Lectures, 1 mai 1954, mai
Rivut menivtiie d« «IvSwviw^HUdvrMdluiMèitdt é* FAX JJ, MA) J 9 .’¦ik-Æf FIDES LECTURES REVUE MENSUELLE I BIBLIOGRAPHIE CRITIQl publiée par le Service île Bibliographie et de Documentation de FI DES organe du Service des Lectures de l'Action catholique du diocèse de Montréal.Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c., aumônier du Service des Lectures.Rédaction : Jean-Paul P1NSONNEAULT, secrétaire du Service des Lecture NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livrai sons de l'année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'mutable alphabétique des ouvrages recensés pendant l'année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d'après les règles de l.i catalographie.Les cotes morales en usage sont les suivantes : TB — Livre pour tous TB-S — Livre pour tous mais spécialisé TB-A — Lure pour tous, de nature à intéresser certains adolescents B — Livre pour adultes B?—Livre appelant des réserves plus ou moins graves, i.e.à détendre d'une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement) D — Dangereux M —Mauvais A —Livre pour adolescents (15 à 18 ans) J — Livre pour jeunes ( 10 à 14 ans) E — Livre pour enfants (6 à 9 ans) Publication approuvée f'.ir l’Ordinaire CANADA le numéro $0.35 Abonnement annuel $3.50 Etranger $3.75 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 *PLateau 8335 FRANCF Abonnement annuel .900 francs *CC.P.PARIS 7262.50 Société FIDES, 120, boulevard Raspail.Paris (Vie) *I.ittré 7385 Autorisé comme émoi postal Je deuxieme classe, Ministère des Postes, Ottawa.-SOMMAIRE- IDEAL ET PRINCIPES Thérèse Desqueyroux ou le drame de l'homme nouveau Yvon Lafrance, c.s.c.385 DOCUMENTS Les lectures populaires .Théophile Bertrand 389 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Littérature canadienne .Littérature étrangère .PANORAMA DU LIVRE Choix d'ouvrages .411 BIBLIOTHECA Bibliothèques municipales li Paris .Gabriel le Guérin 421 Nouvelles .428 Pu cuuieriuri • Eran(.ois Mai hiac (Photo Jean-Marie Marcel).396 foo IDËAL ET PRINCIPES Thérèse Desqueyroux ou le drame de l’homme nouveau JE ne sais, Thérèse, si les lecteurs ont perçu au delà de ton attitude psychologique l’immense problème de ton être.Je doute que tu n’aies pu saisir toi-même la signification profonde de ton existence tourmentée.Pourtant je ne puis m’empêcher, en contemplant ton profil mélancolique, de voir projeter sur le mur de ta personnalité si riche, la tragédie humaine de notre Babel moderne.Simple ombre au tableau, penses-tu ?Coïncidence truquée par une raison en mal de rapprochements gratuits ?Non, Thérèse, pure vérité.Les dimensions de ton être débordent l’individuel ; celui qui voit clair et lucidement dans ce monde chaotique te trouve la dimension de l’homme nouveau.Je ne sache pas de destin plus tragique que celui de Thérèse.Elle est un monstre sympathique, certes, mais incompréhensible à elle-même et à son entourage.Son univers clos referme ses fenêtres sur un intérieur en désordre où l’intelligence ne peut rejoindre ce que son âme reflète d’universelle réalité.Thérèse est l’être voué aux forces du mal, du moment où elle quitte l’enfance et fait voile vers une vie plus indépendante.Elle est essentiellement contradictoire.Avec Gide, elle pourrait écrire : « Je ne sais trop comment résoudre l’énigme que Dieu a mis dans mon corps».Fatale destinée que celle qui achemine Thérèse sur les sentiers de la vie à la manière de l’Antigone antique.« Où est le commencement de nos actes ?écrira son créateur.Notre destin quand nous voulons l’isoler, ressemble à ces plantes qu’il est impossible d’arracher avec toutes leurs racines.Thérèse re-montera-t-elle jusqu’à son enfance ?Mais l’enfance est elle-même une fin après un aboutissement ».L’homme moderne livré aux forces du mal connaît-il un meilleur sort que cet « ange plein de passions » ?L’histoire, à son sujet, n’enregistre pas de succès prometteurs.Les catastrophes de cette première moitié de notre siècle présidée par les Proinéthée de la Science nous ont laissé déjà fort perplexes.Cette seconde moitié du siècle s’écoule maintenant sous l’empire d’autres dieux plus spirituels, mais non moins faux.Après avoir adoré la matière, l’homme moderne adorera l’esprit en se forgeant un mysticisme sur les bases d’un sentiment religieux frelaté.Le mal est au sein de la Cité : ni Malraux, ni Simone Weil, ni Green ne pourront l’en chasser par les faux fuyants de l’art, de l’absolu, du défaitisme.Les valeurs de l’esprit plus digne que la matière ne seront jamais pour l’homme chrétien des fins ultimes qui valent le sacrifice des vies humaines.Au sein de son mal, Thérèse gémit, et pourtant, ce serait si facile pour elle de regarder plus haut, mai 1954 385 tels ces personnages de la Ville de Claudel qui cherchent au delà du Prince et du Peuple, la raison d’être de la Cité.Les contradictions ne manquent pas chez cet être qui, au dire de Bergson, aurait besoin d’un « supplément d’âme » pour respirer dans l’univers nietzschéen qu’il s’est construit.Comme un immense halo, le mal l’entoure de toute part.Le mal qu’exhalaient jadis les ruines fumantes de villes autrefois si sereines et si calmes.Sur cette matière si bien construite de l’avant-guerre, avait germé le grain d’une civilisation qui ne manquait pourtant pas d’assises.Chacune de ces villes ne renfermait-elle pas un clocher et dans ces rues désertes où les chiens aboyaient, ne voyait-on pas s’élever la masse obscure de la cathédrale moyennageuse ?A ce confluent de l’histoire, il nous est permis de voir sur les ruines de la foi se bâtir non plus la cathédrale, mais les gratte-ciel d’une raison pédante.Comme chez Thérèse, il y aura dans le cœur de l’homme contemporain une nouvelle contradiction : la raison ne s’emboîtera plus dans sa foi.Mais, Thérèse avait gardé au fond d’elle-même, le sens du péché.L’irrésistible attrait qui la poussait vers cette Anne de la Trave, n’était-ce pas la manifestation dans cette âme d’un reste de paradis perdu ?Le paradis de l’homme nouveau, c’est la terre.A la suite de Thérèse, je le vois, dans une suite d’élans sans lendemain, demander à la vie ce qu’elle ne peut lui donner : la satisfaction complète de ses plus profondes aspirations.En pensant à Augustin, penché sur la campagne d’Ostie, un soir d’été, je murmure avec lui pour tous ceux qui, aujourd’hui, ne savent plus parler vérité : « Seigneur, tu nous as fait pour toi, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en toi.» Le cœur de l’homme nouveau pourra-t-il répéter cette prière au milieu de sa Jérusalem nouvelle ?En ce cas, il peut construire le monde dont il rêve pourvu qu’au delà de son rêve, il ait l’humilité d’envisager son abîme de péché.Thérèse n’était pas humble.Elle était plutôt complexe.C’est pourquoi elle resta seule.« Du moins sur ce trottoir où je t’abandonne, écrivait son créateur, j’ai l’espérance que tu n’es pas seule.» Quelle illusion puisque Thérèse « farda ses joues et ses lèvres avec minutie : puis, ayant gagné la rue, elle marcha au hasard.» Ce n’est pas à proprement parler, sa solitude extérieure qui lui heurte le cœur, mais un grand écœurement de l’âme qui n’a plus d’envie que pour vomir.C’est cela qui oppresse Thérèse et qui la jette sur de pavé, au hasard des foules, des circonstances où sa volonté ne pourra opposer aucune résistance.Cette fois elle est bien seule.Elle n’a même plus pour déverser sa peine ce prêtre simple qu’elle avait rencontré jadis à une procession de la Fête-Dieu.De lui, elle avait reçu des mots qui allaient droit au cœur.Ainsi Thérèse pourra se farder les joues avec minutie pour cacher le mal qui la ronge.Mais dans son âme esseulée, trouvera-t-elle autre chose qu’elle-même ?Sur la route de Thérèse, j’ai rencontré l’homme nouveau.Il se presse dans les villes au milieu de foules turbulantes, il loge dans 386 LECTURES des maisons où l’intimité est ignorée, il couche et mange sur la place publique.Il n’est pas seul, dira-t-on.Le voici, au contraire, mêlé à îa foule.Ils ne font plus qu’un pour construire la cité nouvelle.Quel magnifique exemple de force, d’unité, de puissance ?Et pourtant, n’est-ce pas, tout cela un peu de fard sur les joues ?Apparence de fraternité où se heurtent non seulement les corps, mais aussi les esprits.Solitude de l’homme derrière tout ce décor qui essaie en vain de lui cacher la réalité.Il gesticule, il danse, il rit, mais c’est un masque.Lorsqu’il se retrouve lui-même, n’éprouve-t-il pas la nausée de son existence vide de Dieu et ses pensées échafaudent avec élégance les systèmes de l’absurde.Ce qui manque à cet homme, ne serait-ce pas la présence de ce prêtre qui, autrefois, savait rendre Thérèse à elle dans un geste d’oblation de son rêve ?Hélas ! comme l’Antonio du Voleur de bicyclette, il sait reprendre la route, mais c’est la main d’un enfant qu’il serre pour garder son cœur loin du désespoir tandis qu’il lui faudrait saisir celle même de Dieu.C’est pourquoi, Thérèse n’est plus à l’aise dans la société.Qu’elle est lourde et pesante et dure cette société aux cadres rigides et impassibles.Je rexois tout-à-coup pour exprimer sa douleur, cette contre-plongée du cinéaste où apparaît du haut d’un immense édifice penché la silhouette fragile d’un homme désemparé.Cet homme, c’est.Thérèse, écrasée par l’édifice familial.Peu de temps après son mariage, elle a senti que quelque chose ne marchait pas.La vie, déjà, s’annonçait dure.Ce Bernard est un rustaud.Il s’occupe de chasse tandis qu’elle ronge, seule, ses souvenirs par de longs après-midis.Toute la famille des de la Trave demeure le type de la famille française où l’honneur se sacrifie sans scrupule les personnalités humaines.C’est à l’intérieur de ces cadres que Thérèse, nature délicate, devra désormais, pour toute sa vie essayer d’exprimer son originalité propre.C’était une gageure dont elle n’avait pas conscience le jour de son mariage.Existe-t-il encore quelques pans de liberté dans cette société construite sur les bases de l’argent et de l’efficacité technique ?Le crois-tu, Thérèse ?Dans cette chambre où te voici prisonnière de l’honneur familial, je retrouve l’homme nouveau consumé dans cette atmosphère nauséabonde où tu consentais à vivre.Le mal que je signalais en lui entrave toutes ses œuvres.L’homme nouveau n’est pas plus libre que toi, Thérèse.Prisonnier de la publicité, de la radio, et de la télévision, de la presse et de la technique, bref de la machine qu’il s’est montée si merveilleusement, mais que son esprit affaibli par le confort et l’éternel égoïsme ne parvient pas à dominer.11 faut pourtant que routes ces inventions de l’esprit humain servent au progrès de la civilisation et à l’avancement spirituel de l’homme nouveau.Réussira-t-il, un jour, à commander à la matière sans lui être soumise ?Tu en doutes, Thérèse, toi qui a été vaincue par la machine familiale.Mais, moi, j’ai confiance en l’homme nouveau.La vraie mai 1954 387 liberté humaine n’attend pas les cadres pour gagner son autonomie.La liberté du cœur et de l’esprit, l’authentique liberté, se retrouve toujours au delà des vicissitudes de la contingence sociale.L’homme est libre parce qu’il est, non par ce qu’il fait.On peut exercer sur lui des contraintes intolérables, mais il garde toujours, au plus profond de lui-même, la possibilité d’un énergique refus.Telle est la Princesse de Tête tl'Or qu’un déserteur cloue à un arbre et qui s’écrie : « Je suis fixé au poteau, mais mon âme Royale n'est pas entamée, et ainsi, Ce lieu est aussi honorable qu'un trône ! » Aurais-tu posé cet acte infâme, source de tous tes malheurs, si tu avais su, Thérèse, garder cette liberté intérieure ?Je ne crois pas.Aux prises avec la matière, tu aurais su, à l’exemple de l’homme nouveau, bâtir des merveilles de générosité, de courage et d amour.Ton âme serait sortie de l’épreuve avec un surcroît de forces spirituelles comme le minerai laisse au fourneau les scories qui cachaient sa valeur.Au fond, Thérèse, il n’y a qu’une vraie contradiction en toi.C’est celle de l’ivraie et du bon grain : ce mélange de mal et de bien qui se heurte sans parvenir à se coordonner.Mais, « j’aurais voulu que la douleur, Thérèse, te livre à Dieu, et j’ai longtemps désiré que tu fusses digne du nom de sainte Locuste ».Alors seulement, tu aurais pu résoudre l’immense énigme que Dieu avait déposé dans ta chair.Là tu aurais trouvé la paix par où toutes choses prennent un sens, même les plus vides.Dans cette vision verticale de la création et de l’homme tu aurais retrouvé le sens de la souffrance rédemptrice et l’immense réalité de la Croix aurait clarifié ton regard.Tu serais devenu, Thérèse, sinon sainte Locuste, du moins, un être pacifié.Mais l’homme nouveau sera-t-il plus sage que toi ?Quelle est cette Cité qu’il élève en fermant soigneusement ses portes sur le ciel ?La nuit pénètre la Cité, et sur ses murs se promène dans sa brutale réalité, la mort.Je vois l’inlassable gent, accoudée au rocher de Sisyphe, chanter la complainte du désespoir.La révolte règre partout ; partout le désordre, la guerre, la famine.N’y a-t-il pas un chef ?Non, c’est la Cité sans Dieu.Ici règne le déterminisme et la fatalité, mère du désordre.Les choses n’ont plus de sens.Les hommes sont absurdes.Ils vont et viennent, les yeux hagards, l’œil soucieux, sans joie et sans espoir, asséchés d’orgueil.Ils font l’éternel révolution.Thérèse, n’est-ce pas dans cette ville que ton créateur t’abandonne ?