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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1965-02, Collections de BAnQ.

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m Uffl FIDES MONTRÉAL NOUVELLE SÉRIE — VOLUME 11 NUMÉRO 6 sommaire Faire face à la musique par R.-M.Charland .p.150 Adrien Thério par G.Le Houiller .p.151 L'écrivain et son théâtre de Paui Toupin .p.154 La Bible et le mystère de l'Eglise de R.Schnackenburg et K.Thieme .p.155 Chemins de l'avenir de Lionel Groulx .p.157 Marie LeFranc et le Canada par R.Leclerc .p.174 Dr Georges Durand: Lettre de France .p.176 Page d'anthologie: Extrait d'Une abeille contre la vitre de Gilbert Cesbron .p.180 FEVRIER 1965 Paul TOUPIN (Voir à la page 154) ÉCITCCI4L 3 aire ÿace a ! Ai-je mal cherché ?je ne découvre pas cette locution dans les dictionnaires qui font autorité.Serait-elle typiquement canadienne-française ?j’aurais la curiosité de le demander à ce professeur de Langue vivante qu’est M.J.-M.Laurence.A la considérer dans l’état brut de ses mots que je scinde en deux groupes, elle garde son attrait: Faire face a tout l’air d’un cri de bravoure, et, Je fait, n’était-ce pas la devise de Guynemer ?et à la musique! il me semble, fait à lui seul guilleret et décidé.Quoi qu’il en soit, je l’accepte.Je trouve l’expression heureuse, très significative, bien quelle me paraisse un tantinet familière dans le grave Rapport Parent.C'est à propos que les enquêteurs de la Commission Parent ont donné dans l’analogie musicale en parlant de nos traditions scolaires; ce qui m’invite à mener la même analogie en prévoyant les prochaines réalisations en matière d’éducation et d’enseignement.C’est depuis longtemps qu’on voulait changer de musique.à programme, qui était toujours la même, quitte à soulever un concert de protestations — ce qui s’appelle encore faire de la musique! Mais les Commissaires ont montré qu’ils avaient bonne oreille et bon doigté, et, en général, comme on dit aussi dans le métier, ils ont prouvé qu’ils connaissaient la musique: ils ont su voir de quoi il retournait de l’examen des nombreux mémoires qu’on leur a soumis, et comment s’y prendre par des réformes adéquates pour assouplir sur tous les plans — comme sur autant de partitions — notre système scolaire où tout était réglé comme du papier à musique.Ce dont il faut les remercier et les féliciter.C’est chapeau bas qu’on doit saluer cette nouvelle charte qui vraiment aux yeux de tous fait figure de Symphonie du Nouveau Monde.Le chapitre IX, intitulé L'éducation permanente (1), est à mon avis l’un des plus importants.On s’inscrit en faux contre une certaine conception de l’enseignement qui considère l’étude comme une activité uniquement propre à l’enfance et à la jeunesse, et l’éducation des adultes comme une manière d’annexe, de correctif ou de luxe.« En général, a-t-on lieu de déplorer, on est loin de considérer que l’étude puisse être une activité normale tout le long de la vie, et une forme de loisir tout autant qu’un effort de perfectionnement imposé par les circonstances.» Et pourtant — c’est là le phénomène actuel d’un monde en rapide évolution — les champs du savoir se multiplient et s’élargissent démesurément au point de se doubler à chaque décennie.Mais voilà.« La première réaction de l’école devant l’explosion de la connaissance, ce fut d’essayer de faire face à la musique, de rester fidèle à son rôle traditionnel.» Ce qui a provoqué comme résultat la « surcharge démentielle » des programmes.€ Il faut en arriver au concept de l’éducation permanente, propose le Rapport Parent.L’école donnera une formation de base, renonçant définitivement à l’encyclopédisme; le citoyen devra considérer comme aussi normal que le fait de prendre trois repas par jour, la perspective de consacrer une partie de son temps, tout le long de sa vie, au perfectionnement professionnel et aux études culturelles.» Se mettre à l’heure du Rapport Parent, cela va de soi, c’est d'ores et déjà comprendre qu’on est placé dans le contexte d’une civilisation de loisir.Dans cette perspective, l’on a tenté de tout prévoir pour que rien cependant ne soit laissé à l'improvisation, c’est le cas de le dire.Appartiendra-t-il maintenant aux divers organismes du ministère de l’Education d’harmoniser et d’orchestrer au mieux les réformes proposées ! Il serait illusoire de penser que tout ira sans quelques heurts, sans quelques fausses notes lancées par certains ténors ou basses chantantes distraites, sans même quelques arrangements qui s’avéreront nécessaires à l’exercice.Les uns et les autres devront manier avec mesure et prudence un contre-point fleuri à souhait.Pour les professeurs comme pour les étudiants de tout âge, jeunes ou adultes, il s’agira de se mettre d’emblée au diapason et de défricher la musique tout en respectant le bon rythme.Mais je pense: chacun ne sera maître de ses cordes que dans la mesure où il connaîtra et appliquera les conditions indispensables du travail permanent de l’esprit.Ce qui présuppose une connaissance de soi, de ses facultés et de ses habitudes, en même temps qu’une connaissance du travail intellectuel, de ses méthodes et de ses techniques.Cette dernière réflexion, en marge du Rapport Parent, elle me venait au moment où je parcourais le bouquin publié il y a quelques mois par mes amis W.Ethier et J.Tremblay (2), deux orienteurs professionnels qui ont rencontré et conseillé des milliers d’étudiants.Leur petit essai, d’allure modeste il est vrai, ne contient pas moins, en dépit de sa « schématisation », toute la fine fleur (Suite à la page 179) 150 LECTURES Elude d'auteur canadien AERIEN TEIÉRIE) Adrien Thério est né au Québec, le 15 août 1926, à Saint-Modeste, dans la région de Rivière-du-Loup.Il commence ses études secondaires au collège Saint-Alexandre, à Lim-bour.Il parlera plus tard avec plaisir de la nature qui entourait le collège, de la poésie qui s’en dégageait.Il ne peut cependant terminer son cours à cet endroit.Il le fera au séminaire de Rimouski où il obtient son baccalauréat.Nous le retrouvons ensuite à l’Université d’Ottawa, puis à l’Université Laval, où il décrochera successivement un diplôme de maîtrise et un doctorat en littérature française.Le thème de sa thèse de maîtrise: Marie Le Franc, romancière française; celui de sa thèse de doctorat: Jules Fournier, journaliste de combat.Au sortir de ses études, Adrien Thério se dirige vers l’enseignement.Pendant cinq ans, il professe dans des universités américaines.Il séjourne ensuite à Toronto pendant une année.Depuis 1960, il enseigne au Collège Militaire Royal de Kingston, en Ontario.Adrien Thério a voyagé aux Etats-Unis, en France, en Italie, en Angleterre.Ces voyages l’ont amené à la conclusion suivante: les Canadiens et les Américains possèdent une cordialité et un respect des autres qu’on ne trouve que chez eux.Vue (l’ensemble de l’œuvre Jules Fournier nous fait connaître un journaliste canadien de qualité, dont l’œuvre prend une actualité particulière en ce moment où les Canadiens français repensent leurs problèmes collecttifs.Les brèves années met en scène deux adolescents, Clair Martin et Jacques Plaisance, et évoque l’amitié dont ils vivent dans une campagne du Québec.Il s’agit là d’une œuvre pleine de fraîcheur, remplie de notations justes sur le monde des jeunes.Le printemps qui pleure, c’est l’histoire d’un groupe d’écoliers québécois.L’auteur y étudie le problème de l’éveil des sens.Ales beaux meurtres est constitué d’un groupe de nouvelles racontant chacune soit la genèse d’un meurtre, soit, en certains cas, les effets qui en découlent.Le chat sauvage présente, sous une forme vigoureuse, charpentée, le problème des relations entre un père et ses fils.Thério nous donne ici une analyse pénétrante d’une situation profondément humaine.La soij et le mirage est l’histoire d’un jeune professeur canadien français Bernard Leblanc, objet de la passion amoureuse de sa logeuse, Miss Morgan, vieille fille en quête de compensations affectives.Avec une certaine finesse, l’auteur nous fait connaître quelques aspects de la vie d’une petite ville américaine, Bowling-ville, où enseigne Bernard.Flamberge au vent raconte l’été que passent à la campagne deux jeunes citadins, Jasmin et Ti-Blanc, dont la préoccupation est de jouer des tours à leur tante Alphonsine et à leurs voisins.L’univers romanesque de Thério présente un intérêt réel.C’est sur lui que nous nous attarderons.Février 1965 151 Plusieurs des personnages de Thério vivent d’une manière évidente le drame de la solitude.Citons ici en exemple le cas de Miss Morgan et de Leblanc dans La soif et le mirage, de Jean-Luc dans Le chat sauvage, de Bill Young dans La soif et le mirage, et de quelques jeunes dans Le printemps qui pleure.C’est que les êtres créés par Thério n’arrivent pas à établir la communication vraie, libératrice.On dirait qu’une sorte de fatalité les en empêche.Il est significatif de constater que plusieurs des situations imaginées par l’auteur ont comme dénouement l’isolement des personnages.La soif et le mirage laisse chaque personnage à son propre sort, isolé: Leblanc en Europe, Miss Morgan à sa folie.Dans Le chat sauvage, on assiste à la dislocation de la famille à la suite de l’assassinat du père par Jean-Luc; François Stanislas dans Une porte à ouvrir se retrouvera seul à la fin du récit.Il y a plus.Certains personnages détruisent l’unité là où elle existait.Témoin, François Stanislas qui, heureux en ménage, va commettre un meurtre pour tester son bonheur et va, du même coup, mettre en danger les liens qui l’unissent à sa famille.« Si on raisonne d’après la norme des choses,.on peut dire que moi, ma femme et mes enfants formons un ménage heureux.C’est la raison pour laquelle je veux tuer.» (Mes beaux meurtres, p.161) On dirait qu’il y a chez ces hommes un besoin incoercible de se trouver seul, de se bâtir un univers à eux, de se refermer sur un monde trop subjectif.C’est ainsi que certains meurtriers, dans Mes beaux meurtres, posent leur geste et ne se soucient aucunement de l’appréciation qu’on peut porter sur lui chez les hommes.« Quelques heures plus tard, je m’endormais enfin dans une étroite cellule, soulagé d’un poids que je n’en pouvais plus de porter.J’avais réussi à me délivrer d’un mal qui m’avait pohrsuivi depuis mon enfance.Et peu importait le jugement des hommes.» (Mes beaux meurtres, p.83) A un autre endroit, Pierre Faustin, le héros de La joie dans le bocal s’exprimera de la manière suivante: « Ce que je vois avec mes yeux n’est pas nécessairement ce que vous voyez avec les vôtres.Avec un tant soit peu d’imagination, on voit des milliers de choses avec des yeux qui savent voir.Après tout, la réalité n'est pas nécessairement la même pour tout le monde.• (Ibidem, p 100) Il ne s’agit plus ici d’une perception de la réalité qui soit différente d’un homme à l’autre, mais de la réalité elle-même, dont on met en doute le caractère objectif.Vers quoi se dirigent ces hommes ?Vers le bonheur?Vers l’amour?L’auteur lui-même nous fournit des éléments de réponse.Dans La soif et le mirage, nous apprenons que les principaux personnages, Bernard Leblanc, Miss Morgan, Bill Young sont avides de bonheur, que le txmheur est leur seul idéal.Qu’arrivent-ils à faire pour approcher cet idéal ?Pas grand chose d'efficace.Bill le constate mélancoliquement: « Dans le fond, nous étions tous à la recherche de la même chose.Mais nos routes se sont entrecroisées dans le désert.Que pouvait-on espérer ?Des traces de pas sur le sable chaud.* (La soif et le mirage, p.220) Dans Les brèves années, Thério nous présente le thème de la « route inconnue ».Je pense qu’on y peut voir l’amour auquel les hommes sont conviés.« Solange me regardait.Pour la première fois, je me suis aperçu qu’elle est devenue une jeune fille étrangement belle et que le mystère qui emplit ses yeux ressemble à une route inconnue, invitante et pleine de promesses.» (Les brèves années, p.171) C’est ici que l’œuvre d'Adrien Thério s’avère inachevée.Sa présentation du thème de l’amour ne va pas assez loin.L’auteur qui, de son propre aveu, s’intéresse à l’homme et à ses passions a devant lui tout un domaine à explorer.Il pourrait alors nous dire ce qu’est cette route inconnue, dont il nous laisse percevoir les grandeurs et les difficultés.« La route inconnue ?Quels sont ceux qui n’ont jamais été tentés par elle, à une heure précise de leur vie?Quels sont ceux qui n’y ayant pas résisté, en sont revenus ?Ils ont toujours voulu pousser plus loin, mais à chaque grande étape, ils se sont aperçu qu’un personnage invisible les dépouillait brutalement d’un vêtement sacré qui adhérait fortement aux fibres les plus intimes de leur âme.* (Les brèves années, p.169-170) 152 LECTURES * * * ŒUVRES.— Les brèves années.Montréal, Fides, 1953.171p.21.5cm.(Coll.Rêve et Vie).— Jules Fournier, journaliste de combat.Montréal, Fides, 1954.244p.ill.(h.-t.) 21cm.— Jules Fournier.Montréal, Fides [1957].92p.ill.16.5cm.(Coll.Classiques canadiens, no 10).— Contes des belles saisons.Montréal, Beauchernin, 1958.— La soif et le mirage.Roman.Montréal, Le Cercle du Livre de France [I960].222p.20.5cm.(Coll.Nouvelle-France).— Flamberge au vent.Montréal.Beauchernin, 1961.136p.— Mes beaux meurtres.Nouvelles.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1961].185p.20.5cm.— Le printemps qui pleure.Montréal, Editions de l'Homme [1962].127p.20cm.— Ceux du chemin-taché.Contes.Montréal, Editions de l'Homme [1963].164p.20.5cm.— Le journal d’un chien.[Montréal, Editions de l’Homme, 1962].127p.ill.14cm.— Les renégats.Pièce en trois actes et cinq tableaux.Montréal, Editions Jumonville, 1964.127p.19cm.— Un Yankee au Canada français.Traduction de A Yankee in Canada par Henry David Tho-reau.Montréal, Editions de l’Homme [c 1962].Sous la direction d'Adrien Thério: Livres et auteurs canadiens, panorama de la production littéraire de l’année.SOURCES A CONSULTER.— Sur Adrien Thério il existe peu de choses.La jeunesse de l’auteur explique ce fait.Signalons cependant une étude bio-bibliographique: Thériault (Norman), Bio-bibliographie d’Adrien Thério (Thériault), B.A., M.A., Ph.D.Saint-Jean (Québec), Collège militaire royal, 1961.— On peut consulter de plus des articles de journaux, dont voici les plus importants: Costisella (Joseph), Entretien avec Adrien Thério.Le Droit, 22 décembre 1961, p.21.— Ménard (Jean), Thério, conteur.Le Droit, 7 octobre 1961, p.19.— Major (Jean-Louis), Ceux de par chez nous.Le Droit, 16 novembre 1963, p.15.— Major (Jean-Louis), La tentation d’un romancier.Le Droit, 1er août 1964, p.7.— Lockquell (Clément), Livres et auteurs canadiens.Panorama de la production littéraire en 1963 présenté par Adrien Thério.Le Soleil, 11 avril 1964.— Richer (Julia), « Les brèves années » d'Adrien Thério.Notre Temps, 11 juillet 1953, p.3.— Poliquin (Jean-Marc), Jules Fournier, journaliste de combat.Le Droit, 9 mars 1955.— Lombard (Bertrand), Ceux du chemin-taché.L’Action, 8 février 1964, p.4.— Adrien Thério nous écrit.Le Droit, 22 août 1964, p.11.— Ethier-Blais (Jean), La soif et le mirage: les personnages vivent comme dans un court métrage.Le Devoir, 18 février 1961, p.11.Guy LE HOUILLIER, c.s.c.Faire face à la (suite de la page 150) des maîtres de vie intellectuelle, comme Sertillanges, Tiberghien, Guitton.Ce que propose le Rapport Parent: des conseils pour développer le goût de lire et de bien lire de façon à préparer et prolonger le contact avec les réalités, les manières de tirer profit des moyens audiovisuels et de toutes les autres ressources de la culture de masse, enfin l’art d’apprendre à apprendre puisqu’on devra s'instruire sans fin tout le long de la vie — tout cela nécessitera le besoin de s’astreindre à des rigueurs de métholodogie.Ne serait-il pas opportun de consulter ce petit volume, question de s’initier sans retard aux conditions de travail intellectuel, si l’on est jeune; si l’on est plus vieux, il vaut toujours la peine de rafraîchir ses notions là-dessus ?Face donc au nouvelle humanisme ! En avant, la Musique ! Roland-M.CHARLAND, c.s.c.( 1 ) Rapport de la Commission royale d’enquête sur l'enseignement dans la province de Québec, 2e tome, p.317ss.