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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1960-05, Collections de BAnQ.

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U U U u UUUUUUUUUtJUjJ U QUO ODDOOaaOQODO uuuuüODoaoaa OflOQ O ?O ?o a JM fflpnfffni?g o a ?aa mas* ?qm, flOGGQ^ ?Q ?!» ¦'-pp a a o ?A ° ° Q JR.;-; m ‘rkÆJ qoo »| ••.ypti ?o [K P^Ëfü G ?GG ?S! LECTURES Nouvelle série — Vol.6 — No 9 Montréal Editorial p.258 4> Séraphin Marion .p.259 * • Edmond de Nevers » de C.Galarneau .p.26/ * « Le dernier des Justes » d’A.Schwarz-Bart p.262 * « Blanc et or » de T.B.Costain ^ p.265 * « Amour et maîtrise de soi » de Mgr L.-J.Suenens p.267 * Cote morale des nouveautés en librairie p.278 * Le courrier des lecteurs p.279 * La voix des maîtres p.280 * Liberté et licences de la Presse .p.282 * Une collection canadienne de livres de poche .p.284 * Des vers de Tagore .p.288 MAI 1960 L'historien de Dollard: M.le chanoine L.Groulx ( Le buste de Dollard est dû au sculpteur canadien Laliberté ) 1200 ÉDITORIAL O Les prix de fin d année scolaire : hochets ou livres ?A temps-ci de l année, les éducateurs songent à leur provision de prix de fin d année scolaire.Qu?achèteront-ils ?Des livres bien choisis ou les écoliers en vacance pourront acquérir ou entretenir le goût de la culture, des livres qui constitueront peut-être le début d’une bibliothèque étudiante?Une babiole de plastique sans aucune valeur éducative et qui sera brisée au bout de deux jours ?Une statuette à quinze sous, du plus mauvais goût, et que la maman ne voudra à aucun prix installer dans son foyer?Une ligne de pêche, un baton de balle au camp ou un ballon pour rappeler à nos écoliers que la culture de l’esprit vient en tout dernier lieu dans notre pays, et qu’il est infiniment plus important d’être un champion de sport que d’avoir une tête meublée ?Il semble que l’on ait toute la latitude voulue pour choisir l’une ou l’autre alternative, parce qu'il y a du meilleur et du pire dans les récompenses scolaires.Pourtant, on a toutes les raisons au inonde pour accorder la préférence aux livres plutôt qu'aux jouets.D'abord, la simple logique demande que, pour couronner des études, on donne des livres, tout comme on peut s'attendre à ce qu’une compétition sportive soit récompensée par un article de sport.Ensuite, dans la plupart du cas, l’écolier en vacance sera heureux de trouver, à portée de sa main, quelques beaux livres qui lui ouvriront des horizons nouveaux — combien de jeunes n’ont d’autres livres que ceux qui ont pu leur être donnés à l'école ! Enfin, il est normal que Véducateur qui est à la hauteur de sa tâche, saisisse tontes les occasions pour inculquer à ses élèves le goût des choses de l’esprit.Nonobstant toutes ces bonnes raisons, il y a fort à parier pour que, cette année encore, bon nombre d’étudiants rapportent de l'école, en guise de récompense pour leur travail intellectuel de l’année, un hochet plutôt qu’un livre.Pourquoi?Est-ce parce qu’il est moins onéreux de céder aux instances des vendeurs de joujoux que de parcourir des catalogues ou de fréquenter les librairies ?Est-ce parce qu’on se soucie trop peu de faire œuvre éducative dans l’octroi des récompenses scolaires ?Est-ce parce que le livre serait plus cher et qu'on préfère donner une bagatelle à chaque élève plutôt qu’un livre de valeur aux plus méritants ?Quoi qu'il en soit, il y a, dans le domaine des prix de fin d’année scolaire un gaspillage et une incurie qui devraient mettre en alerte tous ceux qui ont à cœur la formation intellectuelle de nos enfants.Si tant de ceux-ci quittent un jour l’école gros-jean comme devant, sera-ce uniquement de leur faute ?258 l'Aude d'auteur canadien SÉRAPHIN MARION près français.Issu d'une famille de Saint-Paul-l'Ermite, près L’Assomption, mais de naissance ontarienne et même authentique outaouais (1896), Séraphin Marion est sans conteste l'un de ceux qui, par delà notre frontière provinciale, suivent de plus mouvement idéologique du Canada Elève à l'Université d'Ottawa, il a voué un véritable culte à ses maîtres, entre autres aux Père Lajeunessc, Simard, Guertin et Lejeune (Goguen); ils ont fait de lui un fervent de l'étude et des vieux papiers autant que de la natation, de la musique et de la hache.Fonctionnaire aux Archives fédérales et en