Lectures, 1 janvier 1951, janvier
SOMMAIRE Page IDÉAL ET PRINCIPES La littérature mondaine.Théophile Bertrand 239 ÉTUDES CRITIQUES Paul Claudel interroge « le Cantique dea Cantiqueo » Jacques-M.Langlais, c.s.c.243 Riàquej d’bommej de Rolland Legault.J.-P.Beausoleil 251 La fin dco oongeo de Robert Élie.J.-P.Beausoleil 253 L’enfant noir de Donat Coste.Théophile Bertrand 257 DOCUMENTS Les « comics » — Essai de cotation — Cahiers d'Ac- tion catholique.258 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Ouvrages (Voir liste des auteurs, p.2 de la couverture) 266 Revues.278 BIBLIOTHECA Rapport de la 1ère séance d'étude (section A) (6e congrès de l’A.C.B.F.).Marie-Paule Belzile 279 Les adolescents à la bibliothèque (à suivre) Claire Godbout 282 Un appel émouvant de Vancouver.286 LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée pat le Service de Bibliographie et de Documentation de FI DES organe du Service des Lectures de l'Action catholique du diocèse de Montréal * ‘ Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures Théophile BERTRAND, président du Se rvice des Lectures Mme Marie-Paule Vinay, Mlle Isabelle Pépin et M.Benoît Baril, respectivement présidente, secrétaire et trésorier du Service des Lectures.Direction Rédaction Conseillers NOTES 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livraisons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique ties sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d’après les règles de la catalo-graphie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n’est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et jieut être lu par tous.Publication autorisa# par l'Ordinaire CANADA : ÉTRANGER : le numéro.$0.35 Abonnement annuel .$3 75 abonnement annuel.$5.50 h IDES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montreal-1 — Plateau 8335 FRANCE : abonnement annuel .900 fr C.C.P.PARIS 72fa2.50 Société h IDES, 120.Boulevard Raspail — Paris (Vie) — Odé on 4922 TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D'AUTEURS *** Almanach du / Htuu-chtmin Hiôl.200.UIOUDRl (H ).277.ANDRÉ iM.).177 *** Attention.hait!, 177.BEAIP1N (E.), 177 UERNOVILLE (G.).177 BLANC-PÉR1DIER tA.1.277 BOULOGNE (D.), 200.BOURCOIS-MACE (A.).177 CATALAN Y (M.), 177 CLAUDEL (P ), 24a CORBIE (A.de), 277 COSTE tD.).257 COURTOIS iG.).277.COUVREUR (A.-.M.), 277 DARBELLAY (J.).270.DARDENNES (R.).277.DENIS (R.), 20U.Dl HAMELET (G.).277.ÉLIE (R ), 253 EXTOURNEL (R.), 277 FINANCE IJ.de).277.GEORGE (A.), 27s.GERMAIN (Al.j, 27» GOSSELLIN (J.-H i.27» GROUPE LYONNAIS D'ÉTUDES MÉDICALES PHILOSOPHIQUES ET BIOLOGIQUES.270 GROUSSAKD (S.), 271 H INTER tL.).27s ISORNI (J ), 270 Imitation (L') de J.-C .27» JAllOl LEY (M.-A.i, 17s.LA ROCHE (M.de).271 LEBRET (L-J.), 207 LECLERCQ (J.), 278.LEF1.UN (J.), 278.LEG Al I.T (R.), 251.LENOTRE (G.), 270 MA DE LE IN E- LOI I sE DE S.(Rév.M ), 208.M AG A Ll.272.MARIE (C.), 278.MARTET (J.), 272.MASSA IN (R.), 270.MAUROIS (A.), 272.MOREAU •.(.), 27.» Mom 'Ill’s tJ.i, 2»*0 NK ET (AL), 27.» PAItSCH ÇI )• >ni Piual, 27» PLAN (M i, 27».PIERRE L'ERMITE.272.278 PLUS (R.), 278 PROTAT (J ), 278.QUKRLIN (M ), 273 *** Ht cherche de la famille, 208.REGNIER (P ).273, 27».REVERDY (P.), 278.RICHOMME (A ).278.SEC1IAN (0.), 271 SOUCHÉRE DELERY 'S.de la), 274.THÊROL (J.) et O'REILLY tP.), 27».VTAI.AR (P.), 275 VIGNON (J.).27».WHITE (H -G.).2C7.WYART (J.), 27» ZELLER (R.), 270 Autoruf comme eru-oi postal de la deuxième classe.Mmutirt des Portes, Ottawa. IDÉAL ET PRINCIPES La littérature mondaine Le réalisme de l'Espérance chrétienne fait que le catholique s'intéresse avant tout au bien, même en littérature, en dépit des erreurs du siècle et du tapage mondain.1 outes les manifestations du mal ne peuvent réussir à tarir la joie conquérante de celui qui sait que la Providence poursuit efficacement 1 œuvre de la Redemption au milieu de toutes les vicissitudes de l'Histoire, que l'Eglise a pour elle les promesses de son Divin Fondateur, que les ombres sont nécessaires à la mise en valeur des lignes maîtresses d'un tableau.Cependant, ce réalisme dp 1 Espérance, loin d'aveugler le croyant sur les laideurs de la vie, sur les pompes et les mensonges du monde, le rend plus sensible encore aux exigences de la foi et de la vraie culture et, par le fait meme, aux déviations culturelles et aux malheurs d'une époque.La Charité ne se confond ni avec la bienveillance niaise, ni avec la complaisance des faibles, ni avec la neutralité benoîte de ceux qui n ont pas de doctrine ou qui oublient l'importance de la Vente.Certains s'efforcent de justifier fantaisistement, pour ne pas dire impudemment, la licence dans les lectures par l'une ou 1 autre de ces paroles profondes : « Pour les purs, tout est pur » ; « bi ton œii est sain, tout ton corps sera dans la lumière )) ; « Ne jugez point afin de n'être point jugés ».Il importe de se rappeler que le Lhvin Maître qui nous a enseigné d'être « simples comme des colombes » nous a également recommandé d'être « prudents comme des serpents ».Aussi le catholique qui pratique la littérature dans la fidélité à la Sagesse, source d'unité spirituelle et de paix intérieure, ne peut pas ne pas constater les égarements de bien des écrivains et de bien des œuvres de notre temps.U se doit d autant plus de prendre nettement conscience de ces égarements pour mieux s'en défendre et en préserver les autres, que les imprimes de toutes sortes exercent en général une influence incalculable sur les esprits, que les œuvres proprement littéraires peuvent, en raison même de leur nature, corrompre plus facilement quoique plus insidieusement le caur.C'est dans cet esp.it.à la fois respectueux de la Chante et de la Vérité, que nous tenterons de dégager les caractères les plus marquants d’une littérature dont U faut démasquer les carences, les erreurs et les audaces, littérature dont nous avons déjà étudié certaines œuvres tristement célèbres.JANVIER 1951 239 Noted de la littérature mondaine Quelles sont donc, du point de vue de la pensée catholique, les notes caractéristiques cfes œuvres littéraires qui relèvent de faux humanismes, et que nous qualifierons de mondaines, en employant cette épithète dans son sens péjoratif, dans le sens de l'Evangile : Crampon dont il accole avec une pointe de malice le nom à celui de Second.par un trait d union : « Second-Crampon ».Voilà condamnée l'exégèse à courte vue, soit parce que mate- l-CLAUDEL (Paul).Paul Claudel interrege « te Cantique des Cantiques ».Paris, Egloff (L.U.F.) [cl948].531p.21cm.* Voir sa réponse dans le 14c numéro de Dieu vivant, v>.75, il article de M.l’abbé J.Steinmann : Enüetien de Pascal et du Père Richard Simon sur sens de C Ecriture, (.la Vie Intellectuelle, mars 1949, p.239-253).JANVIER 1951 243 rialiste, soit parce que étroite et trop préoccupée de la lettre.Mais nous sommes loin encore de la position clauaélienne.Celle-ci semble reposer sur un double fondement.D'abord Claudel choisit comme texte de base la Vulgate, version officielle de l'Eglise, ainsi que les LXX, dont se servaient les Pères, versions d'ailleurs antérieures au massorétique (Xe siècle après J.-C.) puisqu’elles remontent à deux siècles avant J.-C.En outre, sa notion d'inspiration prend un relief particulier.Sans doute veut-elle se conformer à la plus stricte orthodoxie : gour Claudel, le texte biblique est réellement l'œuvre du Saint-sprit.C'est avec un infini respect que le poète ouvre le Livre par excellence.Des phrases comme celle-ci en témoignent : L'Esprit-Saint n'emploie pas les mots au hasard et chacun mérite d'être longuement pesé et étudié (p.215).Conformément à ce principe, l'auteur s'appuiera à l'occasion sur la tradition ecclésiastique, la liturgie en particulier, et il citera parfois un commentateur comme Raban Maur.Lui aussi recourra, comme ses amis les littéralistes, aux lieux parallèles, qu'il citera avec profusion et grande liberté, mais toujours son choix sera déterminé par des critères nettement spiritualistes, à la manière de l'Eglise et des Pères.C'est dire qu'à la différence des tenants de l'exégèse scientifique, il se souciera peu ou prou de recourir aux lieux parallèles aux seules fins de replacer telle expression plus ou moins exotique, tel passage obscur dans leur contexte historico-géographique.Il semble se moquer royalement des scrupuleuses minuties des spécialistes actuels.A tel point que le lecteur pourra se demander à la fin si Claudel ne perd pas quelque peu de vue l'apport humain, la « cause instrumentale » qu'est l'auteur sacré dans la rédaction du Livre.Le rôle de l’Esprit-Saint y apparaît si prépondérant qu'il semble être celui d'une cause unique et non plus principale.Comment expliquer, en tout cas, les tours de force auxquels se livre l'auteur pour trouver coûte que coûte une signification précise aux images énigmatiques du roème inspiré?Est-ce gageure ou attitude extrême suggérée par le principe énoncé à la page 215 ?A propos des « quatre-vingts concubines » de Salomon (p.281), il écrit : Nous avons à relever le défi qu'adresse à notre intelligence le chiffre 80.Je me refuse à croire qu'il soit privé de signification.Suit une ingénieuse jonglerie sur les chiffres, à la saint Augustin.Et, à la page 326, il s’arrête au verset 4 du chap.7 : « le cou comme une tour d'ivoire.» et nous lance ce calembour : « Alors faisons le siège de cette tour ».Sans doute Claudel n'est pas dupe de ses acrobaties.A propos du précédent chiffre 80, il note : « De cette idée, et ici je ne donne pas tort à mes lecteurs qui trouveront sans doute que j'atteins le sommet de l'extravagance, il y aurait un autre symbole » (p.283).244 LECTURES Claudel a bien le droit de musarder dans notre trésor scrip" turaire et de faire part à ses admirateurs de ses trouvailles parfois géniales ; nous lui en serons reconnaissants tant qu i! n engera pas sa méthode intuitive en critère d apres lequel il pretenc ra démolir le patient travail de recherche des contemporains.Qu il éprouve du dégoût pour leurs méthodes d’investigation strictement objective, — mais peut-être moins souples et impuissantes à étancher notre soif de la Parole de Vie, rien de moins étonnant chez cet être d'élite qui vibre au moindre coup d archet de l Artiste- Lorsque nous allons à Claudel, que demandons-nous au poète, au philosophe et surtout au grand chrétien, sinon avan tout une vision neuve du monde ?A quoi nous attendons-nous de lui, au carrefour des routes si différentes que lui off re 1 exegese, sinon à le voir s'engager délibérément dans la voie la plus conforme à son tempérament d'artiste chrétien ?sinon a le voir se refuser à épiloguer bêtement sut les hypotheses scientifiques qui sentent l'huile et tuent la poésie ?Il a senti le besoin d'une reaction contre les envoûtement* d'un trop grand nombre de ces scribes.A-t-U pu se garder de tomber dans l'excès opposé ?Laissons aux exegetes eux-memes e soin de répondre et de se défendre à l'occasion.Pour nous, jetons maintenant un regard plus attentif sur la méthode exegetique adoptée par notre auteur., .