« Elle farda ses joues et ses lèvres avec minutie, puis, ayant gagné la rue, elle marcha au hasard».Yvon Lafrance, c.s.c.388 LECTURES DOCUMENTS Les lectures populaires' La revue canadienne Nos Cours présentait dans sa livraison du 13 mars 19 54 un résumé des échanges de vue qui eurent lieu lors d’un cercle d'étude sur les lectures populaires, à l'Institut Pie XL Nous sommes heureux de reproduire ici quelques extraits de ce compte rendu substantiel.Après avoir démontré l’actualité bridante du problème des lectures, l'auteur du résumé applique ces remarques préliminaires et générales au Canada.Il souligne l'importance pour un pays comme le nôtre « d'un bon démarrage culturel et social » et, pour le Canada français, d'une résistance courageuse à la pression et même aux assauts d’une civilisation, d’une manière de vivre et d’une foi si différentes des siennes.Il écrit alors : Les autorités religieuses de chez nous n’ont d’ailleurs pas manqué à leur devoir à ce sujet.Contentons-nous de quelques rappels.En 1944, le regretté cardinal Villeneuve donnait, au Cercle Universitaire, une conférence magistrale et trop peu connue sur le problème des lectures.En 1946, dans leur Lettre pastorale collective, les archevêques et évêques de la province de Québec écrivaient : « Les lectures et les illustrés sont une autre cause de ruine pour la moralité chrétienne.On sait l’influence qu'exercent sur les esprits et les cours les journaux sans principes sérieux, qui étalent le crime et les désordres de famille, qui annoncent des marchandises ou des films par des images qui font appel à l’instinct sexuel, qui publient côte à côte, comme pour les mettre sur le même pied, une actrice légèrement vêtue et un personnage religieux ou laïc.On sait aussi le mal produit chez la jeunesse par certaines publications populaires à bon marché : revues, magazines, romans et feuilletons, qui prêchent à plaisir le crime et l’immoralité.Les unes montrent leur perversion par des titres et des dessins provocateurs ; les autres cachent leur venin sous des dessins et des titres anodins.Toujours la jeunesse y trouve un poison mortel.La moralité baisse encore par l'action de ces bandes Comiques que dévorent les enfants, jeunes et vieux.Ces bandes et ces feuilles comiques jouissent d'une faveur que I on ne saurait mésestimer, d autant plus qu'au jugement d'enquêteurs récents, la plupart des « comiques » sont mauvais, soit qu’ils montrent des cas de mauvaise conduite, soit qu'ils aient une tendance sensuelle et suggestive.On les a même dénoncés comme une des principales causes de la délinquence juvénile.Que jamais vos exemples ou vos faiblesses ne viennent détruire l’influence de votre parole.Bannissez de vos foyers toute littérature malsaine, tout illustré indécent.» Le 24 octobre 1952, Son Eminence le cardinal Paul-Emile Léger citait, dans une lettre circulaire au clergé et aux communautés religieuses, ce commentaire de VOsservatore Romano en marge du décret du Saint-Office (20 mai 1952) condamnant les œuvres du romancier italien Moravia : « Avant de commenter cct ivertissement du Saint-Office, il convient d'indiquer les œuvres qui en font l'objet.Il s'agit de la presse de tout genre (livres, brochures, périodiques, tracts, etc.) qui raconte (comme les romans 1, Cet article est extrait de la revue canadienne Nos Cours (13 mars 1954 ; vol.XV ; no 21 ).MAI 1954 389 et nouvelles, autobiographies, récits historiques, etc.), décrit (comme beaucoup d’ouvrages et revues pseudo-scientifiques traitant ouvertement des relations sexuelles), ou enseigne (ouvrage d’initiation sexuelle, et autres Œuvres dans lesquelles des hommes sans scrupules exposent les diverses façons d accomplir des actions immorales) des chcoses lascives ou obscènes, c est-à-dire telles que, lues ou regardées ou dites, elles provoquent facilement des pensées et des actions défendues par le sixième commandement.Une grande partie de cette presse — parfois clandestine — circule aujour-d hui impunément, souvent accompagnée de photographies ou de dessins licencieux.Elle est lue avec une inquiétante légèreté même par des jeunes gens et des adolescents.» Et son Eminence s’adressait particulièrement aux éducateurs en ces termes : « Il (1 avertissement du Saint-Siège) fait appel à tous ceux qui ont la charge d instruire et d'éduquer les jeunes, c’est-à-dire les parents, les maîtres, les éducateurs, les directeurs de collège ou d’autres institutions semblables, pour qu ils n oublient pas leur très gr.it e devoir de favoriser la formation morale et spirituelle de ceux que Dieu même confie à leurs soins, et qu’ils les préservent des embûches de la mauvaise presse qui, telle une toxine mortelle, compromet toute leur œuvre.A ce propos, il convient de bien tenir compte d une certaine production de nouvelles de genre mondain, qui périodiquement verse à tous mais spécialement à la jeunesse, les poisons de I immoralité, ou.de toute façon donne une fausse vision de la vie.particulièrement en ce qui concerne I ét.it et les devoirs du mariage.L'obligation d'écarter cette presse, pour les parents et pour tous les autres responsables de l'éducation, t st lertainentenl grave.>• Les autorités intellectuelles les plus notoires ne pensent pas différemment.N’en citons qu’une, Mr.Pitirim A.Sorokin, professeur de sociologie à l’Université Harvard : « Si nous nous tournons vers les beaux-arts contemporains : la peinture et la sculpture, la musique et l'architecture, la littérature et le théâtre, ils présentent toujours le même dualisme, avec les mêmes conséquences désastreuses P.ou.r homme aussi bien que pour l'art lui-même.C'est un art commercialisé, inspiré surtout par l’« Humanæ Laudis Amore » et la « Temporalis Primii Cupiditate » ; c'est un art qui ne vise qu’au plaisir sensuel, à la détente paresseuse, à la stimulation de nerfs fatigués, à l’excitation sexuelle.[—] Même quand il met à l’honneur l'héroïsme, il le fait de telle sorte qu’il le falsifie, le dépouille de toute noblesse authentique.[.] en résumé, I art contemporain est surtout une illustration de la pathologie humaine.II est centré sur les horreurs de la morgue, les scandales des criminels et les organes sexuels : il vit et s'épanouit principalement dans les bas-fonds des égouts sociaux.» De nombreux articles des revues les plus sérieuses font d’ailleurs régulièrement écho à de telles préoccupations.Entre autres, la revue Nos cours a publié toute une série de cours donnés en 1950-51 sur ce problème capital des lectures.Ce n’était d’ailleurs pas la première initiative de l’Institut Pie XI en ce domaine.Mentionnons encore le travail du « Comité d’enquête sur la vente, la distribution de la littérature indécente et ordurière » du Sénat canadien en 1952 ; parmi bien des témoignages, citons celui du Principal de l’Ecole St.Patrick d’Ottawa : « Le problème de la littérature ordurière m’a certainement causé beaucoup de soucis ; principal d’une école, je dois dire qu’il nous est très difficile de nos jours d’obtenir quelque rendement de la part des écoliers.D’abord, leur esprit est 390 LECTURES sans cesse préoccupé par les histoires qu’ils lisent dans les magazines ; ils ne s’attachent plus aux matières que nous essayons de leur enseigner ; ils se sont tellement habitués à ne lire que des magazines illustrés que les livres de classe les ennuient.» lit même parmi les gens qui ne lisent pas de mauvais livres ou des publications trop légères, quel est le nombre, chez nous, de ceux qui sont capables de lire de façon suivie un ouvrage quelque peu dense ?Probablement à peine 4,000 ou 5,000.Ce n’est pas là un des aspects le moins pénible du problème des lectures si l’on se rappelle l’adage que « le poisson pourrit par la tête ».Cette absence de goût pour des lectures quelque peu substantielles se constate à fortiori dans toutes les classes de la société, et l’un des premiers devoirs des éducateurs est de travailler à donner ce goût de la vraie lecture à leurs élèves.C’est évidemment là la tâche primordiale qui s’impose : donner au moins le goût de lire dans une société où tant de distractions sollicitent tout le monde.Certains peuvent objecter, pour ce qui est des jeunes, que nous n’avons pas un nombre suffisant d’ouvrages vraiment adaptés.L’objection ne vaut plus aujourd’hui devant les progrès étonnants réalisés dans les publications pour jeunes de tout âge.Du moins, ce n’est pas l’édition qui est en cause quand ii y a carence mais bien plutôt des gens qui, ayant charge de jeunes, ne savent où se procurer ou n’ont pas les moyens de se procurer des collections de livres et de périodiques indispensables.Même au point de vue d’une littérature de jeunes spécifiquement canadienne, nous ne sommes pas tout à fait dépourvus, et la Société des Ecrivains de Jeunesse par exemple atteste que, s’il y a là un problème, l’on se préoccupe de le résoudre.occupent les revues et les périodiques dans ce problème ?Les quelques citations précédentes indiquent déjà la place importante, la première au dire de tous les participants au cercle, qu’occupent les périodiques dans le problème des lectures.Cette place est importante non seulement parce que nous sommes submergés par une avalanche de publications de tout genre, mais parce que nous n’avons pas pris vraiment conscience de la gravité de la situation.Que de routine de la part des éducateurs, des bibliothécaires, des apôtres de la bonne lecture ! Trop d’entre eux n’ont pas su ouvrir les yeux à l’évolution vertigineuse du monde où ils vivent, s’adapter vraiment aux besoins de l’heure.Actuellement la très grande majorité des lecteurs, les étudiants comme les autres, lisent bien autre chose que les livres de la bibliothèque à laquelle ils peuvent avoir accès.Ce sont sans contredit les périodiques de toutes sortes : revues diverses, comics, magazines, digestes (ajoutons les pocket-books), qui détiennent la faveur générale.Il suffit de regarder autour de soi, même chez soi, pour s’en rendre compte.Citons simplement quelques chiffres.Il circule en Amérique 1,200,000,000 de Comic Books par année, soit 100 millions par mois, 20 millions par semaine.Un dixième seu- mai 1954 391 lement de ces publications ne sont pas vraiment immorales.Dans cette niasse, les S ex Comics comptent pour 270,000,000 et les Crime Comics pour 700,000,000.Hn plus des Comic Books importé des Etats-Unis, on en imprime et distribue au Canada 10,000,000 par mois, 120,000,000 par année.La situation est semblable en France, pour ce qui est de toute la littérature ( !) analogue.Qu’on lise à ce sujet les brochures suivantes : la Presse féminine et la Presse enfantine (Librairie des Editions Ouvrières, 11, rue Henri IV, Lyon — 2e).Les chiffres cités plus haut ne représentent, d’autre part, que quelques statistiques d’un ensemble stupéfiant.Devant de tels faits, une orientation des lectures vraiment réaliste, qui ne se contente pas d énoncés de principes abstraits, des poncifs et des méthodes d’un autre âge, tiendra compte de la vie réelle moderne dans laquelle nous sommes tous plongés.Elle verra de façon pratique, efficace, à ce que les lecteurs apprennent à dépasser le stade infantile de la lecture des illustrés de toutes sortes ; elle leur indiquera en plus, puisqu’il faut en tenir compte, comment juger de la valeur des Comics, des magazines, des romans à 10 sous, etc.; elle leur enseignera comment les lois générales de l’Index doivent s’appliquer aux différentes publications.Ce souci du concret, de l’efficience, ne doit hélas pas être négligé même quand il s’agit des personnes dites instruites et qui, trop souvent, ne lisent que tel journal, ou sont même les clients réguliers de telle feuille à sensations.Combien de professionnels, en effet, s’astreignent à lire au moins les livres que les obligations de leur profession exigeraient qu’ils lisent ?Quelles réflexions suscite /'observation des débits de littérature populaire chez nous : kiosques, restaurants, pharmacies, etc.?Cette observation, même hâtive et superficielle, confirme les réflexions précédentes au sujet des périodiques.En premier lieu, l’on constate qu’on trouve maintenant des étalages de publications les plus diverses, surtout de la littérature légère et faisandée dont nous avons parlé, là où l’on s’y attendait le moins, dans les genres de commerce les plus différents.L’inondation des vulgarités et des saletés imprimées creuse son lit de tous côtés, elle se disperse en de multiples ruisseaux malsains qui surgissent de partout.Qu’est-ce qui nous frappe devant foutes ces expositions bariolées de publications des plus hétéroclites ?Leur bassesse effrontée, leur vulgarité tire-l’œil.C’est une véritable sarabande des titres les plus affriolants et les plus sots, une véritable débauche de couleurs « hystériques».Nous sommes immergés dans les sens, ou plus justement dans une subversion inénarrable des sens.Aucun goût, aucune mesure, aucun ordre.La fièvre, le délire, la folie.Dans cette mascarade, l’on peut distinguer surtout, si l’on a le courage d’examiner toute la kyrielle des genres stupides à la mode : les Comic Books, les Girl Comics, les Police Comics, les Man Comtes, 392 LECTURES les Intimate Romances, etc., etc.Parmi les titres français, les magazines de cinéma, surtout les magazines de cœur : Ere, Nous deux, Intimité, Confidences ; et les ineffables Allô Police, Ici Montréal, etc ; sans oublier ces poisses : les tristes romans à 10 sous.Et heureusement que la censure provinciale réussit à évincer des dizaines des pires de ces publications.De telles exhibitions généralisées sont le critère infaillible de la déchéance dans laquelle sont tombées nos sociétés.Déchéance vraiment inexplicable, si elle n’était maintenue, orchestrée en quelque sorte pat les intérêts les plus sordides.Cette pâtée qui sert d’aliment intellectuel aux foules, ne peut être que la spécialité de commerçants, de mercantis qui y trouvent de plantureux bénéfices.Nous sommes, en effet, en face d’un commerce organisé, pieuvre monstrueuse aux tentacules innombrables.Et nos réflexions suivent alors leur cours logique.Comment nous déprendre de cette engeance ?Comme en tout domaine, l’éducation est d’abord sans contredit le premier moyen.Une société vaut ce que valent les personnes qui la composent, et celles-ci valent ce que l’éducation les fait.Et il faut, ici encore, une éducation robuste, positive, qui insiste d’abord sur la formation du caractère et donne le goût de la véritable littérature, le sens du beau littéraire authentique, l’habitude des lectures indispensables.Une éducation réaliste, qui blinde, dans le quotidien de la vie concrète présente, contre tant de mirages.Mais ce n’est qu’un premier pas, car nous sommes en présence d’un phénomène de déliquescence sociale généralisée, en face d’une entreprise organisée de forces destructrices de la civilisation.Il faut donc appeler à la rescousse tous les organismes religieux et sociaux susceptibles de collaborer à l’œuvre d’assainissement nécessaire.Il faut faire appel à l’autorité civile, qui, par fonction, a charge du bien commun, afin qu’elle use des moyens dont elle dispose pour enrayer un mal qui est de toute évidence une menace nationale.Ne nous faisons pourtant pas illusion : il faudra bien davantage, beaucoup plus de clairvoyance, de réalisme et de décision pour dresser, face aux forces païennes qui nous assiègent, la défense adéquate qui s’impose, une défense qui puisse permettre même de passer à l’offensive.D’ailleurs rien de plus vain que la seule défensive dans une telle lutte.Nous avons d’abord besoin d’organismes spécialisés dans les questions de lecture et de culture populaires, afin de pouvoir disposer d’un arsenal à date et de moyens de défense permanents.Nous avons sans doute déjà des institutions et des organisations vouées par fonction au problème des lectures.Mais sont-elles assez nombreuses et