même temps professeur de littérature canadienne à l’Université, il y a pris la passion pour les écrits de nos primitifs.Mais précisément à cause de ses fonctions, dans les luttes des Ontariens français il ne put prendre part à l’action publique; il s'en dédommagea en y allant de ses conseils prudents et d'une activité discrète.De même, quand des attaques malheureuses assaillirent son Alma Mater, il se rangea derrière ses anciens maîtres pour expliquer, sinon justifier, dans ses conversations animées, leur attitude et leurs intentions.Enfin, père de famille exemplaire, il n’a rien épargné pour procurer a ses quatre enfants la double culture qu'il a lui-même si laborieusement acquise et qu’il communique aux autres si volontiers.Aussi bien est-ce à un homme de lettres que nous avons ici affaire, un homme d’écriture et un homme d’idées.Ces idées, il les propage par le truchement avant tout de la critique littéraire.Presque chaque semaine aujourd'hui encore, bien qu’il soit à sa retraite, M.Marion expose ses vues littéraires et morales dans Le Travailleur de Worcester.Ce n’est pas lui qui porterait aux nues ces écrivains soi-disant « d’avant-garde », qui drapent leur pensée fuligineuse, quand elle n’est pas absente, d’une expression plus obscure encore.C’est que M.Marion a une doctrine, celle de Rivaro!: « Ce qui n’est pas clair n’est pas français ».Car le français, fait pour être compris, ne peut l’être que s’il brille par sa clarté.Quant a la morale.M.Marion ne demande pas aux auteurs de la servir toujours, mais seulement de ne pas la desservir.Quels paragraphes vibrants il a écrits sur ces jeunes polissons chez qui s’étale la hantise de la lubricité, à l'exemple des Françoise Sagan et consorts ! En ne pactisant ainsi ni avec les p.ofessionnels de l'hermétisme ni avec les partisans de l'ordure, M.Marion se rattache à la grande école, à ce classicisme français aussi respectueux de « la langue divine » que des commandements divins.Avant d'accéder à ce rôle de juge de nos œuvres récentes, et cela dans un simple journal.M.Marion s’était fait la main par deux ouvrages, cités ci-après.Dans l'un comme dans l'autre, malgré la forme parfois badine, perce un esprit on ne peut plus soucieux de la dignité de l'art comme du respect des valeurs morales.On aura une idée assez exacte de la justesse de sa pensée et de la netteté de son expression en lisant son étude sur « trois romans de la jeune génération »; M.Marion y corrige l'appréciation d’un moine, mieux inspiré d'ordinaire, qui avait tenté de les innocenter.Dans tout critique littéraire qui respecte sa discipline l’on doit trouver, en plus du « professeur qui sait lire et qui enseigne à lire » (Stc-Beuve), en plus aussi du magistrat qui cmet un verdict, un historien.M.Marion s’est donné à cette tâche en commençant par un essai sur l'un des aspects de notre ancien régime.Cette première œuvre (1923), suggérée et guidée par le Père Lejeune, étudiait et mettait au point les récits des voyageurs français venus en notre pays au XVIle siècle.Le jeune auteur y manifestait déjà assez de maturité dans les jugements, assez d’abondance dans la recherche, assez d’art aussi dans la composition, pour se voir décerner par la Sorbonne, pour cette première contribution, le grade de docteur ès lettres.En 1927, suivant la même veine et traitant de la même époque, il obtenait du gouvernement de Québec le prix d’un concours sur Pierre Boucher, l’un de nos premiers écrivains.Ces randonnées dans le champ de l’histoire, M.Marion pensa les rendre plus utiles en les restreignant à l’histoire littéraire de notre régime anglais.Avec une grande patience et une grande clairvoyance, il se mit à scruter les anciens journaux, à relire les auteurs de l’époque, à en suivre les courants, pour en extraire la 4 4 4 4 4 4 4 4 259 / * t > / t / > ?f / / substance idéologique plutôt que pour en apprécier la valeur d’expression.L’exploration à peu près achevée, M.Marion inaugurait en 1939 la série de ses Lettres d'autrefois, une véritable « petite encyclopédie littéraire » parvenue, en 1958, à son neuvième volume.Les trois premiers, consacrés à nos premiers journaux (1760-1837), y retrouvaient trois phases, caractérisées chacune par l’état d’esprit propre aux écrivains de l’époque.Dans la phase bilingue, des novices anglais