Lectures, 1 juin 1962, juin
LECTURES Montréal Nouvelle sene — Vol.8 — No 10 SOMMAIRE Editorial.p• 278 ?L’œuvre poétique et Chants d’arrière-saison de Marie Noël.p.279 ?Les Canadiens d’autrefois de R.de Roquebrune p.281 ?Notices bibliographiques p.283 ?Cote morale des nouveautés .p.292 ?Faits et commentaires .p.294 ?Table des matières et Index .p.299 ?Page d'anthologie: La table de Giovanni Papini p.304 JUIN 1962 Marie Noël (Voir aux pages 279 et 285) A l'honneur : nos missionnaires et leur historien -L/E 29 mai dernier, une fête d’une ampleur exceptionnelle et d’un caractère inusité réunissait, à l’hôtel Reine-Elisabeth, les amis et les admirateurs de M.le chanoine Lionel Groulx, ainsi que des représentants de nos communautés missionnaires.Il s'agissait, à l’occasion du lancement du dernier ouvrage de M.le Chanoine, de rendre hommage à ces missionnaires du Canada dont l’apostolat a inspiré ce qu’il dit être la dernière de ses œuvres.Nos missionnaires ont, en effet, reçu leur part d’éloges au cours de cette fête.Mais leur historien a recueilli, ce soir-là, des lauriers d’une abondance telle que bien peu des nôtres peuvent se glorifier d’en avoir récoltés de leur vivant.Ce triomphe de M.le chanoine Groulx, il était mérité, et il prenait, aux yeux des centaines et des centaines de convives qui y participaient, valeur de couronnement et de symbole.Le biographe qui s’attachera un jour à retracer la vie et la carrière de M.le Chanoine, aura du pain sur la planche, et.un pain de quelle saveur! Le prêtre, l’éducateur, l historien, l homme d’action, l’orateur, l’écrivain, est-il un seul domaine où il n'ait excellé et où il ne laissera pas de traces profondes et durables ?Le plus admirable chez lui, et c’est sans doute ce qui explique la fécondité exceptionnelle de sa carrière, tout comme l’affection fidèle et fervente de ceux qui l’ont connu, est cette rare conjoncture des plus riches qualités du cœur et de l’esprit.Peuvent en témoigner hautement tous ceux qui l’ont approché d'une façon ou de l’autre: ceux qui ont suivi l'un ou l’autre de ces innombrables cours qu’il a donnés dans les collèges ou à l’Université de Montréal, ceux qui ont écouté ces discours percutants dont il avait le secret et qui avaient le don de galvaniser les auditoires, ceux qui ont lu ces ouvrages où la ferveur du patriote, bien loin d’aveugler l’historien, ne fait que s’allumer à sa science.À un tel homme, parvenu au faite d’une carrière toute dévouée aux siens, on ne peut ménager les louanges, et une société s’honore en honorant un tel homme.Rita LECLERC TICWE ¦P/AliCN CHANT H1EU, o .' V, V 4^' ! ••7 •< Un critique, très sagace pourtant, l’abbé Henri Bremond, avait prononcé un jugement bien trompeur sur l’œuvre poétique de Marie Noël.Dans ses Notes intimes, celle-ci nous raconte sa première entrevue avec Bremond.« Il y a quelque chose, lui dit-il, qu’il n’y avait jamais eu auparavant dans les vers de personne, quelque chose que j’appellerai.oui c’est cela, une espièglerie angélique.» « Espièglerie angélique », le mot était bien gentil, mais inexact.L’abbé Bremond, si clairvoyant d’habitude, avait cette fois, passé à côté.Non, Marie Noël n’est pas surtout le poète de la tendresse et de la gaieté.S’il y a de la joie dans ses poèmes, il y a aussi beaucoup de peine: la plainte éternelle de l’humanité retentit à travers toute son œuvre.Ecou-tons-la nous crier ses douleurs, mais aussi son espérance et son amour1.Pourquoi, se demande-t-elle, la naissance, la vie et la mort ?Trois peines sont autour de nous: Naître, vivre, mourir au bout.(P.355) Marie Noël a peur de la vie: O Dieu, retenez votre souffle ! De naître Je n’ai pas envie.(P.214) Elle voudrait bien aider ses frères, écrasés par les souffrances.Mais que peut-elle faire ?Gens de douleur, j’ai beau courir Pour vous arrêter de mourir, J’ai beau vous appeler, les bras tout grands ouverts, je ne peux pas.O vous tous ! — ils sont trop étroits — pour vous donner asile en ma croix.(P.358) Mais toujours, et c’est son message, l’espérance et l’amour sont présents: deux flambeaux guidant l’humanité à travers le mystère de la vie.Le Christ est venu, prenant sur ses épaules les malheurs de l’humanité.Marie Noël attend: Quelqu’un qui sera mon Amour Chargé des pauvres d’alentour; Quelqu’un qui sera ma Pitié Qui saigne pour le monde entier.(P.359) Quelqu’un.Je crois en Lui, j’attends.(P.360) Mais il y a le Mal.Le Mal qui frappe en plein visage, pierre d’achoppement pour bien des incroyants.Marie Noël ne peut refouler un cri déchirant face à ce mystère terrible.Juin 1962 2 79 Voici l’heure.la mauvaise heure.C’est ce soir Que souffle sur notre demeure Le vent noir.(P.247) A qui se confier pour crier sa peur?Personne ne l’entend.Personne au ciel, personne au monde Dévasté Personne dans sa nuit profonde N’est resté.(P.253) Marie Noël est plongée dans une complète obscurité.Dieu ?Dieu !.Ah ! ma petite colombe En a peur Au fond de ce gouffre elle tombe, Elle meurt.(P.252) Aurait-elle perdu la foi ?Non.Mais elle a connu la nuit obscure des mystiques.Le poème, Psaume de la vierge folle, nous livre son secret.Elle a « perdu sa lumière ».Elle cherche.Rien.Tout a fui devant elle.Comme la vierge folle de l’Evangile elle frappe: .Mon Maître est dedans.Je l’attends, folle, je l’attends.(P.259) Mais la « petite espérance » de Péguy est toujours là, qui veille et qui la soutient: Je l’attendrai jusqu’à la mort Et plus loin et plus tard encor.(P.260) Je pleure, et j’élève vers loti Mes folles mains pleines de nuit.(P.260) Marie Noël a beaucoup souffert.La paix lui fut donnée après des luttes terribles.Elle est devenue la messagère de la confiance et de l’abandon à Dieu.Pour tous ceux qui hurlent devant la souffrance et qui sont aux portes du désespoir, ou ceux qui ont peur de Dieu, elle a ce texte admirable qu’une sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus aurait pu écrire: Qtumd ton cœur roulera dans l’ombre intérieure Comme un noyé par l’eau fatale enseveli, Quand tu verras ton Dieu cessant de te défendre, Qu’à jamais ton regard s’est retiré de Lui, Rien ne te sera plus que vide, sauf apprendre Lin seul mot, ta leçon, un seul sans autre: Oui 280 Dis-le docile, et coule.Avale tout l’abime Où le ciel renversé sombrement t’engloutit.Coule, joignant les mains.C’est au fond qu’est {la cime} Où le ciel se retourne et rentre au Paradis.(P.244-245) * * * Marie Noël vient de nous donner son dernier recueil poétique: Chants d’arrière-saison2.Disons-le franchement: la poésie religieuse, si souvent fade, atteint ici les sommets.Dans le poème Viatique la beauté et la foi marchent de pair en parfait accord.La dernière consolation du chrétien — la seule qui compta en réalité — c’est de manger le Corps du Christ.Tous les soins humains, si bons soient-ils, ne remplacent pas le Viatique.O vous qui m’essuyez la face A quoi bon ce linge ?A quoi bon Laver ce visage qu’efface Déjà la souillure sans nom ?Allez me chercher Jésus-Christ ! Dans mon flanc qui s’épuise, vite, Jetez-le comme un grain de blé.(P.26) Bientôt le pauvre corps ne sera plus qu’une loque inerte en proie à la pourriture.Huysmans aurait aimé le réalisme et l’intensité spirituelle de ce texte: Chair avec chair anéantie Dans la fosse aux ventres errants, Jetez ce soir, jetez l’Hostie Aux ordures en ce mourant.Jetez, engloutie en ma perte, Dans la béante obscurité De ma dernière bouche ouverte, La semence d’Eternité.(P.27) Les deux derniers poèmes Offertoire et Benedicat vos.sont le testament de Marie Noël.Dans le premier elle offre à Dieu sa peine et celle des hommes, ses frères.Elle offre à Dieu l’hostie et le vin, Corps et Sang du Christ.Recevez l’Hostie aujourd’hui Humble par nous, digne par Lm, Grain de poussière, fruit d’épine Comme le sommes, mais divine, Mais autant Dieu, que l’êtes, Vous ! Et tous en Elle, agréez-nous.(P.162) LECTURES Benedicat vos.Le grand voyage s’achève,^ et Marie Noël n’a plus qu’a chanter un cantique d’action de grâce pour remercier le Seigneur.Toute sa vie se déploie devant nous en un raccourci saisissant.Elle n’a plus peur de Dieu maintenant.Elle est redevenue le petit enfant qui jadis se réfugiait dans les bras de son père pour cacher ses craintes.Père, tout à cette heure Est consommé, tout bu le vin de nuit Et l’eau d’orage et le sang qui s’enfuit.Je viens à Vous et je remets mon âme Entre vos mains des mains de Notre Dame Qui m’a portée à travers tous périls.(P.172) L’œuvre de Marie Noël nous atteint au plus profond de l’être.« La douce petite vieille fille », — elle se nomme ainsi — qui a chanté les beautés et les grandeurs de la création, a eu, comme nous tous, ses doutes et ses craintes devant le mystère de Dieu.Mais, — et ici elle rejoint les grands mystiques elle s’est faite petite entre les bras de son Pere, fermant les yeux et se laissant conduire, confiante, a travers les misères du monde.Après cela que dire de la forme littéraire de ces poèmes ?Marie Noël a reçu le don de poésie.Chez elle aucune recherche: tout est limpide et coule de source naturellement.(1) NOEL (Marie) L’OEUVRE POETIQUE.19.5cm.