Lectures, 1 octobre 1965, octobre
NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO 2 OCTOBRE MONTRÉAL lier à la page! p.34 jean-paul pinsonneault p.35ss terres noires de j.-p.fugère p.39 évangile et monde moderne de daniélou p.41 mauriac de b.roussel p.47 JEAN-PAUL PINSONNEAULT EIITOIIAI toujours à la page! ROLAND CHARLAND C’est un truisme de dire que les modes et toutes les autres formes d’engouement ont leur temps de vogue plus ou moins éphémère.On veut être dans le vent, se tenir au courant de l’actualité ou tout simplement être à la page.Pour désigner toutefois ce qui conserve un intérêt humain toujours actuel, je dirais qu’au-jourd’hui plus que jamais notre monde s’en tient mordicus à la page, à l’imprimé, bien que l’on proclame notre vingtième siècle comme celui d’une civilisation de l’image.Le cinéma et la télévision, avouons-le, n’ont pas banni totalement la lecture; loin de là, l’un et l’autre ne l’auront-ils pas plutôt revalorisée ?Le mot de Balzac: « Aujourd’hui, il faut que les livres, comme toute autre chose, aient de l’actualité », ne s’est tant avéré que dans les faits du temps présent.Bien ou mal, peu ou beaucoup, le monde continue de lire, n’est-il pas vrai ?Le grand nombre de gens parcourent — et non sans y trouver science et culture — les journaux, ces « sismographes des hommes et du monde », pour reprendre une expression du R.P.Gabel lors du Ville congrès mondial de la Presse Catholique tenu à New York le printemps dernier.Qu’on songe à cette luxuriante floraison des Livres de Poche, ces sortes de lectures-transistors qui partout et en haute fidélité vulgarisent les chefs-d’œuvre de littérature universelle.Et combien de revues, de digestes, circulent dans notre société ?Quel sens de prophétie réalisée et quel rajeunissement prend maintenant ce mémorable passage de Cicéron dans sa défense du poète Archias: « Les livres sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux: ils sont un plaisir à la maison, ils n’embarrassent pas à l’extérieur: ils veillent avec nous, nous accompagnent en voyage, villégiaturent avec nous ! » ZX.M L’écrit garde donc ses droits à l’existence comme un élément indispensable de l’esprit.Et pourtant ?« Nous ne sommes plus des hommes de pensée, des hommes dont la vie intérieure se nourrisse dans les textes », soutiendra à notre grande surprise René Huyghe dans l’Introduction de son récent ouvrage Les Puissances de limage.Mais, ce merveilleux bilan d’une psychologie de l’art, l’Académicien n’a pas trouvé mieux que de le nous présenter noir sur blanc, dans un bouquin format de poche et avec toute la puissance de son verbe alerte et clair ! Chez nous, dans notre province, la multiplication des bibliothèques scolaires et municipales, l’insertion plus accusée de notre littérature dans les programmes de français, sont un autre signe révélateur de l’actualité du livre.Il faudrait souligner, ici, l’effort de la création de manuels typiquement canadiens, un effort qui n’a pas trouvé encore son rythme définitif mais qui s’est intensifié en ces dernières années.Sait-on tous les ennuis que peuvent avoir les élèves et les professeurs quand ils se mettent à la recherche de tel ou tel roman canadien paru il y a dix ans ou quinze ans ?Beaucoup de nos livres sont des éditions épuisées.Malheureusement ! Pour répondre à la demande, il faudrait créer une collection spéciale qu’on intitulerait: « Les Introuvables » ! Par ailleurs, il y a la crise de l'édition et de la librairie.A cet égard, au -suite à la page 43 LECTURES / OCTOBRE PAGE 34 ÉTUDE D’AUTEUU CANADIEN Depuis près de dix ans, par un travail régulier qui lui fait employer à la création littéraire ou à la correction une heure ou une heure et demie chaque matin, Jean-Paul Pinsonneault s’est donné comme programme de publier un roman toutes les deux années.Le premier, Le Mauvais Pain, a donc pu être mis sur le chantier vers 1956, alors que le prochain, qui sera son cinquième et qu’il préfère aux précédents, verra le jour en 1966.Né à Waterloo, dans le Québec, le 22 avril 1923, Jean-Paul Pinsonneault n’a commencé sa carrière d’écrivain qu’à une époque relativement tardive, aux environs de 1955, alors qu’il a écrit des textes dramatiques pour la télévision.jean-paul pinsonneault présenté par ANDRÉ MELANÇON Pour son dernier roman, Les Terres Sèches.l’écrivain Jean-Paul Pinsonneault s’est vu attribuer deux prix littéraires qui l’ont révélé au grand public: le prix France-Canada et le Prix du Gouverneur Général.Pourtant, en plus de deux pièces de théâtre, il en était à son quatrième roman.La critique avait été assez bienveillante à son égard, mais son nom n’était pas encore sorti d’un cercle plutôt restreint: sans doute, l’auteur n’avait pas voulu établir sa renommée sur une propagande facile et préférait que la valeur même de ses romans s’imposât par elle seule.Il semble bien qu’il a opté un jour pour le métier d’écrivain, et particulièrement de romancier, tâche à laquelle il s’est astreint avec une sorte d’ascèse, comme on n’en rencontre que rarement chez nous.Il avait fait ses études primaires dans sa ville natale, ses études commerciales au Collège Saint-André de Saint-Césaire, et ses études classiques au Collège de Saint-Laurent.Après deux pièces de théâtre, Cette Terre de faim (1956) et Electre (1957), il fait paraître son premier roman (1958).Puis il séjourne à Paris en 1958 et 1959, comme boursier du Conseil des Arts du Canada, pour se consacrer à la création littéraire.Il voyage en Belgique, en Espagne et en Italie.C’est à son retour d’Europe qu’il devient directeur de l’hebdomadaire Salaberry, à Valleyfield.Son deuxième roman, Jérôme Aquin, est publié en I960.L’année suivante, Jean-Paul Pinsonneault devient directeur littéraire aux Éditions Fides, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.En 1962, il présente Les Abîmes