Lectures, 1 septembre 1962, septembre
LECTURES REVUE MENSUELLE CONSACRÉE À LA CULTURE ET À LA BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE • • « NOUVELLE SÉRIE, VOL.IX SEPTEMBRE 1962 - JUIN 1963 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal LECTURES Revue de bibliographie-conseil publiée tous les mois (sauf juillet et août) par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Principaux collaborateurs: le R.P.G.-M.Bertrand, c.s.c., le R.P.P.-E.Charbonneau, c.s.c., le R.P.R.-M.Charland, c.s.c., Mgr Emile Chartier, p.d., Mlle Marie-Claire Daveluy, le R.P.J.Grisé, c.s.c.le R.P.Y.Lafrance, c.s.c., le R.P.J.-M.Langlais, c.s.c., M.Rodolphe Laplante, le R.P.Romain Légaré, o.f.m., le R.P.A.Legault, c.s.c., le R.P.B.-M.Mathieu, o.p., Mme Michelle Le Normand, Mme C.Martin-Potvin, le R.P.O.Melançon, c.s.c., le R.P.P.-E.Roy, c.s.c., M.Clément Saint-Germain.Notes 1.La revue Lectures paraît tous les mois (sauf juillet et aoùt>.Toutes les livraisons de septembre à juin, constituent un tome.La derniere hvrai-son contient une table méthodique des sujets traités, ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés au cours de 1 annee.2.Les références bibliographiques sont rédigées d’après les règles de la catalographie.3.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais.D Dangereux.B?Appelle des réserves plus ou moins graves, i.e.à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement).B Pour adultes.TB Pour tous.TB-S Livre pour tous mais spécialisé.A Livre pour adolescents.J Livre pour jeunes.E Livre pour enfants.Publication approuvée par l'Ordinaire Nouvelle série — Vol.9 — No 1 Montréal SOMMAIRE Un avertissement du Saint-Office .p.2 Arthur de Bussières par P.Wyczynski .p.3 Adrienne Choquette: Laure Clouet .p.7 La collection Figures canadiennes .p.9 Pascal de J.Steinmann .p.12 Notices bibliographiques .p.14 La conversion d’un « barbare » (R.Boutefeu).p.28 SEPTEMBRE 1962 (Voir à la page 12) Êmm 3 EDITORIAL i n ! propos de f\ lei!hard de ( harditi Un avertissement du Saint-Office Dans son édition française du 13 juillet dernier, L'Osservatore Romano publiait, sur les ouvrages du Père Teilhard de Chardin, un Monitum dont voici le texte: Certaines œuvres du Père Pierre Teilhard de Chardin, même des œuvres posthumes, sont publiées et rencontrent une faveur qui n'est pas négligeable.Indépendamment du jugement porté sur ce qui relève des sciences positives, en matières de philosophie et de théolo^ pparait clairement que les œuvres ci-dessus rappelées renferment de telles ambiguités et même des erreurs Isi graves qu'elles offensent la doctrine catholique.Aussi les EE.et RR.Pères de la Suprême S.Congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d'institut religieux, les Recteurs de I Séminaires et les Présidents d'universités à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du Père Teilhard de Chardin et de ses disciples.Donné à Rome, au Palais du Saint-Office, le 30 juin 1962.f Sébastian»! MASALA, notarius.Ce Monitum, il faut le dire, n’a pas la gravité d’une mise à l’Index.La Sacrée Congrégation du Saint Office a seulement voulu rappeler à tous ceux qui ont reçu la mission d’enseigner et d’instruire, leur devoir de mettre les esprits en garde contre les dangers que présente la lecture des ouvrages du Père Teilhard de Chardin.L’avertissement n’est pas inopportun, quand on sait avec quel engouement parfois dénué de sens critique et de formation préalable, certaines personnes abordent ce qu’elles considèrent comme un auteur à la mode.L’espace nous manque, dans le présent numéro de LECTURES, pour publier, in extenso, un article paru dans L'Osservatore Romano en même temps que le dit Monitum.Cet article, très élaboré, explique les raisons qui ont justifié l’avertissement du Saint-Office.Nos lecteurs trouveront ce texte dans le numéro d’octobre de LECTURES.Rita LECLERC 2 LECTURES ^ Allude d auteur canadien (1877-1913) Il y a des poètes que la vie chaque jour arme pour l’avenir: ce sont ceux qui connaissent la prospérité, le succès, la gloire.Il y en a d'autres, « nés sous le signe de Saturne », pauvres et infortunés qui, malgré leurs talents et efforts, sont en quelque sorte condamnés d'avance aux tourments.Pour ces derniers, la vie n’est que désarroi et évasion, une aventure de libération dans des perspectives exaltantes » de rêve.La mort apparaît alors comme une douce compagne de route, une victoire sur la souffrance dont le prix véritable s’imprime quelque part sur les gangues invisibles de l'inconnu.Arthur de Bussières ne fut certes pas un poète heureux au sens traditionnel du mot.De sa vie on dira qu’elle compte surtout par sa durée intime, étentTue mystérieusement entre le cœur et la conscience dont il sera difficile de définir la nature et de fixer l’évolution.Extérieurement, elle ressemblera au sort d’un simple peintre montréalais gagnant son pain quotidien au jour le jour.Pourtant, l'intuition aiguë, qui est la marque essentielle de l’esprit de ce poète, est à l'origine de ses connaissances discursives, mobiles, d’où jaillissent sa vision et son œuvre.Ne s’était-il pas décrit lui-même dans Le Lunaire ?Lune très blanche, espoir de mes soupes lassés, Toi, le flambeau veillant des soleils trépassés.Astre, nocturne fleur au jardin symbolique.Quand vient sourire en moi la volupté des soirs, O veille dans mon cœur, douce, mélancolique, Comme un parfum qui dort au fond des encensoirs.Arthur de Bussières est né à Montréal, le 20 janvier 1877.Ses ancêtres venaient de l’îlc Marie, en face de Verchères.Arthur est le deuxième enfant d’une famille qui en comptera treize.Le « s » à la fin de son nom de même que la particule « de » sont les fruits de son esprit inventif.Fabien Bussière, père du futur poète, changeait fréquemment de domicile, au point qu’il est par moments difficile de le suivre dans ses pérégrinations.Ce qui est certain c'est qu’il donna à ses enfants une éducation chrétienne.Arthur changea plusieurs fois d’école et nous le trouverons, en 1890, à l'Ecole Saint-Jean-Baptiste, 786.rue Sanguinet, sous la direction des Clercs Saint-Viateur.Malgré quelques indices qui permettent de supposer qu'après l'école primaire il aurait pu fréquenter l'Ecole polytechnique, nous ne savons rien de précis sur ses études secondaires.Ce qui est sûr c’est qu'en 1895, il quitte sa maison paternelle et s'installe au 543*/^, boulevard St-Laurent.Indépendant, gagnant sa vie en exerçant les métiers de confiseur et de peintre en bâtiments, le garçon de dix-huit ans.blond, élancé, aux cheveux joliment ondulés, trouvera peu à peu sa véritable vocation: il veut devenir poète.Au cours des années 1895 et 1896.il griffonne quelques poèmes.Le 5 septembre 1896, il voit imprimé dans Le Momie illustré son premier poème.Ruines, suivi d'autres pièces: Glaces polaires.Couchant d'automne, Comparaison, Mort d'une fleur, Celle cpte j’aimais, Kita-no-tendji.Ce départ poétique, où les influences romantiques et parnassiennes se croisent, coïncide avec son entrée à l'Ecole littéraire de Montréal.En effet, il est élu membre du cénacle le 1er octobre 1896.au cours d'une réunion chez Alfred Desloges.Il participera aux travaux de la jeune société littéraire avec une assiduité bien inégale.Sa ferveur créatrice est au comble à l'époque des séances publiques %de l’Ecole (1898-1900).A partir de cette date jusqu'en 1910, il y brillera par son absence.En 1900.sept de ses poèmes — Kita-no-tendji, Simple promenade, Comparaison, Soirée allemande, Kltirma la Turque, Soirée castillane.Journée d'automne — figurent dans 3 2044ÎW Septembre 1962 3 Les Soirées du Château de Ramezay.Ami de Melançon, de Nelligan et de Labcrge, Arthur de Bussières ne pense qu’à jouir de sa liberté d’artiste: trois arts — peinture, poésie et musique — lui sont particulièrement chers.D'imagination féconde et de sensibilité excessive, Arthur de Bussières suit ses propres sentiers de rêve.Quelques idylles, plutôt passagères, ne réchauffent aucunement sa passion amoureuse.Il aime la solitude, la rêverie sans entraves, un bol de soupe aux pois, un verre de bière.Sa vie quotidienne est comme une maison à deux étages: le jour, il se heurte à la dure réalité, la nuit, son esprit se meut allègrement dans un monde créé aux confins de ses réminiscences de lectures.C’est ainsi que sa vie s’écoule sans grands événements et ai rive prématurément à sa fin.Arthur de Bussières est mort le 7 mai 1913, à la suite d’une appendicite aiguë.Jean Charbonneau a su retrouver dans sa mémoire, ce portrait vivant de son ami disparu.Son visage, d'une étrange régularité, exsangue, retenait immédiatement l’attention par la noblesse qui s’en dégageait.Ses yeux, qui fixaient rarement son interlocuteur, étaient pâles et tristes.Sa bouche mince ne prononçait d'habitude que des paroles monosyllabiques et son geste était rare.Il avait le masque de Baudelaire qu’il aimait passionnément, mais à qui il préférait José-Maria de Heredia, son maître de toujours.Ce témoignage ne vaut pas tant par l’évocation des traits physiques, que par l’indication des inclinations du poète.De Bussières se fera remarquer dans l’histoire de la poésie ca-nadienne-française par ses tendances parnassiennes.Du vivant du poète, l’œuvre d’Arthur de Bussières était éparse dans les journaux.En 1931, Casimir Hébert a colligé la plupart de ses poésies et les a publiées sous le titre de Bengalis qui est celui d’un cahier dans lequel de Bussières a inscrit neuf poèmes et que Mme Wilfrid Massie eut la bonté de faire parvenir à Casimir Hébert.Les Bengalis comprennent soixante et un poèmes, retrouvés dans Le Monde illustré, Le Passe-Temps, Les Débats, La Revue populaire, L'Avenir, L’étudiant, de même que dans les volumes: Les Soirées du Château de Ramezay, Franges d’A u-tel, L’Anthologie des Poètes canadiens.A ceci il faudra ajouter quinze pièces qui ne figurent pas dans le volume et dont les titres figurent dans la bibliographie, à la fin de la présente étude.L’univers poétique d’Arthur de Bussières comprend plusieurs thèmes majeurs: nature, amour, mort, art.Sa sensibilité voudrait bien sc réserver une part dans les poèmes de préférence descriptifs.Mais chaque fois que la corde sensible sc met à vibrer, i! en sort un faux Musset.De Bussières n'est pas né pour cultiver la poésie intimiste; tôt, il s'est épris de Heredia et de Leconte de Lisle, et il deviendra ainsi le premier parnassien du Canada français.L'art de ce jeune artiste consiste a propulser son rêve vers l'horizon vaste et mobile, « horizon sans borne où se tait le néant ».Sa vision et ses réminiscences livresques s’y rencontrent au-dessus d'un dénominateur commun: l’exotisme.Sa poésie devient du coup spatiale et colorée, son rythme fuyant, sa rime sonore.De la rencontre imprévue des mots et des images, autour du flamboiement des adjectifs s’organise un monde qui surprend par son cachet d’inconnu.Forêt canadienne, mer de Bretagne, vieux monastère, temple japonais, glaces polaires, canopus lointain, Agar dans le désert, lionne au crépuscule, Orpha-la-Sy-rienne, Nailah la sultane, autant de perspectives nouvelles, autant d’êtres imprévus.Poésie de l’espace aux couleurs exotiques, l'œuvre d'Arthur de Bussières ouvre des avenues pleines de surprises.Elle est surtout paysage aux larges perspectives, baignant presque toujours dans une atmosphère qui est à la fois mouvement, lumière, ombre et écho.Voici les plaines germaniques qui surgissent sous la plume du poète selon la formule bien connue de Leconte de Lisle: Par delà les grands monts aux crêtes inconnues La lune mollement verse du fond des nues Les images du songe et les tristes sommeils.Et contemple sous elle, en scènes fantastiques, Parmi vos reflets d’or, ô nocturnes soleils ! La sauvage beauté des plaines germaniques.(Soirée allemande) De l’autre côté du globe contemplons la soirée nippone: Dans le ciel jaune d'ocre un jour frais se cramponne En pâlissant l’éclat du céleste portail, Et la cité vermeille où trône l’éventail S'enivre au chant flûte de la brise nippone.(Soirée japonaise) Au pays de Brahma, un bonze mystérieux apparaît au sein du paysage sacré: Près des trépieds d'onyx où flambe la falourde, Somptueux d’attendre et le geste inspiré, Vénérable, un brahmane offre au maître adoré Les fleurs de sa couronne et les vins de sa gourde.(L’Eveil de Brahma) 4 LECTURES Ailleurs, une architecture peu connue occupe le centre de la scène.Voyons cette pagode japonaise, séculaire: Kita-no-tendji.Ni les voix de l'enceinte, Ni les bruits éternels de Kioto la sainte Ne vont troubler la paix de son divin sommeil.Mais les temps l’ont penché vers l'abrupte colline; Il chancelle, pareil au vieillard qui décline Sous les grands rayons roux de l’hivernal soleil.