$8.80 Paris, Stock [1956].494p.Pour tous (2) NOEL (Marie) CHANTS D'ARRIERE-SAISON.Paris, Stock [1961].173p.20.5cm._ ^ rjCeâ (Canadien A cl autrefois Robert de l^oqueb rime Emile CHARTIER, p.d.Tout récemment encore, il nous était donné de recenser ici même (Lectures, mars 1962, p.208) la copieuse synthèse rééditée par l’historien belge L.Génicot: Les lignes de faîte du moyen âge.Apres avoir parcouru celle que vient de lancer chez nous Robert de Roquebrune nous nous demandons s’il n’en eût pas mieux marqué le vrai caractère en l’in- titulant Les lignes de faîte de l’histoire du Canada (1504-1763).Aussi bien, sans négliger le souci du détail, est-ce en évoquant les dates capitales de « notre grande aventure * (Groulx) que l’auteur nous fait prendre conscience de sa grandeur.1504-1560 sont 1 époque 281 Juin 1962 de la première colonisation, celle de Roberval.Entre 1608 et 1642 percent les trois pointes du triangle urbain que forment Québec, Trois-Rivières et Montréal.De 1608 à 1760, la colonie se voit dominée par les soldats, les traitants et les commis.Dans l’intervalle entre ces deux dates, les années 1689-1690 constituent un sommet: c’est le temps des corps à corps entre Canadiens et Anglais, celui de Phipps, de Frontenac et de ses « trois partis ».Entre 1680 et 1743 se déroule l’exploration qui révèle aux Canadiens l’immensité de leur pays, de la baie d Hudson au golfe du Mexique et de l’Acadie au Pacifique, avec Cavelier de la Salle, Iberville, Jolliet.Marquette, La Vérendrye et les « coureurs de bois ».Le «grand dérangement» (quel délicieux euphémisme !) occupe les années 1755-1762, pendant que « le drame de Louisbourg » se joue entre 1713 et 1758.Enfin, entre 1749 et 1760, une guerre de onze années entraîne à la fois la fin de « notre grande aventure »,.et la ruine de l’empire français en Amérique.En nous promenant sur ces hauteurs, la synthèse de M.de Roquebrune nous renseigne également sur les détails, dont elle fournit une explication minutieuse.Au besoin, elle complète ceux que l’on connaissait — ainsi la participation du Home Office a l’expulsion des Acadiens (Dr Browne’s Papers, p.206) — ou les corrige — c’est le cas pour la responsabilité exclusive de Montcalm dans la défaite des Plaines (Mémoire de Potot de Montbeillard p.287).Le livre va plus loin.De la synthèse l’auteur dégage une thèse., qu’il résume ainsi dans sa préface: « La petite nation canadienne d’autrefois n’a pas été uniquement ce peuple de bûcherons et de laboureurs dont on nous a trop présenté l’image sentimentale ».Cette assertion, il la développe ailleurs (p.142) et démontre que, en raison de leurs origines, fils ou petits-fils de soldats, la plupart de nos ancêtres « avaient des qualités combatives et des vertus militaires ».Manthet, de Hertel et de Robineau (p.153-163) etc.Dans toutes leurs conquêtes, ils appliquaient une tactique dont l’excellence est confirmée par les faits: a la manière indienne, « marcher à la queue leu leu, avec chacun son arbre », c’est-à-dire mettre les pas dans les pas les uns des autres et s’assurer chacun un arbre derrière lequel s’abriter.Le résultat fut celui-ci: alors que beaucoup de batailles livrées « a la française » par des officiers français se soldèrent pas une défaite, presque tous les combats conduits « à la canadienne » et commandés par les chefs des milices se tournèrent en victoire vg Chouaguen (p.278).Comme on le voit, la démonstration de M.de Roquebrune aurait l’air d’un panégyrique ampoulé, si elle ne s’appuyait sur les textes les plus probants et les faits les mieux observés.On en jugera par l’abondante bibliographie qui termine chaque chapitre.D’aucuns eussent aimé y voir figurer d’autres sources, par exemple La Cabale des dévots, Aux sources de notre histoire de Léon Gérin, Montcalm de Chapais, Frontenac de Frégault, Les Chevaliers de Saint-Louis de Fauteux, etc.Telle quelle, celle de l’auteur paraît amplement suffisante.Dirons-nous, pour finir, que M.de Roquebrune, aristocrate de manières, est aussi un aristocrate de la plume ?Le volume actuel ne fait que confirmer une réputation depuis longtemps acquise, entre autres par le Testament de mon enfance.Une seule faute nous semble avoir échappé à cet écrivain racé: il appelle « Police Montée » (Mounted Police) notre Gendarmerie à cheval.Ce livre nous apprend une chose surtout: du temps de nos pères comme à l’époque biblique, erant gigantes in diebus illis.Devant l’insignifiance de la « nouvelle vague », la leçon est d’une flagrante opportunité.Ces talents, ils les dépensaient en « allant à la découverte » de nouveaux territoires ou en enlevant aux Indiens ceux qu’ils occupaient ou enfin en évinçant les Anglais de la Nouvelle-France.Ainsi s’expliquent les randonnées d’Iberville de la baie d’Hudson à la Nouvelle-Orléans, les exploits de Dollard et de Madeleine de Verchères, les expéditions de 282 (U ROQUEBRUNE (Robert de) ^ DAUTRTf:OlS.Essais.Montréal, Fides [1962J.289p.22cm.$3.00 Pour tous lectures - Notices bibliographiques Littérature canadienne ll& LEGER (Cardinal Paul-Emile) LA RELIGIEUSE ENSEIGNANTE AUJOURD'HUI.Montréal, Fides [1962].31p.16.5cm.$0.25 Pour tous A l’issue des journées d’études réunissant, en mars 1962, les Supérieures majeures des communautés enseignantes de la Province de Québec, Son Eminence prononça une allocution dont le texte apparaît dans cette brochure.Le Cardinal y rappelle la place de la religieuse dans l’Eglise et dans le monde, et il définit la tâche qui l’attend dans le monde d’aujourd’hui.Destiné aux religieuses enseignantes d’abord, ce texte peut cependant intéresser tous les religieux en général et aussi les laïcs chrétiens soucieux de mieux comprendre celles dont la vocation est si étroitement mêlée à leur vie familiale et sociale.A.C.LEGER (Cardinal Paul-Emile) DETRESSE DES ENFANTS SANS FAMILLE.Allocution au Richelieu-Montréal, le 8 mars 1962.Montréal, Fides [1962].31p.17cm.$0.25 Cette brochure contient le texte de l’allocution que prononçait le cardinal Léger devant les membres du club Richelieu-Montréal.Dans cette allocution, Son Eminence attirait l’attention de ses auditeurs sur le problème des enfants qui n’ont pas de famille ou sont négligés par elle.Etayé sur des statistiques précises et alarmantes, l’exposé de Son Eminence visait à obtenir la collaboration des « Richelieu » pour une action efficace et constructive.Il n’est pas un homme de cœur — à plus forte raison pas un chrétien — qui puisse rester indifférent à l’angoissant problème exposé dans cette brochure.Puisse-t-il être entendu ce pressant appel en faveur de l’enfance abandonnée ! A.C.?MEDERIC (Paul) LOISIR ET LOISIRS.Tome I.Montréal, Ministère de la jeunesse, Service des Cours par Correspondance [1961].228p.24cm.$2.60 Pour tous Je défie qui que ce soit d’ouvrir cet ouvrage sans être immédiatement séduit par l’ensemble des qualités qu’il présente.L’auteur traite avec beaucoup de sérieux un thème qu’on pourrait croire assez léger.Son exposé s’appuie sur une vaste et très sûre érudition et si la maîtrise avec laquelle il expose son sujet ne nous en avertissait pas déjà, il n’y aurait qu’à jeter un coup d’œil sur le luxe des références et l’abondance de la bibliographie.Rien de rébarbatif cependant dans cette érudition: Paul Médéric est un humaniste plus encore qu’un savant et il sait l’art de communiquer avec aisance et agrément les fruits de son expérience, de sa pensée et de ses recherches.Les loisirs prennent dans l’évolution actuelle des conditions de travail, une importance sans cesse accrue.Il y a lieu de s’en réjouir si ces heures de liberté permettent à l'homme d’être « plus homme ».il est facile de constater cependant que pour beaucoup le mot loisir n’est synonyme que d’amusement et qu’il ouvre la porte aux abus de toutes sortes.Aussi les ouvrages de ce genre qui sont de nature à faire l’éducation des gens sur le loisir et les loisirs sont bienvenus, et quand ils sont de la qualité de celui-ci, on ne peut que les recommander chaleureusement aux éducateurs, aux parents et aux militants d’Action catholique.A.C.MARTIN (Claire) QUAND J'AURAI PAYE TON VISAGE.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1962].187p.20.5cm.Mauvais Claire Martin ne se renouvelle guère.Elle aurait même tendance à se délayer avec le temps.Ce dernier ouvrage veut encore exprimer sa conception de l’amour.Or comme l’amour n’est pour elle, somble-t-il, qu’un sentiment à fleur de peau, comment en parler beaucoup sans se délayer ?C’est sans doute ce qui explique l’échec presque total de ce nouveau roman où tant d’éléments sont discutables: le thème, beaucoup trop mince, qui eût fait tout au plus la matière d’une Religion .