Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (2)

Références

Lectures, 1963-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
REVUE MENSUELLE CONSACRÉE À LA CULTURE ET À LA BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE • • • • • • NOUVELLE SÉRIE, VOL.X SEPTEMBRE 1963 - JUIN 1964 245 est, boul.Dorchester, Montréal LECTURES Revue de bibliographie-conseil publiée tous Les mois (sauf juillet et août) par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Principaux collaborateurs: le R.P.G.-M.Bertrand, c.s.c., le R.P.P.-E.Charbonneau, c.s.c., le R.P.R.-M.Charland, c.s.c., Mlle Marie-Claire Daveluy, le R.P.J.Grisé, c.s.c., le R.P.J.-M.Langlais, c.s.c., M.Rodolphe Laplante, le R.P.Romain Légaré, o.f.m., le R.P.A.Legault, c.s.c., le R.P.B.-M.Mathieu, o.p., Mme Michelle Le Normand, Mme C.Martin-Potvin, le R.P.O.Melançon, c.s.c., le R.P.P.-E.Roy, c.s.c., M.Clément Saint-Germain.Notes 1.La revue Lectures paraît tous les mois '-sauf juillet et août».Toutes les livraisons, de septembre à juin, constituent un tome.La dernière livraison contient une table méthodique des sujets traités, ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés au cours de l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d’après les règles de la catalographie.3.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais.D Dangereux.B?Appelle des réserves plus ou moins graves, i.e.à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement).B Pour adultes.TB Pour tous.TB-S Livre pour tous mais spécialisé.A Livre pour adolescents.J Livre pour jeunes.E Livre pour enfants.Publication approuvée par l'Ordinaire NUMÉRO 1 NOUVELLE SÉRIE — VOLUME 10 MONTRÉAL FIDES sommaire Editorial .p.2 Histoire du Canada (t.2) de Gustave Lanctôt .p.3 Partir avant le jour de Julien Green, p.6 Notices bibliographiques .P- 8 Cote morale des nouveautés en li brairie .p.19 Le courrier des lecteurs .P- 21 La voix des maîtres p.22 Jean Onimus: L'admiration (page d'anthologie) .P- 28 SEPTEMBRE 1963 .Julien GREEN (voir à la page 6) En marge de la Semaine des techniques de diffusion (22-26 sept.} La télévision, une richesse à exploiter Depuis que le petit écran a fait son entrée dans nos living rooms ou nos salons, on l’a tour à tour idolâtré ou décrié.Pour les uns, il était une panacée à l’ennui sous toutes ses formes, et l’occupation par excellence des moments de loisirs.Point de mire des réunions de famille, hôte obligatoire et souvent abusif des rencontres d’amis, le petit écran semblait être le centre de toutes les préoccupations et le sujet par excellence des commentaires et des conversations.Cet engouement, dû pour une bonne part à l’attrait de la nouveauté, ne laissait pas d’être inquiétant.Il explique l’espèce de suspicion que les esprits sérieux et réfléchis entretenaient à l’égard de la télévision.Les éducateurs, entre autres, nourrissaient contre elle des griefs tout à fait fondés: que faire avec des élèves gavés d'images en soirée et qui le jour ne savent que sécher leurs leçons et roupiller sur leurs thèmes ?Les sociologues s’inquiétaient avec raison pour l’avenir d’une civilisation où l’image, de plus en plus envahissante, ne laisserait au livre et à l’imprimé qu'une part vraiment trop congrue.Avec le temps, l’engouement des débuts s’est quelque peu atténué, et certains griefs ont, du même coup, perdu de leur âpreté.Certes, il y a encore d’incurables maniaques de la télévision: pour eux, tout doit être vu de ce qui est télévisé; ils ouvrent leur appareil dès qu’ils ont un pied dans la maison, et même s’ils se plaignent parfois de l’insignifiance des programmes, ils ne fermeront leur appareil qu’aux petites heures, alors que la tête d’Indien apparaîtra sur l’écran.Mais, en général, le public, plus lucide, plus exigeant, ou plus blasé, est moins esclave du petit écran.Désormais, il est possible de rendre visite à des parents et à des amis sans avoir à subir toute une kyrielle d’insipides programmes qui gênent les échanges et empêchent le dialogue.Quant aux éducateurs et aux sociologues, ils ont vu tomber certaines de leurs préventions.N’est-il pas significatif que, tout dernièrement, l’on ait fait l’expérience d’émissions éducatives dans les cadres mêmes de l’école?C’est que, manifestement, la télévision s’est révélée très efficace pour ouvrir des horizons, allumer des curiosités nouvelles, voire, à l’occasion, stimuler le goût de la musique, du beau théâtre et de la lecture enrichissante.Non, le petit écran n’est pas seulement un écueil et une tentation.Il peut être une aide précieuse et une source de richesses insoupçonnées.Tout est dans l’attitude que nous adopterons à son égard et dans la discipline que nous saurons nous imposer dans le choix des programmes.On convient aisément que l’usage immodéré et sans discernement de la télévision ne peut qu’abrutir et entraîner une passivité à la longue dissolvante.Mais ce que l’on est porté à perdre de vue c’est que, si l’on ne se fixe pas un certain programme de vie, en choisissant d’avance les programmes qui méritent d'être regardés, on se défendra mal contre un insidieux envahissement, on perdra des heures précieuses et on n’exploitera pas au maximum les ressources de la télévision.Wilfrid Pelletier disait un jour qu’à force d’écouttr de la musique à toute heure du jour et de la nuit, l’oreille devient saturée et on ne peut plus « bien entendre » la musique.Il en va de même pour les images: à force de trop en voir on finit par les voir à moitié.Il importe donc de choisir, parmi les émissions télévisées, celles qui se recommandent par leur qualité culturelle et morale, celles qui répondent à des be win s personnels, et qu’on laisse tomber impitoyablement toutes les autres.On n’en aura que plus de temps â consacrer â ses obligations familiales, à la lecture et aux œuvres sociales.Et surtout, moins dispersé et plus recueilli, on profitera mieux des émissions qu’on aura choisi de voir, et on ne dilapidera pas, en pure perte, cette source de richesses qu’est la télévision.Rita LECLERC LECTURES eUeUoque avec te& léiw&l D’HIER ET D’AUJOURD’HUI Gustave Lanctôt: ^Jriitoire Cranach Itome 2^ Après avoir, dans un volume précédent(,), étudié la première période de l’histoire du Canada, celle de la fondation, Gustave Lanctôt donne au public, dans un deuxième volume, la deuxième période, celle de la colonisation ,2>.La petite société canadienne commence à se stabiliser.L’administration devient régulière avec un « gouverneur, représentant du roi, chargé du secteur militaire; avec un intendant qui s’occupe de la justice, de la police et des finances.Malheureusement, comme les fonctions des deux chefs de la colonie ne sont pas rigoureusement fixées, que bien des juridictions sont communes, il y aura souvent des rivalités regrettables, des chicanes puériles, qui nuiront au développement de la Nouvelle-France.Le clergé d’alors est dominé par la grande figure de Mgr de Laval, un héros certainement et un vra» prêtre de Dieu.Un saint?Gustave Lanctôt montre ses petitesses dans ses rapports avec Maisonneuve: ce qui laisse par moments une impression défavorable à l’endroit du grand évêque.Sous la direction de Mgr de Laval, les Jésuites rêvent d’un régime théocratique, dans le genre sans doute des réductions du Paraguay.Contre cet idéal religieux, les gouverneurs reçoivent de Paris l’ordre de lutter et de ne pas permettre au clergé de sortir de son rôle.Lanctôt revient souvent sur cette interven- tion de la Cour de France en faveur de la priorité royale dans les questions de politique et d’administration.De 1663 à 1713, des seigneuries sont créées de Tadoussac à Lachine.Et les beaux noms de la noblesse française volent et revoient dans nombre de pages.Quel honneur de se marier avec Geneviève Picoté de Bélestre !.Saluez chapeau bas ! Au milieu de ces grands titres de noblesse, de grands coups d’épée, de traites de castor, ce qui sera un jour le Canada s’organise lentement.En 1713, le territoire actuel du Québec reste à la France en même temps que son prolongement à l’ouest jusqu’aux Grands Lacs, au sud jusqu’au Mississipi et à la Louisiane, au nord jusqu’à la Baie d’Hudson.Mais le traité d’Utrecht (1713) cède à l’Angleterre Terre-Neuve et l’Acadie.