Lectures, 1 novembre 1956, jeudi 15 novembre 1956
LECTURES Nouvelle série Vol.3 — No 6 15 novembre 1956 En marge de la semaine du livre Ces amis qui nous ' au passage: les livres Depuis que nous sommes en âge de fréquenter les écrivains, nous avons lu beaucoup de livres.En est-il un seul qui n’ait pas laissé en nous quelque trace?Tous, il est vrai, ne nous ont pas marqués également.Les uns ont influé sur le développement de notre stature spirituelle, à la façon de cette ration quotidienne de nourriture dont la teneur en vitamines fait, à la longue, l’équilibre et la santé du corps.Ce verre de lait que l’on prend tous les jours, c’est bien peu de chose; mais qui niera les traces qu’il laisse dans l’organisme qui l’assimile?D’autres lectures, plus rares, ont eu l’effet immédiat de ces injections intraveineuses qui raniment un organisme inconscient.Les uns nous ont marqués en profondeur comme ces maîtres à qui, jour après jour, nous avons confié la formation de notre esprit: le grain qui tombe dans le sillon bien creusé a plus de chances de parvenir à la fructification.Les autres ont été pour nous cette évasion d’une heure qui nous a reposés du poids du jour: ils ont été comme une échappée sur un beau paysage, la respiration d’un parfum, la vue d’une fleur.Oui, tous les livres que nous avons lus nous ont formés à des degrés divers.Insensiblement peut-être parfois, mais sûrement, ils ont influé sur la qualité de notre travail, sur nos rapports avec autrui, voire même sur l’orientation de notre vie.• # S’il en est ainsi, ne convient-il pas, de temps à autre, de s’interroger sur la qualité des livres que nous admettons à notre table de chevet.Ce livre qui éveille dans mon esprit des doutes malsains qui paralysent l’élan de ma volonté, est-il vraiment de bon conseil?Cet autre qui accumule dans mon imagination des images qui, un jour, fomenteront la guerre civile entre ces « deux hommes * qui habitent en moi, est-il une fréquentation de tout repos?Cette lecture qui distille son amertume, à longueur de chapitres, et me fait vivre dans un univers de chaos et de désespérance, qu’ai-je à retirer d’elle?Tous ces romans qui ignorent la Rédemption et se complaisent dans la description de passions humaines à jamais incontrôlables, valent-ils que je m’y arrête?Et ceux-là, ces marchands d’illusions qui me dérobent de précieuses heures à seule fin de me dégoûter de l’humble devoir quotidien, je n’ai vraiment que faire de leur fallacieux élixir! Parmi cette pléthore de livres qui se publient chaque année, et dont un certain nombre ne vaut pas le papier qui a servi à l’impression, il importe de faire un choix pour ne retenir que les œuvres de valeur.Un choix qui s’appuie sur des recensions désintéressées et objectives plutôt que sur le tintamarre d’une publicité qui n’est pas toujours honnête.Il peut être imprudent aussi de se fier uniquement à l’attribution de certains prix littéraires: 1’expérience a prouvé que, bien souvent, le jury qui attribue ces prix ne tient aucun compte de la valeur morale des livres soumis au concours.Il existe d’excellentes revues qui pratiquent cette critique intégrale des livres que souhaitait tout récemment le Saint-Père 1 : Les Notes bibliographiques, Livres et Lectures et la Revue des Cercles d'études d'Angers.On aura profit à les consulter.Noue valeur spirituelle et morale est Uop intimement liée aux livres que nous lisons pour que nous n’apportions pas à les choisir un éclectisme de bon aloi.R.LECLERC 1.Voir Lectures, 31 mars 1956, p.121 et » 0064 LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Principaux collaborateurs: Le R.P.P.-E.Charbonneau, c.s.c., le R.P.R.-M.Charland, c.s.c., Mgr Emile Chartier, p.d., Mlle Marie-Claire Daveluy, M.R.Duchesne, le R.P.Y.Lafrance, c.s.c., M.Rodolphe Laplante, le R.P.André Legault, c.s.c., Mme Michelle Le Normand, le R.P.O.Me-lançon, c.s.c., le R.P.P.-E.Roy, c.s.c., M.Clément Saint-Germain.Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $ 1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 PLateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Témoignages rendus à par l’Épiscopat canadien Son Exc.Mgr A.Leblanc, évêque de Gaspé: « L’Evêque de Gaspé est heureux de donner son encouragement à la diffusion de la revue Lectures consacrée à l’apostolat des lectures et souhaite un grand rayonnement à cette revue dans le diocèse de Gaspé.