Lectures, 1 avril 1965, avril
MONTRÉAL NOUVELLE SERIE —VOLUME 11 NUMERO 8 sommaire La bibliothèque familiale est-elle un mythe ?par R.-M.Charland .p.206 Lettres à sa nièce de Friedrich Von Hügel.p.207 En marge de la dernière oeuvre de Jean-Paul Sartre par H.-P.Bergeron .p.208 Les grandes étapes de la pensée de H.-P.Bergeron.p.210 Notices bibliographiques .p.211 Dictionnaires des idées contemporaines .p.230 Dr Georges Durand: Lettre de France .p.233 Page d'anthologie: Maternité de Marie Anastasie .p.236 AVRIL 1965 Diane GIGVÈRE (Voir à la page 215) ¦¦ ¦ mm ÉDITORIAL- La bibliothèque familiale est-elle un mythe ?Penser qu'une bibliothèque familiale ou même publique puisse devenir complète, c'est tout simplement imaginer une bibliothèque de rêve.Si par impossible elle existait, on ne saurait mieux la définir qu'en empruntant l'une des moins heureuses trouvailles des Précieux: un cimetière des vivants et des morts.Ce cas échéant, les bibliothécaires deviendraient des fossoyeurs, les critiques.des experts en momification, et les écrivains, des fournisseurs de macchabées ! Une situation aussi macabre est impensable.Toute bibliothèque de quelque valeur se définit comme un lieu de rencontre avec les amis de toujours et les amis d'aujourd’hui: elle favorise le commerce avec ces Immortels dont certains ouvrages sont reconnus comme des Bibles de l'Humanité et le commerce avec les gloires de la pensée de notre temps.Or, je ne sache pas que les cercles de tels amis tendent d’eux-mêmes à se circonscrie une fois pour toutes, ni que l'expansion de liens aussi vivants se limite à des mesures définitives.Ce qui explique l'effort considérable que l'on fait pour établir le plus grand nombre de bibliothèques dans les villes, dans les institutions et même dans les foyers.Tout particulièrement, la création de bibliothèques familiales pose des problèmes.L’exiguïté de nos maisons, l'ameublement moderne qui invente plus facilement d'admirables reliures artificielles que les meubles à rayonnage, les contraintes du budget, et aussi toutes les facilités de la vie qu'on s'accorde plus ou moins judicieusement, autant d'allégations qu'on peut apporter à ce sujet.Il se rencontre toutefois des parents qui ont la préoccupation de doter leur famille d’un ensemble de livres nécessaires, c’est-à-dire de ces instruments de culture générale, comme certaines collections de livres ou de revues, d'encyclopédies.Peu à peu ces bibliothèques famtliales se constituent et favorisent le climat intellectuel de la maison.De même, par intérêt personnel ou pour pallier l'absence d'une bibliothèque commune, les jeunes étudiants se soucient d'avoir quelques rayons d’ouvrages de qualité.Dans le cas des uns et des autres, c'est souvent au prix de générosités que s’érigent ces bibliothèques.Ceci nous amène à d’autres considérations.Depuis quelques années, écoles et collèges ont discontinué les traditionnelles distributions de prix de fin d’année.Ou plutôt, sous prétexte que garçons et filles n’acceptaient plus les livres imposés, on se contente de leur donner comme récompenses des articles de sport, des radios portatifs, des billets de voyages.que sais-je encore?toutes autres choses utiles ! Et très peu ou pas du tout de volumes à lire.Il est certain que nos étudiants ne refuseraient pas en récompense des livres qu’on leur aurait fait désirer.C’est là toute la question.S’il est vrai que le commis-libraire ne doit pas être le guide officiel dans le choix des livres (je connais cependant d’heureuses exceptions), on ne peut soutenir non plus que le bibliothécaire, tout professionnel qu'il soit du livre, demeure le seul à proposer correctement les lectures.Sans nier sa compétence et sa disponibilité, on doit admettre qu'il ne remplit son rôle indispensable et infiniment précieux qu auprès de ceux qui se présentent à lui.Le grand nombre des autres ont plutôt besoin ^'entraîneurs que de guides.Ce sont les parents et les maîtres, et bien souvent aussi les amis, qui communiquent à bon escient, avec tact et goût, cette enthousiasme nécessaire pour la lecture.Li tenue du le Salon du Livre sera à sa manière un haut lieu de rencontre avec la multitude des ouvrages qu’a produits l esprit de l’homme, et espcrons-le, une occasion pour tous de prendre conscience de la place que l'écrit doit prendre dans notre vie.Roland-M.CHARLAND 206 LECTURES cUaloyw avec ie& Civnet.D’HIER ET D’AUJOURD’HUI Jrie J rich Uoh Jliicjet : ci Au nièce Bernard-M.MATHIEU, o.p.A l'heure où, dans l’Eglise, les laïcs sont appelés à jouer un rôle de plus en plus grand, il est bon de rappeler la place tenue par l'un d'entre eux, Friedrich Von Hügel, dans le premier quart du siècle.Mêlé de très près à la controverse moderniste — il ne fut pas un moderniste comme certains l'ont prétendu —, son influence commence à peine à jouer dans le monde catholique.La biographie publiée par le regretté abbé Jean Steinmann en 1962.aidera à faire connaître cette belle figure.Les Lettres a sa nièce C) nous font entrer davantage dans l’intimité de ce personnage attachant.* * * Cette correspondance est un petit traité dedu-cation spirituelle et intellectuelle; elle nous montre les richesses de la vie intérieure de Von Hügel et Ictendue de sa culture.Cette nièce n'était pas catholique; bien plus elle avait été élevée par son père « à peu près sans religion et dans une véritable haine du catholicisme » (p.20).Par bonheur elle était naturellement religieuse et prête à recevoir l'enseignement de son oncle.Von Hügel ne voulut commencer son éducation religieuse qu'après la mort de son père; mais quand il écrivit: « Et maintenant nous allons aborder les livres chrétiens» (p.21), elle se rebiffa, craignant comme elle disait, « detre prise dans une sorte de filet » (p.22).C'était mal connaître son oncle; il avait trop de respect des consciences pour essayer de la convertir.Il lui conseillait plutôt d’attendre, d'être docile aux lumières de l'Esprit.En septembre 1926, après la mort de Von Hügel, elle se convertit.Cet homme fut un grand directeur spirituel.Sa spiritualité devait beaucoup à saint François de Sales, et lui-même s'apparentait à l'évêque de Genève: jugement très sûr.sensibilité très fine, équilibre parfait.Veut-on un exemple de cet équilibre ?Il y a.et il y aura toujours un état de tension entre la nature et la grâce, et la tentation de minimiser la première pour exalter la seconde existera toujours.« Ou’est-cc que la nature ?écrit Von Hügel.Je veux dire, par là, tout ce qui.à son rang, est beau, vrai et bon dans ce monde, à plusieurs plans, du Dieu unique, dont les richesses sont étonnantes.Eh bien ! la nature (en ce sens) est l'expression du Dieu de la nature, juste comme la Grâce est l'expression du Dieu de la Grâce.Non seulement les deux sont de Dieu et doivent être aimées et honorées comme siennes, mais elles ont été créées, elles sont administrées et mises en mouvement par Dieu, comme des parties étroitement liées d'un seul grand tout — de la pleine et vivante connaissance de Lui, de Son service et de notre bonheur.Pas de Grâce sans la base, l'occasion, les matériaux de la nature, et (chez les individus appelés à réaliser le type) pas de nature sans la Grâce.> (P.119) La religion de Von Hügel était joyeuse; tout lui était prétexte pour rendre gloire à Dieu et chanter Ses louanges.Devant la mort il resta serein, dans un complet abandon à son Père.Cette dernière lui apparaissait comme un acte de dévotion.« Après tout, le dernier acte de la vie est Avril 1965 207 dévotion — la dévotion dans la mort, j'aime cela.» (P.300).Il trouvait belle et faisait sienne la réponse de la mère de Goethe mourante, à une personne qui venait la voir: « Je suis occupée avec la mort » (p.300).Sa nièce semble n'avoir reçu aucune éducation précise.En 1916, son mari étant mobilisé et ses fils au collège, elle séjourna quelque temps chez Von Hügel.Celui-ci lui demanda si elle désirait lire; la nièce accepta avec joie, et à partir de ce moment le baron élabora un plan de lectures.C'est ici que nous faisons connaissance avec le grand humaniste qu'était Von Hügel.Les livres bien choisis étaient « toujours accompagnés d’une lettre qui expliquait leur valeur ou leur beauté particulière » (p.21).Son oncle commença par les classiques grecs et latins, puis vinrent les poètes anglais.Lorsqu'elle le pouvait sa nièce passait quelques jours chez lui et de longues conversations s'engageaient, complétant les lectures.« Je veux, disait-il, vous préparer, vous organiser pour la vie, la maladie, les crises, la mort.* (P.21) Von Hügel connaissait très bien la littérature chrétienne des premiers siècles; il fit lire entre autres choses à sa nièce des œuvres de Tertul-lien, et YHistoire lausiaque des premiers moines de Pallüdius.Nous trouvons également parmi les ou vrages suggérés ceux de saint Thomas: Dieu et les créatures, le commentaire sur L'Ethique d'Aristote Comme on peut le voir, le programme de lectures était riche et varié.C'est un livre rafraîchissant pour l’intelligence et le cœur que cette correspondance.Comment ne pas aimer cet homme, esprit hautement cultivé, mais cherchant avant tout l'humilité: « Priez, écrivait-il, pour que votre oncle devienne très, très humble, disparaisse à ses propres yeux — avec juste Dieu et les âmes, son petit moi n’étant qu'une de ces âmes.Comme ce serait magnifique! » (P.155) Ce vieil oncle aimait tendrement sa nièce, comme sa propre fille.Il s'inquiète de sa santé, lui donne paternellement des conseils, l'appelle « Enfant de mon vieux cœur » (p.154), et signe « votre vieil oncle et père aimant » (p.239).