„ , M • •, Plus volontiers subjective qu'ob;ective, elle se revele spiritualiste jusqu’à l’intransigeance.Chaque verset, chaque mot porte un sens précis, le plus souvent messianique, et alors, i parle de Jésus, de Marie, de l’âme, de l’Eglise.Et alors aussi, il coïncide le plus souvent avec l'interprétation traditionnelle des Peres et deMa“sr cette méthode va plus loin : elle s’aventure dans le svmbolisme, dans un domaine où le poete donne libre cours a sa fantaisie géniale.Claudel excelle dans 1 analvse physiologique et psvchologique du corps humain, dont il tire des symboles pour justifier parfois avec grande subtilité, les expressions de 1 écrivain sacré.Qu'on en juge par ce passage entre cent : « Ton «osier est un vin excellent, digne de mon bien-armé pour le boire et pour être ruminé des lèvres et des dents de lui » l—1- M*,s Dieu ne m'a pas donné seulement un gosier, Il m a donne une bouche pour détailler l’expression de mon Ame pour ne pas Iaiwer sortir mon ame sans lui avoir demandé compte, jusqu a la virgule et a la dccimale de celribut dont mes entrailles font chargée C'est une barncre redoutable.c'est un atelier exigeant que celui qui a entrée de mon trou oraculaire fait appel à de profonds fournisseurs.[.] A 1 intérieur de ce souple sac de.loues sous la presse de la mandibule cette équipe faite d.i , l 1______ _ |.Lnmia ?dnnf mnn antlOUC les presse uc m m_- 1 * .lèvres dés dents et d“ la langue, — la langue ! dont mon antique confrère pourquoi?a oublié de parler.Cependant, épaisse, plar.ique, acerée, pointe^intérieure de notre unité, ouvrière en chambre pour ne travailler Sue sur du souffle entre les deux o,cilles.I.] c'est elle, s'aJlongean , se gonflant, se raccourcissant, se recourbant et, toute baignée de sahve, feuille, pinceau, truelle, vipère avec le concours des lèvres, des dents et du palais, qui est l’artisan génial de la consonne.(p.4U/J.JANVIER 1951 245 — Pour Claudel, on le voit, notre corps est une parabole merveilleuse qu'il faut considérer avec une attention amoureuse pour en tirer les multiples leçons du Créateur à sa créature.D’ailleurs ne regarde-t-il pas toutes choses dans la création comme des sacrements qui nous communiquent Dieu à leur manière ?Au fond, ce qui fait le mérite de Claudel, c’est d'avoir lu Le Cantique de* Cantiques avec ce regard neuf, ce regard d’enfant, mais d'un enfant terrible et génial, dont il enveloppe l'univers.Par la vertu de ce regard créateur, le moindre mot, le moindre iota prend vie et relief sous sa plume.Il lui communique la vie de son immense culture biblique, de sa dévotion sincère et de son riche tempérament.Ces quelques indications sur l'exégèse claudélienne peuvent laisser de l'œuvre une impression peu favorable.D'aucuns croiront-ils y trouver un ramassis d'élucubrations poétiques plus amusantes qu'édifiantes, ils auront tôt fait de se raviser.Il est vrai que Claudel ne va pas strictement au Cantique en spécialiste des Saintes Lettres, mais il n'v va pas davantage en Sur esthète.Laissons-le nous le dire lui-même a l'occasion d’un es passages les plus « crus » du Livre (chap.7e) : C'est ici que les interprètes littéralistes et toute la basse poétaillerie modernisante se sentent à plein dans leur élément.Quant à moi, si l'on veut bien me considérer comme un homme du métier, je ne puis que me sentir confirmé dans l’impression que j'ai déjà donnée maintes fois comme la mienne : c'est que, si on les prend à la lettre, les comparaisons du Cantique n'échappent à la platitude que par la bizarrerie, l'incongruité et l'incohérence.Voilà de quoi mortifier la délicatesse d'un lettré et le décourager de toute tentation de dilettantisme.Une erreur non moins grossière serait de classer à priori l'ouvrage de Claudel au rayon des commentaires poudreux du Moyen A^e.Trouvera-t-on un habitué du poète qui le croirait capable d affliger son lecteur d'une érudition déplacée ou d'une sévérité excessive ?Claudel restera toujours un grand penseur et un grand styliste.Très intelligent et très cultivé, causeur charmant, éblouissant même, plein de bonhomie, de simplicité, il est pour nous le guide très sûr, expérimenté et connaisseur des beaux coins à visiter, dans le monde biblique.Quel chrétien ne voudrait pas le suivre à travers les sentiers embaumés de cette montagne dont il va nous parler et qui n'est autre que l'Ecriture à contempler dans les hautes sphères de la foi et de la charité ?246 LECTURES Et quelle joie par exemple, disons comme celle d'un médecin ou d'un homme de loi en vacances, oui, par un beau matin du mois d’août, poussant les contrevents de sa enamore leçoit les Alpes en pleine figure, que la découverte de ces amateurs qui tout à coup se sont aperçus de 1 Ecu-ture 1 Non, ces montagnes sublimes où tant de troupeaux jadis ont trouvé breuvage et pâture,les ingénieurs n'ont pas réussi à les aplanir, elles sont toujours là, ni la dent des rongeurs, à les rendre aussi stériles que celles de Gelboé 1 Pleines d'échos et de parfums, de sources et d'eaux courantes, et le murmure de la forêt ne cesse de s'y mêler au tonnerre lointain de l'avalanche 1 (.) L'audace à qui s’y aventure n’est pas moins nécessaire que la prudence, et le saut intrépide quand il le faut que cette lonçue patience pas à pas 1 Quel séjour pour les ermites et quelle tentation pour les excursionnistes ! Je dis le saut quand il le faut avec un cri de foie et de défi pai-dessus le vide, pour passer d’un sens à 1 autre ! et pour se suspendre là-haut/ insoucieux du vertige, a cette corniche 6tour-dissante 1 C'est donc avant tout en chrétien que Claudel est attiré vers le Livre mystérieux.Son actitude devant ce message est empreinte du plus grand respect, d'une religieuse admiration et d'une belle sincérité.Jacques Madaule a ce mot, à propos précisément du Cantique oeo Cantiques : « Or, chez Claudel, ce qui domine et emporte tout, c'est le geste d admiration ».C est rigoureusement vrai et c'est peut-etre par la que 1 œuvre sera chere aux chrétiens des âges à venir.On ne peut prévoir l’influence d un tel regard de foi et d'amour sur ce trésor biblique.On citera sans doute de Claudel ses réflexions philosophiques et psychologiques, mais l'intérêt capital du volume demeurera ses meditations et ses regards poétiques sur les grands mystères chrétiens.Cette « entreprise d'auto-édification », comme le veut modestement Claudel, aura en outre montre a nos contemporains de toutes nuances de pensée dans quelles dispositions il faut lire la Bible.N'est-ce pas celles-là mêmes que nous recommande notre mère la Sainte Eglise ?Le Père Brillet, de l'Oratoire, a dans son commentaire sur Amoa d Otee un passage qui peut résumer l'attitude de Claudel : « On lit un prophète comme le prophète a écrit : avec son cœur et devant Dieu.1 oute autre lecture, toute étude, si utile, si absolument nécessaires qu elles soient, ne sont qu'introduction et prelude.On ne 1 a vraiment lu que si on a communié à son âme » (p.103).« La grâce bâtit sur la nature », dit 1 adage thomiste, et la nature de Claudel est richement douée.A le fréquenter, on ne peut manquer d'admirer l'ampleur et la vivacité de son intelligence.Sa façon de voir, d'élargir les horizons habituels de la pensee, de découvrir ou plutôt de redécouvrir les realites spirituelles, rappelle un autre artisan de la pensee contemporaine : Sertillanges.Celui-ci est le philosophe-artiste ; celui-là, l'artiste philosophe.Chez eux deux même optique idéaliste, meme optimisme profond.L'ordre de la grâce retient leur attention de preference au desordre du péché, d'où prédominance, dans leur théologie, du dogme sur la morale.JANVIER 1951 247 La « théologie » de Claudel ?Peut-être faudrait-il dire plutôt : un sens très sûr du dogme catholique et de la Tradition, une mentalité chrétienne et une culture vivante puisées aux meilleures sources de la pensée de l'Eglise et nourries à saturation des Saintes Lettres?Jamais de fausses notes chez cet écrivain laïc, jamais de ces compromissions angoissantes que l’on déplore chez tant de contemporains, mais un véritable culte de l'orthodoxie.Là où cette rectitude instinctive se dégage avec le plus de brio de véritables impasses, c'est dans l'invention, l’ingénieux rapprochement, la dissection entreprenante des textes bibliques.Par un processus adroit d'intégration, l'auteur fait concourir des matériaux épars à un ensemble de conclusions parfois inattendues, toujours harmonieuses et sources d'édification, comme dans une mosaïque byzantine ou des vitraux du Moyen Age.Au sein de cette forêt enchevêtrée, Claudel évolue le plus naturellement du monde, avec la liberté des enfants de Dieu.Aussi le censeur Charles Journet a-t-il pu souligner : « Sous des sens accommodatices sans doute licites, mais dont il garde la responsabilité, l'auteur y rejoint l'interprétation commune, qui lit le texte biblique en pensant à lame fidèle, à la Vierge, à l'Eglise.Rien, par conséquent, ne s'oppose à cette publication.» « Vin nouveau, nouvel ami ; qu'il vieillisse, et tu le boiras avec plaisir )) (Ecrit.9, 10) ; « Si tu vois un homme de sens, sois près de lui dès le matin, et que ton pied use le seuil de sa porte )), recommande encore Y Ecclésiastique (6, 36).Claudel, à 80 ans, est un sage que l'on fréquente avec grand profit et grand plaisir.Si peu moraliste qu’il paraisse, ce « vieillard ahuri et trébuchant )) a gardé l'oeil perçant du psychologue que les problèmes humains ne laissent pas indifférent.Rien de captivant comme ses réflexions à l'occasion d'un voyage en autobus au milieu d’une grouillante humanité (p.274).Et son analyse si fouillée, si vraie du « péché contre l’Esprit », qu’on la croirait écrite par quelque auteur célèbre de traité d’Ascétitjue et Mystique.En compagnie de cet aîné, on admire, on réfléchit, on sourit, et on se surprend à méditer, bref on se cultive, on s'édifie et le charme de 1 entretien nous poursuit.Mais est-ce ce