Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Lectures, 1965-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
NUMÉRO 10 NOUVELLE SÉRIE —VOLUME 11 MONTRÉAL FIDES sommaire En vacances avec Caliban, R.-M.Charland .p.270 Au coeur de la rose de Pierre Perrault .p.271 Les Archives des Lettres canadiennes: Le roman canadien-français.p.273 Littérature à l'emporte-pièce de Jacques Vier .p.276 Littérature et société canadiennes- françaises .P- 278 La joie parfaite de Luise Rinser .p.279 Notices bibliographiques .p.281 Dr Georges Durand: Lettre de France p.291 JUIN 1965 V Pierre PERRAULT (Voir à la page 271) EDITORIAL En vacances avec Caliban Qui aurait pu imaginer la destinée merveilleuse de Caliban?Sorti tout vivant du cerveau de Shakespeare, le petit gnome personnifie dans ce rêve aérien qu’est la Tempête le génie qui n’a de lueurs d’intelligence que pour le mal, semble-t-il, mais qui sait pleurer et entrevoir le paradis dès qu’il entend quelques mesures de musique.Plus tard, sous la tutelle de Renan, Caliban réparait sur la scène mal peigné et à peine dégrossi, mais cette fois comme le symbole achevé de toutes les médiocrités et de toutes les tares démocratiques.Ce n’est qu'avec ses Prospéros plus récents, Jean Guéhenno et Joseph Folliet, que cet enfant terrible atteint une quasi parfaite mesure de conscience et d’équilibre.Voilà qu’il devient une puissance de travail aspirant à la promotion culturelle.« Ce n’est pas à la culture populaire que tu as droit, renchérit Folliet, mais à la culture tout court, assimilée selon ce que tu es, tu peux et tu veux.» Ces acheminements merveilleux nous sont contés dans A toi Caliban: le peuple et la culture1.L’auteur, Joseph Folliet, nous est bien connu: éminent sociologue, animateur des célèbres Chroniques sociales de France, il ne s’est jamais réfugié dans une tour d’ivoire.Scout, routier, chansonnier, journaliste, professeur, acteur, poète, conférencier, panelliste, que sais-je encore?il est, comme il le dit quelque part, de la même race que Caliban, c'est-à-dire une « partageux », un incurable communicatif ! Même, à lui laïc français, il a été donné de « prêcher le Carême » à la T.V.de Montréal il y a quelques années ! Monsieur Folliet peut être compté parmi les premiers esprits avertis qui ont saisi et favorisé les rapports du peuple et de la culture comme un des principaux besoins du temps présent.La thèse en faveur de cette promotion populaire à la culture est sous-jacente à chaque feuillet de l’ouvrage qu’on vient de rééditer.Inutile d'ajouter que le sujet est pour nous au Québec une question d’actualité aux lendemains chantants du Rapport Parent.Aussi, avons-nous intérêt à recevoir la leçon des faits, des échecs ou des demi-succès relevés à la suite de certaines expériences par un spécialiste en la matière.« Ce que je te livre, Caliban, ce n’est pas du baratin d'intellectuel qui-va-t-au-peuple, des théories de professeur ou des recettes préfabriquées de pédagogue, mais le résultat vif de quarante années d’expériences.» L'un des aspects les plus intéressants de cet ouvrage, entre autres, c'est l'explication que nous donne Folliet de ce qui constitue le sens nouveau et le seul vraiment actuel de la culture.Il tient en ce principe qu’« il n’y a pas de culture humaine, pas d’humanisme véritable sans une connaissance effective des réalités sociales ».C’est tout le problème que suscite l’avènement de notre civilisation audio-visuelle qui semble tellement aller à l’encontre de l’autre, la civilisation graphique.Il y a donc une remise en question de la culture humaine et de ses valeurs, particulièrement en regard des loisirs compris dans toute l’acception du terme2.Bien sûr, nous ne pouvons à l’intérieur ou en marge de nos tâches actuelles nous engager sur les chemins de la culture sans un minimum de formation du penser et du sentir: l’école et la famille doivent assurer ces rudiments d’humanités.Quant à nos temps privilégiés de loisirs, week-end ou vacances, de plus en plus multipliés et diversifiés par la vie moderne, en avons-nous déjà soupesé la valeur culturelle?Ici les perspectives et les méthodes traditionnelles sont bouleversées littéralement: « Le bouleversement s’accomplit sans même que la plupart de nos contemporains s’en aperçoivent, dans l’indifférence, voire l'inconscience générales, dans la bouderie de nombreux intellectuels, en retard sur des événements qu'ils ne voient point, dans l’effarement de maints pédagogues trop portés à considérer comme la mort de la culture une simple crise de leur culture.» Caliban (alias Folliet) nous arrive à point nommé pour calmer les alarmes des uns ou les engouements excessifs des autres, enfin, pour nous inviter à comprendre et à assumer le nouveau conditionnement de nos intelligences: « Adaptés à des objets nouveaux, les procédés anciens révéleront des possibilités inouïes, nous indique-t-il; à leur tour, les moyens jeunes communiqueront leur jeunesse aux vieux ».Le moment des vacances venu, sur tous les chemins de la culture, quel compagnon plus charmant et plus informé que ce Caliban ?Sa pédagogie des loisirs est tonifiante, inspirée de ces règles d’or que sont la maîtrise de soi-même, le sens critique exercé et surtout la communication généreuse avec les autres.Roland-M.CHARLAND (1) Folliet (Joseph;, A toi Caliban: le peuple et la culture.Paris, Editions du Centurion [1965].286p.18.5cm.(2) Les loisirs et les travailleurs, tel était précisément le thème central sur lequel travaillèrent neuf commissions au Congrès organisé par la Confédération des loisirs du Québec les 30 avril et 1er mai à l'Hôtel Reine-Elizabeth.270 LECTURES cUaùxcfue avec tec tivcec D’HIER ET D’AUJOURD’HUI Pierre Perrault : Au coeur de la rose ?Pierre Page La pièce de Pierre Perrault, Au cœur de la rose, vient de remporter, conjointement avec le roman de Jean-Paul Pinsonneault, Les Terres sèches, le Prix du Gouverneur Général.Ce témoignage de marque indique que ces œuvres possèdent une densité capable d’intéresser les lecteurs de tout un pays.Nous voudrions ici nous arrêter à pénétrer l’œuvre de Pierre Perrault, Au cœur de la rose K Jusqu’à maintenant, le théâtre canadien oscille entre le réalisme, dans le style de Marcel Dubé, et le lyrisme poétique dont Au cœur de la rose est un exemple magnifique.Il semble que cette dernière veine où s’exprime en même temps l'univers de la nature qui habite le Canadien soit une ligne importante de nos lettres.Mais ce n’est pas sans poser quelques problèmes, et la critique, devant Au cœur de la rose, s’est demandé s’il s’agissait vraiment de théâtre.Jean Hamelin écrivait: « [Cette œuvrel n’est peut-être pas encore d’un dramaturge, mais sûrement d’un poète dramatique.» Paul Toupin pensait à peu près la même chose et Jean Béraud, tout récemment, s’interrogeait sur les qualités scéniques du dialogue.La troupe des « Apprentis-Sorciers » avait en 1963, mis l’accent sur l’action dramatique.En fait, le problème que posait la pièce à ce point de vue était le même que pour les pièces de Claudel.Ou bien on met l’accent sur les caiactères et les conflits qui résultent de leurs affrontements.Ou bien on insiste sur l’univers poétique créé par le langage.Les deux options sont sans doute légitimes.Au plan dramatique, la pièce de Pierre Perrault est construite clairement.Un seul lieu, une île, que domine un phare.Trois personnes l'habitent: le père, gardien du phare, la mère, et la fille qui rêve de mariage.Un seul temps pour l’action: « Un jour et une nuit.Le temps de naître.» Le premier acte nous montre la fille qui, malgré son désir d’aimer, refuse le boiteux, un homme du pays, car il n'a rien à lui apprendre.La mère a beau trouver en lui toutes les qualités, le père, voir en lui son successeur, la fille ne veut rien entendre.« — Tu ne trouveras pas plus vaillant par toutes les îles, dit la mère.— Je ne cherche pas la vaillance.répond la fille, ni une île.Je ne cherche rien: autre chose surviendra.Il n'est pas possible que toujours ressemble au jour d'aujourd'hui.Vous m'avez donné cette maison pour y naître, laissez-moi choisir celle où je vivrai.» Le deuxième acte apporte dans ces vies un élément neuf, un événement.Une goélette, que la tempête a fait échouer dans la baie, amène au phare deux hommes, le capitaine et son fils.Malgré les préventions du gardien, la fille et le marin font connaissance et, tout étonnée que son rêve puisse se réaliser, la fille demande au marin de la prendre pour épouse.Mais timide, il est effrayé de la passion qui la consume: « Comme tu es, j’ai peur que tu ne brûles les draps de la noce.» Au troisième acte.la fille dit a sa mère la virulence de son amour et renvoie le boiteux comme un Juin 1965 271 être inutile.Dans une suprême rencontre, elle tente de convaincre le marin de l’emmener, et, au moment où celui-ci va se décider, le père s’oppose, ne voulant pas que sa fille parte de chez lui.Le capitaine et son fils quittent l'île, et la fille se résigne à épouser le boiteux.Cette action simple, « chargée de peu de matière » comme disaient les classiques, est d’abord l’histoire fulgurante d'un amour qui jaillit comme une flamme attisée par les grands vents d’une tempête.La passion de la jeune fille crie très fort son appel de l’homme, et le père le sent très bien: « C’est son âge qui se bouscule avec la nuit.Elle souffre d’être seule dans son lit.11 faut bien voir les choses comme elles sont.Quand vient l’automne il est fou celui qui songe à retenir les outardes, toutes les outardes: celles qui restent, le froid ne les surprend pas mais il les tue.* Pourtant, le père ne semble pas mesurer toutes les nuances de l'âme de sa fille.S’il reconnaît l’amour en elle, il ne comprend pas que rien dans l’île ne peut la satisfaire.Elle rêve de nouveauté, d’imprévu, et seul un espace ouvert pourrait le lui apporter.C’est pourquoi elle fredonne, au début de la pièce: « la mer mon premier mari le vent mon meilleur ami quand je m’ennuie tous les oiseaux sont gris ».C'est ici que se dévoile le véritable sens de cet affrontement entre la fille et ses parents.Les mêmes réalités n’ont pas les mêmes significations.L’amour des parents pour leur fille est possessif.L’île de leur vie, le phare devenu inutile, ne peuvent plus combler un homme, à moins qu’il soit boiteux.Pourtant, ils veulent l’imposer: « Vous envisagez la noce comme s’il s'agissait d’une veilleuse pour éclairer le grand âge qui vous menace.» Peut-être est-ce pénible pour la fille surtout parce que la liberté ne lui est pas donnée: « Ce que deux vieux s’amusent à prévoir comment voulez-vous que j’en sois comblée.» Ce désir de liberté, ce goût du départ, cette attente d’un « ailleurs » dénonce pourtant l’ambivalence de l’amour.La fille est sans doute très jeune et jeune aussi son désir d’aimer.Elle aimerait aimer, elle aimerait qu’on la sorte d’elle-même, mais elle n’en est pas à l’amour de maturité, à l’amour-don, consécutif à l’acceptation de soi-même.Au début de la pièce, elle n'est que romantisme.Et peut-être cette journée est-elle celle de sa naissance, de la découverte de son moi profond par la déception de son rêve.Ce que sa mère lui avait dit avec le ton irritant des sentences vieillottes: « Tu es une fille des îles ne l’oublie pas, même en rêve; car tu devras t’y conformer de force ou d’amitié », était peut-être sagesse.Mais tout cela n’est pas très clair.Car si l’amour du marin manquait de vérité, l’acceptation du boiteux et du phare et de l’île et du silence manque de vie et de passion.C’est une soumission.La fille le sait bien, elle qui se prépare à répéter le silence de sa mère: « Ne craignez rien.Je saurai bien garder mon secret.Les milliers d’enfants que j’aurai n’en sauront rien.rien.jamais rien.» La liberté et l’espace sont aussi des valeurs, mais la fille ne se sent pas de taille à combattre pour les intégrer.En elle et par elle, c’est un ordre de choses incomplet qui se perpétue sans qu’au moins elle le dénonce en parole: « .et pendant des siècles la race qui descendra de moi ne saura pas d’où lui vient sa tristesse.» Dans quelques années, elle pourra répéter la phrase de sa mère: « Et nous serons coupables de son bonheur semblable au nôtre ».C’est sur cette inquiétude, cette tristesse, mais aussi sur cette interrogation que se conclut la pièce.Nous sommes vraiment au cœur de la rose des vents, au carrefour des voies qui s’offrent à la vie humaine.Le nœud n’est pas tranché de façon satisfaisante, mais cette expérience de vie est peut-être la vérité actuelle du Canadien.Le plus sûr et le plus fécond sentiment qui reste est peut-être la tristesse, parce qu’elle est un appel à un ordre meilleur.Cette situation dramatique n’épuise toutefois pas la signification de la pièce de Pierre Perrault.Et l’art littéraire indique la voie de la vie à venir en même temps que l’option de l’Auteur.Au cœur de la rose est écrit dans le langage riche de Pierre Perrault.Langage de la nature, où les oiseaux et les poissons, les vents et les marées sont nommés.Langage concret toujours lié d’une façon immédiate à la vie réaliste des pêcheurs de la Côte-Nord que l’Auteur connaît si bien.Langage incarné où, spécialement dans les passages qui décrivent le corps humain, on ne sent pas le perpétuel divorce de l’Occident entre la chair et l’esprit.Chez Pierre Perrault, le mot est amour de la vie, il est vie, il est possession, accord avec soi-même, plein de toutes les oppositions mais aussi de toutes les richesses de la condition humaine.Le mot n’est pas jugement sur la vie, mais expérience.Il est droit comme l’arbre et bouillonnant comme la sève, il est profondément canadien et par cela il apporte du neuf à la poésie de langue française.A cette œuvre de Pierre Perrault, comme à celles de Gatien Lapointe ou de Paul Chamberland s’applique cette expression si forte qu’Anne Hébert formulait avec audace: « Et moi, je crois à la vertu de la poésie.je crois au salut qui vient de toute parole juste, vécue et exprimée.» ( I ) PERRAULT (Pierre) AU COEUR DE LA ROSE.Pièce en trois actes.Deuxième version.Illustrations de Claude Sabourin.