* * * Ce ne sont pourtant pas les grands hommes qui ont manqué à la Nouvelle France ! Grands hommes comme Frontenac et Talon.Frontenac, un vrai chef, surtout militaire, livrant bataille jusqu’à l’âge de 74 ans ! Frontenac, avec ses défauts et son attitude « affairiste >, c’est-à-dire sa manie de remplir ses poches.Grands hommes aventuriers, comme 3 Septembre 1963 d’Iberville, génie de la conquête; comme La Salle découvrant le premier que le Mississipi déverse ses eaux dans le Golfe du Mexique; comme Jolliet.11 y a aussi des indésirables comme Perrot, cupide et brutal; comme Lamothe-Cadillac, le fondateur de Détroit, homme énergique mais sans scrupule, qui finira en Louisiane.Cette période de colonisation n’aboutit qu’à un succès partiel.Tout au long de l’ouvrage, Gustave Lanctôt revient sur les raisons qui ont empêché une victoire franche et décisive.On peut les énumérer au nombre de cinq: 1) Les attaques continuelles de l’Angleterre contre les Canadiens.Duel perpétuel et si intense parfois qu’on peut dire que l’histoire de la Nouvelle-France durant ces 50 ans n’est que la lutte de l’Angleterre contre la France en Canada.La paix et la guerre, ici, ont dépendu, non du Canada, mais de Paris et de Londres.Les plus petits remous de la politique européenne ont leurs effets, rétardés mais certains, sur l’économie et la politique canadiennes.2) Pour réussir, les Anglais se sont servi des Sauvages, en particulier des Iroquois qu’ils ont armés continuellement et avec lesquels ils ont fait commerce.3) Si les Acadiens ont été vaincus, c’est surtout à cause du manque de population.Quand on songe qu’il n’y avait que 885 Acadiens en 1686 et que, tout à côté d’eux, la Nouvelle-Angleterre comptait 75,000 habitants en 1675, on comprend que les défenseurs héroïques de Port-Royal devaient succomber.L’émigration insuffisante est donc un des facteurs de la demi-défaite de 1713.Et cette remarque vaut également pour toute la Nouvelle-France.4) La quatrième cause d’insuccès est l’incurie de Versailles.Il est certain que l’avenir du pays aurait été autre si la colonie avait toujours eu, en France, des ministres aussi compréhensifs que Colbert.Colbert disparu, Louis XIV fut trop pris par son souci d’hégémonie européenne pour pouvoir s’occuper pleinement des colonies.Il ne comprenait pas comme nous aujourd’hui l’avenir colossal de l’Amérique du Nord.Il ne savait pas que l’enjeu n’était ni plus ni moins que la langue et la civilisation française dans un pays qui deviendrait un jour le premier pays du monde.Il affirmait simplement — avec son temps — qu’une colonie n’est importante que dans la mesure où elle rend service à la mère-patrie.Il aurait dû avoir une politique à longue portée et poser souvent des gestes comme celui de l’envoi du régiment de Carignan qui affirmait la présence de la France contre les Sauvages et assurait la paix dans l’honneur.4 5) Enfin, les querelles entre les hauts fonctionnaires ont souvent nui à la cause de la Nouvelle-France.* * * Toutes ces considérations sont disséminées, ou mieux suggérées dans et par l’ouvrage de Gustave Lanctôt.Se séparant de tant de ses prédécesseurs en histoire canadienne, Lanctôt n’écrit pas une thèse.Il est vraiment de la nouvelle école, de celle de Guy Frégault, de celle qui, fatigué de voir tirées en tous sens l’histoire du passé et son interprétation, ne veut plus jurer que par les faits.Des faits, rien que des faits.Les conclusions s’imposeront alors d’elles-mêmes.On a dit et redit que l’histoire du Canada, écrite par un Canadien-Anglais, est complètement différente de celle qui est écrite par un Canadien-Français.Cela provient qu’on s’est hâté de dresser des postulats avant d’établir objectivement ce qui s’est réellement passé.Gustave Lanctôt ne mérite pas ce reproche et je ne doute pas que son œuvre plaise à tous, Anglais ou Français.Comment conçoit-il l’histoire ?On peut dire qu’il y a actuellement deux catégories d’historiens ou deux sortes d’école.Il y a la façon française et la méthode germano-américaine.Les historiens de l’école américaine exposent les faits, les prouvent — souvent avec un lourd appareil scientifique —, ne sollicitent pas votre confiance, mais la méritent, vous conduisent à des corollaires que vous acceptez de vous-mêmes comme eux et avec eux, des corollaires qui s’imposent.S’ils énoncent un principe, c’est qu’il est tellement évident qu’il crève les yeux.S’ils brossent un caractère, c’est que la silhouette de tel grand homme a jailli devant vous avant même que l’historien ne l’écrive.L’historien de l’école française, au contraire, a tellement horreur de la compilation et de la sèche énumération des faits que, avant même de composer, il accomplit pour vous ce travail dans le silence du cabinet; il vous dispense de l’armature de ses références, de la nomenclature de ses innombrables sources.Les matériaux ne sont pas assemblés, mais dressés tout de suite d’après un plan prémédité dont lui seul a le secret et qui s’est imposé à lui au cours de ses recherches.Tout de suite, l’historien part dans un sens, exigeant que vous lui fassiez confiance.Dans le premier cas — et c’est le cas de Gustave Lanctôt — on a surtout de la science; dans le second de l’art.Dans le premier cas, très peu de risque de se tromper; dans le second, c’est la thèse avec ses LECTURES dangers d’interprétation personnelle, ou, comme on l’a dit, d’assouvissement.Gustave Lanctôt n’a pas conçu l’histoire comme l’apologie d’un peuple.11 n’est pas parti de cette idée, par exemple, que les Acadiens du XVIIc siècle sont des martyrs.Mais il a bien montré que si ce peuple a reçu des coups, il a su en asséner quelques-uns — et des meilleurs — aux Anglais; que si les Acadiens ont été vaincus, c’est pour les raisons énumérées plus haut.Lanctôt multiplie donc les faits à l’infini.Et il les présente d’une façon chronologique, avançant de mois en mois, d’année en année, de période restreinte à période restreinte, selon une méthode que le bon Fénelon aurait condamnée.Mais, n’en déplaise au Cygne de Cambrai, Gustave Lanctôt ne déplaît pas: au contraire ! Fidèle à sa technique, il ne veut pas de division arbitraire.Son œuvre y gagne en vie; les chapitres grouillent de mouvement.Evidemment, le danger de ce système, c’est que les faits importants n’ont pas assez de relief et qu’on risque de ne plus voir ce qui est essentiel.Ainsi, l’incident comique du prie-Dieu de Mgr