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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1953-09, Collections de BAnQ.

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FIDE5 LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES organe du Service des Lectures de i Action catholique du diocèse de Montréal.Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures.Rédaction : Jean-Paul PINSONNEAl'LT, secrétaire du Service des Lectures.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livraisons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recensés pendant Tannée.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalographie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : TB — Livre pour tous TB-S — Livre pour tous mais spécialisé TB-A — Livre pour tous, de nature à intéresser certains adolescents B — Livre pour adultes B?—Livre appelant des réserves plus ou moins graves, i.e.à défendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement) A — Livre pour adolescents ( 15 à 18 ans) J — Livre pour jeunes ( 10 à 14 ans) E — Livre pour enfants (6 à 9 ans) Publication approut it par l’Ordtnairt CANADA le numéro FIDES, S0.35 Abonnement annuel S3.50 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 Etranger ?PLateau S.3.75 8335 FRANCE Abonnement annuel 900 francs *C.C.P.Société FIDES, 120, boulevard Raspail.Paris (Vie) PARIS 7262.50 * Littré 7.385 Autorisé comme tntoi postal de deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.-SOMMAIRE- ETUDE CRITIQUE Le silt net dt Dieu fur Charles Moeller .Bernard G.Murchland.c.s.c.1 DOCUMENT Le stigmate de l'infamie .14 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Littérature canadienne .IR Littérature étrangère .27 PANORAMA DU LIVRE Choix d'ouvrages .34 BIBLIOTHECA Journée d'étude à Juliette .41 Nouvelles .45 En coûter turc.L'Aurort par Michel-Ange.Tombeau de Laurent de Médicis (détail). LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides organe du Ser\ ice des Lectures de 1 Action catholique du diocèse de Montréal et de 1 Association canadienne des Bibliothécaires de Langue française (A.C.B.F.) TOME X Septembre 1953 — juin 1954 FIDES 25 est.rue Saint-Jacques, MONTREAL 3 20.boulevard Raspail.PARIS LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE ;publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fidcs organe du Service des lectures de l’Action catholique du diocèse de Montréal et de l’Association canadienne des Bibliothécaires de Langue française (A.C.B.F.) Direction : R.P.Paul-Aimé MARTIN, c.s.c.Rédaction : M.Jean-Paul PINSONNEAULT Conseil : Mgr Valéricn Bélanger, RR.PP.Léon-Marie Baron, c.s.c., Jean-Marie Gaboury, c.s.c., Roland Charland, c.s.c., Albert Montplaisir, c.s.c., M.Léo-Paul Desrosiers, Mme Michelle LeNormand-Desrosiers, Mlle Cécile Martin, M.Clément Saint-Germain.Membres du Service des Lectures : Présidente : Mme Marie-Paule Vinay Secrétaire : M.Jean-Paul Pinsonneault Trésorier : M.Benoit Baril Aumônier : R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c.Membres du Conseil de l’A.C.B.F.: Président : M.Raymond Tanghe Vice-président : „ _ _ _ , .R.P.Edmond Desrochers, s.j.Conseillers : R.P.Paul-A.Martin, Secrétaires conjointes : c.s.c., M.Joseph Brunet, Mlle Juliette Mlle Claire Audet Chabot, Mlle Claire Godbout.Mlle Alvine Bélisle Trésorier : M.Irénée Sauvé, p.s.s.NOTES 1.—La revue est publiée mensuellement de septembre à juin.Les dix livraisons de 1 année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l’année.2.— Les réferences bibliographiques sont rédigées d'après les règles de la catalographie.3.— Les cotes morales en usage sont les suivantes : M D B ?B Mauvais Dangereux J I ' ¦ ' ,! ' Appelle de* .réserves plus* ou moins 'graVcJ.’^.’e.* ît ‘délendre d’une aux gens non formes (intellectuellenicn^ojçnioçajemjnu).façon générale Pour adultes*.-I • * l ! ¦" .•* Ln ouvrage .cjuVij le' tiare ,n’^s#r suivi (j’aûduhé ^l«."ces quatre mentions est irréprochable et peut être’ lu'par tous._____________Publication approuvée par l’Ordinaire_________ CANADA le numéro $0.35 Abonnement annuel $3.50 Etranger $3.75 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 ’"PLateau 8335 FRANCE Abonnement annuel .900 francs *C.C.P.PARIS 7262.50 Société FIDES, 120, boulevard Raspail.Paris (Vie) *Littré 7385 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. ETUDE CRITIQUE Le silence de Dieu 1 MAINTENANT nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure.» Rien ne corrobore mieux le témoignage de saint Paul que le drame de la littérature contemporaine.Aujourd'hui, l’équilibre entre l’esthétique et la métaphysique en littérature a été rompu en faveur de la métaphysique.Et le grand mérite des écrivains actuels réside moins dans la valeur littéraire de leur œuvre que dans la lucidité dont ils font preuve dans la mise en lumière des problèmes qui les inspirent.Le problème fondamental de la littérature contemporaine est l’absence de Dieu ou, selon la terminologie de Moeller, le silence de Dieu.L’inspiration des écrivains modernes est un mélange d’ennui, de douleur et de désespoir engendré par le déclin graduel de l’influence chrétienne.Un sens de futilité universelle vicie l’atmosphère de l’époque actuelle ; un désir déchirant d’etre « ailleurs que dans ce monde ».Tout semble « de trop » et ce mal du siècle a pris les proportions de l’immortalité (pour paraphraser Beaudelaire).Les catastrophes effrayantes, les désastres et les désillusions de toutes sortes subis par le XXe siècle ont étendu les frontières du mal et ouvert de nouvelles brèches à la souffrance.Cette angoisse qui bouleverse l’homme moderne rend le témoignage chrétien des valeurs spirituelles plus nécessaire que jamais, car seul un tel témoignage peut enrayer le progrès du mal et guider les cœurs vers la vérité qu’ils cherchent sans la trouver.Une telle manifestation de la foi est précisément le but de l’ouvrage de Moeller qui écrit dans son Introduction : « Mon dessein, dans ce volume est de donner quelques leçons de théologie : la théologie a mauvaise presse, souvent par la faute des théologiens.H me paraît possible cependant d'incarner quelques vérités chrétiennes essentielles à l'aide des œuvres littéraires contemporaines.» Comme on l’a souvent répété, il résulte de cet état de choses que notre âge est un âge effaré : l'homme a peur de la bombe atomique, d’une guerre avec la Russie et de lui-même, mais il a surtout peur de Dieu.En quête d’un paradis tellurique, la possibilité d’un paradis céleste le terrasse.Le seul obstacle à la toute-puissance de l’homme c’est Dieu.Le père De Lubac a bien vu ce dilemme quand il a écrit : "L’homme, hélas ! a surtout peur de Dieu ; il craint à son contact d être-brûlé.comme les anciens Israélites pour avoir touché l'Arche.D’où tant de subtilités pour le nier, ou tant de roueries pour l'oublier, ou tant d'inventions pieuses pour en amortir le choc.Incrédule, indifférent, dévot rivalisent à l’envie d'ingéniosité pour se garder de Dieu." Pourtant, malgré toutes les ingéniosités l’homme doit être brûlé, doit souffrir.C’est justement ce paradoxe inéluctable de la souffrance qui 1.MOELLER (Charles).Littérature du XXe siècle et christianisme.Tome I.Silence de Dieu : Camus, Gide, Huxley, Simone Weil, Graham Greene, Julien Green, Bernanos Tournai, Paris, Casterman, 1953.-118p.21cm.S3.75 (par la poste, $4.t5).TB SEPTEMBRE 1953 1703S3 1 constitue le nœud du livre de Moeller.Tous les témoins interrogés y sont extraordinairement sensibles.Chez les non-chrétiens, on pourrait noter la recrudescence d’une ancienne erreur qui prétend faire abstraction du mal, en détourner l’attention pour ne plus souffrir.Ceux-ci semblent dire avec les stoïciens d’autrefois : « Douleur, tu n’es qu’un mot ».Alors le monde devient intolérable, la vie une moquerie et le néant originel tend à reparaître dans leurs œuvres.Par contre, chez les témoins chrétiens, la souffrance est le chemin normal de la gloire.On ne cherche pas à l’éluder mais à s’en servir.Le problème ainsi envisagé n’est pas de ne plus souffrir mais de ne pas souffrir pour rien.Tel est le sens du silence de Dieu.Cette initiative de Moeller mérite nos félicitations les plus chaleureuses.Bien entendu, l’auteur ne saurait se prononcer définitivement, étant donné que les œuvres invoquées n’ont pas subi l’épreuve du temps, mais sa pédagogie est ingénieusement adaptée à une critique objective.D’abord le protagoniste traité est placé dans sa propre perspective religieuse, littéraire ou autre, et l’évolution de sa pensée mise en relief par une analyse parfois très détaillée.Chacun des thèmes et des principes est critiqué et rectifié selon les normes de la doctrine catholique.Les enfants de cette terre ALBERT CAMUS Malgré une forte opinion contraire.Camus n’est pas un existentialiste au sens sartrien du mot.L’absurde n’est pas du tout son point de départ.Aussi, faut-il avouer que Camus est avant tout un littérateur.Ses personnages ne sont pas des abstractions, car il n’est pas un philosophe comme pensent plusieurs.Née du désarroi et de la souffrance actuelle, son œuvre tente d'apporter une réponse à l’homme moderne.Dans un monde où Dieu ne semble plus parler, Camus parle et c’est sur ce qu’il dit que le père Moeller l’interroge.Pour comprendre Camus, il faut citer ses propres paroles : « Je n’ai pas commencé ma vie par déchirement.» Il dit aussi ailleurs : «J’ai eu une enfance heureuse.De même je ne suis pas entré en littérature par l’imprécation ni par le dénigrement, comme beaucoup, mais par l’admiration.» Dès le début le thème de sa vie est celui du bonheur.Influencé par Gide il cherche ce bonheur « partout.dans le naïf éparpillement de la sensibilité.» C’est le monde sensible — les baignades, les fleurs, les bals, les jeux sportifs — qui lui donne cette joie païenne et sensuelle dont témoignent si éloquemment Noces, son premier volume, ainsi que ce texte du Mythe de Sisyphe : « Jrr ne puis comprendre qu'en termes humains.Ce que je touche, ce qui me lésiste, voilà ce que je comprends.>» (p.73) Ft plus tard, dans Minotaure : « Le souvenir de ses ioies ne me les fait pas regretter, et je reconnais ainsi qu elles étaient bonnes.Après tant d'années, elles durent encore, quelque part dans ce cœur aux fidélités pourtant difficiles.» (p.21).Camus est toujours demeuré fidèle à cette « ivresse solaire » de sa jeunesse.Moeller écrit : 2 LECTURES '< Au départ, comme au terme, il y a l'amour de l'homme dans la lumière, les épousailles de tout l'être sensible avec la mer et le ciel, l'aiTivjur de la mesure austère, celle qui "dompte subtilement le romantisme sauvage.” » (p.29) Cette sensualité, cette « ivresse heureuse des sens » atteint Camus dans les racines de son être.Pour lui le bonheur sensible est une religion, et il le faut bien.« La fascination devant le sensible est une des notes caractéristiques de l’esprit contemporain.cette génération, vivant en dehors de la grâce, confrontée au problème du mal, on comprend qu'elle cherche sur les plages un plaisir rapide.» (p.36) A cette époque l’incroyance de Camus s’identifie avec son « épistémologie sensualiste » et les « évidences sensibles.» Attaché à la vie terrestre et ses plaisirs, il s’inquiète de la mort.C’est ainsi qu’il mit toujours dans sa joie sensuelle une note de sérieux, une sorte de tension qui l’obligeait à pénétrer au-delà des apparences sensibles jusqu’aux eaux profondes de la mort.(p.29) Tâchant de sortir de ce dilemme d’une vie qui est tout pour lui et du sentiment d’une mort certaine, il écrit dans Noces : « [.] s’il y a un péché contre la vie, ce n'est peut-être pas tant d'en désespérer que d'espérer une autre vie, et même de se dérober à l’implacable grandeur de celle-ci.car l'espoir.équivaut à la résignation.Ht vivre, c'est ne pas se résigner.» (p.82-83) Ce passage montre combien Camus est loin de l’espérance chrétienne.Sur cette aberration — confusion de résignation et d’espérance, d’ailleurs fondamentale dans la pensée de Camus — Moeller porte ce jugement théologique : « La véritable espérance chrétienne.n'a rien à voir avec la résignation passive.Elle est une vertu virile, courageuse.Elle affronte le réel, tout le réel.espérer, c'est accepter que tout dépend de nous, et savoir sans cesse que rien ne dépend de nous, parce que rien de ce que nous pourrions donner au monde, fut-ce le paradis sur terre, n'est à la mesure des véritables désirs de l'homme.L'homme ne s’appartient pas ; il ne s'appartient pas parce qu'il est fait pour Dieu.» Voilà la pierre d’achoppement pour Camus qui veut que le destin « soit une affaire d’homme qui se traite entre hommes.» En identifiant espoir et résignation, il a opté définitivement pour le monde.Il devient le témoin de ceux qui refusent d’espérer en Dieu.Somme toute, il refuse carrément un Dieu qu’il n’a jamais connu.« Je ne pars pas du principe que la vérité chrétienne est illusoire.Je n’y suis jamais entré, voilà tout.» Son athéisme va de soi.Nous voici au cœur même de son drame.Son « éblouissement solaire l’empêche de voir plus loin ; la mystérieuse cité de Dieu, cachée au sein de la cité terrestre, lui est totalement invisible.» (p.44) On voit la précarité de cette position.Quand le ciel est menacé d’anéantissement, l’absurde n’est pas loin.Entre 1937 et 1942, Camus est souvent malade et la mort devient alors une réalité qui le tenaille.Amoureux de la vie, il se trouve en face de l’Intruse.« L’absurde s’installe dans une vie qui ne voulait que chanter.» Ainsi la mort prend figure d’absurdité.Caligula se ressent d’une façon immédiate de cette crise de bonheur sensible, et toutes les œuvres postérieures en subissent SEPTEMBRE 1953 3 l’influence.Camus se trouve au point névralgique de sa pensée.« Le drame de 1937 est dans la vit de Camus, un équivalent du "Chemin de Damas' paulinien.Mais cette 'conversion' s'opère 'à rebours’ ; elle va provoquer une sorte de séisme dans sa pensée.Sa première réaction a été la fuite, l'effort maladroit pour s'évader du réel ; mais Camus découvre que cette voie est barrée : l'échec de Caligula en témoigne ; il va s'efforcer .dors de concilier l'obsession de l'absurde avec sa mystique du bonheur sensible.De cet effort de conciliation vont sortir lt Mythe de Sisyphe (1942), l'Etranger (1942).Je Malentendu (1943).» (p.49) Malgré toutes les tentations de l’absurdité existentialiste qui l’agacent à cette heure.Camus ne désespère pas.Puisque la vie a perdu tout sens, il se résigne à trouver le « sens d’une vie sans sens ».André Gidt (Photo Izis) Albtrt Camus «Il s'agissait précédemment ue savoir si la vie devait avoir un sens pour être vécue.Il apparaît ici.au contraire, qu elle sera d'autant mieux vécue qu'elle n aura pas de sens.» (Mythe di Sisyphe, p.76).11 faut à tout prix, malgré le non sens de la vie, être heureux.« Il y a plus d'honnêteté à vivre en sachant que la vie n'a pas de sens qu'en cherchant à lui en donner un — 'Savoir se maintenir sur cette arête vertigineuse, voilà l’honnêteté.' » (Mythe dt Sisyphe, p.61, 72, 78) De telles données contradictoires.Camus cherche une synthèse.Avec le Malentendu, la tension entre le bonheur et l’absurde s’apaise.La Peste (1947) esquisse une religion du bonheur qui se situe entre les deux pôles de la pensée camusienne.Ici Camus parle d’un monde ra-Aagé par la guerre : il parcage les souffrances des autres et proteste 4 LECTURES contre « la violence qui fut faite à l'homme ».Pour la première fois, Camus aborde sérieusement le problème du mal et le sommet de ce problème, c'est justement la souffrance des innocents.Tarrou, le héros de la Peste, a fait tout son possible pour éviter de faire souffrir les autres.Mais il apprend «que nous ne pouvions pas faire un geste en ce monde sans risquer de faire mourir.» Il a appris cela et il « a perdu la paix.» Rieux, cet ami de Tarrou, va apprendre « qu’il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul ».II va sacrifier son bonheur au profit de celui des autres.Ce sont des martyrs de la religion du bonheur qui « vivent une sorte de croix sans Christ ».Cette religion est fausse, déracinée, horrible, dans laquelle on mène une vie forcenée de charité sans espérance.La conséquence ultime, qui doit être la frustration et la nausée en face de la vie, est décrite dans l'Homme récolté (1951).Voici le témoignage de Moeller : « Ce?pages sont inoubliables.I-lles témoignent d’un courage et d’une loyauté rares en ce siècle.Camus y a atteint une maturité de pensée, une vigueur d’expression, une richesse de raisonnement et d'information qui le classent au premier rang des essayistes actuels.Nous découvrons, une fois de plus, la haine radicale de l’auteur de la P-jite pour ces idéologies au nom desquelles on tue et on massacre.Il n’y a pas une ligne de ces chapitre qu’un chrétien refuserait de signer.» (p.72) Dieu est mort — et le roi aussi parce que le mépris de Camus pour les institutions politiques et sociales est évident.L’homme de Camus est seul à combatre le mal du monde.Il n’a pas d’espérance pour orienter sa lutte ni de foi pour en comprendre le sens.Seule la charité reste — un désir immense et isolé de sauver ce monde.II y a quelque chose de pathétique dans une telle position car seuls la foi et l’amour surnaturel peuvent justifier une lutte telle que celle que l’homme révolté entreprend.Moeller démontre admirablement ce vide dans l’œuvre de Camus et de tous ceux dont il est le porte-parole.Ce qu’ils cherchent, Moeller le trouve dans la doctrine catholique.La grande valeur d’un écrivain comme Camus ne réside pas dans sa réponse mais plutôt dans le problème qu’il pose.Son désarroi reflète la faillite des chrétiens.L'Evangile peut éclairer la pensée contemporaine, mais « comment donc invoquera-t-on celui en qui on n’a pas encore cru ?Et comment croira-t-on en celui dont on n’a pas entendu parler ?Et comment en entendra-t-on parler s’il n’y a pas de prédicateur ?» (Rom.10.