Lectures, 1 décembre 1957, dimanche 1 décembre 1957
PER L-22 ECTURES Nouvelle série Vol.4 - No 7 Montréal, 1er déc.1957 * Etude critique “Littérature canadienne-française”"1 Depuis de nombreuses années, on déplore la carence, dans les maisons d’enseignement secondaire, de manuels adéquats pour l’enseignement de la littérature canadienne-française.Le livre de Mgr Camille Roy fut très utile en son temps, et il serait injuste de le « charger de tous les péchés d’Israël » simplement parce qu’il est vétuste et ne rend pas justice à bon nombre d’auteurs contemporains.Il reste cependant que les éducateurs appelaient de tous leurs vœux un manuel plus adéquat, un manuel qui tînt compte des derniers développements de notre littérature dans tous les domaines, un manuel où la critique, sans prendre l’exacte contre-partie de Mgr Camille Roy pour qui « l’éreintement » était « le genre inférieur des jugements littéraires », fût cependant plus soucieuse du jugement impartial à porter sur une œuvre que de l’encouragement à donner à l’auteur.Aussi le livre du R.P.Samuel Baillargeon vient-il à point, combler une grave lacune.On l’accueillera sans doute avec beaucoup d’enthousiasme.Dès le premier abord, le livre se présente bien, avec ses nombreuses illustrations, la variété des caractères et de la disposition typographique; bien qu’il soit secondaire, cet élément a cependant son importance, surtout lorsqu’il s’agit d’un manuel.Un rapide coup d’œil jeté sur la matière permet de mesurer l’ampleur de l’enquête menée et l’abondance des extraits recueillis pour les textes commentés; si l’auteur a éliminé bon nombre d’écrivains tout à fait mineurs qui encombraient le manuel de Mgr Roy, par contre, il fait une étude plus élaborée des auteurs choisis et il accompagne chaque étude d’un texte qui illustre l’art de l’écrivain.A regarder ce manuel plus attentivement, page après page, on est mieux en mesure d’en admirer les beautés comme d’en relever les imperfections.Ainsi, avant d’aborder les différentes périodes littéraires, l’auteur prend soin de nous replacer dans l’environnement historique, politique, économique et culturel.Ces synthèses, un peu longues parfois, ne laissent pas d'être très éclairantes pour introduire à l’étude d'une période donnée.Si le spécialiste en sociologie et en histoire est tenté de les trouver un peu superficielles, il devra se souvenir qu’il s’agit d'un manuel de littérature, et que ces synthèses n’ont qu’une valeur toute relative par rapport à la matière traitée.La méthode adoptée pour présenter chaque auteur est très pertinente.Sans être rigide, la façon de procéder du Père Baillargeon offre habituellement des éléments constants: quelques lignes d’introduction caractérisent la manière de l’écrivain étudié, définissent la signification de l’œuvre ou marquent le retentissement qu’elle eut auprès des contemporains; suivent des notes biographiques et une esquisse du tempérament de l’écrivain, tous éléments susceptibles d’aider à la pénétration de l’œuvre; vient ensuite un texte choisi que l’auteur commente brièvement; en dernier lieu apparaît la liste des sources consultées, liste qui permettra à l’étudiant de poursuivre de plus amples recherches.Dans un manuel de littérature de ce genre, trois éléments surtout peuvent prêter flanc à la critique: le choix des auteurs, le jugement porté sur eux et le choix des textes cités.Il n’est pas facile d’atteindre à une parfaite objectivité et de rallier tous les suffrages dans un domaine où tant d’éléments subjectifs peuvent entrer en ligne de compte.Aussi bien l’auteur doit-il s’attendre à l’énoncé de certains desiderata.Pour notre part, il nous semble que le choix des auteurs est dans l’ensemble très judicieux, mais nous ne pouvons admettre cependant que dans un manuel qui fait large la place à Emile Coderre, à Jeanne L’Archevêque-Duguay, à Gratien Gélinas et à Félix Leclerc, on n’ait pas retenu le nom d’auteurs canadiens aussi hautement reconnus que Mgr Emile Chartier, Mgr Albert Tessier, Esdras Minville, Michelle Le Normand et Marie-Claire Daveluy.Quant aux jugements portés sur les auteurs, ils atteignent, (Suite à la page 98) LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Plateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.(Suite de la page 97) dans l’ensemble, à une moyenne d’objectivité fort honnête.Il faut louer le Père Baillargeon d’avoir obtenu un tel succès dans une entreprise extrêmement délicate.Si de rares études peuvent porter à controverse: celle sur Leme-lin, par exemple, beaucoup trop bienveillante; l’injuste rigueur du jugement porté sur Robert Choquette.Combien d’autres, particulièrement délicates, sont des modèles de critique intelligente, à la fois claire et nuancée ! Et que de pages auxquelles on ne peut qu’applaudir ! Nous pensons en particulier aux lumineuses études sur Ringuet, Mme Guèvremont, etc.— Pour ce qui est du choix des textes, les éducateurs pourront en apprécier la valeur pédagogique.Si le Père Baillargeon remet un jour son manuel sur le métier, il aurait avantage à perfectionner son style, lequel se ressent un peu d’avoir servi d’abord à l’enseignement oral.Ce style n’est pas dépourvu de très précieuses qualités: il est coloré, vif à souhait et riche de vocabulaire.Mais il présente aussi des scories qui pourraient être éliminées.Un travail d’une telle importance et d’une telle valeur, mériterait d’être parfait ! R.LECLERC (1) BAILLARGEON (Samuel), rédemptoriste LITTER A TURE CANADIENNE-FRANÇAISE.Préface de M.le chanoine Lionel Groulx.Montréal, Fides [cl957].460p.23 cm.Relié $6.00 (frais de port en plus) Pour tous ERRATUM Dans l’étude sur le Thomas Chapais de M.Bonenfant (Lectures 1er novembre 1957), on voudra bien remplacer la mention « rapport de Desandrouin > par * Mémoires de M.de la Pause ».Merci à l'héritière de sir Thomas pour nous avoir signalé cette méprise.E.C.Index des auteurs recensés dans ce numéro BAILLARGEON (S.\ p.97-98 BARBEAU (M.), p.102 *** Les Confessions de saint Augustin, p.104 DEAN (N.), p.107 DELACROIX (Mgr S.), p.104 DUBOIS (Mgr M.-M.), p.104 MAURAULT (Mgr O.), p.102 DOBRACZYNSKI (J.), p.106 MERTON (T.), p.104 TURPIN (J.), p.105 WEYERGANS (F.), p.106 WOOLF (V.), p.106 Publication approuvée par l’Ordinaire 98 Littérature canadienne Etude d'auteur Robert Charbonneau K3I|| M.Robert Charbonneau naquit à Montréal, le 3 février 1911.L'année suivan-H4K te, sa famille allait s'établir wSék A.JH à Farnham, pour revenir à * Montréal, en 1919.Après les études primaires, accom-plies à l'école Saint-Stanis-jas> de ja métropole, le futur écrivain entreprit, au collège Sainte-Marie, ses études classiques qu’il couronna par le baccalauréat ès arts.Dans le but de compléter sa culture, il s’inscrivit à l’Ecole des Sciences sociales, politiques et économiques de l’Université de Montréal, où il obtenait, en 1934, le diplôme de journalisme.C’est ainsi que pendant quelques années, il fit du journalisme, d’abord à La Patrie de Montréal (1934-1937), puis au Droit d'Ottawa (février 1937- décembre 1938), et enfin au Canada de Montréal, où il devint directeur adjoint, puis directeur de l’information.Entre temps, c'est-à-dire en 1934, il avait fondé, avec Paul Beaulieu, La Relève, revue qui groupa quelques jeunes intellectuels de Montréal, seule revue qui devait bénéficier de la collaboration poétique et prosaïque de Saint-Denys Garneau.La Relève devint, en 1941, La Nouvelle Relève qui disparut, en 1948.Robert Charbonneau dirigea les deux revues, d’abord avec Paul Beaulieu, puis avec Claude Hurtubise.Il collabora aussi à d’autres revues.A partir de 1940, il s’occupa d’édition de volumes: co-fondateur, avec Claude Hurtubise, des Editions de l’Arbre, il en devenait par la suite directeur littéraire et, après l’incorporation de cette société d’éditions en 1943, président du Conseil d’administration.Tout