Lectures, 1 mars 1965, mars
MONTRÉAL NOUVELLE SÉRIE — VOLUME 11 NUMÉRO 7 ¦ sommaire L'Art de lire de R.-M.Charland .p.182 Delacroix de P.Jullian p.183 Roger Martin du Gard et la religion de R.Robidoux p 184 La Prière: les trois premiers siècles d'A.Hamman p.186 En marge du nouveau catéchisme: Viens vers le Père p.187 L'Annonce faite à Marie de P.Clau- del p.199 Lettre de France du Dr G.Durand .p.201 André Maurois: Propos sur la lecture Page d'anthologie) p.204 MARS 1965 Paul WYCZYNSKl (Voir à la page 200) EimiiAi l.'ar! de lire Aurait-on désappris de lire correctement depuis quelque temps ?Il semble bien.Parents et professeurs déplorent que les jeunes ne peuvent soutenir la moindre lecture à voix haute sans commettre maintes fautes de prononciation et d'articulation.Il n'est pas jusqu'à la radio et la télévision qui ne nous écorchent parfois les oreilles avec des liaisons on ne peut plus bizarres ( pen tes.(z)-excellentes !) ou des prononciations aussi cocasses que celle-ci: « se briser les tibiass et les péronnes » (pour les tibias et les péronés).L'autre jour, un annonceur de la riidio présenta je ne sais quel concerto d'un nommé « Batche » ! A l'audition de la pièce on reconnut Bach.Le grand Jean-Sébastien a dû se retourner tout entier dans sa tombe ! AI ai s ce ne sont là encore que des déficiences techniques de la lecture à haute voix.Que penser maintenant de nos propres lectures silencieuses, faites des yeux et de l'esprit ?Qui n'aurait ici des reproches à s'avouer ?Après examen, plusieurs songent à prendre des cours de lecture rapide.ne serait-ce que pour réussir à lire avec profit leur volumineux journal.Quoi qu'il en soit.faudra-t-il vaincre l'inattention ou la paresse intellectuelle si l'on veut arriver à lire vite et bien ?« On ne comprend que ce qu'on peut, en quelque mesure, réinventer », enseignait Bergson.Le vrai savoir-lire est un dialogue ou l'esprit attentif cherche à s'approprier l'inspiration de l'auteur en se questionnant, en inventant des solutions qu'il s'exerce à vérifier.C'est avant tout une gymnastique de l'esprit.Mais la lecture silencieuse doit s'accompagner également d'une gymnastique de la conscience.En face d'un ouvrage soit d'intérét médiocre soit faisandé ou tendancieux, le lecteur sérieux sait d'emblée se mettre en état d'auto-défense: il saute volontiers des paragraphes ou même des pages, suspend au besoin sa lecture on ferme à tout jamais son livre.Ce faisant, il ne s'accule pas à une inévitable psychose censurière.Développons-nous chez les jeunes ou chez nous-mêmes ce réflexe rapide et catégorique d'auto-défense devant certaines lectures ?« J'aime les âmes indépendantes », disait François de Sales.indiquant par là que les honnêtes gens pour sauver leur liberté doivent avoir autant de hardiesse que les coquins.Certes, l'art de lire requiert des exigences de technique visuelle ou phonétique, mais il commande aussi toutes celles de l'esprit, du cœur et de l'àme.Roland-M.CHARLAND 182 LECTURES cUcUoque, avec tee tivnee D’HIER ET D'AUJOURD’HUI Philippe Jullian: DELACROIX Henri-Paul BERGERON A l'occasion du centenaire de la mort du peintre romantique Eugène Delacroix, M.Philippe Jullian 1 publiait aux éditions Albin Michel une étude destinée à ceux qu’intéressent l’art et la pensée de l’époque romantique.Rien ne pouvait davantage attirer l'attention du lecteur que ce détail du célèbre tableau intitulé Sardanapale reproduit sur la couverture du voulme.Pour employer des formules chères à M.André Malraux, l’on pourrait dire que cette explosion de couleurs éclatantes est la signature d’une écriture véhémente du Delacroix qui s’abandonne sans remords à sa griffe de Rubens d’orage.A la suite de Charles Baudelaire, M.Jullian se plait à décrire le caractère complexe du génial peintre romantique et le déroulement de sa vie tout entière vouée à la passion de son art.L’auteur, qui a pourtant plusieurs romans à son crédit, a préféré, à la technique de la biographie romancée, l’objectivité de l’écrivain bien documenté, qui se contente de décrire la vie et l'œuvre de son héros en les replaçant dans leur contexte historique.Son livre illustré par une trentaine de dessins du seul peintre romantique d’envergure que connut la France, constitue un document précieux non seulement pour aider à comprendre le prélude du renouveau pictural de la fin du XIXe siècle, mais encore la révolution des idées et des sentiments d’une époque fiévreuse apparentée à la nôtre.La critique littéraire actuelle souligne en effet le romantisme sérieux et profond des écrivains les plus typiques du XXe siècle et leur accorde le crédit d’avoir consommé la révolution amorcée par les romantiques du siècle dernier.Pour être traités de façon plus superficielle, les thèmes métaphysiques n’en passionnaient pas moins ces écrivains du passé que les plus expressifs du XXe siècle.Si la révolution romantique triompha plutôt dans le domaine littéraire que dans le langage synthétique des arts plastiques, l’œuvre qui déclencha la première bataille ne fut pas un drame de Victor Hugo mais un tableau du jeune peintre Delacroix.Comme le souligne M.Jullian, l’effervescence que provoqua la Barque de Dante au Salon de peinture de 1822 fut en somme la première bataille d'Hernani.Cette œuvre trahit de façon peut-être plus littéraire que picturale les aspirations d’une génération et l'expression éloquente d’une révolte.C'est dans la critique des premiers chefs-d’œuvre de Delacroix que M.Jullian suscite le plus d’intérêt.Des formules heureuses nous font saisir le caractère de cette révolution qui semble bien timide à l’œil moderne blasé à la suite de tant de bouleversements artistiques: « Un siècle de musée éteint l’agressivité d’un tableau.La violence plastique s’atténue bien plus vite que la violence littéraire, car l'univers des veux dépend bien plus de la mode que celui de l’esprit.» (P.40) Le biographe utilise beaucoup le Journal personnel de Delacroix dont il fait une critique judicieuse.Il sait mettre en lumière certaines pages sur la création artistique, les rapports entre le métier et l’inspiration.les réflexions morales, même l’aveu d’une Mars 1965 183 certaine inquiétude religieuse.Elevé dans l’irréligion par une mère agnostique aux mœurs légères, Eugène Delacroix semble avoir vécu la majeure partie de sa vie pour le seul culte de l’art.Il a cependant célébré dans son Journal le pathétique du christianisme et, au terme de son existence, il a pu écrire ces lignes: « Dieu est en nous: c’est cette présence intérieure qui nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien fait.C’est lui sans doute qui fait l’inspiration dans les hommes de génie, et qui les échauffe au spectacle de leur propre production.» Cette confidence est certainement plus précieuse que l’aveu de ses mœurs légères pour nous aider ù comprendre les chefs-d’œuvre d’art religieux de la fin de sa carrière.Nous aurions aimé que l’auteur la fasse ressortir davantage avant de conclure de façon magistrale en montrant ce que les plus prestigieux réformateurs de la peinture doivent à Delacroix, l'ami intime de Chopin, de Baudelaire, qui disait de lui: « Il est souvent à son insu un poète en peinture ».(1) JULLIAN (Philippe) DELACROIX.Paris, Editions Albin Michel [1963].248p.ill.( h.-t.) 21cm.Ré jean Robidoux: Roger Martin du Gard et la religion ?Bernard-M.MATHIEU En 1922 paraissait Le Cahier gris, premier volume d’une suite romanesque Les Thibault, une des grandes œuvres de l’entre-deux guerres.En 1937, Martin du Gard recevait le Prix Nobel de Littérature.Pour la première fois, l’écrivain connaissait la gloire.Il détestait la réclame et la publicité, il ne collaborait à aucune revue, et n’était membre d’aucun jury littéraire; travailler à son œuvre était la seule chose importante.Très exigeant pour lui, il l’était aussi pour les autres; sa correspondance avec son ami écrivain Jean-Richard Bloch, que publie actuellement la revue Europe, est très éclairante à ce sujet.De formation historique — il était diplômé de l'Ecole des Chartes —, il examinait la vie en historien.La méthode rigoureuse employée pour la composition de ses romans n’a pas nui à l’écriture; l'architecte était toujours au service du poète.Le livre du Père Robidoux 1 est le premier grand ouvrage consacré à Martin du Gard.Au premier abord on peut être surpris du titre; l’écrivain se disait matérialiste et ne professait aucune religion.En dépit de cela il a été attentif toute sa vie au problème religieux.« C’est la raison, écrit l’auteur, qui nous a fait mettre en évidence la question religieuse et celles qui lui sont intimement liées: la question métaphysique et la question morale.» (P.15) L'auteur des Thibault appartenait à une famille catholique; vers l’âge de douze ans, à l’école Fénelon, il rencontra un prêtre, l’abbé Marcel Hébert.Ce prêtre moderniste, qui quitta l’Eglise et mourut sans se réconcilier avec elle, marqua Martin du Gard.En 1916 il dira: « J’ai cessé de pratiquer, vers seize ou dix-sept ans je crois, sans déchirement, sans aucune lutte; je n’avais jamais été croyant; et le banal vêtement religieux qu’on m’avait fait endosser avec ma première culotte, est tombé tout seul, dès que j’ai été d’âge à raisonner un peu mon indifférence.» (P.72) Son ami Marcel Hébert, même en dehors de l'Eglise, restera un esprit religieux.Martin du Gard, lui.deviendra profondément matérialiste, au point que Gide écrira qu'il était « tapi dans son matérialisme comme un sanglier dans sa bauge » (p.208).Comment a-t-il pu en arriver là ?Il dira n’avoir pas eu de sentiment religieux: « On peut sur le tard, retourner à ses croyances d’enfant mais non s’en forger de toutes pièces des nouvelles; or je n’y retournerai pas.n'y ayant jamais « été » (p.25).Nous 184 LECTURES avons nomme plus haut Marcel Hébert; il fut davantage un exemple par sa vie, qu'un maître pour Martin du Gard.Le véritable maître de ce dernier fut le biologiste et philosophe Le Dantec.Martin du Gard lut et relut le fameux ouvrage L'Athéisme.Je ne sais ce qu’on peut penser du Le Dantcc savant, mais sa philosophie est passablement courte; j’ai voulu en avoir le cœur net, et j’ai mis le nez dans L'Athéisme.Lu en 1964 cet ouvrage apparaît primaire et disons le mot, ridicule; l’athéisme a pris une forme autrement plus subtile et dangereuse aujourd’hui.J’avoue franchement ne pas comprendre l’attitude de Martin du Gard; lui qui avait été formé aux sévères méthodes de la science historique, écrivaif ceci à l’abbé Hébert: « [ .J pour les esprits de la moyenne, dont je suis, et pour qui l’hébreu est.de l’hébreu, les découvertes de la biologie sont plus accessibles et beaucoup plus frappantes; parce qu’il s’agit directement de faits véritables, et non plus seulement de l’interprétation de faits passés.L'analyse chimique de l’hostie après la consécration détruit l’histoire-à-dor-mir-debout de la présence réelle beaucoup plus clairement, pour moi, que l’étude des textes relatifs à la Cène.La critique historique qui joint son coup de poing au coup de massue de la biologie ne peut être que le privilège d’un petit nombre, et « se vulgarise » beaucoup moins aisément que les découvertes des sciences naturelles — quoi qu’il puisse peut-être sembler à première vue.» (P.111) Il faut dire ici que Martin du Gard ne fut pas un athée au sens formel; le mot agnostique est plus juste.« Je ne sais pas; on ne peut pas savoir; j’en prends mon parti et ne m'en occupe pas.» (P.381) Cet agnosticisme sera sa « foi », si on peut s’exprimer ainsi, et jusqu’à la fin.Martin du Gard plaçait très haut cette grande vertu humaine: l’amitié; Jacques Copeau, André Gide furent ses intimes.L’amitié la plus surprenante pour un rationaliste intraitable comme lui, fut celle du jésuite, le Père Auguste Valensin.Ce prêtre d’es- prit très libéral devint vite un ami pour l’écrivain.