Lectures, 1 octobre 1949, octobre
ares Revue mensuelle Je kibîiograpkie critique SOMMAIRE Page IDÉAL ET PRINCIPES Le Dictionnaire encyclopédique Quillet Théophile Bertrand 65 ÉTUDES CRITIQUES Le paganisme de lean Giono Paul Gav, c.s.sp.89 La collection Marie-France Reine Malouin 95 DOCUMENTS L'adieu à la beauté.Fa Croix 97 FAITS ET COMMENTAIRES A travers les diocèses — Chicoutimi.99 La presse : problème capital.100 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Choix d'ouvrages .105 Ouvrages (Voir liste des auteurs, p.2 de la couverture).105 Revues.1^ BIBLIOTHECA L'Assemblée générale de l’A.C.B.F.121 Liste des membres en règle de l'A.C.B.F.pour l'année 1949.121 Tome VI - no 2 OCTOBRE 1949 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND Technique bibliographique : Cécile MARTIN Publication autorisée par l'Ordinaire NOTES : J.La revue est publiée mensuellement, de septembre à.juin.Les dix livraisons de Tannée constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés pendant Tannée.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalo-graphie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B ?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA : ÉTRANGER : le numéro.$0.35 abonnement annuel.$3.75 abonnement annuel.$3.50 FIDES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — *PLateau 8335 FRANCE : Abonnement annuel.900 fr.C.C.P.PARIS 7262.50 Société FIDES, 58, Notre-Dame-des-Champs - Paris (Vie) - Odéon 4922 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D’AUTEURS AGRAIVES (J.d’), 95.ANTOINE (P.), 108.ARCHAMBAULT (J-P.), 117.ARVOR (M.-A.d'), 109.AURIMONT (P.d'), 109.AYRES (R.M.), 95.BAUMANN (E.), BERNANOS (G.) [et autres), 117.BÉNÉDICTINES DE S.-LOUIS DU TEMPLE, 117.BERNAGE (B.), 110.BERNANOS (G.), 117.BOIVIN (L.), 117.BORDEAUX (H.), 95.BUET (P.), 109.CATTA (R.-S.), 107.CHANTAL (M.-M.), 95.CHRISTEN (L.de), 117.*** Le Code du Travail en Espagne, 117.*** La Côte Nord et l’industrie sidérurgique, 117.DANTERNE (J.), 95.DARDEL (G.), 109.DECROIX (C.), 115.MAIRE (E.), 118.DESJARDINS (M.), 106.MITCHELL (H.), 30 ERANDIÈRE (A.-L.d'), (sept.) 109.MOULINS (M.de), 109.E.S.P., 117.NEVEU (L.), 109.FAINE-LEROY (C.), PANNETON (P.), 106.109.PAUWELS (L.), 112.FILLOUX (H.), 115.POSNOFF (I.), 118.FRANCŒUR (L.) et POURSAT (A.), 113.PANNETON (P.), 106.*** Rapport du Ministère GAILLARD (J.), 114.des Affaires extérieures, GIONO (J.), 89.118.GODARD (P.), 118.RIQUET (M.), 105.GRAY (D.), 95.ROCHE (S.), 113.GRÉGOIRE-COUPAL ROCINE (Dr V.-G.), 106.(M.-A.), 111.ROGUET (A.-M.), 118.HALLÉ (A.), 110.ROUSSEAUX (P.), 118.JACQUES (P.), 105.SANDY (I.), 95.JOUFFROY D'ABBANS SÉNEVAL (J.de), 109.(I.de), 118.SOLEILLANT (M.), 115.JUNOD (L.-S.), 95.SULLIVAN (V.), 30 JURDANT (L.-T.), 109.(sept.).LAFLEUR-HÉTU (R.), TEXIER (A.), 118.107.THARAUD (J.et J.), LEMOINE (A.), 118.108.LLEWELLYN (R.-E.), VAU JOURS (C.), 109.118.VÉRITÉ (M.), 116.MAGALI, 112.WISEMAN (Card.), 113.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. IDÉAL ET PRINCIPES Le Dictionnaire Encyclopédique Quilled Le numéro de Lecture* * de juin dernier (p.577) a publié un article intitulé « Le Devoir » et la littérature, où il était question du Dictionnaire encyclopédique Quillet.Il s'agissait de la lettre d'un correspondant de France, qui rappelait les reproches souvent adressés à cette œuvre du point de vue catholique.D'autre part, la revue Jle* Fiche* a déjà présenté un texte du R.P.Albert Bellemare, s.j., sur la question, texte d'abord paru dans le Jle**ager canadien (vol.51, no 4 ; avril 1942, p.225-226)*.Ce texte énumérait à peu près les mêmes reproches que ceux de la lettre mentionnée à l’instant : 2.