(1) HUGEL (Friedrich von) LETTRES A 5/1 NIECE.Préfacées par Maurice Nédoncelle.Traduites par Agnès Joly.[Paris) Editions Montaigne [1964].300p.17.5cm.En marge de la dernière oeuvre de Jean-Paul Sartre ?Henri-Paul BERGERON Au risque de scandaliser les critiques qui sont portés à juger une œuvre philosophique ou littéraire comme un traité d’exhortation morale, j’émets l'opinion que l'autobiographie de M.Jean-Paul Sartre, intitulée Les mots est de nature à inspirer des réflexions salutaires à tout lecteur averti.A une époque où toutes les valeurs semblent se mesurer à l’aune de l'argent, le geste d'un écrivain qui vient de refuser les cinquante mille dollars et les honneurs du prix Nobel de littérature mérite notre profonde admiration: c'est une prédication que bien peu de gens auraient le courage de faire même au nom de leurs principes religieux.Si l’on peut déplorer qu’une telle conduite n'émane d'un idéal plus élevé, l’on ne peut que s’incliner devant cette sincérité dans l'expression de convictions morales purement humaines.Les mots sont aussi à leur façon la prédication d’un idéal incomplet mais sincère.Cette confession sans pénitence d’un agnostique qui avoue loyalement sa déception profonde devant la réalisation de ses plus beaux rêves, loin de détourner de Dieu, est plutôt susceptible d'inspirer un sincère retour à Dieu.La littérature à caractère existentialiste se plaît à suggérer puissamment le désir des plus hautes valeurs par la peinture désolée de leur absence: par exemple, rien ne suggère davantage le sentiment de la présence de Dieu pour un lecteur actif que la peinture de son absence.Tout homme, dans la mesure même où il s’humanise.s'ouvre à des préoccupations existentielles qui l'acheminent vers la recherche pius ou moins 2 08 LECTURES consciente d'un bien absolu.La plupart du temps ce désir s’inscrit en creux et s'exprime surtout par la déception qui accompagne la réalisation des plus beaux rêves.Par le titre même de sa confession, M.Jean-Paul Sartre a voulu exprimer le caractère dérisoire du seul culte qui inspira sa vie depuis sa prime jeunesse.Les mots.La première partie de cette autobiographie fait songer à une sorte de transposition du célèbre roman de Jean Cocteau, Thomas l’imposteur: même ton désinvolte, même phrase brève mais imagée, même amour de l’antithèse, même prodigalité de mots d’esprit.Mais tandis que Jean Cocteau se complaisait dans sa jeunesse à célébrer les mensonges poétiques d'un adolescent qui est bien moins un imposteur que la proie de ses illusions, M.Jean-Paul Sartre dans sa maturité s’acharne à démasquer l’imposture et l’hypocrisie de l’enfant et de l’adolescent qu’il a été.Ce qui nous ravit, c'est l’expression en beauté d’un pessimiste sincère qui n'a de mémoire que pour les traits sombres de son enfance et de sa jeunesse.Loin de se bercer d’illusions, l’auteur s'acharne à discerner le ver rongeur qui ravage les plus beaux sentiments.Sa confession désabusée, exprimée sans amour de soi ni des autres, dépourvue de tout sentimentalisme, de tout romantisme, laisse deviner une âme éprise de grandeur morale.Si l'auteur apparaît si méprisant pour la médiocrité en lui-même et chez les autres, c’est qu’il combat énergiquement les tentations d’hypocrisie, d’égoïsme, de sensualité, c’est qu'il pratique ce qu’il enseigne aux autres, c’est qu’il est un apôtre à sa façon.Sans doute est-il encore la proie de la passion aristocratique de l’orgueil, le ver rongeur de sa perfection morale de stoïcien qui ne reconnaît pas Dieu.L’on s’explique mal comment l’auteur qui fait preuve d’une telle lucidité dans sa situation morale puisse encore émettre une tranquille assertion d’athéisme.Son aventure morale comme sa recherche philosophique débouche logiquement dans l’inquiétude religieuse.Nul philosophe contemporain n'a mieux démontré en un sens l’absurdité de vouloir se confiner dans le relatif d’une phénoménologie existentialiste qui se voudrait un succédané de la métaphysique.Son œuvre L’être et le néant est considérée par plusieurs comme la réfutation par l’absurde de l’opinion qui prétendrait réduire la perspective philosophique aux apparences sensibles.A cause de son éducation, M.Jean-Paul Sartre a misé toute sa vie sur le culte aveugle d’un certain humanisme qui s’est substitué à la religion.Le culte dérisoire du « verbe » s'est substitué dès l’enfance à celui du « Verbe incarné », de Jésus-Christ.Au fond, ce que l'auteur reproche amèrement à ses éducateurs, c'est d’avoir contribué par leur christianisme de pharisien à faire de lui un agnostique.L’auteur oublie parfois le ton hargneux qu’il prend pour fustiger les mensonges de sa vie d’enfant sage pour célébrer avec un lyrisme contenu le culte idolâtrique de la littérature que son grand-père maternel Charles Schweitzer lui a inculqué.Il a beau dénigrer ce luthérien humaniste et dire qu’il est affranchi de son influence, il demeure profondément marqué par lui.Celui-ci a remplacé pour lui le père qu'il n'a pas connu.Cet homme autoritaire, tyrannique pour ses enfants et sa femme, mais d’une indulgence excessive à l’égard de son petit-fils pour narguer son entourage, n'a pas transmis son christianisme de façade mais il a inspiré un certain puritanisme dépouillé de tout sentiment religieux au profit du culte des mots.Ce que son élève lui reproche, c'est d'avoir eu une mentalité luthérienne sans en avoir le caractère religieux.Ce que suggère l’art dépouillé de cette autobiographie Les mots attire bien davantage l’attention du lecteur que ce qui est clairement exprimé.Le tourment inavoué de l'absence de Dieu se devine tout au long de cette confession ainsi que le goût du renoncement, de l'austérité, du culte de la volonté pure.Tout lecteur cultivé devrait prendre connaissance de ce témoignage capital pour la compréhension d’une œuvre philosophique et littéraire qui domine la production de l’après-guerre.« Il est si évident que nous vivons dans des temps de transition, de déclin, de pauvreté de convictions profondes et créatrices, où l'analyse excède tellement la synthèse, que l’habitude est dans l’air ambiant de poser des questions, de chercher à tâtons, de s'étonner, d'aller à la dérive, de tout regarder au microscope — alors que devenir et être, produire de la réalité, adorer, vouloir voir les choses en grand, dans leur ensemble, et en ce quelles ont de meilleur, c’est ce dont nous avons tous besoin.» Friedrich VON HUGEL Avril 1965 209 Florent GABORIAU: Nouvelle initiation philosophique : Les grandes étapes de la pensée Henri-Paul BERGERON Parmi les ouvrages d'initiation philosophique publiés ces dernières années, celui que rédige M.Florent Gaboriau 1 avec l'assistance de quatre collaborateurs se distingue par son unité, son originalité et sa valeur pédagogique.11 ne s'agit pas simplement d'un plan d'ensemble dont la rédaction des parties serait confiée à divers auteurs, mais d'un travail qui exige une coopération beaucoup plus étroite en vue d'initier à une découverte progressive des problèmes selon leur enchaînement naturel.Au lieu de se contenter de rajeunir la pensée traditionnelle et de l’enrichir par un apport des découvertes de la philosophie contemporaine, l'inspirateur de cette œuvre s’est efforcé de reprendre à neuf l’itinéraire épistémologique et métaphysique en utilisant toutes les ressources de la phénoménologie.L'originalité principale de cet ouvrage, c'est de ne pas réduire la phénoménologie à une introduction aux traités proprement philosophiques mais, selon l’expression de l’auteur.« d'avoir investi la critique dans la phénoménologie en s’attaquant une à une aux multiples catégories du langage ».Loin de privilégier arbitrairement un système clos de pensée, de juxtaposer simplement divers systèmes ou d'opter pour un éclectisme incohérent, l'auteur s'efforce de coordonner les découvertes de la pensée contemporaine avec celles du passé.L'étude phénoménologique de l’existant, dépouillée des préjugés anti-intellectualistes, devient une tige qui croît lentement et fleurit en métaphysique.Une telle réflexion ne se prête guère aux brillants raccourcis d'allure cartésienne; mais elle comporte par nature de longs développements sinueux et risque de se perdre dans des détails oiseux qui nous laisseraient aux portes de la métaphysique.L’auteur évite de se perdre dans l’enchantement des méandres de la phénoménologie; mais, pour rester fidèle à sa méthode, il a dû composer, avec l'assistance de ces collaborateurs, un ouvrage qui comporte déjà quatre tomes de plus de cinq cents pages chacun.Le premier, paru chez Casterman en 1962.se présentait comme une introduction originale à la recherche philosophique.Au lieu de préjuger des solutions, l'auteur se borne à esquisser les abords de la métaphysique, à évoquer ses origines historiques, à révéler le point de départ actuel de la recherche en ce domaine.Un tiers du volume est constitué de textes philosophiques choisis en vue d’amorcer une cinquantaine de thèmes-débat appelés carrefours, destinés à inspirer aux étudiants comme aux professeurs le sens de la réflexion philosophique.Chacun des volumes suivants comportera ainsi une cinquantaine de thèmes-débat, essentiellement liés à cette nouvelle initiation qui est une révolution dans l’art d'entraîner à la réflexion philosophique.En 1963, paraissait coup sur coup les volumes intitulés Phénoménologie de l'existence, traitant successivement des problèmes suivants: avoir, qualité, action, passion, relation (et langage), quantum, temps.Une œuvre aussi considérable et d’un caractère aussi complexe ne saurait se résumer.Les lecteurs qui en