[Mont-rcal] Beauchcmin, 1964.125p.ill.(h.-t.) I8cm.272 LECTURES oCeô -Archived cleô cjCcttrcô canadiennes ft.3j x e roman canadien-français clien-jr Paul GAY, c.s.sp.Le tome III des Archives des Lettres canadiennes: Le roman canadien-jrançais \ mérite à juste titre d’être loué parce qu'il fait avancer la connaissance du roman canadien, le genre littéraire le plus cultivé au Canada français, et qu’il montre ainsi comment les Canadiens français, en prenant conscience d’eux-mêmes, s’affirment de plus en plus comme une entité originale parmi tous les peuples de langue française, la littérature étant en principe expression d’une société et d’un temps.C’est à M.Paul Wyczynski que revient encore l'honneur d'avoir présidé aux travaux de ce troisième et nouveau volume -, fruit de nombreuses et ardues enquêtes, gloire de la Faculté des Arts de l'Université d'Ottawa dont les activités les plus hautes sont dirigées — comme dans toute université digne de ce nom — vers la recherche littéraire et scientifique.S’il y a un mot, en effet, qui caractérise ce volume, qui en indique bien la nature et les limites, c’est le mot « recherche ».Il y a souvent dans ces 450 pages des aperçus nouveaux et intéressants.Je signalerais par exemple: Wenceslas-Eugène Dick, romancier inconnu, par Sœur Saint-Bernard-de-Clairvaux, s.g.c., Les origines du roman canadien-jrançais par David-M.Hayne.Parfois un éclair illumine toute une page, rend piquant tel paragraphe: ainsi, j’ignorais personnellement le sens profond du « Survenant » tel que le donne J.S.Tassie dans La société à travers le roman canadien-jrançais "Ces investigations s'effectuent sous forme de « survols », d'« essais », mots qui introduisent régulièrement les articles.Le plus réussi de ces survols me paraît être Panorama du roman canadien-jrançais par Paul Wyczynski: on peut discuter certains détails, certaines appréciations, certaines subdivisions, mais l’ensemble est imposant, le plan général historiquement et littérairement juste, et peut très bien servir de base à une étude plus élaborée.Recherches encore que ces articles qui scrutent tel auteur ou telle œuvre, non qu’ils manquent d'unité ou de vérité (il n’est de science que du définitif), mais parce qu'ils vont plus loin que les études précédentes.Le meilleur d'entre eux m’a paru André Langevin par Jean-Louis Major.Ce volume III ne prétend pas mettre en valeur les romans les plus marquants de la littérature canadienne, mais rassembler des textes dignes d’intérêts « ne pereant ».Le roman canadien-anglais par Nairn Kattan est une bonne synthèse.Il constitue un sérieux effort pour une compréhension mutuelle des deux littératures et des deux races et, sans le vouloir, vient à point renforcer l'unité des Canadiens toujours menacée.Je regrette que Le roman historique au Canada français par Roger LcMoinc s’arrête en 1962, d'autres articles du volume débordant largement cette date.Ce genre agaçant qui s’appelle « le roman historique » a connu en 1963 la belle réussite 4 de Bertrand Vac, La Favorite et le conquérantr>, qui, autant et plus que Les Engagés du Grand-Portage de Léo-Paul Desrosiers, me semble être le Salambô cana-dicn-français.Ce qui est dans ce volume d’une utilité extraordinaire et singulièrement pratique est la Bibliographie du roman canadien-jrançais: Préface, Etudes sur le roman canadien-jrançais, Bibliographie du roman canadien-jrançais, La chronologie du roman canadien-jrançais, Romans pour adolescents.Quels précieux services de telles compilations ne rendront-elles pas ! Et pourtant, avec son instinct de savant, M.Wyczynski parle encore ici de « travail en marche » 6 .Je me permettrais un reproche: il manque une table des matières de tous les auteurs et romans étudiés ou simplement cités dans ce copieux volume.Dieu sait si les références immédiates aux noms et aux titres eussent rendu le plus grand service aux professeurs et aux élèves ! L’absence de cette table Juin 1965 273 1 des matières est une lacune regrettable qu’une deuxième édition devrait combler.Recherche enfin que cette enquête du Centre auprès des écrivains eux-mêmes.On y retrouve le Canadien pessimiste et qui doute de soi; on y retrouve ce masochisme de dénigrement, par exemple chez Jean Simard \ Le jugement qui m'a paru le plus équilibré et le plus vrai est celui de Gabrielle Roy N.Cette enquête auprès des écrivains livre des aperçus d’autant plus intéressants qu’ils sont contradictoires, ou des remarques piquantes comme celle de Claire France: « Il est certain que la définition exacte du roman tuerait le roman » °.?* * La définition de ce volume III des Archives des Lettres canadiennes par le mot « recherche » indique ses limites.Volontairement il manque d'unité profonde, de plan général substantiel et naturel; volontairement, par peur de cette clarté qui n’est trop souvent que trompe-l’oeil, il n’y a rien de définitif dans l'ensemble.D’où des répétitions, des œuvres étudiées ici sous telle perspective, là sous telle autre.D'où des contradictions inévitables.Si on veut aller plus avant, on s’aperçoit que la critique traditionnelle est oscillation perpétuelle entre deux tendances, je dirais entre deux écoles: la méthode historique beuvienne qui, avec Taine et .Sainte-Beuve, prétend expliquer une œuvre plus par l'homme et le temps qui l’ont produite que par l’œuvre elle-même — et la méthode artistique proustien-nc 10 qui veut s’en tenir au livre, découvrir par le livre l’auteur dans son mouvement créateur, « retrouver la personnalité profonde des écrivains à travers les thèmes principaux de leurs œuvres ou à travers les retours d'images obsédantes » n.Critique externe, critique interne.Les deux doivent s’unir, à condition que la première explique l'œuvre par l’extérieur, ouvre les portes de l’œuvre d’art, pour laisser le travail principal à la seconde, s’il est vrai que le livre — comme le pressentait Sainte-Beuve, comme l'affirmaient Flaubert et Proust — a une vie par lui-même.Ainsi, c'est avec raison qu’une histoire du roman canadien-français indiquera les mouvements sous-jacents politiques et sociaux à toute période littéraire, à toute école littéraire.Le R.P.Samuel Baillar-geon, c.ss.r., l’a tenté déjà dans son manuel de Littérature canadienne-jrançaise ,2.Par exemple, on n'oubliera pas de mentionner le nom de François-Xavier Garneau comme le fondateur de la littérature canadienne en général, donc du roman.(Le volume III que nous recensons n'en dit pas un mot.) C’est François-Xavier Garneau qui a donné aux Canadiens français confiance en eux-mêmes et fierté, rendant ainsi possible l’éclosion d'une littérature autonome.Par exemple, les causes sociales de l’influence de la mère expliquent sa présence encombrante dans le roman canadien-français: J.S.Tassie l’observe bien .Par exemple, si on étudie avec le R.P.Romain Légaré, o.f.m.Le prêtre dans le roman canadien-français, on expliquera le pourquoi social de cette évolution que le roman transpose; si on constate avec André Renaud dans L'héroine du roman canadien et l'expérience de l’amour que les amoureuses de nos romans sont marquées par la crainte de vivre, on en dira la cause réelle sociale.Le modèle de critique beuvienne est sans contredit l’article de N.Kattan sur le roman anglais.Les critiques ne peuvent omettre de signaler les influences des littératures étrangères, et singulièrement de la française, sur la littérature canadienne.Ancun travail d’envergure n'a été fait jusqu’à présent dans ce sens.Toute cette étude de l’ambiance est fort délicate, mais combien nécessaire si on admet avec Claire Martin 14 que le roman idéal est celui qui reste jeune, en décrivant la société de son temps, et avec Gilles Marcotte que « le roman est toujours le miroir d’une époque » 15.Et pourtant, le travail précédent une fois accompli, on n'a pas encore atteint l’intérieur de l’œuvre d’art.Et là, ce qui importe, c’est moins la matière ou le fond, l'anecdote ou l’idée, que le problème de forme ou de technique littéraire.C’est là la vraie critique interne.Le R.P.Réjean Robidoux, o.m.i., l'indique clairement: Si l'on veut.définir le domaine spécifique des diffaentes connaissances humaines, le champ propre .i la litté rature reste celui des problèmes de style, au niveau de l’écriture.— mots et phrases, — comme on l'entend toujours, mais plus encore dans tout ce qui intéresse l'ensemble d'une œuvre: sa construction, ses structures, son climat et tout ce qu’on tente d’exprimer quand on parle de sa « manière ».Loin de servir à la seule ornementation, le style exerce une fonction de connaissance et c’est d’abord en lui, dans le mystère de la forme, qu'il faut chercher la signification littéraire d'une œuvre et son véritable contenu.Ainsi 'l'acte d’écrire donne-t-il en définitive un visage neuf, personnel et unique, à l’être latent et ineffable d'un auteur.La littérature alors constitue à bon droit l'une des expériences nécessaires et parfaitement irremplaçables.où l'homme, livrant aux autres sa figure secrète, se découvre lui-même et s’accomplit.16 Et plus loin: « Je reconnais l’irremplaçable signification que j'attribue au style entendu dans son sens le plus large, depuis le simple agencement des mots jusqu’aux structures les plus amples de la construction d'ensemble.» 17 Cependant, s'il est vrai que le « sujet » n’est pas formellement objet de la critique littéraire, que ce qui compte, c'est le quomodo et non le quid, ce serait 274 LECTURES T une erreur de croire que le critique s’abaisserait ou ferait fausse route en parlant de la matière ou du fond, de l’anecdote ou de l’idée, dans l’optique sociale, morale ou religieuse.Au contraire, il serait parfaitement dans son rôle, puisque le critique — comme l’artiste — reste un homme et donc soumis aux conditions de la nature humaine et aux lois de la société.Vaut le vieux principe aristotélicien: « Bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu » ,H.Ainsi, dirais-je que Doux-Amer de Claire Martin est un roman bon parce qu’il « existe », parce qu’il est vrai ?Ce n’est pas un roman bon absolument — puisque de justes réserves morales s’imposent — mais bon littérairement, par son « style », sa « manière ».La plus vieille tradition critique, par exemple celle de maîtres comme Sainte-Beuve et Lanson, n’a jamais séparé le fond de la forme, et a toujours reconnu , l’influence bonne ou mauvaise d’un livre sur tout lecteur, même intelligent, influence d’autant plus forte que l’œuvre est mieux « stylée ».Le R.P.Robi-doux le reconnaît à propos d'Amadou: Le roman, comme la poésie et l’art en général, agit par une sorte d'hypnotisme et de fascination.Il nous fait consentir, le temps de sa vie en nous, — le temps, du moins, de sa lecteure fervente — à une réalité même d'exception.Nous en sommes réduits, tant que dure l’enchantement, à nous persuader que seuls sont réels dans le monde les aspects décrits; nous oublions qu'un roman, une œuvre, n'est qu’une perspective particulière sur la réalité.Le romancier nous met en contact direct avec une image qui se substitue à notre existence.Le roman n’est plus aussi vrai que la vie, selon cette ambition du naturalisme, mais plus vrai qu’elle; il tend à être la réalité même, quelle que soit la résistance du lecteur.Il va sans dire que la perfection d’un tel rêve demeure impossible, hors quelques instants fugaces.Quel est cependant le lecteur, voire le plus méfiant critique, qui peut certifier ne s’y être jamais lai'.sé prendre ?10 L’esthétisme pur est une position qui n’est ni chrétienne ni humaine, et le « sujet » ne peut laisser personne indifférent puisqu’il s’impose presque néces-, sairement par la forme.L’art n’est jamais quelque chose de suspendu en l’air, mais s’adresse à tout l’homme qui ne se sectionne pas quand il prend le plaisir de lire.