de Saint-Vallier mijote dans le chapitre de la paix de Ryswick et la mort de Frontenac.Mais pour qui sait lire, ce danger disparaît.D’ailleurs, l’important finit par se dégager de lui-même de l’œuvre.Car c’est l’histoire qui juge, ce n’est pas L’historien.Ainsi, tout au long de l’ouvrage, le lecteur jette le blâme sur les coureurs de bois, sur leur recherche de l’aventure, de la vie facile et immorale.On court la traite du castor au lieu de s’arrêter pour travailler, pour construire, semer et récolter.Naissent alors des fortunes individuelles rapides au détriment de l’avenir de la colonie prise dans son ensemble.De même, nous avons suffisamment compris les abus du trafic de l’eau-de-vie.Quelle cynique histoire que celle de ces colonisateurs chrétiens — anglais ou français — qui enivraient les Sauvages en soutirant d’eux des peaux de castor ! Honte qui marque à jamais un régime, malgré les protestations réitérées des missionnaires ! D’autre fois, Gustave Lanctôt donne lui-même de très nettes conclusions.On en trouve souvent à la fin des chapitres; on trouve des aperçus généraux brefs et péremptoires, l’auteur estimant qu’il les a suffisamment justifiés et prouvés.Ainsi, il écrit de Talon: « Il avait rêvé d’un royaume dont Louis XIV ne voulut pas, mais qui, grâce à lui, deviendra quelque chose de grand.Parti au profond regret de tous, ennemis tomme amis, il restera le Grand Intendant, celui qui fut, après Champlain, le second fondateur de la Nouvelle-France.» (P.80) — Et de Frontenac: « Energique et courageux jusqu’à l’audace, im- périeux et violent jusqu’à l’insulte, Frontenac poussa la vanité jusqu’au ridicule et l’intérêt jusqu’à l’infraction des instructions royales.Dans la guerre, épaulant le soldat par le milicien et le Sauvage, il contint et refoula l’offensive anglaise, tandis qu’il domptait et supprimait la menace iroquoise.» (P.185) Il est donc faux de soutenir que des historiens comme Frégault ou Lanctôt ont tellement peur des grandes lignes qu’ils ne les tirent jamais.Non ! Ce qu’ils veulent, c’est que le lecteur conclue avec eux, heureux d’être du même avis que l’historien.C’est ainsi que les quatre grands derniers chapitres, intitulés rétrospectives (p.253-305) et celui qui a pour titre épilogue n’hésitent pas à brosser un tableau général et récapitulatif de toute la période qui s’étend de 1663 à 1713.Alors, les faits racontés précédemment prouvent que cette période fut une étonnante époque de croissance et d’enracinement, d'initiative et d’audace, de guerre et de vaillance (p.274).* * * En conclusion, l’ouvrage de Gustave Lanctôt est un livre infiniment précieux, d'utilisation facile.Le style en est vivant, mais avec la rançon du style vivant: les faiblesses, ici ou là, du style parlé.L’auteur est tellement plein de son sujet qu’il ne s’aperçoit pas des incorrections.Surtout, L’histoire du Canada est un livre qui fait réfléchir.Sachant ce que nous savons, que de fois nous aurions souhaité vivre à la Cour de Versailles, au XVI le siècle, avec notre connaissance du XXe, conseillers du Roi-Soleil ! Quand on est canadien, comment ne pas s’attrister d’être les descendants de ceux qui ont perdu la partie contre les Anglais, qui ont commencé de la perdre en 1713 ?Que de fois on se dit qu’il aurait fallu peu de chose pour que le cours de l’histoire s’orientât d’autre façon ! Mais Gustave Lanctôt ne lance pas de telles interrogations: il ne cherche pas à nous émouvoir et ne pense pas que ce soit son métier d’y répondre.Que si vous les lui posiez, il vous dirait que le dernier mot n’est pas dit et que les Français du Canada ont encore, dans un sursaut digne de la « furia francese », un rôle à jouer dans un continent où, de Québec à la Nouvelle-Orléans, ils ont donné tant de preuves d’héroïsme et de grandeur.Paul GA Y, c.s.sp.( I ) Gustave Lanctôt.Histoire du Canada, vol.I: Des origines au régime royal.Montréal.Beauchemin, 1962.(2) LANCTOT (Gustave) HISTOIRE DU CANADA.Vol.2: Du régime royal au traité d'Ulrecht ( 1663-1713).Montréal.Beauchemin.1963.Pour adultes, mais spécialisé Septembre 1963 5 Julien Green : Partir avant le jour Rita Leclerc Après Chaque homme dans sa nuit, roman plein d’ombres et de lumières où l’obsession de Dieu était aussi sensible que l'obsession du mal, Julien Green nous donne, dans Partir avant le jour une reconstitution tout en clairs-obscurs de son enfance.Ce livre n’est certes pas une autobiographie au sens où on l’entend d’ordinaire.L'auteur s'en défend d’ailleurs quand il précise son propos: « Si je n’y mettais sans cesse bon ordre, ce livre tomberait dans l’autobiographie pure et simple.Or, c’est bien autre chose que je désire.Je me propose de regarder là où je n’ai jamais tourné les yeux que par hasard, je veux tâcher de voir clair dans cette partie de la conscience qui demeure si souvent obscure à mesure que nous nous éloignons de notre enfance.Le bon grain jeté à pleine main par Dieu et le mauvais par le démon, comment tout cela poussait-il ?» (P.67) Ce qui importe pour l'auteur, plus que d’accumuler des dates et des faits précis, c’est d’abord de se mieux connaître lui-même: « Si je pouvais revoir et bien observer l’enfant que j'étais à huit ans, je comprendrais mieux l’homme que je suis devenu.* (P.54) — « Je voudrais retrouver le fil plus fin qu’un cheveu qui passe à travers ma vie, de ma naissant ?à ma mort, qui guide, qui lie et qui explique.» (P.66) Mais ce qui importe davantage encore, pour ce croyant qu’est Julien Green, c’est d’« essayer de saisir et de bien retracer le passage de Dieu » dans sa vie (p.34).Cet ouvrage est donc une sorte de confession où l’auteur a voulu, avec toute la lucidité, l’humilité et la sincérité dont il est capable, établir le bilan spirituel de son enfance.En une série de petits tableaux qui ne suivent pas forcément l’ordre chronologique et se recoupent même souvent les uns les autres, Julien Green nous dit ce que fut cette enfance où il y eut — lui-même ne devait le constater que beaucoup plus tard — un avant et un après.Avant, c’est la période où, vivant sous le regard plein de tendresse de sa mère, il avait été à peine effleuré par le mal.« Je suis persuadé que tant que ma mère fut de ce monde, sa présence me garda d’une manière que ni elle ni moi ne pouvions soupçonner.* (P.153) Benjamin d’une famille qui comptait cinq filles, Julien Green eut une enfance heureuse et choyée.Il était le préféré de sa mère qui lui vouait une tendresse enveloppante et soupçonneuse.De cette femme admirable qu’était Mme Green, il y aurait beaucoup à dire, mais il y avait, dans l’éducation qu’elle donna à son fils des erreurs dont il restera à jamais marqué.De foi protestante, Mme Green avait une croyance très vive et une vénération très pro- « Ce qui importe, ce qu’il faut essayer de saisir et de bien retracer, c’est le passage de Dieu dans la vie d’un homme, et c’est ainsi que peu à peu j’entrevois le sens de ce livre.» fonde à l’égard de la Bible.L’une et l’autre, elle les a transmises à son fils.On ne peut, sans émotion, lire ces admirables passages de Partir avant le jour où Julien Green évoque sa mère, lisant la Bible à ses enfants, apprenant à Julien le Pater et les psaumes, ou lui rappelant les paroles de saint Jean sur l’amour de Dieu.