avaient pris connaissance, les professeurs surtout qui en utilisaient certaines parties, attendaient avec impatience la suite qui devait exposer les problèmes essentiels de la métaphysique.A la fin de 1964 paraissait le quatrième volume qui s’articule sur les précédents et traite du problème de la substance et de la personne humaine.Avec le cinquième, qui doit sans doute s'imprimer prochainement et qui étudiera la personne et la divinité, se termine ce que l'on considère comme une initiation « élémentaire » de deux ans à la réflexion philosophique.La parution de ces volumes qui constituent un précieux instrument de travail facilitant l’accès au renouveau philosophique.nous fait regretter davantage que l’enseignement méthodique de la métaphysique soit menacé de disparaître pour l’ensemble de ceux qui s’orientent vers l'université.La culture philosophique est un luxe intellectuel qui prend beaucoup de temps, et ceux qui prétendent la donner au rabais par quelques heures d'étude, sous prétexte de la monnayer pour tous, lâcheront la proie pour ne saisir qu’une ombre.210 LECTURES Certains lecteurs pourront différer d'opinion sur plus d’un point au sujet de cette nouvelle initiation philosophique, mais nul ne contestera l'intérêt et l'originalité de cet effort de conciliation et de raccordement entre les recherches parallèles des penseurs modernes qui tendent vers une solution réaliste fort nuancée des problèmes métaphysiques.Cette initiation de base appelle le complément d une initiation de détail rédigée dans le même esprit, c’est ce qu’annonce déjà le quatrième tome en indiquant une nouvelle liste de cinq volumes à paraître: logique.éthique, esthétique, politique, lexique.Tous ceux qui s'intéressent à la philosophie attendront avec impatience cette deuxième partie de la somme de M.Florent Gaboriau et de ses doctes collaborateurs.(1) GABORIAU (Florent) soin ELLE INITIATION PHILOSOPHIQUE.T.IV: Les grandes étapes de la pensée — Décisions I.[Tournai] Castcrman.1964.527p.22cm.t ThoiksiSu bU)lw£piaphiqusLôu Littérature canadienne « Littérature CLOUTIER (Cécile) CUIVRE ET SOIES.suivi de Mains de Sable.Montréal, Editions du Jour [1964J.75p.20.5 cm.(Coll.Les poètes du jour, no 5) Plaquette mince, mais combien dense et pleine.« Des poèmes purs et durs comme des diamants ».affirme Ciatien Lapointe.Ceci est vrai pour les deux parties du recueil, dont la dernière porte le titre de Mains de Sable et a reçu la consécration de Jean Cocteau.Les Editions du Jour, qui ne produisent pas toujours de l'excellent, ont eu ici la main juste.Car ces deux suites de poèmes qui chantent en même temps « l'amour et la solitude ».sont à l'honneur de nos lettres.Il est vrai que Cécile Cloutier a toujours su montrer une âme de poète véritable, qui ne transige pas avec la facilité et l'à-peu-près.Elle préfère la force de l'inspiration et la réalité de l image.En quelques lignes, elle exprime sa solitude dans un texte d'une profondeur et d'une concision rares: A Irai ers la grille de mes ns Au cœur de mes mains Avril 1965 Désertes de toi Au centre de mes regards Absents de ton absence Il neige tempête de glace A intention de marbre, (p.31) Et lorsqu'elle chante l'amour, elle ne sait pas moins utiliser l'image qui frappe et la pudeur du langage poétique: J'ai eu pour toi Aube de cèdre Et de dentelle Dans l'ogive de mon gesh Je me suis laite pays de soit Dans l'auberge de tes bras Je suis détenue Ile Drapte de tes caresses Dans le palais de lin Di nos deux corps nous s.(p.29; Ailleurs, elle réussit un instantané photographique de la meilleure venue: Dans un tbsâtre de terre Fidele a son geste de plâtre Il tout le pas D'une robe Arrêts s ( Le Mannequin, p.641 Cécile Cloutier a su incarner sa poésie dans les choses terrestres, où prolifèrent les termes de la nature, bien proches de nous: eau.mer.vagues, terre, chair, laine, arbres, racines, feuilles, fleurs, pierres.Le métal y prend une importance particulière: .des gestes de métal aveugle (p.16) // fait tendresse D'acier (p.l“) J'ai besoin d'un lit re D'encre d'acier (p.41) Par ses éléments premiers et naturels.Cécile Cloutier veut, comme tout poète, reconstruire le monde.Elle l'avoue dans les deux vers suivants: Avoir cntic de jouer avec le monde De nouveau (p.49) Cette recréation de l'univers, elle l'accomplit dans une langue limpide et claire, où les raccourcis et la litote permettent une économie de mots qui démontre une maîtrise peu commune.Le lecteur se voit aidé très souvent par une disposition typographique étudiée, qui produit un effet décisif.Et la poétesse utilise parfois même les majuscules.et va jusqu'à l'alignement \ertical.Assonances et allitérations, jeux de mots voisins par la sonorité et le sens, refrain, tout lui sert pour amener le lecteur à vibrer à son chant, à communier à son émotion.Bref, une œuvre dense et qui marque.André MELANÇON 211 Michèle MAILHOT MAILHOT (Michèle) DIS-MOI QUE JE VIS.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].159p.20.5cm.Dans une longue nouvelle, que le Cercle du Livre de France nous présente avec le sous-titre de roman, Michèle Mailhot nous livre le désarroi d'une jeune femme de trente ans, Josée, qui essaye de survivre à la double déception d’un amour conjugal, que Pierre n’a pas satisfait, et d’un autre amour, qu'elle avait cru libérateur, mais qui l’a laissée encore plus pantelante.C'est pourquoi l’auteur, dans la dernière ligne de son livre, tente un ultime appel à son époux: « Le jour se lève.Pierre, réveille-toi ».Car elle sent bien quelle n’a vécu que pour des illusions, ou des instants trop courts, qui ne l’ont pas comblée.Nous assistons donc, au cours de ces pages, à la solitude toujours plus grande, et même affreuse, de la femme canadienne de trente ans, qui n'a pas su être comprise par un époux pourtant fidèle, mais combien égoïste, et peu capable de saisir l’impondérable du cœur féminin.Pierre a la conscience en paix, parce qu’il a tout donné de ce qu'il croyait indispensable à une femme.Mais il a toujours ju- gé à la façon d’un homme, calculateur comme en affaires, où il réussit d'ailleurs assez bien.Pour lui.tout est réglé par le confort et les sorties, et il ne songe qu’à satisfaire ses appétits, comme une récompense aux gâteries matérielles qu’il prodigue.Comme un trop grand nombre de nos professionnels et de nos hommes d’affaires, il n’a pas su comprendre son épouse, qu’il a presque poussée, inconsciemment, dans les bras de Jean, pour qu’elle puisse chasser son ennui.Et c’est bien de l’ennui qu’il s'agit dans ce livre.L’ennui de l’épouse choyée, mais qui attend tellement plus de la vie conjugale.L'ennui surtout de l'épouse seule, sans enfants, qui se regarde vivre et dépérir auprès d’un Pierre satisfait et visiblement heureux.Mais il ne peut se douter de l'enlisement, de la solitude et de la déception de Josée, qui a cru découvrir dans l’amour de Jean un renouvellement vital, qui tourne vite en désillusion, en lassitude, devant la comédie des étreintes les plus étroites.Car il y a des étreintes d’un autre ordre.Le drame de Josée est celui, mais quelque peu différent, de son amie Laure, qui est descendue au plus bas de l’abîme, et même de la jeune épousée Lise, qui perdra sans doute, et en quelques années seulement.l’idéal qu’elle s'était forgé.C'est le drame actuel et combien profond d'une kyrielle de femmes d'un certain âge, qui ont à leur disposition toutes les facilités du confort moderne et des sorties joyeuses.mais auxquelles manque le « bouton » qui pourrait leur procurer le bonheur d’une vie vraiment à deux, alors que les époux, dans un égoïsme qui s’ignore, ne pensent qu'à leurs affaires et à leurs plaisirs.Solitude et ennui de la femme déjà mûre, qui cherche des succédanés dans le travail à l’extérieur, dans les voyages ou dans les passades.et que Michèle Mailhot nous décrit dans une sorte de réflexion rétrospective, où fourmillent les re- marques courtes et justes, souvent teintées d’une ironie presque cynique, à la façon des moralistes français.Le cadre sc situe dans notre Montréal, dont certains secteurs ou certaines activités sont dépeints avec précision, particulièrement le voyage en autobus, qui nous laisse une image si triste des habitués de la Compagnie des Transports.Toutefois, il y a, dans les yeux d'une vieille infirme, l’éclair illuminateur qui répond au geste charitable de Josée, par un sourire qui l’embellit pour quelques secondes.Le cri de Josée est-il un cri totalement désespéré ?Non, puisqu’elle termine son livre par un appel à Pierre.Il s’y rencontre aussi des retours à l’enfance et à la pureté qui laissent croire, aussi bien chez Laure que chez Josée, à un espoir qui demeure, si ténu soit-il.Le seul fait d’avoir écrit ce livre est un appel au secours.Et tant qu’on appelle, on espère encore.Puissent surtout les époux concernés méditer avec Michèle Mailhot à la tragédie qui pourrait se poser derrière le masque de leurs épouses qu’ils croient rendre heureuses.Le livre est écrit avec sobriété et dignité, en un français correct, et pourrait être lu aussi bien en France qu’ici, puisqu’il touche un problème fondamental de l’épouse française comme de l’épouse nord-américaine, qu’on croit privilégiée, mais qui s'étiole dans la solitude et l’ennui.André MELANÇON II! Illlllllllllllllllllllllllllllllllltlllllllll MARCEL (Jean) RI N A LASNIER.Montréal, Fides [1964].96p.16cm.