en publiant lui-même des ouvrages, il continuait à s’intéresser à l’édition: en 1944, il était conseiller technique auprès du gouvernement fédéral sur les questions d’édition; en 1945, il était élu président de la Société des Editeurs, et réélu, en 1946 et 1947.En 1944, il a participé à la fondation de l'Académie canadienne-française.Elu membre du conseil de direction, à la première assemblée de cette Académie, le 4 décembre 1944, il en est, depuis la fin de 1948, le vice-président.Marié en 1944, il est maintenant père de trois enfants, un fils et deux filles.Depuis 1950, il travaille à Radio-Canada: d’abord à titre de directeur adjoint, puis de directeur de La Semaine à Radio-Canada, et d’écrivain radiophonique; il a présenté au réseau d’Etat des pièces tirées de ses volumes, Fontile, Les désirs et les jours, une série de 18 conférences sur les romanciers canadiens-français.Depuis 1955, il est directeur du service des textes de l’organisation de Radio-Canada.Robert Charbonneau a fait sa marque dans notre littérature, en nous livrant — le premier — des romans d’analyse psychologique dignes de ce nom.Poète et critique, il a réfléchi sur son métier: dans Connaissance du personnage, il a exposé sa philosophie du roman et réuni quelques essais sur de célèbres romanciers, tels que Bernanos, Dostoïevski, Mauriac, Duhamel, Jules Romains, etc.Le romancier, juge-t-il, doit moins raconter une histoire, décrire un milieu, exposer une conception philosophique ou morale, que créer des personnages; il doit moins bâtir une intrigue que sonder l’âme en repérant dans cette vie « cet acte pour lequel nous sommes faits et sur lequel pivote notre existence > (Connaissance du personnage, p.13).Robert Charbonneau tient plus au rôle de créateur que d’observateur à la manière d’une Gabrielle Roy ou d’un Roger Lemelin.Soustrait à la tutelle de Paris, l’écrivain canadien doit non se replier mais s’universaliser en recourant à toutes les techniques, notamment 99 américaines (substance des polémiques qu’il a intitulées La France et nous).Sur ces bases reposent ses trois œuvres principales: Ils posséderont la terre (1941), Fontile (1945), Les désirs et les jours (1948).Dans les trois romans, il y a unité de cadre (mêmes circonstances de personnes et de lieux) et unité idéologique.Quelques personnages reviennent dans deux ou trois romans, tels Julien Pollender, des membres des familles Laroudan, Wilding ou Aquinault.Les événements se passent dans le même cadre géographique: une ou deux villes canadiennes,^ au nom imaginaire, Fontile ou Deuville.Le thème général des trois volumes pourrait se synthétiser dans la conquête de la personnalité humaine, envisagée, dans les deux premiers romans, sous l'aspect négatif, à savoir la crainte du don de soi, la délivrance de l’égoïsme et de la médiocrité, et, dans le troisième, sous un aspect partiellement plus positif, l’ambition, le goût de l’action.C’est une sorte de cycle romanesque.Chaque ouvrage cependant forme un roman complet.Robert Charbonneau a transporté au Canada l'univers mauriacien.Il a bien retenu les leçons de son maître: il emprunte à Mauriac la façon savante de construire un roman, de faire évoluer des personnages vivants dans l’entremêlement de leurs destinées diverses; il sait faire converger sur leurs états dame, sur leur drame intérieur, tantôt les lumières crues, tantôt le clair-obscur des événements, même les plus insignifiants, et il sait habilement faire planer sur tout l’ensemble la grande ombre du mystère de la vie humaine; il connaît les deux registres de Mauriac: la vie des sens et la lointaine présence de Dieu.Il fait preuve d’un tact de romancier catholique dans la peinture de scènes délicates et hardies.Dans les deux derniers romans, il affirmera davantage sa personnalité, en la dégageant peu à peu de l’influence de Mauriac et, dans Les désirs et les jours, en orientant sa technique vers la technique américaine du roman.Les personnages de ces récits fictifs sont réels et vivants, toutefois retenus en vie, dirait-on, par l’influx cérébral, et aussi, surtout dans les deux premiers romans, comme dégagés du monde des corps, ouverts à tout instant sur la vie de l’esprit et estompés dans le clair-obscur de la création artistique.La personnalité de l’auteur leur donne un arrière-fond de densité psychologique à faire rêvasser le lecteur.ou bien à l’intriguer ! Le romancier s’attache à faire agir sous nos yeux la vie spirituelle de ses personnages: tout leur comportement extérieur n’est qu’en fonction de celle-ci.Ces personnages ne sont pas des êtres qu'il aurait rencontrés, ce sont des êtres créés de toutes pièces: êtres de fiction et autonomes, dont la création demeure la fin dernière du romancier et de son art, et dont la vie intérieure est représentée d’une façon dramatique.C’est donc la création de destinées individuelles que nous trouvons dans l’œuvre romanesque de Robert Charbonneau: ces destinées individuelles veulent projeter leur lumière sur le problème de l’homme, tout particulièrement sur quelques traits fondamentaux de l’homme moderne.En bref, le fond des trois romans, c’est l’universel humain.Ils posséderont la terre est presque sans attache temporelle ni spatiale.Dans les deux autres romans, le cadre citadin est de plus en plus particularisé: nous y reconnaissons des mœurs et des villes de chez nous.Robert Charbonneau est un auteur difficile; il ne se découvre pas tout entier à une première lecture, même attentive.Un roman de cet auteur ne se lit pas en vitesse comme un roman d’aventures: il exige du lecteur une active et sympathique collaboration qui fait pénétrer dans la vie des personnages puis tâche d’en recomposer, par l’assemblage mental des détails artistiquement disséminés, le paysage psychologique.Le lecteur doit donc faire effort pour se dégager de cette dense analyse psychologique, amassée en de courts chapitres, s’il veut discerner les lignes d’arête et saisir l’orientation finale d’une destinée humaine.Autrement dit, pour comprendre il doit re-créer avec l’auteur.De telles exigences d’une lecture active et d’une réflexion en profondeur réservent ce romancier canadien-français à une élite de gens cultivés.Les « héros » des romans de Charbonneau n’offrent rien de particulièrement * héroïque ».Ce sont des personnages « moyens ».Le Catholicisme de quelques-uns n’est que négatif, étriqué; celui de Dorothée Wilding (Ils posséderont la terre) et d’Armande Aquinault (Fontile) est un peu plus positif.La plupart d’entre eux sont amoraux.Robert Charbonneau est un homme conséquent avec lui-même: la facture de ses romans et la création de ses personnages sont conformes à son livre Connaissance du personnage; nous retrouvons aussi en lui les qualités qu’il exige du créateur humain: technique, personnalité et intuition animatrice.Sa connaissance de la technique du roman est l’une des mieux poussée chez nous; cependant elle attend encore son plein rendement.Sa personnalité sait doter ses romans d’une grande densité humaine.On ne peut lui dénier le don d’intuition animatrice, propre au vrai romancier, même si ce 100 don est limité, s'il ne nous donne pas l’impression d’une grande puissance dramatique, ni ne nous manifeste une spontanéité d’inspiration, une abondance de vie à nous faire dévorer les pages d’un récit.Le style est sévère, ramassé en des phrases courtes et claires, dépourvu de courant poétique mais non d’une harmonie toute virile.Il affiche parfois de la négligence, notamment par d’inutiles répétitions de mots.En voilà suffisamment pour introduire dans l'univers romanesque de M.Robert Charbon-neau et pour apprécier la valeur de ce romancier canadien-français.M.Charbonneau n'a pas clos son œuvre, puisqu'il m’apprend qu’il a en préparation un roman et un essai sur Berthelot Brunet.* * * ŒUVRES.