**-> Wm Sciences sociales Pour tous Juin 1962 283 nouvelle; les personnages assez peu consistants, obéissant à la fantaisie de la romancière; la technique de la narration, dont elle a mal exploité les ressources; l’intrigue qui suit parfois des méandres assez déconcertants et qui finit par tourner court.Quand j'aurai payé ton visage raconte un épisode de la vie d'une jeune femme.Après une jeunesse fort libertine, occupée à « trouver et à perdre le grand amour à tout bout de champ », Catherine croit avoir rencontré l’homme de sa vie en Bruno, si différent des beaux garçons, « minces, légers, ardents » qu elle avait aimés jusqu’alors.Mais ce nouvel amoureux, soucieux sans doute de mettre à l’épreuve la constance de sa volage amie, ne lui parle sérieusement de mariage qu’au bout de deux ans.C’est beaucoup trop long pour la fugace ferveur de Catherine qui déjà refroidit.Encore attachée à Bruno cependant, et désireuse d’« être mariée » plus que de « se marier », elle accepte d’épouser le jeune homme.Ce dernier la présente alors à sa famille.Assez étranges, ces présentations in extremis, mais Claire Martin n’en est pas à une invraisemblance près ! C’est à ce moment que Catherine fait la connaissance du jeune frère de son fiancé.Robert est beau comme un Adonis.Coup de foudre de Catherine qui n’en peut mais ! Il est encore temps pour elle de faire marche arrière.Mais, que sait-elle des sentiments du jeune homme?Les événements suivent leur cours et les noces se célèbrent.Mais, avant de partir en voyage, Catherine a la brusque révélation que Robert partage son sentiment.Désespoir de la jeune femme qui, au moment où elle devient la femme de Bruno pense avec douleur à la souffrance de Robert ! A l’usage, Bruno se révèle un piètre mari comme le sont d’ailleurs tous les maris « légitimes » dont parle Claire Martin.Aussi Catherine ne se fait-elle aucun scrupule pour revoir son jeune beau-frère et pour rêver sans cesse à lui.Et quand ce dernier, fuyant une famille qui l’abhorre, lui demande de le suivre, Catherine hésite à peine à prendre ses cliques et ses claques.284 Commence alors la vie de bohème des amoureux.Du jour au lendemain, Catherine découvre à Robert un talent de chanteur qui lui permet de gagner leur vie, en se produisant dans des cafés.Tout va bien jusqu’au jour où la jeune femme surprend son premier mari à rôder souvent autour de la maison où ils habitent.Elle s’affole d abord: Bruno, fou de jalousie, ne cherche-t-il pas à les tuer tous les deux ?Ou encore, ne tentera-t-il pas de la ramener au foyer ?Elle est à cent lieues de deviner la vérité.Le lecteur aussi d’ailleurs.Bruno est tout simplement ravi du succès de Robert comme chanteur, et il se découvre tout à coup une touchante amitié pour son jeune frère ! Une telle amitié doit-elle être gâtée par une histoire de femme ?Allons donc ! Qui raisonne ainsi ?Nul autre que Bruno, le mari délaissé, lors d'une rencontre clandestine avec Robert ! Ces rencontres se multiplient si bien que Catherine, mise à l’écart de ces relations, finit par en découvrir le secret.Se croyant trahie par cette amitié, la jeune femme, de nouveau, prend ses cliques et ses claques et se réfugie chez une tante.Mais l’escapade sera cette fois de courte durée, et Catherine, ramenée par un Robert tout éploré, retrouvera bientôt le nid précaire de ses amours.Et c’est ainsi que finit le roman.Cette invraisemblable histoire, Claire Martin utilise, pour la raconter, un procédé qui déjà a fait la réussite de certains romans comme Le Vent souffle où il veut, de Paul-André Lesort.D’un chapitre à l’autre, le narrateur change et la parole est laissée, à tour de rôle, aux principaux personnages en présence.Le procédé est ingénieux et habile: il permet d’étudier de l’intérieur les différents personnages, il permet aussi de présenter personnes et événements sous des éclairages différents qui les nuancent et en donnent une idée plus complète et plus objective.Mais, pour être efficace, le procédé exige du romancier des qualités exceptionnelles de souplesse et d’objectivité; ne réussit pas qui veut à « changer de peau » radicalement d’un chapitre à l’autre d’un même livre.Claire Martin n’y a pas réussi; le seul personnage où on la sente à l’aise est celui de Catherine, et lorsqu’elle change d’optique pour faire parler tantôt Robert, tantôt sa belle-mère, ça ne colle plus.Aussi, dans ce roman, le procédé du changement d’optique, au lieu d’éclairer le déroulement de l’action ne fait que le ralentir.Quelle philosophie de la vie se dégage de cet inconsistant roman ?Hne„ Phi,0S0Phie assez révoltante où l’instinct est le premier et le dernier mot de tout.La femme n’est faite que pour aimer et « aimer qui ne le mérite pas ».Un homme « qu’on a aimé d’amour mérite rarement d être aimé d’amitié ».Il faut louer — figurez-vous ! — les femmes d age mûr qui, par tendresse, deviennent les maîtresses de jeunes garçons: c’est une façon de leur « épargner les laideurs de la vie »; « il y a quelque chose de très beau dans cette fonction d’initiatrice », c’est Claire Martin qui le dit ! ! ! L’amour est un virus qu’on peut attraper en tout temps et contre lequel on ne peut rien: le mieux est de laisser la maladie suivre son cours.Cette maladie est si délicieuse d ailleurs que les biens les plus sacrés qu'elle saccage ne méritent pas l’ombre d’un regret.Honneur, famille, parents, serment échangé devant Dieu, rien ne fait le poids en présence de l’amour.Le plus sûr moyen de faire mourir l’amour c’est, semble-t-il, le mariage: 1 amour s’y dessèche comme une fleur dans un herbier.Les femmes mariées, dans Quand j'aurai payé ton visage, s’ennuient mortellement (Catherine, Jeanne Fer-ney, tante Françoise); elles ne trouvent fe.jfcie et l’épanouissement que dans des aventures extra-conju-' gales.On a regretté récemment que l’amour ait été très peu étudié dans la littérature canadienne.Si Claire Martin entend combler cette lacune par des romans de ce genre, elle se trompe: les petites amours de ses héros n’ont rien de commun avec l’amour.Rita LECLERC LECTURES THEORET (Pierre) KATERl.Vierge iroquoise 1656-1680.Paris, Emmanuel Vitte [1961].15Ip.19cm.Pour tous Il y a longtemps que l’Amérique du sud s’honore de sa Sainte, la péruvienne Rose de Lima; s’écoulera-t-il bien des année» avant que l’Amérique du nord se glorifie de la sienne, l’indienne Kateri Te-kakwitha ?On est tenté de croire que non.quand on a lu la biographie que vient de lui consacrer l’actif et laborieux curé de l’Ile Perrot.Lui, que ne rebutent les subtilités de la théologie ni ascétique ni mystique — il l’a prouvé amplement par un ouvrage récent (cf.aussi p.108) —, a joui d’une bonne fortune sans égale.Il a mis la main non seulement sur « les témoignages produits, en 1931-1932, au procès informatif de l’ancien Osserne-non » (Albany, N.Y.), mais sur « le volume de 670 pages grand format publié en anglais, en 1940, par la section historique de la Sacrée Congrégation des Rites ».Armé de ces deux pièces qui contiennent la documentation à peu près complète sur le sujet, l’abbé Théorêt a pu établir une comparaison lumineuse entre l’existence de Kateri et l’enfance de sainte Catherine de Sienne (p.25), les épreuves du saint homme Job (p.53) et, ça et là, les vies de saint Louis de Gonzague et de sainte Thérèse de Lisieux.Il a ainsi montré que Kateri avait atteint, comme ces modèles, les deux sommets de la perfection spirituelle: le renoncement total à soi-même, l’union étroite à Dieu.Dans ce cadre, avec quelques descriptions pittoresques comme celle du lac Saint-Sacrement (p.75) ou celle du Sault-Saint-Louis (p.85), l’auteur nous offre le spectacle continu d’un héroïsme qui va sans cesse croissant: macérations corporelle, privations, jeûne, travail incessant, prière constante, support des calomnies les plus blessantes pour la pudicité, vœu de virginité perpétuelle.Les vertus les plus hautes portées à leur sommet le plus élevé: tel pourrait être le ré- sumé des témoignages qu’ont rendus les trois directeurs, les Pères Firmin, Chauchetière et Cholence, même Mgr de Saint-Vallier.On sort de cette lecture convaincu d’avoir, selon l’inscription du cénotaphe élevé à Kateri, humé le parfum de « la plus belle fleur épanouie chez les Indiens * du Canada.Dans une réédition, l’auteur corrigea sans doute « Aéropage » ou coteau aéré (p.70), en Aréopage, colline de l’Arès grec, le Mars romain.Il supprimera des anglicismes tels que « jusqu’à date » (jusqu’alors), « cours privé » (particulier), « détail additionnel » (supplémentaire), « résidence » (domicile) et des néologismes inexpressifs comme « objectif » (objet, but), « directives » (instruction, directions).Il réservera aux noms de personnes « grâce à » et se rappellera le mot si éloquent de l’académicien français: « Le jour où baser sur (pour fonder sur) entrera au dictionnaire de l’Académie, j’en sors ! * Il écrira enfin (p.16) « s'en allait.jusqu’à ce qu’elle eût repéré le gibier » et (p.119) « elle passait.quelle que fût la rigueur de la saison ».Emile CHARTIER, p.d.Littérature étrangère * •S.;.;.',: MANOLL (Michel) MARIE NOEL.Lettre-préface de Marie Noël.Paris, Editions universitaires [1962].124p.j photo 17.5cm.