* Son Exc.Mgr Albert Martin, évêque de Nicolet: « Je formule des vœux pour le succès de cette publication » [Lectures].Son Exc.Mgr Norbert Robichaud, évêque de Moncton: « J’ai toujours bien apprécié les renseignements que Lectures fournissait, et je serai, cette année encore, très heureux de la parcourir.» Son Exc.Mgr N.-A.Labrie, évêque du Golfe Saint-Laurent: « Je me réjouis d’apprendre que la revue Lectures reprend son existence autonome et paraîtra régulièrement.[.] Nous mettrons tout en œuvre pour diffuser cette revue parmi notre clergé; elle est en effet d’une très grande utilité.» Son Exc.Mgr C.-E.Parent, archevêque de Rimouski: ?Puisque vous devez abandonner la page littéraire de Notre Temps, il est très opportun que cet apostolat de l’orientation des lectures soit continuée [.] Je ne manquerai pas l’occasion d’encourager la diffusion de votre revue parmi les membres du clergé.Il faudrait que Lectures devienne le guide de tous les lecteurs.» Son Exc.Mgr E.Frenette, évêque de Saint-Jérôme: « Je vous félicite d’avoir repris la revue Lectures.Les deux premiers numéros sont déjà de bonne augure.Inutile de vous dire à vous l’importance d’un guide des lectures [.] Je recommanderai votre revue à mes prêtres, à mes éducateurs et étudiants, et aux fidèles de mon diocèse.» SAINT-EXUPERY (A.de), p.53 KORCH (M.), p.53 BOWIE SHOR (J.), p.53 VALENTINO (H.), p.54 icicnan udiid te iiuiiiciu BRIEN (R.), p.47 TRUDEL (M.), p.49 CLOUTIER (E.), p.51 BUR (J.), p.52 46 D0D Etudes critiques LITTEHATUlîE i:\WIIIIWI L’éclatant démenti d’un poète: “Vols et plongées’’(l> de Roger Brien Affaire entendue, prétendait-on: Roger Brien est perdu pour les Lettres canadiennes.Avait-il seulement l’étoffe d’un poète authentique?Qu’il fût un extraordinaire jongleur de mots, tout le monde en convenait.Son Faust aux enfers de même que L’Eternel silence, lancés il y a vingt ans (déjà!), avaient consacré sa réputation de maître du verbe.Ses publications ultérieures laissèrent perplexes certains critiques étonnés, sans doute, de la variété des tons que pouvait adopter ce talentueux écrivain.Quand parut Cythère, en 1946, et le Chemin de croix à trois, en 1947, le mot d’ordre était désormais adopté: silence autour d’un écrivain qui n’a rien à donner que de la sonorité sans consistance, Pourtant.Je ne reprendrai pas ici l’analyse d’une œuvre que je fis dans MARIE de mai-juin 1949.Je ne craignais pas d’y affirmer que pendant les dix années « qui séparent L’Eternel silence du Chemin de croix à trois, Roger Brien mûrit son expérience intérieure et reforge son instrument ».Admettons tout de même qu’il y avait encore assez de « littérature » et de facilités jusque dans les dernières œuvres pour expliquer certaines réticences de la critique.* * * Le silence des dix dernières années qu’a gardé Roger Brien n’a cependant pas été sans inquiéter et intriguer.On croyait sans doute vidé de tout élan un homme qui avait décidé de mettre son génie au service d’une cause religieuse.Qu’allait-il faire en cette galère?.Voici que surgissent tour à tour un Centre marial, une Revue mariale, une Chapelle mariale, un Musée marial sous l’impulsion magique d’un homme de feu, comme dit « L’Osservatore romano ».Ce qu’il lui en a coûté de souffrances et d’alarmes, Dieu seul le sait.et la Vierge aussi.Mais la prodigieuse éclosion et le miraculeux maintien de pareilles œuvres ne pouvaient que totalement accaparer les énergies d’un homme.La revue MARIE est devenue un chef-d’œuvre sans cesse renouvelé qui va porter le renom du Canada jusqu’aux confins du monde.• * * N’empêche que les amis de Roger Brien reve- naient à la charge.Comme le lui disait le Chanoine Groulx: « Vous ne pouvez pas remiser votre lyre, vous devez aux Lettres canadiennes votre part de génie ».Et voici que la réponse nous arrive par un authentique chef-d’œuvre qui sort des presses, ces jours-ci: Vols et plongées.Cet ouvrage est d’une seule coulée.Je n’ai jamais connu pareille disponibilité à l’inspiration ni pareille maîtrise de l’instrument: en quelques semaines, cet été, tous ces poèmes ont jailli de source, au milieu d'un labeur accablant.L’auteur avait-il l’idée d’un volume?Pas à ce moment-là.Mais on lui serinait sournoisement que son instrument était rouillé: il a voulu l’essayer.Voilà.Et le résultat c’est que le poète génial qui était toujours en lui s’est mis à chanter sur tous les modes des thèmes éternels et dans une forme d’une perfection absolue.