« Cela aura été la dernière grande et vivante amitié de ma vie », écrira-t-il (p.351).Les deux amis convinrent de n’avoir aucune discussion religieuse; le jésuite s’était rendu compte rapidement de « la complète cécité et surdité métaphysique » (p.352) de Martin du Gard, mais il ne désespérait pas de son salut, le sachant profondément honnête et sincère.Le romancier fut très sensible à cette attitude compréhensive et pleine de bonté du Père Valensin.Si son matérialisme ne changea pas, son image de la religion ne fut plus la même.S’il avait rencontré cet ami plus tôt.le personnage de M.Thibault père, n’aurait sûrement pas été le même: ce bourgeois catholique, d'une intransigeance terrible, pharisien même, aurait eu un comportement plus évangélique.La mort du Père Valensin fut pour Martin du Gard un coup très dur.« Je m’aperçois que je pensais à lui constamment, que je me référais à son jugement présumé, qu'il avait une action sur moi; que je vivais, sans en avoir bien conscience, en fonction de lui, pour mille choses.» (P.352) Si Martin du Gard était parti avant le jésuite, ce dernier aurait respecté les convictions de son ami; il le lui avait promis d'ailleurs.Le 22 août 1958, l’écrivain mourait d’une crise cardiaque, et semble-t-il, sans aucune angoisse, dans la paix.* * * Ce n’est pas tous les jours qu’un Canadien français présente une thèse en Sorbonne pour l’obtention du doctorat en lettres.Nous félicitons l'auteur pour son travail: Martin du Gard pouvait difficilement trouver un meilleur exégète de son œuvre.U) ROBIDOUX (Rejean), o.m.i.ROGER MARTIN DU GARD ET LA RELIGION.[Paris] Editions Montaigne (1964).395p.20cm.Etudier un chef-d'œuvre, c'est retrouver l'auteur dans son œuvre, reconstituer en nous par un effort d’intelligence et de sympathie son état d'âme au moment où il prend la plume.C'est refaire pour notre compte les demarches de son esprit, penser avec lui.sentir avec lui, nous introduire en lui.le dirai-je ?devenir lui-même.Ainsi, nous recréons tour a tour en nous, ou nous tentons de recréer les personnalités les plus riches et les plus grands esprits.Cet effort pour atteindre ceux qui nous dépassent, pour tout comprendre, pour tout embrasser.ne peut manquer d'être fécond.C'est par lui que nous nous éprouvons nous-mêmes, que nous découvrons nos limites, nos faiblesses, nos insuffisances, et que nous prenons conscience de notre richesse et de notre vigueur.M.CHEVALLIER Mars 1965 185 A.Hamman : La Prière: les trois premiers siècles Claude Soucy, c.s.c.Dans ce second volume sur La Prière, depuis la communauté judéo-chrétienne jusqu’au concile de Nicée.le Père Hamman poursuit l’enquête amorcée dans son premier volume consacré à l’étude de La Prière dans le Nouveau Testament.L’unité du travail est assurée par l’approfondissement du même sujet, la prière (employée systématiquement dans son acception biblique englobant prière personnelle et prière liturgique).L’esprit qui préside à l’élaboration de ce second volume demeure également le même: dégager la signification théologique des textes, situer la prière dans l’économie de la foi, mettre au jour la première élaboration théologique à partir, cette fois, de la confession de l’Eglise.Pour atteindre son but, l’auteur, dans un premier chapitre, fait état de la prière dans la communauté judéo-chrétienne.Le Père Hamman étend cependant cette communauté à des milieux non strictement juifs (Lettre du Pseudo-Barnabé, Pasteur d’Hermas) et semble vouloir étudier sous cette rubrique la littérature primitive influencée par le judaïsme.Nous y découvrons une prière fortement axée sur l’eschatologie, toute tendue vers le Seigneur qui est proche.Dans un second chapitre consacré à « la prière dans l'Eglise de la mission », l’auteur poursuit son investigation auprès de grands témoins (Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Justin, Irénée de Lyon) de communautés influencées par les formes littéraires, les catégories philosophiques et l’idéal moral des milieux hellénistiques païens.Les sources bibliques de la prière sont mises, ici, en lumière, de même que le lien étroit existant entre la prière, essentiellement liturgique, et l'existence chrétienne.L'attente eschato-logique des milieux judéo-chrétiens cède alors la place à la perspective du martyre.On aurait aimé que l'auteur, dans ces deux premiers chapitres, illustrât davantage son exposé de citations appropriées.Le troisième chapitre, « la prière des Martyrs », nous met en présence de la grande pureté de foi des premiers chrétiens.Le témoignage de ces humbles * confesseurs * est d’une importance extrême pour la prière chrétienne, puisqu’elle nous livre l’existence d’une foi qui ne craint pas pour s’affirmer d’affronter la mort et les pires tortures.Cette partie du volume est animée d’un grand souffle, d’un Esprit.Le martyre y apparaît comme le prolongement de la célébration eucharistique et lui donne sa signification existentielle: ici, la liturgie, la prière chrétienne s’achève dans l’offrande de l’existence.Eucharistie et martyre actualisent le même mystère du salut, qui s'accomplit dans l’Eglise, l’une dans le sacrement du sacrifice de la Croix, l’autre dans le sacrifice de l'existence chrétienne (p.166).« La prière dans la littérature apocryphe », objet du quatrième chapitre, permet à l'auteur de rechercher l’origine et le milieu de vie de cette abondante production littéraire qui, par les textes liturgiques qu'elle contient, éclaire le culte chrétien au Ile et au Ille siècles (p.175).Le chapitre cinquième traite de « la prière liturgique ».C’est dans cette prière que l’on rencontre la plus forte densité théologique, au sens de louange universelle, puisqu’elle unit dans un seul élan vers Dieu toutes créatures, mais aussi parce qu’elle situe le chrétien d'une façon imminente en présence de la révélation de Dieu, du Verbe fait chair.Médiateur unique des rapports Créateur-créatures.Retenons avec l’auteur, en consultant les témoignages épigraphiques.combien grande était l’influence de la liturgie sur la piété des fidèles d’alors.Le Père Hamman termine son travail par l’étude « des premiers traités sur la prière ».On y retrouve l'ébauche d’une première théologie de la prière chez Tertullien, Cyprien.Clément d’Alexandrie et Origè-ne.Ce dernier gagnerait à être mieux connu et l’on peut remercier l’auteur de nous inciter par ses amorces à poursuivre le travail.L'enquête du Père Hamman, par le sérieux de ses conclusions appuyées sur des études nombreuses 186 LECTURES et aussi récentes que possible, constitue pour le théologien un excellent instrument de travail, une petite somme qu’il sera avantageux de consulter en rapport avec la foi de l’Eglise primitive.L’abondante moisson de textes récoltés dans les milieux judéo-chrétiens, hellénistiques, romains, auprès de témoins faisant autorité, de martyrs, de milieux pieux, dans les textes mêmes des liturgies et dans les élaborations des premiers penseurs chrétiens, nous donne un tableau passablement représentatif de la prière à partir des origines jusqu’au concile de Nicée.Cette étude nous rend davantage sensible à cette réalité qu’est la tradition de l’Eglise, réalité non seulement perceptible à travers les livres saints et le magistère de l’Eglise, mais dans toute cette vie de foi des fidèles contenue et exprimée dans la prière qu’ils adressent journellement à Dieu.On sera également reconnaissant au Père Ham-man d'avoir contribué à situer nos textes primitifs dans leur milieu de vie respectif, d’en avoir fait, d’une certaine manière, l’exégèse.L’on sait à quel point l’exégèse biblique est fondamentale pour une élaboration théologique vraie et sérieuse; il faut en dire autant des textes patristiques et de la littérature chrétienne primitive, souvent utilisés comme des en-soi, et qu’une situation historique et exégétique mieux établie saurait replacer à leur juste place dans cette lente progression de l’Eglise vers une intelligence toujours plus profonde de la Révélation divine.(I) HAMMAN (A.) LA PRIERE.T.II: Les trois premiers siècles, [Tournai] Desclée & Cie [1963], 383p.24cm.(Coll.Bibliothèque de Théologie ) martji nouveau ca téch i&me U lenô vers JC.GUIMOND.C.S.C.On juge un arbre à ses fruits.Certes, il est trop tôt pour cueillir les fruits que porte en germe le catéchisme Viens vers le Père '.Et pourtant, comme le pomiculteur qui, dès le printemps, peut déjà évaluer sa récolte, les parents et catéchistes familiarisés avec le nouveau manuel se réjouissent déjà de son bon augure.Faut-il le comparer aux « anciens manuels »?Il vaut mieux y renoncer, car on ne saurait trouver les points de comparaison.La valeur du renouveau catéchétique en première année réside en une triple découverte: découverte de l’enfant, celui à qui s’adresse le catéchiste; découverte de la Parole de Dieu qui révèle, même aux petits, le grand dessein du Père, en somme, tout le contenu de la Révélation à transmettre au jeune baptisé.découverte enfin d’une méthodologie nouvelle, que l’homme n’a pas inventée mais quf reflète la pédagogie même de Dieu.Oui, il s'agit bien de découverte, de nouveauté, de révolution, car avant le manuel Viens vers le Père, il n'est pas sûr qu'on ait tenu compte de ces trois aspects fondamentaux dans l'initiation chrétienne des enfants de première année.Viens vers le Père s'adresse à des enfants de six ans.en tenant compte de leur psychologie, de leurs besoins et de leurs capacités.A cet âge l’enfant ne connaît que ce qui est concret, vivant, personnel.Au risque de passer à côté de l’univers merveilleux que découvre l’enfant de six ans, l’enseignement religieux doit partir du concret, du vécu, de ce qui touche l’enfant dans sa vie affective.L’.quipc de spécialistes qui a préparé le nouveau catéchisme en a tenu compte.Ils en ont fait le point d’appui du cheminement progressif que l’enfant est invité à faire dans la rencontre d’un Dieu personnel et vivant.Rien de nouveau dans le contenu de l’enseignement — fondamentalement la religion ne change pas —, mais une présentation nouvelle, des objectifs nouveaux et positifs.Tenant compte de la psychologie de l'enfant, de son caractère de baptisé, on l'invite au mouvement fondamental de la vie chrétienne: aller vers le Père, par le Fils, dans l’Esprit.Pour cela, au premier plan, apparaît la Parole de Dieu.C’est d’abord Lui qui se fait connaître.« Il n'y a que Dieu pour bien parler de Dieu.» (Pascal) Mars 1965 187 Dans cette nouvelle optique, il n’y a plus de place pour le flot de paroles pieuses ou les savants exposes théologiques.La parole est au Seigneur lui-même.Une catéchèse qui prépare l'accueil de la Parole de Dieu et suscite chez l’enfant une réponse spontanée dans des attitudes d'adoration filiale, de confiance aimante, de louange et d'obéissance, est certes supérieure à ce qu'ont connu les précédentes générations.Bref, le nouveau catéchisme vise à l’essentiel au plan de la doctrine à transmettre, des attitudes à susciter, du comportement moral à ébaucher.Connaissant l’enfant, le Message à transmettre — ou mieux le Personnage à faire connaître — il fallait trouver une nouvelle méthodologie.Compte tenu du fait que l’enfant assimile lentement, on lui présente un thème par semaine.Tous les moyens pédagogiques sont mis en œuvre pour favoriser l’intériorisation et les réactions personnelles de l’enfant.Le dynamisme de cette nouvelle catéchèse repose sur des thèmes vivants dont le point de départ est un signe qui parle à l'enfant, une expérience qui l’aide à découvrir les signes de Dieu dans sa vie.D’abord un signe, ensuite une Parole de Dieu, enfin une réponse dans une attitude religieuse: voilà le dynamisme de cette catéchèse.Le succès d'une catéchèse aussi positive, vivante et attrayante pour les enfants, ne fait pas de doute.Ainsi Viens vers le Père réunit dans un effort commun catéchistes, parents et prêtres, et prépare certainement une génération de chrétiens engagés et lucides.