variées ?Ont-elles les moyens de répondre vraiment aux besoins de l’heure ?Ont-elles vraiment pour objectif direct et premier cette lutte précise, en pleine vie populaire, dont il est ici question ?Face aux entreprises spécialisées dans la diffusion de la littérature licencieuse, mai 1954 393 dans la conquête des masses, il faut des institutions également permanentes, spécialisées dans les questions de presse, de périodiques, d’édition et de culture populaires.II faut aussi un effort de collaboration et de coordination.Même si un tel souhait peut paraître utopique présentement il ne faut pas désespérer que l’on comprendra un jour, même parmi les laïcs, cette vérité : « L’apostolat intellectuel l’emporte sur l’apostolat matériel, comme l’âme l’emporte sur le corps».Alors peut-être, un véritable travailleur de l’esprit pourra-t-il gagner au moins autant qu’un mécanicien et tenir une place normale dans la société.lit il ne s’agit pas de caporalisme intellectuel, mais bien d'humanisme et de culture chrétienne, dans le respect des personnes et de leur liberté légitime.Enfin, comme nous l’avons remarqué, ce problème des lectures populaires présente un aspect commercial indéniable.C’est donc le problème économique et social qui surgit encore ici, problème qui est impliqué de quelque façon de nos jours dans tous les autres.Ce n’est pas seulement le salut des âmes qui est en jeu sur le terrain économique, c’est le salut de tout le reste, de toute valeur ! C’est-à-dire que le problème économique conditionne aujourd’hui tous les autres.En conséquence, même pour ce qui est des lectures populaires, il faut souhaiter un ordre social raisonnable, vraiment chrétien, qui non seulement ne secrétera pas l’insécurité économique pour un grand nombre « comme une fonction normale de son organisme », mais dont les structures et la vie concrèteront quelque peu la hiérarchie des valeurs qu’on peut admirer dans les livres des sages.Alors seulement nous pourrons espérer voir les meilleurs éléments de nos sociétés, les gens les plus dynamiques et les plus remplis d’idées, s’orienter comme naturellement vers les fonctions sociales normales pour lesquelles ils sont doués et préparés, au lieu d’être attirés vers les «schemes» et les combines de toutes sortes, les entreprises douteuses, ou parasitaires, ou simplement neutres (au début).Une société qui, en raisons de ses structures mêmes et quoiqu’elle en ait, favorise au départ le « gambler », l’aventurier, l’arriviste, le simple indifférent aux valeurs supérieures, ceux aussi qu’on appelle pudiquement ou naïvement « les hommes pratiques», ne peut guère espérer de solution adéquate à un problème comme celui des lectures populaires à l’heure présente.II ne faut cependant certes pas négliger les nombreux moyens à nos dispositions pour remédier dans la mesure du possible à la situation.Une telle attitude positive s’impose d’autant plus que nous sommes encore certainement en des temps préhistoriques quant à l’avènement d’un ordre social qui incarne dans ses structures la hiérarchie des valeurs.Théophile Bertrand 394 LECTURES Prix de fin d année et livres de vacances LES NEUF SYMPHONIES DE BEETHOVEN, René Girard — 178p.Si.50 L’ART D’AIMER, M.Clément — 234p.Sl.50 LA VIERGE ET L’HOSTIE DANS LA FAMILLE, J.L’Arche-vcque-Duguay— 142p.S 1.00 LA PERLE AU FOND DU GOUFFRE, R.P.Eugène Nadeau o.m.i.— 24 photos h.-t., 308p.Sl.50 SUR LES ROUTES D’HAITI, J.-C.Magnan—187p.S3.00 LA FILLE DES MARAIS, MARIA GORETTI (livre-film) — 34 photos, 88p.S 1.30 DICTIONNAIRE HUMORISTIQUE, R.Bergeron — 189p.S 1.00 AU PAYS DES GEANTS ET DES FEES.M.-R.Turcot — 106p.S 1.00 FRANCELINE, M.-A.Grégoire-Coupal — 11 illustrations, 120p.S 1.00 LA SORCIERE DE L’ILOT NOIR, M.-A.Grégoire-Coupal — 5 illustrations, 112p.$1.00 LA FIANCEE DU CHARPENTIER, M.-A.Grégoire-Coupal — 144 p.S 1.00 PRISONNIER DES CAVERNES, Guy Boulizon — 20 illustrations, 143p.S1.00 COEURS D’ENFANTS, R.Goyette — 35 illustrations, 133p.S 1.00 LE CHEVAL D'OR, Odette Oligny — (illustré), 136p.$1.00 AU PAYS DU RANCH, Mgr.C.Mollier — (illustré), 128p.$1.00 LES BROUSSARDS DE L’OUEST, Mgr C.Mollier — (illustré), 128p.$1.00 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques — Montréal-1 PL.8335 mai 1954 395 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Littérature Jeanne L’archevfque-Duguay RELIGION Spiritualité L’ARCHEVEQUE-DUGUAY (Jeanne).La Vierge et l'Hostie dans la famille.Dessins de Monique Du-guay.Montréal, Paris, Fides {1954}.142p.ill.19cm.$1.00 (par la poste $1.10) TB Dans ce petit livre, écrit avec une simplicité de bon aloi et l’accent d’une ferveur mariale aussi vive et profonde qu’éclairée, Mme Jeanne L’Archevêque-Duguay présente au public un « nouvel écrin » à la gloire de Notre- canadienne Dame et de l’Eucharistie.Son but, on le devine, n’est pas d’entraîner le lecteur dans des considérations élevées sur un ou plusieurs aspects de la mariologie, mais uniquement d’enseigner aux âmes à agir avec et par Marie pour atteindre cette vie d’intimité et de confiance qui transforme les coeurs et l’atmosphère des foyers.La Vierge et l'Hostie dans la famille n’a donc rien d’un traité de haute spiritualité, mais les vérités simples et pratiques qu’il présente sauront certainement guider le lecteur vers une intimité plus grande et plus amoureuse avec la Mère de Dieu.Dans la première partie de l’ouvrage qui s’intitule : Marie, étoile de la famille, l’auteur s’adresse aux jeunes époux, aux parents et aux enfants.Elle y développe en une dizaine de courts chapitres le rôle de la Vierge sanctificatrice de l’amour et protectrice du bonheur conjugal, médiatrice de toutes grâces et gardienne vigilante des âmes.A tous la lecture de ces pages fera mieux comprendre l’urgente nécessité de cultiver en soi et dans son entourage immédiat la connaissance et l’amour de Marie, la confiance et la gratitude envers elle.La seconde partie a pour titre Hostie, soleil du foyer.Elle se présente comme un complément de la première, car l’Hostie est en définitive le don de Marie aux âmes.Toujours en se plaçant sous l’angle de la famille, Mme L’Archevêque - Duguay montre comment l’Eucharistie donne à l’âme 396 LECTURBS la force de coopérer aux grâces du sacrement de mariage, comment le Pain sacré constitue le point d’axe autour duquel doit graviter toute la vie familiale et pourquoi la jeunesse doit savoir y chercher le viatique de sa marche vers l’avenir.Liturgie, flambeau de la maison parcourt le cycle des fêtes mariales et en souligne brièvement le sens mystique et la splendeur.La Vierge et l'Hostie dans la famille est un livre que chaque famille devrait se faire un devoir de lire et de méditer, car il renferme les éléments de base d’une forte spiritualité mariale.Daniel Rivard LITTERATURE Poésie CARTIER (Georges).Hymnes — Isabelle.Montréal, Editions de Muy {1954J.91p.19cm.$1.25 (par la poste Si.35).B Hymnes — Isabelle que publiaient il y a quelques mois les éditions de Muy, est l’œuvre modeste d’un jeune qui, sans bouder les canons de la poésie contemporaine, croit devoir opter pour certaines formes plus traditionnelles et moins agressives.Sans qu’il soit de notre intention de hisser M.Georges Cartier à un rang qui l’incite à se croire « arrivé », la plus élémentaire justice nous fait un devoir de reconnaître en lui un des jeunes poètes qui, assurément, échappent le plus au snobisme littéraire dont la vogue tardive envahit notre poésie.Le poète débutant joue franc jeu et se livre à nous dans un message qui, je n’en doute pas, au regard de certains fervents attardés de l’automatisme, prendra couleur Georges Cartier d’essai naïf, négligeable, voire scandaleux.La gratuité, l’équivoque et la surenchère, de toute évidence, ne sont pas son fort.Et c’est même cette loyauté, cette vérité du poète qui prête à Hymnes —Isabelle un caractère d’authenticité et de ferveur qui commande l’admiration.Autant la suffisance de quelques imberbes, pasticheurs d’Eluard, a le don d’exaspérer, autant la sincérité sans apprêt de M.Cartier possède celui d’émouvoir ceux qui cherchent dans un poème autre chose qu’un rébus lo-gomachique et prétentieux.Le présent recueil se compose d’hymnes à la «bien-aimée» et d’un drame lyrique en sept chants très courts.En tout, quelque six cent cinquante vers de facture très simple et quelque peu monotone, d’une musique soutenue mais n’ayant rien de savant, d’une nu- mai 1954 397 dite biblique, d’une limpidité d’expression vraiment remarquable.L’émotion que libère chez le lecteur la poésie de M.Cartier demeure moins l’effet d’une langue riche de sonorités neuves et d’images inédites que celui d’une pensée lourde de résonances humaines et nourrie de voix intérieures.Rares sont ici les vers dont l’éclat arrête ou retient, mais en revanche peu nombreux sont ceux qui.en nous, n’éveillent pas quelque écho par la sincérité et la qualité de leur accent.Tout au long des Hymnes dont certaines strophes rappellent le Cantique des cantiques, c’est avec une admirable spontanéité que M.Cartier laisse chanter la joie fleurie sur une chair purifiée, un impérieux besoin d’évasion vers l’éden de rêve où, dans la solitude, serait enfin possible la possession totale de l’être aimé.Le poème se termine sur un chant douloureux à la mémoire de la bien-aimée « partit- au loin, sur la haute mer, > qui montait droite vers le ciel.« qui montait droite vers le ciel.» Dans Isabelle, où sous le voile de l’allégorie se fait moins accessible l’âme du poète, l’expression accède à une belle originalité, mais cela, toutefois, au détriment du naturel, de l’émotion et peut-être même de la confidence intime.La venue de M.Cartier à la poésie doit nous réjouir car, si l’on en juge par ce coup d’essai, il y apporte une âme sensible, vraie, indifférente aux caprices de la mode.De telles dispositions ne sont jamais négligeables dans un pays où l’infantilisme sait mal se défendre du prurit de plagier certains aînés dans ce qu’ils ont de plus mauvais.Jean-Paul Pinsonneault Fiction CHOQUETTE (Adrienne).La nuit ne dort pas.Nouvelles {Québec} Institut Littéraire du Québec {1954}.153p.19.5cm.B Le dernier livre de Mme Adrienne Choquette est un des rares ouvrages de la littérature canadien-ne-française qui sache, par l’effet d’un art poli et authentique, mettre le lecteur en appétit et lui laisser l’impression finale d’un plaisir trop bref.L’auteur de la Nuit ne dort pas possède à un tel degré l’art de la narration dépouillée qu’il devient impossible à la lecture de ce court recueil de nouvelles de ne pas souhaiter que l’enchantement sè perpétue pour nous pendant des pages et des pages encore.Le secret de la perfection de l’ensemble réside, à n’en pas douter, dans le fait que Mme Choquette sait se borner.Dès lors, comment lui faire de la bri'veté un grief ?Le thème central du ret.jeil est la solitude, une solitude que h narratrice se plaît à observer sous les angles les plus variés et à travers des personnages qui se recrutent à tous les âges et aux échelons intermédiaires de la société.Certes, on peut reprocher à la vision de l’auteur son pessimisme latent, mais nul ne saurait être fondé à en contester le caractère émouvant, réaliste et hu-m;'in.L’humanité douloureuse, n."oissée, inquiète et résignée qui grouille dans la Nuit ne dort pas participe, sous des éclairages différents, à la détresse de l’éternel visage de l’homme, et voilà pour- 398 LECTURES Adrienne Choquette quoi elle ne nous laisse pas insensibles.Qu’il s’agisse de l’ineffable M.Franque trouvant la mort dans un effort désespéré pour la fuir ou de la mère accablée par la double malédiction d’avoir une fille folle après un époux dément, du meurtrier éprouvant de la difficulté à se mouvoir dans son nouveau personnage ou du père dont la cruauté raffinée fit de sa femme et de ses filles des loques humaines, c’est toujours la même solitude sans issue que la nouvelliste étale sous nos yeux, c’est toujours au cœur de cette « nuit qui ne dort pas » qu’elle traque ces figures hâves et tourmentées qui peuplent son dernier livre.Et il faut voir avec quel art fait de sobriété, de concision et de vérité elle évoque le solliloque de ces êtres harcelés et privés de toute espérance.Par le rythme alerte et parfois saccadé de la narration et par une virtuosité qui excelle à fixer d’un trait vigoureux la physionomie du personnage, la Huit qui ne dort pus est un recueil de tenue presque impeccable, vivant et humain.Une tristesse obsédante, nourrie de l’absence et du silence de Dieu, se dégage parfois de l’œuvre.Jean-Paul Pinsonneault ROY (Marie-Anna A.).Le pain de chez nous.Histoire d’une famille manitobaine.Montréal, Editions du Lévrier, 1954.255p.19.5cm.S2.ÜÜ (par la poste S2.10).TB Comme le notait un journaliste, il fait bon lire les auteurs canadiens.Leur œuvre, de valeur inférieure il va sans dire à celle des écrivains français, a cependant le mérite de nous renseigner sur notre milieu.Le Pain de chez nous de Mme Marie-Anna A.Roy n'échappe pas à la règle.Sobrement racontée, cette histoire de la famille Morin ne manque dans l’ensemble ni de vie ni d’intelligence.L’auteur débute laborieusement par une courte description de la maison paternelle.Mais bientôt les lieux s’animent et la narration s’amorce et se développe de façon intéressante jusqu’au dénouement.La romancière raconte avec naturel, dans un style dépouillé, ramassé et souple.Elle sait trouver l’expression juste, le détail caractéristique et fait preuve d’une certaine psychologie.Si ces personnages ne sont pas aussi bien campés qu’on le souhaiterait, ils ont pourtant un profil assez net.Charles-Léonce Morin, c’est le père irascible et grondeur, vieillissant et inquiet, tandis que Mélanie, de mai 1954 399 plusieurs années plus jeune, incar- Le Pain de chez nous, qui nous ne la mère courageuse et opti- livre quelques-uns des aspects les miste.Kl le sait laisser passer l’ora- plus caractéristiques de la vie ge qu’elle a souvent provoqué et d’une humble famille manitobai-demeurer fidèle à l’époux dont les ne, n’a certes pas la valeur des sautes d’humeur trahissent la plu- meilleurs romans canadiens-fran-part du temps l’affection véritable, çais, mais il ne décèle toutefois Les enfants ont hérité de leurs aucune grande faiblesse, parents le goût de l’aventure.Georges Ponton, c.s.c.Littérature étrangère SCIENCES SOCIALES Education GEORGES (Henri).Sans tricher.Information sexuelle dca garçons de 15 à 18 ans.Paris, Editions du Seuil {c 1953}.153p.h.-t.17.5cm.