* * * Je ne crois pas que l’œil le plus inquisiteur découvre ici le flottement qu’on pouvait percevoir dans les œuvres antérieures.Le poète a retrouvé intact son cœur d’antan: J'ai retrouvé mon cœur d’antan Comme un louis d’or au fond de l’onde.Je l’ai repris sans ternissures.J'ai retrouvé mon cœur d’antan Tout réparé des plaies profondes Qu’avaient creusées tant de blessures.J’ai retrouvé tous mes printemps.« Tout réparé des plaies profondes ».L’homme a souffert, bien sûr, il s’est affiné dans des expériences parfois douloureuses, mais il est sorti de la lutte unifié: Deux êtres en moi: l’un fuit, l’autre avance.L’un ouvre la main, l’autre la retire.D'un œil je souris, de l’autre, je tance.Pour un même cœur, quel affreux martyre! Deux êtres en moi?Il n’en reste qu’un.Le Christ s’est uni ma dualité.Mon esprit, mon corps ont mêmes parfums.Je marche, à pas sûrs, dans la vérité.Mais où le jeune paladin d’autrefois, qui avait rêvé des plus folles croisières, a-t-il trouvé le 47 secret de la vie?Et Dieu me fit comprendre un petit mot: aimer.Cinq lettres de cristal contenant la clarté, La grandeur, la puissance et toute la beauté.Deux syllabes d’un feu qui peut tout consumer.Un mot tout en douceur plus fort que mille armées, Porteur de tant de joies qu'il en remplit le monde, Un mot qui seul contient la mystique profonde Où toutes les douleurs se couchent, désarmées.Dès lors il était armé pour lutter contre ses démons intérieurs: Pourquoi saigner à tout propos?Il faut durcir son épiderme Aux rocs pointus comme des dards.Le service de la Vierge a plongé sa vie dans les sources d’éternelle Jouvence: El toi, la Dame de mon chant, Qui fis de ma boue, des étoiles, El des perles de tous mes pleurs: Tu fais enfin tomber le voile Où s'était prise ma douleur.L'aube a remplacé mon couchant.Et c’est pourquoi: Tout homme qui le veut peut mûrir sans vieillir.Les ans, dans un bon vin, cachent tant de plaisir.Mon cœur, rappelle-toi tes jeunes véhémences.Dans ta fougue assagie s'allume un ciel immense.Ce qui semble un arrêt n'est que rajustement.Métamorphose où /'Eternel s'unit le temps.* * * Ce qui frappe dans le recueil c’est la profondeur et la fermeté d’une pensée désormais sûre d’elle-même et solidement basée sur une vaste culture.Je m’empresse de dire que cette pensée ne s’exprime jamais autrement que sur le mode poétique.La poésie est révélation, enfantement, naissance: elle n’est pas délayage d’un froid raisonnement.La sensibilité du poète capte les éléments du monde et de la vie, les désaccords et les harmonies, et il traduit sa « quête > dans des images lourdes de substance, toujours claires dans leur expression et à la fois subtiles dans leur signification.On pouvait autrefois chicaner le poète de Ville Marie d’enfler le verbe et de jouer du moulinet.Qu’on lise ici les dithyrambes si vigoureux et si justes de ton qui s’intitulent: Poète, mon frère, Parlons tous deux à cœur ouvert, Ouvrez vos ailes, albatros, XXe siècle, Au Cinéma.La vibration intime est étroitement accordée à la justesse de la pensée et à la vérité du message.# • • Le poète authentique se retrouve partout dans le recueil.Mais il reste qu’il est plus directement discernable dans l’ensemble des poèmes où il nous livre sa vérité, l’intimité de sa vie.Je ne sais quel pontife prétendait que le vrai poète est obscur, que ce qui est obscur en lui doit s’exprimer dans une forme obscure, que, du reste, si le poète n exprimait que des sentiments ou des vérités identifiables en nous du premier coup son message resterait sans intérêt.Je veux bien croire que toute vérité est obscure qui passe à travers 1 être.A l’être revient tout de même le devoir d’en clarifier les données, d’en rendre l’expression accessible, d’établir une correspondance judicieuse entre les idées et les images, entre sa vérité et la vérité.Cependant il demeurera toujours une^ zone inaccessible d’où un poème tirera sa secrète sonorité parce que le poète, s’il en prélève les éléments qu’il nous livre, garde scellée la porte de son jardin.Poète intimiste, Roger Brien s’abandonne à la confidence.Ce n’est plus de « littérature t qu il s’agit.C’est vraiment l’être qui vibre devant nous et nous rejoint au plus sensible de l’âme.Mais dans les poèmes les plus accessibles par la elartc de l’expression se perçoivent des secrets douloureux.Sa discrétion nous en défend l’accès.Il les a passés au creuset d’une inspiration punfiée par une ascèse rigoureuse et c’est de la lumière qu il nous offre.Tous les poèmes de la dernière partie: Le beau voyage, sont un incomparable Epithala-me où rayonne l’éclat des beaux sommets atteints.Rien de plus beau qu'une prunelle Où l'humain rythme son bonheur Sur des mesures éternelles.Rien de plus beau qu’une prunelle Où le Seigneur scelle deux cœurs.* * * Chaque poème a ses aurores.Ses grands bois d’ombre ou de clarté, Ses jours brûlants, scs métaphores.Son rythme libre et sa beauté.Je ne puis mieux faire que de m’approprier ces vers pour affirmer que tous les poèmes de Vols et plongées répondent à cette poétique.Il y a là-dedans une beauté sans cesse renouvelée dans une rare collection de poèmes parfaits.Le poète est magnifiquement maître de son instrument: il se joue des rythmes et des cadences.Jamais la forme, pourtant strictement orthodoxe, ne laisse un arrière-goût de fabriqué.Tel chef-d œuvre (par exemple: « Le front sur VAcropole ») poursuit sa marche avec une telle aisance ^dans le jeu des leit-motiv et des reprises qu’on n’imagine plus que ces vérités puissent trouver un autre mode d’expression.Je me suis interdit de citer un poème entier.Je m’en voudrais de ne pas transcrire le dernier qu’il m’aurait suffi de citer pour me dispenser de cet article: Voici la fin d'un beau voyage.Vols et plongées nous ont ouvert Tant de secrets et de féeries.La paix rayonne à nos visages.Comme un baiser de l’univers A nos ardeurs, douce Marie.48 Certains ne verront que poèmes Dans ces aveux d’un grand bonheur, Car pour beaucoup tout amour s’use Aux pas traînants des noirs problèmes.Ces gens ne croient qu’à la douleur, A ux chairs trompées qui désabusent.Un jour, Dieu replace les êtres Dans leur nid d'ombre ou de clarté, Et bien des rires se contractent.L’homme est à nu devant son Maître.La voix s’est tue des vanités.Et c’est la fin du premier acte.Chacun choisit sa perspective, Ce qui n’empêche pas le ciel De chanter libre dans l’espace.Les âmes pures sont naïves?On ne peut rien contre le fiel, Sinon marcher avec la grâce.Hilaire de la Pérade, o.f.m.cap.(1) BRIEN (Roger) VOLS ET PLONGEES.Nicolet, chez l’auteur, 1956.$1.75 (frais de port en plus).Pour tous “Champlain'1 de Marcel Trudel Les Editions Fi de s viennent de lancer une collection nouvelle, les Classiques canadiens.Dans cette collection prendront place des choix de documents historiques relatifs au Canada et de textes originaux d’auteurs canadiens.Selon l’avis des éditeurs, ces textes ont plutôt pour but de « promouvoir la connaissance de nos propres auteurs » que d’« imposer.des jugements de valeur ».Le numéro 5 de la Collection nous présente Champlain, dans un choix de textes préparés par M.Marcel Trudel, directeur de l’Institut d’His-toire à l’Université Laval, de Québec.M.Trudel, qui n’en est pas à son premier ouvrage historique, identifie, en son Introduction, Samuel de Champlain avec son œuvre: c’est un géographe compétent et un colonisateur tenace.Ce double aspect orientera le choix des textes présentés.Une remarque judicieuse, bien que gauchement exprimée, termine Y Introduction: * L’œuvre de Champlain ne peut être évaluée d’après une description de 1635, il faut tenir compte des siècles, car le programme de Champlain demandait du temps » (p.12).Une Chronologie nous présente ensuite le fondateur de Québec dans le cadre de son époque; ses douze séjours en Nouvelle-France sont bien marqués; marquée aussi la date de publication, en France, de ses récits de voyages; ces publications ne sont pas identifiées cependant par leurs titres.Une Note bibliographique situe ensuite parmi les Sources consultées les éditions canadiennes, aujourd’hui « très rares » des œuvres de Champlain, celle de l’abbé C.