( I ) OFFICE CATECHISTIQUE PROVINCIAL VIENS VERS LE PERE.Initiation chrétienne des enfants de 6-7 ans.Livre de l’enfant.Montréal.Fides [1964].127p.ill.23cm.Relié.$1.25 VIENS VERS LE PERE.Initiation chrétienne des enfants de 6-7 ans.Livre du maître.Montréal, Fides [1964], 388p.21cm.$2.40 VIENS VERS LE PERE.Initiation chrétienne des enfants de 6-7 ans.Notes pédagogiques.Montréal, Fides [1964].52p.21cm.$0.25 TioikaSu bjJblwqAapthiqujL^ Littérature canadienne Beaux-Arts VIAU (Guy) LA PEINTURE MODERNE AU CANADA FRANÇAIS.Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1964.93p.ill.23cm.(Coll.Art, Vie et Sciences au Canada français, no 3) La troisième brochure de la collection Art, Vie et Sciences au Canada français s’intitule La peintu-moderne au Canada français.Guy Viau, comme critique d’art et journaliste, continue de nous apprendre à sentir et à aimer la peinture canadienne-française, parce qu'elle existe.Cette peinture existe avec ses antécédents, « c'est une loi inéluctable: pour vivre il faut être fils de quelqu'un.Quitte, une fois bien apparenté, bien de la famille, à piaffer d'impatience et à se révolter comme tout fils qui se respecte.Pour être bienfaisante, la révolte doit surgir de l'intérieur.Sinon, elle porte à vide » (page 11).L'auteur parle avec admiration et assez longuement des « poètes du réel »: d'un Ozias Leduc, d'un James Wilson Morrice, d'un John Lyman.Et, à mesure qu'il avance dans le temps, les paragraphes deviennent plus courts.Pellan et Borduas seront salués plus longuement.La concision des paragraphes donne une vision si vous voulez à vol d'oiseau de notre jeune peinture québécoise.Je crois qu'il voit juste lorsqu'il dit: « l'artiste canadien-français sin-singulièrement reste un paysan, un rural, mais avec une vision nouvelle, accordée à une nature dont les dimensions sont devenues cosmi- ques » (p.84) [ .] et parfois, se réveillent le coureur des bois, le défricheur, le colon, l'« habitant ».Quoi que nous en ayons, nous éprouvons la nostalgie des champs, de la forêt et du ciel, nous sommes marqués par une longue lutte avec la nature » (p.85).Guy Viau donne le goût de continuer à voir la jeune peinture et d'accepter chaque peintre pour lui-même.Cette brochure très prometteuse peut nous laisser l’espoir de voir un jour une autre brochure conçue dans le même esprit mais cette fois avec des planches en couleurs comme la publication de Bernard Do-rival 1 peut-être.André BERGERON (I) DORIVAL (Bernard), Images de la peinture française contemporaine.[Paris] Les éditions Nomis.147p.188 LECTURES Littérature MAILLET (Andrée) ELEMENT A 1RES.(19 5 4-1 9 6 4).Montréal, Librairie Déom [1964].57p.21cm.(Coll.Poésie canadienne, no 8) Andrée Maillet nous offre, dans le recueil intitulé Elémentaires, des poèmes qu elle a écrits au cours de la décennie 1954-1964.Pour elle, il s'agit de chanter les premiers éléments d'une terre qui est bien nôtre, avec une préférence marquée pour les choses boréales.Les titres parlent par eux-mêmes: le temps, l'eau, l'air, la terre, le feu, et l'Ungava, souffle salin, golfe et glaces.Tout au long du recueil, et particulièrement dans la dernière partie.le lecteur vit au milieu de l'envoûtement que les éléments terrestres ont créé chez l'auteur.On dirait, chez elle, une replongée vers des expériences vécues dans l'enfance et l’adolescence, à l’époque où les contacts physiques avec les beautés rudes laissent de si vivants souvenirs.Andrée Maillet veut retenir tout ce qui l'a frappée, tout ce qui l’a atteinte fondamentalement, et elle le fait au moyen d'une poésie incantatrice.qui donne un nom à toutes les choses qui cherchent à disparaître du souvenir.Il faut, pour ne rien perdre de ce qui est l'essentiel, redécouvrir et reconnaître: aussi ne faut-il plus dormir mass capturer chaque lueur la reconnaître et la nommer la retenir et l’enfermer pour que ne s'en aille plus le jour (P- 27) Ce recueil est un appel au large, au voyage désiré et voulu: la barque repoussée au large les amarres vite coupées le coup de pied contre la coque tout t ient de ma volonté (p.20) C'est dans une langue belle et dense que tout le recueil est écrit, avec une disposition savante des lignes et des strophes, propre à donner l’effet qu'a voulu l'auteur: la « retrouvaille » des visions qui ont enchanté l’enfance, et par là, l'enfance elle-même: voir au-delà des yeux froids [de la mer par exemple jadis par exemple [autrefois par exemple au milieu de la [première enfance et soumettre le temps aux plus [chers souvenirs (p.53) Avec ces derniers vers, qui empruntent naturellement, dirait-on.le rythme large de l'alexandrin, l'enfance n'est pas lepoquc des impressions traumatisantes, mais bien, et c'est heureux, celle des impressions rudes mais saines, qu'il fait bon de se ressouvenir.André MELANÇON llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll VALOIS (Frédérique) REFLETS DE BERYLUNE.Poèmes.Préface de Gilles Hé-nault.[Montréal.Centre de Psychologie et de Pédagogie.1964.] 55p.ill.24.5cm.La bande publicitaire qui accompagne cette plaquette insiste sur l'âge de l’auteur, dix-sept ans, alors qu’une photographie d’André La-rose nous propose un visage où se lit la profondeur dans la rêverie.Que Frédérique Valois soit déjà, et depuis longtemps, engagée dans l'aventure d’une poésie authentique, nul ne peut en douter après la lecture de ces quelques poèmes.Mais qu elle ait pu, dans une édition de luxe, et merveilleusement illustrée, atteindre le grand public, c'est une chance à laquelle aspirent bon nombre de nos adolescents et de nos adolescentes, dont les cahiers regorgent de poésies et d’essais souvent valables.Cette chance, elle la doit à son professeur, M.Jacques Marteaux, ainsi qu'aux éditeurs de la Centrale du Livre.Grâces leur en soient rendues î En plus d’insister sur l'âge précoce de la poétesse, on semble vouloir attirer l'attention sur le fait qu'il s'agit ici de « poèmes surréalistes ».Peut-être est-ce pour en mousser la vente ?Mais le préfacier, M.Gilles Hénault, a davantage raison d’invoquer une « résonance nervalienne ».Cette influence de l'auteur d Aurélia se fait surtout sentir dans les poèmes en prose, qui constituent la deuxième partie du recueil, alors que la première, et la troisième qui reproduit des poèmes écrits à l’âge de treize ans, appartiennent à une poésie moins démarquée, avec une influence plus prononcée du romantisme: nature, nuit.lune.etc.Les surréalistes ont vainement tenté de se rattacher à Gérard de Nerval, comme s'il avait été le précurseur de leur formule et de l'écriture automatique.Mais Nerval, malgré ses crises de folie, n'a jamais écrit que des choses lucides.Nous pourrions affirmer la même chose de Frédérique Valois, dont les rêveries à l’état d'éveil sont loin de l’automatisme surréaliste, et nous donnent plutôt, et heureusement, une poésie d'évasion dont les échos retentissent assez facilement en nous.Nous croyons que l’influence nervalienne.qui n'est pas si fréquente dans nos lettres, a trouvé chez cette jeune fille une longueur d'onde à laquelle sa courte expérience de la vie a dû la préparer, en même temps que des lectures bien assimilées.Il est vrai que la poétesse n’a pas toujours pu reproduire, dans son style, les qualités qui font de celui de Gérard une réussite rarement dépassée.Les phrases sont parfois trop longues, un peu lourdes et manquent le plus souvent de la fluidité et de la transparence ner-valiennes.Mais on y compte suffisamment de passages aériens, limpides et d’une « grâce voilée » pour que le rapprochement vienne aussitôt à l'esprit.Sans oublier certains thèmes nervaliens qui se présentent souvent sous la plume de Frédérique Valois, comme les incursions sous-terraines.que Nerval appelle Mars 1965 189 la descente chez les « Mères », où l’on cherche à découvrir son identité et son origine.Quelques expressions, aussi, sont typiquement ner-valiennes, comme le « pampre » et l'« ancolie ».Et lorsque l’auteur écrit, à la page 34: « Ce n’était plus moi », on ne peut s’empêcher de songer à la note que Gérard a mise sous la reproduction de son portrait: « Je suis l’autre ».Dans les première et dernière parties, le lecteur découvre un autre monde, plus près du réel, mais toujours poétique, avec des bonheurs d'expression comme le vers suivant: des frissons de feuillages aux grands yeux verts (p.22) Disons, pour terminer, que lorsqu’une enfant de treize ans a pu écrire pareil quatrain: j'ai appris le goût du vent à la limite des nappes d’eau le battement d’aile des oiseaux sous un renversement d'étoiles (p.49) on ne peut que souhaiter voir s’épanouir un talent ou, qui sait ?un jeune génie qui, s’il parvient à se découvrir pleinement, saura doter notre littérature d’un frisson unique et personnel.André MELANÇON Liste des ouvrages canadiens récents Afin de mettre nos abonnes plus rapidement au courant de la production canadienne, dans tous les domaines, nous publierons dorénavant, chaque mois, une liste des dernières nouveautés parues.Il s’agit là d’une simple nomenclature d’ouvrages, sans indication de leur valeur.Bon nombre de ces ouvrages seront ultérieurement l’objet d’une recension ou d’une étude critique qui en établira la valeur.Religion BEAUFAYS (Ignace), o.f.m.L’Evangile de Jésus-Christ.(Sherbrooke] Editions Paulines (1964).430p.13.5cm.(Coll Sommet, no 4) DORFMANN (M.-M.) A qui irons-nous?Préface du R.P.J.-M.Le Blond, s.j.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964], 137p.20cm.(Coll.Orientations, no 3) GAIANI (Vitus), o.f.m.Pour une meilleure vie religieuse.Sherbrooke, Editions Paulines [1963].253p.20cm.(Coll.Orientations, no 1) GILOTEAUX (Paulin), pire Les paraboles évangéliques.Enseignement didactique.T.I.Illustrations d’Eugène Burnand.Sherbrooke, Apostolat de la Presse (1962].188p.ill.(h.-t.) 20cm.(Coll.Orientations, no 4) CîILOTEAUX (Paulin), ptre Les paraboles évangéliques.Enseignement didactique.T.IF.(Sherbrooke] Editions Paulines (1964].206p.20cni.(Coll.Orientations, no 5) LIGUORI (S.Alphonse M.de) Du grand moyen de la prière pour obtenir le salut éternel et toutes les grâces que nous désirons.(Sherbrooke] Editions Paulines (1963].133p.13.5cm.(Coll.Sommet, no 2) MELANÇON (Ovila), c.s.c.L’oraison.Ses difficultés, leur solution.(Sherbrooke] Editions Paulinas [1964], 402p.2()cm.(Coll.Orientations, no 10) * * * Mon directeur spirituel.Pour les élèves des collèges.[Sherbrooke] Editions Paulines [1963].78p.13.5cm.(Coll.Sommet, no 3) Sciences sociales HENRIPIN (Jacques) et MARTIN (Yves) La population du Québec et de ses régions.1961-1981.Ouvrage publié avec le concours du ministère des Affaires culturelles.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1964.129p.25.5cm.TREMBLAY (Marc-Adélard) et FORTIN (Gérald) Les comportements économiques de la famille salariée du Québec.Une étude des conditions de vie, des besoins et des aspirations de la famille canadienne-française d’aujourd’hui.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1964.405p.25.5cm.Education BIANCHI (Pierre-G.) L’adolescence et ses problèmes.