(Coll.Classiques du XXe sièLie, no 42) Pour tous Vous avez touché du doigt la source la plus profonde et la plus constante de mon inspiration: la solitude.L’étude que Michel Manoll consacre à Marie Noël, dans la collection Classiques du XXe siècle, ne pouvait recevoir appréciation mieux désignée: de la part de l’auteur lui-même (lettre-préface).Nous savons gré au critique d’avoir détruit une certaine légende Marie Noël, toute de fadeur petite-ville-de-province et de vieilleries pieuses, pour dégager avec acuité et discrétion, le visage lumineux et tourmenté d’une âme à la fois humaine et chrétienne jusque dans les racines de son être.De sorte que ce n’est point à la mièvrerie d’une certaine espèce de « cantique » qu’il nous invite à relier Marie Noël mais à l’angoisse religieuse et métaphysique d’un Pascal, à la La revue LECTURES ne paraît pas durant les mois de juillet et août "V* Juin 1962 285 tine et tenace tentation janséniste qui frôle la plus haute spiritualité française.Je m'essaierai ici à n’esquisser que le point de vue du critique sur l'œuvre et la vie de Marie Noël.Mais tout d’abord voyons le plan de l'ouvrage: « la vie éclairant l’œuvre », « l’œuvre éclairant la vie », enfin l'œuvre en prose et les notes intimes.Ce livre n'est rien moins qu'une biographie.Il suffit à l’exposé d’évoquer les traits essentiels du cadre humain, familial et social, de suggérer surtout l’expérience de l’enfant et de l'adolescente, déjà partagée entre la gaieté, la fantaisie, l’émerveillement et la confrontation avec la mort, la contrainte de la solitude, l’angoisse, la difficulté à vivre, à être.A travers ce vécu, le jaillissement d’abord effacé mais déjà marqué de cette « pureté passionnée » dont parlait Raphael Périé, à propos de sa filleule, lui qui le premier découvrit et encouragea les efforts hésitants de la poétesse.Michel Manoll, en détaillant les événements de la vie toute simple de Marie Noël, ne tombe jamais dans l'anecdotique: il est uniquement soucieux d’éclairer en suivant la trame de cette vie, la ferveur intime de la poétesse, et le cheminement correspondant que sont les œuvres, celles-ci révélant par transparence les profondeurs de celle-là.Marie Noël est tout imprégnée de la saveur de son terroir, la joviale Bourgogne, et de l'héritage populaire du moyen âge.Le critique la considère comme la descendante directe des « troubadours » des Xlle et XlIIe siècles — sève courtoise et gauloise — tant par la forme où reverdit l’éclat naif, la malice et la simplicité des poèmes d’autrefois, que par cette « mysticité d’idées » qu’irradiaient les plus purs poètes de ces époques.D’ailleurs, sur le plan de la prosodie, Marie Noël demeure étrangère aux aventures contemporaines et reprend docilement l’instrument que plusieurs siècles d’habiles versificateurs lui ont légué: un vers ferme, assoupli, apte à mouler les moindres inflexions du sentiment.La poésie, chez elle, n’est point magnifiques jeux d’images, mais notation la plus fidèle de l’inépuisable torrent intérieur; le rythme et le sentiment précèdent les mots, puis les assignent en mesure.Là où nous tente le reproche du prosaïsme, Michel Manoll nous invite à déceler l’invisible et agissante présence d’une harmonie secrète.qui rend les mots à leur transparence.Et les plus sûres qualités de l’artiste sont alors le dépouillement, la « simplicité de source », une ligne musicale calquée « sur l’émotion la plus directe et la plus accessible » où la poésie correspond foncièrement à la respiration naturelle.L’affermissement de l’instrument ne servait qu’une maturation plus haute, celle de son cheminement f intérieur.Entourée de quelques confidents cultivés et perspicaces, elle a découvert et exploité les lignes maîtresses de son chant.Deux sources contraires se sont disputé son âme: la lumière de l’enfance éternelle et la sombre proximité du gouffre.Et si elle atteint, par l’amour, la lumière et l’apaisement c’est parce qu’elle a bu jusqu’à la lie la coupe de Geth-sémani, qu’elle a éprouvé jusqu’au plus intime de son être les affres du doute, « les griffes noires du mystère ».Elle était très humaine — elle a connu les appels dyoni-siaques de la vie, « une mer troublée par la naissance de Vénus *; cette urgence du bonheur terrestre ne fit qu’aiguiser son tourment d en être exilée.Car elle a connu la maladie, des deuils déchirants; elle a éprouvé la faiblesse à être, à vivre, la fêlure secrète de lame qui faisait soupirer Rimbaud: « la vraie vie est ailleurs ».Elle a vécu de sombres périodes, continuellement tendue par une angoisse métaphysique éprouvée dans la sensation aiguë du temps qui s’effrite avec les êtres qu’il emporte.Elle a connu dans sa chair et dans son esprit les affres de la condition humaine: elle a dû affronter les régions nocturnes de l’enfer.Surtout, elle a su le terrible doute, et la révolte a tenté cette sensibilité aiguisée, cette intelligence exigeante.Elle a su l’intolérable absence de Dieujtet le tourment de l’essentielle question: Où est Dieu?.Qui est-il ?Dieu lui parut le Justicier inflexible, le Maître des déterminismes cosmiques, l’Autre: Un Autre qui était caché derrière, et si terrible que ma raison a vacillé.Il nous gouverne plus sûrement dans l'obscur de nos instincts que le Verbe-Dieu par ses révélations et le consentement.de nos pensées.(Cité par l’auteur, p.108) Son souci tenace de lucidité, de dépouillement, de sincérité l’a conduite vers la sérénité définitive; le pouvoir de beaucoup souffrir (Je souffre.Et c'est beaucoup ma façon de croire) l’a menée à la certitude supérieure de l’Amour.L’Amour dont l’unique but est de réaliser l'unité au sein d’une totale communion de l’être (p.55).Là où le doute s’éteint, où la souffrance obtient, dans la transfiguration pascale, un sens ultime et rassasiant.« Cet acquiescement à la volonté divine, ce « fiat », qui naissent du silence et de la solitude restent les maîtres-mots de cette poésie dont le drame est celui « de la vie totale » et d’une recherche de destination et d’identité, afin d’atteindre à travers la vie sensible et avec elle, la vérité de l’essence.» (P.90) Paul CHAMBERLAND Biographie BLONDEL (Maurice) CARNETS INTIMES (1883-1894).Paris, Editions du Cerf, 1961.558p.ill.(h.-t.).22.5 cm.Pour tous L’année 1961 a marqué le centenaire de la naissance de Maurice Blondel.Si le philosophe était bien connu, l’homme l’était beaucoup moins.La publication de son journal intime — le présent volume couvre les années 1883-1894 — nous le fait connaître dans son commerce quotidien avec Dieu, car 286 LECTURES ce livre est surtout un journal spirituel.« Je m’ouvre à Dieu, je me dérobe aux hommes », écrivait-il le 3 décembre 1883.Blondel est retourné vers Dieu: nous, ses frères, sommes encore de ce monde en proie aux mêmes luttes et difficultés qu’il a connues.Son humilité ne pouvant plus en souffrir, nous pouvons dire que son itinéraire spirituel sera pour nous un guide sûr dans notre marche vers la sainteté.Cette sainteté, à laquelle tout baptisé doit tendre, fut pour Blondel la grande chose de toute son existence: « Il faut que ce soit le progrès de la sainteté qui fasse le progrès de l’homme, de l’écrivain, de l'artiste », écrivait-il, le 26 février 1886.Ce journal spirituel est aussi une méditation philosophique: la longue et laborieuse rédaction de L’Action s’élabore lentement sous nos yeux.La soutenance de la thèse eut lieu le 7 juin 1893, mais malheureusement son travail fut rejeté.« L’Institut m’a condamné, et mon oeuvre est jugée absurde ou incompréhensible », écrivait-il le 23 février 1894.Grâce à son maître Emile Boutroux, et sur une intervention de Lucien Poincaré auprès de son frère Raymond, ministre de l’Instruction publique, il obtint un cours à Lille.Ainsi commençait sa longue et fructueuse carrière universitaire.Si la philosophie tient une place dans ce volume, le cheminement d'une âme toute tendue vers son Créateur nous intéresse davantage.Dès les premières pages de ces Carnets — 24 novembre 1883 — nous voyons Blondel avant tout soucieux de s’abandonner totalement à Dieu.« Je veux vouloir avec Dieu, ce que Dieu veut, comme Dieu veut de moi; je ne sais ce que c’est, mais avec Lui je puis tout ce qu’avec moi je ne puis pas, » L’abandon total à Dieu suppose nécessairement l’humilité.Le cardinal de Bé-rulle disait: « L’homme est un néant, mais un néant capable de Dieu ».Blondel exprimait la même chose: « La vie est toujours bonne et douce quand on s’estime néant devant Dieu, tel qu’on est, et quand on estime Dieu tel qu'il nous fait ».La même idée revient plus loin sous une autre formulation: « Il faut toujours avoir le vif sentiment d’une décadence intérieure et d’un déchet, parce que tant que l’on garde cette conscience, l’on a du moins, avec l’utile expérience de son infirmité, la perception, le besoin, le désir d’un état meilleur.» L’abbé Huvelin.ce saint prêtre qui a converti Charles de Fou-cauld, disait: « Je ne puis regarder personne sans désirer donner l’absolution ».Maurice Blondel était lui, un simple laïc.Mais se sachant lié à tout le Corps Mystique, il souffrait de ses propres fautes d’abord, et des péchés de ses frères: « Combien je souffre pour les âmes qui ne souffrent pas assez de leur état ! Il faut s’unir aux pécheurs, se coller à leur âme, afin d’expier leur indifférence, afin de souffrir en eux et pour nous ».Cette appartenance au Corps Mystique fait de tous les baptisés des missionnaires et des précurseurs comme saint Jean-Baptiste.Blondel avait compris cette exigence, et il écrivait le 24 juin 1890: «Saint Jean-Baptiste.Et nous aussi, notre rôle est d’être précurseur.Aplanir et redresser les voies en nous et en autrui; enfanter Dieu dans les âmes; servir à Dieu de mère et comprendre qu’il nous donne, en nos frères, Jésus à faire naître.» Ce livre ne se lit pas aisément.Le style de Blondel est compliqué, lourd aussi, et disons même très souvent nébuleux.Ce manque de clarté a certainement contribué pour beaucoup dans les querelles sur le blondélisme.Une pensée plus claire et plus cohérente aurait dissipé bien des équivoques.Une intelligence éclairée par la foi, et une volonté animée de la charité la plus ardente, tel nous apparaît Maurice Blondel à travers les pages de son journal.Souhaitons que la publication de ces Carnets se continue.L’histoire d’une âme avide de sainteté est une nourriture extrêmement précieuse dans un monde tendant de plus en plus à se passer de Dieu.Bernard-M.MATHIEU, o.p.ALGESI (L.) JEAN XXIII.Traduction de J.Thomas-d’Hoste.Préface de Daniel-Rops.Paris, Lethielleux [1961].320p.ill.(h.