Lectures, 1 avril 1951, avril
SOMMAIRE IDÉAL ET PRINCIPES Ce qui manque à nos bibliothèques.P.-A.Martin, c.s.c.383 Pour un système cohérent de bibliothèques au Canada français.Raymond Tanghe 385 ÉTUDES CRITIQUES Le T.R.P.Basile-Antoine Moreau (1799-1875) et les origines de la Congrégation de Sainle-Croix du Chan.Etienne Catta et Tony Catta Eugène Nadeau, o.m.i.396 Le bout du monde de Henri Queffélec.Ré; a ne Soucy 399 L,es Eternels et les Sourires de Béatrice de Gaston Colle Roland-M arie Charland, c.s.c.401 DOCUMENTS La lecture spirituelle chez les laïques Guy-Marie Bertrand, c.s.c.403 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Choix d’ouvrages.408 Ouvrages (Voir liste îles auteurs, p.2 île la couverture) 409 BIBLIOTHECA Rapport île la 1ère séance d’étude (section B) (6e congrès île l’A.C.B.F.).J.-H.Dubuc, ptre 422 Nos membres nous écrivent Emile Vincent.Jean-Rodolphe Borduas 423 Tarif d'affranchissement des colis de volumes prêtés entre bibliothèques.Raymond Tanghe 425 Un catalogue collectif de vedettes-matières Claire Audet 426 u:mit is REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de F1DES organe du Service îles Lectures de l’Action catholique du diocèse de Montréal Direction : Paul-A.MARTIN, c.sc., aumônier du Service des Lectures Rédaction : Jean-Paul PINSONNEAULT, secrétaire du Service des Lectures Conseillers : M.Théophile Bertrand, Mme Marie-Paule Vinay, M Benoit Baril, respectivement président, présidente et trésorier du Service des Lectures.NOTES: 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à Juin.Les dix livraisons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés |K*ndant l'année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalo-graphie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c'est-à-dire à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n'est suivi d'aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.Publication autorlsc-e par UOrdlnaire CANADA : ~~ ÉTRANGER 7 le numéro.$0.35 Abonnement annuel.$3.75 abonnement annuel.$3.50 FRANCE : abonnement annuel .900 fr.C.C.P.PARIS 72(i-.50 FIDES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — PLateau 8335 Société FIDES, 120, Boulevard Raspail Paris (Vie) — Littré 7385 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS A 1.7,1 N (J ).421.4 quand nuire tuurf, 11‘J BAUDET «JS.), Ill BERN AC K (B), -Uô.HJVOUT DK LA SAUDÈK (J.de).411 BOUTIN (1.-N.), o m i .412 BUZY (T U I* D).421 CARPAY (H ).-.j .411 CATTA (Chun K.et T.), 3tM) CUANCKRKL (I,.), 41.0 CLEMENT (B ), 420 COLLE (G ).401 COMBES (G.), 409 CROZET (L.), 421 DAMAIS (E), 414 DEMOl LIN (J ).413 DEPASSE (C ).421 liens mille un» d'hia-linre, 421 1)0 It AN (M).421 DRAGUET (R ), 412 DU JEl (P.).421 DUPKRRAY (Mgr), 411 Equipe St-Germain de C baronne, 413.FOUCAUL1) (P de).41s G.(M de), 414, 420 GABRIEL FAI RE, 421 GLORIEUX (Chan ), 413 GOLDIE (A ) 421 GOYETTE (Frère K), esc, 420 GHEGOIRE-COUPAL M - A ), 420.Ctroupe Lyunnm t d'Etude $ médif ale s 413 Gl'IBERT (J de), * j.411 HENRY-ROSIER (M ).418 HERMANS (IV).421 HONORE (Il t, 121 *• Intellectuels (Les) devant lu charité du Christ, 422 .1KTTE i B ).o m.i , 412 KOKKL (R I* R ).421 I.ABIGNE (R I’ ).121 LE BAS (Clian M ).Ils LA BRI N (A).421 LEG 1ER DESGRANGES / (H ).417 L'ERMITE (P).415 l.'IIIT I.L1ER (G ).410.I.EKEUX (P.-M .).o.f m .Ils LE LUTTE (F ), » j , 410 I.KRK’HE (M ) et PREVOT (G.).40», I.UHIENSKA DE I.ENVAl (IL), 414 MAJHLLE DE PONCIIF-VILLE (A I.415.MA LOI IN lit.), 120 MARCO J'11.(E ).m i »»•.' MICHELET (M ).Ill' MOLIÈRE, 121 MKELLI (Mar J ».419 N El BERT F.Ilu PAG NIEZ t Y ».110 PA*1 l.l.ARD (G ).421 POUZY.NA (l i.Il» 0UEFFELEC (H ).399 ROY (l)r L.