(Coll.Esprit).SI.35 (par la poste $1.45).B?Sans tricher de M.Henri Georges, que publiaient il y a quelque temps les éditions du Seuil, est un petit traité d’information sexuelle bien fait, clair et appelé à rendre de précieux services aux parents et aux éducateurs.Cet ouvrage, dans l’intention de son auteur, s’adresse aux garçons de 15 à 18 ans, mais nous croyons, en raison du caractère neutre de l’exposé, devoir en réserver la lecture aux adultes chargés d’assurer l’éducation sexuelle des jeunes.Il existe déjà sur le sujet trop d’ouvrages d’inspiration nettement chrétienne pour que s’impose la nécessité de recommander Sans tricher comme un livre indispensable.S’adressant au jeune lecteur, M.Georges écrit à la page 17 : «Ce livre voudrait t’aider à mieux saisir ce que sont l’amour et le mariage et comment ton adolescence doit te préparer à cet acte essentiel de la vie d’un homme et d’une femme : fonder un foyer.» Voilà certes un but très louable, mais est-il un catholique qui, à la lecture de ces pages, retrouvera dans les conceptions de l’auteur quelque chose de la grandeur que la Foi prête à ces réalités ?Si d’aventure l’exposé de Sans tricher fait allusion aux sacrements (Mariage et Eucharistie) et à la grâce, ce n’est qu’en passant et dans un contexte qui, de toute évidence, ne tient compte que des données de la morale naturelle.Certaine affirmation de l’auteur visant à faire de la conception actuelle du mariage monogamique « l’aboutissement d’une évolution de l’idée de mariage et de famille qui, des civilisations anciennes à notre civilisation, s’est épurée, a tendu vers la staiblité », paraît vraiment par trop sommaire et simpliste.Cet ouvrage, honnête et orné de beaux hors-textes, répond de façon trop neutre et limitée aux questions posées par les jeunes, pour que la prudence n’interdise pas de le mettre entre les mains des lecteurs à qui le réservait M.Georges.Pierre Mercure 400 lectures LITTÉRATURE Ecrits divers JUNGK (Robert).Le futur a déjà commencé.Traduction de Henri Daussy.Ouvrage orné de 16 héliogravures.Paris, Arthaud fc 1953}.240p.h.-t.21.5cm.(Coll.Exploration, no 6).B Ouvrage formidable qui ne sera malheureusement pas lu de ceux qu’il pourrait faire réfléchir sur le tragique du monde en « devenir », d’un «devenir» déjà arrivé, d’un futur déjà commencé.Eternel thème de la science, pour d’aucuns, gage de bonheur accru pour l’humanité et pour d’autres, manifestation de l’orgueil exacerbé des savants qui croient que la nature peut être indûment contrainte, contredite, asservie, faussée même.Dresser un barrage au détriment d’un petit village séculaire, engloutir une église pour que des turbines s’activent et que l’énergie en résulte pour éclairer la région, simplifiant le travail humain en décuplant son efficacité et en le rendant moins pénible, voilà qui rend le son lugubre du glas du clocher mourant sous le flot, mais on comprend quand même et on se résigne.Il faut aujourd’hui, de toute nécessité, accorder son pas à celui de l’époque.« La science, écrit le préfacier, jadis exercice ésotérique de l’esprit, science noble, respectable et bienfaisante, a depuis cinquante ans, abandonné les caves et les greniers pour descendre dans la rue.Elle a envahi les salons, elle s’est mêlée à la foule ; aujourd’hui elle fonde des villes-champignons, etc., elle a supprimé la Robert Jungk yiü distance, aboli la liberté individuelle tout en prétendant libérer l’homme ».Pessimisme, hypocondrie ?Non, réalisme effroyable, sidérant, apocalyptique.Rien ne se crée, rien ne se perd, disait-on.Avec la bombe atomique, on ne crée certes pas au sens philosophique du terme, mais la destruction est-elle définitive ?Après l’explosion de la bombe, toute végétation disparue, la vie peut-elle encore renaître ?Les destructions effectuées sont-elles sans cran d’arrêt ?L’œuvre de mort cesse-t-elle un jour ou les émanations des détritus de la bombe atomique continuent-elles leur infernal travail ?M.Robert Jungk, Américain d’origine allemande, réside aux Etats-Unis depuis 1947.Il a ob- serve, noté, conclu.L’impérialisme devient américain et le pire des impérialismes est celui qu’alimente actuellement la science américaine.L’auteur, tout d’abord, disserte sur l’appareil appelé Sabre.Il aborde ensuite la question des bombardiers, des fusées de cinq tonnes et demie dont l’une a atteint l’altitude de deux cent kilomètres dans le désert de Las Cruces.Robert Jungk évoque Los Alamos, la cité atomique des Etats-Unis, bâtie sur un plateau désertique entouré de ravins.Tous ces aperçus ne donnent qu’un faible idée des travaux qui s’effectuent, des puissances formidables qui s’élaborent pour la défense.ou la destruction du monde.L’auteur poursuit maintes incursions dans les différents champs de l’activité financière, commerciale et scientifique.Il expose, avec preuves à l’appui, ce que deviennent les organisations financières, commerciales et scientifiques des Etats-Unis.Si beaucoup sont dans l’admiration, l’auteur pour autant ne l’est pas.Il s’inquiète du sort réservé à la liberté humaine dans le triomphe de cette mécanique effroyable.Jungk, qui est chrétien, frémit d’horreur à la pensée de ces inventions meurtrières et l’on partage son sentiment à l’exposé de ce qu’est le détecteur de mensonges.Que devient dans tout cela la liberté humaine, la liberté de conscience ! Faut-il pour que le monde surv ive, recourir à toutes ces techniques, à toutes ces inventions d’une puissance qui dépasse l’imagination ?L’homme devient un numéro, une entité négligeable, broyé sous les expériences auxquelles il se prête.Le Figaro de Paris déclare rela- tivement à ce volume que ces enquêtes hallucinantes sont le symbole d’une profonde évolution aux Etats-Unis, d’une marche vers un extraordinaire appétit de puissance.Pour que la liberté règne sur le monde, renaisse en certaines de ses parties, faut-il s’appuyer sur les inventions dont on connaît à peine la puissance et les possibilités ?On sent que l’auteur est écrasé par la frénésie d’invention des savants américains.Il intitule son dernier chapitre : la Conversion des penseurs.Nous sommes à Princeton, New Jersey.Un professeur échange des idées avec l’auteur.«J’ai peur, affirme ce dernier pour l’Amérique, peur qu’elle ne sacrifie ce qu’elle a de meilleur, le respect de la liberté et de l’humanité à l’ambition et au désir de conquérir la toute-puissance».Un collaborateur de la fondation de Princeton apporte le mot de la fin.« L’important c’est de découvrir les idées authentiquement nouvelles, points de départ des réalisations de demain.Je souhaite que beaucoup voient le jour à l’Institut (de Princeton).D’ailleurs, Dieu soit loué, Princeton n’est pas le seul endroit du monde où l’on développe une activité créatrice ».A l’auteur qui lui demande s’il faut espérer, le professeur répond : «Conservez l’espoir malgré tout».Oui, il faut const ver l’espoir que le monde ne se suicidera pas.Les secrets de la bombe atomique, de la bombe hydrogène sont bien gardés et ce sont là secrets d’Etat.Il faut espérer cependant que cette ambition des savants américains de toujours faire plus grand, plus restructeur, aura un terme et que 402 LECTURES ce pays, né sous le signe de la liberté de conscience, de la liberté humaine, redonnera demain aux valeurs spirituelles et morales, le rang quelles méritent : le premier.Le présent compte rendu demeure bien incomplet et l’espace nous manque pour apporter quelques citations probantes.Cet ouvrage, en dépit d’une langue lourde et un peu choquante, recevra partout un accueil mérité.Il a été écrit en allemand avec des expressions techniques anglaises que le traducteur n’a pas su ou cru devoir traduire.Les professeurs, les prêtres, les chefs de milieux ouvriers, les personnes cultivées liront cet ouvrage qui invite à la méditation, à la réflexion.Il fera ardemment souhaiter à tous la paix, la paix promise aux hommes de bonne volonté, mais que les hommes, dans leur orgueil et leur folie, fuient à une allure qui n’a d’égale que la vitesse d’un engin de guerre moderne.Rodolphe Laplante RIVET (Charles).La vie à deux.Livre d’amour et de raison.{Avignon} Edouard Aubanel {c 1953}.223p.18.5cm.B Ce recueil de conseils, comme l’écrit l’auteur dans la préface, se propose d’enseigner « à des cadets des deux sexes d’aller à la vie sans foncer dans le noir ».Le sous-titre de l’ouvrage : Livre d'amour et de raison, explique clairement la pondération qui caractérise ces pages et l’équilibre de la vie à deux qui écarte l’aveuglement de la passion.La vie conjugale est ici étudiée sur le plan humain.M.Rivet s’adresse aux Français, mais tous tireront profit à lire ces considérations de portée générale.Je comparerais volontiers la Vie à deux à Comment se faire des amis.Divisé en trois parties d’une quinzaine de chapitres chacune, cet ouvrage propose à la réflexion du lecteur de courts sujets pratiques, dont l’ensemble constitue une mine facile à exploiter.C’est une clef de succès offerte par l’expérience et la sagesse d’un aîné.lui Vie à deux n’étant pas un traité de spiritualité, inutile d’y chercher une mystique du mariage.L’auteur sait pourtant tenir compte dans son exposé de l’influence de la religion sur le mariage et de la valeur religieuse de cette union.Il y prend même la défense de la religion contre certains esprits forts.Le lecteur catholique, toutefois, aimera compléter la lecture du livre de M.Rivet par celle d’un ouvrage d’une plus forte densité spirituelle.La l’ie à deux aborde les divers problèmes de la vie conjugale avec dignité et sur un ton vivant.Georges Ponton, c.s.c.Romans BAZIN (Hervé).Romans L'huile sur le feu.Roman.{Paris} Bernard Grasset {c 1954}.271p.20.5cm.(Le Cercle du Livre de France).B?Sur le ton âpre, violent et tendu qui lui est familier, le romancier de Vipère au poing nous raconte dans son dernier roman le drame d’un mutilé de guerre.Bertrand Colu.Certaines pages d’une vérité cruelle, d’une psychologie mai 1954 405 Hervé Bazin froide et incisive, figurent parmi les plus belles et les plus émouvantes qu’on puisse lire sous la plume de Hervé Bazin.Le style y trouve une nouvelle fermeté dans l’abandon, une qualité plus rare dans le choix des mots et l’éclat des images.L’univers fermé et tragique où se meuvent les personnages de l'Huile sur le jeu emprunte à l’hostilité d’un monde que ses habitants semblent vouloir interdit à la charité et s’illumine par instants de lueurs presque infernales.Comme le drame qui dresse l’un contre l’autre les époux Colu trouverait un prompt dénouement si seulement l’Amour avait quelque prise sur ces âmes écorchées ! Le héros qui, depuis sa mutilation, n’existe plus pour la femme dure et acharnée qu’est Eva Colu, appartient à « la race des contractés » : il n’admet personne à contempler la collection secrète de ses sentiments.Le mutisme et l’humeur sont devenus ses seuls refuges.Au fil d’une existence où le drame menace à tout instant d’éclater, Bertrand n’a jusqu’ici été sauvé du désespoir que par l’amour tendre et compatissant de Céline, sa fille unique.Par tous les moyens, celle-ci a tenté de ressouder une union que des forces obscures conduisent à la ruine.La stérilité de son effort s’impose à elle le jour où elle découvre en son père l’incendiaire qui sème la terreur dans la région.Mais pour rude qu’il soit, ce coup porté à son affection ne parvient pas à la détacher de celui dont la haine d’autrui a fait un monstre.On se défend mal à la lecture de ce beau et fort roman contre le climat étouffant d’une œuvre dont les personnages, sans cesse partagés entre la rage et l’exaspération, offrent quelque ressemblance avec les victimes de la tragédie antique.La fatalité y est souveraine maîtresse et la conduite de l’épouse, d’un odieux révoltant.Par la sombre vision qu’il étale d’un monde où le mal fait sans cesse obstacle au triomphe de la charité, ce roman s’inscrit à l’enseigne de la littérature pessimiste contemporaine.Jean-Paul Pinsonneault DU VEUZIT (Max.).Im mystérieuse inconnue.Paris, Jules Tallandier {c 1953}.256p.18.5cm.Si.25 (par la poste $1.35) B?Le roman de Mme Du Veuzit est très bien écrit.Elle pique la curiosité du lecteur avec sa Alyr- 404 LECTURES térieuse inconnue, que le héros rencontre dans les Alpes au moment où elle fuit ses compagnons de voyage.Pour échapper à la tutelle de ceux qui l’accompa-pour l’épouse du héros devant les gnent, l’inconnue se fait passer étrangers.Le jeune homme, devinant que la jeune fille de vingt ans a de bonnes raisons pour agir ainsi, accepte de jouer le rôle d’époux devant tout le monde, mais cela le met dans des situations assez embarrassantes.De plus, sa sympathie pour l’inconnue se change vite en amour ; il va même jusqu’à la demander en mariage.Pourtant il ne connaît même pas son nom.Cette confiance touche l’inconnue ; mais comme elle a une grave mission à remplir, elle abandonne son amant sans lui donner d’adresse.Le jeune homme finit par découvrir l’identité de l’inconnue et, après une crise de découragement, a le bonheur de la voir revenir à lui.Si les personnages du roman se conduisent bien au point de vue muiJ, on a souvent peur pour eux : les occasions de péché qu’ils rencontrent sont parfois fort périlleuses.Voilà pourquoi il paraît préférable de réserver ce roman aux adultes moralement formés.Léon Baron, c.s.c.VIRMONNE (Claude).Le chevalier d'espérance.Paris, Fd.Jules Tallandier [c 1953}.253p.18.5cm.TB Qu’écrire de ce petit roman vivant, propre, intéressant et des ouvrages de la Collection idéale de la famille ?Franchement, il devient presque impossible de re- commander ce genre d’ouvrages si l’on ne veut pas passer pour jobards ou naïfs.Claude Virmonne nous présente un roman comme il en existe des centaines.Résumons l’intrigue.Le père a été condamné à dix ans de prison par suite d’une erreur judiciaire.Sa bonne conduite lui vaudra une réduction de peine.Sa fille, parfaite de dévouement et d’une rare beauté, doit gagner sa vie et celle de sa grand-mère.Elle vit dans un dénuement complet et dans une privation quasi absolue lorsqu’elle est recueillie par un homme d’âge mûr, mêlé au drame familial.Comme il fallait s’y attendre, ce dernier a épousé en secondes noces une mégère et a un fils modèle.L’héroïne, qui est sans emploi, voit ses services requis par cet homme qui, par lâcheté, faiblesse plutôt, n’a pas su épargner au père de la jeune fille une injuste condamnation.Les deux jeunes gens s’amourachent l’un de l’autre et après quelques péripéties cousues de fil blanc, s’épouseront.Il va sans dire que le Chevalier d'espérance est le héros de ce roman banal.Les quelques restrictions que nous formulons à l’endroit d’un récit qui peut être mis entre toutes les mains, en somme correctement écrit et tout aussi intéressant que maints autres de la même veine, viennent du fait qu’on multiplie exagérément ces bleuettes