« Dans l'espèce de crépuscule où je me trouvais encore, cette présence de ma mère prenait peu à peu un caractère magique, et à la distance de toute une vie, le souvenir de sa voix me fait encore battre le coeur.Lorsqu’elle venait me souhaiter bonne nuit, je me mettais debout dans mon lit et passais mes bras autour de son cou.Alors que je savais à peine articuler des mots, elle me faisait dire avec elle Notre Père en anglais.La tête sur son épaule, je répétais les paroles qu’elle disait gravement et lentement dans la chambre à peine éclairée par la lumière qui venait du salon [.] J’estropiais ces mots que je ne comprenais pas, et cependant quelque chose passait, de ma mère à moi, à travers ce murmure.L’essentiel de ce que je crois aujourd'hui m’était donné alors, dans la pénombre où parlait le plus grand amour.» (P.19) Le jeune Julien devait cependant ressentir les méfaits de cette tendresse trop vive que sa mère lui portait, ainsi que de cette singulière conception qu’elle avait de la pureté.Traumatisée par le souvenir d’un frère très aimé que les relations sexuelles avaient perdu, Mme Green entourait la pureté de son fils d'une vigilance d’autant plus maladroite que pour elle pureté était synonyme d’ignorance et de mépris du corps.Evoquant ses toutes premières années, Julien Green dira: « Ma mère me surveillait déjà, ayant pour certaines fautes, une horreur que je n’ai connue qu’à elle.» (P.16) En tait, si elle surveillait son fils, ce n’était pas pour l’éclairer mais seulement pour l’effrayer par des interdits dont elle ne lui révélait pas le sens ou pour le garder dans une ignorance qui ne le rendait que plus vulnérable.N’est-il pas significatif qu’elle ait pu lever un couteau menaçant sur un innocent bambin en train d’explorer son corps, alors que plus tard elle répondra par une fin de non-recevoir à ses questions les plus sérieuses ?Une telle éducation n’allait-elle pas fatalement aboutir au danger qu’elle voulait éviter.* L’être que j’étais alors, dira l’auteur, je le regarde aujourd’hui avec étonnement.Je le croyais si pur et il l’était sans doute, mais si près de devenir la proie de tout ce qu’il redoutait.Les photos me le font voir à la fois résolu et fragile, fier et seul, et d’une ignorance insondable qui l’expose à tous les risques.N’a-t-il pas construit avec l’aide inconsciente de sa mère des interdits qui montent jusqu’au ciel et le séparent du monde ?» (P.126) • La proie de tout ce qu’il redoutait.»: Julien Green le deviendra peu à peu dans la période qu’il a appelée 6 LECTURES r « après » de sa vie, période dont nous n'avons qu’une première partie dans cet ouvrage et qui commencera peu de temps après la mort de sa mère.Plus ou moins livré à lui-même, douloureusement sevré d’une tendresse qui lui était devenue nécessaire, en hutte en même temps aux sollicitations de ses camarades de lycée, le jeune Julien se laissera prendre aux pièges du péché.Sans trop se rendre compte au début de la gravité des actes qu’il posait, il contractera des habitudes mauvaises dont, pendant de longues années, il ressentira cruellement l’esclavage.* Pourquoi n'y eut-il personne pour me parler cette nuit-là.quelqu'un pour me mettre en garde ?[.1 On m'avait certes parlé du péché, du pur et de l'impur,, mais jamais d'une façon précise.Ma mère, j’ai lieu de le supposer, se figurait que j'en savais suffisamment sur ce point pour ne rien faire de défendu, elle pensait que je devais savoir ce que savaient tous les garçons de mon âge.et l'extraordinaire est que je ne savais rien [.] Le geste était humainement impossible à isoler.Sa répétition n’était plus qu'une affaire de temps.Le premier prêtre venu m'aurait fait voir en quelques minutes le danger vers lequel je courais, mais je vivais entouré de chrétiens qui se taisaient, parce qu'on ne devait pas parler de certaines choses à un jeune garçon.» (P.153) En octobre 1915, alors qu’il travaillait dans sa chambre, le jeune homme eut une inspiration subite qu’il attribua à sa mère et ouvrit un livre qu’elle avait dissimulé parmi des vêtements: c’était un abrégé de la doctrine catholique à l’usage des nouveaux convertis, par le cardinal Gibbons.L’effet de cette lecture fut presque foudroyant: « Dans l'espace de dix ou quinze jours, j'avais dévoré le livre entier.Depuis le premier mot jusqu'au dernier, je crus tout ce qui était contenu dans ces pages, je le crus avec force et avec joie.Il me sembla qualors que je mourrais de soif, une eau fraîche m’était versée d’une source intarissable, une eau délicieuse qui répandait la joie.[.] Cette eau plus enivrante que le vin me transforma d’un seul coup, je devins catholique de désir, sans hésitation aucune, dans un immense élan vers Dieu.» (P.159) La vie de Julien Green connut alors une période de ferveur religieuse qui donna le change au saint religieux chargé de le préparer à l’abjuration.On reste confondu à lire toutes ces pages qui évoquent les relations du Père X et du jeune converti: dans quelle équivoque, lourde de conséquences, peut parfois se faire une direction spirituelle quand le directeur n’est pas assez perspicace et le dirigé trop peu ouvert ! Par là s’explique peut-être que la conversion de Julien Green, si elle fut sincère, ne fut guère très profonde et durable.11 fut vite repris par l’esclavage de ses habitudes mauvaises et se gava de mauvaises lectures.La fin du livre nous laisse de lui une assez inquiétante image de jeune homme qui, tout en affichant une foi orgueilleuse et fanatique, pourrissait de l’intérieur par de secrètes et dégradantes compromissions.* * * Cet ouvrage dont ce résumé ne donne qu’un pâle aperçu, est, du point de vue littéraire, une oeuvre de maître.Sous la spontanéité apparente du récit, on de- vine aisément l’art de l’écrivain.Ces souvenirs d’enfance qu’il nous livre au fur et à mesure qu’ils se présentent à sa mémoire, il les raconte avec un rare bonheur, dans cette langue très pure et d'une sobre élégance qui est la sienne.Il y a, dans la première partie de l’ouvrage surtout, qui est la meilleure, bon nombre de petits tableaux admirablement réussis, tels par exemple, celui du petit Julien écoutant sa soeur Mary jouer des sonates de Mozart, ou celui du bambin en visite au temple et prenant pour siège le précieux haut-de-forme de son père, etc.Nous savons gré à l’auteur d’avoir conservé à ses souvenirs d'enfance tout le mystère dont ils étaient entourés.car il est très vrai que « la vie des enfants telle qu'ils se la rappellent est pleine de points d’interrogation » (p.93).Nous lui savons surtout gré d’une sincérité qui ne pouvait pas ne pas être coûteuse à cet orgueil que chacun porte en soi; lui-même le confesse d'ailleurs: « c’est maintenant qu’il me faut de la fermeté pour continuer ce récit, mais il faut se taire ou tout dire, si l'on veut se faire comprendre » (p.151).Cette sincérité est par ailleurs pleine de pudeur et de discrétion et l’on chercherait en vain une page choquante dans ce livre où pourtant tant de scènes laides sont forcément décrites.Confession très touchante et très douloureuse, admirablement écrite.Partir avant le jour inspirera certes les commentaires des psycholognes, mais elle donnera surtout à réfléchir aux parents, aux éducateurs et aux directeurs de conscience.De précieuses leçons se dégagent de ce livre, formulées ou non par l’auteur: v.g.sur les enfants trop sages