« Si nous considérons l'ouvrage en lui-même, disait l'abbé Bethléem, dans la Revue des Lectures (23e année, 1935, p.504), nous devons constater, après l'avoir lu consciencieusement, qu'il ne nous paraît pas recommandable.a) Il manque de véritable objectivité.Même si cette objectivité était sincèrement recherchée et à peu près réalisée, le lecteur catholique ne pourrait pas s’en contenter.Mais en fait, elle n'a pas été réalisée : par ignorance, et non fjar hostilité positive, les auteurs ont maintes fois induit leurs ecteurs en erreur, dans les questions, sinon religieuses, du moins connexes à la religion.b) Il contient des jugements faux ou insuffisants, ou contraires à l'enseignement de l’Eglise ou encore des omissions, toutesjchoses qui doivent être, ici encore, attribuées à l'ignorance, plutôt qu'à la mauvaise foi.c) Il contient, en nombre incalculable, des omissions ou erreurs qui peuvent être considérées comme de simples imperfections non voulues, mais qui viennent encore diminuer la valeur de l'ouvrage.d) Il contient des omissions qui semblent vraiment tendancieuses ; il limite arbitrairement le sujet des articles, de façon à passer sous silence ce qui ne concorderait pas avec les sentiments, les préjugés et les partis pris de leurs auteurs ; il devient ainsi, Sar ce système sophistique, un instrument de travail insuffisant.I contient des articles manifestement hostiles à la religion, des mensonges historiques, des professions de doctrines réellement incompatibles avec les doctrines de l'Eglise.» Nous avons tenu à citer textuellement ce long extrait pour ne rien Eïrdre de la pensée d'un critique judicieux et éclairé.n janvier 1936, un hebdomadaire français avait fait une grande réclame pour XEncyclopédie Quillet.La Semaine Religieuse a Arras 1 Dictionnaire Encyclopédique Quillet.Publié sous la direction de Raoul Mortier.Avec la collaboration et le concours de professeurs, d'instituteurs, de techniciens et de personnalités les plus éminentes du monde entier.Paris, Librairie Aristide Quillet, 1946.6 v.5188p.* Cf.Aies Fiches, no 103, 5 avril 1942, p.1625.OCTOBRE 1949 65 publia immédiatement un communiqué sous le titre de • mise en garde » : * Le moins qu'on puisse dire est que cette encyclopédie n'est pas digne d'être recommandée aux catholiques.» Et l’on citait ensuite l’article ci-dessus mentionné de l'abbé Bethléem dénonçant cette publication dangereuse.« D'ailleurs, ajoutait le communiqué, on a d'autant moins de raison de recourir à ladite encyclopédie, qu'on peut trouver dans le Nouveau Larousse en deux volumes, contrôlé par l’abbé Bertrin, un instrument d'information aussi riche et de meilleur esprit.» 4.En septembre 1937, c’est au tour de l'Evêché de Quimper d'élever la voix : * Nous sommes informés que des démarcheurs audacieux parcourent notre région et proposent aux ecclésiastiques et aux iamilles 1 Encyclopédie Quillet, en se prévalant des noms de quelques chanoines qui en auraient fait l'acquisition.Nous recommandons aux catholiques de ne pas se laisser prendre à cette trop habile propagande.> Or, à la suite de la publication, dans Leclurco de juin, de la lettre dont il est question plus haut, le problème a rebondi et nous avons reçu les réflexions suivantes d'un autre correspondant de France : Je ne sais pas ce qu'a été la première Edition du Dictionnaire Encyclopédique de Quillet et j'ignore, si elle a mérité réellement les reproches qu on lui a faits en 1935, mais j'ai là sous les yeux l’Edition du Cinquantenaire parue en 1948 et je puis vous affirmer qu'il ne renferme rien qui puisse choquer un catholique.Le ton est toujours objectif et parfaitement respectueux.Dans l'article sur N.-S.je lis d'abord un résumé historique de la vie de Jésus, puis l'exposé de la doctrine chrétienne, Jésus dans l'art, une bibliographie sommaire et finalement un jugement sur la personnalité du CHRIST.Ce jugement est emprunté à des écrivains d'opinions différentes, mais tous font ressortir la grandeur, la beauté, la transcendance de N.-S.Lisez les Articles sur Jeanne d’Arc, sur les Jésuites, sur l'Eglise, la Bible, etc.Rien à reprocher.N'oubliez pas d'ailleurs que cette Encyclopédie s'adresse à tous les lecteurs de langue française, qu'ils soient catholiques, protestants, libres-penseurs.Son seul but est donc de renseigner objectivement.Je n'ai pas constaté que ce but ne soit pas atteint.Personnellement je me sers de ce bel ouvrage.Je n'ai jamais vu quoi que ce soit qui puisse offenser mes convictions religieuses.