— Ils posséderont la terre.Roman.Montréal, Editions de l’Arbre, 1941.221 p.(Collection Le Serpent d'Airain) Troisième Prix David 1942.(Réédité à Montréal par les Editions de l'Arbre, en 1944.Cette réédition comporte de nombreuses modifications et corrections de l’auteur) — Connaissance du personnage.Essais.Montréal, Editions de l’Arbre, 1944.193p.— Petits poèmes retrouvés.Montréal, Editions de l’Arbre, 1945.30p.— Fon-tile.Roman.Montréal, Editions de l’Arbre, 1945.201p.Prix Duvernay 1946.— La France et nous.Essais.Journal d’une querelle.Ré- ponses à Jean Cassou, René Garneau, Louis Aragon, Stanislas Fumet, André Billy, Jérôme et Jean Tharaud, François Mauriac et autres.Montréal, Editions de l’Arbre, 1947.77p.— Les désirs et les jours.Roman.Montréal, Editions de l'Arbre, 1948.249p.* * * SOURCES A CONSULTER \ — Ellis (M.B.), Robert Charbonneau et la création romanesque.Préface du R.P.Benoît Lacroix, o.p.Montréal, Editions du Lévrier, 1948.64p.—Légaré (Romain), o.f.m., L’œuvre romanesque de Robert Charbonneau, dans la revue L’Action nationale, 33 (novembre 1948) p.209-223.— Macfarlane (J.S.), Fontile et son auteur (cours professé à St.Andrew’s College), dans Aurora, Ontario, 1948, p.1-24.— Sylvestre (Guy), L’univers de Robert Charbonneau, dans la Revue Dominicaine, mars 1953, p.115-118.— McAndrew (Allan), A Canadian Disciple of François Mauriac (tiré à part d’un essai dans 1’University of Toronto Quarterly, octobre 1946, p.42-50) — Répertoire bibliographique de la Société des Ecrivains canadiens.Montréal, 1954.— Vedettes (Who’s Who français).Montréal, Société nouvelle de publicité, 1956.Romain LEGARE, o.f.m.1.Nous n’indiquons pas les ouvrages d’histoire de la littérature canadienne-française ou du roman canadien-français (Dostalcr O’Leary), ouvrages qu’on peut se procurer ou consulter dans les bibliothèques.Vient de paraître : ' ¦ WADIM-FRAPSf par Samuel BAILLARGEON, c.ss.r.Un ouvrage d’une conception toute nouvelle."L'enquête la plus vaste jamais entreprise sur la littérature canadienne-française." Préface de M.le chanoine Lionel Groulx 460 pages.— Format 6V2 x 9.Relié.— Sous chemise en couleurs $6.00 (par la poste $6.20) MONTREAL 25 est, rue Saint-Jacques PL.8335* SAINT-BONIFACE, Man.135, ave Provencher CH.7-1735 101 4779 Notices bibliographiques Religion (2) MAURAULT (Mgr Olivier), p.s.s.LA PAROISSE.Histoire de l’église Notre-Dame de Montréal.Montréal, Thérien Frères Limitée, 1957.240-78p.ill.25cm.$3.50 (frais de port en plus) Pour tous La Paroisse ! ce nom, assez peu expressif aux oreilles de l’étranger, prend une résonance étrange à celles d’un Montréalais: il désigne l’église mère de toutes les paroisses qui peuplent l’archipel d’Hochelaga.En raison de son ancienneté, le temple s'identifie avec toute la vie nationale et religieuse de cette partie du pays.Erigé par les générations qui se sont succédé à son ombre, sous la direction des admirables fils de M.Olier, il constitue un livre d’histoire, une de ces « Bibles à l'usage du peuple » dont parlait le moyen âge.L'histoire est ici d’autant plus prenante qu elle associe aux événements proprement religieux les faits de la vie civile.Avec un plaisir évident Mgr Maurault évoque les uns et les autres: départ de nos zouaves en 1860, congrès eucharistique de 1910, congrès marial de 1953, etc.A ces fresques qui éclairent l’histoire religieuse ou même politique du pays l’auteur joint l’histoire particulière du monument: sa construction, sa décoration (tours, vitraux, cloches), son musée, son presbytère et ses cimetières.Le tableau s’achève par un chapitre sur la vie de l’église: il en dit long sur la piété de ses fidèles et sur l’attachement que porte tout Montréal à cette maison de Dieu.Mgr Maurault aurait trahi son rôle si à son œuvre d'historien il n’avait ajouté des considérations sur l’œuvre de grand art qu’est Notre-Dame.L’auteur de L'art au Canada (1929), qui s’est voué à la tâche de révéler aux étrangers les trésors artistiques de la région montérégienne, se devait de mettre en relief les splendeurs d’une église dont il fut le curé (1926-29).Soixante-dix-sept pages de luxueuses gravures, commentées avec science et goût à la fois, découvrent les richesses inappréciables que recèle ce monument unique au pays.La présentation elle-même de l’ouvrage, qui dépasse à peu près tout ce que nous connaissons en fait de papeterie, de caractères et d'illustrations, fait honneur en même temps et à l'écrivain-artiste et à l’imprimeur-éditeur.Quiconque lira cet ouvrage d'art et de foi y prendra un bain de fierté: il y apprendra jusqu'où les Montréalistes, comme on disait autrefois, ont pu pousser du même coup l'expression d’une foi profonde et d’un patriotisme fier de soi.Et il remerciera et Mgr Maurault et le curé actuel de Notre-Dame d'avoir mis entre ses mains cette édition retouchée d’un livre qui avait passionné les artistes dès sa parution première (1929).Emile CHARTIER, p.d.Beaux-arts (7) BARBEAU (Marius) J'AI VU QUEBEC.(Québec, La Librairie Garneau, Limitée, 1957}.{S.p.} ill.21.5cm.$3.50 (frais de port en plus) Pour tous La liste des ouvrages de Marius Barbeau contient un nombre incroyable de titres.Aucun écrivain canadien peut-être — français ou anglais —, n’a été aussi prolifique.La carrière d'anthropologue et de folkloriste de M.Barbeau remonte à près de cinquante ans; c’est dire qu’il a amassé dans ses cartons une matière très abondante, extrêmement riche et variée.Son dernier ouvrage: J’ai vu Québec reproduit quelque trois cents photos sur la vieille Capitale et les trésors artistiques qu’elle abrite dans ses murs: architecture, sculpture, peinture, orfèvrerie, broderie et travaux à l’aiguille, etc.Un recueil du genre, où l’on trouve, groupées par sujet, les reproductions des œuvres les plus marquantes de nos artistes — des origines à l’époque contemporaine — nous manquait encore.Personne n’eût pu le réaliser avec la compétence et le goût affiné de M.Barbeau.Peut-être faudrait-il dire avec une sorte de ferveur religieuse; on sait en effet quel souci « d’archéologue » M.Barbeau a mis à dénicher quantité d’objets de valeur relégués parmi * les vieilleries > dans les greniers, les caves, les sacristies.J’ai vu Québec suscite l’étonnement et l'admiration.On nous a tellement répété que notre peuple vient à peine de s’éveiller aux beaux-arts ! La vérité est bien différente et nous pouvons être fiers de nos aïeux.Ils avaient du goût et plusieurs ont manié le pinceau ou le burin avec une dextérité et un talent qui nous émerveillent aujourd’hui.Faut-il citer quelques noms ?Rappelons ceux de Théophile Hamel.Charles Huot, Antoine Plamondon, J.-B.Côté, Noël Le Vasseur, etc.Certains ont même excellé à la fois dans l’architecture et la sculpture, tels les Baillar-gé, ces maîtres devant lesquels il convient de s’incliner profondément.Une partie des œuvres d'art dont on trouve une reproduction photographique dans ce 102 volume ont plutôt une valeur artisanale.Telle statuette par exemple dénote tout au plus des aptitudes naturelles chez son auteur; les gestes manquent d’aisance et le visage amuse par son ingénuité.Néanmoins, ces objets, combien précieux pour nos musées ! témoignent — et éloquemment si l’on se replace dans l’ambiance de l’époque — du talent de nos aïeux et de leurs efforts pour créer de la Beauté.Un magnifique volume qui devrait trouver place dans toute bibliothèque familiale aux côtés d’une Histoire du Canada français du chanoine Lionel Groulx et d’une étude sur la Littérature canadienne-française du R.P.Samuel Baillargeon, c.ss.r.Clément SAINT-GERMAIN - • i Faits et commentaires “l'enquête la plus vaste jamais entreprise sur la littérature *' -française” Dans le cadre des manifestations destinées à marquer le Semaine du Livre, les Editions Fides ont présenté, le 21 novembre dernier, au Cercle Universitaire de Québec, la Littérature canadienne-française, du R.P.Samuel