\4) il faut absolument que la sainteté s’incarne dans les structures temporelles.Les chrétiens doivent se ranger à côté de l’homme révolté.L’Eglise doit «se salir les mains» pour sauver le monde.Ce message hardi et désespérant de Camus ne peut laisser le chrétien indifférent.Comme a dit Péguy: «I! faut faire une révolution temporelle pour le salut éternel.» En quittant Camus remarquons qu’il est encore jeune et qu’il n’a jamais connu le Dieu qu’il refuse.On peut espérer qu’il se convertira.Et comment ne pas respecter le témoignage de celui qui terminait son plus grand roman par ces mots : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser » ?S F PTE M fiRF 1953 5 ANDRE GIDE C’est surtout le Gide des années 1939-51 qui parle dans ce chapitre.Dans Thésée, Gide a déclaré « qu’il reste enfant de cette terre, » et dans le témoignage de son art nous trouvons des compléments précieux à ce drame déjà signalé dans l’œuvre de Camus.Pourtant Gide n’est pas du tout un Camus.« Il fait partie de cette génération qui, au sortir des cavaux naturalistes, rêvait de créer un nouveau classicisme où l'élan romantique se disciplinerait en une forme sobre et transparente, où les valeurs spirituelles seraient remises à leurs places.A la veille de sa mort Gide affiche un athéisme serein.Le chantre de l’inquiétude termine son auvre par un plaidoyer en faveur de la sérénité de Goethe ».(p.94) Dès sa jeunesse Gide avait contracté le vice de l’homosexualité qui marquera toute sa vie et toute son œuvre.Cette perversion était d’autant plus grave « qu’il y avait en lui un réel déséquilibre psychique ».Il n’a jamais compris l’amour ni le sens des sexes.Il crut que la femme était un être purement spirituel, que l’on ne devait aimer que platoniquement.C’est avec de telles idées qu’il aborda le mariage.Comme nous l’indique la citation de Moeller rapportée plus haut, Gide a sincèrement cherché la perfection spirituelle et dans son œuvre sa femme devient le symbole de ses efforts dans ce sens.« Madeleine, et elle seule, lui donna le sentiment de l’existence de réalités autres que sensibles.» Pour cette raison je crois que Moeller a tout à fait raison de consacrer une longue et pénétrante analyse au drame conjugal de Gide.L’amour de l’écrivain pour sa femme, quoique très sincère et très intense, était faux.Son effort vers la perfection était voué à l’échec parce qu’il cherchait une perfection angélique.Le drame de Gide consiste donc dans ce déchirement entre un attrait morbide des sens et un désir profond d’une mystique impossible, éveillée par un amour purement désincarné.Toute son œuvre révèle une occilation entre ces deux pôles.Evidemment Gide n’a jamais compris « le sens de l’incarnation de l’amour de Dieu dans le réel de ce monde sensible et spirituel.».Sa religion est fausse parce que désincarnée.Après cela, on ne comprendra pas que bientôt Gide opte pour > (P- 219) SIMONE WEIL Le message de Simone Weii est plus incarné, plus sincère, plus torturé que celui de Huxley.Sa charité et son sérieux semblent contraster étrangement avec la froideur et la légèreté de Huxley.Celui-ci n’était jamais préoccupé sérieusement par le problème du mal tandis que Weil « prêche la nécessité de s’unir à la souffrance du monde ».Mais cette « espèce de crucifixion » chez elle s’enracine dans la gnose et pour cette raison elle s’inscrit parmi les aéronautes sans cargaison.Ayant connu très jeune la souffrance personnelle, elle se donne de plus en plus totalement au malheur du monde.« J’avais l'âme et le corps en quelque sorte en morceaux.Ce contact avec le malheui avait tué ma jeunesse.Jusque-là je n’avais pas eu l’expérience du malheur, sinon le mien propre, qui, étant le mien, me paraissait de peu d'importance, et qui d’ailleurs n'était qu’un demi-malheur, étant biologique et non social.Je savais bien qu'il y avait du malheur dans le monde, j'en étais obsédée, mais je ne l’avais jamais constaté par un contact prolongé.Etant en usine, confondue aux yeux de tous et à mes propres yeux avec la masse anonyme, le malheur des autres est entré dans ma chair et dans mon âme.» (Attente de Dieu, p.74-75) Texte capital ! D’autant plus curieux que, ayant été élevée dans l’athéisme le plus total, l’idéal de dévouement de Simone Weil n’était motivé par aucune tradition religieuse.« Elle n’a jamais à aucun moment cherché Dieu.» Elle estimait que, étant en ce monde, notre affaire était d’adopter la meilleure attitude à l’égard des problèmes de ce monde et que cette attitude ne dépendait pas de la solution du problème de Dieu.» (Altente de Dieu, p.70-71) Simone Weil a pourtant rencontré le catholicisme qu’elle appelle « la religion des esclaves ».Aussi un examen de certains textes de Attente de Dieu révèle que la grâce mystique a pénétré son âme.« Elle reçut les grâces de Dieu données à celui qui fait son possible mais n’alla pas jusqu’au but.» La question de la grâce chez Simone Weil est fort discutée et cette opinion de Moeller serait peut-être à reviser.On donne trois raisons de ce refus : 1.Son génie intellectuel a étouffé sa véritable personnalité.C’est une intelligence « monstrueusement développée » qui veut la certitude mathématique même en matière de foi.2.Au cœur de sa formation intellectuelle, se trouve le « stoïcisme » qui est l’essentiel de sa pensée.Ceci amène l’auteur à signaler que Weil était manichéenne, ce que presque personne n’a vu.D’où une confusion lamentable de nécessité et liberté, de l’umor jati et l’espérance chrétienne.« Simone Weil a été fascinée, enivrée par la pensée grecque, spécialement par cet éclectisme mystique qui fleurissait à l’époque hellénistique.au SEPTEMBRE 1953 9 lieu d'éclairer la Grèce par le- Christ.elle éclaire le Christ par la Grèce.» (p.237) 3.Réduisant le Christ à ses « prétendus ancêtres grecs », Weil le sépare violemment de ses origines juives.Par conséquent elle n’a jamais compris le « scandale » de Dieu dans l’histoire.Elle est désorientée sur le vrai sens du message judaïque et de l’Evangile.On comprend maintenant la conclusion de Moeller: « Son message contient de grandes vérités, utiles aux chrétiens, mais son inspiration fondamentale est si contraire à la foi chrétienne que les parties positives y perdent le meilleur de leur vérité.» (p.230) Elle a confondu inextricablement la tradition chrétienne et la gnose hellénistique.Qui voit cette faiblesse foncière dans son système, est en bonne posture pour interpréter le sens de ses écrits — même les textes les plus mystérieux — comme les suivants, extraits de Connaissance surnaturelle : « L'incarnation n'est qu’uni figure de la création.Dieu a abdiqué en nous donnant l'existence.Nous abdiquons et devenons semblables à Dieu en la refusant.»' (p.264) « Si nous pardonnons à Dieu son erinn contre nous, qui est de nous avoir fait des créatures finies, il nous pardonnera notre crime contre Lui, qui est d'être des créatures finies.» (p.40) « La puissance de Dieu ici-bas, comparée à celle du Prince Je ce monde, est en infiniment petit.» (p.68) « La création est un piège où le diable prend Dieu.Dieu y tombe par amour.Comme un enfant se cache de sa mère, pour rire, derrière un fauteuil, Dieu joue à se séparer de Dieu par la création.Nous sommes cette plaisanterie de Dieu.» (p.222) Dans une semblable perspective le fameux problème de Hamlet (to be or*iot to be) trouve une solution catégorique : il eût mieux valu que l’homme ne fût pas.Ici nous nous trouvons à un niveau plus bas que la vie même et où la créature est distincte de Dieu et Dieu ennemi de la créature.Nous pouvons penser avec l’auteur « qu’au paradis, elle sera plus proche de Dieu que beaucoup de chrétiens », mais il faut blâmer son attachement intellectuel qui fit d’elle une victime.Son intelligence fut un dieu auquel elle sacrifia non seulement sa féminité mais aussi toute possibilité de recevoir la foi.Maritain nous en donne la raison : « Le christianisme, a-t-il dit, nous apprend que l’amour l’emporte sur l’intelligence.» Dans les instants les plus importants de notre vie l’intelligence ne vaut rien ; ses effets sont suspendus.Terminons cette étude du drame de Weil sur une note de charité et d’optimisme : « Sa vie valait mieux que le pauvre système qu’elle s’évertuait à construire.» Les enfants de cette terre et du ciel Il y a un moyen d’être de cette terre et du ciel ; de poser le problème et en même temps d’y répondre ; de partager les souffrances de la terre ainsi que la joie de l’éternité.Il n’est pas du tout nécessaire d’opter pour l’un ou l’autre.La solution ne réside pas dans un refus ni dans un choix mais dans un tiraillement.Voilà la valeur des témoins chrétiens interrogés dans cette troisième section.Seuls ceux qui n’optent pas pour l’un ou l’autre mais qui acceptent les deux atteignent le fond du problème.Le monde entier gît dans le mal, nous dit saint Jean.10 LECTURES Pourtant Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné Son I;ils unique.Entre ces deux antipodes se joue le véritable drame humain.Le monde va à la fois vers le bien et vers le mal.Un témoin comme Graham Greene, par exemple, n'est pas plus étranger au mal que Camus.Encore écolier il a pu rencontrer les êtres « qui transportaient avec eux l’essence même du mal ».Pour lui, c’est plus qu’une formule que d’écrire : « l’enfer vous entourait dès votre petite enfance ».Mais la présence de Satan ne contrarie pas la présence de Dieu.C’est « au cœur d’un monde ravagé » que les « terrifiants mystères de l’amour» nous touchent.Parlant de sa propre conversion Greene écrit : sacs?Graham Greene Georges Bernanos « Et c’est ainsi que vint la foi — sans contour définis, ni dogmes — rien qu'une nrésence étroitement en rapport avec la brutalité, la cruauté, la corruption.L’on se mit à croire au ciel, parce que l’on croyait à l'enfer, mais pendant longtemps, seul l’enfer apparut sous formes d'images précises.» (Routes sans lois, p.11) Moeller saisit ce qu’il y a de plus essentiel dans l’œuvre de cet écrivain en concluant : « C'est du faceâ-face de l'homme et de son malheur que doit jaillir la lumière de l'espérance.On ne pourra dire alors que le chrétien est un évadé de la vie : en la personne de Greene et de ses héros, il apparaît au contraire que le premier geste du chrétien est de jouer le jeu, de regarder le mal en face, et de l'assumer.» (p.2-1) La lutte continuelle entre Satan et Dieu crée une tension qui explique SEPTUM DRE 195 3 11 le sens de la vie.Ce serait d’un faux optimisme que de vouloir voir le- monde dans un état d’où auraient disparu tout mal et toute injustice.Le travail du véritable citoyen de ce monde (et ici je m’inspire de Ma-ritain) est d’augmenter la tension interne, d’élever ici-bas la charge du spirituel.Julien Green, lui aussi, a marché dans les déserts arides de l’athéisme.L’absurdité l’accablait, mais il est devenu le plus éloquent témoin de l’invisible de notre âge.Il ne s’agit nullement de vouloir abolir le mal et le péché mais de « croire en la grâce de Dieu qui soutient le pécheur ».En face du problème du silence de Dieu, Green a opté mais il a appris au cœur du drame né de cette option « qu’il n’y a de refuge contre Dieu qu’en Dieu ».Le Christ a promis la paix aux hommes de bonne volonté et Green a goûté cette paix, mais Jésus a aussi apporté le glaive et Green a souffert de ses effets.Et que dire de Bernanos ?Celui qui a osé dire que « le mal, c’est quelqu'un » et « dans notre pauvre petit monde, la douleur, c’est le bon Dieu » ?De toute évidence, il est le témoin le plus pessimiste de notre époque.Il a sûrement senti tomes nos angoisses au tréfonds de son être.Pourtant il nous a donné « le sentiment presque physique de la présence du surnaturel ».Même dans la neuvième heure (Eli, Eli, lamma sabachani !) il chante la joie.Il a compris que la joie pascale est très intimement liée à la douleur du Calvaire.Ces témoins catholiques n’ont aucune illusion sur la misère de la nature humaine ni sur la malice du monde.« Entre Satan et Lui, Dieu nous jette comme son dernier rempart.C’est à travers nous que depuis des siècles et des siècles la même haine cherche à L’atteindre, c’est dans la pauvre chair humaine que l’ineffable meurtre est consommé.» (Bernanos) L’enfer et le ciel se trouvent dans le cœur même de l’homme et c’est de notre assentiment que dépend en définitive la victoire de Dieu ou de Satan.Et c’est là sans doute la perspective la plus vertigineuse et la plus profonde que l’on puisse ouvrir sur la liberté humaine.C’est dans ce sens, sans doute, que Greene écrit quelque part : « The glory of man is his capacity for salvation.It is also true to say that his glory is his capacity for damnation.» Ainsi le mal se révèle à sa véritable taille, mais aussi le bien.Si on croit en Satan, on espère (contre toute espérance parfois) dans le Dieu d’Abraham, car «il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ ».Les auteurs chrétiens interrogés ici sont arrivés à cette vérité par la voie douloureuse.Je ne détaille pas davantage leur pensée.Elle est d’une façon plus ou moins générale connue.D’ailleurs î’impression de chaos que nous laissent les deux premières parties du volume est, dans un certain sens, plus importante.En terminant je souligne que cet excellent ouvrage démontre que le drame de la littérature du XXe siècle est surtout un drame spirituel.Les solitudes désertiques de l’athéisme ont désespérément besoin des eaux de la vérin de la lumière.Plus que n’importe quel autre art, la littérature refist la souffrance des esprits brisés et déçus.Consciemment ou inconsciemment ils tournent leurs regards vers la théologie ca- 12 LECTURES tholique qui, sereine et sage avec la sagesse de l’éternité, doit apporter une réponse.Aujourd’hui, plus que jamais, le mot de Platon « il existe une éternelle brisure entre la religion et la littérature » doit être ana-thématisé.Dans son introduction, Moellei exprime cette inquiétude au sujet de sa méthode : « Il est possible que, courant deux lièvres à la t’ois, celui de la critique littéraire et celui du catéchisme, je les manque tous les deux.Il est dangereux de s'installer sur une frontière.Mais il faut bien que quelqu'un s’y mette, quitte à ce que d'autres fassent mieux, apres lui.» (p.20) Il sufft de lire le Silence de Dieu pour se rendre compte que l’auteur a su échapper au péril qu’il redoutait.Sans doute, est-il un des pionniers dans ce genre de critique littéraire, mais il y réussit à merveille.Son travail prouve qu’une critique littéraire sans interprétation théologique répond mal aux besoins de notre temps.C’est seulement en agissant à son exemple que nous pourrons orienter les faux prophètes et éclairer la grande énigme de la vie qui pèse sur eux comme une condamnation.Le christianisme contient la solution des problèmes de l’heure parce que, non seulement il comprend le sens de la vie, mais encore parce qu’il est la Vie.Les esprits non-chrétiens interrogés dans le Silence de Dieu (et maints autres dont ils sont les prototypes) échouent pitoyablement dans la compréhension de ce mystère.Ils trébuchent en face de la vérité et tombent dans toutes les extravagances de la morale et de la psychologie fermées à une révélation supérieure ; ils tombent dans le pessimisme et la négation de la vie ; dans l’empirisme et la négation de la logique.Ils cherchent leurs augures dans leurs