(Coll.Classiques canadiens, no 28) Point n’est besoin de présenter aux habitués de Lectures la collection Classiques canadiens, que les éditions Fides offrent aux étudiants depuis nombre d’années.Notre 212 LECTURES propos est de parler ici du recueil anthologique préparé par M.Jean Marcel: Rina Lasnier.Cette poétesse, peut-être notre plus grande, sans être aussi connue du public moyen qu’Anne Hébert, a pourtant reçu d’assez nombreux témoignages d'estime pour mériter enfin d’entrer dans la liste de nos immortels.M.Jean Marcel, comme ses prédécesseurs.a suivi la ligne dictée par le comité de publication des Classiques canadiens.Après une brève introduction, où il nous situe Rina Lasnier dans son œuvre et son art, ses sources et sa destinée, l'auteur de l'anthologie nous dresse une chronologie et des notes bibliographiques assez complètes pour satisfaire l'étudiant ou le licencié qui veut s'attaquer à un travail de thèse.Un seul oubli, sans doute involontaire: le millésime de naissance de la poétesse.Le florilège proprement dit, qui constitue la majeure partie du recueil, débute par dix pages de prose toujours poétique.On y remarque cette admirable définition de l’inspiration: L'inspiration n'est pas l'Esprit-Saint voletant au-dessus de la tête du chanteur, c'est la chair, le sang, l'âme du poète portés à la rencontre de la beauté: elle est le mystère inexplicable de cette rencontre: ainsi la poussière devenue splendeur et Jean MARCEL magie au moment nu ravie de la terre et tenue à hauteur de nuage, elle tpouse la couleur, (p, 24) Aux pages suivantes, on nous propose, sous le titre de L'heure de la poésie, un texte capital sur l’essence et l’importance de la poésie dans le monde, et particulièrement dans le milieu canadien-français, qui « n’a pas à tourner le dos au sacré » (p.27).Viennent deux autres textes en prose: La Flûte aux lèvres et Le Saule, d'une poésie candide et fraîche.Puis, une cinquantaine de pages de poèmes tirés des différents recueils qu'a publiés Rina Lasnier comme Images de Proses.Madones Canadiennes, Le Chant de la Montée.Escales, Présence de l'Absence, et Mémoire sans Jours.C'est dans ces poèmes que nous retrouvons les thèmes signalés par M.Jean Marcel dans sa notice in-troductoire: l'amour, le monde chrétien et la mort.On y découvre une prolifération d'images, illustrant des textes d'une prosodie variée, qui va « du souple vers classique.à l’ample verset » (p.9).Et malgré la force et la densité des poèmes de Présence de l'Absence, notre préférence se porte à ceux du dernier recueil.Mémoire sans Jours.La forme est toujours belle, dans des raccourcis saisissants, comme en témoignent ces vers tellement poétiques: Si lève ton regard si haut que I orme Quand l’oiseau pour les yeux fchante à cœur failli.L'amour est dans tes larmes.{l'étoile au fond du puits, i Cœur-Volant.Présence de l’Absence, p.69) Quelques témoignages de critiques.qui vont de Raïssa Maritain à Clément Lockquell.terminent le volume.Nous ne saurions clore cette re-sension sans mentionner la présence de poèmes écrits en langue anglaise.et sans ajouter deux magnifiques quatrains inédits, qui nous as- surent que l'œuvre de Rina Lasnier est loin de son achèvement, même après la parution assez récente des Gisants: Les Saints Livres Grain de sable prenant le vent {pour compagnon Grain de sable pour porter seul {la mer des œuvres J'ouvre les saints grimoires {des incarnations Et je saisis Dieu au milieu [de sa preuve, (p.70) L'Hippocampe Insensible à la paumée comme a {la lumière Il nage debout et cambré depuis Eve.Pégase déchu des fontaines {de la Genèse A cause du serpent changé en [Chimère, (p.90) Rina Lasnier, un grand poète chrétien.André MELANÇON René PAGEAU PAGEAU (René) SOLITUDE DES ILES.(Illustré par Bruno Hébert).Montréal, Editions de l'Atelier [1964).77p.ill.(h.-t.) 19cm.M.René Pageau semble en être à son premier recueil.Comme de Avril 1965 213 nombreux poètes canadiens qui ont publié récemment, l'auteur revoit avec nous certaines impressions qui ont marqué son enfance.Ce « parfum d'enfance » (p.41) l'a surtout enchanté, de même que les éléments religieux et spirituels qui continuent à le faire vibrer.C'est pourquoi le lecteur est surpris.dans l'ambiance actuelle, de rencontrer certaines pages résolument chrétiennes: O humains ! retour perpétuel \à la pierre.A l'aube: Itilroibo ad al tare Dei.Délit rance, sortir du t entre {des nuits (p.46) L'angoisse, la solitude, thèmes éternels et bien contemporains, reviennent souvent sous la plume de René Pageau.Mais l'adversité ne tue pas complètement l'espérance, car le poète continue à chanter, malgré ses adversaires: Ils ont tout fait pour que fie me taise Ils ont même fermé ma porte {au jour Et pour ne plus que renaisse {mon amour Us ont mis neige sur braise.Et j’ai cheminé dans la joie [de l’agonie, (p.^0) Ces quelques vers donnent une idée assez juste de la langue et du style du poète, qui semblent aller s'affermissant à mesure que le recueil progresse.Poète chrétien, mais aussi profondément enraciné dans les préoccupations d’aujourd'hui, René Pageau ne peut nous laisser indifférents.André MELANÇON IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIII CLOUTIER (Eugène) CROISIERE.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1963].189p.20.5cm.Avec Croisière, le lecteur s'embarque vraiment pour la Cythère des apparences et des désenchante- Eitgène CLOUTIER' ments.Au premier abord, il ne semble pas, comme il est indiqué en sous-titre, qu'il s'agisse d'un roman.mais plutôt de deux nouvelles distinctes se déroulant, l'une de nuit, l'autre de jour, et chacune avec ses personnages propres.Ce n'est que ruse de bon pirate: quand on retourne le dernier feuillet de cet étrange livre de bord, on se rend compte que par le fond de sa substance et l'intention de l'Auteur Croisière n'offre qu'un seul et même tableau présenté sous la forme d’un diptyque.Les volants, tout constrastants qu'ils paraissent par des détails de technique ou des valeurs d'imagination, ne laissent pas moins deviner le même coup de pinceau et la même huile.Le premier volant, une marine nocturne, nous décrit les aventures d'un noctambule halluciné parti à la recherche d'une insaisissable Be-rangère aux « cuisses intellectuelles ».Maniaque dépressif ou victime de folie circulaire, je ne sais, cet Anatole suffocant sous la poussée de ses phantasmes pense tout haut et dangereusement, étale ses moindres obsessions, en paiiiculicr.celles qui lui viennent de ses « mystérieux abyssus chromosoniques » ! Et voilà que nous voguons en pleines brumes surréalistes ! Le temps et l'espace ne comptent plus, les mots et l’art même perdent leur sens Toutes les fantasmagories de la démesure et de la chimère se donnent rendez-vous dans la ville inhumaine et prennent leur envol devant nous: nous sommes donc mis en face de géants, de lions doux comme des chats, de crocodiles courant les salons, de femmes bi-couleurs et autres croustilles érotiques.Entrevisions kaléidoscopiques des profondeurs d'une âme ! Enfin — deux ex machina — notre cas clinique va s'achever dans un acte d'amour suicidaire.Second volant.Celui-ci est beaucoup moins surréaliste, partant beaucoup plus prosaïque.Nous naviguons cette fois sur les mers tropicales, dans un de ces « paquebots en croisière tout remplis d’inconnus, qui se connaissent mieux que des amis d’enfance.» et qui se croient « avoir de nouveau vingt ans » ! Prenant prétexte de l’aspect aphrodisiaque que présente un certain farniente touristique, l'auteur recrée les plaisirs et les jeux assez peu innocents de la jungle, entremêle le tout de palabres que tiennent des désoeuvrés sur l'amour vidé de ses légendes ou sur l'amour-accouplement, sur la sincérité envers soi-même qu’on taxe ici d'infidélité.et sur d'autres propos de même farine pour gens qui ont développé une aptitude à ne rien espérer comme à ne désespérer de rien.Psychopathes ou lucides, d'après M.Cloutier, nous sommes tous condamnés à l'interminable et affolante croisière autour du soleil, en d'autres termes, à un irrécusable absurdisme de la vie.Qu'à la manière de Pierre Molaine, dans Les Orgues de l'Enfer, un auteur révèle la pauvre condition humaine des déboussolés qui vivent dans un surréalisme incontrôlable et versent à l'état brut, sans référence à aucun principe, les anxiétés les plus morbides.passe encore: la littérature de clinique sérieuse a droit de cité et peut apporter une révélation à rebours qui n’est pas sans valeur.Mais qu’on représente la condition humaine dans ses aspects, je ne dis pas, misérables au sens pascalien du mot qui appelle de soi pitié ou grâce, mais uniquement médiocres, comme une matière à pure sensation.c’est affaire de petits journaux ou de petits romans qu'on ne 214 LECTURES prend pas le temps de décanter.Croisière d’Eugène Cloutier illustre l'une et l’autre manière romanesques.Malgré ici et là de réels bonheurs de pensée et d’expression, l’oeuvre ne fait pas le poids et demeure dans son fond trop pauvre, trop légère pour nous laisser une valable inquiétude.Roland-M.C HARLAND il NI II lilllllllllll lllllllllllllllillllllll INI GIGUERE (Diane) L'EAU EST PROFONDE.Récit.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].141p.19.5cm.Un récit de Diane Giguère.— Ile Ste-Croix, île des Caraïbes: une Canadienne, adolescente encore, est attirée à la sexualité par un compatriote, marié déjà, qui l’abandonne après.