romancées.Les adversaires des romans pour familles chrétiennes ou pour jeunes gens prennent prétexte de ces récits irréels pour affirmer que les ouvrages de fiction ne peuvent être que fades, invraisemblables s’ils ne contiennent une dose de faisandé ou d’immoral.mai 1954 405 Nous croyons l’heure arrivée de supplier les auteurs d’ouvrages sains de faire plus vrai, plus réel, moins invraisemblable, moins niais.Ne nous méprenons pas cependant.Le Chevalier d'espérance n’est pas plus invraisemblable que vingt autres romans que nous avons recensés ici même, mais il faut finir par demander grâce et exiger que Virmonne et comparses respectent l’intelligence de leurs lecteurs soucieux de la morale, tout en leur présentant des ouvrages humains, logiques.Si personne ne crie casse-cou, le public dégoûté ira bientôt chercher dans des œuvres malsaines une peinture de la vie, certes aussi fausse, mais plus séduisante.Rodolphe Lapi.ante WIFCHFRT (Ernst).Missa sine nomine.Roman.Traduit de l’allemand par Jacques Martin.Paris, Calmann-Lévy £c 1952}.360p.21.5cm.TB L’auteur, de langue allemande, a publié maints ouvrages dont les principaux sont la Forêt (1922), le Bois des morts (1924) et /e< Enfants férômine.Ernst Wiecherr nous présente aujourd’hui Missa sine domine qui est dans la même tradition que les Enfants Jérômi-ne.L’auteur n’est pas catholique.C’est cependant un grand croyant pétri de la Bible dont il imprègne à son tour certains de ses personnages.Sous ce titre énigmatique, l’auteur dépeint le bouleversement radical que le nazisme et deux guerres mondiales ont opéré en Prusse orientale où se déroule le roman qui nous occupe.Le princi- pal héros du volume est le baron Amédée de Liljecrona qui a passé quatre ans dans un camp de concentration naziste.Avant son départ, il vivait avec deux frères célibataires.II reviendra aigri, ayant appris que l’homme n’a pas de pire ennemi que l’homme.Il fuit tout d’abord ses semblables.II n’habite plus l’antique château, mais la bergerie de ce même château occupé par les Américains.Cependant, au contact de la nature, à l’exemple de cœurs simples comme celui du pasteur Wittkopf et du vieux cocher Christophe, notre héros s’humanise, reprend goût à la vie.Il se sacrifie pour une jeune naziste au cœur cruel qui a été façonnée par l’école païenne naziste et qui attend un enfant de ses relations avec un soldat de l’armée d’Hitler.Cette jeune fille que l’effondrement du régime hitlérien n’a pas désarmée, se prépare à le tuer.Il est blessé à la main, mais il lui pardonne, l’épouse et adopte son enfant.Tout cela est symbole comme le mariage de l’un de ses frères.C’est en bref l’Allemagne écrasée, vaincue qui va puiser aux sources de la charité évangélique dans l’humiliation de la défaite, les motifs de croire, d’espérer quand même afin que la vie jaillisse à nouveau dans un monde où la fraternité et l’amour remplaceront la guerre et la haine.Ouvrage d’une émouvante grandeur d’un des maîtres de la pensée allemande.Cet écrivain dont l’œuvre en allemand a connu un vaste tirage et qui est aujourd’hui traduite en français, vaut d’étre lu.L’allégorie est un peu diffuse.Les pages 124, 127, 128 étalent le drame profond de cette population 406 LECTURES aux mœurs simples, qui fut plongée dans le gouffre du militarisme, du paganisme, mais qui n’a pas perdu pour autant ses attaches chrétiennes, sa fidélité à un passé qui n’a pas manqué de grandeur.A la page 161, le pasteur dira : « Quand ceux qui souffrent n’attirent pas les hommes c’est qu’ils souffrent à tort ».Plus loin, l’auteur écrira : « Une Eglise qui avait envoyé ses pasteurs faire la guerre se devait d’observer quelque temps une réserve absolue.» Les ouvrages offrant cette plénitude, cette sérénité, cette foi en des valeurs spirituelles permanentes sont malheureusement îares de nos jours.Le récit fera du bien à tous lecteurs.La traduction est excellente.Puisque le monde est déchiré de plus en plus, puisque la paix véritable ne vient pas entre les nations et les peuples, il faudrait s’employer à la faire naître entre les individus et les familles, entre les membres des petites patries et de là, par osmose, le souci de la paix s’étendra à toutes les parties d’un même pays, filtrera même à travers les frontières.La paix et la sérénité, tels sont les phares qui attirent les regards de l’humanité souffrante à l’heure actuelle.André Rousseaux déclarait que les Enfants Jérômine avaient révélé au public un des grands romans de la littérature contemporaine et l’un des livres profondément expressifs de notre époque.Ali s sa sine nomine est de la même veine, de la même inspiration et de la même qualité.Nous en recommandons chaudement la lecture à tous ceux qui peuvent ap- précier des pages bien écrites, sereines et réconfortantes.Rodolphe Lapi.ante BIOGRAPHIES BERTAUT (Jules).La rie privée Je Balzac.{Paris} Hachette {c 1950}.255p.18.5cm.(Coll, les Vies privées).B?Dans la Vie privée Je Balzac, M.Jules Bertaut évoque en des pages animées, alertes et colorées cette ronde trépidante que fut l’existence du plus grand des romanciers français, d’un Balzac harcelé, traqué par ses créanciers, mégalomane impénitent, coureur invétéré et travailleur forcéné.Le biographe sympathique que se révèle M.Bertaut fait revivre avec beaucoup de vérité l’auteur de César Birotteau fuyant de domicile en domicile pour échapper à la meute de ceux qui lui réclament leur dû, tentant fortune dans des entreprises toutes plus hasardeuses les unes que les autres, échaffaudant avec un enthousiasme puéril des projets chimériques, se colletant avec l’âpre réalité d’un travail titanesque.Dans le cadre de cette étude bien documentée et qui se situe à mi-chemin entre la sécheresse et l’anecdote, la figure de Balzac s’impose au lecteur avec tout ce qu’elle a de michelangélesque et tout ce que le génie a pu y déposer d’éclat, de force et d’autorité.Mais comment ne pas blâmer M.Bertaut d’avoir, au nom de quelque vague respect du génie balzacien, tacitement enveloppé dans la grandeur littéraire de son modèle ce que la conduite morale de ce dernier a pu offrir d’odieux?mai 1954 407 Honoré de Balzac par Boulanger Le jugement de M.L.-J.Arrigon sur le sens de l’aventure amoureuse dans la vie du romancier éclaire, ce me semble, de façon révélatrice la discrétion indulgente de M.Bertaut.« Des émotions d’une passion naissante, Balzac attend l’oubli des orages de son existence incertaine.Elles le distraient de son travail excessif, apaisent le tumulte de son imagination surexcitée par l'effort créateur.C’est pour lui un divertissement et une évasion.Et puis il a toujours aimé que sa vie renfermât des parties mystérieuses, inconnues ou connues seulement de quelques-uns.Cela satisfait son goût du romanesque.» On ne saurait avec plus d’élégance laver la mémoire d’un personnage dont le génie ne saurait pourtant suffire à innocenter les turpitudes.Cette réserve faite, l’œuvre de M.Bertaut demeure un livre écrit sans bavures et d’une lecture agréable, une biographie concise, vivante et fidèle.jEAN-PAUI.PlNSONNEAULT EMMANUEL (Pierre).L’Ouvrier de la onzième heure.Paris, Editions du Seuil [c 1953}.248p.19cm.$2.15 (par la poste S2.25).B?L'Ouvrier de la onzième heure, qui fait suite à Oui est cet homme ?paru à la même enseigne en 1952, retrace les étapes de la faillite de l’espoir et de la foi du poète de Babel en la Révolution.C’est un livre âpre et courageux, tantôt violent presque jusqu’à l’excès, tantôt bouleversant de lucidité implacable.L’auteur y jette sur lui-même un regard sans merci, scrute les mobiles de son action sur le plan politique depuis 1936, nous livre en marge du sens chrétien de son œuvre poétique quelques précisions de nature à décevoir certains admirateurs du Poète et son Christ.On reste étonné à la lecture de ces pages par le son qu’elles rendent: ce témoignage porte la marque d’une sincérité émouvante et, qui plus est, authentique jusqu’à la confession.Sincérité qui me paraît d’autant plus admirable qu’elle ne se traduit pas uniquement dans le rapport exact des faits qui jalonnèrent l’aventure communiste d’Emmanuel, mais surtout dans cette logique du poète avec lui-même, qui l’incita à chercher dans l’idéal marxiste l’instrument de salut d’un monde « incapable de se trouver aucune raison de survivre » et « voué à disparaître 408 LECTURES dans la crise nihiliste de l’Europe néo-nazie ».Orienté de bonne heure vers le Parti par les déficiences d’une éducation janséniste et par l’horreur du milieu social où s’écoulèrent ses années d’adolescence, Pierre Emmanuel ne devait cependant pas trouver dans les rangs de la phalange marxiste cette « tvrannie de la vertu qui eût fait violence non seulement aux paresses acquises, mais à la médiocrité fondamentale de l’homme ».Stérile devait aussi demeurer son ambition d’y découvrir « un principe de spiritualisation définie à partir de l’existence quotidienne », quelque chose comme une « religion de l’homme en soi ».En 1947, un \oyage à travers les Balkans et l’Europe centrale fut, pour le poète de Tristesse ô ma patrie, l’occasion d’une prise de conscience très aigüe de l’emprise totalitaire de la Russie.Il commença, dès lors, à s’interroger sur l’existence possible d’« un moyen de rendre aux hommes leur liberté d’enfants de Dieu {.} sans que les frustre à chaque fois la trop humaine habileté des politiques dont l’art toujours fut de détourner les Croisades à leur profit».C’est à partir de ce jour que commença pour Emmanuel, éclairée par une espérance qui a vraiment quelque chose de pathétique, une lente remontée vers la Lumière.En des pages admirables, l’auteur évoque ici l’angoisse de ces heures incertaines.« Le monde entier, écrit-il, est une foire aux petits Baals, dont chacun pour se faire valoir bat l’estrade : mais ils font de moins en moins recette, nous sommes las d’être « sauvés » par des hommes, ô mon Dieu.Mon âme a soif de Dieu.Qui d’autre pourrait-elle attendre ?» A propos de Qui est cet homme ?, M.André Maurois a écrit : « Par la hauteur de la pensée, par la grandeur du dessein, par la perfection du style, ceci est le plus beau livre que j’aie lu depuis longtemps.Un texte dense et lourd de beauté.» L'Ouvrier de la onzième heure affiche les mêmes qualités.Il est dommage que la violence emportée de certaines pages contre le catholicisme soi-disant « encrassé de superstitions » et la « logorrhée melli-fluente » de la littérature des prêtres réserve un tel ouvrage aux lecteurs avertis.Jean-Paul Pinsonneault Grande primeur pour l'Année mariale UN EXTRAORDINAIRE ALBUM HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE 64 pages illustrées en 4 couleurs— Prix : S0.35 Ajoutez 1 Or/o pour frais de poste E1DES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal — PL.8335 mai 1954 409 Prix de fin d’année et livres de vacances CONTES POPULAIRES GASPESIENS, C.Roy — (illustré), 144p.$1.00 LA VIE GRACIEUSE DE CATHERINE TEKAKWITHA, J.Lavergne—125p.S 1.00 JUSQU’AU BOUT, Dollard des Ormeaux—(illustré), 103p.$0.90 SANG DES MARTYRS, Dollard des Ormeaux—(illustré), 96p.S0.90 MARTYRS DU CHRIST, Dollard des Ormeaux—(illustré), 84 p.$0.90 LE PRISONNIER DU VIEUX MANOIR, A.Lafortune — (illustré), 95p.$0.90 LL SECRET DE LA RIVIERE PERDUE, A.Lafortune — (illustré), 144p.S0.90 LA BELLE HISTOIRE DE TOB1E, Hug.Degiaire — (illustré), 96p.$0.90 LE CANON TONNE A SAINT-EUSTACHE, G.Cerbelaud-Salagnac — (illustré), 130p.$0.90 AUX MAINS DES IROQUOIS, G.Cerbelaud-Salagnac — (illustré), 85p.$0.75 LE CALVAIRE DE JEAN, R.Fagniez — (illustré), 88p.$0.75 LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DU PETIT BASILE, C.Hardouin — 69p.$0.75 LA CHOUETTE VERTE, Norbert Romain — 136p.$0.65 LE NAUFRAGE DU VAUQUELIN, Robert Hamei — 153p.$0.75 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, — Montréal 1, — PL.8335 410 LECTURES PANORAMA DU LIVRE Choix d’ouvrages GÉNÉRALITÉS NOGUEZ (Léon).Essai de bibliographie générale à l'usage du clergé.Paris, Union des Oeuvres Catholiques de France {1953}.27p.(Coll.Questions pastorales, série B).TB Cette bibliographie qui s’adresse aux prêtres du clergé paroissial et de l’enseignement secondaire, aux élèves de Grands Séminaires, n’a d’autre but que d’aider ces derniers à monter leur bibliothèque sacerdotale.Elle vise surtout à promouvoir une culture générale, religieuse et profane, équilibrée ; elle vise également à signaler les meilleurs aliments de la vie spirituelle et les meilleurs guides de l’action pastorale.SAGEHOMME (G.), s.j.Répertoire alphabétique de 16,-500 auteurs avec 57,000 de leurs ouvrages (romans, récits, pièces de théâtre qualifiés quant à leur valeur morale).Neuvième édition revue et complétée par E.Dupuis, s.j., directeur de la Revue des auteurs et des livres.Tournai, Paris, Casterman, 1954.808p.20cm.TB Depuis longtemps attendue par ceux que préoccupent le problème complexe du choix et de l’orientation des lectures, la neuvième édition du Répertoire alphabétique de G.Sagehomme, s.j.paraissait il y a quelques semaines aux éditions Casterman.Cette nouvelle édition, revue et augmentée par le R.P.E.Dupuis, s.j., directeur de la Revue des auteurs et des livres, fait mention des écrivains canadiens-français contemporains les plus représentatifs, indique la nationalité de l’écrivain et, quand c’est possible, des dates de sa naissance et de sa mort, renseigne par des sigles nouveaux sur la nature de l’œuvre et attire par une astérisque l’attention sur la valeur de l’ouvrage.Le nombre d’ouvrages mentionnés dans l’édition de 1951 a été porté de 55,000 à 57,000 et 1,000 nouveaux noms d’auteurs figurent dans le « répertoire » actuel.Un ouvrage que tous les bibliothécaires, tous les éducateurs et tous les directeurs spirituels doivent posséder.Il est de nature à rendre aussi aux familles où l’on s’adonne à la lecture de très grands services.RELIGION Spiritualité LAPEYRE (Pierre), s.j.Jalons de vie spirituelle par /'Apostolat de la Prière.Apostolat de la Prière {1954}.90p.16cm.TB Ce recueil qui se présente comme un commentaire des enseignements pontificaux sur l'Apostolat de la Prière, dessine les grandes perspectives dogmatiques dans lesquelles doit être vécue cette spi- mai 1954 411 ritualité d’offrande.Ces pages, bien propres à nourrir le zèle apostolique des zélateurs, des responsables et des aumôniers, développeront entre ces derniers la communauté de pensée et de cœur.Hiles conserveront aux divers groupements la même orientation d’action et entretiendront l’esprit de famille de la Société.MEYNIER (André), s.j.Louanges à la Trinité sur le mystère de notre salut.Toulouse, Apostolat de la Prière {1954}.78p.16cm.