* * * Jean-Charles Harvey a bien noté que ce qui manque le plus aux Canadiens français est d’être parfaitement eux-mêmes: « On n’est jamais bon, dit-il, quand on cesse d’être soi-même » 20.Cette personnalité, bien loin de s’étioler au contact d’autres littératures — comme le prétendait autrefois Grignon — ne fait que s’affirmer et s’agrandir.Claude Jasmin le remarque bien: « Ce sont eux (les autres romanciers, étrangers ou canadiens), finalement, qui m'aident à m'identifier, à me trouver, à me trouver une définition, un enracinement, une appartenance » 21.Paule Saint-Onge exprime donc un vain regret quand elle écrit: « Concilier cette double impression que tout est à faire ici et que tout est déjà fait ailleurs, la réconcilier vaille que vaille dans son œuvre, c’est, il me semble, l’une des grandes difficultés du romancier canadien-français » Oh ! que ce « vaille que vaille » me fait mal ! Je préfère plutôt l’avis de Jacques Godbout: Depuis 1930, il faut parler de la poésie française du Canada, du roman français du Canada; d’autant plus que nous appartenons désormais à une communauté linguistique qui englobe l’Europe, l’Afrique et nous en Amérique.[.] Chaque étudiant en Lettres devrait apprendre que la littérature française du Canada commence avec Villon: et qu'aucune coupure — ni la révolution française, ni le père Combes — ne justifiera jamais notre isolement ~3.L’étude des grands romanciers de tous les pays du monde peut alors donner la science de l’homme, secret plus vrai pour réussir que toute la technique littéraire.« On se raconte assez mal, dit François Hertel, parce qu’on n’a ni réfléchi, ni mûri, qu’on se connaît mal » 24; et Gilles Marcotte: « Que voulez-vous.on ne peut créer des personnages si on ne sait pas un peu ce qu’est un homme, une femme » J5.Les Canadiens-français ont-ils atteint, dans le roman, à la connaissance de l’homme.et de l’homme de chez eux ?La vraie réponse — Claude Jasmin l’a bien vu 2,5 — n’est ni dans l’optimisme béat ni dans le pessimisme snob.Il y a des romans de valeur au Canada français et plus qu’on ne croit communément.Il n'y a peut-être pas d’auteurs absolument transcendants, des noms prestigieux comme celui de Mauriac par exemple; mais il y a certainement des écrivains canadiens-français qui peuvent se comparer aux écrivains français de renom, qu’on lit par plaisir artistique et souci de culture.Soutenir le contraire serait se voiler la face de façon enfantine et faire injure aux chercheurs du « Centre de recherches de littérature canadienne-française de l’Université d’Ottawa ».( I ) EN COLLABORATION LE ROMAN CANADIEN-FRANÇAIS.Evolution.témoignages, bibliographie.Montréal.Fides [1964], 458p.ill.24.5cm.(Coll.Archives des Lettres canadiennes, t.III) (2) On se souvient des deux premiers, tomes: tome 1, Mouvement littéraire de Québec IS60.Ottawa, Editions de l'Université d’Ottawa.1961.341p.— Tome 2.L'Ecole littéraire de Montréal.Montréal.Fides.1963.381p.Juin 1965 275 (3) Le roman canadien-français, p.156.(4) Réussite au point de vue artistique et historique, non au point de vue moral.(5) B.Vac, La Favorite et le Conquérant.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1963.397p.(6) Le roman canadien-français, p.377.(7) ld., p.308.(8) ld., p.302 à 307.(9) ld., p.326.(10) Marcel Proust.Contre Sainte-Beuve, cité par Molho (note 9).(11) La critique littéraire en France au A'IXe siècle, ses conceptions.Textes choisis et présentés par R.Molho.Paris.Ed.Buchet-Chastel, 1963.p.38.(12) Samuel Baillargeon, c.ss.r., Littérature canadienne-française.2 éd.Montréal.Fides [1963].525p.(13) Le roman canadien-français, p.158.(14) ld., p.347.(15) ld., p.370.(16) ld., p.242.(17) ld.p.253.(18) Traduction proposée: Une oeuvre n’est absolument parfaite que lorsqu’on ne peut lui trouver aucun défaut, sous quelque aspect que ce soit.(19) ld., p.254, note 31.(20) ld., p.273.(21) ld., p.354.(22) ld., p.366.(23) ld., p.373.(24) ld.p.294.(25) ld., p.370.(26) ld., p.354.Jacques Vier : LITTÉRATURE À L’EMPORTE-PIECE André MELANÇON Jacques Vier n’est pas un inconnu au Canada français, puisqu’il s’y est fait de nombreux amis et admi ateurs par les cours vivants et toujours étoffés qu'il professe à l’Université Laval depuis quelques années.On a pu apprécier la valeur de renouvellement qu’il a donnée à son Histoire de la Littérature française, parue chez Armand Colin.Mais on sait peut-être moins sa qualité de conférencier, toujours brillant et spirituel.Ses conférences, il les publie dans des recueils vivants et documentés, qui portent le titre de Littérature à l’emporte-pièce.C’est du troisième volume que nous voulons entretenir nos lecteurs.1 Disons tout d’abord, pour ceux qui l’ignoreraient, que Jacques Vier est un chrétien convaincu de sa foi, qui se fait un devoir de présenter l’aspect chrétien de tous les auteurs et de toutes les œuvres qu’il aborde.Il le fait toutefois avec un grand respect des individus et une charité compréhensive.Ce qui ne l’empêche pas de donner un tour alerte à ses essais, où brillent l’esprit et l’humour.Il sait donner à ses études le tour qui leur permet de passer la rampe et de procurer le contentement que recherchent les auditeurs et les lecteurs de choix.Dans ce volume, l’auteur aborde des problèmes qui vont de l’époque romantique à la période contemporaine, des frères de La Mennais à Simone de Beauvoir, en passant par Léon Bloy, la critique littéraire actuelle, le nouveau roman et le nouveau théâtre.Quelques pages nous font entrer dans le drame sacerdotal qui se joue dans l’âme des deux frères malouins, et nous proposent un parallèle saisissant entre les destins si différents de Jean et de Félicité de La Mennais.Alors que le premier représente l'ouverture et l’action bienfaisante, le second, plus fermé, s’isole dans le refus et les pamphlets.Il est intéressant de savoir que le texte de cette conférence a été lu en 1962 à la maison des Frères de l’Instruction Chrétienne, dans la banlieue de Montréal.Mais l’étude qui porte sur Léon Bloy a beaucoup plus d’envergure.Les développements auxquels Jacques Vier se prête sont la conséquence d’une « naïveté d’enthousiasme » qu’il confesse humblement et qu’il sait se faire pardonner.Jacques Vier nous présente un Léon Bloy qu’il interroge surtout à travers La Femme pauvre, pour en développer trois 276 LECTURES aspects principaux: le Catholique, le Pauvre et le Justicier.Le catholicisme de Marchenoir n’est sûrement pas à récuser, alors que sa pauvreté, surtout à la fin de sa vie, a pu paraître parfois l’effet d’une savante mise en scène.Quant au Justicier, au pamphlétaire, le critique nous le montre dans toute sa force et sa vigueur, avec de nombreux textes à l’appui.Puis il nous parle de la mission de Léon Bloy, et des conquêtes ou des disciples que son apostolat terrible a pu récolter, dont les plus insignes semblent bien être Raïssa et Jacques Maritain.L’art de Léon Bloy, puissant et efficace, nous apparaît ensuite dans son originalité et sa truculence: certains paragraphes, où la propriété des termes s’allie avec la plénitude, nous révèlent en l’auteur du Désespéré un écrivain de premier rang, et puriste par-dessus le marché.Un dernier chapitre, qui porte sur la pensée religieuse de Léon Bloy nous montre la supériorité de celle-ci sur la plupart des idéologies contemporaines, et nous invite à relire cet auteur, dont l’œuvre a fait son purgatoire de son vivant et se trouve à porter un message bien actuel aux lecteurs de notre temps.« Grandeur et servitude de la passion romantique » nous raconte les péripéties du grand amour qui a enflammé la comtesse Marie d’Agoult et Franz Listz.Cet amour était dans le ton de l’époque et valait bien celui de George Sand pour Chopin, avec ses trois aspects caractéristiques: mystiques, livresque et humanitaire.Comme une pièce de théâtre, il s’est dénoué de façon tragique, lorsque le compositeur-virtuose s’est vu reprendre par le démon de la musique, même s’il a fallu cinq longues années pour que la baronne accepte le départ définitif de son génie inspirateur.Jacques Vier a réussi là un tableau très réaliste, parce que documenté: c’est lui qui présente, chez Colin encore, les tomes nombreux qui fournissent une étude exhaustive de tout ce qui concerne cette femme qui sort de l’ordinaire et qui a joué un rôle important à l’époque du romantisme.Trois articles traitant de « la critique littéraire contemporaine » nous donnent ensuite la vraie mesure de Jacques Vier, qui ose élever la voix dans ce qu’il appelle le « silence » de l’Université et des Aristarques devant le néant de la littérature actuelle.Il s’en prend d’abord aux feuilletonistes complai- sants, qui sont de connivence avec les jurys littéraires, puis lance des flèches aiguës aux grands noms du nouveau roman et du nouveau théâtre: Roger Vailland, Christiane Rochefort, Michel Butor, Françoise Sagan et Eugène Ionesco, parmi d’autres.Il nous dévoile les deux grandes faiblesses de la présente création littéraire: « La menace de mort qui plane sur la littérature contemporaine, écrit-il, vient de l’obsession de la technique, autant que de l’obsession de l’érotisme.» 11 termine par un abattage quelque peu méchant de François Mauriac qui, selon lui, se console de n’avoir plus rien à dire par des chroniques dans Le Figaro Littéraire.Après une conférence, donnée à Québec, qui traite de « l’humour et l’ironie dans le théâtre français contemporain ».où Jacques Vier nous parle de l’humour noir, de l'humour modéré et de l’humour sentimental, qui sont illustrés respectivement par Eugène Ionesco, André Roussin et Jacques Audiberti, nous abordons la dernière étude du lecueil: « Le cas Simone de Beauvoir ».La Force de l’Age et Le Deuxième Sexe sont pris nettement à partie, de même que le volume du Père Henry, qui assimile le succès de Simone de Beauvoir à « l’échec d’une chrétienté ».Le critique montre, par ailleurs, que l’ère du matriarcat et de « l’impérialisme féminin » ne commence pas avec l’époque de Jean-Paul Sartre, mais a dominé dans la littérature des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.Cette dernière démonstration nous semble très concluante et ouvre de nouveaux horizons sur le phénomène du féminisme.Le livre entier de Jacques Vier est émaillé de traits qui en rendent la lecture agréable et plaisante, même si quelques erreurs de typographie en ralentissent parfois la compréhension.Les renouvellements qu’on y rencontre font de cette série de conférences et d’articles un plaidoyer éloquent pour une critique dynamique et féconde, pleine de jeunesse et d’enthousiasme, « à l’emporte-pièce ».( I ) VIER (Jacques) LITTERATURE A L'EMPORTE-PIECE.Troisième série.Paris.Editions du Cèdre [s.d.] 211p.22cm.Sous peu en librairie: LECTURES 1964-1965 Volume relié.Prix : $5.00 net Juin 1965 277 Littérature et société canadiennes-françaises Paul-Emile ROY Le Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Laval nous avait déjà donné un important volume: Situation de la recherche sur le Canada français.Il nous revient avec Littérature et société canadiennes-françaises 1 qui groupe un nombre considérable d’excellents collaborateurs.Ces études se présentent comme une première approche de la société canadienne-française.L'Avant-propos du recueil nous explique dans quelle perspective s’est effectuée cette étude de notre littérature: « Nous avons voulu identifier certaines de ses formes typiques et quelques-uns des courants qui l’ont animée.Nous avons surtout voulu chercher en quoi elle a exprimé notre milieu social et comment elle a agi sur ses transformations.Enfin, nous avons tâché d’orienter ces entretiens vers un débat méthodologique qui pourrait donner lieu à un fructueux dialogue entre les visées de l’esthétique et celles de la sociologie.» Il serait impossible de résumer, même de façon succincte, le contenu de ces pages si denses.Je voudrais plutôt formuler quelques observations provoquées par une lecture fervente.Il faut noter d’abord que ces études littéraires doivent leur existence à un Département de sociologie et d’anthropologie.Celui-ci est allé chercher des écrivains, des professeurs de littérature, des critiques littéraires.Il les a placés en situation de dialogue avec des représentants d’une discipline différente de la leur, ce qui forçait tout le monde à se définir, à tenir compte d’un point de vue différent.Cet affrontement me semble des plus profitables et ouvre un champ de travail inépuisable.L’impression la plus forte qui se dégage de ces pages est peut-être celle de l’étendue de la besogne à abattre chez nous.On a l’impression que tout est à faire, que toutes les perspectives sont à approfondir.C’est une découverte fé- conde due à ce que chacune des deux disciplines fait prendre conscience à l’autre de l’insuffisance de son apport et la stimule à se dépasser.Un critique littéraire peut s’abandonner à bien des considérations originales s’il ne s’adresse qu’à un lecteur distrait, mais s’il a devant lui un sociologue armé d’un instrument précis de connaissance, il devra faire preuve d’une grande acuité et d’une grande humilité.Le sociologue de même devra peser ses affirmations s’il sait qu’il doit compter avec un auditoire d’hommes de lettres qui eux aussi ont leurs catégories, leurs techniques d’interprétation.La lumière jaillit de ce dialogue et l’on se met à souhaiter que celui-ci