« M.Quillet est un franc-maçon notoire.• Roosevelt l'était et le roi d'Angleterre l’est aussi.* M.Quillet est un franc-maçon d'une espèce particulière, qui a fait classer par les Beaux-Arts l'église de son village natal afin que son entretien ne coûte rien à la communauté catholique, qui relève les croix à la croisée des chemins, l'homme le plus tolérant, le plus respectueux de la religion que je connaisse, et je suis en mesure d'ajouter le plus charitable.A dix ans, il était orphelin.Il a été recueilli et élevé dans des orphelinats protestants et israélites.La foi est une grâce de Dieu., Ne pas l'avoir est sans doute un malheur, ce n'est pas un crime que l’on puisse reprocher.Monsieur Quillet n'a jamais dirigé les journaux indiqués par vous [i.e.par notre correspondant de France).Il en est sans doute l'actionnaire principal, mais il ne les dirige pas lui-même.Les rédacteurs des Dernières Nouvelles étaient autrefois protestants et par conséquent de tendances protestantes.Depuis la guerre les Dernières Nouvelles sont un grand journal d'information, strictement neutre, parce qu'U s'adresse a une Alsace où la population est forcément mêlée.Il est essentiellement res- Bictueux de toutes les convictions religieuses, publie les Encycliq u-s de otre Saint Père le Pape, annonce les offices et les nouvelles catholiques.Il a publié ces jours-ci sur le Congrès Eucharistique de Nancy des articles d'une tenue parfaite, etc., etc.Je dois vous assurer que je n'y ai jamais rien lu qui puisse choquer ma susceptibilité de prêtre.66 LECTURES M.Quillet n'appartient pas au parti socialiste.Et puis, quand cela serait, est-ce qu'il n y a pas en Angleterre des catholiques qui appartiennent au parti travailliste ?L'Union latine des Editions ne lui appartient en aucune façon.Puis-je ajouter qu'il n'est pas anticlérical, car M.Quillet entretient des relations cordiales avec des prêtres et des évêques que je pourrais vous nommer ?Quant à ce Louis Charles Royer que votre correspondant dénonce comme un spécialiste de la pornographie, je dois vous avouer que je ne le connais pas dans l'entourage ni dans l'équipe de M.Quillet.Je connais par contre M.René Royer, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, administrateur des Dernières Nouvelles et un bon catholique.Votre correspondant ajoute : « M.Quillet s'est fait une spécialité de la propagande pour sa marchandise dans les milieux ecclésiastiques et religieux.» Non 1 M.Quillet fait de la propagande dans le monde entier.C'est son droit de commerçant et d’éditeur.Mais puis-je vous signaler qu'il vient de publier une Histoire Générale des Religions en 4 volumes sous la direction de M.Mortier et du R.P.Gorce, o.p.Un certain nombre d'articles ont été écrits par son Eminence le Cardinal Tisserant, le P.Festugière, o.p., le P.Braun, o.p., le P.Barroiq, o.p., etc., etc.[.J.La confrontation d'opinions aussi contradictoires nous a incité à entreprendre nous-même une étude sérieuse du Quillet, abstraction faite de la personnalité* de celui auquel nous le devons.Voici donc ce que nous nous croyons justifié de conclure après une telle étude4.* Nous n'avons d'ailleurs aucune raison, à Lectures, de douter de toutes les aualités que notre deuxième correspondant reconnaît à M.Quillet, en particulier e son honnêteté.Aussi, nous réjouissons-nous de publier Tes remarques et les renseignements de ce correspondant.Cependant, entre autres points discutables d'une argumentation souvent étonnante, le titre de maçon est-il de si peu de conséquence ?Il y a sûrement des maçons de 1’ « espèce particulière » dont serait ou dont aurait été M.Quillet ; mais cela n'atténue en rien le mal incalculable que la franc-maçonnerie a fait et continue de faire à la France et au monde ; et les maçons, même ceux qui en seraient inconscients, ont aidé de quelque façon, aux yeux