vieillard qui nous parle avec cette exubérance juvénile, cette imagination poétique toujours renouvelée, cette verve intarissable ?La tête est blanche, mais le cœur n’a pas vieilli : Claudel a une âme d'enfant.Voyez son texte : que de points d'exclamation 1 Toute une floraison 1 C'est l'enthousiasme qui déborde de chacune des pages.Ainsi sur l'Eucharistie : Ils n’ont peint de pain ! ils n’ont point de vin ! lisions-nous dans certains passages de l’Evangile.Maintenant nous ne manquons de rien et Vous avez pourvu royalement à ce qu’il nous fallait.Le pain d’abord et cette nourriture qu’on broie et que nous assimilons lentement à notre substance.Mais ce calice, aussi, nous demandez-vous, est-ce que vous pouvez le boire?Oui Seigneur, essayez seulement et Vous verrez que nous le pouvons 1 (.) nous sommes (.) une espèce d’atelier qui demande 248 LECTURES à boire ! [.] Et ne croyez pas, Seigneur, que Vous Vous en tirerez avec nous au prix de Votre Humanité crucifiée ! Vous avez affaire à autre chose aue cette baleine qui engloutit Jonas ! Ce n'est pas seulement à Votre Humanité, c'est à Votre Divinité que nous en avons 1 (P.241) Toutes ces magnifiques qualités d'âme font de Claudel le chantre de la Création totale, et particulièrement le poète de notre temps, qui découvre à travers le sensible la poésie du monde surnaturel, de l'univers intérieur de l’âme.Comme Adam au sortir des mains créatrices tourna ses yeux ravis vers les créatures innombrables, notre grand contemporain découvre dans sa totalité l'univers « rédimé » et le nombre infini des rapports qui le tissent.Au choc de la Parole inspirée, son âme très chrétienne, très sensible aussi, vibre et répond d'un seul élan ; sa plume si souple (calamus ocribœ vc Inciter jeribentio (Ps.44, 2), dirait-iï) retrace sous nos yeux le réseau des résonances intérieures.Cette plume claudélienne, comme elle a fait couler d'encre 1.Naturellement, la prose du Cantique det Canltquen ne fait pas exception au style habituel de l'auteur : encore et toujours le mot évocateur, incisif, neuf.(« Laisse faire en toi le Père Océan.» — « Par un recourbement de toutes nos forces et par le bond.» — « L'arrière-Dieu.») Mais il y a aussi cette fameuse « obscurité » dont parlent ceux qui l'ont approchée.de loin.Un fait s'impose : Claudel vit solitaire dans ses pensées, qui sont fort hautes.Il, se soucie peu, et plusieurs le lui reprochent, de descendre jusqu'au lecteur par un style plus simple ; « au lecteur, de monter jusqu a moi », semble-t-il dire.Aussi lui arrive-t-il souvent de développer une ou plusieurs idées à même une comparaison dont il est seul à (( visualiser )) le développement ; il faut un certain entraînement pour suivre dans ses envols audacieux cette imagination si poétique et par ailleurs très intellectuelle.Parfois même les allusions, les implications de l'idée sont nombreuses et dispersées en tous sens, ce qui donne à certaines pages l'impression d'être échevelees, labyrinthiques.On dirait qu’alors Claudel couche sur le papier son processus d'idéation.Comme il l'expliquait a Riviere, ça lui vient « comme un grommellement intérieur ».D'un autre côté, le style poétique peut facilement trahir la précision théologique et exposer de la sorte un lecteur peu ferre a des contresens ou à des confusions sur tel ou tel point de doctrine.Ainsi l'adage : « ubi Cbridut, ubi (sic) Eccleaia » relatif à la question dogmatique du corps et de l'âme de l'Eglise n'est pas commenté de façon claire par l'auteur.De même cette idée (p.294) : « .comme le fils est la cause du père, rien n'est oublié pour me faire croire que je suis la cause de Dieu ! » Le contexte entretient à dessein l'équivoque entre les espèces de causes et peut donner le change à l'esprit non prévenu.Malgré ces difficultés, le lecteur de bonne volonté parvient vite à accorder son pas à celui du poète.Et par où le mène son JANVIER 1951 249 grand ami, — ces chemins en pente raide, raboteux et durs au début, ces clairs-obscurs des sous-bois fournis et des grottes profondes, — il parvient à des sommets vertigineux baignés de lumière.Il me reste à formuler le vœu que Le Cantique dea Cantiqueo soit lu et médité par les lettrés auxquels il s'adresse, et particulièrement par ceux qui entretiennent une curiosité morbide vis-à-vis le Livre inspiré.Cette lecture n’entretiendra chez eux aucune équivoque, aucune compromission avec un certain sensualisme matérialiste que d'aucuns voudraient retrouver dans le Poème sacré ; elle constituera une excellente introduction non seulement au texte, mais à la Bible entière ; elle pourra même donner le goût de fréquenter les commentateurs spirituels et mystiques traditionnels de l'Eglise.Claudel, en somme, a le grand mérite d'éliminer les préjugés et autres obstacles à une lecture fructueuse de la Bible et de mettre l'âme, par les résonances chrétiennes qu'il sait recueillir avec tant d'art au fond de son cœur, en appétit surnaturel et dans un climat favorable à la Parole de Dieu, pour la conduire au seuil même de la Mystique.Jacques-M.LANGLAIS, c.s.c.WWVWV/WW^AAA^^/W^WWW^V^^^^^V^AAAAAAAAAA^AAAA/SAAA^AAAA^AAA/ BRIGITTE ET LES ROUTES NOUVELLES par BERTHE BERNAGE C’est le omième volume de la célèbre collection des Brigitte de^ Berthe Ber-nage qui vient de paraître aux Éditions Fides.On sait que le nombre d’exemplaires vendus des Brigitte s'élève à plus d'un million.On comprend le succès aue rencontre auprès du public la série des « Brigitte » en méditant ces lignes, les dernières du nouveau livre de Berthe Bernage : « Me glisser, moi petite source, dans le grand fleuve d'amour et y entraîner mes fils et mes filles, afin que, tous et toutes, nous aidions le monde a retrouver sa paix.» Rappel des différents volumes de Berthe Bernage i 1.Brgitte jeune fille 6.Brigitte femme de France 2.Brigitte jeûné femme 7.Brigitte aux champs 3.Brigitte maman 8.Brigitte sous le ciel gris 4.Brigitte et le bonheur des autres 9.Brigitte en ce temps-là 5.Brigitte et le devoir joyeux 10.Brigitte et le coeur des jeunes Chaque volume broché, forma'.5"X8": $1.25 (par la poste 1.35) , FIDES — tl ait, rue St-Jacquet — MONTRÉAL-1 — PL.I3SS 250 LECTURES Risques d’hommes1 Un bon roman dans notre littérature canadienne-française.Un roman sain.Et l'on s'en réjouit d'autant plus que trop d'écrivains pensent trop peu à la portée morale de leur message.Rioqueo d'homme* raconte la vie de Iretïle Cabana.Ce jeune colosse canadien-français va dans la vie en toute simplicité, tout droit, par les durs chemins de ses ancêtres, hommes de la foret, héros inconnus de la drave, fidèles amis d'une nature sauvage, exigeante, au commerce rempli de risques et avare de douceurs.Tréfilé a perdu son père, mort a son poste dans des circonstances mystérieuses où un certain Bisson ne semble pas avoir joue un beau rôle.Le jeune Cabana travaille avec ce sournois, ce « boule » sans honneur et sans âme.Heureusement pour notre héros, sa jeunesse de vingt-sept ans, en pleine maturité empeche Bisson de perpétrer quelque mauvais coup direct contre lui-meme.Le draveur finira tristement ses jours, victime de sa jalousie, de ses mauvais desseins et de sa haine.Cabana, lui, suit toujours sa route périlleuse, semée de risques.Il connrît plusieurs fois l'angoissante proximité de la mort dans l'accomplissement de son métier de draveur.Il voit mourir des compagnons de travail ; la noyade de son grand ami 1 ît-Homme l'accable profondément, mais il faut aller de lavant, crânement.Cabana et ses copains souffrent de leur dur genre de vie ; Tréfilé veut à tout prix améliorer leur âpre existence.Il s'aperçoit aussi que les congés dans les villes sont de néfastes occasions d'ivrognerie et de débauché pour « les artisans de a forêt » ; il prêche alors par la parole et 1 exemple d une bonne conduite d'homme convaincu et pas du tout bigot.Treille a connu le sensuel dégoût des amusements des boîtes de nuit ; il a secouru de ses amis ivres-morts dont les poches avaient ete « faites » par la (( petite amie » d'une nuit ; son amour a lui est-il plus sain.Ce n'est pas que le héros de Ri*queo d’homme* ne ressente aucun mouvement de la chair en présence de la belle Mehna ^u ü aime tant ; mais une forte honnêteté foncière, un respect inné de la femme, apparemment envisagé dans le rayonnement du souvenir de sa mere, lui font sacrifier bien volontairement quelques douteuses joies éphémères, pour faire plus grand et plus solide un bonheur que le mariage lui apportera prochainement.Et, sur ce rêve légitime et plein d espoir de Trefile Cabana, le livre de Rolland Legault se ferme, ne laissant aucun pli au Iront du lecteur, mais une paix chaude dont tout homme peut jouir sainement.i LEGAULT (Rolland), Risques d'hommes.Roman.Montréal, Fides, 1960 247p.20cm.(Coll.Rive et Vie.) $1.50 ($1.60 par la poste).JANVIER 1951 251 Ce qui plaît dans Risqueé d’hommes, c'est la simplicité, simplicité des personnages, simplicité de l'histoire, de l'intrigue, simplicité des lieux où se déroulent les phases de l'action.Cette simplicité ne vient pas de l'insignifiance : ce qui est pleinement humain n'est jamais insignifiant ; elle ne vient pas non plus de la monotonie de la vie des personnages en cause, non, car mille et un imprévus changent à tout moment le cours des choses.Cette simplicité naît d'une préalable entente tacite entre l'auteur et le lecteur moyen.Les deux se comprennent fort bien ; ils pensent tous deux en donnant le même sens aux mêmes mots.Rolland Legault ne perd pas son lecteur dans le labyrinthe d'une étude psychologique compliquée.Dans le déroulement de l'intrigue, le lecteur peut se retourner, se mouvoir, respirer à l'aise ; il n'est pas étouffé par les nœuds indénouables de situations irréelles ou exceptionnelles, ni asphyxié par l'atmosphère lourde et délétère de quelque philosophie à la mode qui ne semble avoir pour but que de détourner l'homme de son bon sens, de sa simple compréhension naturelle des choses du cœur et de l'esprit.Cette santé morale du livre de Rolland Legault n'en fait pas un chef-d'œuvre ; mais elle mérite à son auteur de justes louanges.L'intellectuel exige d'un roman plus de densité que ne lui en offre la vie de Tréfilé Cabana ; et certainement que Legault aurait pu apporter plus de profondeur dans l'analyse des réactions de son héros devant l'amour, devant la mort, devant la vie, et cela, tout en demeurant aussi simple dans l'expression de ses sentiments.Les faits et gestes de Tréfilé sont l'étoffe du