Lectures, 1 octobre 1955, samedi 29 octobre 1955
Nouvelle série Vol.2 Ne S 29 oct.1955 /£fie De chute |e parlait; vous songiez à ta mer I.Sa vraie mesure, Mme Drouin la donne quand elle parle de musique, de l’enfance, de ses enfants surtout, de ses chagrins supportés avec tant de foi, du mariage entre le mot et l’idée, du Dieu qu’elle aime et prie avec tout son coeur.La forme du sonnet est-elle Ici toujours heureuse ?Certains sujets réclameraient un cadre aux proportions plus vastes.Quant au vers final, qui s’étire verticalement en tire-bouchon, il y a là un procédé qui paraît abusif.Malgré ses quelques lacunes, le livre est à lire pour les douces leçons qu’il prodigue : foi en la vie, affection maternelle et confiance en Dieu, amour aussi des deux patries de la famille : Irlande et Canada.Emile CHARTIER, p.d.DROLET (Antonio) BIBLIOGRAPHIE DU ROMAN CANADIEN-FRANÇAIS 1900-1950.Québec, Les Presses Universitaires de Laval, 1955.126p.TB-S M.Antonio Drolet, conservateur adjoint de la bibliothèque de l’Université Laval, vient de rendre un précieux service tout ensemble aux historiens et aux chercheurs, aux professeurs et aux étudiants de la littérature canadienne-française en publiant ce répertoire bibliographique du roman canadien-français 1900-1950.A dire vrai, le titre de cet ouvrage, qui relève près de 900 livres, est plus riche qu’il n’en a l’air, car le volume ne renferme pas seulement la liste des romans, mais aussi des contes et des nouvelles de langue française qui ont paru principalement au pays au cours d’un demi-siècle.Cette compilation, aussi limpide que méthodique, est remarquable de précision et d’exactitude.La présentation en est très nette et très soignée.Rares y sont les coquilles, (p.21, p.95).Rien de plus agréable à consulter.L’Index des titres est aussi instructif et piquant que la liste des préfaciers de romans.Il arrive parfois à l’auteur de mentionner un ouvrage paru en 1953, comme c’est le cas pour un roman de M.Harry Bernard ip.38), et de déborder ainsi le cadre de son étude; Pierre Le Magnifique, qui est de 1952, diront les amis de Roger Lemelin, aurait dû alors être mentionné.On pourrait en dire autant de certains romans d’Yves Thériault (p.99), de Roger Viau (p.101) et de Léo-Paul Desrosiers (p.52) qui ont paru en 1951 et en 1952.La traduction anglaise de La Fin des Songes, de Robert Elie, ne figure pas, sans doute par oubli, dans le palmarès de nos oeuvres d’imagination.Pour mener à bien ce travail de qualité, M.Drolet a bénéficié d’un octroi du Conseil canadien de recherches sur les humanités.C’est aussi avec le concours de ce même conseil que cet ouvrage a paru aux Presses de l’Université Laval.Nous souhaitons ardemment que M.Drolet entreprenne sous peu la compilation des romans, des contes et des nouvelles qui ont paru, de 1900 à 1950, dans les revues et les journaux de langue française du pays.Pareil répertoire formerait un complément indispensable à sa bibliographie du roman et révélerait plus d’un trésor de notre littérature d’imagination, sans compter qu’il donnerait une vue d’ensemble de notre littérature romanesque et aiderait ainsi à la rédaction d’un chapitre important de notre histoire littéraire.Ce dernier a-t-il jamais été écrit ?Maurice LEBEL B B g Michelle Le Normand 1 B B f LA MAISONÏ AUX | PHLOX | 154 PAGES $1.25 AUX ÉDITIONS FIDES | 35 GREGOIRE-COUPAL (Marie-Antoinette) LA CHARMEUSE NOIRE.Montréal, Beauchemin, 1955.135 p.ill.photos (h.t.) 22cm.TB La charmeuse noire, titre un peu étrange qui coiffe un oeuvre hybride, tenant à la fois du reportage et du roman.En fait, cette “charmeuse noire”, c’est l'Ile d’Haïti où Mme Grégoire-Coupal est allée promener ses yeux enchantés de touriste, pendant plusieurs mois.Elle en a rapporté la matière de ce livre : plusieurs reportages (que les lecteurs de Notre Temps reliront sans doute avec plaisir) et un court roman de