Lectures, 1 avril 1958, mardi 15 avril 1958
PER L-22 ¦ ECTIJRES Nouvelle série Vol.4 - No 16 Montréal, 15 avril 1958 Document Plaisir de lire Dans sa livraison de mars dernier, la Revue des Cercles d’études d’Angers publiait ' / cet excellent article dont la lecture intéressera au plus haut point tous ceux qui sont engagés j i [ dans l’apostolat de la saine lecture.t i Le R.P.Carré, dans son livre sur l’Eglise et le théâtre 1 porte ce jugement sévère sur les spectacles d’aujourd’hui: « Le goût du public est douteux, et depuis dix ans on travaille à le pervertir.Ceux qui réagissent sont une minorité, les autres laissent faire, par « largeur d’esprit » ou paresse, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes comp’ices de ces « libertinages artistiques » qui évoquent le Bas-Empire ».Quand on a grandi dans l’amour des Lettres françaises et quand on sait tout ce que leur doit au moins l’Europe, sinon le monde entier civilisé, on souffre de voir tout ce que notre langue véhicule aujourd’hui de ce qui nous fait mépriser.Mais parler de retour à la morale et aux idées saines vous fait traiter de père-la-pu-deur ou de radoteur.Réagir contre le mal — qui s’appelle aussi mauvais goût — mais au service duquel se met hélas ! trop souvent le talent, nous paraît pourtant aussi nécessaire que de lutter contre la contagion des épidémies.Les pratiques d’hygiène ont fait reculer la maladie et ont allongé la vie humaine.N’y aurait-il pas une hygiène de l’esprit qui pourrait faire reculer la folie et nous faire recouvrer l’équi.ibre moral ?11 est des mères de famille qui sont plus attentives pour leurs enfants aux règles et disciplines d’hygiène physique qu’à tout le reste.Un enfant propre et ;bien douché, est souvent tout leur idéal.Nous nous rapprochons de l’éducation Scandinave où règne cette discipline physique, où les corps sont nets mais les âmes vides et les cœurs secs.L’amour n’y a plus qu’une valeur de plaisir éphémère et renouvelable.N’y aurait-il donc pas aussi une santé de l’esprit à entretenir, des contagions intellectuelles et morales à éviter ?Ce qui d’ailleurs n’est pas seulement négatif, car une bonne hygiène comporte une nourriture solide et saine pour développer les forces de l’enfant et de l’adolescent, un entraînement soutenu pour les faire s’épanouir, et, quand la maturité est venue, pour les conserver.En matière de lecture, les vrais critiques devraient aider à pratiquer cette hygiène.Nous avons plus d’une fois déploré la carence des feuilletons littéraires à cet égard.Les talents ne manquent point, mais ils ne s’exercent guère que pour notre plaisir, rarement pour nous guider.M.André Maurois a rassemblé dans un ouvrage qui porte un joli titre: Lecture, mon doux plaisir quelques études « sur des livres, nous dit-il, qui tout au long de sa vie lui ont donné de constants plaisirs ».Certes, à lire ces pages brillantes, on ne sera pas déçu quant au plaisir.Un français élégant et pur, des sujets dont plusieurs: Le Cardinal de Retz, La Bruyère, Chateaubriand, Stendhal, sont d’un fini et d’une vérité qui donnent l’impression de la perfection dans la critique.Les autres ont bien aussi de quoi captiver le lecteur: Voltaire, J.-J.Rousseau, Goethe, Leopardi, Balzac, Dickens, Flaubert, Tolstoï, Spencer, Proust.Mais convenait-il d’écrire que les livres signés de tous ces noms « coïncident avec les sommets les plus élevés de la chaîne des Lettres » ?Nous ne prétendons pas qu'aucun soit à négliger.Ils ont tous une valeur dans la chaîne.Mais sont-ils tous des sommets ?On pourrait dessiner une autre ligne de faîte, avec d’autres sommets d’où l’on voit mieux le monde, terre et ciel [.] La lecture est un (Suite à la p.255) LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Plateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Les éditeurs "à la source de mouvements sociaux.” « Le respect du lecteur d'une part, celui de la vérité et de la morale de l'autre, font aux éditeurs un devoir grave de peser leur responsabilité, quand ils lancent dans le public, avec les moyens modernes de pression sur l’opinion, un ouvrage susceptible d'influencer les esprits.Il n’y a pas, en effet, que les chefs-d’oeuvre qui rayonnent; il y tous ces ouvrages qui répondent aux désirs souvent inconnus ou inavoués de la foule.Un commerçant sans scrupule peut les exploiter; un homme d’honneur s’en gardera courageusement.Il existe en revanche une oeuvre positive à entreprendre, et Nous savons que de saines initiatives se trouvent couronnées de succès.Les éditeurs peuvent être à la source de mouvements sociaux, intellectuels, spirituels, et telle ou telle de ces « collections », si répandues à l’heure actuelle, se range comme une armée sur les rayons des devantures ou des bibliothèques, armée pacifique, armée qui cherche à servir les hommes, en face d'autres qui ne cherchent qu'à les exploiter et qui les déshonorent en définiti ve.La plus grande originalité d’un éditeur serait sans doute de trouver ce dont le public a le plus besoin dans le domaine du vrai, du beau et du bien, de découvrir et d'encourager les talents susceptibles de répondre à cet appel profond des âmes, et finalement de les satisfaire en leur présentant sous la forme la plus attrayante et la plus solide de la nourriture spirituelle valable pour toujours.* S.S.PIE XII Index des auteurs recensés dans ce numéro BESSETTE (G.), p.244-245 CABAUD (J.), p.250 CURTIS (J.-L.), p.252 DANIEL-RO PS, p.251 DELESALLE (J.), p.246-247 GRIMAL (P.), p.248 HAMMAN (A.), p.247 HERIAT (P.), p.249 MAILLET (A.), p.243-244 NORD (P.), p.251 PERLER (O.), p.247 Publication approuvée par l’Ordinaire 242 Littérature canadienne Études critiques “Pointe-aux-coques” 11 Beaucoup de Canadiens ont parlé de l'Acadie: l'historien Casgrain, l’abbé Dubois, d’autres encore dont Rumilly.Beaucoup d’Acadiens ont célébré leur petite patrie: l’abbé Bourgeois, le sénateur Pascal Poirier, l’archiviste Placide Gaudet, le député Bona Arsenault.Mais aucun, croyons-nous, n’a perçu l’âme de l'Acadie avec plus de perspicacité, personne n’en a peint le double visage avec plus de sympathique émotion, qu’Anto-nine Maillet, cette inconnue.Toutefois, ce prétendu roman est de toute évidence une autobiographie: on ne traite pas avec une pareille intensité d’aventures impersonnelles.Issue d’un père né à Pointe-aux-Coques, amenée par lui aux Etats-Unis, Mlle Cormier revient au village paternel, avant ses vingt ans, comme directrice de l'école nouvelle.Sa pédagogie s’appuie sur un premier principe: pour se gagner les enfants, participer à leurs jeux et, par la progéniture, se concilier les parents.Son esprit social la met en contact avec la plupart des familles, parmi lesquelles elle se découvre un grand’oncle (le grand Dan) ainsi que des cousins, dont François.Elle devient surtout l’amie de Jean, le penseur et le promoteur de la Coopérative locale (pp.85, 103).Cette amitié deviendra-t-elle de l’amour ?On n’en sait rien; le mot n’est même prononcé nulle part.La déclaration de Jean se ramène à cette phrase sybilline: « J’attends que vous me laissiez imprimer sur mon bateau votre nom » (p.120) et la réponse, c’est à elle-même que, dans un demi-rêve, Mlle Cormier se la fait en ces termes non moins énigmatiques: «Tu te construiras un autre bateau, Jean, et tu imprimeras mon nom sur la proue » (p.127).Au contraire, la sociabilité de Mlle Cormier l'incline à se mêler à toutes les fêtes paroissiales, civiles ou religieuses: Noël, Premier de l’an, Mardi-Gras.Mi-Carême, Jeudi-Saint, 1er