se poursuive avec les historiens, les psychologues, les théologiens, les philosophes.Je viens de souligner que la besogne à accomplir était immense.Si ce recueil offre déjà une somme de travail assez considérable, il reste qu’il ne fait qu’ouvrir des avenues sans les explorer à fond.Il nous fait sentir à toutes les pages que nous ne connaissons pas notre littérature.Nous ne possédons que très peu d’études sérieuses sur nos principaux auteurs, sur les grands thèmes qui traversent nos œuvres.C’est dire que nous ne nous connaissons pas, que nous sommes étrangers à nous-mêmes.On en vient à se demander si notre aliénation, qui est nationale, certes, et économique, n’est pas d’abord culturelle.Cette hypothèse d’ailleurs donnerait lieu à une lecture nouvelle de notre production.Il faut souligner que ce travail ne contient pas seulement des études de nos œuvres littéraires.Il constitue aussi un effort de réflexion remarquable sur la nature de la connaissance littéraire en relation avec l’homme, les autres disciplines, la réalité globale d’ici.C’est une préoccupation qui perce un peu partout et donne à ces textes une grande résonance.Les pages que nous donne Fernand Dumont sont spécialement lumineuses.Il nous montre comment la 278 LECTURES sociologie peut étudier la littérature tout en respectant sa valeur artistique.L’analogie qu’il établit entre l’« idéologie » et l’œuvre littéraire me semble particulièrement féconde.Elle lui permet d’affirmer que l’œuvre littéraire « représente une réaction structurée à une situation elle-même relativement généralisée » (p.230), de parler de « cette dialectique qu’est la relation de l’œuvre et du public » (p.227), de poser la base d’une collaboration entre la sociologie et la littérature comme « explorations complémentaires qui nous donneront peut-être un jour ce qui serait, dans toute l’extension du terme, une anthropologie » (p.240).Il est à espérer que ces considérations de Fernand Dumont inspireront les études littéraires qui su publieront chez nous dans les années à venir.Je regrette pour ma part que les collaborateurs de ce recueil n’aient pas tenu suffisamment compte de la situation de l’écrivain dans un monde où le cinéma et la télévision jouent un rôle de plus en plus important.Si nous sommes dans la civilisation de l’image, quel sort est-il fait au livre ?Comment la littérature peut-elle coexister avec la multiplicité des techniques de diffusion actuellement ?Plus profondément encore, comment la littérature rend-elle compte des transformations de la société moderne ?Si des pays comme la France, l’Allemagne, qui ont derrière eux de longues traditions, des valeurs de civilisation bien établies, sont secoués par les phénomènes actuels d’urbanisation, de planétarisation, d’automation, à plus forte raison une toute petite nation comme le Québec, accédant à peine à l’existence, doit-elle être ébranlée, écartelée.On se serait attendu à ce qu’un livre sur la littérature et la société canadiennes-françaises tente de décrire cette mutation que nous connaissons actuellement et dont nos romans et notre poésie depuis la guerre ne cessent de rendre compte, de manière plus ou moins gauche.Mais le problème est à peine abordé.Il nous reste à souhaiter que le Département de sociologie et d’anthropologie de Laval organise un jour un colloque sur la littérature et le monde technique.(1) DUMONT (Fernand) et FALARDEAU (Jean-Charles) LITTERATURE ET SOCIETE CANADIENNES-FRANÇAISES.Deuxième colloque de la revue Recherches sociographiques du département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Laval.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1964.272p.27cm.Luise Rinser: La joie parfaite Louise Lessard Véritable paradoxe entre le titre et l’œuvre elle-même ! Marie-Catherine vit peut-être la joie parfaite mais les autres membres de la famille ne semblent pas partager cette joie.A certains moments ils paraissent même désespérés.La joie parfaite est un roman bien écrit et prenant.Le lecteur attend le dénouement: l’action le déloge de son indifférence, il est tendu et parfois révolté.Est-ce tout simplement la générosité de Marie-Catherine qui met mal à l’aise ou le fait qu’elle soit poussée à l’extrême ?Je conçois la seconde supposition comme étant la plus juste; le lecteur n’accepte pas la situation vécue de Marie-Catherine qui agit.poussée par un idéalisme excessif.Georg, son beau-frère, nous est sûrement plus sympathique.Narrateur du récit, il s’efforce d’être objectif et juge des événements assez froidement tout en y étant associé.Cette incapacité de Marie-Catherine à nous convaincre, est probablement due à ce manque de réalisme et ce manque de sensibilité.Le livre est bien pensé, très intellectuel, mais combien peu humain ! L’amour altruiste, la charité, la raison dominent; notions toutes abstraites et non palpables.Rien de vivant, rien d’éclatant à tel point que les deux courtes scènes dans la campagne française ressortent davantage en couleurs, en clarté et en chaleur.Juin 1965 279 « Marie-Catherine abandonne son pays, la France, et laisse de côté ses talents, pour se consacrer, par une charité éclairée, bien proche de l’amour, à un professeur allemand: homme génial mais nerveusement atteint, qui devient son mari.» Chaque personnage du roman est intéressant dans son comportement et ses sentiments.Chacun a son rôle à jouer: agissant directement ou indirectement sur le comportement du voisin.Et l’on pourrait s’attarder également sur la vie d’ensemble de cette famille.Le thème central du roman est l’amour.Amour qui est aussi charité ! Claude-Edmonde Magny a dit de Thérèse Desqueroux: « La vraie malédiction que Thérèse porte en elle, c’est moins cet involontaire pouvoir de corruption et de mort que le fait d’être quelqu’un que personne jamais n’a aimé, du moins durablement, ou comme elle aurait voulu l’être.» Ainsi, on pourrait chercher dans chaque personnage du roman de Louise Rinser, sa capacité d’aimer et d’être aimé; fatalité de hasard ou fatalité de caractère !.Il est bon de connaître et comprendre la vie de cette famille au sein de laquelle évolue Marie-Catherine.Certains ont besoin d’être aimés comme Mère, Clemens, Clémentine et d’autres peuvent y répondre comme Marie-Catherine, le Docteur.« En hâte, à la mort de Mère, Georg se mit à inventorier ce qu’elle avait fait de bien: elle avait été généreuse, elle avait été bonne pour Marie-Catherine et Simone.Son manque de bonté, n’était-il pas dû au fait de son caractère emporté et violent.Mère était ambitieuse, emportée par un amour aveugle pour tout ce qui se haussait au-dessus du commun.* Le caractère de Mère s’est profondément incrusté dans chacun de ses enfants.Il y a laissé une marque ineffaçable.Souvent aveuglée par son égoïsme et son ambition, elle était injuste avec tous, sauf avec Clemens.Elle ne s’est laissée aller à aucun geste de tendresse.Autoritaire, elle s’était retirée seule au-dessus de tous pour mieux diriger.Et sa mort révèle son immense solitude.Constamment écrasée et dominée, Babette, seule fille de la famille, est restée médiocre et effacée.Georg le fils aîné, immobilisé, relate la vie familiale dans ses moindres détails.Il juge chaque événement et tente de faire la part des choses.Il reconnaît la dureté de sa mère.Il ne peut pas ne pas blâmer l’orgueil et l’égoïsme de Clemens.Toute son affection est concentrée sur Marie-Catherine, sa belle- sœur, qu’il souhaiterait voir plus heureuse.Georg est le personnage, à mon avis, le plus sympathique.Maître de lui-même, il ne s’emporte pas et attend de voir les faits sous tous leurs angles avant de les juger.Réaliste, humain, il juge d’une façon assez dure l’étrange christianisme de sa mère et celui de Marie-Catherine.Dans l’union de celle-ci avec Clemens, on cherche le vrai sens de son geste.Clemens est un homme génial semble-t-il mais nerveusement atteint ! Il est malade physiquement et psychologiquement.Il a surtout besoin d’un médecin plus que de prières.Certains facteurs d’éducation ont contribué considérablement au déséquilibre émotif de Clemens.Mais il est difficile de comprendre en quoi l’attitude de Marie-Catherine pourrait l’aider ! Elle est là dans un milieu étranger, achevant la tâche d’amour et de renoncement qu’elle s’est fixée; mais dans quel but !.Clemens était un véritable tyran estimant qu’un autre ne devait rien faire ni même désirer que ce qu’il ait approuvé.Marie-Catherine se disait que Clemens n’aurait pu être sauvé que par un grand amour.Dans la quête d’un bonheur, il arrive parfois que le moyen soit pris pour la fin.Georg reprochera à Marie-Catherine d’aimer le renoncement pour le renoncement.On pourrait même y voir des tendances masochistes, dans le fait qu’elle puisse se complaire dans sa propre souffrance.Réellement Marie-Catherine croyait à un grand amour ! Elle avait offert sa vie en échange du bonheur et du rachat de Clemens.Mais je crois que psychologiquement ce roman n’est pas réaliste.Clemens est un malade et l’ambiance dans cette maison n'est point propice au calme et à la paix de l’âme.La famille n’étant pas composée uniquement de Clemens, tous avaient droit à leur part d’affection, d'amour et d’équilibre.Le travail social que Marie-Catherine effectue après la mort de Clemens, elle aurait pu l’accomplir même mariée au Docteur.Mais elle préfère renoncer à ce mariage afin de réparer une faute dont elle n’est pas entièrement responsable.On peut facilement qualifier ce livre d’irréaliste ou d’idéaliste.Si la véracité des personnages n’est pas plus apparente, cela est probablement dû au fait qu’un tel renoncement frise l’exaltation.Le lecteur se retrouve davantage dans l’attitude de Georg.De plus, je crois qu’un minimum de satisfaction est requis pour effectuer une tâche.On ne peut vivre uniquement de sacrifice et de renoncement, ou alors faut-il que la fin en soit une de grande valeur.(1) RINSER (Luise) LA JOIE PARFAITE.Roman.Traduit de l'allemand par S.et G.de Lalène.Paris, Editions du Seuil [ 1965].285p.20.5cm.280 LECTURES yioJtksLâu biblioqAapkiqiuiôu Littérature canadienne Littératu re LAPOINTE (Paul-Marie) POUR LES AMES.Poèmes.Montréal, Editions de l'Hexagone [1964].71p.18.5cm.La poésie de Paul-Marie Lapointe apparaît plutôt hermétique au lecteur moyen, qui a de la difficulté à saisir les articulations des différents poèmes du recueil intitulé: Pour les âmes.Il y saisit toutefois des thèmes qui dévoilent une tristesse profonde, parfois désespérée.Nous vivons dans un monde voué à l’anéantissement, aux catastrophes finales, et qui a construit ses propres instruments de destruction, comme les missiles, ou le ségrégationnisme.Seul un affranchissement de ce qui domine notre monde pourra nous permettre de survivre.Les poèmes de liberté qui portent le titre de Blues témoignent d’un engagement politique non équivoque, de même que l'Epitaphe pour un jeune révolté, qui contient le magnifique refrain: tu ne mourras pas.(p.31) Ce sont d'ailleurs ces refrains, assez fréquents, qui permettent de saisir davantage le rythme des poèmes.Deux parmi les plus frappants témoignent de l'idée maîtresse du recueil: je suis l’angoisse (p.20) le temps tombe (p.22) Un autre vers est encore plus expressif: soyez tristes.désespérez de Dieu (p.67) La langue est juste et rigoureuse, malgré une absence presque totale de ponctuation.André MELANÇON Suzanne PARADIS PARADIS (Suzanne) POUR LES ENFANTS DES MORTS.Poèmes.Québec, Editions Gameau [1964].147p.20.5cm.Une autre fois nous nous trouvons devant une poésie régulière et franchement optimiste, écrite pour ceux qui viendront après nous, qui auront survécu à l'époque actuelle, et qui pourront reconstruire le monde idéal que nous avons perdu.Cette poésie est prolifique, toujours abondante et renouvelée au cours des cent cinquante pages, au point que Mme Suzanne Paradis aurait pu se faire éditer en trois ou quatre recueils, qui auraient eu chacun sa raison d’être.Mais comme l’idée inspiratrice demeure un peu floue, on peut se demander s'il n’y a pas ici surabondance, alors que l’auteur aurait dû cerner davantage ses sujets et renforcer ainsi ses effets.Car le lecteur, quelque peu lassé de quatrains ou de tercets présentés sous la forme de l’alexandrin, pourrait en venir à l'impression de la facilité et de la redondar.ee.On pense parfois, à lire certains poèmes très longs, aux innombrables strophes de Péguy, qui avait pourtant, pour son profit, la rime rigoureuse et le vers bien frappé.Alors que la poétesse est bien de notre temps, même si elle aime utiliser la forme traditionnelle, assez bien rythmée, mais le plus souvent sans rime.Cette surabondance n’empêche toutefois pas Mme Paradis de laisser une impression profonde, qui est celle du salut universel: je n'aurai de paix au fond de moi-même avant que t ous ne soyez tous élus (p.119) Son optimisme éclate dans des vers vigoureux: je veux rouler moi-même vents peurs et tempêtes j’ai goût de sel et de furie, la force est belle (p.14) les enfants des morts régneront sur l’ombre sur l’ombre changée en clarté sereine (p- 36) Je rejetterai le nom