cauchemars et leurs canons dans les contradictions.Ils mangent le fruit défendu et s’égarent dans les labyrinthes du nihilisme.Il n’est que trop évident que le Christ doit être ré-incarné de nouveau au XXe siècle.Saint Thomas nous dit, dans une remarque aussi originale qu e-tonnante, que « le Christ est la richesse totale de l’Eglise ; Lui seul n’est pas moindre que Lui avec tous ses membres ».Il importe donc souverainement que nous constations Sa richesse, Sa victoire, ce qu’il a accompli.Toutes nos victoires sont précontenues dans Sa grande victoire ; toutes nos misères, excepté le péché, dans Sa grande misère.L’homme moderne nie cela en s’érigeant maître d’un monde qui lui oppose l’absurdité et la nausée.Comme l’a exprimé Nietzche : « L’homme ne cherche pas le bonheur ; il cherche à vaincre les obstacles.Dès lors sa vraie joie se trouve sur le champ de bataille — même si ce chmp de bataille conduit à la mort.» Si seulement tous les Camus ef tous les Gides, tous les Huxleys et toutes les Weils pouvaient comprendre que le Christ a résolu tous leurs problèmes et gagné toutes leurs batailles avant même qu’ils ne fussent nés ! Si seulement ils pouvaient comprendre que, si la religion ne console pas « ce n’est pas elle qui flanche, c’est nous qui flanchons» (J.Green).Au fond Dieu ne se tait jamais ; ce sont nos oreilles qui sont défaillantes.Bernard G.Murchland, c.s.c.SEPTEMBRE 1953 13 DOCUMENT Le stigmate de l’infamie ' LORSQUE, dans les moments de halte et d’oisiveté, nous considérons à fond notre vie, nous ne manquons pas de nous demander régulièrement en quel «diable» de temps il nous a été donné de vivre.Nous n’oserions nous en plaindre au Seigneur, car le don de la vie, même en tenant compte des épreuves, constitue toujours un don au-dessus de tout autre, surtout quand il est élevé au plan divin de la grâce.Mais nous pouvons bien nous en plaindre un peu entre nous, ou bien avec nos voisins les plus proches.Ce sont vraiment des temps diaboliques, que nous vivons, a-t-on envie de penser et de gémir.Nous émergeons à peine du déluge universel de sang, de cruauté, de haine, et déjà tout autour de nous, les eaux débordent à nouveau et menacent, encore plus fangeuses et funèbres ; c'est le flot d’une folie analogue bien que contraire : la folie du plaisir.A la cruauté d’hier, au plaisir d’aujourd’hui, ne pourront manquer de faire suite, si Dieu n’y pourvoit à temps et ne nous en préserve, la mort et le démon.Laissons de côté les plumitifs à tant la botte (comme les choux, les oignons, les artichauts et les autres légumes qui s’effeuillent comme les livres), qui, afin de vendre abondamment et avec profit, présentent des aphrodisiaques enveloppés de prose narrative, le tout sous le couvert de l’art et de la culture.Esprits notoirement incultes, pourris, monocordes, ils ne sauraient entretenir un lecteur d’autre propos que de celui qu’ils tiennent : ou ils y font allusion, ou ils en traitent ouvertement ; c’est toujours là qu’ils reviennent, même s’ils semblent s’en éloigner pour quelques instants : c’est toujours sur cette touche qu’ils appuient.Il y a les inconnus qui répandent la cocaïne en poudre ; et il y a les autres, ceux qui sont célèbres, qui la répandent en nouvelles ou en romans ; les premiers, on les met en prison, lorsqu’on les surprend, jusqu’à ce qu’on en arrive socialement, d’ailleurs pour eux aussi à la.liberté ; les seconds, on ne peut je ne dis pas les fustiger, comme on le devrait, sur les places publiques, devant une foule assemblée, mais pas même les mettre à l’Index.On ne peut pas dire aux fidèles qu’ils offensent le Christ et qu’ils offensent la morale, en offensant la morale du Christ.Ils ne croient pas au Christ ; ils ne croient pas à la morale et cependant, on ne peut pas dire qu’ils offensent la morale du Christ, sans les offenser eux-mêmes par là, et offenser en eux, à leur avis et selon la modestie qui les caractérise, la culture.Rien de moins.Aucun de ceux qui les connaissent n’aurait pu jamais le croire, mais, lorsqu’on les attaque, c’est la culture qui est attaquée ! On ne saurait pas dire exactement ce qu’ils savent, sinon traiter de sujets scandaleux, mais ils représentent la culture ! Et cette représentation peut même être couronnée par un « prix Strega » comme pour Moravia.1.Cet article est paru dans l’Osseri atore Romano du S mai 1953.14 LECTURES Laissons de côté ces « ignorantins » de diverses sortes et aussi certains « savants », eux aussi d’Italie, qui rédigent d'ignobles écrits comportant des citations zoologiques, ethnographiques, archéologiques, scatologiques, entremêlées de descriptions répugnantes, d’insistances de maniaques, de détails révoltants, de blasphèmes atroces, de froides énormités, dans un style bas, gras où foisonnent les fautes de grammaire.Ils mettent sur le frontispice un titre qui se termine en te, comine.nécrophilie et ainsi ils croient avoir créé une nouvelle théologie, philosophie, astronomie, quelque chose, enfin, de très scientifique.A l’un de ceux-ci, un certain Ettore Mariotti, est arrivée la mésaventure, assez peu fréquente, en vérité, de se voir saisir un ouvrage extrêmement scientifique : mais cette mésaventure n’a pas duré longtemps, car tout récemment, un tribunal a déclaré — textuellement — qu’il ne s’agissait pas là de vulgaires textes pornographiques, dont les chemins des hommes doivent être balayés, mais, bien au contraire, et qui l’eût dit ?de science.En raison de quoi, dans deux, trois ou quatre cents ans, quelqu’un qui aurait en main ce livre, incolore mais non inodore, et la sentence du tribunal qui le déclare « ouvrage de science », ne sera pas tellement écœuré de notre turpitude, mais il rira de notre bêtise.Il dira de nous : « A quel degré de pourriture n’étaient-ils pas arrivés ! » Mais il y a bien autre chose, et bien autrement grave ; grave pour aujourd’hui, grave pour demain, grave pour le temps, grave pour l’éternité (nommons-la, l’éternité, sans craindre le sourire ironique des romanciers lubriques mais cultivés, sans craindre le mépris des auteurs obscènes, mais qualifiés par une sentence judiciaire de scientifiques) ; la chose, disions-nous, est autrement plus grave lorsque nous avons entre les mains le livre d’un écrivain tel que Jouhandeau et que l’on y lit, condensées en aphorismes et en pillules, les néagtions et les affirmations les plus démoniaques.Jouhandeau s’est entraîné depuis des années, à travers sa défection avouée de l’amour véritable et à travers une glorification clandestine du vice, à l’apologie, non pas tant du mal, mais de ses racines premières et de ses dernières formules.Aujourd’hui, il sait doser mieux que personne les poudres les plus arides et les plus sèches de la perversité ; il sait distiller les poisons les plus dissolvants et les plus brûlants du vice ; et il ne sait pas autre chose : par des récits ambigus, qui oscillent perpétuellement entre ce qu’il y a de plus évident, de plus tendre et de plus normal en apparence, et ce qu’il y a de plus drogué, de plus intoxiqué, de plus désiquilibré à l’intérieur.Avec une bonhomie apparente, villageoise presque, et avec une distinction de gentilhomme de province (à la John Christie, le monstre de la chronique de ces derniers temps) il est l’alchimiste du démoniaque.C’est à cela que l'a conduit, pas à pas et de façon bien plus satanique que Gide, son même péché, du moment où il l’a célébré, au lieu de s’en repentir.Voulant faire l’éloge de la volupté (anormale, naturellement), il emploie des expressions macabres et sacrilèges, téméraires et absurdes, SEPTEMBRE 1953 15 qui sont toutefois presque familières et quotidiennes à l'oreille humaine, car elles portent l’accent même de cette voix que l’homme reconnaît comme étant la plus familière et la plus intime, après celle de Dieu : la voix du tentateur, dans le secret le plus jaloux de la conscience.L'art de Jouhandeau, étudié sur les plus grands moralistes et sur les « spirituels » français les plus ardents, consiste tout entier dans le fait de prêter à cette voix — qui dans notre conscience, n’est qu'une tentation informe — un ton entier, sincère, mais sacré et dévot, plutôt que l’air triomphant d’une revendication laïque et fatidique, ou le cri prolongé et presque l’ovation d’une libération sociale.Au XIXe siècle et avec le positivisme, on attaquait la religion, presque comme un fait délétère.Aujourd’hui, on prend à la religion son feu le plus sacré, mais pour mieux la brûler.Pettazzoni célèbre l’Italie religieuse et chante la religiosité : des gens dépourvus de tout, mais non de chaires, comme Morghen, discourent d’hérésies et font des inquisitions d’hérétiques.Ces gens-là, ces imitateurs, attardés et ordinaires restent dans la religion de l’irréligion, genre fin de siècle ; Jouhandeau, beaucoup plus nouveau, rusé et malin, invente la dévotion et l’onction du vice, en appelle littéralement à saint Benoît Joseph Labre.Les stigmates les plus répugnants et les plus noirs qui salissent un pécheur de la chair, dans l’éloge qu’en écrit Jouhandeau, prennent l’aspect de décorations, semblent être devenues autant d’insignes et de rubans d’une hiérarchie infernale d’odieux personnages.Il doit au plaisir, dit-il, d’avoir dépassé les limites propres à notre espèce et à la nature.Mon Dieu (si l’on peut nommer Dieu dans un tel contexte), mon Dieu, que sera-t-il donc devenu ?Ou peut-être a-t-il raison : il a vraiment dépassé toute mesure tolérable.L’asile d’aliénés et la prison attendent l’assassin de vingt-trois femmes, qui semble avoir été poussé par une fureur secrète.Pour ce monsieur à la plume dorée, la menace d’un nœud coulant ne serait-elle pas salutaire ?Je crois que la menace à elle seule suffirait, car de semblables héros du blasphème en style élégant, sont en général plutôt lâches devant la douleur : le plaisir est leur dieu, et leur monde, l’épiderme.Jouhandeau ose écrire : « Je veux bien voir Dieu réduit au supplice en face de moi qui me retourne sur un lit de roses ».C’est incroyable, mais textuel : les romanciers cultivés produisent en Italie des pages lascives, mais ne visent en somme que la vente et le simple intérêt ; de soi-disants savants manipulent des sauces rebutantes ; mais Jouhandeau arrive à une pareille audace.Ecrivain européen, à qui Dieu avait accordé le rare privilège de pouvoir atteindre, s’il l’avait voulu, des altitudes dignes de Pascal, et parcourir les voies les plus ardues et les plus interdites au scribouilleur de métier ; il a préféré descendre vivant dans l’enfer de la dégénération.16 LECTURES Autre signe des temps : on combat Dieu à visage découvert ; on ne le nie plus, comme aux époques impuissantes.Jouhandeau est le dernier anneau d’une chaîne volontairement infernale.C’est un ennemi dévoilé de Dieu, auquel il ne suffit pas de l’ignorer, comme se flattent de pouvoir le faire en Italie des nouvellistes vendus, des savants par la vertu d’une sentence de tribunal, et des professeurs d’université en veine d’anticléricalisme ; non, il veut l’injurier, il veut le combattre.Est-elle ou non vraiment diabolique, cette époque où nous vivons ?Pour avoir cherché et dit la vérité, Socrate reçut la cigüe.Nos romanciers, en faisant des mauvais propos un sujet mondain et presque un apéritif, reçoivent de l’argent et des sourires de connivence.Les prétendus savants font.il est difficile de dire ce qu’ils font.disons qu'ils dégoûtent ; et les professeurs font des congrès et des cours.Au contraire Jouhandeau veut l’enfer et il le dit ouvertement : c’est un désir comme un autre.Il ne le veut pas après la mort, il le veut ici-bas, tout de suite, comme or.commande une boisson dans un bar.Et il l’aura.Malheureusement, nous l’aurons tous.Nous l’avons déjà, non plus aux portes, mais dans nos maisons.Garçons et filles semblent des êtres obsédés, les familles, des arbres abattus ; les nations sont épuisées, les arts délirent.Heureusement, les sciences ne plaisantent pas et ainsi nous avons au moins le réconfort de la bombe atomique.La honte, dit Jouhandeau, c’est presque l’envers de la gloire.Servez-vous, lui dirons-nous, et nous ne pouvons lui dire rien d’autre, étant donné son acharnement : servez-vous, soyez infâme.Deux H'juhautes u iiij/ion/n .'/< i J.w ¦ les lcl!rc> l.iujJu ):>ics suit LES ItOUTES II HAITI par J.-C.Magnan Le lecteur aura grand plaisir à voyager avec M.Magnan en terre haïtienne.Ce voyageur, doublé d’un écrivain de qualité excelle à peindre un paysage, à ressusciter l'histoire, à décrire les moeurs et coutumes du petit peuple haïtien.Tout cela est entremêlé d’anecdotes savoureuses et piquantes.190 pages, 60 photos, $3.00 — Format 6*/» x 12 (par la poste $3.15) LES ItltÈVES ANNEES par Adrien Thério Tous les critiques s'accordent à dire que ce livre est un "Grand Meaul-ncs" à saveur canadienne.173 pages — S1 -2*> (par la poste $1.35) FIDES — 25 est, rue Saint-Jacques Montréal — PL.8335 SEPTEMBHE 1953 17 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES V Littérature canadienne HARB1SON (Frederick H.) et COLEMAN (John R.).Lit négociation collective.Traduction de l’anglais par Roger Chartier.{Québec}, Presses Universitaires de Laval, 1952.208p.18.5cm.(Coll.Culture populaire, no 5).TB-S Le R.P.Gilles-Marie Bélanger, o.p., directeur du Centre de culture populaire de Laval, a bien fait de préciser dans son introduction le sens de ce savant ouvrage et d'écrire : Le Centre de culture populaire de Laval en présentant une traduction française de Goals and Strategy in Collective Bargaining, ne fait évidemment pas siennes toutes les interprétations de MM.Harrison et Coleman.Ainsi, par exemple, s’il est vrai que le «syndicalisme libre et le capitalisme sont aujourd’hui inséparables» et que « la négociation collective est devenue un élément indispensable du capitalisme américain », nous ne pensons pas qu’il faille accepter coûte que coûte et sauver à tout prix un régime économique particulier ».Puis le R.P.Bélanger ajoute que ces auteurs n’or.t décelé « dans les mobiles qu’ils découvrent chez les chefs d’entreprise et de syndicat, aucune véritable préoccupation de bien commun ou de justice sociale ».Voilà qui est juste et qui nous dispense de formuler telle réserve nous-même.Les deux professeurs américains nous offrent le résultat d’une lon- gue enquête menée dans le champ du travail américain et dans le domaine des négociations collectives : patronales et ouvrières.Il ne faut pas se dissimuler les difficultés de la traduction d’un tel ouvrage où les vocables techniques abondent et surabondent.Ce n’est pas un mince mérite pour le traducteur officiel et pour ses collaborateurs immédiats d’avoir maîtrisé le texte anglais et de l’avoir présenté de façon intelligible en français.Ce n’est cependant pas affirmer là que cette traduction soit irréprochable.Et chose étonnante, la traduction est faible précisément là où l’écueil était facile à éviter.Mais cette réserve ne doit pas diminuer l’admiration du lecteur éventuel pour ce formidable travail de traduction, d’autant plus difficile que la langue des auteurs dans le texte anglais n’était pas toujours claire.Avant d’aborder une très courte étude critique de ce volume, reportons-nous à la réserve du R.P.Gilles-Marie Bélanger pour rappeler ici le témoignage d’un religieux qui nous déclarait un jour que l’activité syndicale devait être sous le signe d’une certaine outrance.Comme nous marquions notre étonnement d’une telle mentalité et d’un tel comportement de la part du syndicalisme confessionnel, notre interlocuteur ajouta : « Il en est dans les relations patronales-ou-vrières un peu comme dans le champ de la propagande politique : il y a surenchère, abus ver- 18 LECTURES bal, promesses inconsidérées.» Qui ne serait frappé par l’incongruité d’une telle comparaison quand on sait avec quelle sévérité certaines gens jugent les agissements des politiciens même si l’auteur de cette assertion soutenait qu’il existe entre le syndicalisme chrétien et la propagande politique une certaine similitude ?Alors, selon notre interlocuteur, les chefs ouvriers, pour garder leur clientèle, devaient demander plus pour obtenir moins, devaient maintenir la trêve armée ou quelque chose d’équivalent afin que les syndicalistes n’abandonnent pas le syndicat, y adhèrent avec ferveur, l’épaulent avec enthousiasme, le soutiennent en toutes circonstances.Nous avouons ne pas partager une telle pensée, un tel concept.Les auteurs de la Négociation collective ne semblent pas entrevoir, ainsi que le souligne en incidente le P.Gilles-Marie Bélanger, la justice sociale, l’équité.Nous ajouterons nous, d’autre part, qu’ils ne semblent pas se