mai, 24 mai.Saint-Pierre, funérail es du grand Dan.C’est en s’associant à toutes ces réunions, dont le récit constitue autant de chapitres, que Mlle Cormier découvre l’âme de sa race, la sienne du même coup.Deux passions absorbent cette âme: l'amour de la mer, décrit à l’occasion d’une tempête (p.106), l'attachement à la terre, expliqué à propos de la cueillette des fraises (p.110).Les deux passions s’entremêlent si bien que, sur le bateau de pêche, on ne pense qu'au village et, de retour à terre, on ne parie que de la pêche au large (p.24).Ces préoccupations matérielles ne constituent qu'une facette du caractère acadien.L’autre nous est révélée par la hantise qu'exerce sur tout Acadien la religion ou régime paroissial (pp.24, 80), et par son souci de développer autour de lui l’éducation (pp.36, 71).Toute réunion de fami le en Acadie prend l’allure d'une fête communautaire; on connaît, comme si on l’avait au bout du doigt, la généalogie les uns des autres (p.112-113), l’exode d’un des membres apparaît un danger national (p.105); on se transmet ses souvenirs comme un legs testamentaire (p.118); les joies individuelles, les deuils plus encore, prennent un caractère commun (p.95).Cette étroitesse des relations ne se manifeste pas toujours par l'exubérance.Sans être absolument taciturne, l’Acadien s’exprime volontiers en demi-confidences; chez ce peuple d'une intelligence supérieure et d’une sensibilité rétractée, on se comprend à demi-mot.Et ce demi-mot joint si habituellement le pittoresque à l’origina ité que la langue acadienne est l’une des plus savoureuses qui soient (p.72).La meilleure preuve, ce sont les multiples archaïsmes et les créations locales que l’auteur a semés à travers son livre.Elle est délicieuse, cette devise de Pointe-aux-Coques: 24 S « Mieux vaut qu’il en reste qu’il en manque » (p.59).Elle ne l’est pas moins, cette sentence du grand Dan, où se condense toute l’expérience pédagogique de l’Acadie: « Les maîtresses d’école sont le ferment dans la pâte; il leur faudra pas abandonner le village » (P- 37).Le grand mérite d’Antonine Maillet, ce n’est pas tant d’avoir pénétré, à travers leur langage mesuré, le caractère et l’âme des Acadiens; c’est d’en avoir reflété les traits à travers son style, et avec une précision telle que ses héros, s’ils eussent été instruits, n’auraient pas, semble-t-il, écrit d’autre façon.A côté des descriptions sobres, mais colorées, sonores et parfumées (v.g.p.67), les réflexions personnelles ou empruntées à l’histoire sont d’un imperturbable bon sens et d’une sensibilité raffinée.La phrase, toute en demi-teintes et en nuances, toujours correcte, y est plus suggestive qu’expressive; en un endroit (p.105-106), on y perçoit même comme l’écho des « trois voix » de Maria Chapdelaine.Aussi ce roman peut-il être classé presque comme un modèle à la fois de l’art de décrire et de raconter, en somme d’écrire naturellement.C’est pourquoi nous souhaitons que, à l’occasion de leur distribution de prix, nos Commissions scolaires le diffusent par milliers d’exemplaires parmi nos familles surtout rurales.Un vœu plus ardent ne pouvait glisser sous la plume du petit-fils d’une authentique Acadienne.Emile CHARTIER, p.d.(1) MAILLET (Antonine) POINTEAUX-COQUES.Roman.Montréal, Fides [1958].127p.21.5 cm.(Coll.Rêve et vie) $1.50 (frais de port en plus) Pour tous “La Bagarre ”(,) C’est la première œuvre du genre que M.Bessette présente au public, et il y fait montre d’un incontestable talent de romancier.Il a le don d’évoquer des personnages très vivants, de peindre un milieu social donné par de petites touches précises et typiques.Mais, pour être allé chercher son inspiration dans les bouges, et pour avoir, par un souci de vérisme trop poussé, où l’art ne trouve plus guère son compte, rapporté trop littéra’e-ment les propos qu’on y entend, son livre inspirera-t-il autre chose qu’une vive répulsion ?La Bagarre raconte une tranche de la vie de trois étudiants qui fréquentent la faculté des Lettres.Jules l^beuf, le personnage central du livre, est venu tard aux études, après une jeunesse besogneuse.A vingt-neuf ans, il travaille comme balayeur dans une Compagnie de transport, et ses émoluments lui servent en grande partie à défrayer le coût des études qui, il l’espère, lui permettront de devenir un écrivain.Il s’est « collé > avec une serveuse de restaurant, femme vulgaire qu’il méprise mais avec qui il s’est lié dans l’espoir d’échapper aux pièges des lupanars.Il a, comme compagnons d’études et de loisirs, Augustin Sillery et Ken Weston.Le premier, un fils à papa, est un homosexuel adonné aux jeunes hommes et un dilettante prodigue de tirades funambulesques.Le second est un Américain venu au Canada pour écrire une thèse sur les Canadiens français; il s’initie aux secrets de la langue française auprès de Thérèse, la fille de sa maîtresse de pension.Cette vieille fi le qu’il trouve ridicule et qu’il ridiculise à plaisir, l’apitoie cependant par l’affection maladroite dont elle l’entoure.Ces trois étudiants n’ont, semble-t-il, d’autres plaisirs communs que de faire le tour des cafés louches pour ingurgiter des verres de whiskey, entendre des chansons obscènes et assister à des spectacles de mauvais goût.Ils y passent des soirées et même des nuits entières, quitte à « sécher > les cours du lendemain.244 Pour servir d’arrière-plan à ces tristes sires qui évoluent sur l’avant-scène, Gérard Bessette évoque un coin du monde des gagne-petit de l’échelle sociale: les compagnons de travail de Lebeuf qui, comme lui, œuvrent péniblement pour obtenir un maigre salaire.Face à ces petites gens aux instincts primitifs et à l’esprit borné, dans ce milieu diffici e et changeant où les seules constantes semblent être la solidarité des travailleurs entre eux et la haine de tous ceux qui sont constitués en autorité, Lebeuf prend vite figure de chef de file.Ce balayeur « pas comme les autres » est admiré et respecté par ses compagnons de travail: on le consulte pour des prob èmes d’ordre familial et l’on s’appuie sur lui pour d’intelligentes interventions auprès des chefs.C’est à propos d’incidents qui se produisent dans ce milieu de travail, que Lebeuf révélera des aspects insoupçonnés de son caractère.Ainsi, l’épisode où Bill le consulte au sujet de sa fille Gisèle, une adolescente de seize ans qui préfère continuer ses études plutôt que d’aller travailler à l'usine, donnera lieu à toute une série d’aventures inattendues et révélatrices.Le colosse râblé, pour qui les lois morales ne semblent guère compter, se montrera un cœur délicat et une âme chevaleresque: cet habitué des cafés, installé dans le concubinage, ne tolérera pas que Gisèle passe une seule heure dans les boîtes de nuit qu’il fréquente.C’est même parce qu’elle y a été amenée par la fourberie d’Augustin Sillery que Lebeuf se lancera dans une sensationnelle bagarre, d’où il sortira la figure tuméfiée et le corps meurtri, mais l’âme éclairée par le merci de la jeune fille.Cet épisode des relations Lebeuf-Gisèle, c’est une bouffée d’air pur dans ce livre qu’empestent les odeurs d’alcool et les relents de passions troubles.Ce sont de belles pages aussi qui narrent l’intervention de Lebeuf en faveur de Bouboule, un vieux travailleur mis à pied.Mais ces pages sont perdues parmi tant d’autres qui donnent la nausée ! Que d’insupportables dia'ogues qui charrient blasphèmes et crudités ! Et quelle corvée que de subir un tel littéralisme d’expressions ! Et ces chansons grivoises, si semblables à celles qui pimentent les journaux jaunes, en quoi servent-elles l’art d’un romancier ?Ce n’est certes pas avec des œuvres de ce genre que M.Bessette se fera une place enviée dans notre littérature.Puisse cet écrivain plein de promesses nous donner d’autres œuvres, de meilleure santé ! R.LECLERC (1) BESSETTE (G.) LA BAGARRE.Roman.Montréal, Le Cercle du Livre de France [1958].231p.20.5 cm.