de l'observateur impartial, à ce pourrissement systématique.Il ne s'agit pas d'accuser quelqu’un en particulier, mais une société secrète.Quoi qu’il en soit, tel n'est pas le sujet que nous avons à traiter ici et nous estimons qu'il importe de porter un jugement objectif sur XEncyclopédie Quillet, sans nous en prendre nous-mêmes à la personne de ses auteurs.Nous nous efforçons de juger ici leur oeuvre de fait, ne songeant en aucune façon à mettre en doute leur honnêteté intellectuelle comme leur honnêteté tout court.En raison des faiblesses habituelles des hommes, même des catholiques, on peut, hélas 1 avoir toutes ces qualités d'honnêteté et errer cependant en ce qui touche le savoir.D'autre part, ces propos n'impliquent en rien que notre premier correspondant ne puisse répliquer a la plupart des remarques du second.Nous croirions Sourtant fort regrettable de faire intervenir de nouveau ici des « personnalités • ans ce débat et nous préférons même nous excuser spontanément de ne pas nous en être tenus, par inadvertance, à cette ligne de conduite.Nous combattons l'erreur intellectuelle partout où nous croyons la trouver ; nous voulons toujours garder envers ceux qui la propagent souvent en toute bonne foi, des sentiments de bienveillance et de charité.A on respicias a quo audios, disait saint Thomas, sed quidquid boni dicatur memories commcnda.4 II est entendu que cette étude n’a porté que sur les œuvres et les éditions mentionnées ici.* * * OCTOBRE 1949 67 Dès la préface que M.Aristide Quillet a écrite pour son Dictionnaire, nous relevons ces passages tout à fait inacceptables : Pendant des millénaires, les sources du savoir furent les livres sacrés ; ce sont aujourd'hui des dictionnaires.Aux livres sacrés, les peuples ont demandé la révélation ; au dictionnaire, ils demandent la connaissance.J'étais bien jeune encore quand le hasard mit entre mes mains quelques volumes du glorieux monument de Diderot et de d’Alembert, de la célèbre Encyclopédie.Je les parcourus avidement.Avec un peu plus d'années, je compris mieux la portée de cet ouvrage, et aussi son retentissement.Par l’effet de ces articles, ou plutôt de ces plaidoyers de nos illustres écrivains du XVllIe siècle, qui ont la vivacité des discours de l’Agora et du Forum, par l’effet de leurs théories de polémique sociale, qui répandaient autour d’elles la contagion, l’homme commença à se compter pour quelque chose, l’intelligence se sentit une puissance, le talent, une force.La Société, délivrée de la croyance dogmatique, délivrée aussi de l'indifférence, crut à elle-même ; elle eut foi dans la puissance des idées, et ce fut la Révolution de 1789.Cet enthousiasme juvén le pour ce passé glorieux et pour les grands encyclopédistes auxquels vu, aujourd’hui, notre pieuse reconnaissance, nous inspira l’idée de publier, un jour, un dictionnaire qui fût, en même temps, encyclopédie.f.]4 Les erreurs, les imprécisions et les tendances idéologiques manifestes de telles lignes se passent de commentaires.Le reste de cette préface, qui renferme de bons passages, insiste de nouveau cependant sur la (( nouvelle formule d'un nouveau dictionnaire encyclopédique, tout comme Y Encyclopédie, au XVII le siècle, répondant aux nécessités du temps ))•.Cette admiration pour Y Encyclopédie que l’auteur prend si allègrement comme modèle, est bien faite pour inquiéter au début d’une telle œuvre, quand on sait ce qu'est l’ouvrage dirigé par d’Alembert et Diderot.Le Petit Laroueoe lui-même affirme qu elle « fut une machine de guerre mise au service des doctrines philosophiques du XVIIle siècle ».En conclusion, la préface du Quillet est plus qu’inquiétante, non seulement pour un catholique, mais pour celui qui se soucie vraiment d’objectivité scientifique.Quant à Y Avant-pro pot de M.Raoul Mortier, il est une magnifique introduction au Dictionnaire : il nous offre une description précise de la nature, des difficultés, des qualités et des limites d’une telle entreprise, de son utilité incontestable, du bon esprit, soucieux du spirituel, dans lequel elle aurait été conduite.Nous y trouvons malheureusement ce paragraphe à propos des Science a morale j : A chaque doctrine, sommairement résumée, nous avons laissé son caractère impersonnel et objectif.Nous n'avons parlé au nom d’aucune école, nous n'avons donné de place prépondérante a aucune doctrine.Aller au vrai avec l'âme tout entière : nous nous sommes efforcés de faire nôtre la belle devise de Platon ; c’est-à-dire, faire appel à cette « législation 68 1 Préface, p.VII.