-H.Laverdière (6 volumes parus en 1870) et celle de la Champlain Society (6 volumes parus en 1922 et 1935 sous la direction de H.P.Biggar).L’édition récente, parue aux Presses Universitaires de France, en 1951, grâce à M.Hubert Deschamps, n’est que partielle.Une mention de quelques études générales ou spéciales sur Champlain vient s’ajouter à cette Note que complète une remarque sur le portrait authentique du fondateur.Douze textes, de longueur inégale, forment le corps du travail (p.18 à 94).Le lecteur, non prévenu par un avis contraire, s’attend de trouver 49 un texte fidèle, d’autant plus que M.Trudel nous avertit que les éditions des œuvres de Champlain sont « très rares *.Or, une confrontation à la ligne permet de découvrir la liberté avec laquelle l’auteur s’affranchit des lois de la critique historique.Tout d’abord, un manque total de références rend difficile la localisation de ses textes.Une fois les textes péniblement replacés dans leur cadre original, on se trouve en face d’une liberté non moins grande dans la fidélité des citations.Plus de vingt fois — et j’en passe! — le texte cité s’est avéré différent de l’original.L’emploi des crochets carrés, selon les normes de la bibliothéconomie, aurait eu beau jeu à se faire valoir, bien qu'on les ait employés — pas toujours — à la fin des citations.Dans la présentation des textes, M.Trudel s’affranchit — c’est son droit, mais faut-il le dire! — de l’orthographe du 17e siècle, transposant le tout en une orthographe plus moderne; cette façon de faire, qui permet une prise de contact plus facile, souffre ici cependant d’un surprenant manque d’uniformité; par exemple, les mêmes expressions sont rendues différemment d’une page à l’autre.Au total, on garde de cette confrontation des textes l’impression qu’on est en face d’un ouvrage bâclé en vitesse, sans souci de l’exactitude, en marge de la précision historique.Sur le choix des textes, on pourrait se surprendre de ne pas y trouver la fière réponse de Champlain à la sommation des Kirks, en 1628.On pourrait se demander s'il n’eût pas été aussi nécessaire de connaître les mœurs des Hurons relativement aux funérailles de leurs morts, 4 la plus grande cérémonie qu’ils ayent entr’eux » nous dit Champlain (Laverdière, t.IV, p.98), que de savoir comment les bébés sauvageons, littéralement emplanchés, faisaient leurs 4 petites affaires » (p.61).Et comme toute «dernière préoccupation » de Champlain, sa dernière lettre connue, datée de Québec, le 15 août 1635, et adressée à Richelieu, aurait-elle été déplacée?Enfin, serait-ce un parti pris que le rôle bien établi de Champlain comme chrétien et apôtre ait été passé sous silence?Rien de ce rôle apostolique n’est soufflé dans l’Introduction et les textes choisis n'en ont cité que de vagues et lointaines allusions.Et pourtant, il aurait été facile de prouver par ses écrits que Champlain avait une foi d’apôtre et l’on aurait aimé voir dans son contexte la citation qui fait sa gloire: « la conversion d’un infidèle vaut mieux que la conquête d’un Royaume » (Laverdière, t.V, ch.II, p.9).On aurait aussi apprécié les sources historiques du vœu de Champlain à Notre-Dame de Recouvran-ce, non moins que son testament marial où il constitue la Sainte Vierge sa légataire universelle (Lejeune, Dictionnaire général.Vol.I, p.358).Peut-être que M.Trudel se réserve de publier dans la Collection un autre numéro qui porterait entièrement sur les préoccupations religieuses de Champlain.Ce serait un beau complément, pourvu qu’il y mette le cadre d’un appareil scientifique.Robert VALOIS, c.s.v.(1) TRUDEL (Marcel) CHAMPLAIN.Textes présentés et annotés par Marcel Trudel.Montréal, Fides [1956].94p.16.5cm.(Coll.Classiques canadiens, no 5).$0.60 (frais de port en plus) pour tous Réédition HISTOIRE DU CANADA PAR LES TEXTES par Guy FRÉGAULT, Michel BRUNET et Marcel TRUDEL Un fort volume relié de 298 pages, avec 6 cartes géographiques $4.50 (par lo poste $4.70) 25 est, rue St-Jacques, Montréal 1 FIDES 135, avo Provencher, Saint-Boniface, Man.50 Notices bibliographiques l'amitic et l’amour, enfin tout le gratuit! n’ont plus leur place.Intention louable qui aurait pu nous valoir une œuvre forte et bienfaisante.Notre civilisation moderne, qui met l’accent sur l’économie et la technique, prête un large flanc à la satire CLOUTIER (Eugène) et à l’ironie du romancier.LiUrriittitn [1J| LES INUTILES.Roman.