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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1962-10, Collections de BAnQ.

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SOMMAIRE Les 25 ans de F ides.p.30 ?L’expérience poétique et spirituelle de Marie Noël de S.Marie Tbarsicius .p.31 ?La chronique de Travnik de lvo Andritch .p.32 ?Le Canada français missionnaire du Chan.L.Groulx.p.34 ?Notices bibliographiques .p.36 ?Le courrier des lecteurs .p.48 ?La Voix des Maîtres .p.49 ?Page d’anthologie: Veille de Concile de J.Guitton p.56 OCTOBRE 1962 Paul-A.MARTIN, c.s.c.(Voir à la page 30) EDITCRI4L LES 25 ANS DE FIDES Les Editions Vides célèbrent officiellement, ces jours-ci, le vingt-cinquième anniversaire de leur fondation.C'est en 1937, en effet, que parut le premier numéro de Mes Fiches, revue qui devait être à l'origine d'une maison d'éditions particulièrement dynamique et constructive.Le lancement de Mes Fiches, dont les premiers numéros tiraient à quelque quatorze mille exemplaires, fut, à l’époque, un événement assez spectaculaire.Mais cette revue n’allait pas tarder à devenir, ce qu’elle est aujourd’hui, un rouage parmi beaucoup d’autres dans cette entreprise extrêmement complexe et diversifiée dont les états de service couvrent maintenant un quart de siècle.Notre propos n'est pas d’évaluer qualitativement et quantitativement ces états de service.Tout au plus souhaitons-nous, à l'aide de quelques grandes lignes rapidement esquissées, laisser soupçonner quelque peu l’ampleur de l’effort accompli.Centre d’édition et de bibliographie, Vides ambitionne — sa charte le dit noir sur blanc — de « promouvoir chez les individus l’humanisme intégral et dans la nation l’ordre social chrétien par le moyen d’éditions de toutes sortes et par la mise sur pied de services bibliographiques ».Objectif très vaste où il faut sans doute voir l’explication de la surprenante variété des réalisations de Vides.Dans le seul domaine de l’édition, il y aurait tout un travail de bénédictin à entreprendre si l’on voulait simplement faire le relevé des ouvrages parus à l’enseigne de Vides, depuis 1937.Plus de quinze cents volumes ont été publiés, dont un grand nombre figurent dans des collections aussi diverses que Philosophie et problèmes contemporains, Bibliothèque économique et sociale ou La gerbe d’or, aussi prestigieuses que Le Nénuphar ou Fleur de lys, aussi populaires que les Classiques canadiens ou Alouette bleue.Ajoutez à cela les brochures et les collections de tracts telles que Face au mariage — si populaire il y a quelques années — ou Les grands auteurs spirituels.Philosophie, religion, mariage, sciences sociales, littérature, histoire, etc., il est peu de domaines qui soient restés étrangers à l’effort de Vides.Parallèlement à ce travail d’édition, la maison lançait, après Mes Fiches, plusieurs revues dont la plupart paraissent encore — Lectures, Hérauts, Gants du ciel, l’Elève, Le Maître — et elle mettait sur pied un Service des bibliothèques qui s’est avéré fort utile pour les éducateurs et les bibliothécaires.Enfin Vides a pu, avec les années, établir tout un réseau de librairies dont les ramifications s’étendent un peu partout à travers tout le Canada et même en Vrance.Voilà, dans ses grandes lignes, l’œuvre accomplie par Vides depuis vingt-cinq ans.Si cette œuvre est telle, il faut certes en féliciter celui qui en fut la cheville ouvrière: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., le fondateur et le directeur général de la maison.Il faut surtout en rendre graces à cette Providence dont l’action s?exerce incessamment sur ces causes secondes que sont les hommes.A cette fête de la gratitude, nous convions tous les abonnés de notre revue.R.LECLERC 30 LECTURES SOEUR MARIE-THARSICIUS: experience poétique i ni.une Benoît LACROIX, o.p.Cette brave Marie Noël ! Les longs silences de la critique littéraire officielle ne l’ont jamais dérangée, pas plus que les récompenses d’hier.Car le Grand Prix de poésie vient de lui être attribué par l’Académie Française et d’autres disent qu’elle est sur la liste du Nobel.Aujourd’hui, une des femmes de lettres les plus lues en France, elle demeure quand même ce qu’elle était déjà en 1935, ardente, fière et douce.Avez-vous lu Notes intimes ?Elle est chrétienne: n’est-ce pas mauvais de nos jours ?Si vous doutez de la valeur d’une expérience poétique catholique, ouvrez le livre de Sœur Marie-Tharsicius, c.s.c.,1 et vous serez vite attiré vers les textes et vous vous surprendrez peut-être à lire Petit-Jour, Les Chansons et les Heures.Sœur M.-Tharsi-cius est un bon guide.Elle est discrète, s’efface devant une citation, indique une pensée sans insister, propose une explication sans en faire immédiatement une définition.A son avis, toute l’expérience poétique de Marie Noël tient à l’intensité spirituelle d’une femme qui vit ce qu’elle chante et dont les rythmes sont ceux de l’âme.Poésie du cœur, douceur virile de textes courtois qui ne peuvent qu’attendrir.Bien entendu, à la longue et si on ne lit que cela, cette poésie intimiste risque de nous lasser.Une distraction et il n’y a plus que des mots, légers, simples, doux: mais à quoi bon les mots sans l’expérience qui les sous-tend ?Cette expérience poétique est d’un type clair et pur, comme chez Rutebeuf, Villon, Rimbaud.Elle est merveilleusement nourrie d’événements de tous les jours, de lieux tout simples.Une maison, une chambre, une ruelle, une église, des fleurs, un jardin, des chansons, mais quel univers ! Les pages 54-80 du livre de Sœur Marie-Tharsicius feront la joie du lecteur.Quand une femme commence à deviner une autre femme, il faut s’attendre à tout.Justement, tout tourne ici au mieux.Sœur Marie-Tharsicius a tellement bien vu, que Marie Noël lui écrit: « La lecture de votre étude a été pour moi une joie.Vous avez répondu par une manière de chef-d’œuvre où l’intuition divinatrice — ce génie des critiques — est admirablement servie par une langue pure et nue, la mieux accordée qui soit à votre sujet.» (Auxerre, 29 juillet) Langue pure et nue ?Un exemple, nous tiron au hasard, page 51: «Dans cette quête anxieuse Marie Noël apparaît infiniment diverse: tantôt folle et sauvage, tantôt calme et doucement résignée.Elle est parfois agressive et violente, mais le plus souvent timide et craintive.Elle veut toucher le réel, mais garde sa soif de merveilleux; elle cherche à savoir, mais demeure avide de mystère.» Comme c’est nuancé, poli, bien dit ! Bien sûr, une œuvre à laquelle on n’a rien à reprocher n’est pas de ce monde.Pour ma part, je demanderais à Sœur Marie-Tharsicius si elle n’a pas quelques fois cédé à l’esprit de système, si elle n’a pas trop cherché « le progrès, la conquête », l’évolution.Je souscrirais difficilement à la conclusion que Marie Noël se soit « apaisée, détendue, engagée pour jamais semble-t-il dans le lumineux sillage du Pasteur ».Ne vous semble-t-il pas plutôt, par Notes intimes, ce petit chef-d’œuvre de spiritualité vécue, que le poète d’Auxerre aura jusqu’à la fin ses hauts et ses bas, ses recommencements de foi et de doutes ?Terrible quotidien des âmes les plus pures ! Enfin, passons sur quelques gaucheries de style, expressions « pieuses », citations presque inutiles (v.g.pp.44, 38), une bibliographie trop sommaire qui ne rend pas justice au livre: autant de détails sur lesquels il ne s’agit pas d’insister et qui, d’ailleurs, ne changent en rien la qualité vraie de cette étude.L'expérience poétique de Marie Noël est un livre qui fait honneur aux « bonnes Sœurs ».On a trop souvent cru et dans certains milieux d’avant-garde attardée on croit encore qu'elles sont toutes faites sur mesure, qu’elles n’ont ni pensée personnelle, ni personnalité, etc.Or, le prestige de telle religieuse à la Commission Parent, les succès de telle autre, peintre, le beau livre de Sœur Marie-Tharsicius et d’autres faits encore indiquent un renouveau spirituel authentique et une présence à notre milieu qui devraient nous inviter à l’optimisme.(1) MARIE-THARSICIUS (Sœur), c.s.c.L’EXPERIENCE POETIQUE DE MARIE NOEL.D’après Petit-Jour et Les Chansons et les Heures.Montréal.Fides [1962], 158p.photo 20cm.$2.00 Pour tous Octobre 1962 31 lvo ANDRITCH "La Chronique de Travnik" Travnik est une petite ville de Bosnie, territoire de la Yougoslavie actuelle.C’est là que se déroule le récit d’Ivo Andritch,1 entre les années 1804 et 1814, soit au temps du premier Empire français.La Bosnie était alors un territoire de l’Empire turc et était administrée par un vizir envoyé directement par le sultan.Ce vizir n’avait pas la tâche facile car le pays qu'il avait à gouverner était pauvre et peu développé, ses habitants méprisaient les Ottomans qui imposaient leur autorité par la force et la brutalité.C’était peut-être d’ailleurs le seul moyen pour eux de se maintenir dans cette région ingrate toujours exposée aux émeutes et aux révoltes.Mais si la Turquie régnait sur Travnik, elle n’était pas la seule à y faire sentir son influence.Dès le début de l’Empire, Napoléon y envoya un consul pour sauvegarder les intérêts français dans cette partie de l’Europe orientale.Cette nomination avait entraîné celle d’un diplomate autrichien aussi important, l’Autriche ne pouvant s’abstenir de surveiller et d’entraver autant que possible l'influence de la France dans ces pays reculés.Les Bosniaques ne voyaient pas d’un bon œil la présence de ces diplomates parmi eux, assimilant plus ou moins consciemment tout impérialisme à la domination turque qui les réduisait à l’asservissement.Ils s’attendaient même à voir arriver un jour ou l’autre un diplomate russe qui viendrait s’ajouter à tous ces étrangers qui vivaient déjà chez eux, et rendrait leur situation encore plus pénible.Le livre pourrait s’intituler: histoire de Travnik de 1804 à 1814.Le roman emprunte en effet la manière du récit historique, ou, si l'on veut, de la chronique mais en y ajoutant l’élargissement et les résonances psychologiques propres au récit romanesque.Le personnage principal cependant n'est pas le vizir mais le consul français, Daville.Il vit à Travnik avec sa famille et ses adjoints, soucieux des intérêts de la France.11 a été fasciné par le génie de Napoléon et il rêve de devenir un jour un personnage important dans l’Empire.Il est exilé à Travnik et ne peut accepter son séjour dans cette région déshéritée que dans l’espoir que son dévouement lui vaudra de l’avancement.Daville, cependant, entretient des doutes sur la solidité de l’empire français, et quand viennent les déboires de 1812, il comprend, sans se l’avouer, que ce qu’il avait pressenti de longue date est en train de se réaliser.Mais le prestige de Napoléon est si grand, il est tellement ébloui par son étoile qu'il espère contre toute espérance, et cette foi aveugle lui permet de supporter le spectacle d'une population turbulente et antipathique, et d'entretenir sans enthousiasme les relations diplomatiques avec le vizir et le consulat d’Autriche.La défaite de Napoléon en 1814 lui permettra de retourner en France, désabusé et décidé à se mettre au service de Louis XVIII remonté sur le trône que Napoléon avait usurpé.Ce n’est pas cependant la seule histoire du consulat français à Travnik que nous offre Ivo Andritch.C'est aussi celle du consulat autrichien, celle de l’administration turque et celle surtout du malheureux petit peuple bosniaque balloté par les fluctuations de la politique étrangère.L’administration turque nous est présentée avec réalisme et crudité.Les vizirs sont des hommes durs, autoritaires, ne reculant jamais devant le crime et la trahison quand elle sert leurs intérêts.Ils sont secrets et énigmatiques, ils aiment à en imposer au peuple qu’ils gouvernent et 32 LECTURES aux représentants des puissances étrangères.Ils gardent une certaine fidélité à la France mais les déboires de celle-ci ébranlent leurs convictions.Le peuple de Travnik nous est aussi présenté avec beaucoup de perspicacité.Il est constitué de pauvres et de misérables abandonnés à la cupidité de leurs exploiteurs.Ils souffrent dans la résignation, mais à certains moments, quand l’étau se desserre, la racaille émerge comme une écume et provoque ces actes de violence passionnés qui à leur tour attirent sur eux la colère de leurs maîtres.On sent toute la sympathie de l’auteur pour ces masses abandonnées qui ne profitent pas des avantages des pays avancés, mais souffrent de tous les soubresauts de la politique étrangère.Tyrannisés et exploités par les Turcs, les Bosniaques ne peuvent accéder à la prospérité, ils sont réduits à vivre dans l’indigence.Ils sont réduits à un degré d’avilissement tel qu’ils ne se respectent même pas entre eux et vivent ensemble comme des loups.Musulmans, catholiques, orthodoxes, Juifs entretiennent des haines raciales ou religieuses et prêtent flanc de cette façon aux impérialismes étrangers qui ne manquent pas de tirer parti de leurs dissensions.C’est donc un tableau historique d’une grande valeur que nous offre Ivo Andritch.La dimension psychologique du roman n'est cependant pas moins importante.Andritch se révèle en effet un fin psychologue.Plusieurs personnages nous sont présentés avec une acuité et une force peu communes.Tous leurs sentiments, leurs craintes, leurs espoirs, leurs échecs sont finement analysés et donnent au récit des résonances profondes.Tantôt l’auteur fait converser ses personnages, tantôt il décrit leurs gestes, tantôt il les suit dans leur méditation intime qui prend la forme d’un monologue intérieur.C’est toute une galerie de caractères bien campés qu’il faudrait énumérer si l’on voulait donner une juste idée de la richesse du volume.Ces caractères se dévoilent peu à peu, à mesure que le récit avance et que les événements se suivent et s’engendrent les uns les autres, dans un rythme tantôt lent et imperturbable, tantôt accéléré et fiévreux.Une troisième dimension, qu’on pourrait appeler philosophique, vient recouvrir les deux premières.Dans ce pays lointain et abandonné, la vie humaine n’est pas autonome.Elle est fonction de décisions et d’événements étrangers sur lesquels les Bosniaques ne peuvent exercer aucune influence.Les hommes ne peuvent que s’armer de patience et attendre que des temps meilleurs se présentent.Un jour, Bonaparte connaît Waterloo.Les consuls quittent le pays et plusieurs années plus tard, on ne pense même plus à eux.Mais les Bosniaques continuent à travailler et les enfants à jouer au bord de la rivière.La vie suit son cours, laissant derrière elle les empires et les guerres qui un moment ont secoué des millions d’êtres humains.C’est sur cette impression de sérénité et de confiance que se termine La Chronique de Travnik.Peu de romans atteignent à une telle plénitude.De construction simple et ordonnée, le récit se déroule naturellement et tend vers son dénouement sans que rien ne vienne l’entraver.Il est porté par l’histoire, et on sent bien qu’aussi longtemps que durera l’histoire, la vie universelle continuera, entraînant dans son cours la misère humaine: la souffrance des uns et la cupidité des autres.Paul-Emile ROY, c.s.c.ANDRITCH (Ivo) LA CHRONIQUE DE TRAVNIK.Traduit du serbo-croate par Michel Gloucheviech.Introduction de Claude Aveline.