gris de toute chose le nom d’épine de la rose (p.108) Il est dommage que pareilles réussites soient isolées au milieu de pages dont la monotonie provoque l’ennui et la torpeur.Le lecteur aime à être saisi par des beautés plus définies que celles que nous propose ce recueil, qui essaie d’unir le moderne au conventionnel, mais qui y gagnerait à plus de rigueuF et de sobriété.André MELANÇON 281 Juin 1965 Guy ROBERT ROBERT (Guy) LITTERATURE DU QUEBEC.T.I: Témoignages de 17 poètes.Montréal, Déom [1964].333p.20.5cm.Ce volume inaugure un projet ambitieux comportant huit tomes sur la littérature du Québec.Il présente « des témoignages personnels variés et attentifs, et des poèmes dont plusieurs sont inédits, de 17 poètes vivants du Québec choisis parmi les plus représentatifs d'une tendance ou d'un esprit » (p.H).L'introduction décrit la situation de l’écrivain canadien-français dans le contexte nord-américain; l’Auteur essaie d’y dégager les différentes tonalités de la poésie canadienne-française du siècle dernier et de notre siècle.Dix-sept poètes vivants (Alain Grandbois, Anne Hébert, Gilles Hénault, Paul-Marie Lapointe, Roland Giguère, Gaston Miron, Jean-Guy Pilon, Georges Cartier, Fernand Ouellette, Alain Horic, Jean-Paul Filion, Gatien Lapointe, Guy Robert, Suzanne Paradis, André Major.Paul Chamberland et Yves-Gabriel Brunet) révèlent leur conception de la poésie, de la fonction du poète, ou encore expriment leur propre expérience poétique; ces divers témoignages sont suivis d’un choix de poèmes.L’Auteur s’est réservé la part du lion: vingt-neuf pages pour son œuvre poétique, où personnellement je trouve beaucoup de verbiage.Une telle générosité typographique veut-elle exalter un auteur renommé ou rendre justice à un poète méconnu ?Le mérite de ce volume, c’est de réunir les témoignages de poètes contemporains sur la signification de l’aventure poétique; le choix de poèmes complète les anthologies de Guy Sylvestre et d’Alain Bosquet.Romain LEGARE, o.f.m.Gilbert CHOQUETTE CHOQUETTE (Gilbert) L’HONNEUR DE VIVRE.Poèmes de l’âge amer.[Montréal] Beauchemin, 1964.59p.20.5cm.Gilbert Choquette nous présente ses Poèmes de l'âge amer.Avec densité et sobriété, il nous chante les désillusions qui ont envahi sa vie, le tourment intérieur qui ne cesse de le hanter, qui l’habite, mais qui lui est nécessaire comme son âme.Il se retourne vers ses premières années et ses premières amours, même aussi vers scs vies antérieures, et en retire des souvenirs où l’amertume domine: O jeunesse abolie Cire consumée à force de désirs (P- 13) Mais il ne se laisse pas abattre, et accepte le Destin avec noblesse: c’est « l’Honneur de Vivre ».Il sait bien que tout est tricherie, que « la vie est un rêve », que la femme qu’il a étreinte est « noyée », « sombrée »; il n’en continue pas moins à accepter la vie, comme un défi qu’on lui lance.Il sait que ce monde n’a pas d’âme, mais il sait aussi que la souffrance et l’exil ont leur valeur propre: O croix indispensables ! (p.36) Voilà pourquoi le chant de Gilbert Choquette est un chant mâle, viril, qui ne compose pas avec la faiblesse, et qui garde, dans sa dignité, un coin pour l’espérance.Ceci nous rappelle deux choses: le titre du premier recueil de l’auteur: Au loin l'Espoir (1958); et le texte de François Mauriac qu’il a placé au début de celui-ci: Notre espoir est toujours trompé, mais non notre espérance.Espérance réelle, malgré la tristesse de cette vie désenchantée: Aujourd'hui tu as l’âge amer De l’espérance (p.20) Car il n’est pas d’offrande vaine La nuit est fontaine de rosée Le sourire est terre de parole Le regard est promesse de lumière (P- 18) Pour atteindre à cette sérénité dans le malheur, Gilbert Choquette a besoin de l’écriture, du mot qui libère: Le mot l’emporte sur la chose Comme l’homme sur la ville close Les pierres sont à chaque homme Le silence n’est à personne (p.16) Ce quatrain, qui constitue à lui seul un poème, est un exemple du style de l’auteur, qui est à la fois rigoureux et expressif.II ne s'agit pas d'une poésie régulière dans le plein sens du mot, mais plutôt d’un rythme intérieur qui donne sa forme, souvent variée, à chaque poème.André MELANÇON 282 LECTURES BESSETTE (Gérard) L’INCUBATION.Roman.Montréal, Déom [1965).178p.19.5cm.(Coll.Nouvelle prose, no 2) Gérard Bessette fait cavalier seul.Travailleur solitaire, éloigné par sa profession de l’intelligentsia littéraire des grands centres, il a le courage et la persévérance des convaincus, des écrivains sûrs de s’accomplir.Et il refuse de s'attarder à un genre.L'Incubation l’engage donc dans une voie différente.Bessette — du moins l’affirme-t-il — ne cherche pas à se singulariser.Il a voulu adapter une forme, un style, au monologue d'un homme qui pense et agit dans un demi-sommeil.Cent quatre-vingts pages sans un seul point symbolise peut-être l’existence humaine dont le cheminement marque si peu de temps d’arrêt.Mais réussir semblable procédé est tout de même un tour de force.Car il faut avouer que Bessette parvient, malgré tout, à intéresser.Une fois accrochés aux premières lignes de L’Incubation, les yeux du lecteur suivent, rivés au récit intérieur qui charroie tout, hypnotise par son rythme, monotone comme la vague qui bat le rivage.Le titre du nouveau roman de Bessette est assez révélateur.L’Incubation: c’est-à-dire l'insinueuse maladie qui envahit l'organisme, le détruit, le tue.L’attitude du narrateur de Bessette, ses reculs, ses retours dans le passé, son indifférence à un avenir bloqué d’avance, l’immense déception au cœur de tous les personnages qui l’entourent font de L’Incubation un voyage vers le vide.La solitude humaine apparaît ici dans toute sa détresse.Aucune lumière ne s’insinue dans cette absence où l’homme, sans l’aide de Dieu, étouffe et crève de désespoir.« Avant de publier ce roman, explique Bessette, j'en ai écrit bien d’autres qui étaient des impasses.» L’aveu est à retenir.Dans L'Incubation il prend sa dimension exacte.Julia RICHER MAJOR (André) LA CHAIR DE POULE.Nouvelles.[MontréalJ Editions Parti Pris [1965].185p.15.5cm (Coll.Paroles, no 3) Notre jeune littérature, si elle se porte bien comme on aime à le répéter, n’est guère optimiste.Grise, parfois mauve, elle tourne très souvent au noir.Le ton désespéré est à la mode et si nous continuons à dévaler la pente, d’ici peu de temps nous aurons complètement perdu le sourire.Le talent, bien sûr, sauve parfois du ridicule.Et dans le cas d’André Major on peut dire que celui-ci en a à revendre ! Mais un auteur qui n’a que cela, dure peu.Les nouvelles de La chair de poule poursuivent la veine endiablée d'André Major.Toutes ces scènes de mœurs croquées comme des petits bouts de film fournissent l’intérêt momentané de la nouveauté.Mais ce n'est pas là de la littérature.Un des personnages de La chair de poule dit ceci: « Dans un roman écrit par un Ca.un Québécois, on devrait se voir, se sentir dedans.Tu comprends?Comme c’est là, tu lis des romans français écrits par des Québécois.Ils ont peur de notre vie, d'inventer quelque chose de québécois.» Le personnage de Major qui ne semble pas très loin de ses quinze ans doit commencer à peine à lire.Il ne faut pas trop lui faire grief d'ignorer les auteurs de trente ans et plus.De toute façon, de crainte de faire trop universel Major, lui, en invente du Québécois ! A tel point que sa prose n'offre du piquant qu'aux amateurs de couleur locale, genre réaliste, pour consommation domestique.C’est dommage ! Avec son talent Major pourrait nous donner bien autre chose.Souhaitons-lui de brûler les étapes, de travailler avec acharnement et d’oublier très vite qu’il est trop uniquement québécois.Le séparatisme, la révolution, les taudis montréalais, la misère humaine: ce sont des thèmes formi- dables.A la condition toutefois que le romancier en fasse de la littérature et non des pièces à conviction.Julia RICHER IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIH GOSSELIN (Paul-Eugène) ETIENNE PARENT.(1802- 1874).Montréal, Fides [1964].94p.16cm.(Coll.Classiques canadiens, no 27) Eminemment cultivé, Etienne Parent fut journaliste et étudiant-sociologue durant la décennie troublée des années 1837-47.Les textes présentés par P.-E.Gosselin ont pour but de mettre en lumière ces deux aspects de son œuvre littéraire.Si j'émonde de ce recueil les quelques lignes tenant d'un idéalisme intellectuel, je me surprends à découvrir maints discours sur l'éducation et les problèmes socioéconomiques qui par anticipation m'insèrent au cœur de l’ère I960.Ce classique canadien nous situe on ne peut mieux à lepoque des premières libertés âprement reconquises.Jean-Pierre PHANEUF lllllllllllllllllllllltlllllllllllllllllllllllll ANASTASIE (Marie) MIROIR DE LUMIERE.Montréal, Librairie Déom [1964].95p.ill.21cm.(Coll.Poésie canadienne, no 9) Notre jeune poésie se cherche.Elle se perd parfois dans les mots qui n’ont plus de résonances parce qu’ils se sont détachés de la réalité et virevoltent dans un espace vide.Il n’est pas facile d’inventer un langage, et pourtant c’est la mission de la poésie.S’il est si difficile de créer un langage et de l’habiter, c'est que le monde que nous habitons nous est encore étranger, menaçant, en tout cas impossible à nommer parce que pas suffisamment apprivoisé.Marie Anastasie, comme beaucoup de nos poètes, est à la recherche de son langage.Elle le trouve Juin 1965 283 parfois, mais il me semble qu'elle ne réussit pas à s’y installer, à l’habiter.Certaines images tombent juste, mais on dirait que le flot s’interrompt, qu’il faut recommencer à neuf avec le poème suivant.Il me semble que le langage manque ici de cohésion, de continuité, ce qui explique que les thèmes concrets, au lieu de s'appuyer, de se compléter, se succèdent sans plus.Il faut cependant reconnaître à Marie Anastasie une grande fraîcheur alliée à une profondeur indiscutable.L'expérience spirituelle transparaît partout et donne à sa poésie une résonance que bien des poètes pourraient lui envier.Paul-Emile ROY Biographie HEBERT (Jacques) TROIS JOURS EN PRISON.Préface de Gérard Pelletier.Suivi des Souvenirs de prison de Jules Fournier.Préface d’Olivar Asselin.Montréal, Le club du Livre du Québec [1965], 128p.18cm.(Coll.Le club du Livre du Québec, no 2) Jacques Hébert est un journaliste-reporter comme nous en avons peu au Canada français.Il sait « voir » un événement, le trans- Jdeques HEBERT poser en un vocabulaire qui crée spontanément l'atmosphère.Les Trois jours de prison qu'il vient d’éditer sont un peu les nôtres aussi car nous sommes avec lui dans cette prison de Québec dont il raconte avec humour les petits faits de la vie quotidienne.Prisonniers, gardiens, avocats: autant de personnages campés d’un trait de plume, puis retouchés parfois sans trop de méchanceté, avec cependant un certain détachement.inaccoutumé chez Jacques Hébert.Le meilleur portrait est celui du gars du dessous: un dur qui émaillé ses discours de blasphèmes à faire trembler les murs de la prison de Québec.Le tout nous arrive si percutant qu’on croit entendre lecho du dôme de la prison où résident nos deux hommes.Cinquante pages qui se lisent d’affilée comme se lisaient les récits de voyages d’Hébert.D’ailleurs ces trois jours en prison ne font-ils pas figure de court voyage, une fin de semaine plaisante quoi ! Du moins c’est l’impression que veut nous donner M.Hébert même si à certains moments percent une fatigue, une tristesse voilée, compréhensibles dans les circonstances.La seconde partie du petit volume des Editions du Jour est consacrée aux souvenirs de prison de Jules Fournier, assez longs ceux-là puisqu'ils se prolongèrent pendant trois mois, et beaucoup plus méchants que ceux de Jacques Hébert.Mais les deux reportages offrent tout de même quelques similitudes, ne serait-ce que par les lieux à peu près intouchés après cinquante-six années d'intervalle ! Un récit distrayant malgré le sérieux du sujet abordé, préfacé avec humour par un autre journaliste.vedette d'un limogeage assez sensationnel, Gérard Pelletier.Le tout vendu à prix populaire, dans un petit volume qui fera certainement son petit bonhomme de chemin.J.R.Littérature étrangère Religion LAURENTIN (René) LA QUESTION MARIALE.Paris, Editions du Seuil [1963], 173p.20.5cm.Mariologue réputé, l’abbé René Laurentin nous donne un exposé franc, lucide, des mieux informés, sur la question mariale.Le problè- me marial cause un certain malaise, une certaine tension, chez les catholiques mêmes, soit au point de vue de la doctrine soit au point de vue de la piété.L’Auteur discerne deux principales tendances: l’une qui veut donner à Marie le plus et l’autre le moins; « d’un côté, tendance à faire de Marie le centre, alors quelle est seulement liée au centre, qui est le Christ; de l’autre, tendance à l’expulser vers la périphérie » (p.160).A la limite, ces deux tendances aboutiraient, d’un côté, à transformer la Vierge Marie en idole, et de l’autre, à casser l’idole.Heureusement que ce n’est qu’une limite théorique et que l’Eglise nous garde de telles extrémités.L’Auteur donne la solution du problème: il cherche la voie d’équilibre entre les deux tendances qui cohabitent même, à divers degrés, en chaque chrétien, en proposant des règles de méthode théologique.284 LECTURES C’est dans la mesure où les problèmes internes seront harmonieusement résolus entre catholiques que le dialogue œcuménique pourra être engagé avec fécondité.Car Marie est-elle un facteur de durcissement ou peut-elle devenir un facteur d’union ?Dans un cinquième et dernier chapitre, intitulé Le problème œcuménique, l’Auteur offre des jalons de solution.