-t.) 19 cm.Pour tous « La goutte encave la pierre (gutta cavat lapidem) — J'abandonnerai mon front à ceux qui me frappent (dabo frontem meant per-cutientibus) — Sans ambition et sans crainte (sine spe et sine metu) — Prêcher le vrai en toute charité (facientes veritatem in carita-te) — Unité dans les choses essen-tilles, liberté dans le doute, charité toujours (in necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas) — Obéir et se tenir en paix (obedient ia et pax) ».* telles sont — en y ajoutant « la tendance à rechercher ce qui unit, non ce qui sépare » — les maximes qui, selon son biographe (pp.144-145, 199, 205, 299, 315) et tout au long de la carrière du diplomate, servirent de phare au cardinal Angelo Roncalli, Sa Sainteté Jean XXIII.Visiteur ou délégué apostolique en Bulgarie, en Turquie et en Grèce.n’étant pas accrédité officiellement auprès des autorités civiles, il n’entretient avec elles que des rapports officieux.Il considéra dès lors ces trois pays chacun comme un vaste diocèse dont le ministère pastoral lui aurait été confié.Et pourtant, à cause du rayonnement de sa personnalité il se trouve mêlé aux problèmes politico-religieux qui agitent leurs gouvernements.En Bulgarie (1925-1934), c’est le mariage du roi orthodoxe Boris et de 287 Juin 1962 la catholique princesse Giovanna, les promesses exigées du roi et la rupture par lui de ses engagements, qui mirent à l’épreuve la souplesse du diplomate.En Turquie (1934-1945), où Atatürk (l’ancien Mus-tapha-Kemal) proscrivait toute forme de religion, la sienne incluse, il fallait pourtant obtenir pour les catholiques de rite byzantin ou de rite latin, un minimum de tolérance.La courtoisie du Délégué leur procura un régime acceptable.En Grèce (1943-1944), Mussolini venait d’amorcer la politique abrasive d’Hitler et Métaxas n’â'dmettait pas d’autre culte que l’orthodoxie.Comment protéger les catholiques byzantins ou latins ?Comment réduire et même prévenir les conflits entre orthodoxes et romains ?Comment enfin héberger et alimenter les milliers de crève-faim qui accouraient de partout et sauver les enfants qui mouraient comme des mouches ?Unie à l’activité de Mgr Calavassy, la sympathie du Délégué accomplit des prodiges.Et le voici nonce à Paris (1944-1953), accrédité cette fois auprès d’un gouvernement que préside de Gaulle, associé à cette Eglise de France où tant de haine s’allie à tant de foi (ch.VIII-X).Par l’apostolat de la présence, le Nonce conquiert les foules de province.En soutenant discrètement les évêques, il les aide dans leurs luttes angoissantes, comme celle que soulevèrent la question des prêtres-ouvriers et le progressisme (p.236).Il se fait des amis des plus féroces adversaires de l’enseignement libre et arrache à Edouard Herriot lui-même, en faveur des petits séminaires, des concessions (p.221).Quant aux partis, il se tient à égale distance des uns comme des autres; et sa neutralité lui permet de proposer aux autorités, comme évêques, l’admirable phalange que l’on sait.La politique des contacts personnels a plus fait ici que les interventions spectaculaires.Installé à Venise, sur le siège patriarcal de saint Laurent Justinien (1953-1959), doté enfin d’un diocèse bien à lui, il y applique le programme apostolique de « son » ancien évêque de Bergame, Mgr Radini-Tedeschi.Et bientôt Venise donne l’impression d’être entrée à plein dans le mouvement religieux, économique et social, des Berga-masques.Enfin, avec la même sérénité avec laquelle il avait escaladé la carrière diplomatique, il monte, en octobre 1959, les gradins de la chaire de Saint-Pierre, porté par la confiance qu’entretiennent ses collègues pour cet optimiste invétéré, cet homme de haute culture, ce pacificateur-né, ce prêtre dévoré du teu de la charité évangélique.Voilà en résumé ce que révèle, sur Sa Sainteté Jean XXIII, ce livre fondé entre autres sur sa correspondance personnelle.Qui sait si cette « main de fer gantée de velours » n’a pas pour mission de tresser et de resserrer le nœud de la chaîne qui soudera enfin l’Orient orthodoxe à l’Occident chrétien, l’Occident protestant à l’Occident romain ?Emile CHARTIER, p.d.BRUNO DE J.-M.(R.P.), o.c.d.SAINT JEAN DE LA CROIX.Préface de Jacques Ma-ritain.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].422p.ill.(h.-t.) 21.5cm.(Coll.Les études car-mélitaines) Pour tous Présentée par un maître, la théologie mystique n’est pas si abstruse qu’on le croirait au premier abord.Or, c’eSt le mérite du Père Bruno d’avoir identifié, dans cette biographie, le récit de la vie de son héros avec l’exposé des principes de sa théologie.Comme, en matière de mystique, ce dernier est le maître des maîtres, il s’ensuit que ce livre est à la fois une biographie et un traité de la spiritualité la plus sûre qui soit.En somme, alors que, comme le note Maritain dans la préface, l'enseignement de saint Thomas est une science spéculative, celui de saint Jean de la Croix est une science pratique.Ou encore, tandis que saint Thomas nous transmet le suprême savoir communicable, saint Jean de la Croix nous hausse jusqu’au suprême savoir incommunicable.Ce savoir, c’est, pour les âmes qui veulent avancer dans la voie de la spiritualité, de tendre, comme but, à leur transformation en Dieu par 1 amour et d’employer, comme moyen nécessaire, la mort du grain qu’elles sont.Les étapes de cette marche vers la mort la plus absolue et de cette montée vers la vie la plus haute, on les trouve décrites tout au long de ce volume compact.Pour les avoir franchies les unes comme les autres, saint Jean a pu les décrire avec une clarté et une intensité dont n’approche aucun autre mystique.L’étape souveraine, c’est la souffrance.Or qui, en dehors du supplicié du Calvaire, en a connu une plus amère que le bras droit de sainte Thérèse d’Avila ?Il faut lire le chapitre XII pour savoir jusqu’à quelles limites peut aller la torture d un contemplatif, mais aussi jusqu’où peut atteindre l’endurance humaine soutenue par la force divine.Et le pire, c’est que, comme le martyre du Christ lui fut infligé par ses frères en humanité, les épreuves de Jean de la Croix lui vinrent de ses frères en religion.L’étroite collaboration qui associa saint Jean à sainte Thérèse dans la réforme du Carmel est ici mise en relief d’après les documents les plus authentiques, les plus complets et les plus concluants.Les relations aigres-douces du Saint avec ses confrères et ses supérieurs, entre autres Gratien et Doria, sont l’objet d’un récit où l’auteur ne manifeste aucune complaisance à l’égard des membres de son Ordre, aucune aigreur contre les autres.Pour ce qui est de la doctrine du maître, l’exposé s’en dégage de ses propres œuvres.Par la sûreté et la plénitude de son érudition, par la conscience professionnelle dont témoigne ici l’auteur, par la mesure qui caractérise tous ses jugements, cette biographie de grande classe pourrait bien être le livre définitif sur la matière.Emile CHARTIER, p.d.288 LECTURES Littérature de jeunesse FRANCHEVILLE (Geneviève de) LE MIRAGE.Roman.Montréal.Beauchemin, 1961.242p.21cm.(Coll.Marie-Françoise) $2.00 Pour jeunes Ghislaine Jolicoeur.ravissante jeune fille de vingt ans.visite avec sa cousine de la ville le Salon de l’Automobile au Palais du Commerce, lorsqu’elle rencontre Armand Filion, un veuf, de trente ans son aîné.Celui-ci, séduit par la fraîcheur et la grâce de la jeune villageoise, lui offre un billet de loterie.Ghislaine accepte, se disant que cet incident ne portera guère à conséquences.Des conséquences, il y en aura de graves, puisque le billet gagnant permettra au millionnaire de s’immiscer dans la vie de l’ingénue et de l’éblouir par le mirage d’une vie brillante et désœuvrée.Cette histoire aurait pu éclairer certaines jeunes naïves perdant la tête pour des tempes d’argent argentées.mais le souci évident de l’auteur d’arracher ses lectrices aux griffes du loup vieillissant lui fait accumuler à un point tel les preuves à l’appui de sa thèse, que son récit frôle la caricature, et son tragique — comme la scène'du rasoir — donne plus envie de rire que de s’attendrir.D’ailleurs, à notre avis, l’auteur n’a pas réussi à rendre les personnages de ce récit consistants; ils ne font pas « habités » si l’on peut dire.Cela est dû sans doute à leur aspect caricatural mais surtout au manque de naturel de leurs faits et dits.Le langage des gens de la campagne, par exemple, manque de couleur et celui des citadins, de nuances.Les propos des uns d ailleurs ressemblent étrangement à ceux des autres.Quant à l’histoire elle-même, on la croirait d’une antre époque tellement l’attitude de Ghislaine en face des « merveilles de la grande ville * font supposer qu’elle habite le Saint-André-Ave-lin du temps des diligences.Cette impression se dissipe cependant lorsque la romancière parle de ci-nérama mais on se demande sérieusement si mademoiselle de Fran-cheville n’eût pas mieux fait de situer son histoire il y a un demi-siècle.2 livres récents Nous regrettons sincèrement d’avoir si peu de bien à dire d’une œuvre qui se veut « de bien ».L’amitié que nous portons toutefois à l’auteur nous oblige à écrire cette dure vérité: le bien que 1 on veut faire (comme l’esprit) nuit parfois au Bien lui-même.Denise HOULE chez MONTRÉAL ET PARIS LA PENSÉE SOCIALE DE JEAN XXIII Richard ARES, S.J., Fernand ÇUMONT, Clément LOCKQUELL, E.C., Jacques COUSINEAU, SJ.Irénée DESROCHERS, S.J .Louis-PhiUppe ROY, M.D., Claude RYAN, Jean-Paul DALLA1RE, S.J Un commentaire très pénétrant sur l’encyclique Mater et Magistra en fonction du milieu canadien-français.Un ouvrage qui incite à la reflexion et a l’action.167 pages $2.00 CANADIENNES 2e édition par Mgr Albert TESSIER Il se dégage de cet ouvrage un sentiment d’admiration devant l’universalité, et la qualité des services rendus à l’Eglise et a la Patrie par dix générations de femmes.