moeurs haïtiennes intitulé Si Dieu vTé.Dans ses reportages, Mme Grégoire-Coupal s’est plu à décrire “l’Ile avec sa végétation, ses paysages enchanteurs, ses bourgs, ses petits villages, ses hameaux où les moeurs américaines n’ont pas encore droit de cité”.Puis, après nous avoir fait lire quelques pages des annales historiques d’Haïti, elle s’attarde, avec un plaisir manifeste, à nous décrire la vie de nos missionnaires en terre haïtienne.Mme Grégoire-Coupal réussit mieux cependant dans la fiction, et son bref roman, Si Dieu vTé est une captivante histoire qui nous plonge, pendant quelques instants, au coeur même de la vie haïtienne, au niveau des humbles et des petits.Les photos que l’auteur multiplie tout au long des pages de son livre ajoutent À son intérêt.A.COTE Crain de sagesse “Savoir mettre en garde contre une lecture dangereuse, est un acte de charité plus appréciable dans la foi, que Vindication pourtant nécessaire du danger matériel, par un sémaphore rouge ou une tête maca- ; bre à la croisée des chemins.” ;! Son Em.le cardinal P.-E.Léger > • Histoire |!l| *** LES RECOLLETS ET MONTREAL.Huit manifestations commémorant le 250e anniversaire de rétablissement des Récollets à Ville-Marie : 1692-1942.Préface de Marcel Trudel.Montréal, Editions fransciscaines [19551.284 p.22cm.TB U aurait manqué quelque chose sur nos rayons de livres historiques sans ce fort bouquin qui, pour être venu tard à l’édition, se devait cependant de ne pas rester en manuscrit.C’est en effet en 1942 que furent prononcées les conférences contenues dans ce volume.Or elles méritaient une audience plus vaste encore que celle qui les accueillait alors.Aussi ne saurait-on trop louer la lucidité de ceux qui ont cru qu’“on ne devait pas laisser dans l’oubli d’admirables témoignages de reconnaissance et d’amour de la part de représentants autorisés de l’histoire et de la pensée canadienne” (p.311), et la persévérance de ceux qui ont oeuvré pour faire, de manuscrits épars, une oeuvre ordonnée, ornée d’intéressantes photos et munie d’un précieux Index.Il ne s’agit pas, dans ce livre, de travaux de haute érudition historique, mais bien de “solide vulgarisation” comme le dit si justement Mlle Marie-Claire Daveluy.Aussi bien le lecteur n’a-t-il pas à s’effrayer de l’apparence un peu austère du volume, ni du titre qui semblerait le classer dans des études spécialisées.Il s’agit tout simplement d’une belle page de notre histoire que huit historiens s'attachent à mettre sous nos yeux, une page qu’aucun Montréalais n’a le droit d’ignorer : le rôle, de toute première importance, joué par les Récollets dans l’histoire de Ville-Marie.Nous serions mal venus de vouloir prononcer un jugement autorisé sur la valeur scientifique des travaux contenus dans ce livre.Nous nous limiterons à donner un bref aperçu des sujets traités.M.Léo-Paul Desrosiers ouvre la série des conférences avec quelques notes sur Les commencements de l'oeuvre des Récollets qui furent, comme l’on sait, les premiers missionnaires de la Nouvelle-France.Puis Mlle Marie-Claire Daveluy évoque, avec sa ferveur habituelle, ce que fut La première messe célébrée à Ville-Marie, le 24 juin 1615.Vient ensuite M.le chanoine Lionel Groulx pour exposer l’âpreté des Premières missions des Récollets.La plume autorisée du R.P.Archange Godbout, o.f.m., décrit l’intéressante figure de l’humble frère Sagard.C’est à M.l’abbé Adélard Desrosiers que revient le soin de ressusciter la personnalité du Père Nicholas Viel, au P.Damase Laberge, o.f.m., celle du Père Charles Rapine.Mgr Philippe Perrier nous présente Jérôme Le Royer de la Dauversière comme le vrai fondateur de la ville de Montréal.Enfin la conférence du Père Léon Pouliot, s.j., sur le 250e anniversaire de l’établissement des Récollets à Montréal, sert de conclusion logique à tous les précédents exposés.Nous n’aurions garde de passer sous silence les sept petits drames historiques disséminés dans ce livre.Dus à la plume de Mlle Marie-Claire Daveluy, ces tableaux font revivre sous nos yeux les personnages historiques mis en cause dans les conférences.Les promoteurs de sketches radiodiffusés ou télévisés gagneraient à recourir aux talents de Mlle Daveluy pour animer les grands inconnus ou les grands oubliés de notre histoire.Un livre à répandre dans le grand public.R.LECLERC r .