ! » N’avait-il pas une excellente occasion de montrer que ce manège galant ou osé est destructeur de l’amour véritable?S’il l’a fait, c’est bien maladroitement, en suggérant peut-être qu’André, en raison de ses habitudes, de sa vulgarité, ne peut jouer longtemps aux nobles sentiments.En tout cas, bien d’autres interprétations sont possibles, et il reste qu’il ne s’agit pas que de flirt.même avancé.Pour trop de lecteurs, ce livre ne sera que l’exposé artistique du péché, la peinture de vies mûres pour toutes les compromissions, et l’on sait que la vue du péché, de mœurs relâchées, peut constituer par elle-même une forte tentation.En partant du cri de Mireille, l’une des jeunes filles : « Je ne sais pas quel plaisir vous pouvez trouver à toutes ces lècheries ! » Rin-guet devait, je ne dis pas monter un roman à thèse, mais bien laisser une chance plus grande au parti de la morale et de la société chrétienne, ou tout simplement de la société.Et cela, tout en respectant la vie.Qu’il n’ait pas rendu le vice «contagieux à force d’en souligner l’attrait, d’en évoquer le charme et de le donner comme inévitable », il se peut ! il se pourrait ! Cependant, ce livre reste dangereux en raison même du sujet, non traité avec la prudence nécessaire.Cette pauvreté morale de Fausse Monnaie paraît d’autant plus regrettable que l’ensemble de l’œuvre, ses parties, sa contexture et son fini relèvent d’un art remarquable.Comme il serait facile de bâtir, avec ce roman, une tragédie classique qui se déroule en vingt-quatre heures ! L’intrigue y serait d’ailleurs plus adaptée, et elle le serait encore plus à une nouvelle alors que, comme matière d’un roman, elle est plutôt mince.La joie du départ, le week-end rêvé pendant le travail monotone de la semaine, la nuit en forêt au bord d’un lac, l’excursion du lendemain, le retour précipité sous la pluie qui dégonfle toutes les espérances et qui, en ramenant les acteurs à Montréal, les enchaîne à leur triste et banal quotidien, quelle magnifique mise on scène ! Quel art aussi pour détacher les deux principaux acteurs du jeu estompé des autres personnages ! N’oublions pas non plus le décor, naturel, bien canadien, décrit à la manière parnassienne et objective.Ringuet est de la race des peintres.Le cottage, le lac, la montagne, la forêt et ses mystères, la pluie et le retour à Montréal sur une route pointillée de phares d’autos, il nous les montre en dehors de lui : ce sont de solides tableaux.Le style, dont la pureté est plus soignée que spontanée, qui sent même trop la stylistique, aux dépens de la vie, prouve cependant encore une fois qu’un écrivain canadien qui se surveille peut soutenir comparaison avec la plupart des auteurs français à la mode.De ce livre, malheureusement, les éducateurs ne pourront retenir que quelques pages aux descriptions admirables qui iront rejoindre celles, déjà choisies, de l’auteur de Trente arpents.Paul GA Y, c.s.sp.MARS 1948 79 Problèmeâ vivant* et leux âolution .Rien ne nous empêche de présenter simultanément au lecteur les deux ouvrages remarquables suivants : La Science et le Scepticisme religieux '1 2 3 par André Giret et Jésus en son temps3 par Daniel-Rops.Ces deux études ont entre elles en effet plus d’un lien qui les unit, et la première peut fort bien servir d’initiation à la seconde.La Science et le Scepticisme religieux d’André Giret contient dans ses cent quarante-quatre pages d’une densité substantielle, le film documentaire de la guerre spirituelle menée en France depuis un siècle, au nom de la science positive, contre le dogme chrétien et contre le sentiment religieux.Nous y voyons déferler sous nos yeux cette vague d’agressivité antireligieuse qui atteignit son plus haut période aux années quatre-vingt pour s’étaler finalement en lame exténuée vers 1930.L’ouvrage s’ouvre sur une distinction subtile, mais judicieuse, entre la littérature scientifique de première main — celle des savants authentiques — et la littérature de vulgarisation scientifique — haute ou populaire — produit de publicistes plus ou moins frottés de science, qui assument la tâche d’initier la masse liseuse 1 aux arcanes du laboratoire et de la recherche.Et Giret souligne d’une encre bien noire les lignes où il dit que la guerre antireligieuse menée au nom des sciences fut le fait beaucoup moins des savants eux-mêmes — généralement modestes dans leurs affirmations — que de ces vulgarisateurs scientifiques qui se sont faits parangons de l’irréligion pour des motifs qui n’ont nul rapport aux sciences.Après cette guerre entreprise de longue date, ces propagandistes se créaient des armes pour leur cause en brandissant, comme conclusions certaines des sciences, maintes affirmations que les vrais savants ne livraient que sous bénéfice d’inventaire.Vient ensuite la recension détaillée des œuvres qui ont marqué la naissance du positivisme et du scientisme, ainsi que leur dé- 1 Ce texte représente le principal d’une causerie donnée à Radio-Collège le 31 octobre dernier.2 Giret (André) ; La Science et le Scepticisme religieux.Préf.de Léon Guillet.Montréal, Fides [1947].146p.tableaux 21cm.(Coll.Philosophie et Problèmes contemporains, no 7) $1.00 ($1.10 par la poste).215 3 Daniel-Rops; Histoire sainte.Jésus en son temps.Paris, Fayard [cl945].(Réimpr.par Variétés, Montréal, 1946.) 638p.cartes 18.6cm.$2.00 ($2.15 par la poste).22.09 80 LECTURES veloppement, leur apogée et leur déclin.Nous observons avec l’auteur les influences, les progrès, les retours de la pensée positiviste dans les différentes avenues de la culture : dans la critique, dans la littérature d’érudition, de morale et même d’art.Les ravages causés dans les esprits et dans la société par ces doctrines trouvent aussi leur description, nécessairement brève, mais précise, dans les pages qui suivent.Les lecteurs qui auront parcouru le livre jusqu’à ces deux premiers tiers seront parfaitement éclairés sur cette époque décrite succinctement par Claudel dans ces lignes inoubliables : « Qu’on se rappelle ces tristes années quatre-vingt, l’époque du plein épanouissement de la littérature naturaliste.Jamais le joug de la manière ne parut mieux affermi.Tout ce qui avait un nom dans l’art, dans la science et dans la littérature, était irréligieux ».Nombre d’historiens et de critiques nous avaient donné une esquisse de cette période et décrit l’incidence des doctrines scientifiques d’alors avec la littérature comme avec l’art.Mais jamais, nous semble-t-il, l’étude n’avait été poussée aussi loin, et jamais les affirmations n’avaient été fondées sur une documentation aussi complète que celle que présente Giret.Aussi, les professeurs d’His-toire de la littérature, les professeurs d’Apologétique, ainsi que leurs élèves, trouveront-ils, dans cette première partie de l’ouvrage, une source de renseignements fort précieux sur cette période où doit être cherchée l’explication de tant d’attitudes intellectuelles contemporaines.Quant au dernier chapitre portant le titre La persistance des mystères dans la nature, il intéressera vivement; mais nous doutons que philosophes et théologiens lui reconnaissent une haute portée tant du point de vue de la philosophie des sciences que de la théologie.Théologiens comme philosophes croiront, peut-être à bon droit, discerner dans ce dernier chapitre l’absence même d’une métaphysique de l’être et du connaître qui est à la racine des misères du positivisme de Comte.On sent toutefois chez Giret une qualité rare, des dispositions personnelles subjectives qui suppléent, par d’autres voies, aux positions doctrinalement moins fortes.L’auteur fait preuve d’un esprit vraiment disponible à la vérité.* * * C’est de cette même inquiétude, de ce même goût d’accéder à la possession raisonnée de vérités religieuses solidement étayées qu’est née THistoire sainte de Daniel-Rops dont la dernière partie, Jésus en son temps, constitue un monument des plus intéressants sur la personne et sur le rôle divin et humain à la fois de Jésus-Christ dans l’histoire et dans l’accomplissement de la destinée humaine.Dans ce volumineux et fort ouvrage de six cent quarante pages solidement construit et clairement présenté, l’auteur fait voir MARS 1948 81 Jésus sous les éclairages intenses d’une documentation historique très étendue et d’une science critique rigoureuse, qui suscitent chez le lecteur un sentiment de sécurité placide et de certitude définitivement assise sur les bases les plus fermes.Et c’est ce bien fondé des affirmations qui caractérise peut-être le mieux cette nouvelle vie de Jésus.Sans doute, on sera aussi frappé de la psychologie profonde de certains portraits, tels par exemple ceux qu’on rencontre sous le titre La Vierge mère et Y Enfant Dieu, ou l’on s’étonnera de la densité des personnages comme dans le chapitre intitulé Fils de YHomme et Fils de Dieu qui décrit les traits de Jésus, sa vie humaine, son tempérament, son caractère, sa connaissance intime des êtres ainsi que la profondeur et la limpidité de son affection pour eux.C’est que le romancier, ici, s’est mis à la disposition de l’historien et lui a prêté cette intelligence affective qui sait seule donner fraîcheur et vie aux documents.Et l’on doit savoir gré à Daniel-Rops romancier de n’avoir pas confisqué un seul instant à son profit l’honnêteté scrupuleuse et la rigueur critique que devait à son grave sujet Daniel-Rops historien.Aussi, cette vie de Jésus connaîtra-t-elle un succès plus durable et de meilleur aloi que celui que conquit, il y a quelques années, tel autre romancier renommé qui n’avait guère pris prétexte de Jésus que pour ajouter un roman de plus à sa déjà trop longue collection.La vie de Jésus de Daniel-Rops trouvera des lecteurs fervents non seulement parmi les esprits curieux de voir vivre Jésus dans ses traits humains, dans son milieu, dans son temps avec l’abondance de détails familiers qui compose une atmosphère compacte et réelle ; mais cet ouvrage sera apprécié davantage encore par ceux qui désirent entrer en possession des conclusions les plus récentes de la critique historique — tant orthodoxe que dissidente — sur la personne de Jésus-Christ.Ajoutons qu’une introduction portant le titre Comment connaissons-nous Jésus?contient un résumé de la critique contemporaine sur les textes sources, résumé d’une abondante richesse malgré son caractère de vulgarisation.Les professeurs de Religion et d’Apologétique de nos collèges consulteront avec profit ces pages où l’auteur a su faire tenir brièvement le résultat d’une somme imposante de lectures, comme le font voir, d’autre part, les indications bibliographiques sur lesquelles se clôt l’ouvrage.Abondance de la documentation, jugement critique averti et pénétrant, forte densité de réalité dans la peinture des personnages, tels sont, nous semble-t-il, les traits principaux qui expliquent le succès croissant de Jésus en son temps par Daniel-Rops.Jacques TREMBLAY, s.j.82 LECTURES 1 Calendrier de 3lore Alexandre Amoux, auquel nous devons, entre autres pièces, Huon de Bordeaux, continue d’écrire des ouvrages merveilleux par la forme et appelant souvent des réserves quant au fond.On l’a appelé récemment « l’enchanteur ».On sait qu’il se meut à l’aise dans le monde du rêve et de l’imagination.Tous ses romans, ses nouvelles et ses essais attestent sa propension pour les grandes œuvres d’imagination, où la féerie domine et inspire.Il est infiniment regrettable que son magnifique Calendrier de Flore soit encore partiellement gâté par quelques pages plus qu’osées, voire même condamnables.Ce n’est sans douce pas Merlin l’enchanteur ; mais tout l’ouvrage exhale également un parfum de paganisme capiteux.C’est bien dommage, car nous devons dire quand même beaucoup de bien du volume d’Alexandre Arnoux au point de vue de l’intérêt du récit et de la valeur du style.Inspiré de Linné, l’auteur de la Philosophie botanique, le Calendrier de Flore est une incursion dans le domaine des plantes, petites et grandes, éphémères ou séculaires.Au 18e siècle et au commencement du 19e, les Calendriers de ce genre ont circulé.L’auteur nous présente une fresque enchanteresse des plantes, des arbres.En janvier (nous sommes en France), le pissenlit apparaît et fournit à l’auteur prétexte à des pages vivantes, ailées, qui ne sont que le préambule à d’autres, sur d’autres thèmes, tout aussi captivantes.Il s’agit d’une aimable fantaisie qui atteste tout de même des connaissances botaniques remarquables.Par un délicat jeu de transposition, Alexandre Arnoux fait mine d’appliquer aux plantes les méthodes d’analyse et d’appréciation propres aux hommes.Les images se succèdent, amusantes, toutes colorées de rapprochements inattendus et savoureux.L’auteur accumule les symboles et les attributs des plantes qu’il étudie.En voulez-vous un exemple ?Voici : Sur la- fenêtre du rapetasseur de godasses, dominant la poix, le cuir, la sueur qui a imprégné les chaussures de fatigue, les résorbant, on respire l’haleine exquise du basilic, cette touffe de verdure et d’arome en boule.Ce pot, cette cassolette d’où monte un globe feuillu, d’une suavité corsée, orne, selon un vieil usage, l’échoppe des confrères de saint Crépin; il leur rappelle que le monde parfois sent bon et leur apporte, à eux qui peinent dans les faubourgs fuligineux, parmi les empeignes, les semelles, les ligneuls, les dépouilles tannées du veau et de la vache, que le végétal existe et que la nature a des parfums enivrants, des épices 1 Arnoux (Alexandre); Calendrier de Flore.Paris, Grasset [cl946].360p.ill.19.5cm.581.9(44) Appelle des réserves MARS 1948 83 pour les narines et les poumons.Usage aussi vénérable que l’orangerie des rois, qui les divertit de la cour et de ses intrigues, de la fétidité politique.C’est pourquoi le langage populaire appelle le basilic: orange des savetiers.Alexandre Amoux prête à la végétation un rôle subtil, charmant, et son imagination anime ce monde végétal.Le récit coule en une langue riche, opulente, qui fait vraiment de sa lecture un plaisir exquis.On en aura des exemples typiques au chapitre intitulé Février.Savourez celui-ci : D’instinct le petit carillonneur secoua sa grêle campane; au sud, un corbeau d’cncre croassa; on entendit comme un rire diabolique, mais dont on ne pouvait jurer qu’il eût retenti ailleurs que dans votre idée, au cœur du taillis où Gengoux le Beluteur avait disparu derrière un tronc, ne laissant qu’une ombre couchée sur le tapis moelleux, et courte, car l’heure approchait de midi, et aléatoire parce que le soleil n’avait pas sa franchise et son commandement de l’été.Le reste est de même venue.Ici et là, partout, percent des réflexions pertinentes, ou impertinentes, portées par un style léger, aérien.Peut-on risquer de dire que ce style bonhomme, charmeur, quelque peu irrespectueux parfois des gens d’Eglise, rappelle cet immortel conteur que fut Alphonse Daudet ?L’auteur connaît bien les verbeux.Il l’est probablement lui-même mais quel verbeux agréable! D’autre part, le vocabulaire est exquis et le récit d’un naturel qui plaît.Il faut pourtant avouer que ce naturel devient souvent du naturalisme détestable dans quelques scènes par trop truculentes, dont les pages cinquante-cinq et deux cent soixante-et-un nous offrent deux exemplaires.Les mois se succèdent, c’est-à-dire les chapitres, et chacun nous apporte un récit palpitant où l’auteur étale sa science historique, ses connaissances botaniques, sa psychologie fine et nuancée.C’est un coquetel, mais un coquetel de bonne compagnie, qui ne tape pas au cerveau et qui grise juste assez pour mettre le lecteur en appétence de continuer à absorber ce récit avec volupté.Au mois de juillet, sous le sous-titre la Paix de l'arbre, Alexandre Ar-nou:.