[Paris] Plon [1962].418p.20cm.(Coll.Feux croisés, Ames et terres étrangères) Pour adultes Une initiative très opportune Devant l'abondance des ouvrages religieux publiés en ces dernières années, l'éducateur consciencieux, le religieux attentif, l'étudiant sérieux cherchent à faire un choix judicieux.C'est pourquoi notre nouveau CATALOGUE DE LIVRES RELIGIEUX devient une source d'information précieuse.En voici le SOMMAIRE : I - Index des collections 90 Collections (1722 titres) II - Index des sujets 46 Sujets divers (6094 titres) III - Index des auteurs Index analytique 152 pages — 2,566 auteurs Si vous ne l'avez pas déjà reçu, demandez-le sans retard à FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal 33 Octobre 1962 irésent livre le même style nerveux et la dans le •oulx Le Père Sertillanges disait: « Je travaille sans débrider.Ainsi voudrais-je être trouvé par la mort.» Cette phrase, M.Groulx peut la faire sienne.Agé de 'quatre-vingt-quatre ans, il vient de publier son dernier livre: ouvrage historique de plus de cinq cents pages, bourré de notes et pourvu d'une abondante bibliographie1.Bref, un monument à la gloire du Canada français missionnaire.L’auteur écrit dans la préface: « Mon seul regret aura été de l’avoir écrit sur le tard de la vie, mes modestes moyens encore diminués » (p.10).Qu’il nous permette de lui dire qu’il pèche par excès d’humilité.Au lecteur attentif il ne semblera pas que les « modestes moyens » de l’auteur soient amoindris; on trouve LE LECTURES missionnaire actuel.Dès la fin du régime français en 1760, « toutes les nations indiennes, ou peu s’en faut, ont été touchées par la parole de Dieu, sinon régulièrement évangélisées » (p.15).W La conquête anglaise n’arrêtera pas l’élan missionnaire, bien au contraire.Dès 1818 commençait avec l’abbé Joseph-Norbert Provencher, plus tard premier évêque de Saint-Boniface, la merveilleuse histoire des missions du Nord-Ouest canadien.Jusqu'en 1845, année de l’arrivée des premiers Oblats de Marie-Jmmaculée dans l’Ouest, une petite équipe de prêtres séculiers secondera Mgr Provencher dans son travail d’évangélisation.Il faut connaître les noms de ces missionnaires, ouvriers de la première heure.Les abbés Georges Belcourt, Jean-Baptiste Thibault, Joseph Bourassa, Louis-François Richer-Laflèche, futur évêque de Trois-Rivières, furent comme l’écrit l’auteur de « magnifiques figures de missionnaires * (p.31).M.Groulx intitule le troisième chapitre de son livre: « L’épopée des Oblats dans l’Ouest ».«J’écris épopée, faute d’autres mots pour désigner le don prolongé, total, héroïque de soi, l’acceptation d’épreuves surhumaines pour l’amour de Dieu et pour l’amour des hommes.» (P.35) Ceux qui ont lu l’ouvrage du Père Duchaussois, o.m.i., Aux glaces polaires, savent quelles furent les misères physiques et morales endurées par les premiers missionnaires Oblats, et leur grandeur d’âme.Mais ces missions, grâce à Dieu et aux labeurs extraordinaires de ces hommes furent, aux dires de Mgr Taché, un « succès aussi complet qu’il est raisonnablement possible de l’espérer, et plus complet que nous l’espérions nous-mêmes » (p.44).N’oublions pas les filles de Madame d’Youville, les Soeurs Grises de Montréal.Le 24 avril 1844, quatre religieuses — «femmes héroïques » comme les a appelées le Père Duchaussois — partaient pour le Nord-Ouest travailler avec leurs frères au salut des pauvres Indiens.Elles seconderont admirablement les missionnaires Oblats et les accompagneront jusque dans l’Extrême-Nord.« A l’évocation de ces femmes et de leur apostolat, écrit M.Groulx, un seul mot vient sous la plume: prodige, miracle de vaillance surnaturelle.» (P.46) Les Oblats fidèles à leur devise, Evangelizare pauperibus misit me, iront aussi dans l’Arctique convertir les Esquimaux, toujours suivis par les Sœurs Grises que la folie de la Croix entraînera jusque-là.M.Groulx, en conclusion de son chapitre sur les missions esquimaudes, cite une phrase de Pie XI à Mgr Turquetil: c C’est la mission la plus belle, la plus pénible, la plus méritoire, et c’est pourquoi nous l’aimons tant.Si nous pouvions voir seulement une mission c’est celle-là que nous voudrions voir.» (P.56) Des esprits chagrins se demandent parfois ce que les Canadiens français ont apporté au Canada anglais.L’auteur cite un texte de M.Victor Barbeau montrant la valeur spirituelle de notre contribution dans l’édification du pays.« L’apostolat du Québec est son premier et son plus grand actif.Le dévouement, la générosité, l’abnégation, le courage, l’amour dont il témoigne pèsent plus dans la balance des comptes que tous les biens périssables que nous aurions pu accumuler.» (P.68) Il est difficile de résumer un pareil ouvrage tant la matière est riche et abondante.Aux quatre coins du globe, des missionnaires du Canada français œuvrent durement pour conquérir des âmes au Christ.« Plus de 70 institutions d’hommes et de femmes se dévouent à l’œuvre apostolique sur les divers continents.» (P.83) On nous permettra de signaler l’œuvre de nos frères Dominicains au Japon.L’apostolat intellectuel entre autres, bien dans la ligne de l’Ordre, est un excellent moyen de pénétration dans un pays où tout le monde est avide de culture, et les fils de saint Dominique s’y livrent ardemment.Mentionnons les PP.Vincent-M.Pouliot, professeur de philosophie thomiste à l’Université impériale de Tokio, Louis-Marie Béliveau à celle de Fukuoka, et Gustave-René Picher, qui enseigne la littérature française à l’Université de Sendaï.L’entreprise missionnaire au Japon est extrêmement difficile, mais les Dominicains ne se découragent pas: l’espérance chrétienne est là bien vivante pour les soutenir dans les durs combats qu’ils ont à mener.M.Groulx rapporte une belle réponse du T.R.Père Gérard Paré, Vicaire provincial au Japon, à un missionnaire un peu découragé: « Vous dites votre messe tous les jours.C’est déjà énorme.> (P.157) L’auteur a cent fois raison de signaler un grand privilège du missionnaire canadien français: « Ce privilège est le sien de n’être le sujet d’aucun empire politique ou commercial; il est le fils d’un pays jeune, libre de tout esprit de conquête, quel qu’il soit.Il n’est que le héraut de l’Evangile.Et nul ne peut le suspecter d’être autre chose.» (P.482) Ajoutons que ces hommes et ces femmes appartiennent à une élite: élite morale bien sûr, mais aussi élite intellectuelle.« 1,840 missionnaires canadiens détiennent, soit des titres universitaires, soit des certificats de compétence; trente-cinq missionnaires enseignent en des universités de divers pays de mission, plusieurs centaines enseignent en des écoles de tous degrés; environ 230 détiennent des postes importants dans les administrations scolaires.» (P.483) On parle de plus en plus de crise spirituelle au Camada français: Chose certaine, un peuple de cinq millions d’âmes qui a plus de 5,000 missionnaires répartis dans 76 pays, est encore un peuple foncièrement chrétien, et son christianisme n’est pas près de s’éteindre.« L’histoire enseigne, disait un ancien délégué apostolique au Canada, devenu le cardinal Antoniutti, que les Eglises les plus fécondes, les plus prospères, les plus grandes, ont toujours été les Eglises missionnaires.> (P.484) La grande aventure spirituelle du Canada français que l’auteur nous présente n’est pas un chef-d’œuvre, — on abuse trop de ce mot — mais c’est à notre avis un de ses meilleurs ouvrages.Ce livre, il l’a écrit avec son âme de prêtre.A la fin d’une carrière très riche de professeur et d’écrivain, M.Groulx continue de nous donner l’exemple d’un travailleur intellectuel qui doit nous servir de modèle.Il est un grand historien, peut-être le plus grand que nous ayons.Le Canada français missionnaire en est une autre preuve.( 1 ) GROULX (Chanoine Lionel) LE CANADA FRANÇAIS MISSIONNAIRE.Une autre grande aventure.Montréal, Fides [1962].532p.ill.(h.-t.) 24cm.(Coll.Fleur de lys) Relié.$6.00 Pour tous Avez-vous réservé votre Tiré-à-part de Lectures 1961-1962 Attention ! Tirage limité $4.00 (par la poste $4.20) Passez votre commande aujourd'hui à I ortiirpc 25 est' rue Saint-Jacques, LCllUlKd, Montréal.UN.1-9621 Octobre 1962 35 Notices bibliographiques Littérature canadienne Religion * * * AU RYTHME DE L’EGLISE.Thèmes d’étude et de réflexion sur l’Eglise.Recueil de prières pour l’Eglise et ses membres.Montréal, l’Action catholique canadienne, 1962.95p.21cm.Pour tous L'Action catholique canadienne vient de publier une brochure qui sera extrêmement précieuse pour tous les laïcs qui entendent témoigner de leur foi dans un monde en pleine évolution.Il comprend deux parties.La première comporte douze thèmes de réflexion groupés autour de quatre sujets différents : la mission de l'Eglise et le rôle de l’évêque; le Concile; la paroisse; l'apostolat des laïcs.La seconde partie est un recueil de prières pour l'Eglise.Chacun des thèmes de réflexion est exposé d’une façon claire et concise; un bref questionnaire, des suggestions pratiques et des références bibliques suivent le texte de base.Il faut signaler, dans la deuxième partie, la qualité du choix de prières.Nous trouvons là d'admirables prières, qu’on aimera sans doute beaucoup à réciter en commun (v.g.la prière pour obtenir une âme fraternelle du Père Perrin, celle du Père Charles pour demander l’amour universel, celle de l’apôtre d’aujourd’hui composée par Mgr Besson).Cette brochure est tout indiquée pour les cercles d'étude des groupes de laïcs.R.L Sciences sociales BOURGAULT (Raymond), s.j.LA GAUCHE ET LA DROITE.Montréal, Bellarmin [1962].37p.20.5cm.(Coll.Questions actuelles, no 3) $0.50 Pour tous L’auteur réunit dans cette plaquette quatre articles parus dans la revue Relations en 1961 et 1962.On ne saurait que l’en féliciter.Il apporte aux notions de gauche et de droite un éclairage qui devrait faciliter le dialogue entre intellec- tuels de tendances différentes.11 étudie le concept de gauche et de droite, et passe ensuite à la réalité qui est multiforme.« C’est pour une part, affaire de tem-péramment, de sexe, de milieu social; pour une autre part, un problème de sociologie de la connaissance; pour une autre encore, une face du mystère de l’existence spirituelle» (p.10).Chacun de ces chapitres éclaire un aspect de la situation canadienne.On comprend surtout que la gauche et la droite doivent s’accepter réciproquement et collaborer dans le service de la vérité.P.-E.ROY, c.s.c.Rappel —- Histoire du Canada par les textes par Michel Brunet, Guy Frégault et Marcel Trudel Grâce à ces textes, le passé reprend vie.Nous sommes plongés en plein cœur des grands problèmes.L'étude et l'enseignement de l’histoire y gagnent singulièrement en intérêt.298p.24cm.Relié.$4.50 (par la poste $4.70) _______________________________________ Une édition FIDES 36 LECTURES RUMILLY (Robert) LE PROBLEME NA TIO-NAL DES CANADIENS FRANÇAIS.Préface du R.P.G.Lamarche, c.s.v.Montréal, Fi-des [1961].146p.20.5cm.(Coll.Bibliothèque économique et sociale) $1.50 Pour tous Que M.Rumilly nous pardonne: nous retrouvons bien ici la netteté de pensée habituelle à cet auteur, mais nous n’y reconnaissons plus la régularité coutumière de sa forme.Voici ce que donne notre analyse.Selon M.Rumilly, 1ère partie — Deux faits dominent l’histoire du Canada français depuis la conquête en 1760.D’une part, aux yeux de la masse anglo-protestante, les Canadiens français traditionalistes et idéalistes, sont des citoyens de vingtième zone, méprisables à cause de leur langue continentale et de leurs superstitions papistes.D’autre part, la province où ils dominent ne compte pas, Ottawa exerçant sur elle une véritable hégémonie dans le double domaine de la taxation et de l'éducation (p.15-80).L'étudiant doit connaître le 2ème partie — De ce double fait l’auteur déduit une thèse qui s’énonce à peu près ainsi: Si les Canadiens français veulent reconquérir leur prestige perdu, il leur faut se constituer en un Etat indépendant.Or, s’il y a peu de chance pour que le Nouveau-Brunswick devienne cet Etat, il y a au contraire toute chance pour que Québec en soit le site idéal.Les Québécois se doivent donc de proclamer un jour, comme ils en ont le droit, leur province indépendante des autres Etats dont se compose la Confédération canadienne (p.81-87).3ème partie — Les objections que l’on oppose à cette thèse ne tiennent pas debout.Le Québec possède une population suffisante (p.87-92).La richesse et la variété de ses ressources naturelles permettent de ne pas mettre en doute sa prospérité économique (p.93-101).Contrairement aux craintes de certains, le séparatisme québécois ne mettrait nullement en péril le sort des minorités françaises dans les autres provinces (p.103-114).La domination du clergé, que d'aucuns redoutent pour un Québec indépendant, est une simple utopie (p.115-120).Les Anglo-Canadiens ou Britanniques, si empressés à favoriser l’indépendance de peuples Robert RUMILLY moins préparés que le Québec, ne saura.ent s’insurger, sans manquer de logique, contre nos ambitions séparatistes (p.121-125).Même si une partie de sa population semble indifférente à son changement de statut, à la longue et à la réflexion la masse finira par en saisir les indéniables avantages (p.127-134).4ème partie — La plausibilité de la thèse sur un Québec indépendant étant ainsi justifiée par la réponse aux objections qu’elle soulève, reste à savoir quelle sera la forme de cette indépendance.La sécession de Québec serait-elle absolue ?comporterait-elle au contraire une association avec les autres provinces, une alliance qui créerait autour d’Ottawa un Commonwealth canadien analogue au Commonwealth britannique ?Les « souverainistes » prônent la première solution; l’auteur et ses amis optent au contraire pour la seconde, avec raisons à l’appui (p.135-146).Voilà comment, débarrassée de certains titres peu clairs et de sous-titres mal placés, se développe, selon nous, la thèse de M.Rumilly.Pour l’apprécier, il faudrait d’abord l’avoir comparée avec celle de Marcel Chaput dans Pourquoi je suis séparatiste et l’avoir confrontée avec la contrepartie de Jean-Charles Harvey dans Pourquoi je ne suis pas séparatiste.Nous attendons cette éventualité.Emile CHARTIER, p.d.37 NOUVEAU TESTAMENT Dans la collection Alouette Blanche Les enseignements du Christ mis à la portée de tous 719 pages ?broché : $0.75 * relié: $1.25 Octobre 1962 Photo prise lors du lancement de l’ouvrage de M.Marcel Cadieux.De gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., M.et Mme M.Cadieux.sion du service civil (fonctionnarisme), joindre ou faire joindre des personnages (approcher; au moins l’auteur évite-t-il l'horrible contacter), inviter des confidences (provoquer).Plût au ciel que tous nos manuels se distinguassent par cette limpidité et ce souci de la nuance ! Emile CHARTIER, p.d.: Littérature .i •¦¦¦ .jJ CADIEUX (Marcel) LE DIPLOMATE CANADIEN.Eléments d’une définition.Montréal, Fides [1962].125p.20.5cm.