-P.L 417 SA N DA (I ).lit).STEVENSON iHL).421 STUART (F.).417 TIRLEMONT (A ).421 VII.LAINE (G R ).421 Y EH (C -C ), 417 Autorisé comme en cot postal Ac ta deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. IDÉAL ET PRINCIPES Ce qui manque a nos bibliothèques Depuis longtemps les bibliothèques au Canada jrançaié Jonl l’objet d’un vif intérêt.Si l’on repasse les mandements de nos Evê-l'ues depuis une centaine d’années, on constate que la question des ‘tonnes lectures est traitée à plusieurs reprises.Dès 1847, S.E.Mgr Ignace Bourget exposait le problème et indiquait les solutions jugées alors les plus opportunes.Dans la suite, il revint plusieurs fois sur te sujet.Les initiatives commencées sous son impulsion reçurent l’approbation de /'Episcopal tout entier.Aussi Jut-il un temps oà les bibliothèques paroissiales étaient vraiment actives et florissantes.Après un déclin qui, sembte-t-il, coïncida avec ta première grande guerre, nos bibliothèques dans l’ensemble reprennent vis.A partir de 1937, ta fondation d’une Ecole de Bibliothécaires à CUniversité de Jlontréal devait assurer la formation d’un personnel compétent.L’Ecole contribua énormément à mettre à l’ordre du jour la question des bibliothèques.De nombreuses municipalités entrèrent dans le mouvement.On se mit à organiser des bibliothèques municipales ou, en certains cas, comme à Jlontréal, on décida d'adjoindre à la bibliothèque des succursales pour les adultes et d’autres pour les enfants.Toutes ces bibliothèques et tous les bibliothécaires éprouvèrent bientôt le besoin de s unir entre eux et de se joindre aux responsables des bibliothèques d’institutions.C’est ainsi que fut fondée, en 1943, l’association connue aujourd’hui sous te nom d’Association canadienne des bibliothécaires de langue française (.A.C.B.E.).Jlais si la situation des bibliothèques au Canada français présente des aspects consolants, elle n’est tout de même pas idéale.Loin de là ! Bien que nous possédions de nombreuses collections de livres et aussi de nombreuses institutions formées ou en formation, ces collections ne sont pas toujours cataloguées et classifiées selon les règles de la bibliothéconomie.Quant à ces institutions, desservent-elles l’ensemble de noire population rurale et urbaine ?Ont-elles seulement des responsables compétents et disposent-elles des ressources pécuniaires suffisantes ?C’est bien souvent par la négalion qu il faut répondre à ces questions angoissantes.Que nous manque-t-il donc ?Tout d’abord et surtout un plan général d"organisation bibliographique, administrative et financière des bibliothèques dans la Province.En 1944, l’Ecole de Bibliothécaires de l'Université de Jlontréal lançait dans le public un Mani- avril 1951 383 feste à ce sujet1.L’Ecole demandait en aubdance que le Comité calbolique de l’Instruction publique organisât un Office provincial des bibliothèques auquel seraient rattachés, dans les municipalités, des Commissions municipales de bibliothèque et, dans les campagnes, des Conseils régionaux de bibliolhèque, chargés d’unilés embrassant un ou plusieurs comtés ou mieux un diocèse.Dès sa publication, ce plan Jut approuvé par C Assemblée des Archevêques et Evêques de la Province de Québec (20 décembre 1944).Il Jut l’objet de commentaires très Javo^ables dans les journaux*, ainsi que d’un vœu adopté au Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste, le 26 novembre 1944.La revue Relations écrivait, en janvier 1946 : « Celte solution correspond à cent ans d’une expérience heureuse chez nous dans le domaine parallèle de /'instruction publique, et nous croyons qu elle permettra, en y meltant le lemps nécessaire, Iutilisalion plus rationnelle des nombreuses bibliothèques existantes et leur épanouissement en un service de bibliothèques qui couvre tout le territoire de notre province.» Lors d’une conjérence prononcée le 28 mai 1946, S.E.le cardinal J.-M.