[Sherbrooke] Editions Paulines (1964].222p.20cm.(Coll.Psychologique, no 14) BOUCHARD (François), c.ss.r.L’homme de demain.[Sherbrooke] Editions Paulines (1963].310p.20cm.(Coll.Psychologique, no 4) DUPRE (Vianney), ptre Le sens de l’éducation.2e édition.(Sherbrooke] Editions Paulines (1964].202p.20cm.(Coll.Psychologique, no 6) 190 LECTURES GNOCCHI (P.Charles) L'éducation du cœur.De l'enfance au mariage.ISherbrookeJ Editions Paulines (1964].238p.20cm.(Coll.Psychologique, no 7) LACHAPELLE (Paul), ptre L'enfant.Essai de psychologie infantile.Préface de M.Guy Boulizon.2e édition.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964].213p.20cm.(Coll.Psychologique, no 8) LACHAPELLE (Paul), ptre Psychologie et pédagogie.Troisième édition.Préface de Mgr Philippe Perrier, p.a., vicaire général du diocèse de Montréal.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964], 199p.20cm.(Coll.Psychologique, no 11) MARCOZZI (Victor) Le sens de l’amour.[Sherbrooke] Editions Paulines [1963].222p.20cm.(Coll.Psychologique, no 5) MAZZEL (Max) Amour et joie.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964].239p.20cm.(Coll.Psychologique, no 13) MAZZEL (Max) La joie d'éduquer mes enfants.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964].222p.20cm.(Coll.Psychologique, no 12) NATALI (Auguste) Directives pédagogiques.Nature et surnature dans l’éducation.2e édition.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964].231p.20cm.(Coll.Psychologique, no 2) VINAY (Marie-Paule) La femme et son cœur.Cours d'éducation familiale pour jeunes filles.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964].230p.20cm.(Coll.Psychologique, no 9) ZAVALLONI (Robert) Connaître pour éduquer.Guide de la connaissance de l’élève.[Sherbrooke] Editions Paulines [1964], 181p.20cm.(Coll.Psychologique, no 10) Poésie CHOQUETTE (Gilbert) L'honneur de vivre.Poèmes de l'âge amer.[Montréal] Beauchemin, 1964.59p.20.5cm.GAGNON (Alphonse) Intensité.Poèmes et parodies.Montréal.Editions du Jour [1964].Illp.20.5cm.(Coll.Les poètes du jour.no 3) OUELLETTE (Fernand) Le soleil sous la mort.Montréal, Editions de 1 Hexagone 11965).64p.19cm.Roman MAILHOT (Michèle) Dis-moi que je vis.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].159p.20.5cm.Géographie GAGNON (Alphonse) Une lune de trop.Montréal.Editions du jour [1964].246p.19.5cm.(Coll.Les pays du jour, no 2) Littérature de jeunesse BEAULAC (Simone) Gai.patapon.Comptines, Omettes et chansonnettes.Québec, Editions Jeunesse [1964].22p.ill.20cm.(Coll.Ménestrel, no 4) BEAULAC (Simone) Pompi, pompette.Exercices de prononciation.Ri-mettes et chansonnettes.Québec, Editions Jeunesse [1964].22p.ill.20cm.(Coll.Ménestrel, no 3) DES ORMEAUX (Dollard) Claude l'orphelin.Roman.4e édition.Illustrations de Jacques Delisle.Montréal, Editions de l'Atelier [s.d.].119p.ill.19.5cm.(Coll.La belle aventure) DES ORMEAUX (Dollard) Les yeux remplis d'étoiles.3 contes.Illustrations Jacques Delisle.Montréal, Editions de l'Atelier [1964].187p.ill.19.5cm.(Coll.Le beau risque) DURAND (Lucile) Koumic.le petit esquintait.Illustré par Jean Letarte.Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie [1964], 48p.ill.22cm.(Coll.Le canoë d'argent) Relié.DAVELUY (Paule) Sylvette sous la tente bleue.Roman.Québec.Editions Jeunesse [1964].168p.I9cm.(Coll.Vent d’avril, no 3) MI VILLE-DESCHENES (Jean) La maffia du pensionnat.[Montréal] Fides [1964], 106p.18.5cm.(Coll.Les quatre vents) Nous sommes heureux de saluer et de faire connaître à nos abonnes la toute neuve Revue des Lettres françaises et canadiennes-françaises parue au cours de février sous les auspices de la Faculté des Lettres de l Université de Montreal.Ce premier numéro comprend des études littéraires françaises bien campées, telles L imagination poétique dans 1 œuvre de St-Joshn Perse, Bachelard et Lautréamont, Tartuffe et la sincérité.Suivent deux autres études critiques d'envergure, l'une sur Les options de la littérature canadienne-française, l'autre sur Le cercle et 1 évasion verticale dans Angeline de Montbrun, de Laure Conan.Nous signalons que la revue., qui paraîtra trois fois par année, publiera régulièrement une bibliographie des lettres canadiennes-françaises dressée pat le Centre des recherches littéraires de l'université de Montréal.Félicitations et vœux de succès au directeur, à tous les artisans de cette publication en tous points d excellente tenue.Mars 1965 191 Littérature étrangère Religion EN COLLABORATION LITURGIE EN MISSION.Rapports et compte rendu de la XXXIIIe semaine de missiolo-gie, Louvain 1963.[Bruges] Des-clée de Brouwer (1964].287p.23cm.La 33e semaine de Missiologie de Louvain, tenue au cours de l’été 1963, traitait de «la liturgie en Mission ».Les conférences et les échanges qui ont donné naissance au présent volume révèlent le climat et les objectifs de cette fructueuse rencontre.Située après la première Session du concile Vatican II et avant la promulgation de la Constitution sur la Sainte Liturgie (4 déc.1963), cette séance d’étude souffre de quelques hésitations quant à la mise en œuvre de certaines de ses propositions.L’esprit qui a présidé à la rencontre n’en est pas moins substantiellement fidèle aux orientations de la Constitution sur la Liturgie et mérite d'être pris en considération par tous les chrétiens, principalement par ceux qui sont engagés au service de la mission.La liturgie y apparaît comme source première et irremplaçable du vrai christianisme, l’expression vivante de la foi.On y insiste sur l’importance d’une étude sérieuse de l’authentique Tradition de l’Eglise comme point de départ de toute tentative d’adaptation.Il faut éviter à tout prix que l’adhésion de certains peuples au christianisme, en leur faisant abandonner des pratiques trop imprégnées de superstition, les rendent moins fervents que les païens pour témoigner, par exemple, de leur piété filiale envers leurs défunts, etc.D’où la nécessité d’une connaissance approfondie des caractères propres des peuples et des races à évangéliser, pa- rallèlement à une mise en valeur de l’authentique Révélation de Dieu, dans tout effort de christianisation.L’alternance d’exposés doctrinaux et d’expériences pastorales donne à cette session son équilibre et constitue une excellente ouverture aux problèmes missionnaires et à leur complexité.L’intéressante bibliographie du R.P.J.Masson, en fin de volume, fournit ample matière à réflexion à ceux qui aimeraient poursuivre la recherche en ce domaine.Claude SOUCY.c.s.c.Illlllllllilllllllllllllllllllllllllllllllllllll KUNG (Hans) LE CONCILE EPREUVE DE L'EGLISE.Traduit de l’allemand sous la direction de Maurice Barth, o.p.Paris, Editions du Seuil [1963].250p.20.5cm.(Coll.Le fond des problèmes) Le Concile Vatican II marque un tournant décisif dans l’histoire de l’Eglise.L’intérêt qu’il suscite de toutes parts, tant du côté catholique que non-catholique, est significatif de son importance.Or il vient de paraître aux Editions du Seuil un excellent volume rédigé par le théologien de Tübingen: Hans Küng.L’auteur se penche sérieusement sur les principales questions débattues dans la chambre conciliaire.Dès les premiers chapitres, le lecteur est mis en face de la situation tragique d’un Concile qui s'est donné comme programme le rajeunissement de l’Eglise.Un Concile peut-il échouer ?L’exemple du cinquième Concile du Latran nous convainc que cela est possible.Voilà une vérité qu’il est toujours bon de nous rappeler alors que nous sommes tentés d’oublier l’importan- ce de la prière pour le succès du Concile.Après avoir réfléchi sur la nature d’un Concile et avoir montré l'importance œcuménique de la Réforme liturgique, l’auteur aborde les questions doctrinales, parfois difficiles pour un non-initié, de la théologie de l’Eglise.Celle-ci est au cœur du débat qui sépare les chrétiens.« Le travail théologique du Concile doit avoir un centre de gravité, et celui-ci a souvent été mentionné par des pères conciliaires: l’Eglise.L’Eglise doit être pratiquement renouvelée en vue de la réunification et théologiquement mieux comprise.» (P.187) Des problèmes comme la primauté pontificale, l’autorité d’un concile, la succession apostolique, le dialogue œcuménique — avec de très belles pages sur la Vérité — sont traités d’une manière brève certes, mais capable d’éclairer et de satisfaire celui qui n’a pas le temps de les étudier à fond.La lecture de ce livre est susceptible de placer le lecteur en face de ses responsabilités ecclésiales, de l’éclairer sur les difficultés inhérentes au travail des Pères, enfin de le situer à plein dans les perspectives œcuméniques à la base de Vatican II.Jean-Guy CROTEAU, c.s.c.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll RENARD (A.-C.) LES RELIGIEUSES DANS LE RENOUVEAU DE L’EGLISE.Paris, Editions du Centurion [1964].125p.18cm.Cet ouvrage comprend trois conférences: la première, Le Saint-Esprit et les familles religieuses, donnée aux supérieures des communautés d’éducatrices paroissiales, d’enseignantes et d'hospitalières de Seine-et-Oise, le 25 septembre 192 LECTURES 1963; la deuxième, Toute religieuse est missionnaire, aux religieuses enseignantes, lors de leur congrès national, le 9 juillet 1963; la troisième, La vie religieuse dans l'évolution actuelle de l'Eglise, aux supérieures majeures de France, lors de leur assemblée générale, le 14 mars 1964.Ces conférences sont faites selon l'optique spirituelle de Jean XXIII qui voulait en premier lieu le renouveau intérieur de toute l’Eglise catholique.Elles ont pour but d’aider les religieuses à approfondir leur vocation et leur mission dans l'Eglise.En un temps où l'on parle beaucoup de renouveau, il faut comprendre qu'on ne renouvelle l’Eglise, une congrégation, une vie.qu'en l'approfondissant, c'est-à-dire en se sanctifiant.Ce sont des études en profondeur.Mgr Renard, évêque de Versailles, montre l'action du Saint-Esprit dans la naissance des communautés nouvelles, le rôle et la nécessaire variété des familles religieuses.Il expose le sens profond de la vie religieuse: mouvement vers Dieu par la consécration, mouvement vers les hommes, nos frères, par le seul apostolat intérieur — prière et sacrifice — pour les communautés contemplatives, et en plus par l’apostolat extérieur, direct — activités charitables — pour les communautés actives.Ces deux mouvements doivent s’harmoniser, sans quoi surgira un jour ou l’autre le déséquilibre.L'auteur donne quelques « pistes de solution » concernant les problèmes que pose la vie religieuse dans l'évolution actuelle de l’Eglise.Dans la vie concrète, il faudra souvent s’en tenir au discernement des esprits: quel esprit conduit la religieuse, l’esprit malin, l'esprit naturel ou l’Esprit-Saint ?Cet ouvrage, mûrement réfléchi, abordant les problèmes contemporains de la vie religieuse, rendra service aux prêtres, aux aumôniers de religieuses et, évidemment, aux religieuses elles-mêmes.Romain LEGARE, o.f.m.SMULDERS (Pierre), s.j.LA VISION DE TEILHARD DE CHARDIN.Essai de réflexion théologique.Introduction de Christian d’Armagnac.s.j.Paris, Desclée de Brouwer [1964].275p.22cm.Alors que les œuvres du Père Teilhard de Chardin continuent à se diffuser à travers le monde, on assiste, depuis plusieurs années, à une prolifération d’ouvrages et d'articles de revues sur la vie et la pensée du grand savant.Parmi les nombreuses études qui sont parues en ces dernières années, il faut signaler celle du Père Smulders.Comme le sous-titre l'indique, il s'agit d'un essai.L'auteur aborde en théologien un certain nombre de questions qui s'avèrent fondamentales et dans l'œuvre de Teilhard et dans la recherche théologique