(Coll.N ou velle-France ) Dangereux Vient de paraître- Vous qui passez par Léo-Paul DESROSIERS de l'Académie canadienne-française Un roman psychologique très prenant.L'auteur met en scène deux personnages marqués jusqu'à l'intime de leur être par les affreuses blessures reçues dans l'enfance: Romain Heur-fils, timide, vivant replié sur lui-même, refusant jusqu'à l'amitié qui s'offre à lui; Nicole Aulneau, dont tous les actes de jeune femme crient un drame d'adolescente.264p.Format 516 x 8V2 $2.50 (par la poste $2.60) Du même auteur Les Dialogues de Marthe et de Marie 204p.$2.00 (par la poste $2.10) _________________________ CHEZ FIDES Rappel - Élise Velder par Robert CHOQUETTE Une magistrale peinture de moeurs 336p.Format 5% x 816 Coll.La Gerbe d'Or $3.00 (par la poste $3.10) ___________________chez Fides 245 Littérature étrangère Étude critique “Cet étrange secret”0» Nous terminions à peine la lecture de l'excellent ouvrage de Pierre Blanchard, paru dans les Etudes carmélitaines, sur Dieu présent au monde, que Jacques Delesalle nous propose dans la même collection un agréable entretien sur l’athéisme contemporain.On aimerait rencontrer plus souvent un causeur aussi subtil, parlant un langage aussi élégant et d’un souffle aussi continu.Disons immédiatement que la belle étude de Jacques Delesalle, où s’allient comme en se jouant profondeur de la pensée et maîtrise de la phrase, demeure un éloquent témoignage de la vitalité de l'esprit français.C’est ce que nous voudrions montrer en scandant les temps forts de ce beau livre.L'on concédera facilement à l’auteur la logique de la division de son travail en romanciers et philosophes.Elle nous rappelle Platon, et le rôle que jouent dans cette pensée mythes et raison.Chacun de ces romanciers présente l’athéisme sous un jour différent.Pour un Dostoïevski, l’homme ne doit plus discuter l’existence ou l’inexistence de Dieu.C’est un problème dépassé; nous savons que Dieu n’existe pas.Il s’agit donc pour l’homme de se mettre à l’épreuve et de savoir s’il peut lui-même se faire Dieu.Mais la déification de l’homme dans l’œuvre de Dostoïevski semble conduire à l’échec total.L’homme n’est donc pas prêt pour assumer son rôle divin.Voilà pourquoi l’univers de Kafka est absurde.Cette absurdité réside dans une tension naturelle de l’âme vers un Absolu et dans sa croyance nouvelle a la mort de Dieu.L’homme demeure ainsi impuissant en face du mal.Les héros de Bernanos nous l’apprennent, eux qui disent, finalement vaincus par le mal: « Tout est grâce ».Mais le monde n’est-il pas réfractaire à la grâce même ?se demande Graham Greene.Le pauvre prêtre de La puissance et la gloire, malgré tous ses efforts, est prédestiné à la damnation.Ainsi, face à l’absurdité du monde et à l’inefficacité de la grâce, Malraux enseigne la révolte.La Révolution sera « l’aptitude à mettre le monde en question ».Pour Anouilh, ce n’est pas la révolte, mais cette grande nostalgie d’un Paradis perdu, qui pourra, peut-être, nous aider à vivre.De tous, le plus placide.Gide, d’engagements en dégagements, 246 pratique méthodiquement l’athéisme et réussit à incarner dans sa vie « la mort de Dieu », si bien que Sartre a pu dire de lui: « Ce que Gide nous offre de plus précieux, c’est sa décision de vivre jusqu’au bout l’agonie et la mort de Dieu.» Naturellement, nous ne pouvons pas suivre l’analyse détaillée de l’auteur sur chacun de ces romanciers.L’étude est toujours menée avec minutie, emportée dans un souffle qui se maîtrise et joue finement à travers les interprétations de personnages, de situations et de symboles.Dans une seconde partie, l’auteur étudie l’athéisme chez les phi.osophes.L’athéisme contemporain, selon l’auteur, s'enracinerait dans les philosophies classiques, dites idéalistes.Déjà Descartes avait maille à partir avec l'idée de Dieu.Cette idée, étant infinie, demeure donc incompréhensible à un esprit fini.Descartes résout l'objection en distinguant comprendre et connaître.De même que la vue peut envisager d’un point l’immensité de la mer, ainsi l’esprit fini peut connaître Dieu par la fine pointe de son regard sans cependant le comprendre.Mais cette connaissance incompréhensible de Dieu n’a rien qui puisse se porter garant de son objet tandis que la perception sensible nous assure de l’existence de la mer.Ainsi l’intuition de Dieu chez Descartes aussi bien que chez Malebranche camoufle une foi implicite.Que cette foi tombe et l'idéalisme engendre l’athéisme.C’est ce que nous verrons avec Spinoza qui identifie Dieu et le monde.Descartes croyait encore à la Métaphysique; la critique kantienne la ruine définitivement.L’idée de Dieu est une illusion transcen-dentale.Cette affirmation détache la raison de Dieu pour la situer exclusivement dans l’homme.Mais la raison qui refuse Dieu comme objet spéculatif demeure près de l’athéisme, même si la notion se restaure au plan pratique.La brèche est faite.La ruine de la métaphysique posera l’homme en face du problème du mal que tous les efforts de Leibniz ne réussiront pas à résoudre.N’étant plus assumé dans la foi, le mal devient le grand scandale aux yeux de l’homme moderne.Alors la raison livrée à elle-même s'engage dans l’histoire.Voici le message de Hegel.L’homme moderne doit savoir dépasser la pensée grecque et chrétienne qui ne fut qu’une étape de son développement.Le Sage hégélien atteint la maturité en délaissant la pure contemplation de la vérité pour s’aventurer dans la pensée qui construit.Il veut créer lui-même son destin.Mais Kierkegaard rappelle que l'existence historique ne saurait éliminer l’existence individuelle.Or, celle-ci n’a aucune explication adéquate en dehors de la foi.Cependant, le Kierkegaard qui centre tout sur la foi ruine la raison et voilà la porte ouverte à l’existentialisme athée.Sartre fait son « dis- cours sur la mort de Dieu » et Heidegger débite de longs raisonnements sur l’absence de Dieu.Karl Jaspers, approfondissant la Transcendance, ne retrouve rien d’autre à l’intérieur de l’être que le paradoxe du défi et de l’abandon, croyance et incroyance.Seul Gabriel Marcel préfère le mystère.Recueilli, dans une attitude d’adoration et d’humilité, il cherche le Dieu caché au sein de l’être, cet étrange secret dans lequel Dieu s’est retiré.Yvon LAFRANCE (1) DELESALLE (Jacques) CET ETRANGE SECRET.[Bruges] Desclée de Brouwer [cl957].314p.22cm.(Coll.Etudes carmé-li tailles) Pour tous, mais spécialisé •••-4 Notices bibliographiques Religion (2) PERLER (Othmar) LE PELERIN DE LA CITE DE DIEU.Initiation à la spiritualité de saint Augustin.Traduction de R.L.Oechslin revue par l’Auteur.[Paris] Bonne Presse [cl957].191p.17.5cm.Pour tous L’auteur nous présente une initiation à la spiritualité de saint Augustin.Son propos se divise en neuf chapitres qui traitent successivement des notions suivantes: l’amour et la concupiscence, l’action et la contemplation, le rôle de la grâce dans la vie surnaturelle, l’Eglise et les sacrements, la Sainte Trinité et le rôle social du chrétien.Ces pages sont écrites simplement selon une méthode sûre.Il s'agit d’un découpage de la pensée augustinienne à travers ses œuvres maîtresses.On trouvera à la fin de chaque chapitre les références.Aux âmes simples, peut-être ce petit livre apportera-t-il quelque profit.Yvon LAFRANCE HAMMAN (Adelbert), o.f.m.L'EMPIRE ET LA CROIX.Epître de Clément — Lettres d’Ignace d’Antioche — Lettre de Polycarpe de Smyrne — Pa-pias — Actes de Martyrs — Evangile et Actes de Pierre — Protévangile de Jacques — Pline le Jeune, etc.Paris, Editions de Paris [cl957J.301p.ill.19cm.