rendre compte que la paix, l’harmonie, l’entente sont toujours préférables à la guerre, qu’avant d’aller à la grève qui est une forme de guerre dans le monde du travail, il faut y penser deux fois.Les auteurs de la Négociation collective ont scruté, analysé maints cas de négociation collective.Ils nous offrent tantôt le point de vue de l’employeur, tantôt le point de vue d’un ouvrier isolé, tantôt l’opinion d’un chef syndicaliste.Tout cela veut être objectif, mais tout cela ne l’est pas toujours et les auteurs en conviennent à l’appendice du volume en reconnaissant qu’il aurait fallu une étude « beaucoup plus exhaustive et rigoureuse ».Dans une note à la page 3 du volume, les auteurs signalent qu’ils ont rencontré dans tous les cas étudiés, les dirigeants des deux parties.Ils ajoutent qu’il ne se sont entretenus que rarement avec des contremaîtres et encore plus rarement avec des travailleurs.C’est peut-être là une des faiblesses du monde syndiqué de nos jours qui empêche les patrons de prendre contact avec les ouvriers et d’exposer leur point de vue et les ouvriers de parler avec le patron.Le champ retranché qui existe aujourd’hui prévient la conversation entre les individus de l’un et l’autre groupe.La négociation ne s’effectue plus que par les chefs de part et d’autre et ainsi les contre-maîtres ayant souvent l’expérience, ne peuvent plus exprimer le point de vue moyen entre celui du patron et de l’employé et les ouvriers ne peuvent plus déclarer s’ils sont ou non d’accord avec leurs chefs syndicaux.Evidemment, s’il y a négociation collective, il faut des porte-parole de part et d’autre mais qui niera la présence de chefs qui aujourd’hui empêchent la conversation amicale avec le patron, qui niera l’impuissance dans laquelle sont mis certains patrons de faire la charité individuellement à tel ou tel employé sous peine d’être accusés de paternalisme, d’influence indue.Oh ! nous savons et nous convenons que certains patrons pendant longtemps et encore de nos jours, se sont tenus et se tiennent à cent lieues de leurs ouvriers, mais n'est-il pas vrai que le système actuel empêche le contact de l’ouvrier avec le patron.SEPTEMBRE 1953 19 Il est évident que dès que l'entreprise prend une certaine ampleur, il est impossible qu’il en soit autrement, mais il faudrait en arriver à trouver une formule qui ne prohiberait pas toute politique de main tendue, toute conversation amicale, toute entraide entre les représentants des deux groupes.Les auteurs définissent tout d'abord les lignes de force des relations entre syndicats et patrons.Ils expliquent le caractère des négociations modernes dans les grandes industries clefs.Pour illustrer ce que nous venons d’écrire MM.Harbison et Coleman écrivent, que d’ordinaire les travailleurs ne prennent guère de part aux affaires syndicales.Ils a-joutent : « Les chefs ouvriers ont surgi dans notre société comme les puissances de l’heure, etc.C est leur fonction à eux de défendre les intérêts des travailleurs.Tant qu’ils protègent les intérêts de leurs mandats, ils peuvent conserver leur poste de commande sans courir grand risque d’une intervention des simples membres ».Les auteurs désignent trois modèles de négociations, trois sortes de relations entre patrons et ouvriers : la trêve armée, l’harmonie active et la collaboration étroite.Il est évident que cet ouvrage traite surtout de cas de la grande industrie américaine, mais de tels exemples deviennent de plus en plus fréquents en notre pays, même en notre province.Les auteurs ont voulu établir l’indispen-sabilité, la fécondité et la réussite de la négociation collective quand le syndicat est fort, puissant et animé d’un esprit sain, en face d’un patronat qui se résigne à l’inévitable.Les auteurs ont su à traits cursifs, démontrer que le syndicalisme est une nécessité des temps modernes, de la période d’industrialisation dans laquelle nous vivons.Le présent ouvrage est technique, répétons-le, et ne s’embarrasse pas de règles de morale ou de considérations philosophiques.C’est un travail qui sera fort utile aux chefs syndiqués, aux ouvriers réfléchis, aux journalistes chargés d’orienter les ouvriers.Il ne faut pas oublier cependant que la négociation collective, quel qu’en soit le caractère, n’apportera la paix sociale que si un patronat chrétien surgit, que si un syndicalisme chrétien s’organise et que si les deux parties en présence cherchent à assurer la protection des droits des ouvriers, la défense des droits des patrons en tenant compte de l’équité, de la justice, de la personne humaine.Et, quant à ce qui concerne les négociations collectives au Canada français et dans nos milieux catholiques, nous pouvons ajouter qu’il faudrait imprégner de telles négociations de beaucoup de sans chrétien, d’un intense désir d’arriver à la paix, à la paix, à la paix qui devra être obtenue dans la justice, dans la justice pour le patron et dans la justice pour l’employé.S’il fallait dans la société de demain ue s’en tenir qu’à la froide technique de la négociation collective telle que disséquée par MM.Harbison et Coleman, le monde serait bien gris et il faudrait faire notre deuil de cette collaboration étroite entre patrons et employés préconisée par les auteurs comme troisième mode de la négociation collective.Nous croyons sincèrement que les patrons et les ouvriers sou- 20 LECTURES deux d’instaurer la paix sodale dans le monde, devront s’inspirer des enseignements du christianisme et ne pas oublier que cet enseignement comporte des devoirs et des droits pour les patrons et pour les ouvriers.Cet ouvrage est un instrument de travail qui aidera ceux qui sont placés à des postes de commande dans le champ du patronat et dans le champ du syndicalisme ouvrier, et nous devons féliciter le Centre d’avoir contribué à nous faire connaître cet ouvrage américain.Il est d’un mérite indiscutable et d’une valeur transcendante.Ceux que les questions économiques, sociales et ouvrières intéressent le liront avec profit.Rodolphe Lapi.ante HOYOIS (Giovanni).Le milieu rural.Préface de Mgr Félix-Antoine Savard.{Québec} Presses Universitaires de Laval, 1952.75p.18.5 cm.(Coll.Culture populaire, no 7).TB-S Cette étude fut présentée à Rome au mois de juin 1951, lors du congrès catholique international des problèmes de la vie rurale.L’auteur est un catholique flamand dont le rôle de catholique militant est connu depuis longtemps.L’ouvrage constitue une vue panoramique du problème rural, en Europe surtout, puis dans l’univers.L’auteur croit au type rural, en souligne les caractères distinctifs de force et d’humanité ; mais aussi les signes de dégénérescence là où le milieu et la profession ne font plus vivre l’exploitant qui glisse vers le prolétariat.M.Hoyois qui est sociologue de gran- de classe, souligne la valeur de la propriété pour le paysan possédant, son attachement au bien ancestral qu’il transmettra à ses héritiers.11 note la fécondité du milieu.Relevons ici une statistique que l’auteur collige : aux Etats-Unis, les villes qui constituent 60 p.c.du total de la population, n’avaient en 1940 qu’environ les trois-quarts des enfants nécessaires au maintien du niveau de cette population.L’auteur qui monte en épingle le potentiel du milieu rural, au point de vue rural, social, physique, ne dissimule pas les ombres là où la pauvreté résulte de la paresse, de la pauvreté dy sol, d’un surplus local de population inemployée et improductive.Il énumère quelques remèdes.M.Hoyois est favorable au système, aux abords des villes, du citadin travaillant à la ville et ayant résidence à la campagne.Un type accordé en résulte.Il ne s’agit pas de préconiser pour l’agriculteur le travail régulier à la ville car alors le déracinement suivra.Il s’agit de la méthode de Monseigneur Ligutti, prélat domestique américain d’origine italienne, qui favorise la résidence en banlieue pour les ouvriers des villes, sur un emplacement d’un arpent ou deux, où on élèvera quelques volailles, où on aménagera un verger et un potager.Notre grand écrivain-poète, Monseigneur Savard, déclare qu’il n’a pu s’empêcher, en lisant Hoyois, de songer au Canada français où les agriculteurs sont plus opulents, mais la campagne plus pauvre de vrais paysans.Ceux qui croient en la terre, à sa puissance régénératrice, au climat moral qui l’imprègne, et qui veulent que certaines fidélités SEPTEMBRE 1953 21 soient gardées ou magnifiées dans un bien-être matériel, se doivent de lire ce septième cahier de la collection de Culture populaire.Que les dirigeants de l’U.C.C.et des paroisses agricoles en prennent connaissance, le lisent, le dissèquent et en mettent à profit les enseignements.Rodolphe Laplante PAVAN (Pietro) et BELANGER (Gilles-M.), o.p.Syndicalisme et coopération a-gricoles.Lettre-préface de S.Exc.Mgr Charles-Omer Garant.(Québec) Presses Universitaires de Laval, 1952.99p.18.5cm.(Coll.Culture populaire, no 6).TB-S Le syndicalisme agraire, d'ordre confessionnel, connaît une belle f^eur" en notre province de Québec.Pour être exact cependant, il faut affirmer que l’organisation professionnelle agricole n’y a pas atteint son point ultime d’expansion.Que de réalisations heureuses déjà obtenues et appelées à se décupler pour peu que le paysan canadien-français comprenne l’importance du syndicalisme ! Quant à la coopération agricole, on peut en écrire tout autant même si les caisses populaires et les coopératives de production se sont fort bien développées.Les auteurs de Syndicalisme et coopération agricole traitent de ces deux sujets.Monseigneur Pa-van s’en tient davantage aux principes même s’il illustre son exposé à l’aide d’exemples empruntés au fait italien ou européen.Il déplore la lenteur de l’organisation professionnelle agricole en regard de l’organisation ouvrière.Ainsi que le note le sociologue.le milieu italien est cependant différent du nôtre.En Italie, les journaliers agricoles abondent, ainsi que les garçons de ferme, les petits ou grands propriétaires, les capitalistes agraires et même les emphythéotes.Au Canada français, le propriétaire moyen domine.Il est donc facile de conclure que la différence du milieu implique et requiert l’existence de cadres professionnels différents.Quant au R.P.Gilles-M.Bélanger, o.p., il traite de la coopération agricole et en démontre la raison d’être.Il écrit aux pages 54 et 55 : «de (.) la base nécessaire des rapports des sociétaires entre eux, découlent trois principes gouvernant d'une façon pratique leur activité coopérative : 1 ) le contrôle démocratique, qu'on exprime ordinairement par les mots « un homme, un vote » ; 2) l'adhésion libre, qu'on traduit d'une façon concrète par l’expression « la porte ouverte » ; 3) le respect des opinions politiques, des différences ethniques et des croyances religieuses de chacun.Les deux premiers sont absolus et essentiels.Le troisième n'est en somme qu'une application particulière de l'adhésion libre ; aussi son importance est-elle relative et son application peut-elle varier selon les circonstances de personnes, de milieux et de temps ».Il y a là une variante opportune au Manifeste du Conseil supérieur de la Coopération qui préconisait comme principes essentiels la non-confessionnalité dans les termes suivants : « Non - conf'essionnalité, neutralité politique et ethnique des coopératives : c'est en tant que consommateurs, ou producteurs, ou épargnants que les coopérateurs s'unissent et non pas en t tnt que catholiques ou protestants, libéraux ou conservateurs, Français ou Anglais, etc.» La finale de la citation du R.P.22 LECTURES Bélanger ralliera tous les coopérateurs de toutes langues et de toutes croyances.Dans une note (no 27) publiée au bas de la page 95, le R.P.Bélanger précise la nature des rapports entre le syndicalisme et la coopération agricole.Il appartient aux parties concernées de se prononcer en cette matière.Nous recommandons fortement la lecture de cet ouvrage aux professeurs de sciences sociales, aux étudiants, aux chefs du syndicalisme et du coopératisme agraires, ainsi qu’aux membres de ces divers organismes, soucieux d’exercer une action de plus en plus positive et éclairée.R.L.LITTERATURE Ecrits divers HERTEL (François).Un Canadien errant.Récits, mémoires imaginaires.{Paris} Editions de l’Ermite £c 1953}.203p.18cm.B?Ainsi que l’écrit M.François Hertel dans le texte liminaire qu’il consacre à l’exposé des intentions qui ont présidé à l’accouchement de Un canadien errant, c’est « un recueil de contes et de récits assaisonné de quelques boutades et incursions philosophiques» que présentent les éditions de l’Ermite.Rien de bien sérieux et de bien profond, comme on le devine.Amusant ?Tout dépend des préférences de chacun et de la facilité individuelle à prendre son plaisir n’importe où.J'avoue, pour ma part, m’être fort peu diverti à la lecture de ces élucubrations (le mot est de l’auteur lui-même) où l’humour a SEPTEMBRE 1953 pour effet caractéristique de donner sur les nerfs.Si les meilleurs humoristes sont ceux qui s’ignorent, personne ne s’étonnera que M.Hertel soit assez piètre faiseur de mots : il y a beau temps qu’il ne s’ignore plus.La gaudriole, qu’il s’évertue à cultiver avec une persévérance exemplaire, rend assez fidèlement le son de cette gaieté canadienne dont il a écrit qu’elle « est volontiers crue, sans raffinements excessifs ».A plusieurs reprises dans son livre, M.Hertel nous présente ses lettres de créance de philosophe perdu dans notre siècle fébrile et irréfléchi.Je me demande ce que penserait Aristote d’une telle prétention, lui qui avait au moins le respect de la profession.Pour prévenir tout malentendu, disons que l'auteur de Mondes chimériques n’est pas totalement dépourvu d’une certaine lucidité critique et qu’il s’accommode assez facilement d’un certain bavardage pseudo-philosophique, mais, de grâce, n’allons pas renchérir sur l’ineptie de quelques naïfs enclins à confondre vessies et lanternes.Ce qui, dans Un Canadien errant, offre prise à l’intérêt c’est l’accent de sincérité de la confidence.M.Hertel est visiblement torturé par le besoin de se raconter.L’aventure spirituelle des dernières années semble laisser inquiet et troublé l’homme meurtri par d’inévitables désillusions.Quand il se penche sur les souvenirs d’un passé encore chaud, on dirait qu’il s’avère impuissant à taire la nostalgie déposée en lui par la fuite des heures délicieuses de joie souriante.Plusieurs pages de son dernier livre sont, à 23 j cet égard, révélatrices.Dans le récit intitulé : Louis Préfontaine s'analyse, M.Hertel fait part à son lecteur du sentiment curieux de dégoût de lui-même et de tout, qui l'étreint en face de son impuissance intellectuelle.Il y touche le néant de son œuvre, se découvre le type accompli de l’homme fini et s’avoue « fier de cette énorme lucidité » qui s’épanouit en lui.Au ton que l’auteur emploie pour rappeler la place très importante de la poésie dans sa « pauvre vie sans espoir» qui ne pressentirait l’aveu d’échec tacite d’une existence condamnée à la réclusion ?Il devient impossible d’en douter à la lecture de certaines pages où la confidence atteint à une indéniable puissance d’émotion.Mais le dernier livre de M.Hertel ne serait-il pas autrement plus émouvant encore, amputé des trois contes grivois et rabelaisiens que l’auteur consacre à la narration des aventures d’un industriel canadien inculte, à Paris et à Rome ?Certes, l’occasion était bonne de se gausser d’un pays « fort soumis à l’influence 'stan-dardisatrice’ des Etats-Unis » et à la vigilance un peu bornée d’institutions opposées « à tout ce qui fait pensée moderne ».M.Hertel n’a pas su résister à la tentation de se payer Tassez piètre vengeance du rire amer.Je veux bien croire que c’était là son droit, tout en me réservant celui de lui reprocher de ridiculiser, pour le plaisir des badauds parisiens, ce que lui n’aime pas et ce qu’eux ne connaissent pas.Claude Parent MARIE-FRANCE.Claire Fontaine.Montréal, Pa- ris, Fides (1953).145p.20cm.