actuelle, par exemple: la création, l'évolution, l'âme humaine, le mal.le péché originel, le monogénisme.Pour chacun des sujets analysés, l’auteur donne l'état de la question, il expose la doctrine chrétienne à partir d’une exégèse renouvelée (surtout du livre de la Genèse), et explique la position de Teilhard.Avec sympathie, mais sans faiblesse, il montre comment les grandes intuitions fondamentales de Teilhard s’accordent, la plupart du temps, malgré parfois certaines obscurités dans la formulation, avec la pensée chrétienne traditionnelle.On sait que la pensée de Teilhard est souvent demeurée à l'état de recherche, qu'elle n’a jamais eu la prétention de s’imposer comme une synthèse définitive.L’étude critique du Père Smulders, très nuancée, aidera grandement le lecteur à s’assimiler une vision du monde qui, de nos jours encore, est exaltée par les uns et décriée par les autres.Elle est une excellente contribution à la réflexion et à la recherche que Teilhard lui-même désirait tant susciter autour de lui.La troisième partie de l’ouvrage du Père Smulders étudie ce qu’on appelle communément « la spiri- tualité teilhardienne » — que l’on retrouve surtout dans Le Milieu divin —, qui n’est au fond que la spiritualité chrétienne traditionnelle.mais vécue et formulée par un homme du XXe siècle qui a senti avec son temps, qui a su intégrer dans son christianisme les découvertes, les joies, les espoirs et les craintes de l'homme moderne.Teilhard écrivait en 1916: «Je rêve d'un nouveau saint François ou d’un nouveau saint Ignace, qui viendrait nous présenter le nouveau genre de vie chrétienne (plus mêlé au monde et plus détaché, à la fois) dont nous avons besoin.» Dans scs nombreux ouvrages, Teilhard nous aide à voir Dieu partout présent, à situer notre effort de chrétiens dans le grand travail d'un monde qui grandit pour la plus grande gloire de Dieu.Le goût sacré de l’être, le courage de vivre, la consécration du monde, autant de thèmes qui reviennent constamment sous la plume de Teilhard, et que le christianisme du XXe siècle aurait intérêt à exploiter davantage.Cette spiritualité, tout orientée aussi bien vers les valeurs terrestres que vers l'achèvement final transcendant, rend un son très évangélique; elle donne un accent nouveau à des dimensions que les siècles précédents avaient un peu oubliées.La vision du monde et du salut, que nous a laissée le Père Teilhard est une « grâce » pour les hommes de notre temps.Il est heureux qu'un théologien nous aide à déchiffrer cette pensée, en délimite les principales avenues, et la confronte avec les données fondamentales du christianisme.Il n'est pas facile de lire Teilhard dans le texte et de le comprendre, aussi faut-il remercier le Père Smulders de nous introduire à la pensée et la spiritualité du grand jésuite.Espérons que ce premier essai sera suivi de plusieurs autres.Les laïcs cultivés — c'est pour eux d’abord que ce livre est écrit ! — qui s'efforcent d’approfondir leur foi y trouveront une matière abondante pour leur réflexion personnelle.Robert CHOQUETTE, c.s.c.Mars 1965 193 Littérature Giovanni GUARESCHI GUARESCHI (Giovanni) DON CAM1LLO A MOSCOU.Traduit de l'Italien par Jean Berna.Paris, Editions du Seuil [ 1964J.187p.20.5cm.Un danger guette le romancier créateur d'un personnage qui rencontre la faveur du public: c'est de l'exploiter dans de nouveaux épisodes pour plaire à ses lecteurs et renouveler son succès.Trop souvent déçu par des écrivains qui fabriquent des œuvres à la façon d’eux-mêmes, je commençai avec une certaine appréhension la lecture du dernier roman de l'écrivain fort populaire Giovanni Guareschi: Don Camillo à Moscou.Hanté par le souvenir de l'inoubliable curé italien et de son « petit monde » à la fois amusant et émouvant, j’examinai ce roman que j'avais apporté en vue de charmer les loisirs d’un ennuyeux voyage par train.Sur la couverture un dessin amusant: une sacoche de voyage ornée d’une estampille verte représentant une église lombarde et d'une rouge figurant les dômes bulbeux de Moscou, le tout coiffé du caricatural chapeau ecclésiastique italien à large bord et à calotte très basse.Dès le début &c ma lecture, je fus agréablement surpris de constater que l’auteur a su se renouveler tout en conservant une part de la fraîcheur et de la spontanéité qui faisaient le charme du roman qu'on a porté à l'écran.J'oubliai les sympathiques grimaces du désopilant Fernandel qui incarnait le rôle-titre pour suivre les nouvelles aventures rocambolesques de Don Camillo.La sincérité des sentiments des personnages éclate en dépit des conventions littéraires qui relèvent plus de la comédie italienne que du roman.L'auteur continue à se moquer éperdument de la vraisemblance du récit et à dessiner ses personnages avec des traits caricaturaux à peine exagérés cependant pour celui qui connaît certains Italiens du peuple aux sentiments violents à fleur de peau, et avec une passion irrésistible de la pagaille.Le pétulant curé italien a découvert un secret compromettant de son rival et ami le maire communiste Peppone.Celui-ci, malpré ses diatribes contre les loteries inventées par les capitalistes pour nourrir le peuple de fausses espérances et le détourner des revendications sociales, participe sous un pseudonyme à une loterie et gagne le gros lot.Pour ne pas se trahir auprès de ses électeurs il fait retirer l'argent par Don Camillo.Promu sénateur et chargé par son parti de constituer une délégation de militants qui visiteront le paradis soviétique, il se voit forcé d’accepter comme recrue son machiavélique ennemi déguisé en apôtre de Lénine et lisant son bréviaire dissimulé sous la couverture d’une édition des Propos de ce « saint » communiste.L'on imagine les situations cocasses dans lesquelles vont se trouver les deux adversaires au cours de ce voyage.Tout en étant une satire du communisme doctrinaire et de son a-daptation au goût individualiste et sentimental du peuple italien, ce roman demeure une étude amusante et émue des qualités et des défauts de ceux qui croient trouver un idéal dans cette doctrine.Le lec- teur qui veut se reposer de la littérature en vogue, généralement trop soucieuse d'inquiétude philosophique ou de technique littéraire, appréciera ce roman sans prétention, cette comédie souriante d une densité humaine véritable sous des apparences légères.Henri-Paul BERGERON Céogra ph ie MONTEIL (Vincent) L’ISLAM.[Paris] Bloud & Gay [1963].131p.ill.25cm.(Coll.Religions du monde) Il est toujours nécessaire, avant de porter un jugement sur quelqu’un.de connaître les situations dans lesquelles il évolue.L'auteur nous facilite cette compréhension envers l’Islam en nous présentant objectivement les caractères propres à cette religion.Son étude n’est cependant pas exhaustive et se présente plutôt comme une introduction.La valeur de son travail vient surtout du fait qu'il aborde le sujet avec une grande objectivité en s'inspirant des travaux des meilleurs spécialistes.Nous pensons ici à M.Louis Massignon, décédé récemment, l'un des maîtres en isla-mologie.L’auteur situe son étude dans un cadre historique.L’histoire aide beaucoup à comprendre les événements contemporains, et l'auteur cherche à nous situer dans cette perspective historique lorsqu’il nous explique les difficultés rencontrées par cette religion: par exemple, l'adaptation au monde moderne.Un des mérites de l'auteur, c’est qu'il incite son lecteur à poursuivre son étude et ses recherches.Nous décelons dans son approche le souci de respecter les opinions d’autrui, ce qui l’amène à demeurer impartial dans sa démarche.Robert GRAND-MAISON, c.s.c.194 LECTURES T Biographie REMY COMPAGNONS DE L HONNEUR.Paris, France-Empire [ 1964).438p.ill.(h.-t.) 20cm.Relié.Colonel Rémy, c'est le pseudonyme de Gilbert Renaut, créateur et directeur d'un réseau de renseignements qui œuvrait au temps de la Résistance sous la pieuse appellation de Confrérie Notre-Dame.Le même homme publiait, au lendemain de la victoire.Les Mémoires d'un agent secret de la France, un livre qui eut beaucoup de vogue, plein de suspense, aussi passionnant qu'un livre d'aventures ou le meilleur des romans policiers.Vingt ans se sont écoulés depuis cette « drôle de guerre », et l’on peut se demander si le public demeure encore sensibilisé au tragique des événements de 1940.Sursaturés de ces « récits vécus » et d’autres créés par l’imagination romanesque, d’aucuns diraient comme La Bruyère: « Tout est dit et l’on vient trop tard.» Mais La Bruyère faisait allusion aux lieux communs que l’humanité a inventoriés de temps immémorial, il n'excluait pas qu'un auteur digne de ce nom ait, par son originalité et son sens du particulier, quelque chose de nouveau à dire.Rémy ne pense pas qu’on ait épuisé tout à fait l’épopée de tous les chevaliers du XXe siècle ni même que le sens de l’héroïsme, comme celui de l’admiration, soit complètement perdu en France ou ailleurs.Aussi nous revient-il, cette fois, pour rendre hommage à ceux qui, pour s’être illustrés sans éclat spectaculaire aux yeux de l’histoire, ne méritent pas moins d’être considérés comme des compagnons de l’honneur.Ce sont les combattants avec ou sans uniforme durant la déroute de la brève campagne de 1940 dans le grand désordre des foules fuyant l’ennemi, ceux du temps de l’occupation, des guerres d’Indochine et d’Algérie, ou simplement ceux qui furent victimes des passions qui suivirent au lendemain de la libération du territoire français.Plus dune page rappelle l’atmosphère palpitante des célèbres Mémoires d’un agent secret de la France.Toujours le même style a-lerte, coupé de dialogues et demotions vécues.Un jury littéraire français, celui des Ecrivains de l’Ouest, apprenons-nous par Les Nouvelles Littéraires, vient de décerner ses prix de 1963 et de 1964 au colonel Rémy pour l’ensemble de son œuvre.Roland-M.CHARLAND llllllllllllllllllll.Illlllllll.IIIIMI TEILHARD DE CHARDIN (Pierre) LETTRES D’EGYPTE.(1905-1908).Avant-propos du R.P.Henri de Lubac, membre de l’Institut.I Paris! Editions Montaigne [19631.287p.ill.(h.-t.) 20cm.On avait publié, du Père Teilhard.des Lettres de guerre et des Lettres de voyage.Ces Lettres d'Egypte datent de plus loin que les précédentes; elles montrent déjà chez l’auteur de réels dons d'écrivain.En 1905.Teilhard de Chardin était envoyé au Caire, en Egypte, au collège de la Sainte-Famille; il y passa trois ans comme professeur de sciences.11 y a dans ces lettres beaucoup de spontanéité et une belle simplicité.On pressent la précision que l’auteur saura plus tard apporter dans la description des choses de la nature.Ce nouveau document qui vient s’ajouter à ses œuvres nombreuses, pourra nous aider à mieux connaître le Père Teilhard de Chardin.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Vient de paraître à LE FRÈRE ANDRE 1845-1937 PAR ETIENNE CATTA Une étude exhaustive sur l'humble frère André, son zèle apostolique et l'influence extraordinaire qu'il exerça tout au long de sa vie.Un livre de documentation inappréciable à être placé sur les rayons de toutes les institutions.remise habituelle aux éducateurs et aux bibliothécaires relié • jaquette illustrée en couleurs • 1,146 pages $13.50 245 est, boulevard Dorchester, Montréal 861-9621 visitez notre librairie — stationnement gratuit à l'arrière de l'immeuble.195 Mars 1965 J mmm ^ N mm mlSh • if ; Littérature de jeunesse CRISENOY (Maria de) Les croisés de la faim.Préface de l'abbé Pierre.| Paris] Desclée de Brouwer [1963].155p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 106) Relié.DELABE (Michel) Fanou en voyage.Illustrations de Claude Dubois.