(Coll.Littératures chrétiennes, no.2).S3.90 (frais de port en plus) Pour tous La sympathie qu’a manifestée le public français à la parution du premier volume de la collection « Icthus », laisse croire au succès croissant des livres qui suivront.Présenté sous format commode et glacé, illustré de nombreuses photographies et vignettes, ce deuxième livre de la collection demeure digne du premier.Nous y trouvons, dans une belle traduction à la fois soucieuse d’objectivité exégétique et de tenue littéraire, l’Epître aux Corinthiens de Clément de Rome, les lettres d’Ignace d’Antioche, celle de Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, l’Explication des discours du Seigneur de Papias d’Hiérapolis, une Homélie du 247 lie siècle, dite Homélie de Clément, quelques récits de martyrs, les premiers romans religieux et les premières poésies chrétiennes.En appendice, un dossier pour l’histoire de l’Eglise réunit les textes de Tacite, une lettre de Pline le Jeune à l’empereur Trajan, la réponse de l'empereur et le Canon de Muratori.Une préface courte mais substantielle permet de situer les textes dans l’ensemble de l’histoire et surtout par rapport à l’hellénisme.Bref, un livre qui sera pour tous un excellent compagnon.Aux étudiants en patristique, il donne des textes de première valeur.A l’honnête homme qui veut redécouvrir la fraîcheur des origines du christianisme, il apporte de vivants témoignages.Yvon LAFRANCE Littérature (8) GRIMAL (Pierre) HORACE [Paris] Editions du Seuil £1958], 191p.ill.17.5cm.(Coll.Ecrivains de toujours, no 42).$1.20 (frais de port en plus) Pour adultes Dès le début de son essai, l’auteur fait remarquer que la sagesse horatienne est « assez proche de l’expérience commune pour sembler sans secret, assez profonde pour réserver à la méditation de surprenants trésors » (p.6).On comprend bien la justesse de cette observation contrastante lorsqu’on a parcouru les deux parties de ce mince volume: l’essai en quatre chapitres que M.Grimai déduit de son étude (p.6-85), les traductions personnelles qui ont préparé cet essai (p.87-189).Mais il faut commencer sa lecture par celles-ci.Elles appliquent un procédé qui nous est personnellement cher: dans une traduction d’auteur grec ou latin, il faut, dans la mesure du possible, ne déplacer aucun mot du texte.Car, si les mots expriment la pensée de l’écrivain, leur ordre recèle d’habitude ses intentions de « derrière la tête ».Vouloir donc plier la phrase classique à la logique du français, c’est s’exposer à échapper ces intentions, souvent plus importantes que l’idée de fond.De plus.M.Grimai découpe les textes en des strophes qui, si elles ne correspondent pas toujours à celles d’Horace, se modèlent du moins sur le thème que développe chacune de celles-ci.Ces deux procédés peuvent bien parfois conférer à la traduction une certaine rudesse ou une apparence de déséquilibre; ils aident pourtant à saisir les assertions qui révèlent, avec les principes de l’art d’Horace, les données de sa philosophie.— Entre parenthèses, M.Grimai admet lui-même que certaines pièces ne pouvaient être traduites à cause de leur indécence (p.24): ne pense-t-il pas qu’il eût dû appliquer cette proscription à certaine Satire (p.99-103) vraiment trop épicée ?Puis, si l’on veut se rendre compte de l’exactitude de ses traductions, on n’a qu’à comparer celle de // Odes, 3 (p.136) avec l’harmonieuse paraphrase de notre Charles Gill (Anthologie Asse-lin-Fournier, p.149-150).Revenons à la philosophie d’Horace.Il a fallu du temps au penseur pour s’arrêter à une doctrine définitive.Parti de la morale paternelle, passant tour à tour par le stoïcisme, l’épicurisme et l’hédonisme, il aboutit avec peine au système qui eut une certaine vogue chez nous vers 1890-1900: la primauté de la volonté.la maîtrise de soi.L’observateur, qui voit nos prétendus « penseurs d’avant-garde » s’évertuer à se chercher eux-mêmes sous la pression d’on ne sait quelle risible « inquiétude », s’amuse de constater, par l’étude de M.Grimai, leur parenté tardive avec un prestidigitateur intellectuel d’il y a vingt siècles.Quant à l’art d’Horace, c’est un domaine encore où le poète eut peine à se fixer.S’il se rallia finalement à deux formes d’expression, l’entretien familier et décousu représenté par les Satires et les Epîtres, le lyrisme encore plus décousu des Epodes, des Odes et du Chant séculaire (p.84-85), il avait d’abord voulu nationaliser le vers saturnien de Lucilius.Mais, ce qu’il voulut par dessus tout, c’est empêcher la poésie latine de copier la matière des classiques helléniques tout en imitant leur esprit, puis la détourner des palabres verbales pratiquées par les Alexandrins à l’époque hellénistique (p.80).Si le mince volume de M.Grimai nous apprend peu de choses nouvelles sur le compte d’Horace, il a du moins le mérite de mettre à notre portée, en une synthèse documentée, les dernières acquisitions, sur ce point, de l’archéologie et de l’histoire littéraire.Les illustrations, aussi nombreuses que variées, complètent ces acquisitions.Emile CHARTIER, p.d.248 HER1AT (Philippe) LES GRILLES D’OR (Les Boussadel III).Roman.Paris, Gallimard {1957}.387p.20.5cm.$3.75 (frais de port en plus) Appelle des réserves Enfin, qu'il fait bon de mettre la main sur un roman valable, de le lire feuillet à feuillet sans éprouver un instant la tentation de n’en passer aucun.Un roman qui soit envoûtant tout ensemble par l’intrigue que vivent des personnages vrais et par le souci d’art que le romancier a bien voulu y mettre.Les Grilles d’or se présente comme un roman de cette qualité: depuis les Pasquier de Duhamel, nous avons rarement goûté ce bonheur.Philippe Hériat publie ce troisième volume d’une série qui a comme sur-titre: les Boussar-del.Déjà les deux premiers ont connu une très large diffusion: Les Enfants gâtés (1939 — 249.400 exemplaires) et Famille Boussardel (1947 — 148.600 exemplaires).Peut-on parler de cycle de romans ?Pas tout à fait, puisque chacun de ces bouquins demeure indépendant en ce sens qu’il peut être lu et compris sans qu’on ait pris connaissance des précédents.Que savons-nous d’Agnès, l’héroïne des Grilles d’or ?Elle est cette jeune étudiante qui, revenant d’un séjour en Californie, portait un enfant né de ses relations avec un architecte américain.Elle avait réussi à se faire épouser par un cousin malade et généreux.Pour de viles considérations d’intérêt, les Boussardel s’étaient opposés à la reconnaissance de l'enfant par le mari qui, quelque temps après, se suicidait.On retrouve donc Agnès au tout début de la guerre de 1940.Elle vit retirée avec son jeune fils sur une île de la Méditerranée, à Port-Cros.Entre sa famille et elle la rupture semble définitive jusqu’au jour même où éclate la guerre.Elle pense à tous ceux des siens qui demeurent dans la France occupée: elle opère un retour vers les siens en leur faisant parvenir des colis, elle accepte même de se rendre à Paris pour les obsèques du grand-père.Mais elle se rend vite compte que toute la famille, à l’exception d’une vieille tante, ne lui pardonne pas ce