roman, et la vie des bûcherons en est l'ornement, l'occasion de peintures appropriées, le cadre.Comme description fouillée de la vie des draveurs, Risques d'hommes est complet.Le lecteur suit ces hommes partout ; dans leurs joies et leurs peines, leurs loisirs et leurs acti vités, leurs qualités et leurs défauts, leur courage et leur faiblesse, dans les bois, en ville et dans leur famille.Il en est de même pour la genèse de la planche.Les billes sont jetées au cours d eau, conduites laborieusement, héroïquement même, jusqu'à la scierie qui les dégrossira.Tout y est.Là-dessus, l'auteur est certainement plus complet que la majorité des ouvrages littéraires écrits sur le même sujet.Le lecteur non initié ne peut que l'en féliciter et le remercier de cet enseignement romancé.Cette satisfaction ne l'empêchera certainement pas de regretter les faiblesses littéraires.On peut reprocher à Rolland Legault une certaine dispersion des grandes lignes, des principales idées de son roman.Certes, Tréfilé Cabana en est bien la figure centrale ; mais justement à cause de cela, on aimerait le voir s'acheminer lentement mais sûrement vers un but, une fin qui capterait particulièrement l'attention du lecteur.Ce dernier a bien le droit de s'attendre à cette unité d'intérêt dans un roman.Par contre, et on doit le souligner, il est incontestable que Tréfilé Cabana reste réellement l'âme du roman, d'un bout à l'autre, même quand il s'agit de centres d'intérêt aussi disparates les uns des autres que la fugue de Tit- 252 LECTURES Homme et la haine de Bisson, la condition des bûcherons et les amours de Tréfilé.Les seize chapitres de Rioquea d’hommes se lisent bien.Plusieurs descriptions des péripéties du métier de la drave sont fort bien rendues.Mais sa facilité à décrire entraîne l'auteur à courir quelquefois après des sujets de description et l'accule à employer des transitions malheureuses.Ainsi, dans les premières soixante-dix pages du volume, on accroche trop souvent à des « à ce moment », « soudain », « un instant plus tard », « un moment » ; et dire que souvent la simple suppression de ces chevilles soulagerait le lecteur sans nuire du tout à l'intelligence du texte.Malgré ce défaut d'une qualité, et en dépit de quelques tournures de phrases d’un français quelque peu sujet à caution, il n'en reste pas moins que Risque,) d’homme o est de beaucoup supérieur à La rançon de la cognée, premier roman de Rolland Legault.L'auteur témoigne d'un progrès considérable et se classe d'emblee dans la bonne moyenne de nos romanciers canadiens-français ; son dernier ouvrage fait bonne figure dans la nouvelle collection de Fides, Rêve el Vie.J.-P.BEAUSOLEIL La fin des songes1 « L'esprit dort et tout le monde est content 1 » Cette petite phrase tirée du journal de Marcel Larocque, dans la deuxième partie du roman de Robert Elie, s'avère fort utile à la critique du présent livre ; en elle réside, pour une bonne part, la clef de son succès.Tout le monde est content de La fin oea eongee, il n y a Sas de doute là-dessus ; ce Prix David 1950 emporte l’assentiment e tous.L'esprit y dormirait-il ?On peut l'affirmer catégoriquement, si l'on donne à l'esprit son sens le plus élevé, celui qui s'oppose directement à la chair, ce sens que lui donne l'Evangile quand il rapporte cette parole du Christ à ses apôtres endormis : « L'esprit est ardent, mais la chair est faible » (Matth.XXVI, 41).Cependant, il faut s'empresser, ici, de bien distinguer entre l'esprit qui dort et l'esprit qui est absent.D'un bout à l'autre de La fin deô eongeo on sent le souffle plus ou moins fort de l'esprit qui sommeille.A travers l'angoisse de Bernard Guérin, sous le noir pessimisme de son ami Marcel, la respiration de cette puissance en état de léthargie murmure sans cesse, comme une espèce de courant souterrain qui jaillit au bout de son cours, aux dernières pages du volume, à la fin des songes.Le style bien régulier de l'auteur, un peu monotone, dépourvu de digressions 1 ELIE (Robeit), La fin des songes.Roman.(Prix David 1950).Montréal, Beauchem’in, 1950.256p.19.5cm.$1.50 (par la poste $1.60).Appelle des réserves 253 JANVIER 1951 légères et de descriptions miroitantes, entraîne le lecteur par les chemins étroits et tortillés d'une intrigue tout intérieure, psychologique à fond, d'où tout événement extérieur est absent.L'atmosphère du roman de Robert Elie est lourde, justement parce qu'on v cherche la vie, qu’on y aspire à ce réveil de l’esprit, qui, maigre quelques mouvements de rêveur, ne se réveillera qu'au dernier chapitre, le vingt-deuxième du volume.Décidément, la chair est faible et elle sait fort bien se soustraire aux ardeurs de l'esprit.La fin de,) aongej, c'est l'histoire de deux amis d'enfance, Marcel et Bernard, que nous rencontrons dans une soirée chez le père de ce dernier.Nicole, la femme de Bernard, habite chez son beau-père depuis que son mari, avocat qui ne pratique pas, s'est éloigné d'elle sous prétexte que leurs idées ne se rencontrent plus ; il revient d'outremer, et l'absence l'a désorienté.Ce soir-là Bernard veut parler à sa femme, pour tenter un rapprochement qui l'aiderait dans la carrière politique qu’il veut entreprendre.Il a 37 ans.Marcel, à peu près de même âge que son ami, est marié à Jeanne, sœur de Nicole.Il est père de deux enfants, Jacqueline et Claude.Autant Bernard est jeune de caractère, enthousiaste, insouciant, actif et doté d'un physique idéal, autant Marcel est rabougri, taciturne, angoissé, désœuvré et sans énergie, humilié par son corps et sa mauvaise mine, se gavant de rêves et d'illusions.C'est le personnage principal de La fin Bed songes ; mais Bernard y joue tout de meme un rôle très important.Les femmes, dans ce roman, prennent une place effacée, surtout Jeanne.Sur les conseils d'un bon vieux prêtre, elle attend patiemment un changement pour le mieux chez Marcel ; elle prie, s'occupe continuellement de ses enfants et se confie à la divine Providence.Nicole, elle, est fière, sûre d'elle-même et sait cacher ses sentiments intimes ; Bernard, l'homme désinvolte, l’a épousée justement à cause de son cran, un peu par défi.Nicole n'en souhaite pas moins que Bernard, ce Roger Bontemps incorrigible, se fixe une bonne fois et revienne à elle.D'ailleurs, ces deux sœurs sont bien les filles de leur mère : la femme de Norbert Comtois devait s’éclipser devant la dureté bourrue de son mari, homme d'affaires arrivé frauduleusement.« Que c'est lourd la souffrance des muets 1 » Louise, « la noiraude, l’insatisfaite, l'amère », la cadette des filles Comtois, fait un tout autre jeu que ses deux sœurs.Marcel a jugé, dans ses songes sans fin, qu'il pourrait satisfaire sa jeune belle-sœur Louise.Lui qui ressent « l’horrible sensation de vide et d'absence complète », « pourquoi a-t-il cru comme un imbécile tous les colporteurs de bons sentiments qui ont empoisonné sa jeunesse ?» Peu à peu, Louise va accaparer toute sa pensée, hanter tous ses rêves.Il se remémore ses amours d'autrefois : « L'amour inquiet et douloureux de Maryse pouvait-il hésiter entre la joie et 1 energie de Bernard et sa propre faiblesse, son 254 LECTURES angoisse?» C'est encore Bernard qui l’avait supplanté auprès de Nicole qu'il avait aimée.Ces souvenirs le séparent de plus^ en plus de son ami de toujours.Il est même prévenu contre sa mère, chez qui il a soupçonné « une liaison que rien n'avait pleinement confirmée ».Il ne caresse nlus que ses illusions et son obsession de Louise.Un dimanche, à la messe, car « il n'avait pu se résigner à cesser toute pratique religieuse », il se livre à « une débauche de rêverie » sur la nuque de Louise.Il délaisse presque complètement ses enfants et sa femme toute remplie de craintes.Bernard, de son côté, revient beaucoup de son assurance.Les choses lui deviennent de moins en moins laciles, et le cynisme de Stendhal, son auteur préféré, ne le fascine plus autant.Bernard joue à l'incroyant ; il est « écœuré par la morale des bons sentiments », et même la musique qu'il aime ne le satisfait pas assez : « un mystère à la place d'illusions, me voici bien avancé ! » Gabrielle, (( qui lui offrait toutes les illusions de l'amour », ne le contente pas plus.Il veut se fixer, lui, Bernard, car il a horreur du rêve.Pour cette raison, son amitié pour Marcel se change en pitié.Hélas, « l'amitié ne peut survivre à la pitié », et le fossé qui les sépare s'approfondit davantage.Bernard voit que tout lui glisse entre les mains, même son projet de candidature a Saint-Alvère.Heureusement, son père réussit à l'intéresser à ses affaires, ce ar M.Duméry dans son chapitre sur a méthode dans les sciences familiales, de « protester contre le morcelage du donné familial, tel que les diverses spécialités chaque jour le pratiquent ».Le biologiste, le juriste, le sociologue, le moraliste, le pédagogue, le psychologue, le phénoménologue, le métaphysicien et le théologien étudient la famille au point de vue de leur spécialité, sans perdre de vue l'unité de l'être familial.Si certains aspects, tels l'aspect économique, nataliste, sont négligés dans cette étude, ce n'est pas qu on méconnaisse leur importance mais que 1 œuvre s'inspire du personnalisme chrétien et laisse à d'autre le soin d étudier les domaines plus profanes.Le problème est envisagé sous l’angle chrétien sans qu'on puisse accuser pour cela les collaborateur d'un parti-pris quelconque : suivant la remarque de M.Duméry, « quand il s'agit des personnes, toujours il y a une option métaphysique qui se trouve engagée.Le méconnaît!e c'est au plus le dissimuler.» Recherche de la Jamille s'adresse à tous ceux à qui se pose ou devrait se poser le problème familial.Ce n'est pas toutefois un ouvrage de vulgarisation et on ne saurait le lui reprocher, Car un problème aussi complexe ne s’accommode pas de vues partielles.Le lecteur possédant des connaissances philosophiques trouvera plus d’intérêt dans cette étude, mais tout lecteur cultivé en tirera également giand rofit.La diffusion de ce livre aidera ouvrir les esprits aux questions familiales et à les diriger dans leurs recherches.Jacqueline LEDUC MADELEINE-LOUISE DE S.(Rév.Mèie), Un Désir de Marie : La Congrégation de X.