— Les soulignés sont de nous.(2) Pour totre succès, Etudiants.Méthode de travail intellectuel.Institut Canadien d’Orientation professionnelle (s.d.n.l.).Février 1965 153 30 «UaUcfue avec Cm- Üme& P’HIER ET D'AUJOURD’HUI I Paul Toupin : ”L’écrivain et son théâtre” Paul-Emile Roy Paul Toupin est une espèce de moine de la littérature.Il ne la chérit pas seulement, il s’est consacré à elle par vocation, et l’acte littéraire prend chez lui toute la gravité d’un geste culturel.Nul ne songera à s’en plaindre, car ce qu’on appelle la littérature, chez nous comme ailleurs, sert de prétexte à tellement de croisades, qu’on ne peut qu’applaudir à celui qui ose la dissocier des prosélytismes à la mode.L'écrivain et son théâtre ,1’ est un court essai.A peine une centaine de pages.L’intérêt qu’il provoque tient moins à la multiplicité des problèmes qu’il aborde qu’au traitement proprement littéraire qu’il leur confère.Avec Paul Toupin, on accède à un langage, et c’est au plan du langage que s’élabore l’instauration de la réalité littéraire.C’est dans cette perspective que s’explique son refus dtf réalisme.L’art est une transposition, une assomption du réel par le moyen du langage.Se contenter de représenter les êtres tels qu’ils existent dans la réalité, c’est refuser justement ce qui constitue l’effort de l’art.« Le théâtre a aussi horreur du réalisme que l’espace peut avoir horreur du vide >, écrit-il.Et s’il juge si sévèrement le dramaturge Marcel Dubé, c’est justement qu’il fait parler ses personnages comme ils parlent dans la rue, c’est qu’il n’apporte pas à la réalité la transposition que l’art exige.C’est aussi parce que l’art est langage que Paul Toupin semble avant tout préoccupé de lui-même.Cet égotisme pourrait en soi être assez odieux, et il n’est pas dit que Toupin échappe complètement au narcissisme.Il faut bien admettre cependant que si l’art n’est pas réalisme mais langage, il est impossible de l’étudier sans référence à l’artiste qui en est l’agent premier, le lieu de germination et d’éclosion.C’est dans l’artiste que le langage prend naissance, s’élabore, s’épanouit.C’est en lui qu’il se charge de résonances, d’harmonies, de plénitude.Le créateur est de toute nécessité tenu à une ascèse stricte, il se doit de travailler à se rendre disponible à l’inspira- i tion.C’est pourquoi Toupin place la connaissance de soi au-dessus de toutes les connaissances.Aucune complaisance dans cette démarche, mais appel d’une conscience professionnelle qui ne tolère pas la médiocrité.Qu’après cela Paul Toupin refuse l’engagement au dramaturge, rien de plus logique.La littérature est une fin en elle-même.Elle n’a pas à se mettre au service d’une cause, si élevée soit-elle.« J’écris pour moi et c’est là le scandale impardonnable.Qu’on ne me parle surtout pas de littérature engagée, de message à délivrer.Je ne tiens pas au rôle de témoin.» Et plus loin il ajoute: « L’engagement est un non-sens esthétique.Les aspirations civiques et religieuses peuvent inspirer des pièces, mais que 754 LECTURES vaudront-elles ?Le théâtre ne doit jamais être asservi.Souverain, absolu, c’est un art dégagé.» Tout cela est vrai, et pourtant les grandes œuvres portent témoignage.Les aspirations civiques et religieuses ont inspiré bien des maîtres.La pensée de Toupin est ici, il me semble, insuffisante.On dirait qu’il veut tellement sauver la pureté et l’autonomie de l’art qu'il le coupe de ses racines.S'il est vrai que l’art n’est pas ordonné à une fin extérieure à lui-même, que l’inspiration ne se commande pas et n'a rien à voir avec quelque apologétique que ce soit, il n’est pas moins vrai que l’artiste est un homme incarné et qu’il vit de ses options, de ses engagements.Ce n’est pas l’art qui est engagé, mais l’artiste qui s’insère à un moment précis de l’histoire.On comprend que l’auteur réagisse contre une tendance, trop répandue aujourd’hui, à mobiliser les muses dans les armées du nationalisme.La poésie à thèse, le roman à thèse sont des monstruosités.Mais l'artiste ne peut cependant pas se payer le luxe de rester en dehors des préoccupations du commun des mortels.Comment peut-il se penser, s’il vit dans l’isolement de tout ce qui autour de lui est mouvement et problèmes ?Les facultés de création ne peuvent fonctionner à vide, et l’être humain dépérit s’il se replie sur lui-même.C’est peut-être moins dans les idées de Paul Toupin que dans son tempérament qu’il faut chercher les raisons de son horreur de l’engagement.L’auteur de Brutus est instinctivement aristocratique.Il proteste contre la profanation du théâtre par les puissances commerciales ou autres.Il est indigné de ce que le public impose ses normes à l’artiste au lieu de le laisser s’exprimer selon ses voix intérieures.Il lui répugne de se mêler à la masse.« Le spectacle de la foule m’ennuie », confesse-t-il.Le goût de la pureté s’associe tout naturellement chez lui à l’attitude olympienne du penseur qui regarde la plèbe du haut de son piédestal.C’est ce qui nous agace dans la manière de Toupin.La distinction risque trop souvent de verser dans l’éloquence.Malgré ces réticences, reconnaissons en Toupin l’un de nos meilleurs écrivains.Il a réussi à se créer une langue bien à lui, un verbe sonore et percutant.Il dit ce qu’il veut dire, sans bavures et sans précautions inutiles.Son style atteint à certains moments à une plénitude que bien des auteurs français pourraient lui envier.(I) TOUPIN (Paul) L'ECRIVAIN ET SON THEATRE.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964], 97p.20.5cm.R.Schnackenburg et K.Thieme LA BIBLE ET LE MYSTERE DE L'EGLISE André LEGAULI, c.s.c.Le présent Concile œcuménique de Vatican II soulève un intérêt accru pour tout ce touche au thème de l’Eglise.Personne ne se plaindra de cette curiosité intellectuelle et religieuse, qui suscite des études bibliques et théologiques du plus haut intérêt.L’ouvrage de Rudolf Schnackenburg et de Karl Thieme (1) est de ceux-là et mérite d’attirer l’attention des chrétiens cultivés.La première partie de l’ouvrage rédigée par le professeur Schnackenburg s’intitule: La nature et le mystère de l’Eglise dans le Nouveau Testament.La version originale de cette étude a déjà été publiée en allemand, tout d’abord dans un ouvrage intitulé: L’Eglise dans le Nouveau Testament (Die Kirche im Neuen Testament (Quaestiones disputatae, 14, Fribourg-en-Brisgau, 1961) et reprise comme partie Février 1965 155 d’un autre ouvrage intitulé: Le mystère de l’Eglise ù la lumière de la Théologie (Mysterium Kirche in der Sicht der theologischen Disziplinen.Salzburg, Otto Miiler Verlag, 1962).Cette double publication allemande nous vaut une double traduction française.La première: L’Eglise dans le Nouveau Testament traduite par R.-L.Oechslin.o.p.(Collection Unam Sanctam, 47, Paris, Editions du Cerf, 1964); la seconde dans la traduction présente de A.Liefooghe.On ne peut que se réjouir de cette deuxième traduction d'une langue beaucoup plus aisée et coulante que la première et qui évite un certain nombre de maladresses, voire de contresens.Par exemple, « l’enseignement sur le commencement de la vie messianique » était traduit par le premier traducteur: « l’enseignement depuis le début de la vie messianique » (op.cit., p.105, note 65); ou encore « la dix-neuvième bénédiction de la prière juive.» était malencontreusement traduit: « la dix-neuvième bénédiction de la dix-huitième prière.» (op.cit., p.90, 4e ligne avant la fin); ainsi au lieu de la traduction laborieuse: « Eglise de Dieu » (sans article) est devenu déjà alors un concept bien frappé très employé dans la catéchèse et la liturgie; on se représente devant soi, de fait (comme avec notre mot français « l’Eglise »), un bâtiment achevé où respectivement pour le mot grec, on pourrait penser aussi à une communauté familiale close » (ouf ! cf.op.cit., p.108), on préférera sûrement la dernière traduction: « Eglise de Dieu » (sans article) est déjà une notion bien fixée, employée dans la catéchèse et la liturgie; elle offrait en fait (comme chez nous « l’Eglise ») l'image d’un édifice achevé et pouvait faire penser en grec à l’intimité de la société familiale » (op.cit., p.47).Ces exemples, entre autres, permettent de faire apprécier la clarté et l’élégance de la traduction de Liefooghe.Elle nous permet de prendre contact sans effort avec la pensée profonde de Schnacken-burg qui nous apporte une étude documentée et lucide du développement de l'Ecclésiologie dans l’Eglise primitive à partir des données néo-testamentaires, des caractères essentiels de cette Eglise, communauté de salut eschatologique remplie et dirigée par l'Esprit-Saint, hiérarchiquement ordonnée dans l’unité et la sainteté et, dès le début, ouverte aux perspectives missionnaires.Cette étude de théologie biblique éclaire les réflexions théologiques qui suivent sur le mystère de l'Eglise, institution à la fois humaine et divine, terrestre et supra-terrestre, historique et eschatologique, peuple de Dieu, et Corps du Christ édifié dans l’Esprit-Saint, face à un monde auquel elle apporte le salut eschatologique.Dans une seconde partie: Le mystère de l’Eglise et la vision chrétienne du peuple de /’Ancienne Alliance, Karl Thieme étudie « le mystère d’Israël ».S’opposant à l’opinion généralement reçue qui fait du peuple chrétien « l’Israël selon l’Esprit » supplantant dans le dessein divin 1’ « Israël selon la chair », il montre, à partir des textes mêmes du Nouveau Testament, la continuité indéfectible de « l’Israël selon la chair » et la pérennité de son élection divine.En dépit de l'intention généreuse qui se fait jour ici, il paraît pourtant inexact de dire qu’Israël infidèle demeure le peuple « élu » de Dieu.Il vaudrait mieux, reprenant une expression récente du P.Gregory Baum, o.s.a.(The Jews and the Gospel.Westminster, Md., Newman.1961), parler de «peuple consacré » dont l’élection première perdure à travers l’Israël fidèle.Quoi qu’il en soit, on ne saurait être assez sensible au problème si complexe de la destinée d’Israël.En ces heures historiques où Israël, après 2,000 ans.se constitue en Etat dans un pays retrouvé, où le Concile Vatican II indépendamment de toute référence politique, souligne à l'intérieur même du schéma sur l’Eglise la place privilégiée du Peuple de l’Ancienne Alliance, de telles considérations prégnantes d’actualité invitent à une réflexion sérieuse qu’on ne saurait éliminer sans discussion.La certitude du salut de « tout Israël » à la fin de l’Histoire telle qu’attestée par saint Paul (cf.Rom.11, 26) est une donnée même de la Révélation.Un chrétien ne saurait l'ignorer.(1) SCHNACKENBURG (Rudolf) et THIEME (Karl) LA BIBLE ET LE MYSTERE DE L’EGLISE.Traduit de l’allemand par A.Liefooghe.[Tournai] Desclée [1964].202p.21cm.Que nous donnent les livres ?Nous les oublions peu à peu.Le plus grave est que si nous n’y prenons garde ils finissent par penser à notre place.Ils ne demandent que cela.Pourtant, ce qu’ils ont à nous donner est immense, s’ils nous apprennent à trouver en nous et au plus profond de nous la vérité de Dieu y a mise et qui est Dieu lui-même.Julien Green (Le Bel aujourd’hui) 156 LECTURES rjCionel Cjrou lx : a emins de (avenir Bernard-M.Mathieu, o.p.« Je ne suis qu’un vieux « croulant » dont l’unique chance aura été peut-être, à l’encontre de tant d'autres, de ne pas marcher sur la tête.» (P.159) Rassurons l’auteur: l’homme qui a écrit ce livre à quatre-vingt-sept ans n’est pas un « croulant ».Même si on n’endosse pas toutes ses idées, on doit reconnaître que l’abbé Groulx reste toujours un éveilleur et un professeur d’énergie nationale, et ce n’est pas un mince mérite.* * * Certains de nos intellectuels ont la mémoire courte.Pour eux la liberté de pensée aurait cessé au commencement du duplessisme et commencé avec sa fin.Il faut être naïf ou ignorant pour croire qu’avant l'avènement de Duplessis, on pouvait dire et écrire ce que l'on voulait.« On ne pensait pas plus librement au Canada français, dira avec raison le chanoine Groulx, sous le régime d’Alexandre Taschereau.L’auteur de ce petit livre, ancien directeur de Y Action française, en sait quelque chose.» (P.24) Parmi ceux qui ont le plus critiqué Duplessis et son régime, il y avait le groupe de Cité Libre.Les rédacteurs dénonçaient aussi l'embourgeoisement de l’Eglise au Québec, et la sclérose de nos institutions politiques et sociales.Sur ce sujet l'auteur est d’une sévérité excessive.« Les réformateurs pratiquaient la critique amère, fielleuse, systématique: ce qui s’appelle moins de la critique que de la fronde.» (P.38) Plus loin il écrit: « Par son négativisme critique et continu, la revue aura désaffectionné une partie de notre peuple du prêtre et de ses traditions chrétiennes.» (P.39) A travers Cité Libre, le chanoine Groulx décoche une flèche à la JEC.« La jeunesse qui aime tout ce qui est polémique, fracas, jeu de massacre, s’enivra de Cité Libre, même celle des collèges et des couvents.Les principaux responsables de la virulente revue n’étaient-ils point des anciens de la jeunesse catholique, des chefs de la JEC (Jeunesse étudiante catholique), maquillage qui leur permettait d’usurper une certaine autorité.» (P.38) Certes les rédacteurs de Cité Libre ont commis de lourdes fautes.D’abord leur antiduplessisme a souvent obnubilé leur pensée.Leurs dénonciations des fautes de notre clergé étaient souvent injustes et mal fondées.Ils n’ont voulu être selon l’expression du chanoine Groulx que des « sonneurs d’alarme » (p.37).Il leur est arrivé de sonner trop fort et trop nerveusement, mais avouons-le, notre sommeil était lourd.Une des causes de la crise religieuse qui sévit au Canada français serait « la forme d’Action catholique proposée à notre jeunesse et vécue par elle depuis plus de vingt-cinq ans » (p.41).Ici je regrette de le dire, le chanoine Groulx manque d’objec-rivité et de mesure, je dirais même qu’il frise l’injustice.Il reproche aux aumôniers de l’Action catholique de ne pas avoir eu une philosophie et une théologie plus éclairées.« Ils se sont révélés impuissants à faire la synthèse du naturel et du surnaturel.du terrestre et du spirituel, du temporel et de l’éternel; ils n’ont pas aperçu la double vocation du chrétien: celle de chrétien, mais aussi celle de l’homme avant d’être chrétien.» (P.41) Les mouvements d’Action catholique auraient donc pratiqué un catholicisme désincarné.Les aumôniers auraient oublié que si l’Eglise est universelle, elle « s’incarne résolument en quelque pays qu’elle se trouve » (p.42).L'Eglise ne peut pas être nationale, cela le chanoine Groulx l’admet bien, mais ajoute-t-il: « Elle ne peut toutefois ni vivre ni agir en marge de la nation pas plus que le levain à côté de la Février 1965 157 pâte * (p.42).Il va même jusqu’à écrire « Notre Action catholique, non seulement n’a point produit des hommes, ni des Canadiens français; elle ne nous a même pas donné des catholiques.» (P.44) D'ailleurs l’auteur ne cache pas qu’il garde la nostalgie de l’ancienne ACJC.Mais ce mouvement n'a-t-il pas péché par excès contraire, mettant les valeurs nationales, je n’irai pas jusqu’à dire au-dessus, mais sur le même pied que des valeurs religieuses ?N'y avait-il pas là un réel danger de confondre action cathoiique et action nationale ?Que peut-on reprocher à certains aumôniers de l'Action catholique ?Ils ont, c’est bien sûr, compris la nécessité de la sainteté personnelle.Mais, ont-ils suffisamment insisté sur la formation surnaturelle des chefs qu’ils lançaient dans l’action ?M.le chanoine Groulx écrit que « rien n’a remplacé l’ancienne ACJC * (p.139).11 souhaite qu’elle renaisse « modernisée » (p.140).Mais cette ACJC, si elle revoit le jour, devra distinguer soigneusement action nationale et action catholique; autrement elle n’aura pas sa raison d’être.Elle ne sera pas non plus à l’heure du Concile Vatican II.Les plus belles pages de ce livre sont celles consacrées au problème religieux; l’abbé Groulx parle avec son cœur de prêtre et d’apôtre.Il cite abondamment Bossuet et Pascal qui semblent être ses grands auteurs, et ce n'est pas moi qui l’en blâmerai.S’adressant à la jeune génération qui traverse une crise de foi, il écrit qu’il « veut déblayer le terrain, et selon une expression à la mode, tenter une clinique psychologique, faire tomber quelques-uns de vos préjugés, opinions toutes faites un peu à la hâte où s’emmurent trop de jeunes gens de notre temps » (p.57).Sera-t-il entendu des jeunes?J’en doute, malheureusement.Non pas que la nourriture présentée par notre auteur ne soit pas excellente, mais il y a le ton, la manière, les exemples qui vont heurter, voire même choquer ces jeunes.La bonne volonté ne suffit pas; il est tellement difficile de dialoguer avec la jeune génération ! Au demeurant, malgré les réserves apportées, le livre de M.le chanoine Groulx est un beau livre.En terminant je signale aux professeurs et aux psychologues les pages sur l’éducation.Le verdict est sévère, mais à mon avis, le divorce entre enseignement et éducation signalé par notre auteur est réel.On meuble bien l’intelligence, mais cette dernière n'est pas tout.Il y a aussi la volonté à éduquer, et cela on l’a peut-être oublié.C’est vrai qu’il faut prendre garde de donner des « complexes * aux jeunes ! (1) GROULX (Lionel) CHEMINS DE L'AVENIR.Montréal, Fides [19641.161p.20cm.