( Kita-no-tendji ) La femme visite fréquemment, belle et sen-suelle, le paysage exotique.En Turquie: .sur les gazons doux comme des satinades, Ceinte d’un voile pourpre aux plis fins et légers Khirma s’endort au sein des rêves mensongers, Près du yali désert flanqué de colonnades.(Khirma la Turque) En Grèce: Elle a cette beauté des sibylles antiques: L’éclat de son front pur se compare aux jasmins, Et sous la coiffe torse, ouvrage de ses mains, » Ondulent à plis lourds ses tresses magnifiques.(Une Grecque) Et voici la sultane sur un fond de marbre: Près du bassin de marbre enrichi de porphyre Où l'oranger fleuri distille ses parfums, Sommeille Nailah, belle, en ses voiles fins De la vague beauté des femmes de Corcyre.Et son cœur, tout brûlant d’un amour en délire Songe à la volupté de ses rêves défunts, Et le vent comme un bruit d’ailes des séraphins Murmure sur sa lèvre où frissonne un sourire.(Nailah la sultane) Le panorama exotique s’élargit rapidement aux dimensions de l’univers où gronde l’océan à la Victor Hugo: L'océan des clameurs aux flots impérissables.Dont le baiser polit le faite ardu des rocs, Se redresse ou s’écrase en de suprêmes chocs Et fait peur aux lions qui rôdent sur les sables.( Océanus) Plus loin, une lionne rugit un adieu fauve aux feux crépusculaires à la Leconte de Lisle: Elle arrive.Un flot jase aux pieds des blancs récifs Et la fraîcheur des mers qui gonfle sa poitrine Fait palpiter son cœur et frémir sa narine; Cependant qu’au ciel sont des aigles pensifs.(La lionne au crépuscule) C’est là le véritable monde d’Arthur de Bussières, taillé selon le patron parnassien, au nom de cette objectivité forcée, de cette vision projetée dans la géographie des continents.Au point de vue formel, l’œuvre d’Arthur de Bussières comprend cinquante-sept sonnets révélant douze combinaisons différentes, et dix-neuf poèmes strophiques.L’alexandrin est son mètre préféré à côté de quelques poèmes en vers de sept et huit syllabes.Cette poésie vaut bien plus par la richesse du vocabulaire, la variété des rythmes, le coloris des images que par sa correction grammaticale et syntaxique.Le jeune poète se veut visionnaire, peintre en poésie.Il est faible lorsqu’il s’adonne aux confidences.La note philosophique, ici et là nettement perceptible, ne réussit jamais à s’imposer au lecteur.Aussi la religion, simple religion du cœur, s’enferme volontiers dans des formules traditionnelles.Somme toute, l’effort poétique d’Arthur de Bussières vaut surtout par son adhésion au monde parnassien.Disciple fervent de Heredia, il a réussi à ajuster une bonne moitié de son œuvre aux Trophées.Jamais, cependant, il n’arrive à cet idéal de Leconte de Lisle où la science épouse admirablement la vision, où la description se plie aux exigences de quelque vague idée.De Bussières est parnassien à sa manière: rêveur sensible, il conquiert l’univers à l’aide de sa vision de peintre, sans se soucier des rigueurs de la science.Et pourtant, ses sonnets ainsi conçus sont nettement supérieurs à ceux que nous lisons dans les Oiseaux de neige de Fréchette, les Gouttelettes de Pamphile Le May ou les Poésies d’Alfred Garneau.ŒUVRES.— a) Les Bengalis.Montréal, Garand, 1931, 141 p.(soixante et un poèmes découverts et colligés par Casimir Hébert avec Un mot au lecteur de celui-ci et la Préface de Jean Charbonneau.b) Poèmes qui ne figurent pas dans Les Bengalis, publiés dans les journaux1 et à l’état de manuscrit2: Impromptu, dans Le Monde illustré, 19 fév.1898, p.682.— Choses mortes, dans Le Monde illustré, 4 juin 1898, p.68.— Autrefois, dans Le Monde illustré, 16 juillet 1898, p.166.— Vox Tem-porum, dans Le Monde illustré, 10 sept.1898.p.294.— Devant un Enfant-Jésus, dans Les Débats, 24 déc.1899, p.1.— Canopus, dans Les Débats, 9 déc.1900, p.1.— Nailah, la sultane, dans Les Débats, 7 avril 1901, p.2.— Fantaisie solaire, dans L'Etudiant, 13 avril 1901, p.1.— Bohémiens en halte, dans La Revue populaire, fév.1911, p.77.— Villégiature, dans La Revue populaire, août 1911, p.90.— Chanter, Rêver, Pleurer, dans Le Septembre 1962 5 Passe-Temps* 20 juillet 1912, p.206.— Folles heures, Au revoir, Avant de vous connaître, Quinze ans, quatre poèmes-manuscrits.SOURCES A CONSULTER.— Ayotte (Alfred), Le Souvenir de l’Ecole littéraire de Montréal, dans La Tresse, 29 sept.1945, p.30.— Charbonneau (Jean), Des influences françaises au Canada.Montréal, Bcauchemin, 1918.375 p.— Charbonneau (Jean), L’Ecole littéraire de Montréal.Montréal, Lévesque.1935.319 p.P.173-177.— Dantin (Louis), Gloses critiques.Montréal, Lévesque, 1931.222 p.— Desjardins (Henry), Le sonnet.Essai de critique sur M.Arthur de Bussières, dans Le Monde illustré, 13 mai 1899, p.22-23, et 20 mai 1899, p.38-39.— Desrochers (Alfred), Les Bengalis, récent recueil de vers, dans La Tribune de Sherbrooke, 25 juillet 1931, p.4.— Dumont (G.A.), L'Ecole littéraire de Montréal, Réminiscences.Montréal, chez l'auteur, 1917.15 p.—¦ Fournier (Jules).Anthologie des poètes canadiens.Montréal, Granger, 1920.309 p.P.196-198.— Haldcn (Charles ab der), Nouvelles études de littérature canadienne-française.Paris, Rudeval.1907.XVI-377 p.— Kieffer (Michel-J.), i.c., L'Ecole littéraire de Montréal.Thèse dactylographiée de maîtrise ès arts.Montréal, Univer- sité McGill, 1939.94 p.— Léon-Victor, i.c., L'influence parnassienne sur la littérature canadienne-française et, particulièrement, chez Emile Nelligan, Paul Morin, René Chopin et Arthur de Bussières, thèse dactylographiée de maîtrise ès arts.Université de Montréal, 1953.XIII-127 p.— Léon-Victor, i.c., Arthur de Bussières.sa vie et son œuvre, thèse de doctorat.Université d'Ottawa, 1958.1X-345 p.— Lorrain (Léon), L'Ecole littéraire de Montréal, dans Le Bulletin du Parler français au Canada.juin-juillet-août.1915, p.450-452.— Roy (Mgr Camille), Les Bengalis d’Arthur de Bussières, dans l'Enseignement secondaire au Canada, oct.1932.p.26-27.— Saint-Hilaire, Les sonnets de M.de Bussières, dans Les Débats.29 avril 1900.p.2.— Sylvestre (Guy), Anthologie de la poésie canadienne-française.Montréal, Beauchemin.1958.XXI11-298 p.P.66-67.— *** Silhouette littéraire, M.Arthur de Bussières, dans Le Passe-Temps, 9 juin 1900, p.217-218.— *** Décès, De Bussières, dans La Presse, 8 mai 1913, p.11.— *** Arthur de Bussières, dans Le Devoir, 10 mai 1913, p.8.Paul WYCZYNSKI 1.Onze poèmes, nous les présenterons dans l’ordre chronologique.2.Selon les manuscrits conservés par Mlle Valentine McNabb.aux éducateurs Une nouveauté dans l'enseignement de la religion par Jacques De Lorimier c.s.c.kïl»J Pour les élèves d'Eléments Latins ou de Huitième année Une méthode catéchistique accordée à la mentalité de l'étudiant d'aujourd'hui.Prochainement: Le Guide du Maître 256 pages $2.50 6 LECTURES Adrienne Choquette : * X lure (lionet Alfred DES ROCHERS J'ai relu Laure Clouet' durant la même semaine que m'arrivaient de Paris une lettre de Robert Choquette et le journal Arts, « l'hebdomadaire de l'intelligence française ».Ces trois lectures me mettent d ins un embarras tel que je ne sais comment ouvrir mon papier sur le dernier livre de Mlle Adrienne Choquette.Son cousin m'écrit: « De plus en plus en France, [ .] j’entends les gens se plaindre de l'absence de forme, de l'hermétisme qui ne cache rien de valable.» Et, à propos d'une des gagnantes du prix Fémina, Matthieu Galey s’exprime ainsi: « L'essentiel, c'est tout de même de composer une oeuvre d’art.Mme Claire Sainte-Soline n'aura pas apporté dans la littérature de méthodes nouvelles.Mais elle a son petit chant à elle et c’est inappréciable.Elle n'a pas découvert la solitude, mais elle sait en parler avec une sorte de pudeur qui lui appartient en propre.« Maupassant, Tchékhov ?A quoi bon évoquer des ancêtres ou des devanciers ?De quoi ces rigolos ont-ils l’air à côté de Robbe-Grillet ?Une femme qui écrit naturellement des choses belles et simples, est-ce assez ridicule ?» (Arts, semaine du 30 mai au 5 juin 1962).Ces écrits sont des vols que l’on m’a faits d’avance m’écrierais-je volontiers si je pouvais me rappeler qui je pastiche, car c’est la substance de mes impressions de Laure Clouet.Il y a jusqu’au mot nouvelle que Mlle Choquette utilise à bon escient: « Composition littéraire qui tient le milieu entre le conte et le roman », dit Larousse.Avant de l’oublier, je m’empresse d’adresser mes félicitations au jury du Grand Prix de littérature du Québec d’avoir découvert cette oeuvre, dont presque personne n’avait encore parlé.C’est une note d'excellence en faveur de leur conscience professionnelle.Des deux côtés de l’Océan, le retour à la tradition de se mettre un pied devant l’autre pour marcher et à l’autre tradition, presque aussi vieille, de donner à tout récit un commencement, un milieu et une fin, semble donc chose en voie de se faire, sinon déjà faite.Laure Clouet m’apparaît à la fois comme l’un des personnages les plus visibles et les plus mystérieux de notre littérature.Je ne lui connais de devancier chez nous que le Survenant de Mme Guèvremont; et ça me laisse tout rêveur de penser que, d’époque en époque, de Laure Conan jusqu’à aujourd’hui, ce sont des femmes qui chez nous créent les personnages les plus vivants.Serait-ce qu’au pays de Québec, c’est aux hommes qu’il manque ce quelque chose dont parlait Corneille ?.Septembre 1962 7 Je viens de nommer Mme Guèvremont.J'espère bien que ni l’une ni l’autre ne s’offenseront que je les unisse dans mon admiration.Je ne leur connais ni à l'une ni à l’autre de concurrents dans l'art de faire sentir les secrets de ces âmes closes que sont Angelina Desmarais et Laure Clouet.Si je n’étais déjà assez vieux pour savoir que ça n'arrive jamais comme ça, j'insinuerais que Mlle Choquette a voulu montrer à son prédécesseur les merveilleuses possibilités quelle a négligées, en ne faisant pas d'Angé-lina Desmarais le personnage central d'un roman tout de psychologie.Car c'est bien de cela qu'il s'agit, de l'étude d'une âme, et même de plusieurs âmes, car notre romancière, sans faire semblant de rien, délaisse à tout bout de champ son personnage central pour porter son regard, non seulement sur l’entourage immédiat de Laure Clouet, mais sur toute la ville de Québec.Parfois, c'est une incidente de trois ou quatre mots, parfois c'est toute une page comme celle-ci: « Entre les autos couraient les gamins de Québec, toujours au courant de tout, candides et débrouillards, parfois d’une telle joliesse de traits sous leurs grimaces moqueuses qu’on en éprouvait un choc heureux.Ils vantaient celui de la famille qui portait toujours une chemise blanche: « Mon frère du Parlement.» disaient-ils avec respect, en désignant à leurs camarades celui qui, hors de son quartier, tombait dans l'anonymat du service public.Un rouage.Mais qui refusait d’être confondu et rapidement se prenait de mépris pour la classe de petites gens d’où il était sorti.Alors on le voyait miné par une fièvre lente dont il ne mourait jamais.Il prenait rang dans un peuple d’hommes impropres à la gloire du pays, de femmes muettement exaspérées, de jeunes filles qui se regardaient, avec haine et épouvante, ressembler bientôt aux laissées-pour-compte de leurs bureaux.Tous ils avaient cru se délivrer de quelque chose et voici que chaque jour les ligotait à une nouvelle servitude.Sorte de poids-du-jour aux revanches furtives dans le vin bon marché qui leur donnait vite, comme pour se débarrasser, une ivresse grinçante et rendait les femmes semblables à des chattes folles.Tel un corps de métier, ils faisaient bloc aux grandes funérailles et à l'ouverture de la session provinciale en s’arrangeant pour être dans le champ de vision des caméras, car ils ne manquaient aucune manifestation, affairés, importants, le verbe ironique pour bien montrer qu’ils n’étaient pas dupes.Cependant ils se retrouvaient toujours dans le chemin suivi la veille et bordé de scrupuleux dévotieux aisément traversés d’agacements érotiques qui leur inspiraient des énormités verbales.Sans doute beaucoup d’entre eux avaient-ils rêvé jadis d’un destin sans mesures et sans conditions; l’aigle qu'ils eussent voulu symboliser, ils vivaient maintenant dans l’attente qu’il surgît de leur corporation.Mais peut-être alors l’attacheraient-ils au sol.