qui est arrivé.Bourgeois racés, vivant en caste fermée, les Boussardel continuent leur vie exclusive, ils conservent leur rancœur, et, à l’occasion d’un héritage, ils cherchent par tous les moyens de la légalité à frustrer la jeune femme d’une part de cet héritage.Ce n’est que lorsqu’elle brise définitivement toute relation avec la parentèle, qu’Agnès se sent libérée et retrouve enfin le goût de vivre.Intrigue vraisemblable, personnages campés à point, une écriture parfaite: indubitablement, un roman bien construit, irréprochable sur ces points.De plus, de la première à la dernière page, nous revivons l’atmosphère trouble des bouleversements de l’Occupation, de la Libération et de l’après-guerre en France.C’est l’cpoque du black out, des indispensables ausweis, du marché noir, des crises d'antisémitisme, des chasses à l’homme, du maquis: cette toile de fond est peut-être l'une des meilleures que nous a laissées la littérature du roman historique contemporain.Mais que penser du personnage qui occupe la vedette tout au cours du roman, Agnès ?L’Auteur nous la fait connaître: « Elle s’emplissait d’une certitude: c’est qu’en effet elle était une personne de bien; un de ces êtres qui, sans religion, sans préceptes, sans tabous, deviennent et demeurent par instinct des âmes justes, et finalement se passent de morale parce qu’ils n'en ont pas besoin » (p.382).Abattue comme elle fut par une famille adossée à l’ordre social, Agnès s’est sans doute rebiffée dans une révolte irréductible à la fin contre tout ce qui pouvait avoir caractère conventionnel.Mais de là à considérer comme conventionnel tout ce qui est inscrit dans notre nature humaine ! Pareil amoralisme, que depuis Gide on nomme paradoxalement sincérité, n’est qu’une forme nouvelle de cynisme.Nous ne voyons pas comment on peut se juger < une âme juste par instinct » quand le cours de sa vie débute par la naissance d’un fils naturel et qu’elle se ponctue par la suite de plus d’une coucherie champêtre ! Le roman, comme on le voit, ne saurait être lu que par des gens qui ont suffisamment d’expérience de la vie pour soupeser à son très faible poids l’argument peu concluant de ceux qui osent crânement soutenir « qu'ils peuvent se passer de morale parce qu’ils n’en ont pas besoin » ! Roland-M.CHARLAND ]i-—‘1, « La lecture des mauvais livres a tué ! !; la foi chez un grand nombre.Et si Nous ]> protestons, on Nous accuse d’obscuran-' tisme vis-à-vis de l'Art.La libre pensée ! !; est à l'oeuvre dans notre milieu social et I1 poursuit toujours le même but que ses ! fondateurs lui ont indiqué: la destruction \ du Règne de Dieu sur la terre par la ] corruption des esprits et des coeurs.» Soti Ern.le cardinal P.-E.Léger — 249 Biographie (92) CABAUD (Jacques) L EXPERIENCE VECUE DE SIMO-XE WEIL avec de nombreux inédits.Paris, Plon {1957}.404p.22.5cm.$5.40 (frais de port en plus) Pour tous, mais spécialisé C'est un ouvrage depuis longtemps attendu que celui que présente Jacques Cabaud, d’autant que les et ides d'envergure consacrées à l'auteur de La Pesanteur et la Grâce font pratiquement défaut.L'intention qui a présidé ici a été de faire voir que toute la pensée de Simone Weil a évolué dans le sens d'un drame de conscience dont le développement est d'une continuité frappante.A cette fin, M.Cabaud a mis en parallèle les données biographiques et l’histoire de la pensée de Simone Weil; mieux encore, il a inséré l’expérience réalisée aux points d’incidence dans la courbe de cet esprit qui fut sans cesse actif.L'ouvrage comprend trois parties; les années d’enfance et d’université (1909-1931); Simone Weil professeur, anarchiste révolutionnaire (1931-1936); les années de spéculation métaphysique et religieuse, agonie du corps et de l’âme (1936-1943).Jacques Cabaud a mené une patiente enquête: il a interrogé tous ceux et celles qui avaient approché de près la jeune fille, compagnons, amies ou élèves de Simone Weil, il a compulsé quantité de documents, dossiers, lettres, notes de cours, poèmes et écrits encore inédits.Toute cette somme de détails biographiques projette un précieux éc'airage sur la personnalité et l’œuvre de Simone Weil.L’on découvre qu’elle eut une jeunesse semblable à celle de Pascal par sa précocité intellectuelle, que son milieu familial était agnostique et juif alors qu’elle s’est toujours montrée elle-même préchrétienne et helléniste.L’on découvre aussi maints autres renseignements qui nous permettent de répondre aux multiples questions que nous pose la lecture des Cahiers notamment.Simone Weil a bel et bien été ce professeur agrégé en vadrouille dans la classe ouvrière, comme on l’a dit.« Le Christ est descendu et m’a prise », écrivait Simone Weil au lendemain d’une messe suivie à Solesmes, en 1938.Les déclarations d’ordre mystique quelle fait dans La Connaissance surnaturelle, Jacques Cabaud les analyse avec toute la subtilité d’un théologien.11 expli- que très bien que, si Simone Weil est une martyre de la charité, elle se disait selon son propre mot « chrétienne hors de l’Eglise », qu’elle n’admettait pas que la Révélation ne puisse être unique, que sa pensée syncrétique et trop rationaliste la conduisait dans le domaine de lhétérodoxie.Tous ceux donc qui veulent découvrir le message de Simone Weil auront intérêt à parcourir l’étude de Jacques Cabaud: ils découvriront l’histoire d’une vie arc-boutée des plus lucides résolutions et qui s’accomplit inexorablement sans le moindre retour de lâcheté ou d’orgueil.Bien que son message comprenne des ferments de libre examen qui pourraient être délétères aux esprits mal préparés, il reste que dans l’ensemble il est tonifiant.« Ses affirmations même hérétiques, note le critique Lucien Cuissard, sont sous le signe d’une recherche consciente qui vaut mieux que certains acquiescements conformistes.» Une grande humaniste de nos temps que Simone Weil, mais arrêtée au seuil de l’Eglise.Roland-M.CHARLAND Nouveautés - Collection Classiques Canadiens BRÉBEUF par René Latourelle, s.j.MARGUERITE BOURGEOYS par Hélène Bernier ALBERT LOZEAU par Yves de Margerie Déjà parus Champlain Paul Le Jeune Frontenac Thomas Chapais Crémazie Nérée Beauchemin Saint-Dcnys-Garneau Jules Fournier $0.60 chacun (par la poste $0.65) _______________________ CHEZ FIDES 250 DANIEL-ROPS CLAUDEL, tel que je l'ai connu.Strasbourg, Editions F.-X.Le Roux, 1957.110p.ill.19.5 cm.S3.00 (frais deport en plus) Pour tous Ce livre nous fait entendre la voix d’un ami parlant d’un ami.Et quand le premier s’appelle Daniel-Rops et le second, Claudel, on devine un peu la qualité de la confidence.Daniel-Rops a bien connu Claudel, à qui il a rendu de fréquentes visites au cours des dernières années de celui-ci.Ce sont les souvenirs de ce commerce amical qu’il nous livre ici.En des pages émues, la plume sensible et ferme du grand écrivain évoque la figure de Claudel, telle que, par delà l’auréa de gloire qui l’entourait, e le apparaissait aux intimes.Récit savoureux qui nous fait pénétrer dans l’antichambre d’un génie, nous permet de rire de ses bons mots — ce qui est accessoire — mais surtout nous permet de constater l'unité profonde entre la vie et l’œuvre de Claudel.