$2.00 TUjjtiauL bibUnqÂjaphicfjusLiu Littérature canadienne Sciences Sociales NEVERS (Edmond de) L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN - FRANÇAIS.Montréal, Editions Fides [1964].332p.21.5cm.(Coll, du Nénuphar) La collection du Nénuphar a bien fait de rééditer L'avenir du peuple canadien-français, publié à Paris en 1896 par Edmond Bois- vert dit de Nevers (1862-1906).Comme le fait remarquer le préfacier, M.Claude Galarneau, « à plus de soixante ans de distance, c'est un ouvrage qui n'a pas vieilli, dont les observations sur la vie économique, politique et sociale des Canadiens français sont telles qu'on les croirait écrites en 1960 plus qu’en 1896 * (p.10).C’est l’ouvrage d’un précurseur qui aborde tous les problèmes qui agitent actuellement le Canada français: la nécessité de lutter contre l'anglomanie et d’épurer la langue française, l’étude de toute la question universitaire, la conquête économique, les importants problèmes relatifs à la fédération canadienne, aux rapports entre Canadiens anglais et Canadiens français, au statut de la province de Québec.C’est un livre extrêmement révélateur dans le contexte actuel du rapport Parent et des graves questions patriotiques.11 manifeste un esprit lucide, une vaste culture, une étonnante connaissance de la politique internationale de l’époque, servie par de 158 LECTURES nombreuses lectures et de longs séjours en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en France, un grand sens des faits sociaux, notamment de la réalité canadienne.Ses visions hautes et lointaines, il les puise dans son grand patriotisme, dans une philosophie constructive et sereine de l’homme, dans la vigueur et l’audace de son propre esprit.De plus, l’auteur s'exprime en une langue qui est supérieure à celle des historiens de son époque.Romain LEGARE, o.f.m.Littérature CARRIER (Roch) JOLIS DEUILS.Petites tragédies.Montréal, Editions du Jour [1964J.157p.20.5cm.(Coll.Les romanciers du jour, no 12) Vingt-cinq brèves histoires, d’une prose alerte, mobile, séduisante, jamais banale.L’auteur raconte avec un naturel parfait, passant sans avertir de l’observation réaliste à la notation fantaisiste.La poésie fuse de partout.Elle est dans certaines expressions neuves, dans des images fraîches, dans des situations pour le moins insolites.Le ton du récit se fait tantôt humoristique, tantôt apocalyptique, tantôt cynique.Il y a de la cruauté dans ces pages.Une espèce de sourire amer, profondément blessé par la vie.Malgré cela, une grande poésie et une fraîcheur qui transfigurent la laideur et la souffrance.Paul-Emile ROY llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll MATHIEU (Pierre) PARTANCE.[Montréal] La Québécoise [1964].60p.On a arraché les fleurs aux regards des enfants On a terni les eaux, le rire, Et la joie Nostalgie.Ah ! la ville ! ses murs, ses solitudes, ses conventions et sa dolce vita ! Revenir en arrière, aller ailleurs ?Est-ce possible ?Mais quoi faire ?Partance répond, comme les poètes font, par mots, images et intuitions à cet « exaspérant désir d'être » d'ici et d’entrer dans la « ville interdite », « cité ulcérée », « chamoirée de brume ».— Ces poèmes sont une option en faveur de l’espoir.Il faudra beaucoup de courage, un cœur généreux, surtout trouver des façons de s’en tirer avec l'espérance qui reste quand même un bien difficile.Il faudra, en tout premier, « offrir à la vie son cœur à blesser », construire ici, là, partout « des ponts, des adieux ».Et après ?Marcher, marcher, partir, repartir.Le poète est comme l’enfant perdu entre les buildings, qui cherche pour demain le lieu de sa joie.C’est qu’il voudrait parfois revenir en deçà, retrouver sa première vie.la maison chaude, les rires perdus: ou encore s’en aller ailleurs, courir à travers les fleurs.« fleurs de neige ».faire de longs « pèlerinages blancs ».s'évader quoi ! « Alchimie des lendemains, miroir brisé de la veille ».« espérance de renard traqué qui attend le printemps »: l'espoir n’a jamais été une joie facile.Partance, c’est l’appel aux départs répétés, appel du cœur à aimer, réaimer, appel des souvenirs, ces « rochers de nuit », et des rêves « ces archipels », évasions nostalgiques « derrière la soierie des nuages ».Eh oui ! Au fond de toi Cette maison heureuse et, à la fenêtre, qui attend comme un bouquet, ta joie.Toi, dans la vaste fenêtre qui donne sur la mer, tu es la petite fille à la tête bouquet de fleurs qui me regarde si semblable à moi.Ou cette jolie parabole d'une « fleur insolite amoureuse de la muraille ».Et bien d’autres délicatesses ! Partance mérite d’être lu comme il a été écrit: avec la tendresse d'une « espérance invaincue tapie au fond d'une tristesse jamais amère » (cf.préface de Lucie de Vienne, p.7).Benoît LACROIX Anne HEBERT HEBERT (Anne) LE TORRENT.Suivi de deux nouvelles inédites.Montréal, Editions HMH, 1963.248p.18.5cm.(Coll.L’arbre, no 1) Cette édition reprend celle de 1950 en y ajoutant deux nouvelles.Deux textes denses, rigoureux, comme tout ce que nous a donné Anne Hébert.Le premier des deux, Un grand mariage, étudie l’échec d’un amour humain.Parce que Berthelot n’a pas assumé les conséquences d’un premier lien avec une métisse, il verra ensuite sa vie et celle de sa famille entraînée dans un situation équivoque, inextricable.Il sera impossible de rétablir l’ordre, et la famille de Berthelot sera condamnée à vivre dans le mensonge.Quant à la métisse Délia, elle aura conscience d’avoir été abandonnée par Dieu à son propre désespoir.Le deuxième récit, La mort de Stella, nous présente une famille misérable.Le père est absent, la mère est mourante.Les enfants se débrouillent comme ils peuvent.Le sujet est presque larmoyant, mais l'auteur sait user de mesure et d'une grande discrétion.C’est le langage qui rachète tout chez Anne Hébert.Paul-Emile ROY Février 1965 159 Liste des ouvrages canadiens récents Afin de mettre nos abonnés plus rapidement au courant de la production canadienne, dans tous les domaines, nous publierons dorénavant, chaque mois, une liste des dernières nouveautés parues.11 s'agit là d’une simple nomenclature d’ouvrages, sans indication de leur valeur.Bon nombre de ces ouvrages seront ultérieurement l’objet d’une recension ou d’une étude critique qui en établira la valeur.Généralités Poésie *•* Cahiers de la société bibliographique du Canada.T.III.Toronto, La Société bibliographique du Canada, 1964.98p.23cm.POIRIER (Léandre), o.f.m.Au service de nos écrivains.Directives pratiques pour publications.Troisième édition entièrement revue.Montréal, Fides, 1964.193p.ill.21cm.Relié.Sciences sociales EN COLLABORATION Le Canada face à l'avenir.(Un pays qui s’interroge) Montréal, Editions du Jour [1964].134p.19.5cm.(Coll.Les idées du jour, D-15) EN COLLABORATION Les nouveaux Québécois.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1964.204p.20.5cm.(Coll.Congrès des A ffaires canadiennes, no 3) FORTIN-JACQUES (Marcelle) Le savoir-vivre d’aujourd’hui.Montréal, Editions de l’Homme [1964].155p.20.5cm.ROBY (Yves) Alphonse Desjardins et les caisses populaires.1854-1920.Montréal, Fides [1964].149p.20.5cm.(Coll.Bibliothèque économique et sociale) Sciences appliquées CONGREGATION NOTRE-DAME Louise et sa maman.Premier livre d’économie domestique à l’école primaire.Quatrième et cinquième années.Illustrations d'André Morency.Montréal, Fides [1964].173p.ill.20cm.Loisirs DAIGNAULT (Pierre) En place pour un set.Montréal, Editions de l'Homme [1964].108p.ill.20cm.CLOUTIER (Cécile) Cuivre et soies, suivi de Mains de sable.Montréal, Editions du Jour [1964].75p.20.5cm.(Coll.Les poètes du jour, no 5) PERRAULT (Pierre) Au cœur de la rose.Pièce en trois actes — Deuxième version.Illustrations de Claude Sabourin.[Montréal] Beauchemin, 1964.125p.ill.(h.-t.) 18cm.Roman MAJOR (André) Le cabochon.[Montréal] Editions Parti Pris [1964].195p.15.5cm.Essais CIMON (Paul) Péguy et le temps présent.Montréal, Fides [1964].104p.20cm.(Coll.Profils littéraires) *** Claudel et l’Amérique.[Ottawa] Editions de l’Université d'Ottawa, 1964.265p.20cm.(Coll.Cahier canadien, Claudel 2) PREMONT (Laurent) Le mythe de Prométhée dans la littérature française contemporaine.(1900-1960) Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1964.247p.25.5cm.Biographie EN COLLABORATION Ecrivains canadiens.Un dictionnaire biographique rédigé par Guy Sylvestre, Brandon Conron et Carl-F.Klinck.Montréal, Editions HMH [1964].163p.24cm.Relié.HOWARD (Peter) Créé pour un grand destin.Préface de Son Eminence le cardinal Richard Cushing, archevêque de Boston.Montréal, Editions de l’Homme [1964].158p.20cm.* * * Philippine Duchesne.Religieuse du Sacré-Cœur en Amérique du Nord (1769-1852).Montréal, Fides [1964], 151p.ill.(h.-t.) 21.5cm.160 LECTURES Littérature étrangère Ph ilosoph ie GERMAIN (Gabriel) EPICTETE ET LA SPIRITUALITE STOÏCIENNE.[Paris] Editions du Seuil, 1964.189p.ill.18cm.(Coll.Maîtres spirituels, no 33) Le lecteur cultivé qui veut s’initier à l’effort permanent de l’humanité dans la recherche de la perfection découvre dans la collection des éditions du Seuil, Les maîtres spirituels, un choix judicieux de textes empruntés aux auteurs spirituels les plus célèbres.Chacun des trente-trois petits volumes ar-tistement illustrés de cette encyclopédie présente une doctrine spirituelle et son principal représentant.La moitié de cette collection est consacrée à des prophètes de l’Ancien Testament, à saint Paul et aux principaux maîtres de la spiritualité chrétienne, qui se sont succédé au cours de l’histoire de l’Eglise, mais le reste étudie la pensée d’inspirateurs d’autres confessions chrétiennes et même non chrétiennes ainsi que celle de certains philosophes célèbres de l’Occident et de l'Orient.Le dernier volume paru dans cette collection traite d’Epictète et de la spiritualité stoïcienne.L’auteur, M.Gabriel Germain, commence par présenter les fondateurs du stoïcisme, les philosophes Zé-non, Cléanthe et Chrysippe.Il expose brièvement l’expansion de leur doctrine à travers l’empire romain et il aboutit au maître par excellence de la pensée stoïcienne, dont l’attitude religieuse dépasse singulièrement l’agnosticisme de la plupart des autres stoïciens.Après nous avoir présenté en une soixantaine de pages l’essentiel de la doctrine d’Epictète, l’auteur explique brièvement le déclin du stoïcisme et dégage la figure du sage empereur Marc-Aurèle, dont la pensée est loin de posséder l’élévation religieuse de son inspirateur, l'ancien esclave Epictète.Dans la conclusion l’auteur explique son attitude à l'égard de la pensée stoïcienne; c’est celle d’un esprit typique du XXe siècle, sensibilisé à la v;e de toutes les civilisations et de toutes les époques; « Je me retourne, avoue-t-il, vers les Stoïciens avec un esprit antique et moderne, avec une âme mi-partie: Orient-Occident.* Cet esprit d’accueil envers tout ce qu’il y a de valable dans le message encore actuel de la spiritualité stoïcienne, n’empêche pas l’auteur de souligner le caractère purement rationaliste de cette doctrine.De peur de donner dans l’exagération des chrétiens qui ont parfois annexé trop facilement la pensée stoïcienne en la détournant de son sens, l’auteur montre les divergences très profondes qui existent entre cette pensée et la spiritualité chrétienne.Pour bien faire ce partage, peut-être a-t-il tendance à minimiser l’aspect rationnel d’une partie de la doctrine chrétienne et semble-t-il ramener trop facilement Epictète au commun dénominateur stoïcien.Certains textes d’Epictète apparaissent si profondément religieux qu’ils semblent s'adresser à un Dieu personnel et impliquer des résonances chrétiennes.Contraint de résumer sa pensée dans un mince ouvrage de vulgarisation, l'auteur est amené malgré lui à sacrifier certaines nuances.Il réussit du moins à initier le lecteur au trésor de la spiritualité stoïcienne et lui inspire le goût d’approfondir ses connaissances en ce domaine.Le livre de M.Gabriel Germain permet d’aborder avec plus d’intérêt et de profit l’étude des textes des grands Stoïciens dans un imposant recueil comme celui de la collection Bibliothèque de la Pléiade.Henri-Paul BERGERON lllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllltlllll BARBIN (René) BIBLIOGRAPHIE DE PEDAGOGIE RELIGIEUSE.In- troduction et commentaires.Montréal.Editions Bellarmin, 1964.275p.20cm.Cette compilation bibliographique constitue un instrument de travail précieux pour le professeur de religion à tous les niveaux de l’enseignement: primaire, secondaire, universitaire.L'auteur propose des choix d’ouvrages qui ne zz rapportent pas seulement à la catéchèse proprement dite, mais aussi à la théologie, l’Ecriture Sainte, l’histoire ecclésiastique, ainsi qu’aux sciences connexes de la catéchèse, telles que la psychologie religieuse, la sociologie et la pédagogie.Cette bibliographie se divise en quatre grandes sections.Elle concerne l’objet du message chrétien, ses destinataires, ses modes de transmission, et les revues spécialisées en chacun de ces secteurs.Cet ouvrage peut servir non seulement aux professeurs de religion, mais aussi aux prêtres pour la préparation des sermons, et à tous ceux qui s’adonnent à l'étude des questions religieuses.Ovila MELANÇON, c.s.c.IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIMI SURIN (Jean-Joseph) GUIDE SPIRITUEL POUR LA PERFECTION.Texte établi et présenté par Michel de Certeau, s.j.[Bruges] Desclée de Brouwer [1963].330p.20cm.(Coll.Christus, no 12) La Compagnie de Jésus ne manque pas d’écrivains spirituels, tant s’en faut, et le Père Surin compte parmi les plus grands malgré I étrangeté de sa vie.Entré chez les Jésuites en 1616, il fut envoyé en 1634 à Loudun pour exorciser des religieuses qui étaient, paraît-il, possédées du démon — le Père Surin souffrant d’une dépression nerveuse, c’était pour le moins Février 1965 161 une imprudence de la part de ses supérieurs.Quelques mois après son arrivée à Loudun, il se croit lui-même possédé du démon; la suite fut terrible: il fut atteint d’une maladie mentale — il tenta même de se suicider — qui dura vingt ans.Sur la possession diabolique, il semble bien que rien n’oblige à admettre la réalité d’une telle chose.Mais s’il commettait des étrangetés, et s’il se croyait rejeté de Dieu et damné, il avait, écrira-t-il lui-même « un extrême désir que Dieu fût aimé et servi par les créatures » (p.20).L'état mental du Père Surin aurait pu mettre en question la sûreté de sa doctrine; prise dans son ensemble, la spiritualité du jésuite est exempte de tout reproche.Dans toute son œuvre il ne fait que reprendre la formule de son fondateur saint Ignace de Loyola: « chercher Dieu en tout ».Mais cette recherche et ce service du Père exigent beaucoup de détachement, et l’ascèse proposée par le religieux est très exigeante et rigoureuse: dépouillement total, détachement complet pour un plus grand attachement.Ce Guide spirituel se lit bien.L’écrivain est très clair, concret; il exprime sa doctrine d’une manière vivante.