« Moi qui avais rêvé d’un amour qui déciderait de ma vie.Quand je repense à ce voyage, mon premier voyage à l’amour qui naissait, mon premier amour (je n’avais que 17 ans), c'est comme si la jeune fille que j’étais n’avait pas existé.» L’étranger, qui survient à la fin du récit, aventure symbolique peut-être, confirme l’ensemble pour cette finale de douleur: « Qu’ai-je fait ?Qu’ai-je fait pour être si déchirée.Qu’on me juge ou qu'on m'aime mais qu’on me délivre enfin de l’absence ! » Comme si l’auteur voulait implorer le pardon d'une faute inconnue ! C’est clair: la sexualité est loin d’être toujours l’amour et il arrive en ce domaine comme en plusieurs autres que less assassins s'en tirent assez bien.Le récit de Diane Giguère, tout en nuances et subtilités, évolue par insinuations et retours: comme l'eau autour d'un rocher de mer.L’auteur connaît ses personnages comme elle connaît ses paysages, ses fleurs et l'habitat sous-marin Diane GIGUERE qui l’attire autant que son île.Peu d’artifice, pas d’images fanées, rien de méchant ni même noir, aucune impudicité facile (il y en a qui se- ront déçus !).Au contraire, un rêve d'âme claire, longue mélancolie irréversible, des mots justes, dans un décor qui touche parfois au merveilleux.Dans un tout autre style que Le Temps des Jeux, du même auteur; un peu la revanche de Lolita, mais sans fiel bien que d’une amère tristesse.Il faut prendre le temps de lire, comme il faut le temps d’écouter pour comprendre un jeune cœur désarmé par l'égoïsme de certains adultes.Car si Diane Giguère nous invite à partager sa peine sous-marine, elle le fait un peu à la manière d'Anne Hébert quand elle nous convoque à descendre lentement au Tombeau des Rois pour consulter l’oracle de ses souvenirs.L'eau est profonde: un récit au sens noble du mot.Belle pièce littéraire aussi.Benoît LACROIX LIVRES ET AUTEURS CANADIENS 1964 Panorama de la production littéraire de l'année.Des comptes rendus critiques de tous les livres importants de I année.Article éditorial : D'Affaires Culturelles par Adrien Thério.Une étude de Terre Québec, de Paul Chamberland, par Maximilien Laroche.Un article de Luc Lacourcière sur Philippe Aubert de Gaspé, fils, avec des documents inédits.LIVRES ET AUTEURS CANADIENS EST LA SEULE REVUE DU GENRE AU CANADA.En vente dans toutes les bonnes librairies ($1.75) Avril 1965 215 Liste des ouvrages eanadiens récents Afin de mettre nos abonnés plus rapidement au courant de la production canadienne, dans tous les domaines, nous publierons dorénavant, chaque mois, une liste des dernières nouveautés parues.Il s’agit là d'une simple nomenclature d’ouvrages, sans indication de leur valeur.Bon nombre de ces ouvrages seront ultérieurement l’objet d’une recension ou d'une étude critique qui en établira la valeur.Religion * L'Eglise.Constitution dogmatique promulguée par S.S.Paul VI lors de la troisième session du Concile Vatican II.Montréal.Fides [1964].141p.16cm.(Coll.A louette blanche, no 9) Sciences sociales CHAPUT (Marcel) J'ai choisi de me battre.Petite histoire très personnelle du séparatisme québécois.De Maurice Duplessis à Claude Wagner.Montréal.Club du Livre du Québec [1965].160p.18cm.DANEAU (Marcel) Situation économique de la pêche côtière du Québec.[Québec] Ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec, 1964.181p.25.5cm.EN COLLABORATION L’état du Québec.Présenté par Guy Nadeau, Guy Bertrand, Georges Caron, Jules Emery, s.j.et Antoine La Rue.membres du Club Fleur de Lys du Québec.Montréal, Editions de l’Homme [1965].92p.20.5cm.FONTAINE (Marie-Blanche) Une femme face à la confédération.Montréal, Editions de l’Homme [1965].156p.20cm.MARIER (Gérard) Aujourd’hui les jeunes.Montréal, Editions de l’Homme [1965].95p.20.5cm.ROBERT (Gabriel-Aimé) Education physique formative.Montréal, Fides [1965].183p.ill.28cm.Sciences appliquées SEKELY (Trude) Pour vous future maman.Manuel pour préparer à l'accouchement.Réédition.Montréal, Les Editions de l'Homme [1965].159p.ill.20cm.Beaux-Arts ROBERT (Guy) Ecole de Montréal.Situation et tendances.Situation and trends.[Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1964.] 150p.ill.21cm.(Coll.Artistes canadiens) Relié.Poésie BEAULIEU (Michel) Pour chanter dans les chaînes.[Montréal] Editions La Québécoise [1964].[70p.] 19cm.BRASSARD (Roland) Esquisses.Québec.Editions Garneau [1965].123p.20.5cm.BRAULT (Jacques) Mémoire.Montréal, Librairie Déom [1965].79p.21cm.(Coll.Poésie canadienne, no 10) LAPOINTE (Paul-Marie) Pour les âmes.Poèmes.Montréal, Editions de l’Hexagone [1964].71p.18.5cm.MATHIEU (Pierre) Partance.[Montréal] La Québécoise [1964].61p.19cm.Romans ARCHAMBAULT (Gilles) La vie à trois.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].178p.20.5cm.GIGUERE (Diane) L’eau est profonde.Récit.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].141p.19.5cm.MAJOR (André) La chair de poule.Nouvelles.[Montréal] Editions Parti Pris [1965].185p.15.5cm.(Coll.Paroles, no 3) Miscellanées FOURNIER (Jules) Mon encrier.Introduction d’Adrien Thério.Préface d'Olivar Asselin.Montréal, Fides [1965].350p.21cm.(Coll, du Nénuphar) HARVEY (Jean-Charles) Des bois, des champs, des bêtes.Montréal, Editions de l’Homme [1965].130p.20.5cm.PELLERIN (Jean) Le calepin du diable.Fables et inneffables.Montréal, Editions du Jour [1965].125p.19cm.(Coll.Les idées du jour, no 16) 216 LECTURES Vient de paraître à dans la collection “Classiques canadiens” RINA LASNIER textes choisis et présentés par JEAN MARCEL Les autres titres de la collection : BRÉBEUF FRONTENAC MARGUERITE BOURGEOYS SAINT-DENYS GARNEAU CHAMPLAIN CRÉMAZIE LE PÈRE PAUL LE JEUNE THOMAS CHAPAIS NÉRÉE BEAUCHEMIN JULES FOURNIER ALBERT LOZEAU PAUL MORIN ALAIN GRANDBOIS ROBERT CHOQUETTE CHARLEVOIX J.B.A.FERLAND ARTHUR BUIES FRÉCHETTE ÉLISABETH BÉGON LAURE CONAN LUCIEN RAINIER M.-A.LAMARCHE PIERRE BIARD P.-J.-O.CHAUVEAU MARIE DE L'INCARNATION GABRIEL SAGARD ÉTIENNE PARENT chaque volume $0.60 245 est, boulevard Dorchester, Montréal — 861-9621 Avril 1965 217 Littérature étrangère Religion JANSSENS (L.) LIBERTE DE CONSCIENCE ET LIBERTE RELIGIEUSE.Paris, Desclée de Brouwer 11964], 207p.18.5cm.On connaît les débats mouvementés qui ont agité l'Assemblée conciliaire de Vatican II, à l’occasion du schéma sur la liberté religieuse.La solution de ce problème a été reportée, comme on le sait, à la dernière session du concile.Le livre du chanoine Louis Janssens vient donc à point pour éclairer l'opinion catholique sur cette délicate question.Il prend comme point de départ certaines déclarations de Jean XXIII et de Paul VI sur la liberté religieuse exigée au nom d'une conscience droite et il les situe dans la double tradition théologique de saint Thomas et de Suarez sur la liberté de conscience.Mais, on ne saurait oublier, face à ce problème, les énergiques prises de position de l’Eglise, au siècle dernier, contre «les libertés modernes», fruits de l’indifférentisme, du naturalisme, et du rationalisme.Ces condamnations pontificales, en apparence contraires au courant de pensée actuel, sont remises brièvement dans leur contexte, puis l’auteur étudie longuement l’évolution de la pensée théologique concernant la conscience erronée, aperçu qui nous fournit un grand nombre d’éléments intéressant directement le problème de la liberté de conscience et de son application la plus importante, la liberté religieuse.Dans une seconde partie de son ouvrage, le professeur Janssens insiste sur deux données de base qui, parce qu’inscrites dans la nature même de l’homme devront toujours êtres prises en considération.En effet.chaque personne humaine jouit de la dignité de sujet moral et.com- me tel, elle doit élaborer ses jugements de conscience, en toute liberté et responsabilité, tant vis-à-vis son option morale fondamentale que vis-à-vis tous les choix particuliers qu’elle doit y intégrer.La société doit donc respecter les prérogatives essentielles de tout sujet moral: son autonomie, sa singularité irremplaçable et son inviolabilité.Par ailleurs, l’homme est un être social, dès le début de son existence; aussi, pour se réaliser pleinement lui-même, doit-il tenir compte des exigences de ses relations sociales.Si la dignité de sujet moral fonde la liberté de conscience, la nature sociale de l’homme, par contre, lui impose certaines limites.11 y aura donc inévitablement des conflits.Aussi l’auteur, dans une troisième partie, s’efforce-t-il d’établir les critères et les limites de la contrainte légale dans les cas où quelqu’un veut poser une action matériellement mauvaise par suite d’un jugement de conscience erroné de bonne foi.Après avoir déclaré que le législateur ne doit jamais s’imposer à la conscience au delà de ce qui est nécessaire et doit plutôt laisser toute la marge possible pour la liberté, l’auteur détaille les exigences du bien commun sous les trois rubriques suivantes: coexistence des personnes et de leurs groupements (justice communautaire).collaboration à la réalisation des valeurs culturelles, au prorata des capacités de chacun (justice légale).coparticipation, dans laquelle les membres de la société ont part aux fruits de la collaboration selon leurs besoins (justice distributive): le tout étant un ensemble de relations objectives indispensables à la réalisation de l’amour.— Cette partie du livre est très concrète, prend position sur des problèmes modernes et renouvelle certaines perspectives dans les rapports entre charité et justice.Enfin, comme le sujet était important.le chanoine a voulu consacrer une étude spéciale au problè- me de la liberté religieuse qui en somme n’est qu'une application particulière de la liberté de conscience.Il le fait en considérant ce privilège de la personne face aux exigences sociales de la coexistence, de la collaboration et de la coparticipation.Ce livre du chanoine Janssens, il va sans dire, intéressera davantage les théologiens et les prêtres tant à cause du sujet abordé que du langage utilisé: l’auteur ne prend même pas la précaution de traduire les nombreux passages latins cités dans le texte ou dans les notes.Il contribuera beaucoup pourtant, croyons-nous, à éclairer les esprits sur un sujet brûlant d’actualité dont l’enjeu est la réussite du mouvement oecuménique amorcé dans l’Eglise depuis plusieurs années.Il ne veut nullement préjuger la décision prochaine de Vatican II, mais il apporte une contribution valable au progrès de cette épineuse question.Jean DURAND, c.s.c.IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIlll lllllllllllllllf III INI SAINTE-MARIE (François de) FILS DU PERE.