$1.25 (par la poste, $1.40).TB-A Ce petit livre, paru dans une première édition sous le titre de Journal de Claire, contient, notées au fil des jours, les impressions et les pensées d’une adolescente é-prise d’idéal er dont l’âme a la transparence de son nom.Aucun événement extraordinaire dans cette vie très simple d’une enfant sensible et généreuse ; mais beaucoup de fraîcheur naïve et d’entrain gavroche dans la manière de noter les incidents anodins de la vie quotidienne et les émotions fugitives d’un cœur encore bien jeune.Ces quelques tableautins d’une existence racontée à la manière de Berthe Bernage dans le Matin d'un beau jour constituent autant de miroirs dans lesquels se reconnaîtront la plupart des cou-ventines appliquées à noter leurs impressions au rythme des joies et des déceptions.Au contact de Claire Fontaine, chaque jeune fille retrouvera un peu de cette franchise lumineuse et de cette sincérité dépouillée dont le cœur redécouvre le secret dès qu’il accepte de s’interroger.De cette rencontre avec l’auteur qui se plaît à soulever de tout petits problèmes de morale à l’échelle de son âge et à en chercher la solution dans la prière et les conseils maternels, chacune emportera une impression d’air pur, de soleil et de jeunesse.Marie-France décèle ici à la jeunesse féminine contemporaine une source di spiritualité accessible à toute âme désireuse de faire de sa vie une belle chose et une œuvre utile.G.B.24 LECTURES Rowan FILIATRAULT (Jean).Terres stériles.Roman.Québec, Institut Littéraire du Québec [c 1953}.206p.19cm.B Terres stériles de M.Jean Fi-liatrault est un roman qui ne saurait laisser indifférent le critique soucieux de détecter le talent véritable, même si l’œuvre demeure un coup d’essai.Il nous est particulièrement agréable de saluer en la personne du jeune romancier montréalais un écrivain sobre, discret et préoccupé de peindre l’âme humaine avec une vérité dont on peut affirmer sans crainte de se fourvoyer qu’elle ne caractérise pas notre littérature romanesque.D’aucuns reprocheront certainement à l’auteur le climat de sécheresse spirituelle de son premier roman et lui feront grief d’avoir incarcéré ses personnages dans un univers hermétiquement clos.Ces censeurs éventuels, plus intransigeants qu’éclairés, oublient sans aucun doute que la vision authentique du monde, qui doit être celle du romancier, implique une prise de conscience aussi bien de la laideur que de la beauté, un dépassement courageux des frontières assignées quotidiennement à la littérature par des esprits idéalistes en mal d'infliger un démenti formel à la théorie de la dualité humaine mise en lumière par saint Paul.Le devoir du romancier n’est pas d’évoquer le monde d’avant la faute, mais de peindre l’univers ravagé par le péché et l’éternel conflit de l’Ange et de la Bête.Im créant les personnages de Terres stériles, M.Filiacrault ne (La Photographie Larose) jean F il i at r au h s’est pas complu à dévoiler, pour le seul plaisir de la chose, l’envers de l’âme humaine ; il a stigmatisé un vice qui, aux yeux de la conscience contemporaine, tend de plus en plus à se métamorphoser en vertu des forts.Ce dont nous entendons blâmer ici le jeune romancier, ce n’est pas d’avoir affublé ses héros d’une vérité monstrueuse, à la Mauriac, mais d’avoir malencontreusement sombré dans l’invraisemblance.Le dénouement de Terre, stériles a quelque chose de lourdement théâtral.La fin de Marie-Louise, cette Brunehilde aux chairs grasses et malodorantes, fera sourire le lecteur le plus indulgent.Comment croire à cette mort wagné-rienne d’une villageoise de nos Laurentides ?M.Filiatrault qui, SEPTEMBRE 1953 25 tout au long de son récit, fait preuve d’un louable souci de dépouillement et même d’une certaine austérité dans le choix des moyens, s’est-il dérobé devant l’effort ?Il semble que les dernières pages de son roman ne permettent pas d’en douter.On pourrait enfin reprocher au romancier son manque de pénétration dans l’analyse psychologique, quelques traces de mauvais goût dans l’image, et l’abus des épithètes fades.M.Filiatrault écrit : « Il balottait dans le vague de sa misère comme une bouée liée au fond des eaux.» Et plus loin : « Sur la route, un bœuf majestueux et quelques vaches traîneuses déambulaient.Un maigre enfant blond fermait le lent cortège, et un fouet à la main, cravachait les bêtes paresseuses.» Mais n’a-t-on pas mauvaise grâce à relever ces pécadilles dans un ensemble aussi révélateur du talent authentique, et marqué au coin de l’honnêteté professionnelle ?Le jeune romancier de Terres stériles mérite les plus sincères félicitations et les plus chaleureux encouragements pour l’exemple de sincérité et de travail qu’il donne aux écrivains canadiens-français de sa génération.Jean Champagne LEGENDRE (Paul).Fête au tillage.Récits.Québec, Institut Littéraire du Quéebc {c 1953}.203p.19.5cm.$1.50 (par la poste, $1.65).TB M.Paul Legendre, réalisateur de l’émission radiophonique Fête au tillage, a été merveilleusement inspiré lorsqu’il a songé à en- châsser dans un recueil de récits plus ou moins fictifs le visage, les gestes et le souvenir de ses amis de rencontre.Il a su le faire avec une admirable fidélité et dans une forme qui, sans atteindre au grand art, s’impose à l’attention de la critique la plus vétilleuse.M.Legendre n’est pas de ces portraitistes audacieux jusqu’à la gaucherie, en mal d’étaler leur soi-disant virtuosité aux dépens de leur modèle.Les campagnards pittoresques dont il fixe les traits avec u îe habileté et un sens de l’osber.ation qu’on aurait tort de ne pas reconnaître, l’auteur les a croqués sur le vif, dans ce qu’ils ont de plus distinctif et de plus attachant.Impossible de ne pas donner pleinement raison au préfacier de Fête au village, Mgr Félix-Antoine Savard, quand il écrit : « II y a dans les contes que voici d’incontestables qualités d’observation, et de composition f.} Ce que je loue sans réserve dans les contes de Monsieur Legendre, c’est la vivacité de leur allure.» Mais le mérite réel du recueil ne doit pas inciter le lecteur à trop d’indulgence à l’endroit d’un écrivain dont le talent requiert d’être jugé sans faiblesse.M.Legendre possède des dons innés de conteur, mais son art demeure encore en deçà des exigences d’un genre périlleux où l’inexpérience se trahit presque toujours à la laxité de la trame et à la proxi-lité de l’écriture.Le manque de densité et de sobriété apparent de certains récits de Fête au village relève d’une incurie qui s’accommode assez bien du bavardage.Quant à la rigueur dans la composition, elle fait, par moments, 26 LECTURES lamentablement défaut à M.Legendre.Quelque graves que soient cependant ces lacunes que le talent de l’auteur nous contraint à relever ici, elles ne parviennent pas à nous faire oublier que M.Legendre a réussi, dès son premier livre, à créer des personnages d’un réalisme savoureux, des types originaux sortis des annales du terroir.Si la verve du con- teur fait parfois songer à celle de Roger Lemelin, ses héros n’ont rien de la cocasserie extravagante et caricaturale du petit monde de Au pied de la pente douce et des PI ouf je.Et, pour tout dire, l’humour de M.Legendre a la dent moins aigüe que celui du jeune romancier québécois.Richard Varin Littérature étrangère PHILOSOPHIE Psychologie SCHWARZ (Oswald).Psychologie sexuelle.Traduction et introduction par François Duyckaerts.Paris, Presses Universitaires de France, 1952.271p.23cm.(Coll.Bibliothèque de psychanalyse et de psychologie clinique).M Les Presses Universitaires de France présentaient l’an dernier la version française de l’ouvrage du médecin autrichien Oswald Schwarz : The Psychology of Sex, paru en 1949.Cet ouvrage est condamnable à plusieurs points de vue parce que l’auteur y soutient des opinions explicitement condamnées par l’Eglise.Nous ne relèverons ici que quelques-unes des erreurs les plus grossières que renferme ce traité.Ainsi, M.Schwarz est d’avis que l’usage de moyens anti-concep-tionnels permet à l’individu de « remplacer un événement accidentel par une décision de sa libre volonté ».« Cela indique bien, conclut-il, la dignité qu’il est pos- sible de conférer au plus grand moment de notre vie.» (P- 5) A la page 50, il va jusqu'à affirmer qu’il faut éclairer les garçons, au moment de leur adolescence, sur l’usage des moyens anti-concep-tionnels.Non seulement l’auteur déclare que la masturbation est normale chez le garçon durant la puberté, mais il n’hésite pas à considérer comme normales les liaisons d’amour entre garçon et fille.La supériorité du mariage, écrit-il, « ne justifie pas une condamnation de toutes les relations extra-conjugales, où l’amour se suffit à lui-même.Nous n’avons pas le droit de considérer ces rapports comme défendus ou immoraux, parce qu’ils ne constituent qu’une forme partielle de la sexualité dans l’évolution qui doit aboutir au mariage ».(p.68) Evidemment, nous devons admettre que le jeune homme qui se marie ne doit pas être ignorant en matière sexuelle, mais il n’est pas nécessaire qu’il ait une connaissance pratique (expérimentale) des relations conjugales, car une connaissance théorique suffit.SEPTEMBRE 1953 *) - M.Schwarz prétend suivre la morale essentielle qu’il définit ainsi : la somme totale des exigences qu’impose la nature des choses ou des situations.Cette morale, que l’auteur distingue de la morale religieuse et « conventionnelle », a déjà été condamnée par Sa Sainteté Pie XII (Cf.Documentation catholique, 20 avril 1952 et 18 mai 1952).Nous pourrions signaler bien d'autres erreurs, comme la position de l’auteur en face du divorce, de la pureté, de l’existence de Dieu, etc.Mais en voilà assez pour nous permettre d’affirmer que l’ouvrage de M.Schwarz tombe sous la loi générale de l’Index, comme enseignant des doctrines condamnées par l’Eglise.L.-M.Baron, c.s.c.SCIENCES APPLIQUEES Médecine L AM ARE (Noël).Connaissance sensuelle de la femme.Préface du Professeur A.Amaline.Paris, Editions Corrêa, 1952.238p.19cm.D Ce livre est à classer d’emblée parmi les livres de médecine.Il suffit de considérer le titre cependant pour s’apercevoir que telle n’a pas été l’intention de l’auteur.On doit savoir que l’initiation sexuelle complète, il faudrait dire en l’occurence outrancière, — ne rencontre pas l’approbation de l’Eglise.« N’y a-t-il pas là une surestimation pernicieuse du savoir ?» disait récemment Pie XII (le 13 avril 1953).Ne rien taire, ne rien laisser dans l’ombre de ce qui est ou de ce qui se fait, n’est évidemment pas le moyen (ne nous faisons pas d’illusions) d’obtenir chez les gens mariés et encore moins chez les jeunes, une véritable santé morale.Il ne faut pas tellement de connaissances en psychologie pour savoir que nous vivons spirituellement des images que nous nous formons.L’auteur peut avoir raison en estimant que l’initiation sexuelle doit se faire par les parents, mais il existe une éducation sexuelle efficace et suffisante qui enseigne ce que l’on doit savoir pour se conduire soi-même et traiter avec son entourage.Quant aux livres qui, selon les « méthodes nouvelles », voudraient vulgariser une connaissance détaillée des problèmes sexuels, il faut dire, selon le décret du saint Office : «nullo modo pro-bari possunt».C’est signifier que cet ouvrage ne doit pas être recommandé aveuglément.En dehors des médecins, bien peu y trouveront un avantage réel.J.G., c.s.c.LITTERATURE Ecrits divers SEVIN (André).Barbey d'Aurevilly.Textes choisis avec un portrait et une introduction.Paris, Librairie Gabriel Enault {1952}.173p.h.-t.18.5cm.TB Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly, surnommé le connétable des lettres et le duc de Guise de la littérature, fut, comme chacun sait, un personnage haut en couleurs.Il affectionnait particulièrement se distinguer par des costumes agressivement excentriques de dandy et par une sincérité audacieuse 28 LECTURES I Barbey d’Aurevilly Gravure de J.-L.Berrichon Sa y qui tint éloigné de lui pendant longtemps le cercle des admirateurs.Royaliste fougeux et catholique intransigeant, l’auteur des Diaboliques, ne se fit jamais faute de choquer les susceptibles et de clamer à haute voix ses convictions passionnées.Son implacable sincérité le classe même dans l’esprit de ses contemporains comme un « virtuose de l’éreintement ».Quoi qu’il en soit pourtant des intuitions profondes et des partis pris de Barbey d’Aurevilly, la postérité reconnaît aujourd’hui en lui un des plus prestigieux joailliers de la phrase française au XIXe siècle.Par son style chaleureux, hardi, brillant et relevé d’étonnantes images, chez lequel d’ailleurs il soupçonnait lui-même « un air de tête trop impérieux peut-être», le romancier d'Un prêtre marié (le plus édifiant des romans de Barbey, en dépit du titre) se révèle d’une puissance égale à celle des plus brillants prosateurs français.C’est avec raison que René Ja-sinski a souligné dans son Histoire de la littérature française (1947) que le style de Barbey d’Aurevilly rappelle avec une vigueur plus truculente la manière « artiste » des Goncourt.Le recueil de textes choisis, que présentait il y a quelque temps la librairie Gabriel Enault avec une introduction qui n’offre rien de révolutionnaire et signée André Sevin, a le grand mérite de constituer une anthologie parfaitement représentative d’une œuvre où le dandysme, la recherche de l’élégance et le culte de l’extravagance risquent à tout moment de noyer la pensée dans la verbosité quasi excessive du dilettante.Aux étudiants, ces pages permettront de prendre contact en toute sécurité avec un écrivain racé dont l’œuvre n’est pas de tout repos puisqu’elle pose, avec une acuité particulière, le problème de l’art et de la morale.Yves Boisjoly Roman COCCIOLI (Carlo).Fabrizzio Lupo.Roman.Traduit de l’italien par Louis Bona-lumi.Paris, Editions de la Table Ronde [c 1952}.380p.20.5cm.(Coll, le Damier).M Fabrizzio Lupo de Carlo Coc-cioli est un roman immonde, écrit SEPTEMBRE 1953 29 par le romancier que le Ciel et la terre révéla au public comme un fidèle disciple de Georges Bernanos.Ce n’est donc pas sans étonnement et sans malaise que les admirateurs du roman évangélique de l’écrivain italien constateront l’ignoble passion de la pourriture étalée par Coccioli dans une œuvre qui constitue un plaidoyer fervent en faveur de la pédérastie.Gide n’afficha jamais, que je sache, un esprit timoré et scrupuleux quand il crut devoir confesser publiquement certain vice secret, mais je crois pouvoir affirmer qu’il ne le fit jamais avec une telle insistance et en des termes aussi complaisamment blasphématoires.Lorsqu’il cite en exergue la plainte de Shylock, dans laquelle l’usurier demande raison contre ses persécuteurs, Coccioli endosse habilement les récriminations de son héros sur le compte de l’Eglise dont l’incompréhension et même la cruauté ont fait de la tourbe homosexuelle la victime d’un passé de persécutions et de malentendus.S’il faut en croire le peintre florentin et le jeune sculpteur parisien dont Fabrizzio Lupo nous raconte la liaison, Dieu ne peut imposer à l’homme de renoncer à une part de lui-même — à un Dieu lui imposant cela, l’homme ne pourrait qu’imposer à son tour l’abandon de son cœur.Après une adolescence torturée par la peur d’échapper à l'ordre, le héros de Coccioli a compris que l’ordre réside pour l’individu dans un accord parfait aux instincts et aux inclinations de sa nature.Tenter de tromper les faims les plus basses et les désirs les plus abjects de l’être serait, prétend-il, se mu- tiler.Voilà, certes, une morale propre à rassurer les survivants de Sodome et Gomorrhe, mais à laquelle aucun chrétien ne saurait se rallier.Carlo Coccioli peut crâner : « Si j'écrivais ce roman sur Fabrizzio Lupo, sur son amour, je n'aurais pas peur de l'Ejlise.Au contraire : j'enverrais mon livre aux théologiens, aux moralistes, aux publicistes de l'Eglise, (il n'est pas sur qu'il l'ait fait) et je leur dirais : vous avez le devoir de répondre.Vous ne pouvez, leur dirais-je, condamner un homme qui aime selon sa nature, dans l’ordre et la pureté : si vous le faites, vous obligerez cet homme à s'associer à d'autres hommes, et à invoquer la venue d’un Christ qui serait le leur.Votre Christ ne les concernerait plus, i! perdrait tout droit sur leur âme.» (p.74) Ces fanfaronnades de plaideur de l’ignoble ne manquent pas d’assurance et elles réjouiront la clientèle des maisons closes et la lie des racoleurs de pissotières.Il est regrettable qu’un romancier aussi merveilleusement doué que Carlo Coccioli se soit évertué avec une aussi triviale complaisance à donner bonne conscience aux victimes d’un vice devenu l’apanage des civilisations décadentes.Nous voulons bien croire avec lui que tous les homosexuels ne sont pas des êtres damnés parce que voués au mépris et à la dériliction, car il s’en trouve certainement parmi ces invertis pour ne pas se glorifier de leur tare.Le cri de Laurent Rigaut : «Je ne veux pas être ce que je suis devenu ! je ne veux pas être un homosexuel ! aide-moi.» a quelque chose de déchirant.Pourquoi Carlo Coccioli ne s’est-il appliqué à répondre à ce cri d’angoisse, de solitude et de désespoir que par une suite incohérente de 30 LECTURES propos scabreux, d’arguments inconsistants et de déclamations blasphématoires ?Les êtres malheureux qu’il a voulu défendre ne sortent pas de ce roman grandis et absouts, mais avilis et trahis.Daniel Rivard VERCEL (Roger).Visage perdu.