* (P.66-68) Si ce n'est pas là de l’unanimisme digne des meilleurs jours de l’Abbaye et de Jules Romains, j'en oublie tout le peu de latin que j’ai jamais su ! Dans la centaine de pages — tout juste un peu plus ! — de cette nouvelle il n’arrive qu’un événement tragique, et c’est à la toute dernière page.11 n'y a qu'un autre épisode — et encore n’apparaît-il qu'à l'état de projet — qui sorte d’un train-train datant d'une génération ou deux avant la naissance de Laure Clouet: l’éventuelle venue à Québec de jeunes cousins de Sherbrooke.Du triple point de vue: substance, écriture et agencement, je n’ai que des félicitations à offrir à Mlle Choquette.On pourrait sans doute lui faire quelques chicanes sur des fléchissements de vocabulaire.sur certaines fautes dont le typographe est peut-être réellement responsable, sur des maniérismes comme l’emploi de verbes trop forts: « De petites voix aiguës d'écoliers envahirent la rue, puis un bruit de moteur les TUA toutes.» (p.17).« Dans le grand salon.dont les tapis TUAIENT la voix.» (p.25) Mlle Choquette, avant d’aborder le roman (la Coupe vide) et la nouvelle (la Nuit ne dort pas, 1954), s’était révélée au public comme journaliste littéraire — l'unique peut-être au Canada — avec Confidences d’écrivains canadiens-français (1939) dont elle ne fait pas mention en page de garde.Je le regrette, car avec ce livre elle avait donné un exemple que chaque génération devrait renouveler.(I) CHOQUETTE (A.) LAURE CLOUET.Nouvelle [Québec] Institut littéraire du Québec [1961].135p.19cm.$2.00 Pour adultes Avez-vous réservé votre Tiré-à-part de Attention ! Tirage limité $4.00 (par la poste $4.20) Passez votre commande aujourd'hui à lortiirpv 25 est' rue Saint-Jacques, LCUUrtft, Montréal.UN.1-9621 8 LECTURES aCa coffecti on FIGURE/ CANADIENNE/ ?Emile CHARTIER, p.d.C’est le titre d'une collection que publie la maison Marne, de Tours.D’après les six premiers numéros que nous avons sous les yeux, il ne s'agit nullement d'une œuvre scientifique, mais d'une simple entreprise de vulgarisation.A peine, en dehors d'une bibliographie sommaire, y trouvons-nous de brèves notes pour faciliter l'interprétation, v.g.en 1680, la livre vaut un dollar (1957) et la lieue équivaut à 2.27 milles.Cavelier de La Salle L'explorateur qu'on nous présente ici 1 est bien celui de l'histoire: un personnage double.Physiquement, il souffre d'une timidité naturelle (d'un complexe d'infériorité) sur laquelle il essaie de donner le change par des violences susceptibles de lui aliéner ses meilleurs collaborateurs.Moralement, il est passionné de gloire nationale autant que personnelle; mais le malheur, qui s’acharne contre lui comme une hyène féroce sans pourtant lui ravir un optimisme indéfectible, l'empêche de mener à bien son entreprise.L'empire français qu’il avait rêvé de créer au centre de l'Amérique du nord, depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique, ne sera pas son œuvre, mais celle de ses successeurs.Le récit des embarras qui paralysèrent l'entreprise, échecs financiers, coulage de vaisseaux, pertes de marchandises d'échange, désertion d’équipages et de colons, semble bien provenir des sources les plus authentiques.Ce récit provoque la pitié pour cet illuminé dont deux balles, tirées par des compagnons jaloux, brisèrent à jamais la carrière glorieuse et tourmentée.Les fougueux bâtisseurs de la Nouvelle-France Laissant de côté les découvreurs, fondateurs ou administrateurs (Cartier.Champlain.Maisonneuve.Frontenac), qui auront leur propre biographie, M.le comte Fleury constitue ici 2 la galerie de nos admirables coureurs de bois, moins Etienne Brûlé, François Marguerie.La Vércndryc et Charles Le Moyne.Les uns sont des interprètes qui nous concilient les tribus indiennes; les autres, des traiteurs de fourrures dont le trafic accroît notre richesse; d'autres, des conquérants de territoires nouveaux: d'autres enfin, des délégués de l'autorité civile.A leurs fonctions diverses s'ajoute chez tous un même souci de gloire militaire, soit à leur profit personnel soit à l'honneur de la couronne de France.Ce qui préoccupe surtout en eux le comte Fleury, ce n'est pas leur vie personnelle; les dates de leur naissance ou de leur mort souvent ne sont même pas mentionnées.Tout le récit porte sur leur activité extérieure: progrès, reculs et échecs; guet-apens des Indiens; incursions des Anglais; conflits avec les autorités coloniales et métropolitaines; absence du foyer domestique d'une durée de quatre ans parfois; maladies dues au froid, au soleil, à la nourriture.Et.malgré toutes les misères, en raison de leur infatigable ténacité, ils ne perdent jamais de vue leur grand rêve détendre l’empire français en Amérique.Après une pareille lecture, on comprend mieux combien est juste le mot du poète: Ton histoire est une épopée.in kt M ¥ Septembre 1962 9 71 * to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to A deux reprises, pour signifier que ses personnages « ne demeurèrent pas longtemps » à leur foyer, l’auteur déclare qu’« ils n’y firent pas long feu ».C'est commettre à la fois un non-sens et un contresens, si tant est que « faire long feu » s'applique seulement à un fusil dont la mèche allumée brûle jusqu'à la racine sans enflammer la poudre, donc à un fusil dont le coup rate totalement.La notice sur d'Iberville aurait pu signaler, en terminant, que « l'inscription de sa tombe, sous l'ancienne cathédrale de La Havane, le donne comme le général dom Pierre Bervila, natif du royaume de France » (!).Maisonneuve Tout autant que l'histoire de son premier gouverneur, c'est celle de Ville-Marie elle-même (1642-1676) que nous raconte ce volume On y voit donc défiler tous les épisodes qui marquèrent cette héroïque fondation: première messe, lucioles et croix au mont Royal, incursions des Indiens et exploit de Dollard, hôpital de Mlle Mance et école de Sœur Bour-geoys, conflits avec les gouverneurs de Québec, seigneurie des Sulpiciens, etc.Au cours de ces épisodes, se détachent, entourant la grande figure de Maisonneuve, celles de ses collaborateurs, Mme de la Peltrie et Mme de Bullion, Louis d’Ailleboust et Lam-ber Closse, Mlle Mance et Sœur Bourgeoys, Lemoyne et Dupuis, etc.Leur part à chacun est exposée dans une suite de récits, évidemment fictifs mais fondés sur les documents les plus authentiques.Les prête-noms adoptés par M.Benoît, Jean Gorry et Pierre Basset, Mlle Mance et M.Souart, Mère de Brésoles et Mère Bourgeoys, Louis Frin et autres, ne font qu’accroître l’intérêt de l’exposé.L’avantage de ce procédé littéraire consiste en ce que chaque narrateur y rapporte les événements auxquels il a pris part personnellement.L’ouvrage est le raccourci le plus prenant que nous ayons lu sur les origines de Montréal.Dans une réédition, la bibliographie devra mentionner le livre récent de R.Auger sur La grande recrue de 1653 et, de Massicotte, les Edits et Ordonnances des gouverneurs de Ville-Marie.Laurier Si jamais biographe de chez nous respecta le sens grec de la mesure, c’est assurément l'auteur de cette peinture sereine.4 On peut même se demander qui le possède davantage, du grand homme d'Etat qui le pratiqua tout au long de sa vie ou de l'écrivain qui l'applique ici tout au long de son exposé.Cette sérénité de l'auteur, rien ne la fait mieux saisir que l'invariable emploi d'un procédé.Avant de résumer l'attitude de Laurier sur une question, M.Tanghe décrit celle des deux partis opposés et présente les raisons qu'ils apportent pour la justifier.On comprend mieux ainsi la position adoptée par l'homme d’Etat en chaque cas.Son attitude est d'ailleurs invariablement la même.Dans les rapports avec Londres, une doctrine le guide: les dominions, égaux à la métropole dans la discussion des problèmes communs à l'Empire, en sont complètement indépendants dans la solution de leurs problèmes locaux.En ce qui concerne les relations des provinces entre elles, devant la constitution et la loi toutes les races et toutes les religions jouissent d'une égalité absolue.Cette attitude de juste milieu, entre impérialistes et nationalistes, entre Canadiens anglais et Canadiens français ou Néo-Canadiens, elle définit tout le Laurier politicien, artisan avant tout de l'unité canadienne (p.188).Une page entre autres (p.109-110) révèle qu'il ne déplaît pas a M.Tanghe, un Canadien français d’adoption, de constater que les deux agents les plus efficaces de cette unité aient été deux des nôtres: sir Wilfrid et, bien qu'il ne le mentionne pas, le très honorable Louis Saint-Laurent.Page 6: L'article 48 de l’Acte d’union ne dit pas que la langue anglaise sera « la seule langue parlementaire », mais « la seule langue des documents parlementaires ».— Page 22: Hébergé par l'honorable Beaubien, Louis Riel ne fréquenta-t-il pas plutôt le collège de Montréal (Sulpiciens), avec les deux fils du ministre, le futur maire Joseph et le futur sénateur Charles ?— Pp.49 et 52: Ces deux passages semblent faire trop bon marché de la déclaration fondamentale contenue dans la lettre Affari vos: « C'est plus que cela que les catholiques réclament et à quoi ils ont droit ».— Dans la bibliographie, il y avait place pour le livre de Moreau.Lord Dorchester Peu d'ouvrages de cette collection sans doute traiteront une matière plus passionnante que celle de ce volume R; en fait, sous le nom de notre deuxième et quatrième gouverneur, ce qu’il raconte, c’est l’histoire même des origines du Canada anglais (1760-1800).to M to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to to 10 LECTURES Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Le récit se compose de cinq parties très nettement délimitées: le régime dit militaire de sir James Murray; l’administration de sir Guy Carleton; le régime de transition présidé par le Suisse sir Frédéric Haldimand; la mission conciliatrice auprès des « Américains * confiée pendant ce temps à sir Guy Carleton devenu lord Dorchester; enfin la seconde administration de ce meme lord Dorchester.Des deux périodes qui composent l'activité canadienne de ce dernier, la première se clôt par 1 Acte de Québec ( 1774); la seconde atteint son sommet lors de la concession de l’Acte constitutionnel (1790).Le gouverneur affiche alors un double visage: au début, l’aristocrate, dégoûté des marchands ses compatriotes, se range du côté de l’élite française, petite noblesse et clergé; à la fin, tout en se tenant à l’écart des siens, il se détourne du « parti français » et sombre sous les coups de deux groupes également mécontents.Malgré cette triste fin, quand il rentrera en Angleterre en 1794, il laissera la réputation d’avoir été, par les deux Actes mentionnés plus haut, le « Père du Canada anglais » (William Wood).En réalité, s’il le fut, c’est moins par lui-même que par son entourage.Avec raison M.Benoît se plaît à faire défiler ici ceux qui firent la fortune de ce gouverneur assez fantasque: sa femme, ses conseillers les juges Mabane et William Smith, les secrétaires d’Etat aux colonies dont le génial lord Grenville, ces représentants enfin de la petite noblesse canadienne dont la perspicacité éventa tous les pièges et dont la ténacité imposa à Albion toutes les concessions.Voilà, faute des documents personnels de Dorchester, l’histoire prenante que M.Benoît a tirée des pièces officielles.On s’étonne seulement que sa bibliographie omette, à propos de Murray, l’ouvrage de Mgr Maheux.Champlain Après le « Père du Canada anglais », voici le fondateur du Canada français ou plutôt le créateur de l’empire français en Amérique du nord.° 11 s’est proposé un triple but: évangéliser les Indiens, coloniser le pays nouveau, le découvrir d’abord.En qualité de découvreur, Champlain est seul en son temps.Cette solitude explique qu’il n’ait pu dépasser certaines limites, qu’il ait commis certaines méprises (mines d’or, confusion de sites, etc.).Et pourtant, quelle merveille que ses connaissances géodésiques, que sa maîtrise en cartographie ! Ces qualités lui ont permis de dresser ce mémoire sur « l’uti- lité du pays » (chapitre XII), qui servira d’amorce à toutes les entreprises postérieures et de base à l’œuvre grandiose de Talon (1663).Le colonisateur a des visées gigantesques.Malheureusement, pour établir les postes et comptoirs dont il rêve, il lui faut s’appuyer sur des sociétés de marchands.Or, malgré tous les engagements auxquels ils souscrivent (envoi de familles, de vaisseaux, de missionnaires, etc.), ceux-ci n’ont qu’une ambition: s’enrichir par le commerce des fourrures.Leur peu de zèle et leurs rivalités expliquent pourquoi, en 1635 encore.Québec compte 150 habitants seulement et pourquoi Trois-Rivières est toujours en projet.Quant à l’évangélisatcur, on lui fournit si peu de Récollets (1615) et de Jésuites (1625) qu’il parvient difficilement à satisfaire son grand rêve: créer, à proximité des établissements français, des centres indiens où les sauvages apprennent, par l’exemple des premiers, la supériorité de la foi chrétienne et l’excellence de la civilisation française.Du moins, Champlain a-t-il profité de ses rencontres, en des lieux de traite, avec les Indiens algonquins, luirons, micmacs et montagnais.pour en faire des alliés de la France dans sa lutte contre la Confédération iroquoise et donc contre l’Anglais et le Hollandais.Voilà le résumé de cette synthèse si pleine, fondée tout entière sur les écrits du fondateur.Le livre du chanoine Groulx sur ce dernier ne devait-il pas figurer dans la bibliographie ?