Lectures, 1 avril 1964, avril
MONTRÉAL NUMÉRO 8 NOUVELLE SÉRIE — VOLUME 10 } sommaire Témoignage d'écrivain .p.198 Missel de l'Assemblée chrétienne de T.Maertens, o.s.b p.199 Le rôle de l'Eglise dans le monde d'après Georges Bernanos .p.201 Notices bibliographiques p.205 Cote morale des nouveautés p.214 Courrier des lecteurs p.216 Les lectures de nos jeunes au cours secondaire par S.E.Mgr Paul- Emile Charbonneau p.217 Page d'anthologie: Pitiriki de Colette p.224 AVRIL 1964 ‘M Victor MARTIN (voir à la page 223) Témoignage d’écrivain Dans un récent numéro des Nouvelles Littéraires', Daniel-Rops, interrogé par Gilbert Ganne, a tenu sur son métier d'écrivain des propos qui méritent d’être retenus.On sait que Daniel-Rops a commencé sa carrière comme essayiste et romancier, avant de devenir l'un des plus grands best-sellers de l'édition française avec son Histoire sainte et son Histoire de l'Eglise.Cette dernière qui doit comprendre onze volumes quand elle sera terminée, en compte neuf à l'heure actuelle; le succès de ces ouvrages est considérable si l'on en juge par les tirages très élevés auxquels ils ont atteint.Que pense l'écrivain de cette réussite ?Pour vous l'apprendre, nous avons choisi les passages les plus significatifs de l'interview que Daniel-Rops accordait au journaliste des Nouvelles littéraires.Les voici: « Comment concilier le succès, la célébrité, l’argent avec les exigences de la foi, surtout lorsque ce succès est directement tributaire de sujets religieux ?— Vous mettez le doigt sur la vraie question.Elle se pose à tous les écrivains chrétiens dès l'instant où ils réussissent.Elle ne trouve de réponse q te dans l'intérieur de la conscience, dans l’attitude secrète qu’on a devant cette réussite même.Se bien convaincre que tout ce qu’on fait est voulu, guidé, ordonné.— C'est du déterminisme ! — Non, c’est de la Providence! Il faut se sentir soi-même peu de chose devant l’œuvre qui nous est imposée et qu’on accomplit en partie.Et puis, aussi, utiliser ces gains matériels — et aussi cette influence dont on dispose — pour aider à faire régner sur la terre un peu plus de justice, d’amour, d_* fraternité, de charité.— Comment vous y prenez-vous ?— Eh bien ! par exemple, en consacrant du timps aux autres, soit personnellement, soit comme président de trois œuvres d’aide sociale et de charité.[-] — Votre vie publique est faite incontestablement de beaucoup de privilèges et d’honneurs: benjamin de l'Académie française en 1955, commandeur de la Légion d’honneur, grand-croix de Saint-Grégoire le Grand remise par Jean XXIII, etc.Comment conciliez-vous, une fois encore, ces privilèges et votre idéal d'humilité chrétienne ?—.L’idéal chrétien est celui de L’Imitation: « Aime à être inconnu et tenu pour rien.» Il est bien difficilement conciliable avec ces hochets que sont les vertes broderies et les décorations.Ou plutôt, il ne l'est que dans la mesure où l’on peut avoir le sentiment d’accomplir une mission, un apostolat.Ce sont de bien grands mots pour un homme de lettres; mais si l’on ne les a pas pré- sents dans le cœur, on ne peut être que le plus malheureux des hommes.Vous connaissez la maxime de Psichari: « Il faudrait toujours écrire sous le regard de la Sainte Trinité.» Plus loin, au journaliste qui l'interrogeait sur ses « gros tirages » Daniel-Rops confiait: — « Je suis bien plus content d’avoir écrit une page qui me fait plaisir que de tirer à des milliers d'exemplaires.Evidemment, c’est agréable, c’est commode d'être un monsieur connu, mais l'essentiel n'est pas là.Au soir de notre mort, nous n’emporterons pas nos gros tirages.— Vous seriez aussi satisfait si vous faisiez de petits tirages ?— Le vrai succès, pour un écrivain, c'est de réussir ce qu’il fait.Je suis satisfait d’avoir écrit Jésus en son temps, non parce que ce livre a tiré à 500,000 exemplaires, mais parce que je crois avoir mis là exactement ce que je pense du Christ, et avoir porté un témoignage véridique.Le reste est littérature.[-] — Tout de même, vous n’allez pas me dire qu’une réussite comme la vôtre n'exige pas beaucoup de concessions ?— Pour un écrivain chrétien, il n'y a qu’une sorte de concession qui serait grave: celle qu'il ferait au détriment de sa foi.Je ne crois pas en avoir fait |\.] — Il s'est créé autour de vous une manière de légende.J'aimerais que vous me donniez de vous-même un portrait plus véridique.On vous prend, par exemple, pour un monsieur « bien pensant ».— J’ai horreur du « bien pensant ».Socialement parlant, je suis le contraire du bien pensant.— Comment définissez-vous le bien-pensant?— Le bien pensant est pour moi à peu près ce que Bernanos entendait par ce mot, c’est-à-dire quelqu’un pour qui la foi est d’abord et par-dessus tout un conformisme, une façon d'être établi dans la vie.Le bien pensant est celui qui pense toujours avec le courant en vogue.