« Toute notre histoire porte leur empreinte souveraine.» 152 pages $2.00 F I D E S MONTRÉAL « PARIS Juin 1962 289 C OUSTEAU (Jacques-Yves) et DUMAS (Frédéric) LE MONDE DU SILENCE.Illustrations de J.-P.Ariel.[Paris] Hachette [1961].190p.ill.(h.-t.) 20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 214) Relié.Pour adolescents 11 fallut au commandant Cousteau et à son équipe, de longues années de « corps à corps » avec la mer pour connaître ses secrets et y obtenir droit de séjour pendant un certain temps.Et la somme impressionnante d’observations, accumulées par ces passionnés chercheurs, a certes contribué à la renommée de la Marine française et à l’avancement de la science océanographique universelle.« Le Monde du Silence », c’est celui de la jungle inexplorée du tond des mers, avec sa faune bizarre et sa flore somptueuse.C’est un monde où le bruit n’existe pas mais où l’ombre et la lumière dansent un ballet fantastique.L’auteur et ses camarades de plongée ont réussi à immerger de puissants appareils photographiques pour « saisir » le décor du royaume liquide, décor se révélant une féerie de couleurs.Comme l’écrit le commandant Cousteau: « le faisceau lumineux fit jaillir du bleu universel, une éblouissante arlequi-nade, où dominaient des rouges et des oranges aussi opulents, aussi chauds que ceux d’un Matisse.Nous nagions en rond, émerveillés.Les poissons eux-mêmes n’avaient jamais rien vu de semblable.» Ce captivant documentaire, sur 1 une des plus belles aventures humaines de notre siècle, trouvera un public de choix en la personne des adolescents avides de nouveautés et d’aventures « à suspense ».Cet ouvrage enrichira d’autant ses lecteurs qu’il a le mérite assez rare dans la production actuelle de littérature de jeunesse — de présenter en tandem le rêve et la réalité.Chacune des illustrations rend bien l’idée que l'on se fait du décor où évoluent les plongeurs et pose de la couleur sur certains passa- ges, de lecture fastidieuse aux non-initiés à cause d’une accumulation de détails techniques.Denise HOULE BLYTON (Enid) LE CLUB DES CINQ SE DISTINGUE.Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1961,].189p.ill.(h.-t.) 20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 215) Relié.Pour jeunes Dagobert, le chien de Claudine — l’un du Club des Cinq — s’est écorché sérieusement une oreille et pour éviter que sa blessure ne s’envenime il devra porter une collerette de carton.Cet accoutrement bizarre vaut à Dagobert bien des moqueries, jusqu'au moment où Claudine, prise de pitié pour son inséparable copain, part avec lui pour quelques jours, avec tente et provisions.La fillette sera bientôt rejointe par Annie, Michel et François, ses cousins, et tous ensemble contribueront à éclaircir une mystérieuse affaire de document volé et enfoui au creux d’un souterrain.Le Club des Cinq se fera certes de nombreux admirateurs chez les jeunes qui suivront ses exploits.Le courage des enfants et leur extraordinaire perspicacité ne manqueront pas de laisser rêveurs les détectives en herbe.L’auteur parle aux enfants une langue qui leur est familière et sait piquer leur curiosité par une intrigue assez vraisemblable.Une seule réserve à faire sur cet excellent travail: il est peu probable que des parents laissent camper une fillette d’une douzaine d’années, seule dans un endroit isolé, même si cette gamine, comme Claude, n a pas froid aux yeux et part avec un chien du calibre de Dagobert.Mais il serait étonnant, à la suite de cette aventure, que tous les lecteurs — les filles particulièrement — désirent partir seuls pour camper.plus loin que la cour de leurs parents.Les illustrations de Jeanne Hives ajoutent çà et là au fil de la trame, de ravissants coups d’œil.Denise HOULE DISNEY (Walt) DES PAYS ET DES HOMMES.Par Jane Werner Watson et l’Equipe des studios Walt Disney.[Paris] Hachette [1961].175p.ill, 28cm.Relié.Pour adolescents La Laponie, la Suisse, l’Ecosse, le Danube, le Portugal, la Sardaigne, la Mauritanie, l’Amazonie, les Navajos, les Samoa, le Japon, la Thaïlande: ce sont autant de pays qui ont été parcourus par les photographes de l’équipe de Walt Disney, et qui nous livrent ici quelques-unes des particularités de leurs paysages et de leurs mœurs.Les images sont abondantes et splendides, les renseignements sur la géographie physique et surtout sur la géographie humaine des pays illustrés, sont fort intéressants et étayés sur des ouvrages sérieux.Tout cela fait de ce magnifique album un ouvrage de choix pour intéresser les adolescents et les jeunes à la géographie et aux voyages.A.C.* * • CONTES DE L'AMERIQUE DU SUD.Illustrations de Gio-rio de Gaspari.[Paris] Hachette [1961].60p.ill.26cm.(Coll.Contes de tous les pays) Relié.Pour enfanta Cet album renferme cinq contes qui ont pour cadre l’Amérique du Sud et sont inspirés des coutumes de ces contrées.De somptueux dessins exotiques l’illustrent avec bonheur.Un livre qui réjouira les enfants toujours friands de belles histoires.A.C.290 LECTURES >: x'v- .y .« Auriez-vous l'obligeance de me dire ce que vaut au point de vue moral le volume de Margaret Mitchell Autant en emporte le vent ?Puis-je également vous demander si une nouvelle édition du Sagehomme a été éditée dernièrement ?Merci à l’avance.» M.(So-rel) Cet ouvrage appelle des réserves et ne convient qu’aux lecteurs formés, et cela à cause du caractère particulièrement amoral et cynique des deux principaux personnages.Par ailleurs, ce volumineux roman est un ouvrage de valeur qui décrit admirablement cette époque si tourmentée que fut la guerre de Sécession aux Etats-Unis.Il vous intéresserait sans doute d’apprendre que ce roman est le seul que Margaret Mitchell ait signé et qu’elle a mis neuf ans pour l’écrire.Malheureusement, la nouvelle édition de Sagehomme, promise depuis longtemps, n’est pas encore sur le marché.* * * « Je suis abonné à votre revue depuis près de 6 mois et j’en suis encore tout émerveillé.Votre revue comporte de sérieuses analyses et d’intéressantes notices bibliographiques.Pourriez-vous demander aux habitués du « Courrier des lecteurs » s’ils ne pourraient pas m’aider à compléter ma bibliographie sur Saint-Denys Garneau de 1952 à 1962.J’aimerais savoir s’il n'y aurait pas lieu de me dire ou de me faire parvenir des articles de journaux ou de revues, tout en spécifiant la date et le nom de la revue ou du journal.Ces articles me rendraient de précieux services, tout en complétant ma bibliographie.J'espère que vous ferez paraître ma lettre dans votre courrier et j'attends votre réponse avec impatience.• Jean-Pierre Pagé (6680, Ire Avenue, Charlesbourg, Québec 7).— Voilà qui est fait.Nous pouvons nous-mêmes vous référer à trois sources: l’excellente petite brochure du R.P.Benoît Lacroix, o.p., publiée dans la collection Classiques canadiens, sous le titre de Saint-Denys Garneau (cette brochure contient, en plus des extraits de l’œuvre, des notes biographiques ainsi qu’une bibliographie); l’ouvrage, excellent aussi, du R.P.Lé-garé, o.f.m., intitulé L’aventure spirituelle de Saint-Denys Garneau; trois articles parus dans la revue LECTURES, en avril 1950, en avril 1954 et le 1er septembre 1957 (ce dernier numéro contient une étude bio-bibliographique de l’écrivain).* * * « Je suis tenté d’acheter l’ouvrage de Frison-Roche qui vient de paraître chez Arthaud et qui s'intitule Le rapt.Le connaissez-vous ?Si oui, qu’en pensez-vous ?» L.M.(Montréal) — Cet ouvrage raconte un rapt dans les troupeaux de rennes, rapt perpétré par des tribus laponnes.Sur cette toile de fond, l’auteur a brodé une idylle assez romanesque.Cet ouvrage a valeur de document sur la vie du grand Nord et vous l’aimerez si vous n’êtes pas rebuté par les longues descriptions et l’abondance des mots lapons.* ?* « J’aimerais offrir un livre de détente à un missionnaire.Connaissez-vous un ouvrage récent qui ne soit pas trop sérieux et qui cependant ne soit pas pur jeu de l’esprit.» R.L.(St-Jérôme) — L’ouvrage du Père Dupeyrat qui a pour titre La Bête et le Papou ferait sans doute le bonheur de votre missionnaire.C’est un recueil d’anecdotes et de souvenirs extrêmement captivants d’où l’humour n’est pas absent.On y trouve en même temps des renseignements sur la faune de la Papouasie (pythons, dragons, etc.).* * « Que vaut l’ouvrage de Georges Blond, Verdun ?» P.M.