Baillargeon, rédemptoriste.Cette réception a revêtu un cachet tout particulier grâce à la présence, parmi les invités de nombreuses personnalités dont M.Jean Bruchési, sous-secrétaire de la Province, Mgr Félix-Antoine Savard, ancien doyen de la Faculté des Lettres de l’Université Laval, MM.Roland Vinette, secrétaire du Comité Catholique du Département de l’Instruction Publique, Luc La-courcière, professeur et titulaire de la chaire de folklore à l’Université Laval, Charles-Marie Bois-sonneault, président de la Société des Poètes, Victor Martin, président de la Société des Editeurs canadiens du livre français, le T.R.P.Gilbert Morin, provincial des Rédemptoristes, et Mlle Cécile Rouleau, directrice de « La Revue de l’Instruction Publique ».De nombreux éditeurs, libraires, professeurs de l’Université Laval, des représentants de la presse, de la radio et de la télévision assistaient également à cette réception.L’Honorable Prévost, secrétaire de la Province, et S.Ex.Mgr Charles-Marie Parent, recteur de l’Université Laval, s’étaient fait excuser et représenter.Au cours de son allocution, le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., directeur général des Edi- tions Fides, a notamment déclaré: « 11 y a quelques jours était ouverte solennellement, ici même à Québec, la Semaine du Livre.La manifestation de ce soir s’insère parfaitement, nous semble-t-il, dans le cadre de cette Semaine et il n’est pas exagéré de dire que le lancement de l’ouvrage du Père Baillargeon constituera l’un des événements les plus importants de la Semaine du Livre 1957.En effet, dans la préface qu’il a écrite pour ce volume, M.le chanoine Lionel Groulx n’hésite pas à se demander si l’ouvrage du Père Baillargeon n’est pas « l’enquête la plus vaste jamais entreprise sur la littérature canadienne-française ».Puis M.le Chanoine note que cet ouvrage s’assigne le rôle d’un manuel, mais qu’il y a en réalité ici plus qu’un manuel, car le R.P.Baillargeon ne s’est pas contenté de présenter des auteurs; il les a replacés non seulement dans le contexte canadien, mais encore au sein des courants d’idées de leur époque >.Le R.P.Baillargeon, pour sa part, a fait la genèse de sa Littérature canadienne-française qui est le fruit de nombreuses années de travail.M.Jean Bruchési, dont l’ouvrage Voyages.Mirages avait été présenté quelques jours plus tôt, a assuré une nouvelle fois les écrivains canadiens de son entière collaboration et souhaité une large diffusion à la Littérature canadienne-française.A.V.Photo prise lors du lancement de la Littérature canadienne-française.De gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin.c.s.c., M.Jean Bruchési et le R.P.S.Baillargeon, c.ss.r.103 690021 Littérature étrangère Religion (2) *** LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN.Traduction par G.Combès.Paris, Lethielleux [1957}.491p.16.5cm.S1.75 (frais de port en plus) Pour adultes Nous n’avons pas à présenter les Confessions de saint Augustin.Ce livre qui est un chant de louange et d'amour a été écrit dans les premières années d’épiscopat du célèbre converti, et il fut, de toutes ses œuvres, la plus lue et la plus aimée.Les Editions Lethielleux nous en offrent aujourd’hui une nouvelle traduction, due à la plume de G.Combès.Le traducteur a œuvré sur le texte de l’édition bénédictine reconnu comme étant le meilleur.Présenté sous la forme d’un livre de poche, cette nouvelle édition sera sans doute accueillie avec ferveur par le public.Il est dommage cependant que la qualité du papier soit si pauvre.R.I.DUBOIS (Mgr Marcel-Marie) PETITE SOMME MARIALE.Paris, Bonne Presse [cl957].389p.pl.(h.-t.) 20cm.Pour tous Celle Petite Somme de la littérature mariale se' tient à égale distance des travaux purement scientifiques et des vulgarisations élémentaires.Elle présente l’essentiel de ce qu’un chrétien cultivé doit savoir de Marie: sa vie et ses prérogatives, ses dévotions, ses pèlerinages et ses sanctuaires.Elle fournit également, à qui voudrait pousser plus loin ses recherches, une bibliographie très précieuse.A.C.DELACROIX (Mgr Simon) DOCUMENTS PONTIFICAUX DE SA SAINTETE PIE XII, 1955.Saint-Maurice (Suisse) Editions Saint-Augustin [1957}.577p.21.5cm.Relié.$6.50 (frais de port en plus) Pour tous « Prodigieuse activité et magnifique enseignement d’un Pape que ni la maladie, ni les souffrances, ni la fatigue, n’empêchent de demeurer aux écoutes des angoisses du monde et d’apporter vérité, lumière, espoir et espérance à tous les hommes de bonne volonté.> Ce cri d’admiration qui échappe à Mgr Delacroix alors qu’il présente les documents pontificaux de l’année 1955, il n’est que de parcourir, ne fût-ce que sommairement, ce magnifique volume que viennent de publier les Editions Saint-Augustin pour se rendre compte jusqu'à quel point il est bien fondé.Discours, lettres, allocutions, radiomessages abordent les sujets les plus divers et témoignent d’une exceptionnelle puissance de travail et d’une attention combien émouvante à tous les problèmes qui angoissent l’humanité.Ces documents pontificaux sont classés par ordre chronologique, mais il est facile de les consulter sur un point donné grâce à une table analytique très détaillée.Un magnifique volume que l’on voudra retenir pour sa bibliothèque.R.I.MERTON (Thomas) LA VIE SILENCIEUSE.Traduit de l’américain par Marie Tadié.Paris, Editions du Seuil [1957}.184p.19cm.Pour tous Thomas Merton est intarissable lorsqu’il s'agit de traiter de la vie monastique.Toujours il nous présente des aperçus nouveaux, et il le fait avec l'exultation contenue du joaillier qui montre la pierre précieuse de sa collection.Nous le croyons sans peine lorsqu’il affirme: c S’il n’est rien de plus désagréable au moine que de faire de la propagande pour 104 la vie monastique, il est peu de choses plus satisfaisantes que l’espoir de faire entrevoir le mystère intime d’une vie si riche en preuves de la miséricorde et de la bonté de Dieu.» (P.12) L'œuvre qu’il publie sous le titre La Vie silencieuse comprend deux parties nettement distinctes: la première considère les principaux aspects de la vie monastique en général; la seconde présente quelques-uns des ordres monastiques les plus importants de l’Eglise actuelle (les cénobites: Bénédictins et Cisterciens, les ermites: Chartreux et Camaldules).On peut à bon droit s’étonner de ce que l'Ordre du Carmel ne figure pas dans cette dernière partie.Le but de ce livre est manifestement de donner une meilleure connaissance de la vie érémitique à tous les lecteurs cultivés.Car il est vrai, comme le remarque judicieusement l'auteur, que « la vocation monastique tend à être, pour le monde moderne, un problème et un scandale.Dans les civilisations essentiellement religieuses, comme celles des Indes ou du Japon, la vocation monastique est plus ou moins admise.Dans une société tout entière orientée vers autre chose que les soucis éphémères des affaires ou des plaisirs, personne ne s'étonne que des hommes consacrent leur vie à un Dieu invisible.Mais dans une civilisation matérialiste qui est fondamentalement irréligieuse, le moine est incompréhensible parce qu’il ne « produit rien ».Sa vie semble complètement inutile.Les chrétiens eux-mêmes sont parfois troublés par cette apparente « inutilité » du moine, et croiraient facilement qu’un monastère est une sorte de dynamo qui, sans Réédition Le pèlerinage de la grande misère par Camille LESSARD, ptre 3e édition 8e mille 264p.— 20,5cm.