-D.de Sion.Paris, Lethiel-leux 11946).232p.front.19cm.Le 27 novembre 1947, la question palestinienne a reçu une réponse de la part de la société des Nations Unies : la constitution d’un Etat Juif en pays d'Israël.et le sang coulé 1 Depuis 100 ans, parallèlement aux apparitions mariales destinées à la conversion du monde, la B.V.M.travaille à celle de son peuple, d’une façon moins sanglante et plus efficace.C’est une page d'Histoire particulière que l'auteur, en 18 enapitres vivants, clairs, précis, détache sur le fond de l'Histoire de l'Eglise et de l’Histoire de France.Théodore Ratisbonne, fils d'un banquier honorable de Strasbourg, âgé de 25 ans, sur le point de se marier, se sent mystérieusement poussé non vers une fiancée, mais vers celle qui allait devenir sa mère spirituelle, Mlle Hu-mann.Abdiquant, en effet, le judaïsme, il reçoit d’elle avec une autorisation spéciale de l'évêque de Strasbourg, le 14 avril 1827, le saint baptême.Ses talents ainsi surnaturalisés ne restent pas enfouis.Disciple de Louis Bautain devenu, de professeur laïque à l'Académie Royale de Strasbourg, supérieur du Séminaire de la même ville, il avance vers le sacerdoce.Après peu de temps d’activité sacerootale à Strasbourg, puis à Paris, il devient « aumônier en second de la Reine du ciel », c’est-à-dire sous-directeur de l’Archiconfrérie de N.-D.-des-Victoires, où il prie pour la conversion des siens et obtient la conversion miraculeuse de son frère Alphonse, le 20 janvier 1842, îelatée ainsi dans la Ve leçon de l'office de la Médaille Miraculeuse (27 nov.) : « Alphonse, né à Strasbourg, de parents juifs, se dirigeait vers l’Orient et s'était ai rcté à Rome.Il était uni par des liens d'amitié à un illustre converti de l’hérésie.Cet ami, pris de pitié pour le jeune homme, s’effoi-çait de l’amener à la vraie religion du Christ.Mais ses paroles ne ga- (piaient rien ; il obtint seulement que e Juif portât suspendue au cou, la médaille de la Mère de Dieu.Et, 268 LECTURES K viciant ce temps, les prières redouaient à la Vierge Immaculée.Celle-ci ne fit pas attendre le secours demandé.Alohonse étant entré fortuitement à l'heure de midi dans l'église Saint-André delle Fralte, fut tout à coup environné de ténèbres lui cachant tout l'édifice, à l'exception de la seule chapelle de Saint-Michel, d'où sortait une vive lumière ; saisi de crainte, comme il tournait les yeux de ce côté, il vit la Bienheureuse Vierge Marie se montrant à lui avec le plus doux des visages, telle u’elle était représentée sur la mé-aille.A cette vue céleste.Alphonse fut immédiatement transformé ; et, baigné de larmes, il répudia l'infidélité juive pour confesser et embrasser de tout cœui la religion catholique qu'il détestait si peu de temps auparavant.« Instruit des dogmes catholiques, il fut, peu de jours après, lavé dans les saintes eaux du baptême, au milieu de la joie de la ville de Rome.» Voici comment Alphonse, élevé au sacerdoce, devient co-fondateur, avec son frère Théodore, de la Congrégation de N.-D.-de-Sion.Tandis que le Père Théodore fonde des néophytats (pour conversion juive) à Paris, rue Plumel, puis à GrancWîOurg avec deux anciennes collaboratrices de Strasbourg : Mme Stouhtem et Mlle Weywada, — les deux premières supérieures générales, la première sous le nom de « La Bonne Mère » de 1843-1860, la seconde sous le nom de Mère Louise de 1860-1872, — de son côté le P.Marie-Alphonse fonde, « au milieu des malheurs des temps », à l’endroit même du Lithostrotos.tribunal de Pilate et commencement du portement de la croix, le couvent de YEcce Homo où les Filles de Sion du Nouveau Testament expient les cris de haine de la foule déicide par leurs supplications unies à ce même Sang divin offert pacifiquement ; puis l’Orphelinat in Montana et d’autres œuvres.Pour consolider ces œuvres, il se fit quêteur infatigable, parcourant la France et l'Espagne, l'Irlande, l’Ecosse et l'Angleterre, la Belgique, l’Alsace, l'Autriche et l’Allemagne, suscitant des comités de patronage pour son œuvre.# Le Pèie Marie, disait de lui son frère Théodore, se ferait hachei en dix mille morceaux pour Sion.» L'œuvre de N -D.de Sion, composée de Sœurs de chœur et de Sœurs converses, — les premières employées aux diverses branches de la direction et de l'enseignement, les secondes plus spécialement employées aux travaux manuels, — continue la douloureuse supplication du Christ : « Otez le voue ui couvre leurs yeux ».« Rachetez, eigneur, Israël de toutes ses iniquités.» Madeleine-Louise de S.termine son ouvrage par quelques savoureuses notices biographiques et des relations sur quelques fondations, depuis Constantinople à Costa-Rica, avec les consolations et les revirements de la vie sion-nienne.La lecture de ce livre peut être un merveilleux antidote contre l'antisémitisme, car elle conduit à considérer les choses sous leur jour complet et définitif, et fait ainsi rejoindre la pensée de Notre-Seigneur et de sa oainte Mère.Eugène ANDLAUER, c.s.sp.LINGUISTIQUE DENIS (Roland).Les vingt siècles du Jrançais.Montréal, Fides, 1949.437p.19cm.$2.25 (par la poste : $2.35).On a fait un certain bruit autour de cet ouvrage.Mérite-t-il vraiment toutes les louanges ou tous les blâmes à lui adressés?L’auteur s’est fixé un but très élevé : « faiie connaître aux étudiants, comme aux gens du monde, les origines lointaines de notre langue, les facteurs essentiels et les diverses tendances qui l'ont influencée ; en un mot, les événements saillants, qui ont fait de la langue de César celle que nous parlons aujourd’hui ».C’est une œuvre de synthèse et de vulgarisation.On y dessine poui chaque époque les caractéristiques générales ; on retrace les événements sociaux, intellectuels ayant influencé le vocabulaire, la grammaire et la phonétique.La production littéraire dans les différents genres est présentée brièvement dans les auteurs.Un appendice décrit l’histoire de la langue au Canada français.Pareil sujet aurait fait peur à plus d'un écrivain.M.Denis l’a abordé avec JANVIER 1951 269 enthousiasme et peut-être avec témérité.Il a trop sacrifié au désir de vulgariser.Le français est une langue difficile et déjà ancienne.Ses « vingt siècles » sont chargés d'histoire, de métamorphoses pas toutes inspirées par la logique.Sa littérature compte paimi les plus considérables.On ne doit donc pas s'étonner que la synthèse en soit ardue.A ce compte, mieux vaut ne pas aborder i’œuvie littéraire comme telle des écrivains comme Rabelais, Racine, Hugo, plutôt que de répéter les poncifs des manuels.L'apport en phonétique, en sémantique et en lexicologie est plus personnel.Mais voilà 1 il ne faut pas demander à ce bouquin ce qu'il n'a pas voulu donner.Cette synthèse est faite de l'extérieur.Je veux dire qu'elle étudie davantage les influences exercées que les transformations elles-mêmes.Comme telle, elle sera une utile vue d'ensemble avant une étude de détail, pour éviter de se peidre dans l’immense roduction linguistique.D'ailleurs la ibliographie assez élaborée mais sans surcharge stimulera le lecteur à une exploration plus approfondie.Ce travail est bien écrit, avec clarté, avec ardeur.Il valait la peine de tenter l'aventure pour ouvrir aux Canadiens un horizon que d'aucuns commencent à peine de soupçonner.P.ETIENNE, o.f.m.cap.SCIENCES PURES MASSA IN (R.).Physique et physiciens.Deuxième édition.[Préf.de Louis de Broglie].Paris, les Editions de l'Ecole.399p.ill.24cm.A ceux qui s’intéressent à la physique, ce livre offre l’occasion d'acquérir lus que des notions purement scienti-ques ; il leur permet de prendre contact avec l’esprit dans lequel se sont développées les sciences physiques.La connaissance des principes élémentaires de physique est toutefois nécessaire à la bonne intelligence de l'œuvie.La méthode de l'A.n'est pas rigoureusement historique puisqu'il s agit d'une reproduction de textes originaux de physiciens ou d'écrivains qui se sont intéressés à la physique.Nous trouvuus dans certains de ces extraits le récit détaillé de quelques expériences célèbres, le tableau de révolution d'une idée ou d'une technique ; d'autres nous placent dans l'atmosphère d'une découverte scientifique ou retracent les étapes de la vie intellectuelle d'un homme de science.Un ou plusieurs de ces textes se rapportant à un sujet donné constituent une « lecture ».Le volume comprend 49 lectures « sensiblement disposées dans l'ordre des matières des programmes du second degré ».Voici, suivant l'ordre où elles sont données, les titres généraux sous lesquels on peut grouper ces lectures : quelques points d’nis-toire, les gaz, la chaleur, loptique géométrique, le magnétisme, l'électricité, la mécanique, la thermodynamique, l'acoustique, la lumière, électricité corpusculaire et radiations, généralités.Chaque lecture est accompagnée d’une introduction qui la situe dans son cadre, et de notes et commentaires explicatifs indispensables à sa compréhension.Un intlex bibliographique termine le volume.Les textes s accom-agnent d'illustrations qui, sans être 'une grande originalité, rendent la lecture plus attrayante.On ne saurait nier la valeur culturelle et éducationnelle d’un tel ouvrage.Jacqueline LEDUC SCIENCES APPLIQUÉES Médecine GROUPE LYONNAIS D’ETUDES MEDICALES.PHILOSOPHIQUES ET BIOLOGIQUES.Médecine sociale et médecine individuelle.Paris, Spes [1940].268p.20.5cm.(Coll.Convergences.) On aura certainement remarqué, dans la critique que nous publiions de cet ouvrage le mois dernier, la phrase suivante : t Viennent ensuite les cha-itres bien insignifiants intitulés : .].» Cette ligne, en contradiction d'ailleurs avec le reste du texte, devait se lire ainsi : Viennent ensuite les cha- (titres bien significalijs : [.].Il valait a peine, en raison de la valeur de l'ouvrage en .cause, de relever une telle méprise.LA RÉDACTION LITTÉRATURE Ecrits divers DARBELLAY (Jean).Le poète et la connaissance poétique.St-Maurice, Editions de l’Oeuvre St-Augustin, 1945.292p.20.5cm.