• Ibid.LECTURES morale » par ce « gouvernement de nos pensées », qu’expérimenta Descartes.Notre neutralité est donc toute de bonne foi.Poser correctement chaque problème, nous élever aux principes par la voie accessible des vérités expérimentales, tel a été notre but.On peut maintenir les franchises de l'intelligence humaine, tout en respectant les scrupules des consciences ; nous ne saurions admettre que la liberté de croire ne fît pas partie de la liberté de penser7.Après la manifestation de la ferveur encyclopédiste de M.Quillet dans sa préface, l’aveu d’une telle attitude impersonnelle, de ce parti-pris de neutralité, dans un but généreux et bien compréhensible en raison du public divers auquel s adressent les auteurs, n’est pas cependant sans inquiéter davantage.D’autant plus que la façon même dont M.Mortier exprime cette « neutralité » prête à confusion.Ainsi « aller au vrai avec l ame tout entière » a-t-il pour conséquence logique, rigoureuse, l'éclectisme décevant qu'on trouve dans I’énumeration d’opinions souvent contradictoires, dans l’expose de systèmes opposes, sans accorder une attention plus grande à la vraie doctrine ?Dans le domaine des « sciences morales )) en particulier, la vérité s obtient-elle, formellement, par l’histoire des systèmes ?Même pour 1 encyclopédiste, une telle neutralité n'implique-t-elle pas que l’erreur et (a fantaisie ont les mêmes droits que la vérité 7 N'est-elle pas une profession de libéralisme intellectuel ?Ne suppose-t-elle pas le relativisme de la vérité?L’usage d’ouvrages qui prennent une telle attitude, sous prétexte d'objectivité, n'est-il pas un moyen presque infaillible d’emousser le sens du vrai, dp conduire au scepticisme ?Nous sommes en pleine illusion, même si elle est bien généreuse, et nous pouvons bien nous demander, surtout après avoir étudié les résultats que donne une telle méthode dans le Quillel, si les auteurs ne spnt pas eux-mêmes victimes du jeu.L'amour authentique des hommes ne postule pas un tel respect de leurs erreurs., Et remarquons aussitôt que nous ne faisons allusion ici qu aux vérités d’ordre naturel, susceptibles d’être atteintes par le seul labeur de la raison.Pour ce qui est des vérités surnaturelles, oui relèvent de la Foi, vertu théologale, il convient aussi de rappeler que leur transcendance ne supprime pas les rnolijo de crédibilité, qui eux sont aussi d’ordre naturel et ont pour objets des vérités accessibles à la raison.Ces motifs ne suffisent évidemment pas à donner la fol surnaturelle, qui est un don gratuit, mais ils sont loin d'être négligeables.Le rationabile obécquium de saint Paul n est pas une simple image ; il est la reconnaissance de ce cjue la foi a de souverainement rationnel, de surrationnel.La foi est une perfection de notre intelligence ; elle est une vertu intellectuelle ; elle surélève l’intelligence, sans inhiber son fonctionnement normal ; bien comprise, vraiment vécue, elle est le stimulant le plus efficace de l'activité intellectuelle.« La grâce ne supprime pas la nature.» 