| Paris] Editions Fleurus [1963].[16p.] ill.25.5 cm.(Coll.Pirouette et cabriole, no 4) Relié.DELABE (Michel) Fanou et sa petite chienne surprise.Illustrations de Claude Dubois.[Paris] Fleurus [1963].[ 16p.] ill.25.5 cm.(Coll.Pirouette et cabriole, no 3) Relié.DELPHINE Chonchon le petit ourson en peluche.Illustrations de Chica.Paris, Fleurus [s.d.] [20p.] ill.19cm.(Coll.Lapin blanc, no 3) DELPHINE L'oranger du Père Baptistin.Illustrations de Chica.[Paris] Fleurus [1963].[16p.] ill.25.5cm.(Coll.Pirouette et cabriole, no 2) Relié.FRONVAL (Georges) Jerry Morton du Pony-Express.Paris, Spes [1963].186p.18cm.(Coll.Jambo-club, no 6) GASZTOLD (Carmen Bernos de) Il était trois bergères.Illustrations de B.Temple.Paris, Editions du Cloître [1951].32p.ill.16.5cm.Relié.GASZTOLD (Carmen Bernos de) Le petit gardien des bêtes qu'on oublie.Conte de Noël illustré par B.Temple.Paris, Editions du Cloître [s.d.J 16p.ill.13.5cm.Relié.GASZTOLD (Carmen Bernos de) La petite Bernadette Soubirous.Illustrations de B.Temple.Paris, Editions du Cloître [1958].46p.ill.16cm.Relié.GOISSERT (Michel) Une pyramide pour Rona.Paris, Editions Spes [1963].187p.18cm.(Coll.Jambo-club, no 5) GRIMM (Frères) Le chaperon rouge.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1963.30p.ill.19cm.(Coll.Albums A B C, no 3) Relié.GRIMM (Frères) Le petit poucet.Illustré par E.Probst.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1963.30p.ill.19cm.(Coll.Albums ABC, no 2) Relié.GRIMM (Frères) Le vaillant petit tailleur.Illustré par E.Probst.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1963.30p.ill.19cm.(Coll.Albums A B C, no 1) Relié.HAMELIN (Myja) Lapinou et Canouk la petite cane.Illustrations de Michel Marionnet.Paris, Editions Fleurus [s.d.].[20p.] ill.19cm.(Coll.Lapin blanc, no 2) HAMELIN (Myja) Lapinou et la petite poule aux yeux bleus.Illustrations de Michel Marionnet.Paris, Editions Fleurus [s.d.].[20p.] ill.19cm.(Coll.Lapin blanc, no 1) KLEIN (Marie-Claude) Canaillou le plus mignon des petits chatons.Illustrations de Roger Bussemey.Paris, Editions Fleurus [s.d.].[20p.] ill.19cm.(Coll.Lapin blanc, no 4) LE HIR (Gaston) Le marchand de Venise.Adapté de Shakespeare.Illustrations Al.Ros.Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie [1963].34p.ill.33cm.Relié.MARANDIN (F.) Bêtes en papier.21 pliages d'une seule feuille, sans colle, expliqués par 67 figures et croquis de l'auteur et de nombreuses photographies.[Paris, Editions du Centurion, 1963.] 29p.ill.27cm.(Coll.Vie active, no 25) ROCHE (Claude) Bonjour Pirouette.Illustrations de R.Bussemey.[Paris] Editions Fleurus [1963].[16p.] ill.25.5cm.(Coll.Pirouette et cabriole, no 1) Relié.THIEBAULT (André) Le carton articulé.Moyen d'expression et de création.Illustré de 100 croquis de l'auteur et de nombreuses photographies.6e édition, revue et augmentée.[Paris, Editions du Centurion, 1963.] 108p.ill.18cm.(Coll.Vie active, no 6) VERNE (Jules) Mathias Sandorf.Illustrations de François Batet.[Paris] Hachette [1963].191p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 252) Relié.VIGNES (Henri) Les pirates de la liberté.Illustrations de Liliane et Fred Funcken.[Tournai] Casterman, 1964.136p.ill.22cm.(Coll.Relais) Relié.WHITE (Constance M.) Evelyne aux Indes.Traduit de l'anglais par Alain Volière.Illustrations de M.Chica.[Tournai] Casterman, 1963.140p.ill.22cm.(Coll.Relais-Jeune fille) Relié.ZEVACO (Michel) Le chevalier de Pardaillan.Illustrations de François Batet.[Paris] Hachette [1963].252p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 235) Relié.196 LECTURES .nHnHBnl ¦T IM ;!!:;!l'j)!;;l.i.;!i!i'l!i!'i.^!|jHi| .Mfid Iliill : ijis tepiMii MM ' Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrage qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service e" publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'ctudes d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.BERNAGE (B.), Brigitte et la tentation de Roseline.TB Le dernier ouvrage de Berthe Bernage est centré sur le problème de Roseline qui, artiste et frivole, et mariée à un prosaïque homme d'affaires, sera fascinée par un milieu d'hindouisme.Pour les amateurs du genre.CLANCIER (G.-E.), Les arènes de Vérone .B Recueil de neuf nouvelles qui ont un thème commun: l'enfance, une enfance souvent marquée par un choc psychologique qui influe ensuite sur toute la vie.On retrouve ici la tendresse et la chaleur humaine de l'auteur du Pain noir.Ouvrage très bien écrit dans son ensemble; certaines nouvelles sont particulièrement poétiques.GODDEN (R.), La bataille de la villa Fioritta.B Roman.Deux enfants, qui ne peuvent admettre le divorce de leur mère, feront l'impossible pour la ramener avec eux.Thème assez conventionnel mais traité avec talent.La psychologie est juste.Le climat général du livre est protestant.Mais ouvrage de qualité qui fait appel aux responsabilités des parents.HEMINGWAY (E.), Paris est une fête.B?Série de portraits des écrivains et artistes qui vécurent à Paris après la première guerre mondiale et qui, pour la plupart, donnèrent une impulsion nouvelle à la littérature américaine.L’auteur sait décrire êtres et choses avec tendresse et poésie.Pour lecteurs cultivés et avertis.LAS VERGNAS (R.), Cavalerie céleste .B?Roman qui évoque le séjour de deux Français dans un camp allemand, lors de la débâcle de juin 1940.L'intérêt principal du livre réside dans le rappel du désarroi de cette époque et de la « grande illusion » de l'armée française dans une phase peu connue de sa captivité.Du point de vue littéraire, cet ouvrage est de valeur moyenne.Certaines réflexions ont une résonance peu chrétienne.Passages très crus et grossiers.Pour lecteurs avertis et formés au point de vue religieux.MOORE (B.), Une réponse des limbes.B?Roman qui évoque, en même temps que le conflit des générations, le problème de la vocation littéraire d’un homme qui lui sacrifiera tout: mère, femme et foyer.Roman qui ironise sur un monde qui a la rage d'écrire plutôt que la vocation, et veut à tout prix faire parler de soi.Ouvrage écrit avec une belle sobriété.11 peut faire réfléchir sur l'indigence d'une vie consacrée au seul succès humain.NICAISSE (G.), La fête des mères .B?Roman qui raconte la vie très peu heureuse de deux femmes célibataires très affranchies.Ouvrage bien écrit, bien construit, d'une psychologie très juste.Une morale toute négative s'en dégage que ne compense pas la sensualité de certains passages.PEYRE (M.), Le captif de Zour.TB Conte philosophique.Par suite d'une erreur administrative, un détenu a été jadis oublié dans un cachot d'une prison désaffectée.Qui est-il ?Quel est son crime ?Qu'est-il devenu ?Ouvrage de suspense qui, sur un ton badin, évoque un grand problème, à savoir que chacun de nous est concerné par la misère et l’abandon d’un seul.SANDRE (Y.), Marie des autres.B Roman qui est le deuxième tome de Marchand de participes.L'auteur y poursuit sa chronique familiale des Ranson, véritable dynastie d'instituteurs.Marie, la fille aînée, occupe bientôt le devant de la scène.Elle incarne une haute valeur morale dégagée peu à peu des références religieuses.Ouvrage vivant, bien écrit, et qui, par sa documentation minutieuse, est une bonne reconstitution de l'époque de 1880-1910.SIDOT (Dominique), Cette chair est innocente.B Roman qui pose le problème des enfants issus de deux races et mal à l'aise dans l'une comme dans l’autre.Ouvrage très conventionnel qui n'apporte rien de bien nouveau.SIMENON (G.), L'homme au petit chien .B?Roman qui, sous forme de journal, retrace la vie passée d'un homme qui, à 48 ans, malade, sans but et sans espoir, a décidé de se suicider.Roman très déprimant, mais remarquablement fait.Avec une ctonnante économie de moyens, l'auteur excelle à rendre une atmosphère, à faire sentir la grisaille de la vie de tous les jours des solitaires et des ratés.SLAUGHTER (F.G.), Le désir est roi .B Roman.Intrigue assez banale qui se déroule en grande partie dans un établissement hospitalier.Ouvrage plein de lyrisme, écrit d’une façon superficielle.Mars 1965 197 QUELQUES NOUVEAUTÉS DAWS LA COLLECTION "PROfllS LITTÉRAIRES" PÉGUY ET LE TEMPS PRÉSENT PAR PAUL CIMON $2.00 Une étude magistrale de l'oeuvre de Péguy, témoin du temps présent DANS LA COLLECTION "ALOUETTE BLANCHI" L'ÉGLISE constitution dogmatique promulguée par S.S.Paul VI lors de la troisième session du Concile Vatican 11 $1.00 MEMOIRES CHAPAIS tome III PAR JULIENNE BARNARD Le tome III de l'histoire d'une famille, célèbre au Canada français $4.00 la série des 3 volumes: $10.00 DEUX RÉIMPRESSIONS DANS LA COLICCTION DU "NÉNUPHAR" FORESTIERS ET VOYAGEURS PAR JOSEPH-CHARLES TACHÉ Un ouvrage sur le coureur des bois par un écrivain oublié peut-être, mais non sans mérite et dont l'oeuvre a marqué les années 1850-1855 alors qu'apparaissait chez nous une littérature nationale.$2.75 L’ABATIS PAR FÉLIX-ANTOINE SAVARD Un livre qui exalte les qualités de travail, de ténacité, d'ordre qu'exigeait la fondation de paroisses en terres de colonisation.L'une des oeuvres majeures de Félix-Antoine Savard.$2.25 245 est, boulevard Dorchester, Montréal 861-9621 visitez notre librairie — vaste terrain de stationnement à l'arrière de l'immeuble 198 LECTURES faite à U nnonce Mme Danièle Delorme et les artistes du Tréteau de Paris ont bien servi Paul Claudel, lors de leur récente visite au théâtre du Gesù de Montréal.Et Dieu sait qu’une pièce de Claudel est toujours une chose difficile à rendre selon l'esprit de l’auteur, même s'il s'agit de sa pièce la plus accessible à un public moyen et quelque peu informé.Car il y a, dans l'Annonce faite à Marie.de nombreux pièges, parmi lesquels il faut compter un curieux mélange de mystère médiéval et d’actualité contemporaine, des envolées lyriques qui cheminent auprès de scènes d’un réalisme prenant, une langue qui se veut clairement archaïque mais toujours poétique.D'autant plus que plusieurs esprits, et des plus nobles, n'ont jamais pu supporter la poésie et le théâtre claudeliens.Et il faut accepter cette sorte d’indifférence, ou même de mépris, qui les anime: jamais Claudel n'obtiendra l’unanimité.Il le savait d'ailleurs de son vivant, puisque la consécration théâtrale et académique ne l'a touché qu’à la fin de sa longue existence.Mais tous reconnaissent qu'il y a, dans son théâtre, une valeur incontestable, que même les non-chrétiens ne peuvent dénier.Cette valeur, c'est la présence, sur la scène, d’un personnage invisible qui mène l’action: Dieu.Comme dans Polyeucte.Mais c'est un Dieu, je dirais, plus charnel, plus près de nous, et qui est incarné dans les moniales, aussi invisibles, mais aussi présentes, de Monsanvierge.Ce rappel à l’auteur de Polyeucte m'a frappé doublement, puisque les interprètes nous ont présenté des dialogues vraiment cornéliens, d’une densité dramatique étonnante.La critique a été unanime pour louer le jeu de Mme Delorme.Elle a sûrement dominé la pièce, à la fois par sa présence quasi constante et par son art bien à elle, qui en faisait, dans la première partie, une jeune fille nette et spontanée, aimant la taquinerie et le rire.et surtout la vie.Mais j’ai préféré son rôle de lépreuse, alors que son débit était clair et distinct, et si émouvant, tandis que la Violaine du début parlait, à mon sens, beaucoup trop rapidement et nous empêchait de saisir bon nombre de ses paroles.Peut-être est-ce dû à une fatigue de la voix, comme celle dont elle a souffert le printemps dernier à Paris, alors quelle a campé une Jeanne d'Arc tout à fait merveilleuse, dans la pièce de Bernard Shaw.Mara, son antithèse, s’est montrée constamment à la hauteur de son rôle, dans toute son âpreté et sa violence.Les cris quelle a poussés dans la forêt de Chevoche ont produit sur l'auditoire un effet bouleversant.Les autres acteurs n'ont pas manqué de donner une interprétation juste et plausible de leurs rôles respectifs.Alors que Pierre de Craon, si viril, et Anne Vercors représentaient le mysticisme altier, Jacques Hury et Elisabeth Vercors nous ramenaient aux préoccupations terrestres et combien humaines.Ce drame, qui frise parfois le mélodrame et la pièce construite, n'a pas donné, dans l’auditoire, la moindre prise au sourire entendu.Nous vivions le mystère du Moyen Age, tel que le génie de Claudel a voulu nous le communiquer.Il faut dire aussi que les décors ont aidé grandement à créer l’atmosphère.Nous garderons toujours le souvenir de la grande table de cuisine, qui a servi à la rupture du pain aussi bien qu’à la consommation du sacrifice de Violaine, comme un autel.Et nous n'oublierons pas le chant céleste des nonnes de Monsanvierge.Cette pièce, que l’auteur a reprise et remaniée pendant plus d'un demi-siècle, restera longtemps au répertoire.pour le grand bonheur des admirateurs de Claudel.Jean des Essarts Mars 1965 199 iflLflJüftiimi Bill 'jl'.rhLU —T ' t : t r-; -j ! - "‘"‘Hi' —¦ -.: ü ISSfrEj Le 27 février dernier, une brillante fête qui eut lieu au Cercle universitaire de Montréal, marquait le vingt-cinquième anniversaire de sacerdoce du R.P.P.