(Québec) — C’est un ouvrage de qualité qu’on ne peut que recommander aux adultes.Puisant dans une très riche documentation et mettant à profit les témoignages des survivants de l’épisode de Verdun, l’auteur a brossé une fresque saisissante de vérité et de vie.Juin 1962 291 Nouveautés Librairie h .I .I .S •• •• Beaucoup d éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments necessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages cjui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'étude d’Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces notes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues* européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.BASIOGNE (J.), Le Soulier de sapin .M Roman policier obscur, invraisemblable, où évolue une faune marécageuse.BERTHOLD (W.), Les fiancées du Führer .B?Roman qui n’a rien de commun avec la vie sentimentale d’Adolf Hitler, mais qui montre l’un des aspects les plus monstrueux du National-Socialisme.Deux jeunes fiancés allemands sont entraînés malgré eux dans cette institution hitlérienne baptisée « Source de vie », où ils ont l’obligation de mettre au monde des enfants qui seront ensuite abandonnés à l’Etat.Ils tenteront de prendre la fuite et connaîtront de dramatiques aventures.Roman intéressant, mais d’une très faible qualité littéraire.BONNEVAL (A.), La fille Cheval.M Roman.Fort belle et intelligente, mais dénuée de tout scrupule, la fille d’un ouvrier de chemin de fer prend tous les moyens, même les plus dégradants, pour épouser un châtelain.Ouvrage écrit avec talent.Le ton cynique avec lequel une histoire révoltante nous est contée fait déconseiller ce roman.CHRISTOPHE (J.), Toi et nul autre.B Roman qui raconte les aventures d’un groupe de jeunes, extravagants et indisciplinés, mais honnêtes et généreux.Récit prestement mené.Ouvrage sans prétention, de nature à divertir les adultes.COCCIOLI (G), Soleil .D Roman.Le héros raconte à longueur de pages comment pendant de longues années, livré à ses instincts les plus primaires et les plus violents, il a « mordu à pleines dents au fruit gras de ce monde », jusqu'au jour où sa conscience s’est éveillée à la voix de Dieu.Livre dont la fin est d'une très haute inspiration spirituelle, mais qui comporte tant de pages d’horreurs, d'ignominies et de scènes lubriques qu’il ne convient qu'à des lecteurs cultivés, très avertis et très formés.COSTAIN (T.B.), Les cavaliers maudits .TB Roman qui présente une fresque de l'époque d’Attila.Une idylle romanesque se déroule sur la toile 292 de fond de l'histoire.Ouvrage d un intérêt soutenu.DEEPING (W.), Les Taudis du paradis.B Roman.Une jeune femme se dévoue comme assistante sociale bénévole dans un quartier sordide de Londres.Elle y retrouve son premier mari quelle croyait mort et lui redonne foi en l’avenir.Intrigue banale et personnages assez conventionnels.Récit qui ne manque cependant pas de charme.DEMAREST (P.G.), Au risque d'en mourir .B?Roman.Après la guerre de Sécession, une jeune Américaine épouse un brillant avocat qui, très tôt, se montre indigne d’elle.Pendant dix ans, la jeune femme supporte avec dignité un mari ivrogne et brutal, puis s’éprend d’un veuf, père de deux enfants.Elle obtient le divorce, mais elle n’a que le temps d'épouser in extremis l’homme quelle aime, abattu par le premier mari.Roman captivant qui fait revivre toute une époque.Le divorce y est malheureusement présenté comme la solution d’un mariage malheureux.* * * Encyclopédie de la Bible (Sequoia)___________ B?Ouvrage de vulgarisation sur la Bible comportant quelque 2,500 articles qui donnent des explications d'ordre achéologique, historique et géographique.L’aspect théologique et spirituel est peu développé.L'auteur s'inspire surtout der travaux protestants, mais il indique les positions théologiques des deux églises.Cette égalité de traitement peut troubler le lecteur insuffisamment for-n*ê.En outre on ne fait pas la distinction entre vérités de foi et hypothèses.Pour lecteurs très bien formés.FAYE (J.-P.), La Cassure.B?Roman qui s'essaie à étudier un cas de « cassure » chez un couple.Récit confus.Psychologie superficielle, style obscur et incorrect.Atmosphère amorale.FELSETTE (R.), Pierre et les Américaines .M Roman qui narre les aventures galantes d’un violoniste français aux Etats-Unis.Ouvrage sensuel et amoral.LECTURES i GENDRON (L.), Qu est-ce qu'un homme- D Comme dans son livre sur la femme, 1 auteur se limite ici aux points île vue médical et psychologique.On a l’impression, en lisant ce livre, que la vie sexuelle est ce qu il y a de plus important dans l’homme; si l’harmonie sexuelle n'existe pas entre les époux, ils peuvent s’attendre à la frigidité, à l'infidélité, à l’alcoolisme, aux complexes, aux névroses, etc.C’est déprimant à la fin.GHEORGH1U (C.V.), La maison de Petrodava B Roman.Deux femmes droites, dures, courageuses et inflexibles dominent cette histoire bizarre et lente qui illustre les thèmes chers à Gheorghiu: la guerre, l'exil, le destin, etc.Pour lecteurs cultivés.GRASS (G.), Le Tambour .•.•••• M Roman.Un pensionnaire d'un asile psychiatrique, qui n’est pas fou comme les autres, raconte sa vie et parle de sa vocation de tambourinaire et casseur de vitres.Roman touffu où se mêlent l'érotisme, le blasphème, le grotesque et le sublime.A déconseiller.HARDY (W.), La Meute .- B?Roman.Trois sous-marins américains sont envoyés pour barrer la route à un fort convoi japonais.Le roman évoque les soucis personnels de chacun des trois commandants, ainsi que les péripéties d'une lutte qui fera des héros et des victimes.Roman captivant qui tiendra le lecteur en haleine jusqu'à la fin.Quelques touches de réalisme.LECLERCQ (L.), // faut détruire Carthage .M Roman.Pendant toute une journée, se déroule devant nous le film d’une étrange famille où l’adultère et le vice sont à l’honneur.Récit étrange, assez envoûtant.Atmosphère trouble et personnages anormaux.A déconseiller.MEHEUST (P.-E.), L'homme du destin.D P.oman.Un officier, envoyé en mission en Algérie, fair un discours à des camarades.Ce discours qui dure tout le long du roman, est une confession et une profession de non-foi.Livre amer où le cynisme est prôné comme système de vie et où s'étale une avilissante liberté de mœurs.Ouvrage d'une valeur littéraire certaine mais qui ne convient qu'à un tout petit nombre de lecteurs très avertis et très formés.PEYREFITTE (R.), Les fils de la lumière .D Roman où l'intrigue n'est qu'un prétexte pour traiter de la franc-maçonnerie.L’auteur semble documenté et donne nombre de faits, mais les arguments pour et contre sont si mêlés qu il est diffi- cile de conclure.Pas d'attaques violentes contre l’Eglise catholique, mais les informations fantaisistes, tendancieuses ou fausses voisinent avec les renseignements exacts.Ouvrage ambigu et dangereux.PONTHIER (F.), L'homme à la cuirasse.Roman.Après bien des aventures, Hélène, une femme d’âge mur s'éprend d’un homme aux cheveux blancs, marie et père de famille.Ne pouvant réussir à lui faire abandonner sa femme, elle le tue.Au procès, elle est défendue par un avocat qui depuis longtemps la poursuit vainement de ses avances; l’avocat charge si bien la victime, que l’accusée est acquittée, mais au lieu de s attirer la gratitude d'Hélène, il n a lait qu attiser sa haine en abaissant l’homme qu elle aimait.Etude psychologique fouillée et bien écrite.Aventure foncièrement immorale.RUDIGOZ (R.), Claire Solassier.• M Roman qui est un foisonnement d’aventures invraisemblables et burlesques.Récit bien^ mene.Réalisme grossier, morale battue en brèche et ironie lourde à l'égard du clergé.A déconseiller.TAURAND (G.), La contagion .B?Roman.Après une maladie mentale, un jeune étudiant en médecine se lie avec une femme d occasion, puis se drogue et se suicide.Style compliqué.Histoire bizarre et déprimante.VIANEY (M.), Cortège .B?Roman.Dans une ville mexicaine, le hasard de l’auto-stop réunit un musicien en quête de sa maitresse, un meurtrier fuyant la justice et un intellectuel juif d’origine russe.Les trois compagnons racontent leur vie.Ouvrage obscur, d une lecture difficile.Des considérations philosophiques sur la condition humaine sont mêlées à une intrigue sans intérêt.Conception de la vie qui nie le christianisme.VIDALIE (A.), Le pont des arts-• • - D Roman qui narre les aventures d'un écrivain en quête d’inspiration et de maîtresses.Livre amer d'où morale et religion sont absentes.WATSON (F.), Sous le pavillon de la Reine .B?Roman.Un jeune « papiste » anglais dont le père, catholique, a été tué par les soldats d Henri VIII, a été recueilli par un seigneur espagnol.Les hasards de la guerre le font prisonnier en France.La paix signée, il ne reverra l’Angleterre et sa fiancée qu'après un long penple à travers le monde.Roman feuilleton assez banal où les catholiques ont le mauvais rôle.-SIGNIFICATION M C’est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de llndex sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu un livre tombe sous les lois générales de \ Index pour qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit a cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu’on y trouve, soit à cause de la licence morale qui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence dans les descriptions.B?c’est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peu- : DES COTES- vent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l’ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n'appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu’aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n'ont pas l’expérience de la vie.TB c’est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.Juin 1962 293 FAITS et—7 COMMENTAIRES Le Canada et la convention internationale des droits d'auteur Le ministère des Affaires extérieures annonçait récemment une nouvelle qui fera le bonheur des écrivains et des éditeurs canadiens.Le Canada vient en effet de ratifier la convention universelle sur les droits d auteur.En vertu de cette ratification, les œuvres de nos auteurs pourront etre exportées dans tous les pays membres de la convention où elles jouiront de la protection du droit d'auteur.Cette mesure est de nature a favoriser l'expansion du livre canadien, et l'on ne peut que s'en réjouir.ert deôl ron Le 12e grand prix du prince Rainier III vient d être attribué à Gilbert Cesbron pour l'ensemble de son oeuvre.Né le 13 janvier 1913, Gilbert Cesbron vint à la littérature après avoir fait des études de droit.Il est l’auteur de nombreux romans (Les Saints vont en enfer, Chiens perdus sans collier, etc) et de quelques Pièces de théâtre (v.g.Brisons la staute.Il est minuit, Docteur Schweitzer).