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll JEAN-NESMY (Dom Claude) » PRATIQUE DE LA LITURGIE.[Bruges) Desclée de Brouwer [1964J.229p.ill.(h.-t.) 19cm.(Coll.Cahiers de la Pier-re-qui-vire, no 22) Voici un ouvrage bien d’actualité et qui se dévore comme un petit pain chaud.Dom Nesmy a rassemblé ici, en en gardant le ton direct, vif et primesautier, une longue série d’articles nés d’expériences pastorales restreintes mais significatives.Le déroulement d’une célébration liturgique devient l’occasion de s’interroger sur les gestes du prêtre, de ses ministres ou des fidèles eux-mêmes.Le lecteur y découvrira la portée spirituelle des gestes les plus communs, des démarches et des paroles les plus familières, dont il risque d’avoir perdu le sens.Après un double préambule qui répond aux difficultés de ceux qui ne savent comment prier à la messe (chapitre 1er) et par la messe (chapitre 2), viennent deux grandes parties.Dans la première, l’auteur expose les conditions préalables pour que puisse avoir lieu une liturgie, à savoir assurer Yaccès à l'Eglise.On y apprendra comment aller à l’Eglise et comment même un trajet dans l’autobus peut être un moment précieux de préparation d’âme à la grande Rencontre avec son Seigneur.On y découvrira comment le porche de l’Eglise peut servir d’écluse capable de nous arracher au brouhaha de notre vie quotidienne pour nous élever au niveau du monde divin.On y verra particulièrement comment les chrétiens prenant place dans leur Eglise constituent une assemblée où doivent se répartir les différentes fonctions du célébrant, de ses ministres, de la chorale et du peuple chrétien.Dans une seconde partie (Accès à Dieu) se trouve décrite en tout son développement la cérémonie de l’Entrée depuis la procession initiale jusqu’à l’Oraison (Collecte).On retrouvera ici le sens de la procession d’Entrée, les attitudes de la prière, de l’accès au sanctuaire en compagnie des anges, de la montée à l’autel pour la Rencontre avec Dieu dans la bonne odeur de l’encens, et l’accompagnement de chants joyeux.On y apprendra surtout le sens de VA men qui après un temps de silence confirme l’adhésion de tous ces chrétiens réunis au mystère liturgique qui va débuter.La richesse de ce premier ouvrage ne fait qu’aviver le désir de voir publier bientôt celui qui doit lui faire suite: La Pratique de la messe.qui traitera de la Liturgie de la Parole et de la Liturgie proprement sacrificielle et eucharistique de l’Offertoire à la Communion.Quelques erreurs typographiques à souligner: p.193, dernière ligne, lire: « approprié au moment de la messe »; p.212, avant-dernière ligne, lire: « baiser de paix ».Par contre, la présentation est de haute qualité, selon la tradition des Cahiers de la Pierre-qui-Vire.André LEGAULT, c.s.c.Beau x-Arts MINGUET (Philippe) L’ART DANS L’HISTOIRE.Préface de Léo Van Puyvelde.[Tournai] Casterman, 1964.293p.ill.21.5cm.Relié.Ce petit livre destiné à l’enseignement, son auteur a beau soutenir qu’il le situe à un niveau très élémentaire, il saura intéresser ceux qui n’ont pas encore vingt ans et même ceux qui en comptent davantage.Je n’ose pas dire que c’est un manuel tant il prend de la valeur par les qualités de sa présentation typographique (une fois de plus, quel louable effort de la part des éditeurs pour rendre attrayants tous les livres scolaires !).Ce qui lui donne le plus de prix, c’est la structure organique que lui a donnée l’auteur avec un rare talent de clarté et d’expression.« Montrer, dans le cadre de l’histoire des civilisations, quelles ont été les grandes étapes de l’art, suggérer par de brèves analyses en quoi consiste le langage de l’art, donner surtout au lecteur l’envie d’en savoir davantage, voilà à quoi s'est bornée mon ambition », nous apprend M.Minguet.Le risque est toujours périlleux de vouloir dans les limites exigées de l’édition insérer esthétique et critique dans le développement de l’Histoire, quand on sait que cette dernière ne connaît pratiquement plus de bornes ni dans l’espace ni dans le temps.Le secret, c’est d’aller à l'essentiel, 162 LECTURES d’éviter le genre énumératif ou trop schématisant, en d’autres termes, de ne pas utiliser le style de memento ou celui dit de syllabus tout en divisions et en subdivisions.Ce que réussit M.Minguet.Tout en conservant la périodisation classique de l’Histoire, il consacre à l’art de chaque civilisation ou de chaque grand siècle un chapitre particulier où il indique comment à telle ou telle autre époque cet art est apparu à la conscience esthétique.De même il dégage, avant d’aborder les artistes et leurs œuvres, une vue d’ensemble des traits caractéristiques de l'esprit et des techniques qui ont présidé à ces manifestations d’art.Le livre s’achève sur deux appendices intéressants: le premier nous donne un modèle d’analyre — en l’occurrence, il s’agit du célèbre tableau de Jean Eyck, Portrait de Jean Arnolphi et de sa femme; le second appendice groupe sous le titre de Réflexion sur l’art les notions de philosophie de l’art, d’esthétique générale, d’histoire de l’art, de la critique d’art, etc.: un essai d’orientation bibliographique très bien mené et vraiment à jour.Les quinze dernières pages constituent un index très utile pour repérer rapidement les indications premières de toute recherche dans le domaine de l’art, comme les termes techniques, les musées, les écoles de peintures, etc.L’Art dans l’Histoire est un bouquin digne de prendre place sans gêne dans la bibliothèque de tout homme de goût, si l’on entend le goût comme un sens exquis des choses établi sur un minimum de connaissances théoriques.Roland-M.CHARLAND llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll BOUCOURECHLIEV (André) BEETHOVEN.[Paris] Editions du Seuil, 1963.191p.17.5cm.(Coll.Solfèges) Voici du neuf sur Beethoven.D’abord en ce que l’œuvre est étudiée avant la vie (la typographie elle-même souligne cette importan- ce primordiale de l’œuvre).Avec raison, 'Car, en fin de compte, que nous chaut le spectacle des amours, des déboires ou des colères du musicien (excellemment décrit, d’ailleurs, dans la deuxième partie de l’ouvrage), si sa musique est toujours là pour nous le restituer en sa vérité profonde, c’est-à-dire moins comme individu que comme voix prêtée à ce qu’il y a en chacun de nous de plus secret et de plus universel: « Beethoven ne se contemple pas dans sa solitude, il ne glorifie pas en musique un moi exclusif, mais se fait l’interprète d’un moi universel » (p.93).L’homme est au cœur de sa musique, l’homme que nous sommes tous.Si Mozart, au dire de Barth, appartient à la théologie, en ce qu’il témoigne de la bonté foncière de toute la création qui chante Celui qui l’a faite, Beethoven, lui, exalte l’homme, avec ses luttes intérieures, sa solitude et son besoin de communion, sa foi en lui-même, sa joie conquise sur le destin, et il est juste de dire de la Mis sa So-lemnis elle-même: « la voix qu’elle fait entendre est la voix triomphante de l’homme, loin de l’effacement, de l’humilité, du renoncement, voix de l’homme créateur, maître d’œuvre qui impose au texte sacré les images de son expression personnelle» (p.110).C’est mettre « le Métaphysique dans l’Homme », selon l’expression de Merleau-Ponty — ce qui n’exclut pas le sacré, toute musique authentiquement belle étant religieuse, comme la grandeur de l’homme n’est pas abolie mais fondée par Dieu.Ce qui est neuf encore dans ce petit livre, c’est sa façon même d’aborder l’œuvre.Non par sa structure extérieure, plus ou moins < classique » (où serait donc le modèle absolu ?); ni par l’émotion qu’elle exprime eu subite; mais en y voyant une architecture de l’espace et du temps, où les notions de base sont celles de masse, de force, de mouvement, et où tout compte: rythmes, timbres, silences.La musique devient une action, une praxis, où l’intention n’est pas distincte de la matière sonore.L’auditeur communie ainsi au musicien par tout son corps et tout son être.Perspective éminemment moderne.C’est d’ailleurs le propos et la réussite de ce petit volume de nous restituer un Beethoven singulièrement près de nous, de nos façons modernes de percevoir la musique et, tout court, de percevoir.On aimerait seulement que l’auteur poursuive son effort en quelque grand ouvrage où tout Beethoven serait ainsi étudié en détail: les quelques œuvres rapidement analysées ici nous laissent sur notre faim.A la fin du volume, J.le Calvé a dressé une brève mais excellente discographie.Pierre PONTEAU Littèrafu re Luc ESTANG ESTANG (Luc) QUE CES MOTS REPONDENT.Roman.Le bonheur et le salut.Paris, Editions du Seuil [1964].286p.20.5cm.Dans son roman publié en 1961, Le bonheur et le salut (que nous avons longuement analysé dans Lectures, mars 1962, p.195-198), M.Luc Estang a voulu incarner le difficile problème de concilier, Février 1965 163 sur terre, la quête du bonheur et l'idée de salut.L'auteur racontait le drame d’un « bon chrétien » aux prises avec le démon du midi, Octave Coltenceau, sacrifiant Dieu, femme et enfants à une jeune maîtresse qui, elle-même, sacrifie tout pour lui, torturé par le devoir jusque dans la passion.Les critiques et les lecteurs demandaient une suite à ce drame: comment la vie allait-elle pouvoir reprendre et continuer ?Durant la fugue de l’adultère, quelle avait été l’attitude de l’épouse et des enfants ?Si Octave retournait dans sa famille.comment serait-il reçu ?Le dénouement du premier roman est donné par ce second intitulé, Que ces mots répondent, titre emprunté à un poème de T.S.Eliot.L'auteur reprend ses personnages, les interroge de nouveau, les force à s’expliquer, à livrer d’autres secrets.11 a évité toute facilité: il n'a pas voulu que le pardon soit celui d'une pharisienne ni le retour celui d'un repentant.Le roman se divise en trois parties: Elle, Lui et Eux.La première explication revient à l’épouse; peu à peu se manifestent les différentes étapes du changement de mentalité: examen de conscience sur ses carences d’épouse, sentiments de révolte et d'orgueil, enfin révélation d'elle-même dans l'offrande fortuite de la passion.Puis, l'auteur nous dévoile la transformation produite également chez Octave Coltenceau: transformation spirituelle, affective et charnelle.L'homme a laissé un christianisme empêtré de moralisme et a trouvé un christianisme aéré, fait du don de soi.* Dans la dernière partie, Eux, c'est la reprise de la vie en commun entre mari et femme, entre parents et enfants.Alice et Octave ont dû se retrouver eux-mêmes, à la lumière de l’événement qui les a bouleversés, avant de se retrouver l’un et l’autre.La première s'était reconnue dans les émois d'un amour rencontré par hasard; elle a abandonné son « angélisme » et se féminise.Le second s'est reconnu dans un amour extra-conju- gal; il a déposé sa rigidité et manifeste un naturel plein d’attention et de compréhension; il regagne ainsi l'affection de sa femme et de ses enfants.Est-ce la rencontre du bonheur et du salut ?Il reste cependant une ombre au tableau.Les deux enfants, Philippe et Charlotte.ont également un problème, problème de sincérité juvénile et d'amour filial: avant le drame, leurs parents jouaient-ils la comédie ou bien est-ce maintenant qu’ils la jouent ?Si leur père est revenu au foyer, est-ce aussi à cause d eux ?Ce deuxième volume aura-t-il.lui aussi, une suite ?Quoi qu’il en soit, ce roman est bien écrit, et l’intérêt en est soutenu; il comporte des analyses justes et profondes, où se révèle un christianisme vivant et libérateur.C’est en approfondissant leur expérience de l’amour conjugal que les époux Coltenceau arrivent à une meilleure intelligence de la religion de l’amour.Romain LEGARE, o.f.m.Illllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllill VIALLANEIX (Paul) VIGNY PAR LUI-MEME.[Paris] Editions du Seuil, 1964.189p.ill.18cm.(Coll.Ecrivains de toujours, no 69) Qu'Alfred de Vigny ait continué sur un ton plus tragique, moins serein, l'interrogation pascalienne de la condition humaine, qu'il ait traité cent ans à l’avance, parfois avec une acuité déroutante, des thèmes chers à Camus, qu'il soit demeuré malgré l'incompréhension des hommes de son temps (même le grand Sainte-Beuve n’a pu rendre, de l’homme et de l’oeuvre, un témoignage juste et lucide) l'un des plus grands poètes romantiques, cela est plus qu'un phénomène littéraire.Si l'on s'attarde au sens philosophique de son poème La Bouteille à la mer, on y découvre, appliquée à lui-même et à son œuvre, ure portée étonnamment prophéti- que; mais on ne s’étonne plus de ce que son « silence * soit devenu au XXe siècle si éloquent.L'une des plus méconnues et des plus incomprises du siècle dernier.l'œuvre de Vigny a émergé en pleine époque contemporaine avec, en elle, un message précieux pour les absurdistes.Ce que j’appellerais ici « la tentation de l’absurde » qui hante tant d'hommes inquiets, l’auteur de Mo'ise l’a ressentie tragiquement dans son âme d’abord frémissante au doute puis, désespérée, avide de silence.Le silence, stoïque réponse de l'homme grand, du « loup traqué qui meurt sans jeter un cri ».Mais, faut-il le dire, la réponse de Vigny est muette parce qu'elle naît de l’inacceptation hautaine et révoltée du mystère de la vie par un homme chargé de misères qui n’a pu, rationnellement, pénétrer l’Absolu.Tout ce qui touche l’âme est mystère: et la raison doit se taire.Paul Viallaneix a su avec un art et une finesse d’esprit remarquables mettre en lumière le drame intérieur d’Alfred de Vigny.Il serait superflu de vanter auprès de nos lecteurs la qualité de cet enrichissant ouvrage, dernier-né de l’irremplaçable collection Ecrivains de toujours.Jean-Marie BARRETTE Üllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll' CHARDONNE (Jacques) CATHERINE.{Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964J.153p.20.5cm.c Chardonne, quand il écrit, devient étonnamment maître de soi.Son intelligence l’a conduit à se dominer parfaitement: le détachement qu’il affiche n’est pas feint, mais c’est une position intellectuelle très distincte de l’indifférence véritable.» (Jacques Brenner) Certes Jacques Chardonne rend bien les sentiments tout en les suggérant.Sa maîtrise se remarque dans un violent désir d’appliquer les règles de la composition.Le 164 LECTURES récit est fait dans des phrases courtes et sèches.Tout semble bien ordonné et suivre un plan bien défini.Il se trouve aussi chez cet auteur, un sens esthétique qui peut se traduire dans une recherche de précision, de finesse et de subtilité.Un peintre ne pourrait mieux décrire les paysages de ce roman: Catherine.Il ne s'agit pas uniquement d'une énumération d’objets mais aussi et surtout l'expression de la luminosité, des impressions visuelles et tactiles que produit ce coin du sud de la France.On ressent la chaleur accablante des heures du midi.Rien ne bouge, tout est lourd, écrasé, presque mort: « Le torrent est à sec, les oliviers parfois vidés jusqu’à l’écorce, nourris de peu de sève.» En plus des impressions physiques, Jacques Chardonne n'oublie pas la couleur: on ne peut qu'imaginer le bleu éclatant du ciel, les terres ocre brûlées par le soleil.François et Catherine sortent ensemble tous les matins.Ils vont marcher dans la campagne environnante.Telle la personne sortant de l’obscurité trouve éblouissante la lumière du jour, chaque rencontre découvre des faits nouveaux et inconnus à Catherine.L’atmosphère chaude du paysage ne peut qu'accentuer l’impression de malaise qui se dégage de ces échanges.Le héros François est un malade.11 l'est dans son corps, mais sa sensibilité et son intelligence manquent également d'équilibre.Il est avant tout séducteur que la chasse intéresse plus que la prise.C'est un joueur qui essaie de troubler la jeune fille qui avouera elle-même être naïve et ignorante en face de la vie.Finalement le joueur sera joué.Catherine se ressaisit et ne cède point.Ce roman de Jacques Chardonne est avant tout un roman descriptif.On y trouve très peu de dialogues.De ces multiples promenades sous les oliviers nous aurions peut-être désiré avoir un compte rendu plus détaillé.Catherine revient à la pension, étourdie, troublée: les paroles de Fran- çois la pénètrent et deviennent obsédantes.Alors que le drame réside dans ses promenades quotidiennes, le lecteur ignore toujours ce qui s’y est dit.Jacques Chardonne a écrit Catherine à l’âge de vingt ans.Roman de jeune homme manquant de maturité, il est pauvre en dialogues mais riche en décors.L’intérêt porté au caractère des personnages est diminué du fait que le drame n'est que suggéré.Louise LESSARD Histoire GEORGES-ROUX LA TRAGEDIE ESPAGNOLE.La guerre civile d’Espagne.(Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].253p.20.5cm.Georges-Roux, qui s'est signalé déjà par deux études historiques, Mussolini, Néron (i), refait ici pour nous sur le ton journalistique le récit impartial, sobrement détaillé, clair, pathétique, des événements du chapitre sans doute le plus douloureux de l'histoire de l’Espagne, c'est-à-dire depuis les premiers craquements de la politique d’Alphonse XIII au printemps 1931, jusqu'à la victoire finale de Franco le 1er avril 1939.L’historien accomplit fidèlement la tâche qu’il s'est fixée dans l’avant-propos placé en exergue à l’adresse de ses lecteurs: « La guerre civile d’Espagne est bien une des aventures les plus tragiques de l’Histoire.Dégagée des passions partisanes qui l’obscurcissent, elle représente un terrible drame humain.De ce drame, vous allez maintenant lire le simple récit.» Les plus de quarante ans se rappelleront plus d’une de ces péripéties troublantes qui se sont déroulées sur le sol espagnol entre les deux Grandes Guerres.Combien à cette époque il nous était difficile de porter un jugement positif sur ce que nous rapportait la presse d’information.Nous voyions s’élaborer toute une mosaïque d’ingérences militaires et politiques de la part de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Russie, les pays signataires d’un pacte de non-intervention dans les affaires espagnoles ! De tout cela Georges-Roux fait le point, comme il nous fait mesurer toutes les autres imbrications multiples qui rendent la question espagnole extrêmement complexe: relations entre l’Etat et l’Eglise en ce pays (« L’Espagne, remarque l’auteur, s’est faite dans la longue reconquête de la chrétienté sur l'Islam.Sept siècles d’histoire ont tissé une solidarité entre la nation et son Eglise »), luttes idéologiques entre les classes sociales, entre les provinces en constante dissidence.Ces aperçus nous sont donnés au fur et à mesure que se développe cette longue guerre fratricide, dans le récit alternant des hauts faits d’armes — je pense, entre autres, à la célèbre résistance de l'Alcazar de Tolède sous le commandant Moscado — et des atrocités commises dans l’un et l’autre camps.Bilan terrifiant des morts: 900,000 dont 150,000 assassinés ! « C’est la plus sinistre collection de crimes de l’Histoire.» Une étude historique quelque peu ramassée, mais très vivante de la guerre civile d’Espagne, et ce n’est pas un ouvrage de propagande.Roland-M.CHARLAND ( 1 ) Edités par Fayard.Dis-moi qui Yu hantes — et je te dirai qui tu es.Dis-moi ce que tu lis — et je te dirai jusqu'où peut descendre ta Foi ! Février 1965 165 en 1964 • r 35 nouveaux titres 50 réimpressions totalisant le nombre imposant de 691,211 volumes Titres marquants de 1964 La sainte Liturgie constitution conciliaire $0.75 Rina Lasnier par Eva Kushner $1.75 L’ÉGLISE EN MARCHE tome II livre de l'élève : $2.50 par Jacques De Lorimier livre du maître : $6.00 Ecclesiam Suam encyclique de Paul VI $0.60 Chemins de l’avenir par le chanoine Lionel Groulx $2.00 Viens vers le Père initiation chrétienne des enfants de 6-7 ans livre de l'élève : $1.25 livre du maître : $2.40 L'homme face à la par Fernand Benoit $2.00 L’AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS par Edmond de Nevers $3.50 Une nouvelle collection pour adolescents : "LES QUATRE VENTS" Lettres de mon moulin par Alphonse Daudet $2.00 Visitez notre librairie.Vaste terrain de stationnement gratuit à l'arrière de l'immeuble.245 1ST, BOULEVARD DORCHESTER, MONTRÉAL 861-9621 Librairies dans les villes suivantes: AMQUI, RIMOUSKI, THETFORD, RIVIÈRE-DU-LOUP, MATANE, LA MALBAIE.166 LECTURBS 6733 WM WM .ISotII m I will SisS&ii J&Ü^iciiuiie smmm de ^u/neMe LIVRES POUR ENFANTS BLYTON (Enid) LA FAMILLE TANT-MIEUX.Illustrations de Jacques Fromont.[Paris] Hachette [1963].123p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 133) Relié.Cette joyeuse famille se compose de papa, maman, Nicolas, Marie-Joëlle et Elisabeth.Ne trouvant pas de maison, elle s’installe dans deux roulottes pour les vacances, puis y reste définitivement.Au cours de l’été, les enfants apprennent mille choses amusantes et utiles à la ferme de l’oncle Edouard.Récit gentil et instructif pour les moins de 9 ans.Alex COURSOLLES IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII BLYTON (Enid) BONJOUR LES AMIS! Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1963].125p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 143) Relié.Gaiement illustré, ce recueil de contes fera le bonheur des petits de 6 à 9 ans.Si l'un ou l’autre manque d’originalité et moralise un peu trop ouvertement, nos bambins ne s’en plaindront pas.Pour eux tout est neuf; ils n’ont pas encore appris des grandes personnes le dédain des exemples formateurs.Ils riront des mésaventures de Riquet, de Finaud, de Turlu- tu.L’histoire des lapins de papier, celle de l’ours qui fait coin coin et du canard qui grogne les captiveront; ils seront émus par La Dernière de la classe et par Madame Tap-Tap-Tap.Cet auteur sait vraiment parler aux tout-petits.Dommage qu’elle ne glisse jamais de note religieuse dans ses récits ! Marcel CLERMONT miiiiiimiimiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiim POINSENET (Marie-Dominique) JOSEPH.Illustrations de M.-C.Carcassonne.[Tours, Marne, 1964.] 20p.ill.23cm.(Coll.Hosanna — Les fidèles de Dieu) Relié.Les aventures de Joseph se racontent mieux au tout jeune enfant que la vie d’une Carmélite.Les citations bibliques, judicieusement choisies, s’intégrent au récit dont les bambins ne se lasseront pas.C’est dommage qu’en citant la parole de saint Paul: « Tout tourne au bien.» on n'ait pas averti que ce bien n’était pas toujours de ce monde.Equivoque qui risque de mettre à rude épreuve la foi du lecteur lorsqu’il parviendra à l’adolescence.Ici, les illustrations, en noir (ou tête de nègre ?) et ocre aussi bien qu’en couleurs, sont splendides et réjouissantes.Alex COURSOLLES CAUMERY BECASSINE A L’ECOLE.Paris, Editions Gautier-Langue-reau, 1963.[20p.] ill.21cm.(Coll.Les albums merveilleux, no 119) Relié.Les fillettes de jadis raffolaient de Bécassine dont elles lisaient les aventures dans la Semaine de Su-zette.On présente ici la célèbre Bretonne dans un album de format pratique.Nos bambines s’y intéresseront-elles ?Peut-être que — en dépit de la maîtresse démodée, des porte-plumes et de l’encre, du costume breton — les naïvetés de Bécassine feront rire nos petites filles de moins de 9 ans.Marcel CLERMONT llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll PROBST (Pierre) TIM ET POUM DANS LA FORET.[Paris, Hachette, 1964.] 28p.ill.30.5cm.(Coll.Grands albums Hachette) Relié.Splendide album — au format malcommode — dont raffoleront nos petits.Tim-lapin et Poum le chien cueillent des champignons en forêt.Tandis qu’ils soignent une biche, une chouette entend leurs propos désobligeants au sujet des oiseaux de son espèce.Elle s’arrangera pour les éprouver.Les deux amis font voir leur bon cœur, et regrettent leurs paroles inconsidérées.Lecteurs de moins de 9 ans.Marcel CLERMONT Février 1965 167 LIVRES POUR JEUNES CROIX (Michel) CHASSE INFERNALE.Illustrations de Liliane et Fred Funcken.[Tournai] Casterman, 1963.139p.ill.22cm.(Coll.Relais-Espionnage Police) Relié.Tandis que la maisonnée se rue au salon où flambent les rideaux, l’audacieux auteur de ce méfait fait sauter le coffre-fort et s’empare de bijoux valant 45 millions.Ce roman policier, écrit dans un style plus qu’ordinaire truffé de répliques inutiles, contient beaucoup de brutalité et de confusion.Les personnages n’ont aucune profondeur.En fermant le livre, on a l’impression d’avoir perdu son temps.Garçons de 13-14 ans.Béatrice CLEMENT tlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll DEAN (Nathalie) KOUDIYAR ET SES COSAQUES.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].170p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 115) Relié.Koudiyar.ataman (chef) d'une bande redoutable de cosaques, était-il fils du tsar Vassili et de Solomonie, starine répudiée ?Frère aîné, par conséquent, d’Yvan le Terrible ?Sombre et rude, l’atanian mène d’une main de fer les hommes qui le suivent, dévoués jusqu’à la mort.L’injustice a fait de Koudiyar un hors-la-loi; aussi, la brusque conversion qui termine l’ouvrage soulage-t-elle, car on s’était attaché au personnage.Mais on ne donnera pas au lecteur trop impressionnable ce récit tragique, baigné de sang d'un bout à l'autre.De nombreuses descriptions confèrent à ce drame l’intérêt d'un documentaire.II se prêtait à de splendides illustrations: costumes du XVIe siècle, si bien décrits; village russe; grotte du mariage; entrevue avec le Mongol; investissement du Kremlin.Les dessins bizarres de Morel ne lui rendent pas justice.Garçons de 13-14 ans.Béatrice CLEMENT llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll HARDY (René) L'AIGLE ET LE CHEVAL.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1964].187p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 259) Relié.Les amateurs de chevaux reliront la bouleversante histoire d'un ancien éleveur, ruiné, à qui un cadeau inespéré permet de prendre sa revanche.Ils la reliront pour la mieux comprendre, car le style « couleur locale » et les incessants retours en arrière déroutent.Et ils tiendront à bien comprendre parce que, dès la première lecture, ils se seront enthousiasmés pour l’étrange et sympathique trio: John-le-Fier, son pur-sang Prince, et Paco le petit Indien.Garçons à partir de 13 ans.Béatrice CLEMENT iiiimiiimiiiiiiiimiiimiiiiiiiiiiiimm BRAILLARD (Anne) ANNE A LA PLAGE.Illustrations de Jacques Poirier.[Paris] Hachette [1963].189p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 120) Relié Anne et ses amies se baignent, font une promenade en mer, se costument pour un bal masqué, organisent une kermesse, et ainsi de suite.Il faut l’art d’une comtesse de Ségur pour captiver le lecteur avec de menus faits quotidiens.On « accroche » plus facilement avec une intrigue, même un peu banale.Souhaitons à l’auteur de 18 ans la rencontre d’un critique amical et exigeant, qui lui apprenne à distinguer, entre les répliques amusantes, les observations justes, les réflexions humoristiques qui ne manquent pas dans son récit et le dialogue simpliste, la malice sans sel, les cocasseries « plates » qui foisonnent et qu’il faudrait éliminer.Le Jacques Poirier qui illustre plutôt gauchement ces pages, est-ce l’artiste qui donnait de si charmantes couvertures aux volumes des Sentiers de l’aube ?Fillettes de 10-11 ans.Béatrice CLEMENT POUR ADOLESCENTS CiOISSERT (Michel) RONA CHEZ LES ANGES DE BORNEO.Paris, Editions Spes [1963].189p.18cm.(Coll.Jambo-Club, no 1) Rona, détective-reporter, et son camarade Dany mènent une enquête dans la jungle de Bornéo.Qui parvient à « exporter », de leur plein gré (!), des Malais voués à l’esclavage ?L'auteur abuse du truc qui consiste à abandonner un personnage dans une situation périlleuse pour suivre les aventures d’un autre.« Suspense » artificiel qui lasse par sa répétition.Captures, évasions, reprises; une gran- de confusion, voulue semble-t-il, pour ajouter à l’élément dramatique; une invraisemblance inexpliquée (la « double-vue » du chef des Anges), cela sent le travail bâclé.Les moins difficiles parmi les lecteurs de 14 ans et plus se plairont aux livres de cet auteur qui ne manque pas d'imagination.168 LECTURES On ne peut que féliciter l’inventeur du livre de poche, soucieux des petites bourses.Mais les éditeurs devraient s’évertuer à ne pas entretenir, par une présentation quelconque, un goût douteux chez les jeunes.Il n'est pas impossible d’allier le bon goût et le bon marché.Garçons de 14 ans et plus.Béatrice CLEMENT mmimiiimimiimiimiiiiiiiiiiiiiiim REX (Lionel) LA CITE DES ETOILES DE MER.Paris, Editions Spes [1963].185p.18cm.(Coll.Jamho-Club, no 7) Luc Dorrel, rond-de-cuir qui tâte du journalisme, amateur de plongées sous-marines, accepte, au début de ses vacances, un travail passionnant: plonger, pour le compte d’un Espagnol, à la recherche d’une cité engloutie.Un certain malaise ne tarde pas à jeter une ombre sur l’emballement du jeune homme.Son employeur, réticent et mystérieux, s'enfuit comme un malfaiteur devant un compatriote.Luc découvre la cité après un « suspense » habilement entretenu.L’auteur écrit fort bien, en homme de goût, un brin poète.Les passages dramatiques de son œuvre ne sont jamais lourds ni confus; il captive le lecteur sans le lasser.Les adolescentes avides d’aventures dévoreront ce roman avec autant de joie que leurs frères.On aimerait le relire, réédité dans une collection bellement illustrée.Garçons et filles à partir de 14 ans.Béatrice CLEMENT llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll G-TOUDOUZE (Georges) CINQ JEUNES FILLES ET L'OR DES CANARIES.Illustrations de Henri Faivre.[Paris! Editions Hachette [1963].252p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 241) Relié.« Dans cette série de romans qui se succèdent sous le titre général des Cinq Jeunes Filles, G.G-Toudouze fait passer d’aventures en aventures cinq jeunes Françaises éprises de la mer et unies par la passion du grand large.Le but qu'il se propose est d’exalter l’esprit d’initiative de la jeunesse et de peindre les milieux et les paysages réels servant de cadre aux péripéties qui viennent assaillir les héroïnes et leurs divers compagnons (avant-propos).Les garçons devraient s'intéresser à cette série autant que leurs sœurs, car l'auteur sait tenir son lecteur en haleine.Ici.un raz de marée fait surgir de l'Atlantique un îlot contenant des trésors qui prouvent que les marins de Carthage abordaient en Amérique quinze ou seize siècles avant Christophe Colomb.Les connaissances artistiques et archéologiques de l'auteur (Grand Prix des Ecrivains de la mer) ajoutent, à l’attrait des aventures imaginaires, des détails curieux qui font de ses romans presque des documentaires.Mais des phrases moins longues et mieux ponctuées ne nuiraient pas.au contraire.Les dessins, plutôt quelconques, ne « collent » pas au texte.Filles et garçons de 15 ans et davantage.Marcel CLERMONT VISITEZ LA LIBRAIRIE 245 EST, BOULEVARD DORCHESTER, MONTRÉAL, Tél.: 861-9621 Moderne, spacieuse, climatisée, la librairie Fides offre un choix unique de collections de livres d'art, d'encyclopédies, de littérature générale, de livres de spiritualité, d'albums pour enfants.Invitation spéciale aux éducateurs et aux étudiants, le samedi, alors que la librairie est ouverte de 9 heures du matin à 5 heures de l'après-midi.Un vaste terrain de stationnement à l’arrière de l’immeuble, ouvert sur les rues Sainte-Elisabeth et Hôtel-de-Ville, permet à nos clients de garer leur voiture gratuitement.Février 1965 169 ^ N jSSSfiP V 2 &Ù2 Généralités BOUDREAULT (F.-X.) Votre écriture, la mienne, celle c/es autres.Méthode d'analyse de l'écriture, du caractère et de la personnalité d'après les caractéristiques des traits qui constituent les lettres.Montréal, Editions de l'Homme [1963].123p.20cm.Philosophie BROGLIE (Guy de) Le droit naturel à la liberté religieuse.Paris, Editions Beauchesne [1964], 191p.17.5cm.(Coll.Beauchesne, no 6) Religion CHRISTIN (Jean) Les adolescents.Thèmes pour récollections, échanges, veillées.[Paris] Editions du Centurion [1962].239p.18.5cm.(Coll.Catéchèse et pastorale) CRISTIANI (Mgr L.) La Vierge Marie et les Evangiles.Etude d'histoire et de psychologie mariales.Genval, Marie-Médiatrice [1964].259p.18.5cm.LAFONTAINE (Paul-Henri), o.m.i.Les conditions positives de l'accession aux Ordres dans la première législation ecclésiastique (300-492).Ottawa, Editions de l'Université d'Ottawa, 1963.398p.24.5cm.Mariage BLOMME (Abbé Robert) Qu'est-ce que.le sacrement de mariage ?Le point de vue du prêtre.