$2.00 (par la poste $2.10) CHEZ FI DES « produire » elle-même la grâce, procure au monde cette denrée spirituelle infiniment précieuse.» (P.18) En des pages lumineuses, que l’on sent bien être le fruit de la réflexion et de la prière tout autant que de l’expérience vécue, l’Auteur répond à ceux pour qui la vie monastique est un profond mystère, voire même un scandale.Ce beau livre peut aussi rendre service à ceux-là qui croient avoir l'intelligence de la vie monastique.Ils y puiseront de judicieux conseils et de précieuses lumières pour avancer plus sûrement dans cette quête de Dieu qui est la seule chose nécessaire et qui doit être poursuivie inlassablement dans tout état de vie.R.L.TURPIN (Jean) LA SEULE AVENTURE.Préface de M.Berty Lescaut, dirigeant fédéral chef « Cœurs vaillants ».Paris, Spes [1957].253p.ill.19cm.S3.75 (frais de port en plus) Pour jeunes « Des rêves trop grands pour notre carrure pèsent parfois sur nos épaules, rêves de conquérant, de saint ou de découvreur de monde.Il ne faut pas nous étonner d’être seulement ce que nous sommes.L’aventure la plus prodigieuse est notre propre vie et celle-là est à notre taille.» Ce texte de Guy de Larigaudie que M.l’abbé Turpin met en exergue à son livre en indique le ton et les principales lignes de force.Ecrit pour des jeunes de 14 à 16 ans — cet âge difficile qui est aussi l'âge des rêves et de l’idéal naissant — il vise un triple objectif: d’abord, donner aux jeunes une première initiation au monde où bientôt ils seront appelés à œuvrer; ensuite, leur faire prendre conscience de leurs ressources comme de leurs limites; enfin, les axer sur un idéal qui soit pour eux non pas un commode lieu d’évasion mais un levier pour la lutte de demain.Ecrit dans un style simple et direct, bourré d’anecdotes et de récits d’aventures vécues, illustré de magnifiques photos, ce livre a tout ce qu’il faut pour plaire aux jeunes qui le placeront sans doute, dans leur bibliothèque personnelle, à côté des livres du Père Claude et de Paula Hoesl.Si plusieurs récits d’aventures vécues sont surtout valables pour la France, le livre peut cependant rendre de grands services aux jeunes Canadiens.A.COTE 105 Mariage (265) WEYERGANS (Franz) LES GENS HEUREUX.Essai.Paris, Editions Universitaires {1957}.168p.19.5cm.$2.65 (frais de port en plus) Pour tous Un beau livre qui se lit comme un émouvant poème.Un poème qui célèbre l’insertion dans la vie la plus quotidienne d’une mystique très élevée de la vie conjugale.Il ne manque pas de livres sur la spiritualité conjugale.Beaucoup ont la sécheresse un peu rébarbative d’exposés purement théoriques.Le livre de Franz Weyergans enseigne d’une autre manière: par le témoignage d’une expérience personnelle, expérience que l’on sent nourrie de réflexion profonde et solidement axée sur la grâce du sacrement.Marié et père de cinq enfants, fondateur d’un des premiers mouvements de foyers: Les Compagnons de Saint-François, collaborateur de l’Anneau d’or et auteur de plusieurs livres de spiritualité conjugale, Franz Weyergans a été à même de réfléchir sur la spiritualité conjugale et de la confronter à l’expérience.Il nous livre ici, en toute simplicité, le secret des sources humbles et claires où s’alimente le bonheur des « gens heureux ».Rien d’idyllique ou de romanesque dans ces pages.C’est le mariage vu de l’intérieur, au milieu de toutes ses exigences et de ses soucis.Un livre de choix pour les époux et les Réédition- COMMENT réussir mes Etudes ?par Pierre RICOUR 3e édition 6e mille 122p.19cm.12 hors-texte $1.25 (par la poste $1.35) CHEZ FIDES fiancés.Ils y apprécieront la valeur stimulante d’un beau témoignage qui s’exprime dans une langue très belle, agrémentée de poésie et d’humour.R.I.Littérature (8) DOBRACZYNSKI (Jan) - CELUI QUI VINT LA NUIT ».Lettre d’un pharisien.Version française d’Agnès de Noblet et Marthe de Za-mienska.[Tours (France)} Marne {1956}.293p.19.5cm.$2.75 (frais de port en plus) Pour tous L'auteur de ce roman biblique, Jan Do-braczynski, est un héros de la résistance durant l’insurrection de Varsovie.Ecrivain inspiré de la culture française, il a eu d’abord un accueil très chaleureux dans sa patrie, succès qui s’est renouvelé en France.L’histoire s’inspire de passages évangéliques et tend à nous faire connaître Nicodème le pharisien qui n’accepte pas de suivre le Christ mais qui ne peut s’empêcher de reconnaître son prestige et la valeur de sa doctrine.Tenaillé sans cesse par le désir de la guérison d'un être cher, il n’ira pas jusqu’à se dire disciple du Maître tant que le drame du Calvaire ne sera pas terminé, mais on le verra alors se joindre aux disciples de la première heure.Très beau roman qui tient continuellement le lecteur en haleine tout en le pénétrant de l'amour du Christ.A une époque comme la nôtre où le renouveau biblique se fait davantage sentir d’année en année, il vient à point pour répandre le goût de l’Evangile.Roland GERMAIN WOOLF (Virginia) LES VAGUES.Préfacé et traduit par Marguerite Yourcenar.Paris, Librairie Plon [1957}.295p.18.5cm.(Coll.Feux croisés - Ames et terres étrangères) Dangereux Ce n’est pas un roman.Virginia Woolf aurait pu sous-intituler cet ouvrage: réflexions de 106 mes personnages sur la vie.Ils sont six: Bernard, Suzanne, Rhoda, Neville, Louis, Jinny.Nous les retrouvons à différentes époques de leur existence, monologuant sur leurs activités et les problèmes qui les confrontent.Le volume prend dès le début la forme d’un chant polyphonique où chaque exécutant développe un thème que son voisin reprendra avec des variantes, plus ou moins accentuées.Ce chant, qui au début avait tout le charme, la fraîcheur, l’ingénuité, le bonheur paisible de la première enfance, devient bientôt amer.Au deuxième récitatif — celui de l’adolescence — la joie est déjà mêlée de regrets et de déceptions.Les professeurs et les directeurs de pensionnat n’ont pas la sympathie de leurs jeunes élèves; les cérémonies religieuses provoquent l’ennui, et des frictions naissent qui divisent le groupe.Plus tard, on se retrouvera à différentes étapes de la vie pour en gémir, relever les torts et les travers de ses compagnons, accabler la société et même pour fustiger la religion et ses ministres.L’Auteur s’emporte même jusqu’à blasphémer en disant « qu’il y a quelque chose de diabolique dans l’aspect d’un crucifix ».Virginia Woolf a fait un peu son autobiographie dans cet ouvrage.Dès son adolescence, elle avait rompu avec son milieu aristocratique.Elle ne pratiquait plus et s’élevait contre ce qu’elle appelait le conformisme de sa famille, de sa classe et de la société londonienne.Privée des joies de la maternité, elle ouvrit avec son mari une maison d’édition qu’elle dirigea jusqu’à la soixantaine, c'est-à-dire jusqu’à son suicide, lequel avait pour but de « libérer son mari de sa présence importune », selon ses propres mots.Esprit philosophique, Virginia Woolf a voulu trouver un sens à la vie.Malheureusement, elle a refusé d’entrer au temple et d’y chercher Dieu.Elle s’est refermée sur elle-même et a développé un égocentrisme déprimant.Elle est devenue amère, amère à l’égard de tout.Sur la fin de sa vie, il semble même qu’elle n'eût plus toujours la maîtrise de ses facultés.On trouve dans Les Vagues des indices d’une hypertension des facultés intellectuelles, qui confine au déséquilibre mental, un déséquilibre qui l’a menée au suicide.Les Vagues reste un ouvrage d’une audience limitée.Ces monologues fatigueraient vite les lecteurs friands de lecture facile.En outre, l’auteur pratique un certain hermétisme: le sens de tel symbole, de telle évocation, de telle image demande réflexion.Enfin, cet ouvrage ne saurait être mis entre toutes les mains: on y découvre de la complaisance pour les amours coupables, et surtout, un agnosticisme doublé d’un mépris évident pour toute religion.Clément SAINT-GERMAIN Livres pour jeunes *** BIQUETTE.D’après une vieille chanson de nourrice.Images d’Etienne Morel.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1957.23p.ill.15cm.(Coll.Patte blanche) DEAN (Nathalie) et MOREL (Etienne) A CHACUN SON HEURE.Images d’Etienne Morel.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1957.22p.ill.15cm.(Coll.Patte blanche) DEAN (Nathalie) LE PETIT SAPIN JAMAIS CONTENT.Texte de Nathalie Dean d’après un texte populaire.