Lectures, 1 octobre 1958, mercredi 15 octobre 1958
LECTURES Nouvelle série Vol.5 - No 4 Montréal, 15 oct.1958 “Les Fiches bibliographiques” Que faut-il en penser?Souvent on nous demande ce qu’il faut penser des Fiches bibliographiques, et quelle est la valeur des appréciations et des cotes morales qui y sont publiées.Aussi avons-nous pensé rendre service à nos abonnés en donnant quelques indications sur cette publication qui se spécialise dans la bibliographie-conseil.Les Fiches bibliographiques ont changé de propriétaires depuis quelques années, et il semble que ce changement soit à l’origine d’une évolution dont il y a tout lieu de se plaindre.Reconnues autrefois comme une source assez sûre de renseignements sur la valeur morale des publications courantes, les Fiches bibliographiques n’ont plus droit à ce titre.Il nous serait facile de dresser une liste de cas où l’appréciation des Fiches bibliographiques témoigne d’un regrettable laxisme.Il nous suffira d’en donner quelques exemples particulièrement probants.Prenons le cas, tristement célèbre, des Clés de Saint-Pierre de Roger Peyrefitte.La revue Livres et Lectures a justement fustigé le cynisme de ce livre, farci de textes et de documents truqués (cf.no de juin 1955).La Revue des auteurs et des livres cotait à son tour mauvais, cet ouvrage qu’elle qualifiait de roman perfide (cf.no de juin 1955).Quant à la Revue des Cercles d’études d’Angers elle estimait que ce livre, « long chapelet de ragots et de calomnies > n’était « digne d’être ouvert par aucun catholique ni aucun honnête homme » (cf.no de juin-juillet 1955).Face à cette oeuvre scandaleuse, le critique des Fiches bibliographiques s’est contenté d’insinuer: « Ce roman spirituel, léger, vivant, cruel et volontairement scandaleux est-il un documentaire ou un pamphlet ?Dieu seul le saurait.» Et ce livre à proscrire recevait, dans cette même publication, la cote: lecteurs adultes ! Un décalage analogue se remarque à propos de Françoise Sagan.Les revues catholiques de bibliographie-conseil se sont accordées pour déconseiller fortement les ouvrages de cet auteur.Or, ces ouvrages reçoivent, dans les Fiches bibliographiques, la cote: pour adultes ! La cote « lecteurs très avertis » était-elle suffisante pour les Mandarins, de Simone de Beauvoir, un ouvrage qui a mérité d’être inscrit au catalogue de l’Index ?On pourrait aussi reprocher aux Fiches bibliographiques une indulgence vraiment trop grande envers les sales romans de Cécil Saint-Laurent: Une sacrée salade, A bouche que veux-tu et Prénom Clotilde (ce dernier, coté à ignorer par Livres et Lectures est réservé aux adultes par les Fiches bibliographiques).Ces exemples, choisis entre beaucoup d’autres, sont suffisamment révélateurs pour qu’il soit nécessaire d’alerter la prudence des éducateurs, des bibliothécaires et de tous ceux qui travaillent à l’orientation des lectures.La cotation morale des livres est une tâche extrêmement délicate en certains cas, et on ne peut s’attendre, par conséquent, à retrouver une très exacte uniformité dans la cotation donnée par différentes revues de bibliographie-conseil.Il reste cependant qu’on peut habituellement remarquer une certaine concordance entre les revues qui sont dignes de confiance.Mais lorsque, dans une publication donnée, l’écart est, d’une façon générale, beaucoup trop grand, peut-on dire qu’une telle publication est encore digne de confiance ?C’est là, il nous semble, le cas des Fiches bibliographiques.R.LECLERC LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — UN.1-9621 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Roppel Elise Velder par ROBERT CHOQUETTE de l'Académie canadienne-française “A l’instar des romans de Balzac, de Proust et de Tolstoï, celui de Choquette possède les trois dimensions que Maurois exige d’un roman: la ligne du récit, le plan social et la profondeur qui achève le volume.” (Cécile Rousseau, Le Devoir) 336p.21,5cm.