« Ce n’est qu’au prix d’un long travail et d’un long dialogue, que nous parviendrons ensemble à la plénitude catholique, en théologie mariale comme ailleurs.» (P.157) Nous recommandons cet ouvrage dense et capital pour mieux comprendre la véritable doctrine théologique et la véritable dévotion envers la mère de Dieu.Nourri de connaissances et d’expérience, ce livre veut découvrir, par-delà les vues partielles, les controverses et les malentendus, la vraie place de la Vierge Marie dans la théologie comme dans la vie de l’Eglise, le vrai visage de la Vierge, toute relative au Christ, toute corrélative à l’Eglise.Romain LEGARE, o.f.m.Illllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllillll KOCH (Robert) MONTEE PASCALE.Sermons liturgiques.Traduits par M.Grandclaudon, Mulhouse, Salvator, 1965.77p.19cm.(Coll.L'Assemblée chrétienne et l'année liturgique) On a vu avec raison dans la Réforme liturgique de la Semaine Sainte un événement pastoral d’une très grande portée.Pour que cette restauration produise tous les fruits que l'Eglise en attend, la prédication doit toujours remettre en lumière le mystère pascal.L’Auteur retourne aux sources de la révélation: la Sainte Ecriture et la Tradition.Il entend « expliquer au peuple chrétien le sens profond des lectures bibliques et des symboles dans la liturgie pascale et ainsi distribuer à pleines mains les riches fruits de la Rédemption » (p.8).Chaque homélie commence par la lecture d'un texte du Nouveau Testament, se développe en un commentaire au niveau de la vie liturgique ou du Nouveau Testament, notamment de l’Evangile, pour se terminer d’ordinaire par un exemple où la leçon évangélique s’applique à la vie contemporaine.Ainsi nous sont présentés les grands thèmes de Pâques: la transfiguration, avant-goût de la joie pascale; le message de lumière; la vie, figurée par le baptême de la veillée pascale; la paix pascale, apportée par la miséricorde divine; le nouveau commandement pascal; la souffrance chrétienne liée à la glorification avec le Christ; enfin, l’espérance de la résurrection des morts, d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle.Romain LEGARE, o.f.m.imiiiiiiiiiiiiiimiiimiimiiiiiiiiiiiiiiii CHENU (M.-D.) POUR UNE THEOLOGIE DU TRAVAIL.(Paris] Editions du Seuil [1965].119p.18cm.(Coll.Livre de vie.no 53) Ce petit livre contient trois articles: un essai sur la théologie du travail, publié dans la revue Esprit, janvier 1952, L'homo œconomicus et le chrétien, publié dans la revue Economie et humanisme, mai 1945, et Le devenir social, texte d'un cours donné à la Semaine sociale, à Paris, en 1947; et enfin une note complémentaire à propos d’un texte de saint Maxime (1668) sur le rapport de l’homme et de la nature.Nous avions déjà une théologie de la guerre, une théologie des affaires, une théologie de l’histoire; nous avions également une morale du travail, voire depuis quelques années une mystique du travail; mais nous n'en avions pas encore une théologie.On sait pourtant que le travail prend une place de plus en plus large dans les préoccupations des philosophes et des savants, et bien des hommes y voient l’élément dominant de notre civilisation, surtout dans sa conscience communautaire, dans son caractère de collectivisation de l’humanité.Par son ampleur cosmique et sa profondeur humaine, la civilisation du travail définit l'homme du XXe siècle.C’est avec raison que la réflexion chrétienne se met à analyser, au-delà de la morale des intentions, le travail comme « objet » dans sa densité propre, dans sa fonction économique, dans son rôle historique, le mot travail pris, selon la langue et la mentalité contemporaines, « dans son sens complet, au-delà de sa matérialité, avec tout l’engagement corporel, psychologique, social, que comporte la fabrication à tous les niveaux» (p.13, en note).Le Père Chenu, célèbre théologien dominicain, nous offre ici, dans la lumière évangélique, les bases d’une philosophie et d’une théologie du travail; en une pensée courageuse et profonde, il présente les grandes lignes d'une réflexion chrétienne sur le travail, de la juste conception des rapports entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’économie, entre l'homme et le devenir social lié au sens de l’histoire, à l’évolution du monde.Il conclut sur une note d’optimisme: avec le cardinal Suhard, il diagnostique dans le malaise présent ni la décadence du monde ni même une « maladie », mais la crise de croissance d’un monde nouveau.« La crise de croissance ainsi diagnostiquée, elle tient précisément en ceci que, sous les pressions des déterminismes économiques et des progrès techniques, nous sommes, à tous les échelons de la vie sociale, comme acculés à un élargissement communautaire, dont la prise de conscience, si trouble soit-elle, constitue, aux grandes heures de l'humanité, cette « énergie historique » qui renouvelle le monde.La captation des forces secrètes de la matière vient souligner encore la cohérence entre la transformation de l’univers et Juin 1965 285 révolution collective de l’humanité.Que s’il y manque, hélas, ce « supplément d'âme » qui d’une telle socialisation fera un terrain de liberté, c’est à nous, chrétiens, d’en porter le poids, car c’est précisément notre vocation de l’y donner — s’il est vrai que la vie chrétienne est une incarnation de l’Esprit, non une évasion hors de l'histoire.» (P.107s) Nos jeunes intellectuels socialisants qui délaissent trop facilement le christianisme pour le marxisme athée devraient lire et méditer ce livre dense du Père Chenu.Car le christianisme, défenseur de la liberté et de la dignité de la personne humaine, n'a pas encore fait son temps ! Romain LEGARE, o.f.m.Littérature EN COLLABORATION LES CHEFS-D'OEUVRE DU SOURIRE.Rassemblés et présentés par Jacques Sternberg, Jacques Berbier, Alex Grall.[Paris] Editions Planète [s.d.] 477p.ill.20.5cm.(Coll.L'Anthologie planète) Relié.« Les paroles seules comptent.Le reste est bavardage », écrit Ionesco.Pourtant dans ce volumineux ouvrage où les chefs-d’œuvre ne font pas toujours sourire, on souhaiterait un peu plus de silence, un peu moins de bavardage.Jacques Sternberg, Jacques Bergier et Alex Grall, responsables du choix des quatre-vingt-cinq textes qui composent cette anthologie du sourire, semblent avoir oublié qu’humour n’est pas science, bavardage éclectique ou péroraison savante, mais bien art subtil d'exprimer la vie et les êtres avec finesse d'esprit et d'imagination.Le livre est heureusement « sauvé » par des textes de grands humoristes comme Sacha Guitry, Tristan Bernard, Eugène Ionesco, Mark Twain et autres.On s’étonne pour- tant de n’y pas retrouver les noms d’Alfred Hitchcock et d’Alphonse Allais.Certains récits (voir: La Vie spirituelle), d’une platitude béate ou d'un anticléricalisme désuet, ne pourraient dérider le visage le plus flegmatique! D’abondantes caricatures, pour la plupart réussies et de bon goût, illustrent les textes.Jean-Marie BARRETTE llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll * * * TRENTE-SIX HISTOIRES DE BETES.[Tournai] Caster-man, 1964.200p.ill.(h.-t.) 19cm.(Coll.Les bêtes et nous) Ce livre constitue une véritable anthologie du comportement animal.Pleins de tendresse et de vérité, trente-six récits où s’entremêlent le comique et le tragique de la vie animale écrits par les plus célèbres écrivains français et étrangers (Balzac, Hugo, Lamartine, Nodier, Curwood, etc.).C’est tour à tour Pitiriki, l’écureuil chapardeur des Prisons et Paradis de Colette, le cricri de George Sand, Zamore, l’épagneul qui savait danser de Théophile Gautier.Ou encore le combat titanesque de Gilliatt et de la pieuvre (pages inoubliables des Travailleurs de la mer de Victor Hugo).Chez les animaux, comédie et drame se côtoient.comme chez les humains ! Jean-Marie BARRETTE Géographie POMMERET (Xavier) MEXIQUE.[Paris, Editions du Seuil.1962.] 189p.ill.17.5cm.(Coll.Petite planète, no 34) Un avocat de Tehuantepec m'expliquait l'été dernier la nouvelle orientation qu’avait prise la révolution mexicaine sous le gouvernement de Lopez Mateos.« toutes les forces se sont alors conjuguées pour élever la culture de la masse et l’économie nationale ».La lutte contre l'analphabétisme et le nationalisme économique apparaissent en effet comme les deux réalités les plus vivantes du Mexique actuel.Sous l’égide du nouveau président, Gustavo Diaz Ordaz, 35 millions d'habitants bâtissent l'avenir de la futura mexicana tierra.Mais pour tout Mexicain, le présent et l’avenir ne s’édifient pas sans la base solide du passé.On pourrait parler d’une continuité mexicaine.Héritière de trois grandes civilisations, aztèque par Montezuma, maya par Lalenque et le Yucatan, chrétienne par Cortès, fille de la Revolucion par Pancho Villa et Emiliano Zapata, en train de surgir harmonieuse de ce legs hybride, la nation mexicaine fascine les « gringo » les plus crédules ! Terre où la vérité s’exprime en paradoxes, souligne Xavier Pomme-ret.Terre hostile et accueillante (Huitzilopochtli et Quetzalcoalt), le Mexique n’en demeure pas moins le pays le plus prospère et l'une des plus enrichissantes régions touristiques du continent américain.Depuis quelque temps les voyages au Mexique se multiplient: c’est là une preuve éclatante que, contrairement à ce que croit Kate, l’héroïne de D.H.Lawrence dans Le Serpent à Plumes, el grito mexicano no es siempre el grito del odio (le cri mexicain n’est pas toujours un cri de haine).Jean-Marie BARRETTE Biographie CAN DE (Roland de) DICTIONNAIRE DES MUSICIENS.[Paris] Editions du Seuil [1964].279p.ill.17.5cm.(Coll.Microcosme, no 3) Ce Dictionnaire des Musiciens et le Dictionnaire de la Musique de la même collection Microcosme, constituent pour tous les amis de 286 LECTURES la musique un ensemble vraiment pratique et appréciable.Roland de Candé qui a composé l’un et l’autre est loin d’être un inconnu: il s’était signalé naguère par une très pertinente Petite histoire de la musique anglaise (Larousse).C’est à dessein que l’auteur s’est confiné au secteur de la musique occidentale, sans tenir compte des compositeurs de jazz, de folklore ou de musique populaire.Ce qui lui a permis de retenir tout de même près de sept cent soixante-dix-sept noms de compositeurs dont il nous présente l’essentiel de leur biographie et de leurs œuvres.Sans être un travail hautement scientifique, ce dictionnaire ne s’adresse toutefois qu’à des mélomanes qui ont déjà une certaine culture musicale.Pour ceux-là, c’est une véritable aubaine que d’avoir à la portée de la main, près de la discothèque ou de l’appareil F-M, ce bouquin abondamment illustré, si précieux par toutes ses autres sources de renseignements discographiques et bibliographiques.Roland-M.CHARLAND lllllllllllllllllllllllllllillllllllllllllllllll RETIF (André) MARIE DE L'INCARNATION ET LA MISSION.[Toursl Marne [1964].173p.21.5cm.(Coll.Esprit et mission) Marie de l’Incarnation appartient au Canada français; elle y a passé trente-trois ans.On sait qu’elle fut une grande mystique: « Thérèse de nos jours et du Nouveau Monde », disait Bossuet.Si sa spiritualité est assez connue, sa doctrine missionnaire ne l’est pas: Marie de l’Incarnation et ses compagnes « furent les premières religieuses missionnaires de l'histoire moderne, au moins en ce qui concerne les congrégations en partie actives » (p.9).Autre chose: la religieuse parle toujours de la mission, et se nomme elle-même missionnaire.A cette époque ces mots n’étaient pas souvent employés, ce qui montre l’originalité de sa pensée et de son action.Le 1er août 1639, Marie de l'Incarnation arrivait à Québec.Dom Jamet, bénédictin, qui a édité les Ecrits spirituels et historiques de Marie de l’Incarnation, nous trace ce portrait, cité par l’auteur: « C’est une vraie tourangelle du XVIIe siècle à ses débuts: fille d’une génération endurcie dans les années tourmentées des guerres civiles et arrachée par l’épreuve à la vie insouciante d'une province trop favorisée, mais fille d’une race et d’un pays où l’à-propos, la finesse, une « humeur gaie et agréable », comme elle l’écrira elle-même, une sagesse née de l'horreur des extrêmes, sont toujours de mise, et y détendent les traits, même aux époques les plus rudes, des visages les plus graves.» (P.60) Est-il besoin de dire qu'au tout début de la colonie, la vie n’était pas rose.Mais Marie de l'Incarnation était bien préparée à supporter des misères de toutes sortes: pour l’attacher étroitement à Lui, Dieu ne lui ménagea pas les épreuves: ces croix resserrèrent davantage les liens qui unissaient la religieuse à son Maître.Pour elle et ses compagnes, la Nouvelle-France était un « paradis terrestre, où les croix et les épines naissent si amoureusement que plus on est piquée, plus le cœur est rempli de douceur » (p.73).Malgré les intempéries, un grand dénuement, des embarras nombreux, son zèle missionnaire grandit de plus en plus; elle ne peut supporter l’idée qu’il y ait encore des âmes qui ne connaissent pas Dieu et son amour infini.Ce zèle s'appuyait sur une doctrine remarquablement ferme dont le Père Rétif relève ce qu’il appelle les « points de référence théologique » (p.107).La religieuse avait une grande dévotion au Sacré-Cœur, et en ceci elle était en avance sur saint Jean Eudes et sainte Marguerite-Marie.