£ omcin o (juardini Romano Guardini a obtenu récemment le prix Erasme qui symbolise l'humonisme européen.Guardini qui enseigne actuellement la théologie à l'Université de Munich, est âgé de 76 ans et est bien connu par de nombreuses oeuvres de grande valeur, entre autres Seigneur et Dante, visionnaire de l'éternité.Le lt.P.L-G.Morin (1899-1962) La nouvelle du décès inopiné du Père Léo Morin nous prit au dépourvu.Etait-ce possible ?Pour nous, malgré l'âge, il était resté jeune.Il avait le port droit du jeune homme, s’intéressait à tout, aimait rire et taquiner, et surtout, il était d'une activité débordante.Qu'il pût partir déjà, on ne l’imaginait pas.On l’a trouvé sans vie dans son cabinet de travail.Non pas au pays, à Saint-Laurent.où il initia tant d’élèves aux sciences exactes, mais à Sao Paulo, dans l’hémisphère sud, au Colegio Santa Cruz.Il était allé recommencer là son œuvre de pionnier des années ’30: organiser des cours et des laboratoires de physique et de chimie, cette fois pour la jeunesse brésilienne confiée aux religieux de sa communauté, les Pères de Sainte-Croix.Fides s'honore de le compter non seulement parmi ses collaborateurs de choix — il fut, en effet, de 1952 à 1955, administrateur de la succursale de Fides à Paris — mais aussi parmi ses premiers auteurs.Le cahier des contrats dans les Archives de la Maison débute avec un acte devant notaire relatif à l’édition de l’ouvrage Initiation à la néologie, ouvrage signé en collaboration avec M.l’abbé W.Laverdière.Dès parution, cette œuvre fut acceptée comme manuel par la plupart de nos collèges classiques.Une étude concise, lumineuse, très bien présentée, enrichie de graphiques et de tableaux, abondamment illustrée de documents photographiques recueillis au Québec.En effet, le Père avait voulu un manuel dont les données scientifiques pussent être vérifiées dans le sol de notre pays.Après bientôt vingt ans, cet ouvrage en est à son 35e mille.Il semble plus populaire que jamais, ce qui est une preuve de sa haute valeur pédagogique et scientifique.Le Père est parti recevoir la récompense de ses travaux.Son œuvre lui survivra.294 LECTURES Pour les générations d’élèves qu’il aura formés tant au collège de Saint-Laurent et au Colcgio Santa Cruz qu'à l’Université de Montréal, où il fut secrétaire de la Faculté des Sciences, il restera le modèle du chercheur, du travailleur acharné, de l’homme de science heureux de communiquer son savoir à cette jeunesse qu’il voulait studieuse, avide de connaissances pour mieux servir à son tour.Clément SAINT-GERMAIN A propos du "Poids de Dieu".Dans une récente livraison des Fi-cites bibliographiques, on lisait, sur le Poids de Dieu de Gilles Marcotte, cette appréciation renversante: « C’est un livre à prolongements et qui donne à méditer sur la nécessité de revision des dogmes, à la mesure de 1 accélération et de la libération des mœurs et des façons de vie ».Pour le critique qui a signé ces lignes, les dogmes ce sont donc des choses qu'on revise tout comme les manuels désuets ! L’auteur du Poids de Dieu sera sans doute fort étonné de ce qu’un aussi stupéfiant corollaire soit tiré de son ouvrage.S- ourneeâ m ternationaL OCIC-UNDA Du 23 au 27 juin, d’importantes assises se tiendront a Montréal.En effet, l’Office catholique international du cinema (O.C.I.C.), en collaboration avec l’Association catholique internationale pour la radiodiffusion et la television (UNDA), organisent des journées d’études dont le thème sera: Les créateurs de films et d'émissions de télévision.Ces rencontres qui auront lieu à l’Université de Montréal se tiendront sous la présidence d’un délégué du Saint-Siège et réuniront des participants de nombreux pays étrangers (France, Allemagne, Etats-Unis, Perse, Argentine, Belgique, Grande-Bretagne, etc.).11 semble que ces journées d’études qui ont ete préparées avec soin et depuis longtemps, seront d’une importance exceptionnelle pour tous ceux qui s’intéressent aux techniques de diffusion.Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur ces journées, prière de communiquer avec 1 Office des Techniques de diffusion (315 est, rue de Montigny, Montreal).LA TABLE Suite de la page 304) Samaritain.Le sel est la lumière méditerra-néenne et la saveur des océans; il marquait l’hospitalité des anciennes familles.Quant au poivre, il éveille en nous les ardeurs mauvaises de l'Asie: il est le piment du désir, il a la sécheresse du désert et la couleur des vipères.Pour un contemplatif, ces six substances forment un speculum mundi.La surface de la terre, les profondeurs de la mer, les œuvres et les travaux des hommes sont les humbles fournisseurs de ces joie« familières.La soupe, blonde comme le blé, étotlee comme le ciel, fumante comme un sacrifice, ouvre la fête.Vient alors la chair d'une blanche victime qui s'en fut à la mort sans broncher, comme les martyrs; puis l endive hachée, d'un beau vert frais, cueillie le matin même devant la maison; et enfin les poires si vilaines mais si bonnes, pas très mûres mais sucrées, et le muscat de Sigliano, un peu aigre encore; pour couronner la fête, le café, qui a franchi l’Atlantique pour embaumer toute la maison.La mère a donné à chacun sa part de nourriture et de boisson.Le repas bienfaisant réchauffe notre sang et colore nos visages.L'âme se sent tout à coup plus heureuse.Quand le soleil nous rappelle dehors, les Montagnes sommeillent, le ciel livre ses nua-:es à la mollesse du vent.Mon Dieu ! Nous te méritons pas un monde si prodigieux ! Beauté retrouvée des choses honnêtes, salies et saintes ! Harmonie de la table dressée, le la vie en commun, de l'existence ordinaire >t ordonnée ! La main de l épouse dans celle le l'époux; la menotte de l'enfant dans la grande main du père; le père qui aime son infant et l'enfant qui honore son père.Harmonie retrouvée des goûts simples ! Le bain de bonne farine, l'eau fraîche de la sourie pure, les fleurs des champs, le fruit mûr ot ferme, l'air intact des soirs tranquilles, la Miajesté des longs crépuscules mélancoliques .Vivre en paix avec les hommes et la nature; être en règle avec Dieu; aimer ceux qui aiment, aimer davantage ceux qui n’aiment pas — les plus malheureux ! —; obéir aux lois; prier le matin au moment du réveil et, le soir, quand les yeux sont las; accomplir sa tâche jusqu’au bout et se réconcilier avec le monde ! Chaque jour de notre vie devrait être un nouveau traité de paix entre la créature qui fiasse et la création qui demeure.Giovanni PAPINI Juin 1962 295 TABLE DES MATIÈRES Éditoriaux LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) MARTIN (P.-A.), c.s.c.BERTRAND (G.-M.), c.s.c.BERTRAND (G.-M.).c.s.c.CHARTIER (Mgr E.) CHARTIER (Mgr E.) CHARTIER (Mgr E.) LEGARE (R.), o.f.m.SAINT-GERMAIN (C.) BERTRAND (G.-M.).c.s.c.CHAMBERLAND (P.) CHARLAND (R.M.).c.s.c.CHARTIER (Mgr E.) CHARTIER (Mgr E.) COUTURIER (G.), c.s.c.DA VELU Y (M.-C.) DES ROCHERS (A.) DES ROCHERS (A.) DES ROCHERS (A.) DES ROCHERS (A.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LEGARE (R.), o.f.m.LEGARE (R.), o.f.m.MATHIEU (B.-M.).o.p.MATHIEU (B.-M.), o.p.MATHIEU (B.-M.).o.p.MATHIEU (B.-M.), o.p MELANÇON (O.), c.s.c.RENAULT (J.B.), o.f.m.ROY (P.-E.), c.s.c.ROY (P.-E.).c.s.c.ROY (P.-E.), c.s.c.* Date A l’honneur: nos missionnaires et leur historien La ( our Suprême renverse le jugement de deux cours québécois* ( I.Amant de Lady Clmtterley) Propos en marge de la Semaine du Livre pour la jeunesse La responsabilité du chrétien en face des techniques de diffusion Le tricentenaire de Pascal Une littérature de «blouson noir# Une enquête sur la lecture l'oies nouvelles du loisir I Olfice catholique national des techniques de diffusion Études d'auteurs Pierre leilhard de Chardin et son œuvre leilhard de Chardin et son œuvre: le problème de révolution Adjutor Rivard Henri d’Arles Nérée Beauchemin Maurice Hébert Page Études critiques l.e vie de Jésus de J.Steinmann * Poèmes d Anne Hébert jr" lu pensée de Mozart de Jean-Victor Hocquard U'' Les Canadiens d'autrefois de R.de Roquebrune — Témoignages d'hier de Jean Bruchési Josue en location — TB — mars 1962 — p.214.Juin 1962 299 FERTORRI (B.), Leonard de Vinci — J — septembre 1961 — p.21.FERTORRI (B.), Rome, ville impériale — J — septembre 1961 — p.21.F1LCHNER (A.), Audite Filii.Sermons pour enfants — TB-S — mai 1962 — p.258.FIRNER (W.), Johnny Belinda — B?— octobre et novembre 1961 — pp.58 et 89.FOLEY (R.), La centième porte — B — mars 1962 — p.214.FOLLEREAU (R.), Trente fois le tour du monde — TB — novembre 1961 — p.89.FONTAINE (A.), Henri Mondor — B — septembre 1961 — p.24.FRANCHEVILLE (G.de), Le mirage — J — juin 1962 — p.289.FRANÇOIS DE SAINT-PAUL, JEAN-PAUL DE JESUS et ROSAIRE DE SAINT-JEROME (Pères), Jean de Matha.Un fondateur d'avant-garde — TB — octobre 1961 — p.53-54.FRANK (G.), voir GRAHAM (S.).FRANKLIN (C), Il faut mourir, chérie — B — mars 1962 — p.214.FRECHETTE (L.), Mémoires intimes — TB — décembre 1961 — p.101 -102.FREZ1GNAC (J.), Carrousel sur la mer — TB — novembre 1961 — 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