de l'Aube, et, en 1964, Les Terres Sèches.Même si le théâtre a pris une place assez importante dans la production de Jean-Paul Pinsonneault, c’est l’œuvre du romancier que nous voulons étudier dans les lignes qui suivent.Abordons tout de suite le sujet de ses quatre romans.Le Mauvais Pain nous offre le drame d’une veuve, Ruth Villemure, que l’attachement au domaine ancestral rend dure et possessive, et dont l’hostilité à l'égard de sa fille Marthe et de son fils Alain est d’une âpreté presque inimaginable.Pour que le bien familial ne tombe pas dans des mains étrangères, elle éloigne Marthe de celui quelle aime, Patrice, LECTURES / OCTOBRE PAGE 35 sous prétexte que son état d’enfant naturel et sa classe sociale jetteraient du discrédit sur la lignée Villemure.La mort seule pourra mettre un terme à ce climat de haine: la mère aura tout perdu.Avec Jérôme Aquin, Jean-Paul Pinsonneault étudie les vains efforts d’un ex-séminariste pour se prouver que sa vocation, malgré l’avis de l’abbé Deslières, est de conduire les âmes au salut, alors que son caractère dominateur en aurait fait un prêtre bien peu capable de remplir un ministère d’apôtre véritable.Jérôme se considère comme un raté.Il retourne dans sa famille, qui l’accueille froidement, comme s’il était un intrus.Dans ce milieu vivent sa mère, veuve comme Mme Villemure, son frère ainé, Mathieu, égoïste qui ne pense qu’au relèvement et au succès de la scierie familiale, Anne, l’épouse de ce dernier, qui souffre d’une solitude affreuse, et Geneviève, seul être de sérénité dont le personnage aurait pu être développé avec plus de profondeur.Anne finit par quitter le foyer conjugal et se réfugie dans la métropole.A Montréal, Jérôme, qui végète dans le journalisme, essaye de la sauver de façon équivoque, et va même jusqu’à la détourner de revenir vers son époux.De désespoir, Anne se suicide.Au fond, c’est Jérôme qui est responsable de cette mort tragique.Chassé par Mathieu, le jeune Aquin se résigne à la souffrance et à la solitude.Dans ces deux romans, la Grâce tient un rôle qui nous semble d’ordre secondaire, alors quelle sera plus présente dans Les Abîmes de l'Aube.Le sujet traité repose sur l’anxiété qui ronge un adolescent, Jean Lebrun marqué qu’il est de deux tares qui le font souffrir jusque dans les fibres les plus ténues de son être: l’homosexualité et le fait d’être né hors des liens du mariage.En effet, sa famille l’a recueilli alors qu’il avait un an, et une amitié particulière l’a fait chasser du collège.Par sympathie pour celui qu’il aime, Laurent, il a pris la responsabilité de la situation et a accepté le renvoi.Comme Jérôme Aquin, il revient dans un milieu hostile.Il entreprend d’écrire son journal pour analyser ses sentiments.Une photo de son père lui apprend qu’il en est le fils véritable et lui révèle la cause de l’animosité de sa mère adoptive.Il comprend que son père ne l’aime qu’en autant que lui, Jean, est l’image de sa propre mère, morte depuis longtemps.Une ami- tié franche avec Pierre, un copain d’enfance, et un début d’amour pour Sylvie ne parviennent pas à le délivrer de son affection pour Laurent.Sa solitude ne fait que grandir.Pourtant, au cours de ces pages, Jean aspire de plus en plus à retrouver sa pureté perdue et demande souvent au Seigneur de lui venir en aide.Sa tentative manquée de suicide lui fait recouvrer l’attachement de sa famille et lui permet de s’engager dans une nouvelle voie: la paix de lame et la confiance en l’avenir.Cette fin quelque peu invraisemblable ne convainc toutefois pas le lecteur, qui avait assisté à un troisième drame de la solitude et de l’échec.Solitude et échec sont aussi les éléments fondamentaux du dernier roman, Les Terres Sèches.Mais ici, nous quittons le niveau purement humain pour nous élever à celui de la vie spirituelle et de la Grâce, au point que la présence presque constante de Dieu en fait le personnage principal.Mais cette action divine conduit des êtres profondément enracinés dans l’aventure terrestre.Il s’agit, et nous en reparlerons, d’une conception très austère des cheminements de la volonté divine dans les âmes.Au sein d’une paroisse fermée et quelque peu bigote, deux prêtres ont la responsabilité du salut des fidèles: le curé Montreuil et le vicaire Marsan.Le premier, après une crise de foi qui l’a amené près du désespoir, reprend confiance en lui et en Dieu par l’intermédiaire de l’abbé Marsan.Et celui-ci, qui semble lire dans les âmes, passe par les pires souffrances spirituelles, morales et physiques, pour mourir finalement dans le plus complet abandon.Mais son imitation de la vie douloureuse du Christ avait rendu la sérénité au curé Montreuil, avait dénoué la liaison établie entre le médecin Pierre Duquesne et l’infirmière Hélène Vernier, et même avait probablement sauvé lame de la jeune sauvageonne Marie Brière: engrossée par son ivrogne de père, cette dernière avait accusé le vicaire de ce crime qui lui avait aliéné toute la paroisse.Quant à l’épouse de Pierre Duquesne, Véronique, qui se mourait à la fois d’un cancer généralisé et de la désaffection de son mari, elle avait dû à l’abbé Marsan de conserver sa confiance et sa foi, malgré sa solitude et sa détresse.Dans chacun des romans de Jean-Paul Pinsonneault, nous pouvons découvrir certaines constantes.Nous trouvons d’abord un conflit LECTURES / OCTOBRE PAGE 36 ouvert entre deux générations.Marthe Ville-mure, dans Le Mauvais Pain, n’a pas de plus cruelle ennemie que sa propre mère.Son frère Alain subit un sort presque identique.De son côté, Jérôme Aquin ne voit pas en sa mère l’alliée qui aurait pu le défendre contre son frère Mathieu.Bien au contraire, cette femme ne peut accepter l’humiliation que lui a causée la défection de son plus jeune fils: elle aurait tant voulu le voir accéder au sacerdoce ! Jean Lebrun discerne aussi dans sa mère