« Le Sacré-Cœur est le chemin par lequel Marie va vers le Père (elle dit elle-même: le cœur de mon Jésus, ma Voie, ma Vérité, ma Vie).» (P.115) Elle avait écrit cette très belle prière: « Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas.je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas, et je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui, par mépris, ne vous reconnaissent pas.Je veux, par ce divin Cœur, satisfaire au devoir de tous les mortels.Je fais en esprit le tour du monde pour y chercher toutes les âmes rachetées du Sang précieux de mon divin époux, afin de vous satisfaire pour toutes par ce divin Cœur.Je les embrasse pour vous les présenter par lui, et par iui je vous demande leur conversion.» (P.115) Il faut parler de sa grande influence au Canada; tous les notables de la colonie allaient la consulter.Le pays et la petite Eglise canadienne traversèrent des moments très pénibles; Marie de l’Incarnation par ses encouragements et ses bonnes paroles soutenait et remontait le moral des colons et des missionnaires.Mais son influence s’étendait au-delà des mers et son rayonnement touchait la France.« Dom Jamet, écrit l'auteur, estime qu’elle a dû écrire 12 à 13,000 lettres dont nous n'avons conservé qu’un tout petit nombre (moins de 300).» (P.160) Avec les Relations des Jésuites, les lettres de la missionnaire sont des sources très précieuses pour l’histoire des débuts de la colonie.Marie de l’Incarnation est une des figures les plus marquantes de notre histoire.Elle fut une héroïne et une sainte, même si l’Eglise ne l’a pas encore reconnue comme telle.Grande contemplative, son action missionnaire, appuyée d’abord sur la force de Dieu, fut très efficace.Elle est « un modèle et un exemple pour notre temps et mérite d’être étudiée par tous ceux qui veulent donner à leur vie une orientation missionnaire ».(P.169) 1972 marquera le troisième centenaire de la mort de Marie de l’Incarnation.Pour un Canadien français catholique cet anniversaire ne doit pas être oublié; nous espérons qu’il sera célébré avec éclat.La vie et l’action de la religieuse missionnaire sont un enseignement au double plan national et religieux.Bernard-M.MATHIEU, o.p.287 Juin 196; Renouveau catéchétique au secondaire Le Centre de Catéchèse de Montréal, en collaboration avec une équipe de pédagogues, présente aux professeurs et aux étudiants des 9e - 10e- lie années une série de catéchèse sur les sacrements et la vie normale.Ces nouveaux instruments de travail seront publiés sous forme de fiches illustrées et paraîtront par tranches: 1er trimestre: en juin 2e trimestre: en octobre 3e trimestre: en janvier Dès le 1er mai, les professeurs pourront se procurer le premier cahier des notes pédagogiques contenant l'esprit de ce travail, les thèmes de chaque année ainsi que la marche à suivre, etc.Ces catéchèses, oeuvres de Bernard-M.Côté, C.S.C., ont été expérimentées auprès de 2,000 étudiants et revisées par une équipe de pédagogues des écoles publiques de Montréal.EDITIONS 245 est, boul.Dorchester, Montréal 288 LECTURES B8.692+./327+/.C îh Hi1 BMHHIM p»- 111331 Ë2 il r.Éw» *• ni .*W «J j fwglL ¦: : SwWffiSsI Üi jyjjjjg in)i| .B* ly -j'j;^ Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrage qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’ctudes d’Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.BARRETT (W.E.), Les lys des champs (France-Empire).TB Roman.Un Noir de la Louisiane, en quête de travail, prête main-forte à un groupe de religieuses allemandes exilées de l’Allemagne de l’Est et qui s'acharnent à relever les ruines d’une maison incendiée.Livre fait d’après un film qui a obtenu le prix de l’Office catholique du cinéma.Tout y est humour et du meilleur.Ouvrage bien traduit et très amusant.BESSETTE (G.), L’incubation .B Voir la recension à la page 283 du présent numéro) CHRISTOPHE (R.), Danton (Librairie Académique Perrin).TB Biographie légèrement romancée de ce personnage qui joua un rôle si considérable dans la Révolution française.Danton y est bien dépeint dans sa vérité psychologique, avec ses erreurs et ses faiblesses.La vie privée du personnage se mêle aux grands événements de l’histoire.Ouvrage très intéressant.CONCHON (G.), L’état sauvage (Albin Michel) .B?Roman qui a obtenu le Prix Goncourt.L’auteur a voulu y montrer que le racisme est la chose du monde la mieux partagée, mais la plus génératrice de situations tour à tour comiques, grotesques, horribles.L’amoralité complète des personnages, la crudité de nombreux passages imposent de sérieuses réserves.Livre blessant, qui ne peut que renforcer le racisme chez ceux qui en ont.CRONIN (V.), La lettre après Z (Albin Michel) .B?Roman dont le héros central est un jeune Anglais idéaliste et révolté, véritable Don Quichotte qui veut toujours aller plus loin (que la lettre Z), c’est-à-dire en définitive au delà du réel.Ses expé- riences l’amènent inexorablemenr à la déchéance et à la folie.Gros feuilleton assez mal construit.Pour adultes avertis et formés religieusement.EXBRAYAT (C.), La honte de la famille (Librairie des Champs-Elysées) .B Roman policier.L’intrigue est peu de chose, mais les discussions familiales d’une famille marseillaise sont contées avec beaucoup de verve.FAYE (J.-P.), L’écluse (Editions du Seuil) .B Roman qui a obtenu le Prix Théophraste Renau-dot.Ouvrage complexe et difficile où l’auteur impose au lecteur d'incessants chevauchements dans le temps et l’espace.Pour adultes cultivés et patients.FRANKE (H.W.), La cage aux orchidées (Denoël) .TB Roman de science-fiction.Les étonnantes découvertes de deux terriens qui se posent sur une planète lointaine où vivent de mystérieux robots.Livre curieux où l’imagination s’en donne à cœur joie.HORIA (V.), La septième lettre (Plon) .B Roman autobiographique où Platon raconte sa jeunesse, ses voyages, ses expériences et ses aventures.Roman nourri d’histoire et bourré de citations, qui manque un peu d’éclat et parfois piétine.11 s’en dégage des vues intéressantes non seulement sur le monde antique, mais sur la destinée hasardeuse des peuples qui « ne communient plus avec les dieux ».LACRETELLE (J.de), L’amour sur la place (Librairie Académique Perrin) .B Ce livre constitue le second et dernier tome de l’anthologie de la correspondance amoureuse commencée avec La galerie des amants.Il contient, précédés de notices explicatives, des extraits de lettres où des hommes d’Etat (v.g.Bonaparte), des Juin 1965 289 écrivains (Lamartine), des artistes célèbres ont dévoilé leurs secrets.Livre écrit avec tact et qui constitue une intéressante conttibution à l'histoire littéraire.Pour adultes cultivés.LE QUINTREC (C.)* La maison du Moustoir (Robert Laffont) .B?Roman qui se situe à l'époque trouble de l’occupation.Autour de la ferme du Moustoir, une idylle se noue entre un étudiant qui a fui la réquisition allemande et la jolie fille de l’aubergiste.Ouvrage touffu, assez difficile à suivre.Le style passe du réalisme cru à la poésie.La couleur locale est bonne et quelques types originaux sont bien campés.MAJOR (A.), La chair de poule .B?Voir recension à la page 283 du présent numéro.MANNING (R.), Une sorcière dans Vile (Stock) .B?Roman.Dans une petite île au large de la côte anglaise, la population est séparée en deux groupes: les anglicans et les fidèles de la secte dissidente, qui rivalisent de bêtise et de méchanceté.La vie de cette communauté, menée par quelques langues de vipère, est remarquablement restituée avec un curieux mélange de cruauté et de sympathie humaine.On regrette cependant que la religion n’y soit présente que sous ses maléfiques déformations.PLANCHON (M.), D’ombres et de pierres (Gallimard) .B Roman.Ayant hérité d’un oncle un château et un domaine, un ancien officier s’y installe et se laisse envoûter peu à peu par la demeure, ses habitants et par le personnage même de l’oncle défunt.Ce personnage est finement analysé.Un sentiment profond de la nature imprègne ces pages.Mais le style est pesant et maints passages restent obscurs.Pour lecteurs cultivés.PRICE (V.), La mort d’Achille (Stock) .B?Roman qui se situe à Chypre, durant la lutte entre les patriotes grecs et les forces de sécurité britanniques.Un helléniste distingué qui a quitté la carrière universitaire pour s'engager dans l’armée anglaise, se voit contraint de persécuter les Hellènes qu’il aime.Roman captivant, personnages très vivants.Les descriptions de l'île sont évocatrices.Une liaison est évoquée avec un réalisme extrême.Pour lecteurs cultivés et avertis.SUSSAN (R.), Histoire de Farczi (Denoël) .B Roman.Une jeune étudiante en psychologie, de Chicago, vient en Israël enquêter sur un criminel aux exploits spectaculaires, mais insaisissable.Récit original qui donne d’intéressants détails sur la vie en Israël, mais qui laisse une curieuse impression de construction factice.Pour adultes cultivés.SOANENS (B.), L'insolente nation (Julliard) D Roman qui raconte la vie d’un poste avancé du bled algérien, durant les derniers mois de la guerre d'Algérie.L’auteur raconte avec une cruelle ironie ui n'épargne personne: ni les moeurs ignobles es musulmans, ni l’armée française, ni les intellectuels parisiens.Ouvrage qui présente des qualités littéraires certaines, mais où le langage est très grossier.UPDIKE (J.), Les plumes du pigeon (Editions du Seuil) .B Dix-sept récits qui peignent des épisodes de la vie de familles américaines de milieu moyen, en province.Le thème essentiel est la peur de la mort, l’angoisse devant le temps qui passe, le désir de retrouver le passé.L’auteur a du talent, sait camper un personnage, rendre sensible une atmosphère.WEISS (P.), Point de fuite (Editions du Seuil) D Roman qui relate les aventures d’un Allemand demi-juif, devenu apatride à cause de nombreux exils.Analyse psychologique très fouillée.Descriptions pleines de vie et d’originalité.L’ouvrage est cependant gâté par son atmosphère morbide et par l’obsession sexuelle.WILLIAMS (T.), Sucre d'orges (Laffont) .D Recueil de neuf nouvelles écrites avec talent, mais dont le thème commun est l’érotisme et surtout l’homosexualité.WILLINGHAM (C.), Le feu du diable (Stock) D Roman qui démontre que l’amour triomphe des pires calomnies, des plus basses intrigues, des plus laides actions.Peu de valeur littéraire et psychologique dans ce roman-fleuve où, par ailleurs, les pires turpitudes sont étalées.WITTIG (M.), L'opoponax (Editions de Minuit) .TB Roman qui a obtenu le Prix Médecis.L’auteur raconte la vie de la petite fille quelle fut.C’est, selon une technique influencée par le nouveau roman, un grouillement d'impressions visuelles, auditives et de détails.Livre curieux, non dénué d’un certain charme, mais il est trop long et ennuie par l’effort qu'il exige du lecteur.SIGNIFICATION DES COTES M C'est-à-dire mauvais-, livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l'Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu’un livre tombe sous les lois générales de l’Index pour qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu'on y trouve, soit à cause de la licence morale qui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence dans les descriptions.B?cest-à-dire appelle des réserves: ces réserves peuvent être plus ou moins graves.Cette cote s’ap-lique à des volumes qui sont sains dans l'ensem-le, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n’appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu'aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.290 LECTURES Dr Georges Durand: Lettre de France — J’écris celte lettre le jour du Vendredi-Saint.Dans les rues de Paris, beaucoup de jeunes citoyens britanniques ont remplacé leurs camarades français partis à la montagne ou en A ngleterre.On gare facilement sa voiture le long des trottoirs.A 3 heures de l'après-midi je pénètre dans l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes, elle est pleine.Malgré le travail des uns (le Vendredi-Saint n'est pas chômé en France), les vacances des autres, il y a là plus d'un millier de personnes venues, sans autre obligation qu’intérieure, participer au chemin de croix qui marque le 1932e anniversaire de la mort du Christ.En ce jour de deuil j'évoque, entre autres, la mémoire des deux maîtres qui ont illustré l’Université Laval et viennent de nous quitter.J’avais eu l'avantage de les