-R.Villeneuve, o.m.i., disait : « Le manijcsle que publiait l’an dernier l'Ecole de Bibliolbécaires et qui propose que dans notre Province les bibliothèques dépendent, dans le respect des cadres institutionnels de notre système d’éducation, du Conseil de l’Instruction publique, [.] mérite la plus haute approbation*.» C’est donc en se basant sur ce Manifeste que AI.Raymond Tanghe, membre du Conseil de l’A.C.B.F.depuis plusieurs années, et président de cette Association de 1948 à 1950, a voulu rédiger un travail dont puissent s’inspirer tous ceux qui désirent coopérer à une organisation élaborée des bibliothèques au Canada jrançais.Ce travail est d’autant plus intéressant et utile qu’il ne s’en tient pas aux généralités.La grande expérience que Al.Tanghe a acquise depuis 1942 en tant que conservateur de la Bibliolhèque de l’Université de Alonlréal lui permet de jaire des suggestions précises au point de vue technique et administratij.Nous publions dans le présent numéro la première partie de son travail.La seconde paraîtra en mai et la dernière en juin.Nul doule que nos lecteurs seront heureux d’en prendre connaissance.Le problème des lectures au point de vue apostolique comme à tous les autres points de vue est connexe à celui des bibliothèques.En effet, un livre n exerce d’influence durable qu’en autant qu il est incorporé de quelque jaçon au trésor des bibliothèques.Travailler à l’organisation de bibliothèques enrichissantes et jormalrices doit donc être le but ultime des apôtres de la bonne lecture.Le travail de AI.Tanghe nous aidera à mener à terme, chez nous, cette œuvre magnifique.Paul-Aimé MARTIN, c.s.c.1 Le Manifeste de l'Ecole de Bibliothécaires a été pjblié dans Lecturet, toue II, juillet-août 1947, p.282-283.* Le Droit, 13 novembre 1944 ; U Action catholique, 4 novembre 1944 ; le Devoir, 14 février 1945, 12 avril 1947 ; etc.* Le Problème des lectures [par] J.-M.-R.Villeneuve, o.m.i., cardinal-archevêque de Québec.Montréal, Fides, 1946.27p.18cm.; p.25.384 LECTURES Pour un système cohérent de bibliothèques au Canada français Le présent travail s'inspire du manifeste publié par le Conseil de l’Ecole de Bibliothécaires1 ainsi que des vœux et résolutions de l'Association Canadienne des Bibliothécaires de Langue française.Le premier document contient l'assertion suivante : « Les bibliothèques appartiennent aujourd’hui, du consentement unanime, au domaine éducationnel.En tant que rouages administratifs, elles ressortissent aux différents ministères de l'éducation des provinces ou des états.C'est une place qui leur est naturelle et qui leur convient.Elle leur est accordée d’un commun accord.)> Le plan que nous nous proposons pour l'organisation des bibliothèques sollicite donc l'autorité provinciale qui a juridiction en matière d'éducation, soit le Secrétariat de la Province de qui relève le Département de l'Instruction publique.- Nous indiquerons d'abord les raisons qui militent en faveur de la création et de l’expansion des bibliothèques dans notre province.Passant sous silence les raisons d’ordre général, connues et admises par tous, nous ne retiendrons que les raisons spécifiques s'appliquant à notre groupe.Celui-ci peut se définir comme formé de Canadiens, de langue française, de religion catholique, vivant dans la province de Québec.C'est en fonction de ce groupe et de ses institutions que nous avons élaboré notre plan, ce qui ne veut pas dire que les autres habitants ne peuvent pas en bénéficier, au contraire.Nous suggérerons ensuite les moyens de réaliser ce plan, en examinant successivement l'aspect juridique, les rouages administratifs, la composition des collections de volumes et leur circulation dans les bibliothèques paroissiales, la formation, le recrutement et le rôle des bibliothécaires ; nous consacrerons un chapitre à l'organisation et au fonctionnement des bibliothèques paroissiales et, pour finir, nous tenterons de faire un estimé des dépenses qu’entraînera la réalisation de ce projet pour la province.I.