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].127p.20cm.(Coll.Présence du Carmel) L’auteur du présent volume avait fondé, en 1943, une collection la Vigne du Carmel, qui reste une des grandes réussites des éditions de l’après-guerre dans le domaine de la spiritualité; je pense, par exemple, à Amour et Silence écrit par un Chartreux, un des beaux livres spirituels de notre époque.On fêtait, le 16 juillet 1961, les vingt-cinq ans de sacerdoce de '’auteur; six semaines après il trouvait une mort tragique.Dans la présentation de l'ouvrage, le Père Pierre de la Croix écrit: « La Vigne du Carmel avait reçu si profondément la marque de la riche personnalité 218 LECTURES de son directeur, qu'il n'était pas possible qu'elle continue sans lui.» (P.7) Une autre collection.Présence du Carmel, prend la relève, et on a choisi des textes du Père François de Sainte-Marie pour l'inaugurer; ce sont des conférences de spiritualité données sous le titre (ÏEcole d'Oraison.Cet ouvrage s'adresse à un public cultivé, et une connaissance de l’Ecriture est nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur.Le retour aux sources et d’abord à la source première, la Parole de Dieu, n’est pas exclusif.L’auteur l'a bien compris, et il a puisé largement chez les grands auteurs spirituels, particulièrement saint Jean de la Croix.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Illlll Mil lllllllllllllllllllllll 111111111111111 BOUYER (L.) DICTIONNAIRE THEOLOGIQUE.[Tournai] Desclée et Cie [1963].653p.22.5cm.Relié.Le Père Louis Bouyer est un travailleur acharné; les livres qu’il a publiés sont nombreux et plusieurs sont d’une haute valeur théologique, entre autres, son ouvrage sur la Sainte Vierge, Le Trône de la Sagesse.Une fois de plus, il nous montre que sa science est grande et son souci pastoral vivant.Le Dictionnaire théologique veut être une synthèse de la doctrine catholique; les termes-clés nous sont présentés dans des notes courtes, mais très au point.Quelques articles philosophiques ont été rédigés par le Père Michel Birollet, oratorien, confrère de l’auteur.C’est un excellent instrument de travail pour les prédicateurs et les professeurs de religion; d'autres y trouveront leur compte.« Peut-être un ouvrage aussi simplifié, écrit l'auteur dans la préface, pourra-t-il aussi éviter à des littérateurs ou des journalistes (même catholiques) de choir en quelque piège, en leur permettant de se renseigner d’un simple coup d’œil sur le sens des termes qu’ils emploient quand ils viennent à parler de ces choses.» Espérons qu'ils sauront en profiter ! Signalons en terminant qu'un tableau à la fin du volume permet une lecture synthétique du dictionnaire; on peut lire ainsi les principaux articles de l'ouvrage en suivant le développement du Credo.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll EN COLLABORATION ŒUVRES DE SAINT AUGUSTIN.Nos 28 et 29.Quatrième série.Vol.I et II: Traités anti-donatistes.[Bruges] Desclée de Brouwer, 1963 et 1964.784p.et 665p.17.5cm.Relié.De saint Augustin, tout esprit cultivé connaît les Confessions et au moins de nom — la Cité de Dieu.Ses écrits polémiques sont moins connus.N’est-ce pas là, pourtant, la plus grosse partie de son œuvre ?N’est-ce pas là que lentement s'est élaborée et approfondie sa propre doctrine ?Sans doute l'Ecriture en est-elle la source permanente, l'Ecriture lue à travers une expérience personnelle très riche, ou plutôt aidant à mieux lire cette expérience; mais pareille lecture est sans cesse stimulée et conditionnée par la présence d’adversaires bien définis.Les manichéens d’abord (le jeune rhéteur Augustin en avait été un): contre eux, Augustin explicita toute une métaphysique de la transcendance divine, de la bonté essentielle de la création, de la nature du mal comme privation du bien.Les do-natistes ensuite: de là sortit la théologie augustinienne des sacrements et de l'Eglise.Les pélagiens enfin: d’où les thèses célèbres sur le péché originel, la grâce et la prédestination.qui firent d'Augustin le « docteur de la grâce ».La Bibliothèque augustinienne vient d’inclure dans son édition complète des œuvres de l’évêque d’Hippone deux volumes de traités anti-donatistes.Le premier comprend le psaume contre le parti de Donat, les trois livres contre la lettre de Parménien.la lettre aux catholiques, dont l'authenticité substantielle est ici admise; le second volume est consacré aux sept livres du traité sur le baptême.Selon les principes de l'édition, on trouve dans chaque volume le texte latin, une traduction française, des introductions et des notes qui favorisent une lecture intelligente, à la fois historique et doctrinale, des œuvres.Dès ces premiers traités, on sent Augustin en possession de distinctions fondamentales qui manquaient à ses adversaires, ou on assiste à leur éclosion.Par exemple.en sacramentaire, le « pouvoir » est nettement distingué du « ministère », le sujet de l’un étant le Christ, le sujet de l'autre étant un homme: c'est le Christ qui baptise par Paul ou Apollos.Ce qu'Augustin rattache à la distinction.dans le Christ même, de la forma Dei et de la forma servi.De même, en ecclésiologie, Augustin voit dans l’Eglise un aspect extérieur, corporel, sacramentel, et un aspect intérieur ou théologal, celui de la sainteté, de la paix, de l'unité, de l'Esprit: ici-bas les deux aspects sont subordonnés l'un à l'autre, mais le premier peut exister sans le second, non inversement, c'est pourquoi l'Eglise ne comporte pas seulement des saints, mais aussi des pécheurs; à la fin cependant le vannage du Jugement ne laissera passer que le bon grain et l’Eglise paraîtra toute pure, sans ride, immaculée.Telle est la conception théologique très ferme qu'Augustin élargira et développera historiquement dans la Cité de Dieu.En tète du premier volume de la série, une importante introduction du Père Congar, pleine d'érudition et de théologie, situe d’abord le donatisme dans son cadre historique et sociologique et en synthétise le contenu doctrinal, puis dégage les grandes lignes de la réponse d'Augustin: ce sont des pages à lire, lumineuses, denses, pénétrantes.Elles sont à compléter, en ce qui Avril 1965 2)9 concerne l'ccclésiologie.par un article du même auteur, intitulé: « Civitas Dei » et « Ecclesia » chez saint Augustin, et paru dans la Revue des Etudes Auftustiniennes 3 (1957) 1-14.Mais ce sont des pages d'introduction.L’essentiel est encore de lire le texte même d'Augustin.qui constitue lui-même la meilleure introduction à la grandiose synthèse de lu Cité de Dieu.Pour un chrétien qui a le souci de penser sa foi, c'est une invitation à reculer sans cesse les limites de son petit univers pour mieux s'insérer.non pas dans l'univers d'Augustin (ce serait verser dans le donatisme !).mais, par Augustin, dans l'Eglise du Christ et la Cité de Dieu ! Pierre PONTEAU iiiiiiii mm i iiniiiiii mil iiiiiiiitiiii imiii PASSELECQ (Paul) DU NEUF ET DU VIEUX.(Matthieu, 13: 52) Bruges.Editions Beyaert |I964|.362p.20.5cm.Les prédicateurs d'aujourd'hui connaissent les difficultés de faire un bon sermon: il faut être à la fois court, clair, concret, collant à la réalité évangélique et à la réalité contemporaine.On sait que Vatican Il a redonné à l'homélie toute son importance, mettant en lumière sa fonction dans l'action liturgique.Mais comment faire une homélie valable ?Les livres du Père Paul Passe-lecq.de l'abbaye de Maredsous (Belgique).L'Evangile parlé publié en 1962, et Du neuf et du vieux publié au début de 1964, sont des modèles du genre, que recommande particulièrement le Service de l'Homilétique.du Centre catholique de l'Université d'Ottawa.Le Père Passelecq a compris que « l'homme du milieu du vingtième siècle a des exigences que n'avaient pas nos grands-parents.Habitué qu'il est aux écrans et aux images multiples du cinéma et de la télé- vision.cet homme a besoin qu'on lui dise beaucoup de choses, et qu'on les lui dise vite et clairement.Il n'a plus que faire des tours, des contours, des détours, et de la dentelle oratoire.Il aime qu'on lui parle sa langue et qu'on partage ses problèmes en lui suggérant des réponses.sinon des solutions.» L'Auteur montre à l'homme d'aujourd'hui que l'Evangile est tout proche de la vie.il secoue sa torpeur, lui dit ses quatre vérités sans mettre des gants blancs.Ses messages visent à faire connaître le Message, celui du Christ.l'Evangile.Le titre de son dernier volume, inspiré d’un texte de saint Matthieu (13.51), n'est pas mal choisi: Du vieux, car le thème de la prédication chrétienne est et restera toujours le même; Du neuf: la façon de présenter ce thème doit varier suivant le goût et les nécessités de l'époque.La manière d'aborder les questions et d'entrer dans le vif du sujet, le ton, l'accent, le style direct, percutant, actuel, parlé, les images, la brièveté, la simplicité des mots, voilà autant d'éléments suggestifs qui recommandent Du neuf et du vieux.Romain LEGARE.o.f.m.M HIM I MM MM IMMMIMM MMMIIMMMMMM CiUITTON (Jean) L'EGLISE ET LES LA ICS.Paris, Desclée de Brouwer II963J.195p.20cm.Nous savions que M.Guitton a-vait une attirance particulière pour la pensée newmannienne.Et cette fois encore il nous l a montrée.Il nous présente aujourd'hui le fameux article du Rambler (revue d'histoire et de critique, dirigée par Newman de 1855 à 1859) qui avait attiré sur Newman les foudres traditionnelles.Dans le contexte du Concile Vatican II.qui s'efforce de donner aux laïcs leur vraie place.ce texte revêt une actualité frappante.Il y a un siècle le mot « con- Jean GUITTON suiter », mal interprété par les lecteurs du milieu romain, avait produit un choc.Mais au delà de la querelle de vocabulaire il y avait un esprit mal préparé pour discuter du rôle actif des laïcs dans l'Eglise.La situation présente fournit au contraire les plus grands espoirs aux laïcs.Par le fait même, ils ne se gardent pas toujours d'un certain engouement.Et comme chacun sait, l'engouement n'est pas bon facteur de perspicacité.Voilà précisément où se situe le mérite de M.Guitton.Il nous rappelle très justement que derrière les petites glorioles de nouvelles fonctions possibles.il y a l'action permanente et profonde qui prend racine dans une foi vécue.Il résume ainsi la pensée de Newman et la sienne bien entendue: « Ainsi le laïc est « roi » par le travail, « prêtre » par la souffrance.