« C’est parce que tout en lui était étranger à toute littérature que, dans la conversation la plus familière aussi bien que dans ses oeuvres les plus illustres, il était toujours si extraordinairement vrai, puissant et dense.» Cette réflexion de Daniel-Rops nous revient constamment à l’esprit tout au long de ces pages captivantes.Daniel-Rops a voulu, par ce texte, « faire sentir ce qu’il y avait de vivant, de direct, d’émouvant dans cet homme illustre, déjà promis aux thèses et aux chapitres de manuels de littérature, [.] mais qui était tout le contraire d'un modèle pour dissertation scolaire et d’une statue pour square ».Il y a pleinement réussi, et ce petit livre, abondamment illustré selon le goût très sûr de Madeleine Ochsé, fera la joie des innombrables amis de celui qui s'est défini lui-même par la bouche de l'un de ses personnages: « Je suis un semeur de semences ».R.LECLERC - ¦ > » - NORD (Pierre) LE PERE DE FOUCAULD FRANÇAIS D'AFRIQUE.Paris, Arthème Fayard fl957}.220p.19.5cm.(Coll.Bibliothèque Ecclesia, no 35) Pour tous Plusieurs écrivains contemporains se sont penchés sur cette figure si attachante qu’est celle du P.de Foucauld.Dans Le Père de Foucauld Français d'Afrique, le lecteur se sentira entraîné « dans le plus extraordinaire des romans d'aventures vécus du siècle » (p.11).Le vicomte de Foucauld de Pontbriand, orphelin, mène une vie licencieuse: « le houzard qui faisait la fête.» (p.13).Sous-lieutenant des Hussards à Pont-à-Mousson, il se fait remarquer par un libertinage si désoeuvré, « qu’il est mis en non-activité par retrait d'emploi pour indiscipline, doublée d'inconduite notoire » (p.26).A l’ébahissement de tous ses camarades, peu de temps après, un revirement étrange et inattendu s'opère chez l’ancien houzard.On ne reconnaît plus le militaire arrogant: on doit s’incliner devant le néophyte convaincu.Comment expliquer cette métamorphose?Tout simplement parce que le libertin Saul a été foudroyé par un appel latent: « Pourquoi me persécutes-tu?» Le nouvel apôtre se retire à Bled Maghzen, puis à Bled Siba.« Voici le drame essentiel, et affronté en connaissance de cause, de la vie marocaine de M.de Foucauld: il est soldat, mais un soldat tout seul en face de l'ennemi et de sa conscience.» (p.66) Converti par l’abbé Hu-velin, il s’enferme dans le cloître des Trappistes de Notre-Dame des Neiges afin d’éprouver sa foi encore impubère.Comme ce genre de vie ne satisfait pas aux exigences de son idéal, il quitte la Trappe pour mener, à Nazareth, à l'ombre d'un monastère de Clarisses, la vie d’un pauvre ouvrier.Il entrevoit la prêtrise, mais il s'en croit indigne.Heureusement, la supérieure des Clarisses, Mère Elisabeth du Calvaire, voit en lui un homme de Dieu et lui conseille fortement de recevoir le sacerdoce.Reçu prêtre, le P.de Foucauld écrit avec une étonnante vision prophétique: « Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué.» (p.125) Il est successivement nommé « aumônier » de Béni-Abbès, puis « curé » du Hoggar.Le P.de Foucauld mourait martyr le 1er décembre 1916.La France perdait en lui l'homme qui lui avait ouvert les portes du Maroc.Pierre Nord, militaire lui-même, n'emprunte pas à la casuistique les éléments nécessaires pour percer l’âme du P.de Foucauld.Sans aucune prétention, il suggère une narration fidèle des faits.Erudit et soucieux du détail géographique, l'Auteur décrit d'une façon remarquable les contrées désertiques du Sahara.véritables géhennes où l’humain doit lutter constamment.Il en résulte des pages magnifiques, parées de descriptions puissantes.Il y a lieu ici de rendre hommage au talent de Pierre Nord.Jean-Marie BARRETTE 251 Faits et commentaires Jean-Louis Curtis Pour répondre aux désirs de nos lecteurs qui souhaitent avoir des renseignements sur ce romancier français en tournée au Canada, nous donnons ici quelques notes biographiques ainsi qu’une brève appréciation sur ses oeuvres.rtrr._r^rrJ_rxrc^_,j r r - Jean-Louis Curtis est né à Orthez en 1917.Il a fait ses études en Sorbonne.Professeur agrégé d'anglais au lycée de Bayonne, puis au lycée Jacques-Decour à Paris, il s'est fait connaître surtout comme romancier.OEUVRES : Les jeunes hommes (cote: dangereux), paru en 1944, dresse le bilan d’une génération.Siegfried (dangereux), publié en 1946, trace le portrait d’un intellectuel d’Outre-Rhin.Les forêts de la nuit (dangereux) obtint le Prix Goncourt en 1947.— « L’auteur a voulu évoquer, dans ces pages, l’existence tragique menée en France sous l’occupation : une petite ville du sud-est nous y apparaît avec ses personnages pareils à ceux qu’on rencontrait un peu partout au fond de nos provinces: bourgeois apeurés, plus ou moins vichyssois; commerçants et cultivateurs âpres au gain; résistants vrais ou faux; filles sans pudeur, ne suivant que l’appel de leurs sens; Allemands tour à tour cordiaux ou cruellement dominateurs; misérables à la solde de la Gestapo.Ces comparses, malheureusement, ne sont que des fantoches suivant leurs bas instincts et leur psychologie est inexistante; une seule figure pure émerge de ce monde trouble, celle d'un adolescent qui est entré dans la Résistance sans presque y penser et sera victime des louches agissements du sinistre individu qui a séduit sa soeur.11 se dégage de ce tableau une impression désolée: aucun idéal ne s’entrevoit, n’éclaire cette « nuit > lugubre qu'indique le titre et où se débat la plus triste des humanités; la Résistance elle-même est amoindrie et le livre, jusqu’à la fin, ne montre que le côté utilitaire d’un Mouvement dont il semblerait que les participants n’aient qu’à retirer l’unique profit.» (Livres et Lectures, janv.1948, p.13-14) Gibier de potence (dangereux) est paru en 1949.Ce roman raconte « la lutte, chez un jeune homme, Marceau Le Guern, entre le bien qu’il n’ignore pas et que représente une saine jeune fille rencontrée, et le mal incarné par une femme satanique qui le domine.11 finira par tuer celle-ci: ne lui a-t-on pas prédit naguère qu’il finirait sur l’échafaud?* (Je choisis mes auteurs, de R.du Mesnil et P.Chartier, p.93) Chers corbeaux (dangereux).Etudes critiques, accompagnées de pastiches sur Gide, Montherlant, Jouhandeau, Mauriac et Sartre.Les justes causes (dangereux) a été publié en 1954.— « L’auteur met en scène des jeunes hommes de la génération d’entre les deux guerres.Ils ont pris feux pour tous les combats d’idées de cette époque; ils ont reçu des formations intellectuelles diverses.La guerre, l’occupation, la résistance et la libération ont fait se dégager tous les ferments qui bouillonnaient en eux.Puis, peu à peu, la réalité reprend plus au moins ses droits.Avides d’émotions, plus cérébrales que profondes, ils ont pris parti, sans être guidés par un critérium moral, sans une juste appréciation des valeurs.Au fond, que leur a-t-il manqué?Une formation morale complète, à base authentiquement religieuse, ce qui eût impliqué aussi de quoi se former un jugement sain dans la conduite de la vie privée comme en politique, puisqu’ils jouent avidement le jeu politique.C’est bien l’histoire d’une génération déboussolée, qu’on nous permette l’expression, parce que cette éducation complète a manqué un peu partout [.] Les observations exactes abondent avec des scènes d’une vérité indéniable, et des portraits d’un relief saisissant [.] Ce roman manque de vigueur dans la pensée.L’auteur est perméable aux erreurs de ses personnages et laisse le lecteur incertain, dans des conflits pourtant graves et qui devraient amener, tout en rendant justice aux intentions, des jugements sur les erreurs.» (Dans la Revue des Cercles d’études d’Angers, janv.1955, p.88.) 252 L’Echelle de soie (appelle des réserves) est paru en 1956.Dans ce roman Curtis «est quasi pirantbllien: la même aventure nous est présentée successivement par ses deux protagonistes [.] Du point de vue technique, le roman est original.L’étude psychologique, faite par allusion plutôt que par analyse, est, elle aussi, excellente.On peut seulement regretter que, confrontant deux conceptions du bonheur, M.J.