écoute la confidence des arbres, des grands arbres ombreux et généreux; il entend leur langage et nous le communique.Le lecteur me pardonnera bien encore une citation : Je me laisse la bride sur le cou aujourd’hui; je m'abandonne au plaisir de la divagation sans contrainte [.] les littératures doivent leurs caractères distinctifs à la forme des plantes et des animaux, aux montagnes et aux vallées qui entouraient leurs poètes, à l’air qui se jouait autour d’eux.A la végétation surtout, car le monde animal n’offre pas une masse aussi puissante, un tel ensemble qui s’impose; sa petitesse, sa mobilité le dérobent.Quel critique creusera ce thème ?Quel historien partant de la roche nue, du lichen qui l’attaque, de la lande qui lui succède, de la forêt, de la moisson, aboutira à la civilisation qui s’y forme, à l’art et à l’épopée qui en jaillissent ?84 LECTURES On perçoit tout de même la note païenne, naturiste! Un court chapitre est consacré aux Jardins botaniques de Dijon, de Lyon, de Paris, et ceci nous rappelle ce que l’unique, l’incomparable, l’universel et glorieux Frère Marie-Victorin édifia un jour à Montréal.Après une telle lecture, l’on se prend à rêver à ce qu’aurait été le Jardin botanique conçu par le Frère Marie-Victorin, en visitant ce qui en est resté rue Sherbrooke à Montréal.On peut lire aussi des pensées débordantes de lyrisme sur le mois d’août.Août, chante l’auteur, ce mois qui en France surtout se divise en deux moitiés dont l’une prépare l’Assomption de la Vierge, dont l’autre demeure tout embaumée de la piété et de l’exaltation mystique qui a trouvé son sommet en cette grande fête, qui fut longtemps d’obligation dans toute l’étendue du monde catholique ; août, mois où la nature en France, comme mai d’ailleurs, exalte plus suavement la puissance du Créateur et où les poètes, les écrivains comme Amoux, trouvent un décor inspirateur ; mois où la moisson s’annonce et où le travail reçoit sa récompense ; mois où les promesses sont là sur la tige ou sur la branche vigoureuse ! Nous devons nous arrêter, car il est impossible de suivre Ar-noux en tous les méandres de sa pensée vagabonde.Ne risquerions-nous pas d’ailleurs de brouiller la vision de la nature qu’il nous apporte et qui nous rappelle 1’ « homme de lettres q'i a beaucoup marché à travers la campagne, a visité les jardins, a feuilleté des livres trop savants pour lui, a associé bizarrement les idées, voyageant en zigzags de la science à la poésie; amateur des futilités profondes de la tradition populaire, de la mythologie végétale, païenne ou chrétienne ; bizarre vagabond des bibliothèques et des forêts, des grèves et des in-folio, du parchemin et de la prairie»?(R.AL., nov.1946, p.197.) Disons donc, avant de terminer, que les passages magnifiques sont ici nombreux et variés.On ne peut tout de même s’empêcher, après deux cents pages de lecture, d’éprouver de la lourdeur si ce n’est de l’étourdissement.Coquetel littéraire, avons-nous écrit, qui ne grise pas, mais qui, absorbé à doses trop massives, alourdit quand même.Ajoutons encore que l’ouvrage est présenté avec goût.Quelques arabesques ornent les têtes de chapitres.On a agrémenté d’un dessin très net la page frontispice consacrée aux differentes saisons.Bref, le lecteur formé, qui aime le beau style, la nature, les plantes, éprouvera du plaisir à parcourir ces descriptions, ces récits et ces dialogues dont une philosophie légère assaisonnée d’humour, aiguise le charme ; mais son plaisir ne l’empêchera pas de regretter certaines audaces et même l’intempérance littéraire, rançon d’une trop grande facilité, d’une exubérance trop peu disciplinée.Rodolphe LAPLANTE MARS 1948 8$ DOCUMENTS Pax Pomana et leâ univeiâitaiteà canadienà * A la mi-novembre 1947, il s’est déroulé à l’Université d’Ottawa un événement important qui devrait intéresser tous les universitaires catholiques, étudiants et diplômés, du Canada français : le premier congrès national de la Fédération canadienne des universitaires catholiques, affiliée à Pax Romana.Comme j’ai été mêlé à l’histoire de la F C U C depuis sa fondation (1935), je me sens un peu invité à faire ici quelques commentaires et, pour cette fois, je demande à cette chronique de s'étendre à tous les universitaires catholiques.C’est au lendemain de la première grande guerre, exactement le 21 juillet 1921, que les universitaires des pays neutres d’alors, la Suisse, la Hollande et l’Espagne, convoquèrent à Fribourg, Suisse, une assemblée d’étudiants à laquelle 18 pays furent représentés.Dans une atmosphère de solidarité chrétienne, ils voulurent établir des rapprochements entre les universitaires des nations belligérantes, créer une sorte de Centrale universitaire catholique internationale qui, par des services appropriés d’entr'aide et d’échanges, se préoccuperait de leurs besoins matériels, scientifiques et religieux.Heureusement inspirés, ils choisirent le nom de Pax Romana pour leur association et le Saint-Siège s’empressa de bénir et d’encourager leur initiative.Pax Romana devint vite une Internationale Universitaire Catholique, un Secrétariat international au service de fédérations universitaires nationales catholiques, respectant leurs caractéristiques propres et leur indépendance.Actuel- lement Pax Romana compte plus de 260 fédérations affiliées de 65 pays différents ; son siège social est à Fribourg et l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, S.E.Mgr Charrière, en est l’aumônier général.Lors du dernier congrès international, le Saint-Siège nomma S.E.le cardinal Pizzardo comme cardinal protecteur de Pax Romana.En 1935, M.l’abbé Joseph Gré-maud, ardent ouvrier de la première heure et premier secrétaire administratif de Pax Romana, vint au Canada dans le but d’inviter les étudiants catholiques à s’affilier au mouvement.Après avoir rencontré le Recteur de l’Université de Montréal, une assemblée fut tenue à l’Université Laval de Québec où M.l’abbé Grémaud, devant des représentants étudiants et les recteurs des universités d’Ottawa, de Montréal et de Québec, exposa l’objet de sa visite et la nécessité urgente pour tous les étudiants catholiques de faire front commun, dans une organisation solide et permanente, devant l’autre jeunesse déjà organisée.La Fédération canadienne des universitaires catholiques date de cette assemblée tenue en décembre 1935.Les débuts furent hésitants et difficiles.C’était un temps d’effervescence chez les jeunes.Les mouvements d’Action catholique spécialisée traçaient leur voie et les élans patriotiques et nationaux partageaient les adhésions.Le Bloc universitaire (BU) et l’Union des Jeunesses tentèrent des ralliements sans grands lendemains.D’autre part, sur un plan canadien, les étu- 1 Ce texte, publié dane le Droit du samedi, 22 novembre 19+7, e»t toujours d’actualité.86 LECTURES (liants des universités se rencontraient dans la Fédération nationale des étudiants des universités canadiennes (FNEUC) à caractère et à tendance neutres, ou dans l’Assemblée des étudiants canadiens (AEC) d’inspiration gauche ou rouge.Bref, l’on avait beau épuiser les lettres de l’alphabet, les routes n’étaient pas claires pour les jeunes et d’aucuns se proposaient de fonder une « organisation pour organiser les organisations » ! A noter que la situation n’est guère mieux de nos jours ; la seule différence c’est que les cartes se transposent en plus sur la table internationale et alors notre pauvre alphabet ne suffit plus du tout.Il me faudrait ici des pages rien que pour définir ces lettres : ISS, IUS, WRSF, MIEC, MIUC, etc.et j’en passe.Dans tout ce tralala, où se trouve la- FCUC ?Après des tâtonnements inévitables dans tout mouvement nouveau, surtout chez des étudiants qui sont toujours « de passage », elle a voulu consolider ses cadres et en assurer la permanence en acceptant dans son giron les universitaires diplômés ou professionnels ; la FCEC devint alors la FCUC.Cette modification essentielle servit d’exemple à d’autres fédérations affiliées à Pax Romana et fut comme consacrée au dernier congrès international de Fribourg, 1947, par la création au sein de Pax Romana d’une section officielle de diplômés appelée le « Mouvement international des intellectuels catholiques ».Avant ce changement important, la FCEC avait vécu de congrès, pour ainsi dire.Grâce à la collaboration franche et généreuse du secrétariat de la JEC, elle a préparé une forte délégation canadienne (80) au 18e congrès international de Pax Ro-mana tenu à Washington et à New-York en 1939, délégation oui par son esprit, sa tenue et sa documentation.créa chez les quelque 300 délégués de 35 nations différentes une impression considérable et lui valut un riche butin de con- tacts précieux.L’année suivante, la FCEC organisa une semaine d’étude canado-américaine et son secrétaire participait à un congrès interaméricain à Bogota, Colombie, d’où il put visiter presque toutes les fédérations d’étudiants catholiques d’Amérique du Sud.En 1941, journées d’études à Ottawa.Et en juillet 1942, le conseil central de la FCEC, en possession d’une abondante récolte d’expériences, convoqua les délégués des trois centres universitaires à un congrès-récollection de trois jours à Saint-Benoît du Lac.Ces journées intenses, dans la splendeur liturgique bénédictine, furent très fructueuses et donnèrent l’orientation actuelle de la FCUC ; elles étaient sous la présidence de Me Maximilien Caron, président général d’alors.La Fédération canadienne des universitaires catholiques veut inviter nos intellectuels à être aux écoutes et à étudier, sous la lumière féconde et inépuisable de la doctrine sociale de l’Eglise, les problèmes de l’heure qui souvent menacent le patrimoine de nos richesses culturelles et spirituelles si chèrement acquises, et dont la solution (?) est par trop souvent laissée « aux autres ».Nous possédons pourtant dans les rangs de nos professionnels, de nos techniciens ou de nos scientistes, des maîtres formés aux sources authentiques ; et si l’Eglise ne peut compter sur eux pour faire la lumière dans les ténèbres de nos temps modernes, sur qui comptera-t-elle ?Voix de Pax Romana, la FCUC, si manifestement encouragée par l’épiscopat canadien, veut être, par son secrétariat permanent et ses secrétariats régionaux, la voie de nos forces universitaires catholiques canadiennes-françaises, « pour propager les certitudes du spiritualisme chrétien alors que des systèmes athées voudraient tout enfermer dans l'horizon d’un matérialisme désolant» (S.E.le card.Piz-zardo, cardinal protecteur de Pax Romana).Arcade GUINDON, o.m.i.MARS 1948 87 jÇe millénatiâme Conclusions du Conseil de vigilance de Paris du 12 novembre 1947 Par devoir de sa charge pastorale et après en avoir référé à son conseil de Vigilance, Son Em.le Cardinal met les fidèles de son diocèse en garde contre une propagande qui est de nature, non seulement à entretenir de vaines imaginations, mais à troubler la foi de chrétiens insuffisamment éclairés.Les promoteurs de ces idées, nommément M.l’abbé Tissier, M.Raymond Chasles et Mme Madeleine Chasles, affirment comme une doctrine expressément enseignée dans la Sainte Ecriture, contrairement au sentiment commun dans l’Eglise catholique, qu’avant la fin du monde et le jugement général, le Christ reviendra visiblement sur terre pour inaugurer ici-bas un règne glorieux de mille ans.Un décret de la Congrégation du Saint-Office, en date du 21 juillet 1944, a déclaré que pareille doctrine ne pouvait être enseignée de tuto, c’est-à-dire sans imprudence relativement à la foi.La propagande en faveur du Millénarisme n’en a pas moins continué : a) Elle se fait de vive voix, dans des réunions privées, cercles d’études et conférences.Pour ne pas favoriser la diffusion de l’erreur, les fidèles doivent s’abstenir de participer à ces réunions.b) Cette propagande se fait aussi par écrit dans des ouvrages dépourvus de l'Imprimatur de l’autorité ecclésiastique, qui est requis pour tout livre d’auteur catholique traitant des Saintes Ecritures.Deux de ces ouvrages, parus depuis le décret du Saint-Office, Israël et les Nations de M.Raymond Chasles (Paris, librairie Lamarre, 1945), et Voici je viens de Mme Madeleine Chasles (même librairie, 1946), portent intérieurement la mention Pro Manuscripto, comme si cette simple mention les dispensait de Ylmprimatur.Il est.clair que ce n’est là qu’une façon de tourner la loi ecclésiastique.Ces ouvrages sont publiquement édités et mis en vente ; un Copyright réserve les droits de traduction, présentation et adaptation pour tous pays.Au regard du Droit Canon, ces ouvrages doivent être considérés comme rentrant dans la catégorie des « livres » (libri) dont s’occupe la législation de l’Index.En conséquence de cette omission de 17m-primatur, délibérément voulue par les auteurs pour répandre leurs doctrines erronées, les fidèles doivent considérer la lecture des ouvrages de M.et Mme Chasles comme formellement prohibée par la loi de l’Eglise.0X0 1 Extrait d’un texte de la Semaine religieuse de Paris, qui condamnait aussi d’autres déviations de la Foi.88 LECTURES FAITS ET COMMENTAIRES c4mbaiiadeui de Stance au Canada La récente nomination de M.Francisque Gay comme ambassadeur de France au Canada a été accueillie avec la plus vive satisfaction dans tous les milieux canadiens-français.Cette satisfaction est facile à comprendre lorsqu'on connaît la personnalité et les mérites exceptionnels du nouvel ambassadeur.Même une revue littéraire comme Lectures ne peut manquer de signaler spontanément la sagesse d’un tel choix qui, en raison des activités passées de Monsieur Gay, plus spécialement dans le domaine social, dans celui de la presse et de l'édition, en raison de son catholicisme notoire et aussi de l’intérêt qu’il porte depuis toujours aux choses canadiennes, laisse présager des relations culturelles on ne peut plus amicales et fécondes.Nos lecteurs trouveront sans doute un vif intérêt aux notes biographiques suivantes.Elles sont cueillies dans nos quotidiens de U février dernier, qui tous saluaient avec enthousiasme la nomination du nouveau titulaire à Ottawa.Nous avons complété l’un par l’autre les textes de nos quotidiens.La figure si sympathique de l’éminent catholique que présentent ces lignes fera certainement oublier coupures et rapetassage.N.D.L.R.M.Francisque Gay est né à Roanne (Loire).C’est un petit homme mince, à la figure ascétique ornée d’une barbiche blanche, légèrement voûté.Membre influent du Mouvement républicain populaire, député de Paris à l’Assemblée nationale, il est l’objet de la sympathie à peu près unanime des milieux politiques français et internationaux.M.Gay fit des études littéraires à l’Université de Lyon.Après y avoir été diplômé, il entreprit des études supplémentaires en théologie, en philosophie et en littérature anglaise.Plus tard, il travailla à Dublin, en Irlande, où il fonda une bibliothèque française.Il milita activement dans les milieux universitaires catholiques et fut un des disciples du mouvement “Le Sillon”, fondé par M.Marc Sangnier.Il fonda, peu avant la guerre de 1914-1918, l’organisation “Les Volontaires du Pape”.Acquis aux théories de la démocratie chrétienne, il contribua par la parole et par l’écrit, à les propager.Avec l’aide de M.Bloud, il créa la librairie « Bloud et Gay », qui vendit les principaux ouvrages catholiques de son temps et en édita une grande partie.M.Gay fut également le fondateur du quotidien l’Aube, dont le rédacteur en chef, de 1932 à 1940, fut M.Georges Bidault, l’actuel ministre des Affaires étrangères français.L’Aube ne cessa de lutter vigoureusement contre le royalisme athée de Charles Maur-ras.Francisque Gay était considéré jusqu’à 1939 comme le premier journaliste catholique de France.Membre du Parti démocrate populaire, M.Gay se présenta plusieurs fois à la députation avant 1939.Lors de l’entrée des Allemands en France, M.Gay sabota son journal et participa à la constitution des principaux mouvements de résistance.Il fut un des membres du « Comité général d’études » et le principal responsable de l’organisation et de la diffusion de la presse clandestine.Nommé, à la libération, président d’honneur de la Fédération nationale de la presse française, qui groupait tous les journaux issus de la résistance, il fit reparaître l’Aube qui devint, lors de la formation du Mouvement républicain MARS 1948 89 populaire, l’organe officiel de cette organisation.M.Gay en resta- le directeur politique.Il redonna également vie à sa maison d’éditions dont les années d’occupation a-vaient mis l’activité en sommeil.Membre de l’Assemblée consultative, M.Gay fut élu, en octobre 1945, en tête de la liste du M.R.P.dans la première circonscription de Paris.Le général de Gaulle le nomma-ministre d’Etat de son gouvernement.Il fut ensuite vice-président du conseil du cabinet de M.Félix Gouin et ministre d’Etat du gouvernement de M.Bidault.M.Gay, depuis très longtemps, s’intéresse aux choses du Canada.Sa maison d’éditions, Bloud et Gay, a publié de nombreuses études sur notre pays et lui-même tient, de façon assez lointaine mais fort honorable, à notre propre histoire.Il est en effet l’arrière-neveu d’un missionnaire, Mgr Clut, qui fut l’un des grands évangélisateurs de l’Ouest.M.Gay est marié et père de six enfants ; il a un fils prêtre, une fille religieuse ; une autre est mariée à un député du M.R.P.