(Coll.J'apprends à prier.avec saint Paul).TB Ces « louanges » jaillies du cœur de saint Paul sous l’inspiration du Saint-Esprit se présentent comme une catéchèse priée de préparation au Baptême et l'initiation au mystère de Dieu dans le monde.Cœur à cœur avec les trois Personnes divines, l’entretien prend ici la forme de la prière litanique.Ce petit ouvrage contribuera sûrement à orienter les âmes vers la reconnaissance toujours plus claire et plus amoureuse de la Vie dont elles sont animées et qui n’est rien moins que la Vie de la Trinité habitant en eux.Mariologie *** Im Sainteté de la Mère de Dieu.Paris, Librairie P.Téqui {1951}.118p.19cm.(Coll.Présence du catholicisme, no 4).TB Ce petit ouvrage, écrit en collaboration, contient l’essentiel de douze leçon professées, dans un cours public de mariologie, par Tête de i.a Vierge m 7 é une équipe de travailleurs rattachés au Centre d’F.tudes et de Recherches Mariales d’Angers.Le lecteur y trouvera des aperçus d’une haute spiritualité sur l’aspect maternel et virginal de la sainteté de Marie, sur l’influence du Saint Esprit sur Marie, sur les vertus, les mérites, les souffrances et la prière de la Vierge, sur son Assomption.Les âmes mariales aimeront faire de ce petit livre substantiel un instrument de leur oraison en cette année centenaire de la définition du dogme de l’immaculée-Conception.Eglise catholique SEFFER (Jean), s.j.Fleur de pêcher.Scènes vécues en Chine rouge.Toulouse, Apos- 412 LECTURES tolat de la Prière (1954).105p.h.-t.18.5c.TB I.es récits que renferme ce recueil sont des histoires vécues.L’auteur, qui fut acteur ou témoin de plusieurs faits rapportés ici, a voulu faire mieux connaître les dures luttes et l’héroïsme des catholiques de Chine.Ces histoires ne nous sont pas données dans leur historicité nue ; le P.Sefïer les a revêtues du costume typique de la Chine d’aujourd’hui.Tout prend vie dans les exemples de ce recueil et revêt une couleur locale qui s’identifie pleinement à la réalité.Liturgie ELICOTEAUX (Dom E.).Le rayonnement de la Pentecôte.Paris, Editions du Cerf {1954}.152p.18.5cm.(Coll.L'Esprit liturgique, no 7)." TB Dans ce petit livre consacré à la Pentecôte et qui complète le Triomphe de Pâques du même auteur, Dom E.Flicoteaux, o.s.b.a voulu avant tout, comme il l’écrit lui-même dans Y Avant-propos, « faire ressortir ici l’intérêt d’une fête dont on ne saurait exagérer l’importance puisqu’elle n’achève la solennité pascale que pour en assurer le rayonnement liturgique ».Les trois parties qui composent l’ouvrage s’intitulent : Avant la Pentecôte, la Solennité de la Pentecôte et T Es prit de la Pentecôte et la vie de l'Eglise.Dans la première partie, l’auteur montre que durant les cinquante jours qui précèdent la Pentecôte, l’Eglise prépare ses fidèles, de façon manifeste et suivie, à célébrer la des- La Pentecôte cente du Saint-Esprit comme « le nécessaire et glorieux achèvement de l’œuvre rédemptrice».La seconde partie est consacrée à expliquer le renouvellement annuel, dans toute l’Eglise, par la célébration du mystère de la Pentecôte, d’une effusion surabondante du Paraclet.La dernière partie étudie l’action sanctificatrice et directrice de l’Esprit de la Pentecôte dans l’Eglise.SCIENCES SOCIALES Education BUCK (J.-M.de).Educateurs à la dérive.{Bruges} Desclée de Brouwer {c 1953}.192p.19cm.fil.50 (par la poste $1.60).TB Dans ce nouveau livre, J,-M.Buck tente d’apporter une solu- mai 1954 413 tion au problème angoissant que pose l’échec pédagogique de tel ou tel excellent éducateur ou professeur.Selon lui, un tel échec tient avant tout à un manque d’éducation personnelle.Après examen de certains cas concrets, l’auteur conclut pourtant de façon optimiste, car pareil échec pour peu qu’on le veuille, peut n’être pas définitif.J.-N.de Buck préconise ici une rééducation des éducateurs par un recours aux méthodes de la psychologie moderne.11 y va également de quelques suggestions du plus haut prix pour qui veut faire de son travail d’éducateur une œuvre fructueuse.Progrès et incertitudes de léducation nouvelle.{Paris} Presses Universitaires de France {c 1953}.213p.19.5cm.(Coll.Nouvelle recherche).TB L’éducation moderne, que de récents développements semblent avoir acculée à des difficultés imprévues, commande aujourd’hui plus que jamais peut-être une prise de conscience lucide et ferme.C’est à l’amorce d’une telle réflexion qu’ont voulu préluder les auteurs du présent ouvrage en tentant un examen d’un ensemble d’incertitudes fondamentales que l’éducation actuelle doit affronter lucidement si elle veut franchir une nouvelle étape.Comme l’écrit M.Viatte dans l’Introduction, « ce livre est dédié à tous ceux que préoccupent les problèmes actuels de l’éducation, mais avant tout aux parents et à ceux qui sont plus soucieux de donner à la famille une plus grande largeur de vues, une cons- cience plus éclairée de ses responsabilités, une meilleure aptitude à y faire face en centrant sur elle les multiples collaborations qualifiées que le progrès des connaissances et des techniques ainsi que les exigences toujours plus urgentes de notre temps lui font un devoir d’utiliser de plus en plus ».Question politiques Guerre et paix.De la coexistence des blocs à une communauté internationale.Compte rendu in extenso de la 40e session des Semaines Sociales de France, Pau 1953.Lyon, Chronique Sociale de France {1953}.398p.22.5cm.TB Ce fort volume qui renferme le compte rendu in extenso de la 40e Semaine Sociale de France, tenue à Pau en juillet 1953, constitue une véritable somme et fera date dans la pensée sociale chrétienne.Tel qu’il se présente, ce compte rendu ne prétend ni dresser un programme de politique internationale ni répondre à toutes les questions que se posent les consciences chrétiennes.Il veut tout simplement éclairer les intellectuels par un objectif des faits e tun rappel adapté des principes, préparer à l’action les cœurs et les volontés par quelques orientations larges et durables.Sous la signature de collaborateurs éminents, le lecteur trouvera ici un exposé de la crise mondiale actuelle, de la conception chrétienne de la paix, de la sociologie de la guerre moderne et de la théologie de la juste guerre, un rappel des attitudes de l’Eglise catholique en face de la guerre et de la paix, etc.414 LECTURES LORSON (Pierre).Défense de tuer.{Paris} Editions du Centurion {1953}.142p.ill.19cm.(Coll, le Poids du jour).Sl.00 (par la poste $1.10).TB Ce livre courageux et indispensable à tout homme décidé à œuvrer utilement pour la paix, aborde avec une franchise et une bonne foi indiscutables le problème brûlant de la guerre et de la paix.L’auteur y rappelle l’enseignement de l’Evangile sur le sujet, y discute la doctrine des docteurs de la guerre juste, y étudie les méfaits de la guerre, la psychose de la peur et la perplexité qu’elle entraîne, y traite de l’immoralité de la guerre offensive et de la légitimité de la guerre défensive.Tous les chrétiens trouveront dans ces pages de nouveaux motifs d’action en faveur de la paix.La paix intérieure des nations.Présentation et tables par les moines de Solesmes.{Tournai} Des-clée et Cie.s.d.588p.17.5cm.(Coll, les Enseignements pontificaux).S3.15 (par la poste S3.25) TB Dans une rétrospective qui va du pontificat de Pie VI à celui de Pie XII, le présent ouvrage nous offre une somme de renseignements pontificaux sur l’importante question des rapports de l’Etat avec les diverses forces qui composent la nation (familles, sociétés de travail, institutions-tradi-tionnelles, opinion, presse, etc.).Le lecteur trouvera donc traités ici « les problèmes relatifs à la vie en commun dans l’ordre : l’origine de la société, de l’autorité, les formes de gouverne- ment, le caractère organique du corps social ; les problèmes de la vie en commun dans la tranquillité : le bien commun, les droits fondamentaux de la personne, le problème de la liberté et ses conséquences, l’obéissance au pouvoir, les devoirs religieux de l’Etat, ses droits et devoirs envers les sociétés inférieures et envers les citoyens».Il serait à souhaiter que les gouvernants et les personnes préposées à la sauvegarde de la paix à l’intérieur de la société fassent de ces pages la règle fondamentale de leur action sur le plan politique et national.Le problème féminin.Présentation et tables par les moines de Solesmes.{Tournai} Desclée et Cie, s.d.208p.17.5cm.(Coll, les Enseignements pontificaux).TB Le Problème féminin est un ouvrage qui collige les principaux documents émanés du Saint-Siège en réponse aux problèmes cruciaux que pose, à notre époque, la transformation complète du caractère de la vie féminine.Ces pages attireront l’attention de la femme sur les dangers multipliés qui la guettent dans le monde moderne, lui rappelleront sa glorieuse mission d’épouse et de mère, lui indiqueront les conditions d’une préparation efficace aux devoirs nouveaux qui sont devenus les siens aujourd’hui.Aucune femme ou jeune fille ne songera — du moins nous l’espérons — à se dispenser de chercher dans cet ouvrage la direction sûre qui lui permettra de se guider au milieu de la confusion actuelle.mai 1954 415 LITTÉRATURE Romans CYS (Eric de).Les Champlaur et leurs voisins.Paris, Editions Gautier-Langue-reau, 1953.253p.19cm.(Coll.Bibliothèque de ma fille).S 1.25 par la poste $1.35) TB Dans ce nouveau roman, où l’auteur nous livre un épisode inédit de la vie de la famille déjà bien connue des Champlaur, c’est avec plaisir que nous retrouvons des personnages admirablement campés et d’une vérité émouvante.En l’absence de Jean de Champlaur parti combattre en Indochine, Guilhem et Brigitte de Champlaur ont recueilli sa femme et pourvoient à l’éducation de leurs neveux Gérard et Anne.La vie d’une aussi grande maisonnée ne peut aller sans heurts, mais la sagesse et la bonté des jeunes époux savent triompher des difficultés et ramener le calme et le bonheur dans la maison.GARLANDE (Laura).La danse inconnue.Paris, Editions Gautier-Languereau, 1953.252p.19cm.(Coll.Bibliothèque de ma fille).$1.25 (par la poste $1.35) TB Dans ce roman dont certaines péripéties frisent l’invraisemblance, les lectrices retrouveront tout ce que ce genre littéraire recèle de plus impersonnel, de plus con-trouvé et de plus détestable.Le jour de ses fiançailles avec Philippe, Françoise de Vallier, à la suite d’un cambriolage, perd la vieille tante qui Pélevait.La jeune fille, sans nom et désormais sans foyer, est abandonnée par son fiancé.Elle se lie d’amitié avec un jeune Anglais cjui, intrigué par le visage exotique de Françoise, va chercher au bout du monde la solution du mystère qui plane sur les origines de l’héroïne.Le roman se dénoue par le mariage de la jeune fille avec le compagnon des mauvais jours.ROBITALLIE (Henriette).Renata.Roman.Paris, Spes [1954}.155p.19.5cm.B Dans ce roman fort, d’une psychologie délicate et profonde, où la fantaisie, la poésie et l’humour donnent à l’intrigue une grâce irrésistible, Mme Henriette Robi-taillie nous peint les conséquences douloureuses d’une faute.L’héroïne, dans un moment de folie, a quitté autrefois son mari et ses enfants.Elle a vite été dégoûtée de l’aventure, mais elle n’a pas osé revenir.Elle s’y décide après la mort de son mari.Ses fils et ses filles la reçoivent poliment, mais l’erreur de la mère a jeté sur leur vie une ombre funeste, et leur avenir en est menacé.Le repentir sincère de Renata ne suffit pas à effacer certains stigmates, et ces suites du péché, en atteignant des innocents, infligent à la mère une leçon pleine d’amertume.Un roman que les adultes ne sauraient lire sans y puiser une leçon émouvante de fidélité.HISTOIRE PIEPER (Josef).La fin des temps.Méditation sur la philosophie de l’histoire.416 LECTURES Traduit de l’allemand par Claire Champollion.{Bruges} Desclée de Brouwer {c 1953}.200p.18.5 cm.(Coll.Textes et études philosophiques).S 1.50 par la poste $1.60) TB Aujourd’hui peut-être plus que jamais l’esprit de l’homme parait hanté par le problème que pose la venue de l’Antéchrist.Dans la Fin des temps, Josef Pieper nous indique le sens de J’histoire tel que nous l’offrent la théologie et l i philosophie, et nous aide à re-décourvir la perspective eschato-logique.Parmi les points les plus importants abordés par l’auteur de cet ouvrage indispensable à ceux qui désirent réfléchir sur le sens de l’histoire notons les suivants : l’ordonnance de la philosophie de l’histoire à la théologie, le caractère prophétique de la réponse théologique à la question sur la fin des temps, l’homme contemporain et la représentation de l’Antéchrist, le sens de l’expression « règne de l’Antéchrist », etc.LIVRES POUR LES JEUNES ARVEL (Alain) et ALAIN (Jean-Claude).Le roi Mêzel.(Baudoin IV) Récit.Illustrations de Pierre Forget.Paris, Spes {1954} 173.ill.19cm (Coll.Jamboree).Qui ne se rappelle la figure attachante et profondément claire de Baudoin IV, roi de Jérusalem à quatorze ans, atteint à quinze ans par la lèpre.C’est ce récit non romancé, établi sur des faits historiques indiscutables, que nous présentent aujourd’hui Alain Ar-vel et Jean-Claude Alain.Les deux auteurs ont réalisé une espèce de chef-d’œuvre du genre, un récit historique dru, vivant, profondément humain.La lecture de ce récit enthousiasmera les jeunes, car Baudoin demeure un héros à leur taille et selon leur cœur.CHABAR (Jacques).La cité du serpent à plumes.Illustrations de Jan-Loup.Paris, Editions Fleurus, Editions Gau-tier-Languereau, 1954.124p.ill.18cm.(Coll.Jean-François).J Une troupe hardie de savants entreprend d’arracher son secret à une antique cité maya depuis des siècles engloutie sous l’exubérante végétation d’une jungle infranchissable.Aux embûches de la jungle, infestée de fauves et de sauvages, s’ajoutent les guet-apens machinés par des traîtres qui veulent intercepter le secret pour s’emparer des richesses qu’ils croient enfouies dans le sanctuaire abandonné.Ces pages mouvementées feront vivre au lecteur quelques heures de passionnante aventure.COURTOIS (Gaston).Saint Jean-Baptiste de La Salle.Illustrations de Robert Rigot.Paris, Editions Fleurus {1954}.s.p.ill.27cm.(Coll.Belles histoires et belles vies, no 20).J Voici la vie d’un grand apôtte de l’enfance et de la jeunesse : saint Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.Au cours de ces pages remarquablement mai 1954 417 illustrées par Robert Rigot, l’auteur nous entraîne sur les pas du Saint et nous découvre les richesses merveilleuses de cette âme éminemment sacerdotale et généreuse.Il nous fait assister aux humbles débuts de la Congrégation, à ses vicissitudes et à ses difficultés, puis à son extraordinaire essor.Jeunes et adultes trouveront plaisir et profit à lire cet album qui leur présente de façon passionnante une des plus belles et des plus entraînantes figures de l’apostolat.CRISENOY (Maria de).La forêt flambe.