(Coll.Bibliothèque économique et sociale) $1.50 Pour tous Ancien chef du personnel à notre ministère fédéral des Affaires extérieures, M.Cadieux nous présente ici ce qui pourrait s’appeler un Manuel du diplomate canadien.Seulement, il ne s’agit pas d’un exposé uniquement technique.L’auteur tend à grouper — son sous-titre le dit assez — les « éléments d’une définition ».Pour y parvenir, il décrit d'abord, en une sorte d’introduction, l’évolution historique de notre service diplomatique (p.9-24).Par cette description il appert que, en raison de notre association avec le Commonwealth britannique, de nos accointances avec les Etats-Unis, de notre double culture aussi, notre diplomatie diffère assez sensiblement de celle des autres pays.La partie essentielle du livre expose alors les trois tâches fondamentales de nos agents: conseiller notre gouvernement, protéger au dehors les intérêts de notre patrie, représenter à l'étranger à la fois notre pays et son gouvernement (p.25-58).Dans ces trois fonctions, notre double caractère de puissance moyenne et de pays bi- culturel confère à l’action de nos agents une allure absolument spéciale.La thèse principale étant ainsi déblayée, M.Cadieux étudie un certain nombre de questions connexes: affectation de nos agents selon le genre de leur spécialisation ou les régions auxquelles on les destine, double spécialisation, avancement, recrutement, typologie du fonctionnaire (p.59-112).C’est ici que se pose le problème du diplomate ca-nadien-français.M.Cadieux estime que, si l’activité de ce dernier doit fatalement différer de celle de son compatriote anglo-saxon, le traitement qu’ils reçoivent tous deux du ministère doit être à peu près identique.Un sobre résumé (p.113-122) oppose alors aux misères inévitables du métier la grandeur de la fonction.C’est de toutes ces considérations que découle la définition précise du diplomate canadien (p.123-125).Bornons-la à cette formule vraiment heureuse qui termine le livre: « Le diplomate canadien n’est pas le répertoire des vertus de son pays, mais il est possible de percevoir en lui bien des traits qui sont caractéristiques du Canadien.» A cause du plan, bon nombre de répétitions étaient sans doute inévitables.L’atmosphère anglo-saxonne de notre parlement explique de rares anglicismes: ainsi Commis- BAILLARGEON (Pierre) LE SCANDALE EST NECESSAIRE.Montréal, Les F.di- tions du Jour [1962].154p.19.5cm.$1.50 Pour adultes Pierre Baillargeon a coiffé d'un titre percutant son dernier ouvrage.Mais il n’y a là rien de très effarouchant.A vrai dire, ce n’est pas « un » ouvrage, mais un assemblage de réflexions sur différents sujets, où la maxime domine.Homme distingué, l’auteur a gardé de mauvais souvenirs de la petite école et du collège.Sensible, il aime paraître désabusé et on ne lui en impose pas.Il peut écrire, en vrai disciple de La Rochefoucauld: « En général, l’amitié n’est qu’une fiction commode pour s'entretenir de soi » (p.148).Dans ses remarques sur le clergé, Pierre Baillargeon est plus spirituel que méchant.Il a bien noté que la sainteté seule du prêtre arrêtera tout genre d’adversaires (p.49): il a bien raison ! Si parfois certaines remarques sont de peu d’importance ou d’un goût douteux, d’autres, au contraire, sont fort spirituelles et amusantes, par exemple: « Un éclair de raison (en amour) ne répare pas l’effet d’un coup de foudre: il en fait seulement apercevoir les dégâts * (p.139).Mais les observations les plus pertinentes sont celles qui se rapportent à la littérature canadienne.38 LECTURES Pierre BAILLA RG EON 11 a bien vu que d’une part, « notre vérité ne s’importera pas » (p.39) et que, d’autre part, il faut s’inspirer des auteurs français, non les copier servilement.Il a bien vu également le fossé qui est en train de se creuser entre l’artiste et le public.Comme tant d’autres enfin, il se permet des boutades à l’égard de la littérature canadienne.Mais, au fond, il sait bien qu’elle vit ! Paul GAY, c.s.sp.CHOQUETTE (Gilbert) L'INTERROGATION.Montréal, Beauchemin, 1962.173p.20.5cm.Appelle des réserves Le Dr Charles Dumais, après dix ans passés en Bolivie à soigner les métis, est revenu à Montréal sans aucune illusion et en se posant toutes les questions qui, depuis des millénaires, ont angoissé l’humanité: Pourquoi la vie ?Qu’est-ce que vivre ?Le désintéressement est-il autre chose qu’une forme larvée d’égoïsme ?L’amitié peut-elle exister ?Le cœur de l’homme est-il autre chose qu’« une boîte à ordures » ?L’homme ne reste-t-il pas tragiquement SEUL, ne vivant qu’avec ses propres interrogations intérieures qui le rongent et le conduisent au néant ?Le dernier mot de tout n’est-il pas le néant ?L’amour ?Il n’a pas épousé Adrienne parce qu’elle était croyante et lui incroyant.Et il ne l’épou- sera jamais, même quand son mari, le Dr Bernard, sera mort, parce qu’il veut garder intacte son adoration pour elle !.Ses conseillers ?Le Dr Bernard, son pseudo-ami qui couvre par l’action le vide affreux de son âme, et un chanoine qui, lui aussi, doute de Dieu !.On le voit, rien de neuf dans les idées.Ce roman ne vaut que par le style qui, à certaines pages, est d'une pureté d’agate, d’une grande sobriété et d’une parfaite élégance.Hélas ! Ce n’est pas avec sa raison que Gilbert Choquette a abordé le problème de la vie, mais avec une sensibilité frémissante, presque maladive, ce qui est la façon la moins propre à trouver la réponse à L’INTERROGATION.Paul GAY, c.s.sp.DOMINIQUE (Albert-Pierre) PHOTOSTATS.Montréal, Beauchemin, 1961.121p.$1.50 Pour adultes C’est un livre de maximes.Du genre maximes, l’auteur a gardé la malice, voire la rosserie, le goût des antithèses et de la pointe, la langue juste, correcte, mais trop froide et sans éclairs.L'auteur est loin de croire à la bonté native de l’homme.Son ouvrage manque de coups d’ailes.Il est généralement très subtil, difficile à comprendre.Il tombe alors dans le bizarre et le recherché.Ce qui domine, c’est la tendance à explorer de nouvelles oppositions entre des situations ou des objets, par quoi il nous déroute et semble réfléchir par écrit pour lui seul.Enfin, sans être délicat, on reprochera à l’auteur des grossièretés qui, pour s’étaler simplement, n’en sont pas moins regrettables.Paul GAY, c.s.sp.LANGUIRAND (Jacques) LES INSOLITES et LES VIOLONS DE L'AUTOMNE.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1962.A p pelle des réserves Dans ces deux pièces de théâtre, Jacques Languirand suit le mouvement européen de ce qu’on a appelé « l’antithéâtre ».Dérivé de l’absurde pour lequel toute représentation est vaine, le théâtre moderne fait des efforts inouïs pour se renouveler.Reste à savoir si ces essais ne sont pas des tentatives de suicide.Comme les œuvres de Ionesco, Adamov ou Beckett, les deux pièces de J.Languirand piétinent férocement toute psychologie conventionnelle.Le « dire » des personnages ne renvoie pas à tel * être ».En dehors des jeux scéniques et des jeux d’esprit, il n’y a rien dans Les Insolites, pièce qu’il est impossible de résumer.Dans Les violons de l’automne, il y a lui et elle qui, âgés, veulent reprendre le passé et faire revivre le temps de leur jeunesse.Autant demander la lune.Intervient l’autre qui veut elle pour lui seul.Pendant trois longs actes, on piétine sur place, on tourne sur le même sillon du disque, avec la même musique qui n’avance jamais.C’est un théâtre du néant où il faut absolument rester en surface et ne pas plonger dans les sentiments profonds de l’âme humaine.Des petites phrases de rien, de subtiles quiproquos, des remarques spirituelles ou grossières et c’est tout.Ce théâtre qui n’a rien à dire parle vraiment trop ! Paul GAY, c.s.sp.SIMARD (Jean) REPERTOIRE.Essai.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1961].319p.20.5cm.Appelle des réserves Répertoire de Jean Simard est un grand livre.C’est, avec Convergences de J.Lemoyne, l’un des meilleurs ouvrages de 1961.Simard est un grand critique d’art.Je ne pense pas qu’on ait déjà produit un livre de ce genre au Canada français.L’Ecole des Beaux-Arts de Montréal peut s’enorgueillir d’avoir, pour l’enseignement de l’art, un homme aussi compétent et aussi universel.Les 320 pages du Répertoire ne sont Octobre 1962 39 qu’une longue promenade à travers l’art, les artistes et les grandes œuvres de l'humanité.Ils sont nombreux les aperçus très justes sur la nature de l’œuvre d'art, sur ses conditions au Canada.Simard ne copie personne.Ou plutôt, il a tellement assimilé ses devanciers qu’ils sont devenus comme sa propre chair et sa propre pensée.Les définitions sortent bien de chez lui.Lisez cette définition du classique: < J'appelle classique cet équilibre admirable et précaire que l'Art atteint parfois, lorsqu’est imposée à l'intensité du Sentiment la discipline de la Forme » (p.38).Simard a bien compris que « l’art naît au plus profond de l’homme », et que, si l’homme scrute la nature c’est pour * saisir, entre elle et lui, les secrètes correspondances » (p.168).Il a des formules personnelles pour décrire la décadence de telle ou telle école d'ari: « Quand un Style parle trop, c’est qu’il n’a plus rien à dire » (p.173).Ses observations sont nombreuses, piquantes, originales.Et ses études de peintres ou de tableaux célèbres ?Il est aussi à l’aise pour parler de Léonard de Vinci (son artiste le plus cité) que pour expliquer La Guernica de Picasso ou la Chapelle de Vence de Matisse.Ses études de Goodbridge, de Stanley Cosgrove, de James Wilson Morrice sont d’une précision parfaite.Celle des Romantiques également, qui essayent « d'exprimer par le geste ce qui ne saurait l’être que par la ferveur d’un jeu tout intérieur» (p.166).Livre appelé à rendre de .très grands services.Des regrets cependant: 1) L’auteur aurait dû classer ses remarques, sinon par auteur, au moins par genre.2) Il manque une table de matière.Grave déficience qui rend un livre aussi important d’une utilisation difficile.3) Quel petit chef-d’œuvre en son genre on aurait eu si des reproductions de peinture eussent illustré ces pages si solides ! 4) Jean Simard aurait dû enlever de son ouvrage toutes les remarques qui ne sont pas de l’art.On se demande réellement ce qu’elles viennent faire là.a) Attaques très dures, sans nuances, contre le clergé cana-dicn-français; attaques qui vont jusqu’à la menace.Ses maîtres, affirme-t-il, furent des « maîtres-à-ne-pas-pen-ser » ! b) Simard doute de sa foi et de l'Eglise.Mais cherche-t-il aux vraies sources ?Cherche-t-il dans l’humilité ?c) Si le professeur Simard sait décrire avec un rare bonheur le vrai rôle de l'éducateur, ses idées sur la culture cana-dienne-française qui, d’après lui, ne devrait pas être rattachée à la France, sont pour le moins discutables.Et pourtant, malgré tous ces regrets, la franchise et la science de Jean Simard en imposent, en même temps qu’une vive intelligence au service de l’art, et un style superbe et riche.Répertoire est, non un essai, mais une œuvre considérable.Paul GAY c.s.sp.>?< RUMILLY (Robert) HISTOIRE DE LA PROVINCE DE QUEBEC.Vol.XXXIII.La plaie du chômage.Montréal, Fides [1961].261p.19cm.$2.50 Pour tous Il n’est qu’un mot pour résumer ce volume récent de Robert Rumilly: la crise (1931-1934).En fait, toute cette époque se caractérise d’abord par une crise économique.La plupart de nos entreprises, souvent possédées et presque toujours dirigées par des étrangers, s’alimentent de capitaux anglais ou américains.Quand elles menacent de péricliter, leurs directeurs, au lieu de diminuer les dividendes des actionnaires, rognent les salaires des ouvriers.De là naît une crise ouvrière.Les employés, groupés en syndicats, veulent contraindre les patrons à leur faire des conditions de vie plus acceptables.Devant le refus habituel des entrepreneurs, les syn- dicats recourent à leur moyen non moins habituel: la grève.Dire grève, c’est dire chômage.Pour y parer, comme les chefs se défilent, il faut recourir aux pouvoirs publics.De là procède une crise politique.De même que les libéraux au pouvoir tiennent la dragée haute aux entreprises dominées par des conservateurs, de même les conservateurs refusent la pâtée à celles que régentent des libéraux.Si elles consentent à intervenir, les autorités gouvernementales sont tiraillées entre la répartition de secours directs et l’exécution de travaux publics.Mais alors surgit une crise nationale.Les provinces de l’Ouest ne cessent de réclamer des subventions que servent à octroyer les taxes payées par Ontario et Québec.Les minorités françaises des autres provinces font appel à cette dernière province comme à leur maison mère.Alors se produit une crise entre Ottawa, qui s'acharne à centraliser de plus en plus les pouvoirs, et la province dont le mot d’ordre est, selon l’hon.Taschereau, Hands off Quebec ! Malheureusement, celle-ci est sans cesse agitée par des crises électorales, soit dans l’ordre provincial, soit dans l’ordre municipal.Ainsi divisés, les Canadiens français de la province-mère sont encore ébranlés par une jeunesse turbulente.Comme celle-ci s'exprime souvent dans des journaux à direction ecclésiastique ou dans des manifestations qu’ont l’air de patronner des communautés, elle provoque une véritable crise politico-religieuse.Les raisons qui expliquent ces crises, leurs répercussion?(les barbares disent: leur réaction) sur l’esprit public, les solutions proposées, écartées ou adoptées pour les résoudre, M.Rumilly ne les tire pas de son cru.Il les emprunte tantôt aux pièces officielles tantôt à des archives particulières tantôt aux journaux et périodiques du temps.Il se trouve ainsi, pourrait-on dire, à prendre le pouls de l’époque.C’est sans doute la meilleure façon de faire de l’histoire, au moins de la chronique.Emile CHARTIER p.d.40 LECTURES Littérature étrangère Mariage mmtm C HABANNES (Jacques) COLLA BORA TRICE D E SON MARI AU TRAVAIL ET A LA MAISON.Illustrations de Geneviève Vallée.127p.ill.17.5 cm.(Coll.La vie de la femme) Pour tous Il y a mille et une façons pour la femme d’être collaboratrice de son mari.Cet ouvrage l’illustre avec beaucoup de bonheur.Notions d'histoire, de sociologie et de psychologie: on trouve de tout dans cette petite brochure écrite avec sagesse, esprit et humour par un homme qui a une haute idée de la vie conjugale.Une brochure à répandre largement parmi les jeunes qui se préparent au mariage.A.C.¦ • ; • .EVDOKIMOV (Paul) GOGOL ET DOSTOIEVSKY.Ou la descente aux enfers.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].310p.! 8.5cm.