^Manuels technique* en langue /tançaiâe Jusqu'à nos jours, une des grandes faiblesses de la plupart de nos écrivains fut leur manque de familiarité avec les termes propres dans une foule de domaines, en particulier celui de la technique et des métiers.Pour qu'un vocabulaire passe de façon vivante dans une littérature, il serait candide de croire qu'il suffit de fouiller lexiques, dictionnaires et glossaires ; il importe, au contraire, que ce vocabulaire devienne monnaie courante, qu'il soit naturel à ceux auxquels il revient de l’employer quotidiennement.L’écrivain n’est pas, en effet, une espèce d'épiphénomène, un sublimé indépendant de la société dont il est issu.C'est pourquoi les notes suivantes, qui laissent présager un renouveau fécond jusque dans le monde industriel chez nous, nous paraissent d’un grand intérêt même pour les littérateurs et les professeurs de lettres.Tous s empresseront sans doute de se procurer ces intéressants manuels.L’une des carences les plus graves constatées jusqu’à ces dernières années dans notre enseignement technique était le manque de manuels français à l’usage des élèves et des ouvriers qui, ayant déjà terminé leurs études1 désiraient se procurer des vocabulaires modernes de leurs métiers respectifs.La direction générale de notre enseignement technique jugea un jour que la préparation de teis manuels s’imposait de façon urgente, en raison des progrès continus de notre enseignement spécialisé.Les professeurs des principales matières enseignées dans nos écoles techniques se mirent au travail pour donner, avec la collaboration de reviseurs compétents, la forme définitive de manuels aux feuilles de cours qu’ils distribuaient à leurs élèves.C’est ainsi que, à la fin de 1945, on pouvait déjà se procurer dans chacune de nos écoles techniques et d’arts et métiers les ouvrages suivants : un Lexique de mécanique dfajustage par M.Lucien Normandeau, un Lexique de menuiserie préparé en collaboration, un manuel sur le Lettrage en dessein industriel par M.Georges Landreau, un Cours de menuiserie en deux volumes par M.Emile Morgentaler, un Guide du constructeur en deux volumes par M.Charles Grenier, un ouvrage sur les Pratiques standardisées dans la construction des habitations par 90 LECTURES M.Morgentaler également, et enfin un traité sur la Lecture des Plans par M.Georges Landreau.Ces ouvrages furent tous édités par les soins de la Revue Technique, alors que l’enseignement spécialise dans la provins relevait du Secrétariat provincial.Quand, le 16 novembre 1946, le nouveau ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse décida d’ajouter aux organismes existants de l'enseignement spécialisé placé sous sa juridiction un Office des cours par correspondance, l’Hon.Paul Sauvé fit inclure dans les attributions de ce nouveau service, le travail de revision et d’édition des manuels techniques français.M.Jean Delorme, nommé à la direction de cet Office avant d’accéder, en octobre dernier, à la Direction générale des études de l’enseignement spécialisé, saisissant l’importance de presser la publication de manuels français, accéléra le travail si bien que, en moins d'un an, six nouveaux manuels s’ajoutèrent à la liste de ceux qui étaient déjà mis à la disposition des élèves et du public en général.Les voici : une Initiation à l'électricité par M.Albert Chevalier, un manuel sur le Dessin industriel (tracés géométriques) par M.Georges Landreau, un manuel sur les Organes de machines par M.Vianney Trudeau, un manuel à'Algèbre appliquée à l’industrie par M.J.-A.Ca-dotte, une Arithmétique appliquée à l’industrie par M.Lucien Normandeau et une Initiation à la forge par MM.Leroux, Fortin et Colpron.Les résultats obtenus par cette section de l’Office des cours par correspondance sont donc déjà considérables, mais il y a- plus : une vingtaine d’autres manuels sont en ce moment en préparation et ils paraîtront aussitôt que le travail de revision aura permis de les confier à l'imprimeur.Parmi ces manuels qui, encore une fois, donnent une forme définitive et aisément accessible aux résumés des cours donnés dans nos diverses écoles d’enseignement technique, on note: un ouvrage sur les Croquis cotés par M.Germain Berthiaume, un Mécanique théorique par MM.Gérard Sénécal et Gérard Juneau, une Electricité théorique par MM.Lionel Barbeau et M.Leblanc, un Radio théorique par MM.Albert Chevalier et Gérard Crenaud, un ouvrage sur les Mécaniques d’ajustage par MM.Poirier et Morgentaler, un manuel d’Electricité des moteurs à courant continu par M.Ernest Boisvert, un manuel d’Electricité pratique (brochage) par M.Antonio Robert, une Initiation sur les nmchines fixes par M.Henri Gaulin, un manuel sur les Machines à bois par M.Emile Morgentaler, (texte révisé paT M.Josa-phat Rajotte), un manuel, en deux volumes de Menuiserie et Construction par M.J.-E.Gamache, un ouvrage sur les Matériaux industriels par MM.Maurice Barrière et H.E.Tanner, un manuel sur le Dessin en ferblanterie par M.Louis Goulet, un ouvrage sur l’Usage de l’équerre de charpente paT M.Léo Laforest, un ouvrage sur la Construction du meuble par M.Jean-Marie Gauvreau, une Chimie industrielle par M.Hector Beaupré et un manuel de Soudure par MM.Lanouette et Gratton.Comme le communiqué précédent est extrait des1 journaux de novembre 19k7, ü est à présumer que plusieurs des derniers manuels mentionnés sont déjà en vente ou sur le point de l’être.Nous souhaitons qu’ils connaissent la plus large diffusion.N.D.L.R.MARS 1948 91 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUE Volumeâ i; RELIGION | Labourdette (M.), Nicolas (M.-J.) et Bruckberger (R.-L.),o.p.Dialogue théologique.Pièces du débat entre « la Revue Tho- j miste» d’une part et les RR.PP.de Lubac, Daniélou, Bouillard, ! Fessard, von Balthasar, s.j., d’autre part.Saint-Maximin, les Ar- lj cades [1947].151p.18.5cm.*230.1 I Tous ceux que préoccupent les problèmes théologiques ont f sans doute suivi avec un grand intérêt la polémique autour de « la I nouvelle théologie ».Qui n’a lu par exemple, à ce sujet, les articles I de Jean Daniélou (les Orientations présentes de la pensée reli- i I gieuse), du P.Garrigou-Lagrange (la Nouvelle théologie, où va- I t-elle?) et de Br.de Solages (Pour l'honneur de la théologie), i parus respectivement dans les Etudes (avril 1946, p.5-21), An- gelicum (juilL-déc.1946, p.126-145) et dans le Bulletin de litté- I rature ecclésiastique (avril-juin 1947, p.65-85)?Le présent ouvrage, Dialogue théologique, apporte des pièces capitales au dossier de cette polémique.Une note liminaire situe exactement l’ob- m jet de ces pages : A l’article non signé des Recherches de Science religieuse, par lequel un certain nombre de RR.PP.Jésuites répondaient à 1 la chronique la Théologie et ses sources, parue dans la Revue thomiste (mai-août 1946), l'équipe de direction de cette Revue répond par la publication présente.Chaque partie de cette réponse est signée par celui qui l’a rédigée; mais chacun de nous revendique la responsabilité, dt tout.M.Labourdette, M.-J.Nicolas, R.-L.Bruckberger, Dominicains.Le contenu de ce petit livre passionnera le lecteur, et en raison de 1 intérêt même du sujet et en raison de la sereine objectivité que les auteurs montrent dans la discussion.On y trouve des pages remarquables sur les notions perdurables de la théologie et de la vérité, et cela dans un esprit d’eveil continu au devenir de la vie, au progrès de toutes les disciplines intellectuelles.Tout aussi à point sont celles consacrées a la notion de critique, au thomisme et à ses promesses de renouveau merveilleux «pour peu que le Bon Dieu donne aux prochains thomistes une constitution intellectuelle aussi forte que leur théologie ».Enfin cette réplique me semble si à point, si bien mesurée, si riche d’une pensée théologique vivante, que je dois me retenir 92 LECTURES pour ne pas en parler trop longuement dans une revue consacrée d’abord à la littérature.Je souligne simplement, en terminant, que les RR.PP- Dominicains ne s’en prennent nullement à l’actif de l’œuvre des RR.PP.de Lubac, Daniélou, Bouillard, Fessard et von Balthasar.Bien au contraire! Cette œuvre est admirable et ils le disent.Ils ne croient pas qu’elle doive être pour autant soustraite à la critique, toujours féconde lorsqu’elle est faite dans un bon esprit.Ils défendent simplement, avec maîtrise, la transcendance et l’actualité du thomisme et de la théologie scolastique, contre les dangers d’une pensée généreuse et féconde, mais en même temps quelquefois aventureuse peut-être, ou du moins encore trop inadéquatement formulée.Pages de critique sereine et constructive, qui feront le régal des théologiens et des philosophes.J’ai particulièrement apprécié le savoir théologique et la puissante dialectique du R.P.Labour-dette, et même la congruité et l’élégance d’un style qui a su s’adapter à la force et à la finesse conjointes de ces hautes spéculations.Théophile BERTRAND Thils (Gustave).Théologie des réalités terrestres.T.1 : Préludes.Desclée, De Brouwer [1946].198p.25cm.23(04) Tout le monde catholique et chrétien est d’accord sur le principe : trop longtemps les écrivains catholiques ont suivi la mode et traité les questions de philosophie morale, individuelle et sociale, familiale, professionnelle, économique, de politique nationale et internationale, à la lumière exclusivement rationnelle.On croyait sans doute mieux atteindre le naturalisme et le libéralisme rationalistes dans leur propre bastion, laissant dans l’ombre les exigences théologiques qui seules peuvent donner la réponse définitive à ces problèmes.Déjà plusieurs auteurs, depuis les dernières années d’avant la Deuxième Guerre mondiale, avaient signalé cette exigence de la pensée chrétienne d’un point de vue plus élevé, disons le mot, surnaturel et théologique, pour aborder ces questions pratiques.La Théologie des réalités terrestres aborde précisément le problème social et économique sous cet angle primordial et c’est pourquoi le volume sera utile.Malheureusement ce ne sont que des « Préludes » et, dès lors, il est difficile de porter un jugement sur un ouvrage dont on ne nous donne que l’introduction.Peut-être l’auteur a-t-il voulu publier ainsi cet aperçu afin de connaître la réaction de la critique et en tenir compte dans son exposé ex professo.C’est dans le double but de répondre à ce désir possible de l’auteur et de prémunir les lecteurs des « Préludes » que nous nous permettons des mises en garde contre deux équivoques qui nous frappent.Car nous souhaitons de tout cœur que son ouvrage dé- MARS 1948 93 finitif réponde adéquatement aux « Exigences de la pensée cou-temporaine » (1ère Partie de l’ouvrage) égarée par trois siècle?de rationalisme dans les méandres du subjectivisme et de l’idéalisme, qui ont conduit le monde aux utopies fascistes, nazistes et communistes.Gustave Thils a déjà rassemblé un nombre imposant de textes de 1 Ecriture sainte et des auteurs ecclésiastiques sur le problème de la finalité de l’univers.Mais, à notre humble avis, c est^ le raisonnement théologique sur ces « autorités » qui nous parait equivoque.Et comme l’auteur y revient trois fois, au cours de ces preludes de deux cents pages, nous craignons que le lecteur ne soit égaré dans cette argumentation, s’il n’est mis en garde contre la mauvaise acception des termes.C’est un dogme chrétien et surtout catholique que l’univers entier que nous habitons a été créé, qu’il est conservé par Dieu dont il doit, a la consommation des temps, contribuer à proclamer a gloire extérieure.Cela est vrai de tout notre univers, l’homme et ange inclus.Et c’est un autre dogme chrétien et catholique que l’homme et l’ange ont été, par une bonté surnaturelle de Dieu, destines a la vision béatifique surnaturelle.L auteur signale avec raison que ces deux dogmes sont les deux piliers qui doivent soutenir toute théologie des réalités terrestres.C’est encore une joie pour le catholique de voir Gustave Thils employer la méthode analogique thomiste pour procéder à sa démonstration.Mais cela ne va pas sans grand danger.La lecture de son livre laisse perplexe sur la marche de sa démonstration.Substances, accidents absolus et relatifs dépendent certes tous du Créateur, de sa Providence qui gouverne le monde et le dirige vers sa fin, mais de manières foncièrement diverses, chacune dans son genre propre et au sens transcendental.On saisit dès ici le danger de traiter d’une manière trop univoque cette relation à la fois essentielle et transcendantale des diverses creatures vis-à-vis de leur Créateur.Les m préludes » de la Théologie des réalités terrestres abandonnent ensuite 1 ordre des substances (sans doute parce que ce point de doctrine est plus connu et plus facilement admis de tous) pour restreindre leur démonstration au monde matériel et aux relations sociales.Sauf erreur de notre part dans la triple lecture que nous avons faite de ce volume, c’est une grave méprise, pour ne pas dire une erreur dogmatique, que de prétendre que le monde matériel inanimé et irrationnel procède, dépend et retourne à son Créateur de la même manière que la créature intelligente (anges) et raisonnable (hommes).Quant à la nature humaine (un peu comme le monde angélique) elle retourne à son Créateur par voie de Rédemption.Mais on ne peut en dire autant du monde matériel inanimé ou animé (animaux), parce que les êtres de ce monde sont inca- 94 LECTURES pables de liberté, et partant de mérite.Ce n’est donc que par une analogie d’attribution extrinsèque, par dénomination et par réduction logique, que le monde matériel participe à la Rédemption, par et à travers le sujet humain dont ce monde matériel devient l’instrument et le moyen pour atteindre sa fin.Nous croyons donc que l’auteur devra préciser davantage sa pensée sur ce point capital, en fonction de l’autre dogme des conséquences du péché originel sur la nature matérielle distincte de la nature humaine.Et c’est aussi, à notre humble avis, une autre erreur de logique que d’assimiler (à fortiori identifier) ces valeurs matérielles inanimées, qui se rangent dans la catégorie substance, avec les relations sociales humaines qui, selon saint Thomas d’Aquin n’ont qu’une valeur accidentelle absolue ou relative («ens entis»).Nous nous refusons à croire que l’auteur n’a pas vu ces distinctions.Mais nous confessons que son livre nous laisse perplexe dans ses expressions.Souhaitons que ce malaise disparaisse quand nous lirons les autres volumes de son ouvrage dont nous venons d’analyser les préludes.Armand PERRIER, D.S.Th., D.Ph.Plus (R.P.), s.j.La Fidélité à la grâce.Bloud et Gay [1947].157p.17cm.