comme français essaient de se comprendre mutuellement en usant d'une langue qu’ils connaissent à peine.La phase française, où nos périodiques regorgent d’extraits empruntés aux rares publications venues d'Europe, accentue l’esprit déjà voltairien de la Gazette littéraire (Montréal) et prépare la génération révolutionnaire étudiée par l’abbé Groulx (Notre maître le passé, III.p.179).Les rédacteurs enfin de la phase canadienne font entendre les réclamations libertaires d'où sortira le soulèvement de 1837-1838.Ces désignations, découvertes par M.Marion, étaient si heureuses que notre critique les a depuis lors adoptées pour siennes; malheureusement, certains de ceux qui les lui empruntent oublient parfois de lui en attribuer le crédit.Les six derniers volumes de la série apprécient les différents genres littéraires pratiqués chez nous et recherchent les courants d'idées que manifestent nos écrivains en chaque genre.Préromantisme (vol.4), romantisme crémazien (vol.5), humanisme classique (vol.6), conflit du classicisme et du romantisme (vol.7), querelles entre moralistes et novateurs (vol.8), critique littéraire (vol.9): voilà le vaste champ où M.Marion a poussé son enquête et promené sa loupe clairvoyante.Nous ne cacherons pas que, de ces six tableaux, deux surtout sont brossés avec un soin plus frappant.Dans le sixième volume, M.Marion expose la querelle que souleva ici le gaumisme, la lutte épique qui mit aux prises les abbés Chandonnet et Alexis Pelletier.Le tempérament batailleur et outrancier de ce dernier y est mis en un tel relief que le Père Thomas Charland, son biographe, n'aura qu’à y ajouter quelques traits.L’exposé, présenté comme thèse à l'Université de Montréal, procura à son auteur un second doctorat ès lettres.Le dernier volume, tout plein des coups d'estoc que s’administrèrent réciproquement Routhier, Chapman et Fréchette, rend à celui-ci l’hommage qui lui est vraiment dû: celui d’être le prince de notre critique littéraire.Cette activité de chercheur, d'écrivain et d'auteur, aurait pu, semble-t-il, satisfaire l’appétit d’un homme moins solide que M.Marion.Et néanmoins, nous ne savons pendant combien d’années il a présidé, à l'Université d'Ottawa, la Société des conférences dites les Heures littéraires.Longtemps, encore, à la section première de la Société royale, il exerça les fonctions de secrétaire, celles aussi de membre de son comité de lecture et de son comité d’édition.La Société d'éducation des adultes l’a compté longtemps aussi comme l'un de ses ouvriers les plus actifs.Combien d’autres groupements enfin ont bénéficié de la sagesse de scs conseils comme de la délicatesse de ses interventions ! Agent habituel des liaisons intellectuelles et patriotiques entre l'Ontario et le Québec, M.Marion paraît n'avoir jamais connu qu’une devise, celle de beaucoup de familles nobles: servir.De scs innombrables services on ne le remerciera jamais assez.yager et de publier ses deux ouvrages.Mais, miné par l’ataraxie locomotrice, après 12 ans d’absence (1888-1900), il revient au Canada pour y mourir dans sa famille en 1906, à 44 ans.Que si sa pratique religieuse semble bien avoir flanché à cette époque, peut-être cette phrase d’un de ses livres exprime-t-elle un acte de sincère contrition: « L’Eglise catholique est restée, pour les Canadiens français, le centre d'union, de cohésion par excellence » (p.75).Des deux ouvrages publiés par de Nevers, L’âme américaine (2 vol, Jouve et Boyer, Paris, 1900) a inspiré à Brunetière (Revue des Deux mondes, 1900, p.664-702) un essai définitif; il n’est que de s'y reporter dans scs Variétés littéraires (Paris, Calmann-Lévy, 1902).L'autre volume, L'Avenir du peuple canadien-français (Paris, Jouve, 1896), fait ici, de la part de M.Galarneau, l’objet d'une étude à peu près exhaustive.Pour juger du tour d'esprit et de l’art d'écrire qui caractérisent de Nevers, retenons seulement deux de ses réflexions.L’une, c'est l’antithèse par laquelle il décrit le colonialisme nord-américain aux débuts du régime anglais: « Les Etats-Unis se peuplèrent rapidement d'émigrants qui se sont mis, d’abord, au service des propriétaires du sol.Les émigrants, venus au Canada à la faveur des privilèges accordés par le gouvernement anglais, sont arrivés avec l’intention d'être les maîtres des anciens