(Coll.Présence chrétienne) $3.85 Pours tous mais spécialisé • Sans Gogol, Dostoievsky n’existerait pas; sans Gogol on ne peut le comprendre totalement.On ne peut plus aujourd'hui lire et comprendre l’un sans l’autre.» Ainsi s’exprime d’autorité l’un des représentants les plus qualifiés de l'Eglise orthodoxe russe en Occident, Paul Evdokimov, professeur à l’Institut de Théologie Saint-Serge à Paris, directeur du Centre d’Etudes Orthodoxes en Langue Française, membre du Comité directeur du Conseil Œcuménique de Bossey, et membre du Conseil Œcuménique de Genève.Combien jusqu’à nos jours, en Russie et dans la plupart des pays occidentaux, sont tributaires de ces deux écrivains dont la sagesse et l’art présentent une dimension universelle.Chez eux.il est vrai, « les limites entre la philosophie, l’art et la religion sont franchies sans qu’on s’en aperçoive, tant leurs frontières sont en perpétuel mouvement dialectique * (p.46).Ce qui choque nos esprits occidentaux par trop cartésiens.Aussi, l’ouvrage du philosophe et théologien qu’est M.Evdokimov vient-il à propos pour clarifier les positions que détiennent Gogol et son épigone direct, Dostoievsky.L’information nouvelle qu’il nous donne, lumineuse et rassurante, nous permet de comprendre à quel point les deux écrivains russes ont été à leur manière des Pascals penchés sur l’homme et les conditions de son existence.Peut-être avons-nous été effarouchés à la lecture des écrits de ces spécialistes de l’exploration des profondeurs de Satan.C’est qu’ils ne le font pas « en touristes », de noter l’Auteur en reprenant la boutade de Péguy au sujet de Dante.De plus, les critiques qui ont facilement tendance à styliser les artistes selon leur propre optique ou celle de leur école, nous ont accoutumés à des jugements contradictoires, vraiment troublants au sujet de Gogol ou de Dotoïevsky.La présente publication, grâce aux profondeurs de vue et à la vaste connaissance de ce spécialiste vient donc dissiper nombre de préjugés et restituer le visage véritable de ce « gnome mystérieux * que fut Gogol et de celui qu’on a reconnu comme un psychologue génialement intuitif, Dostoievsky.Avec M.Evdokimov, l’on constate à quel point les deux célèbres écrivains russes peuvent être considérés plus européens que les Européens, et cela précisément par leur message, celui même de l’Evangile, devant lequel l'Orient et l’Occident disparaissent.On serait bien inspiré de prendre connaissance de ce recueil de l’excellente collection Présence chrétienne, soit avant d’aborder la lecture de ces maîtres à penser, soit tout simplement pour approfondir leur sagesse.Un ouvrage qui exige de son lecteur quelque maturité, mais des plus captivants et des plus valables qu’on ait consacrés à Gogol et à Dostoievsky.Roland-M.C’HARLAND, c.s.c.?BAUER (Gérard) LES MORALISTES FRANÇAIS.La Rochefoucauld — La Bruyère — Vauvenargues — Chamfort — Rivarol — Jou-bert.Choix de textes et préface par Gérard Bauër.Paris, Albin Michel [1962].192p.20.5cm.$2.90 Pour tous De Montaigne à Gide, la littérature française dans son ensemble est une œuvre de moralistes, comme l’explique très bien Gérard Bauër dans la préface du présent bouquin.Qu'il s’agisse de Pascal ou de Molière, de Stendhal ou de Proust, ou de quelque autre grand nom de nos écrivains contemporains, presque toujours l’homme de lettres français « certifie ce beau pouvoir de considérer l’homme et de pénétrer son mystère ».Le XVIIe siècle, nous le savons, a été particulièrement fertile en moralistes: La Rochefoucauld et La Bruyère n’ont guère été surpassés.Il est surprenant cependant que l’Auteur ne souligne pas de façon expresse et plus développée l’œuvre de Pascal et l’influence notable de Port-Royal sur le talent de l’habitué du salon de Mme de Sablé.Tout autant que l’œuvre de La Rochefoucauld.les « immortels brouillons » contiennent maintes pensées qui sont d’authentiques observations et des descriptions du cœur humain exprimées d’une façon absolue et dans ce qu’il y a d’éternel.Octobre 1962 41 Nous déplorons donc qu'il n'y ait aucun texte de Pascal, aucun texte de Montesquieu qui, au siècle suivant, est un digne représentant de ce génie du vrai, bien qu'il soit beaucoup plus un essayiste réformateur qu’un pur moraliste.Cette réserve faite, la préface de Gérard Bauër nous rappelle clairement le sens et la valeur de l’art des grands moralistes en caractérisant les particularités de chacun.Puis suivent les textes en surchoix, les plus connus et les plus forts.C'est une lecture qui tonifie l’esprit et le coeur que celle de ces écrivains, et quelle leçon sans pareille de l’art du raccourci littéraire, de la précision et de la densité de la pensée ! Un livre nettement désigné à tous ceux qui sont loin d’une façon ou d’une autre de leurs < petits classiques » d'antan, et qui veulent bien se donner la joie de relire les textes les meilleurs de ces moralistes des XVIIe et XVIIIe siècle.Roland-M.CHARLAND, c.s.c ?FRIOUX (Claude) MAI A KOVSKI PAR LUI-MEME.[Paris] Editions du Seuil 11961].191p.ill.18cm.(Coll.Ecrivains de toujours, no 56) $1.60 Pour tous mais spécialisé Maiakovski, que Staline déclarait naguère < le meilleur poète de l'époque soviétique », semble à première vue relever le défi de créer un art véritable presque tout entier au service d'une idéologie.A la vérité, une part notable de son œuvre sent déjà le vieillot et les relents d'une propagande commandée qui se trahit elle-même du fait qu'elle est trop visiblement agglutinée à l'immédiat, au moment historique.Cependant, comme le souligne Claude Frioux, Maiakovski fut réellement un homme de génie de < puissance volcanique ».Autodidacte acharné, peintre, ac- teur de la scène et de l’écran, caricaturiste d’avant-garde (les illustrations qu'on nous fait voir témoignent d'un talent remarquable), conférencier, Maiakovski a laissé avant tout la renommée d’un écrivain dramatique et d’un poète futuriste qui sait, selon sa propre expression, * la force des mots et leur tocsin ».Les quelques pièces d’anthologie qu’on trouvera dans les cinquante dernières pages du présent bouquin sont révélatrices de la pensée et de la vigueur de ce poète russe.Nous connaissons assez peu ce poète, et pourtant son œuvre est considérable tout autant que sa réputation.« A l’heure du vertige planétaire, écrit C.Frioux, la jeune poésie soviétique d’aujourd’hui, en quête de voies nouvelles, entoure Maiakovski d’une active ferveur, tandis que les philistins continuent à se méfier sourdement de lui.Il est plus que jamais, selon son vœu, un vivant qui parle à des vivants.» L'étude qu’on lui consacre aujourd'hui est donc bienvenue.Elle nous montre l'écrivain russe à chacun des principaux paliers de son évolution: un tempérament absolu et bohème à la fois, un ange d’Apocalypse rempli de visions de toutes sortes et tout ensemble un amant douloureux, « oursifié » par la jalousie qui le fait sombrer dans le suicide à l’âge de trente-sept ans.Maiakovski a été en son pays l'initiateur du surréalisme.Grâce à son esprit essentiellement intuitif, à sa pensée abstraite et systématique, il a commis et propagé de lumineuses extravagances, comme celles de dépoétiser la nature romantique et de magnifier toutes les découvertes scientifiques du XXe siècle, de pratiquer l’épopée et le langage transmental.En dépit des difficultés de transposer en français les poèmes de ce poète (Eisa Triolet — dont les traductions sont réputées — révélait en 1945 que les vers de Maiakovski sont € tous intraduisibles, qu’il n’en reste rien à la traduction »), tout de même les quelques extraits de poèmes ou de prose qu’on pourra lire dans le présent ouvrage nous indiquent très bien la dimension du poète russe que Claude Frioux nous a fait connaître avec tant d’intelligence et de ferveur.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.?« WEST (Morris L.) TOUTE LA VERITE.Roman.Traduit de l’anglais par Jacques Papy.[Paris] Plon [1962].266p.20.5cm.(Coll.Feux croisés, âmes et terres étrangères) Appelle des réserves Roman policier ?Toute la vérité a.du genre, l’affabulation extérieure mais à qui veut comprendre, ce roman de West n’en révèle pas moins sa foi, une recherche de l’absolu, l’intervention divine.Certes, l’action de la Providence reste inexprimée et inefficace dans le roman que la collection Feux croisés, nous présente en traduction.Ecrit avant L'Avocat du diable et La Seconde Victoire.Toute la vérité exprime tout de même un aspect d’une présence que ni la cruauté, ni la trahison des hommes ne parviennent à masquer.Richard Ashley, par certains aspects de sa personnalité et par sa quête d’absolu, ressemble à Mgr Meredith de L’Avocat du diable.La vérité, même imparfaitement exprimée, reste à ses yeux une force incoercible qui le pousse à avancer dans une voie inconnue de nous mais où Dieu prend visage.Qu'il ait travaillé en vain à démasquer les turpitudes qui l'entourent, que ses efforts n’aboutissent à toutes fins pratiques qu’à régler humainement son sort, n’entrave en rien le cheminement de la grâce en lui.Mais ce point crucial de l’évolution d’une âme vers, non pas la vérité des faits que ses yeux voient, mais la vérité intérieure demeure très difficile à déceler dans Toute la vérité qu’il faut lire en rétablissant l’ordre évolutif de l’écrivain anglais, l’un des plus marquants de notre époque.Julia RICHER 42 LECTURES Littérature de jeunesse MACLEAN (Alistair) LES CANONS DE NAVA- RONE.[Bruges] Dcsclée de Brouwer [1959].153p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur) Relié.$1.75 Pour adolescents Pour évacuer les 1200 soldats britanniques cantonnés sur l’île Khéros, U fallait vaincre Navarone.Mais la forteresse allemande semblait invincible: par trois fois ses défenseurs avaient résisté à l'assaut ennemi.Une seule chance restait: le sabotage.Ce soin fut confié à une équipe d'hommes, remarquables tout autant par leur courage que par leur savoir-faire.Empruntant la livrée des pêcheurs grecs, les hommes de Mallory s’embarquent vers la périlleuse aventure.Des écueils de toutes sortes se dresseront sur leur route, risquant de faire sombrer leur audacieux projet.L'équipe — qui en a vu d’autres — accomplira jusqu'au bout sa délicate mission et rendra à tout jamais inoffensifs les canons de Navarone.Ce qui ressort de cette fantastique épopée, c’est l’héroïsme de l'homme pour sauver d’autres hommes.c’est l’humanité de ces combattants qui tuent pour se défendre mais à regret « car, songeait l’un d’eux, la vie est un don divin dont l’homme n’a le droit de priver personne ».Ces hommes restent des hommes, là où beaucoup d'autres — à peine excusés par la peur — sont devenus des bêtes en face d’autres bêtes.La lecture de cet exploit donnera à tout adolescent sérieux le goût d’une vie plus généreuse au service d'un noble idéal.De plus, les jeunes esprits, amenés par l’auteur à réfléchir sur la guerre et ses conséquences.ne pourront que la trouver monstrueuse et concevront un plus grand respect pour la vie de leurs frères.Dommage que les dessins, insérés çà et là au creux des chapitres.•ic soient pas aussi éloquents que l'illustration de la couverture.Denise HOULE ?>?* BORNERT (Lucien) L’ŒIL DE FEU.Illustrations de Pierre Magnin.Paris, Fleu- rus, 1960.123p.ill.18cm.(Coll.Jean-François) Relié.$1.15 Pour jeunes Bob Richard, après quelques succès sur le ring, s’inscrit au Grand Tournoi de Boxe amateur organisé par une importante compagnie d’automobiles.L’enjeu du combat est naturellement un produit de la maison: une voiture ! A la grande surprise de son instructeur.Bob — vainqueur du match — préfère à l’auto un chèque de sa valeur.Qu’en fera-t-il ?Le brave garçon donnera la plus grande partie de cette somme à sa grand-maman .et partira à la recherche de son père.Ce dernier a quitté la France quelques années auparavant, hanté par l’idée de retrouver un vieux temple tapissé d’or et de pierres précieuses, en haute Amazonie.Avant de retrouver son père, Bob connaîtra de pénibles moments mais le hasard, bon génie, favorisera sa marche vers « l’œil de feu », qu’il éteindra à tout jamais.Le récit, habilement conduit, des multiples aventures de Bob dans la brousse brésilienne ne marquera pas d’enthousiasmer tous les jeunes lecteurs de L’Oeil de feu, en particulier les garçons.Pour ces derniers, L'Oeil de feu sera l’aventure par excellence, celle miroitant dans tous leurs rêves: pêche en haute mer, marche à la fois effrayante et exaltante au cœur de la forêt vierge, découverte d’un monde inconnu et surtout occasion de se dépasser, d’être un héros.Denise HOULE BARRET (André) et FORLANI (Rémo) TINTIN ET LE MYSTERE DE LA TOISON D’OR.D’après les personnages de Hergé.Texte de André Barret et Rémo For-lani.D’après le film de André Barret réalisé par Jean-Jacques Viernr.La maquette de cet album a été réalisée par Francis Boucrot.[Tournai] Casterman [1962], 48p.ill.30.5cm.(Coll.Les aventures de Tint in au ci- ’ néma) Relié.Pour jeunes Célèbres dans le monde entier, les personnages de Hergé — Tintin et son inséparable Milou, le matamore Haddock, l’ingénieux professeur Tournesol, etc.— ont été Dor-tés à l’écran dans une aventure où l’exotisme, le mystère et le suspense sont étroitement mêlés, pour la plus grande joie des jeunes spectateurs.Nous retrouvons dans cet album le récit de cette aventure, récit illustré par les photos du film.L’histoire est captivante, pleine d’imprévu et de rebondissements.Les photos sont fort belles.Tout cela fait que cet album ne sera guère boudé par les fervents des histoires de Tintin.A.C.?*?SASEK (M.) VENISE.[Tournai] Casterman [1962], 56p.ill.31.5cm.(Coll.Encyclopédie Casterman) Relié.Pour jeunes Cet album d’une collection encyclopédique aurait pu porter en sous-titre: « la géographie sans larmes ».On y trouve en effet, présentée par un texte bref et une surabondance de dessins, une excellente initiation aux particularités de la ville de Venise.La touche Octobre 1962 43 d'humour qu'on rencontre un peu partout, dans le texte et les dessins, fait de cet album un livre passionnant à lire pour les jeunes.Ouvrage éducatif à recommander.A.C.?GARD1NIER (Jean-Paul) LA MONTAGNE.Illustrations de Maurice Parent.[Tournai, Casterman, 1962].92p.ill.29cm.(Coll.Encyclopédie Casterman) Relié.Pour jeunes Il y a des heures et des heures de lecture captivante à passer dans cet album consacré à la montagne.Comment se forment les montagnes, que sont les glaciers et leur processus d’évolution, quelles sont les différentes chaînes de montagne du monde, qu’est-ce qui caractérise les diverses chaînes, quels sports se pratiquent en montagne (alpinisme, ski, marche, etc.) ?Pour peu qu’il soit curieux des choses de la nature, tout étudiant — garçon ou fille — s’émerveillera à parcourir cet album fait avec science et habileté.A souligner, la qualité de la typographie.Un livre qui fera le bonheur de l’alpiniste en herbe.A.C.CHABOT (C.) ET LE CHEVAL VERT.Dessins de l’auteur.Montréal, Beauchemin, 1961.193p.ill.18cm.Pour tous C’est l’enfance, la petite enfance, que la délicate poétesse Cécile Chabot recrée dans Et le cheval vert.Temps d’insouciance, temps de joie où les choses sont regardées pour la première fois avec un oeil émerveillé qui en saisit de curieux symboles, tout à fait drôles et pittoresques, toujours mystérieux.L'adulte, souvent, ne « voit » plus rien, devenu un mâle quelconque en veine de grandir.Le vieillard, lui, discerne dans la nature d’autres harmonies et de plus tragiques correspondances: ce n’est plus le regard de l’enfant.La naïveté et la simplicité de l'enfance sont rendues dans un style qui est un vrai charme.Bien canadien avec ses mots de terroir qu'il faut absolument garder, même s’ils ne sont pas dans Quillet ou Larousse.Phrase berçante et enchanteresse où l’on se surprend à chercher de beaux alexandrins en prose, où les répétitions du même mot, en tête de propositions de même longueur, créent le rythme poétique, où abondent les images pittoresques.Et le cheval vert est un bijou artistique que goûteront les âmes éprises d’idéal, les âmes simples et pures, celles qui ont cru un jour que le monde pouvait être beau et bon, que les passions pouvaient être contrôlées, qu’on pouvait garder la fidélité aux amis éprouvés, qu’on pouvait retrouver le moment le plus sain de la vie, l’enfance ! Il arrive, qui sait, « quand on a fini d’être grand, qu’on redevienne petit, petit, petit ! * Seuls, peuvent voir passer le cheval vert, « ceux qu'il a lui-même choisis, ceux qui.croyant à la beauté, sont appelés à la créer ».TRES BEAU LIVRE.Paul GAY, c.s.sp.?C ARROUGES (Michel) CHARLES DE FOUCAULD.Illustrations de René Follet.