adoptive celle qui cherche toujours à l’abaisser, et dans son père, celui qui ne trouve qu’une compensation pour un premier amour qui n’est pas encore oublié.Et même dans Les Terres Sèches.Marie ne peut éprouver que haine et répulsion pour un père brutal et dégénéré.Un second thème, beaucoup plus prononcé, revient inlassablement sous la plume de Jean-Paul-Pinsonneault: la solitude.Mme Villemure et ses deux enfants sont affreusement seuls, de même que le curé, qui ne peut fléchir la veuve attachée à La Hêtraie.Jérôme Aquin, son frère Mathieu, sa belle-soeur Anne, ainsi que sa mère, vivent dans un climat où les relations humaines sont presque réduites à néant, avec toutefois une alliance créée entre la mère et le fils ainé pour des fins d’ordre purement matériel: la bonne marche de l’entreprise familiale.Dans Les Abîmes de l'Aube, à part quelques liaisons qui portent à faux, chacun des personnages principaux souffre de se sentir seul et de ne pouvoir rejoindre les autres de façon authentique.Cette solitude atteint son paroxysme dans Les Terres Sèches, où l’auteur a voulu montrer l’isolement de l’homme devant Dieu, alors qu’auparavant il avait plutôt présenté la solitude de l’homme à legard des autres hommes.Reste un dernier thème, celui de l’action mysté-ieuse de Dieu dans la vie des humains.A notre avis, les trois premiers romans ne font appel au surnaturel que de façon accidentelle et épisodique, au point que l’intervention divine tient plus du deus ex machina que d’une économie vraiment spirituelle dans toute la force du mot.Nous avons toutefois noté une légère exception pour Les Abîmes de l'Aube.Quant au dernier roman, nous répétons qu’il s’agit d’une œuvre à résonances spirituelles profondes, et nous affirmons que nous sommes en présence d’un des efforts les plus réussis dans l’analyse des desseins secrets de Dieu pour conduire les hommes à leur destin surnaturel.Mais nous devons faire des réserves sur l’authenticité d’une telle conquête du salut.De nombreux critiques y ont décelé une teinte fortement janséniste, sous l’influence de François Mauriac et de Julien Green.On ne saurait en effet perdre de vue le climat d’angoisse et de tristesse qui y règne.Le Dieu qui conduit l’action et les êtres n’est pas le Christ à la fois crucifié et ressuscité du christianisme intégral, mais bien le seul Christ du Golgotha, dont le pain est la souffrance, la déréliction et, nous allions dire, le désespoir.On a même remarqué que le nom de Jésus n’apparaît pas une seule fois au cours des trois cents pages du roman; et l’on a fait appel au deus tremendus de l’Ancien Testament ou de la tragédie grecque.Malgré ces reproches, il faut dire que le romancier a le droit d’envisager une seule face du christianisme, dans toute sa profondeur, et même dans ses excès.Car un romancier n’est pas un théologien.Il crée des personnages qui apparaissent tels qu’ils vivent dans son imagination, et il est justifié de leur donner une teinte particulière, même si celle-ci ne coïncide pas exactement avec la réalité totale.Libre à d’autres romanciers d’envisager cette réalité sous un autre aspect.Mais, comme tout créateur, Jean-Paul Pinsonneault peut très bien présenter un drame selon son propre point de vue sans qu’on le traite d’hérétique ! D’ailleurs, la densité de ce roman porte tellement le lecteur à la réflexion que le problème du salut par la souffrance, qui est un problème de premier plan, et des plus orthodoxes, peut rapprocher beaucoup d’âmes de Dieu et du Christ.Si nous considérons maintenant le style et l’écriture du romancier, il faut avouer, même si l’auteur a renié son premier roman, que Le Mauvais Pain contient, parmi des promesses évidentes, des faiblesses qui dénoncent le débutant.Bon nombre de formules sentent l’huile, l’effort de celui qui veut trop bien faire.Les descriptions des paysages et des intérieurs sont minutieuses et développées à l’excès.Les dialogues manquent souvent de spontanéité.Mais dès Jérôme Aquin, l’écrivain racé fait son apparition, même si les défauts signalés ci-dessus viennent parfois agacer le lecteur.Nous sommes véritablement en présence d’un roman LECTURES / OCTOBRE PAGE 37 bien construit dont la langue est pure et châtiée.Quelques scènes surtout sont des réussites parfaites.Les Abîmes de l'Aube révèlent un style plus dépouillé et un sens de l’analyse psychologique peut-être trop poussé si on songe que l’auteur du journal n’a que dix-sept ans.Toutefois, peu d’écrivains canadiens-français nous semblent être parvenus jusqu’ici à une pareille pureté.Le dernier roman, que les prix littéraires ont consacré, fait montre d’une facture et d’une langue qui sont tout à l’honneur de nos lettres.Le travail qui a dû présider à sa confection est sans doute le fruit d’un effort considérable, mais qui ne gêne plus, ou presque plus.Ainsi, Jean-Paul Pinsonneault est parvenu à maîtriser son métier et son style, tout en laissant à ceux qui le lisent des personnages qui n’ont pas fini de les hanter.Peut-on exiger beaucoup plus d’un romancier ?ŒUVRES.— Le Mauvais Pain.Roman.Montréal, Fides, 1958.113p.— Jérôme Aquin.Roman.Montréal, Beauchemin, I960.211 p.— Les Abîmes de l'Aube.Roman.Montréal, Beauchemin, 1962.174p.— Les Terres Sèches.Roman.Montréal, Beau-chemin, 1964.305p.— Deux pièces de théâtre inédites: Cette terre de faim (1956), Electre (1957) SOURCES À CONSULTER.— Pinsonneault (Jean-Paul), Le roman canadien-français.Montréal, Fides, 1964.P.340ss.(Coll.Archives des lettres canadiennes, t.3).— Lemieux (Pierre), o.m.i., Le climat religieux dans les romans de J.-P.Pinsonneault.Travail présenté au Département de Français de l’Université d’Ottawa pour le cours FRA-105, Méthodologie de la recherche, donné par M.Paul Wyczynski, en 1964-65.Sur Le Mauvais Pain (1958): — Leclerc (Rita), Dans Lectures, octobre 1958, pp.51-52.