qui sont parfois la meilleure proie du « malin », sur la haine qui souvent s’apprend à l’école et qui ne peut qu’empoisonner l’âme des enfants, etc.Comment ne pas citer cette page très belle et qui exprime une profonde vérité: « Dieu parle avec une extrême douceur aux enfants et ce qu’il a à leur dire, il le leur dit souvent sans paroles.La création lui fournit le vocabulaire dont il a besoin, les feuilles, les nuages, l'eau qui coule, une tache de lumière.C'est le langage secret qui ne s’apprend pas dans les livres et que les enfants connaissent bien.A cause de cela, on les voit s’arrêter tout à coup au milieu de leurs occupations.On dit alors qu'ils sont distraits ou rêveurs.L'éducation corrige tout cela en nous le faisant désapprendre.On peut comparer les enfants à un vaste peuple qui aurait reçu ur.secret incommunicable et qui peu à peu l’oublie, sa destinée ayant été prise en mains par des nations prétendues civilisées.» (P.33) Il y aurait une comparaison à établir entre Partir avant le jour et les Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.Ces ouvrages qui s'apparentent par tant de côtés ont été écrits dans un éclairage bien différent: la foi chez l'un, l'athéisme chez l’autre.Un monde les sépare.(I) GREEN (Julien) PARTIR AVANT LE JOUR.[Paris] Bernard Grasset [1963], 221p.20.5cm.(Réimprimé au Canada par Le Le Cercle du Livre de France) Appelle des réserves Septembre 1963 7 « 7Loik.nA, bj&lwcpiafihiqjbuiA, Littérature canadienne Psychologie GENDRON (Lionel) QUEL EST VOTRE QUOTIENT PSYCHO - SEXUEL ?Préface de Guy Poisson, p.s.s.Montréal, Les Editions de l’Homme, 1963.159p.20cm.$1.00 Appelle des réserves Faut-il attacher une grande importance à la sexualité ?Selon l’Auteur, trop d’époux n’ont pas reçu assez de renseignements sur ce point.Ce livre peut donc leur rendre de grands services.Cependant, il est à craindre qu’un certain nombre de lecteurs tombent dans l’angoisse en considérant tous les dangers dont ils sont menacés.De plus, une spiritualité conjugale plus intense et la réception plus fréquente des sacrements sont souvent nécessaires à la solution des problèmes conjugaux; l’auteur garde malheureusement le silence sur ces points.Par ailleurs ses conclusions sont conformes à la morale chrétienne.L.-M.B.Religion CHIASSON (Hélène) PREMIERE PRESENTATION DE DIEU AU TOUT-PETIT.Montréal, Fides [1963].128p.20cm.$2.00 Pour tous Dans sa préface au livre d’Hélène Chiasson, Première présentation de Dieu au tout-petit que Fides vient de publier, M.l’abbé Jacques Laforest de l’Institut Catéchétique de Québec écrit ceci: Le renouveau catéchétique chez nous est encore très pauvre du côté de la catéchèse familiale, surtout celle qui s'adresse aux tout-petits.Le malheur, c’est qu’on ne s’en rend pas suffisamment compte.Pour ce qui est de la catéchèse à l'âge scolaire, il faut déjà regretter que notre effort de renouveau de la catéchèse se soit développé en marge de la famille.Une maman me disait un jour: • Si je veux aider mon petit garçon à approfondir le catéchisme qu’il reçoit à l’école, il va falloir que je retourne moi-même à l’école.Je ne m’y retrouve plus ! » Renouvelant notre catéchèse, nous avons pensé à l’école, parfois à la paroisse.Nous avons veillé à la formation des maîtres, et nous avons travaillé à renouveler leurs instruments de travail.Mais les parents ?Il y a là, en effet, une anomalie regrettable.Car l’éducateur pourra tenter de développer en l'enfant qui commence l’école le sentiment de Dieu, nécessaire à sa formation religieuse; celle-ci demeurera imparfaite tant que les parents n’auront pas appris les rudiments d’une catéchèse, applicable dès que le tout-petit s’éveille à la vie de l’intelligence.C’est un principe fondamental de l'éducation familiale que l’enfant doit d’abord recevoir les premiers élément de la connaissance de Dieu dans les toutes premières années de sa vie.C’est la logique même.Une maman ne peut pas ne pas parler de Dieu à son petit.Dès l’âge de trois ans environ, quand commence la ritournelle des questions enfantines, la mère éprouve le besoin d’entrer le nom de Dieu dans ses réponses.Qui a fait le ciel ?Qui a fait papa et maman ?Qui a fait Jean ?Pourquoi qu’il pleut ?Pourquoi poussent les fleurs ?Pourquoi je dis merci ?Autant d’occasions propices qui servent à la maman pour introduire dans le cœur et l’intelligence de son petit, une image de « Dieu vivant et proche (présence bienfaisante au moment des joies, des peines, des craintes) et aussi sa grandeur (par l’admiration de ses œuvres dans la nature et par la prise de conscience de son autorité sur la vie et la mort) ».Bien peu de mamans cependant savent parler de Dieu à leurs petit.Elles s’imaginent qu’il faut Le rapetisser à la taille de l’enfant pour que celui-ci puisse comprendre.C’est ainsi qu’il est question du petit Jésus, du doux Jésus, du Bon Dieu alors que l’enfant très tôt doit considérer Dieu dans sa Majesté, sa puissance « pour amorcer dans les profondeurs de son subconscient » le sens du Dieu vivant et Très-Haut.Il faut que l’enfant sache, tout petit, que ses parents, comme lui-même, ont besoin de Dieu.Dieu, pour l’enfant, ne doit pas demeurer l’Enfant-Jésus de la crèche mais prendre— selon les explications adaptées aux circonstances par les parents — le visage adulte d’un Père, d’un Dieu tout-puissant.Il y a encore dans nos familles une façon de présenter Dieu au petit enfant beaucoup trop puérile, trop sentimentale, parfois absolument fausse.Ainsi, par exemple, quand la mère ose apporter à l’appui de son autorité celle d’un Dieu justicier ou « punisseur »: Tu fais de la peine d Jésus; si tu n’écoutes pas.Jésus va pleurer, Jésus te punira.Effroyable attitude, excusable uniquement par une ignorance qui n’a plus sa raison d’être.8 LECTURES Le livre de Mlle Chiasson vient à son heure.Harmonisé au renouveau catéchétique canadien actuellement en vigueur dans la plupart de nos institutions d’enseignement primaire, il ouvre des horizons inconnus aux parents qui souhaitent donner à leurs enfants un enseignement religieux préscolaire.Enseignement si nécessaire, tellement précieux que M.Laforest écrit à ce sujet: Si les catéchistes de l'école devaient se résoudre à être privés de la collaboration des parents à l'une ou l’autre époque de l'évolution des enfants, tous vous diront qu’ils préféreraient en être privés au temps de l'âge scolaire plutôt que dans les années de la petite enfance, celles qui précèdent l’école.Le dommage serait moins grand et moins irréparable.Mlle Chiasson nous donne avec Première présentation de Dieu au tout-petit l’un des meilleurs ouvrages du genre au Canada; un livre que tous les parents devraient lire pour mieux prendre conscience de leurs responsabilités quant à l’éducation religieuse de leurs tout-petits.Julia RICHER Littéralu re EN COLLABORATION ECRITS DU CANADA FRANÇAIS.Tome XV.Montréal [s.