[Tournai] Casterman [1962J.40p.ill.27cm.Relié.Pour jeunes Cette biographie de l’ermite de Tamanrasset, écrite par un auteur qui le connaît bien, est destinée aux très jeunes lecteurs de 9 ou 10 ans.Elle leur plaira sans doute parce que l’auteur ne s’est pas cru obligé, pour parler d’un héros de la sainteté, de prendre ce ton de prédicateur qui rend insupportables tant de livres destinés aux jeunes.Ils n’a pas cru bon non plus d'escamoter la vérité, et le jeune Charles qu’il présente d’abord aux jeunes leur ressemble beaucoup parce qu’il est, comme beaucoup d’entre eux: gourmand et aimant le plaisir.Un texte juste, précis, clair et simple, imprimé en gros caractère et illustré de photos abondantes et évocatrices: on ne peut rien souhaiter de plus.A.C.Dans la collection “Fleur de Lys” en réédition La magistrale synthèse du Chanoine Lionel Groulx Histoire du Canada Français Deux tomes reliés aussi disponibles séparément LE RÉGIME FRANÇAIS 394 pages $5.00 LE RÉGIME BRITANNIQUE 442 pages $5.00 Fl DES Montreal 44 LECTURES ACCUSES DE RECEPTION Psychologie GREEFF (Etienne de) L'Homme et son juge.[Bruges] Dcstlée de Brouwet [1962].186pf 21.5cm.(Coll.Textes et Etudes anthropologiques) ROYF.R (Jacqueline) Le Test des Métamorphoses.Technique projective verbale pour l'étude de la personnalité chez les adolescents.Lyon, Emmanuel Vitte [1961].397p.19cm.(Coll.Animus et animal STOCKER (A.) Folie et Santé du monde.De la psychologie à la vie.Paris, Nouvelles Editions latines [1961].238p.19cm.Morale EN COLLABORATION La régulation des naissances.Paris, Lethielleux [1961].211p.19cm.(Coll.Centre d'Eludes Laënnec) Religion BRETON (Valentin-M.), o.f.m.Aux Chrétiens de la Nef.Lettres de Direction.Tome II.Introduction du R.P.Laplante.Mulhouse, Editions Salvator, 1961.279p.photo 19cm.BRUMMET (Jacob) Dieu dans la vie de l'enfant.Sermons pour dimanches et fêtes.Traduit par l'abbé Henri Lapougc.Mulhouse, Salvator [1962].146p.19cm.(Coll.Le prédicateur des enfants) BUZY (Denis), s.c.j.Même les miettes en marge des paraboles.[Paris] Editions de l'Ecole [1962].156p.18cm.BUZY (Denis) et BRUNOT (Amédée), s.c.j.Saints et saintes de l’Evangile.[Paris] Editions de l'Ecole [1962].248p.18cm.EN COLLABORATION Découverte de l’Oecuménisme.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].396p.19cm.(Coll.Cahiers de la Pierre-qut-vire) EN COLLABORATION Devant les sectes non-chrétiennes.Rapports et compte rendu de la XXXIe semaine de missiologie.Louvain 1961.[Bruges] Desclée de Brouwer [s.d.] 317p.23cm.(Coll.Museum Lessianum — Section Misstologique.no 42) EN COLLABORATION L'Eglise en plénitude.[Bruges] Desclée de Brouwer [1962].269p.19cm.(Coll.Cahiers de la Pierre-qui-vire) FRAINE (T.de), s.j.La Bible et l'origine de l’homme.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961], 125p.20cm.(Coll.Museum Lessianum, section biblique, no 3) Relié.GUERNE (Armel) Testament de la perdition.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].114p.ill.17cm.(Coll.Us Carnets DDB) HUBER (Georges) Vers le concile.Dialogues sous la colonnade de Saint-Pierre.Préface d'Antoine Wenger, a.a.Paris, Bonne Presse [1961].126p.18.5cm.KIRCHGASSNER (Ernrsr) La tentation du bien.Aspect chrétien de la vie moderne.Traduit par l'abbé X.Fessier.Mulhouse, Salvator, 1961.173p.19cm.LEFEBVRE (Dom Georges) L’unique source de Vie.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].183p.16cm.McNAMARA (Marie Aquinas), o.p.L’Amitié chez saint Augustin.Traduction de J.Boulangé et F.Van Groenendael, s.j.Paris, Lethielleux [1961], 235p.2()cm.(Coll.Théologie.Pastorale et Spiritualité, Re cherches et syntheses, no X) MERSCH (Emile), s.j.Le Christ.l’Homme et l'Univers.Prolégomènes à la Théologie du corps mystique.[Bruges] Desclée de Brouwer [1962], 150p.22.5cm.(Coll.Museum Lesstanum, section théologique, no 57) Relié.MESS1S (Blanche) Votre vie plus heureuse.Paris, La Colombe [1962].134p.21cm.PAUL-MARIE DE LA CROIX (R.P.), o.c.d.Méditation du Pater.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].294p.16.5cm.PIGNAL (Georges) Us étranges sermons de Monsieur U Doyen.Paris, La Colombe [1962].191p.21cm.POUCEL (Victor), s.j.Présence divine.Edition préparée par Victor Fontoy-nont et Jean Rimaud, s.j.Présentation par Jean Rimaud, s.j.Le Puy, Mappus [I960], 135p.18.5cm.RYELANDT (Dom I.) Us richesses de la grâce baptismale.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].207p.16cm.SMEDT (Mgr Emile-Joseph de) U Sacerdoce des fidèles.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].130p.18.5cm.Histoire BABELON (lean) La Civilisation française de la Renaissance.[Tournai] Casterman, 1961.272p.20cm.(Coll.Lumières de l’Histoire) BILLAUD (Auguste) La petite Eglise dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830).Avec une carte.Paris, Nouvelles Editions latines [1961].654p.22.5cm.EN COLLABORATION Histoire de Belgique.[Tournai] Casterman, 1961.261p.ill.21cm.(Coll.Histoire et Humanités) HOLLIER (Robert) La France des Canadiens.Guide pratique du retour aux sources.Montréal, Les Editions de l'Homme [1962], 159p-20cm.$1.00 LATREILLE (A.), PALANQUE (J.-R.), et autres.Histoire du catholicisme en France.Tome 3.La période contemporaine.Paris, Spes [1962].693p.22.5cm.MONTEGUT (Olivier de) U Drame albigeois.Dénouement tragique de l'histoire secrète du moyen âge.Paris, Nouvelles Editions latines [1962].190p.18.5cm.THOREAU (Henry D.) Un Yankee au Canada.Traduit de l'américain par Adrien Thério.Montréal, Les Editions de l'Homme [1962].143p.20.5cm.$1.00 Géographie WILMET (Louis) L’âme de l'Ardenne.Bornai, Editions Jean Petitpas [s.d.] 286p.ill.(h.-t.) 23cm.Biographies BOUTIN (Louis-N.), o.m.i.Marie-Madeleine, modèle de vie intérieure.Montréal, Rayonnement [s.d.].119p.195cm.CHAIGNE (Louis) Monseigneur Gabriel Martin.(1873-1949).Témoin de la Vérité vivante.Paris, Bernard Grasset [1961].218p.18.5cm.Octobre 1962 45 El Nouveautés Librairie Beaucoup deducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'étude d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n'est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.AMIC (A.), Lettres et destin.M Roman qui raconte les amours adultères d’une grande bourgeoise parisienne et d’un ingénieur italien.Ouvrage bien écrit mais totalement amoral.ARON (R.), Les grands dossiers de l'histoire contemporaine .TB Ouvrage d'histoire.Robert Aron, ancien résistant juif, se livre ici à une sorte d’enquête à posteriori sur les grands procès et les grands problèmes qui ont passionné l’opinion publique: v.g.l'évasion du général de Lattre de Tassigny, Pierre Laval, le maréchal Pétain, la rébellion algérienne, etc.L’auteur ne se prononce pas sur ces questions ni ne juge qui que ce soit, il met seulement en lumière des données susceptibles de comprendre les hommes en cause et de mieux cerner les problèmes.Ouvrage objectif et serein qui intéressera les lecteurs désireux de s’informer sur ces questions.BLOND (G.), Verdun.TB Récit historique sur la Grande Guerre.Ouvrage excellent, bien documenté, qui reconstitue, en une fresque extraordinairement vivante, les péripéties de cette lutte atroce et surhumaine.BOLTAR (R.), L’Opération .B Roman qui a pour thème une intervention chirurgicale périlleuse et les effets qui résultent d’une heureuse issue.Fresque assez vivante de la vie complexe d’un hôpital américain.Ouvrage bien écrit, bien traduit, et d'une lecture captivante.BOURBON-BUSSET (J.de), Les aveux infidèles .TB Ouvrage qui se présente comme un roman, mais qui en fait, est une autobiographie où l’auteur raconte « l’aventure intérieure qui l’a conduit du Quai d'Orsay à la vie des bois, de la foire aux vanités à l'inquiétude religieuse, de l’amour de soi à l’amour ».Confession très belle et émouvante, d’un lyrisme contenu et d'une délicate sobriété.Le style est d'un écrivain de talent.Les adultes cultivés liront cet ouvrage avec beaucoup d’intérêt.BOUCART (J.R.D.), L’espionnage soviétique TB Ouvrage historique.Tableau de l’espionnage so- viétique dans le monde depuis les années 20.Etude sérieuse, objective et bien documentée.L’auteur s’en tient aux faits sans chercher à les exploiter.Ouvrage très révélateur et instructif sur les procédés utilisés par Moscou pour connaître les secrets des puissances étrangères .D'une lecture facile, cet ouvrage convient à un large public.CHABAS (Y.), Mémoires d'une convertie .TB Autobiographie.Une mère de famille raconte les étapes de son retour à la foi.Très intelligente et cultivée, cette convertie a voulu posséder une foi éclairée et elle raconte comment, au Collège de France avec Gilson et dans les Instituts catholiques de Paris et d’Angers, elle put appuyer sa foi sur une solide métaphysique et un thomisme authentique et vivant.Ouvrage intéressant écrit avec talent, joie et humour.A répandre dans les milieux cultivés.COURBEYRE (J.), Faire face .B Autobiographie.Handicapé dès sa naissance, à la suite d’un accouchement difficile, l'auteur raconte à travers quelle série d’échecs et de réussites, de longues souffrances et d’efforts, d’aides et secours de toutes sortes, il a réussi à trouver sa place au soleil et l’épanouissement de sa vie.Excellent témoignage, bien écrit, qui a valeur de très haute leçon.DA VET (M.), La dernière bien-aimée.B Roman historique qui raconte l'histoire de la jeune duchesse de Fontanges qui fut la dernière passion de Louis XIV et mourut à 21 ans au couvent de Port-Royal.Ouvrage d'une lecture facile et captivante.Le sujet, assez délicat, est traité avec discrétion.DUPUY (J.), Dure est ma joie.B DEPINAY (R.), Amoureuse Fatimata.M Roman.Un jeune médecin qui veut se séparer de sa femme et de ses enfants, quitte la France et s'installe en Afrique où il se dévoue pour les Noirs.Il a une liaison avec une indigène, liaison qui est évoquée avec force détails réalistes et choquants.Ce roman qui pourrait être un intéressant document sur la vie africaine donne à la vie sexuelle des personnages une telle importance qu'on en doit déconseiller la lecture.FRISON-ROCHE (R.), U rapt.TB Roman qui se déroule dans le grand Nord, là où la Laponie touche à la frontière norvégienne.Fresque émouvante d’une de ces familles patriarcales 46 LECTURES nomades dont la vie est liée à l’existence des troupeaux et qui sont souvent en butte aux hostilités de clans rivaux.Une idylle se déroule sur cette toile de fond.Roman attachant qui est en même temps un excellent documentaire.GOLON (A- et S.), Angélique se révolte.D Roman pseudo-historique qui raconte les aventures tragiques et mouvementées de la marquise de Plcssis-Bellière.Roman feuilleton qui fausse l'histoire et en prend à son aise avec la morale.HURE (A.), Les deux moniales .D Roman.Dans une abbaye bénédictine, deux religieuses ayant des conceptions différentes de leur vocation, s’affrontent, s'opposent et se combattent.Ouvrage d’une indéniable aualité littéraire, mais qui témoigne chez l’auteur d'une totale incompréhension de la vie religieuse en général et de la vo- cation bénédictine en particulier.LANDRY (L.), Vacheries .B LAPLANTE (J.de), U petit juif.B?MARIEL (P.), Rituels des sociétés secrètes .D Ouvrage documentaire sur l'Initiation et les Initiés.L'auteur s’efforce de revaloriser le symbolisme des loges en lui rendant un contenu spiritualiste.Ce livre veut offrir à nos contemporains une tentation vieille comme le monde: faire accéder l’homme par ses propres forces à une sagesse surhumaine.Pour lecteurs très aveiti» et de très bon jugement.MUN (R.de), Le poids du silence.D Roman qui raconte l'existence commune d’un couple désaccordé: la femme n’est pas normale et se livre à toutes sortes d’excentricités; son mari qui l’aime, ne peut se résoudre à la quitter mais devra finalement la faire interner.Histoire assez peu vraisemblable.Mœurs très libres.Atmosphère morbide.PALLE (A.), Les marches.D Roman populiste qui peint un monde sordide et rend sensible la notion existentialiste de la solitude humaine et de la difficulté de vivre.Ouvrage d'une indéniable valeur littéraire mais d'une lecture pénible et étouffante.PERRAULT (G.), Furie.D Histoire pleine de péripéties qui narre les intrigues qui se trament autour d’un savant atomiste qui va mourir.Ouvrage rempli d'invraisemblance, de violences et d'images crues.Racisme, férocité, sensualité sont à l'honneur.Ouvrage à déconseiller.PEYRE (J.), Les remparts de Cadix.B Roman de cape et d’épée qui raconte les aventures militaires et sentimentales d'un officier de Napoléon, le lieutenant Saint-Armon.Histoire bien menée, mais style un peu artificiel.QUATREPOINT (R.), Journal d'un être humain .B Roman qui est une sorte de méditation sur la destinée humaine.Quatre passagers d'un engin spatial tombent en plein désert où ils mènent une vie misérable dans une atmosphère de cauchemar.Le dernier survivant tient un journal dont les dernières ges s’achèvent dans une prière.Roman d’une ute inspiration, mais d’une facture assez étrange et maladroite.Pour adultes cultivés.SAINT-LOUP (M.), Mon Dieu, ma Dame et mon épée .TB Roman historique qui a pour thème l’épopée de la Vile croisade, conduite par Louis IX.Récit pittoresque et plein de péripéties.Ouvrage qui plaira aux amateurs de romans de chevalerie.SCHUMANN (M.), Le rendez-vous avec quelqu'un .B?Roman dont le thème est l’éveil d’une conscience humaine que l’imprégnation nazie avait endormie.Un jeune S.S.découvre un jour l’atrocité de la besogne qu'il exécute et il cherchera à réparer son passé.Ce roman d'une inspiration très élevée n’a cependant aucune portée chrétienne.Du point de vue littéraire, c'est une œuvre moyenne dont la lecture est rendue difficile par l'abondance des subtilités d'ordre intellectuel et sentimental.Pour lecteurs cultivés et formés.SOREL (M.R.), La place.B Roman.Histoire d’un jeune homme qui souffre d'une situation médiocre dont il ne réussit pas à s'évader.L'auteur excelle à créer une atmosphère et à rendre vivants ses personnages.Le style est de qualité.Mais cela ne réussit pas à rendre attachant le récit de cette fade histoire.UPDIKE (J.), Coeur de lièvre.D Roman.Un jeune homme ne peut supporter sa jeune femme qui est sotte et s’adonne au whisky: il la fuit, lui revient, la fuit encore.Histoire sordide racontée avec talent, mais où abondent les pages pleines de sensualité et d’obscénités.SIGNIFICATION DES COTES M C’est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu'un livre tombe sous les lois générales de l’Index pour qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu'on y trouve, soit à cause de la licence morale ui s'y étale, soit à cause d'une grave indécence ans les descriptions.B?c’est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peu- vent être plus ou moins graves.Cette cote s’ap-lique à des volumes qui sont sains dans l’ensem-le, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n’appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu’aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n'ont pas l’expérience de la vie.TB c’est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.Octobre 1962 47 «WW « Quelqu'un me dit que Jacqueline Dupuy, l’auteur du Sabre d’Ar-lequin — que j’ai beaucoup aimé, soit dit en passant — vient de publier un autre ouvrage.Est-ce vrai ?Si oui.quel en est le titre ?» R.V.