propriétaires du sol » (p.89).On ne peut mieux expliquer notre histoire de 1760 à 1840.L’autre trait à relever, c'est le don de l'image caustique, dont voici un échantillon parfait: « [Nos libertés étant acquises], les politiciens [actuelsl, vis-à-vis de leur parti, sont dans la situation d’//// garde-magasin qui aurait reçu mission de veiller sur de riches marchandises et se battrait avec acharnement, après la vente de ces marchandises, pour protéger les coffres vides » (pp.84, 89 et 92).De cet écrivain pittoresque, qui fut avant tout un patriote clairvoyant, M.Galarneau trace ici un portrait soigneusement nuancé.Il signale aussi la dette de reconnaissance que, sans toujours la proclamer, nos économistes actuels ont contractée à son 261 egard.On aura plaisir à lire cet essai où la mesure dans l'esprit critique le dispute à la sérénité de l’exposé.L’auteur nous pardonnera sans doute de lui indiquer quelques précisions désirables.— P.16: On ne résume pas une personne, mais une œuvre; il fallait dès lors écrire: « saint Thomas, de la Somme duquel il |M.Maurault] avait fait de sa main un résumé ».— P.44: Ne faudrait-ii pas lire « de nombreuses pages d’anthologie » ou « des pages nombreuses d'anthologie »?— P.57: Un discours de M.Thomas Chapais (10 janvier 1898) paraît pourtant éclairer suffisamment ces « circonstances fort obscures ».— P.62: « Leur titre.aucun Etat »: la même phrase exactement se trouve répétée tout de suite après (p.63).— P.71 : On ne décrit pas les traits d’un peuple — chose inexistante —, mais ceux de sa physionomie; ici encore, comme à la page 16, il fallait écrire: « ce peuple, de la physionomie duquel il fde Ne- vers | décrit bien quelques-uns des grands traits ».— Pp.83, 84 et 86: l’anglicisme « législature », pour Chambres, Assemblée législative ou Parlement, n’est pas de M.Galarneau, mais de Nevers.Il y avait lieu peut-être de protester contre cette horreur linguistique.— Pp.65 et 89: le même traitement ne devrait-il pas être infligé au non moins horrible « dans le but de », l'un qui est de l’auteur, l'autre de Nevers, pour « avec l’intention, le dessein de » ?— P.90: Royer-Collard proscrivait ce « basé sur », pour « fondé sur », qui appartient encore à de Nevers.Emile CHARTIER, p.d.(I) GALARNHAU (Claude) EDMOND DE NEVERS.essayiste.Suivi de textes choisis.Québec.I.es Presses Universitaires Laval.1959.94p.photo.25.5cm.(Coll.Cahiers de l'Institut d'histoire, no 2 ) $2.00 ( frais de port en plus) Pour tons “Le dernier des Justes” de André Schwarz-Bart F.-M.SABIA, p.d.s.Le livre d'André Schwarz-Bart 1 est certainement un livre de valeur, mais de valeur très inégale.Je pourrais le définir: un roman qui a bien l’air d’une histoire, une histoire qui a bien l’air d’une thèse et une thèse qui a l'air d’être prouvée, mais mal prouvée parce que trop prouvée.Cependant ajoutons tout de suite qu’il reste un roman-témoignage et un témoignage bouleversant parce que, malgré ses exagérations et ses partis pris, en dépit du méli-mélo de toutes sortes de choses, la part de vérité qui s’y trouve est lourdement mystérieuse pour le monde.Roman ou histoire ?L’auteur a eu bien soin de faire mettre comme sous-titre explicatif de son livre le qualificatif « roman ».Cependant son intention est bien celle de raconter une histoire, plus précisément une biogra- phie.Il dit dès le début: « Une biographie de mon ami Ernie tiendrait aisément dans le deuxième quart du XXe siècle; mais la véritable histoire d’Ernie Levy commence très tôt, vers l’an mille de nota-ère, dans la vieille cité anglicane d’York, plus précisément: le 11 mars 1185.» Nous voilà déjà jetés dans une double dimension: biographie-histoire, qui se fusionnera bientôt dans une troisième dimension qui sera l’« épopée » sanglante du Peuple juif pendant huit siècles d’histoire, « deux mille ans » dira l’Auteur plus loin, et nous ajouterons: pourquoi ne pas dire alors « depuis ses origines »?Et pourquoi surtout commencer cette épopée au milieu d’une histoire qui ne se coupe pas sans violence ?Oh ! il sait bien que ce n’est pas facile de faire une vraie histoire des « souffrances juives -.car elle deviendra nécessairement l’histoire des soui-frances « judéo-chrétiennes », l’histoire des souffrances du Christ, l'histoire des souffrances du monde.262 Et dans cet océan de