[Bruxelles, Oeuvres des Tracts, s.d.] 24p.l/cm.(Coll.Amour & Famille) CHAUCHARD (Dr Paul) Qu'est-ce que.un couple ?Le point de vue du médecin.[Bruxelles, Oeuvres des Tracts, s.d.] 24p.17cm.(Coll.Amour & Famille) LECLERCQ (Jacques) Qu'est-ce que.une famille ?Le point de vue du sociologue.[Bruxelles, Oeuvres des Tracts, s.d.] 24p.17cm.(Coll.Amour & Famille) VAN ROY (Fabienne) Qu'esf-ce que .une jeune fille ?Le point de vue d'une éducatrice.[Bruxelles, Oeuvres des Tracts, s.d.] 24p.17cm.(Coll.Amour & Famille) Sciences pures et appliquées AUBIN (Réal) L'air est un mélange.Eléments de chimie.2e édition.Montréal, Fides [1962].64p.ill.23cm.(Coll.Je découvre, no 2) CHEVREFILS (Paul-Emile) La vérité sur la chiropratique.Montréal, Editions de l'Homme [1963].189p.21cm.* * * L'enfant malformé.Paris, Lethielleux [1963].158p.19cm.(Coll.Centre d'Etudes Laënnec) SEREI (Edith) Femmes qui êtes-vous ?Québec, Editions du Pélican [1963].138p.ill.20.5cm.TOMATIS (Alfred) L'oreille et le langage.[Paris] Les Editions du Seuil [1963].189p.ill.18cm.(Coll.Le rayon de la Science, no 17) Beaux-arts BEAUVILLE (Guillemette de) Sport et épanouissement féminin.Paris, Fleurus [1963].127p.17.5cm.(Coll.La vie de la femme) MINGUET (Philippe) Le propos de l'art.Préface d'Etienne Souriau.[Tournai] Casterman, 1963.157p.20cm.RENARD (Louis) Sport, mon ami.[Tournai] Casterman, 1963.202p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Adolescent, qui es-tu?) Biographie DEVETTER (Walter A.) La vie de saint Vincenzo Pallotti.Deuxième édition.Genval, Marie-Médiatrice, 1963.154p.ill.(h.-t.) 20.5cm.THONE (Chanoine Paul) La vie de Charles de Foucauld.Une merveille de la grâce.Une mystique de l'apostolat.Genval, Marie-Médiatrice [1962].153p.ill.(h.-t.) 20.5cm.Littérature de jeunesse BUCKERIDGE (Anthony) Bennett au collège.Texte français d'Olivier Séchan.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1963].189p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 243) Relié.BUCKERIDGE (Anthony) Bennett et Mortimer.Texte français de Vladimir Vol-koff.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette |1963].189p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 253) Relié.CASTLE (Douglas) Les évadés de Capri.Traduit de l'anglais par Alain Volière.Illustrations de Liliane et Fred Funcken.[Tournai] Casterman, 1963.144p.ill.22cm.(Coll.Relais-Aventure) Relié.170 LECTURES ¦ .Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrage qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’études d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.AMBLER (E.), La nuit d'Istambul .B Roman policier non dénué de suspense mais très quelconque dans l'ensemble.ARNOUX (A.), Flamenca .B Inspiré d'un roman moyenâgeux, ce récit raconte l’histoire de la fille du comte de Nemours, mariée à un homme jaloux, séquestrée dans une tour et délivrée par un chevalier.Histoire légère, teintée d'irrévérence au point de vue religieux.Le ton poétique et archaïque de ce plaisant récit émousse ce qui pourrait choquer.BRISSAC (Duc de), Longitudes.TB Six récits de voyages qui nous conduisent en Afrique noire, dans le bassin méditerranéen (Grèce, Sicile), au Pérou, en U.R.S.S., au Mexique.L’auteur s'y révèle un observateur fin et lettré, artiste, historien, philosophe, et ses réflexions sont pleines d’humour.Ouvrage excellent qui pourra servir de guide touristique.BUCK (P.), Terre coréenne.TB Roman.A travers trois générations d’une famille, l’auteur évoque l’histoire de la Corée de 1880 à nos jours.Ouvrage captivant où l’auteur a su recréer l’atmosphère de ce pays plein de charme, les paysages, les mœurs, la vieille civilisation.Les sentiments sont généralement élevés et les personnages sont épris d’idéal et de patrio- tisme.CARRIER (R.), Jolis deuils .B Voir recension à la page 159 du présent numéro.CHARDONNE (J.), Catherine .B Voir recension à la page 164 du présent numéro.DENIS (A.), Safari autour du monde.TB Habité par deux grandes passions, les voyages et les animaux, l'auteur leur a consacré sa vie.Etabli au cœur de la brousse africaine, il l’a parcourue en tout sens, la caméra à la main, pour capter les mille et un secrets du monde animal libre.Il ra- conte ici ses explorations.Livre bien écrit, très vivant, plein d’enseignements.DESSI (G.), Le déserteur .B Roman.Dans un village de la Sardaigne, une mère et un prêtre s'entendent pour venir en aide à un déserteur en détresse.Ouvrage remarquable qui possède une intensité de poésie et d’humanité rarement rencontrée.Fort belle figure de prêtre, à la fois humaine et surnaturelle.ESTANG (L.), Que ces mots répondent .B Voir recension à la page 163 du présent numéro.FARALE (D.), La légion a la peau dure .B Roman.Par le truchement de personnages imaginaires, l'auteur évoque les actions et les drames de la Légion étrangère durant ces vingt dernières années.Beau livre, d’un intérêt soutenu, où se manifeste le sens du devoir et de l’honneur des légionnaires.FOU-CHENG (Mou), La Chine retrouvée .TB Un ingénieur chinois ayant vécu longtemps en Occident, retourne dans son pays pour mettre ses connaissances au service du régime communiste, puis doit y renoncer.C’est le résultat de cette expérience qu’il décrit dans son livre.Ce livre expose, d’une manière objective, le problème du communisme avec, d’une part, les réalisations qu’il a pu effectuer, et d’autre part, l’avenir incertain d’une société d'où toute recherche personnelle et toute indépendance de pensée serait bannie.GANDON (Y.), Le lotus naît dans la boue .B?Recueil de huit histoires exotiques qui ont pour cadre tour à tour le Japon, la Thaïlande, Hong-Kong, etc.Chaque récit présente une histoire d’amour qui se termine souvent tragiquement.Livre agréable à lire.L’évocation de chaque pays est menée de main de maître.Il faut regretter cependant que partout, dans ces histoires, le plaisir passe avant la morale et que certaines descriptions soient un peu trop sensuelles.Février 1965 171 Mt HEBERT (A.), Le torrent.B?Voir recension à la page 159 du présent numéro.Voir aussi LECTURES de juin 1950, p.596.JACQUEMARD (S.), Un petit œil .B Récit incohérent et farfelu où l'on entend les propos de deux chauffeurs de taxi.Ouvrage qui ne manque pas de talent, et qui plaira surtout aux amateurs d'originalité.LANGLADE (G.de), En suivant Leclerc- TB Mémoires de guerre très savoureux et imprégnés d'humour, où l’auteur exalte la personnalité de Leclerc et celle de ses compagnons.Ouvrage d'une lecture facile et passionnante.LAUNAY (J.de), Les grandes controverses de l’histoire contemporaine .TB Ouvrage d'histoire qui porte sur la période de 1914 à 1945.L'auteur a passé au crible les mille ouvrages essentiels qui ont traité de cette époque, et il nous offre ici une étude originale, approfondie et objective des grandes controverses de l’histoire contemporaine.Pour lecteurs cultivés.MROZEK (S.), L’éléphant .B Recueil de quarante-deux histoires loufoques.Ce qui fait l’intérêt de cet ouvrage dont l’original a paru au-delà du rideau de fer, c'est qu'il est une satire transparente du régime totalitaire.Cet ouvrage, agréablement écrit, s'adresse aux lecteurs cultivés.PAYNE (R.), Les trois mondes de Boris Pasternak .TB Biographie.Les trois mondes étudiés par l'auteur sont: celui du poète, celui du romancier et celui de l'homme qu'on a voulu mêler à la politique.Intéressante étude qui met en lumière l’art si personnel de Pasternak et la continuité de son inspiration poétique.PEISSON (E.), Le cavalier nu.B Roman très original qui évoque le thème de l’union fraternelle.Histoire assez bizarre, où s'entremêlent poésie et réalisme.Ouvrage attachant, qui intéressera surtout les lecteurs cultivés.ROBBE-GRILLET (A.), Pour un nouveau roman .B Recueil d'articles où l'auteur expose ses théories sur le nouveau roman.Les lecteurs intéressés par l’évolution littéraire actuelle trouveront dans ce livre une utile initiation.La langue en est excellente, le discours clair, cohérent, serré; la pensée, dans ses implications philosophiques, en est discutable, mais elle est honnête.Pour grands étudiants et intellectuels.ROUDENE (A.), Les aventures des sommets.TB Récits qui évoquent les grandes heures qui ont mis aux prises l'homme et la montagne depuis la première conquête du Mont-Blanc en 1786, jusqu’à celle de l'Aconcagua, dans la Cordillère des Andes, en 1954.Pour les amateurs d’alpinisme.SIMONOV (C), La défense d’Odessa.B Deux récits qui ont pour cadre la guerre de Russie en 1941, au moment où les Allemands s'apprêtent à envahir la Crimée et où les Russes résistent désespérément devant Odessa.Récits vivants qui évoquent bien l'ambiance d'une guerre où le courage côtoie sans cesse la lâcheté.Le thème essentiel est celui de la responsabilité politique et militaire.Ce livre constitue une belle page d'histoire contemporaine.SPARK (M.), Memento mori.B Roman plutôt grinçant qui fait rire et frémir à la fois.Série d’anecdotes qui dénoncent impitoyablement, mais toujours avec humour, les travers de la vieillesse.Humour noir, assez pénible parfois.STENUIT (R.), Le livre des trésors perdus .TB L'auteur qui est un scaphandrier professionnel raconte ses explorations dans les fonds marins, à la recherche de trésors engloutis.Livre plein d’enthousiasme et d'optimisme mais qui laisse le lecteur sur sa faim.THERIO (Adrien), Les brèves années.TB Ceux du chemin-taché.TB Jules Fournier.TB Mes beaux meurtres.B?Le printemps qui pleure.M La soif et le mirage.B Voir étude d’auteur à la page 151 du présent numéro.TURNBULL (A.), Scott Fitzgerald le magnifique .B Biographie de l'écrivain américain qui, né en 1896 et mort en 1940, a écrit de nombreux poèmes, romans et nouvelles.Biographie trop longue, et parfois confuse, mais ouvrage intéressant et honnête.VIALLANEIX (P.), Vigny par lui-même .B Voir recension à la page 164 du présent numéro.SIGNIFICATION DES COTES M C'est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index t sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne * sont pas mis nommément à l'Index; il suffit qu'un livre tombe sous les lois générales de l'Index pour qu'on soit tenu, en conscience, de s'en interdire la lecture.D c'est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu'on y trouve, soit à cause de la licence morale ui s'y étale, soit à cause d'une grave indécence ans les descriptions.B?c'est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peuvent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l’ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c'est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n'appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu'aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.772 LECTURES I MBS :_______________________________________________________________________________________________________________________________________£ BHBBBBMHi LE COURRIER DES LECTEURS « Je vous remercie pour les renseignements que vous avez eu la bonté de me donner l’année dernière au sujet des collections pour jeunes.J’ai à la bibliothèque, pour 8e et 9e, les deux séries complètes de Marabout Junior et Mademoiselle.Pourriez-vous me donner les quelques numéros qu’il vaudrait mieux ne pas laisser circuler ?Vous serait-il possible de me donner la cote morale des livres suivants: Ma vraie maison de Caroline de Jésus, Rencontres de Jean Bulair.Pourquoi je suis séparatiste de Marcel Chaput, Propos sur le bonheur d’Alain, Journal d’Hélène Marley traduit par Marlyse Meyer.• Puis-je vous dire que je me suis constitué un répertoire des auteurs et de leurs œuvres, depuis Sagehomme 1954.A mesure que LECTURES ou vos listes pour bibliothèques arrivent, je transcris sur fiches: les auteurs, leurs livres nouveaux avec cote.« Aussi la note de LECTURES (décembre 1964, p.92) m’a déçue.Il y a sans doute une raison sérieuse qui motive ce changement: mais pour les usagers comme moi qui n'ai pas le loisir ni le moyen de lire tout ce qui circule au pays et dois quand même donner une réponse à quiconque doit être renseigné sur la valeur morale de tel ou tel ouvrage, cela cause un embarras.« Prenez l’étude des livres de Claude Jasmin (décembre 1964, p.87) qui peut intéresser nos jeunes au point de vouloir se procurer les livres analysés.je n’ai que deux cotes, et les deux sont: M.« Quant aux cotes A, TB, TB-S, B, ça reste important de les connaître pour une bibliothécaire du secondaire.C ’est pourquoi j’ose vous demander de transcrire à la page Cote morale des nouveautés non seulement ce qui appelle des réserves mais les autres aussi, si vous ne pouvez plus indiquer la cote à chaque recension comme pré- cédemment.[.] » S.J.E.bibliothécaire (Marieville) — Il n’y a qu'un tout petit nombre de titres dans les collections Marabout Junior et Marabout Mademoiselle qui ne sont pas à recommander.En voici les numéros: Marabout Junior, 138, 182, 190, 210, 219, 234, 235, 243, 252; Marabout Mademoiselle, 65, 98, 105, 106, 107, 109, 130, 144, 152, 158, 174, 176, 197, 199.Ma vraie maison, Pourquoi je suis séparatiste sont des ouvrages pour adultes; les Propos sur le bonheur ne conviennent qu’aux lecteurs avertis; nous n’avons pas de renseignements pour les autres ouvrages.Quant au changement dans la façon d'indiquer les cotes, il a en effet été inspiré par une raison sérieuse.Mais si vous savez vous servir avec intelligence de votre revue, vous n’y trouverez pas d’inconvénient majeur.Sur ces fiches que vous avez eu la bonne idée de remplir en vous inspirant de LECTURES, pourquoi ne pas mettre une référence au numéro de la revue quand il n’y a pas de cote précise; il vous suffirait alors de parcourir la recension pour vous rendre compte si c’est un ouvrage spécialisé ou non, et s’il convient aux habitués de votre bibliothèque.Quant à nous, nous ne voyons guère l’utilité de mettre une cote à des ouvrages qui ne posent aucun problème.Et si nous insérions.dans notre liste de « cote morale des nouveautés », tous les titres qui sont recensés ailleurs dans la revue et qui n’ont pas besoin d’être cotés, ce serait autant d’espace enlevé à d’autres titres qui eux, appellent une cote.Quant aux ouvrages pour adolescents, ils sont groupés tous ensemble dans une section de la revue; vous ne l’aviez pas remarqué ?Si vous avez lu la longue étude consacrée à Claude Jasmin, vous avez pu vous rendre compte que ce n’est pas un écrivain qui convient à des jeunes.Le numéro de janvier dernier, vous donnait la cote d’un autre livre de cet auteur, celle d'Ethel et le terroriste.* * * « Nous avons reçu quelques volumes et avant de les mettre en circulation, nous aimerions avoir la cote morale.Nous avons déjà eu recours à ce courrier de LECTURES et nous n’avons eu qu'à nous en féliciter.Donc, cette fois encore, nous espérons que vous pourrez nous donner ces informations, à savoir quelles catégories de lecteurs peuvent lire ces ouvrages.Voici les titres: Psychologie de l’enfant à l’homme d’Agostino Gemelli, o.f.m., Hitler m’a dit par Hermann Rauschning, Le secret du cadre par M.Grey, Il était une petite fille par Christopher Davis, Multiple splendeur par Han Suyin (traduit de l’anglais par Daria Olivier), L’affaire de Galloure par Jacques Maonnec (roman policier — à mon avis, certains passages laissent à douter quant à la moralité), L’attaque du moulin par E.Zola (tous les livres de Zola sont cotés M ou D dans Sagehomme, mais ce titre n'apparaît pas dans l’édition que nous avons).» S.G.(Giffard) — Antonio Gemelli était recteur de l'université de Milan depuis un demi-siècle au moment où il publia, en 1950, Psychologie de l’enfant à l’homme; il y consignait e résultat de ses recherches et de ses réflexions en matière de psychologie génétique; cet ouvrage est fait pour les étudiants universitaires et pour les éducateurs.Le secret du cadre est un roman policier pour tous.Multiple splendeur (B?) d’Han Suyin ne convient qu’à des adultes avertis.Dans l’édition que nous avons de Sagehomme, celle qui est parue en 1954, L’Attaque du moulin de Zola est cotée M.Nous n'avons pas de renseignements sur les autres ouvrages.1 Février 1965 173 “ÏÏLu J.