é.] 1963.336p.20.5cm.Appelle des réserves Ce tome continue la formule habituelle des Ecrits: l’éclectisme.André Laurendeau présente un fantaisiste et énigmatique téléthéâtre, Marie-Emma; le cadre de cette pièce est le vieux Montréal d'avant la première grande guerre.Monique Bosco nous livre quelques poèmes intimes où elle exhale les plaintes du cœur.Dans l'extrait d'un essai, Paul Beaulieu présente les œuvres de Katherine Mansfield, sa philosophie de la vie, ses mérites littéraires, tels qu’un « sens aigu d’observation, un don de créer des personnages vrais, une nécessité de communion avec les ctres et la nature qui se reflète dans ses nouvelles par une atmosphère de ferveur et de poésie * (p.199s.), surtout le renouvellement qu’elle apporte à l’art de la nouvelle.Histoire de rat, de Jean-Marie Courtois, est un conte plus ou moins pittoresque qui offre l'histoire d’un* rat voyageur qui.grâce aux bateaux, a pu visiter cinq continents.J’ai particulièrement apprécié l’étude technico-sociologique de Gérard Bergeron sur l’hypothèse plausible des cycles de la guerre froide, faite des états de tension et de détente, ainsi que le roman de Minou Petrowski, Un été comme les autres.Ce « roman », qui me paraît plutôt une longue nouvelle, manifeste une langue sûre et précise, une grande habileté dans la conduite du récit, l’art de maintenir le « suspense » jusqu’à la fin.Romain LEGARE.o.f.m.N.B.Cet ouvrage appelle de légères réserves à cause de la nouvelle Un été comme les autres dont le thème est assez délicat.GAGNON (Maurice) L’INSPECTEUR TANGUAY.Meurtre sous la pluie.Montréal, les Editions du Jour [1963].110p.19.5cm.(Coll.Roman policier canadien B-l) Pour adultes L’inspecteur Tanguay, à la radio, captive des milliers d’auditeurs.Nul doute que ceux-ci voudront le retrouver dans Meurtre sous la pluie que les Editions du Jour viennent de publier.Maurice Gagnon est ici à son meilleur.Le dialogue vif, les situations corsées, la physionomie haute en couleurs de l'inspecteur Tanguay donne à cette aventure un rythme qui plaira énormément aux amateurs de romans policiers.On pourrait peut-être reprocher à l’auteur de trop dévoiler ses procédés dès le début et de nous donner, en somme, la clé du mystère aux toutes premières pages du ro- ¦ - m Maurice GAGNON man.Il n’en reste pas moins que le récit garde un intérêt du commencement à la fin.Les Editions du Jour nous promettent une collection entière du genre.C’est un fait que celui-ci n’a guère eu la faveur de nos écrivains.La formule est cependant rentable et fort intéressante puisque le roman policier est le délassement favori de toute une classe de lecteurs.Plusieurs le croient indispensable à leur horaire, sinon quotidien, du moins hebdomadaire.On nous prédit que Maurice Gagnon écrira plusieurs ouvrages de la collection.Bravo ! car dans ce genre, il est vraiment doué ! Julia RICHER THERIAULT (Yves) LE GRAND ROMAN D'UN PETIT HOMME.Montréal, Les Editions du Jour [1963].143p.20.5cm.(Coll.Les Romanciers du jour) $2.00 Pour adultes On ne reprochera guère à Yves Thériault de ne pas se renouveler.Septembre 1963 9 t Yves THERIAULT Son dernier roman, publié aux Editions du Jour, Le grand roman d’un peiii homme en est la preuve récente.Yves Thériault imagine cette fois un procédé littéraire original.Il recueille sur ruban magnétique les confidences de son héros et chaque chapitre porte le numéro d'une bobine.Cela crée une atmosphère volontairement cahotique qui oblige le romancier à morceler ses thèmes mais donne au lecteur l’avantage de se reprendre, d’écouter en somme comme on fait pour un enregistrement sonore.Et ce n’est pas désagréable ! Le lecteur accepte mieux ainsi les faiblesses du récit, ses fléchissements qui peuvent passer pour de la couleur locale, le romancier souhaitant laisser parler son personnage principal et refusant de retoucher les confidences de ce barbier de village aux aspirations multiples et contradictoires.De petits portraits, une intrigue discrète, des descriptions de mœurs canadiennes font de ce roman un divertissement qui a dû procurer à son auteur énormément de plaisir.Sans grande importance, Le grand roman d'an petit homme 70 s’ajoute toutefois avec profit à l'œuvre d’un romancier qui ne cesse d'évoluer et de produire.Julia RICHER wmww'mm’m'mmwwmwwmwwmwww' BASILE (Jean) l.ORENZO.Roman.Montréal, Les Editions du Jour [1963].120p.21cm (Coll.Les Romanciers du Jour) $2.00.A ppelle des réserves Lorenzo se situe dans le genre de l’anti-roman.L’auteur montre l’absurdité de la vie par l’absurdité de son récit, si récit il y a.Ce n’est pas une suite logique d’événements, ni une étude approfondie de caractères.Lorenzo lui-même n'est pas un être en chair et en os.« Lorenzo.Lorenzo ?C’est tout ce qui n’existe pas » 1 lit-on à la page 18.Mais ce qui n’existe pas, continue un des personnages, peut être dangereux.C'est le mirage de la vie dont nous ne percevons que les apparences.C'est l’irréel.« La vie, hélas! est le pire chaos.» (P.113) «Ce que nous trouvons pourrait bien être ce que nous cherchions.Mais nous ne le savons pas.Je sais une chose seulement.La voilà: tous les gens, toutes les choses que j'ai vus ne sont que des ombres.Des vapeurs, des nuages nocturnes, des rêves.Soufflez dessus et si forts, si beaux, si vrais puissent-ils paraître, ils se dissipent à tout jamais * (Pp.114, 115) Et plus loin: « Ferme les yeux, les oreilles, la bouche, les narines, les doigts, ferme l’esprit, vide tes entrailles.Le monde n’existe pas.» (P.118) Avec une si profonde philosophie.le sentiment qu’on appelle l’amour sera fort malmené.A l’affection de Ken qui joue au dur (on se demande pourquoi), Cybèle, sachant l’inanité de tout mouvement d'un être vers un autre être, ne répondra pas et préférera se noyer.Rien n'est donc fixé et réglé ici-bas; tout semble désaxé.Le livre touche à tout, d'une façon symbolique.mais absolument désabusée.Pour mieux accentuer le désordre qui paraît être l’image de la vie, il y a tout un chapitre, celui où Albert et Dany s'habillent en femmes la nuit, qui n’est là que pour ajouter à l’incohérence du récit.Philosophie peu profonde, superficielle, affirmations brillantes, rpais non digérées.Lorenzo contient cependant de fort belles descriptions de la nature, des phénomènes qui « paraissent ».Et pour cause: le roman cherchant, à la façon de l’anti-roman, à nous incorporer à la nature d’une façon mystique et païenne.(On regrette qu’il ait « incorporé » 4 grosses fautes d’orthographe: « ce qui reposaient son esprit » (p.33), « ouïe-dire » (p.79), « elle courerait jusqu’au fleuve » (d.99), « ils se jet/aient » (p.109).Ces fautes sont inadmissibles dans une mince plaquette.) Lorenzo ne plaira pas au public.Trop à l’image de la poésie moderne qui procède par sensations successives.il n’a pas rendu avec puissance le mystère de l’inanité de toutes choses, le superficiel qui, seul, pense-t-on, peut être atteint, les fantasmagories de l’existence.Lorenzo est un pâle exercice sur le néant.Paul GAY, c.s.sp.( 1 ) C’est nous qui soulignons.__________„ t Avez-vous commandé votre tome relié de LECTURES ?LECTURES I littérature étrangère Religion PAUL de TARSE SYNOPSE DES EP1TRES.Traduction et lettre-préface du chanoine E.Osty.Paris, Editions universitaires (1962).274p.21cm.