-A.Martin, c.s.c.On sait que le Père Martin est le fondateur et le directeur actuel des Editions Fides.M.Charles de Koninck, doyen de la faculté de philosophie à l'Université Laval et auteur de plusieurs ouvrages (De la primauté du bien commun contre les personnalistes, Ego Sapientia, La piété du Fils, etc.), vient de mourir à Rome à l'âge de 58 ans.M.de Koninck était à Rome pour participer aux travaux d'une sous-commission du Concile.Le Centre de recherches de littérature canadienne-française de l'Université d'Ottawa, sous la direction de M.Paul Wycxynski, vient de publier, chex Fides, le troisième tome des Archives des Lettres canadiennes: Le Roman canadien-français.À l'occasion de la SEMAINE DES BIBLIOTHÈQUES CANADIENNES du 8 au 13 avril 1965.7e SALON DU LIVRE DE RDI OIMTRÊAL-1965 Le le Salon du Livre de Montreal se tiendra du fi au 13 avril inclusivement.Voici les principales attractions prévues à cette occasion: ATTRACTIONS CANADIENNES: — Exposition littéraire organisée sous les auspices de la Société des Ecrivains Canadiens.— Exposition de photos illustrant les activités des Jeunesses Littéraires du Canada français, lancement de fiches canadiennes comprenant la biographie ou l'œuvre d'un auteur canadien-français.— Exposition organisée par le Conseil de la Semaine des Bibliothèques Canadiennes avec la collaboration de l'Association Canadienne des Bibliothécaires de langue française et l'Association des Bibliothécaires du Québec pour faire connaître la profession de bibliothécaire.— Un kiosque de réception et de renseignement de la ville de Montréal présentant un hommage aux pays exposants lors de l'EXPO 1967.— La reconstitution d'une librairie en 1865 avec la collaboration de la Librairie Ducharme.— Aménagement dune salle de projection, exposition spécialisée organisée par l’Office National du Film au Canada, en hommage aux bibliothécaires.— Exposition de tableaux appartenant à des écrivains canadiens en collaboration avec les Jeunes Associés du Musée des Beaux-Arts de Montréal.— Exposition de revues organisée sous les auspices de l'Association de Périodiques Canadiens français (environ 60 périodiques).— Exposition en hommage à des femmes écrivains sous les auspices de la Société d'Etude et de Conférences.— Exposition du département des maquettistes de l'Institut des Arts Graphiques de la Province de Québec.— Exposition de l’Association des Maîtres-Imprimeurs de Montréal Inc.sous le thème « Les carrières dans les arts graphiques ».— Exposition professionnelle de 200 photos de 40 photographes de l'Association des Photographes professionnels de la Province de Québec.— Hommage du Salon du Livre à la revue annuelle Livres et auteurs canadiens de M.Adrien Thério.— Hommage du Salon du Livre à la revue mensuelle Vie des Arts.— Hommage du Salon du Livre au Chanoine Lionel Groulx et à M.Jean-Charles Harvey, à l'occasion du cinquantième anniversaire de journalisme.— Hommage du Salon aux écrivains canadiens-français pour la jeunesse.— Exposition de photos et de documents du Salon du Livre de Montréal en 1926 en collaboration avec (Suite à la page 203) 200 LECTURES Dr Georges Durand Lettre de France Ai-je besoin de présenter ici le professeur Auguste Viatte?Membre correspondant de l'Institut de France, titulaire de la chaire de Littérature française à l'Ecole Polytechnique de Zurich, il enseigna pendant 16 ans, de 1933 à 1949, à l'Université Laval où il retourne fréquemment pour les cours d'été.C'est précisément au cours du séjour qu'il fit l'an dernier au Québec qu'il conçut l’idée de consacrer notre Xe Colloque, le 23 janvier, à l'examen des problèmes, psychologiques et autres, posés par le prodigieux développement de Montréal.La réunion se trouva inaugurée par la lecture d'un message de sympathie qu'avait tenu à nous adresser Al.Jean Drapeau, maire de Montréal.dont les propos délicats furent chaleureusement applaudis.Le professeur Viatte, après avoir retracé brièvement les étapes de la croissance démographique de Montréal, évoque la surprise du Français arrivant pour la première fois au Canada lorsqu’il découvre que cette ville — dont on lui a dit quelle est la seconde de langue française du monde — se présente à lui comme une grande cité américaine où tout ce qui saute aux yeux comme aux oreilles, dès l'abord, est de langue anglaise.Il cite un texte de Mgr Paul-Emile Gosselin et en développe les termes: disproportion entre Montréal et le reste du Québec (2,100-000 h.pour 3,300,000 h.}; entre Montréal et les autres villes dont Québec, la capitale; majorité canadienne française (63%) masquée par une minorité qui détient les leviers de commande de l’économie et de la finance; minorité anglophone (18%) qui attire l'autre minorité, celle croissante des Néo-Canadiens (19%); langue anglaise imposée dans le travail; promotion limitée pour les Canadiens français qui sont souvent obligés d’acquérir des diplômes dans des institutions anglophones; disparité entre le caractère cosmopolite de Montréal et ïhomogénéité du reste de la Province où la population d’origine française atteint souvent 93 % et plus, taux rarement égalé en France même.Le professeur Viatte n’est, toutefois, pas foncièrement inquiet.« On pourrait dire en contrepartie, ajoute-t-il, que les Canadiens français de Montréal, s'ils s'américanisent ou s’anglicisent plus facilement, ont aussi une conscience plus exaspérée de leurs traditions nationales et de leurs difficultés à les conserver.» Il considère que le développement même de Montréal permet l'épanouissement de certaines activités culturelles, possibles seulement dans une vaste agglomération.Montréal est devenu un centre important pour l’édition, la presse, l’enseignement supérieur et technique, le théâtre, la musique, les arts plastiques, la radiotélévision, etc.et de conclure: « Il y a un problème de Montréal.On ne saurait connaître le Canada sans connaître Montréal; celui qui ne connait que Montréal ne connaît pas le Canada.» Monsieur Pierre Trottier, Conseiller culturel à l'Ambassade du Canada avait accepté de donner une réponse canadienne aux préoccupations du professeur Viatte.Il le fit sur un ton détendu, légèrement humoristique, peut-être la manière de Candide.« Montréal est un grand navire à la taille du Saint-Laurent poussé par un fort vent de poupe vers un avenir encore mal défini.» La croissance de Montréal a permis aux Canadiens français de sortir de leur isolement et d'accéder à la prise de conscience qui les soulève aujourd’hui pour cette « révolution tranquille » dont on parle un peu partout dans le monde.Il avance une définition (a première vue paradoxale) de Montréal, ville médiévale: les habitants sont passés directement de la campagne à l'usine, via le couvent; ils n'ont pas connu cette période de transition marquée par la Renaissance, l’Encyclopédie, le Positivisme; plusieurs ethnies sont mêlée r utilisant un langage bâtard (mi-jouai, mi-mauvais-anglais, comme il y eut le bas-latin), etc.Malgré tout M.Trottier est optimiste, il considère que les Néo-Canadiens doivent apporter un enrichissement culturel, que les Montréalaises ont une élégance distinctive, « un style identifiable », que le Montréal populaire d'aujourd'hui a une âme beaucoup plus vraie que la « pseudo-âme victorienne de 1926 ».Parmi les nombreuses participations aux débats, je signalerai celles de MAI.Raymond Tanghe, Jean Hamelin, Jean Delaby, Michel Bernard, Jean Cathelin et du Colonel Rogé.M.Jean-Jacques Chagnon, directeur de l'Office National du Film Canadien à Paris, nous dit en termes excellents toute sa foi en Montréal, ville moderne, dynamique, où le « devenir se fait en français ».Même confiance communicative de la part de Al.Marcel Robidas, chef d'une mission commerciale.Il vient d'arriver à Paris et nous apporte des nouvelles toutes fraîches de Montréal où se passent « des Mars 1965 201 phénomènes exceptionnels *; le fait français s') affirme davantage chaque four.Il donne à l'appui de multiples exemples détaillés et précis.M.Raymond Laurent, president de l'Association France-Canada, qui visita Montréal pour la première fois en 1907, y retourna à maintes reprises, notamment en 1937 comme Président du Conseil Municipal de Paris, se réjouissait de diriger les débats.Malheureusement la maladie le tint éloigné de nous ce jour-là et ce fut au signataire de ces lignes qu'échut l'honneur de prendre sa place.Je réunirai donc maintenant quelques-uns des propos que j'ai tenus, soit pour provoquer une question, soit pour établir des liaisons entre diverses interventions, soit enfin pour conclure.Ceci, bien entendu, ne résume pas mon point de vue personnel sur l'ensemble du problème.J'ai regretté que certains aspects n'eussent pas rte suffisamment soulignés: l'importance de l’Exposition Universelle de 1967 et son rôle stimulant dans le développement actuel de Montréal, l'intéressante opération « visage français » lancée par la Société Saint-Jean-Baptiste, la campagne de refrancisation de la langue de travail et l'aide que pourrait apporter la France spécialement dans la recherche d'un vocabulaire des termes techniques, etc.Nous n'avions pas l'intention de traiter des questions économiques: il eût été utile toutefois de parler davantage de la décentralisation industrielle.AL Jean Hamelin a)ant fait remettre a chacun des assistants un exemplaire de la magnifique Revue Française (janvier 19631 consacrée à Montreal, j’ai conseillé la lecture et la méditation d'un article de /M.Robert Panero.L'auteur pense que.diet 1970, des rapports complètement neufs s'établiront par-dessus les frontières directement entre certaines grandes villes du monde réunissant quelques-unes des conditions qu'il énumère: situation géographique favorable, neutralité suffisante a l'égard des blocs rivaux, ancienne et solide tradition culturelle, etc.Ces villes sont destinées a devenir des « portes ouvertes » sur chacune des grandes zones mondiales, a jouer un rôle de « trait d'union entre les communautés sur-développées et (Suite de la page 204) pour tel écrivain très aimé, l'après-midi d'un dimanche d’hiver; il est reconnaissant aux voyages en chemin de fer de lui donner l'occasion de relire tout d’un trait un roman de Balzac, de Stendhal, ou les Mémoires d'Outre-Tombe.Il trouve un plaisir aussi vif à retrouver telle phrase, tel passage qu’il aime (dans Proust les aubépines ou la petite madeleine, dans Tolstoï les fiançailles de Levine), que l'amateur de musique à guetter, dans le Pc-trouchka de Strawinsky, le thème du Magicien.Enfin la cinquième règle, c'est de se rendre digne des grand: livres, car il en est de la lecture comme des auberges espagnoles, et de l'amour: on n'y trouve que ce qu'on y apporte.La peinture des les territoires sous-développés ».Il cite Genève, Beyrouth, Bogota, peut-être Hong-kong et surtout Montréal.Jean-François Gravier, économiste et géographe, a consacré aux problèmes français deux ouvrages retentissants: en 1947.Paris et le désert français, tout récemment L’Aménagement du territoire et l'avenir des régions françaises.On ne peut entièrement comparer les situations de iMontreal et de Paris.Li disproportion ne sera jamais aussi grande entre Paris et le «désert français» quelle ne risque de le devenir entre Montreal et la province de Québec.D'autre part, la qualité française de Paris, malgré les apports cosmopolites, ne saurait être remise eu cause: celle de Montreal par contre pourrait l'être, un jour ou l'autre.C'est pourquoi il importe de prendre très sérieusement en considération le programme de refrancisation préconisé par «l'Office de la langue française», tel que l'a défini M.Maurice Beaulieu.Il conviendrait, d'autre part, d'aménager dans la province de Quebec ce que J.