(L’homme du Deucalion).Roman.{Paris} Albin Michel [c 1953}.24lp.20.5 cm.(Le Cercle du Livre de France).B Visage perdu de M.Roger Ver-cel est un roman austère et dépouillé, une merveilleuse leçon de courage et de fidélité.A l’heure où la vogue est aux morales élastiques et complaisantes qui légitiment tous les désistements en face du devoir, il fait bon réapprendre à l’école d’un romancier célèbre l’héroïsme obscur de la tâche quotidienne.En psychologue averti et en peintre avisé de l’âme humaine, M.Vercel n’ignore pas que l’homme ne révèle sa véritable force morale et n’atteint à sa vraie grandeur que dans l’é-à sa vraie grandeur que dans l’épreuve que lui impose la vie.Ne rencontre-t-on pas tous les jours de ces êtres extraordinaires et rompus aux plus coûteux héroïsmes, pour qui la moindre traverse représente l’épreuve décisive et parfois l’écueil où vient se briser leur renommée ?En écrivant l'isage perdu, M.Vercel s’est souvenu de cette vérité et a tenté d’évoquer le drame du courage humain engagé dans un combat d’épuisement.Le personnage central de l’œuvre est un marin breton, André Vidal, qui s’est naguère signalé Roger Vercel par un courageux exploit en mer.11 rentre au pays pour trouver son épouse frappée d’amnésie partielle.Brutalement son devoir auprès de la malheureuse lui est révélé par son frère prêtre et par le médecin.Lui seul peut accomplir le miracle quasi inespéré de la guérison de celle qu’il aime.A force de douceur, de compréhension et de bienveillance, Vidal espère s’acquitter de la lourde tâche qui lui incombe.Mais à son insu ses forces morales de courage s’usent contre la dure arête du mal implacable.La tentation lui vient de chercher dans une liaison le dérivatif que réclame sa lassitude.Mais un regain de santé inespéré chez Suzanne incite André à rompre avec la gourgandine rencontrée sur une plage bretonne.Le geste héroïque qu'il a naguère SEPTEMBRE 1953 31 posé en sauvant le Deucalion du naufrage lui dicte aujourd’hui sa conduite : il doit triompher de son dégoût et du découragement pour sauver leur union, à Suzanne et à lui, cette union qui est un sacrement.On ne saurait trop recommander la lecture de ce roman puissant où M.Vercel initie le lecteur au drame intime d’un être classé par une action d’éclat qui a sa logique, ses exigences intérieures.Vidal est de ceux dont la vie, dominée par un sommet, requiert désormais d’être vécue en héroïsme.L’exemple de ce héros rappelle à la conscience contemporaine son devoir de tout sacrifier au sauvetage de certaines valeurs spirituelles.Pierre Villiers GIONO (Jean).l e hussard sur le toit.Roman.{Paris} Gallimard [cl951}.398p.21cm.B La fantasmagorie du titre — et nous pensons au Bœuf sur le toit, de Darius Milhaud — ne saurait faire sourciller d’énigme le lecteur depuis longtemps résigné aux lubies fantaisistes de M.Giono.La peur panique d’un peuple touché du choléra tout aussi bien qu’un reste de jouissance également panique, ont poussé notre héros sur les toits.Décidément, le grand Pan ne cesse d’inspirer l’auteur du Serpent d’étoiles et du Grand troupeau; mais, celui qu’on regardait comme « le petit-fils putatif de Virgile » a quelque peu modifié dans ces derniers temps sa manière de voir et de comprendre le monde.Le poète pagano-Iyrique qui établissait jadis des colloques avec les astres et des mises en scène avec Céladons modernes, s’est maintenant mué en romancier d’histoires complexes et pleines de mystères.Il raconte désormais des drames individuels de préférence à des drames collectifs et il cherche à camper des caractères, à exprimer la réalité de la vie, à monnayer pour tout dire ses Vraies richesses.Son dernier roman en est un exemple.Christian Michelfelder, dans une étude des œuvres de l’écrivain manoscain révélait, il y a quelques années à peine, que Giono consacrait 90% de ses pages aux descriptions de paysaegs et 10% à ses personnages ; aujourd’hui, il serait plus juste de renverser ces statistiques.A la question qu’on lui posa un jour : « Quels sont les héros de roman que vous préférez ?» Giono répondit simplement : « Don Quichotte ».Je crois que le Hussard sur le toit incarne par sa générosité et sa fidélité, par son goût d’aventure et de rêve, le type de l’homme qui se fait champion de causes plus ou moins bizarres, qui a le bon sens d’extra-vaguer comme tous les héros de la gloire ou de la sainteté.Nous sommes en 1838, à l’époque du fameux choléra asiatique qui envahit l’Europe.Un jeune colonel de hussards, riche, beau, aristocrate, accoutumé à obéir sans retenue à sa jeunesse, vient de quitter le Piémont à la suite d’un duel politique.Et le voilà errant à travers la Haute-Provence, ce coin de France où, comme Giono lui-même, il consomme son apprentissage panique tout en cherchant à retourner dans son pays au milieu de mille aventures que lui suscitent les vexations de» 32 LECTURES Jean Giono citadins apeurés et celles des administrateurs civils.Un jour, traqué sans raison comme empoisonneur de puits, il trouve refuge sur les toits ; il n’en redescend que quelques heures plus tard, rencontre Pauline et Théus, une jeune femme amazone qui veut de son côté rejoindre son mari à Gap.Ensemble et toujours sous le signe de l’aventure, ils font route « avec les seules ressources de leur bonne volonté de vivre ».Dans ce fort bouquin de près de quatre cents pages, la chaîne des chapitres est aisée à suivre ; mais la trame elle-même du récit, parce que trop pressée d’événements, nous éagre.En effet, Giono nous présente un jeune homme mis dans un corps-à-corps continuel avec les forces cosmiques les plus diverses.Tout de même, au mi- lieu de ses exploits, on le voit confronter ses qualités et sa passion à la passion des autres qui est ici legoïsme à l’état pur, approchant la mort sans défiance, fustigeant l’homme de la civilisation dont la vie lui paraît comme détachée du roc et de l’humus.N’est-ce pas encore une fois exploités de vieux thèmes particulièrement chers à l’auteur ; la puissance de l’action, l’apologie des grandeurs libres et celle de la beauté de l'individu ?Cela rappelle Refus d'obéissance (1937).Et en traçant son protagoniste Angelo, ce hussard qui exhibe tant sa joie d’avoir retrouvé les gestes naturels, « un de ces hommes qui ont vingt-cinq ans pendant cinquante ans », l’écrivain de Manosque n’aurait-il pas voulu donner une ultime illustration des Vraies richesses ?Il ne nous est pas permis d’en douter.Francois Varillon a fait naguère le point au sujet des vraies richesses que Giono monnaye dans ses romans, nous ne reviendrons pas sur le sujet ; seulement il est bon de rappeler que, sous des mythes différents, l’auteur propose toujours la même thèse grosse d’équivoques, non pas systématiquement matérialiste mais pour le moins foncièrement naturaliste et même cynique.Témoin, ce portrait cocasse de la nonne qui, virago d’aspect et de mœurs, lave les morts et ne songe guère à sauver les mourants, parle le gros langage et fume voluptueusement le ciagre.Et encore, la teneure de cette missive de la mère à son fils Angélo, où l’on ne peut mieux prêcher l’individualisme égoïste : SEPTEMBRE 1953 33 « [.] Sois toujours très prudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures.[.] Regarde autour de toi le monde sans cesse grandissant des gens qui se prennent au sérieux.Outre qu'ils se donnent un ridicule irrémédiable devant les esprits semblables au mien, ils se font une vie dangereusement constipée.» (p.205-20) Selon le mot d’un critique, Giono a mis la Provence sur la carte littéraire.Chaque page, en effet, l’a décrite dans une prose inlassablement luxuriante, je dirais plantureuse, avec une facilité et une souplesse d’expression rare.Nous soulignerons des pages merveilleuses d’atmosphère nettement virgilienne ou d’un véritable accent homérique (p.13, 20, 110), et tel chapitre XIII, entre autres, est d’une envolée balzacienne parfaite en tout point.Cependant, ce style ultra-poétique ne nous écra-se-r-il point à la fin de l’abondance de ses métaphores ?L’éloquence continue ennuie, pensait Pascal, PANORAMA DU LIVRE Choix d PHILOSOPHIE SCORTESCO (Paul).Satan, voici ta victoire.Paris, Nouvelles Editions Latines, 1953.139p.18.5cm.TB Cinq grandes étapes — Renaissance, Réforme, Encyclopédie, Révolution française, Révolution marxiste — jalonnent cette œuvre de déchristianisation de l’Europe, au principe de laquelle on retrouve toujours la même force occulte, servante de l’ennemi qui dès l’origine commença son mortel travail en soufflant à l’hom- et le romancier manoscain, à cause même de la virtuosité dont il abuse, ne nous permet plus d’intérioriser sans effort toute la beauté du sensible.De même, autant il excelle à traduire le charme et l’accent épique dans ses fresques, autant, hélas ! il étale un réalisme grossier et brutal à dépeindre à maintes reprises toutes les phases symptomologiques du choléra (p.44, 155, 225) ou les propos « mer-deux» de cette pseudo-nonne (p.167).Bref, une technique littéraire aussi peu bridée traduit de toute évidence un sentiment trop fougueux de l’élémentaire.Giono, bien qu’en pleine maturité de son talent, ne se corrige donc pas de sa volonté de tout résorber dans une ivresse cosmique évidemment trop sensuelle pour s’achever en adoration et être communiquée aux adolescents.Rol.-M.Charland, c.s.c.’ouvrages me : « C’est toi qui seras Dieu ».Malgré les fleuves de sang, malgré les avertissements qui, de 1789 à 1940, n’ont cessé de se multiplier, l’homme athée a fini par diviniser la matière morte et la machine.Et dégradé, matérialisé, mécanisé, condamné à toutes les inversions derrière quoi se cache le père infernal du mensonge, voici que l’homme cherche son salut dans les techniques.C’est la mort qu’elles lui apportent.Dans cet ouvrage, fruit d’une méditation profonde illuminée d’éclairs, l’auteur expose 34 LECTURES le mal, indique le remède, et supplie l’Europe et la France de se ressaisir avant une nouvelle et plus terrible victoire de Satan.RELIGION Ecriture sainte M AG AUD (P.).Les évangiles du dimanche expliqués et commentés.4e édition.Paris, Librairie P.Téqui {1953}.402p.19cm.TB Cet ouvrage, établi sur un plan nouveau, ne s’adresse pas seulement aux prêtres, mais aussi aux fidèles.« Chaque dimanche » comprend trois parties : 1.l’Evangile du jour ; 2.une explication historique et littérale ; 3.un enseignement moral.L’explication historique et littérale a pour but de placer dans son cadre le récit évangéliquè, d’en expliquer le sens, d’en éclairer les termes obscurs, d’en faire ressortir la valeur.L’enseignement moral traite un sujet se rapportant à l’évangile expliqué, ou inspiré par une parole de cet évangile.Doctrine • CHEVROT (Mgr).« Et moi, je vous dis.» {Paris} Bloud et Gay {1953}.234p.18.5cm.TB « Dieu seul peut tout demander et tout obtenir ».L’exactitude de ce mot d’Augustin Cochin est manifeste, lorsqu’on lit les pages de l’Evangile où Jésus, réalisant l’oracle du prophète Jérémie, commence de « graver sa loi dans le cœur des hommes ».Et moi je vous dis.Les entretiens qui composent ce recueil sont un très simple commentaire de l'itinéraire tracé par le « Maître de tous et de toujours ».L’auteur n’a pas cru nécessaire de modifier la forme sous laquelle ils furent d’abord radiodiffusés.Pastorale ALZIN (Josse).Jésus incognito.Le premier essai sur les prêtres-ouvriers.Paris, Librairie P.Téqui {1953}.125p.18.5cm.TB L’auteur de ce premier essai sur la question du prêtre-ouvrier a été ouvrier, prêtre au maquis, prêtre au bagne et connaît très bien les prêtres au travail en France et en Belgique.Il répond ici aux questions posées partout : — Pourquoi les prêtres - ouvriers ?— Qui les a inventés ?— Ce qu’ils sont.Ce qu’ils ne sont pas.— Où en sont-ils ?— Que dit l’Eglise ?SAGE (P.).Grandeurs et devoirs de renseignement chrétien.{Paris} Bloud et Gay {1953}.122p.16.5cm.TB Selon la loi providentielle qui préside à l’histoire de l’Eglise, l’enseignement chrétien semble puiser en ce moment un surcroit de vitalité et d’ardeur dans les difficultés qu’il traverse et les contradictions qu’il subit.L’auteur de ce livre a eu pour ambition d’aider les directeurs diocésains et les membres de l’enseignement à élaborer le « statut spirituel » du maître chrétien, d’orienter leur action pédagogique et d’inspirer leur prière.SEPTEMBRE 1953 35 Tête de Christ (Kir Je.ni tan Eyck L’ampleur des problèmes traités par ce maître fait de l’ouvrage un instrument de première valeur pour tous les éducateurs.Spiritualité BLOUET (Chan.Léon).« C’est le Seigneur ! » Le drame actuel de la foi.Préface de Mgr Guyot.Paris, Lethielleux [1952].246p.18.5cm.$2.25 (par la poste $2.35).TB-A Cet ouvrage, très personnel dans sa conception, tire son titre d’une scène de saint Jean (chap.XXI) (les apôtres, découragés par une nuit de vaine recherche, retrouvent Jésus qui les attend au bord du lac), et il l’applique à nos jeunes d’aujourd’hui.Les difficultés ne sont pas minimisées ; le sujet est dominé par une grande largeur d’idées et une irréprochable orthodoxie ; la documentation est abondante, le texte direct et loyal.C’est un peu le « carnet de route » d’un prêtre du ministère qui, pendant 40 ans, a été en contact avec la jeunesse étudiante et ouvrière.MAGNAUD (P.).Méditations pour les jeunes séminaristes.Ecce Homo, 5e série de 60 méditations sur les vertus naturelles.Toulouse, Apostolat de la Prière [1953].149p.15cm.S0.90 (par la poste $1.00).TB-A Consacrée aux vertus naturelles, trop souvent négligées, cette série de méditations met le séminariste à l’école de cet homme parfait que fut le Christ.On trouvera avec joie dans cet ouvrage, la substance doctrinale, l’observation psychologique, l’absence totale d’emphase, le style direct, qualités qui assurent le succès et le bienfait des Méditations déjà publiées dans cette série.VALIER (Cardinal).Philippe ou la joie chrétienne.Introduction et traduction de Marianne Mahn.(Préface de Louis Bouyer).Paris, Editions de l’Orante (1953).125p.16.5cm.(Coll.Orans Christianus).TB 36 LECTURES Cet opuscule rapporte un des entretient tenus à Rome, à la Val-licella, au mois d'août 1591 par le fondateur de l’Oratoire et ses disciples.On a pu dire de ce texte qu'il est à Philippe Néri ce que les Fiore/ti sont à François d’As-sise.Marianne Mahn, à qui nous devons la première traduction française de ce Dialogue composé en latin au XVIe siècle, a en outre, dans une importante Introduction, évoqué l’esprit de l’Oratoire primitif, l’esprit de ce Philippe Néri dont la grâce, après les contre-coups de la Réforme et de la Contre-Réforme, fut d’avoir su garder à l’Eglise, chargée par force de l’armure de Saül, la liberté de David.Mariologie BAUMANN (Ferdinand), s.j.Fatima et le salut du monde.Son histoire — son message.Traduit par l’abbé Marcel Grand-claudon.Mulhouse, Editions Salvator, 1953.155p.h.-t.19cm.S 1.50 (par la poste S 1.60).TB-A Cet ouvrage offre aux lecteurs un exposé objectif et complet des événements de Fatima.Evitant toute polémique, l’auteur retrace l’historique des apparitions et des révélations de 1917, puis il expose l’histoire du pèlerinage depuis cette date.Dans une troisième partie, le P.Baumann s'attache à bien faire comprendre le sens et l’importance du message pour le monde actuel.DESMULLIER (P.).La Consécration à la Sainte I ierge selon saint Louis de Mont-fort.{Paris} Bonne Presse {1953}.108 p.18.5cm.TB Tîle de la Vierge par Raphaël Cet ouvrage, dont le but est de propager la dévotion envers la Très Sainte Vierge Marie, de telle sorte qu’elle se traduise dans la vie quotidienne, traite successivement du plan divin rédempteur, de la doctrine de saint Louis-Marie de Montfort, de la consécration totale de soi-même à Jésus par Marie ou consécration mariale montfortaine et de l’ardeur apostolique des âmes fidèles à leur consécration.II se termine par un court appendice sur la consécration collective des familles, des Instituts, des paroisses.Mariage VUISTINER (François), o.c.Vers le mariage.Conseils aux jeunes gens et aux jeunes filles qui se destinent au mariage.Paris, SEPTEMBRE 1933 37 Spes (1953).239p.18.5cm.TB L’auteur de ce livre, persuadé qu’une sérieuse préparation au mariage restera toujours une des conditions indispensables du véritable bonheur conjugal et de toute vie familiale chrétienne, s'adresse directement au cœur des jeunes gens et jeunes filles qui se destinent au mariage.Après leur avoir montré la beauté de la famille, fondée par Dieu à l'image de la Sainte-Trinité, il les invite à se préparer dès leur tendre jeunesse au rôle d’époux chrétien qu’ils devront assumer un jour, il leur signale les dangers auxquels leur jeunesse les expose et les invite à acquérir de solides vertus domestiques qui feront d’eux, plus tard, de véritables pères et mères de famille.Famille SINEUX (Raphaël), o.p.L'école de l’amour.Conférences sur la famille.Paris, Spes (1953).139p.18.5cm.B La famille est à la fois l’œuvre de l’amour et la source du véritable amour.Ce n’est là, certes, qu’un aspect restreint de la famille.Aussi bien, ce n’est pas un traité complet que l’auteur entend présenter.Mais pour partielle que soit cette étude, elle n’en est pas moins fondamentale : elle éclairera les cœurs que tourmentent le besoin d’aimer, et la manière d’aimer.SCIENCES APPLIQUEES Médecine CATTIER (Docteur).Docteur, je souffre.