{Bruges} Des-dée de Brouwer {c 1954}.174p.ill.19cm.(Coll.Belle humeur).J L’écrivain au style alerte et précis qu’est Mme de Crisenoy entraîne cette fois ses jeunes lecteurs dans un monde qui n’offre plus rien de l’irréel et superficiel univers qui fut longtemps à la mode dans la littérature enfantine.Elle leur fait vivre aujourd’hui une aventure vraie dans un roman qui est une leçon de responsabilité, d’amour et de générosité.Six garçons travaillent dans un chantier des Landes.Ils y découvrent une vie nouvelle et, en exécutant leur tâche quotidienne, ils apprennent d’abord à se connaître eux-mêmes Un incendie bouleverse leur existence.Nous assistons à leur lutte héroïque contre l’élément déchaîné.FLUSIN (Geneviève).Sainte Geneviève, patronne de Paris.Illustrations de Raoul Auger.Paris, Editions Fleurus {1954}.s.p.ill.27cm.(Coll.Belles histoires et belles vies, no 19).J Dans un style ferme, vivant et clair, l'auteur campe ici un portrait merveilleux de la Sainte qui, un jour, arrêta les Huns aux portes de Lutèce et mérita de devenir par la suite la patronne de Paris.Née à Nanterre, en 422, Geneviève vécut dans l’humilité et la soumission à la volonté de Dieu le rôle social de la femme chrétienne.La valeur des illustrations qui ornent cet album est vraiment remarquable par la fermeté et la finesse du dessin, par le mouvement des personnages et par le respect de la vérité historique dans les costumes et le cadre de vie.FRIEDRICH (Karl).L’équipée.Roman.Traduit de l’allemand par René Rochon.Préface de Jean-Claude Alain.Illustrations de Maurice Pecnard.Paris, Spes {1954}.174p.ill.19 cm.(Coll.Jamboree).J Ce roman, écrit avec beaucoup d’humour, raconte l’équipée de Pierre Grosse qui, à quatorze ans, décide de « vivre sa vie » et s’engage comme mousse à bord d’un bateau cinglant vers les Iles Fortunées.Mais les choses ne sont pas aussi simples que l’imaginait le garçon : il faut gagner un port d’embarquement, triompher de beaucoup d’ennuis, se défendre contre le froid, la faim, la malveillance.Livre attachant, réussi et profond qui plaira aux jeunes lecteurs en leur montrant les peurs, 418 LECTURES les lâchetés et le courage d’un héros de leur âge.LORY (Marie-Joseph).Le crapaud volant.{Bruges} Desclée de Brouwer {c 1953}.173p.ill.19cm.(Coll.Belle humeur).J Avec ses amis, Florent Jardinel, ancien pilote militaire, a construit un avion : le Crapaud volant.Un moment, il a voulu battre le record de distance pour avions sur le trajet Paris-Casablanca.Mais il s'est sacrifié pour apporter d’urgence un sérum très rare à un enfant à l’agonie.Voici un roman d’une qualité rare.La technique de l’aviation y est mise à la portée de tout le monde, gentiment, en bavardant.MAYAN (Rémy).Cadet de Provence.Illustrations de P.Brochard.Paris, Editions Fleurus, Editions Gautier-Langue-reau, 1954.124p.ill.18cm.(Coll.jean-François).J Petit roman d’une verve étonnante, Cadet de Provence raconte l'histoire aventureuse de Jean d’Aurel dont l’audace bouillonnante et parfois naïve, le sens généreux et loyal du devoir et du droit, les vertus chrétiennes héréditaires font un héros bien sympathique.Ce livre qui évoque l’aventure et le panache plaira aux jeunes parce qu’il est peuplé de personnages hauts en couleurs et parce qu’y abondent les intrigues infâmes ou bouffonnes, les attaques, les pièges, les embuscades, héroïquement déjoués par notre vaillant petit chevalier.PUDNEY (John).Camp Z.Traduit de l’anglais par Alain Valière.{Bruges} Desclée de Brouwer {c 1953}.165p.ill.19cm.(Coll.Belle humeur).J Aux prix d’efforts terribles et à travers les plus dangereuses asentures, Fred et son compagnon décident d’aider Michael et son père à échapper à leurs ennemis qui le retiennent prisonniers dans le fameux camp Z.Tous les jeunes vivront des minutes inoubliables en accompagnant les héros de ce roman captivant dans l’univers mystérieux et plein d’installations étonnantes où se situe l’action du livre passionnant de John Pudney.RIVIERE (Bertrande de).Le tigre rugira cette nuit.Illustrations d’Alain d’Orange.Paris, Editions Fleurus, Editions Gau-tier-Languereau, 1954.128p.ill.18cm.(Coll.Jean-François).J Les jeunes liront avec beaucoup d’intérêt ce nouveau récit captivant de Bertrande de Rivière.Dans cette intrigue aux mille péripéties et conduite avec une amusante maîtrise, l’auteur invite son lecteur à rechercher avec Bob Maurier, jeune journaliste ami du prince Safti, l’auteur d’un vol sensationnel dont a été victime la femme de chambre de la maha-ranée de Ranjipoor.Des événements tragiques entoureront le dénouement de cette affaire mystérieuse.VIALAR (Paul).Le voilier des îles.Illustrations de Pierre Joubert.Paris, Editions Fleurus, Editions Gautier-Langue- mai 1954 419 reau, 1954.123p.ill.18cm.(Coll.Jean-François).J Au moment de lever l’ancre pour une croisière « aux îles ».Toussaint, jeune capitaine du Ga-bian, se rend compte de la présence à bord d’une passagère imprévue, Sidonie de Goderville, fille de l’armateur du navire.Les caprices de la fantasque Sidonie animent de façon bien inattendue la croisière qui entraîne le Gabian jusqu’au pays des anthropophages.Paul Vialar nous conte ces aventures d’inoubliable façon, mettant à la portée des jeunes le grand talent qu’on lui connaît.POUR L ASSEE MARIALE ALLARD (Paul), s.j.Prière et silence.(Méditations avec la Vierge).158.—$1.50 BARTHAS (Chan.C.) Les apparitions de Fatima.157p.— ill.— $0.75 BONNET (Léon) O Vierge Marie.(Elévations sur les litanies de la Sainte Vierge).308p.—$2.25 LHOUMEAU (R.P.) de la Compagnie de Marie La vie spirituelle à l’école St-Louis-Marie Grignon de Montfort.456p.— $2.50 MARIE-MAXIMIN (Frère), é.c.Mon Rosaire à la lumière de l’étoile.43p.— $0.15 MINDSZENTY (Card.J.) La Mère miroir de Dieu.274p.— S2.50 MOINES (Les) DU MONT PELE 31 Méditations sur le coeur douloureux et immaculé de Marie.84p.— $0.45 PIAT (Stéphane-Joseph), o.f.m.La Vierge du sourire et Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus.105p.— $0.95 PIE XII (S.S.) Lettre encyclique "Fulgens Corona”.31p.— $0.15 PLUS (Raoul), s.j.L’Etoile de la mer.(Notre-Dame de Boulogne, la Vierge nautonière).29p.— $0.25 SP1CHT (Joseph), c.ss.r.Ainsi vécut Marie.200p.— $1.75 — - Ajoutez 10% pour frais Je poste — FIDES — 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal — PL.8335 420 LECTURES BIBLIOTHECA Bibliothèques municipales de Paris' Favorisée d’une bourse du gouvernement de la Province et d’un généreux congé de la part de la Ville, j’ai pu, pendant un an suivre les cours de l’Ecole de Bibliothécaires de l'Institut Catholique de Paris.Durant ces études, afin de mettre la théorie en pratique, nous sommes tenus à trois stages de trois mois chacun dans diverses bibliothèques.Sous l’œil de bibliothécaires avertis, nous nous occupons du travail particulier à chacun des départements.Quoi de plus intéressant que de passer dans toutes ces sections et d’exécuter le travail propre à chacune ; voilà une très belle expérience pour la formation professionnelle.Une bibliothèque prend de l’expansion en autant que son personnel connaît ses matières et est intéressé.11 peut ainsi répondre aux différentes questions de ses lecteurs et diriger leurs recherches et leurs lectures.Mon premier stage s’écoula à la Bibliothèque du Musée de l’Homme, au Palais de Chaillot.Bibliothèque surtout de référence, elle ouvre de 10 h.à 12 h., et de 14 h.à 18 h.Depuis la guerre, seuls les doubles sont prêtés aux étudiants, au personnel du Musée et aux membres des sociétés.Les livres et les brochures au nombre de 150,000 environ couvrent l’anphropologie physique, l’ethnologie, la préhistoire, la psychologie sociale et les arts primitifs qui sont classifiés suivant le système du Congrès de Washington et catalogués selon les méthodes américaines.La classification du Congrès rebute les Français habitués au système propre à la Bibliothèque Nationale ou aux méthodes un peu vieillottes et moins scientifiques de classification par formats et numéros d’inventaire en usage en maintes bibliothèques.A ma grande surprise, Mlle Oedon, bibliothécaire, me sachant au courant du système du Congrès me demande de préparer un tableau synoptique de cette classification et des exemples de fiches avec explications afin d’en faciliter l’intelligence aux lecteurs.A la Bibliothèque de l’Ecole nationale des Mines, genre vieille bibliothèque française où j’accomplis un stage, je m’occupai des publications officielles du Ministère canadien des Mines, et surtout du dépouillement de revues en classifiant et cataloguant ces articles.Ce stage de trois mois ne fut pas le moindre ni le moins intéressant.En Europe il faut diviser les palais des livres en bibliothèques publiques de référence et en bibliothèques publiques de prêts.Les premières sont des bibliothèques d'études et de travail où nous avons accès en présentant une carte d’identité.Les grandes bibliothèques figurent parmi celles-ci.Mentionnons, à l’ombre de l’Institut, la bibliothèque Mazarine, première bibliothèque parisienne ouverte au public.Formée en partie des collections de Mazarin, elle renferme surtout des œuvres littéraires, les célèbres pamphlets « les Mazarinades », une mai 1954 421 belle collection de manuscrits et de riches reliures aux armes d’Henri II, de Catherine de Médicis et de Diane de Poitiers.La bibliothèque de l’Arsenal, boulevard Henri IV et rue de Sully, occupe depuis 1797 1 ancien Arsenal.Charles Nodier, bibliothécaire de 1824 à 1844 y tenait son salon littéraire où le mouvement romantique prit naissance.José-Maria de Hérédia suivit son exemple et les Parnassiens fréquentèrent son salon.L’Arsenal est la deuxième bibliothèque de France par ses volumes, plus d’un million, ses manuscrits, ses estampes et son importante collection théâtrale.Terminons ce cycle par la Bibliothèque Nationale.Ne pénètre pas qui veut dans les salles de travail de la Nationale comme on va le voir en effet.L’accès est subordonné à la présentation d’une carte délivrée au secrétariat moyennant deux cents francs et justifiée par un diplôme d’enseignement supérieur, des motifs artistiques, littéraires, professionnels ou scientifiques.Pour les travailleurs étrangers on exige une recommandation de l’attaché culturel.Ces formalités remplies, nous recevons à la fin de la semaine notre carte u’admission.Malgré ces restrictions on voit presque chaque jour une file résignée attendre que des lecteurs satisfaits ou déçus abandonnent les places tant convoitées.Armée de mon Sésame, je pénètre dans la salle de travail où déjà 344 lecteurs trouvent place.Les statistiques comptent 900 lecteurs par jour, une moyenne de 24,000 par mois et 60,000 pièces communiquées.A l’entrée, il nous faut échanger la fameuse carte contre un carton portant le numéro de la place à occuper.Le long de l'allée centrale et autour de la salle 8000 usuels, dictionnaires, encyclopédies et manuels d'un usage quotidien.Traversons cette salle et descendons au département des catalogues et bibliographies, où j’aimais tant travailler.Les nombreux fichiers de catalogues enrégis-trent plus de six millions d’imprimés, sans doute la collection la plus considérable du monde.Déjà riche par ses fonds anciens qui se sont accrus à la Révolution d'un apport considérable, par la confiscation des bibliothèques des couvents et des émigrés, la Bibliothèque Nationale s’enrichit sans cesse par la loi qui oblige auteurs et éditeurs à y déposer six exemplaires de leur publication.Ces fonds posent de graves problèmes de logement.Il n’y a donc pas que les humains à avoir des problèmes de logement, les bouquins ont aussi les leurs.Comme on peut le voir, c’est le siècle des crises, crise d’espace à la Nationale de Paris et à la Municipale de Montréal.Faudrait-il en venir à imiter ce monsieur qui avait une singulière manière de composer sa bibliothèque et bien opposée à la bibliothéconomie.Quand il achetait un ouvrage, fut-il en douze volumes, s’il n’y trouvait que six pages de bonnes il conservait ces six pages et jetait le reste au feu.Je suis intéressée au fonctionnement de ces grandes bibliothèques, mais plus particulièrement aux bibliothèques municipales qui, par leur importance et leurs méthodes se rapprochent davantage des nôtres.Arrêtons-nous un moment à celles de la Ville Lumière.422 LECTURES La première dans la mairie du I le arrondissement date de 1866.En 1940 à cause des circonstances vingt-trois bibliothèques ont été fermées.Depuis, la plupart ont repris leur activité à l’exception de quelques-unes dont cinq dans des arrondissements devenus quartiers de bureaux et magasins.Paris possède 77 bibliothèques municipales divisées en centrales d’arrondissement installées dans les mairies mêmes ou leurs annexes et en bibliothèques de quartiers logées dans les écoles de garçons.Toutes relèvent de l’Administration municipale.Parmi celles de la préfecture de la Seine treize seulement ouvrent 38 heures par semaine précisément les mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10.30 à 17.30, le vendredi de 15 h.à 21 h.et le dimanche de 9 h.à 12 h.Elles sont fermées les lundis et jours fériés.Pour les bibliothèques dites à mi-temps, le public y a accès de 13-30 h.à 17.30 h., les mardi, mercredi, jeudi et samedi, le vendredi de 17 h.à 21 h., et le dimanche de 9 h.à 12 h.Les bibliothèques de quartiers ouvrent 7 heures par semaine soit les mercredis et samedis soirs de 18 h.à 20 h.et le dimanche de 9 h.