$3.00 (por la poste $3.15) ________________________CHEZ FIDES Rappel- Vous qui passez par IÉ0-PAUL DESROSIERS de l'Académie canadienne-française ‘‘Je ne crois pas qu’on ait jamais poussé aussi loin, dans notre littérature, la recherche de la vérité dans un roman psychologique sur les douloureux secrets de l’enfance.” (Julia Richer, Notre Temps) 264p.21,5cm.Couv.ill.Coll.La Gerbe d'or $2.50 (par la poste $2.60) ______________________________CHEZ FIDES Index des auteurs recensés dans ce numéro BRODIN (P.), p.58 CARRIERE (G.), p.55 CRISENOY (M.de), p.60 HALL (G.L.), p.60 HOCQUARD (J.-V.), p.57 HOESL (P.), p.58 MANZI (A.), p.60 MARIE-YVONNE (Soeur), p.59 MARMETTE (J.), p.61 MELLA DI SANT’ELIA (Mgr A.), p.55 PINSONNEAMLT (J.-P.), p.51-52 PROULX (A.), p.56 ROUSSELOT (J.), p.59 SAINT-GERMAIN (G.-M.), p.53-54 TEDDY NAIM (R.), p.61 VERITE (M.), p.61 *** La vie de Jésus par les chefs-d'oeuvre de l'art.p.57 WELTE (B.), p.52-53 Publication approuvée par l’Ordinaire 50 Etudes critiques « a .” Le pain Les hasards de l’édition courante proposent si souvent aux critiques des œuvres mal mûries, hâtivement rédigées dans un style où les images éclosent comme fleurs au milieu de chiendent, qu’il fait bon lire un roman de la qualité du Mauvais pain.Et le plaisir s’accentue lorsque l’on sait que ce roman est le premier d’un auteur dont le talent permet de grandes espérances.Rédacteur de la revue Lectures pendant plusieurs années, auteur déjà remarqué de quelques pièces de théâtre, M.Jean-Paul Pinsonneault essaie cette fois ses talents d’écrivain dans le genre romanesque.Le mauvais pain se situe dans la ligne du roman psychologique.C’est le récit du dénouement tragique d'une vie de femme chez qui l’attachement au bien familial a progressivement étouffé tout sentiment maternel, voire même tout sentiment humain.Mme Villemure c’est, toutes proportions gardées, la réplique féminine de l’Euchariste Moisan de Trente arpents.Mais, comme il s’agit d’une réplique féminine, et que la femme ne s’attache aux choses que par référence aux êtres, le domaine familial, pour Madame Villemure, c’est le souvenir des morts qu’il perpétue, et la gérance de La Hêtraie se confond chez elle avec le culte des disparus.Roman psychologique, Le mauvais pain n’offre qu’une mince intrigue.Celle-ci gravite autour des dernières luttes et des derniers sursauts d’une passion dont les monstrueuses exigences se démasquent au moment même où s’impose, avec une tragique évidence, l’évanescence de son objet.Restée veuve avec deux enfants en bas âge, Madame Villemure a mis toute son énergie à gérer habilement le bien familial.A s’acquitter de cette lourde tâche, tout comme à perpétuer le souvenir de ses disparus — son époux et un enfant mort accidentellement — Mme Villemure a épuisé toutes ses ressources affectives.Pour les vivants qui restent, Marthe et Alain, elle ne fut qu’une administratrice exacte et sévère, avare de tendresse et ennemie de la joie — cette chose frivole et inutile ! Dès les premières pages du Mauvais pain commence à s’effriter le point d’appui où pesait, de tout son poids, la vie de Mme Villemure.Marthe et Alain, devenus grands, sont à l'heure des options d’adulte.Marthe, amoureuse de Patrice Beauche, se propose de l’épouser.Mais la mère s’oppose à ce projet et tous les moyens lui sont bons pour tenter de le faire échouer; elle craint, sans raison, de voir tomber le bien familial entre des mains avides et malhabiles.Dans la guerre sourde qui oppose les deux femmes, elle cherche un appui auprès de son fils et lui propose de lui léguer le bien familial.Alain refuse: il est trop attaché à Marthe dont il a partagé l’enfance sans joie pour s’en désolidariser; en outre — et cela jette la mère dans le désespoir lorsqu’elle l’apprend — il aspire à la prêtrise et ne veut pas prendre la relève à La Hêtraie.La situation s’aggrave tragiquement du fait qu’une lourde et imminente menace pèse sur la vie de Mme Villemure: après des crises cardiaques répétées, elle est à la merci de la moindre émotion.Après avoir senti, jusqu’à la nausée, que « la solitude se refermait