(Coll, la Vie intérieure pour notre temps).234.1 « Une bonne âme devrait être incapable de jamais perdre sa joie.» Ce mot du R.P.Plus, n’est pas une exagération, un simple mouvement d’éloquence.Si peu cherchent la joie où elle se trouve.Ainsi, s’imaginerait-on qu’un petit volume ayant presque le titre d’un traité théologique est apte à procurer des heures de détente?Sa lecture repose de toutes les analyses psychologiques, souvent psychiatriques, de la plupart des romans modernes.Mais pourquoi les liseurs ne prisent-ils pas davantage la spiritualité?Si quelques-uns se risquaient à déguster les livres du P.Plus, l’appétit leur viendrait vite.Cette doctrine solide, exprimée dans un style alerte et enlevant ne pourrait manquer de les conquérir.Alexis-M.BRAULT, o.s.m.Beckaert (J.-A.).Pourquoi je crois?Paris, Bonne Presse [1946].30p.16cm.(Coll.Pourquoi.?) 234.2 Cote de la coll.: 2(08) En cinq courts chapitres qui forment toute la matière de ce fascicule, l’auteur étudie successivement, en un style simple et très élégant, les questions suivantes: N’ai-je pas besoin de convictions?La loi est-elle nécessaire?Ma foi n’est-elle pas d’une qualité in- MARS 1948 95 férieure?La foi raisonnée est-elle possible?Est-ce que je vis ma foi?Inutile d’ajouter qu’il répond à chacune avec précision et à propos.On ne peut donc qu’espérer une foi vivifiée et plus solidement motivée de la lecture de ces pages trop brèves.André JANOËL Mendigal (Louis).Vers la lumière.[Paris, Secrétariat de la J.E.C.F.(M.T.), 1945.] 111p.hors-texte 21cm.234.2 Il faut remercier le Secrétariat national de la Jeunesse étudiante chrétienne féminine des enseignements moderne et technique d’avoir publié cette brochure qui sera très utile à tous ceux et celles qui désirent avoir un manuel pratique entre les mains pour l’étude du « problème de la foi ».Une courte page de présentation nous indique le but de ce petit livre : « Apporter un commencement de solution sérieuse aux problèmes qui préoccupent concernant la Foi religieuse ».L’auteur est cependant trop modeste car il a su toucher à toutes les questions relatives à celles de la foi et il présente une étude bien à point pour les membres des cercles d’études.Chaque chapitre se termine par « un petit questionnaire destiné à faire réfléchir les lectrices et lecteurs plus âgés qu’un effort n’effraie pas », et par « une série de petits problèmes plus ou moins amusants qui reprennent sous une forme plus humoristique les mêmes questions ».Ce livre contient en plus dix-huit magnifiques héliogravures accompagnées d’un texte bien approprié.Roland GERMAIN Jacques (Jules) et Kervyn de Marcke Ten Driessche (R.).Saint Michel et le Dragon.[Paris] Bloud et Gay [1947].190p.17cm.(Coll, la Vie intérieure pour notre temps).241 Voici un court traité des vertus et des vices.Saint Michel symbolise les vertus, le dragon symbolise les vices.Entre les deux partis adverses, combat ardu.i Ce petit livre se recommande à la vie intérieure de notre temps.Entre autres problèmes, on y rencontre celui de la curiosité intemr 'rée dans la lecture; les auteurs y flétrissent une fois de plus le fallacieux prétexte de la largeur d’esprit.Les jeunes gens y apprendront la prudence et la loyauté de conscience.A la jeunesse encore, que l’ardeur incline parfois à mépriser certaines vertus comme trop passives les auteurs rappellent qu’aucune vertu n’est passive et soulignent ron intention l’aspect actif de la prudence (p.52 et ss.).Relevons encore les remarques opportunes 96 LECTURES sur la mesure à garder dans le sport (p.172 et ss.).Notre temps en a besoin.A la base, une information très étendue qui se traduit par des allusions, des traits ou des anecdotes.Les auteurs ont adopté le dialogue: un prêtre et un laïque échangent leurs idées.Le récit n’en est que plus rapide et plus vivant.A travers les discussions perce un courant d’humour qui délasse.Le vocabulaire est net et varié, parfois même audacieux jusqu’à créer des néologismes enjoués et moqueurs, comme « rouf-toutouïsme »; c’est là « l’absence de système et de loi, c’est l’à-peu-près, c’est l’inélégance, c’est la politesse du coeur de celui qui vous marche sur les orteils en disant du mal de l’étiquette » (p.159).Voilà donc un ouvrage marqué au coin du bon sens, étayé d’une « doctrine sûre et inaltérable ».Sa lecture ne peut que favoriser notre perfectionnement moral.Henri LESTAGE, c.s.sp.Riondel (H.), s.j.La Vie de foi.Sa nature, ses progrès, ses consolations, ses épreuves et sa fécondité.Paris, Lethielleux [1931].(Réimpr.par Granger, Montréal.) 366p.19.5cm.$1.25 ($1.35 par la poste).248 Dans ce livre de haute spiritualité et de lecture agréable, le R.P.Riondel nous décrit la nature, les progrès, les consolations, les épreuves et la fécondité de la vie de foi.Les âmes, soucieuses de perfection, y trouveront de fort bons conseils, appuyés par des maîtres de la vie intérieure, tels que sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, saint Ignace, etc.Des exemples tirés de la vie des saints agrémentent le texte.Aussi bien, en lisant ce livre, les âmes éprises de perfection y puiseront un stimulant pour progresser dans une union plus intime avec Dieu.Paul-M.MORIN, o.p.Marc (Abbé P.).L’Ascension de votre âme.Paris, Spes [1945].(Réimpr.par Granger, Montréal, 1946.) 313p.19.5cm.$1.25 ($1.35 par la poste).248.1 Au soir d’une vie consacrée à la prière, à la méditation et à l’apostolat, l’abbé Marc a voulu élargir son champ d’action au moyen du livre.Il y a bien réussi.Il nous invite ici à méditer les grandes vérités qui doivent régir nos vies.Comme dans les autres ouvrages de l’auteur, ces pages nous livrent le message d’une âme dont la foi et le zèle nous entraînent vers les sommets.Elie GOULET MARS 1948 97 Dunn (Raymond), s.j.Manuel d’initiation à l’Action catholique.Montréal, Centrale Indépendante Catholique, 1945.141p.19.5cm.$1.00 ($1.10 par la poste).*256.1 Les manuels d’Action catholique ne sont pas si nombreux et variés en nos librairies que la parution d’un nouveau nous laisse indifférents.Celui du Père Dunn a un double mérite: il est adapté au Canada français et il est d’une rare clarté d’exposition.Le Père donne les grandes lignes de l’Action catholique telles qu’elles ont été établies par les derniers grands Papes, et développées par Guer-ry, Civardi, Dabin, Lelotte, etc.Le tout est exposé en schémas, ce qui en facilite la compréhension, et complété par des questionnaires et quelques notes de technique.Deux réserves sont à faire.L’une, relative au texte: dans la 2e leçon, on a publié, en appendice, un article de J.Leclercq sur « le catholique de naissance »; à mon avis, cet article .publié sans aucune atténuation ou contrepartie laisse une étrange impression.Le fait d’être catholique de naissance est-il une infirmité ou une grâce?C’est assurément une grâce, et une grâce exceptionnelle.Que le conformisme ou la routine atteignent de tels catholiques, ce n’est sûrement pas dû au fait qu’ils ont été baptisés en naissant, mais à de toutes autres causes (v.g.carence d’éducation, etc., etc.).Si vrai qu’il soit, comme tableau psychologique, l’article de J.Leclercq demande à être contrebalancé; les militants n’ont pas à regretter d’avoir appris les éléments de leur catholicisme sur les genoux de leur mère, mais bien plutôt de n’avoir pas assez pris conscience des graves obligations que cette faveur leur imposait.Autre réserve, quant à la présentation cette fois.Il manque une table des matières avec pagination.On trouve bien, au début du manuel, un plan de l’ouvrage, mais la pagination des différents sujets manque, en sorte qu’il faut feuilleter le livre pour se retrouver.Réserves légères, on le voit, et qui n’infirment que très peu la valeur du manuel.On peut le proposer, comme excellent instrument, à tous les militants d’Action catholique.A.CÔTÉ André (Max).Foyers de lumière en chrétienté.Tournai et Paris, Casterman, 1946.295p.19.5cm.$1.75 ($1.85 par la poste).265.5 Pour adultes Ce livre trop peu connu mérite d’être signalé à tous ceux qui désirent « fabriquer » du bonheur dans un foyer de lumière.Il est le fruit d’une « teste bien faicte » et d’un cœur rempli d’amour de Dieu.Max André est un écrivain remarquable.D’une inépuisable richesse doctrinale et d’une rare élégance littéraire, son volume 98 LECTURES rend un son de vérité conquérante dans le concert de faussetés et de préjugés qui circulent au sujet de l’amour et du mariage.L’auteur affronte le problème délicat de l’intimité chamelle des époux et nous offre des analyses lumineuses sur la signification biologique, intellectuelle, morale, sociale et religieuse de l’amour.De la nécessité de la pureté pour l’adolescent qui s’achemine au mariage et de la profanation et de la caricature de l’amour, on passe à la nature et aux fins du mariage: le devoir de la fécondité et l’épanouissement mutuel des époux.Enfin, la spiritualité conjugale nous livre le grand secret de la réussite dans l’éducation des enfants.Max André projette une vivifiante lumière sur la fameuse méthode des docteurs Ogino et Knauss; avec beaucoup de clarté, il en discute le pour et le contre, rappelant le grand principe de la moralité de l’acte humain.« Pour qu’un acte humain soit bon, il faut que tout en lui soit bon; c’est-à-dire sa nature, ses buts et ses circonstances.» (P- 186).Je le répète, ces pages d’une indiscutable valeur méritent d’attirer l’attention de tous ceux qui rêvent de foyers heureux.Le lecteur qui se soucie des grâces du style sera servi à souhait, car l’auteur a su habiller sa pensée avec magnificence.C’est à la fois un traité et une anthologie des meilleures pages écrites sur l’amour.Rolland LEGAULT Drogat (N.), s.j.Méditations à deux.La montée de notre foyer.Paris, Spes [1946].255p.19cm.265.5:248 Ouvrage destiné à faire monter les époux vers les cimes de la plus haute spiritualité.L’auteur écrit une langue nette, précise.Il insère dans son texte de pertinentes et judicieuses citations.Il démontre la haute valeur du mariage; il le considère comme un grand sacrement et suggère aux époux de monter vers les sommets de la perfection, dans une vie intérieure intense, dans un épaule* ment quotidien sans relâche.Ouvrage qui échappe à la mièvrerie habituelle de trop de publications du même genre.Les jeunes époux feraient bien de placer ces Méditations sur les rayons de leur bibliothèque familiale.Le mariage est un sacrement; il est aussi une vocation et apparaît un état de vie où le plus haut perfectionnement moral est possible.Les pages du Révérend Père Drogat indiquent de lumineuse façon la route ascendante à gravir: route de sacrifices, route de joie sereine, route qui doit mener en définitive à la sainteté, but ultime de toute vie chrétienne.R.L.MARS 1948 99 Llewellyn (R.-E.).Ton Milieu.Montréal, Fides [1946].186p.17cm.(Les Publications de la Famille.Coll.Ta Mission aujourd’hui) $0.75 ($0.85 par la poste).*265.542.3 Ce charmant petit livre est la suite logique de Ta Personne.L’auteur est toujours d’un réalisme serein et conquérant: tout ce qu’il nous dit est très concret et d’un surnaturel pratique.Même s’il s’adresse directement à la jeune fille, à l’adolescente, la gent féminine en général y trouve son grand profit.L’épouse, la maman, la reine du foyer y puisera beaucoup de suggestions que, petit à petit, il lui sera possible de réaliser pour rendre son « royaume » plus rayonnant de la vraie vie chrétienne.Il faut signaler particulièrement les méditations inspiratrices et dynamiques, et l’heureuse idée de parfumer tout le bouquin du souvenir de la Vierge Marie.Bref, il s’agit encore de ces bijoux de réflexions et de pensées, si vivantes, si savoureuses, uniques en leur genre, qui ornent l'écrin incomparable de la collection Ta Mission aujourd’hui.Toutes les jeunes filles, toutes les épouses doivent se procurer ces vade-mecum.Simone GERMAIN SCIENCES SOCIALES Kothen (R.).Problèmes sociaux actuels.[Bruges] Desclée, De Brouwer [1946].173p.19cm.(Bibliotheca Mechliniensis, 8).304 L’auteur, avec sa compétence reconnue, traite de la déprolétarisation des masses, de la réforme de l’entreprise, de la nationalisation, de la sécurité sociale, du pluralisme.Nous avons là un magnifique exposé de chacune de ces questions, où les enseignements pontificaux sont mis en pleine valeur.Tous ceux qui s’intéressent à ces problèmes, que la situation actuelle inquiètent, trouveront, dans ces pages, un enseignement à point.Yves DESCHAMPS Thérien (Eugène).Soyons propriétaires.L’immeuble et ses problèmes.Montréal, Lumen [cl946].222p.19.5cm.(Collection Réussir) $1.50 ($1.60 par la poste).333.3 Parmi les grands problèmes de l’heure, l’un des plus alarmants est sans contredit celui du logement.Mgr Charbonneau, après avoir lancé un appel pathétique sur l’urgence de régler ou de pallier à la disette de logements dans la métropole, est revenu à la 100 LECTURES rescousse au moyen d’une Lettre pastorale pressante.Dans son livre intitulé: Soyons propriétaires, M.Eugène Thérien apporte à la solution de ce problème les lumières d’une vaste expérience dans le domaine de l’immeuble.• Après une énumération de distinctions sur les differentes especes de biens, l’analyse de la définition et l’exposé de l’histoire du droit de propriété, l’auteur en arrive à l’évaluation des immeubles; ce chapitre, d’une grande importance pratique, est bourré de faits et de conseils concernant l’évaluation du terrain et du bâtiment.M.Thérien, en fouillant le passé économique de Montréal, a compilé des statistiques intéressantes sur « la location des immeubles ».Qui ne sursautera en lisant la phrase suivante : « Dans la seule ville de Montréal, on comptait plus de 14,000 logements vacants en 1932» (p.132).Malgré le grand intérêt des huit chapitres de 1 ouvrage, le septième me paraît le plus captivant et le plus actuel: la Construction d’habitation à logement unique.Après un bref aperçu de la construction dans les pays étrangers, l’auteur explique brièvement les récentes lois fédérales du logement de 1935 et de 1944.Que de révélations dans ces pages aptes à réveiller bien des énergies endormies! On pourrait chicaner sur certaines pages dun aspect trop théorique; le lecteur aurait peut-être préféré un exposé plus pratique sur les différents modes de devenir propriétaire.Quoi quil en soit, c’est là une simple opinion qui n’enlève rien à la valeur et à l’intérêt de ce travail.Un œil sévère dénicherait sans doute aussi quelques accrocs à la stylistique, mais devrait cependant reconnaître que M.Thérien exprime avec clarté, même avec élégance ses pensées.Puissent tous nos hommes d’affaires suivre un tel exemple! Rolland LEGAULT Taillon (Frère Léopold), c.s.c.Pour mieux enseigner l’anglais.La méthode directe bien comprise.Montréal, le Centre de Psychologie et de Pédagogie [1947].87p.22.5cm.