— Légaré (Romain), dans Culture, juin 1959, p.229.Sur Jérôme Aquin (I960): — Richer (Julia), dans Notre Temps, 3 décembre I960.—• Descent (Georges), dans Radio- Canada, 16 avril 1961.— Ethier-Blais (Jean), dans Le Devoir.6 mai 1961.— Gay (Paul), dans Le Droit.10 juin 1961.— Leclerc (Rita), dans Lectures, mai 1961, p.268.— Valois (Marcel), dans La Presse, 18 février 1961.— Paradis (Andrée), dans Arc-en-ciel (Radio-Canada), s.d.— Pallascio-Morin (Ernest), dans Salaberry, s.d.Sur Les Abîmes de l'Aube (1962): — Gay (Paul), dans Le Droit, 8 décembre 1962.— Hamelin (Jean), dans Le Devoir, 24 novembre 1962.— Leroux (Normand), dans Livres et auteurs canadiens, 1962.— Lockquell (Clément), dans Le Soleil, 29 décembre 1962.— Marcotte (Gilles), dans La Presse, 1er décembre 1962.— Leclerc (Rita), dans Lectures, janvier 1963, 120-121.— Paradis (Andrée), dans Arc-en-ciel (Radio-Canada), s.d.Sur les Terres sèches (1964): — Aubarède (Gabriel d’), dans Les Nouvelles littéraires, 12 novembre 1964.— Gay (Paul), dans Le Droit, 20 juin 1964.— Grenier (E.-A.), dans Le Soleil, 18 juillet 1964.— Grenier (Adrien), dans L’Enseignement secondaire, avril 1965.— Kushner (Eva), dans Revue des arts et des lettres (Radio-Canada), juin 1964.— Légaré (Romain), dans Culture, décembre 1964.Notes bibliographiques (revue française), juin 1965, no 6, p.602.— Roy (Paul-Emile), dans Lectures, octobre 1964, 32-35.— Sylvestre (Guy), dans Québec 64, octobre 1964.— — Marcotte (Gilles), dans La Presse, 9 janvier 1965.— Tanguay (Jean), dans Actualité, janvier 1965.— Viatte (Auguste), dans La Croix, 12 décembre 1964.LECTURES / OCTOBRE PAGE 38 DIALOGUE AVEC LES Ll VUES D’LtIED ET D’AUJOUD-D*UUI garçons charment leur désœuvrement en jouant à la balle et révent d’échapper à leur médiocrité en constituant une équipe célèbre qui sera invitee à parcourir le pays.Ces matamores de village se chamaillent, bousculent les étrangers, palabrent en sirotant leur « coke » au restaurant du coin ou sous « le grand érable » qui les abrite du soleil de juillet.Il y avait matière à une étude sociale originale et fort intéressante.L’auteur aurait pu exploiter le thème des « grands flancs-mous » qui n’ont que l’alternative de jouer aux cartes et à la balle ou de traîner dans l’herbe toute la journée, dans le sens du célèbre film de Fellini, les terres noires de jean-paul fugère HENRI-PAUL BERGERON Dans le roman Les Terres noires 1 que M.Jean-Paul Fugère vient de publier, il est question d’un brillant causeur qui se borne à faire lever le gibier un peu partout sans songer à le poursuivre.Cette comparaison pourrait s’appliquer à son récit aux multiples richesses peu exploitées et qui tient davantage du conte que du roman.Les Terres noires signifient à la fois une petite banlieue située au nord-est de Montréal et reliée à la ville par le tramway qui circule sur la rue Papineau, les habitants de ce patelin, le nom d’une équipe de baseball, celui d’une région des Laurentides d’où furent exilés certains Terrenégrins à la suite de la construction d’un barrage.Dans ce « paradis de papier goudronné » constitué de maisons dont les cubes noirs s’égaillent parmi les potagers, vivotent des familles nombreuses dont la vie sans horizon ressemble aux terres submergées quelles ont quittées.Tandis que les pères de familles et les grandes filles travaillent pour la plupart dans quelque manufacture de la ville, les grands Les vitelloni, ces petits bourgeois désœuvrés qui vivent au crochet de leurs parents.Il a préféré recourir au procédé du conte friand de fantaisie et peu soucieux de psychologie et de réalisme.Le décor à peine campé, les personnages sont présentés d’un trait et s’évadent dans l’aventure plus rêvée que vécue, que déclenche l’arrivée inopinée d’un personnage mystérieux.C’est la reprise du procédé employé par Germaine Guèvremont dans Le Survenant et Adrien Thériault dans Le Dompteur d’ours.Les Terrenégrins, qui mènent une vie crépusculaire dans leur patelin comme des grenouilles au fond d’une mare, se voient soudain arrachés de leur torpeur à la vue d’une étrangère poursuivie par un assaillant, qui traverse le champ de balle et accourt vers les maisons.« Une grande femme blonde ne passe pas inaperçue aux Terres Noires.Tout le club s’approcha.Quelqu’un la poursuivait.Elle avait peur, elle pleurait, elle tremblait, et cela rendait obscur ce quelle racontait.» (P.11) Les « flancs-mous » se découvrent soudain une vocation de chevaliers servants.Ils décident de monter la garde toute la nuit de peur que l’assaillant ne revienne chercher sa proie.Dans l’attente quelqu’un se met à pincer sa guitare ( 1 ) Jean-Paul Fugère — Les terres noires.Montréal, Editions HMH, 1965.199p.18.5cm.(Coll.L'Arbre, no 6) LECTURES / OCTOBRE PAGE 39 et les jeunes commencent à danser dans la nuit.« Les jeunes gens si rudes habituellement montraient pour les filles un respect insolite.» (P.13) Non seulement les jeunes gens, mais peu à peu toute la population terrenégrine se montre de plus en plus troublée par la présence de l’inconnue qui semble incarner les mystères de la cité voisine.Une femme stérile croit reconnaître en elle une messagère biblique porteuse des grâces divines, mais la plupart la considèrent comme une rivale qui leur ravit l’attention et l’affection d’un mari ou d’un fiancé.Le jeune Philias en effet en oublie sa petite amie et renonce à la prose d’une épouse « en tablier » entourée de sa marmaille.Le débardeur Hector, hanté par les traits de la belle étrangère, achète à un marin une mantille de dentelle, qu’il remet à sa femme.Celle-ci se rend compte que ce cadeau qui ne lui sied guère ne saurait lui être destiné.