[Montreal] Le Cercle du Livre de France [1956].202p.20.5cm.Dangereux Jean et Antoine s’évadent d’un hôpital d’aliénés pour se mettre en quête d’un ami commun, Julien, qui a été libéré.L’évasion a lieu à la faveur de la nuit.Les déguisements empruntés sont ceux d’un prêtre et d'un agent de police.Dès leur arrivée à Montréal, nos deux malades s’installent dans un hôtel.Pour assurer leur subsistance, le temps que durera l’enquête pour retr o u v e r Julien, ils montent un «grand coup > et se servent à même les richesses d’une banque.Après plusieurs aventures et incidents, ils finiront par retrouver leur ami, mais celui-ci s’est « adapté > à une nouvelle vie et ne reconnaît ses amis d’hier que pour machiner leur retour à l’asile.Jean et Antoine échapperont de justesse au traquenard et s’enfuiront à l'étranger.S 3 Ce résumé ne donne qu’un pâle aperçu de ce qu’est ce livre qui tient à la fois du roman policier et du roman à thèse.Le ridicule, le cocasse, le tragique et l’émouvant sont étroitement mêlés dans le déroulement d’un récit qui a parfois les allures d’une fantasmagorie.Ce résumé ne dit rien non plus des intentions de l’auteur qui, manifestement, a voulu faire le procès d’une civilisation où la poésie, le rêve, Malheureusement, que reste-t-il, après le passage de l’impitoyable rouleau compresseur d’Eugène Cloutier?Rien qu’un indescriptible tohu-bohu de théories les plus diverses.Ces nouveaux Diogène qui vont à la recherche d’un homme à la clarté vacillante de leur lanterne sont trop intelligents pour qu’on ne prête pas attention à leurs discours qui, souvent, charrient des pépites de l'or le plus pur.Par ailleurs, sont-ils assez fous pour qu’on ne les tienne pas responsables de théories aussi discutables que celle-ci: « Nos vices et nos vertus sont affaires de chromosomes » (p.67).Seuls des lecteurs très avertis sauront y voir clair dans une telle confusion.En bref, on eût souhaité plus constructive cette œuvre à portée sociologique, écrite par un romancier qui connaît son métier et n’est plus un novice dans l’art d’écrire.R.LECLERC Nouveauté Claude et Claudine par Hélène Flamme Le premier roman d'un jeune auteur canadien plein de promesses.128 pages — $1.25 (par la poste $1.35) (dans la collection "Rêve et Vie") Réédition Les Mains vides par Vincente Adaptation du film.— 24 photos hors-texte.—110 pages.$1.50 (par la poste $1.60) Aux Éditions FIDES 51 Etrangère Étude critique “La médiation mariale” La médiation mariale est l’un des problèmes les plus complexes et les plus discutés de la théologie contemporaine.Dans son ouvrage, qui est la publication diminuée et légèrement adaptée d’une thèse de doctorat, l’A.veut donc essayer de montrer comment s’insère la fonction médiatrice de Marie dans l’œuvre rédemptrice de Jésus.Son but est plus précisément de « .mettre en évidence le fait que la doctrine de la médiation mariale appartient à la révélation et s’harmonise parfaitement, si elle est bien comprise, avec la doctrine traditionnelle de l’Incarnation, de la Rédemption, de la grâce et du mérite » (p.191).En guise d’introduction à son étude spéculative, l’A.trace une esquisse historique du développement de la doctrine en question, depuis les temps apostoliques jusqu’à l’époque contemporaine.Et en situant le problème dans les grands courants de la mariologie moderne, PA.en établit les lignes de faîte en distinguant entre rédemption objective et rédemption subjective.Sans doute, certains théologiens récusent ce dédoublement, craignant de briser ainsi l’homogénéité de la Rédemption; néanmoins, cette distinction est tout à fait fondée, pour autant qu’on se contente de distinguer et non de séparer, car la rédemption objective s’achève dans la rédemption subjective comme en son effet dernier.Ainsi, l’A.résume les diverses opinions des théologiens comme suit: 1) ceux qui limitent la coopération de Marie dans l’économie du salut à la rédemption subjective, c’est-à-dire à l’application dans le temps des mérites du Christ acquis une fois pour toutes par sa mort rédemptrice; 2) ceux qui admettent une coopération de Marie à la rédemption objective elle-même, c’est-à-dire à l’action rédemptrice du Christ, commencée dès son Incarnation et consommée par son sacrifice sanglant de la Croix.Mais ici, les uns accordent à cette coopération mariaie la valeur d’un mérite de condigno, ce qui est presque inadmissible, et les autres la valeur d’un mérite de congruo, c’est-à-dire que le rôle de Marie est en l’occurence seulement