ÉIRUCFRE BOUYER (Louis) AUTOUR D’ERASME.Etudes sur le christianisme des humanistes catholiques.Paris.Editions du Cerf, 1955.193p.22.5cm.$2.40 TB-S Le moyen âge a connu trois "Renaissances” : l’une, carolingienne (IXe s.), à la fois scolaire et philosophique; l’autre, hellénisante (XI-XIIe); la dernière (XlIIe), en même temps théologique et artistique.Toutes trois tendent à un but utilitaire : la philosophie ancienne y sert à la théologie, la poésie antique, à l’étude de la Sainte Ecriture.Pour Gibbons, ce sont les dark ages; pour Cohen, le temps de la “grande clarté”.Mais la vraie Renaissance (XV-XVIe), c’est celle où l’on revient à l’antiquité pour son plaisir.Le Père Bouyer en définit ainsi le "double caractère : un mouvement spontané des esprits vers une civilisation neuve; une résurrection de l’antiquité, aliment de la tendance précédente” (p.12).Nous ne connaissons pas de définition qui épouse mieux tous les contours du sujet.A propos de cette vraie Renaissance, la question qui se pose est celle-ci : En face du paganisme ressuscité quelle fut l’attitude de la Papauté ?(p.8).On pouvait de sa part s’attendre à un mouvement de répulsion, même à une condamnation; ce fut juste le contraire qui se produisit.La démonstration de la sympathie pontificale s’appuie sur une histoire abrégée des papes de la Renaissance, depuis Martin V (1417), Eugène IV (1431) et surtout Nicolas V (1447), jusqu'à Paul IV (1555).Emprunté aux meilleures sources, .Pastor, Bur-ckhardt et Jean Guiraud, cet abrégé occupe tout le reste du premier livre.Les trois autres livres répondent à une toute autre question : A l’égard de ce même mouvement quelle fut l’attitude des “individualités marquantes” de l’époque ?(p.8).Six personnages apportent la réponse : Nicolas de Cuse, le premier qui ait tenté la synthèse de l’enseignement catholique et des tendances nouvelles; Victorin de Feltre, le propagateur attitré de celles-ci; Pic de la Mirandole, qui représente, dans les produits qu’elles ont formés, l'enfance et la jeunesse; Erasme, avec qui on atteint "la maturité du type du chrétien humaniste” (p.54); le trio Pole-Contarini-Sadolet ou les cardinaux de Paul III, avec lesquels apparaît la vieillesse de ce chrétien humaniste idéal, auquel Balthasar Castiglione substituera un type tout opposé, l’humaniste chrétien.Des six fresques ci-dessus brossées, la plus considérable est celle que le Père Bouyer consacre à Erasme, le type à la fois le plus complet, le plus représentatif et le plus attaqué, du chrétien de la Renaissance.C’est que l’auteur rencontre ici le professeur Paul Re-naudet, de la Sorbonne.Ce maître, on ne peut mieux renseigné sur les faits, mais évidemment peu familier avec les dogmes et les lois ecclésiastiques, a voulu faire d’Erasme un “moderniste”, parce qu’Erasme “a voulu assimiler dans son christianisme les acquisitions intellectuelles de son époque” (p.124).Le Père Bouyer trouve que, si Erasme "s’est proposé une tâche analogue à celle de nos modernistes”, on n’a pas le droit de lui prêter “cette philosophie religieuse, cette nébuleuse philosophique, imprécise en tout sauf (en) ses refus”.Le Père Bouyer n’en a pas trop de tout un livre en quatre chapitres pour démantibuler les assertions tendancieuses de son adversaire, plus un autre livre pour lui opposer la véritable doctrine érasmienne.Il entasse les traductions erronées, les contresens bibliques ou autres, les associations de dogmes mal