— Rai jo né moraleé el apiriluclleo La nécessité d'organiser sur le plan provincial un système de bibliothèques publiques s'accroît de plus en plus à mesure que la population augmente, que l'instruction pénétré plus largement les classes populaires, que la province s'industrialise.L’industrialisation très marquée du Québec entraîne un nom- 1 Les Bibliothèques dans la Province de Québec.La formule des progrès futurs d'après l'Ecole de Bibliothécaires de l'Université de Montréal, [s.e.s.l.19441.avril 1951 385 bre croissant d’hommes et de femmes à exécuter des tâches monotones, des gestes mécanisés qui laissent sans emploi les facultés intellectuelles ou affectives.Les ouvriers cherchent un dérivatif dans le cinéma, la radio, les illustrés, mais il y a là un réel danger car ils se détournent de tout effort intellectuel et bientôt renoncent à penser.Cette dégradation de l’intelligence est le pire iléau de la condition prolétarienne.Pour rendre aux êtres courbés sur les machines leur dignité d’hommes, il faut leur ouvrir la perspective d'un enrichissement intellectuel, moral et spirituel.Il faut favoriser l'accès des prolétaires aux sources réconfortantes de l'art, de la poésie.Pour que les travailleurs ne deviennent pas des automates dépourvus de toute aptitude à réfléchir, il faut leur procurer le moyen de s'évader de la routine quotidienne, il faut aussi créer chez eux une soif de libération.De même qu’on enseigne les aveugles à lire pour qu’ils puissent briser l’affreuse solitude de leur perpétuelle obscurité, de même il faut apprendre aux humbles ouvriers à briser la solitude de leur ignorance.Ces remarques valent aussi pour l’homme des campagnes.Sans doute a-t-il sur l’ouvrier des villes l’immense avantage de rester en contact avec la nature et d’y trouver des sources d elevation, mais il ne faudrait pas trop tabler sur cette aptitude, elle s'émousse par la routine.Le labeur du cultivateur, du bûcheron, du pêcheur, est souvent pénible et rebutant ; les rigueurs du climat pèsent davantage sur eux et les isolent ; les distractions sont rares et la jeunesse ressent vivement la quasi-claustration des longs hivers.Quant aux femmes et aux jeunes filles qui partagent la vie de ces hommes, elles ont besoin, elles aussi, u un aliment qui entretienne leur volonté de demeurer fidèles à la terre ; il importe que ce ne soit pas le fait d’une passive resignation, d’un fatalisme devant le sort, mais au’elles trouvent des raisons d’éprouver la « joie de vivre » dans le milieu ou elles se trouvent.La lecture d’ouvrages bien choisis procurera aux uns et aux autres la distraction et la formation dont ils ont besoin.II.— Raisonj socialej el politiques Du discours prononcé, le 12 décembre 1950, devant les délégués du congres international des éditeurs catholiques par Sa Sainteté Pie XII, nous extrayons la phrase suivante : « Le bon livre forme le peuple à la meilleure intelligence des choses, l’aide à penser, à méditer sur la vie ».Nous vivons dans un pays où cette intelligence des choses est peut-être plus nécessaire qu'ailleurs car nous sommes soumis à des inlluences très fortes et contradictoires : sur le plan philosophique, attraction du matérialisme technologique et tradition spiritualiste de notre formation religieuse ; sur le plan historique, environnement anglo-saxon et volonté de survivance française ; sur le plan social, envoûtement d’une civilisation de masse et préservation de la dignité de la personne humaine.Ecartelés entre des tendances 386 LECTURES aussi opposées, nous devons trouver des raisons de demeurer ce que nous sommes et de progresser dans la voie de notre destin de peuple catholique et français.Ceci n'exclut pas notre devoir de chrétien de chercher à réaliser l’harmonie sociale