$0.75 ($0.85 par la poste).372.65 Voilà un guide pédagogique éminemment pratique dont tous les professeurs de langue seconde voudront faire leur vade-mecum.Objective au possible, cette étude linguistique élucide très opportunément ce triple point d’interrogation qui hante tous les professeurs consciencieux: Pourquoi, dans quelle mesure et de Que/ze manière y a-t-il lieu de recourir à la langue maternelle de 1 eleve pour lui enseigner fructueusement une langue seconde.Dans l’état actuel de confusion des esprits résultent fatalement de la multiplicité des doctrines linguistiques fantaisistes qui embrouillent le problème, nulle démonstration n’etait plus opportune.L’on ne saurait trop savoir gré à l’auteur de mettre a jour MARS 1948 101 sans pitié le sophisme du « Ne traduisez pas, c’est indirect!» sur lequel les tenants de la méthode dite directe ont de tout temps prétendu étayer leur méthode.Aussi bien, le Frère Léopold rend-il grand service à tous les professeurs de langues en distinguant comme il convient entre traduction-version et traduction-thème, surtout entre le thème à la manière traditionnelle « prenez-telle-page-et-traduisez-moi-ça » et le thème d’imitation de textes en langue seconde, clef de voûte de la méthode directe bien comprise.Non moins judicieusement qu’opportunément, le Frère Léopold démontre pourquoi et comment il y a lieu de simplifier l’étude du verbe anglais en vue de communiquer au plus tôt à l’élève la maîtrise des formes verbales de la langue seconde: véritable clavier du langage.Et encore, avec combien de raison réduit-il à sa juste mesure le sophistique dicton: «Penser en anglais!» Bref, tout est à lire et à méditer dans cette substantielle étude linguist tique où s’équilibrent et s’éclairent mutuellement saine théorie et méthodique technique.Appuyée à la fois sur une longue expérience et les témoignages d’éminents linguistes de divers pays, la démonstration de l’auteur est d’une logique aussi lumineuse que convaincante.Au surplus, c’est écrit d’une plume alerte et bien trempée.Comme on le sait, « le Fr.Léopold écrit pour dire quelque chose et sa manière ne manque pas de piquant ».Bien que didactiques, maintes pages de Pour mieux enseigner l’anglais se lisent comme un roman.C’est tellement riche d’idées que « ceux qui ont la responsabilité dii choix des méthodes y trouveront ample matière à constructive réflexion ».En page frontispice de son ouvrage, l’auteur a inscrit ce conseil du grand réaliste Lincoln: « Si seulement nous pouvions savoir où nous sommes et ce que nous voulons, il nous deviendrait relativement facile de juger de ce qu’il y a à faire et des moyens à prendre ».J’estime que l’étude linguistique du Fr.Léopold répond en tout point à ce programme de constructive objectivité.Je ne saurais mieux dire tout le bien que j’en pense.Tous ceux qu’intéresse le rendement scolaire ont intérêt à promouvoir la diffusion de Pour mieux enseigner l’anglais par la méthode directe bien comprise.Ce sera un bon moyen de conjurer le péril imminent d’autres aventures risquées comme nous n’avons cessé d’en vivre depuis un quart de siècle.Eugène ACHARD Gilles (Frère), o.f.m.Les Choses qui s’en vont.Causettes canadiennes.Nouvelle édition corrigée et augmentée.Montréal, Granger, 1945.142p.ill.23.5cm.$0.40 ($0.50 par la poste).39(71) Comme le titre le laisse pressentir, ce volume se classe dans le rayon des œuvres du terroir.Sans posséder la valeur de Vieilles 102 LECTURES choses et vieilles gens de M.Georges Bouchard, on pourrait dire qu’il ajoute un heureux complément à ce dernier ouvrage.Les Choses qui s’en vont comprend trois grands chapitres.A la maison évoque le rôle du rouet et du métier; Près de la maison nous décrit la laiterie, les moulins à vent, le fléau, le crible et enfin les moulins à farine; Dans les Champs nous fait revivre la vie laborieuse des ancêtres, les foins à la petite faux, le brayage et la corvée.Le Frère Gilles décrit la campagne avec beaucoup de fidélité et de sincérité; il y est demeuré attaché par toutes les fibres de son âme paysanne.Ses comparaisons entre le passé et le présent sont parfois choquantes et ses leçons morales trop directes.Il aurait mieux valu laisser deviner au lecteur des conclusions qui se dégagent d’elles-mêmes.Et puis, la mécanisation de la ferme, si elle a chassé la poésie du labeur campagnard, n’a-t-elle pas fourni un précieux apport au paysan?Par ailleurs, l’un des grands mérites de ce livre réside dans la parlure imagée des Anciens; il constitue à lui seul un véritable glossaire.Le Frère Gilles s’est ingénié à multiplier ces vocables abandonnés mais savoureux; toutes les pages en sont farcies au point peut-être d’alourdir le style et d’agacer le lecteur.L’auteur n’aurait-il pas fait un usage abusif de certains termes démodés qui sont de purs barbarismes ou même d’authentiques anglicismes?Notons, en terminant, que des hors-texte agrémentent ce petit ouvrage et illustrent les vieilles « choses » décrites.Rolland LEGAULT BEAUX-ARTS Hallut (Victor).De Bach à Debussy.Esquisses musicales.Ixelles-Bruxelles, Edition Nationale Belge, 1946.263p.20cm.$1.25 ($1.35 par la poste).78“17/19” Ces esquisses musicales s’adressent à l’humaniste désireux de renouveler sans cesse sa culture.Loin d’être un ouvrage d’érudition, un fatras de dates, de nomenclatures et d’anecdotes, l’auteur s’en tient à l’essentiel et nous promène sur les sommets.Il s’agit donc de vues synthétiques qui nous livrent le principal, l’âme des maîtres de la musique.Enfin, le charme particulier de ces pages vient de ce que l’auteur est un homme de grande culture générale et qui sait nous faire apprécier davantage son sujet par ses excursus pertinents dans le champ de la peinture et des lettres.Yves DESCHAMPS LITTÉRATURE Gaskell (Mrs.).Lady Ludlow.Roman traduit de l’anglais par F.Darmont.Paris, Editions des Loisirs.223p.19cm.82-3 MARS 1948 103 x Ce roman, traduit de l’anglais, nous transporte dans un village °?.,1omJine * ^n^uence protestante.Le principal personnage est une vieille dame desireuse de faire du bien autour d’elle; elle est animée certes de bonnes intentions, mais aussi affligée de préjugés trop surannés pour nous être sympathique; le lecteur sera souvent porte a accorder ses préférences à ceux qui tiennent tête à Lady Ludlow afin de lui faire accepter des idées plus modernes.livre ne plaira sans doute pas à tous en raison de l’atmos-phere froide qu’il dégage; cependant, certains passages sont marques d’une pointe d’humour authentique et l’ensemble donne une discrete leçon de bonté.Roland GERMAIN Barrère-Affre (Marie).Le Goût du poison.Roman.Paris, Bonne Presse \ 19471.181o.19cm.(Coll.Etoiles).84-3 Blen J°h roman et d’une belle écriture.Un père de famille s écarté de la route du devoir.Son infidélité rejoint celle d’une mere de famille et, comme il arrive dans les drames de ce genre, ce sont les enfants qui en souffrent ou qui peuvent en souffrir, à moins qu’il n’y ait redressement.Tout s’arrange à la fin, et la vie continue dans le regret des fautes passées, l’espérance d’un Sursum corda chrétien.Il faut souhaiter la diffusion de romans comme ceux de Marie Barrère-Affre et aussi l’apparition, chez nous, des romanciers populaires qui sachent, par des œuvres remarquables et saines, contrebalancer l’influence pernicieuse de tant d’écrivains à la mode.„ , ,v Rodolphe LAPLANTE Bay (Andre).Intimité ou Bonheur d’un jour.Montréal, Editions Pascal [1946].195p.front.19.5cm.Pour adultes A son retour d une absence de deux mois, Stéphane retrouve en sa femme, Claire, 1 amoureuse qu’il avait méconnue au temps de sa grossesse.Dès la naissance de Christine, il avait fui et la mère et^ 1 enfant, car, à ses yeux, l’arrivée de ce dernier brisait 1 intimité de son bonheur.Peu a peu, la tendresse de sa femme et les joies naïves du petit le reconquièrent.L’enfant, loin d’être une gêne à l’amour, est vraiment son couronnement.En marge de ce bonheur, surgissent les souffrances morales d’une jeune voisine enceinte qui se désespère de la mort d’un époux qu’elle aimait tendrement malgré ses brutalités.Claire saura se faire pardonner sa joie et la vie d’un chacun s’orientera dans la paix.Intimité, conquête de la paix de la vie conjugale; Intimité, rappel du vrai sens du mariage.André Bay fait preuve d’un esprit d’observation remarquable et d’une sensibilité affinée.Jean MAROX 104 LECTURES Chrésal (Bernard).Cap au large.Roman.Paris, les Editions Ouvrières.174p.19cm.84-3 Dès les premières pages de ce récit palpitant, nous mettons le cap vers les horizons mouvants de l’aventure et de l’imprévu.' « L’Artémis », un cargo de 6,000 tonnes, transporte de New-York à Bordeaux une précieuse cargaison: deux coffres contenant de l’or et des bijoux à destination de la Banque de France.Un « coup de chien » éclate à quelques milles au large de Terre-Neuve.C’est le milieu de la nuit.Le Commandant Dureuil ordonne au second lieutenant Paul Brémont d’aller vérifier si le matériel ne bouge pas.Paul Brémont surprend le premier lieutenant Fougues qui, aidé de quatre marins, tente d’ouvrir l’un des coffres avec un chalumeau oxhydrique.Un drame s’ensuit, dont Paul Brémont sera d’abord la victime puis le héros.Récit fort bien écrit et qui tient le lecteur en haleine jusqu’au dénouement.— E.G.Schwebel (Raymond).Sauver les copains!.Petite histoire de tant de marins de France [—].[Paris] les Editions Ouvrières [1946].62p.19cm.84-3 Le drame se passe en Méditerranée: c’est un épisode authentique des batailles navales de 1940.Nous sommes à bord du croiseur « le Vengeur », l'une des plus belles unités de la flotte française.Le matelot Pierre Drouvet a la réputation d’être une forte tête.C’est un « parisien de Billancourt auquel, paraît-il, on ne la fait pas » et qui le dit bien haut à qui veut l’entendre^.Il est pacifiste et, pour lui, les ennemis ce sont les capitalistes, les ambitieux, les « gros pleins de soupe ».Les circonstances lui donnent pourtant l’occasion de montrer sa valeur, et il meurt en héros, après avoir sauvé l’équipage en danger.Récit pathétique, sobrement raconté.E.G.Zeller (Renée).Le Royaume secret.Paris, Editions de l’Arc [cl946].211p.18.5cm.(Les Romans de T Arc).84-3 Les drames qui se jouent dans les consciences ne sont pas toujours connus; aussi c’est avec un intérêt soutenu que l’on assiste ici à la crise morale subie par une jeune étudiante en médecine.Au cours de la guerre, elle perd son frère, catholique sincère, et réussit à convertir l’ami de ce dernier.Le temps passe et elle reçoit une lettre de celui qu’elle a naguère orienté vers la foi: son MARS 1948 105 mariage ne lui apporte que désillusion, il songe au divorce et implore l’aide de la jeune fille.Celle-ci subit à ce moment un doute de plus en plus grand contre la foi; elle se débat dans les prises d’un terrible dilemme: ou encourager ce divorce, devenir heureuse par un mariage depuis longtemps désiré et renier en même temps ses croyances; ou bien fortifier davantage ses convictions et continuer son travail apostolique d’autrefois.Pour arriver au dénouement de cette étude poignante, Renée Zeller nous fait cheminer longuement dans le passé avec son héroïne: nous la suivons dans les épisodes douloureux de sa vie et la voyons enfin remporter la victoire.Roman psychologique bien construit, qui enseigne à manier avec douceur les âmes torturées par le doute et qui prouve la miséricorde de Dieu envers ceux qui implorent son secours.Roland GERMAIN Astorg (Bertrand d’).Introduction au monde de ta terreur.Paris, Editions du Seuil [cl945].122p.19.5cm.(Coll.Pierres vives).84-4 Appelle des réserves Où classer cet essai littéraire?Il ne s’agit pas de critique au sens ordinaire, mais bien d’une « introduction » aux auteurs et aux œuvres étudiés.De toute façon, l’étude ne se circonscrit pas à la seule époque connue dans l’histoire sous le nom de « la Terreur » et, depuis la Révolution, l’auteur aborde, ne fût-ce que pour les nommer, ceux dont l’œuvre est inscrite sous le signe de la terreur.C’est d’abord ce Saint-Just à qui la Révolution, qui le trouva au cachot, devait donner un rôle si singulier.Il fut, quoi qu’en pense l’auteur, un tyran au « cœur vindicatif et corrompu ».Il y a ensuite le marquis de Sade, puis William Blake.Bien d’autres noms sont mentionnés à travers ces pages écrites d’un style cursif et sans plan apparent.Entre tous, deux sont à retenir: Nietzsche et Ernst Junger.C’est avec ce dernier nom qu’apparaissent, pour employer une de ses propres expressions, les « intentions polémiques » — si l’on peut dire — de Bertrand d’Astorg: parti de la Terreur révolutionnaire, il nous achemine vers la Terreur nazie, qui n’eut rien à envier à l’autre.Dommage toutefois qu’il se soit arrêté en si bon chemin.Nous eussions aimé quelques pages bien frappées sur la Terreur communiste, toujours actuelle.Tout en reconnaissant que l’auteur de ce curieux ouvrage est un écrivain sensible, intelligent et maître de sa langue, on ne peut endosser telles quelles toutes ses conclusions, ni surtout admettre le galvaudage de mots tels que « sainteté » et« vertu », employés souvent de façon bien étrange.André JANOËL Verrier (Claude).Aurore d’Apocalypse.Paris, Editions du Vieux Colombier [cl946], 141p.19cm.(Coll, la Colombe).84-4 106 LECTURES Le titre de cet ouvrage intriguera plus d’un lecteur et permettra d’épiloguer sur les événements qui viennent d’ensanglanter l’univers.Ne tirons cependant pas trop vite des conclusions et donnons-nous la peine de lire cette brochure: nous serons surpris des commentaires de l’auteur et nous constaterons que ses jugements sont solides, ses avancés bien sérieux.La table des matières, avec les titres qu’elle présente, pique déjà la curiosité ; ce sont, par ordre : le Rameau d’olivier, la Racine du mal, Marthe et Marie, le Supplément d’âme, la Cathédrale du monde, la Conversion des croyants.Claude Verrier nous introduit d’abord dans la trame des heures d’angoisse que nous venons de traverser et nous met en garde contre l’idée d’assimiler ces cataclysmes aux signes précurseurs de la fin du monde; il analyse ensuite les causes de ces bouleversements et il analyse les deux attitudes possibles en face des événements : la contemplation (dans le sens d’une passivité suffisante) et l’action.Après nous avoir rappelé que « la sainteté n’est pas seulement de fuir la matière, [mais] de la spiritualiser», il étudie le problème que pose l’équilibre de cet édifice prodigieux qu’est le monde moderne, avec ses inventions, sa soif de conquête matérielle et Spirituelle, ses gouvernements de toutes sortes, y compris celui de l’Eglise.Il termine alors en faisant un appel aux chrétiens, pour qu’ils se fassent les apôtres d’un renouveau dans le monde : « Toi qui es né dans la foi, commence par te convertir ».Monsieur Verrier, qui a un style brillant, abuse peut-être trop des figures; mais il réussit ainsi à intéresser ceux que les grâces du style attirent.Quant aux idées, certains les trouveront audacieuses et estimeront certaines critiques trop acerbes.Pour ma part, je préfère les risques d’un sain réalisme à la quiétude d’un optimisme béat.Roland GERMAIN Bernard (Harry).Juana, mon aimée.Roman.Montréal, Granger, 1946.212p.19.5cm.