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1957.23p.ill.15cm.(Coll.Patte blanche) MOREL (Etienne) LA RIVIERE D'OR.Texte et images d’Etienne Morel d’après un thème de Ruskin.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1957.22p.ill.15cm.(Coll.Patte blanche) Pour enfants Une collection pour jeunes à la fois éducative et instructive.Les petits y apprendront, comme en se jouant, des notions de morale (la Rivière d’or, le Petit sapin jamais content) et des leçons de choses (A chacun son heure, Biquette).A.C.Crain de sagesse Si la pensée et l’image n’excitent rien\ en vous, il faut conclure que vos facultés ; Isont complètement atrophiées.Grand mu-tilé du cerveau, n’attendez pas l’admiration ' !pour votre vigueur, mais la pitié pour votre infirmité.!| A.de PARV1LLEZ, s.j.107 Document La Presse du coeur On en sourit volontiers.Un « courrier du cœur » où les confidences sont signées: « Manette dans la tempête », « Angoissée du Nord », « Cœur en déroute », etc.; des histoires d’amour et des confessions intitulées « Ballerine Chérie », « Le péril est en nos cœurs », « Marjorie ma rivale »; des horoscopes aussi anodins que celui-ci: « Si vous avez eu quelques déboires sentimentaux la semaine précédente, celle-ci sera beaucoup plus favorable.L’attitude de la personne aimée changera du tout au tout », toute cette littérature d’un sentimentalisme de convention, à travers lequel la femme se manifeste à première vue comme une enfant sotte, quelque peu rêveuse, ayant soif d’être comprise et rassurée, prête facilement à l’ironie.On aurait tort d’en rester là.Quand on pense que la « presse du cœur » proprement dite 1 est propagée chaque semaine à 5 millions d'exemplaires, qu’un hebdomadaire populaire comme Nous deux, tire à 1,500,000 exemplaires, on n’est pas loin de la vérité en estimant que, même compte tenu des lecteurs masculins qui se précipitent sur cette prose, et de l'achat par la même lectrice de plusieurs hebdomadaires, une femme sur deux, entre quinze et trente ans, lit habituellement un magazine du cœur 2.Un phénomène social aussi massif, aussi étendu puisqu'il se manifeste dans tous les milieux, pose un grave problème à tous ceux qui s’intéressent à la dignité de la femme.Marcelle Auclair dans son numéro de La Nef 3, puis dans une interview donnée à La France Catholique4, Les Cahiers d’action religieuse et sociale, dans plusieurs numéros5 6, récemment encore Témoignage Chrétien sous la plume de Marie-Josèphe Ferréol ”, et surtout S.E.le Cardinal Feltin dans sa lettre pastorale à l’occasion du carême 1957 7, pour ne citer que ce qui est venu à notre connaissance, ont alerté l’opinion.Une Association pour la défense de la dignité de la Presse Féminine s'est même créée à cet effet.Dès octobre 1952, la Commission épiscopale de la Presse 1.Si l’on y ajoute les innombrables petits romans des collections à bon marché, il faut augmenter notablement le nombre des lectrices (et des lecteurs) de la « littérature du cœur ».2.Cf.La Presse Féminine, mars 1952, Librairie des Editions ouvrières, 11.rue Henri-IV.Lyon.3.Octobre-novembre 1950.4.26 janvier 1951.5.15 avril 1951, 1er janvier 1955, 15 janvier 1957.6.3, 10, 17, 24 mai 1957.7.La fidélité conjugale, p.6.mettait en garde les fidèles contre les dangers des magazines du cœur.11 ne semble pas que ceux-ci aient vu baisser leur tirage à la suite de ces prises de position autorisées.Manifestement la presse du cœur renvoie à la femme d’aujourd'hui une image d’elle-même dans laquelle elle se reconnaît assez pour y trouver une satisfaction puissante dont la signification est à chercher.Elle est faite sur mesure, par des entrepreneurs doués d’un flair psychologique indéniable, et usant de recettes éprouvées.Il est vain de se demander qui a finalement créé la presse du cœur, ceux qui la composent et la vendent, ou celles qui la lisent: pour se voir il faut un miroir, mais un miroir qui ne fait jamais que refléter ce qui se présente; et ce qui se présente ici, c’est, dit-on, « le cœur ».Mais quel « cœur », et de qui ?Aucun terme plus ambigu que celui-là, aucun qui exige plus impérieusement d’être situé dans un contexte pour recevoir sa signification exacte.De quel « cœur » s’agit-il dans la presse qui porte ce nom ?Commençons par les récits, histoires d'amour, confidences ou « vraies confessions », accompagnés ou non de photographies ou de dessins.Ils ont pour thème exclusif l’amour sexuel entre l’homme et la femme.La situation dont on part est presque toujours du type suivant: une femme entre deux hommes, un homme entre deux femmes.Entre les protagonistes du drame, les contrastes sociaux sont violemment accentués: l'épouse mûrissante a pour rivale la jolie secrétaire; le fiancé ouvrier est supplanté par le riche patron.L’une est brune, ardente, cruelle; l'autre est blonde, douce et tendre.Aucune densité humaine chez ces personnages réduits à représenter la richesse, la vie facile, la célébrité, la jeunesse, la femme fatale, le courage, la réussite, conformément aux canons modernes.Le beau directeur commercial a ses bureaux au « Jouet Scientifique », l’homme admiré est chercheur d'uranium.Le décor est à l’avenant: château, plage, pays étranger, appartement bourgeois, maison de couture, etc.Bien entendu les automobiles y ronronnent de tous leurs cylindres et y étincellent de tous leurs chromes.Le conflit se résout généralement de la façon suivante: la fille qui se croyait laide est finalement découverte et aimée par un prince charmant, la bergère épouse le roi et l’infirmière le grand médecin.Le mari tenté revient à son épouse et l’ouvrière à l’ouvrier au cœur pur.11 arrive sans doute à cette presse de présenter des amours illicites, et d’emprunter au cinéma quelques photos suggestives, mais dans 108 l’ensemble elle est plutôt conformiste.Elle déclare volontiers que « l’amour peut tout », qu’il est « toujours maître », mais l’amour qu’elle évoque suit des voies tracées d’avance; s’il comble trop facilement le fossé creusé par les différences sociales et les incompréhensions, il transgresse rarement, du moins quand on en arrive au dénouement, les normes sociales.Cet « amour » se nourrit de beaux sentiments, il évoque volontiers le bonheur de « l’autre » et le sacrifice, dans une ambiguïté qui comporte à l'occasion pour l’épouse, l’idée de laisser la place à la rivale, ou pour la jeune fille celle de « se donner » prématurément.En tout cas, pour la femme, son destin est tout entier suspendu à l'homme.C’est « à lui » qu’il s’agit de plaire.C’est de « lui » que l’on attend la réponse magique qui dispensera le bonheur.Cette image de « l’amour » est très exactement faite pour plaire à un certain « cœur », celui de la jeune fille ou de la femme qui n’est pas parvenue à l’acceptation de l’amour dans sa réalité sexuelle et dims sa relation avec la totalité de la personne dans le monde.Il répond à un processus d’idéalisme imaginaire qui a pour fonction d'esquiver et de masquer les vrais conflits qui se posent à toute femme au moment de l’adolescence quand il s’agit pour elle d’accéder à la possibilité d’une relation avec l’autre sexe, qui l’engage tout entière, à la fois dans son corps, dans son être social et dans son esprit.La vraie question, à savoir: qu’est-ce qu’être une femme, comment devient-on une femme ?n’est pas posée.Il s’agit seulement de plaire à des lectrices adolescentes en leur présentant le mirage à la fois fascinant et rassurant d’un amour bouleversant et contrarié qui finit bien.Le sentimentalisme fait très bon ménage avec une certaine morale conventionnelle.Il y a sans doute un âge pour rêver.Le plus inquiétant n'est pas que des jeunes filles, entre seize et vingt ans, passent par une phase de sentimentalisme conventionnel.Ne pouvant encore assumer pleinement l’être féminin adulte qui est apparu en elles au moment de la puberté, il est fatal qu’elles cherchent dans la littérature du cœur une image de l’amour qui leur plaise sans les jeter dans l’angoisse.Un psychologue ne s’étonnera pas de constater que les adolescentes sont parmi les plus ferventes lectrices des magazines du cœur.Beaucoup, parmi celles-ci, seront à vingt-cinq ans des épouses épanouies et de bonnes mères de famille, pour qui la littérature du cœur ne présente plus d’intérêt.D’autres n’auront pas évolué.Ce qui n’était d’abord qu’anticipation imaginaire est maintenant évasion et alibi.Déçues par la vie conjugale ou supportant mal un célibat qui se prolonge, elles se repaissent d’une littérature de compensation qui reflète désormais leur incapacité à assumer leur destin.La vogue de la presse du cœur après l'adolescence et la première jeunesse est un symptôme.Il témoigne d’un problème qui n’est pas résolu pour n’avoir jamais été posé lucidement.