— Le bien pensant, n’est-il pas aussi celui qui est toujours d'accord avec la hiérarchie ?— Pas forcément.11 y a même des cas où les bien pensant critiquent la hiérarchie.— Vous ne publiez jamais de livres sans qu'ils soient approuvés par la hiérarchie ?— Ça, c’est l'imprimatur.C’est autre chose.Contrairement à ce que l’on croit, l'imprimatur laisse une totale liberté.Il ne porte que sur des objets de foi et de morale.Il ne concerne ni les opinions personnelles, ni les opinions philosophiques ou historiques, ni bien entendu le talent.L’imprimatur est une sorte de garde-fou contre les erreurs théologiques, et rien de plus.» (I) Les Nouvelles Littéraires, 20 février 1964.198 LECTURES «Unjtocfw avec le& icônes D’HIER ET D'AUJOURD’HUI Missel de l’Assemblée clyrétienne Gilles SAUVÉ, c.s.c.La promulgation de la Constitution conciliaire sur la liturgie nous montre de façon bien tangible toute l’importance que revêt la liturgie à l’intérieur de F« aggiornamento * que l’Eglise opère actuellement.Le caractère nettement majoritaire des votes de la première session du Concile est un indice de l’unanimité des Pères à faire de la liturgie le levain de toute la vie chrétienne des fidèles.Mais, une fois que l’assemblée plénière de l’Eglise s’est exprimée, le travail ne fait que commencer.En définitive, c’est sur les pasteurs que repose la responsabilité de faire participer les fidèles à la liturgie de façon « consciente, active et fructueuse », pour reprendre les termes mêmes de la Constitution.C’est ici que le Missel de l'Assemblée Chrétienne de Dom Thierry Maertcns trouve toute son actualité.Les pasteurs n’ont certes pas le loisir de se lancer dans des recherches longues et laborieuses, ni de dépouiller toutes les revues que le mouvement liturgique a fait naître.Le Missel de l'Assemblée Chrétienne, publié au début de cette année, est à la fois un instrument de travail pour le pasteur, et un moyen de culture biblique et liturgique pour les fidèles.Il met à leur disposition les résultats des nombreuses recherches de Dom Maertens et il leur apporte, de façon brève et concrète, les conclusions de plusieurs de ses travaux.Le titre même donné au missel indique assez clairement l’idée qui a présidé à son élaboration.Cette idée est celle de l’assemblée, notion fondamen- tale en liturgie, comme en fait foi la Constitution conciliaire: « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise, qui est le sacrement de l’unité, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques.» (Constitution, no 26) Alors que tous les missels sont plus ou moins un décalque du missel du célébrant, celui de Dom Maertens s’adresse directement à l’Assemblée comme telle.Ceci est un aspect nouveau.très riche, et de nature à amener chacun des participants de la célébration liturgique à jouer pleinement le rôle qui est le sien.Sur ce point, Dom Maertens s'exprime très clairement dans l’introduction au missel: « Le missel d’autel (qui a jusqu’ici servi de modèle à celui des fidèles) est né dans le but de permettre au prêtre de remplir simultanément ces fonctions (célébrant, lecteur, diacre, etc.): il fait abstraction de l’assemblée et constitue davantage un guide pour messes privées qu’un véritable missel de réunions eucharistiques, organiques et structurées.Aujourd’hui l’assemblée liturgique reprend ses droits.» Une telle option étant posée au point de départ, toute la présentation du missel en sera marquée: le texte des lectures pour les dimanches et fêtes sera celui du lectionnaire latin-français, conçu en vue de la proclamation; les antiennes d’entrée, d’offertoire et de communion sont dotées d’un renvoi aux psaumes qui peuvent être chantés pour accompagner une démarche de l’assemblée.Chaque liturgie de la Parole se termine par des intentions de prière qui permettent aux fidèles de se disposer intérieurement Avril 1964 199 au sacrifice pendant que le prêtre prépare le pain et le vin.F.n cela se trouve réalisée une disposition de la Constitution conciliaire: « La prière commune, ou « prière des fidèles », sera rétablie après l’évangile et l’homélie, surtout les dimanches et fêtes de précepte, afin qu’avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Eglise.et pour tous les hommes et pour le salut du monde entier.