(1) VIAU (Roger) CA\'hLlER DE LA SALLE.(Paris) Marne (I960).183p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 1) S 1.50 (2) FLEURY (Comte Serge) LES FOUGUEUX BATISSEURS DE LA NOUVELLE FRANCE.| Paris) Marne (I960).193p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 2) $1.50 (3) BENOIT (Pierre) MAISONNEUVE.(Paris) Marne (I960).189p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 3) $i.50 (4) TANCHE (Raymond) LAURIER.Artisan de l’unité canadienne 1841-1919.(Paris) Marne (I960).191p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 4) $1.50 (5) BENOIT (Pierre) réal.Editions HMH (1961).203p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 5 ) $ 1.50 (6) BILODEAU (Rosario) CHAMPLAIN.Montreal.Editions HMH (1961).198p.17.5cm.(Coll.Figures canadiennes, no 6) $1.50 Pour tous Ht M M Ht M M Ht M Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht Ht M Ht M Ht Ht Septembre 1962 11 Le 19 août 1622, Biaise Pascal mourait à l’âge de trente-neuf ans et deux mois.Trois cents ans ont passé et l’auteur des Pensées chemine toujours à nos côtés, nous montrant que la chose la plus importante sur terre est l’affaire de notre salut.Jean Steinmann avait publié une première édition du présent volume en 1954, pour le tricentenaire du Mémorial.La seconde, revue et augmentée, paraît en 1962, année du tricentenaire de la mort de Pascal1.Excellente façon de rendre hommage à ce grand génie ! « Au lieu de commenter les Pensées, j’ai préféré voir vivre Pascal, car son oeuvre s’explique par sa vie », écrit l’auteur (p.10).Regardons vivre Biaise Pascal en compagnie de Steinmann; il est un excellent guide, sauf lorsqu’il parle des Provinciales où son enthousiasme l’aveugle quelque peu.Le Mystère de Jésus n’apparut dans une édition des Pensées qu’au milieu du XIXe siècle, et il est assez surprenant que les Solitaire de Port-Royal omirent de le publier.Ces méditations que nous avions lues souvent, nous les avons relues: pages d’une sobriété admirable où jaillit à chaque ligne une poésie tragique.Pour l’auteur elles sont « le sommet de la prière chrétienne » (p.94).Chose certaine: jamais les auteurs spirituels du XVIIe siècle, qui pourtant ont écrit des textes très beaux sur le Christ, n’ont atteint comme Pascal, avec les mots les plus ordinaires, cette intensité dramatique, en décrivant l’agonie du Sauveur.Comment rester insensible à ce cri: « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde: il ne faut pas dormir pendant ce Au lieu de commenter les Pensées, j'ai préféré voir vivre Pascal, car son oeuvre s'explique par sa vie.Jean Steinmann PASCAL de Jean Steinmann Bernard-M.MATHIEU, o.p.tcmps-là ».Et ce rappel du mystère de la Rédemption: «Jésus, pendant.que ses disciples dormaient, a opéré leur salut.Il l’a fait à chacun des justes pendant qu’ils dormaient, et dans leur néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance ».Steinmann signale avec raison que Pascal « devine et pressent l’admirable spiritualité du Père de Caussade » (p.94).Nul doute qu’un texte comme celui-ci est bien dans la ligne de l’auteur de L'abandon à la Providence divine: « Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh ! qu’il leur faudrait obéir de bon coeur ! La nécessité et les événements en sont infailliblement ».Le 23 janvier 1656, les Jésuites étaient attaqués dans une lettre portant un long titre: « Lettre écrite à un provincial par un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne ».C’était ia première des Provinciales, qui selon Steinmann, sont « toujours aussi actuelles, aussi jeunes, aussi vivantes, agressives et nécessaires» (p.113).Ici nous ne sommes pas du tout d’accord avec l’auteur.« Les Provinciales restent grandes parce que d’un bout à l’autre il y est question de Dieu et de la grandeur de Dieu, écrit-il (p.365).Nous ne doutons pas de la sincérité de Pascal, mais ses Provinciales ont fait beaucoup de mal à l’Eglise.Il a violemment dénoncé la politique des Jésuites les accusant de duplicité et d’hypocrisie.Admettons que quelques Jésuites aient eu des torts, malheureusement, et c’est Steinmann lui-même qui l’avoue: « Et c’est vrai qu’à l’ombre des Provinciales se profilent les abominables caricatures d’Eugène Sue qui eussent fait horreur à Pascal » (p.137).12 LECTURES Il y avait aussi — et c’est le titre du chapitre troisième du livre de Steinmann — « Le scandale des casuistes ».Il est sûr que certains Jésuites casuistes coupaient les cheveux en quatre: ils n'étaient pas des moralistes mais des juristes, avec le résultat que l’esprit de l’Evangile était oublié.Mais Pascal est allé trop loin.Dans la dixième Provinciale il écrivait: « On viole le grand commandement qui comprend la loi et les prophètes.On attaque la piété dans le coeur; on en ôte l'esprit qui donne la vie; on dit que l'amour de Dieu n'est pas nécessaire au salut; et on va même jusqu'à prétendre, que cette dispense d’aimer Dieu est l'avantage que Jésus-Christ a apporté au monde.C'est le comble de l’impiété.» (Cité par Steinmann, p.124) Les Jésuites répliquèrent vertement, car jamais les casuistes n'avaient pensé et dit de pareilles choses.Si aux yeux de Pascal la casuistique affaiblissait la morale évangélique, le Jansénisme aurait dû lui apparaître plus néfaste encore.François Mauriac écrit dans ses Mémoires intérieurs: « Si les casuistes sont odieux lorsqu’ils rusent avec l'Etre infini, les Jansénistes le sont plus encore lorsque de leur propre autorité ils assignent des limites à l'amour de Dieu pour ses créatures et qu'ils l’obligent à damner, au nom de saint Augustin, les quatre-cinquièmes de l’espèce humaine» (p.154).Même à Port-Royal on trouvait que Pascal allait trop loin.Les Solitaires « étaient gênés par cette danse du scalp autour des Jésuites » (p.119).Malgré cela Steinmann tient absolument à sauver Pascal: « Le vrai Pascal, celui qui a écrit les Pensées est aussi et indissolublement l’auteur des Provinciales qu’il n’a jamais reniées, même à son lit de mort » (p.365).Nous ne sommes pas du même avis: autant nous aimons les Pensées, autant les Provinciales nous apparaissent comme un livre dangereux.Il faut le dire: certains passages de ces lettres annonçaient les moqueries des philosophes du XVIIIe siècle envers l’Eglise.La maladie, chez Pascal, fut un état presque naturel.On pense ici à Charles du Bos qui disait: « Je crois que la souffrance physique est ma vocation ».La profondeur de la foi de Pascal est inscrite à chaque ligne de ce grand texte: « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies ».Il ne demande pas la santé, ni la maladie, mais d’aberd et avant tout la soumission totale à la volonté de Dieu.« Je ne vous demande ni santé, ni maladie, ni vie, ni mort; mais que vous disposiez de ma santé et de ma maladie, de ma vie et de ma mort, pour votre gloire, pour mon salut, et pour l’utilisation de l’Eglise et de vos saints, dont je fais une portion.» Avec cette prière et les méditations du Mystère de Jésus, nous sommes loin des diatribes des Provinciales ! C’est l’Evangile qui nous apparaît dans toute sa pureté et sa grandeur.Jean Steinmann, exégète de l’Ancien Testament, se devait de parler de Pascal commentateur de l’Ecriture, et il le fait de façon très pertinente.Le bagage exégétique de Pascal était mince, quoique à la fin de sa vie, selon l’auteur, « il essaya semble-t-il, d'apprendre l’hébreu » (p.256).Son génie religieux lui a fait comprendre le sens de l’Ecriture Sainte.Il a très bien vu qu’on ne peut séparer l’Ancien et le Nouveau Testament.Il écrivait: « Jésus-Christ, que les deux Testaments regardent, l'Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous les deux comme leur centre ».« Attendant la mort.Pascal vit ses derniers mois comme un saint, non canonisé ou canonisable, mais anonyme, perdu dans la foule qui assiège les églises les jours de fête.Un saint pareil à des millions d'autres.» (P.198) Pour lui ne comptent que la charité et la pauvreté et il se fait pauvre avec les pauvres.« Le matin, il fait lui-même son lit.Sa chambre est nue, sans tapisserie, sans bibelots, presque sans livres; il les a vendus.Il la balaye, porte son assiette à la cuisine, vit comme un pauvre.» (P.198) Lui qui se sait orgueilleux, coléreux, entreprend de se corriger.Il veut mater sa chair et pour cela porte une ceinture de pointes.Comme nous l'aimons ce Pascal, vivant ses derniers jours, éloigné des grandeurs humaines, redevenant un petit enfant devant son Créateur, et se préparant à faire une sainte mort ! Dans son testament il demandait à Dieu de « lui pardonner ses fautes et colloquer son âme, quand elle partira de ce monde, au nombre des bienheureux, implorant pour cet effet les intercessions de la glorieuse Vierge Marie et de tous les Saints et Saintes du Paradis » (p.207).On a beaucoup écrit sur Pascal, et ces dernières années de nombreux ouvrages sont venus enrichir la bibliographie de l’auteur des Pensées.Jean Steinmann intitule la dernière partie de son livre: « Dialogue avec Pascal ».Ces pages constituent un précieux document pour l’histoire littéraire, et l'auteur nous montre ici sa grande érudition et sa familiarité avec Pascal.Le Pascal de Steinmann est une pressante invitation à relire souvent les Pensées et à les méditer.Dans un monde plongé dans l’inquiétude, Pascal nous convainc plus que jamais de la « misère de l'homme sans Dieu ».Au chrétien, il enseigne un attachement toujours plus fort au seul Sauveur.Jésus-Christ.Les âmes qui cherchent Dieu, trouvent en lui quelqu'un qui les comprend et compatit à leur détresse.(I) STEINMANN (Jean) PASCAL.Nouvelle édition, revue et augmentée.[Bruges] Descléc de Brouwer (1961).378p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$7.70 Appelle des réserves Septembre 1962 13 Notices bibliographiques Littérature canadienne TRUDELLE (J.-Armand) INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE.Connaissance de l’homme.Montréal, Fides [1961].317p.20.5cm.(Coll.Philosophie et problèmes contemporains) $3.50 Pour tous Le but de l’auteur n’a pas été d’offrir au public une œuvre scientifique, mais une compilation des données psychologiques les plus certaines concernant l’être humain.Depuis plusieurs années, l’auteur a consacré ses loisirs à l’enseignement de la psychologie, de la vente, du droit et des affaires.11 a déjà publié un volume intitulé: Psychologie et vente; les commentaires très encourageants qui en ont été faits ont incité l'auteur à publier: Introduction à la psychologie.Dans ce dernier ouvrage, il est question successivement de la connaissance de l'être humain, de l'origine de l'homme, des activités physiologiques de l’être humain, de ses activités mentales, affectives et morales, de la volonté, du caractère, du tempérament, de la personnalité.Le dernier chapitre, qui traite de l'économie des forces nerveuses, présente des observations très judicieuses qui sont particulièrement utiles en notre siècle de vitesse et de tension.Ce livre est à la portée de tous ceux qui ont une culture intellectuelle moyenne, et il manifeste une somme considérable de lectures faites par l’auteur.Ovila MELANÇON THERIO (Adrien) LE PRINTEMPS QUI PLEURE.Montréal, Les Editions de l'Homme 11962].127p.20cm.Mauvais On ne saurait mieux dire pour apprécier cette sale petite brochure que de reprendre le jugement porté sur elle par Gilles Marcotte: « petit exercice d’érotisme primaire dont les rapports avec la littérature sont extrêmement ténus» (1).M.Thério n’a rien ajouté à son œuvre littéraire en signant ces histoires graveleuses de gosses en rut.Ouvrage à rejeter.R.L.1.La Presse, 21 avril 1962, p.8.?4?>?LE FRANC (Marie) LA RANDONNEE PASSIONNEE.Roman.Préface d’Alfred Des Rochers.Montréal, Fides [1961].159p.21cm.(Coll.du Nénuphar) $2.00 Pour adultes La forêt canadienne a déjà été le thème littéraire de quelques-unes de nos meilleures œuvres.L’attrait mystérieux du nord lui est apparen- té.Faut-il rappeler ces ouvrages méritants de chez nous ?La forêt de Georges Bugnet, Menaud, mai-tre-draveur de Mgr F.