souffrances, celles des Juifs ne sont qu'une goutte, une goutte de sang, une goutte pesante et diffuse qui tache immédiatement toutes les eaux.Je comprend bien l’auteur.Il est juif et il a été blessé, à l'intérieur et à l'extérieur, il est tout rouge de sang, il en a plein l’esprit et le coeur.11 convient d'écouter ses « lamentations * avec le profond respect et la compassion que méritent ceux qui souffrent, mais il faut se rappeler aussi qu'on exagère facilement quand on parle de ses propres souffrances.L’auteur commence son histoire par une anecdote: le sacrifice de 250 Juifs offerts à Dieu, par les mains du rabbin Yom Tov, lors d'un massacre ordonné par l'évêque William Nordhousc, de York, en 11X5 selon l'écrivain.Le vieux rabbin, d'après la « chronique », aurait préféré les sacrifier lui-même plutôt que de les laisser mourir aux mains des « Chrétiens ».Le massacre semble historique; l'anecdote paraît édifiante, sinon vraie.Et avec ce matériel imprécis l'auteur va bâtir son histoire.« Cette anecdote n'offre rien de remarquable en soi.Aux yeux des Juifs, l'holocauste de la tour n'est que mince épisode d'une histoire surchargée de martyrs.Dans ces époques de foi, comme on sait, de grandes communautés se jettèrent dans les flammes pour échapper aux séductions de la Vulgate.» Voilà la méthode de l’auteur: un « fait historique » plus ou moins précis, une « anecdote » pour le rendre plus vivant, ensuite une « légende » pour lui donner la dimension du mystère: « L'action du rabbin Yom Tov eut une singulière fortune; s'élevant au-dessus de la tragédie commune, elle devint une légende.» Et vient alors la légende des Lamed Waf (36 en hébreu), la légende des Justes, une vieille légende talmudique.« Selon elle le monde reposerait sur 36 Justes (les Lamed Waf) que rien ne distingue des simples mortels » (sauf le fait d'être « Juifs »).Ces « Justes » apparaissent ici et là tout le long de l'histoire du monde, formant ainsi une lignée choisie pour porter les malheurs des hommes.« Mais s'il venait à en manquer un seul, la souffrance des hommes empoisonnerait jusqu’à l’âme des petits enfants et l’humanité étoufferait dans un cri.» Belle phrase ! Belle pensée ! Mais combien prétentieuse ! Quoique la légende « remonte aux sources des siècles », Schwarz préfère laisser dans l’ombre les « Justes » du passé.C'est son droit, de faire du roman, c'est son droit de faire sa légende à lui, une légende de trente-six Justes, mais avec quatorze seulement.Ses « Justes » sont choisis plutôt par lui que par Dieu, ici et là dans les ghettos, dans les pogroms, sur les bûchers du moyen âge.Et vraiment il les élève des « tragédies communes » pour devenir des « Justes » de légende.Une analyse historique sérieuse nous forcera, de fait, à admettre la véracité de ces « tragédies » dont nous devons avoir honte aujourd'hui.Mais ce qui n'est pas dit dans le roman c’est le « commun » de ccs tragédies, les aspects humains complexes, décevants, injustes, aussi bien chez les chrétiens que chez les Juifs.Une plus grande fidélité historique et une plus grande sincérité forcerait l'auteur à confesser qu'on ne peut pas faire l'histoire des « Justes » sans parler de leurs propres injustices car ils sont tous sortis de la « commune » injustice des hommes.Heureusement l’auteur s'empresse d'arriver à la fin de sa légende, au « Dernier des Justes ».Son histoire, sa biographie est un peu plus précise que celle des autres et partant un peu plus humaine et un peu plus « commune ».Elle est de notre temps.On dit qu’elle a été vécue par l'auteur lui-même, du moins en partie.Le reste ne serait que « souvenirs » et « imaginations ».Et comme les deux naissent du même fonds on peut les confondre.Les souffrances personnelles et les « souvenirs », ji les respecte; ils sont vrais, ils sont sacrés.11 n'y a aucun Juif survivant de l'abominable tragédie hitlérienne qui ne garde avec une profonde amertume, mais aussi avec une profonde dévotion, ses « souvenirs » de souffrance et de mort.Son pèlerinage de larmes et de sang, depuis Zemyock à Stillenstadt et de là en France, et de Paris au four crématoire de Pologne est sans doute rempli d'épisodes vécus par les Juifs.Cependant plusieurs ne sont que le fruit de son imagination et de son cœur meurtri de Juif.Le cheval débridé de son imagination