secondaire, subordonné et totalement dépendant de Punique rédemption proprement dite du Sauveur: ce que plusieurs mariologues considèrent comme une doctrine certaine, contenue d’une façon seulement implicite dans la Tradition primitive mais réellement explicitée à partir du moyen âge.Dans un essai de synthèse théologique, qui tient compte des éléments valables dans les différentes opinions précédemment exposées, PA.interprète les sources scripturaires et le thème pa-tristique de la Nouvelle Eve en fonction de la théo- logie générale de la Rédemption et du mérite.Il en conclut que Marie est la cause dispositive de notre rédemption, et il explicite ainsi cette formulation théologique du donné révélé: « Marie n’est point rédemptrice.Sa collaboration à l’œuvre du rachat n’est jamais une participation intrinsèque à Pacte rédempteur.Elle n’est pas un principe proprement dit de salut, si secondaire et subordonné puisse-t-il être par rapport à l’action salvi-fique de Jésus.Le mérite de Marie n’est pas coordonné à celui du Christ, il ne le complète pas, ne s’y ajoute d’aucune manière.Il n’acquiert aucun droit strict à notre rachat.Il est un « mérite de convenance ».Marie n’est donc pas cause proprement dite de notre Rédemption, pas même à titre d’instrument.Le Christ est Punique et parfait Sauveur qui n’a eu besoin d’aucune aide pour nous racheter.Marie est cependant « causa salutis» par le charisme de sa maternité et par sa libre obéissance à la volonté salvifique de Dieu » (p.88).L’A.explique ensuite comment Marie a été cause dispositive de l’œuvre rédemptrice en chacune de ses trois phases: Incarnation, Sacrifice rédempteur, diffusion des grâces.Marie représente l’humanité acceptant librement l’Incarnation du Verbe et adhérant pleinement à sa Passion rédemptrice.De plus, elle n’est pas un nouvel intermédiaire entre Dieu et les hommes; elle ne possède pas une grâce capitale secondaire par où passeraient les grâces du Christ avant d’atteindre les autres membres; elle ne donne pas la grâce, mais dispose à la recevoir; et mieux que tous les autres saints, elle obtient, par ses prières et ses mérites de congruo, la sanctification des âmes.Elle n’est donc pas co-médiatrice au sens strict.Cette formulation de « cause dispositive » n’est pas parfaite, et l’A.lui-même en convient (p.94).Néanmoins, elle permet de situer Marie à la même place dans chacune des phases de l’œuvre rédemptrice; elle permet aussi d’éviter les expressions équivoques qui sont à la source de bien des malentendus.En toute objectivité, l’on peut dire que l’A.est un théologien averti et son ouvrage est l’un de ceux qui font le mieux comprendre le rôle de la Vierge dans l’œuvre rédemptrice du Christ et dans celle de notre sanctification.Ovila MELANÇON (1) BUR (Jacques) _ _ MEDIATION MARIALE.Préface de S.E.Mgr de Bazelaire, archevêque de Chambéry.[Bruges], Descléc de Brouwer [19551.200p.20cm.$2.65 (frais de port en plus) Pour tous 52 1 9683 Notices bibli Littérature |H| (îemjr.ipliie [ÎH| SAINT-EXUPERY (A.de) UN SENS A LA VIE.Textes inédits recueillis et présentés par Claude Reynal.Paris, Gallimard [19561.262p.18.5cm.$2.45 (frais de port en plus) Pour tous Ce livre est un recueil de textes de longueur et de valeur inégales.Il contient une nouvelle (L’Aviateur), plusieurs reportages, des lettres et des préfaces.On y reconnaîtra, ici et là, les récits qui ont servi à la genèse de l’une ou l’autre des grandes uvres de Saint-Exupéry.Ailleurs, on découvrira que le pilote-écrivain pouvait être un excellent reporter.Partout, l’on retrouve ces constantes qui font l’exceptionnelle qualité de l’œuvre saint-exupérienne: émouvant respect de la dignité humaine, impérieuse exigence de fraternité, incessante recherche des valeurs spirituelles.Les fevents amis de Saint-Exupéry se réjouiront de la parution de ce livre qui ajoute au trésor des œuvres déjà connues.R.LECLERC KORCH (Morten) LE ROI DU MARAIS DE KARHOLM.Roman.Traduit du danois par François Hubert.Mulhouse, Editions Salvator, 1955.295p.19cm.