%, et (e (Panade WMm mm WÊmMà l'Tt'i|'Mf!H| M&Mi i iirHi r r S*1'Mil;* *.mm mmmmm i&ivjiiltj :i tt&USi£8Al Le 5 janvier dernier, un laconique entrefilet de La Presse annonçait que Marie LeFranc venait d etre inhumée à Sarzeau, près de Vannes, dans le Morbihan.La note précisait, en outre, qu’il faisait alors un froid presque aussi vif que celui qu elle avait connu pendant ses hivers au Canada, et qu’un inconnu avait envoyé une gerbe portant ces simples mots: « A son amie, le Canada ».Il faut remercier cet inconnu qui a senti que la mort de Marie LeFranc était un deuil pour notre pays.De même faut-il louer M.Victor Barbeau pour l’excellent article qu’il a consacré, dans le supplément de La Presse ( 1), à celle qui était son amie et qui lui portait — sa correspondance en témoigne — une admiration pleine de tendresse.C’est sans doute, avec la longue étude que M.Léo-Paul Desrosiers signait dans Lectures en avril 1963, ce qui s’est écrit de plus juste, de plus profond et de plus beau ^ur Marie LeFranc.En lisant l’article de M.Barbeau, je songeais à cette émouvante lettre que Marie LeFranc m’avait écrite en mai 1963, une lettre qu elle avait péniblement arrachée à ses mains paralysées et qui disait sa reconnaissance pour l’éloge paru dans Lectures: « Mon nom étincelait comme s’il appartenait à un être qui n’était pas moi.Je me laisse aller à ce rayonnement inattendu.» Elle dirait la même chose, aujourd’hui, à M.Barbeau.Nous souhaitons que d’autres périodiques canadiens suivent l’exemple de La Presse et que d’autres plumes apportent, à l’auteur d'Enfance marine, de La Rivière solitaire, de Pêcheurs de la Gaspésie et de La randonnée passionnée l’éloge quelle mérite pour avoir si bien compris et célébré si magnifiquement la nature sauvage et grandiose de notre pays.Pour nous, nous aimerions ici, glanant un peu dans la précieuse correspondance quelle adressait, ces dernières années, aux Editions Fides qui ont réédité plusieurs de ses œuvres, montrer à quel point, jusqu’à la fin de sa vie, Marie LeFranc était restée présente à ce Canada où elle avait vécu pendant si longtemps et qui avait si largement inspiré son œuvre.Dans une lettre, adressée au R.P.P.-A.Martin, en date du 11 janvier 1961, elle dit sa joie devant une réédition possible de ses œuvres: « Lessentiel pour moi, après tout, n'est pas une satisfaction d’argent, ne l’a jamais été dans ma carrière — bien que la vie vous somme impérativement d’y penser — mais le plaisir, la réassurance de voir deux de mes livres me jeter un coup d’œil à travers une vitrine de librairie dans une rue de Montréal! [ .] Je serais heureuse de voir ces deux ouvrages où bat dans l’un le pouls de la forêt, dans l’autre celui de la mer, répondre de ma présence dans un pays où je me sens si profondément enracinée.» Une autre lettre, datée du 24 juillet 1962, témoigne que Marie LeFranc, dans sa solitude de Sarzeau, suivait l’évolution de la littérature canadienne: « Au moment où la littérature du Canada prend un sursaut merveilleux, avec un caractère très personnel, original, vigoureux, inspiré par son histoire et sa destinée, j’ai toujours ardemment souhaité que ce jaillissement dans la littérature canadienne fût suivi de près et fraternellement reconnu, adopté par la France et le cœur de Paris.Il y aurait bénéfice pour les deux nations principalement à une époque troublée où la grandeur des Lettres est menacée.» Dans cette lettre, comme dans d’autres d’ailleurs, elle s’attarde, avec un évident plaisir, à rendre hommage à ce jeune guide canadien qui, le premier, lui a révélé les Laurentides: « Ce prénom de Médée appartient en réalité à mon premier guide qui tout jeune et déjà père de famille ma révélé le premier les Laurentides.Je consacre à ce Médée le chapitre final de mon livre en projet.174 LECTURES Médée mérite cet hommage.Il parlait peu, mais je crois qu’il sentait ma ferveur pour cette forêt dans laquelle il était né.A la fin de la dernière guerre où j’avais été retenue à Sarzeau par certaines obligations dérivées de cette guerre et attendais mon passeport pour retourner au Canada, je reçus une lettre de lui, de quelques lignes: « Nous avons à présent neufs enfants écrivait Médée.Notre maison n’est pas grande mais il y aura toujours de la place pour vous.» « Je crois qu'il souffrait de sa timidité à exprimer son sentiment de la forêt.Mais ses yeux avaient une façon de traduire.Je me rappelle une traversée merveilleuse du Lac des Sept-Grèves, si royal dans sa solitude.Il semblait que la forêt s’écartait un peu pour laisser le lac s’exprimer.Médée ne disait mot, et j’avais pitié de le voir souffrir de ce qui lui manquait.Je récitai Le Lac de Lamartine pour lui faire don de quelque chose, presque à demi-voix.Le poème s’alliait au rythme de la pagaie.Celui qui écoutait ne prononça pas un seul mot quand ce fut fini, mais je suis sûre qu’il revit ce souvenir quand il traverse la solitude du Lac des Sept-Grèves.» Toujours dans cette même lettre, elle parle des conditions difficiles de son séjour à Sarzeau « où déferle le flot des estivants déchaînés, où il n'est plus possible de trouver une aide secourable pour franchir le seuil d’un logis refroidi par une longue absence ».Dans cette vieille maison où, semble-t-il, elle habitait toute seule, une maison dont « il est impossible, écrivait-elle, de racom-moder le toit plus que centenaire », elle se faisait tout accueil pour recevoir les amis canadiens qui venaient la saluer au passage: * Cette année encore, quelques amis canadiens s annoncent.Je crie le plus haut possible de mon lit de repos à l’étage, quand j’entends un petit brouhaha dans le couloir en bas: « Montez au premier ! » Enfin, dans une dernière lettre, le 20 février 1963, elle faisait spontanément l’éloge de Mgr Savard: « C’est lui le grand animateur de la forêt.Moi j’essaie de l’interpréter pour moi seule.Lui songe d’abord aux hommes qu’il va acclimater à elle.Et dans quelle langue de poète et d’homme d’action qui donne la vie à une langue, rafraîchie dans une source ou un arc-en-ciel, sans toucher à sa grandeur séculaire.» Elle disait en terminant quelle passerait l’été à Sarzeau, ce pays natal dont elle ne pouvait se passer, ce « pays de terre bretonne, baigné par la mer Atlantique ».Elle y a été inhumée à côté d’un sergent d’aviation canadien, tué dans un combat au-dessus de la ville; elle avait, paraît-il, l’habitude de dire que « ce serait le dernier compagnon de sa famille canadienne ».Oui, le Canada perd, en Marie LeFranc, une très grande amie.Rita LECLERC (1) Supplément de La Presse, 16 janvier 1965, p.3.(2) Il s'agissait de La Randonnée passionnée et de Pécheurs de Gaspésie.Décès de M.l'abbé Flavien C Le 7 janvier mourait à l'Hôtel-Dieu de Montréal des suites d’un accident d’auto AL l’abbé Flavien Charbon-neau.Nous perdions ainsi un ami et l'un des premiers collaborateurs de Lectures.Avant d’être nommé au département d’Histoire (Faculté de Pédagogie) à l’université de Sherbrooke, l’abbé Charbonneau avait été tour à tour, et parfois en cumulant les tâches, fondateur et animateur de /’Institut Veritas qui était un centre d’études et d’informations sur le communisme, processeur invité à l’Institut des études médiévales de Montréal et à la Faculté des Lettres de l’université d'Ottawa, et pro- fesseur durant plusieurs années au collège de Saint-Laurent.Il fut un travailleur remarquable, opiniâtre dans la recherche et la poursuite de la vérité, toujours animé d'un enthousiasme qui se voulait communicatif.D’aucuns n'oublieront guère ce prêtre qu’on savait toujours disponible soit pour un sermon soit pour une conférence.L’abbé Charbonneau nous est enlevé au moment de sa maturité d’homme et de prêtre: le Seigneur s’est cueilli une gerbe lourde de mérites.Notre souvenir et notre prière lui sont dus en toute amitié et considération.R.-M.C.Février 1965 175 211 Dr Georges Durand: Lettre de France Québec 64, tel est le titre de la revue publiée au cours de l'année écoulée par la Délégation Générale du Québec à Paris.Une initiative de Al.Robert Elie, encouragée par M.Charles Lussier, réalisée par M.Jean Hamelin.Imposer notre langue à Montréal; de Jean-Claude Corbeil: Un français différent de celui de Paris.Enfin une étude du R.P.Richard Arès (Relations): Langues parlées chez les groupes ethniques du Québec.Cette revue, ainsi que nous le verrons plus loin, n’est pas destinée au public canadien; la quasitotalité de son tirage est réservée à la France et au monde latin.Chaque numéro réunit un certain nombre d'articles parus dans des journaux et périodiques canadiens.Le grand et délicat problème de la rédaction est celui du choix.A peine arrivé à Paris, Ai.Jean Hamelin se mit au travail dans son bureau discret de la rue Barbet de Jouy et dès le mois de mai 1964 nous offrit la première livraison de la revue sous la forme d’un volume de 116 pages (13 x 21).Cette réalisation nous apparut d'emblée comme une réussite et les quelques critiques que nous aurions pu formuler alors n’ont plus de valeur aujourd’hui puisque le deuxième numéro, paru en octobre (136 pages), est venu donner satisfaction aux plus exigeants.Les prochaines livraisons seront, je l’espère, aussi bonnes; je ne pense pas quelles puissent être meilleures que celle-ci à laquelle je consacrerai mon propos.Il me faudrait citer le sommaire en entier.Chaque article reproduit est précédé d’un bref commentaire précisant la qualité de l’auteur ou l’importance de la question traitée dans le contexte canadien; ceci répond à la principale critique que nous avions adressée au premier numéro de Québec 64.Une très laxjge place est faite à deux des grandes questions les plus actuelles: Langue française et Québec d’aujourd’hui, Les problèmes de l’enseignement.Dans la première de ces rubriques on peut lire un article magistral de Fernand Ouellette (Liberté): La lutte des langues et la qualité du langage.Suivent d’importants extraits de communications faites au cours de la journée consacrée au problème de la langue par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal; de Maurice Beaulieu: Penser en français pour parler français; de Jean-Marc Léger: Les problèmes de l’enseignement: Sous ce titre sont réunis plusieurs articles publiés dans un unméro spécial du Devoir au printemps dernier.Le R.P.Pierre Angers nous offre, dans Un enseignement secondaire pour notre temps, une matière à réflexions dont les responsables de nos programmes d'études en France pourraient tirer le plus grand profit.Autres textes: Notre enseignement est-il démocratique ?de Al.Jules Leblanc; Une pénurie de professeurs qualifiés, du R.P.Emile Gingras.A la suite nous est donné, à titre docu-mentaire.un tableau détaillé de l’organisation interne du nouveau ministère de l’éducation.Arts et lettres: Ici Gilles Marcotte (La Presse) nous présente, fort opportunément, Al.Pierre Trottier, « diplomate, essayiste et poète » qui vient de nous arriver comme Conseiller Culturel à l’Ambassade du Canada, précédé d’une excellente carte de visite, Mon Babel.fus revue des livres reproduit des critiques consacrées aux ouvrages dont on a le plus parlé en 1964: Ethel et le terroriste de Claude Jasmin, Quelqu’un pour m'écouter de Réal Benoit, Mon Babel de Pierre Trottier, Terre Québec de Paul Chamberland, Factures acquittées de Gertrude Le-moyne, etc.etc.sans oublier la longue étude de Guy Sylvestre (Le Devoir) sur le roman de Jean-Paul Pinsonneault, Les terres sèches, qui vient de remporter le prix littéraire France-Canada.Des rubriques spéciales pour le théâtre, la musique, le cinéma, les beaux-arts, avec une chronique des expositions très étoffée.L'activité économique bénéficie d’une place plus large que dans le premier numéro.Quelques courts articles nous offrent une mosaïque de renseignements variés, précis et précieux, tandis que l’Exposition 67, heureuse initiative, se voit dotée d’une rubrique particulière.176 LECTURES Québec 64 — maintenant 65 — paraîtra 3 fois par an (février, mai, octobre).Sur un tirage de 3000 exemplaires, 230 seulement sont adressés au Canada (Ministères, Presse, Bibliothèques).Plusieurs centaines sont offertes aux personnalités et organismes suivants: ambassadeurs de tous les pays etrangers à Paris et leurs conseillers culturels; ambassadeurs du Canada en Europe, pays francophones et Amérique latine, ministère français des Affaires Culturelles et conservateurs des musées; Académie française; Académie des beaux-arts; importantes bibliothèques de Paris et de province; principaux éditeurs, journaux et revues de France, Belgique et Suisse, etc.Le reste, soit près de 2000, est destiné aux particuliers intéressés par les problèmes du Québec.L’Association France-Canada, par l'intermédiaire de ses comités régionaux contribue pour sa part à assurer la diffusion la plus large et la plus efficace de ce remarquable instrument d’information.Il me reste trop peu de place pour dire tout le bien que je pense de Québec 64.J’ai lu au moins deux fois la plupart des articles.Plusieurs d’entre eux mériteraient une analyse détaillée et pourraient faire l’objet d’intéressants colloques.J’aurais aimé reproduire quelques-unes des phrases qui, presque à chaque page, ont tracé à ma réflexion un sentier indéfiniment prolongé.Il me faudrait parler, entre autres, des propos d’André Laurendeau: « Nous vivons en pleine impatience.Il y a ce que nous voudrions qui soit, il y a ce qui est possible.» et de ceux de Jean-Marc Léger sur la « Présence du Québec » dans le monde.Tous ces témoignages réunis, par leur qualité, leur diversité, leur différence de ton.leurs contradictions même, nous apportent sur le Canada français une information vivante, en quelque sorte cinétique, qu’aucun ouvrage d’un seul auteur ne saurait nous donner.M.Maurice Desjardins, directeur des éditions pédagogiques, aux éditions Fides, a été récemment nommé membre associé de la Corporation.A ce titre, à l'avenir, M.Desjardins participera aux réunions du Conseil d'administration de Fides.Dans un billet tout en saillies comme ceux dont elle a l'habitude, Françoise Gaudet-Smet publie, dans un numéro de La Tribune, ses doléances à la mort de Michelle Le Normand.En voici un extrait: "Chère Michelle aux yeux rieurs ! Quel monde elle aura réjoui et calé dans ce que le quotidien peut avoir de beau, avec son premier livre Autour de la moison qui demeure un chef-d'oeuvre.Personne, aussi bien qu'elle l'a fait dans le temps, ne racontera les profondes joies des enfances tapageuses, des séances de dégringolades dans les escaliers, à l'appel des "poup-poup" du contrôleur du train des chaises-virées-à-l'envers-dans-la-cuisine: première classe, deuxième classe, troisième classe, ail-aborde ! la toilette-à-madame, les excursions dans le garde-manger, les séances dans le hangar, la chaise honteuse, trois fois passera, et la tante Estelle ! O la tante Estelle ! Nous en avions une, nous aussi.Et il me semblait que Michelle nous la volait.Puis, j'ai pensé qu'il y avait moyen de faire une espèce de compagnie illimitée, avec, dans chacune sa cour, ses bébelles, ses séances de jeu-à-la-madame, tante Estelle et son mari; et qu'autour de chaque maison, tout le monde devait se remettre à penser à ce qu'il y a de beau dans la sienne, pour en oublier le pas beau.[.] Michelle Le Normand était une sportive de grande allure.Cycliste active, bonne skieuse, marcheuse à pied, elle était si vivante de coeur, de corps et d'esprit, qu'elle avait toujours l'air de redécouvrir à chaque aube l'allégresse de ses vingt ans." (La Tribune, 14/11/64) M.Alfred DesRochers vient de recevoir le Prix Duvernay décerné par la Société Scint-Jean-Bc.ptiste.La revue canadienne Mes Fiches existe depuis 28 ans.Dans son numéro de janvier, la revue publiait sa 3,000 e fiche.Sur notre photo, on voit une bibliothécaire qui s'apprête à classer cette fiche dans sa collection.rat uni Une erreur s’est glissée dans le numéro de janvier de LECTURES.A la page 142, dans la courte notice biographique consacrée à M.Pierre Daviault, on mentionnait que cet écrivain était membre de l’Académie canadienne-française, alors qu’il n’en a jamais fait partie.Nos abonnés voudront bien nous excuser.Février 1965 177 (Suite de la page 180) — Je brûle les étapes.Je savais qu’un jour nous parlerions; mais je n'imaginais pas que.Bah ! tout est grâce.Des larmes montèrent aux yeux d’Isabelle: de révolte et non de compassion.