$3.00 (par la poste: $3.15).270 LECTURES Le poète sait que le philosophe peut, de façon très rationnelle, rendre compte de l’univers ; jamais cependant le protégé des Muses n'utilisera les moyens d'investigation dont dispose le disciple d’Aristote.Le philosophe, lui, sait-il qu’il existe une réelle connaissance poétique?On rencontre plus de scepticisme cliez ce dernier.Le philosophe devient peut-être trop méthodique et trop scientifique pour admettre la valeur d’une connaissance intuitive.Est-ce pour réconcilier le poète et le philosophe que M.Darbellay a très philosophiquement étudié la connaissance poétique?De toute façon, le lecteur intéressé au problème trouvera dans ce volume une brillante et profonde étude de la connaissance poétique.Dans la préface, M.Darbellay expose la méthode qui lui a permis d'étudier l'activité poétique.Il recherche « les causes de la poésie en utilisant des moyens philosophiques d’investigation #.Malgré la rigueur de cette méthode, l'auteur reconnaît ce qui, dans la poésie, est « mystère et obscu- rité *' L’A.donne des notions élaborées sur les causes de l’activité poétique.Cette base solide lui peimet d’édifier une étude de la connaissance du poète, d'apporter de solides arguments sur la valeur et la profondeur de la connaissance poétique.M.Darliellay appuie ses avancés sur des philosophes tie première valeur ; nous trouvons de fréquents recours à saint Thomas, Aristote, Cajetan, Ma-ritain.Dans la préface, l'A.remercie Jacques Marilain qui a conseillé et encouiagé le travail.Une bibliographie intéressante termine l'œuvie.Elle indique des ouvrages de critiques et de poètes, des ouvrages philosophiques concernant l’art et la poésie, des ouvrages pour l'étude du don de poésie, de l'expérience poélicpjc et de la connaissance créatrice du poete.Ce volume est de lecture difficile ; pour le comprendre, le lecteur doit être initié au vocabulaire de la philosophie scolastique.Les amis de la poésie et de la philosophie y trouveront, cependant, des éléments de solution aux problèmes qu’ils n'ont pas pu ne pas Romans GROUSSARD (Serge).La Jenime sanspassé.Roman.[PansJ Gallimard [cl950].305p.20.5cm.(Le Cercle du Livre de France.) Appelle des réserves Après avoir tué, presque sans le vouloir, son mari qui la surprenait en adultère, Mado Lemoine s'enfuit et se réfugie sur une péniche.Là, grâce à la complicité des deux mariniers Malard et Jean Jean, elle reste cachée pendant cinq jours, jusqu’au moment où le chaland arrive à Paris.On croit comprendre qu'elle se livre à la police ou.qu'elle va se suicider.Ce livre, qui a remporté le Prix Femina 1950, apporte une description nouvelle dans le roman fiançais : celle d’une péniche avançant lentement, dans un rythme lourd et régulier, à travers canaux, écluses et rivières.L'auteur ne se répète jamais et c'est un tour de force.Mais la desciiplion si pittoresque de la nature ne nous touche presque pas, attristés que nous sommes par le dévoilement progressif du personnage principal, Mado Lemoine.Groussard a su camper une femme qui en impose par sa force morale, son intelligence, sa beauté.Mais le fond de cette âme est triste, infiniment triste.C'est une grande déesse qui boude tout, écœurée de tout et d’elle-même.Elle ne devine ce qu’est l’amour que le jour où, son mari mort, elle fait la connaissance du marinier Alalard.C est a lui qu elle voudrait se donner.Mais le peut-elle?Et tandis qu'au mouvement régulier du chaland, nous avançons à travers les pages, l'impression morale est déprimante.Aucun coup d’aile.Aucun idéal.Livre amoral et pénible.Paul GA Y, c.s.sp.LA ROCHE (Mazo de).Possession.Roman traduit de l’anglais par Jeanne Lemouzy.Paris.Begh et Ilenrys (cl948] 328p.19cm.Appelle des réserves L'action se passe sur une ferme, dans un milieu protestant ; elle est vivante, sans lenteur.Les personnages sont simples et réels.Nous_regrettons que la trame de ce roman soit ! inceste, sujet qui d’ailleurs, manque d’originalité.La moralité du roman eût été tout de même sauvegardée par le mariage de l’Indienne avec Derek, si celui-ci avait voulu un tel mariage pour réparer sa faute.Tel n’est pas le cas : Deiek, JANVIER 1951 271 s’apparentant à « L’Etranger », de Camus, accepte !e mariage parce que l'atmosphère lourde de chaleur, renoue encore plus accablante par l’alcool, lui enlève ses capacités de résistance.C.ARBOUR L’ERMITE (Pierre).Le manage idiot.111.de H.Schœffer.(Paris] Bonne Presse [1949].197p.20.5cm.(Coll, le Ruban bleu, no 50.) Pierre L'Ermite rêve d'apporter « la vision d’une beauté inconnue » dans ce roman.L’écran qu’il éclaire présente des contrastes destinés à buriner dans nos imaginations cet idéal de beauté.Marc Bartain, jeune interne de Paris, s'est laissé enjôler par une coquette qui lui prend graduellement la liberté de son cœur, au risque de sa carrière et en dépit^ du bonheur que sa loyauté permet à la jeune fille d’espérer.Appelé au chevet d’un malade qui requiert ses multiples visites, Alarc rencontre Brigitte de Ceyran.La beauté, la simplicité, la franchise, le dévouement, la douceur et l’intelligence de Brigitte conquièrent Marc, oui finit par y voir et y engager son bonheur.L’auteur réalise ainsi son but de nous donner « la vision d'une beauté inconnue, parce que méconnue,.de la vraie reune fille.» (p.7).Le débit est alerte, sans être léger ; les dialogues sont appropriés aux personnages, selon leur culture, leur rang et leur éducation.Le livre s'appuie sur une morale solide, mais il n'est pas sermonneur ; c'est vraiment un roman catholique de bon goût.En le refermant, on conserve une impression de joie, de simplicité et de paix.Pierre L Ermite, ici, encore, un peu comme I Evangile qu'il veut faire aimer et vivre, manifeste l’éternelle jeunesse des disciples du Sauveur.Grégoire SAINT-GERMAIN MAGALI.L enveloppe aux cachets bleus.Roman.Montréal, l'Arbre (1946).233p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Peur adultes Intrigue d'amour et d’espionnage.Style personnel à Magali : style ampoulé dans la description de sites et de sentiments « des vieux pavs », coupé d'actions trépidantes, à l'américaine.La trame est attachante.On referme le livre, satisfait d'une bonne distraction, enrichi d’avoir fréquenté quelques gens de généreux caractères.L.ST-AMOUR A1ARTET (Jean).Lenlèvement de Daphné.Roman.Paris.Ed.Albin Michel [cl950].236p.20.5cm.Appelle des léserves Une série d'aventures — tqutes dignes de Gil Bias — conduit Beitrand de Mazac en Andorre, au fameux château d’Ercz.Là, règne le marquis de Peyrolles, un original qui croit dur comme fei que le monde a fini d'exister à la seconde précise de la mort de Louis XVI, et qui veut vivre à la mode du XVIIIe siecle, avant la tragédie du 21 janvier 1793.« II est sorti du temps », comme dit joliment l'auteur.Et nous aussi, grâce à Jean Alartet, « nous sortons du temps ».Revit vraiment le XVIIIe siècle avec ses habits de gala, ses valets en grande tenue, son cérémonial simple et si distingué, son élégance et sa dignité.On dirait réellement les marionnettes mues par Jean Cocteau dans La Belle et la Bête.Pour unir entre elles les scènes de mœurs, il fallait une intrigue.Dans ce vieux château, Bertrand de Alazac s'éprendra — évidemment 1 — de la belle Daphné qui s'ennuie terriblement.Il l'aidera à fuir.au compte d'un autre malheureusement.Il ne lui restera que la marquise pour adoucir sa peine.Finale bien regrettable qui, en langage chrétien, s'appelle adultère.f Nous regrettons la conclusion hors-d'œuvre dun si beau roman.Paul GA Y, c.s.sp.MAUROIS (André).Nouveaux discours du Docteur 0'-Grady.Paris, Bernard Grasset [cl950J.298p.18.5cm.{Le Cercle du Livre de France.) Dangeieux Certains critiques ont pris à la légère le dernier volume de M.A.Maurois.D'autres, dont nous sommes, ont été profondément déçus par le scepticisme complet qui s'en dégage.L'art de Al.Maurois — si art il y a dans ce cas — consiste à présenter tour à tour les deux aspects d’un même problème, as- Pects souvent opposés, à les défendre un et l’autre avec des preuves également solides, et à vous laisser fort indécis à la fin du chapitre.Cette politique de bascule est inquiétante lorsqu'il s'agit de dissertation sur le Temps et l'Eternité, sur la parthéno- 272 LECTURES nèse, sur l'homosexualité, sur la li-rté des mœurs, sur l'absurdité du monde, et d'autres questions semblables.Le sourire vaguement platonicien des deux interlocuteurs n'arrive pas À cacher leur angoisse.Ils ont beau couper d'une pointe d'esprit les questions trop béantes, le livre reste triste.Avouons cependant qu'il abonde en réflexions fines, mais plus fines que S rotondes.Heureusement que l’on peut ésormais espérer mieux de l’auteur, qui serait converti au catholicisme.Paul GAY, c.s.sp.QUERLIN (Marise).Les Egarés.Roman.Paris, Ed.Fas-quelle [c!950].319p.18.5cm.Mauvais Béryl Davidson, enfant naturelle privée d'amour, réjouit ses jeunes ans dans les ombres d'un cimetière : elle cherche dans ces décombres humains une évasion de sa propre existence, dont elle soupçonne confusément encore le mal fondé ; elle tend les bras au paradoxe d’un suprême anéantissement et d'une surréalisation humaine.Elle croit avoir trouvé, après bien des péripéties malheureuses, celui qui pourra la combler parfaitement, dans la personne de Michel Bermond, politicien qui la fascine par un mystérieux complexe de promesse de plénitude et de souffrance.Alais Michel s’esejuive toujours en enveloppant Béryl d un nuage confus d’espérance, l out se passe et se termine dans la désillusion, quand le fils dément de Béryl assassine l’amant de sa mère au moment où tous deux auraient peut-être inauguré un bonheur refusé jusqu'ici.Histoire écrite sous forme de plaidoyer, dans un style nerveux, si vibrant et si pathétique qu'il semble le résultat d'une psychose.On ne peut réprimer quelque frissonnement à parcourir ces pages.Frisson de dégoût, à vrai dire, puisqu'il faut y respirer une atmosphère fétide de viol, d adultère, d'amour libre, de suicide, d'homicide ; refouler la nausée que donnent les héros de ce roman pataugeant dans les détritus d’une théosophie et de philosophies mal digérées et vomies abominablement par ces « égarés ».Restes d’idéalisme, sur-réalisation, métemps^-chose, évasion, anéantissement, individualisme, communisme, sémitisme, fatalisme destructeur, sadisme, etc., toute monstruosité trouve ici place.« Les égarés » roulent tous ces problèmes dans leur tête ; ils se cherchent aveuglément, en fuyant leur être propre dans une course folle vers un néant source de toute plénitude.Marise Querlin ne vient même pas essayer de leur prêter secours en jetant quelque lumière dans ces ténèbres profondes.Tout demeure sans réponse ; tout, sauf l'exaltation d’une plénitude de l’amour charnel dans sa grossièreté concrète, est placé sur le même pied, dans le même état morbide d’interrogation insatisfaite.« Les égarés » restent égarés et le livre se referme sur des ténèbres épaisses que l'auteur ne semble chercher qu’à épaissit.Il n'y a qu'un ou deux petits points lumineux, mais si faibles qu'ils ne percent rien du mur opaque qui emprisonne « les égarés ».Marise Querlin a-t-elle voulu écrire un roman sensationnel, dépeindre à tour de bras les ruines morales, philosophiques et psychologiques d'une époque tourmentée?