compris, tous les procédés par lesquels M.Renaudet en arrive à faire déferler vers le protestantisme le rapprochement qu'Erasme tentait entre la Renaissance et l’Eglise catholique.Si serrée toutefois que soit cette discussion où le Père Bouyer semble bien avoir le beau rôle, il ne s’y départ jamais de cette courtoisie qui caractérise les intellectuels français.Tout au plus une interprétation par trop abusive lui arrache-t-elle cette observation assez anodine : "C’est simplement risible” (ch.XI).Il y a là une excellente leçon pour nos critiques trop empressés à recourir aux gros mots.La démonstration aboutit à cette conclusion: “La Renaissance chrétienne (entreprise par les Papes et par les six sommités ici étudiées) a-t-elle échoué ?Il le paraît bien.Elle a contribué à achever et à enterrer une civilisation chrétienne; elle n’a pas su en créer nne antre” (p.192).Avec le Père lui-même, on regrettera qu’il n’ait pu faire place (p.191) à saint Thomas More, "la figure la plus belle de la Renaissance catholique”, celui qu’Erasme employait sans cesse comme son porte-parole : Miles christianns dans l’Enchiridion, étudiant dans la Ratio, enfant dans la Pietas, maître de maison dans le Convi-vium (p.191).Du moins n’apprendra-t-on pas sans intérêt que l’Eloge de la folie, qui a provoqué tant de gorges chaudes chez qui n’en connaissait que ce titre, est tout simplement l'Eloge de More le martyr et le saint ami d’Erasme ! Le calembour du titre latin, Encomium Moriae, aurait pu le révéler il y a longtemps (p.89).Ce livre est un de ceux dont les anciens disaient : Plus habet in re-cessu quam fronte promittit, “son contenu dépasse les promesses de son frontispice”.Le Père Bouyer doit avoir été formé par son ancien supérieur général, l’inoubliable cardinal Baudrillart, l’auteur de l’Eglise catholique, la Renaissance et le Protestantisme (1905).Emile CHARTIER, p.d.VIENT DE PARAITRE SECRET DESIR MARGUERITE DROUIN-O’DONOUGHUE (^onteA vrais pour grandes personnes 192 PAGES $2.00 FIDES 37 2096 RICAUMONT (Jacques de) LA COMTESSE DE CHATEAUBRIANT ou les effets de la jalousie.Roman.[Paris] Robert Laffont [19551.UOp.20.5cm.B?Il ne s’agit pas de la vicomtesse, l’épouse du vaniteux vicomte, mais — pour lui donner son nom historique — de la maîtresse de François I, Diane de Foix.L’Adolphe de Benjamin Constant a dans cette plaquette une soeur qui, dirait Musset, “lui ressemble comme un frère”; mêmes analyses alambiquées, v.g.l’essai sur la jalousie (p.42, 57, 70, 77), mêmes discours à prétentions moralisatrices (p.30-34), surtout même style tarabiscoté.Exemples : “Le jaloux finit par provoquer l’infortune qu’il redoute, accule l’épouse à l’infidélité dont il la soupçonne, la condamne à expier le déshonneur auquel il l’a lui-même contrainte” (p.15).“Pour prétendre à aimer, il faut s’élever jusqu’au regret de l’unité perdue et au pouvoir de préférer le bonheur d’un être au salut de son âme (p.16-17)” : le beau principe ! “L’amitié qu’il (Lautrec) lui (Chateaubriant) portait le (Lautrec) poussait à chercher l’occasion de lui (Chateaubriant) en donner des marques et il (Lautrec) n’eût pu en trouver de plus grande que de lui (Chateaubriant) accorder sa (de Lautrec) soeur (p.25-26)”.On se fatigue à relire les phrases pour parvenir à en percer le sens.Enfin, posons encore une fois la question : qu’est-ce que ces perquisitions dans les alcôves, même royales, ajoutent au bon renom de la France et au prestige de ses rois ?Qui ne veut pas se fatiguer n’a qu'à ne pas lire celle-ci, surtout la scène atroce qui la termine.Emile CHARTIER, p.d.llioyrci|jhie [92] DANIÉLOU (M.) FENELON ET LE DUC DE BOURGOGNE.Etude d’une éducation.[Paris] Bloud et Gay [19551.223p.front, pl.18.5cm.