* (Constitution, no 53) Enfin, dernier exemple, la présentation du commun de la messe met bien en evidence d’une part le rôle des ministres et d'autre part le rôle de l’assemblée.Par la fréquentation de ce missel, les fidèles comprendront beaucoup plus facilement que la liturgie n'est pas archéologie ou rubricisme, mais réellement « le culte rendu par la société des fidèles à son Chef, et par lui.au Père éternel », pour reprendre une expression de l’encyclique Mediator Dei et hominum.Centré sur l’assemblée, le missel de Dom Maertcns visera surtout à faire pénétrer celle-ci à l’intérieur du mystère de chaque célébration, pour que s’y opère la rencontre de Dieu avec son peuple.C’est pourquoi « dimanches, semaines et fêtes sont présentés à la lumière d’un thème biblique qui sert d’introduction et de fil conducteur à la liturgie du jour » (Introduction, p.XI).Après avoir brièvement indiqué comment présenter ce thème aux gens d’aujourd’hui, le missel donne l’enracinement biblique du thème, ainsi que l’usage qu'en fait la liturgie du jour.On satisfait de cette façon à la Constitution sur la liturgie qui indique à plusieurs reprises le lien très intime qui unit la liturgie à l'Ecriture.Ce lien est aussi mis en relief par les monitions qui.à chaque messe, indiquent comment la liturgie de la Parole s’accomplit dans la liturgie eucharistique.A cette fin aussi, les préfaces propres à chaque temps sont insérées là où elles sont utilisées pour la première fois.Ce thème serait artificiel s’il s’agissait d’une idée, d’un sentiment ou d'un concept moral.Mais ce reproche ne peut s'appliquer lorsque ce thème réfère à une image biblique.Et il n’est pas arbitraire nen plus.On sait en effet la sérieuse étude historique et critique du formulaire de chaque messe qui a précédé le choix de chaque thème.Les avantages d’une telle présentation sont nombreux: la catéchèse, l’homélie, le commentaire, peuvent par là être unifiés, et dans la mesure même de cette unité, ils seront retenus plus facilement par les fidèles tout au long de la semaine.D'autre part, le contact prolongé avec ces thèmes amènera les fidèles à une authentique culture biblique: « C’est toute l’histoire du salut qu’ils incluent chaque fois dans leur compréhension et qu’ils font déboucher dans la célébration liturgique.» (Introduction, p.XII) Si on veut épuiser en quelques mots toute la richesse des textes d’une messe, on risque de faire le tour du mystère sans jamais y entrer.Lorsqu’on approfondit une image ou un thème biblique, on rejoint plus facilement la réalité con- tenue dans le mystère.Ainsi est mise en lumière l’unité de chaque messe, de même que l’unité de l’année liturgique, puisque chaque thème ne peut être bien saisi qu'à la lumière des autres thèmes qui l’éclairent et le complètent.Par son orientation fondamentale, par la présentation de différents thèmes, ce missel, en plus d’être un instrument de travail approprié, est aussi un moyen de culture chrétienne.Il met les fidèles en contact avec les sources de leur vie chrétienne.Les nombreuses notes qui accompagnent le texte reprennent les mots qui risqueraient d’être peu compris par les fidèles.Le commun de la messe est présenté selon un vocabulaire nouveau qui rend davantage compte de la réalité: liturgie de la Parole, préparation au sacrifice, etc.La Prière eucharistique elle-même est introduite par une excellent commentaire, élaboré à partir de l’ouvrage de Dom Maertens: Pour une meilleure intelligence de la prière eucharistique ,s Ce nouveau missel aide aussi les fidèles à unifier leur vie autour du mystère liturgique par la place qu'il fait au sanctoral et aux dévotions privées.Dom Maertens s'applique à montrer que les Saints n’ont fait que vivre tel ou tel aspect du mystère du Christ.Quant aux dévotions privées, on sait, depuis Mediator Dei, quelles doivent disposer les fidèles « à participer aux fonctions sacrées avec un plus grand fruit ».Au début de chaque temps liturgique un commentaire est donné, « permettant aux dévotions privées de puiser à la source de l’esprit liturgique ».(Introduction, p.X) On y trouvera des suggestions très intéressantes pour l’orientation liturgique du rosaire, du chemin de croix, de la prière personnelle, etc.Enfin, la dernière partie du missel nous présente l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise, dans la vie de chaque homme et dans la vie du chrétien.Là sont groupés sacrements et messes votives, ce qui nous permet de voir combien la vie du chrétien se situe dans le prolongement du sacrifice du Christ.Ces quelques observations laissent clairement deviner toute la richesse de ce missel.Espérons qu’il sera une aide efficace pour les pasteurs qui, en nombre toujours croissant, comprennent l’importance de la liturgie, et pour les fidèles qui veulent faire de toute leur vie un sacrifice d’action de grâces à la louange du Père.(1) ABBAYE DE SAINT-ANDRE MISSEL DE L ASSEMBLEE CHRETIENNE.Présenté par l’abbaye de Saint-André.Bruges, Biblica [19641.1871p.16.5cm.Relié.(2) MAERTENS Dom Thierry.O.S.B.Pour une meilleure intelligence de la prière eucharistique.2e éd.Biblica, Bruges.1963.il5p.2 00 LECTURES L
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