$2.45 (frais de port en plus) Pour tous Ce roman est l’œuvre d’un romancier très populaire au Danemark.On ne saurait sûrement pas prétendre que c’est un grand roman.Il s’agit d’une histoire assez banale où l’intrigue policière recoupe l’histoire d’amour; à travers tout cela apparaît de temps à autre le dessin assez flou d’un problème social.On pourrait presque dire trois histoires en une.L’unité du récit s’en trouve assez mal en point.Les caractères, par ailleurs, sont bien identifiés, mais ils manquent d’un certain mordant par lequel ils s’imposeraient au lecteur.On les regarde plutôt défiler devant soi sans se laisser prendre par eux.C’est une œuvre facile qui ne déplaît pas et peut délasser; je ne saurais affirmer qu’elle puisse faire plus.Paul-E.CHARBONNEAU BOWIE SHOR (Jean) APRES VOUS, MARCO POLO.[Paris, Presses de 1?Cité, 1956].315p.photos (h.-t.) 21.5cm.Relié $2.50 (frais de port en plus) Pour tous Les récits de voyages abondent depuis la guerre.Il semble qu’on ait éprouvé le besoin de redécouvrir le monde.On ne compte plus les missions françaises, suisses, allemandes, du Cap au Caire, de la Terre de Feu à l’Alaska, en Asie centrale, etc.Deux jeunes Américains: Jean Bowie et Franc Shor, décident, en rentrant à Shangaï d’un voyage de noces au désert de Gobi, de reprendre l’itinéraire de Marco Polo.Les jeunes époux volent vers les Etats-Unis.On y connaîtra la famille de son conjoint, tandis qu’on se procurera les visas et le matériel nécessaires au voyage projeté.Puis c’est la grande aventure: Londres, Paris, Venise, Haïfa, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Wakam et la frontière chinoise interdite qu’il faut se résigner à longer seulement pour rentrer par le Pakistan.On ne retrouvera pas, dans ce récit de voyage, l’« engueulade » classique avec les douaniers; il n’y sera pas question non plus de ces retards contrariants dus à des pannes de voiture; on ne connaîtra même pas, ou si peu — une nuit ou deux — la crainte angoissante d’une fin tragique aux mains de quelque détrousseur.Pourtant, dans le Wakam sauvage, d’où aucun Occidental n’est revenu depuis au-delà d’un siècle, nos deux aventuriers confient leur sort au chef d’une bande de hors-la-loi dont l’habitude est d’égorger quiconque croise ses sentiers.On aura toujours à manger suffisamment, sauf les derniers jours, alors qu’on escalade les plus hautes montagnes du globe, aux frontières de la principauté d’Hounza, véritable petit paradis terrestre, oublié sur le toit du monde, dans un cercle de pics neigeux pratiquement inaccessibles.Ce récit de voyage eût présenté un intérêt décuplé si l’Auteur avait élargi son champ de vision.Il semble que son unique préoccupation ait été d’insérer ses pas dans les traces de Marco Polo.Seuls les personnages rencontrés dans les capitales 53 ou les compagnons des gîtes de nuit, et les aspérités d’une route parfois extrêmement dangereuse dans des passes impossibles, trouvent mention dans son récit.Le lecteur s’y ennuierait à la longue s’il n’était amusé par cette hardiesse juvénile, cette confiance absolue dans ses possibilités, cette humeur égale, cette aisance naturelle — même à la cour du Shah — qui caractérisent nos voisins du S»id.On se sent en confiance devant ces grands enfants.Les entrées les plus interdites s’ouvrent pour eux, telles les lourdes portes d’acier qui ferment les voûtes du monarque iranien, où sont consignés des trésors fabuleux.Mais sur tous ces peuples du Proche-Orient et du centre de l’Asie, on n’en sait pas plus long à la fin qu’au commencement du volume.Pourtant, ces nations ont une histoire, des croyances, des mœurs, des coutumes.Dans un récit de voyage, voilà d'abord ce qui intéresse le lecteur, beaucoup plus que l’altitude de telle montagne, ou l’effort fourni par les yacks sautant une crevasse.Jean Shor a refait le trajet de Marco Polo de Venise à la Chine.Son mérite est grand, certes, surtout pour une femme.Mais son récit nous déçoit; il laisse soupçonner un esprit emprisonné dans le cercle de ses préoccupations personnelles, peu ouvert aux problèmes sociaux et humains.Sans doute, l’Auteur a été frappée par le dénuement absolu des familles kirghitzs logeant dans des huttes de pisé, mais cette sympathie toute superficielle ne trouble pas la quiétude de son âme.Elle ne s’interroge pas sur le luxe inouï d’avoir consacré dix mille dollars à suivre la piste de Marco Polo.Passe encore si elle avait retiré de cette pérégrination une certaine maturité d’âme et d esprit dont elle semble un peu trop démunie.Clément SAINT-GERMAIN ltio(jr
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