-A.Savard, Agaguk et Ashini d’Yves Thériault, La montagne secrète de Gabrielle Roy.La randonnée passionnée de Mlle Marie Le Franc, française d’origine, canadienne « d'habitation spirituelle » (p.8), est un hymne continu, original et robuste à la nature, à deux immensités, l’une qui est en surface du sol canadien, l’autre en bordure: la forêt, principal personnage, puis la mer que chantent les dernières pages.Ce roman, qui prend place dans la collection du Nénuphar réservée aux meilleurs auteurs canadiens, est un chef-d’œuvre d’évocation.Il décrit minutieusement la randonnée enthousiaste d’un homme assoiffé d'aventure, le docteur Philippe Jarl, à travers la forêt, dans les hauts du Saint-Maurice.A cette randonnée en pleine nature s’incorpore en parallèle une autre incursion autrement plus passionnante dans le royaume intérieur de ce médecin montréalais, qui s’est marié à une Française, sorte d’enfant gâtée.A celui qui s’était évadé de l’atmosphère pénible du foyer, la nature parle un langage qui éveille des résonances profondes, un langage riche de leçons: apaisement, beauté, équilibre, force, patience.Au lieu d’attribuer aux carences des autres le côté le moins réussi de sa vie, il finira par découvrir que ses déficiences tiennent de sa propre faiblesse.Au récit se mêle également une naïve ébauche d’amour entre le guide du héros — un métis — et une jeune Indienne.14 LECTURES Ce grand voyage dans les bois du Saint-Maurice amène un bienfaisant rapprochement entre les époux Jarl, plus de conciliation et de sagesse, bref une meilleure compréhension mutuelle: c’est le dénouement que manifeste la courte escale au pays des ancêtres Jarl — la grande île Bonaventure, en face de Percé —où le docteur va rejoindre sa femme et ses trois enfants en vacances.La randonnée passionnée est un maître livre en régionalisme de première qualité, régionalisme entendu au meilleur sens du mot, c’est-à-dire marqué du sens de l'universel, imprégné d’un intense humanisme: la puissante évocation d’une région se jumelle constamment à des éléments humains, la pénétration de la vie de la forêt se mêle à la pénétration du cœur de l’homme.Une profusion d'images justes, minutieuses et poétiques recrée toute l’atmosphère sylvestre.Cet ouvrage peut fournir des pages d’anthologie, des études instructives sur le style descriptif; à la précision minutieuse du détail s’ajoute une délicatesse raffinée de la sensibilité et de l’expression.Ainsi, avec plus de développement et autant de maîtrise que Mgr Savard dans son admirable poème sur Le huard (cf.Le Buraehois), Mlle Le Franc décrit les étonnantes vocalises de ces farouches oiseaux nordiques: Le lac aux Hoards se présenta à eux sous la lune.Des nuages dessinaient dans le ciel d'un vert laiteux d’immenses ailes d’aigles palpitantes sous le vent qui s’était levé, chassant devant lui les ombres.[.] C’est alors qu’éclata quelque part sur la berge le cri d’un huard.A ce signal, d’autres cris répondirent, qui se répercutèrent sur toute la circonférence du lac.Mais les étranges créatures demeuraient invisibles.C’était à croire que cela sortait du sein des eaux radieuses, vibrantes sous la clarté de la lune, ou bien tombait des grandes ailes arquées des nuages qui transformaient le ciel en un sommet neigeux où combattaient les aigles.La voix des huards exprimait une joie délirante.Elle était faite de roucoulements liquides, de rires qui allaient des modulations les plus enfantines jusqu'aux trilles les plus aigus.Ils frappaient du bec l’air saturé de rosée cristalline, plongeaient leur long cou dans les eaux serrées et tendues sous la lumière nocturne; ils se gargarisaient de fraîcheur et de pureté et s'enivraient de la splendeur nordique soudain révélée sous le firmament.D’âpre et de stridente qu’elle était souvent le jour, leur musique atteignait à cette heure une exquise harmonie.Elle n'inspirait plus d'angoisse au voyageur, mais le sentiment qu’il était privilégié d’être seul à l’entendre dans les espaces forestiers (p.41 s.) Romain LEGARE, o.f.m.Monique BOSCO BOSCO (Monique) UN AMOUR MALADROIT.Roman.[Paris] Gallimard [1961].213p.18.5cm.$2.60 Appelle des réserves J’ai rarement rencontré œuvre plus féminine qu'Un amour maladroit.Aisance du style, extrême facilité, infinie nuance des sentiments, soudaine alliance de pensées qui semblent contradictoires et qui se réconcilient, amour et haine, recherche de la joie et en même temps étrange besoin de souffrir.Vraiment, La Palice a raison: une femme n’est pas un homme ! Quelle âme mobile que celle de Monique Bosco ! Avec une intelligence jamais surprise, l’auteur a su mettre à nu lame de la juive Rachel, née en France dans un milieu juif.Elle a montré comment la laideur physique de Rachel la rendait malheureuse, jalouse, insupportable à elle-même et aux autres; comment elle en arrivait à se haïr de dépit.Ce qui augmente cette rage de destruction de soi-même, c’est que Rachel n’a pas trouvé autour d’elle la sympathie et l’amour qu’elle aurait dû recevoir de ses parents: le père a déserté le foyer et la mère la dédaigne.Lorsque la guerre de 1940 est survenue, obligeant les Juifs à fuir ou à se terrer, Rachel a trouvé une autre cause de souffrance: celle d’être juive ! Murée dans son appartement.elle n’en est sortie que pour se faire baptiser et pour éviter plus sûrement les agents de la Gestapo.Mais de ne pas afficher publiquement sa race et sa religion lui a semblé une trahison dont elle a souffert atrocement.Fuir, toujours fuir î Laide physiquement, laide moralement, — du moins elle le croit — Rachel arrive à Montréal après la guerre.Après de longues séances chez un psychiatre qui lui fait vider le sac de ses rancœurs, de ses doutes et de ses mensonges, elle trouve de l’emploi dans un journal.Elle rencontre en même temps Yves Dumont.Elle l’aime alors qu’elle sait parfaitement que c’est un homme bas et indigne, et se donne à lui.Autre trahison de son âme ! Sortie anéantie de tant d’épreuves, Rachel termine quand même son journal sur une note d’espérance « en l’avènement fabuleux d’un amour véritable ».Comme R.Hollier dans Bétail, Monique Bosco, Française, a terminé l’action de son roman à Montréal, unissant ainsi la France et le Canada.Elle est bien dans la lignée de ces écrivains français (Hollier, Ouvrard.Marie Le Franc.) pour qui le Canada sera toujours « la Nouvelle France ».Paul GAY, c.s.sp.Septembre 1962 15 FILION (Jean-Paul) UN HOMME EN LAISSE.Roman.Montréal.Les Editions du Jour [1962].124p.20.5cm.(Coll.Les Romanciers du jour) $1.50 Pour ions Récit émouvant — sorte d’épopée — du drame de Frid, de son chien Castor, et de la forêt.Un soir, alors qu'il est déjà couché, Frid entend au loin la voix de son chien qui l’appelle.11 se lève et se dirige dans la direction de la bête.Mais plus il avance dans la forêt, plus la voix est lointaine.Frid marche toujours, toujours.Enfin, épuisé, anéanti.Frid retrouve son fidèle serviteur qui, en tournant et en tournoyant, le conduit vers un objet macabre, un homme couché à terre, respirant avec peine, un chasseur sans doute qui s’est « écarté ».Frid relève le mourant, le charge sur ses épaules et le ramène au village.Mais avant que soit accompli l’acte héroïque du sauveteur.Castor son chien est pris dans un piège à loup.Frid ne pouvant le dégager, est obligé de le tuer.De retour chez lui, il dépose sur le sol l’inconnu.Mais Frid, épuisé par tant de fatigue et d’émotion, tombe raide mort.Le chien sauveur de l’homme, le chien tué par l’homme, l’homme sauveur de l'homme, l'homme anéanti par l’homme qu’il a arraché à la mort, tel est le drame poignant d'Un homme en laisse.Filion l'a décrit simplement, avec des tons vraisemblables et humains.On admirera la « psychologie » élémentaire et épique du chien et de son maître.On admirera surtout l’impassibilité et la cruauté de la nature.La forêt, bien loin de n’ëtre qu’une toile de fond, est un acteur terrible qui ne rend pas ceux qu’elle dévore.Ce roman marque un retour vrai à la nature, sans prétention, dans des pages d’une poésie mystérieuse, inquiétante et irréelle.Filion est un écrivain qui promet.Paul GAY, c.s.sp.HARVEY (Jean-Charles) LES DEMI-CIVILISES.Roman.Montréal, Les Editions de l’Homme |I962J.158p.20cm.$1.00 Dangereux C’est une réédition.Le volume parut pour la première fois en 1934 et fut condamné par S.Em.le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec.S’il était alors, à sa manière.une sorte d’acte de courage, sa réédition ne l’est plus du tout.L'œuvre fait double ou triple emploi avec tant d’autres qui lui sont supérieures par l’art; elle n'est — la nouvelle préface en fait foi — qu'un nouveau et cinglant défi au clergé.Les demi-civilisés, c'est l’élite et la bourgeoisie de chez nous, frottée de culture.Les bons bourgeois sont niais dans leur soumission au clergé, dans leurs jugements qui sont ceux des autres, dans leur esclavage à des chefs qui leur ont lié les mains en 1760, dans leur manie de se réfugier dans le passé.Contre eux, se dressent deux personnages qui représentent l’idéal pour J.-C.Harvey: Max et Dorothée.Nouveaux héros romantiques, ils se révoltent contre la société cléricalisante qui les étouffe, contre la morale qui est « bourgeoise » évidemment, contre tout ce qui peut nuire à leur liberté.La seule loi sera celle de l'instinct et de l’amour libre dont Max et Dorothée nous donnent l’exemple anticonventionnel.Ce livre manque d’unité profonde pour être un chef-d’œuvre.C’est l’auteur qu’on voit partout, qui s’étale partout.L’intrigue, d’ailleurs, ne dépasse pas la banalité d’un roman-feuilleton et le finale en est suprêmement ridicule.Le style ?Du lyrisme genre Chateaubriand.De belles descriptions, faciles, mélodieuses, rythmées, poétiques.L’image est nombreuse.Mais il y a également l’envers du genre: antithèses recherchées, emphase, affectation.Style d’un homme convaincu et passionné.Les Demi-civilisés lancent un grand cri de liberté, mais qui porte à faux en grande partie.Il est pénible de penser que.dès le départ, en 1934, ce qu’il y avait de juste dans les revendications du non-conformisme était dangereusement compromis.Paul GAY, c.s.sp.SAVARY (Charlotte) LE DEPUTE.Montréal, Les Editions du jour [19611.219p.20.5cm.(Coll.Les Romanciers du Jour) $1.50 Appelle des réserves Jean-Pierre Bouchard, député de Carillon, est victime des manœuvres politiques des propres membres de son parti et de sa famille.Il est enserré dans un réseau de circonstances qui le poussent à présenter à Ottawa un projet de loi contre l’autonomie des provinces en matière d’éducation.Mais la réaction du public québécois est telle que les chefs de son parti le désavouent et l’obligent à donner sa démission.Vaincu et terrassé par la paralysie, le député Bouchard disparaît de la scène politique.Tel est le sujet de ce roman.Sujet fort mal traité.D’abord, il y a trop de personnages dans cette œuvre de 218 pages.D’où étude superficielle de chacun.Il y a quatre Bouchard avec leur femme et leurs enfants.Il y a un Récollet, le Père Hildebrand.Il y a même Mackenzie King à la fin ! Ensuite il y a trop d’incidents, non préparés et non éclairés, par exemple la mort tragique de Lucile Bouchard.C'est un immense scénario avec tout l’artificiel qu’il comporte.Comme à la T.V.la lumière se déplace sur l'un ou sur l’autre, alors que le faisceau lumineux aurait dû être projeté surtout sur le député, simple ficelle entre les mains du Père Hildebrand et des frères Bouchard, pauvre âme partagée entre le désir de ne pas trahir les Canadiens français et celui de retrouver l'amour de sa femme Laure.Gratuitement, l’auteur a inventé le personnage odieux du Père Hildebrand qui, entré dans les ordres pour s’élever dans les rangs de la société, se venge de son sacerdoce en trahissant sa race !.A tout prendre, Le Député, dont le style est correct, mais trop régulier et froid, est une œuvre trop cérébrale pour pouvoir être attirante.Paul GAY, c.s.sp.16 LECTURES Littérature étrangère Religion RENARD (Mgr A.-C.) SITUA T ION ACTUELLE DE L'EGLISE.[Brugesl Desclée de Brouwer [1961].88p.18.5cm.(Coll.Présence chrétienne) $1.20 Pour tous Le but de cet ouvrage est d'aider les catholiques à mieux entrer dans la pensée et l'apostolat de l’Eglise.L’auteur pose d’abord le problème du « déclin » de l’Eglise.Il indique les principales causes de déchristianisation, sans conclure pour autant à un vieillissement de l’Eglise elle-mcme, qui sait changer l’obstacle en progrès sous l’animation interne de l’Esprit-Saint.Il examine ensuite le renouveau dans l’Eglise, en France d’abord et ensuite dans le vaste monde, en fournissant de nombreuses statistiques.Finalement, il est question de l’avenir de l’Eglise, et notamment du renouveau que le prochain Concile est susceptible d’apporter.A ce sujet, l’auteur ne tente pas de jouer au prophète.En effet, le Concile apportera probablement des surprises, car le principal animateur en sera l’Esprit-Saint, qui peut agir même au delà et en dépit des activités humaines, même si ces dernières constituent une part préalable absolument nécessaire.En conséquence, l’auteur affirme modestement que « il semble que le Concile visera d’abord au renouveau doctrinal, spirituel, apostolique de l’Eglise elle-même, dans le souci majeur de correspondre vigoureusement au dessein du Christ sur son Corps mystique et visible » (p.73).Ovila MELANÇON, c.s.c.DUNOYER DE SEGONZAC (Y.) LES PLUS JEUNES ET NOUS.Sourire, comprendre, ai- der.Illustrations de Geneviève Vallée.