(Coll.Nouvelle Alliance) Pour tous, mais spécialisé On sera sans doute surpris par ce titre « synopse » appliqué aux épîtres de saint Paul.On est plutôt habitué de le voir mentionné à propos des trois premiers Evangiles, dits « synoptiques.» Nous savons qu’ils racontent à peu près les mêmes événements de la vie du Christ, avec des variantes plus ou moins importantes.Pour mieux faire ressortir les ressemblances et les différences, on met en colonnes parallèles les divers textes des Evangiles.Mais peut-on faire la même chose pour les épîtres pauliniennes ?Aurait-on affaire à des récits parallèles ?De fait, l’Auteur du présent ouvrage a plutôt voulu grouper sous une meme rubrique les passages des lettres qui traitent d’un même thème.Le texte complet des épîtres a été réparti à l’intérieur de douze chapitres, comme Vie de l'Apôtre, Doctrine de la justification, Le salut par Jésus-Christ, etc.; chaque chapitre est subdivisé en numéros qui donnent une vue organique de l’enseignement de l’Apôtre sur le sujet donné.Inutile de dire que ce travail rendra d’innombrables services aux exégètes pauliniens, aux professeurs de dogme, aux prédicateurs et aux catéchètes.Toutefois il leur faudra restituer le contexte de chaque passage pour saisir toute la portée de la pensée de Paul.La traduction du chanoine Osty, pour autant que nous pouvons en juger, est de grande qualité.G.C.SAL (Meyer) LES TABLES DE LA LOI.Principes et rits du Judaïsme originel.Paris, La Colombe [1962J.221p.21cm.Pour adultes, mais spécialisé Le rabbin, M.Sal, nous donne une étude de la loi israélite.Il suppose que tous ces codes de lois répartis dans le Pentateuque ont Moïse pour auteur.Il ne s’attachera donc pas à la critique littéraire et historique des sources pour établir l’évolution qu’aurait pu suivre la loi dans son évolution.De plus, ses méthodes exégéti-ques sont celles d’une certaine école rabbinique où le symbolisme religieux pénètre tellement le texte sacré que les lettres mêmes des mots prennent un sens propre.Il faut avouer que rares sont ceux qui acceptent, à l'heure actuelle, une telle méthode de travail.G.C.Lifferafu re AMIR (Aharon) LES SOLDA TS DU MATIN.Traduit de l’hébreu.Paris, Ed.du Seuil, 1961.256p.20.5cm.A ppelle des réserves Les soldats du matin met en scène une famille israélienne qui vit au moment de la naissance de Septembre 1963 l’Etat d’Israël.Yédoudah, Ester.Yonathan Sharon incarnent le type de famille ordinaire, dont l’existence est ponctuée par la succession banale des jours plus que par celle d’événements extraordinaires.Il y a dans le récit un fait exceptionnel: la mort tragique de Tsion Nahmias, ami de Yéhoudah, tué par les Anglais.L’intérêt principal de l’œuvre découle de la capacité d’analyse de l’auteur.Ses personnages réfléchissent, et ils le font tout haut, nous livrant ainsi leur évolution intérieure, leurs luttes, leurs appréhensions, leurs calculs.L’amour de Yéhoudah et d’Esther est de cette manière particulièrement bien présenté.On les voit bâtir continuellement leur amour à travers les menus échanges quotidiens.L’œuvre est présentée à la manière de plusieurs romans nouvelle vague: longues, très longues phrases, parfois sans aucune ponctuation ou arrêt quelconque.Le procédé a sa valeur: il suggère la continuité, la fluidité de la pensée dont les parties se suivent à la manière des séquences d’un film.De l’ensemble de l’œuvre se dégage une philosophie, celle de la valorisation du moment présent.Le contexte historique dans lequel se déroule l’action en est un d’instabilité: celui de la naissance douloureuse de l’état d’Israël.Les personnages, pourtant, ne s’inquiètent pas de l’avenir.Pour eux, le présent compte avant tout.L’avenir ?leur confiance, leur détermination présentes constituent une garantie qu’il leur sera favorable.Guy LE HOUILLIER.c.s.c.N.B.Cet ouvrage où les mœurs sont assez libres et où la foi religieuse est morte, appelle des réserves et ne convient qu’aux lecteurs formés.11 I I MURCIAUX (Christian) LES FRUITS DE CANAAN.Paris, Plon.256p.19cm.Pour adultes Un groupe d’Anglais Puritains vient s’établir en Nouvelle-Angleterre.Parmi eux, un homme influent, Sir Nathaniel Wilkinson et sa fille Sarah se distinguent par la pureté de leurs mœurs et leur attachement à la personne de Cromwell.Le roman fait revivre les événements qui marquent la naissance d’une colonie: lentement, péniblement, celle-ci s’installe grâce au travail persévérant des colons, à leur courage en face des Indiens.L'action se déroule à un rythme rapide: les événements se suivent avec peu de préparation pour l’esprit du lecteur; les personnages apparaissent et disparaissent ensuite très tôt: Sir Nathaniel meurt dès le début de l’œuvre; George Murray meurt assassiné; Ralph et Emily sont massacrés par les Indiens; le pasteur Jonathan est mis à mort par la justice.Au-dessus d’eux s’impose l’image de Sarah Wilkinson.Sarah est une « pure ».Au milieu de toutes les tractations humaines qui tissent la vie des colons, Sarah apparaît comme un personnage auréolé, retiré.Elle a une passion profonde: la Parole de Dieu.Elle la lit, s’en nourrit continuellement, au point de s’en imprégner et d’acquérir une sorte de réflexe biblique.Les événements pour elle ont tous, importants ou non, une coloration biblique: « Dans le Jardin des Wilkinson, Sarah et Samuel, la tête renversée, regardaient cette immense migration.C’était la première fois que des pigeons survolaient le village en formation aussi compacte.Une vague frayeur prenait Sarah comme si la fuite concertée de tous ces oiseaux annonçait un nouveau déluge.» (P.110) L’origine de cet amour de la Bible ?On la trouve chez Sir Nathaniel, lui-même ardent apôtre de la Parole; et aussi, dans un désir chez Sarah d’échapper au monde ambiant en se réfugiant dans la Bible.« Elle [Sarah] gardait sa redoutable familiarité avec les grandes figures de la Bible, les souverains coupables de l’Angleterre et ces Justes que Dieu suscite à l'heure où triomphe le Malin.Sans remords, il [Samuel] écoutait cette fille des Puritains exalter un Dieu farouche.Elle avait échappé ainsi à la médiocrité d’une existence villageoise, au mensonge et à la pauvreté de toute vie.» (P.159) Cette présence continuelle du Livre dans l’existence de Sarah Wilkinson y amène celle de Dieu.Mais il s’agit d’un Dieu sévère, austère, que l’on prie avec crainte et tremblement, et dont l’attitude frise l’indifférence.Plus que cela, il s’agit d’un Dieu dont il faut redouter la vengeance si on l’a offensé.« Elle abaissa sur lui son regard.Ses yeux étaient pleins de larmes comme au jour où elle lui avait annoncé l’espoir d’une descendance.La même pensée s’imposait muettement à eux.Dieu poursuivrait jusqu'au bout sa vengeance.Le châtiment qui frapperait la concupiscence de George serait plus terrible que la lettre rouge, l'exposition au pilori ou le fouet dont on punissait les adultères sur la grand’place de Boston.* (P.57) Aussi, l’atmosphère de l’œuvre demeure-t-elle tendue.L’espérance perce difficilement à travers les efforts humains de Sarah, de George, de Thomas Burrow, de Samuel.Paradoxalement, le Dieu des Puritains, objet de leur culte, est en même temps objet de leur crainte et les écrase.L’œuvre prend sa valeur dans la personnalité que l’auteur a su donner à Sarah Wilkinson, à Thomas Burrow, à Jonathan, pasteur-assassin.Mentionnons aussi la qualité de la reconstitution historique.Guy LE HOUILLIER, c.s.c.THIEBAUT (Marcel) ENTRE LES LIGNES.