(Saint-Jérôme) — Les éditions Flammarion ont en effet mis sur le marché, récemment, un nouveau roman de Jacqueline Dupuy intitulé Dure est ma joie.Ce roman est très différent du Sabre d'Arlequin.Il raconte l’expérience d’une jeune fille qui, dégoûtée des milieux frelatés du cinéma où elle est née, est sauvée du désespoir par l’amour d’un jeune médecin catholique.Ce roman qui a pour cadre les riants paysages italiens, est bien écrit et a une indéniable portée spirituelle.On regrette seulement que la psychologie des personnages soit un peu superficielle et sommaire.Vous trouverez, dans le prochain numéro de LECTURES, une étude critique sur cet ouvrage.€ J’ai un travail à rédiger sur Ga-brielle Roy et Germaine Guèvre-mont.Pourriez-vous me donner l’adresse de ces auteurs afin que je puisse obtenir d’elles les renseignements dont j’ai besoin.* A.D.(Sherbrooke) — Le moyen le plus sûr et.le plus discret pour entrer en relation avec un auteur donné est de s’adresser à son éditeur.Les auteurs n’aiment pas, généralement, qu’on donne leur adresse personnelle à tout le monde.Aussi, la fa- çon habituelle de procéder pour les atteindre est de leur écrire à l’adresse de leurs éditeurs; ceux-ci se chargent ensuite d’acheminer les lettres à leur destinataire.* * * « Pourriez-vous me dire ce que vaut l’ouvrage de A.Huré intitulé Les deux moniales ?J’aimerais offrir un cadeau à une religieuse et je me demande si cet ouvrage serait indiqué.» A.H.(Napierville) — Vous trouverez, dans le présent numéro de LECTURES, dans la section « cote morale des nouveautés en librairie », une analyse succincte de cet ouvrage.Je ne crois pas que ce livre puisse être donné à une religieuse.L’auteur qui ne manque certes pas de talent y manifeste une totale incompréhension de la vie religieuse.« J’aimerais savoir ce que vaut, du point de vue moral, l’ouvrage d’Alberto Moravia, L’ennui?» A.C.(Longueuil) — Il s’agit là, sans aucun doute, d’un ouvrage mauvais dont la lecture est nettement à déconseiller.Moravia a fait scandale en Italie et en France avec ce roman dont l’érotisme est si appuyé qu’il dépasse les bornes de la décence et du bon goût, et qu’il a révolté les lecteurs les plus libéraux et les plus aguerris.• • « Connaissez-vous un ouvrage récent que je pourrais offrir comme cadeau de fiançailles à un ami ?» R.B.(Magog) — Oui, l’excellent ouvrage de Roger Pons intitulé L’amour, ce long chemin serait sans doute fort apprécié, surtout s’il s’agit d’une personne cultivée.Cet ouvrage contient quelques-unes des pages admirables que Roger Pons a publiées dans la revue l’Anneau d’or.Grain de sagesse Je me demande si l’art humain ne paye pas de sa dissolution dans le néant la mort de Dieu qu’il a proclamée: un monde sans âme est aussi un monde sans figure, parce qu’il est un monde sans destin.L’art informel serait alors vengeance de la vérité bafouée.François MAURIAC 48 LECTURES j ' i DES IT^ES L’Odyssée — Le Retour d’Ulysse Ce disque fait suite à un premier mis sur le marché il y a quelque temps (L’Odyssée : le Cy-clope, Circé, Thérésias, Charybde et Scylla) et raconte les aventures d'Ulysse.L'interprétation est faite par des noms bien connus : François Périer, Muse Dalbray, Jean-Paul Roussilon, Tristan Sévère, etc.La musique est de Pierre Guillermin.On trouvera, avec ce disque, la reproduction écrite du texte lu.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 10 pouces — PATHE ST 10 504-33) L’athéisme, tentation du monde, réveil du chrétien paroles de Jésus, de saint Paul et de saint Pierre, le psaume 128 et la prière de Tobie.Psaumes du Père Deiss.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 10 pouces — JERICHO JBL 2) L’enfance de Bernadette et la première apparition de Lourdes L'abbé Lauren tin dont on connait les vastes travaux historiques sur Bernadette et Lourdes raconte ici l'histoire de Bernadette et de la première apparition de la Vierge.Un disque de valeur où l'histoire véridique des événements de Massabielle nous est racontée avec une émouvante simplicité.(Microsillon, 33 tours 1/3 — i2 pouces — JERICHO 17) Le concile, printemps de l’Eglise Ce disque est une invitation à se mettre « en état de Concile ».On y trouve, sous une forme vivante et instructive, la réponse aux questions que pose aux chrétiens cet événement capital.Un journaliste questionne des fidèles à la sortie de la messe; des religieux parlent des conciles d'autrefois; un laïc expose les problèmes du laicat; un autre parle des jeunes chrétientés d’Afrique et d’Asie; un archevêque définit le rôle des évêques, etc.Ce disque fort bien fait a réuni des collaborateurs de choix : S.Em.le cardinal Feltin, les RR.PP.Avril, Chenu, Danielou, Roguet, l'abbé Houtart, M.J.-P.Dubois-Dumée, etc.Il mérite une large audience.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 12 pouces — JERICHO 16) Paul Claudel : La mort de Judas — Le point de vue de Ponce Pilate On trouve ici le texte d'une conférence prononcée par le R.P.Liégé, o.p.Cette conférence est une invitation à ne pas rompre le dialogue avec les athées, mais surtout à leur présenter le vrai visage du Dieu unique.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 12 pouces — JERICHO 18) Le Mariage des enfants de Dieu Ce disque comprend deux parties: dans la première, on trouve des textes sur le mariage tel que créé par Dieu et restauré par le Christ (textes de la Genèse, des Proverbes, du Cantique des Cantiques, de l’engagement sacramentel); la seconde comporte la liturgie de la Messe du mariage, les Ce disque présente deux morceaux d'anthologie extraits de Figures et Paraboles.Claudel y a dessiné, avec un humour féroce, le portrait de Judas et de Pilate tels qu'ils nous apparaissent, comme en surimpression, dans le monde d'aujourd'hui.N’existe-t-il pas, aujourd’hui encore, quelque « jeune bourgeois intelligent, avisé, bon administrateur, esprit critique, rationaliste, homme d’ordre et d’économie, » comme l’était Judas ?N'avons-nous pas aussi bon nombre de frères de Pilate: fonctionnaires irréprochables, qui savent maintenir l’ordre, éviter les émeutes, tenir la situation bien en mains et se soucient fort peu de problèmes métaphysiques ?Ce texte, bien interprété, est une excellente méditation sur l’esprit de l’Evangile.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 10 pouces — JERICHO) Octobre 1962 49 f DOCUMENT/ pierre ^Jeilhard de (Chardin et da vendee dur le plan pliilodopliiq ue et religieux Le texte que nous publions ci-dessous est paru dans l'édition française de l’Osservatore Romano le 13 juillet 1962.Sept années se sont écoutées depuis la mort du P.Pierre Teilhard da Chardin et sa renommée ne tait que croître.Ses disciples et ses admirateurs continuent à exalter so figure sur le pian humain et religieux.Beaucoup d'entre eux vantent sa valeur peu commune sur le plan scientifique.Par contre, les avis d'autres hommes d'études lui sont opposés quand ils portent un lugement sur sa tentative d'éto-blir une synthèse chrétienne du savoir.Les divergences augmentent à la lecture des oeuvres posthumes publiées lusqu'à présent et de celles répandues d'une manière privée parmi les admirateurs de Teilhard (1).Nous pouvons nous associer à ceux qui reconnaissent la droiture des Intentions de l'homme et la contribution qu'il a apportée aux recherches scientifiques, en particulier à celles concernant la paléontologie.Cependant nous ne pouvons pas ne pas demeurer perplexes d'abord et marquer ensuite notre désoccord lorsque les opinions du P.Teilhard de Chardin quittent le pur domaine scientifique pour s'étendre à celui de la philosophie et de la théologie.e « e Un livre récent du P.de Luboc sur la pensée religieuse du P.Teilhard de Chardin (2), dont nous reparierons plus loin, renferme certaines critiques portées è la méthode employée par Teilhard de Chardin.C'est ainsi, par exemple, que les analyses conceptuelles contenues dans ses essais sont parfois défectueuses en ce que, lorsqu'elles traitent les grandes questions qui préoccupent chaque homme, il emploie des catégories, des notions et des termes qui portant les caractéristiques de l'ambiance scientifique qui lui était familière.L'atmosphère qu'U respirait était celle des sciences naturelles (S).A nas yeux, ce défaut méthodologique est grava at fondamental parce que Teilhard de Chardin fait trop souvent asm transposition Injustifiée sur la plea métaphysique et théologique des tenu— at des conceptions de sa théorie de l'évolution.Cette transposition est une des couses de son ambiguïté conceptuelle et, di-sons-le également, des erreurs qui se rencontrent dans ses oeuvres, aussi bien dans celles qui sont éditées, que celles qui sont polycopiées ou répondues d'une autre manière.Commençons avec le concept de la création.Dans un essai inédit (bien que connu par plusieurs) de 1950, intitulé "Le Coeur de la Matière," on lit: "Dans le monde, ob|et de la Création, la Métophysique classique nous avait accoutumés à voir une sorte de production extrinsèque, issue par bienveillance débordante de la suprême efficience de Dieu.Invinciblement — et tout Justement pour pouvoir à la fols pleinement agir et pleinement aimer — Je suis amené à y voir maintenant (conformément à l'esprit de saint Paul) un mystérieux produit de complétion et d'ochève-ment pour l'Etre obsolu lui-même.Non plus l'Etre participé d'extraposition et de divergence, mais l'Etre participé de plé-rômlsation (4) et de convergence.Effet non plus de causalité, mois d'Union créatrice." "Union créatrice " est un concept qui revient souvent chez Teilhard."L'action créatrice, c'est-d-dire unificatrice de Dieu", lit-on dons un article paru sur "Psyché" (5): "l'Esprit nouveau et le cône du temps".Or, du point de vue métaphysique sous lequel U faut définir le concept de la création, on doit mettre en lumière bien claire causalité efficiente (qui donne l'étra).La création ne s'oppose pas à l'unification, mais elle n'est pas formellement unification.Sur ce sujet, un outre concept familier à Teilhard est le "Néant" présenté d'une façon qui nous laisse très perplexes.Ce concept n'est pas contenu seulement dans un essai, désormais ancien puisqu'il remonte è 1917, "L'union créatrice", mate il a été répété et expliqué également dans un essai Inédit "Comment je vois", en 1941.Devant Dieu "aux antipodes de lui-même" sa trouve "la Multiple pur" ou "Néant créable", lequel est une virtualité passive.Teilhard écrit donc: ".Néant créahie, qui n'eet riaa — et qui cependant car virtualité passive d'arrangement (c'est-à-dire d'union) est une possibilité, une imploration d'être, à laquelle.tout se passe comme si Dieu n'ovoit pas pu résister".Teilhard emploie aussi des expressions qui laissent fondamentalement croire qu'il pensait à une ccrtoine et telle nécessité de la création.Dons la philosophie et dans la théologie classiques — suivant son texte — la création, "ou Participation" (ajoute Teilhard), tend à se présenter "comme un geste presque arbitraire de la Cause première".Au lieu de quoi, dans ce que Teilhard oppelle la Métaphysique de l'Union, tout en réaffirmant "la self-suffisance" et la "self-détermination de l'Etre absolu" c'est-à-dire Dieu, Teilhard parle encore ainsi de i'acte créateur divin: "Fruit, en quelque manière, d'une réflexion de Dieu, non plue en lui, mais en dehors de lui, la Plérôml-sation.c'est-à-dire la réalisation de l'être participé par arrangement et totalisation, apporait comme une sorte de réplique ou de symétrique à lo Trinitisotion.Elle vient combler un vide, en quelque façon.Elle trouve sa place." Ce concept est ensuite synthétisé plus explicitement par ces paroles: "Pas de Dieu (Jusqu'à un certain point), sans Union créatrice." (toujours dans Comment je vois).Ces citations (on pourrait en faire d'autres), étoient nécessaires pour mettra •r.évidence les ambiguïtés dangereuses et les erreurs qui se rencontrent dans certaines expressions de Teilhard concernant le concept catholique traditionnel de la création (sa reporter aux Conciles de L at ran IV at Vatican I).Lorsque la "Métaphysique classique" affirme que Dieu, dons l'acte créateur, donne à la créature tout l'étre: potentiel, essentiel, et existentiel dans le mémo temps, c'est-à-dire "secundum totam suam substantiam" (Vatican I, Denz.ItOS); quand aile met en relief la liberté parfaite et absolue de l'acte créateur de Dieu, "li-berrimo consilio" (Vatican I, Denz.17B3), cotte métaphysique ne fait ries» d'autre que répéter et expliquer la doctrine dos deux Conciles.50 LECTURES Et Mut croyons que Tailhard n'a pot toujour* lufflsomment tau vapor dé cat deux exigences da la doctrine catholique, à ta voir: don da lo totolité da l'étra da la part du Créateur, n'importe quelle potentialité précédente étant exclue (et la Métaphysique classique veut exprimer exactement ce concept avec les paroles: "Ex nihilo sui et subjecti"); totale absence de n'importe quelle nécessité, même lointaine, de l'octe créateur de Dieu.Dans sa conception des rapports entre le Cosmos et Dieu, Tailhard de Chardin a des points foibles que l'on ne peut pas passer sous silence.Il est vrai qu'il affirme explicitement et à plusieurs reprises la nécessité et la personnalité transcendante de Dieu.Mais cependant, dans la logique de ta pensée teii-hardicnne, la transcendance divine n'est pas exprimée d'une manière suffisante.Dieu est représenté comme une unité suprême qui, en quelque manière s'incorpore l'univers.De cette monlère, l'unité divine, en quelque façon, devient participante de la multiplicité cosmique et Dieu, dans un certain sens, est rendu plus parfait par l'assimilation du Cosmos.Par exemple, dans l'essai déjà cité "Le Coeur de la Matière" (que Tresmon-tant appelle "son outobiographie spirituelle" (6), Teilhard affirma: "Par un de ces étranges effets d'inhibition.je ne me rendais pas compte que, inévitablement, à mesure que, des profondeurs de la Matière aux cimes de l'Esprit, Dieu "métamorphi-soit" le Monde - la Monde an retour, devait "endémorphlser" Dieu".En continuant à lire le même essai on demeura perplexe et on a l'impression précise que las paroles de Teilhard ne veulent pas exprimer seulement un point de vue limité da notre connaissance, mais une réalité qui toucherait Dieu même.C'est-à-dire que Diou, en un certoin sens, change et se perfectionne en s'incorporant le monde."Sous l'effet même de l'opération uni-tiva qui la révèle à nous.Dieu en quelque sorte sa transforma en nous incorporant.