[Paris] Flcurus 11962J.123p.17.5cm.(Coll.La vie de la femme) Pour tous Petite brochure sans prétention qui veut enseigner à la femme un art de vivre qui lui permette d’être heureuse en donnant du bonheur autour d’elle.Donnés sous une forme très simple et très claire, ces conseils, marqués au coin d’un robuste bon sens, conviennent à un large public.A.C.Littérature ARBAN (Dominique) DOSTOIEVSKY PAR LUI-MEME.[ Paris | Editions du Seuil [1962J.191p.ill.17.5cm.(Coll.Ecrivains de toujours, no 57) $1.45 Pour tous mai\ spécialisé Dominique Arban a publié en ces dernières années Dostoievsky, le Coupable, un ouvrage qui mettait l’accent sur les principaux aspects psychologiques de la personne et de l'œuvre de Dostoievsky, deux premiers tomes de la Correspondance intégrale de Dostoievsky, avec introduction, notes et commentaires.Cette fois, son Dostoievsky par lui-même est une monographie de vulgarisation, magnifiquement illustrée d’ailleurs comme toutes celles de la collection Ecrivains de toujours, et qui touche aux questions essentielles que nous nous posons au sujet du grand romancier russe du siècle dernier.Bien entendu, ce ne peut être là qu’une introduction à la lecture des romans de Dostoievsky ou à l'approfondissement des nombreuses études critiques plus poussées qu’on lui a consacrées.A la vérité, « letrangement étranger », comme il aimait lui-même à s’appeler, tout autant que ses « sombres et confus » chefs-d'œuvre commandent force explications et force commentaires pour satisfaire le lecteur pleinement.Dominique Arban réussit bel et bien, tout compte fait, à souligner les influences capitales qui ont marqué le génie de Dostoievsky, à dégager les lignes de force qui animent et dirigent l’ensemble de ses œuvres.De toute évidence, l’Auteur dut s’imposer à son corps défendant de pénibles restrictions, afin de se soumettre aux exigences de Icdition.Voilà le tour de force: pouvoir en si peu d’espace décrire la pensée et l’œuvre d’un écrivain aussi considérable que Dostoievsky.Notons-le.pour ne pas lui en faire un grief majeur, Dominique Arban n'écrit pas ici pour les spécialistes: elle ne s'attarde donc pas à développer in extenso tel ou tel aspect psychopathologique ou de tout autre ordre de l’écrivain ou de ses personnages.En compensation cependant, nous aurions souhaité de Dominique Arban, un commentaire généreux et dense sur la qualité et la valeur intrinsèques du message dostoïevskien.Nous regrettons l'absence de ce chapitre qui semble s'imposer de lui-même.Car, Dostoievsky a créé des personnages inoubliables, des êtres qui sont en grande partie notre image, qui connaissent les grandeurs et les servitudes de la condition humaine telle qu’après Dostoievsky, à notre propre époque, nous pouvons l’observer autour de nous et en nous-mêmes.Ce seul regret exprimé, la présente monographie se recommande par la présentation et la richesse de scs renseignements.Nous avons l'impression, après lecture faite du bouquin, d'avoir tenu en mains, le scénario d'un film documentaire à la mémoire du célèbre Dostoievsky, film substantiel et admirablement découpé.Roland-M.CHARLAND.c.s.c.Septembre 1962 17 Biographie « LEVRON (Jacques) SECRETE MADAME DE POMPADOUR.78 héliogravures.[ Paris j Àrthaud (1961], 307p.ill.(h.-t.) 21cm.(Réimpr.au Canada par le Cercle du Livre de France) Pour adultes toriens français modernes cachent sous une apparente facilite une science profonde et varice.On peut également admirer la personnalité dans l'impartialité, c’est-à-dire comment J.Levron juge et commente les faits.1 a marquise ne fut pas le monstre décrit par Michelet.Elle s’intéressa beaucoup aux arts: le style Louis XV n’est-il pas, en fait, le style Pompadour ?Elle fut bonne pour les pauvres et fidèle à ses amis.Elégante présentation de la vie de la célèbre Jeanne-Antoinette Poisson, devenue, par son rôle de maîtresse de Louis XV.la marquise de Pompadour.Ce n’est pas un livre de piété.On pouvait s’y attendre.L'auteur n’a pas caché l’cxtrcme liberté de mœurs de la marquise et du roi et du temps.Il a montré sobrement qu’elle fut un scandale public, même si son rôle de maîtresse ne dura que six ans.On sait que.l’amour s’étant changée en amitié, la marquise fut.pendant treize autres années, la conseillère et le guide de la politique royale (1745-1764).Cette vie est très intéressante à lire.On peut voir comment les his- C’est sa participation active à la guerre de Sept ans qui l’a fait juger sévèrement.Comme il est facile de lui faire porter, à elle qui dirigea la France avec Louis XV, la lourde responsabilité de la défaite de Rossbach, de la prise de Québec en 1758 et du honteux traité de Versailles en 1763 ! Comment des Français, et surtout des Canadiens-Français peuvent-ils penser sans amertume à de si humiliantes défaites: la perte du Canada et des Indes ?La marquise, cependant, n’est pas entièrement responsable.J.Levron montre que l’état des esprits en France suffit à expliquer les cuisants échecs de la fin du XVIIIe siècle.L’opinion publique se pas- écolier a besoin de.Consultez le nouveau Catalogue des jeunes • permet un choix facile • stimule l'intérêt de l'enfant Faites-en la demande à FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal - UN.1-9621 sionnait pour ou contre les Jansénistes, pour ou contre le roi; Voltaire et les encyclopédistes ruinaient le moral du peuple, tandis que les Anglais, voyant une France divisée et pratiquement déjà en Révolution.s’armaient pour lui enlever ses colonies.Madame de Pompadour meurt en 1764, à 43 ans, emportée toute jeune par la tuberculose.Elle meurt, attristée de tout, n’ayant vraiment trouvé le bonheur nulle part.A qui la faute ?Paul GAY, c.s.sp.?VAN DER MEER DE WAL-CHEREN (Pierre) RENCONTRES.Léon Bloy.Raïssa Maritain.Christine et Pieterke.Traduit du néerlandais par dom Walter Williams, o.s.b.(Bruges! Desclée de Brouwer 11961].180p.ill.(h.-t.) 20cm.$2.70 Pour tous Il suffit de mentionner le nom de Léon Bloy pour soulever immédiatement pour ou contre lui, des passions.Pierre Van der Mcer de Walcheren est un admirateur de Bloy, et il vient de consacrer à ce dernier un ouvrage rempli d’amour filial.Converti par le « mendiant ingrat », il le considère avec raison comme son père spirituel.Il y a aussi l’attachement à l’écrivain qui lui fait poser un jugement qui nous semble inexact.« Tous ses contemporains, ses aînés, et les plus jeunes, ont disparu, leur nom est sans valeur littéraire ! » (p.48).Huysmans, contemporain de Bloy et un temps son ami, est un grand écrivain catholique; nous pensons aussi que son œuvre n’est pas près de s’éteindre.On lira avec profit dans ce livre, deux chapitres très beaux consacrés à Raïssa Maritain et à la femme de l’auteur: pages où s’allient admiration et tendresse pour deux créatures d’élite.Bernard-M.MATHIEU, o.p.18 LECTURES 79 702654 VALENSIN (Auguste) AUGUSTE VALENSIN.Textes et documents inédits présentés par M.R.et H.L.Paris.Aubier (1961).485p.ill.(h.-t.) 20cm.$3.85 Pour tous En 1951, deux ans avant sa mort, le Père Auguste Valensin entreprenait une « espèce d’autobiographie ».Malheureusement ce travail ne fut pas achevé; les Textes et Documents inédits ne remplacent pas l’autobiographie projetée, mais visent le même but.Empressons-nous de féliciter les éditeurs de ce volume: le présent livre nous fait pénétrer au cœur de la vie spirituelle du Père Valensin.Nous avons en plus une large tranche de l'histoire des idées dans l’Eglise catholique contemporaine.« Juif, fils de Juif ».Ce texte de saint Paul, le Père Valensin le fit sien lorsqu’il apprit ses origines, à la mort de son père.Il en fut bouleversé, ainsi que son frère Albert entré avant lui dans la Compagnie de Jésus, car les Constitutions défendaient l’admission de novices de familles juives.Le Général obtint heureusement de Léon XIII, la levée de l’interdiction.Mais les deux frères, à la demande de leur Supérieur, gardèrent un silence complet sur leur ascendance juive.Toute sa vie Auguste Valensin garda un intérêt passionné pour sa race, et profita de ses voyages en Italie, où son père était né, pour retrouver les traces de ces ancêtres.Son plus grand désir était de conquérir une âme juive à Jésus-Christ, et sa joie fut grande lorsqu’il baptisa une jeune Israélite qui portait le même nom que lui.Est-il besoin de dire à quel point l’antisémitisme le blessait ?Dans une allocution il disait: .« un Juif de nos jours qui se fait chrétien, lorsqu'il franchit la porte d’une église catholique ne pénètre pas dans la maison d’un étranger qui doit lui pardonner d’être juif: il rentre chez soi.La maison était pour lui, elle l’attendait, elle était vide de lui tant qu’il était dehors; en y entrant, il lui fait accomplir sa destination » (p.195).Durant son noviciat le Père Valensin écrivait: « Je suis venu à la vie religieuse dans l'intention d’y trouver le martyre.Il faut donc que j’y souffre avec Jésus en croix.Voilà ce que je comprends de plus en plus.» (P.23) Son vœu fut exaucé: il fut un grand malade dès l’âge de trente ans.Une tumeur cancéreuse qui se développait et menaçait sa vie fut heureusement enlevée.Bourreau de travail, il s'imposa un si dur labeur durant ces années d'études qu’il fut terrassé et forcé de prendre un long repos.Blessé dans sa chair, il le fut aussi dans son esprit.Avant son entrée dans la Compagnie de Jésus, le Père Valensin avait été élève de Maurice Blondel, et une grande amitié unissait le maître et l’élève.Disciple fervent de l’auteur de L’Action, il connaissait bien son œuvre, en n’y faisant peut-être pas toutes les réserves voulues.Il fut donc très heureux de rendre hommage au philosophe, en rédigeant, avec son frère Albert, l’article « Immanence » du Dictionnaire apologétique de la foi catholique.A la suite de cet article, de vives protestations s’élevèrent chez les tenants de l’apologétique traditionnelle, et le Père Valensin fut longtemps tenu en suspicion et « soupçonné » de faveurs injustifiées pour le hlondélisme (p.134).De plus à la veille de sa profession solennelle il reçut l'avertissement de surveiller sa doctrine.Il ne nous appartient pas de juger si ces craintes étaient fondées ou non.Chose certaine, le Père Valensin était un dialecticien extrêmement habile et subtil, trop peut-être.Nous avons lu, il y a deux ans, quelques textes réunis en volumes sous le titre Regards.Ces pages nous ont quelque peu gêné: nous avions l’impression d'être en face d’un prestidigitateur faisant des tours de passe-passe avec les mots.Si le philosophe ne nous satisfait pas entièrement, le religieux a toute notre admiration.La spiritualité du Père Valensin était toute centrée sur la Paternité divine et sur un abandon total en sa bonté infinie.Tout le volume est jalonné de pages montrant l’immense joie du religieux detre l'enfant du Père.La mort ne semble pas l’avoir effrayé, car il savait que si Dieu est infiniment juste, il est en même temps infiniment miséricordieux.Sur son lit de mort il disait: « Que ce doit être affreux de s’en aller au-devant d’un juge ! Ceux qui font de Dieu un justicier comme ils rapetissent Dieu ! Mais s’en aller vers son Père, vers l’Amour, vers la tendresse, vers la bonté ! Quelle allégresse ! » (P.364) Le Père Valensin exerça une grande influence religieuse et intellectuelle.Des incroyants comme Gide, Valéry, Roger Martin du Gard furent ses amis.Ce dernier disait qu'il était un « esprit fin et libéral, d’une foi profonde et fort compréhensive » (p.342).Oui sa foi était profonde, car malgré de dures épreuves morales, son amour et sa fidélité à l’Eglise et à la Compagnie de Jésus furent inébranlables.Il écrivit: « Pour moi, toute la foi catholique se ramasse de plus en plus, en même temps que dans une foi au Christ, fils de Dieu, dans ma foi en l’Eglise romaine comme en la Société voulue par le Christ.Ce n’est pas tant le contenu du Credo qui importe, que l'Eglise même qui le proclame.» (P.388) Son amour de Dieu et des âmes de l'empêchait pas d’être un passionné de la culture.« Il faut aimer l’intelligence, la culture, la Beauté », disait-il deux jours avant de mourir (p.363).Exégète de Platon cLiJe Dante, connaissant à fond Pascal, cultivant les hautes mathématiques, — la théorie de la relativité d’Einstein lui était familière.