[Paris] Hachette [1962].283p.20cm.Pour adultes Ce livre m’a plu pour deux raisons surtout.La première c’est qu’il y a dans ce livre un très beau chapitre sur les Mémoires intérieurs de François Mauriac, et tout ce qui touche cet écrivain m’intéresse.Encore que .je ne m’accorde pas avec l'auteur lorsqu’il écrit que « l’attrait majeur de cet ouvrage c’est le style » (p.231).Je suis peut-être trop chatouilleux, mais cet « attrait majeur » me choque un peu.Bien sûr le style de Mauriac m'enchante toujours, mais combien plus j’aime sa pensée.Deuxièmement, Henry de Montherlant reçoit une volée de bois vert qu’il mérite bien.Marcel i Thiébaut n’a pas la férocité de Mauriac, mais le titre seul du chapitre, « Montherlant et le mépris », en dit long sur sa pensée.On le sent blessé par lattitude orgueil- leuse et mensongère de cet auteur.Je ne me réjouis pas de la dure leçon infligée à Montherlant, mais sa nocivité est telle qu’il faut le dire hautement.Qu’il soit un très grand styliste, nul ne le conteste, mais il n’est que cela.Le mensonge de Montherlant on le trouve dans Le Maître de Santiago et dans Port-Royal, et plusieurs lecteurs 1 non avertis pourraient voir en lui un auteur chrétien.Selon le mot de Julien Green, je crois, il joue 72 LECTURES avec la Grâce.Ce n’est pas très beau, on l'admettra sans peine.Montherlant, et l'auteur a raison, est « violemment anti-chrétien » (p.51).Les quelques textes cités par Thiébaut sont très révélateurs à ce sujet.De plus son culte du moi est poussé jusqu'à l'insolence.Comment après cela admirer un tel écrivain ?Il y a aussi dans ce livre de belles pages sur Claudel « un grand génie baroque » (p.255).On lira en particulier ce qu’il dit de l’aversion de Claudel pour Victor Hugo, le maître « auquel il ressemble, mais qu’il n’égaie pas » (p.253).Peut-être; mais les deux restent très grands, et toute discussion à ce sujet risque de tourner en querelle byzantine.Bernard-M.MATHIEU, o.p.MAIRE (Gilbert) LES INSTANTS PRIVILEGIES.Préface de Jean Guitton.[Paris] Aubier [1962].446p.23cm.(Coll.Philosophie de l'esprit) Pour adultes Il faut beaucoup de courage pour lire cet ouvrage.S’il n’y avait que le nombre de pages — plus de quatre cents — passe encore ! Mais ce qui m’agace c’est le manque de ciarté, causé à mon avis, par un mélange philosophico-litté-raire.La littérature et la philosophie sont deux genres bien différents pourtant ! Je n’aime pas beaucoup, par exemple, les critiques dramatiques de Gabriel Marcel, la littérature et la philosophie formant une macédoine indigeste pour le lecteur.Gilbert Maire a voulu nous convier à une « promenade autour d’une bibliothèque et parmi ses souvenirs» (p.412).Je le regrette beaucoup, mais cette promenade m’a bien ennuyé.Bernard-M.MATHIEU, o.p.H istoire LEROY (Alfred) LA CIVILISATION FRANÇAISE DU XIXe SIECLE.[Tournai] Casterman, 1963.434p.20cm.(Coll.Lumières de l'Histoire) Pour tous Il y a plusieurs années, Léon Daudet essayait de montrer, dans un ouvrage, la stupidité du XIXe siècle.Heureusement on ne lit plus Léon Daudet.Il ne s’agit pas de cacher les erreurs et les faiblesses de cette époque, et l’auteur du présent livre est très honnête à ce sujet.Mais ce siècle fut par bien des côtés un des plus grands que la France ait connu.Pensons seulement à la richesse de la littérature française durant ces cent années.Le tableau d’ensemble que nous présente Alfred Leroy est très objectif et c’est la qualité majeure de son livre.Une chronologie des principaux événements et une bibliographie complètent ce travail.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Biographie PERNOUD (Régine) JEANNE D’ARC PAR ELLE-MEME ET PAR SES TEMOINS.Paris, Editions du Seuil [1962].329p.20cm.Relié.Pour tous Un livre sur Jeanne d’Arc, signé par Régine Pernoud, ne peut passer inaperçu.Cette femme historien est un spécialiste du moyen âge, et les mœurs et les coutumes de l’époque lui sont familières.Prenons un exemple entre autres.Plusieurs écrivains ont émis l’hypothèse que Jeanne d’Arc était un enfant illégitime.L'auteur qui a étudié à fond toutes les pièces du procès nous montre bien que cette supposition est fausse; elle ne repose sur aucun document et ne peut être admise parce que contraire aux lois de la méthode historique.En conclusion de son livre l’auteur établit la distinction fondamentale en histoire entre les faits historiques et l’interprétation de ces faits.Le Père Doncœur, jésuite, s’accorde avec Michelet, anticlérical, sur les événements de l’histoire de Jeanne d’Arc.Mais, est-il besoin de le dire.l'interprétation n’est pas la même chez les deux écrivains.Il y a aussi l’apport du surnaturel qui est tel, dans cette histoire, que beaucoup d’événements ne peuvent être expliqués rationnellement.La phrase du cinéaste Robert Bresson cité par l’auteur est très juste: « On n’explique pas la grandeur, on tente de s’accorder avec elle.* (P.330) Bernard-M.MATHIEU, o.p.HOURDIN (Georges) SIMONE DE BEAUVOIR ET LA LIBERTE.Paris, les Editions du Cerf [1962].188p 18cm.(Coll.Tout le monde en parle) $2.00 Pour adultes « Simone de Beauvoir c’est la bien-pensante devenue athée, c’est Georges HOURDIN Septembre 1963 13 la femme orgueilleuse qui a rejeté toutes les servitudes, et qui en donne, avec talent, les raisons.Elle s’est voulue libr e.Elle l’a été.Elle a fait une œuvre importante.Comment ne serait-elle pas écoutée ?Simone de Beauvoir est connue, très connue.[.] Elle est le type de la femme indépendante, de la femme moderne, de la femme qui fait sa vie et qui veut aider les autres à se libérer » (P.11) C’est ainsi que M.Georges Hour-din, directeur de l'excellent périodique français Informations catholiques internationales, se disant « existentialiste chrétien », présente l’existentialiste athée, Simone de Beauvoir, disciple et compagne de lean-Paul Sartre.En ce petit livre révélateur, intéressant et dynamique, l’Auteur analyse l’œuvre et les idées de Simone de Beauvoir, à partir de la conception existentialiste de la liberté qui est la sienne, considérée comme étant l’élément essentiel de la condition humaine.Il étudie cette pensée, à la manière d’un journaliste engagé et non point d’un critique littéraire.Il expose loyalement la philosophie de la liberté selon Simone de Beauvoir et il défend aussi les idées auxquelles il croit.Quand il est d’accord avec elle, il le dit; quand il est en désaccord, il le dit également.Pour le reste, il la traite fraternellement comme il traite tout le monde.Née d’un père catholique, mais non pratiquant, d’une mère religieuse et puritaine, Simone de Beauvoir n’a connu qu’une caricature du christianisme; elle s’est fait de Dieu et de la révélation une idée fausse; c’est ainsi qu’à quinze ans, elle a choisi d’être athée; elle a rejeté Dieu « parce que l’existence de celui-ci une fois reconnue limite la liberté foncière de l’homme, qui est pour elle sacrée, puisqu’elle précède tout le reste, même la raison, même la volonté * (p.38).Après sa rupture avec Dieu, elle a décidé de vivre, d’être libre; elle a conquis sa liberté contre sa famille et sa religion; elle a voulu « se perfectionner, s’enrichir, s’exprimer dans une œuvre qui aiderait les autres à vivre » (p.65).Elle s’est adonnée à l’art d’écrire comme à un absolu.Elle a voulu être un écrivain significatif.Elle vulgarise le système philosophique de Sartre.Elle y prêche l’existentialisme athée comme donnant la pleine mesure à chaque destin lorsque celui-ci est vraiment voulu, choisi et libre.Elle est pour sa part une moraliste et une romancière de talent dont l’œuvre, croit-elle, peut aider les autres à se réaliser.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.