sur sa détresse comme une eau pourrie », la pauvre femme, cédant aux énergiques instances du curé Demeule, consent à faire le bonheur de sa fille et à recevoir celui qu’elle a si obstinément méprisé jusque-là.Mais l’effort est trop douloureux, et la malade s’écroule en allant à la rencontre de Patrice Beauche.Cette histoire, très plausible, est racontée avec beaucoup de talent.Le plan, construit avec une sobre netteté, se déroule selon une rigoureuse logique.La psychologie de Mme Villemure est retracée avec une savante minutie.On peut ici et là relever les faiblesses d’un 51 2429 art encore novice: un je ne sais quoi de trop guindé dans le style, de trop théâtral dans les attitudes et les dialogues.Mais que de perles on découvre, souvent, dans un style toujours correct et châtié: Le bonheur, « cette spèce Je route ensoleillée » (p.30).Le regard de l’abbé Demeule « vous entrait dans la chair, levait en vous le mensonge comme du gibier » (p.43).« .Ruth s'était sentie prise au piège d’une bouche obscure qui.du fond de son être, l'appelait avec une de •ceur infinie, déchirait ses ténèbres d’une aube rrésistible.> (P.108) 11 se peut que le dénouement tragique du roman laisse au lecteur un léger malaise.L’œuvre rédemptrice est accomplie.L’auteur ne l’a-t-il pas souligné, peu auparavant, dans une très belle réflexion: « La paix était venu, une paix surgie de la déréliction d'une Agonie millénaire et dont l’humble prêtre [le curé Demeule] savait qu’elle n’était pas son oeuvre.* (P.108) Mais on eût souhaité une rédemption qui s’achevât sur une joie d'aube pascale, si ténue fût-elle, plutôt que sur le sanglot funèbre du vendredi saint.Malgré cette très légère réserve, le message du Mauvais pain n’est guère équivoque.Il illustre éloquemment la pensée de Pascal mise en exergue sur la page-titre du livre: « Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte; et si nous le suivons il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle.» R.LECLERC (I) PINSONNEAULT (Jean-Paul) LE MAUVAIS PAIN.Montréal, Fides [1958], 113p.21cm.(Coll.La Gerbe d’or) $2.00 (frais de port en plus) Pour tous “La foi philosophique chez Jaspers et saint Thomas d'Aquin” Une réflexion philosophique désireuse de parvenir au stade de maturité rencontre dans son évolution l’obstacle du vocabulaire technique.Certes, le point de départ de toute démarche spéculative réside dans l’assimilation lente d'un langage.Par lui, l’esprit s’ouvre aux réalités rationnelles, s’aguerrit dans les joutes spéculatives, acquiert de l'ampleur, de la précision et évite l’inutile verbiage.Mais de moyen nécessaire au débutant, le langage d’une école philosophique peut devenir obstacle.On s’amuse alors avec des mots sans atteindre la profondeur de la réalité.De plus, l'esprit non suffisamment alerté se sclérose et perd sa capacité de compréhension.L’esprit philosophique devient l'esprit de système.Il se meurt d’inanition parce que son vocabulaire qui devait le sauver l’a tué.Le livre que nous présente Bernard Welte se range parmi l’une des belles et courageuses tentatives pour faire éclater les cadres d’un langage et amorcer un dialogue.Voici deux penseurs aussi opposés par l’esprit, la méthode, l’ambiance historique que le sont Jaspers et Thomas d'Aquin.L’auteur ne craint pas de les confronter à propos du problème fondamental de la philosophie, le problème de l’être.On ouvre le livre de M.Bernard Welte un peu sceptique.La validité de l’entreprise ne nous sourit pas.Mais on le referme la conscience satisfaite.On perçoit très tôt qu’il ne s’agit point d'un vulgaire éclectisme où s'entremêleraient dans un brillant fouilli les textes du penseur existentialiste avec ceux de l’Aquinate.Au contraire, l’auteur a pris soin de diviser son travail en trois parties.Les deux premières parties présentent un exposé objectif de chacun des systèmes.L’auteur se montre habile à expliquer dans leur langage propre la pensée originale des deux penseurs qu’il situe d’ailleurs minutieusement dans un contexte