7 Introduction, p.XVII.OCTOBRE 1949 69 « Que la foi soit un don gratuit » ne signifie pas que le fait de ne pas l'avoir reçue exclut toujours toute responsabilité de la part de celui qui ne croit pas.Dieu n'est pas avare de ses dons et il veut que tous les hommes viennent à la Lumière et soient sauvés.Ne pas avoir la foi « n'est pas un crime que l'on puisse reprocher » ; il est cependant légitime de signaler que quelqu'un ne l'a pas, — et ce n'est pas là lui en faire « un crime )), — pour défendre ses coreligionnaires contre certains dangers.On ne doit pas assimiler la charité à une bienveillance purement humanitaire, a un libéralisme complaisant.Ces réflexions n'infirment en rien la légitimité de tenir compte du public auquel s’adresse une encyclopédie et nous voyons bien le problème que se posaient les auteurs du Quillet.Mais, — en raison de l’hétérogénéité culturelle du public en cause, et, simultanément, en raison du peu d’homogénéité intellectuelle de l'équipe qui semble avoir travaillé au Qutllel, — les travaux qui sont le fruit de telles préoccupations de « neutralité » ne peuvent, à priori, inspirer une confiance absolue à des catholiques, et même a ceux qui possèdent seulement une philosophie authentique.Enfin, pour savoir ce qu’est en réalité cette « neutralité », car il y a les intentions et il y a les actes, nous avons examiné plus soigneusement quelques quatre-vingts articles du Dictionnaire Encyclopédique Quillet.Nous avons choisi soigneusement des mots-clefs, des articles névralgiques, susceptibles d'indiquer l’esprit véritable de l’ouvrage.Voyons quel est le résultat de ces recherches.* * * Voici la plupart des termes que nous avons étudiés et dont la nomenclature peut permettre d’apprécier la valeur et les limites de notre sondage : agnosticisme, Albigeois, âme, athéisme, Bach (Jean-Sébastien), Bloy, Branty, canonisation, catholicisme, cause, cerlilude, césarisme, charisme, christianisme, conclave, congrégation, corporation, croisade, Curie, darwinisme, déluge, Dieu, dogme, Dragonnades, Edison, Eglise, Encyclopédie, évolution, Falima, Joi, Foucauld (Charles de), Jranc-maçonnerie, Franklin, Galilée, homme, Index, injaillibilité, Inquisition, Investitures, Jeanne d’Arc, Jésuites, Jésus, laïcisme, Lamennais, Léon XIII, libéralisme, littérature, Louis (saint), Lourdes, matérialisme, J/aurras, miracle, missions, modernisme, Moyen âge, naturisme, Néron, ontologisme, paganisme, panthéisme, Pasteur, persécutions, philosophie, positivisme, prophétie, protestantisme, Providence, raison, rationalisme, religion, Renan, Résurrection, Révélation, Révolution, Saint-Barthélemy, sainteté, Sillon, Syllabus, théologie, thomisme, Iran )jor mis me, unité, freuillot, vie, Voltaire, Zola.Tous ces mots figurent au Quillet, excepté charisme et Fatima, que nous n’avons pas trouvés non plus dans le Supplément de 1949.Plusieurs, la plupart même sont expliqués de façon irréprochable, ou au moins satisfaisante dans l’ensemble, quant aux développements qu’on y trouve.Ainsi : agnosticisme, Albigeois, 70 LECTURES athéisme ; Bloy (Leon) : présentation très sympathiaue ; canonisation, césarisme, conclave, congrégation ; Dieu : où l'on trouve cependant une curieuse notion des preuves métaphysiques de son existence, « indépendantes du monde extérieur » et qui « se puisent dans l'opération intellectuelle essentielle qui est la réflexion de la pensée sur elle-même )) ; dogme, Dragonnades, Eglise ; encyclopédie : où l’on trouve, en dépit de la préface de M.Quillet, une description franche de ce qu’est vraiment VEncyclopédie de d'Alembert, Diderot et Cie ; évolutionnisme renvoie au mot transjor-misme, aux explications judicieuses parmi lesquelles on remarque : « (.] malgré les preuves qu'il apporte [.] le transformisme ne peut être encore considéré que comme une hypothèse >> ; fixisme, Galilée, homme, Index, injaillibilité ; Inquisition : qui montre le rôle modérateur et louable des papes « généralement choisis parmi les hommes les plus éclairés de leur époque » ; Investitures, Jeanne d*Arc, Jésuites ; Jésus: une bibliographie disparate, mais le reste est convenable ; laïcisme, Lamennais, Léon XIII ; littératures : résumés remarquables ; saint Louis : satisfaisant ; Lourdes, matérialisme, Maurras, miracle ; missions : très incom- f)let ; modernisme : insuffisant ; Jloyen âge ; naturalisme : seul e point de vue littéraire est traité, rien