« Hector fit des efforts, maladroits presque volontairement, pour sauver sa maison, protéger son paradis de papier goudronné aux chambres mal finies où dorment chaque soir mes anges et celle que j’ai usée, que j’ai aimée, paradis de papier qu’une étincelle ferait flamber.Ah ! pourquoi cette femme d’ailleurs avait-elle ici posé ses bras incandescents ?» (P.110) Tout au long de ce récit, le lecteur est un peu gêné par de brusques changements de régime, par un style qui va du poétique au négligé et même au trivial.L’auteur et ses personnages n’ont pas de style défini.Le débardeur Hector se met parfois à rêver en termes recherchés: « Adieu, ô cité jadis fortunée ! Adieu, enceinte et tours bien lisses.Je reste au-dessus de mon vide.Jamais plus je ne toucherai terre.Ma ville brûle et je m’éloigne avec ma prisonnière dans ma chaloupe, dans ma felouque, dans ma trirème anadyomène.Hélas ! tout ce bois pourri ne tiendra pas longtemps la mer.» (P.135) L’auteur écrit à la Mauriac: « La guitare ne sonnait plus qui les avait bercés » (p.18), mais il laisse échapper des réflexions cocasses: « Le soleil, quand il n’en peut plus, ne se gêne pas pour rentrer chez lui, mais les débardeurs, eux doivent parfois travailler toute la nuit.» (P.27), etc.Le dénouement de l’aventure est bâclé.Comme le prévoyait Hector: « Encore un peu de temps, l’automne viendra, les pluies, les grands gels ensuite.Elle sera loin.On se réhabituera aux teintes grises.» (P.112) Le retour aux teintes grises s’accomplit de façon inattendue comme dans les contes de Maupassant.Tandis que Philias rêve d epouser l’étrangère, néglige sa petite amie enceinte qui se désespère et songe au suicide, Hector se voit confier la mission de conduire sa protégée auprès des religieuses.C’est en vain que Philias proteste en accusant Hector de céder aux commères jalouses de la beauté, de la douceur, de l’innocence de la « survenante ».Mais au moment où les jeunes se proposent d’escorter leur protégée de façon triomphale jusqu’au couvent, l’on découvre quelle est une danseuse de cabaret borgne.Elle est rejetée brutalement par la femme qui l’hébergeait.« Les entrées, les sorties, les flottements de la foule ne la dérangeaient pas.Sa chevelure avait coulé dans l’herbe courte et son bras replié cachait toujours ses yeux.Elle était abandonnée, livrée à tous, mais aussi, mise à part comme par un voile de postulante, inaccessible comme une morte.On avait beau la désirer coupable, la vouloir châtier même, aucun n’osait un geste.» (P.190) « Une espèce de folie s’empare des Terrené-grins qui se mettent à invectiver la fille, à la gifler.Sans un cri, la fille s’élança vers la ville.Et tout se remit en mouvement.» (P.192) L’auteur semble vouloir s’identifier au jeune Philias.En le décrivant comme amoureux d’une inconnue qui n’existait peut-être pas, il ajoute cette parenthèse: « Cette femme effrayée habite ma plus haute enfance où j’ai peine à séparer rêve et souvenir.» Dans les dernières lignes du récit, nous voyons Philias « à la veille peut-être de devenir un homme après n’avoir été toute sa vie qu’un joueur de baseball ?.La conversion est à peine amorcée que les grands froids descendent et te bloquent dans un état larvaire très douloureux car alors tu n’es de nulle part, ni homme ni bête, tu n’as de langage commun avec personne.» (P.199) Au total un roman original et intéressant, bâti plutôt selon la logique des images que le deroulement du récit.Malgré certaines hésitations dans le style qui se cherche et hésite entre le realisme marqué d’une pointe de vulgarité inutile et le conte poétique, cette œuvre charmera la plupart des lecteurs.LECTURES / OCTOBRE PAGE 40 évangile et monde moderne de daniélou BERNARD-M.MATHIEU « La sainteté c’est l’unique problème.Car le drame présent, c’est l’existence dans le monde de tant de baptisés, de tant de chrétiens, qui ne sont pas fidèles à leur vocation de sainteté.Le drame est celui de la médiocrité.» (P.149) Ces lignes qui ferment le volume 1 indiquent bien à quelle enseigne il se situe: l’Amour.La morale chrétienne est une morale d’amour.La vie du baptisé doit être entièrement dirigée vers Dieu, et réponse d’amour à l’amour de notre Père.Beaucoup de chrétiens le sont malheureusement par habitude, et leur christianisme est simple pratique extérieure.Mais en guise de réaction il ne faut pas tomber dans l’excès contraire et diminuer « la valeur de cette pratique en elle-même et la nécessité d’une expression extérieure de la foi » (p.54).Il y a même des chrétiens — ils disent l’être en tout cas — qui veulent « ramener le christianisme à une morale de fraternité et de philanthropie » (p.55), et ceci aux dépens du culte et des sacrements.11 faut le dire: quelqu’un qui n’a pas la foi en Dieu, aurait-il développé une morale de fraternité humaine à son plus haut point, n’est pas un chrétien.Prétendre le contraire c’est tout simplement vouloir laïciser le christianisme.« On peut dire, écrit le Père Daniélou, que l’idolâtrie moderne est précisément l’affirmation que l’homme n’a pas besoin de Dieu pour aimer ses frères.» (P.56) Dieu seul sonde les reins et les cœurs, et nous n’avons pas à juger l’incroyant de bonne foi; mais il reste qu’objec-tivement, malgré son dévouement pour ses frères, un homme qui ne connaît pas Dieu « est un mort spirituel » (p.58).Le Père Daniélou jette un éclairage précis et profond sur le délicat problème de la pauvreté.Les chrétiens authentiques reconnaissent tous la valeur de la pauvreté prêchée par le Christ; ce qui fait problème, ce sont les diverses modalités d’application.Un bourgeois se demandera s’il y a comptabilité entre l’esprit de l’Evangile et la richesse.L’ouvrier, lui, devra-t-il rompre complètement avec le monde bourgeois, pour se rapprocher davantage de ses frères plus misérables que lui ?Ou bien la pauvreté évangélique n’est-elle pas avant tout la pauvreté en esprit, c’est-à-dire attitude intérieure permettant la possession de biens matériels ?Problème difficile comme on peut voir.Quelle est alors la véritable signification de la pauvreté ?La pauvreté biblique, celle de l’Ancien et du Nouveau Testament « se définit essentiellement dans sa relation à Dieu et non d’abord dans une relation aux biens matériels ou aux autres hommes» (p.75).Ce qui veut dire que la volonté de Dieu prime tout; Dieu sera toujours premier servi avec toutes les conséquences qui découlent de ce choix: « Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt X, 39).La pauvreté évangélique sera donc l’acceptation totale de la volonté de Dieu.