à 12 h.Seules les bibliothèques centrales sont aménagées pour la lecture sur place, celles des quartiers ne fonctionnent que pour le prêt à domicile.La plupart sont logées dans des locaux de fortune, parfois même au 3e ou au 4e étage.Afin d’avoir sa bibliothèque on tire même parti de couloirs.On utilise dans plusieurs toute la hauteur murale en établissant une ou deux galeries.Sur les 77 bibliothèques, deux sont réservées uniquement aux enfants : la bibliothèque 1’ « Heure Joyeuse» et celle de la rue Sorbier.La bibliothèque de la rue Fessart et les centrales des 4e et 10e arrondissements ont chacune une section enfantine, vaste salle très claire et bien aérée qui peut accueillir une soixantaine de jeunes pour la lecture sur place.La section enfantine du 14e donne sur une terrasse qui à la belle saison permet la lecture en plein air.Les jeunes lecteurs ont dans sept mairies une pièce indépendante où ils se sentent chez eux.Les autres bibliothèques privées d’une véritable section enfantine possèdent au moins une importante collection de livres mise à part dans des rayonnages faciles d’accès aux jeunes lecteurs.L’administration étudie la possibilité d’ouvrir des bibliothèques publiques dans ces centres scolaires dont la construction est projetée.Ces locaux seraient aménagés spécialement comme bibliothèques au rez-de-chaussée et avec accès direct sur la rue.La propagande a été intensifiée, des enseignes lumineuses signalent la présence de la bibliothèque.Des plaques émaillées ou en bois indiquent les jours et les heures d’ouverture.Plusieurs émissions consacrées spécialement aux jeunes leur font connaître les bibliothèques.En novembre 1952 la Bibliothèque V « Heure Joyeuse » organisa une exposition sur les illustrateurs contemporains français, et la Bibliothèque nationale dans sa superbe galerie Mazarine si richement décorée en organisa une consacrée aux livres d’enfants de tous les pays.Le personnel des bibliothèques à temps complet est recruté par concours.Il comprend des bibliothécaires, bibliothécaires-adjoints, as- mai 1954 423 sistants et appariteurs.Pour l’emploi de bibliothécaires, la licence d’enseignement et le diplôme supérieur de bibliothécaires sont exigés et pour les adjoints, le baccalauréat et le diplôme supérieur.Le nombre et la valeur des candidats inscrits permettent un recrutement de choix selon les renseignements donnés par un des inspecteurs.Le conseil municipal a voté pour l’année 1953, 40,000,000 de francs, soit S105,000.Les crédits sont répartis entre les bibliothèques suivant l’importance des prêts.Chaque année l’Inspection retient une somme importante afin d’avantager une bibliothèque particulièrement déshéritée ou rajeunir un fonds.Le système d’achat est simple ; chaque bibliothécaire choisit ses volumes et envoie sa liste d’achat au Bureau central qui approuve.D’autre part, un choix important de livres existe au Bureau central et les bibliothécaires peuvent aller choisir des ouvrages susceptibles d’intéresser leurs lecteurs.Les bibliothécaires reçoivent aussi de nombreuses revues très goûtées du public.Les municipales de Paris ne sont pas des bibliothèques de conservation.L’ensemble des collections comporte surtout des ouvrages généraux modernes qui se proposent un triple but : distraire, cultiver et documenter.Les romans français, romans classiques ou modernes et traduits de l’étranger y tiennent une très grande place.Les ouvrages 'd’histoire, études historiques, récits d’événements, mémoires biographiques figurent en grand nombre.Viennent ensuite les ouvrages de critique littéraire, la poésie, le théâtre ; les autres classes par ordre d’importance, sciences pures et appliquées, géographie, voyages, beaux-arts, sciences sociales, philosophie, religion, dictionnaires et partitions de musique.Actuellement les bibliothèques municipales de Paris mettent à la disposition de leur public un ensemble de 800,000 ouvrages.Le libre accès aux rayons existe dans toutes ces bibliothèques à l’exception de deux.Le système de classification Dewey avec deux ou trois décimales et la lettre d’auteur sont adoptés et pour les romans les trois premières lettres du nom d’auteur.Les partitions de musique sont groupées sous l’initiale M et classées par les trois premières lettres du nom du compositeur.Les livres sont inventoriés et classifiés à leur arrivée à la bibliothèque.Sur la page titre on souligne pour le tirage l’auteur et le titre et on marque à la mine la cote afin que le tout soit reproduit à la reliure.Au verso de la page titre apparaît à l’encre le numéro d’inventaire ainsi que la cote car les volumes ne possèdent pas d’ex-libris.En revenant de la reliure les volumes sont catalogués.On rédige une fiche d’auteur et une fiche matière, une fiche titre pour les romans seulement ; ces fiches sont intercalées dans un catalogue dictionnaire à la portée des lecteurs.Un catalogue topographique est à la disposition de la bibliothécaire.424 LECTURES Pour la rédaction des fiches prenons comme exemple le livre de Jacques Madaule dont la page titre est présentée de cette façon : Jacques Madaule Le drame de Paul Claudel Préface de Paul Claudel 3e éd.considérablement augmentée Desclée de Brouwer.La fiche sera rédigée Madaule, Jacques 8404-M Le drame de Paul Claudel Paris, Desclée de Brouwer, 1947 498 au verso en rouge Claudel, Paul Littérature française, - Critique pour topo prenons comme exemple : Balzac, Honoré de Le lys dans la vallée.Paris, Ollendorf, n.d.Ex.1 4 (Simon 2 5 3 (Albin Michel) 6 (éd.du Dauphin) 1 seule fiche topo pour les différentes éditions.Depuis 1948 les statistiques de prêts ne cessent d’augmenter.Le genre de livres prêtés diffère d’un quartier à l’autre.Mais tout de même on peut dire que les romans sont naturellement les plus recherchés ; les œuvres littéraires viennent en second ; les voyages, l’histoire, les biographies se partagent les faveurs du public ; la philosophie, les sciences et les beaux-arts trouvent aussi de nombreux amateurs.Les abonnés appartiennent à des milieux très variés.Il ressort que les adultes de 16 à 50 ans forment la grande majorité des lecteurs.Au moment de l’inscription c’est un peu plus compliqué qu’ici.On exige de chacun une pièce d’identité officielle, carte d’identité de la Préfecture de police avec photographie, et une justification de domicile, quittance de loyer, certificat de domicile visé par Je commissariat de police.Pour être admis dans une bibliothèque d’adultes il faut avoir au moins 16 ans.Les moins de 16 ans fréquentent les bibliothèques pour la jeunesse.Pour tous les moins de 21 ans l’admission est subordonnée à l’autorisation des parents avec la justification de leur identité et de leur domicile.Les abonnés peuvent emprunter pour quinze jours deux livres dont un seul roman qu’ils doivent couvrir et présenter ouverts à la page du feuillet de retour.On évite ainsi une perte de temps et de travail aux bibliothécaires.Les enfants ont été initiés de la sorte et ils continuent rendus chez les adultes, les autres prennent vite ces bonnes habitudes.Sur la pochette du livre est imprimé : Rendez vite vos livres ; d’autres lecteurs les attendent.— Ménagez-les.— Ils sont votre bien commun.— Ne brisez pas les reliures en pliant les livres mai 1954 425 à l’envers.— N’écrivez rien sur les livres.— Ne cornez pas les pages.— Signalez les pages décollées.— Prévenez de votre changement d’adresse.— Pour les retards, on impose cinq francs par jour, par livre.Lorsqu’un abonné reçoit un avis de retard, il doit payer les frais de poste de celui-ci en même temps que l’amende.Je me suis familiarisée plus particulièrement avec la bibliothèque de la rue Fessart qui compte une section adulte et une section enfantine.Cette bibliothèque organisée en novembre 1922 par un comité américain de régions dévastées, fut léguée à la ville de Paris le 1er janvier 1924 avec obligation de continuer l’œuvre.Construite spécialement comme bibliothèque et inaugurée en mars 1933, elle comprend une bâtisse à deux étages avec sous-sol.Au rez-de-chaussée, à gauche, un bureau privé pour le bibliothécaire, à droite la salle des adultes.En entrant, à côté de la porte le comptoir du prêt où sont rangés aussi les livres de référence.La salle bien aérée et bien éclairée est très accueillante avec ses trois tables pour lecture sur place, une table de périodiques, et une table où l’on expose un choix des dernières nouveautés excellent moyen de provoquer la curiosité et l’intérêt des lecteurs.Les périodiques une fois imprimés sont considérés comme volumes et prêtés.La collection comprend 16,000 volumes dont 12,500 chez les adultes et 3,500 chez les enfants.Les statistiques révèlent 100,000 à 120,000 volumes sortis par année.Au premier étage nous trouvons sur le même plan la section enfantine qui ouvre le jeudi de 10 h.30 à 12 h., et de 13 h.30 à 17 h.30, et le dimanche de 9 h.30 à 12 h.Ils ont à la disposition des jeunes de petits chevalets pour ouvrir leurs livres d’images et leurs albums.A la bibliothèque F « Heure Joyeuse » j'aimais voir l’enthousiasme et l’intérêt de ces bambines et de ces bonshommes et demeurais toujours un peu surprise de voir arriver les petits garçons, même de 9, 10 et 11 ans portant tablier à manches à l’instar de leur sœur, chaque pavs a ses coutumes.J’ai assisté à une initiation de ces jeunes à la bibliothèque.Très belle organisation, tous les petits abonnés de la semaine sont réunis et là on leur explique d’une façon très vivante ce qu’est une bibliothèque, l’amour et le respect du livre.Les cotes et les fiches n’ont plus de secrets pour eux.Le catalogue est à leur disposition.Ils savent chercher et retrouver leurs livres sur les rayons.Quelle belle initiative n’est-ce pas et quelle heureuse préparation pour plus tard.La direction d’une bibliothèque municipale pose de nombreux problèmes d’ordre technique.L’Inspection générale des bibliothèques a cru bon mettre à la disposition des bibliothécaires un petit guide destiné à leur indiquer les règles suivies pour tout ce qui concerne le classement et les catalogues.Les municipales constituent une des institutions les plus utiles et les plus populaires de la ville de Paris.426 LBCTURES Je ne veux pas laisser dans l’ombre la Belgique et la Suisse.J’ai fait dans ces deux pays un séjour trop court, mais très instructif.J’ai pu, après un accueil des plus chaleureux de la part du Conservateur et des bibliothécaires apprécier le travail accompli dans le domaine des bibliothèques.A Bruxelles, la Bibliothèque Royale fondée en 1837 compte actuellement près de 700,000 volumes.Le dépôt légal n’existant pas elle acquiert à titre onéreux la totalité de la production.La bibliothèque possède un riche département de manuscrits enluminés, provenant de l’ancienne bibliothèque des ducs de Bourgogne, un cabinet d’estampes qui compte près de 650,000 pièces entre autres la plus ancienne gravure connue, la Vierge entourée de saintes, datée de 1418, et plusieurs originaux de Pierre Brueghel le Vieux, un cabinet de numismatique très bien organisé.C’est dans ces départements que j’ai été initiée à inventorier et cataloguer monnaies et médailles à identifier et cataloguer gravures et estampes.J’ai quitté à regret ce centre bruxellois de la rue du Musée pour Anvers qui reste à travers les siècles le royaume de Rubens.La Ville d’Anvers possède une bibliothèque municipale : une bibliothèque d’étude et un réseau de 13 succursales.Ces succursales sauf une, n'ont pas de salle de lecture.Files se composent uniquement d’une salle d’attente qui sert au prêt et est séparée du magasin par un comptoir.Passons en Suisse, pays bien connu par les rives enchanteresses de ses beaux lacs et les cimes enneigées de ses Alpes mais ignoré au point de vue de ses bibliothèques.Pourtant ce pays est très bien organisé dans ce domaine.Les grandes villes possèdent leur bibliothèque municipale.J’ai visité celles de Lausanne et de Genève.Dans cette patrie de J .-J.Rousseau, Necker et Toepffer, la bibliothèque municipale Madeleine centralise le travail et voit à ses quatre succursales qui sont dans le genre des nôtres.A Berne, la Bibliothèque Nationale très moderne jouit d’une activité digne d’éloges.Tout est subordonné au but pratique.A l’F.xposition internationale des Arts et Techniques tenus à Paris en 1937 elle fut choisie comme exemple d’une bibliothèque nationale moderne.Travailler avec ardeur et même, je dirais, vivre intensément dans ces nombreuses bibliothèques fut pour moi un bien grand bonheur doublé d’une invite à réfléchir.Jules Ferry a dit : « On peut tout faire pour l’école, pour le lycée, pour l’université, si après il n’y a pas de bibliothèques, on n’aura rien fait.» En effet, l’utilité des bibliothèques s’impose.Pour que l’instruction ne soit pas stérile, il faut que les enfants devenus adolescents et adultes trouvent les moyens d’enrichir leurs connaissances par la lecture.C’est le rôle des bibliothèques de leur donner la distraction et l’évasion qu’ils souhaitent ou les moyens de parfaire leur formation.mai 1954 427 Avant de terminer, je tiens à remercier chaleureusement l’Association des bibliothécaires de langue française de m’avoir procuré l’honneur du présent et modeste entretien.Evoquer à votre intention ces bibliothèques fut pour moi un bien vif plaisir et m’a fait vivre à nouveau des heures délicieuses.Gabrielle Guérin Nouvelles Journée d'études a Longueuil — 31 janvier 1953 1 Le Livre : un besoin pressant pour notre jeunesse, force de demain.Avant même d’aborder le sujet dont il sera question dans cet a tide, je me fais un plaisir de remercier, en qualité de bénéficiaire et a j nom de mes compagnes, le R.P.Trudeau, c.s.v.Ce dernier a eu, en effet, l’heureuse idée de nous faire part de la tenue à Longueuil d’une journée d’études organisée par la Section des Jeunes de l’A.C.B.F.(Association canadienne des bibliothécaires de langue française).Cette journée d’études comportait en effet un programme des plus intéressants.L’exposé le plus apprécié de l’avant-midi fut sans contredit celui de Mme Jeanne Robert, fondatrice à Longueuil de la Bibliothèque des Enfants.On ne saurait trop louer l’admirable dévouement de cette femme et sa généreuse compréhension des jeunes.Son entêtement à vouloir doter sa ville d’une bibliothèque pour jeunes, a réussi malgré tous les obstacles que peut susciter un tel projet.Mme Robert mérite donc toute notre admiration.Dans la seconde partie de la journée, attendue avec grande anxiété, il nous était permis, dans un forum dirigé par le R.P.Desrochers, s.j., de juger sous tous ses aspects, les dangers que présente la publication des livres, comics, romans, magazines, etc., qui envahissent le marché actuellement.Nul n’est besoin de vous dire combien grave est le problème des lectures tant chez les jeunes que chez les adultes.Ceci m’amène donc, après ce long préambule, au sujet qui fera le principal but de cet article, à savoir ce que lisent les jeunes de notre ville.Mon intention n’est pas de discourir sur la valeur du livre dans l’évolution d’une société car je n’ai pas la prétention de vous apprendre quelque chose et ne suis d’ailleurs vraiment pas qualifiée.Non, je voudrais tout simplement vous faire toucher du doigt, vous mettre bien en face du problème très angoissant que posent les lectures des jeunes, chez nous.Je m’adresse donc à vous, parents chrétiens, qui êtes chargés des âmes de vos enfants et qui portez « sur vos épaules » des responsabilités très lourdes à ce sujet.Que lisent les jeunes de votre foyer ?Que lisent vos adolescents de 13 à 18 ans ?Avez-vous songé à les prévenir contre toutes ces publications vulgaires.obscènes, érotiques qui font rage sur les étalages de journaux du
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