« docteur * par le témoignage de l'enseignement et l'enseignement du témoignage » (p.43).Ce dernier aspect confère aux laïcs un rôle trop longtemps rejeté dans l'ombre et que Newman avait su découvrir à travers l'histoire, tout spécialement la crise arienne.Encore une fois cette contribution de M.Guitton est bien digne du premier laïc au concile.Il a su attirer notre attention sur un sujet qui est appelé à une longue évolution et par le fait même nécessite une réflexion constante et sérieuse.Gabriel SAMSON, c.s.c.220 LECTURES Littérature NERVAL (Gérard de) POESIES suivies de Petits Châteaux de Bohème.Les Nuits d’Octohre, Promenades et Souvenirs, La Pandora, Contes et Facéties.Notes de Mounir Hafez.(Paris, Gallimard.1964.| 252p.16.5cm.(Coll.Le livre de poche, no 1226) La poésie de Gérard de Nerval est l'une des plus riches et des plus hermétiques du siècle dernier.Poésie née d'une singulière alliance de l'imagination et du subconscient.quand elle n'est pas le langage d'un esprit trouble, elle exprime par une foule de symboles les mystères les plus cachés de l’être humain.Poésie du rêve où le temps ne compte plus, où les êtres ressuscitent.où les objets se personnalisent pour mieux se révéler.Avec Nerval le dialogue avec l'invisible devient possible, direct et d'une richesse inépuisable.Poésie d’hallucination peut-être, mais d'où l’homme sort plus éclairé, voyant, illuminé.Nos lecteurs trouveront avec joie dans le recueil Poésies les sonnets des Chimères et les plus belles pages de la prose poétique de Nerval dont les Petits Châteaux de B(-hème et les Nuits d’Octohre.De format pratique, ce livre saura leur procurer d'agréables moments d'évasion dans un monde irréel, monde qui laisse à ceux qui savent le visiter une troublante présence.Jean-Marie BARRETTE llllllilllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll NERVAL (Gérard de) VOYAGE EN ORIENT.Tomes I et IL Paris, Julliard (1964).407p.et 4()5p.18cm.(Coll.Littérature, nos 5 et 6) ( "est au début de 1843 que Gérard de Nerval s’embarque à Marseille pour l'Orient.L'invitation au voyage est pressante i! a déjà été interné et Jenny Colon vient de mourir.L'inconsolable « Prince d'Aquitaine » laisse derrière lui un passé ténébreux chargé de rêves chimériques et d'illusions perdues.Comme tous les grands romantiques de cette époque qui cherchent l'oubli de la triste réalité par des périples dans les régions les plus exotiques du globe, impatient de connaître le nouvel Eldorado.Nerval appareille son âme et son imagination vers le mystère oriental.Le Voyage en Orient est demeuré longtemps une œuvre méconnue.La critique a insisté davantage sur l'hermétisme poétique des Chimères, sur le symbolisme enchanteur de Sylvie et des Petits Châteaux de Bohème, ou enfin sur les « mystères illuminés » d'Aurélia et de Pandora.Et pourtant, dans le Voyage, Nerval s’affirme comme l’un des plus habiles chroniqueurs du dix-neuvième siècle.Avec la verve riche en couleur d'un peintre attentif aux moindres nuances des beautés qui se révèlent, avec l’enthousiasme d’un poète qui laisse son imagination débordante pénétrer l’âme des choses, il nous entraîne à la découverte de la splendeur orientale.Poussé lentement vers le Caire par les eaux paresseuses du grand Nil.Nerval découvre avec émotion la grandeur pyramidale de la civilisation égyptienne.Le voilà au Liban s'initiant à la vie des Druses et des Maronites.Puis c’est la Turquie.avec les bazars grouillants d’Istamboul.la voix criarde du muezzin perché au haut d’une mosquée sur le minaret envahi de soleil.Ses descriptions, entremêlées dans des aventures de toutes sortes, ne sont jamais ternes.Variées, passant du paysage le plus grandiose a la saleté repoussante des ruelles, d'une vérité parfois étonnante, parfois « filles de l'imagination » de Nerval, elles captivent sans cesse le lecteur.Oeuvre d'une remarquable densité, d'un art très coloré, le Voyage en Orient a toutes les qualités pour être classé parmi les grands chefs-d'œuvre de la chronique.Jean-Marie BARRETTE Luc BERIMONT BERIMONT (Luc) FELIX LECLERC.Paris, Editions Seghers 11964J.186p.ill.(h.-t.) 16cm.(Coll.Poètes d’aujourd'hui, no 123) « Pouvait-on réintroduire la poésie authentique dans la chanson, renouer avec une tradition millénaire qui fut celle des troubadours à l'époque où les cathédrales, toutes blanches, sentaient grouiller sur leurs flancs ies grappes de leurs bâtisseurs ?Il fallait, pour réussir ce tour, des individus d'une carrure exceptionnelle.Je soutiens que Félix Leclerc, venu du Canada, fut le premier à oser s'engager en France.à Paris, sur la voie difficile de l'absence absolue de concessions.De ce point de vue, il est le précurseur.le pionnier, l'ancêtre.» (Pp.16s) Il a tracé la voie à une dynastie de chanteurs-poètes: Fer-land et Brousscau, en son pays, et tous ceux qui.en France, sont passés dans le sillage de son succès, de Brassens à Anne Sylvestre, d'Hélène Martin à Michel Aubert, de Marc Ogeret à James Ollivier (p.81).Avec lui.la poésie simple, vraie, directe, fraîche retrouve une clientèle: la chanson prend tous les tons: triste, gai, humoristique, une pudeur de sentiments, un ton inimitable « de tendresse amère et profonde » (p.19); elle puise scs thèmes dans les tâches familières, les Avril 1965 2 21 objets usuels, dans le contact personnel avec la nature, la tentation d’un « ailleurs », le rêve, l’amour, un rien de renoncement et de mélancolie pour contrebalancer l'ardeur à vivre.Bref, un « réalisme magique » l’estampille.L’Auteur donne une importance à quelques faits et gestes de l’enfance et de l’adolescence de Félix Leclerc, comme on en donne à une source d’où sont sorties la plupart des chansons.En un langage soigné et vivant, harmonisé à son sujet, il met en lumière l’écrivain authentique, le poète de la chanson.Après une longue présentation, il offre au lecteur un choix de textes en prose et de chansons.Il termine par une « discographie * et une bibliographie.L’ouvrage a une présentation de bon goût, animée d’une belle série de portraits.Félix Leclerc fait honneur à son pays; il n'a jamais trahi les siens, ni ses modestes origines (p.64).De sa vie se dégage une leçon de travail, de persévérance à construire son rêve.Romain LEGARE, o.f.m.Céogra p h ie ROUSSAN (Jacques de) ISRAEL TERRE DE PROMESSES.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].228p.20.5cm.Depuis les premiers jours de son indépendance, en 1948, Israël mène à la face du monde une aventure qui tient du merveilleux.Ce jeune pays, d’une superficie de 7,993 milles carrés (dont 1/5 est présentement cultivable) et d’une population à peine supérieure à celle du grand Montréal, a créé et organisé sa vie nationale sur tous les plans, politique, économique et intellectuel.grâce à des chefs clairvoyants et à ses habitants tenaces.Jacques de Roussan a parcouru le territoire d’Israël en tous sens et rencontré des gens de toutes les classes de la société: son reportage nous paraît suffisamment révélateur de l’actualité d’Israël et de sa politique de prestige international.D'aucuns s'intéressent aux vastes entreprises d’Israël, à l’expérience de ses kibbouts ouvriers ou intellectuels, à la mise en œuvre de techniques nouvelles concernant le reboisement et l’agriculture dans les régions désertiques par la création de ressources d’eau potable et de systèmes d’aqueduc, etc.Les problèmes vitaux se présentent nombreux et tellement complexes dans ce carrefour de l’Orient et de l'Occident.Israël doit chaque jour y faire face tout en tenant compte de sa poussée démographique vertigineuse due aux taux de la natalité et de l’arrivée de Juifs venus des quatre coins de la diaspora avec leurs éthiques particulières.Dans les dix-huit chapitres de son ouvrage, l’Auteur nous découvre sans dithyrambe ni pessimisme les réalisations d’Israël, ses tâches et ses projets.Pour autant il ne se fait pas faute de souligner à la suite de ses nombreux entretiens avec les gens les doléances des uns et les inquiétudes des autres, notamment en matière d’éducation et d'enseignement, d’économie et d'ethnologie.Sympathique et excellente étude de vulgarisation sur Israël, le livre de Jacques de Roussan ofire, outre le charme de nous montrer les paysages et les gens d’un Orient haut en couleur, une leçon de tourisme vraiment culturel.R.