historique et une ambiance de civilisation.Ainsi s’accusent davantage les différences.La troisième partie offrait de plus grands obstacles.Il s’agissait alors de montrer la ressemblance entre deux philosophies d’apparences si opposées et de découvrir derrière un vocabulaire totalement différent la philosophia perennis, cette sagesse philosophique qui fonde toute la tradition culturelle de l’Occident.Bernard Welte réussit ce tour de force qui supposait de sa part une connaissance profonde des deux systèmes et un sens philosophique sûr tel qu’il lui permette de nouer des relations sans édulcorer l’un ou l’autre des systèmes présentés.Avouons que la tâche était rendue facile à l’auteur par le choix initial du point de vue.L’être n’est-il pas le centre de toute réflexion philosophique ?N’est-il pas le point de convergence de tous les systèmes philosophiques de l’histoire ?Depuis les pré-socratiques jusqu’au dernier existentialiste contemporain, un seul 52 problème a hanté l’esprit de la philosophie occidentale et c’est le problème de l'être.En lui se résout l’unité de la vérité dans la diversité créatrice de la recherche libre.Aussi bien, Bernard Welte montre comment la démarche transcendentale ou la prise de conscience philosophique de l’Etre chez Jaspers comme chez saint Thomas, origine d’une même intention philosophique pour s’expliciter dans des voies différentes.Pour Jaspers, l’élan transcendental est donné dans l’angoisse créée par la situation-limite; il débouche dans ce qu’il a appelé la « foi philosophique ».Pour Thomas d’Aquin, la démarche transcendentale s’enracine dans la négativité qui précède sa démonstration par les cinq voies de l’existence de Dieu.Cette démarche débouche dans un savoir qui n'est pas foi, mais sagesse.Chez le premier, la conscience du néant de l'être existentiel; chez le second, l’affirmation calme et sereine que VIpsum esse est connu davantage par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est.Certes, la « foi philosophique » de Jaspers nie toute possibilité de conceptuation de Y Ipsum esse subsistens.La foi nous livre plutôt un englobant qui ne peut être objet de concept déterminé et défini.Car l’englobant n’appartient pas à la conscience universelle, mais à la conscience individuelle.Il n'est pas commun à tous, il est le reflet du sujet sur son objet connu.De son côté, l'Aquinate ne conçoit-il pas l’être comme un infini, un indéterminé puisqu’il le nomme analogue ?L’intelligence qui formule l'être à l’intérieur d’une détermination de concept camoufle donc toujours une indétermination.En termes thomistes, cette indétermination de l’être, cette ouverture s’explique fort bien par la notion d’abstraction imparfaite et totale de l'être analogue.Imparfaite, la notion d’être ne livre pas le réel dans toutes ses déterminations, mais elle atteint la totalité des objets réels.L’intention philosophique du penseur médiéval et du penseur contemporain est donc identique: elle s’enracine dans le caractère infini de l’Etre.Le livre se termine sur une grande idée.L'auteur aimerait que la théologie catholique commence un dialogue sérieux avec la pensée moderne.Ce dialogue n’est possible que si les théologiens catholiques acceptent de revivifier leur langage.Il ne s’agit pas, selon l’auteur, de remodifier un vocabulaire si riche par sa précision, et la solidité de son armature logique.L’effort doit être fourni par le théologien lui-même soucieux d’approfondir la pensée catholique dans un contexte d’existence actuelle.Un contact sympathique avec la pensée moderne montrera au théologien que finalement, selon la belle parole de Justin.« tout ce qui a été dit de vrai est nôtre ».Yvon LAFRANCE, c.s.c.(1) WELTE (Bernard) LA FOI PHILOSOPHIQUE CHEZ JASPERS ET SAINT THOMAS D'AQUIN.Traduit de l’allemand par Marc Zemb.[Bruges] Desclée de Brouwer [1958].282p.18.5cm.(Coll.Textes et éludes philosophiques) $4.55 (frais de port en plus) Pour tous, mais spécialisé “Si tu veux.”
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