« La privation sera bonne, quand elle sera voulue de Dieu, mais la prospérité le sera, quand elle sera voulue de Dieu.C’est encore attacher trop d’importance aux biens terrestres que de s’attacher à leur privation.» (P.78) En un mot, c’est la sainte indifférence.La pauvreté effective garde toute sa valeur, même si la richesse voulue par Dieu est bonne.La faiblesse humaine est telle qu’il est facile de s’attacher à l’argent et aux biens de ce monde.D’où la nécessité de l’ascèse et du détachement vis-à-vis des richesses et du confort pour un plus grand attachement à Dieu.Il en est des richesses comme de l’usage des plaisirs; en soi cet usage n’est pas mauvais, mais le beau texte de saint Augustin que cite l’auteur reste toujours vrai: « Si tu veux dilater les espaces de l’amour, il faut restreindre les espaces de la chair » (p.81).On pourra peut-être objecter que le Christ a lancé une malédiction contre les riches: « Mais ( 1 ) Jean Daniélou, s.j.— Evangile et monde moderne.Petit traité de morale à l’usage des laïcs.[Tournai] Desclée de Brouwer [1964].150p.18.5cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 41 malheur à vous les riches ! car vous avez votre consolation î Malheur à vous, qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim.» (Luc, VI, 24-25) Le Père Daniélou écrit avec justesse quelle n’est pas « une condamnation de la richesse comme telle, mais c'est un avertissement sur l’obstacle quelle constitue pour la pratique de la pauvreté évangélique » (p.82).La sainteté des laïcs: un problème bien discuté depuis quelques années.Tous les baptisés sont appelés à la sainteté, et cette sainteté est la même pour tous; seuls les moyens différencient la sainteté du laïc de celle du religieux.Mais dans un monde où les tâches temporelles sont si urgentes, n’est-il pas égoïste de penser d’abord à une sainteté personnelle ?Concrètement il n’est pas facile de concilier sanctification personnelle et tâche temporelle.D’abord avant de vouloir transformer le monde, on doit penser à se transformer soi-même.La grâce de notre baptême doit croître de jour en jour; la sainteté doit être pour tout chrétien une véritable hantise.Plus il sera saint, plus son action dans le monde sera grande, et le Père Daniélou 1 affirme avec force: « Il y a quelque chose qu’on ne me fera jamais croire.C’est que ce soit parce qu’ils se sont trop occupés de Dieu que les chrétiens ont manqué à leur devoir social.Mais ils ont manqué à leur devoir social parce qu’ils ne se sont pas occupés de Dieu.Le salut temporel du monde n’a rien à craindre de la conversion des chrétiens.Il n’y a pas à convertir les chrétiens au monde.Ils s’y convertissent bien tout seuls.Il y a à convertir les chrétiens à Dieu.C’est alors qu’ils se dévoueront vraiment à leurs frères.» (P.148) Le laïc doit donc se sanctifier dans le monde.Les tâches temporelles seront pour lui des moyens de sa sanctification si elles sont accomplies « comme une volonté divine, dans les dépouillements quelles demandent, dans l’obéissance et dans l’amour » (p.149).Le Père Daniélou a l’art de préciser les questions difficiles; il dénonce aussi les déviations et les erreurs doctrinales avec une rare science.Excellent théologien doublé d’un homme d’action, il sait parler le langage des hommes de notre temps; la morale évangélique leur est présentée avec toutes ses exigences mais aussi toute sa beauté.retour à coolbrook de gilles marcotte HENRI-PAUL BERGERON Le dernier roman1 du critique littéraire Gilles Marcotte se termine ainsi: « Oh ! mon père et ma mère, mon enfance, oh ! Mariette, ma ville, cette fois je vais vous quitter.Je m’appelle Maurice Parenteau.» Cette alternance de désinvolture et de sentimentalisme qui caractérise la longue confidence du héros egoïste et cérébral donne l’impression de quelque chose de frelaté, en dépit d’une exploitation habile des diverses sources d’intérêt.L’auteur, qui a du talent et maîtrise sa langue, ne prend pas le risque de déplaire au lecteur moyen: roman d’un réalisme mitigé, présentation classique des personnages et du décor, intrigue amoureuse exposée selon le déroulement linéaire des événements, étude sommaire des caractères et des mœurs, réflexion sur le métier de journaliste, allusion furtive au problème religieux.Cette œuvre intelligemment canadienne par son décor et ses mœurs ne parvient pas cependant à nous séduire.On dirait que le critique littéraire paralyse les élans chez le romancier et l’empêche de se prendre au sérieux.Afin d’éviter le reproche de sentimentalisme, l’auteur met sur les lèvres d’un héros hargneux, réfractaire à toute poésie, le récit d’une double déception qui l’attend au retour dans sa ville natale: échec de son intégration sociale consommé par une faillite amoureuse.Le personnage est savamment fabriqué pour aboutir à ce double échec: « Mieux vaut être un salaud qu’un fruit sec », lui dit un jour son compagnon vulgaire et ivrogne, le seul être pour qui il croit éprouver de l’amitié.L’homme, « qui ne peut vivre que dans le désengagement, ne se prête qu’aux apparences », qui considère l’amour comme un « vertige ( 1 ) Gilles Marcotte — Retour à Coolbrook.Roman.Paris, Flammarion [1965].220p.18.5cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 42 imbécile » ou « l’envie de s’offrir une chair fraîche » et prétend qu’ « on ne devrait aimer que les morts, les seuls fidèles