$0.75 ($0.85 par la poste).C84-3 M.Harry Bernard a écrit plusieurs romans, qui ont connu leur heure de vogue et qui l’ont classé parmi les meilleurs romanciers d’alors.Mgr Camille Roy a dit de lui : « Il témoigne d’un sens aigu de la vie, d’une grande précision de l’œil ou du regard ».Juana, mon aimée est assurément un de ses meilleurs livres et l’on comprend qu’il ait mérité le grand prix de littérature de notre province en 1931.L’action se déroule dans la steppe de la Saskatchewan centrale.L’auteur, sans accroc à la règle essentielle de l’unité, a mené de front deux trames : le drame de la famille Lebeau exilée dans la plaine de l’Ouest et les aventures amoureuses du jeune Chatel MARS 1948 107 avec Juana, une amazone.Les deux histoires s’engrènent parfaitement l’une dans l’autre et ne divisent pas l’intérêt.M.Bernard est un romancier habile; son intrigue tient le lecteur en haleine : le mystère qui rend impossible l’amour des deux héros ne s’éclaire qu’au dénouement.Le seul reproche à faire, me semble-t-il, serait l’invraisemblance d’un fait sur lequel s’étaye tout l’échafaudage : après plusieurs rencontres, est-il possible que la jeune fille ignore la liberté dont jouit Raymond Chatel ?Juana apprend le célibat de celui qu’elle aime seulement après son propre mariage.« Je suis mariée, c’est vrai, mais comment pouvez-vous me le reprocher ?N’êtes-vous pas marié vous-même ?» Cette défaillance initiale n’enlève cependant pas à l’oeuvre son intérêt romanesque et surtout son principal mérite, qui est de décrire le grand tourment des colonisateurs.Pour les Lebeau, la nostalgie de la ville remportera-t-elle sur l’ennui de la solitude ?La solution nous arrive, grosse de leçons.Le romancier, qui ne s’interpose pourtant jamais entre le lecteur et ses personnages, sait nous présenter la vie qui, comme telle, est toujours riche d’enseignements.Harry Bernard me paraît meilleur peintre que psychologue.Peut-être, d’ailleurs, que sa discrétion dans l’analyse des sentiments est voulue, ou plutôt qu’elle relève de l’esprit d’une époque, encore près de nous pourtant, mais qui ignorait les audaces littéraires actuelles.Quoi qu’il en soit, l’œuvre, d’une écriture tout à la fois sobre et imagée, demeure fort captivante.Rolland LEGAULT Maurel (Charles).Légendes légères.Montréal, les Editions du Lévrier [1946].187p.20cm.C84-3 Ne chicanons pas l’auteur d’avoir intitulé Légendes ces douze contes.Si nous nous en tenons au sens étymologique de « legends, choses à lire », l’emploi de ce titre est justifié.Il s’agit de douze récits, délicieusement tournés, nullement compliqués, d’un optimisme voulu.Criquet-Riquet-Houppe est le nom étrange d’un petit chat mignon dont la maladie et le transport chez le vétérinaire amène la réconciliation des trois petits Labelle : Louise, Jean, Robert.Paulette et le style épistolaire raconte l’antipathie instinctive d’une sténo à l’endroit de son jeune patron, antipathie qui ne s’en termine pas moins par un mariage.Un triangle présente un joli récit où l’imbroglio entre Monsieur, Madame et Bébé se dénoue très gentiment.Chacun sa fierté est une belle leçon de fidélité à la terre.Léonard Lebrun se voit offrir un alléchant contrat radiophonique en qualité de chanteur, mais il reste fidèle à la glèbe et à sa fiancée Colombe Perrot.Stratégie, un conte délicieux qui nous dit comment Huguette Brion devint le trait d’union entre son papa et Mademoiselle Madeleine ; celle-ci deviendra une nouvelle maman toute de compréhension pour la petite fille.Dans 108 LECTURES Partie de dames, nous apprenons comment le rentier Trefflé Lé-pine sut ce que pensaient de lui les commères du village.Enfin, Au secours de l'amour, les Dragées de grand-maman, Rébellion dans la sacristie sont d’une veine aussi heureuse.Oeuvre légère, délicate et charmante.Jacques D’ORLÉANS Potvin (Damase).Restons chez nous! Roman canadien.Montréal, Granger, 1945.221p.21cm.$0.75 ($0.80 par la poste).C84-3 Paul Pelletier, unique héritier de son père, Jacques Pelletier, cultivateur de Bagotville, s’ennuie à la maison paternelle.Sa fiancée, Jeanne Morin, fille du voisin, se montre impuissante à le tirer de sa profonde tristesse.Paul est fatigué du calme de sa petite ville, il voudrait courir l’aventure et connaître d’autres horizons que celui de cette terre du Saguenay.Il veut chercher fortune ailleurs, convaincu qu’il reviendra un jour, riche et comblé, pour goûter un bonheur parfait auprès de Jeanne.Pourtant la vie s’écoule chez lui franche et heureuse, dans l’atmosphère paisible de ses champs.Mais personne, pas même Jeanne, ne réussit à détourner le jeune homme de son projet, et le départ a lieu.Le fils Pelletier va d’abord a Québec, puis à New York où il doit vivre d’expédients et où il s’abandonnera à l’ivrognerie.Il gagne ensuite l’Europe ; il revient bientôt, découragé plus que jamais et malade.Admis par charité dans un hôpital de New York, il y meurt tristement Jacques Pelletier vendra sa terre et Jeanne Morin prendra le voile.Dans un cimetière catholique de la métropole américaine, se dresse une petite croix de bois noir portant une inscription en blanc : Paul Pelletier, Canadien, 25 ans.De sous son tertre, l’enfant du Canada semble crier aux siens: « Restons chez nous ».Œuvre de profonde conviction, sans faux appel à un patriotisme de commande, bien pensée, sérieuse et écrite dans une langue qui sert avantageusement l’idéal de l’auteur.C’est une pierre de plus à l’édifice remarquable qu’édifie, avec une ferveur inlassable, M.Damase Potvin.Jean MAROT Vigil (Constancio C).Terres en friche.Illustrations de Don Alfredo Adduard.Trad, de l’espagnol par Mathilde Camacho, d’après la 23e édition.New York et Juan-les-Pins, Editions Méditerranéennes, 1946.167p.ill.21.5cm.$2.50 ($2.60 par la poste).86-4 Pour adultes MARS 1948 109 Sous le titre symbolique de Terres en friche, Vigil, un écrivain espagnol, a livré au public la quintessence de ses observations sur les hommes.« Chaque homme naît devant une terre en friche, dit-il.Il récoltera ce qu’il aura semé» (p.166).Cette phrase, qui illustre à merveille le sens du titre, nous révèle en même temps celui de l’ouvrage.Le volume, qui regorge de pensées d’une haute élévation morale et de réflexions d’inspiration évangélique, renferme treize chapitres de longueur variable et débute avec tes Thèmes de la misère.Dans une analyse originale, l’auteur recherche les causes de la misère : serait-ce la paresse, les artifices des méchants, l’instinct de propriété, l’ignorance ?Non.Le véritable motif est le manque d’amour, affirme-t-il : « Jésus a enseigné aux Occidentaux que la misère serait détruite par l’Amour» (p.17).«La misère existe», ajoute-t-il ; ce sont d’abord les maladies « que l’homme, privé d’instinct, combat par la médecine, apanage de l’intelligence, et surtout par la prière : la santé est l’affinité avec les vérités suprêmes, la foi, le travail, l’amour de tous ceux qui ont le même Père dans les deux » (p.32) ; ce sont ensuite les châtiments : « l’homme ne sait pas châtier », parce que « son châtiment est une méchanceté qui provoque un mouvement similaire».Ces quelques citations permettent de constater que, malgré ses bonnes intentions et des réflexions (c’est le grand nombre) tout a fait stimulantes pour le bien, l’auteur laisse voir un certain flottement dans sa pensée, des confusions mêmes qui nous font douter de l’intégrité de sa formation doctrinale.Ainsi, lorsqu’il parle de la peine de mort et du droit de propriété.Certaines de ses phrases sont, en tout cas, assez imprécises, même équivoques.La faute en serait-elle à la traduction ?A certains endroits, il est difficile de le croire.C’est à se demander si, en raison même de son sens religieux évident, de sa foi vivante, les carences doctrinales de Constancio Vigil ne marquent pas sa pensée d’une espèce de mysticisme démocratiste dont la générosité n’atténue pas le danger.Enfin on a l’impression de ne pas toujours respirer là en pleine orthodoxie, malgré la sincérité et la noblesse évidentes de la pensée de l’auteur.Le volume se termine par une confidence sur la recette du bonheur : Mon fils est un soliloque dans lequel Vigil multiplie les conseils à son fils.Devant la fugacité de la vie s’impose l’urgence de bien employer son temps à son perfectionnement intérieur.« La joie est un état d’âme ».« Celui qui cherche le bonheur en dehors de lui-même est comme l’escargot qui irait à la recherche de sa maison» (p.160).Imprimé sur papier Byronic teinté, d’une typographie irréprochable, Terres en friche renferme aussi de magnifiques illustrations d’Alfredo Adduard.Rolland LEGAULT 110 LECTURES BIOGRAPHIES Bessières (Albert), s.j.Le Nouveau François-Xavier : Saint Jean de Britto, martyr, 1647-1693.Toulouse, Apostolat de la Prière [1947].219p.front 19cm.92:2 Saint François Xavier est bien connu par son travail apostolique et par les conversions nombreuses qu’il a opérées dans les terres lointaines de l’Inde.Parmi ceux qui ont suivi ses traces, il existe un autre grand martyr, que l’Eglise a placé sur ses autels et que le R.P.Bessières nous fait connaître dans ce volume.Surnommé par l’auteur le « saint Paul du Maduré et du Marava » et le « paladin missionnaire », saint Jean de Britto est un de ces géants de l’apostolat dont le labeur persévérant a des répercussions jusque dans le monde contemporain.Né au Portugal, au sein d’une famille noble, Jean de Britto dédaigne l’avenir brillant qui s’offre à lui, pour entrer dans la Compagnie de Jésus et se destiner aux missions.Assoiffé du désir de gagner au catholicisme les âmes des Indiens, il ne se laisse rebuter par aucune des tracasseries perpétuelles que suscite l'incompréhension des gens, même des membres du clergé ; précurseur de la formule moderne de l’apostolat, il met de l’avant la formule qui consiste à agir sur un milieu par les gens de ce milieu et il adopte les coutumes du pays; martyrisé une première fois, il se remet résolument à la tâche et court affronter de nouveaux dangers; soumis au roi du Portugal en vertu de la conception missionnaire de son temps, il pratique l’obéissance mais il sait quand même recourir à ses supérieurs religieux afin d’atteindre son but.Prendre connaissance de ce livre, c’est entrer en contact direct avec la sainteté, voir l’action de la Providence dans une vie tout orientée vers la gloire de Dieu.Roland GERMAIN Zeller (Renée).L'Homme qui a connu le Christ.Jean, fils de Zébédée.Paris, Librairie de l’Arc [cl945].196p.19.5cm.92:2 Livre bien écrit, qui nous fait connaître davantage le disciple bien-aimé et qui nous rend familiers avec de nombreux passages évangéliques fort hien commentés.Le sens de cet ouvrage, l’auteur nous le dit luwnême : Nous allons à Jean que Jésus aimait.Pour découvrir au travers de son témoignage s’il est une vérité, Et si l'amour existe Et la vie éternelle.Renée Zeller ne déçoit pas notre attente.Elle a parsemé son livre de très belles pensées, entre autres sur le Mariage, sur l’Eucharistie, et sur le rôle de Marie.MARS 1948 t 111 « Pourquoi Jésus aime-t-il Jean plus que les autres »?On nous répond ici que « Dieu lui-même a ses secrets de tendresse », ce qui n’empêche pas l’auteur d’ajouter quelques autres explications, très vraisemblables, sur cet amour profond entre le Christ et saint Jean.Simone GERMAIN Martineau (René).Autour de J.-K.Huysmans.Desclée de Brouwer [cl946].125p.h.-t 19cm.92:8 Pour adultes La figure de J.-K.Huysmans n’est pas encore assez connue et il faut remercier M.René Martineau de rendre publics des documents inédits concernant les dernières années de ce converti.Remarquons cependant que ce livre s’adresse surtout à des lecteurs cultivés et avertis.R.G.Emmanuel (Marthe).Scott, le héros du Pôle Sud.Paris, J.de Gigord.142p.ill 18.5cm.(Coll.l’Etrave).92:9 Marthe Emmanuel a buriné en traits forts, inoubliables, le portrait d’un héros.Elle évoque d’abord tous ces braves ensevelis dans les neiges du pôle.Nous y apprenons qu’il n’est pas équitable d’attribuer la découverte de l’Antarctique à Ross : le véritable découvreur du continent antarctique est le Français Dumont d’Urville.« En mettant le pied, en 1839, sur la terre qu’il baptise Adélie, en l’honneur de sa femme, il foule le premier le sol qui s’étend sans discontinuité jusqu’au pôle».Robert Falcon Scott (1868-1912) était un descendant du célèbre écrivain Walter Scott.Son père était un bourgeois sédentaire et indolent qui ne sut que se laisser vivre.A partir de 1893, le généreux Robert Falcon dut rogner sa maigre solde pour subvenir aux besoins de sa famille.Il se privait de divertissements, de la pratique des sports, il portait un vieil uniforme aux galons usés pour pouvoir aider les siens.Cet homme n’eut que trois passions : sa mère, son épouse et.le pôle sud.Il y fit un premier voyage d’exploration de 1901-1904.Il se rendit alors plus loin que personne ne l’avait fait avant lui sur cette terre de mystère.Revenu en Angleterre, Scott épouse Miss Kathleen Bruce, partage sa vie entre sa famille, sa charmante épouse, ses études et surtout la préparation de son deuxième voyage au pôle.C’est dans ce deuxième voyage (1910-1912) qu’il révéla le plus ses qualités d’organisateur, de brave, d’homme de cœur.Mais voici que l’héroïque aventurier, en arrivant aux antipodes, subit une forte commotion : il a été devancé d’un mois par le Norvégien Amundsen.C’était une profonde déception après les difficultés de toutes sortes qui s’étaient acharnées sur ces hommes.Le froid et la faim eurent raison d’eux.Scott ne 112 LECTURES douta jamais de la Providence et les lettres qu’il écrivit au seuil du tombeau sont celles d’un grand chrétien.Elie GOULET LIVRES POUR LES JEUNES Fargues (Marie).Le Bon Dieu et son enfant.Introduction des enfants au Catéchisme.Première année.Livre de l’élève.Paris, Editions du Cerf [1947].64p.ill.16cm.J*238.1 Marie Fargues est une pédagogue très avertie, qui sait se mettre à la portée des enfants : elle connaît tous les besoins de cet âge et elle adapte son enseignement à la réceptivité des âmes malléables dont elle désire la montée dans le domaine de la science religieuse.Cette petite brochure comprend trois parties : des prières, des leçons de catéchisme et des récits d’Evangile.Parmi les prières, signalons les Actes que l’auteur a condensés en quelques courtes phrases.Suivent trente-deux leçons divisées en un exposé et un questionnaire, le tout présenté avec des mots simples qui frappent l’imagination enfantine.Enfin, en moins de trente pages, Marie Fargues a choisi les textes de l’Evangile qui racontent toute la vie du Christ depuis sa naissance jusqu’à son Ascension.Toutes les mamans seront heureuses de posséder ce petit livre qui les aidera dans l’éducation religieuse de leurs enfants.Roland GERMAIN Fabres (Oscar), ill.Pierrot voyage en train.111.d'Oscar Fabres.Montréal, Variétés [cl946].32p.ill.21cm.(Coll, les Plus Beaux Albums) $0.39 ($0.45 par la poste).J82-3 Kippy, ill.Bimbo l’éléphant.Illustrations de Kippy.Montréal, Variétés [cl946], 32p.ill.21cm.(Coll, les Plus Beaux Albums) $0.39 ($0.45 par la poste).J82-3 Pierrot voyage en train est une petite aventure en images qui raconte le voyage d’un garçonnet en train.Ces pages, fort bien illustrées, intéresseront les petits.Bimbo l’éléphant est une historiette également captivante et à la portée des bambins, qui y trouveront de discrètes leçons à la portée de leur intelligence.Marie GUÉRIN MARS 1948 113 Bernardie (Th.).Le Don de joie.111.de Manon Iessel.Paris, Bonne Presse [1946].186p.ill.20.5cm.