apocalyptique nous fatigue dans ces courses interminables à travers un monde de « choses » et un monde « animal ».L’auteur finit par animaliser ses personnages, même les « Justes ».Son cœur crucifié s’amuse à jouer la passion du Christ dans la rue.Je m’abstiens de critiquer le style car je m’y entends très peu.Cependant je confesse avoir été pris par la beauté de certaines descriptions et surtout par la grandeur spirituelle ainsi que par la finesse de plusieurs dialogues.C'est dommage que l'auteur descende souvent des hauteurs où ses vols d’aigle l'ont mené, à la platitude agaçante de sa manie « antichrétienne ».Le roman de Schwarz-Bart est un ramassis de faits historiques, de chroniques, de légendes, et de mythes qu'il rattache les uns aux autres par des idées et des sentiments juifs, et souvent, je dirais, par des préjugés et ressentiments anti-chrétiens.Roman ou thèse ?Le Dernier, des Justes est un roman-thèse et une thèse juive: Le peuple juif est l'Agneau immolé à travers les siècles par les bêtes cruelles des Chrétiens pour les péchés des nations.« Ne sommes-nous pas le tribut de souffrances que l’homme verse à Dieu ?» dit le vieux Mardochée, qui plus tard, contemplant son petit-fils Ernie s'avançant vers les Nazis, déclare: « C’est l'Agneau de douleur, c'est notre bête expiatoire ».263 L'auteur va jusqu’à mettre sur les lèvres de Jésus (devenu un petit Juif, un simple Juif, trop Juif): « Le cœur juif doit crever une fois pour le plus grand bien des nations.C’est pour cela que nous sommes élus.Ne le sais-tu pas ?» Oui nous le savons, nous les chrétiens, combien cela comporte de vérité et de mystère, mais nous savons aussi ce que cela cache de prétention et d’orgueil.Nous croyons à la belle lignée des « Justes » en Israël, victimes des péchés du monde, mais portant tout d’abord l'iniquité du « Peuple » et expiant leurs propres fautes.Nous croyons surtout au « Juste » par excellence Notre-Seigneur Jésus-Christ, Agneau de Dieu qui non seulement expie, mais efface les péchés des hommes.11 était Juif, oui, mais bien plus qu’un Juif: il est le Fils de Dieu.Il a été le seul Juif qui n’ait pas connu le péché, le seul Agneau innocent.Tous les autres, même les « Justes », quoique victimes de la brutalité des hommes, devaient d'abord expier leurs propres fautes.Nous regrettons que, la plupart du temps, les « Justes » du roman se considèrent trop justes alors qu'ils n’ont qu’une justice médiocre, fataliste, imposée par Dieu, une justice qu’on subit, qu’on regrette.Je me méfie de ces « Justes » qui chantent tellement leur « nature » de justice, qu’ils vont jusqu’à justifier leurs égarements.Je me méfie de ces « Justes » qui se marient sans rabbin, parce que « demain ce sera peut-être trop tard ».« et puis nous sommes devant Dieu » (même sans rabbin).Je me méfie surtout de ce « Juste » qui, revenant de sa vie de « chien », n’a pas un vrai regret de ses fautes.Il parle bien d'une honte (serait-ce celle d’avoir frayé avec les Chrétiens qu’il prend plaisir à humilier dans ses ironies ?) Mais au camp de concentration, aucune parole de contrition, si normale dans la bouche d’un vrai juste qui se meurt.Oh ! il chante le beau cantique d’espérance et de joie: « Quand nous serons au royaume d’Israël ».Si du moins il y croyait ! Mais il ne le chante que pour endormir des enfants.Pour lui, au four crématoire, « il n’y a plus de place pour la vérité »; il faut se contenter de « rêves ».Je me méfie enfin de ces « Justes * qui se désignant comme des doux agneaux menés à l’abattoir, ne cessent de montrer leurs dents contre les Chrétiens.Trop pris par son « complexe » anti-chrétien l’auteur tombe dans les mêmes préjugés qu’il condamne chez les anti-sémites, à savoir les généralisations indues.« Depuis mille ans.tous les jours les Chrétiens essaient de nous tuer », entend-on de la bouche du saint, du vieux, du pondéré Mardochée.Plus tard l’auteur qualifie l’hitlérisme: * La barbarie chrétienne posant ses griffes sur le judaïsme allemand ».La jeune Golda, qui vit dans cette France de liberté, ne peut pas se départir de son préjugé anti-chrétien.« Oh, Ernie, dis-moi, toi qui les connais, pourquoi les Chrétiens nous en veulent comme ça ?Ils ont pourtant l’air gentil Ic'cst vraiment gentil !