dans le milieu où nous vivons.Pour qu'il v ait harmonie, il faut le concours, l’accord d’au moins deux sons, deux couleurs, deux formes.Or, de nombreuses difficultés entravent l'unité sociale2 du Canada : différences de langue, de religion, de mœurs, cjue les nouveaux immigrants accentuent encore ; differences d intérêts régionaux ; obstacles géographiques, dont la distance n’est pas le moindre malgré les progrès réalisés dans les moyens de transport ; enfin, constitution de classes sociales, avec une stratification de plus en plus marquée, 3ui étage les groupes suivant les professions, suivant le degré 'évolution technique, suivant la fortune personnelle ; ces classes ne s’affrontent pas encore dans une lutte ouverte généralisée, mais nous assistons à des épisodes, des escarmouches assez graves révélant que l'esprit de classe règne déjà et le moins qu’on puisse dire c’est que les classes sont séparées par l’indifférence et l'ignorance réciproque.Nous croyons pouvoir affirmer qu’il est plus facile de créer la solidarité sociale lorsque diminuent ou s’effacent les écarts entre les niveaux d’instruction et de culture des divers éléments de la société.D’autres pays ont mis en œuvre leur organisation administrative et pédagogique pour pétrir avec force la masse humaine et la façonner dans un moule commun ; on peut nier que cette méthode soit désirable, mais non qu’elle soit efficace.Nous en avons un exemple dans la Russie actuelle au sujet de laquelle nous n’aurons jamais les yeux trop grands ouverts.Nous sommes engagés dans une lutte à fond contre l’idéologie communiste.Cette lutte ne doit pas se borner à discuter les positions doctrinales, ni à enregistrer les épisodes d'une guerre plus ou moins « froide ».Pour neutraliser l’indéniable attirance du communisme sur les masses populaires, on ne saurait mieux faire que d’éviter de prêter à des comparaisons qui nous soient désavantageuses.Nous ne savons pas grand’chose de ce qui se passe dans l’Union des Soviets ; nous croyons volontiers les voyageurs qui décrivent les mauvaises conditions de vie qui y régnent : travail pénible, mauvaise qualité de la production, insuffisance de biens de consommation, absence d’hygiène dans les campagnes, etc., pouvons-nous refuser de les croire lorsqu’ils indiquent les progrès accomplis dans ce pays depuis la Révolution.^-Wendell Willkie, d ans un article commenté par M.Jules Brunei dans /'Action universitaire* *, signalait que la ville de Yakoutsk (50,000 âmes en 1943) située près du cercle arctique, 1 A dessein nous n'employons pas le terme « unité nationale # qui a un caractère politique que d'aucuns réprouvent ; l'unité sociale tend à supprimer les cloisons qui séparent les groupes, les classes ou les castes.* LAction universitaire, v.10, no 4, décembre 1943, p.15.AVRIL 1951 387 en Sibérie, possède une bibliothèque riche de plus d'un demi-million de volumes et que la circulation y avait atteint 100,000 volumes durant les neuf mois précédents.Certes les statistiques russes sont sujettes à caution, mais en voici qui, même en admettant qu'elles aient été grossies à souhait, n’en prêtent pas moins à reflexion : en 1913, 30 pour cent des sujets de la Russie savaient lire ; en 1932, le pourcentage atteignait 90 pour cent4.Ce chiffre est exagéré, les adultes qui ne savaient pas lire en 1913 n'ont vraisemblablement pas appris à le faire pendant la guerre et les années de révolution ; toutefois, nous savons que le gouvernement soviétique a fondé de nombreuses universités populaires (rabfaki) pour 1 éducation des adultes et que la proportion d’illettrés est intime chez les jeunes.L’instruction est obligatoire pendant dix années au moins et, en temps de paix, 25 pour cent du budget de l'U.R.S.S.concerne l’éducation publique.Le nombre des bibliothèques a passé de 12,000 en 1913, à 70,000 en 1938.Llles contenaient 126.6 millions de volumes, soit environ 75 pour 100 habitants de tout âge5.