$2.20 (par la poste $2.40) TB Si l’on veut prendre la température de notre auteur, il n’est que de lire ces quelques lignes (p.122): “Pour nous, chrétiens, s'il est une trame que nous puissions saisir (dans l'histoire humaine), c’est celle du royaume de Dieu, dont l’Incarnation du Christ est le centre et qui ne s’achèvera qu’à la Parousle.Ce n’est pas tout à fait l'idée de Bossuet, qui ramène tout à la Providence divine; ce serait plutôt celle de saint Augustin, pour qui deux cités s’affrontent dans la durée, la cité de Dieu devant triompher au-delà du temps et s’épanouir dans l’éternité." Si l’on veut savoir ensuite quelle part prit Fénelon à cette histoire par l’influence qu’il exerça (1689-1697) sur le duc de Bourgogne, qu’on lise ce résumé si pondéré (p.127) : “Fénelon n’eût pu faire du jeune prince un grand général et un écrivain d’un goût parfait, car il y a une étoffe intellectuelle sur laquelle on ne peut tirer; et le développement scientifique d’un jeune homme épris de faits, curieux des choses de la nature, s’est fait en dehors de lui (Fénelon).Mais il a magnifiquement tiré parti de l’aptitude morale et religieuse qui était le trait dominant du caractère de Louis.” C’est cette influence de Fénelon sur son élève qui préoccupe ici l’auteur, et cela seul.Avec lui, nous n’avons donc pas affaire au Fénelon quiétiste et guyonniste (Maximes des saints), mais au précepteur, au rédacteur des Fables, des Dialogues des morts, de l’Education des filles, du Télémaque.C’est celui-là seul, dont on étudie le caractère (p.108-109, 122, 160, 184, 204), les méthodes (p.112-113), le programme (p.120-122).Sans doute on ne peut s’empêcher de mentionner la part prise par Fénelon à la doctrine de l’oraison du silence et du pur amour (p.147-150).Mais c’est pour constater que, cette théorie absurde et condamnée, il ne l’appliqua qu’à lui-même.Quant à son élève, ce qu’il lui enseigna, c’est “l’oraison virtuelle, la présence habituelle de Dieu.nourrie par des temps réguliers d’oraison formelle” (p.134).Sans doute encore on entrevoit ici le Fénelon utopiste, “chimérique" (Lo.’iis XIV).Du moins re-connalt-c* que, si l’auteur du Télémaque prbposa à son disciple, futur roi de France, des réformes irréalisables, elles lui étaient inspirées par le souci de grandir sa patrie et d’en rendre heureuse la population surtout paysanne.C’est qu’il y avait en Fénelon deux hommes : un mystique, préoccupé de préparer à son pays un monarque saint et juste; un réformateur, résolu à faire disparaître les désordres de la cour de Louis XIV et à prévenir les soulèvements populaires qu’il entrevoyait comme le résultat inévitable du relâchement royal.Cette ambition réformatrice explique comment toute une partie de la pédagogie fénelonienne se teinte d’amertune : Fénelon est un pessimiste amer (p.108-109) qui déverse sa bile dans sa Lettre au roi et dans sa correspondance avec les ducs de Beauvilliers et de Chevreu-se, en attendant qu’il dresse le Télémaque comme une condamnation de Louis XIV en personne.Ce pessimisme à son tour rend compte de l’exil qui fut imposé à Fénelon par sa nomination à l'archevêché de Cambrai.S’il ne continua pas moins de là à diriger son élève, ce ne fut plus directement, mais par l’entremise de Beauvilliers et de madame de Maintenon.Dans cette direction, si l’on écarte l’élément religieux, où le naturel du prince eut la plus grande part (cf sa prière, p.132), et l’élément scientifique, où Fénelon n’intervint pas, l'on s’étonne de la maigreur du programme littéraire imposé au disciple par son maître.Il se résume à peu de grammaire, beaucoup d’exercices latins (non grecs), surtout de l’histoire, celle-ci comprise comme une pièce de théâtre (p.124).C’est qu’il s’agissait non pas de former un esprit cultivé, mais d’apprendre à un futur roi les erreurs à éviter dan?son gouvernement, les vertus à y pratiquer pour rendre son peuple heureux.On comprend alors que Fénelon n’eût à proposer que deux modèles royaux, Charlemagne et saint Louis
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