$0.90 ($1.00 par la poste).J84-3 Le Don de joie est une historiette de vacances mettant en cause deux fillettes orphelines recueillies par une tante, un jeune scout, une petite Espagnole réfugiée, une grand’mère grincheuse qui s’est brouillée avec les siens et qui ne connaît pas ses petits-enfants : personnages évoluant avec assez de naturel dans un décor estival.Comme dans tous les récits de ce genre, tout s’arrange à la fin, et c’est tant mieux.Une vieille fille malcommode adopte la petite Espagnole réfugiée qui a perdu ses parents; la grand’mère retrouve ses petits-enfants, charmants il va sans dire, et se réconcilie avec ceux des siens avec qui elle était en désaccord depuis de nombreuses années.Ces pages captivantes feront la joie de tous les enfants auxquels elles sont destinées.Rodolphe LAPLANTE Suquet (André).La Princesse aux cheveux rouges.111.de Ch.Lemmel.Paris, Boivin et Cie [cl945].126p.ill.19.5cm.(Coll.Il était une fois-.) J84-3 Joli conte de fées bien à la portée des enfants, qui pourront y trouver la satisfaction de leur soif de merveilleux.Une jeune princesse est séquestrée par son père ; mais, grâce à une petite souris blanche qui intercède pour elle auprès d’une fée, elle voit ses désirs exaucés par l’intermédiaire de plusieurs animaux.Elle parvient même à s’évader.Bientôt cependant elle retourne auprès de son père et le calme momentanément Enfin une aventure particulière lui fournit l’occasion de détourner le roi de sa passion de la chasse.Roland GERMAIN Werner (Maurice).Drames au collège.Ecully, Œuvre populaire d’Education et de Rénovation [1946].334p.ill.19cm.(Les Romans à lire).J84-3 Drame de collège qui met en vedette, d’une part, la chute d’une âme candide, mal préparée à la vie par une adolescence trop choyée, et qui devient la proie d’un camarade qui a su en imposer à son esprit faible ; d’autre part, le fils d’une ouvrière, volontaire, têtu, qui prend en mains sa formation personnelle, puis qui veut la conversion du « bleu » qui se perd.Le fait d’avoir placé toute l’intrigue autour de la communion solennelle donne à l’ouvrage un véritable cachet d’Action catholique.A recommander pour toutes les bibliothèques de jeunes.R.SAMSON I 114 LECTURES cAccuàéâ de xéception Les publications mentionnées sous cette rubrique sont irréprochables au point de vue moral.Alzin (Josse).1A4J1 o i Tous les jours avec Lui! Bruges, Beyaert [1944].2 vol.14.5cm.(Coll.Tous les Jours, no 4) $1.25 ($1.35 par la poste).Alzin (Josse).0 .Tous les jours, conquête !.pour notre joie et pour ba uioire.Bruges, Beyaert [1944].114p.14.5cm.(Coll.Tous les Jours, no 3) $0.65 ($0.70 par la poste).Bouyer (Père L.)._ __ __ Saint Philippe Néri.Paris, Albin Michel [cl946].63p.18cm.(Coll.Pages catholiques) $0.25 ($0.30 par la poste).Breton (Valentin-M.), o.f.m.La Pauvreté, vertu fondamentale de la piete franciscaine.Paris, aux Editions Franciscaines [1943].124p.19cm.Charlier (Louis).Les Bandeaux tombent.Drame en trois actes.Pans, Bonne Presse [1933].88p.17.5cm.(Bibliothèque du «TVoëf»).Charlier (Louis).L’Héroïsme des humbles.Drame patriotique en trois actes.Bruxelles, Librairie A.Dewit et Institut St-Louis.115p.19.5cm.Charlier (Louis)._ .Le Romancier.Drame en deux actes.Bruxelles, Institut baint- Louis.62p.24cm.Devimeux (Abbé).^ .T11 , Histoire sainte en images.Texte de labbe Devimeux.111.e Dominique.Paris, Librairie de l’Arc [1944].79p.ill.31.5cm.Dion (Gérard)., .__ „ „ Sécurité syndicale et convention collective.[Quebec, Faculté des Sciences sociales de rUniv.Laval] 1946.31p.18.5cm.(Ca-hiers du Service extérieur d’Education sociale, vol.4, no 2) $0.15 ($0.18 par la poste).Douville (Mgr).Logique sociale.Une expérience nouvelle dans le domaine des conventions collectives.Montréal, l’Ecole Sociale P°Pulaire> septembre 1947.29p.20cm.(Tract no 404) $0.15 ($0.18 par la poste).MARS 1948 115 * * * EJ*.S.au travail (1941-1942).Clermont-Ferrand, Secrétariat national de la Jeunesse étudiante chrétienne féminine de l’E.P.S.47p.ill.22cm.(No spécial de Militantes.Sept.-oct.1941, no 110).Ghyssaert (P.) Ma Prière qui rappelle.Bruges, Beyaert [ 1944].154p.14.5cm.(Coll.Rencontres avec Dieu, no 1) $0.70 ($0.75 par la poste).Ghyssaert (P.).Sa Grâce qui m'enrichit.Bruges, Beyaert [1944].129p.14.5cm.(Coll.Rencontres avec Dieu, no 2) $0.70 ($0.75 par la poste).Ghyssaert (P.).Sa Volonté qui me conduit.Bruges, Beyaert [1944].137p.14.5cm.(Coll.Rencontres avec Dieu, no 4) $0.70 ($0.75 par la poste).Ghyssaert (P.).Son Eglise qui m’y rattache.Bruges, Beyaert [1945].2 vol.14.5cm.(Coll.Rencontres avec Dieu, no 5) $1.75 ($1.85 par la poste).* * * Guide des Compagnons de l’Art, société artistique et littéraire de Rimouski fondée le 3 novembre 1946.Rimouski, les Compagnons de l’Art 8p.25.5cm.Guissard (Polyeucte).Le Père Emmanuel d’Alzon, fondateur des Augustins de l’Assomption, 1810-1880.2e édition.Bruxelles et Paris, la Bonne Presse [1935].327p.h.-t.20.5cm.Hemptinne (Chr.de).Propos sur l’organisation.[Gand, Impr.L.Vanmelle.] 62p.18cm.Hoesl (Paula).Le Miracle des trois épines.Pièce en deux actes.Paris, Spes [1946].32p.15.5cm.LadouÉ (Pierre).Saint Jean-Marie Vianney.Paris, Editions Franciscaines [1943].70p.h.-t.18.5cm.(Coll.Profils franciscains) $0.25 ($0.30 par la poste).Mabille de Poncheville (André).Bienheureux Olivier Maillard.Paris, Editions Franciscaines [1946].134p.ill.h.-t.18.5cm.(Coll.Profils franciscains).116 LECTURES * * * Mon Agenda 1948.[Paris, Secrétariat national de la J.E.C.F.] [s.p.] h.-t 10.5cm.cartonné.* * * Nous.et notre cœur.Aux jeunes filles.Préf.de Mgr de La Serre.[Paris, J.E.C.F.(M.T.) 1936.] 111p.h.-t.18cm.Petigat (Auguste).L’Agonie et la Résurrection de Jésus.Paris, Lethielleux [1946], 192p.19cm.* * * Retraites et récollections.Paris, Secrétariat national de la J.E.C.F.(EP.S.) 63p.21cm.(No spécial de Lettre aux Aumôniers, no 9.Mars-avril 1939).Rigaux (Maurice), s.j.Frères Jésuites.Paris, Spes [1947].95p.18cm.Schôller (Cl.), s.j.Vertus du colonial.Bruxelles, Editions du Chant d’Oiseau [1945].94p.16.5cm.Soulairol (Jean).Saint Antoine de Padoue.Paris, Editions Franciscaines [1942].83p.ill.h.-t 18cm.(ColL Profils franciscains) $0.25 ($0.30 par la poste).?* * Vivante Action catholique.Gand, Secrétariat de la Section de la Jeunesse de 1TJ.IX.F.C.[1939].79p.hors-texte 21cm.$0.60 ($0.65 par la poste).Zeller (Renée).Sainte Claire d’Assise.Couv.d’après maquette de Jean Chièze.Paris, Librairie de l’Arc [1946].62p.18.5cm.(ColL Hérauts du Christ.Apôtres, saints, martyrs, no 2).0*0 MARS 1948 117 J^evue3 REVUES CANADIENNES * * * L’Actualité Economique.Revue trimestrielle publiée par l’Ecole des Hautes Etudes commerciales.Montréal, 535, avenue Viger.224p.25.5cm.Dir.: Esdras Minville.XXIIIe année, no 3.Octobre 1947.XXIIIe année, no 4.Janvier 1948.Il m’est arrivé, il y a déjà quelque temps, au cours d’une conversation prolongée avec l’un de nos économistes les plus en vue, de ressentir de façon plus aiguë les dangers de la spécialisation excessive.C’est vrai, par exemple, pour les économistes étroitement rivés aux livres de leur rayon, et ce l’est également pour le philosophe et surtout pour le littérateur.En parcourant les présents numéros de l’Actualité économique, ces pensées me sont revenues à la mémoire et la lecture de cette publication de belle tenue les a confirmées.Tous les articles de l’Actualité économique d’octobre 1947 et de janvier 1948 ont leur intérêt.Je me plais pourtant à citer spécialement, du numéro d’octobre 1947, dont je m’occuperai d’abord, les textes qui suivent, pour la raison toute subjective qu’ils m’ont particulièrement retenu: la Co-gestion des entreprises, par Emile Bouvier, s.j., A la recherche de la liberté économique (1789-1791), par Robert Lacour-Gayet; Propos sur le cours classique et les affaires, par Joseph Arbour et, pour finir, la critique des livres.Le R.P.Bouvier nous livre des réflexions très justes sur les « réformes de structure » des entreprises et, incidemment, sur le droit de propriété.M.Lacour-Gayet nous prouve que la liberté économique n’est pas de conquête facile, et que sa défense devient de plus en plus ardue dans notre monde en raison du « cheminement de termite de l’Egalité»; arrêter ce cheminement « reste le problème essentiel du monde contemporain.Si l’on néglige de régler ce problème, la défense du libéralisme économique ne consistera, on peut le craindre, qu’en une série de combats d arrière-garde.» Il faudrait sans doute définir, préciser les termes.M.Arbour présente un solide plaidoyer en faveur du cours classique.Enfin, sous la rubrique les Livres, les critiques que M.François-Albert Angers nous présente sur les ouvrages de Bertrand Nogaro et sur celui de François Perroux, Capitalisme et communauté de travail, m’ont fort intéressé.M.Angers s’y révèle un maître dans l’analyse de ce genre d’ouvrages et, surtout, un économiste qui garde le sens du réel, qui vit intensément l’urgence de progrès décisifs dans le savoir économique.Pourquoi d’autres écrits du même auteur m’ont-ils laissé une impression contraire?Carences de ma 118 LECTURES part peut-être?Quidquid redpitur ad modum recipientis recipitur.Ou encore, si l’on se reporte à M.Angers: évolution rapide d’un esprit assidu à l’étude et qui, sous la pression formidable de la gestation intellectuelle qui travaille l’univers, tente sérieusement d’intégrer des «nouveautés», légitimes et nécessaires, à la structure d’un savoir d’abord nourri des disciplines économiques traditionnelles?Je n’oserais trancher.Quoi qu’il en soit, et en dépit d’anicroches que, à mon avis, on pourrait relever dans les critiques en cause, il m’apparaît de nouveau à l’évidence que M.Angers est un penseur que même les « philosophes » ne peuvent traiter à la légère.N’y aurait-il pas alors avantage à ce que de tels hommes se rencontrent plus souvent avec d’autres esprits, qui triment dans d’autres secteurs, et qui peuvent difficilement admettre certaines positions capitales des économistes officiels, même les nôtres?Il faut rechercher les occasions qui favoriseront de telles rencontres et leur assureront le maximum de fécondité.Même le dialogue écrit, froid et mesuré, pourrait, de ce point de vue, donner des résultats appréciables.Les polémiques courtoises sont déjà un bon début, et il faut souhaiter qu’elles se poursuivent dans nos meilleures revues.Dans son numéro de janvier 1948, l’Actualité économique nous présente des articles d’un non moindre intérêt que ceux du précédent numéro.A part la rubrique réservée aux livres, toujours bien rédigée et qui nous présente un nouvel ouvrage de Bertrand Nogaro, le Financement des dépenses publiques et la liquidation des dépenses de guerre, je me suis particulièrement arrêté à l’article de M.Ous-soskine, le Système bancaire en U.R.S.S.et à celui de M.François-Albert Angers, l’Evolution des besoins dans la famille.Dans ce dernier, qui représente une somme de travail remarquable, les passages suivants m’ont consolé des craintes — j’oserais dire un brin puritaines et jansénistes — qu’entretient toujours 1 auteur vis-à-vis de l’avènement possible d’une époque de délivrance relative des soucis matériels, grâce à une abondance au service de l’homme: En même temps que d’une époque matérialiste ou matérialisante, nous émergeons aussi des profondeurs d’une époque positiviste.Chez les libéraux, on ne voit guère la nécessité du normatif puisque la non-intervention paraît s’imposer comme la politique idéale, même devant les réalités les plus noires.Et même chez les autres techniciens de l’économique ou de la sociologie, il devient vaine spéculation devant la tendance à 1 objectivisme entendu comme une soumission totale au réel tel qu il est, comme un rejet de toute préoccupation du réel tel qu'il pourrait etre autrement que selon la logique immédiate des faits.Cette dernière attitude, nécessaire, indispensable même au point de vue méthodologie scientifique, est évidemment condamnable quand il s’agit d’établir les solutions concrètes: qu’a été le progrès, dans quelque domaine que ce soit, sinon précisément une lutte constante de l’homme contre ce qui est, en vue de le rendre conforme a un idéal?MARS 1948 119 A 1 opposé, il y a bien eu les moralistes, qui n’ont cessé de revendiquer les droits du normatif, mais précisément avec un manque de sens du réel qui les amenait à vouloir l’imposer même là où il n’avait pas d’affaire, à en faire un normatif de principes ou de sentiments purs, oublieux du fait que l’homme ne peut réaliser l’idéal qu’en s’emparant d’abord du réel.Le moralisme, qui a influencé tout un courant de pensée sociale, ne daigne généralement pas assez descendre jusqu’aux aspects les plus concrets des problèmes, qu’il discute dans l’à peu près pour autant que la réalité positive est concernée.Il fait semblant de s’accrocher à la réalité, mais simplement pour jeter à la face des adversaires des chiffres établis à la grosse et qui ne l’intéressent que dans la mesure où ils ont l’air de prouver sa thèse à prioriste ou sont susceptibles d’être arrangés pour garantir ce résultat.[.] Matérialisme, libéralisme, objectivisme ou positivisme exagéré, spécialisation excessive, moralisme nuageux (qui n’est d’ailleurs, sans qu’on s’en aperçoive tro >, qu’une variété de spécialisation exagérée), voilà beaucoup de grands maux qui expliquent bien d’autres de nos malaises que l’indifférence ou le zèle mal dirigé à l’égard du problème familial.D’ailleurs, dans la mesure où je les apporte ici pour expliquer notre manque de renseignements précis sur la donnée concrète fondamentale du problème, je me défends d’en faire un problème individuel.D’abord, il ne s’agit pas de contester le droit de l’économiste de faire exclusivement de l’économique, même de l’économique positiviste; ou du moraliste, de ne faire que la morale, même scolastique au sens péjoratif du mot.Il s'agit plutôt de déplorer l’esprit général d’une époque qui a surtout formé des spécialistes au détriment des politiques, au détriment de la préparation d’hommes capables de prendre une vue d’ensemble à la fois réaliste et idéaliste, à la fois scientifique et normative des problèmes.Ce sont là des lignes que je regrette fort de ne pouvoir — faute d’espace — analyser à leur mérite, en y soulignant ce qui me semble un signe d’évolution appréciable chez nos économistes, les efforts évidents de plusieurs vers un réalisme intégral; en y relevant aussi ce qui paraît hasardé ou tendancieux, même les équivoques d’expressions philosophiques mal assimilées.Pour ne pas allonger indûment ces notes, je passe aussitôt aux commentaires de René Cousineau en marge de la « lettre pastorale adressée par Mgr Arthur Douville, évêque de Saint-Hyacinthe, aux curés et aux communautés religieuses de son diocèse, au moment où s’élaborait la convention collective de travail qui lie maintenant les institutions religieuses et les fabriques paroissiales du diocèse et leurs employés ».L’Ecole sociale populaire vient de publier l’essentiel de cette lettre, sous le titre: Logique sociale.Les commentaires de Monsieur Cousineau inciteront sans doute le lecteur à étudier de plus près la question, en se procurant Logique sociale.Comme ce numéro de P Actualité économique termine la vingt-troisième année, il contient l’index des matières et l’index des auteurs.Théophile BERTRAND 120 LECTURES BIBLIOTHECA JÇa vie de £c4.CÆ.C.Les Bibliothèques de la Vallée du Fraser Mlle Juliette Chabot, membre du Conseil de l'A.C.B.C., a assisté au Congrès de l'Association des Bibliothèques Canadiennes 1 qui s'est tenu à Vancouver, du 22 au 26 juin 1947, comme déléguée officielle de la Bibliothèque de la Ville de Montréal.Mlle Chabot a exposé aux membres de VAssociation des Bibliothécaires du Québec, le 7 novembre dernier, ses impressions sur ce Congrès ainsi que sur les bibliothèques que les congressistes ont eu l'occasion de visiter.Nous reproduisons ici la partie du texte de Mlle Chabot qui décrit l'organisation des bibliothèques dans la Vallée du Fraser.