« [.] labyrinthe habité de mirages, de fausses sorties, de chemins qui tournent en rond, de routes sans issue.Tourner à droite, tourner à gauche, tourner en rond.tourner.tourner I » (p.8).C'est là l'analyse la plus juste que l’on puisse faire de ce roman.L'auteur aurait-elle donc compris ce qu’elle sert de fatras au lecteur?.« Vous essaierez de vous y reconnaître, de classer, de reconstruire.Je jette les matériaux.Peut-être vous salirez-vous en les ramassant, et peut-être parfois vous sera-t-il impossible de les atteindre » (p.9).Mais alors, pourquoi écrire?Pages scabreuses.Roman déprimant.Les Egarés nous laissent sans espérance.Grégoire SAINT-GERMAIN REGNIER (Paule).I.es filets dans la mer.Roman.Paris, Plon [cl949J.247p.19cm.Appelle des réserves Matière délicate à traiter cpte le maniement des âmes ! Sans la grace d’état, les études et l’expérience, comment espérer trouver dans ce domaine la note piste tout au long d'un roman de 250 pages ?• Pourtant, Paule Régnier apporte à l’exécution de ce tour de force une psychologie habile et fouillée, servie par une langue souple.L’élévation même de quelques chapitres feront oublier la JANVIER 1951 273 verdeur de certaines expressions, voire de certains épisodes.Une trop grande part de la littérature contemporaine souffre de cette maladie de « faire choc » au dépend de la pudeur, et la manie prend un tour particulièrement détestable quand elle n'épargne pas les sujets les plus saints.Il reste que l'auteur a réussi à sculpter une sympathique ligure de prêtre tout au long d’une lente conversion de Madeleine.Son moine, Dom Stéphane, malgré les situations peu monastiques ou le met parfois l’intrigue, se révèle l’habile et tenace directeur d’âmes, sans cesse en lutte avec l’égoïsme inconscient de vies endormies dans le péché.C’est le semeur infatigable qui jette avec amour et confiance la semence divine là où peut-être d’autres que lui récolteront.Admirables son tact et son zèle au confessionnal, au chevet des malades, partout où le fjrêtre peut seul apporter le remède que es autres s’avouent impuissants à dispenser.Il faut regretter malheureusement certains coups de ciseau maladroits qui altèrent les traits de l’apôtre.En particulier la plaie mal cicatrisée au cœur de ce Bénédictin venu en religion réparer un drame d’amour.Et que penser de ce principe défaitiste : « Que sert d'indiquer, meme en toute ceiti-tude, le devoir à l’aine de bonne volonté, si elle s’avère incapable de le remplir, au jour le jour, jusqu'à la fin ?» Dom Stéphane s’en inspire largement dans son ministère, sous prétexte, peut-être, de ne pas éteindre la mèche qui fume encore.C’est manquer de confiance en la grâce de Dieu, entretenir pratiquement une certaine complicité avec les passions de ses pénitents et ainsi les trahir en quelque sorte, puisqu’ils attendent implicitement du prêtre la fermeté qui leur manque et qu'ils viennent chercher pour s y ap-puver.Concluons que la lecture de ce livre laissera somme toute une bonne impression au lecteur capable d’opérei les redressements nécessaires.Jacques-Marie LANGEAIS, c.s.c.SÉCHAN (Olivier).Les morts n'en sauront rien.Roman.[Paris] Ed.de Flore [cl950].179p.20.5cm.(Le Cercle du Livre de France.) Pour adultes Encore un roman de la « Résistan- ce #, mais un roman à rebours, si l’on {>eut diie, un roman contre les abus de a Résistance.Une jeune fille se rend dans un petit village méridional où sa sœur a été cruellement et injustement tuée.Elle veut la venger, faire enquête et poursuivre le ou les meurtriers.Dans ses recherches, elle est aidée par un jeune homme assez mystérieux.Aucun souftlc ne passe dans ce roman.Aucun enthousiasme national.Les deux enquêteurs eux-mêmes, écœurés de tout l’imbroglio qu’ils ont découvert, finissent par se lasser et seraient tentés d’abandonner leurs inquisitions si l'auteur ne venait à leur aide en dénouant l'intrigue.Mais Olivier Séchan a atteint son but.Il a bien montré que, dans l’affoli -ment des guerres civiles, très peu de mains restent nettes.Petites intrigues de village, haines politiques, rivalités d’amour, ont bientôt fait d'étouffer la voix de la Patrie.Seuls l’écoutent encore quelques naïfs qui n'ont pas peur de tuer, mais sur lesquels, plus tard, les vrais meneurs feront retomber toute la responsabilité.Voilà la bêle humaine, vraiment peu intéressante.Livre pour ceux qui possèdent déjà — comme disait l’autre — la # vertu d'écœurement ».Paul GA Y, c.s.sp.SOUCI!ÈRE DELÉRY (Simone de la).// la poursuite des Aigles.Montréal, Le Cercle du Livre de France [cl950].314p.20cm.Pour adultes Piquée de curiosité au timbre de certains noms qui sonnaient étrangement la légende napoléonienne en terre de Louisiane, l’auteur s'est lancé « à la poursuite des Aigles ».Sur des références d’archéologie, de numismatique, d'épigiaphie, de correspondances, race surtout à la fameuse médaille e Sainte-Hélène conservée partout religieusement, d'une plume alerte, il ressuscite le passé.Préférant, à la suite de Tilc-Live, la vraisemblance à la vérité, il a su icconstiluer des tableaux inédits de ce temps mémorable.Les voici, exhumés dans un beau désordre, les illusties rescapés de la grande chevauchée.Un seul nom, une seule idole les rassemblent : « Lui, II, Le Petit Caporal ».Dans ses jours glorieux comme dans l’ignominie de 274 LECTURES Sainte-Hélène, il est le cœur de cet ouvrage.La fidélité de tous ces braves, leur attachement à la patrie, leur dévouement, leur labeur obstiné sont un spectacle réconfortant, éminemment éducateur.Quant à l'auteur, son plus beau titre de gloire est d'avoir su discrètement s'effacer derrière « scs exilés ».Scs monographies demeurent une mine précieuse pour la grande histoire ; pour tous, quelques heures de glorieuse et agréable compagnie.Alphonse GILBERT, c.s.sp.VIALAR (Paul).Le Bouc étourdi.Roman.Paris, la Table Ronde [cl950].217p.20.5cm.{Le Cetcle du Livre de Prance.) Mauvais Liberté ! Liberté ! que de crimes on commet en ton nom ! Sylvain vit hors la loi dans son retranchement du Bouc étourdi.Son père l'a abandonné, comme il a abandonné son épouse, qui en meurt de chagrin.Elevé en pleine nature, parmi les bêtes et les plantes de la forêt française, Sylvain se réfugie dans une solitude sauvage.Les hommes ne le voient que très rarement, quand il descend au village vendre le produit de son braconnage.La nature est son maître, et Impérator, son grand ami du village, parfait son éducation primitive.Virgile, ce baryton-berger, qui s'^st retiré du monde par dégoût de la société, est le seul hôte occasionnel de son ermitage.Entraîné malgré lui à faire partie du maquis, Sylvain rencontre un jour Pascale.C'est le coup de foudre.Ils ne peuvent vivre l'un sans l’autre.Pascale se sauve du couvent et se livre à Sylvain : « sans curé et sans maire, jusqu’à ce que l'un de nous deux disparaisse.(.) Il la serra avec une grande force tendre, se mit à lui caresser les cheveux comme il avait rêvé de le faire depuis si longtemps, lui prit le visage entre ses mains, lui baisa longuement la bouche.I! l’écarta ensuite de lui, la regarda dans les yeux : Voilà, dit-il, c’est fait, et pour toujours.Et leui vie commença à cet instant même.» Or, les deux amoureux étaient mi- neurs, et Pascale avait ses parents.Ces derniers s'objectèrent à leur bonheur naturiste, et les autorités recherchaient Sylvain qui n'avait pas fait son service militaire.On les pourchassa jusque dans leur repaire.Pascale tut blessée ; Sylvain, tué.Pascale se retira dans une nouvelle soliljde avec l’enfant que « lui avait fait Sylvain », l'enfant que le père de Pascale voulait empêcher de naître.Et voici la conclusion de ce roman antisocial : — Les hommes libres on ne les fait pas disparaître si facilement.— Non, Virgile.— Des Sylvain y en aura encore.— Oui, Virgile.Y en aura encore des généreux, des cœurs purs.— Des « boucs étourdis ».Oui.oui.Serrano, fit le berger avec une âpre violence, la race n’en est pas perdue, n'est-ce pas?— Non, dit Serrano, quoi qu'on fasse, tant qu'il y aura des hommes, on n’en verra pas le bout.{Dernières lignes du volume.) C’est la glorification du naturisme ; l'incompréhension et la persécution des hommes en font une religion pour les « cœurs purs », religion dont Pascale et Sylvain sont les héroïques martyrs, semence de « généreux ».Pas besoin de la religion du Christ : a II la vit qui se signait.Il dit : — V'cus croyez en Dieu ?Il ajouta, les dents un peu serrées, avec une étrange vibration dans la voix : — Les hommes de Dieu sont ceux qui font toujours ce qu'ils doivent faire, qui sont en paix avec eux-mêmes.La récompense c'est ça.pas besoin d'une vie éternelle.» Comme on le voit, c’est encore mieux qu’au Paradis terrestre, avant la chute, car dans Le Bouc étourdi l'au-delà n'existe pas, les élus se suffisent à eux-mêmes.Il faut voir, aussi, comment y sont traités ceux qui croient à la vie éternelle : les religieuses, où demeura Pascale, sont odieuses, et Mme de Thérignon, mère de Pascale, dont Via-lar rapproche ironiquement les douleurs de la maternité avec celles du Christ, avait « un peu du sang de ces cousins qui descendaient des papes, ce qui est tout dire ».Décidément, Le Bouc étourdi de Paul Vialar est un mauvais livre.L'histoire est bien menée, intéressante ; JANVIER 1951 275 le style se lit bien, malgré quelques phrases enchevêtrées.Plusieuis descriptions de la nature de ce coin de France sont réellement réussies.Mais il n'en reste pas moins vrai que Le Bouc étourdi est à déconseiller.J.-P.BEAUSOLEIL ZELLER (Renée).Le roman de Phœbé aux temps apostoliques.Paris, Editions de l'Arc [I960].208p.18.5cin.$1.25 ($1.35 par la poste).Le roman de Phabé est l'évolution vers la perfection d'une âme poétique naturellement pure et sincère.C’est une charmante mise en scène de la vie des chrétiens aux temps apostoliques.Cette néo-platonicienne part d’une religion naturelle, vague et égoïste, dans un milieu exclusivement païen, et s'élève jusqu’à la perfection de l'amour chrétien, à l’héroïsme du martyre.Histoire très émouvante que cette ascension vers Dieu.En plus, ce livre est, pour tout chrétien sincère, le rappel au mystère de notre incorporation au Christ.J.St-M., c.s.c.HISTOIRE ISORNI (Jacques).