— jusqu’à la fin de sa vie son intelligence resta vive et alerte.Tel fut le Père Valensin: un grand coeur, un grand esprit.Bernard-M.MATHIEU, o.p.19 Septembre 1962 Littérature de jeunesse *** CONTES INDIENS.Les trois princes hindous.Choix d’cpisodes extraits du Mabhara-ta.Illustrations de Serge Rizza-to.[Paris) Hachette 1196 IJ.154p.ill.35cm.(Coll.Contes de tous les Pays) Relié.Pour jeunes Dans la collection Contes de tous les pays, Hachette publie un magnifique album de Contes indiens.C'est une réalisation technique des Editions Graphiques Internationales.De très grand format, cet album est splendide.Les illustrations pleine page de Serge Rizzato ajoutent à l’attrait d’un livre luxueux, destiné aux enfants de 10 à 14 ans.Tiré du Mabharata, ce choix d’épisodes nous relate l’existence tragique d’un roi aveugle.Ses héritiers, trois fils et trois neveux, deviennent d'irréductibles ennemis.Ce n’est qu’après des péripéties, plus excitantes les unes que les autres, que les trois neveux, par leur sagesse, leur bonté, obtiennent les suffrages du peuple.L’histoire, joliment racontée, plaira surtout aux enfants aventureux.J.R.BONZON (Paul-Jacques) J’IRAI A NAGASAKI.Illustrations d’Albert Chazelle.[Paris] Hachette [1961].253 p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 178) Relié.$0.95 Pour jeunes Un jeune garçon vit avec sa mère près du port à Cherbourg.L’escale du « Queen Elizabeth » constitue la principale attraction pour les gamins de cet endroit qui forment une véritable bande : la « bande des Kouines *.Phil notre héros en fait partie.Un jour après le départ du « Kouine », (c’est ainsi qu’ils nomment le transatlantique), Phil découvre, sur un vieux transbordeur désaffecté, le Flammanville, une petite Japonaise qui s’y était cachée dans l’espoir de pouvoir monter dans un bateau en partance pour le Japon.Elle était orpheline et avait la nostalgie de son pays.Mais aucun des bateaux qui partaient de Cherbourg ne se rendait au Japon.Youri resta donc chez Phil et sa mère qui l’adoptèrent et ils furent bons pour elle.Or un bateau qui se dirigeait vers Nagasaki dut s'arrêter à C herbourg au cours d'une tempête.Youri était au port par hasard et la tentation fut trop forte, elle s'embarqua.Lorsqu’il découvre ce qui s’était passé, Phil décide d’aller à Nagasaki dès qu'il sera assez grand.Après plusieurs péripéties très touchantes les deux enfants se retrouvent, heureux, tous les deux.Mais ils ont grandi et ils s’aiment.Ensemble ils retournent en France vers l'Avenir qui les attend.Récit captivant qui démontre l'attachement de deux êtres, attachement qui ne se dément pas mais se transforme en un sentiment plus fort avec la séparation et les épreuves.Le livre est frais, il respire la jeunesse et l’espoir.Il fait en même temps visiter et apprécier un pays étranger et scs habitants.M.D’AMOUR DESCAMPS (Freddy) TROIS DE L’AEROPOSTALE.Bruxelles, Office de Publicité [1961].169p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Clef des champs) Pour adolescents Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry: trois héros qui donnèrent leur vie pour le progrès de l'aviation.Ils furent les pionniers du courrier aérien.Avec des avions lourds et peu maniables, munis d'un seul moteur qui menaçait de lâcher à chaque tour d’hélice, ils devaient être pilotes, mécaniciens et presque magiciens pour parvenir à destination malgré tout.Braver les tempêtes d’Espagne et celles du Sahara exigeait un courage à toute épreuve et beaucoup d’endurance.Souvent forcés d’atterrir, les pilotes devenaient alors les victimes d’ennemis sans scrupule et sans pitié.Dans les Andes c’étaient les sommets dangereux, des montagnes qui constituaient la menace.S'ils s'y écrasaient, la neige et le froid les faisaient prisonniers et ce n'est que par miracle que très peu y échappaient.Souvent aussi ils étaient pilotes d'essai.Il leur fallait alors des nerfs d’acier pour abattre des records de virtuosité et d'ingéniosité.Entre les envolées, ils se rencontraient au « Grand Balcon » (maison de pension) où ils échangeaient leurs expériences et se détendaient avant de repartir.C’est souvent là aussi qu’ils apprenaient la disparition d'un compagnon.On serrait alors les dents et on s’encourageait « à quoi bon tous ces sacrifices si on abandonne, il faut que la ligne passe ».Ce livre stimulera les jeunes et les remplira d’admiration pour ces intrépides pilotes.Ils constateront que ce n’est qu’à force de sacrifices et d'abnégation qu’on accomplit son devoir.Plus l’idéal est élevé plus il demande de persévérance pour y arriver.M.D’AMOUR 20 LECTURES >— à ACCISES UC IIECEPTH M a* 'r K*;> ï —tn25%z& Rt BERNARD (Mad) et CHERUEL (J.), pire Le livre de la souffrance et de l'espoir.Anthologie.Paris, Fleurus [1962].191p.20cm.(Coll.Action féconde) BOUMAN (Cornelius A.) et RYAN (Mary Perkins) A la decouverte du missel.Traduit de l'américain par François Fleischmann.[Tournai] Desclée [1962].184p.19.5cm.DELALANDE (Jean) Les extraordinaires croisades d’enfants et de pastoureaux au moyen âge.Les pèlerinages d’enfants au Mont Saint-Michel.Paris, Lethielleux [1962].134p.ill.(h.-t.) 19cm.DOLLE (René) Saint Léon Le Grand.Sermons choisis, traduits et présentés par Dom René Dolle.Namur, Les Editions du Soleil Levant [1962].186p.17.5cm.(Coll.Les écrits des Saints) DUVOULDY (Andrée) Moïse, le prophète au visage voilé.Lyon, Editions et Imprimeries du Sud-Est [1962].139p.ill.(h.-t.) 17.5cm.(Coll.Messagers du Dieu vivant) Relié.EN COLLABORATION Le Christ et les Eglises.Paris, Editions universitaires [1961].277p.21cm.(Coll.Chrétienté nouvelle) EN COLLABORATION Pour l’insertion du nom de saint Joseph aux prières de la messe.Montréal, Centre de recherche et de documentation [s.d.].74p.23.5cm.GILOTEAUX (Paulin), ptre Les Paraboles évangéliques.Enseignement didactique.1er volume.Illustrations d’Eugène Burnand.Montréal, Apostolat de la Presse [1962].188p.ill.(h.-t.) 19.5cm.GRUN (S.) Jésus-Christ, nouvel Adam.Traduit par R.Virrion.Sermons pour le cycle de Pâques.Mulhouse, Salvator, 1962.133p.19cm.(Coll.La prédication nouvelle) GUY (Jean-Claude), s.j.Jean Cassien.Vie et doctrine spirituelle.Paris, Lethielleux [1961].140p.20cm.(Coll.Théologie, Pastorale et Spiritualité, Recherches et Synthèses, no IX) HUNERMANN (G.) Je te fais chevalier.Le sacrement de Confirmation raconté aux jeunes.Traduit par Yvonne Claude.Mulhouse, Salvator, 1962.202p.ill.19cm.JULLIOT (Henry de) D'un coeur qui t’aime.Préface de François Mauriac.[Tournai] Casterman, I960.167p.21cm.(Coll.Bible et vie chrétienne) KRYNEN (Jean) Bienheureux Jean d'Avila.Lettres choisies, traduites, présentées par Jean Krynen.Namur, Editions du Soleil Levant [1961].184p.17.5cm.(Coll.Les écrits des Saints) • • • Alow année avec te Christ.[Toulouse] Apostolat de la prière [1962].112p.16cm.(Coll.14 ans) MOREL (Bernard) Dialectiques du mystère.Préface de Stéphane Lupasco.Paris, Editions du Vieux Colombier [1962].135p.21cm.(Coll.Investigations, no 17) RICHOMME (Agnès) A l'écoute de Notre-Dame.Paris, Editions Lethielleux [1961].161p.19cm.QUARDT (Robert), s.j.Sermons pour les fêtes de la T.S.Vierge.Traduit par l'abbé Henri Lapouge.Mulhouse, Salvator, 1962.148p.19cm.(Coll.La prédication nouvelle) TH1RY (Ignace), f.m.L'Institut des Frères maristes face a la persécution.Genval.Editions Marie-Médiatrice [s.d.].140p.photo 20cm.THIRY (Ignace), f.m.La Passion des frères maristes en Chine.9e édition.Genval, Editions Marie-Médiatrice [s.d.].93p.ill.(h.-t.) 20cm.VUA1LLAT (Jean) Paul, le lutteur de Dieu.Lyon, Editions et Imprimeries du Sud-Est [1962].141 p.ill.(h.-t.) 17.5cm.(Coll.Messagers du Dieu vivant) Relié.ALLARD (P.-E.), ptre L'amour à 20 ans.Montréal, Apostolat de la Presse [1961].88p.1 "cm.S0.75 DREISSEN (Joseph) Les jeunes face au Mariage.Sermons.Traduit par Pierre et Maryse Lachery.Mulhouse, Salvator, 1962.132p.19cm.(Coll.La prédication nouvelle) LECLERCQ (Jacques) Le prêtre et les époux.Paris, Les Editions familiales de France [1962].87p.17.5cm.ALLARD (P.-E.), ptre Inquiétudes et attentes.Montreal, Apostolat de la Presse [1961].92p.17cm.$0.75 ALLARD (P.-E.), ptre Rond-Point aux Jeunes.Montréal, Apostolat de la Presse [1962].73p.ill.16.5cm.DUCROCQ (Marcel) Notre Algérie.Une oeuvre fraternelle.Letre du Maréchal Juin.Préface de Robert Abdesselam.Paris, Nouvelles Editions latine [1962], 124p.18.5cm.DURAND (Suzanne-Marie) Féminité et formation chrétienne.Québec, Editions du Pélican, 1961.14'p.19cm.HAMELiN (Louis-Edmond) Evolution numérique séculaire du cierge catholique dans le Québec.Extrait de Recherches sociologiques [P.C.] volume 2, no 2, avril-juin 1961.51p.2~.5cm.LEFEVRE (B.) L'Occident en peril.Paris, Nouvelles Editions latines [1961].269p.22.5cm.• • • Publicité des préparations pharmaceutiques.Aperçu de la législation actuelle.Genève, Organisation mondiale de la santé, 1961.54p.24cm.GENDRON (Lionel) Qu'est-ce qu’un homme ?Préface de Roméo Boucher, mA Montréal, Les Editions de l’Homme [1962].140p.20cm.CHAMBERLAND (Michel) Tous les secrets de la chasse.Préface de J.Oscar Houde.Montréal, Les Editions de l’Homme [1961].126p.20cm.$1.00 JACQUES (Michel) Mousses trempées.[Arthabaska, Les Editions Sainte-Cécile, 1962].29p.18cm.$1.00 ROBERGE (Zénon), o.f.m.Avec rimes et raisons, [s.d.ni 1.].46p.18cm.Septembre 1962 21 T Nouveautés Librairie k • ' ¦ ¦••' UiAlXÜXÙ ' &vK*& Beaucoup d éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Litres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'étude d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces notes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.ANDRITCH (I.), La chronique de Travnik .B Roman qui relate la vie pathétique d'une petite ville de Bosnie entre 1807 et 1814.Ouvrage touffu, mais écrit d'une façon fort vivante et poétique.Pour lecteurs cultivés.BELMONT (A.), Finette.B Roman.Histoire assez conventionnelle des malheurs d'une enfant dont les parents sont désunis.Ouvrage banal et mal écrit.DENUZIERE (M.), VAnglaise et le hibou .B?Roman qui décrit les jeux de l'art et de l'amour dans un milieu d’artistes et d'écrivains.Les couples se font et se défont dans ce tableau peu édifiant de la comédie humaine.Mais deux personnages découvriront finalement l'amour vrai et la supériorité des valeurs spirituelles.GREENE (H), Le « Mozart » part à 9 heures .B?Roman.Un officier américain en occupation à Salzbourg reçoit un jour l'ordre terrible de livrer aux Soviets un officier déserteur russe venu demander la protection des troupes américaines.Il prend sur lui de désobéir et de favoriser l'évasion du déserteur.Roman touffu mais profondément humain et d'une réelle valeur documentaire.Mais les nombreuses aventures sentimentales des héros et un passage très choquant en feront réserver la lecture aux adultes avertis.HEURGON (J.), La vie quotidienne chez les Etrusques .TB L'auteur, qui est professeur à la Sorbonne et étudie le problème étrusque depuis vingt ans, nous livre ici l'essentiel de ce que nous connaissons actuellement sur ce peuple fier et secret.Ouvrage bien documenté qui intéressera les étudiants et les adultes cultivés.LACARRIERE (J.), Les hommes, ivres de Dieu .M Etude sur le monachisme oriental des premiers siècles.L'auteur tente un sérieux effort pour restituer le cadre historique et psychologique de cette aventure spirituelle.Mais, faute d’être envisagée dans une perspective chrétienne, la vie de ces ascètes apparaît comme un véritable leurre.L'ouvrage abonde en erreurs de détail et d’interprétation, et témoigne d’une méconnaissance des vérités les plus élémentaires du dogme chrétien.A déconseiller.LE QUINTREC (C.), Le Dieu des chevaux .B?Roman qui est une sorte de chronique d'un village perdu de la Bretagne.Mélange de réalisme et de poésie primitive.Descriptions champêtres pleines de charme, mais langage très cru.Pour lecteurs avertis.LEYMARIE (G.), Colères sous le soleil.B Roman.En une suite de petits tableaux, l'auteur évoqué ce que fut, à Casablanca, le 14 juillet 1955, alors qu'une bombe éclata à la terrasse d'un grand café.Récit sobre et objectif qui est une condamnation de la violence.MARKOWA (E.), Le choix.TB L'auteur, qui est la veuve de l'artiste polonais Marck Szwarc, évoque le milieu artistique de Montparnasse en 1920 et celui de la renaissance catholique des amis de Jacques et Raïssa Maritain, en même temps quelle raconte son itinéraire spirituel et celui de son mari.Récit très émouvant qui a valeur de témoignage.MARSHALL (B.), La barrette rouge.B?Roman qui raconte les quarante années de l'existence d'un prêtre catholique écossais.Converti