à l’image idéale qu’on se fabrique d’eux », n’est guère susceptible d’attachement à sa ville natale et encore moins d’un amour passionné pour une jeune fille.Cette passion subite serait moins invraisemblable chez un être qui manifesterait une certaine capacité d’amour ou de haine en quelque domaine.Mais le héros est arcligieux, amoral, limite son patriotisme à préférer le hockey canadien au baseball américain, considère son métier de directeur de journal comme une occasion de tyranniser des subordonnés ou comme moyen de se distraire de ses affaires personnelles en s’occupant de celles des autres, n’a de goût que pour les auteurs secs et précis, méprise l’art moderne, recherche l’abrutissement dans les tavernes, les spectacles sportifs ou devant le « gros œil vitreux de la télévision ».M.Gilles Marcotte déplore l’absence de véritables romans d’amour dans notre littérature.Je ne crois pas qu’il soit doué pour remédier à cette lacune.Il semble plutôt fait pour décrire avec humour et ironie des caractères ou des études de mœurs comme dans la première partie de son roman.Les longs chapitres qu’il consacre à la passion amoureuse semblent factices et peu en harmonie avec le caractère des personnages.Au terme du second chapitre, le narrateur nous annonce sèchement: « Je suis devenu amoureux de Mariette Sainval dans les circonstances suivantes.» L’on se demande comment celui qui est passé maître dans l’art « de rendre les liens lâches », qui a « toujours évité le drame », qui « aime souffrir par personne interposée », pourra s’attacher à une Mariette « pas furieusement intelligente » qu’il jugerait sympathique à condition d’être lui-même sourd ?Sans doute s’agit-il d’un amour qui au début n’est que viscéral, la passion pour un corps harmonieux entrevu sur la plage; mais toute l’ingéniosité de l’auteur n’arrive pas à nous rendre vraisemblable le développement d’une passion romantique de plus en plus fougueuse.Peut-être devons-nous chercher la racine de cette passion inexplicable dans un désir irrésistible et inconscient d’une « amarre » avec sa ville natale.Mais ce désir est bien tiède de la « mare » où le héros « a possédé une enfance ».La jeune fille conformiste qu’une lecture occasionnelle de Rimbaud éveille soudain à un sentiment virulent de révolte semble irréelle.L’on ne s’explique pas quelle conçoive son amour uniquement comme une évasion de sa ville natale, tandis que son amoureux juge le sien indissociable de cette ville.L’on s’explique encore moins son retour imprévu au pur conformisme bourgeois et son mariage bâclé avec un être détestable sous tous rapports.L’auteur trouve le moyen de rendre invraisemblable un dénouement inscrit à l’avance avec minutie dans le caractère de son héros.C’est à se demander si l’auteur, qui possède un sens critique averti, ne s’est pas amusé à se payer la tête du lecteur en terminant son volume par le délire romantique de son héros, suivi de l’inutile et ridicule: « Je m’appelle Maurice Parenteau.» -suite de la page 34 Québec comme ailleurs, les éditeurs et libraires nous diront que les difficultés qu’ils connaissent ne tiennent pas tant de la raréfaction des lecteurs que de causes économiques avant tout.D’ou, pour les uns et les autres, la difficulté d'être vraiment à la page ! Dans un sens comme dans l’autre, LECTURES se met a la page ! Sa nouvelle toilette typographique lui confère un air plus pimpant, et sa tâche de montrer précisément combien les livres, par leur valeur et leur influence dans la vie, ont une actualité plus ou moins percutante, quelle soit passagère ou perdurable.LECTURES / OCTOBRE PAGE 43 Même dans des pages quelque peu sombres, il ne peut s’empêcher de terminer ainsi: Je voulais, c'est le piétinement et la fantaisie.Je veux, c'est l'amour dans l'action qui regénère le monde.(P.23) Il chante aussi la soumission: J'attendrai.et le poids d'une croix pour apprendre à mourir.(P.26) Mais c'est l’amour qui revient le plus souvent sous sa plume, l’amour qui donne un sens à tout, l’amour renouvelé, l’amour comblé, comme l’amour insatisfait, avec ses dangers et ses blessures, et qui va même jusquau meurtre.L’amour aussi qui restera toujours une énigme pour l’homme: Ilfle cœur} souffre par ce qu'il aime et meurt de ne pas aimer.(P.98) Il y a sans doute, chez l’auteur, des moments d’ennui, de peur et de tristesse, des moments de mélancolie et de déception, comme cette complainte de la page 67, écrite en beaux vers réguliers, alors que les autres poèmes sont de facture libre, mais toujours bien rythmés.Il y a ce cri poignant: Qu'importe ce qui meurt à l’endroit quand tout tourne à l’envers.(P.93) Mais il ne faut pas oublier un chant de Noël joli et tendre, un rondo à la mode ancienne, et ce poème qui ressuscite la Rue du Trésor de Québec, dans un exquis parallèle entre l’ancien temps si vénérable et le nouveau un peu bohème, mais qui produira peut-être des chefs-d’œuvre dans l’art pictural.Ernest Pallascio-Morin reste donc sympathique à la jeune génération, et l’on ne peut se surprendre de le voir préférer l’espoir à la désespérance.