Lectures, 1 décembre 1964, décembre
NUMÉRO 4 NOUVELLE SERIE — VOLUME 11 MONTRÉAL FIDES sommaire Les vrais artisans de LECTURES .p.86 L'univers romanesque de Claude Jasmin par P.-E.Roy.p.87 Pellan de G.Robert.p.90 Les mots de J.-P.Sartre.p 91 A propos de Vices des vertus, vertus des vices de P.Chauchard .p.93 In memoriam : Michelle Le Normand p.111 Lettre de France: Dr Georges Durand p.113 Epilogue d'Un livre pour mes filles de Jean Onimus.p.116 DECEMBRE 1964 Michelle LE NORMAND (voir à la page 111) EDITORIAL Les vrais artisans de Lectures A u moment d'accéder à la direction de la revue LECTURES, je me sens assailli de mille sentiments divers, de projets, de responsabilités, en un mot, de ce qui s’appelle tout simplement une prise de conscience de ma tâche.Aussi, céder « la tentation de communiquer mes pensées présentes aux abonnés de la revue et à ceux qui y collaborent, m’est une manière d’établir avec chacun un premier contact d’amitié, d'apprécier ce que représente cette publication et ce qui constitue sa valeur et son originalité.Voilà près de dix-huit ans que LECTURES exerce dans notre société ce qui en fait réellement une revue unique en son genre, et partant nécessaire: un service de culture et de bibliographie critique.Il y avait certes un risque, avouons-le, en voulant servir de guide et d’informateur, de n’intéresser que les éducateurs, les bibliothécaires et les libraires; très tôt, au contraire, l’audience donnée à la revue a débordé les cadres de ces secteurs pour s’élargir considérablement.Aujourd'hui, LECTURES atteint, outre les tout premiers intéressés précités, des milieux de prédilection: elle a conquis d’emblée nombre d’étudiants et d’étudiantes — même des écoles de haut savoir que sont nos universités — ainsi que nos professionnels quelles que soient leurs disciplines.Enfin, s’y intéressent tous ceux que les courants de la pensée contemporaine chez nous ou ailleurs ne sauraient laisser indifférents.Comment expliquer l’intérêt qu’on porte à LECTURES ?C’est que cette revue ne se confine pas uniquement mais très utilement, disons-le, à servir de guide dans le choix intellectuel et moral des livres; elle veut inciter ses lecteurs à réfléchir sur les divers problèmes que soulèvent les lectures en général, à exercer correctement leur sens critique sur toute manifestation écrite de la pensée.Non seulement elle a gagné la confiance de ses abonnés, mais elle les a rendus attentifs à la qualité du rayonnement que tout écrit exerce nécessairement sur les esprits.Les témoignages que nous avons reçus de tous les coins du pays signifient beaucoup plus qu’une forme d’encouragement à poursuivre nos objectifs: ils s’inscrivent comme une confirmation de bon aloi du rôle bénéfique que remplit dans notre société cette publication des Editions Fides.Je ne puis donc cacher que LECTURES s’enorgueillit légitimement de la qualité de ses lecteurs, dont les points de vue, les observations, les conseils ont été et seront toujours appréciés.C’est particulièrement en ce sens que je puis dire que les lecteurs, tout autant que nos recenseurs et nos critiques, deviennent des ARTIS A NS de LECTURES.Je les invite donc à divulguer davantage notre revue et à nous faire part de toutes leurs suggestions.A cet effet, la rubrique du Courrier des Lecteurs leur prête volontiers ses colonnes.Maintenir et développer cet indispensable service de culture et de bibliographie critique nécessite, nul n’en doute, le déploiement de beaucoup d’énergies « généreuses ».C’est pourquoi il me plaît de saluer tous nos collaborateurs, ceux de toujours et les tout nouveaux, de les féliciter, de les remercier de leur franche disponibilité, de leur savoir judicieux, de leur sens averti des responsabilités.Qu’on me permette de rendre ici un tout particulier hommage au R.P.Paul-Aimé Martin, c.s.c.qui prit en charge et sans relâche la direction de la revue depuis le début de son existence, et à ses premiers responsables de la rédaction, MM.Théo.Bertrand et J.-P.Pinson-neault, et présentement à R.Leclerc qui déploie à ce même poste une compétence, une ingéniosité et un dévouement identiques.Ce ne sont pas, croyez-le, les projets qui manquent chez l’équipe des travailleurs de LECTURES ! Encore faut-il attendre qu’ils soient à leur point optimum de maturation pour les réaliser.L’un de ces moments est venu: LECTURES se propose de donner mensuellement à ses lecteurs une plus complète documentation bibliographique des ouvrages publiés au Canada, dont un bon nombre feront l’objet d'une étude critique ou d’une recension.L’intérêt de cette initiative est d’attirer sans retard l’attention de tous sur la pensée présente et les ouvrages actuels de nos écrivains, qu’ils soient romanciers, historiens, théologiens, poètes, scientifiques ou autres.Nous chercherons, dans cette même perspective, à souligner les événements importants de la vie littéraire chez nous, à faire mieux connaître nos « gloires littéraires » anciennes et nouvelles.Tout cela, évidemment, sans négliger les ouvrages dignes de mention de l’apport important des littératures étrangères, notamment celle de la France.Bref, que LECTURES demeure une revue qui se qualifie de plus en plus par la valeur de ses articles, commentaires, études ou simples comptes rendus, qu’elle s'affirme vraiment une présence qui provoque avec soi ou avec les autres d’enrichissants et lumineux dialogues, quelle plus noble fonction pourrais-je lui souhaiter ?Roland-M.CHARLAND, c.s.c.86 LECTURES dialogue avec êec tivneâ D’HIER ET D'AUJOURD’HUI j: univers romanesque de (Claude ^ asmin Paul-Emile ROY La lecture des quatre romans de Claude Jasmin ne laissera personne indifférent.Ces livres sont tellement explosifs, tellement bruyants qu’ils nous étourdissent, nous écrasent.On a l’impression de sortir d’on ne sait quelle hallucination.Peu d’auteurs de chez nous ont imposé aussi fortement à la conscience la brutalité, la frénésie, le crime et peut-être un certain désespoir dans l’amour déçu et impossible.Il se dégage de cet univers incandescent un cri irrésistible dont nous allons essayer de dégager la signification.Cette tâche n’est pas facile, car Jasmin, en vrai romancier, s’exprime beaucoup plus par les gestes de ses personnages, des situations, des images, que par des idées.Le récit est toujours à la première personne, mais le héros s’explique moins qu]il ne se raconte, pour essayer de se situer.Il voudrait certes s’expliquer, mais il ne peut y arriver.Il est trop primitif, trop instinctif.Il est trop enfermé dans son acte pour réussir à l’interpréter.11 vit plus qu’il ne pense.Il est incapable de s’élever suffisamment au-dessus de ce qui lui arrive pour en saisir la portée.Jasmin est tout le contraire d’un romancier intellectuel.Il est une espèce de barbare impénitent, plus mystique que rationaliste, plus actif que contemplatif.Un Rimbaud canadien qui fait lui aussi sa Saison en Enfer et qui, sans doute, possède seul « la clef de cette parade sauvage ».Sans prétendre lui ravir cette clef, nous allons tenter de nous introduire dans son oeuvre à l’aide d’une thème concret qui revient dans tous ses romans et qui nous permet de saisir la disposition des matériaux qu’il utilise.Ce thème, c’est le voyage.
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