(Paris) Editions du Centurion (1953).14lp.19cm.(Coll, le Poids du jour).TB C’est tout le problème de la santé, de la douleur physique et de la maladie qui est traité dans ce livre.Après avoir exposé la nature, les causes de la douleur et les découvertes qui permettent de lutter contre elle, l’auteur en recherche la localisation.Avant tout, ce livre tend à rassurer le malade, à lui rendre l’espoir, à soigner aussi l’âme en même temps que le corps.L’ouvrage se termine sur les directives pontificales en matière de médecine et sur la valeur rédemptrice de la douleur chrétiennement acceptée et offerte en participation aux souffrances du Christ, dans sa Passion.LITTERATURE Romans ALLAIGRE (Pierre).Quand l’amour s’éveille.Paris.Bonne Presse £1953}.127p.18cm.(Coll, la Frégate, no 79).TB Un livre plein d’émotion et de vie où le romancier décrit l’éveil de l’amour dans le cœur d’une jeune institutrice provençale pour un artiste.Ce roman, écrit sous la forme d’un journal, dans un style léger, mais sûr et coloré, est plein de finesse psychologique.DU JEU (Sabine).Le moulin de Boutevent.(Paris) Bonne Presse (1953).125p.18cm.(Coll, la Frégate, no 78).S0.25 (par la poste $0.30).B 38 LECTURES Petit roman tout frais, qui conte avec allégresse, d’un style alerte les heurs et les malheurs de héros sympathiques.Dans un cadre de petite ville de province, ce drame d’argent noue des intrigues sordides que l’auteur a su décrire avec un réalisme vrai.Il a peint d’un trait vigoureux le caractère desséché et malfaisant d’une grand-mère, comme le sentiment maladroit et éperdu d’une mère.GERADIN (A.).L'impasse.{Paris} Bonne Presse {1953Jé 166p.20cm.(Coll.le Ruban bleu, no 72).B Une jeune femme, trompée par son mari, divorce et épouse civilement son protecteur.La guerre vient ruiner le bonheur du couple auquel sont nés trois enfants.Le père, incroyant, est emprisonné pour faits de résistance.Dans sa prison, face à la souffrance et à la mort, il se convertit à la foi catholique.Ce cas de divorce, dont les victimes attirent la sympathie, est résolu d’une façon conforme à la morale.Le roman de Géradin, écrit avec une bonne foi certaine et dans un style clair et dépouillé, s’adresse aux lecteurs avertis.SAUGE (Mariette).La robe du soir.{Paris} Bonne Presse {1953}.189 p.18.5cm.(Coll.Etoiles).B Valentine, jeune ouvrière fascinée par le luxe de la grande maison de couture où elle travaille, s’éprend d’un banquier divorcé, Michel.Elle va l’épouser, lorsqu’un accident la ramène à celui qu elle a délaissé.Le sujet de ce roman n’est pas neuf, mais l’intérêt soutenu de l’intrigue et la façon originale de le traiter lui donne un certain relief.Le style imagé et plein d’heureuses trouvailles de l’auteur séduira les lectrices.BIOGRAPHIES MARIE-ANDRE.Un paladin de la liberté : le Commandant Honoré d'Estienne d'Orves.Toulouse, Apostolat de la Prière {1953}.86p.16.5cm.TB-A Auteur apprécié de biographies à succès, Marie-André retrace, en des pages alertes et émouvantes, la vie légendaire du Commandant Honoré d’Estienne d’Orves, modèle exaltant de foi, de charité et de courage.O’REILLY (Patrick).Pèlerin du ciel.François Lu-neau, soldat nantais et missionnaire calédonien 1890-1950.Présentation de Mgr Francis Trochu.Paris, Ed.Alsatia (1952).239p.h.-t.cartes 19cm.TB-A Voilà la biographie de l’extraordinaire missionnaire qu’un Président du Conseil, en mai 1952, s’avisait de citer à l’ordre de la Nation, le donnant en exemple, "comme modèle accompli du devoir et de l’esprit de sacrifice ; pour avoir vingt-huit années consécutives, sans vouloir jamais prendre un seul congé de repos, consacré sa vie à la formation d’une élite indigène.Et, perceur de routes, constructeur d’écoles, mainteneur dans les tribus du culte du souvenir, animateur de mouvements d’anciens combat- SEPTEMBRE 1953 39 tants, n’avoir cessé de représenter parmi les populations calédoniennes la plus haute idée de la France”.SALVANFSCHI (Nino).Sœur Claire.Traduit de l’italien par Jean Delaire-Orsaire.Mulhouse, Ed.Salvator, 1953.235p.19cm.S2.25 (par la poste S2.35).TB-A C’est vraiment « Soeur Claire » : sœur de saint François et notre sœur aussi que nous montre l’écrivain italien bien connu, Nino Salvaneschi, dans ce livre à la fois histoire extrêmement avertie et poème frémissant de tendresse.Nous entrons avec lui qui Fa longuement contemplée dans l’intimité de la sainte et la confidence de son unique amour.Par sa scrupuleuse fidélité, non seulement littérale mais aussi spirituelle, la traduction que publient les Editions Salvator transplante en terre française l'une des plus agréables fleurs de la littérature italienne contemporaine.LIVRES POUR LES JEUNES DELSUC (Pierre).] o ran ni.Illustrations et couverture de Pierre Joubert.Paris, Spcs (1952).156p.ill.19.5cm.(Coll.Jamboree).A Jovanni, c'est ce petit paysan corse, dur, solide et dédaigneux qui mène une patrouille scoute au travers d'aventures inquiétantes.Un matin, il disparaîtra comme il est venu, ne laissant en souvenir de lui que les quelques notes d’une berceuse corse et un petit morceau de papier sur lequel il a écrit : « Je vous aimais bien.» Un livre profondément attachant, familier, simple.DENIS (Roland).L'invisible Biligris.Illustrations de Cyril.Paris, Ed.Alsatia (1952).1901.ill.19cm.(Coll.Signe de piste).A Cet ouvrage offre aux jeunes lecteurs une ambiance nouvelle, à la fois virile et détendue.Paul, chef de la bande des Za-kilas, entre en lutte ouverte avec Claude.Paul et Claude, aussi droits et aussi généreux l’un que l’autre, sont faits pour s’entendre.Mais ils sont pareillement orgueilleux et cela amène des catastrophes.Pourtant le danger, mettant fin à leurs luttes, scellera leur amitié.MARI EM Y (Elisabeth).Tête de Loup.Illustrations de Jean Lefort.Toulouse, Apostolat de la Prière {1953}.56p.ill.18.5 cm.A On goûtera dans ce récit aux scènes pittoresques, souvent émouvantes, toujours prises sur le vif, les qualités de vie et de mouvement, ainsi que ce sens apostolique qui font le charme et le succès des œuvres d’Elisabeth Ma-riemy.40 LECTURES BIBLIOTHECA Journée d’étude à Joliette LA.C.B.F.a tenu, le 26 avril dernier, une journée d’étude à Joliette, à laquelle ont pris part une centaine de bilibothécaires venus de Montréal, de Québec, des Trois-Rivières, de St-Hyacinthe et de Sherbrooke.Rencontre très fructueuse puisque nous avions devant les yeux le magnifique exemple de la collaboration des autorités civiles, religieuses, des représentants du corps enseignant dans l’œuvre de la création de la bibliothèque publique de Joliette.Faute d’espace, nous ne pouvons publier in-exfenso les communications faites, mais nous en donnons de larges extraits recueillis grâce à la diligence et à la compétence de Mlle Marie-Thérèse Saint-Jean, sténographe officielle, que nous tenons à remercier vivement au 110m de l’A.C.B.F.Voici d’abord comment le Révérend Père Médard Laroche, c.s.v.présenta sa bibliothèque : « Jusqu’à ces derniers mois la Bibliothèque du Séminaire comprenait une dizaine de locaux.II y avait une Bibliothèque des professeurs, une Bibliothèque des élèves, une Bibliothèque des philosophes et d’autres.Le manque d’espace nous avait forcés à éparpiller notre collection.Pour le public l’accès en était très difficile.La construction de l’Aile du Centenaire, où nous sommes présentement nous a permis de centraliser nos Bibliothèques, de commencer un travail d’unification et surtout de donner accès à la Bibliothèque au public de Joliette.» «On pourrait penser qu’une Bibliothèque de Séminaire compte surtout des ouvrages de religion et des livres de littérature grecque et latine.Ces langues et la religion gardent une place importante dans notre programme d’étude et de formation, mais notre collection n’est pas pour cela spécialisée.Notre collection est plutôt générale et cela vient du but même de notre enseignement secondaire « qui tend surtout et avant tout à former des hommes par une culture générale et désintéressée ».Cette culture générale nous la cherchons en harmonie avec les conditions de notre époque, en harmonie avec les progrès de la science.C’est sur ce terrain de culture générale que notre Bibliothèque s’est développée et cela explique son caractère général.Notre collection compte environ 44,000 volumes.Sont compris dans ce chiffre les livres des jeunes et les périodiques reliés.» « Fn plus, le Séminaire offre un budget, un budget suffisant non seulement pour l’achat de livres qui lui sont particulièrement destinés, aussi pour enrichir de façon notable la collection générale.En plus de ces locaux, de ses livres, de son SEPTEMBRE 1953 41 personnel, de son budget, de sa reliure, le Séminaire offre d'autres avantages plus difficiles à numéroter, à peser, mais non moins réels.» « Le Séminaire a toujours invité la population de Joliette à profiter de ses organisations d’ordre culturel : théâtre, ciné-club, concerts, expositions, cours post-scolaires et cercles de tous genres.C’est dans le même esprit qu’il l’invite aujourd’hui à utiliser sa Bibliothèque.» « Nous voulons que notre Bibliothèque serve à la ville de Joliette et nous espérons que dans un avenir rapproché elle pourra rayonner dans tout le diocèse et la région.Nous achevons notre organisation technique ; nous avons des locaux, nous prêtons des volumes.C’est la première étape seulement.Elle nous a été rendue possible grâce à l’appui de Son Excellence Monseigneur Papineau, de la Commission Scolaire de Joliette et en particulier de Monsieur le Ministre Antonio Barrette.Monsieur Barrette s’est intéressé dès le début à l’ouverture d’une Bibliothèque à Joliette.Il ne nous a pas ménagé ses encouragements ; notre Bibliothèque ne serait pas encore ouverte sans l’aide qu’il nous a obtenue.» « Je ne veux pas apprécier en chiffre et en argent ce qu’est la contribution du Séminaire.Le Séminaire veut apporter la plus grande contribution possible, sans nuire à sa mission première : l’éducation des jeunes qui lui sont « confiés ».A cette offre généreuse du Séminaire, comment la Commission scolaire de Joliette a-t-elle répondu ?Son président, Me Robert Tellier, nous l’a dit en quelques mots : « Je suis heureux de profiter de l’occasion qui m’a été offerte par le R.P.Laroche, pour exprimer au Séminaire toute la gratitude de la Commission scolaire, pour avoir mis à notre disposition la bibliothèque qu’il vient d’ériger.« Dans les conditions où nous étions, nous pensions plus à construire des écoles qu’à organiser des bibliothèques.Cependant nous reconnaissions qu’il fallait, dans nos écoles, avoir des bibliothèques pour mettre des volumes à la disposition de nos élèves.» « Le Père Supérieur du Séminaire, le Père Paul-Maurice Farley, est venu nous offrir les services de la bibliothèque.Nous avons accepté son offre.Dès les premiers mois de vacances, j’avais eu l’occasion, plus spécialement en me rendant à mon bureau, de passer à côté du local temporaire ou était la Bibliothèque des Jeunes.J’étais surpris de constater qu’il y avait déjà, vers 9.30 hres du matin, une vingtaine, une trentaine d’enfants qui attendaient l’heure d’ouverture.Et ceci a duré tout l’été.Les samedis, durant l’année scolaire, le groupe fréquentait assidûment la bibliothèque.» Les professeurs eux-mêmes ont constaté que les enfants avaient pris le goût de la lecture, et que ce goût se développait 42 LECTURES toujours davantage.Il ne restait donc plus qu’à continuer et à abonner les élèves de la Commission scolaire à cette bibliothèque, et particulièrement les élèves de la paroisse St-Charles qui viennent ici, de façon assidue, aux salles de la « bibliothèque ».« Il y avait à résoudre le problème des autres écoles de la ville, dans les paroisses plus éloignées du Séminaire.Le Père Laroche paraît l’avoir résolu en y plaçant des dépôts de livres fournis par la bibliothèque.» « Pendant un certain temps nous nous sommes demandé s’il ne valait pas mieux employer les sommes d’argent que nous versons à la bibliothèque du Séminaire, pour l’achat de livres.Voici le problème qui se pose : pendant les vacances les écoles se ferment ; le personnel s’en va pour parfaire ses études ; et c'est à ce moment-là que nos enfants ont besoin d’avoir des livres à leur disposition.Au lieu d’aller flâner dans les parcs ou de courir dans les rues, il vaut mieux qu’ils viennent aux bibliothèques ; c’est spécialement pour eux que ces bibliothèques sont ouvertes pendant les vacances.» « C’est pour ça que mes collègues et moi-même avons pensé qu’il fallait contribuer au maintien de la bibliothèque du Séminaire.«Je félicite le Séminaire et je suis heureux que le Séminaire, mette sa bibliothèque à la disposition, non seulement de la gent écolière mais de toute la population de la ville de Joliette.Quant aux services que la bibliothèque de Joliette rend aux mouvements d’éducation populaire et aux œuvres de cette ville, voici ce qu’en a dit M.René Martin : « Pour assurer au sein de tous ces groupements une contribution particulièrement efficace de la Bibliothèque, iJ est essentiel d’envisager sérieusement une campagne d’éducation patiente et soignée : dans les journaux pour le bénéfice du grand public, et dans chaque groupement par l’intermédiaire d’un responsable qui devrait être le témoin permanent et intelligent de la Bibliothèque pour en souligner de temps à autre les services précieux et faciliter des contacts plus fréquents.» « La plus grande facilité possible d’accès à la bibliothèque lui assurerait rapidement semble-t-il une popularité grandissante pour le bénéfice de tous.La bibliothèque des jeunes s’est avérée une expérience heureuse qui a prouvé jusqu’à quel point il est possible de faire naître et de maintenir même chez des enfants, le goût de la lecture et la joie d’augmenter ses connaissances.» « Pour continuer cette œuvre d’éducation chez les jeunes, nous souhaitons que les grands élèves de nos écoles et de nos couvents acceptent comme un perfectionnement de leur éduca- SEPTEMBRE 1953 43 tion, les sources d’information, de connaissances diverses, de culture générale que la Bibliothèque met à leur disposition.» « Telle doit être aussi la préoccupation de tout citoyen soucieux de ses responsabilités personnelles et de l'influence que fatalement il exerce dans son milieu, de faire en sorte que cette contribution qu’offre la Bibliothèque ne reste pas vaine, mais lui permette de meubler son esprit et de grandir son coeur à la hauteur de ses devoirs, à la mesure de la pensée qu’il doit transmettre à ceux qui l’écoutent.« Je sais bien.Mesdames, messieurs, qu'à Juliette comme ailleurs le matérialisme qui engourdit l’esprit et alourdit le cœur entoure volontiers d’ombre les valeurs spirituelles, pour mettre en lumière et glorifier davantage le culte du Veau d’or et l’irrésistible attrait des plaisirs faciles.» « lit quand se matérialise la vie, se matérialisent aussi les loisirs devenus de plus en plus nombreux à mesure que se condense la semaine de travail.Loisirs où les plaisirs des sens plus que de l’esprit deviennent l’unique préoccupation ; alors qu’en y faisant une place à la lecture choisie toute la personne humaine se serait à la fois reposée et élevée ! « La contribution de la Bibliothèque à nos activités culturelles comme à nos mouvements d’éducation populaire répond à un besoin absolument nécessaire et urgent.Il faut collaborer pour que cette lumière qui nous est offerte ne reste pas cachée sous le boisseau ; dans notre milieu, dans les associations dont nous faisons partie, si nous nous employons à la faire connaître et rechercher, elle sera véritablement la lampe qui éclaire tous ceux qui sont dans la maison.» Que sur tout Joliette, elle projette sa lueur bienfaisante, pour mettre en valeur et nous faire aimer davantage les valeurs spirituelles.» A son tour, M.le pro-maire Hector Généreux, rappelle que le Séminaire fait œuvre de patriotisme en ouvrant sa Bibliothèque à la population de Joliette : « Rien n’a été ménagé à cet effet : on a fait l’acquisition de salles spacieuses, organisées de façon à favoriser le travail intellectuel.Il existe des livres qui ont été choisis par un personnel compétent, qui se tient constamment au service des lecteurs.Il y a en somme ici, toute une richesse culturelle, apportée aux citoyens de Joliette, et cela, grâce aux efforts, et même au renoncement du Séminaire.On nous tend une main pleine de présents, est-ce que nous allons les refuser ?» « En reconnaissance de tant de bienfaits, nous ne saurions laisser passer la chance que nous avons de favoriser cette œuvre, par notre présence d’abord, et aussi, par l’aide financier que nous pouvons lui apporter.» « Pour ma part, comme pro-maire et en tant que représentant du Conseil de la Cité de Joliette, je promets, comme 44 LECTURES par le passé, de donner tout mon appui à cette grande œuvre de bienfaisance ».S.E.Mgr J.