- Donc, non plus seulement Le voir et se laisser envelopper et pénétrer par Lui, • mois pari passu (si non premièrement) le découvrir (ou même, en un sens, "l'achever") toujours plus autre.Autour de noua, par rencontre da son attraction et da notre Pensée, Dieu est en train de "chonger"." En d'autres passages, Tailhard emploie les termes "complexité" ou "Unité complexe", en parlant de Dieu.Dans le dernier livre édité, voici quelques semaines, "L'Energie humaine", on lit même que "Dieu n'est définissable que comme un Centre de Centres.En cette complexité, (c'est nous qui soulignons) glt la perfection de son Unité" (p.té).Il donne à ces termes explicitement une signification cohérente avec sa pensée, mais très éloignée da celle da l'acception commune et II s'efforce de l'expliquer en un sens qui pourrait être orthodoxe.Cependant, tout cale ne concourt pas à éclairer les positions.C'est dire peu que d'affirmer que, ou contraire, U t'agit d'am- biguïtés qui sont certainement la cause d'équivoques dangereuses.Le concept d'unité, d'action unificatrice, lié étroitement à sa théorie évolutionniste, est étendu par Tailhard et appliqué plus d'une fois même à l'ordre surnaturel.On débute par un concept, pour le moins étrange, du Christ.Le "Point Omega" est en même temps le Christ ressuscité: "La Christ de la Révélation n'est pas autre que l'Omega de l'Evolution" (Le Christique, essai inédit de 1955).Et plus avant: "Le Christ sauve.Mois ne faut-il pas ojouter immédiatement qu'il est aussi sauvé par l'Evolution ?" (ibidem).Dans "Le Coeur de la Matière" on lit en outra: "Dans un Univers qui se découvrait pour moi en état de convergence, vous avec pris par droit de Résurrection, la position maîtresse de centra total où tout se rassemble".Dans le volume édité récemment, en 1961, "L'Hymne de l'Univers", Teilhard répète le même concept, mais avec une plus grande clarté: "Jésus, centra vers qui tout se meut, daignes nous faire, è tous si possible, une place parmi les monades choisies et saintes qui, dégagées une à une du chaos actuel par votre sollicitude, s'agrègent lentement en Vous dans l'Unité de la Terra Nouvelle" (p.»0).Dans l'essai déjà cité, "Le Christique" on lit carrément — Il est dit "en sens vrai" — une "troisième nature" du Christ, non pas humaine, non pos divine, mois "cosmique" ! Nous ne voulons pas prendre à la lettre, "en sens vrai" ce que Teilhard écrit sur ce point, sinon il s'agirait d'une véritable hérésie.Mais da telles paroles, évidemment, augmentent une confusion des idées qui est déjà considérable.Avec cette méthode, il est facile et — disons-nous — logique da lier nécessairement entre elles, Créotion.Incarnation et Rédemption.De fait, Teilhard écrit: "Création, Incarnation, Rédemption tout en marquant chacune un degré de plus dans la gratuité de l'opération divine, ne sont-elles pas trois actes indissolublement liés dans l'ap-parition de l'être participé ?" (L ome du Monde, essai inédit de 1918).En un certain sens Teilhard place ces trois mystères sur le pion même de l'Evolution: "Pas de Dieu (jusqu'à un certain point), sans Union créatrice.Pas de créotion sans immersion incarnatrice.Pas d'incarnation sans compensation rédemptrice.Dans une méthaphyslque de l'Union, les trois mystères fondamentaux du Christianisme n'apparaissent plus que comme las trois faces d'un mémo mystère, celui da la Plérômisation" (Comment je vois, essol déjà plusieurs fols cité).On pourrait foire une moisson de textes de Teilhard portant sur ce sujet.Cependant, terminons avec un passage pris dans "Le Phénomène humain" (éd.1955): "Mois Octobre 1962 en un outre tens aussi, une prodigieuse opération biologique: celle de l'Incarnotion rédemptrice.Par une action pérenne de communion et de sublimation, il (le Christ) s'agrège le psychisme total de la Terre" (p.327).En lisant ce passage et d'autres affir-mations de Teilhard (cfr par exemple l'article "L'Esprit nouveau et le cône du Temps" dans Psyché, no.99-100, p.50-60), on doit constater que chex lui la distinction et la différence entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel ne sont pas établies clairement et qu'on ne voit pas comment il est logiquement possible de sauver la gratuité totale de ce dernier ordre et, donc, de la grâce.Ces derniers concepts appartiennent au patrimoine commun et universel de l'enseignement catholique et ils ont été rappelés récemment également dons l'Encyclique Humani Generis (Oenx.2318).On peut adresser d'autres critiques Importantes à la pensée du P.Teilhard de Chardin.Après avoir lu les passages cités plus haut, on ne doit pas s'étonner de constater que Teilhard ne connaît pas clairement meme les frontières profondes qui séparent la matière et l'esprit; frontières qui n'empêchent pos, il est vroi, les rapports entre les deux ordres (substantiellement unis dans l'homme), mois qui marquent nettement leurs différences essentielles."Non pas l'Esprit par évasion hors de la Matière, - ni l'Esprit juxtoposé Incom-préhensiblement avec la Matière (Thomisme !.), mais l'Esprit émergeant (par ooérotion pan-cosmique) de la Matière -MATERIA MATRIX.".Ces paroles se lisent dans une lettre de Teilhord en date du 13 mors 1954, publiée sur la revue Psyché, en 1955, n.99-100, p.9.Sur ce concept, Teilhard insiste encore dans le livre "L'Energie Humaine", édité — comme on l'a dé|à dit — dans ces dernières semaines."Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit.Il n'y a au Monde, ni Esprit, ni Matière: l"'Etoffe de l'Univers" est l'ESPRIT-MA-TIERE.Aucune autre substance que celle-ci ne saurait donner la molécule humaine" (p.74).A la page 121 du même livre et encore au su|et de l'esprit, Teilhard, cohérent avec tout son système évolutionniste, écrit: "Le phénomène spirituel n'est donc pas une sorte de bref éclair dons la nuit: il trahit un passage graduel et systématique de l'Inconscient au conscient et du conscient au self-conscient.C'est un changement d'état cosmique" (c'est nous qui soulignons).Dé|à, dans "Le Coeur de la Matière" Il avait écrit: "l'Esprit, état supérieur de la Matière".On notera que, dans la même page, Teilhard fait remarquer qu'il s'ett tient au point de vue purement scientifique et expérimental.Cependant, étant donné qu'il s'agit Ici d'un argument éminemment métaphysique et qui touche directement tant de problèmes théologiques, Il pouvait difficilement s'en tenir au seul point de vue scientifique sons courir le risque (comme du reste cela est arrivé) do conclure par quelques affirmations qu'il est difficile de faire concorder avec la doctrine catholique.Il est vrai eue la distinction essentielle entre la matière et l'esprit n'a pas été définie explicitement; mais elle constitue 52 un point de doctrine toujours enseigné dans la philosophie chrétienne, philosophie que Pie XII, dans l'Encyclique Humani Generis, oppeile "in Ecdesia receptam et agnitam" (Déni.2323).Cette même doctrine est explicitement ou implicitement présupposée dans l'enseignement ordinaire et universel de l'Eglise.C'est pourquoi la même Encyclique condamnoit justement la position contraire (Denx.2318).Naturellement, dans sa pensée scienti-fico-rcligicuse, Teilhard de Chordin a un concept originol du mol et du péché.Il en traite ex professo dans un appendice de "Le Phénomène Humain" (p.345 ss.).Vers la fin de la page 347, il constate un certain "excès" du mal dans le monde, inexplicable pour notre roison "si à l'effet normal dévolution ne se surajoute pas l'effet extraordinaire de quel-ue catastrophe ou déviation primoriale." claire allusion au péché originel.Cependant, Teilhard aime considérer le pèche d'un point de vue collectif plus qu'individuel et, en ce qui concerne le péché originel, il se montre plus d'une fois contraire à une transmission héréditaire.Ce que Teilhard affirme dons le passage suivant est répété, à peu de chose près, en d'autres endroits: ".la nécessité théologique du baptême s'expliquant par la solidarité génétique de tous les hommes au sein d'une humanité (imprégnée de péché par nécessité statistique) où les liens collectifs se découvrent comme encore plus réels et plus profonds entre individus que toute liaison strictement et linéairement héréditaire" (Comment je vois).Sur ce point, la pensée de Teilhard est très déconcertante et ne s'accorde pas avec la doctrine du Concile de Trente sur le péché d'Adam (Déni.790), doctrine reprise dans l'Encyclique Humani Generis qui enseigne que le péché originel "pra-cedit ex peccato vere commisso ab uno Adamo, quodque generatione In omnes transfusum; inest unlculque proprlum" (Déni.2328).Le P.de Luboc le remarque lui-même également: "Qu'il (Teilhard) ne fût pae théologien de métier, c'est même ici peut-être (à propos du péché originel) que l'on s'en aperçoit le mieux" (op.clt.p.168).Pour terminer cet examen critique qui, pour des raisons évidentes, ne peut pas être complet, Il nous semble devoir indiquer encore une fols que le fait de naturaliser, ou presque, le surnaturel, est le propre du système de Teilhard.Nous admettons volontiers que Teilhard, en tant que personne privée, a eu une vie spirituelle intense.Nous n'avons évidemment pas l'intention de nous en prendre à la personne, mais bien è la méthode et à la pensée.Il nous est donc impossible de le suivre et de l'approuver lorsque, dans son ascèse originale, il place le Monde, après Dieu, à une place et avec une valeur trop hautes.Dans la page suivante de Teilhard, ainsi que dans beoucoup d'autres, Il Importe de redimensionner ce qu'elles signifient, cor sa plume, saisie par l'enthousiasme, le porte bien au delà de ce qui est |uste.Nous lisons donc avec un véritable regret ces lignes: "Si par suite de quelque renversement Intérieur, je venais à perdre successivement ma foi eu Christ, ma foi en un Dieu personnel, ma fol en l'Esprit, il me semble que |e continuerais à croire au Mende.Le Mande (le valeur, l'infaillibilité et la bonté du Monde) telle est, en dernière analyse, la première et la seule chose à laquelle je crois.C'est par cette foi que |e vis et c'est à cette fol, |e le sens, que, eu moment de mourir, par-dessus tous les doutes, le m'abandonnerai.A la toi confuse en un monde Un et Infaillible ic m'abandonne, où qu'elle me conduise'' (Comment je crois).Ces paroles datent de 1934, mais comme il serait préférable qu'elles n'eussent jamais été écrites ! see On pourrait objecter à nos critiques qu'elles ne tiennent pas compte que, dans les nombreux écrits de Teilhard de Chardin, en plus des textes que nous avons cités, il y en o tant d'autres qui, souvent, pourraient annuler l'interprétation négative que nous en avons présentée.Il faudrait donc tenir présents à l'esprit tous les textes extrêmement nombreux pour pouvoir juger Teilhard avec objectivité.Nous savons, nous aussi, que Teilhard, à de nombreuses reprises, a exprimé des affirmations qui ne sont pas absolument cohérentes, mais parfois contraires ou contradictoires, et nous vouions bien concéder que la pensée de Teilhard est demeurée dans une phase de recherche sur des problèmes.Néanmoins, ses écrits, sur beaucoup de points demeurent toujours plus ou moins en opposition avec la doctrine catholique.Le livre du P.de Luboc, dé|à cité, constitue certainement l'étude la plus puissante qui ait été publiée jusqu'à présent sur la pensée religieuse de Teilhard de Chordin.Ce livre met en relief de nombreux défauts de Teilhard, mais, dans sa substonce, il en présente une défense et un éloge.Nous, cependant, devons déclarer ovec franchise et loyauté que nous ne sommes pas d'occord ovec le logement substantiellement favorable accordé par le P.de Luboc.Les points sur lesquels nous exprimons notre dissentiment avec la pensée de Teilhard sont bien plus importants et fondamentaux.Peur ce motif nous ne pouvons absolument pas souscrire le jugement suivant et catégorique de Luboc: ".L'Eglise Catholique, cette mère toujours féconde.peut reconnoitre elle-même avec joie, qu'en Pierre Teilhord de Chardin elle a enfanté, tel que notre siècle en avait besoin, un authentique témoin de Jésus-Christ" (ap.clt.p.295).Notre siècle o, en vérité, un extrême besoin de témoins authentiques du Christ; mais nous espérons que ces témoins ne chercheront pas leurs inspirations dans le "système" sclentlflco-refigleux de Teilhard.Nous avons considéré qu'il est nécessaire d'adresser nos critiques aux pensées, et non à la personne — répétons-le — pour mettre en garde les hommes d'études, spécialement les jeunes, contre les erreurs et les ambiguïtés contenues dans les écrits de Teilhard.Nous considérons qu'en faisant nos réflexions, nous avons agi dons l'esprit du Menltum qui est publié aujourd'hui par notre journal.(1) Voir la listes des oeuvres éditées et Inédites dans le livre de Claude Cuénot "Pierre Teilhard de Chardin- les grandes étapes de son évolution".Paris, Plon, 1958.(2) Henri de Lubac: "La Pensée reli- Sieuse du Père Teilhard de Chardin".Au- ier, Paris, 1942.(3) Voir op.cit.p.122.(4) Dans "Comment je vois", autre essai Inédit, la "plérômisation" est définie "réduction unificatrice du multiple".(5) "Psyché" n.99-100.1955, p.59.(4) Introduction à la pensée de Teilhard de Chardin, éd.du Seuil, Paris, 1954, p.48.LECTURES FAITS et—7 COMMENTAIRES CINÉMA ET COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE I.e dimanche des techniques de diffusion, institué par l’épiscopat canadien en 1958, a eu lieu cette année le 23 septembre.Le thème soumis à la réflexion des catholiques était le suivant : « Cinéma et communauté chrétienne ».Voici en quel sens un communiqué émanant de l’Office des techniques de diffusion a développé ce thème : « Membres d’une même communauté, nous devons apporter notre concours à cette communauté pour qu’elle profite pleinement des valeurs du monde dans lequel nous vivons et cela dans le cadre et au moyen des découvertes du monde d’aujourd’hui.« Par l’usage de cette technique, de cet art, la communauté d’aujourd’hui pourra parvenir à une perfection plus grande.Encore faut-il que le cinéma respecte les vertus fondamentales chez la personne et la communauté chrétienne et qu’il soit pour chacun un instrument efficace et positif d’élévation, d’éducation et d’amélioration.« Pour que le cinéma élève, grandisse la communauté, il ne lui suf- fit pas d’être techniquement parfait; les idées qu’il véhicule doivent, en plus, tendre à ce qu’il y a de meilleur.« La communauté chrétienne de son côté doit aider le cinéma.La technique qui a sa source dans le génie de l’homme doit demeurer soumise en tout à celui qui la développe.11 est facile de condamner sans appel les distributeurs ou les exploitants de films qui sont une pierre d’achoppement pour la communauté chrétienne.Sans doute la communauté doit-elle prendre les mesures efficaces pour se protéger, mais la hache de guerre n’est pas d’ordinaire le meilleur instrument de paix et d’aide mutuelle.« Il incombe plutôt à la communauté de faire un choix dans les films à voir et de n’encourager par sa présence que les productions qui méritent de l’être.La communauté doit de plus voir efficacement à la formation cinématographique de ses membres, la plus sûre défense de l’homme contre l’emprise des techniques, ou mieux sa meilleure collaboration au progrès du cinéma.