-L.Curtis les ait limitées à des notions trop simplistes: l'instinct et la raison.L’âme aussi a ses exigences.Le bonheur est une satisfaction de l’âme, plus que du corps ou de l’esprit.Les personnages de l’Echelle de soie, ni l’un, ni l’autre, ne le savent.» (La France catholique, 24 février 1956) Un nouvel "Annuaire .CITE DU VATICAN (CCC) — A l’occa-sion de la fête liturgique de la Chaire de saint Pierre, le 18 janvier dernier, le substitut de la Secrétairerie d’Etat, Son Exc.Mgr Ange Dell' Acqua, a présenté à S.S.Pie XII le premier exemplaire de l’Annuaire pontifical 1958.Le nouvel ouvrage pour 1958 débute par la série des Papes, établie d’après la liste chronologique du « Liber Pontificalis > (jusqu’à quelques années elle était basée sur la série iconographique des Pontifes romains existant à la basilique Saint-Paul).Ensuite viennent les divers chapitres, chacun précédé d’une note explicative rédigée en italien, français, anglais, espagnol, portugais et allemand.Dans le chapitre concernant l’épiscopat, une note avertit que l’indication du pays qui figure dans les adresses des différents évêques ne répond uniquement qu’aux exigences du trafic postal.Cette année, un nouveau chapitre a été ajouté à deux relatifs aux circonscriptions ecclésiastiques: il ccutient la liste des vicariats militaires, c’est-à-dire ceux qui sont chargés de l’assistance spirituelle dans les forces armées.Les chiffres concernant la hiérarchie catholique dans le monde se présentent de la façon suivante pour 1958: Sacré Collège: 57 cardinaux, avec un total de 13 « chapeaux vacants »; le Sacré Collège au complet comptant 70 cardinaux.Patriarcats résidentiels: 10, dont un en Italie, celui de Venise.Il s’agit de circonscriptions ecclésiastiques ayant à leur tête un patriarche.Sièges métropolitains résidentiels: 308.Ce sont les circonscriptions qui ont comme évêque un métropolite, qui préside une province ecclésiastique dont font partie les diocèses suf-fragants, c’est-à-dire ceux dont les évêques distincts ont droit de suffrage au concile provincial.Sièges archiépiscopaux résidentiels: 42.Ce sont les sièges occupés par un prélat qui a le titre d’archevêque.Sièges épiscopaux résidentiels: 1,287.On compte en outre: 84 prélatures et abbayes « Nullius », c’est-à-dire des territoires n’appartenant à aucun diocèse, d’où le nom, et dont le prélat ou l’abbé exerce une juridiction « quasi épiscopale »; 12 administrations apostoliques: l’administrateur apostolique est un ecclésiastique chargé par le Saint-Siège, dans un cas extraordinaire, du régime d’un diocèse ou d’une partie de celui-ci; 19 prélats de rite oriental avec juridiction ordinaire personnelle et territoriale; 213 vicariats apostoliques: ce sont des circonscriptions ecclésiastiques régies généralement par un évêque titulaire, qui sont instituées dans les terres de mission, où la hiérarchie n’est pas encore complètement organisée; 117 préfectures apostoliques: il s’agit là de circonscriptions analogues aux vicariats, mais régies par un ecclésiastique qui, en général, n’a pas la dignité épiscopale; 7 missions et districts « sui juris ».Outre les sièges résidentiels, il existe aussi, comme on le sait, les sièges titulaires, c’est-à-dire ceux qui ne subsistent plus désormais que comme souvenir historique, ne possédant plus de population catholique ni l’organisation ecclésiastique et, souvent, n’existant même plus comme lieu habité.Jusqu’à voici quelques années, les évêques titulaires s’appelaient « in partibus infidelium ».Les sièges titulaires — qui comportent pour ceux à qui ils sont attribués la dignité épiscopale — sont conférés aux coadjuteurs et aux auxiliaires des évêques résidentiels, aux administrateurs et aux vicaires apostoliques, aux abbés et pré.’ats « nullius », aux évêques militaires, aux nonces apostoliques, aux évêques résidentiels qui, pour motifs d’âge ou de santé, doivent renoncer au gouvernement de leur diocèse, etc.Il y a dans le monde entier: 5 patriarches titulaires et 882 archevêques et éveques titulaires.Pour 1958, l’Annuaire pontifical présente encore la douloureuse mention de nombreux prélats emprisonnés ou empêchés d’accomplir leur mission dans les pays sous le joug com- 253 6431 muniste.C'est ainsi que l’on compte: 26 ordinaires diocésains empêchés et 23 en prison pour la foi; et.en outre, 50 évêques expulsés de la Chine communiste.Enfin on est toujours sans nouvelle de Mgr Bassilkov, évêque de Nicopolis, en Bulgarie, dont la condamnation à mort fut annoncée en octobre 1952, sans qu’il ait été possible depuis cette date de savoir si l’inique sentence a été exécutée.La lutte contre les journaux jaunes se poursuit OTTAWA (CCC) — Neuf évêques de la province de Québec ont dénoncé la littérature malsaine.L'action des comités de vigilance qui se sont formés dans les diocèses a déjà remporté des succès marquants puisque trois des trente journaux dénoncés par la Fédération nationale des Ligues du Sacré-Cœur ont cessé de paraître.Les Archevêques et Evêques de la province ecclésiastique de Sherbrooke ont recommandé la lecture de prônes dans toutes les églises, les 13, 20 et 27 avril; ils invitent les prêtres et les fidèles à faire pendant quelques semaines un travail d’apostolat dans le domaine de la littérature.« C'est le devoir de l’Eglise d’éclairer les fidèles sur les exigences de la morale évangélique et de les mettre en garde contre les abus dans le domaine des mœurs.Nous vous faisons parvenir des prônes pour assurer l'unité de ce travail, * lit-on dans le préambule de la lettre circulaire adressée au clergé.On y insiste sur le caractère positif de la lutte contre les mauvaises lectures.Il faut dénoncer les abus, mais surtout pousser les fidèles à lire la bonne littérature.Voici de larges extraits du prône du 13 avril: « Or le danger de la mauvaise littérature consiste principalement à rendre impossible la présence de Dieu chez le chrétien.L’action de la mauvaise littérature n'est pas toujours immédiate, mais son effet n'en est que plus malfaisant; c’est un feu qui couvre sous la cendre ou une faible lueur qui brille dans la nuit, mais un feu et une lueur qui tout à coup se rallument dévastateurs, parce qu'ils ont alimenté une foule de désirs, de bonheurs imaginaires, d’actions monstrueuses que la douceur de la rêverie a jusque là atténués.Que de personnes, seules dans leur chambre ou solitaires au milieu de la foule, se laissent dire crûment par le livre en vogue, par la revue pornographique, par le journal à sensations des choses quelles ne permettraient à personne de murmurer en leur présence, ou se laissent décrire des scènes dont pour rien au monde elles ne voudraient être les actrices et les victimes.Par l’infiltration lente de cette atmosphère de péché, de ce climat pervers, de ces descriptions néfastes, de cette habitude de pourriture, on chasse lentement Dieu de son coeur et on y fait trôner la luxure et on s’habitue à considérer comme normales des situations abominables.Faut-il s'en surprendre?Certainement non quand, de p’ein gré, on ouvre les digues à un océan aussi empoisonné que les mauvaises lectures.L’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, a pour fin de cultiver en lui et dans le monde la vie du corps, la vie de l’esprit et la vie de l’âme divinisée par la grâce.Les mauvaises lectures ne font pas