* * * Le lundi matin, 23 juin, de très bonne heure, nous nous réunissons devant le Campus de l’Université de Vancouver.Deux autobus attendent les Congressistes pour la visite de la fameuse Vallée du Fraser, région où l’on distribue les livres aux populations rurales à l’aide de « bibliobus ».Pendant plus de deux heures, la voiture file à travers cette splendide campagne de la Colombie canadienne.A midi, on s’arrête à la Bibliothèque Centrale située à Abbotsford.Là, se trouvent les quartiers généraux appelés : F R AS ER VALLEY UNION LIBRARY.Ma première impression est bien que nous pourrions appliquer cette méthode chez nous dans la province de Québec, par exemple dans la superbe région de la Mauriçie, dans les environs de Québec, Montréal, ou autres municipalités.Je n’ignore pas non plus que des organismes semblables fonctionnent dans les provinces maritimes grâce à des octrois de la Fondation « Carnegie ».Alors, je porte une attention toute spéciale à cette visite.Le bibliothécaire, Mr.Grossman, responsable de l’organisation technique et culturelle, nous reçoit très gentiment et répond avec bienveillance à toutes nos questions.Il s’agit ici d’une coopérative de 35 bibliothèques, formée par des municipalités qui versent tout d’abord un montant initial (environ trente-cinq cents par tête d’habitant) et reçoivent ensuite un octroi régulier du gouvernement provincial.Ainsi, en Colombie, des bibliothèques roulantes assurent de la lecture aux villages, postes de familles établis dans la célèbre vallée.Le bibliobus quitte la bibliothèque centrale et s’arrête ici et là dans la vallée, laissant un dépôt de livres à tel endroit important, ne faisant qu’une halte pour l’échange des ouvrages dans telle autre localité peu peuplée.L’espace parcouru est de 7,000 milles.D’après le dernier rapport annuel i 243 délégués assistaient à ce Congrès: 17 venaient des tEats-Unis et un du Royaume-Uni.Toutes les provinces du Canada étaient représentées: Colombie britannique, 97; Ontario, 76; Québec, 13; Saskatchewan, 13; Manitoba, 11; Alberta, 11; Nouvelle Ecosse, 2; Nouveau Brunswick, 1; Ile du Prince-Edouard, 1.On trouvera dans le fascicule suivant le texte des principaux travaux présentés à ce Congrès : Canadian Library Association — Association canadienne des Bibliothèques, proceedings, June 24-26, 1947 — Second conference.Vancouver; 46 Elgin Street, Ottawa.68p.MARS 1948 121 (Fraser Valley Union Library, 16th annual report 1946) la population totale desservie dans la vallée du Fraser est de 76,659; le nombre de volumes en circulation est de 1*5,000 et de 11,500 périodiques; les abonnés adultes sont de 9,988 et de 8,528 enfants, ce qui fait un total de 18,516.L’organisation technique est assez simple et se fait entièrement à la centrale: le personnel est composé de sept bibliothécaires seulement.Une personne choisit les livres pour les enfants, une autre choisit les romans pour les adultes et le bibliothécaire en chef s'occupe du reste.Un seul catalogue est rédigé sur fiches; il se trouve à la centrale, où l’on prépare aussi des listes de livres pour la distribution au passage.Les demandes des dif- * férents postes se font à l’avanct par écrit.Le prêt à l’extérieur est surveillé paT la fiche du livre qui existe à trois exemplaires.L’une d’elles part avec le livre pour le poste, tandis que les deux autres sont conservées respectivement dans deux filières différentes: la première réunit toutes les fiches sans exception classées par la cote, et l’autre, classée également par la cote, sous chacune des succursales.Enfin, le bibliobus paît avec le chauffeur et une bibliothécaire; là où les petits dépôts sont en permanence, il y a une bibliothécaire; à d’autres endroits, les gens se rendent vers le bibliobus, comme nous avons eu l’occasion de le constater.[.] Juliette CHABOT * * Succursales de la Bibliothèque Municipale de Montréal Durant l’année 1947, la Bibliothèque municipale de Montréal a ouvert plusieurs succursales.Dans le numéro de novembre de Lectures (p.190), nous avons souligné l’inauguration de la succursale de la rue Shamrock, dans le nord de la ville.Le 21 novembre 1947, une succursale était ouverte dans l’ouest de la métropole, au coin des rues Vinet et Workman.Cette succursale se trouve située dans la paroisse Sainte-Cunégonde.De mémo que la bibliothèque de la rue Shamrock, celle de Sainte-Cunégonde comprend une section pour les adultes et une section pour les enfants; Mlle Yvette Mercier est chargée de la première et Mlle Simone Desjardins s’occupe de la seconde.* Le 22 décembre 1947, les autorités de la Bibliothèque municipale ouvraient une autre succursale à la centrale même, sur la rue Sherbrooke.Au concret, cette succursale se trouve un nouveau département de la Bibliothèque, département où les lecteurs ont accès aux rayons et par conséquent peuvent choisir avec plus de facilité les ouvrages susceptibles de les intéresser.On nous communique aussi qu’actuellement une collection de volumes est entièrement préparée pour l’ouverture d’une autre succursale dans l’est de la ville.Cette succursale sera inaugurée dès que les locaux seront prêts.P.-A.M.* Demandes de position — A partir du prochain numéro, nous ferons mention, sous cette rubrique, des noms de personnes qui cherchent une position de bibliothécaire ainsi que de bibliothèques qui sont en quête de personnel.demandes de bibliothécaires Nous publierons donc les insertions qu’on nous fera parvenir à cet effet, à condition qu’elles nous soient envoyées par des personnes ou des organismes qui sont membres en règle de l’A.C.B.C.122 LECTURES Cââai dun code de claéâement en langue faançaiâe Du classement des vedettes dans un catalogue, un index, etc.DEUXIÈME PARTIE Le classement alphabétique des vedettes (suite) Analytiques.Règle.— Une analytique, établie au nom du même auteur et du même titre que la fiche principale, se classe immédiatement après celle-ci.Si deux ou trois analytiques qui se suivent sont du-même auteur et du même titre général, classer à l’ordre alphabétique des titres auxquels on renvoie dans la note de référence placée entre parenthèses.Ignorer les mots In (latin et anglais) et Dans (français) par lesquels débute la note de référence.Exception.— Lorsque les mots Dans ou In sont accompagnés de son, sa, ses (en français), her, his, etc., (en angle), et Que c®s derniers mots tiennent lieu des noms des auteurs, classer en su stituant aux expressions Dans son, ou In his, etc., le nom de 1 auteur comme s’il s’y trouvait écrit en toutes lettres.Dans le cas d’une analytique, où l’on renvoie à un ouvrage anonyme, ou a un ouvrage établi d’après son titre (anthologies, recueils), ignorer l’article placé au commencement d’un titre, quoiqu’il soit place après le mot Dans ou In.Exemple.Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.Chateaubriand, x Mémoires d’outre-tombe.(Dans ses Œuvres choisies) Chateaubriand, _ N Mémoires d’outre-tombe.(Dans ses Œuvres completes) MARS 1948 123 Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.(Dans Giraud (Victor).Chateaubriand, Etudes littéraires) Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.(Dans Lemaître (Jules).Chateaubriand) Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.(Dans Pages choisies) Anonymes.Règle 1.— Dans le cas des ouvrages anonymes, où la fiche-titre devient la fiche principale, classer avant les fiches-titres de composition identique, avec auteurs.Exemple.Leurs figures (anonyme) Leurs figures Barrés (Maurice) Règle 2.— La fiche-matière d’un ouvrage anonyme se classe, à son ordre alphabétique, parmi les fiches-matières des ouvrages avec auteurs.Exemple.Feuillet (Octave) 1821-1890.Bordeaux (Henry) La jeunesse d’Octave Feuillet.Feuillet (Octave) 1821-1890.Discours prononcés aux obsèques de M.Octave Feuillet.Feuillet (Octave) 1821-1890.Erdic (Jean) Quelques mots sur Octave Feuillet.Apostrophes.— Voir Elisions.— Noms de personnes.— « Possessive case».Articles.Règle.— Ignorer l’article au commencement du titre.Eu tenir compte, au contraire, dans le corps du titre.En langue française, on tient compte de l’article indéfini : un, une.Les articles s’intervertissent en français, au commencement d’un titre, c’est-à-dire se placent immédiatement après les mots qu’ils déterminent 124 LECTURES Liste des articles en différentes langues dont il ne faut pas tenir compte au commencement d’un titre Allemand Anglais Danois Norvégien Suédois Espagnol Français Der1 The Den Eil-lo U Die a Det La’ Le Das an De Los r o Ein Een Las Eine Ett Una Les Hollanda:s Hongrois Italien Portugais De AzA II, lo O Het’t Egy G’ A Een Gli, gr os Eene La as Le um L’ uma Uno, un Una, un Exemple.Ami (V) de la science Ami ou ennemi Ami (L’) trahi De la miséricorde Delusions Dem Glucke nach Homme (L’) qui rit The Man of his time Man of mark Man of the world Un homme d’affaires.L’article arabe al, ou les expressions et formes identiques ad-, ar-, as-, at-, az-, quoique joints par un trait d’union au mot suivant (al-Ghazzali) sont ignorés dans le classement alphabétique.(Filing rules, Library of Congress) Dans la langue hébraïque, ignorer ha, he (ha-sefer, Ha-harim), en yiddish, der, di, dos (Idem).1 Dans le cas de l’article au masculin, au nominatif.N.B.____ Les langues croate, latine, lithuanienne, polonaise, russe, serbe, ukranienne ne comptent pas d’articles.Exception.— Dans les langues, en général, il ne faut pas ignorer l’article initial lorsqu’il est joint à une préposition.MARS 1948 125 Associations.— Voir Initiales (Associations débutant par une initiale), Noms de lieux (Associations dont le nom débute par un nom de lieu).Auteurs.Règle générale.— Classer dans un seul ordre alphabétique, dans un seul endroit du fichier, tous les ouvrages écrits, édités, traduits, compilés, et ceux écrits et édités en collaboration, par le même auteur.Voici l’ordre de classement pour chaque nom d’auteur : 1.L’auteur considéré comme vedette d’une fiche principale; 2.L’auteur considéré comme vedette d’une fiche secondaire, c’est-à-dire comme co-auteur, éditeur, traducteur, adaptateur, annoteur, commentateur, compilateur, illustrateur, préfacier ; 3.L’auteur considéré comme vedette de sujet.Exemple.Gide (André).La porte étroite.Gide (André).Retour de VU.R.S.S.Gide (André), éd., La séquestrée de Poitiers.Gide (André), tr.Shakespeare (William).Antoine et Cléopâtre.Gide (André), préf.Saint Exupéry (Antoine de).Vol de nuit.Gide (André) 1869-Du Bos (Charles).Le dialogue avec André Gide, Gide (André) 1869-Massis (Henri).André Gide.(Dans Jugements.) Gide (André) — Bibliographies.Bibliographies.(Dans André Gide.) (ouvrage anonyme) Auteurs.— Voir aussi Analytiques.— Bibliographies.— Critiques.^"Editions.— Noms de lieux (pays, états, provinces, comtés, districts, villes).126 LECTURES Bible.Rèàle — Deux méthodes peuvent être suivies relativement à l’arrangement des livres de la Bible.La première méthode, le classement d’après l’ordre des livres de la Bible, a vieilli.On lui Pre“ 1ère une seule série alphabétique sous chaque Testament.Nous présentons tout de même les deux méthodes.Première méthode.I.— La Bible en entier.1 La Bible considérée comme auteur.a) Textes anglais.Dates d’édition.Ordre alphabétique des b) Textes français.Dates d’édition.Ordre alphabétique des titres.c) Textes en langues étrangères.Dates, etc.2.La Bible considérée comme vedette de sujet.C’est-à-dire la liste des travaux sur la Bible en entier.Sous-ordre alphabétique aux noms des subdivisions.Exemple.Bible.Anglais.1910 Bible.Français.1939 Bible.Hollandais.1823 Bible.Antiquités.Bible.Biographies.Bible.Exégèse.II.—Ancien Testament (En abrégé A.T.).Classer comme suit: 1 2.____Voir ci-dessus les mêmes numéros pour le classe- ment de la Bible en entier.3.Collections de livres séparés de l’Ancien Testament sauf ceux mentionnés dans les paragraphes ci-dessous nos 4 et 4.UHexateuque, le Pentateuque, etc.Classer en suivant l’ordre de ces livres, les collections toujours en premier lieu.5.Les livres séparés rangés dans l’ordre des versions françaises de la Bible.Chaque livre séparé présenté en images devra suivre les ouvrages séparés du même titre non illustres.6.Les collections des Livres des Prophètes viendront immédiatement après le Cantique des Cantiques, avant par consequent l’œuvre de chaque prophète en particulier.7.Les Apocryphes.8.Les livres apocryphes.MARS 1948 127 Exemples.Bible.A.T.Anglais.1828 Bible.A.T.Français.1914 Bible.A.T.Antiquités.Bible.A.T.Commentaires.Bible.A.T.Hexateuque — Français.Bible.A.T.Pentateuque — Commentaires Bible.A.T.Prophètes.Bible.A.T.Daniel Bible.A.T.Apocryphe.Esdras III.— Nouveau Testament (En abrégé N.T.).Le rangement se pratique comme suit: 1 et 2.— Classer comme dans le cas de la Bible en entier.Voir ces mêmes numéros dans la partie I.3.Les collections de livres séparés (Sauf les Evangiles et les Epîtres).4.Les Evangiles.5.Les livres séparés.Procéder comme on le recommande dans les livres séparés de l’Ancien Testament.6.Les collections des Epîtres suivront immédiatement les Actes des Apôtres.Chaque livre dEpîtres, en particulier, viendra ensuite.7.Les livres apocryphes.(à suivre) Marie-Claire DAVELUY La Revue des Bibliothèques Collection des numéros parus durant les années 1945 et 1946.Nombreux articles sur la bibliothéconomie et la bibliographie.12 numéros — 136 pages — $1.50 En vente au SECRÉTARIAT DE L'A.C.B.C., 25 est, rue Saint-Jacques, Suite 103, Montréal-1 ?PLateau 8335 128 LECTURES TABLE ALPHABÉTIQUE des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrages critiqués et de la cote morale ALZIN (J.), Tous les jours avec Lui!, p.115.ALZIN (J.), Tous les jours, conquête!, p.115.ANDRE (M.), Foyers de lumière en chrétienté, 265.5, B, p.98.ARNOUX (A.), Calendrier de Flore, 581.9(44), B?, p.83.ASTORG (B.d’), Introduction au monde de la Terreur, 84-4, B?, p.106.BARRERE-AFFRE (M.), Le Goût du poison, 84-3, p.104.BAY (A.), Intimité, 84-3, B, p.104.BECKAERT (J.-A.), Pourquoi je crois?234.2 (cote de la collection: 2(08) ), p.95.BERNARD (H.), Juana, mon aimée, C84-3, p.107.BERNARDIE (T.), Le Don de joie, J84-3, p.113.BESSIERES (A.), Le Nouveau François-Xavier: Saint Jean de Britto, 92:2, p.110.BOUYER (L.), Saint Philippe Né-ri, 92:2 (cote de la coll.: 2(08)), p.115.BRETON (V.-M.), La Pauvreté, 271.3-31, p.115.CHARLIER (L.), Les Bandeaux tombent, 84-2, p.115.CHARLIER (L.), L’Héroïsme des humbles, p.116.CHARLIER (L.), Le Romancier, 84-2, p.116.CHASLES (R.), Israël et les nations, p.88.CHASLES (M.), Voici je viens, p.88.CHRESAL (B.), Cap au large, 84-3, p.104.DANIEL-ROPS, Histoire sainte.Jésus en son temps, 22.09, p.80.DESROSIERS (L.-P.), Iroquoisie, T.1 (1534-1646), 9(71), p.70.DEVIMEUX (Abbé), Histoire sainte en images, p.116.DION (G.), Sécurité syndicale et convention collective, p.115.DOUVILLE (Mgr), Logique sociale, p.115.DROGAT (N.), Méditations à deux, 265.5:248, p.99.DUNN (R.), Manuel d’initiation à l’Action catholique, *256.1, p.98.EMMANUEL (M.), Scott, le héros du Pôle Sud, 92:9, p.112.*** E.P.S.au travail, p.115.FABRES (O.), Pierrot voyage en train, J087, p.113.FARGUES (M.), Le Bon Dieu et son enfant, J*238.1, p.113.GASKELL (Mrs.), Lady Ludlow, 82-3, p.103.GHYSSAERT (P.), Ma prière qui l’appelle, p.116.GHYSSAERT (P.), Son Eglise qui m’y rattache, p.116.GHYSSAERT (P.), Sa grâce qui m’enrichit, p.116.GHYSSAERT (P.), Sa volonté qui me conduit, p.116.GILLES (Frère), Les Choses qui s’en vont, 39(71), p.102.GIRET (A.), La science et le scepticisme religieux, 215, p.80.GUEVREMONT (G.), Marie-Di-dace, C84-3, p.65.GUEVREMONT (G.), Le Survenant, C84-3, p.65.*** Guide des Compagnons de l’Art, 7(06), p.116.GUISSARD (P.), 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