au catholicisme et rejeté par sa famille, Donald Campbell s’est fait prêtre.11 deviendra évêque, puis cardinal.Le récit de cette vie sacerdotale montre un héros dont les convictions sont belles et profondes, mais dont l’ironie, souvent amusante, est parfois cruelle et d’un goût douteux.Pour lecteurs de bon jugement.MARTIN (E.), Merci, camarade.TB Roman.Un capitaine de frégate allemand obtient la rosette de la Légion d’honneur pour avoir sauvé 145 Français en temps de guerre.Ouvrage plein de suspense mais écrit dans un style quelconque.MATHER (B.), Aventures au Cachemire.B Roman d’aventures qui a tout le piquant, le mystère et l'imprévu des romans policiers.Des aventuriers rivalisent entre eux pour trouver du pétrole.Récit bien mené et qui dénote chez l'auteur une connaissance sérieure des pays asiatiques.Roman captivant pour les amateurs de romans d’aventures ou de romans policiers.MERY (F.), Médecin des bêtes.B?Roman d’une vocation de vétérinaire.L'auteur parle avec amour et bon sens des animaux et de ceux qui les traitent.Mais les personnages féminins évoqués sont fort déplaisants.22 LECTURES ?MIDDLETON (D.), Londres, première victoire.TB Ouvrage historique.La bataille il-Angleterre a marqué un tournant décisif de la seconde guerre mondiale.L'auteur la raconte ici d'une façon très détaillée et très vivante.Pour lecteurs cultivés.MONTIGNY (S.), L'âme enfeu.D Roman.Histoire d'un jeune homme, fils unique de parents pauvres, qui s'éveille à la complexité de la vie et mourra sans avoir réussi à faire son unité intérieure.Tendance socialisante.Aucune référence à un ordre moral.Roman lent et lourd.MURAIL (G.), Ami, pour qui es-tu venu ?.B Roman qui se déroule dans un monastère bénédictin.Un médecin militaire allemand tente de gagner l'abbé à l'ordre nazi.Placé devant une cruelle alternative, ce dernier choisit de se sacrifier sans sacrifier son idéal.Ouvrage assez faible, d'une lecture difficile.PRINCE (S.), L’esprit français.B?Recueil de bons mots, de madrigaux et d'épigram-mes, dont l'auteur est le secrétaire de Sacha Guitry.Certains traits d'esprit sont excellents, d'autres sont médiocres, beaucoup sont lestes et égratignent la morale et la religion.Pour adultes très avertis.RABELAIS, Gargantua, Pantagruel .M REMARQUE (E.M.), Les exilés.B Roman qui a pour thème l'émigration forcée des Juifs allemands durant la période du règne hitlérien.Tableau émouvant d une humanité vagabonde et pitoyable, animée malgré tout «l une tenace volonté de survivre.Ouvrage captivant où apparaît la foi de l’auteur dans les valeurs humaines les plus hautes.SANDRE (Y.), Marchands de participes.B?Roman qui contient la chronique de trois générations de maîtres d'école.Ouvrage excellent par sa valeur documentaire et par sa valeur romanesque.Un seul regret: l'école laïque y apparaît comme un progrès.SEIFERT (E.), Ménage de médecins.B Roman qui a pour thème la vie professionnelle et conjugale de couples de médecins.Ouvrage bien écrit où sont finement analysés les problèmes conjugaux et professionnels des médecins.Il faut noter cependant que l'auteur se place uniquement sur le plan naturel pour traiter son sujer.SIMENON (G.), Le train.D Roman.Un homme fuyant les Allemands avec sa femme enceinte et sa fille, a une brève liaison avec une inconnue qui voyage avec lui.Thème banal, peu moral où les détails scabreux ne manquent pas.Ouvrage décevant où Simenon n'est pas à son meilleur.TOESCA (M.), Le bruit lointain du temps .B Roman.Histoire très romanesque où une jeune fille noble d'ancien régime s'éprend d'un roturier au grand dam de sa famille, fille renoncera à I épouser mais lui restera fidèle.Quarante ans plus tard, les deux héros se retrouvent, vieillis et désespérés, et connaissent une fin tragique.Ouvrage non dénué de charme et d'humour, qui évoque les paysages d’Auvergne et une société en voie de disparaître.L'épisode burlesque de la fin décevra les lecteurs.TROYAT (IL), Les dames de Sibérie.B?Roman qui constitue le quatrième tome de la série-romanesque Lu lumicre du Justes.Lauteur y évoque la vie au bagne sibérien où le héros a été relégué.L’ouvrage possède une certaine valeur documentaire et se lit avec facilité.Mais l'étude psychologique des deux personnages principaux est très sommaire.Quelques passages sensuels.TURNBULL (A.S.), Les eaux dormantes .TB Roman d'atmosphère qui évoque un village américain au temps des premières automobiles.Ouvrage-plein de fraîcheur et de romanesque.VALLOTON (H.), Bismark .TB Ouvrage d’histoire.S'inspirant pour une bonne part de documents conservés dans les archives diplomatiques, l'auteur a fait une étude très approfondie de Bismark et des événements historiques auxquels il a été mêlé.Ouvrage d'un grand intérêt pour les amateurs d'histoire.VIGO (R.), Les plaies ouvertes.B?Roman dont l'action se passe dans un pays d'allégeance communiste.Un |c-une sculpteur, brime dans ses aspirations, se laisse entraîner dans une action contre-révolutionnaire.Roman pénible par l’atmosphère de peur et de délation où il baigne, mais non dénué d'intérêt.On en réservera cependant la lecture aux adultes avertis, à cause de la licence des mœurs qui s'y étale.VILLARFT (W.), Amours et patries perdues .B Roman historique qui a pour cadre l'histoire tourmentée de la Lettonie entre 1905 et 1945.Le brassage des races et des classes rivales, les problèmes et les conflits qui en découlent, tout cela est évoqué dans ce roman assez confus dont l'intérêt est surtout historique.Ouvrage d'une lecture difficile, à réserver aux adultes cultivés.M C'est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l'Index; il suffit qu’un livre tomLe sous les lois générales de l’Index peur qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu’on y trouve, soit à cause de la licence morale ui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence ans les descriptions.B?c’est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peu- vent être plus ou moins graves.Cette cote s'applique à des volumes qui sont sains dans l’ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n’appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu’aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.D Septembre 1962 23 T w-, llü « Par l'entremise du Courrier de LECTURES, auriez-vous l'obligeance de nous donner la cote morale du livre intitulé: Dimanche.par Jacques Soleymieu.Il nous parait douteux de pouvoir laisser ce volume dans une bibliothèque ordinaire, et votre appréciation nous rendra bien service.De même pour: Amour à trois visages de Christiane Aimery.et L'Automne en fleurs de Eric de Cys, que nous n'avons pas vus mentionnés sur les différentes listes reçues à date: n'est-ce pas ?Je vous remercie à l’avance et ie profite de l'occasion pour vous féliciter pour l’instructive et de plus en plus intéressante publication de LEC T U RES.» S.S.S.A.(Lévis) — Amour à trois visages et L'Automne en fleurs sont des romans sentimentaux qui conviennent à tous les lecteurs.Quant à l’ouvrage de Soleymieu, nous le regrettons beaucoup, mais il nous est inconnu et nous n’avons là-dessus aucune source de documentation.« Puis-je permettre à une adolescente la lecture du volume de Jean Sarrazin, Visages de l’homme ?Que pensez-vous des œuvres de Maxence Van Der Meersch, en particulier, Pêcheurs d’honii, ^s.Merci à l'avance.• M.(Sorel) — Oui, une adolescente peut très bien lire l'excellent ouvrage de Jean Sarrazin.V isage s de l'homme.Van Der Meersch est un bon auteur, mais qu’il faut fréquenter avec prudence et circonspection.Ses œuvres témoignent d’une âme noble et généreuse, toujours prête à combattre avec vigueur et passion pour de justes causes.Le monde ouvrier, en particulier, avec ses problèmes et ses misères, a trouvé, en Van Der Meersch un interprète compréhensif et compatissant, et un défenseur plein de fougue et de talent.Malheureusement, on trouve, dans ses œuvres, des outrances, des généralisations abusives et des peintures d'un réalisme appuyé, en sorte qu on ne peut, sans discernement, en conseiller la lecture.L'ensemble de son œuvre ne convient qu’à des lecteurs formés et avertis.Pêcheurs d'hommes, qui retrace le magnifique apostolat de la jeunesse ouvrière chrétienne, est également un ouvrage pour lecteurs formés.« J'aimerais, par l'entremise de votre courrier, demander si des lecteurs n'auraient pas en leur possession les romans suivants de Mazo de la Roche, introuvables en librairie: Portrait d’un chien, Possession.La vraie maison, Québec.Si quelqu'un avait l'un ou l’autre de ces volumes et était intéressé à me le(s) céder, veuillez s'il vous plait vous adresser à: Jean-Claude Desjardins, 324 rue Lebeau, St-Jérôme (Terrebonne).» — Déjà vous avez dû recevoir Québec que nous vous avons fait expédier par la librairie Fides.Puissiez-vous recevoir les autres titres ! « A uriez-vous l’obligeance de me dire ce que vaut au point de vue moral le livre Médecin, rien que médecin.Je ne me souviens malheureusement plus du nom de l’auteur.J’espère que vous pourrez quand même me répondre.Puis-je également vous demander si le livre Le Cardinal est à l'Index ?Merci à l'avance.» R.L.C.D.(Rimou-sl.i) — Médecin, rien que médecin dont l'auteur est Morton Thompson est un ouvrage qui appelle des réserves.Pourquoi voudriez-vous que l’ouvrage d'Henry-Morton Robinson, Le Cardinal, soit à l’Index ?Vous trouveriez, sous la plume du R.P.Gilles Blain, c.s.c., une très bonne étude sur ce roman, dans le numéro de novembre 1952 de la revue LECTURES.Vous y verrez que cet ouvrage romanesque, qui fut un best-seller de la littérature américaine, eut une célébrité de bon aloi: le héros est un être singulièrement attachant par son équilibre, son cœur, son intelligence et son apostolat: les tableaux qu’on y trouve des milieux ecclésiastiques sont peints avec humour mais aussi avec respect.La lecture de ce roman doit cependant être réservée aux adultes avertis.24 LECTURES 4T'-1 Deux disques PASTORALE ET MUSIQUE: Couperin convient on ne peut mieux à un disque de ce genre.A signaler, en terminant, l’excellente idée qu'ont eue les promoteurs de ce disque, d'inclure dans la pochette le texte qu’ils nous font entendre.Présence de Pascal est une production qui s’impose dans une discothèque idéale.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 10 pouces — PASTORALE ET MUSIQUE — PM 25041 medium) Les scouts, les jécistes, et en général tous les mouvements de jeunes apprécieront beaucoup ce disque de chants et de canons exécutés par le chœur mixte des jeunes Compagnons de l’île.Ces chansons ne sont pas très connues (v.g.In vino veritas, Tourdion, Tic tac), mais elles sont, pour la plupart, si entraînantes, qu’on se prend à les fredonner avec les exécutants.Les voix sont justes, belles et bien fondues.Peut-être pourrions-nous seulement souhaiter une plus claire diction: les mots ne sont pas très faciles à saisir.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 7 pouces — PASTORALE ET MUSIQUE — PM 17029, artistique) Le troisième centeyutire de la mort de Pascal nous aura valu ce disque d'une qualité vraiment exceptionnelle.Nous y revivons les principales étapes de la vie et du cheminement intérieur de Pascal, grâce à un ingénieux colloque à trois voix: celle de Gilberte Périer, la sœur de Pascal, dans un texte tiré de la biographie qu’elle écrivit sur son frère: celle de Pascal lui-même, dans le texte de quelques-uns de ses écrits; celle enfin de Jésus, telle qu'elle se fit entendre intérieurement à l'auteur des Pensées.On écoute avec le plus vif intérêt ce disque dont le texte s'enchaine bien, malgré les nombreux recoupements auxquels on a du procéder pour l'établir.Les extraits des Pensées sont, pour la plupart, admirablement choisis et l’on constate que, lue à haute voix, la prose pascalienne prend un relief saisissant.Jean Négroni, dans le rôle de Pascal, et Denise Gence, dans celui de Gilberte Périer, sont des interprètes de toute première qualité.Et la musique de Louis Un disque RADIO-MARIE: Micheline René, jeune soprano de la Mauricie, nous offre ici quelques morceaux de son répertoire.La voix est pure, bien posée et fort agréable.L’accompagnement de Mlle Myette Bellefeuille est sobre et de bon goût.On préférera sans doute le premier côté du disque au second, parce que Mlle Rene semble mieux réussir les chansons légères que les cantiques.Mais, dans l’ensemble, nous avons là un excellent petit disque d'agrément dont l'audition fera le charme de nos moments de loisirs.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 7 pouces — RADIO-MARIE — NDC — 376205) Septembre 1962 25 FAITS et^-r7 COMMENTAIRES îçitif !i
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