que tuer la vie de la grâce dans l’âme de tout chrétien, elles vont plus loin: elles s’attaquent à la dignité humaine de l’homme en avilissant sa capacité d’aimer, en minant sa volonté et en souillant son intelligence.Issues de Dieu et orientés vers Dieu, ces facultés demandent de n'être pas amoindries ou désorientées.Les mauvaises lectures, sur le plan simplement humain, nuisent à la vie de l’esprit en tuant chez lui le désir de connaître son Dieu pour le tourner vers l’insatiabilité des plaisirs charnels; elles engendrent l’esclavage, l’habitude mauvaise et la lente intoxication qui détruisent la fraîcheur du cœur; elles endorment enfin la volonté et la rendent incapable d’éviter les fautes proscrites par la seule loi naturelle.La mauvaise littérature, par l’affaiblissement lent de la vie morale et de la vie surnaturelle, fait perdre indubitablement cette « perle », ce « trésor > évangélique que sont la grâce et l’amitié de Dieu pour y installer le trouble, les désirs impurs, les plaisirs insatiables.Fuyons les mauvaises lectures, elles sont un fléau, un mal et un danger pour tout chrétien et pour tout être humain.» 254 PLAISIR DE LIRE ( Suite de la p.241 ) doux plaisir, niais celui quelle procure dans l’analyse de la sensualité et du cynisme avec lesquels Rousseau s’est plu à s’exhiber, n’est pas un plaisir honnête.— Il y a bien de la finesse dans les pages que M.Maurois a consacrées à Gœthe, mais on aimerait quelque réserve sur l’égoïsme du grand Olympien.— « Proust, romancier à l’état pur.» La formule est heureuse, mais il est triste que l’on puisse dire de son livre qu’il est devenu « l’une des bibles de l’humanité ».Cette critique brillante, ces exposés subtils, nous les retrouvons dans un autre recueil d’essais qui ne se peuvent lire, eux non plus, sans plaisir.Mme Dominique Aury, dans Lecture pour tous, s’est plue à comparer à ce que les marins appelaient jadis « atterrages > les ouvrages qui méritent de nous attirer et de nous retenir, comme « ces points fixes où l’on reprend haleine ».L’idée est voisine de celle de Maurois.Ede est juste.Il y a des livres qui appellent et auxquels on revient.Mais lesquels ?On aimerait qu’un critique de qualité — c’est bien le cas — vous aide dans ce choix.Les marins ont leurs cartes et leur sextant; l’étoile polaire et la croix du Sud; ils font le point.Que nous propose Dominique Aury ?E.le commence par Fénelon et le loue de tout, sans oublier le quiétisme et l’amour pur, et d’abord d’avoir, avant les philosophes de l’Encyclopédie, supprimé « du droit divin le mot droit et donné mauvaise conscience aux rois ».Que de confusions en ce peu de mots ! II n’existe aucun véritable droit qui n’ait une base divine, impliquant un devoir.Si Louis XVI s’était solidement appuyé sur ce droit, peut-être la France eût-elle fait l’économie de la Révolution.Et la démocratie moderne Réchappe pas au principe d’une souveraineté divine qui dicte des devoirs aux élus comme aux électeurs.Bien d’autres erreurs, petites ou grandes, seraient à relever dans cette étude et dans d’autres, qui fourmillent cependant de points de vue attrayants, parfois heureux.Là encore, plaisir de lire ! L’auteur a par exemple très bien vu ce que les romans de Co'ette ont de terre à terre et de borné.«Chacun, écrit-elle crûment, est moins un roman d’atnour, un roman de couple que roman de la pariade.» Cependant ils lui paraissent correspondre à des vérités « où chaque femme se reconnaît au moins pour une part et pour un temps, et où les hommes les reconnaissent toujours ».En serions-nous rendus là ?11 y a aussi cette petite morale des mêmes romans, cette morale courte, qui consiste à « s’accommoder de vivre ».La patience et le courage n’ont d’objet que « beaucoup d’impudeur dans les corps, une farouche pudeur dans les sentiments, beaucoup de malice, une légèreté sagace, l'horreur du drame ».Y aurait-il donc là de quoi composer une vie digne d’être vécue ?« Le mythe de l’enlèvement, et l’amour du ménage, le goût du bien, l’angoisse de la nuit tombante et du vent.» Bien pauvres petites choses.On en trouvera d’autres, plus hautes et plus dignes de nous arrêter, dans ce livre qui nous mène de Fénelon à la Religieuse portugaise, de Chrétien de Troyes à Vigny ou à Benjamin Constant, mais l’honnête homme et plus encore le chrétien, quand ils ferment le livre, n’ont guère aperçu d’atterrages, c’est-à-dire de points solides où le pied se puisse poser avec confiance.Plaisir de la lecture.Heureux sommes-nous de constater qu’il n’est pas encore perdu ! Mais il reste l’élan vital, les vrais sentiments du cœur, les joies de l’âme que nous sommes en droit de demander aux livres.11 est facile de se prêter, de près ou de loin, à ces « libertinages artistiques » dont a parlé le Père Carré, ou à ces amusements de l’esprit qui remplissent les feuil etons littéraires.Ce ne sont que des nourritures terrestres et nous demandons autre chose qui ne nous laisse pas sur notre faim.La lecture a sa part dans l’hygiène de l’esprit.L’erreur et le vice sont contagieux.Il faut un entraînement à la pratique du devoir et au courage.Nous demandons aux critiques littéraires d’y penser quand ils prétendent nous mener vers des sommets.(1) R.P.Carré, o.p., dans L’Eglise s est-elle réconciliée avec le théâtre?(Editions du Seuil).«Lorsqu’il s’agit de la censure touchant aux choses corporelles on est très sévère.Et lorsqu’il s'agit de protéger les coeurs et les âmes, on devient subitement un farouche adversaire d’une censure autrement nécessaire et importante.» Son Em.le cardinal P.-E.Léger itd t i 255 572 lE LA PRINCE, AR w.UVES DE LA PROVINCE, Fr:\„ CES CHAMPS LE BATAILLE QUEBEC.our.iAiLLE, 6-&0 Inscrivez-vous au CLUB CANADIEN DU LIVRE Chaque mois ;j! Un ouvrage sélectionné, relié, pour le prix du même ouvrage broché Gratuit Un livre-prime de valeur à tout nouvel abonné Gratuit Un livre-prime après achat de 4 sélections Conditions Une seule condition: s'engager à acheter 4 sélections au cours des 12 mois qui suivent l'inscription au Club.Sélection de juin 1958 Le Carillon d’Espérance Une grande fresque mariale réalisée à l'occasion du centenaire des apparitions de Lourdes et du vingt-cinquième anniversaire des apparitions de Beauraing et de Banneux, en Belgique.par M.-A.Grégoire-Coupal Préface de Paul-Henri Barabé, o.m.i.Relié.261p.Nombreuses photos.Prix aux membres du Club: $2.50 Date-limite d'inscription pour cette sélection: 10 moi 1958 CLUB CANADIEN DU LIVRE * 25 est, rue Saint-Jacques MONTREAL PL 8335* Veuillez m'inscrire au Club Canadien du Livre et me faire parvenir votre sélection de juin (Le Carillon d* Espérance, de M.-A.Grégoire-Coupal, au prix de $2.50 franco) ainsi que votre prime d'inscription (Débàcie sur la Romaine, de René Ouvrard).Je m'engage à acheter ou moins 4 sélections au cours des 12 oro-chains mois.Vous vous engagez, pour votre part, à m'adresser votre circulaire mensuelle et à me donner un livre-prime chaque fois que j'aurai acheté 4 sélections.Nom.Adresse .N'oubliez pas de vous inscrire avant le 10 mai.Merci.Vient de paraître Désir naturel et béatitude chez saint Thomas par Venant CAUCHY Docteur en Philosophie de l'Université de Montréal Une étude approfondie des fins naturelles et surnaturelles de la nature humaine selon l'école thomiste.126p.Coll.Philosophie et problèmes contemporains $2.50 (par la poste $2.60) Montréal 25 est, rue Saint-Jacques PL.8335* Saint-Bonifoaa^Maa 135 ave BIBLIOTHÈQUE NATIONALE OU QUÉBEC
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