sur le naturalisme philosophique ; paganisme, panthéisme, pape ; Pasteur : bien ; persécutions, prophétie, Providence, Résurrection, Révolution, Richelieu, Saint-Barthélemy : satisfaisant ; sainteté, Syllabus, théologie, Veuillot.Malgré ce bilan favorable, on rencontre cependant souvent, à plusieurs de ces articles, des omissions qui réduisent les renseignements à un squelette sans âme, à un cadre matériel, comme c'est le cas d’ailleurs dans la plupart des dictionnaires.Cette observation peut s'appliquer, par exemple, à Bach (Jean-Sébastien), à Branly, à Veuillot, et cela se comprend : on ne peut trop exiger d'une encyclopédie ; mais il reste que ce n'est pas là qu’on trouvera le sens et la leçon de la vie oe ces grands hommes.Pour les articles qui prêtent à contestation, on y rencontre encore des omissions, des lacunes, mais tout à fait inexcusables cette fois, et qui faussent les justes perspectives des questions en cause.Que dire lorsque des erreurs flagrantes augmentent encore ce passif?Disons, une fois pour toutes, que tout n'est pas à rejeter dans ces synthèses et ces monographies, bien au contraire 1 Elles deviennent cependant alors plus funestes, puisque leur part de vérité et d'érudition authentique assure aux erreurs de meilleures chances d’être accueillies favorablement par les esprits non avertis.Allons donc aux preuves.Pour assurer à cette etude toute l'objectivité possible, nous prouverons simplement par des citations mêmes du Quillet le bien-fondé des reproches que nous croyons justifiés envers certains articles.* * + CAUSE.A Formation de l’idée de cause, il n'est question que 71 OCTOBRE 1949 de Hume et des philosophes sceptiques.A Principe de causalité, on peut lire ce texte hétéroclite : Nous appliquons au monde extérieur l'idée de cause ; comment, du fait purement personnel qu'est la notion de cause, nous élevons-nous au {irincipe absolu de causalité qui apparaît comme le fondement de toute a science?L'expérience ne permet pas cette généralisation.Le raisonnement est pareillement impuissant ; l’induction peut étendre et généraliser un fait, mais elle ne peut pas en changer la nature ; elle pourrait seulement nous autoriser à admettre que les autres hommes sont cause au meme titre que nous ; mais l’induction ne peut pas substituer une idée nécessaire, universelle, absolue à une idée individuelle, contingente et limitée.^— Il faut donc ou bien faire du principe de causalité une simple hypothèse, commode, indispensable à l'édification de la science, ou bien v voir un principe supérieur à toute expérience, une condition essentielle a tous les raisonnements humains.Telle est l'opinion de Kant : il place la notion de cause et le principe de causalité au nombre des formes de l'entendement humain qui enveloppent et dominent toute expérience et toute connaissance.Pour lui, la croyance invincible que tout changement a une cause constitue un de ces jugements directement formulés par la raison qu'il a appelés jugements synthétiques a priori et qui sont les seuls véritables axiomes.Soulignons aussitôt, comme on pourra le constater par la suite, que c'est le registre philosophique qui est le plus abîmé par le Quillet.L'on peut se demander si, pour la plupart de ses auteurs, il existe vraiment une philosophie qui soit la philosophie naturelle de l’esprit humain.On croirait plutôt c^u’il n’y a, pour eux, qu’une succession de systèmes dont les variétés et les contradictions vouent irrémédiablement la raison humaine à l’impuissance et à la faillite dans sa quête patiente de l’être.CERTITUDE.Oyez 1 t;.J La question de la certitude disparaît au Moyen âge, où la philo-ie était indissolublement liée à la théologie.Elle reparaît lumineusement avec Descartes.Après avoir justement souligné que le défaut du critérium de Descartes, à savoir que la certitude réside dans la clarté de l'idée, est « pleinement mis en lumière par l'évolution philosophique du XVIIIe s.,
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