• Un trop oublié Un article de La Croix 1 signalait il y a quelque temps le trentième anniversaire de la mort de René Bazin.A cette occasion.Da-niel-Rops se demandait: « L’oubli qui recouvre son œuvre n'est-il pas injuste ?A u long de l'itinéraire qui a amené le roman catholique à la place où nous le voyons, ne marque-t-elle pas un important jalon ?» Et l'auteur de Jésus en son temps exprime ensuite un jugement fort juste et nuancé sur René Bazin: « Sans doute, dans les perspectives qui.aujourd’hui, sont les metres, l'œuvre romanesque de R eue Bazin porte-t-elle de lourds handicaps.L’intention affirmée qui fut constamment la sienne de ne donner comme ressorts et comme fin à ses intrigues que de bons et nobles sentiments prête aisément le flanc à la raillerie célèbre d'André Gide sur les bons sentiments qui font la mauvaise littérature.Son amour, incontestable, sincère, pour les petits et les humbles, s'exprime souvent, même dans son chef-d'œuvre, Magnificat, d'une façon assez naive, louchante mais qui fait sourire.Pour des croyants il n’y a aucune obligation à admettre son présupposé que la foi catholique s'identifie nécessairement avec un certain traditionalisme dont l'autre nom est l'esprit conservateur.Tout cela est vrai, mais seulement dans certaines limites et demande à être nuancé.• Ce romancier qu’on dit « bien pensant » avec la signification qv.’on connaît à ce mot, un autre romancier auquel nul n’a jamais pensé à accoler ce qualificatif, je veux dire François Mauriac, lui a rendu hommage en louant chez lui cette « manière chaste de dire les choses qui ne le sont pas » et sa connaissance des passions quand elles sont placées dans la lumière qui les rédime « aux confins de la grâce ».Des œuvres comme L’isolée ou Davidée Birot sont bien autre chose que des bleuettes, et il est vrai, pour citer encore le même hommage académique de l’héritier de René Bazin, qu’on y assiste à « la rencontre de la chasteté et de l’audace ».Octobre 1962 53 15 Ja résistance des écrivains russes à (a tijrannie Soviétique « L'auteur de telles pages qui font sourire, sur les visages trop uniment rayonnants de tous les déshérités, n’en n’est pas moins, dans la ligne de Balzac et peut-être même de Zola, un observateur social non négligeable.On ne relit pas La terre qui meurt sans en ressentir une impression de vérité forte.Le phénomène de la déchristianisation populaire n’a guère été étudié jusqu'à nous mieux qu’il ne le fut par René Bazin dans Le blé qui lève pour les milieux ruraux et dans Magnificat pour les banlieues rouges.» [.] « // ne s'agit évidemment pas ici de faire un plaidoyer sans réserves pour un écrivain dont les moyens de plume et les dons authentiquement créateurs n’ont pas toujours été au niveau de ses ambitions.René Bazin n’a jamais trouvé les étincelantes formules d’un Barbey d’Aurevilly; il n’a pas su scruter le cœur humain avec la minutieuse perspicacité d’un J.-K.Huysmans, les fulgurantes intuitions d’un Mauriac; jamais il n’a été emporté par le galop d'un Bernanos ni la course cahotante et pathétique d'un Graham Greene.Mais en répétant obstinément que pour peindre rhomme et expliquer le monde moral il n’était pas indispensable de boucher toutes les fenêtres et d’interdire l’accès du Ciel, il a rempli une fonction salutaire.Il a fait luire une authentique lumière dans une littérature que le réalisme et le naturalisme avaient rendue noire et grise.Et sans doute n’a-t-il jamais eu d’autre dessein.» 1.La Croix, 9-6-62.Dans un intéressant article qu'il publiait dans La France catholique1, Vintilla Horia établissait qu’une « statistique plutôt macabre met en relief la résistance peu connue des écrivains russes à la tyrannie soviétique ».« On a tendance à affirmer, en Occident, » remarquait M.Horia, « que les écrivains russes se sont soumis au régime, qu’ils constituent une espece de clan placide, voué aux louanges du parti et de ses merveilles en marche, cloué au conformisme le plus tendrement réaliste-socialiste.C’est une erreur due à l’ignorance absolue de la vraie histoire de la littérature russe contemporaine, ignorance soigneusement entretenue par qui de droit.La résistance des écrivains, des grands, des vrais écrivains, constitue un des faits les plus saillants dans la lutte de l’homme contre le vieux concept de la tyrannie politique, lutte qui n’a jamais atteint, comme de nos jours, une virulence et une signification aussi éloquentes et décisives.* Et M.Horia donnait, pour étayer ses dires, deux listes: Ecrivains suicidés: Vladimir Mayakovski (1930), Serge Essenine (1925), André Sobol (1926), Marina Tsvetaeva (1941), Paul Iachvili (1937), B.Savinkov Ropshin (?), A.Fadeev (1956).— Ecrivains morts en prison ou au camp de concentration: Nicolas Gumilov (1921), Osip Mandelshtam (?), Maxime Gorki (1936), Ni- colas Klyuyev (1937), Serge Klych-kov (?), Pierre Oreshine (?), Vladimir Kirilov (?), Michel Gherasimov (?), Isaac Babel (1941), Boris Pil-nyac (?), Serge F.Budantsev (1930), Alexandre Arosev (?), Alexandre Tarasov-Rodionov (1935), Serge Tretiakov (?), Alexandre Voronski (1935), Artyom Vesyolyi (?), Leonid Grabar (1935 probablement), Georges K.Nikiforov (?), Vladimir Vetov (?), Michel Volkov (?), Ivan Pribludnyi (?), Michel Kuzmin (1935 probablement), Vladimir Narbut (?), Boris Guber (?), Perez Markish (1952), Ivan Kataev (1937) et Michel Koltsov (1942).Commentant ces listes, M.Horia écrivait: « On ignore, et pour cause, la date exacte de la mort d’une grande partie d’entre eux.La plupart périrent, dans des conditions faciles à imaginer, au fond d’un camp de concentration.Sans compter Pasternak, évidemment, qui n’a pas été une victime du stalinisme, ni de ce que l’on appelle une mort violente.« Un fait digne d’être retenu s'impose à celui qui daigne s’incliner sur ces chiffres de sang: tous ces écrivains ont commencé par être des communistes, ils finirent tous par se suicider, dégoûtés de la révolution, ou par attaquer le régime, qui vit vite à les éliminer.» 1.La France catholique, \6-2- 62.- A propos du “Dictionnaire universel des Lettres”- Dans un article qu’il confiait récemment à L’A.P.P., Daniel-Rops faisait les plus grands éloges du magnifique Dictionnaire Universel des Lettres que vient de publier la société Laffont-Bompiani.A son avis, il s’agit là d’un « instrument de travail extraordinaire dont ne pourra désormais se passer aucune bibliothèque sérieuse, non plus que personne s’intéressant à la chose littéraire Tout y est.L’ensemble des connaissances se rapportant à la chose littéraire de tous temps et de tous pays s’y trouve : non seulement les biographies d’une nombre presque incroyable d’écrivains (plusieurs milliers), non seulement des résumés des chefs-d'oeuvre qui comptent, mais aussi (.) des articles consacrés aux grands mouvements littéraires, aux axes majeurs de la pensée (.) » Voilà une appréciation susceptible de mettre en appétit les bibliophiles ! 54 LECTURES IKILU DE (MU (Suite de la page 56) Un observateur romain, nourri d’histoire, à qui je demandais: < Quand verra-t-on les grands effets ?», me répondit: < Il faut que passent deux générations.» Il exagérait.Mais l’histoire des conciles, et surtout du Concile de Trente, fait bien voir qu’il ne suffit pas de légiférer pour que les lois soient vraiment appliquées, incarnées.Un concile prépare la terre arable, l’humus sacré où germeront demain les saints et les fondateurs.Je voyais le cardinal Bea (qui me disait sa joie de venir à Paris en janvier).Jésuite allemand, spécialiste d’exégèse et de Bible, confesseur de Pie XII, il est en somme l’ambassadeur permanent du Saint-Père auprès des non-catholiques.Il ne se représente pas le Concile comme un arrêt, mais comme un élan.Le Concile, c’est l’Eglise remontant à son centre, à sa source, reprenant sur son axe l’élan créateur afin de récapituler son passé en vue d’une nouvelle étape de sa vie dans le temps.Les pensées ne me surprennent pas.Toute ma philosophie les contenait déjà.Et c’est pourquoi j’assiste à cet événement avec tant de curiosité.Jean GUITTON INDEX DES AUTEURS AM1C (A.), p.46 ANDRITCH (I.), p.32 ARON (R.), p.46 * * * Au rythme de l’Eglise, p.36 BAILLARGEON (P.), p.38 BARRET (A.), p.43 BAUER (G.), p.41 BLOND (G.), p.46 BOLTAR (R.), p.46 BORNERT (L.), p.43 BOUCART (J.R.D.), p.46 BOURBON-BUSSET (J.de), p.46 BOURGAULT (R.), p.36 C ADI EUX (M.), p.38 CARROUGES (M.), p.44 CHABANNES (J.), p.41 CHABAS (Y.), p.46 CHABOT (C), p.44 CHOQUETTE (G.), p.39 COURBEYRE (J.), p.46 DA VET (M.), p.46 DEP1NAY (R.), p.46 DOMINIQUE (A.-P.), p.39 DUPUY (J.), p.46 EVDOKIMOV (P.), p.41 FORLANI (R.), p.43 FRIOUX (C.), p.42 FRISON-ROCHE (R ), p.46 GARDINIER (J-P ), p.44 GOLON (A.et S.), p.47 GROULX (Ch.L.), p.34 HURE (A.), p.47 LANDRY (L.), p.47 LANGUIRAND (J.), p.39 LAPLANTE (J.de), p.47 MACLEAN (A.), p.43 MARIEL (P.), p.47 MARIE-THARS1CIUS (Sœur), p.31 MUN (R.de), p.47 PALLE (A.), p.47 PERRAULT (G.), p.47 PEYRE (J.), p.47 QUATREPOINT (R.), p.47 RUMILLY (R.), pp.37 et 40 SAINT-LOUP (M.), p.47 SASEK (M.), p.43 SCHUMANN (M.), p.47 SIMARD (J.), p.39 SOREL (M.-R.), p.47 TEILHARD DE CHARDIN (P.), p.50 UPDIKE (J.), p.47 WEST (ML), p.42 LECTURES REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Un.1-9621 Direction: R.P.Paul-A.MARTIN, c^.c.Rédaction: Rita LECLERC Le Ministère des Postes, à Ottawa, e autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Abonnement annuel: $2.00 Le numéro: $0.20 Publication approuvée par l’Ordinaire Octobre 1962 55 page d’ANTHOLOGIE Jean G nil ton vient de publier chez Aubier, sous le titre de Dialogue avec les précurseurs une sorte de « journal œcuménique » dont nous extrayons les pages ci-dessous.(N.D.L.R.) VJL J.Concih Rome, 20 octobre 1961 CTOBRE, c’est peut-être ici le plus parfait des mois.La lumière égale a quelque chose de irais.Je sens une correspondance entre ces couleurs si romaines d’or terni, d’or alangui, d’ocre rosé et la fraîcheur neuve de ces jours d’automne.Dans les pays où le soleil n’incendie pas les feuillages, l’automne est plus pur, étant seulement automne de lumière.Les Latins "»»nsaient que le monde avait été créé par les dieux vers le milieu du mois de septembre.Et je le croirais assez: lorsqu’on a goûté l’existence, c’est le vrai printemps do 1 esprit.Dépouillement Qui annonce, Qui per-met le vrai commencement.Le vieil âge, comme pour Jean XXIII, est chez certaines natures le moment où elles n’ont plus de contrainte à subir, ou elles peuvent être enfin elles-mêmes.Ici, le Concile a fini de s’antépréparer.Il se prépare.Comme toute chose à Rome, il avance gravement, lentement et presque éternellement, avec circonspection, patience et dans un grand secret.Les ecclésiastiques savent garder le secret.Et le Pape actuel aime se taire, puis surprendre.Sous son impulsion, les forces intellectuelles, spirituelles de la ville sont orientées vers ce Concile.Chaque muscle de ce grand corps se contracte en vue d’un grand effort.Le Pape pourrait dire de son Concile ce que Proust disait de son livre, Qu’il le supporte comme une fatigue, qu’il l’accepte comme une règle, qu’il le construit comme une église, qu’il le suralimente comme un enfant, Qp’il le crée comme un monde, « sans laisser de côté les mystères qui n’ont leur explication que dans d’autres mondes et dont le pressentiment est ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l’art ».Un Concile est une prise de conscience.Jusqu’ici, cela ne s’était fait que devant un danger très défini, à propos d’une erreur de foi.Et le Concile aboutissait à des définitions négatives.Il s’agit ici d’une oeuvre positive, d’une prise de conscience de l’Eglise entière en face d’une situation unique dans l’histoire de la planète: le passage d’une époque à une autre, mutation comme il ne s’en est pas encore rencontré, et devant la menace d’un athéisme scientifique plus efficace que jamais et que le paganisme n’avait pas connu.Car les païens avaient gardé le sens du mystère sacral.A l’arrière-plan du Concile demeure le désir de préparer certaines conditions de l’union des chrétiens, en rendant cette union désirable aux Eglises séparées par un « rajeunissement » de l’Eglise-mère.Puisqu’une visite à Rome a toujours son haut point dans une « visite au Vatican », j’ai demandé d’être reçu.Et, ce soir, je voudrais résumer mon impression sur le Saint-Père, sur son visage, l’état de son esprit.Nul ne porte tel poids avec tel naturel; cela, par cette qualité très italienne, et si rare chez nous, qui est une innocence acquise, une manière d’être soi sans fard et sans détour, et que Joubert, qui l’a si bien célébrée, nomme la bonhomie.Cette bonhomie n’a pas quitté Jean XXIII sur ce haut lieu où tant frissonneraient.Il s’est trouvé de plain-pied avec ce qui se présentait à faire dans l’humble comme dans l’immense, sans raideur, sans protestation même d’humilité, mais avec hardiesse.Tous pensaient qu’après la définition de 1870 sur l’Infaillibilité, il n’y aurait plus jamais de concile.Un beau jour, le Pape a dit: « Il y aura un Concile.» Et peut-être a-t-il ouvert une ère nouvelle, l’ère conciliaire; car ce Concile peut durer longtemps, comporter comme celui de Trente de longues pauses, ou bien être suivi et complété de plusieurs autres Conciles.On répète ici ce propos du Pape à un évêque: < Le commencement du Concile, c’est moi qui le fixe.Sa fin, Dieu seul la sait.» Jadis, à un premier de l’an élyséen, Mgr Roncali avait cité une fable, peu connue, de La Fontaine, Le Juge arbitre, l’hospitalier et le solitaire.Et, dans la fable, il avait choisi ces vers: Troublez l’eau, vous y voyez-vous ?.Laissez-la reposer: Vous verrez alors votre image.ajoutant: « Plaise à Dieu que cette doctrine, déjà résumée au fronton du temple de Delphes, et qui par sa plénitude et sa généralité dépasse toute application particulière, soit comprise et largement mise en pratique ! > C’est bien un de ses secrets de méthode: laisser reposer les irritations des personnes, les images des choses, patienter, supporter.Mais, le moment venu, mener la barque vers la haute mer et dans une position telle que ses successeurs mêmes ne pourraient pas la ramener au rivage.Son entretien est savoureux, plein d’incidences, d’anecdotes, de traits.Il y en a de charmants.Ainsi: « Il m’arrive de me réveiller la nuit avec de gros soucis.Je me dis: « Il faudra dire ça au Pape.» Mais une voix me dit: « Angelo, Angelo, le Pape, c’est toi ! » Alors, je pense au Saint-Esprit et je m’endors.> Du Concile il attend beaucoup avec foi, avec assurance plus encore qu’espérance.Et toutefois, il sait bien qu’il n’y a pas de miracle dans les Conciles, que l’oeuvre sera lente, semée d’obstacles.Un Concile résume le passé et prépare l’avenir.On ne voit pas son plein effet au moment même.Le Pape m’a semblé redouter qu’on exige du prochain Concile une sorte de miracle, qu’on en attende nn Impossible immédiat.Ce n’est pas dans l’ordre des choses.Le Concile est un organe de l’adaptation continue de l’Eglise, de sa puissance de conserver le passé, de faire face à l’avenir, d’assimiler le nouveau, de durer en progressant dans sa ligne: ce que Newman nommait le développement.(Suite à la page 55)
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