-F.Gravier appelle des « gisements de matière grise », chaque gisement étant constitué par la juxtaposition de centres industriel, économique et culturel: installer des usines là où il y a des universités, des universités (ou centres d'enseignement équivalentsI là où il y a des usines.La « matière grise » canadienne-fran-çaise, que drainera inévitablement Montreal, doit pousser ses racines le plus loin possible dans le territoire du Québec afin de donner une assise suffisante à cet arbre gigantesque qui est en voie de réaliser la prophétie faite par le Père Vimont le 18 mai 1642.Lorsque Montréal aura affermi et affirmé son caractère de métropole canadienne-française, correspondant à la majorité ethnique de sa population, elle pourra accomplir pleinement sa vocation nationale et internationale.Je crois en ce merveilleux avenir de l'ancienne Ville-Marie.Je suis sûr que Montréal deviendra un de ces hauts lieux où les grandes civilisations du monde se rejoindront pour de fructueux échanges, rôle auquel l'ont prédestinée le génie de ses fondateurs et sa noble devise: Concordia salus.sentiments n'intéresse que ceux qui les ont éprouvés, ou ceux qui, jeunes encore, en attendent l'éclosion avec espoir et angoisse.Rien de plus émouvant que de voir un jeune homme qui, l'an dernier, ne supportait que les récits d’aventures, se prendre tout à coup d’un goût vif pour Anna Karénine ou Dominique, parce qu’il sait désormais ce que sont le bonheur et la douleur d'aimer.Les grands hommes d'action sont bons lecteurs de Kipling, les grands hommes d’Etat de Tacite ou de Retz.Ce fut un beau spectacle que de voir Lyautey, au lendemain du jour où un gouvernement injuste lui avait enlevé le Manx:, se prendre au Coriolan de Shakespeare.L'art de lire, c'est, pour une grande part, l'art de retrouver la vie dans les livres et de la mieux comprendre grâce aux livres.202 LECTURES Index des auteurs (Suite de la page 200) la Librairie Déom de Montréal.— Stand collectif à la disposition des libraires membres de la Société des Libraires Canadiens.ATTRACTIONS ETRANGERES: — HERGE, créateur des albums riNTIN et MILOU (Editions Cas-terman et Lombard).— Exposition sous le thème « Cinq siècles d'édition belge » sous les auspices du Syndicat des Editeurs Belges et présentation au public pour la première fois en Amérique de la célèbre presse à imprimer de PLANTIN grâce à la collaboration du Gouvernement de la Belgique.— Exposition de reproduction de photos de pages couvertures ou d'illustrations de livres français avec la collaboration du Comité Permanent des Expositions du Livre et des Arts Graphiques Français et du Syndicat des Editeurs Français.— Exposition des travaux des lauréats 1964 de la Communauté Radiophonique des Programmes de langue française.— Exposition de la presse internationale en langue française sous les auspices du Comité canadien de l'Union Culturelle Française, 78 pays, 1800 publications différentes.STANDS COLLECTIFS: — Stand collectif du Syndicat des Editeurs Français — 5000 titres.BERNAGE (B.), p.197 CLANCIER (G.-E.), p.197 GODDEN (R.), p.197 GUARESCHI (G.), p.194 HAMMAN (A.), p.186 HEMINGWAY (E.).p.197 JULLIAN (P.), p.183 RUNG (H.), p.192 LAS VERGNAS(R), p.197 *** Liturgie et mission, p.192 MAILLET (A.), p.189 MOORE (B.), p.197 MONTEIL (V.), p.194 NICAISSE (G.), p.197 — Stand collectif du Syndicat des Editeurs Belges — 3000 titres.— Stand collectif du Syndicat des Editeurs de la Suisse Romande — 400 titres.— Stand collectif de Présence Africaine — 200 titres.— Stand collectif de l'Union des Editeurs-Exportateurs de Publications Françaises — environ 600 revues et périodiques.PEYRE (M.),p.197 REMY, p.195 RENARD (A.-C), p.192 ROBIDOUX (R.), p.184 SANDRE (Y.), p.197 SIDOT (D.), p.197 SIMENON (G.), p.197 SLAUGHTER (F.-G.), p.197 SMULDERS (P.),p.193 TEILHARD DE CHARDIN (P.), p.195 VIAU (G.), p.188 VALOIS (F.), p.189 *** Viens vers le Père, p.187 — Stand collectif de l’U.N.E.S.C.O.— Stand collectif de l'Imprimeur de la Reine à Ottawa.— Stand collectif de l'Association des Editeurs Canadiens.— Stand collectif de la Société des Editeurs Canadiens de Manuels Scolaires.N.B.Ce Salon coïncide avec la Semaine des Bibliothèques Canadiennes, qui aura lieu du 8 au 13 avril.REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 245 est, boul.Dorchester, Montréal — UN.1-9621 Direction: R.P.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.Rédaction: Rita LECLERC LECTURES Le Ministère des Postes, à Ottaua, a autorise l'affrancoissement en numeraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la prescrite publication.Abonnement annuel: $3.00 Le numéro: $0.30 -—— Publication approuvée par l’Ordinaire - Mars 1965 203 André Maurois: La lecture est-elle un travail ?Valéry Larbaud la nomme un « vice impuni », et Descartes au contraire « une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés ».Tous deux ont raison.La lecture-vice est propre aux êtres qui trouvent en elle une sorte d’opium et s’affranchissent du monde réel en plongeant dans un monde imaginaire.Ceux-là ne peuvent rester une minute sans lire; tout leur est bon; ils ouvriront au hasard une encyclopédie et y liront un article sur la technique de l’aquarelle avec la même voracité qu'un texte sur les machines à feu.Laissés seuls dans une chambre, ils iront droit à la table où se trouvent des revues, des journaux et attaqueront une colonne quelconque, en son milieu, plutôt que de se livrer un instant à leurs propres pensées.Ils ne cherchent dans la lecture ni des idées, ni des faits, mais ce défilé continu de mots qui leur masque le monde et leur âme.De ce qu’ils ont lu, ils retiennent peu de substantifique moelle; entre les sources d’information, ils n’établissent aucune hiérarchie de valeurs.La lecture, pratiquée par eux, est toute passive; ils subissent les textes; ils ne les interprètent pas; ils ne leur font pas place dans leur esprit; ils ne les assimilent pas.La lecture-plaisir est déjà plus active.Lit pour son plaisir l’amateur de romans qui cherche dans les livres, soit des impressions de beauté, soit un réveil et une exaltation de ses propres sentiments, soit des aventures que lui refuse la vie.Lit pour son plaisir celui qui aime à retrouver dans les moralistes et les poètes, plus parfaitement exprimées, les observations qu’il a faites lui-même, ou les sensations qu’il a éprouvées.Lit pour son plaisir enfin celui qui, sans étudier telle période définie de l’histoire, se plaît à constater l’identité, au cours des siècles, des tourments humains.Cette lecture-plaisir est saine.Enfin la lecture-travail est celle de l homme qui, dans un livre, cherche telles connaissances définies, matériaux dont il a besoin pour étayer ou achever dans son esprit une construction dont il entrevoit les grandes lignes.La lecture-travail doit se faire, à moins que le lecteur ne possède une étonnante mémoire, plume ou crayon en main.11 est vain de lire si l’on se condamne à relire chaque fois que l’on souhaitera revenir au sujet.S’il m’est permis de citer mon exemple, lorsque je lis un livre d’histoire ou un livre sérieux quelconque, j’écris toujours à la première ou à la dernière page André Maurois est un grand ami des livres.Ses nombreuses études consacrées à la biographie des hommes illustres ou à l’histoire de France, d’Angleterre et des Etats-Unis, l'ont invité à de longues mais enrichissantes lectures.Sur le ton quasi confidentiel, il nous livre ici quelques-uns des principes de son art de lire.Evidemment, les ouvrages et les auteurs préférés que cite Maurois sont sujets à caution.Ces lignes sont extraites d'Un art de vivre, Ille chapitre de l’édition parue en 1939 chez Plon.(N.D.L.R.) Propos sur la lecture quelques mots qui indiquent les sujets essentiels traités, puis, en-dessous de chacun de ces mots, les chiffres des pages qui renvoient aux passages que je désire pouvoir consulter, en cas de besoin, sans avoir à relire le livre entier.La lecture, comme tout travail, a ses règles.Indiquons-en quelques-unes.La première c’est qu'il vaut mieux connaître parfaitement quelques écrivains et quelques sujets que superficiellement un grand nombre d’auteurs.Les beautés d’une œuvre apparaissent toujours mal à première lecture.Il faut, dans la jeunesse, aller parmi les livres comme on va dans le monde, pour y chercher des amis, mais ces amis trouvés, choisis, adoptés, il faut, avec eux, faire retraite.Etre le familier de Montaigne, de Saint-Simon, de Retz, de Balzac ou de Proust, suffit pour enrichir une vie.La seconde est de faire, dans ses lectures, une grande place aux grands textes.Bien sûr, il est necessaire autant que naturel de s’intéresser aux écrivains de son temps; c'est parmi eux que nous avons chance de pouvoir trouver des amis ayant les mêmes soucis et les mêmes besoins que nous.Mais ne nous laissons pas submerger par le flot des petits livres.Le nombre des chefs-d’œuvre est déjà tel que nous ne les connaîtrons jamais tous.Faisons confiance au choix des siècles.Un homme se trompe; une génération se trompe; l’humanité ne se trompe pas.Homère, Tacite, Shakespeare, Molière sont certainement dignes de leur gloire.Nous leur donnerons quelque préférence sur ce qui n'a pas subi l’épreuve du temps.La troisième, c’est de bien choisir sa nourriture.A chaque esprit conviennent les aliments qui lui sont propres.Apprenons à reconnaître ceux qui sont nos auteurs.Ils seront fort différents de ceux de nos amis.En littérature comme en amour, on est surpris par les choix des autres.Soyons fidèles à ce qui nous convient.Nous sommes en cela les meilleurs juges.La quatrième, c’est de mettre autour de nos lectures, toutes les fois que cela est possible, l’atmosphère de recueillement et de respect qui entoure un beau concert, une noble cérémonie.Ce n’est pas lire que de parcourir une page, de s'interrompre pour répondre au téléphone, de reprendre le livre alors que l’esprit est ailleurs, de l’abandonner jusqu’au lendemain.Le vrai lecteur se ménage de longues soirées solitaires; il réserve, (Suite à la page 202)
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