Lectures, 1 juillet 1956, samedi 21 juillet 1956
Nouvelle série Vol.2 No 23 21 juillet 1956 YJi • l^nronufyueâ Je /, rançcuô jj in cause de notre contact avec l'Anglais, il existe parmi les Canadiens français, par rapport à la langue, deux catégories: les bilingues et les diglosses.Le bilingue parle les deux langues séparément: son idiome maternel, du mieux qu’il peut; la langue seconde, aussi bien qu’il peut.Le di-glosse (nous ne nous reprochons pas encore d’avoir créé le mot en 1936) les emploie simultanément, aussi mal l’une que l’autre: nos Indiens auraient taxé son langage de salmigondis; les Marseillais l’appelleraient une bouillabaisse.C’est sans doute pour accroître le nombre de nos bilingues et diminuer celui de nos diglosses que M.de Chantal a composé son livre.Il faut l’en féliciter et l’en remercier d'autant plus qu’il manifeste, dans le traitement de son difficile sujet, une compétence toute spéciale et une remarquable érudition.On n’a, pour s’en rendre compte, qu’à consulter sa riche bibliographie (il y manque pourtant le Dictionnaire de poche de l’abbé Frs Vincent» et son index analytique si copieux.L’ouvrage comprend deux parties: une thèse, des études spécialisées.Celles-ci (ch.4-12, 14-17) s’adressent surtout aux diglosses: elles leur apprennent à démêler, dans les divers secteurs où s'exerce notre activité, la terminologie française des vocables anglais ou américains auxquels elle correspond.Quant à la thèse, elle se résumerait paradoxalement comme il suit: Si vous voulez vous exprimer correctement, parlez.le français! C’est inviter les bilingues à éviter les anglicismes, les archaïsmes inutiles, le jargon, l’argot, même le français de Paris (notre maître Faguet y voyait le pire parler qui soit).Si l’étude sur les canadianismes ocupe deux chapitres (2-3), M.de Chantal n’a peut-être pas assez remarqué que les auglicismes en occupent deux aussi (7 et 13).De plus, beaucoup des uns et des autres sont disséminés à travers les exposés spéciaux.En ramenant tout cela à l’unité, en ajoutant à chacun des deux groupes certains termes oubliés, on aboutirait à peu près à ceci: Anglicismes: Accomplissement, octer (p.96), adjudicateur, air conditionné, anticiper, anxieux, appartenir, armoiries, assaut, att., audience (p.96), auspicieux, ballottage (p.117), barbecue, barguine, basé sur, bécosse (back bouse), bifteck (p.160), blackbouler (p.117), bloc, bookmo- bile, brassière (p.139), bummer (p.105), cabine (p.37), cafétéria, cédule, chops, civique (p.120), clérical, cocktail (p.161), commandeur, compagnie, complimentaire (p.95), contacter, contracter, couvrir, cyanure, debater, détailler (p.159), discarter (p.89), drove (p.158), easy terms, estimé conservateur, étudier, exhibition, filière (p.102), flash light (p.121), fuse (p.126), graduation, gunman, high fidelity, interview (p.162), lunior, législature (p.42), libelleux, litousse (light house), lousse (p.101), magasiner (p.54), main en main, manquer, messager, médium, mixer, mitaine (p.115, 158), monstre (p.200), net weight, nomination (p.115), notifier, occasionnel, ordonner, ori-ginateur, pamphlet, panel, paparmane (p.158), pareil, party, performance (p.97), pipa line (p.60), plancher, plume-fontaine (p.97), poquer, pratiquer, privés (cours), promotion, pull over (p.147), rallye (p.159), ready mix, réaliser, relax, rencontrer, retracer (p.41), rosbif (p.161), roue, rummage, selle à diner, sauterie (p.27), senior (p.22), show case, slip (p.139), sound recorder, speaker (p.166), suspense, sweater (p.147), tape (p.123), tchécquer (p.116), ticket, tiré, (p.36), tôssié, triplet, tuxédo (p.152), vicieusement, water closet (p.163), whisky (p.160), etc.Canadianismes ou archaïsmes: Abrier, achetant, amincir (p.55), annonceur, appareiller (p.50), après (être), ballant, banc de neige, barbier (55), bar- (1) CHANTAL (René de) CHRONIQUES DE FRANÇAIS.[Ottawa] Editions de l’Université d’Ottawa, 1956.272p.21cm.$2.50 (par la poste $2.65> TB rer, bordée, bougrine (p.150), bretter, butin (p.135), catch (p.54), catin, chambranler, chandail (p.45), châssis double, chienne (p.142), claque (p.145), col (p.142), conclusions (p.162), corps (p.139), coupe-vent (p.151), couverts (p.101), croche, cru (oubli de parler cru), cyridopes (p.51), débarbouillette, dépareillé, doueller, endormitoire, escousse, fiable, fleur, foulard (p.151), galoche (p.145), godendard, hardes (p.136), in-sécrables (p.51), invictimer, jaquette (p.138), Jongler, lavage, lutter, maganer (p.101), marchandises sèches, malamain, marier (p.77), menuette (p.51), oléoduc (p.59), paire (p.138), peigne et peignu-re, poudrerie (p.46), respir, ressoudre (oubli du sens rebondir), rhinoféroce (p.51), sambon (p.55), tabaquière (p.179) veste (p.148), vivoir.Nous avons mis è leur place quatre archaïsmes comiques empruntés à Aubert de Gospé (p.51).Français populaire: Bachot, bagnole, balles, ballot (p.117), bécane, bidonner (p.69), bleutage (p.105), bisbille, bouffer, bouqiin (p.63), boyauter, casse-croûte (p.63), chaussette (p.144), copain, costaud, décamper, écoper, esquinter, flic, gondoler (69 — oubli du sens gaufrer), indifférer (p.71), individu, marre, messieurs-dames (p.62), pépin, poil (â et au — oubli du sens aller sons selle), pote, proprio (p.63), ren-forcir, rigoler (p.63), tirebouchonner (p 69), urger, zigouiller (p.65).En somme, la théorie reviendrait à ceci: Si vous voulez bien parler, proscrivez l’anglicisme, laissez aux habitants canadianismes et archaïsmes, évitez le français populaire, au total employez le français distingué.On ne saurait mieux dire.A propos de baser sur, M.de Chantal aurait pu rappeler le mot à double sens de Royer-Collard: “Si ce terme entre au Dictionnaire de l’Académie, j’en sors’’ (du dictionnaire ou de l’Académie?).La charmante définition que nos mamans ont inspirée à Mgr Tessier “des mères dépareillées”, aurait figuré avantageusement sous ce dernier mot.Respir est constant chez Marie de l'Incarnation, comme marchandises sèches chez notre gouverneur d’Avaugour (édit de 1666).Les célèbres praedicato-riana avaient leur place p.180 et la chanson sur M.de la Palisse évoquait la spirituelle causerie qu’en a tirée Son Exc.Jean Désy (Les sentiers de la culture).Emile CHARTIER, p.d.177 LITTÉRATURE llio(jr
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