| quand on les regarde sans étoile.» L’écrivain est tellement pris par ses ressentiments qu'il gâte scs plus belles pages sur le Mystère de la souffrance.Après avoir parlé sur un ton vraiment séduisant de la « compassion » et de «l’enfance spirituelle » du Juste, il explose de rage tout à coup contre « le suprême mépris chrétien ».S’il savait que nous y voyons un coin de son âme juive qui méprise « les goym ».Son anti-christianisme va jusqu’à la naïveté.En parlant de Jésus avec sympathie.mais sans le connaître, il le traite évidemment comme « un petit Juste.ni plus ni moins que tous nos Justes.qui se serait bien entendu avec les Hussides ».Et pourtant il a été mis à mort par ceux qui se considéraient les Hassides en Israël.L’auteur a oublié tout ça, parce qu’il ne pense qu’à la méchanceté des chrétiens.« Les Chrétiens disent qu’ils l’aiment, mais moi je pense qu’ils le détestent sans le savoir, alors ils prennent la croix par l’autre bout et ils en font une épée et ils nous frappent avec.» Que penserait l'auteur, si nous disions que cette croix avant de devenir épée, elle a été croix, et fabriquée par des Juifs ?Pourquoi aussi ne dit-il pas « certains chrétiens » au lieu de ces généralisations blessantes et injustes.Avec je ne sais quelle curieuse pitié, le Juste Ernie dit: « Pauvre Jesuah.s’il revenait sur terre et s’il voyait que les païens ont fait de lui une épée contre ses frères et ses sœurs, il serait triste, mais triste à n'en plus finir.» Heureusement il a dit « les païens »; nous nous attendions à ce qu’il dise « les Chrétiens ».A moins que cela veuille dire la même chose, car pour beaucoup de Juifs tous les non-Juifs sont des « goym ».Je crains qu’un tel livre n’alimente les préjugés qu'il voudrait faire disparaître.Roman-témoignage C'est ainsi que la critique l'a caractérisé.Et il faut bien l’admettre.Nous vivons dans le temps des témoignages ».Ils valent ce qu’ils valent.Et celui de Schwarz-Bart a sa valeur.Pour moi elle est celle d'être un témoignage juif.Je veux dire non seulement un témoignage sur le « fait juif », le « mystère d’Israël », mais, ce qui est plus précieux, un témoignage de la mentalité juive, faite encore de la profondeur de la foi et de la vérité, mais mélangée aussi à la superficialité des préjugés et des ressentiments.Esprit et chair y sont mêlés et nous y pouvons voir la double face du monde.FM.SABIA.p.d.s.(I) SCHWARZ-BART (André) LE DERNIER DES JUSTES.Roman.Paris.Edition^ du Seuil (19591.345p.20.5cm.$4.20 (frais de port en plus) Appelle des réserves 264 “BLANC ET OR” ( l ) le régime français au Canada de Thomas B.COSTAIN Marie-Claire DAVELUY T.B.Costain Voici, dans l’excellente traduction de Charles-Marie Boissonnault -, le premier tome d'une histoire générale du Canada, œuvre collective, récemment mise en train par des écrivains de l’Ontario.Elle comprendra six volumes, allant du marin génois Jean Cabot, à l’avant-dernier premier ministre du Canada, le libéral canadien-français, l'honorable Louis Saint-Laurent.La partie initiale de l'ouvrage, l'histoire du régime français (mais en ce premier tome, le récit ne va que de 1608 à 1708), a été confiée à Thomas Costain;{.Il a intitulé son travail Blanc et Or, témoignant en cela d'un véritable sens du symbole adéquat en pareille conjoncture.Il a placé fièrement son ouvrage sous le signe du drapeau flcurdelysé de la France sous ses rois.Dans quelles dispositions d’esprit, M.Costain écrivit-il, ce que l’on appelle déjà « un tableau authentique et fascinant de la période française de notre histoire » ?On n'en peut douter, il y fait montre d'une sympathie et d’une admiration très vives envers le fait français.M.Costain, du reste, nous assure lui-même de la sincérité d'une attitude qui ne se dément point à travers les quatre cents pages de son étude.Dans sa brève introduction, toute baignée d'émotion, il touche aux quelques points essentiels que son récit fera entendre: « Il y a quelques années, écrit-il, un groupe d’écrivains, tous Canadiens, ou d'origine canadienne, ont conclu, après en avoir longuement délibéré qu'il convenait de proposer au public.un récit qui insisterait davantage sur la vie jde notre] peuple, des humbles tout autant que des héros.On me confia le premier tome.Ce fut une a’uvre d'amour 4.Je me sentis captivé par ces exploits impossibles, merveilleux, épiques.Chaque fois que poussé par la grandeur incomparable des hommes et des événements j’allais oublier la vie quotidienne, si héroïque elle aussi, je revenais à la petite maison de l’habitant, à l’étroite chapelle, émouvante et solitaire, aux casernes fumeuses et nues des soldats de France.