[je procès de Robert Brasillach (19 janvier 1945).Paris, Flammarion (cl946).219p.18.5cm.On sort de cette lecture sous le coup d'une vive émotion et l'on comprend encore mieux, alors, l’à-propos de la I.ettre à François Mauriac de Maurice Bardèche {factures, t.V, p.418).Comment s'expliquer surtout la conduite du Général de Gaulle à la demande de grâce signée de noms célèbres de tous les partis?Triste époque que celle qui peut à ce point troubler des esprits, vraisemblablement honnêtes, u’ils ne voient plus tout ce qu'ont 'injustifiable, et même d’odieux, de semblables procès politiques.Théophile BERTRAND LENOTRE (G.).LjCS Derniers terroristes.Paris, Editions des Loisirs (1948].207p.19cm.$1.50 ($1.60 par la poste).Un ouvrage qui porte la signature de Georges Lenôtre ne devrait pas avoir besoin d'être présenté au public.Il y a bien peu d nistoriens qui ont apporté dans leurs travaux autant de scrupuleuse impartialité que ce vieil original, qui s est promené dans le Paris moderne avec les yeux d’un contemporain de la Révolution.La pensée, l'esprit, le cœur, la sensibilité de Lenôtre semblait émaner d’un témoin oculaire de 1789.Les objets dont il s’entourait — des souvenirs de la tourmente révolutionnaire, — les choses dont il parlait, tout dénotait chez lui le spécialiste de la Révolution, le savant scrupuleux, l’honnête et impartial historien, cherchant la vérité, 1 exprimant avec une saveur, une bonhomie, une sincérité, un luxe de détails qui font croire à un débordement d'imagination, quoique ses moindres affirmations soient d'une scrupuleuse exactitude.Ses précisions de température pour la fête de l’Etre Suprême ne lui ont-elles pas demandé plusieurs jours de recherches à l'Observatoire de Paris?Dans Les derniers terroristes, Lenôtre nous raconte, en feuilletant les dossiers de la Préfecture de Police et ceux des Archives nationales, l’odyssée extraordinaire de 71 sans-culottes authentiques : leur arrestation à la suite de 1 attentat du 24 décembre 1800, leur embarquement à Nantes pour les îles Sychelfes, la déportation orageuse des plus forcenés à l’île Anjouan, la fin tragique des uns et l'odyssée incroyable des vagabonds de la mer.Là où les documents officiels font defaut, l’auteur ne manque pas de signaler le caractère subjectif et paitial de la relation sur laquelle il base son récit ; il intitule ce passage Le roman de Vauoersin.Il souligne fréquemment l'état d'âme étrange, complexe de ces demi-démons, pères de famille pour la plupart, époux paisibles, révolutionnaires enragés dès qu'ils mettaient le pied au cabaret ou au club, et dont le dossier inquiétait Fouché, le sinistre Fouché pourtant peu scrupuleux de sa nature.Lenôtre nous fait pénétrer dans les replis secrets de la conscience de ces hommes, qui ont, pour la lupart, vécu dès 1789 dans le tourillon révolutionnaire ; ils ont participé ou assisté à tous les mouvements oculaires, partagé les passions et les aines des grands meneurs ; quelques-uns ont ciégé comme juges aux côtés de Fouquier-Tinvillc ; d’autres, agents de la Sûreté Générale, ont approvisionné l'échafaud.Peul-on oublier quand on a joué dans de tels drames?276 LECTURES Partout où passe le convoi des déportés, sur la route de Nantes, aux escales maritimes, à Mahé, c’est un long cri de réprobation, d'horreur et de naine qui les accueille : quelque chose comme * l'oeil qui regardait Caïn ».On sait gré à l’auteur, lorsqu’il relate les souffrances des déportés de rappeler constamment certains épisodes de la Révolution où les sans-culottes avaient alors affiché une cruauté, un cynisme et une frénésie révoltantes.Ce rapprochement met indirectement en lumièie une vérité souvent méconnue : la réalité d’une justice immanente, qui agit d’une façon inexorable comme un choc en retour.C'est une pensée qui fait réfléchir et réconforte.Ce récit épisodique n’évoque pas des physionomies candides, attrayantes, mais il démontre avec puissance que le bras de Dieu n'est pas raccourci, qu'il sait admirablement tirer parti des petites passions humaines, pour frapper des coupables qui se targuent de rester impunis.Louis-G.VERREAULT, ptre Accusés de réception Les publications mentionnées sous cette rubrique sont irréprochables au point de vue moral.AMOUDRU (Bernard).Le sens religieux du Grand Siècle.Paris, Editions de la Revue des Jeunes, 1946.215p.17cm.(Coll.Initiations, 12.) $0.60 (Par la poste $0.65).ANDRE (Marie).Le vainqueur de Samory, Gouraud.Toulouse, Editions du Clocher, 1950.48p.ill.22cm.(Coll.Pour la jeunesse.) **" Attention.hop l Evolutions spectaculaires en plein air.Paris, Ed.Fleurus [1950].15p.ill.15cm.(Coll.Feu et Flamme, no 26.) BEAU PI N (E.).Votre Séminaire.Tome I.(Paris] Bloud & Gay (1947J.300p.19cm.BERNOVILLE (Gaétan).Une apôtre de l’enjance délaissée, Sainte Marie-Fuphrasie Pelletier, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur d’Angers.Paris, Alsatia, 1950.318p.h.-t.19cm.BLANC-PERIDIER (A ).Veillée de Noël.Saynète pour enfants, 2e édition.Paris, Gabriel Enault (1950].13p.19cm.La collection de papillons.Comédie-ballet en 3 tableaux pour les enfants.Paris, Gabiiel Enault (1950].15p.19cm.BOURÇOIS-MACÉ (Andrée).Le Noël du maquisard.Pièce en un acte.Paris, ôabriel Enault [1950].14p.19cm.CATALANY (Myriam).Le palais hanté de Gilpoore.111.de Robert Rigot.Toulouse, Editions du Clocher (1950].46p.ill.22cm.(Coll.Pour la jeunesse.) CORBIE (Arnauld de).Monsieur Vincent.Récit historique illustré de 16 photos hors-texte tirées du film de Maurice Cloche.Paris, Editions de Flore (cl948J.187p.h.-t.19cm.$1.40 (par la poste $1.50).COURTOIS (Abbé G.).Le sens de la mort.Paiis, Ed.Fleurus (1950].42p.15cm.(Coll.Feuillets de Vie Spirituelle, no 14.) COUVREUR (Anne-Marie).L’oblation du soir.Préf.du R.P.Sertillan- Îes.Paris, Bonne Presse [1948].150p.9cm.$0.60 (par la poste $0.65).DARDENNES (Rose).Seuls au pays blanc.Paris, les Editions Fleurus (1949).203p.ill.18cm.(Coll.Ames vaillantes.) $0.75 (par la poste $0.80).DUHAMELET (Geneviève).Jouons l’Evangile.2e série : L.e Noël des trois bergers — La guérison de l'aveugle-né — Le bon Samaritain — Les disciples d'Fmmaüs.Paris, Gabriel Enault (1950].37p.19cm.ESTOURNEL (René).Au pont du nord.Chanson animée.Paris, Ed.Fleurus [1950].14p.ill.15cm.(Coll.Feu et Flamme, no 25.) FINANCE (J.de), s.j.Sacerdoce et méditation.Toulouse, Ed.de l’Apostolat de la Prière [1950].41p.18.5cm.(Coll.Spiritualité sacerdotale et religieuse.) JANVIER 1951 277 GEORGE (André).Te véritable humanisme.Propos sur la culture littéraire et scientifique.Paris.Editions de la Revue des Jeunes, 1944.114p.16.5 cm.(Coll Initiation, 1.) $0.40 (par la poste $0.45).GERMAIN (Maurice).Te roman manqué.Paris, Spes (1947].206p.19cm.$1.25 (par la poste $1.35).GOSSELIN (J.-B.), s;.Sujets d'oraison pour tous les jours de Tannée.Tome I.3e édition revue et notablement augmentée.Toulouse, Apostolat delà Priè.e, 1950.450p 18.5cm.HINTER (Luce).Ding t Ding / Ding / 2 pièces pour marionnettes : Le chat, la belette et le petit lapin.L’ours savant.Paris, Ed.Fleurus (1950).15p.ill.15cm.(Coll.Feu et Flamme, no 24.) *** Imitation (T/) de N.-S.Jésus-Christ.Trad, de Lamennais.Introduction de Daniel-Rops.Editions des Loisirs fc!948|.253p.18.5cm.JABOULEY (Michel-Ange).Tes démons asservis.Roman.Ecully, Editions Oeper.1948 214p.19cm.$1.00 (par In poste $1.10).LECLERCQ (Jacques).Evolution de ta Jamille.Bruxelles, Ed.Famille et Jeunesse.31p.21cm.LEFLON (Jean).T’Fglise de France et ta Révolution de 18-18.[ParisJ Bloud & Gay [19491.134p.19cm.$1.00 ^par la poste $1.10) L'ERMITE (Pierre) En perte de vitesse.III.de Gignoux.Paris.Bonne Presse [19481.206p.ill.20 5cm.(Coll, le Ruban bleu, no 60.) $0 90 (par la poste $1.00).MARIE (Charles).Quand Dieu Jait signe.[Bourges] Ed.Tardy [1949].142p h.-t.18.5cm.MOREAU (Abel).Ponfigng.De l'abbaye cistercienne au collège franco- américain.Paris, Nouvelles Editions Latines [cl950].94p.h.-t.18.5cm.NICET (Max).Quand sonne minuit.111.de Robert Rigot.Toulouse, Editions du Clocher, 1950.47p.ill.22cm.(Coll.Pour la jeunesse.) PARSCH (Dom Pius).Peur bien com-prend'e la Mes>e.Traduit par l'abbé M.Grandclaudori.Mulhouse, Ed.Salvator, 1950.154p.18.5cm.$1.00 (par la poste $1.10).PEAN (Maurice).Ta nuit des mages.Jeu de Noël ou d’Epiphanie.Paris, Ed.Fleurus [1950].19p.ill.15cm.(Coll.Feu et Flamme, no 18.) PLUS (Raoul), s j.Une passionnée de la volonté de Dieu, la Bienheureuse Anne-Marie Javouhai/.Paris, Spes [19501.158p.h.-t.19cm.PROTAT (Jean).U Eglise pour vous qu est-ce que c'est ?Paris.Spes [1950].126p.18.5cm.REGNIER (Paule).Ce qui Jait le bonheur.Paris, aux Armes de France [ 1945J.174p.I9cm.(Coll.Pour les «,/».) REVERDY (Pierre).Te livre de mon bord.Notes, 1930-1936.Paris, Mercure de France, 1948.256p.19cm.RICHOMME (Agnès).Méditations sur le Salve Regina.Paris, Ed.Fleurus [1950).48p.15cm.(Coll.Feuillets de Vie Spirituelle, no 15.) THEROL (Joseph et O’REILLY (Patrick).Sainte souffrance.Héros et martyrs de la lèpre Paris, Nouvelles Editions Latines [cl950] 123p.h.-t.cartes, 18.5cm.VIGNON (Abbé Jean).Chantelorict.III.de Robert Rigot.Paris, Editions Fleurus [1950], 199p.ill.22cm.VVYART (Janine).Ta polka des poupées.Saynète surprise pour fillettes de 8 à 12 ans.Paris, Ed.Fleuius [ 19501- 15p.ill.15cm.(Coll.Feu et Flamme, no 23.) Revues Revues canadiennes Quit Revue trimestrielle publiée par les Editions Eoliennes.Montréal.Vol.II, no 2 ; septembre 1950.Cette revue trimestrielle, qui nous renseigne sur les artistes de notre passé, sur notre art, notre musique et notre littérature présentes, mérite tous les suffrages du lecteur.C'est qu'elle est entièrement dévouée au culte du beau qui, comme tel, ne peut quç conduire au vrai et au bon.Alors qu'elle touche au terme de sa deuxième année, nous lui souhaitons tout le succès que mérite sa tenue remarquable : typographie soignée sur papier clair et solide, hors-textes appropriés, articles intéressants.C'est là une initiative qui mérite tous les encouragements, à notre époque d’industrialisme souverain, de mercantilisme effréné, de matérialisme omnipotent.Théophile BERTRAND 278 LECTURES BIBLIOTHECA Section de l'Association Canadienne des Bibliothécaires de Langue française Siège social s Université de Montréal, Bibliothèque, 2900, boul.Mont-Royal, Montréal Membres du Conseil: Président: M.Joseph Brunet; vice-président: M.Raymond Tanghe; secrétaire : Mlle Juliette Chabot ; trésorier: M.Irénée Sauvé, p.s.s.; conseillers : le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., le R.P.Fernand Guilbault, c.s.v., le R P.Adrien Bergeron, s.s.s., M.J.-C.Bonenfant, Mlle Cla*re Audet.Ont aussi voix consultative au Conseil : M.Benoit Baril, Mlle Marie-Claire Daveluy, le R.P.G.Houle, s.j.f le R.P.P.Trudeau, c.s.v.Rapport de la premiere séance d'étude (
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