« Mais, me dira-t-on, il n’y a pas que les histoires d’amour; beaucoup de lectrices du magazine en question s’intéressent avant tout au « Courrier du cœur ».Là des problèmes sont posés, et des réponses sont apportées.La jeune femme qui écrit à la courriériste, toutes celles qui se posent des questions analogues aux siennes, entrent cette fois en dialogue avec quelqu’un dont la réponse les aide à sortir de leur sentimentalisme, et à prendre pied dans la réalité.Vous conviendrez d’ailleurs que, dans la majorité des cas, la courriériste prend son rôle au sérieux et que ses conseils sont marqués au coin du bon sens.» Il est certain que dans beaucoup de magazines le « courrier du cœur » contraste avec les romans et les histoires.Dans les meilleurs, la petite évaporée est l'objet d'une spirituelle mise en boîte, l’adolescente qui risque de se faire prendre reçoit le conseil d’être prudente, et d’attendre « d’avoir la bague au doigt », l’épouse trompée est invitée à la patience, la jeune fille mal engagée est gentiment et fermement sermonnée, celle qui se croit laide ou qui souffre de l’indifférence de son mari a le conseil d’être plus coquette et plus souriante, etc.Une sagesse empirique, celle d’une mère ou d’une grande sœur compréhensive et prudente, inspire la plupart des réponses.Tous les courriers ne sont pas de ce style.Il en est, tel celui de « Bonjour bonheur », sous le titre de « Cœur à cœur », qui visent essentiellement à provoquer des rencontres entre « elle » et « lui ».Malgré un style idéaliste du genre: « Je suis simple., je voudrais qu’il soit honnête et travailleur », cette rubrique est bien ambiguë.Il faut cependant reconnaître que ce genre qui fleurit en termes plus ramassés dans les hebdomadaires frivoles ou pornographiques: « J.f.29 ans, jol.cor.v.mar.a.j.h.cuit, brun, etc.», est peu répandu dans une presse qui s’adresse à un public facilement effarouché.Aussi n’est-ce pas tellement l’immoralité des courriers qui pose un problème que leur principe même; Marcelle Auclair l’a bien vu dans son article de La Nef.Il ne s’agit pas de nier la bonne volonté, le talent, voire le sens de leur responsabilité chez les meilleures des courriéristes.On leur écrit, elles répondent de leur mieux.C’est le genre lui-même qui les condamne à ne pas atteindre le but qu’elles se proposent vraisemblablement, et à faire le jeu de correspondantes plus désireuses de se raconter que de se mettre en question.Le dialogue n’est qu’apparent.On ne sait jamais clairement qui parle, ni de qui, ni de quoi.109 C’est une jeune femme anonyme qui écrit.D entrée de jeu elle se dissimule sous le voile.On ne connaît d’elle que ce qu’elle veut bien en manifester.Le pseudonyme qu’elle revêt volontiers la situe déjà dans un monde de leurre, où elle est prise au piège d’une image sentimentale et conventionnelle qui parle à sa place.L'interlocutrice à laquelle elle s’adresse lui est inconnue.Elle ne tient pas à la rencontrer.Il faut que l’autre soit une image qui n’engage à rien: « Avec vous, je ne risque rien.Vous ne connaissez même pas mon nom.» - « A vous on peut tout dire.Ce n’est pas gênant, on ne vous voit pas.On ne connaît même pas votre visage.» - « Je vous demande conseil sans hésiter, parce que je me sens libre de ne pas le suivre.Vous n’en saurez rien.» Ainsi parlent-elles.Comment veut-on qu’en de telles conditions le dialogue ne soit pas faussé dès le début ?Peut-on même parler de dialogue là où le sujet ne s’engage pas par sa parole et en son nom, dans une recherche de la vérité, avec un interlocuteur à qui il fait confiance ?La courriériste est ainsi condamnée à une réponse aveugle qui fait appel au bon sens, parfois à l’humour.Elle donne des recettes, mais ne peut amener la correspondante à se mettre en question, pour une bonne raison: elle ignore tout de celle-ci et n’a aucun moyen d’en savoir davantage.Bien plus, submergée de lettres, astreinte à composer une réponse qui sera lue par tous, elle est vouée à ne répondre vraiment à personne, sous peine de déplaire à telle ou telle part de son public.C’est à se demander si les quelques lignes qu’elle livre à tel « cœur tourmenté » qui lui écrit, et à des centaines de milliers d’autres qui ne lui ont pas écrit, diffèrent notablement de la réponse faite par les étoiles dans les horoscopes qui voisinent avec le courrier.Elles répondent au même besoin: se faire donner un conseil sans s’engager en rien, avec cette différence pourtant: côté courrier, la lectrice a pris la plume pour tenter de poser un problème précis; côté horoscope, on cherche seulement à se faire dire son destin à la petite semaine, sans même se donner la peine d’écrire.Il ne s’agit ni de comparer la courriériste avec une quelconque pythonisse, ni d’en méconnaître les intentions, ni même de nier le bien qu’elle peut faire épisodiquement, mais simplement de mettre en évidence le problème que posent l’existence et la vogue d’un genre.Que certaines écrivent pour se voir publier, que d’autres se disent: « Voyons comment elle va répondre >, que plusieurs veuillent vérifier une fois de plus leur impuissance à se faire comprendre, ces divers motifs importent moins que la profonde ambiguïté qui marque le recours à la courriériste.Que, par exemple, une jeune fille de vingt-six ans écrive qu’elle tente de refroidir deux soupirants, parce que les manifestations physiques de l’amour la dégoûtent, et que d’autre part elle s’inquiète à la pensée que ses parents se désolent de la voir rester vieille fille, voilà certes un problème qui met en jeu la relation de cette fille avec des parents auxquels elle est suspendue, et son propre rapport à sa nature féminine.Mais elle le sait mal.En tout cas, la réponse donnée esquive complètement la vraie question — et c’est peut-être ce qu’attend — aussi — la jeune fille: « La présence d’un mari qui dégoûte est plus pénible que de rester vieille fille.En ne vous mariant pas, vous gardez toutes vos chances.Une fille de vingt-six ans qui refuse deux partis est en état d’en trouver un troisième.» Et voilà une fille qui, grâce au courrier du cœur, va glisser plus sûrement vers un célibat dont il lui sera de plus en plus difficile de sortir.Etait-il possible à la courriériste de lui dire autre chose ?Probablement pas, sous peine de scandaliser.Pouvait-elle du moins se taire ?Pas davantage, sous peine de priver son courrier du cœur de ce qui fait pour une bonne part son succès: l’abord de tels problèmes.Ainsi partagée entre les impératifs de la vente et les exigences de sa situation de conseillère, la courriériste est dans une position fausse.Même si elle pressent la vraie question qui se pose à sa correspondante, elle ne peut que sacrifier l’acheminement vers la vérité à l’octroi d’une satisfaction qui perpétue, chez des centaines de milliers d’être, la méconnaissance du véritable problème.Lorsqu’une courriériste de talent, comme Marcelle Ségal, fait un aveu de ce genre: « Chercher la vérité, la dire sans blesser personne.est un travail de danseuse de corde.une seconde d’inattention, elle pose le pied à côté et se rompt le cou !» 