-M.CHARLAND Biographie **» LE PERE BRUNO DE JE-SUS-MARIE.Paris, Desclée de Brouwer [1964].53p.ill.(h.-t.) 22cm.Le Père Bruno de Jésus-Marie se fit d’abord connaître comme historien par la publication, en 1929, d’une remarquable biographie de saint Jean de la Croix, préfacée par Maritain.Nommé directeur des Etudes Carmélitaines en 1930, il orienta la revue vers la psychologie religieuse, discipline assez peu cultivée par les catholiques des années 30.Immédiatement après la guerre, elles reparurent, toujours sous la direction du Père Bruno.Parler de psychologie religieuse avant la guerre était un risque à prendre; le Père Bruno n’hésita pas: il étudia cette science, en parla, et fit appel à la collaboration de neurologues, de psychiatres et de psychanalystes.Si elle occupe maintenant une place importante dans la recherche religieuse, cela est dû pour une large part au Père Bruno de Jésus-Marie.Bernard-M.MATHIEU, o.p.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll COILL1E (Dries van) J’AI SUBI LE LAVAGE DE CERVEAU.Préface de Gabriel Marcel.[Paris] La mobilisation des consciences [1964].325p.19.5cm.(Coll.Les attentats contre l’homme) Ce livre qu’on s’est empressé de traduire en dix langues et que l’édition française présente avec une préface de Gabriel Marcel, n’est ni un roman ni un récit romancé.C’est plutôt, comme l’indique l’Auteur dans son épilogue, un témoi-gage et une sorte de confession.La critique européenne entière a souligné l’importance exceptionnelle de ce document qui s'impose à la conscience mondiale par ce qu’il contient d’historique et d’humain.L’auteur Dries Van Coillie est un prêtre catholique néerlandais.Après avoir été professeur dans un séminaire indigène en Chine et fait prisonnier durant deux ans dans un camp de concentration japonais, il se vouait à l'apostolat intellectuel à l’Académie Verbist à Pékin.Le 25 juillet 1951, il fut arrêté et enfermé durant une période de trente-quatre mois à Pékin pour n’en sortir qu'à la suite de la conférence de Genève en juin 1954.222 LECTURES C'est avec une sérénité totale et un coeur fidèle à la Chine martyrisée que l’ex-bagnard raconte sa terrible aventure.Il ne se propose qu’un but: apporter un témoignage vécu sur la nature profonde du communisme et sur les techniques d’avilissement qu’on emploie encore de nos jours avec un raffinement indescriptible pour briser toute résistance humaine et conditionner les victimes à des aveux « spontanés ».Nous avons là l'histoire d'un homme qui reconnaît, de son propre aveu, avoir commis des actes mauvais et répréhensibles durant le lavage de cerveau qu'on lui faisait subir.Il nous décrit tout ce qu’il y a d’astucieux et de tour- mentant dans les divers systèmes d'interrogatoires auxquels on soumet les gens dans les prisons communistes chinoises, l’atmosphère terrible des cellules communautaires où les compagnons d'infortune se transforment en bourreaux et se tyrannisent, les chaînes, le froid, la faim, enfin tout ce qui fait de la geôle de Mao Tsé-tung une antichambre de la mort et un enfer.« Je préfère dix ans de Buchenwald à un an de Pékin », avouait quelqu’un qui avait eu l’infortune de subir les sévices de l’un et l’autre lieux de détention.Van Coillie nous brosse certaines scènes de tortures qu'il a vécues de la part des autres prisonniers de sa cellule qui lui semblaient devenus des personnages sortis d’une peinture démente à la Jérôme Bosch.Raconté sur un ton vif et direct par un témoin qui ne perd à aucun moment de son récit la maîtrise de soi, cette confession doit mobiliser nos consciences.C’est bel et bien ce que souligne Gabriel Marcel dans la préface de ce livre: « Qu’un régime où de telles méthodes sont employées ose se qualifier lui-même de démocratie, c’est là une impudence qui confond.La première utilité d’un ouvrage comme celui-ci est d’empêcher les esprits justes de s’y laisser prendre.» Roland-M.CHARLAND jfottctaiuiie LIVRES POUR JEUNES JEANNIN (Albert) LES REPTILES.Illustrations de Georges Thompson.[Paris] Hachette [1964].92p.ill.31.5 cm.Relié.La très intéressante collection de \'Encyclopédie en couleurs nous offre ici un ouvrage consacré aux reptiles, c’est-à-dire aux lézards, aux serpents et aux tortues.On y apprend une foule de détails qui captiveront les naturalistes amateurs, comme par exemple l'absence de régulation thermique chez les reptiles, le travail de titan que représente pour les tortues marines, la ponte et l’enfouissement de leurs oeufs dans le sable, etc.Abondam- ment illustré, le livre plaira sûrement aux jeunes étudiants.A.C.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll CRISENOY (Maria de) LES BANDITS DE LA DOROTHEE.Illustrations de G.Pi-chard.Paris, Gauthier-Langue-reau, 1962.119p.ill.(h.-t.) 18 cm.(Coll.Nouvelle Bibliothèque de Suzettc.no 46) Relié.Charmant, tout à fait charmant ! On y trouve la belle vie de famille: tapageuse, émouvante, où les en- fants malgré leurs petits différends s'unissent au moment nécessaire.Une intrigue vient ajouter du mystère à la vie de tous les jours.A la faveur d’une exposition chez les Van Hot, des inconnus désirent se porter acquéreurs d’un tableau qui n’est pas à vendre, lis se servent alors de ruse: et quand papa Van Hot est au loin, ils reviennent à la charge.Annie et Luc ont des doutes.mais que faire contre deux hommes ?Surveillez l'astuce.Les jeunes lecteurs suivront avec avidité le développement de l’histoire.Les illustrations sont agréables et le livre bien relié.Style vivant.M.D’AMOUR Avril 1965 223 SEGUR (Comtesse de) LES MALHEURS DE SOPHIE.LES PETITES FILLES MODELES.LES VACANCES.Illustrations de Paul Durand.[Paris] Hachette [1964], 223p.ill.(h.-t.) 25.5cm.Relié.On a réédité ici, en un seul volume relié, trois excellents titres de la toujours populaire Comtesse de Sé-gur.Les illustrations de Paul Durand sont de bon goût.On peut déplorer cependant que la reliure ne soit pas très solide.A.C.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllilllli CATHALOT (H.) LE PANTIN AUX YEUX DE FEU.Illustrations de M.Abauzit.Paris, Spes [1962].179p.ill.19.5cm.(Coll.Jamboree) Le père de Claude Menu a souffert dans sa jeunesse d'une extrême pauvreté.Un copain, pendant la Résistance, lui donna de bons conseils.Maintenant M.Menu a un bon métier, il travaille dans un garage et fait vivre sa famille honnêtement.Son fils Claude aura l'occasion de rendre, à un confrère de classe, le même service que son père a reçu.Avec Bernard, un garçon riche et bien élevé, il s'associera pour convertir Jack Hervé qui a toujours vécu dans la plus grande misère.Ensemble ils réussiront à le sauver mais non sans peine.Ce n'est qu'à force de patience et de sacrifices qu'ils l'enlèveront à son milieu sordide.On trouve des passages émouvants: Jack reste attaché au souvenir de sa mère, les parents de Claude font preuve d'un grand dévouement.Livre sain qui enseigne que la charité doit être pratiquée par tous.Le sujet est traité avec beaucoup de doigté.L'auteur fait bien ressortir la persévérance et la psychologie dont ont dû faire montre Claude et Bernard.L'élément « suspense » est bien réussi; un peu lent au départ mais les jeunes l’apprécieront par la suite.Choisir le livre relié.M.D’AMOUR llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll MIVILLE-DESCHENES (Jean) LA MAFFIA DU PENSIONNAT.(Montréal] Fides [1964].106p.18.5cm.(Coll.Les quatre vents) Jacques et Réal, 13 ans, fondent une société secrète.La maffia combattra l'injustice au pensionnat.Quelques farces sans méchanceté intriguent maîtres ei élèves.Or, un trio de gaffeurs en imagine de saugrenues et poussent le sans-gêne jusqu'à signer leurs exploits de la guêpe, emblème de la maffia.Racontées sous forme de journal, ces aventures d'écoliers de chez nous plairont aux élèves de 6e et de 7e années.Pourquoi tant d'écrivains novices adoptent-ils le genre journal, si plein d'embûches ?Leurs textes manquent généralement soit de naturel, soit de correction.C'est fort difficile de joindre au bon français la spontanéité de l'enfance.La faute — entre autres — que commet Jacques (p.9): « .elle aussi.n'aime pas.».les répéti- tions de sons et de mots, l’abus du verbe être sont-ils voulus pour faire « jeune » ?Sont-ce des négligences de l'écrivain ?On se le demande.Un français plus châtié, un style plus nerveux alliés aux qualités incontestables de cet auteur en feraient un des plus recherchés par notre jeunesse.11 comprend les petits gars; il possède un excellent esprit, de la gaieté et le sens du dialogue.— Qu'est-ce qu'une maffia ?— La maffia, ça existe en Sicile.— Produit importé ! Tu vas payer la douane.(p.18).A la suite de l'amusante description des bévues commises par un élève qui sert la messe pour la première fois (p.77), Jacques répond au débutant: — Je ne sais pas si c’est bien, mais c'est original.Présentation très belle quoiqu’un peu sobre.Reliure solide sous jaquette illustrée (par qui ?), élégantes pages de garde, papier bien blanc.Mais aucune image dans le volume; aucune indication d’âge ni de sexe du lecteur.Détails faciles à corriger.Bon succès à la collection ! Ciarçons de 10 à 12 ans.Béatrice CLEMENT Vient de paraître à Le tome III des Archives des lettres canadiennes LE ROMAN CANADIEN-FRANÇAIS Une étude exhaustive du roman publié par le Centre de recherches de littérature canadienne-française de l'Université d'Ottawa, sous la responsabilité de MM.Paul Wyczynski, Bernard Julien, Jean Ménard et Réjean Robidoux.458 pages $5.00 245 est, boulevard Dorchester, Montréal *861-9621 22 4 LECTURES wWËm mmm mM •1 N * Ml N.*\v£ï: S* n i>r~i r*i i
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