-A.Papineau, clôturait la journée d’études par une allocution dont nous extrayons le passage suivant, qui exprime l’intérêt que son Excellence porte aux bibliothèques.« C’est quelque chose qu’une bibliothèque pour le public.Nous devons tous, tant que nous pouvons le faire, contribuer au succès d’une bibliothèque ; nous devons tous contribuer à la prospérité d’une bibliothèque ; car s’il y a une œuvre qui puisese contribuer à la prospérité d’une ville c’est bien une bibliothèque ! Toute personne qui s’élève au point de vue religieux, toute personne qui s’élève au point de vue intellectuel, élève les autres ; toute personne qui s’élève au point de vue moral, élève les autres.» « Avec tous les livres que possède déjà et que possédera la bibliothèque du Séminaire, il y aura matière à élever beaucoup de jeunes, à élever de beaucoup nos jeunes de la ville.Et voyez-vous ce que peut devenir une ville comme Joliette qui va s’élever constamment au point de vue religieux, au point de vue moral et au point de vue intellectuel !.» «Je félicite le Séminaire pour l’œuvre qu’il a accomplie.Et si vous trouvez que l’œuvre du Séminaire vaut la peine d’être mentionnée dans d’autres villes, le Séminaire n’a pas d’objection à ce que vous le fassiez.Si vous croyez que nous avons fait notre part, nous acceptons vos félicitations pour cette œuvre.En attendant, merci aêtre venus.» Nouvelles M.Joseph-R.Leduc no tu nié bibliothécaire de VUniversité de Montréal Au mois de mai dernier, le Conseil des gouverneurs de l’Université de Montréal nommait un de nos membres, M.Joseph-R.Leduc, alors conservateur de la Bibliothèque de l’Ecole Polytechnique, Bilbiothécaire de l’Université de Montréal.Il succède à M.Raymond Tanghe, notre président, qui assumait en juin son nouveau poste de conservateur-adjoint de la Bibliothèque nationale à Ottawa.La tâche de premier bibliothécaire dans une université est des plus importantes et exige une grande compétence dans le domaine professionnel de la bibliothéconomie.Notre Association remercie et félicite les autorités de l’Université d’avoir choisi M.Leduc.Bachelier ès art de l’Université de Montréal, diplômé en bibliothéconomie de l’Ecole des Bibliothécaires de la même Université, M.Leduc obtint par la suite son baccalauréat en bibliothéconomie (B.L.Sc.) de l’Université McGill, fit des études complémentaires au School of Library Science de l’Université Columbia de New York, suivit pendant quatre étés les cours de la Graduate Library School de l’Université de Chicago, et devint membre du personnel de la SEPTEMBRE 1953 45 Bibliothèque de l’Ecole Polytechnique en 1937 dont il fut nommé ic conservateur en 1943.M.Leduc prépare, en ce moment, une thèse de maîtrise en bibliothéconomie pour î’Université de Chicago.De plus, il est professeur à l'Ecole des Bibliothécaires de l’Université de Montréal et membre de plusieurs associations : Association Canadienne des Bibliothèques (Canadian Library Association), Association Canadienne des Bibliothécaires de Langue Française, Special Libraries Association ; il est ex-président de l’Association des Bibliothécaires du Québec (Quebec Library Association) ; il fait partie d’associations culturelles et scientifiques telles que : American Concrete Institute, American Association for the advancement of Science, Société Suisse de Chimie, Société Royale d’astronomie du Canada, et Centre français de Montréal dont il est membre fondateur et directeur.La culture, la compétence professionnelle et une longue expérience dans une bibliothèque d’école universitaire ont mérité à M.Leduc l’honneur qu’il vient de recevoir.Notre association le félicite et lui souhaite une belle et longue carrière à la direction de la bibliothèque générale de l’Université de Montréal.Edmond Desrochers, s.j.Congrès du 10e anniversaire à Montréal Notre Association fut fondée en 1943.Il convient de souligner ce 10e anniversaire, d’inviter de façon spéciale les fondateurs à se joindre à nous, de leur manifester notre reconnaissance.Coïncidant, comme d’habitude, avec la fête d’action de grâces, le congrès se tiendra à Montréal du 10 au 12 octobre prochain dans le nouvel édifice de l’Ecole Normale Jacques-Cartier au Parc Lafontaine.Le thème à l'étude est CHOISIR LES LIVRES.La valeur d’une collection tient en grande partie au choix des livres.Dans notre situation au Canada, la valeur de notre choix dépend de celui fait par les libraires-éditeurs.C’est pourquoi le congrès comportera une tencontre de libraires-éditeurs, de bibliothécaires et d’administrateurs de bibliothèques.Le choix des livres sera étudié dans des groupes spécialisés (Section des Jeunes, Universités, Hôpitaux, Bibliothèques publiques) en fonction de leurs besoins particuliers.Cette innovation dans l’organisation de nos congrès, nous l’espérons, sera utile et plaira à nos membres.Des bibliothèques déjà pourvues de collections riches judicieusement choisies seront citées en exemple.Enfin, les sujets suivants seront étudiés en fonction du choix des livres : les sociétés littéraires, la critique littéraire au Canada français, les prix littéraires, et les écrivains de chez-nous et leurs problèmes.Nos membres et les amis des bibliothèques sont cordialement invités à prendre part aux échanges de vues qui suivront les exposés.46 LECTURES Le Comité de Surveillance de l'Imprimé Monsieur Lucien Montreuil, bibliothécaire de la Faculté de commerce de l’Université Laval, de Québec, président de I'A.C.B.F., section de Québec, a été élu président du Comité de Surveillance de l’Imprimé, nouvel organisme fondé à Québec sous les auspices de la Ligue des Bonnes Lectures dont le directeur est M.P.-E.Belleau, du Biblio-Club de Québec.Ce nouveau mouvement s’occupera d’assainir la littérature à Québec.Un événement historique.Une édition entièrement canadienne du NOUVEAU TESTAMENT Traduction sur le texte original grec par un groupe d'exégètes canadiens membres de l’Association Catholique des Etudes Bibliques au Canada.* Traduction réalisée à la demande de l’épiscopat.* Edition format de poche à bas prix.* Edition reliée, cuirette souple, à prix populaire.* Edition officielle de la Société catholique de la Bible.* La seule édition à comporter d’aussi nombreux commentaires et explications.Prix : S0.50 broché (par la poste S0.60) S 1.00 relié (par la poste SI.10) I ne publication HUI S MonhTal-I'ari^ SEPTEMBRE 1953 47 L’ECOLE DE BIBLIOTHECAIRES DE L'UNIVERSITE DE MONTREAL prépare en une année à une carrière pleine d’avenir * L’Ecole dispense un enseignement à la fois culturel et technique : le programme comporte 510 cours.* L’Ecole admet comme candidats — au baccalauréat en bibliothéconomie et en bibliographie, les personnes détenant le B.A.— au diplôme technique supérieur, les personnes ayant obtenu le baccalauréat de rhétorique ou son équivalence.L’Ecole accepte des auditeurs libres.* Les cours réguliers commencent le 7 octobre, et se donnent de 4 h.30 à 6 h.et de 7 h.à 8 h.30 p.m.du lundi au jeudi inclusivement, à la Bibliothèque municipale.1210 est, rue Sherbrooke, Montréal.Pour renseignements et prospectus : SECRETARIAT DE L’ECOLE DE BIBLIOTHECAIRES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal 1, — Tel.: PL.8335.48 LECTURES ! écaireô afin de trouver rapidement pour tous les livres canadiens en langue française et les meilleurs ouvrages français d’Europe • l’identification de l'auteur (nom, prénoms, date de naissance de décès, titres) • l'adresse bibliographique (lieu et année de publications) • la description typographique (nombre de pages, illustrations) • les notes bibliographiques (bibliographies, sommaire, titre original) • l’indice de la classification décimale (les fiches comportent les indices de Dewey et ceux de la classification décimale universelle) • la valeur du livre indiqué sur la fiche par les cotes suivantes : TB — Ouvrage irréprochable, pour tous.TB-S — Ouvrage irréprochable, mais spécialisé.TB-A — Ouvrage irréprochable, pour tous, aussi Je nature à intéresser les adolescents.B — Ouvrage pour adultes seulement.B ¦ — Ouvrage qui appelle des réserves plus ou moins graves, i.e.à défendre d'une façon générale aux gens nons formés (intel- lectuellement et moralement).A —Ouvrage pour adolescents ( 15 à 18 ans) J — Ouvrage pour jeunes ( 10 à 14 ans).E —Ouvrage pour enfants (6 à 9 ans).— L'astérisque joint à la cote signifie un outrage de valeur.— Deux astérisques joints à la cote signifient un outrage de grande valeur.onnez-vouô aux 3ick es cle cata(c ocjiie publiées par Fides avec la collaboration de l'A.C.B.F.a) abonnement aux 576 séries de fiches publiées en 1953: $50.00 b) abonnement aux 576 fiches (une par titre) publiées en 1953: $15.00 On peut se procurer les 576 ferles de fiches publiées en 1952 pour $50 00 et les 576 fiches (une par titre) publiées en 1952 pour $15.00 )3c(fc5 ^JJettreS cle LA MINUIT — F.-A.Savard — 177p.$1.50 RISQUES D'HOMMES — Rolland Legault — 248p.$1.50 LA PLUS BELLE CHOSE DU MONDE — Michelle Le Normand — 198p.$1.50 MYSTERE DE LA POESIE — A.Vovard — 180p.$ ! .50 OEUVRES ET DISQUES DE BEETHOVEN — R.Girard — 224p.$2.50 MOZART SUR LE DISQUE — J.-M.Gaboury, c.s.c.— 96p.$0.60 SUR LES ROUTES D'HAITI — J.-C.Magnan — 190p.$3.00 LE GRAND MARQUIS — Guy Frégault — 400p.$3.50 Editions F IDES 25 est, rue Saint-Jacques, Mtl.— PL.8335 Centrée de A eût aAAeS Faites ça.et vous vivrez — tr.de l’ACEBAC, 320 pages $0.25 Les Actes des Apôtres — tr.de l’ACEBAC, 96 pages $0.15 Le Nouveau Testament — tr.de l’ACEBAC, $0.50 broché; relié $1.00 Origines religieuses du Canada — Goyau, 302 pages $1.25 La Sainte Bible (Pirot-Clamer) 1,500 pages $3.25 La Sainte Bible (Crampon) — 1,800 pages $4.75 La Sainte Bible (Maredsous) — petite éd.1,407 pages $3.25 — grande éd.1,576 pages $7.00 Nouveau Testament (Crampon) 950 pages $2.50 Nouveau Testament (Buzy) 608 pages $1.50 Nouveau Testament (Maredsous) 598 pages $1.25 Menaud, maître draveur — Félix-Antoine Savard, 153 pages $1.25 L’Abatis — Félix-Antoine Savard, 117 pages $1.50 La Minuit — Félix-Antoine Savard, 117 pages $1.50 Adagio — Félix Leclerc, 200 pages $1.50 Allegro — Félix Leclerc, 200 pages $1.50 Andante — Félix Leclerc, 200 pages $1.50 Histoire du Canada par les textes — MM.Brunet, Frégault et Trudel, 297 pages $3.50 Initiation à l’économie politique avec applications au Canada — Fr.-Albert Angers, 316 pages $2.50 La cuisine raisonnée C.N.D., 775 pages $2.75 Collection « TEMOINS DU CHRIST » Qui est Jeannette ?— M.-P.Vinay, 312 pages $3.00 (relié) Tempéraments et personnalités — M.-P.Vinay, 266 pages $3.00 (relié) Une mère et ses enfants — M.-P.Vinay, 278 pages $1.50 Le livre de sagesse pour les filles de France — M.Daniélou, 242 pages $1.65 Le second livre de sagesse pour les filles de France — M.Daniélou, 240 pages $1.65 Imitation de Jésus-Christ — tr.de Lamennais, 380 pages $1.50 Splichal (Missels), par le Père O’Connor (presque tous avec étui) 1) Missels quotidien et vespéral complets, no 200, 1,850 pages.a) pégamoïd tranche rouge .$4.25 b) pégamoïd tranche doré .$5.00 c) marbré brun .$6.00 d) mouton noir ou grenat, tr.dorée, crétage .$6.85 Conseils sur le travail intellectuel — L.Riboulet, 272 pages $1.40 La vie intellectuelle — R.-P.Sertillanges, 267 pages $2.00 Les 24 thèses thomistes — R P.E.Hugon, 300 pages $2.00 Les grands courants de la pensée contemporaine — J.-M.Grevillot, 285 pages $1.75 Editions TIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Mtl.— PL.8335 - DEVENEZ MEMBRE DU CLUB - ~ded deux leviez du tuait SELECTION DU MOIS DE SEPTEMBRE SEPT ANS D'AVENTURES AU TIBET par H.Harrer A vrai dire il ne* s agit pas d'une aventure mais bien d'une Minime d’aventures dont chacune en elle-même constitue un exploit.Trois évasions, deux traversées de THimalaya, une marche interminable sur les hauts plateaux désolés du Changtang, cinq ans de sé|our à Lhassa, une carrière dans l'administration tibétaine, la confidence de Dali Lama, le spectacle de l'invasion chinoise, telles sont en effet les étapes de cette incroyable odyssée.278 pa^es — Format A1 4 x 81 4 LA CALVAIRE DE MONIQUE par G.de Franchevillo La famille de Monique s'exile des quartiers français de la ville pour s installer à Westmount où elle croit que le voisinage "anglais" facilitera, avec la connaissance de cette langue, sa réussite matérielle.Mais les parents de Monique semblent ignorer les dangers spirituels qu'implique une transplantation.Ft voilà la porte ouverte au drame religieux qui entre par le mariage-mixte de Monique.200 pages — Format 6 x 8V2 EN OCTOBRE: "MA COUSINE RACHEL" par Daphné Du Maurier “AICHA, L'AFRICAINE” par Jacques Hébert Veuillez m’inscrire dans votre club 1 "Les deux livres du mois” et me faire J parvenir les deux livres vedettes de sep- • trinbre.Je m'enirave à acheter, au cours | des prochains douze mois, au moins | quatre des sélections mensuelles, of- ¦ fertes pendant cette même période.Veuillez m’envoyer gratuitement, votre * lettre mensuelle aux membres du Club.I I NOM .| ADRESSE .! I VILLE.PROV.[ ] ci-joint $2.50 pour les vedettes de septembre.[ ] ci-joint $10.00 pour les vedettes • des 4 mois à venir.1 [ ] ci-joint $28.00 pour les 12 mois I à venir.| [ ] Je paierai après réception de cha- I que envoi.> Les deux livres du mois I I FIDES L 25 est, rue Saint-Jacques •PLateau 8335 MONTREAL TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D'AUTEURS ALLAIGRE (P ), 38 ALZIN (J.), 35 BAUMANN (F ), 57 MELANGER (GM).22 BI.OUET (L ).36 CATTIER (Dr), 38 CH H V ROT (Mur), 35 COCCIOLI (C).29 COLEMAN (J.).18 COL LET (P ), DFLSL'C (P ).40 DENIS (K ).10 DESMI LLIER (P ).37 DU JEU (S ).38 FILI ATRAl'LT ( L), 25 GERADIN (A ), 39 GIONO (L).32 HARBISON (F ).18 HERTEL (F ).23 HOYOIS (G ).21 I.AM ARE (N).28 LEGENDRE (P).26 MAGAl'D (P ).55 MAGN'AUD (P ).56 MARIE-ANDRE, 39 MARIE-FRANCE.24 MARIEMY (E).40 MOELLER (C).1 O'REILLY (P ).39 PA VAN (P).22 SAGE ( P.), 35 SALVANESCHI (N ).40 SAUGE (M).39 SCHWARZ (O ), 27 SCORTESCO (P ).34 SEVIN (A.).28 SIN'IT'X (R.).38 VA LIER (Card).56 VERCEL (R.).31 Vl'ISTINER (F ).37 P ü B L I c; A T 1 O N S I) E S NATIONS UNIES Les livres et les périodiques publiés par les Nations Unies vous aideront à sous tenir au courant des événements mondiaux.Ils contiennent des informations officielles et impartiales sur des sujets variés: politique, économie, finances, statistiques, questions juridiques, activités sociales, droits de l’homme, etc.REVUE DES NATIONS UNIES Revue mensuelle donnant un résumé de l'activité des Nations L'nics et des institutions spécialisées.Abonnement annuel : S4.50 CE QU’IL FAUT SAVOIR DES NATIONS UNIES Ce livre de références retrace l’historique de l’Organisation des Nations Unies, expose sa structure et décrit ses multiples activités de 1946 à 1952.456 pages, broché.S 1.50 CE QUE FAIT L’O.N.U.Chacun des titres de cette série décrit l’une des activités de l’Organisation des Nations Unies ou de ses institutions spécialisées.Pour les territoires non-autonomes Pour aider les réfugiés et les personnes déplacées Pour les droits de la femme Pour les Territoires sous tutelle Pour combattre la tuberculose L’exemplaire .SG.15 Listes et catalogues envoyés sur demande CENTRE OE PUBLICATIONS INTERNATIONALES — INTERNATIONAL PJIL'CATIONS CENTER SERVICE GENERAL O'AIONNEMENTS — GENERAL SUISCRIRTIONS SERVICE PEPIQDICA 4234 d» la Rocht, MONTREAL-34, Canada PERIODICA est aussi dépositaire officiel des publications de l’UNESCO, de l'Organisation Mondiale de la Santé, de l’Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l’Agriculture, etc.
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