rencontrer l'un et l’autre, il y a peu de temps.Avec M.Charles de Koninck, ancien doyen de la Faculté de Philosophie, le 2 décembre 1964, nous nous étions entretenus de nos nombreux amis communs.Il venait à Paris présenter son dernier ouvrage Tout homme est mon prochain.Je devais à Mgr Alphonse-Marie Parent de posséder déjà ce livre et j’avais lu, avec l’intérêt que l’on devine, les réflexions sur la réforme de l'enseignement au Québec.Je ne veux citer aujourd'hui que cette phrase écrite par l’auteur quelques jours avant la mort de S.S.Jean XXIII: « Il me semble que son pontificat aura été marqué par l'éclat de la vertu d’espérance.» C'est au cours de notre Congrès National France-Canada que nous avons appris la disparition du professeur Raoul Blanchard.Nous lui avions consacré, le 4 juin 1964, un de nos colloques.Il avait tenu à y participer malgré ses 87 ans et bien qu’il eût, ce jour-là, une fête familiale.Je me permets de rappeler quelques-uns des propos que j'ai prononcés devant lui: « Il a « empoigné » littéralement la terre du Québec et en a créé la géographie.Son œuvre magistrale demeure une source de références unique.Nous devons remercier le professeur Blanchard d’avoir accepté d'en extraire ce petit livre1 document., clair, précis, actuel, susceptible d’une grande diffusion, de nous avoir donné cet instrument de qualité qui manquait jusqu'ici, à tous ceux qui s'efforcent de faire mieux connaître, en France, le Canada français.» Connaître le Canada français, toujours le mieux connaître, c’est avec cette préoccupation que, profitant de quelques jours de t^pos je suis allé emprunter à la bibliothèque de la Délégation Générale du Québec un ouvrage que je désirais consulter depuis longtemps: Situation de la recherche sur le Canada français publié en 1962 par les Presses de l'Université Laval, sous la direction de MM.Fernand Dumont et Yves Martin.J’y ai trouvé beaucoup plus encore que j'en attendais.Si ce livre m’appartenait il serait tout balafré de traits et d'annotations, mais j’ai dû le lire « les mains derrière le dos » comme autrefois, dit-on, les élèves des Ursulines de Trois-Rivières, l'unique exemplaire de la précieuse grammaire.Je le considère comme un outil indispensable à tous ceux pour qui le Canada français n’est pas un épiphénomène d'apparition récente.Que de renseignements sur les recherches « travail fait, travail à faire » — dans les domaines historique, économique, politique, démographique, linguistique, religieux, culturel, psycho-sociologique, etc.On peut seulement regretter qu’on ne puisse se procurer facilement en France un tel ouvrage pas plus que ceux indiqués dans la bibliographie sélective très fournie qu’il propose aux chercheurs.Je suis de ceux qui attendent avec impatience la création à Paris de ce Centre de Diffusion du Livre Canadien dont on parle depuis bientôt un an et qui doit combler une grave lacune.* * * Je ne m’éloignerai pas de mon propos en parlant, maintenant, d’un très ancien ami du Juin 1965 291 Canada qui va bientôt partir pour un long yovage à travers le Québec et les Provinces Maritimes.Il sera probablement à Montréal quand ces lignes paraîtront.Je connais Jean Michaut depuis près de 20 ans.Tout jeune homme il avait dû faire un long séjour dans un établissement de soins et l’idée lui est venue d’échanger correspondance et journaux avec des malades traités dans des hôpitaux et sanatoriums du Québec.Lorsqu’il fut remis il étendit son action et intéressa à son entreprise quelques personnalités généreuses; ainsi fut constitué à Bar-sur-Aube, un petit noyau d’amitié France-Canada.Il avait fait sienne cette devise de Saint Exupé-ry: « Le plus beau métier des hommes, c’est d’unir les hommes » et je pense que sans roügir il peut aujourd’hui comme jadis l’inscrire en tête de toutes ses lettres.« Ce qui compte pour nous, écrivait-il en 1949, c’est faire du bien le plus possible et de veiller au rayonnement français, parmi les malades d’abord (nous avons adopté 12 sanas canadiens), puis nous avons le projet de toucher les villages les plus reculés et de faire des envois de revues et livres.» Jean Michaut fut de ceux qui, en 1950, ont fondé l’Association France-Canada et lui ont apporté sans relâche le plus dévoué et le plus persévérant des concours.Il s’est chargé d’une tâche particulièrement ingrate, celle d’établir des correspondances; c’est ainsi qu’il a mis en relations amicales environ 4,000 jeunes de France et du Canada.Sans se lasser, il sollicite des éditeurs les journaux, livres et documents qu’il envoie régulièrement au Canada.Les 100,000 revues qu’il a déjà expédiées, si elles étaient empilées, dépasseraient la hauteur de la Tour Eiffel! A ce chiffre il convient d’ajouter 20,000 dépliants touristiques et 25.000 cartes postales, sans parler des quelque 70.000 lettres qu’il a dû écrire pour assurer la mise en route de cet énorme réseau.Comme Jean Michaut doit aussi travailler pour vivre, il prend sur ses loisirs et sur ses nuits tout le temps nécessaire à cette œuvre, au détriment d'une santé souvent chancelante.La fortune qu’il a dépensée en timbres-poste et emballages, il l’a trouvée auprès de quelques bienfaiteurs et aussi en se faisant pèlerin à travers villes et villages de France où il a donné plus de 100 conférences sur le Canada.Catholique convaincu et sans respect humain, Jean Michaut n’hésite pas à inclure dans ses lettres des réflexions nées de son expérience spirituelle et, depuis 1961, il est à l’origine d’un Comité d’Amitié France-Afrique dont le but, plus particulièrement apostolique, est de soutenir les missions des nouveaux états indépendants en leur envoyant des revues chrétiennes (22,000 ce jour), des livres, du matériel scolaire, voire des médicaments et objets de pansement pour les lépreux.Que va faire Jean Michaut pendant les cinq mois de son second voyage au Canada ?D’abord retrouver ses amis, mais ceux-ci sont si nombreux qu’il ne pourra les visiter tous et beaucoup devront se contenter de l’entendre à la radio ou le voir à la télévision.Il perfectionnera son information, déjà grande, des choses canadiennes afin d’apporter un témoignage plus actuel aux Français qui, dès son retour, viendront l’interroger.Il parlera de ses travaux, de ses projets, de ses espérances qui sont nôtres.Il établira des contacts plus étroits avec nos comités France-Canada du Canada et s’efforcera d’en susciter d’autres.En Acadie, notamment, il recherchera des paroisses intéressées par les offres de livres et revues que nous sommes susceptibles d’envoyer.J’ai été heureux de présenter ici ce digne fils de la province de Champagne qui a fourni au Canada Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys et Paul de Maisonneuve; il représente une catégorie de Français — un peu anachroniques en apparence — qui brûlent leurs forces sans les mesurer à la poursuite d’un idéal sans mesure.I.Raoul Blanchard, Le Canada français, collection Que Sais-je ?aux Presses Universitaires de France.vouô renouve lé votre abonnement « p ” O à oLectureA .292 LECTURES TABLE DES MATIÈRES Éditoriaux CHARLAND, (R.-M.) CHARLAND, (R.-M.) CHARLAND.(R.-M.) CHARLAND, (R.-M.) CHARLAND, (R.-M.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) LECLERC (R.) MARTIN (P.-A.), c.s.c.L'art de lire .mars 1965 La bibliothèque familiale est-elle un mythe ?avr.1965 En vacances avec Caliban .juin 1965 Faire face à la musique ! .févr.1965 Les vrais artisans de Lectures .déc.1964 Un nouveau directeur à Lectures: le R.P.R.-M.Charland succède au R.P.P.-A.Martin .nov.1964 Les propos de Jean Rostand .janv.1965 Sous les feux de l'actualité: un grand écrivain et un grand livre sept.1964 En marge du Salon du Livre de Québec oct.1964 Études d'auteurs LE HOUILLIER (G.), c.s.c.PERRAULT (T.) ROY (P.-E.) ROY (P.-E.) Adrien Thério.Béatrice Clément, écrivain pour la jeunesse Gabrielle Roy ou la difficulté de s'ajuster à la réalité L’univers romanesque de Claude Jasmin févr.1965 nov.1964 nov.1964 déc.1964 Études critiques BERGERON (H.-P.) Delacroix de Philippe Jullian mars 1965 BERGERON (H.-P.) En marge de la dernière œuvre de Jean-Paul Sartre avr.1965 BERGERON (H.-P.) Histoire de la philosophie de Frédéric Copleston janv.1965 BERGERON (H.-P.) Nouvelle initiation philosophique: Les grandes étapes de la pensée de Florent Gaboriau avr.1965 BERGERON (H.-P.) Pellan de Guy Robert déc.1964 BERGERON (H.-P.) Le poisson pêché de Georges Cartier janv.1965 COUTURIER (G.), c.s.c.Sens chrétien de l'Ancien Testament de Pierre Grelot sept.1964 GAY (P.), c.s.sp.Les archives des Lettres canadiennes: Le roman canadien-français juin 1965 GUIMOND (J.-C.), c.s.c.En marge du nouveau catéchisme: Viens vers le Père mars 1965 LECLERC (R.) Mille chemins ouverts de Julien Green oct.1964 LECLERC (R.) Les nouveaux prêtres de Michel de Saint-Pierre mai 1965 LEGARE (R.), o.f.m.La Mère dans le roman canadien-français de Soeur Sainte- Marie Eleuthère, c.n.d.sept.1964 LEGAULT (A.), c.s.c.La bible et le mystère de l'Eglise de R.Schnackenburg et K.Thieme .févr.1965 LEGAULT (A.), c.s.c.Synopse de Lucien Deiss, c.s.sp.nov.1964 LESSARD (L.) La joie parfaite de Luise Rinser juin 1965 MATHIEU (B.-M.\ o.p.Chemins de l’avenir de Lionel Groulx févr.1965 MATHIEU (B.-M.), o.p.Le domaine héroïque des lettres françaises de Pierre-Henri Simon .sept.1964 MATHIEU (B.-M.), o.p.Lettres à mes fils de Jean Onimus oct.1964 MATHIEU (B.-M.), o.p.Lettres à sa nièce de Friedrich Von Hügel avr.1965 MATHIEU (B.-M.), o.p.La littérature et sa conscience d’Henry Bars janv.1965 MATHIEU (B.-M.), o.p.La mission des prêtres-ouvriers de Gregor Seifer nov.1964 MATHIEU (B.-M.), o.p.Les mots de Jean-Paul Sartre .déc.1964 MATHIEU (B.-M.), o.p.Roger Martin du Gard et la religion de Réjean Robidoux mars 1965 MELANÇON (A.) Littérature à l'emporte-pièce de Jacques Vier .juin 1965 MELANÇON (A.) Face au monde actuel de Jean Onimus mai 1965 Juin 1965 182 206 270 150 & 153 86 54 118 2 30 151-153 71 & 82 55-61 87-89 183-184 208-209 120-121 210-211 90- 91 119-120 6-7 273-276 187-188 31-32 242-244 3- 4 155-156 63-64 279-280 157-158 4- 6 36-37 207-208 122-123 62-63 91- 92 184-185 276-278 239-240 293 840758057 PAGE (P.) Au coeur de la rose de Pierre Perrault juin 1965 271-273 PESTIAU (J.) Vice des vertus, vertus des vices du Dr P.Chauchard ' déc.1965 93-94 RICHER (J.) Le couteau sur la table de Jacques GodboutO mai 1965 241-242 ROY (P.-E.) L'écrivain et son théâtre de Paul Toupin Cx févr.1965 154-155 ROY (P.-E.) Littérature et société canadienne-française ‘ juin 1965 278-279 ROY (P.-E.) Les terres sèches de Jean-Paul Pinsonneault '4 oct.1964 32-35 SOUCY (G), c.s.c.La prière: les trois premiers siècles de A.Hamman < mars 1965 186-187 Faits et commentaires ccc Documents pontificaux sur la presse déc.1964 115 ccc Paul VI: Le livre est comme le pain sept.1964 27 CHARLAND (R.-M.) Décès de M.l’abbé Flavien Charbonneau févr.1965 175 DURAND (G.) Lettre de France oct.1964 50-51 DURAND (G.) Lettre de France nov.1964 81-82 DURAND (G.) Lettre de France déc.1964 113-114 DURAND (G.) Lettre de France janv.1965 143-144 DURAND (G.) Lettre de France févr.1965 176-177 DURAND (G.) Lettre de France mars 1965 201-202 DURAND (G.) Lettre de France avr.1965 233-234 DURAND (G.) Lettre de France mai 1965 265-266 DURAND (G.) Lettre de France juin 1965 291 ESSARTS (J.des) L’annonce faite à Marie mars 1965 199 0 « « Faits et commentaires sept 1964 25-26 1» 0 * Faits et commentaires nov.1964 80 4M Faits et commentaires déc.1964 111 « * 0 Faits et commentaires janv.1965 142 0*0 Faits et commentaires févr.1965 177 >» * >» Faits et commentaires mars 1965 200 * * * Faits et commentaires avr.1965 232 * * * Faits et commentaires mai 1965 263 LECLERC (R.) In memoriam: Michelle Le Normand déc.1964 111 LECLERC (R.) Marie Le Franc et le Canada févr.1965 174-175 MARTIN (P.-A), c.s.c.Le cinquantenaire de la société Saint-Paul déc.1964 112 MARTIN (P.-A.), c.s.c.Un deuil aux Editions du Cerf: le R.P.Boisselot nov.1964 80 RICHER (J.) Des livres de choix pour étrennes déc.1964 112 RICHER (J.) Vu et entendu au Salon du Livre mai 1965 238 !» « « 7e Salon du Livre de Montréal .mars 1965 200 0 0 0 Yves Thériault président des écrivains canadiens févr.1965 179 Documents GUISSARD (L.) Dictionnaire des idées contemporaines avr.1965 230-231 MARCEL (G.) Jean-Paul Sartre et le prix Nobel janv.1965 140-141 RENE (F.) L’écrivain vu par Julien Green sept.1964 21-24 Pages d'anthologie ANASTASIE (M.) Maternité avr.1965 236 CESBRON (G.) Une abeille contre la vitre févr.1965 178 & 180 GREEN (J.) La vieille Mouser nov.1964 84 MAUROIS (A.) Propos sur la lecture mars 1965 202 & 204 MONTAURIER (J.) le trace des sentiers dans mon hiver janv.1965 145-148 ONIMUS (J.) Epilogue d'Un livre pour mes filles déc.1964 114 & 116 PINSONNEAULT (J.-P.) Le roman.une descente aux enfers mai 1965 268 PINSONNEAULT (J.-P.) Les terres sèches sept.1964 26 & 28 WEYERGANS (F.) Conseils à de jeunes époux oct.1964 49 & 52 294 LECTURES INDEX DES OUVRAGES (Classés par ordre d’auteurs et accompagnés de la cote morale
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.