* Tout est grâce » — c’était aussi une phrase de la Mère Générale.— Tout est disgrâce, au contraire, fit-elle d’une voix altérée.Infirme ou laid toute sa vie, leur moquerie ou leur pitié, quel est le pire, monsieur Tannoire ?— Infirmes, laids, pauvres, mal portants — tous frères.— Pas du tout! Ce sont les autres: les beaux, les riches, les bien-portants, qui nous mettent tous dans le même sac.Mais chacun de nous sait bien qu’il est seul, absolument seul, enfermé dans sa disgrâce; et chacun de nous refuse d’avoir partie liée avec.— Nos solitudes communiquent, dit M.Tannoire avec une autorité surprenante, puis il ferma les yeux longtemps.Son visage ne souriait plus.— Où allons-nous ?— A Garches.— Chez Noblet?IElle acquiesça.) Même lui ne pourra pas me remantibuler.— Certainement si! Elle lui en voulait de tout: d’être tombé, de se résigner, de ne même pas espérer.• S’il meurt, je ne le lui pardonnerai pas.» — Noblet ne pourra rien.(Il la regarda fixement.) Nous nous trompons rarement, nous autres: nous nous connaissons trop bien.— C’est vrai, dit Isabelle, finalement, le bonheur, leur fameux bonheur consiste à pouvoir s’oublier de temps en temps.— C’est pourquoi il est bon d’avoir « partie liée *: de s'oublier parce que les autres vous préoccupent.Isabelle retira sa main de sur la sienne.— Sûrement pas ! Je connais le couplet chrétien, mais, ce soir, je le refuse, monsieur Tannoire! Je refuse le royaume des borgnes et des boiteux ! Je ne peux pas, je ne veux pas assumer toute la disgrâce du monde.— Juste un peu plus que la vôtre seulement.— Et pourquoi ?— Pour soulager ceux qui ne parviennent pas à supporter la leur.Quant à assumer toute la douleur du monde, quelqu’un d’autre s’en est chargé.— Quelqu’un d’autre ?répéta Isabelle avec une sorte de hargne.Ah! ne me parlez pas de lui, ce soir! Je ne me sens pas de taille à expliquer à un incroyant que c’est le même Dieu qui nous a créés tels que nous sommes, vous et moi, et qui est venu assumer lui-même toute cette disgrâce.Allons, qu’est-ce que cela veut dire, monsieur Tannoire?— Il a créé nos âmes et elles sont égales aux autres, et elles sont belles.Il avait parlé d'une voix si sourde qu’Isabelle le dévisagea; sa face lui parut transfigurée.Il poursuivit: — Mais nos corps sont le fruit de la liberté.Nos parents et les parents de nos parents ont fait de leur liberté ce qu’ils ont voulu.Cela engendre des merveilles ou des désastres.— Au hasard! — Suivant des lois qu’on ne connaît guère et qu’on maîtrisera peut-être un jour.— Mais celui qui est tombé dans l’escalier, ce soir, c'est vous ! Vous et pas un autre, lequel se serait relevé en riant.— Parce que je suis handicapé, moi et pas un autre, depuis l'âge de huit ans.— Et pourquoi, à huit ans, avez-vous.— Parce que le virus de la polio est libre, lui aussi; libre comme le savant qui le neutralise.Parce que cette liberté, sans laquelle les hommes ne peuvent pas vivre, est une et indivisible.Quand on la revendique, il faut aussi en admettre cette conséquence qui s'appelle la douleur et cette conséquence qui s'appelle l’injustice.S’en prendre à Dieu est enfantin ! — Je ne peux pas, dit Isabelle après un silence, je ne peux pas.Elle reprit d’une voix sourde et sans le regarder: — Il y a cet instant précis où le téléphone a sonné, il y a cet accident qui est arrivé — à vous et pas à un autre! — et puis nous deux dans cette ambulance.Aucun raisonnement ne tient contre cela.Toutes ces consolations sont lâches.— Alors, désolez-vous, fit Al.Tannoire un peu sèchement, et il referma ses yeux.Désolez-vous, mais cela ne m’aide en rien; ni moi, ni personne, et pas même vous.Apprêtez-vous à perdre votre vie par.par dignité! — Tant pis! Après un moment, il se mit à parler très bas, comme pour lui seul: — Je suis tombé parce que l’appareil était bloqué; bloqué parce que François était malade d’avoir trop bu; trop bu parce que sa femme est morte; et ainsi de suite.Tout a toujours une cause humaine et simple; il suffit de les remonter, une à une, patiemment.Cela n’a aucun rapport avec la volonté de Dieu.La volonté de Dieu, c’est nous qui la faisons, pas lui! — Vous avez mal ?demanda Isabelle qui observait son visage.— Ça revient.Terminons vite! C’est le seul entretien que nous aurons jamais, et il y a si longtemps que je le souhaitais.— Pourquoi, monsieur Tannoire ?(Sa voix tremblait.) — Parce que tout ce que je vous dis et qui est la seule réponse, vous ne pouviez le recevoir que d’un plus disgracié que vous.— Eh bien ! je le refuse ! cria-t-elle.Je refuse tout, en bloc ! Il y a sûrement une autre réponse.Si je pouvais, ce soir, mettre le feu au Ciel.— Par compassion pour moi ?Vous vous trompez d’amour; presque tout le monde se trompe d'amour.S’il n’y avait pas l’Amour total qui nous attend au bout, ce serait tragique et ridicule.Isabelle leva la main pour contester, mais il poursuivit impérieusement: — Laissez-moi parler ! Dans un moment, je ne le pourrai plus; et il y a des choses que je veux vous dire, depuis le premier jour.Ecoutez.Il ne faut pas souhaiter que le temps passe: que les autres vieillissent, enlaidissent, deviennent infirmes à leur tour.L’alignement, voilà notre pire tentation, et elle est hideuse; il ne le faut pas.il ne le faut pas.Il la suppliait; elle posa sa main sur la sienne inerte mais ne dit rien.Elle^ne pouvait promettre de renoncer à son ignoble mais unique consolation.Hier à la fête — n’était-ce donc qu’hier?— elle scrutait sur chaque visage de femme heureuse les traces ou les promesses de sa déchéance.— Ecoutez-moi.(La douleur remontait en lui comme la mer, vague après vague; et sa voix, de phrase en phrase, s’altérait.) La femme a été créée pour donner la vie.Il y a beaucoup de façons de donner la vie.Soyez.disponible.— Ne dites plus rien, supplia Isabelle, vous ne.Il poussa un cri terrible; le chauffeur et son voisin se retournèrent; elle fit signe • Accélérez » et, sur les lèvres de l’infirmier, elle lut: • On arrive ».De toutes ses forces elle serrait cette main morte.Elle ne voulait pas prier, pas entrer dans cet engrenage qui rendait acceptant, résigné, responsable; et, dans le même temps, elle sentit que si elle ne priait pas, elle allait hurler ou casser une vitre.M.Tannoire respirait par saccades; son visage se rétractait puis se détendait tel un poulpe.Il y eut rémission; il n’ouvrit pas les yeux mais sa lèvre remua et Isabelle y appliqua son oreille.— L’amour transfigure, l’amour seul, souffla M.Tannoire: has celui qu’on reçoit, celui qu’on donne.— Puis il sombra dans le bienheureux coma.m LECTURES Index des auteurs Yves Ihériault président des Écrivains Canadiens Lors de l'assemblée générale annuelle de la Société des Ecrivains Canadiens tenue samedi le 16 janvier dernier au Club Canadien de Montréal, un nouveau Conseil Central a été élu pour un mandat de deux ans.Le nouveau Conseil se compose comme suit: Président, M.Yves Thériault; 1er vice-président, Mme Geneviève de la Tour Fondue-Smith; 2e vice-président, M.Claude Jasmin; secrétaire, Mme Yolande Chéné (Québec); trésorier, M.Jacques de Roussan; conseillers, Mme Claire Martin (Ottawa), Mme Charlotte Savary, MM.Maurice Gagnon, Jacques Godbout, Gilles Marcotte, les conseillers ex-officio: M.Claude Aubry, président de la Section Ot-tawa-Hull et M.Charles-Marie Bois-sonnault, président de la Section de Québec.M.J.-Z.-Léon Patenaude a été confirmé dans ses fonctions de chef du secrétariat, par le nouveau Conseil Central.Mmes Yolande Chéné (Québec), Claire Martin (Ottawa) et M.Yves Thériault (Montréal) ont été nommés délégués des écrivains au Conseil Supérieur du Livre.M.Jacques Godbout a été nommé substitut des délégués au CSL.Un contrat-type visant à la protection des jeunes écrivains a également été adopté au cours de l’assemblée générale des membres.Ce document sera distribué à tous les écrivains du Canada français et sera remis à tous ceux qui en feront la demande au secrétariat de la Société: 3405, rue Saint-Denis, Montréal, 18, Qué.AMBLER (E.), p.171 ARNOUX (A.), p.171 BARB1N (R.), p.161 BLYTON (E.), p.167 BOUCOURECHLIEV (A.), p.163 BRAILLARD (A.), p.168 BRISSAC (Duc de), p.171 BUCK (P.), p.171 CARRIER (R.), p.159 et 171 CAUMERY, p.167 CHARDONNE (J.) ,p.164 et 171 CROIX (M.), p.168 DEAN (N.), p.168 DENIS (A.), p.171 DESSI (G.), p.171 ESTANG (L.),p.163 et 171 FARALE (D.), p.171 FOU-CHENG (M ), p.171 GANDON (Y.), p.171 GEORGES-ROUX, p.165 GERMAIN (G.), p.161 GOISSERT (M.), p.168 GROULX (L.), p.157 G.-TOUDOUZE (G.), p.169 HARDY (R.), p.168 HEBERT (A.), p.159 et 172 JACQUEMARD (S.), p.172 JEAN-NESMY (Dom C.), p.162 LANGLADE (G.de), p.172 LAUNAY (J.de), p.172 MATHIEU (P.), p.159 MINGUET (P.), p.162 MROZEK (S.), p.172 NEVERS (E.de), p.158 PAYNE (R.), p.172 PEISSON (E.), p.172 POINSENET (M.-D.), p.167 PROBST (P.), p.167 REX (L.), p.169 ROBBE-GRILLET (A.), p.172 ROUDENE (A.), p.172 SCHNAKENBURG (R ), p.155 SIMONOV (C), p.172 SPARK (M.), p.172 STENUIT (R.), p.172 SURIN (J.-J.), p.161 THERIO (A.), p.151 et 172 TOUPIN (P.), p.154 TURNBULL (A.), p.172 VIALLANEIX (P.), p.164 et 172 LECTURES REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publié* par 1* SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 245 eat, beul.Dorchester, Montréal — UN.1*9621 Direction: R.P.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.Rédaction: Rita LECLERC Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Abonnement annuel: $3.00 Le numéro: $0.30 - Publication approuvée par l'Ordinaire ¦ Février 1965 179 Le texte ci-joint est extrait du dernier roman de Gilbert Cesbron qui vient de paraître chez Robert Laffont: Une abeille contre la vitre.L'héroïne qui porte, sur un corps de statue, un visage très laid, souffre horriblement de sa disgrâce.Elle a vainement tenté d'y échapper, par le suicide d'abord, puis parla vie religieuse.De ces deux échecs, elle est sortie amère et révoltée.Dans l'extrait ci-dessous, elle reçoit une leçon d’un infirme, plus disgracié quelle.Ce beau roman de Cesbron est à réserver aux lecteurs avertis.(N.D.L.R.) Çilu eu vron 1 /ne abeille contre la vif ri A 18 heures, une sonnerie vide la ruche et la livre aux femmes de ménage.Elles en connaissent par cœur la topographie et savent quels bureaux, dont celui de « Detrain », resteront occupés jusqu’à la tombée du jour.Une seule téléphoniste demeure à leur service, ou plutôt lit un mauvais roman en regardant l’heure car ces bons élèves ne lèvent pas le nez de leurs papiers.C’est pourquoi Isabelle sursaute quand la sonnerie de l’appareil déchire ce silence studieux.— Vite, mademoiselle ! Al.Tannoire vient de tomber ! — De tomber?— L’ascenseur ne fonctionnait pas; il a voulu descendre seul, il a manqué une marche.Vite, mademoiselle ! AI.Tannoire, l’infirme aux deux cannes.Isabelle ne prend même pas le temps de raccrocher.• Monsieur Blondal ! » appelle-t-elle; il est parti.Elle se rue dans l’escalier.Au passage, elle crie: « Monsieur Blanchouin! » Personne.Son cœur bat si vite et si fort qu’elle doit, sur le palier du premier étage, s’agripper à la rampe afin de.— Vite, vite, mademoiselle ! (Si angoissé, le visage de la téléphoniste qui la guette au pied de l’escalier, qu’elle le reconnaît à peine.) Je n’ai pas osé y toucher.« Y toucher »; elle en parle comme d’un objet.Un tas d'étoffe pantelant avec trois taches claires: le masque livide et les deux mains recroquevillées comme des araignées mortes.— Danielle, trouvez-moi le docteur Lelong.S’il n’est pas là, Pérez.S’il n’est pas là, Marceville.Elle s’agenouille auprès de M.Tannoire et l’appelle doucement.Que faire d’autre?Du fond de sa douleur il l'entend, car les yeux s'entrouvrent et le visage reprend expression: une sorte de grimace dont Isabelle ne comprend pas tout de suite que c’est son perpétuel sourire qu’au prix d’un effort épuisant Al.Tannoire croit composer.Ses lèvres remuent; ou plutôt la seule lèvre inférieure.Isabelle approche son oreille qu’effleure un souffle infime mais brûlant; elle entend: • .démantibulé ».Elle répond n’importe quoi; tous les mots sonnent faux: « souffrir.attendre.soulagement.» Elle prononce même « guérir»; la grimace change imperceptiblement, et Isabelle a hontu de mentir à cet homme qui se débat, immobile, au seuil de la mort.— Le docteur Pérez à l’appareil, mademoiselle ! « St je ne trouve pas les mots qu’il faut.» — Sans doute les trouve-t-elle, car il répond: — J’arrive.Le temps de téléphoner à Garches pour l’annoncer.— Et nous, ici, en attendant ?— Appelez une ambulance.Non! je m’en occupe: elle viendra plus vite.r Faites bouillir une seringue.— Danielle, mettez l’eau à bouillir sur le réchaud du veilleur et apportez-moi la trousse de secours.Dans l’armoire blanche, vite.Lâchement, elle a songé à faire elle-même ces préparatifs: se rendre utile est un si précieux alibi.Mais elle sait bien que sa place est auprès de ce corps brisé et elle y retourne, inutile, indispensable.L'une des mains blanches rampe vers la poche de la veste, essaie de l’atteindre, retombe, recommence.Isabelle hésite puis, si doucement que le blessé ne s'en aperçoit pas, fouille elle-même dans cette poche et, parmi des papiers y trouve un chapelet.Elle le porte à ses lèvres — sa seule prière — puis le glisse dans la main qui se referme sur sa proie.Le visage se détend.« Il entre au port », pense Isabelle et elle-même cesse enfin de compter le temps.Le docteur Pérez arriva hors de souffle; il avait laissé sa voiture en seconde file je ne sais où.— Le cauchemar des encombrements lorsque chaque minute compte.L’ambulance n’est pas la ?— Pas encore.Danielle, guettez-la sur le seuil: vous guiderez les infirmiers.Voici la seringue, docteur.— Des ciseaux pour fendre l’étoffe.Il faut le remuer le moins possible.Il fallut chercher un peu de chair parmi la carcasse de cuir et d’acier qui appareillait Al.Tannoire et se tenait debout à sa place pareille à ces trophées qui ornent les casernes.L’ambulance arriva enfin.Robustes, soigneux, indifférents, croque-morts habillés de blanc, les infirmiers transférèrent du sol sur le brancard puis dans la profonde voiture la masse inanimée.Chaque heurt faisait souffrir Isabelle.— Lui ne souffre pratiquement plus, murmura le médecin qui la voyait grimacer.L’effet de la piqûre durera jusqu’à Garches où Noblet l'attend.Vous l’accompagnez ?— Bien sûr.Elle l’envia d’avoir achevé son office; le sien commen-çait.Cette cabine blanche et ce signal lancinant ne lui rappelèrent rien et elle se demanda à quoi pouvait servir cette sorte d’accordéon chromé qui pendait contre la paroi.Elle avait posé sa main sur la main inerte et ne quittait pas des yeux cette face.Jamais elle ne l’avait vue d’aussi près: entièrement remodelée par la double contrainte de chaque instant, l’effort et le sourire y avaient creusé leurs rides contraires.Le visage de M.Tannoire était le lieu de rencontre évident du corps et de l’âme.Isabelle regarda l’heure.Allons, chaque instant désormais la rapprochait de celui où elle remettrait en d’autres mains cet insupportable fardeau.Nous dépensons not'"' vie à remplir notre office passager puis à nous décharger sur d’autres; nous vivons à la chaîne.Comme sous l'insistance de son regard, il s’ouvrit une fente de lumière dans le visage clos.Al.Tannoire ouvrit les yeux: Isabelle avait apprêté un arsenal de paroles rassurantes mais elle ne put, dans sa surprise, que demander très bas: — Pourquoi souriez-vous, monsieur Tannoire ?— Parce que je n'ai plus mal, pour l’instant.Alors, cessez donc de souffrir vous aussi ! — Mais.— Il y a deux ans aue vous souffrez pour moi, et moi pour vous: depuis le premier jour.— Pour moi ?— Parce que vous vous croyez laide, dit-il après un instant d'hésitation.— Mais je le suis! — Vous le pensez et, malheureusement, il n’y a que cela qui compte.Il baissa ses paupières, se mit à respirer très court.Isabelle pu.peur, mais le regard revint en surface.(Suite à la page 178)
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