— Le Russe est un grand lecteur.Ses gouvernants lui donnent à foison des livres sur le marxisme ; ils lui enlèvent les écrits tendancieux ; cela crée une connaissance doctrinale et une uniformité de pensée que réprouvent nos conceptions libérales, mais qui favorise l'homogénéité politique et ce, en dépit du grand nombre de langues parlées dans cet immense pays et de la diversité des races qui le peuplent®.La force sociale et politique découlant d’un tel procédé est immense ; trop souvent on l'étiquette dédaigneusement du mot de « fanatisme ».Ne pourrait-on pas essayer de donner à nos populations un même degré de certitude dans la qualité et les mérites de notre civilisation chrétienne ?Compare au nombre de Russes qui se penchent sur les écrits de Marx, de Lénine, de Staline, combien chez nous lisent l'Evangile, les Epîtres, les Encycliques ?III.—Eduquer le goût de lire Cette question un peu brusque, force à répondre que le goût de la lecture fait trop souvent défaut ; autant vaut d'aborder ce point dès maintenant, car il serait vain d'organiser des bibliothèques si ceux à qui on les destine ne les fréquentaient pas ou n’en tiraient pas tout le profit voulu.Apprendre à lire releve de l’école primaire, mais inculquer le goût de la lecture incombe à tous les éducateurs.Depuis quelques années on a fondé avec 4 Georges Jorré — The Soviet Union, the land and itr people, London, Longmans, 1950.* Georges Jorré ; op.cit., p.208.Il ne s'agit ici que des bibliothèques publiques.Au même taux ; nos bibliothèques publiques devraient compter 2.500.000 volumes, dans 1,400 établissements.• Georges Jorré ; op.cit., p.208, signale qu'en 1940, la Russie a publié 44.000 volumes en 111 langues, 21,000 revues et 9,000 journaux en 70 langues.388 LECTURES succès des bibliothèques enfantines ; on a été émerveillé de voir l'intérêt manifesté par les enfants du peuple pour les livres de contes et les images, mais on s'est bien vite aperçu que vers douze ou treize ans les enfants cessent de fréquenter les bibliothèques ; ils affectent des airs blasés devant les livres qu'on leur propose ; seuls les romans policiers, les nouvelles du Far-West trouvent grâce à leurs yeux.Bien vite ils veulent des romans de mœurs, surtout ceux qui contiennent des passages épicés, des descriptions osées ; si on leur refuse cette pâture, comme il se doit, alors ils font la « grève de la lecture )), c'est-à-dire qu'ils se plongent dans le néant des comico, des niais supermen, des fadaises multicolores.Le problème des lectures pour adolescents relève de la pédagogie ; les ouvrages appropriés ne manquent pas, il faut enseigner à les lire et à les aimer.La lecture ne doit pas s'imposer comme un pensum, elle doit toutefois être raisonnee et méthodique ; il faut surmonter l'indolence, la pauvreté du vocabulaire, le manque d'attention, qui rendent ardu l'effort de lire.Le professeur peut v entraîner ses élèves en les incitant à lire régulièrement un volume par semaine ou deux par mois, en proposant comme sujet de rédaction, de résumer de mémoire une lecture récente, au choix de l'élève ; il peut ainsi créer de l'émulation dans sa classe en soulignant les lectures les plus intéressantes faites par ses élèves.Le goût de la lecture s'acquiert, s'intensifie : plus on lit, plus on veut lire.Avec un bon entraînement scolaire à la lecture, il va de soi que les adultes prendront plus d'intérêt aux livres, encore faut-il créer les conditions propices au maintien de cet intérêt.Dans le discours déjà cité Sa Sainteté Pie XII déclarait : « Nous vivons à l’époque du cinéma et de la télévision.Sans doute les deux occupent maintenant une bonne part du temps
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