1 se rend-elle compte qu’elle condamne par là même une entreprise faussée à sa base ?Et pourtant le fait est là: des jeunes femmes en grand nombre se trouvent aux prises avec des problèmes dont elles souffrent et lancent un appel au courrier.A la fois sincères et insincères, elles manifestent un besoin insatisfait.Il semble que pour beaucoup le recours aux parents et aux conseillers habituels, tels les prêtres pour les catholiques, soit, pour des raisons diverses, difficile ou impossible psychologiquement.Leurs lettres au courrier manifestent une carence, qui a l’ampleur d’un phénomène social, dans le domaine de l’éducation du cœur, et de l’assomption par la femme de son destin propre.Le courrier du cœur révèle et masque à la fois un vide dont il faut prendre conscience.1.Panorama chrétien, octobre 1957.110 Il serait vain de proposer, pour répondre au problème, la création d’une « bonne » presse du cœur.Si les histoires d’amour de la presse en vogue peuvent être améliorées (probablement d’ailleurs au détriment de leur puissance d’attraction), le courrier n’a généralement rien d’immoral.Et surtout, une presse, même « bonne », par le fait même qu’elle resterait du « cœur », ne ferait que remplacer un sentimentalisme par un autre.Le sentimentalisme, même teinté de religion, ne change pas de nature, et la distance est moins grande qu’on ne le pense entre les magazines dont nous parlons et certains magazines dits « pieux ».La même lectrice passe facilement de l’un à l’autre.Il n’est pas davantage possible de traiter la question par le mépris, et d’inviter les jeunes femmes à se détourner des problèmes du « cœur », pour se consacrer à leurs fonctions ménagères et participer conjointement avec l’homme à la solution des grands problèmes économiques, sociaux et politiques qui se posent à l’humanité.On ne refoule pas impuné- ment des questions qui tiennent à une situation aussi fondamentale, pour la femme comme pour l’homme, que leur nature sexuelle complémentaire.La presse du cœur a encore de beaux jours devant elle, tant que l’on n’aura pas répondu mieux qu’elle aux besoins qui la suscitent.A quelles conditions une telle réponse pourrait-elle avoir quelques chances de succès ?C’est ce que nous voudrions rechercher dans un prochain article.Aussi artificiel que soit le « cœur » présent dans la presse de ce nom, aussi sentimental que soit l’amour qui s’y reflète, ils témoignent, à leur manière, d’une immense question qu’il faut avoir le courage de poser pour tenter d’y répondre, en fonction des données de la psychologie et des exigences de la foi.Louis BEIRNAERT [Cet article a été publié dans ETUDES (P.F.), livraison de novembre 1957, p.197-204.] Faits et commentaires Un livre de M.Auclair sur Lourdes LOURDES (CCC).— Le Comité international Notre-Dame de Lourdes a demandé à l’écrivain célèbre Marcelle Auclair d’écrire le récit des apparitions et la vie de Bernadette.Marcelle Auclair est l’auteur d’une vie de sainte Thérèse d’Avila qui est l’un des grands succès du livre français de ces dernières années.Dans ce volume qui, par autorisation expresse de Mgr Théas, évêque de Lourdes, s’intitulera Le Livre du Centenaire, on retrouvera toutes les qualités de psychologie, d’art et de style, et aussi de communication spirituelle, qui ont fait le succès de son ouvrage sur sainte Thérèse.Le livre comportera environ 250 pages; il sera illustré par J.Fortier, l’un des photographes les plus recherchés à Paris pour l’information religieuse.Edité par Bloud et Gay l’ouvrage paraîtra en librairie au début de l’année 1958.Un congrès: « L’opinion publique et la moralité » BALE (CCC).— La Commission de préparation du congrès de l’Union internationale pour la protection de la moralité publique, qui doit se tenir à Fribourg, Suisse, du 21 au 23 juillet 1958, sous le thème: « L’Opinion publique et la Moralité publique », s’est réunie à Bâle les 17 et 18 novembre.La Commission a arrêté la liste des conférenciers appelés à introduire tant les séances plénières que les carrefours des groupes de travail du congrès.Ces conférenciers seront, pour la séance d’ouverture, M.Joseph Folliet, de Lyon; pour le groupe « Législateurs et Pouvoirs publics », M.J.-Z.Patenaude, de Montréal; pour le groupe « Educateurs », M.le Pasteur Pierre Secrétan-Rollier, de Genève; pour le groupe « Influences sur 1 opinion publique », M.Anton Boehm, d’Allemagne; pour le groupe « Public », M.Georges Tomlinson, de Grande-Bretagne.Mme Charlotte de Wolff, de Sion, Suisse, sera chargée de présenter au congrès les résultats d’une enquête préliminaire destinée à l’état actuel de l’opinion publique face aux problèmes de moralité.La Commission a en outre pris un certain nombre de dispositions techniques relatives au congrès de Fribourg, auquel seront associés 74 organisations appartenant à 17 pays, ainsi que de nombreux sympathisants. T * £72 -¦ ;vn«CE, Devenez, vous aussi, mentbffe4trt1u‘1' AUCliiVtS DE DA t-HÙV ÏNCE, ¦MM-BSB-OMÙtS CE BATAILLE, e-58 LES 2 LIVRES Dt MOIS — Chaque mois, 2 ouvrages sélectionnés pour $2.50 (valeur minimum en librairie $4.00) — Une seule condition: prendre 4 sélections mensuelles en 12 mois.§i| fias vedetteJ de décembre NOCTURNES par Daniel-Rops A défaut d'une autobiographie — Daniel-Rops est un des rares écrivains à s'être toujours refusé de nous parler de lui-même — voici une trentaine de textes où l'auteur de l'Histoire Sainte, sans se raconter lui-même, laisse entrevoir ses sentiments personnels.Il s'agit d'articles de journaux, voire de pages inédites qui constituent des méditations sur les suiets les plus divers et vont des "espaces infinis'' dont s'angoissait déjà Pascal, jusqu'à la signification de l'art et de la Poésie.Amorcée par un fait, une rencontre, la réflexion de l'auteur a bientôt dépassé les apparences pour aller à la profondeur saisir le réel et atteindre Dieu.Ces poges simples et sincères montrent l'orientation chrétienne, l'itinéraire d'une pensée qui parcourt l'histoire et le monde; elles permettent de saisir le mouvement d'une âme vers lo lumière et de monter à sa suite vers la solution de tous les problèmes dans la paix joyeuse de la foi.262 pages, 18.5cm.Coup de soleil au Péloponèse sans smoking unt leici tant gbidc COUP Di SOUIL AU PÉLOPONÈSE par Marie-Cécile Laurent Voilà un livre qui sort de l'ordinaire.C'est le récit d'un voyage effectué en Grèce par 15 je mes Parisiennes.Ce qui en fait le charme, c'est la simplicité, le naturel et l'optimisme qui s'en dégoaent.Marie-Cécile Laurent a mis de côté les idées toutes faites, les émotions préfabriquées dont s'encombrent tant de voyageurs qui se lancent à la découverte d'un pays, guide en main.Elle préfère les souvenirs, les impressions personnelles aux clichés et aux relents littéraires mal digérés.Troubadours de notre siècle, l'outeur et ses compognes sont beaucoup plus sensibles à l'accueil des gens qu'aux vestiges archéologiques.Ce n'est pas la tristesse qui les hante, mais la joie de vivre, l'extraordinaire sentiment qu'il faut découvrir le monde pour aimer tous les hommes.Un livre plein de fraîcheur où l'humour pétille à choque page.185 poges, 18cm.LE CLUB LES 2 LIVRES DU MOIS 25 est, rue St-Jacques Montréal PL 8335* LES 2 LIVRES DU MOIS Veuillez m'inscrire au club "Les 2 livres du mois" et me faire parvenir vos vedettes de décembre.Dès réception, je vous adresserai $2.50.Je m'engage à prendre au moins 4 sélections mensuelles au cours des douze prochains mois.Il est entendu que je recevrai chaque mois le dépliant envoyé aux membres du club.Nom CMT/?>L l i er Adresse Ville 29 *» «6 * vince BIBLIOTHÈQUE NATIONALE OU nuÉBEC 1
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