* Il termine cette page, où le littérateur seconde l'historien, par une remarque qui nous renseigne sur la conduite de l'œuvre, c’est-à-dire, sur la méthode et la forme adoptées, et aussi sur le ton général, volontiers laudatif et brillant.« Quand vint le moment, déclare-t-il, de dresser une bibliographie, d’énumérer les milliers de sources consultées., une pareille tâche, à cause même de son ampleur, me parut inutile et vaine.Qu'on me permette de ne mentionner que les deux grandes sources indispensables: les Relations des Jésuites.et l'œuvre de Francis Park-man.qui est une reconstitution historique d'une admirable clarté.» Les citations ci-dessus suffisent vraiment à nous donner un aperçu des intentions de l'auteur, vis-à-vis de l'œuvre à exécuter.M.Costain a fait de son livre une longue vulgarisation historique.Elle fourmille de faits, de situations dramatiques, de personnages dont il pousse la description jusqu'aux plus infimes détails.Son style coloré, sa narration vivante, tout nous rappelle quelle influence profonde a exercée sur lui Francis Parkman, cet historien américain, dont un critique a dit qu'il était plus artiste que penseur.Puis, comme M.Costain le déclare, si les Relations¦ des Jésuites demeurent une source indispensable à consulter quand il s’agit des origines de notre histoire, on n’en saurait dire autant, et qualifier du nom de source, les travaux d’un écrivain vivant au XIXe siècle.Certes, les historiens n’oublient jamais l'œuvre de Parkman en citant les ouvrages modernes, car il leur faut tenir compte de plusieurs de 265 ses jugements.Bien peu ont, pur exemple, aussi bien parlé de nos grands missionnaires jésuites et de leurs labeurs.« En somme », comme a prononcé justement l'érudit Aegidius Fauteux, lors de la célébration, à Montréal, en 1923, du centenaire de Parkman, « rh:stoirc de Parkman est à notre honneur.Il n’est personne qui ne la lise, et qui en dépit des taches qu'il y rencontre, n'en sorte avec un respect plus grand pour le peuple dont elle relate le long héroïsme et les pénibles travaux.» (Voir la brochure intitulée Parkman Centenary Celebration.Montréal.1923, p.29, où se trouve le discours de M.Fauteux, le seul prononcé en langue française.) L'absence d’une bibliographie, tout comme des notes et des références est certainement regrettable.Ce n'eût pas été « une tâche inutile et vaine » mais un simple geste de probité.Car nous devons savoir sur quels documents originaux sont appuyées les nombreuses et parfois étonnantes assertions de l'auteur.Et justement à cause de cette lacune, M.Cos-tain.historien de talent, verra souvent contester l'autorité de son ouvrage.Nous ajouterons encore ceci: plusieurs monographies parues depuis une trentaine d'années, n’ont pas été parcourues par l'auteur, car certaines inexactitudes corrigées depuis longtemps réapparaissent dans Blanc et Or.Soulignons en terminant qu'avec l'ouvrage de M.Costain, nous ne sommes pas en présence d'une œuvre didactique, ni, non plus, d'un historien partageant toutes nos croyances religieuses.Blanc et or est un livre de lecture que rechercheront les lecteurs cultivés en quête d'intéressants récits d'histoire.Marie-Claire DAVELUY 1.COSTAIN (Thomas B.) BLANC PT OR.Le Régime français au Canada.Traduit par Charles-Marie Boissonnault.Doublcday Canada Limited |I959).417p.ill.21.5cm.$4.50 (frais de port en plus) Pour tous 2.Charles-Marie Boissonnault, journaliste, écrivain et publiciste, s’affirme, dans Blanc et Or.un linguiste distingué.Il appartient du reste à une famille de lettrés et dccrivains.Sa mère, née Dumais, fut une journaliste et une femme de lettres fort estimée.3.Thomas B.Costain dont la photo décore la « jaquette » de Blanc et Or est un écrivain ontarien bien connu par ses romans et sa collaboration, en qualité de directeur, a quelques magazines de la province.Ne à Brantford Ontario, en 1885, il débutait dans les lettres en 1924.Il est docteur cs-lettres de la West Ontario University.Son ouvrage The White and flic C
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