(1) Ernest Pallascio-Morin — L’heure intemporelle.Québec, Garneau [1965].103p.21cm.l’heure intemporelle de pallascio-morin ANDRÉ MELANÇON Jean Cocteau racontait un jour que, selon Pierre Louys, l’homme de lettres faisait ordinairement ses débuts dans la poésie, s’acheminait ensuite vers le roman, pour déboucher enfin dans l’histoire ou la philosophie.En effet, combien d’auteurs n’ont eu qu’une brève et précoce période de lyrisme! Tandis qu’Ernest Pallascio-Morin, un quart de siècle après son premier recueil, en a produit trois autres ces dernières années, remplis de poésie jeune et allègre, avec toutefois quelques accents de mélancolie et de tristesse.L’heure intemporelle \ que les Editions Garneau ont publié au printemps de la présente année, regorge encore plus que les autres recueils d’optimisme sain et de confiance en l’amour.Alors que nos jeunes poètes sont souvent si noirs et si désabusés, il fait plaisir de rencontrer un « ancien » qui croit encore en la vie.Car c’est la joie qui domine dans ses poèmes.Il la trouve dans les choses les plus simples et les plus ordinaires: et c’est encore la joie ! (pp.12-13) NOTICES MLI l< - G OA O MC U ES littérature canadienne LECTURES / OCTOBRE PAGE 44 le mythe de prométhée dans la littérature contemporaine de laurent prémont JEAN-M.BARRETTE Le sujet de cette thèse 1 présentée à l’université Laval était un véritable défi.Laurent Prémont l’a surmonté avec un doigté remarquable.A larges traits, dans une langue vivante et toujours correcte, il sait multiplier les commentaires, enchaîner les idées et en dégager des conclusions fort intéressantes.D’une rare densité intellectuelle, son livre devrait connaître au Québec un très beau destin littéraire.Dans l’Introduction de sa thèse, après avoir commenté l’historicité du mythe de Prométhée, l’auteur s’attarde longuement sur le Prométhée d’Eschyle.Après la première partie qui traite du thème de Prométhée dans le théâtre contemporain, une belle et solide étude du prométhéis-me souligne l’importance du mythe dans les essais.Suivent trois chapitres qui sont en fait trois longues analyses de poèmes consacrés à Prométhée.Indubitablement la meilleure, la dernière partie de l’ouvrage de Prémont fouille l’œuvre de trois grands témoins de la littérature prométhéenne: André Malraux, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.D’une qualité indéniable ce livre devrait occuper une place de choix dans la bibliothèque d’un helléniste ou d’un professeur de littérature contemporaine.des bois.des champs.des bêtes.de j.-c.harvey ROLAND CHARLAND Dans une page de ces poèmes et proses rythmées qu’il a composés et groupés sous le signe des quatre saisons canadiennes2, Jean-Charles Harvey nous déclare: « .J’ai plus de soixante ans de Laurentides sous la peau et dans le sang».Cela se voit tout de suite par la ferveur de ses confidences champêtres, par la profondeur même de ses méditations et la truculence de son style.D’ailleurs, l’on devinait depuis toujours sous le romancier, le journaliste et l’essayiste, cette vibration contenue chez lui de la poésie.Dans le présent ouvrage, loin d’exploiter les formes classiques ou modernes du poème, l’auteur livre tout uniment sa poésie essentielle: la communication de ses moments privilégiés d’intense contemplation et de joie, de ce qu’il appelle ses propres « heures d’enchantements ».J.-C.Harvey poète se caractérise tout entier par cette dernière formule: sa poésie naît de la source des souvenirs accumulés depuis le temps de sa jeunesse buissonnière à St-Irénée en Charlevoix et que ravivent ses loisirs de villé-giateur ou d’amateur incurable « des bois, des champs, des bêtes».Son sens de l’observation très large lui permet de prendre toute une variété de tons.C’est tantôt celui du naturaliste, à la manière de Buffon ou de Maeterlinck, quand il s’agit de mariage de pigeons, des aventures qui arrivent à des loutres ou à une araignée: son émerveillement alors prête volontiers aux instincts de l’animal une sorte de raisonnement.Tantôt c’est le ton des contes à la Maupassant ou à la Daudet, notamment lorsqu’il raconte une histoire personnelle de chasse ou de pêche, ou lorsqu’il imagine une gentille légende comme celle d'Une belle nuit.(P.99) Ou encore le ton très badin et tout à fait humoristique du journaliste qui s’amuse aux commentaires qu’il imagine autour d’un simple fait divers: très amusant à cet égard son court chapitre sur La morale en marche.(P.33ss.) J.-C.Harvey s’insurge contre ceux qui le croient un intellectuel pur: « Les simples joies animales ont pris une trop large place dans ma ( 1 ) Laurent Prémont — Le mythe de Prométhée dans la littérature française contemporaine, ( 1900-1960).Québec, les Presses de l'Université Laval, 1964.247p.22.5cm.(2) Jean-Charles Harvey — Des bois.Des Champs.Des bêtes.Illustrations d’André L'Archevêque.Montréal, Editions de l’Homme [1965].130p.20.5cm.$2.00 LECTURES / OCTOBRE PAGE 45 vie, nous avoue-t-il, pour que je pretende que mes satisfactions logent à la fine pointe de mon cerveau.» (P.64) Aussi rencontre-t-on ici et là quelques passages légèrement égrillards qui rappellent des gamineries aux temps jadis des framboises ou des cerises, des propos d’une tolérance discutable, par exemple, sur le port des shorts qui se généralise « en dépit d’un règlement municipal que personne, heureusement, n’a le cœur de faire respecter ».Son premier poème consacré à la gloire de la danse: Le poème fait chair ne manque pas de profondeur symbolique ni de sens esthétique; mais il est une concession trop indiscrète à l’érotisme.L’art, tout autant pour l’artiste contemplateur que pour l’artiste virtuose, par tous ses moyens plastiques ou rythmiques mis en œuvre, est fait de dépouillement, d’une certaine spiritualisation de la matière quelle quelle soit, et l’érotisme, qui peut se mêler à l’art, n’est jamais de l’art.Cette restriction faite, le bouquin de J.-C.Harvey reste charmant, au sens étymologique du mot, parce qu’il nous ramène à la réalité poétique des choses et des êtres qui nous entourent.Cela, parce qu’il est vraiment un témoignage d’amour rendu à la nature canadienne.On ne peut en douter.écrits du canada en collaboration JEAN-M.BARRETTE Trois pièces de théâtre, des poèmes d’Alain Horic et d’Alain Pontaut, un essai critique et un récit, tel est le contenu du dix-neuvième cahier des Ecrits du Canada Français '.Andrée Thibault, dans Elisabeth (téléthéâtre), analyse avec finesse le drame intérieur d’une femme de trente ans.Andrée Maillet présente une tragédie mélodramatique (Le Meurtre d’igouil-le), tandis que Jacques Ferron, avec une verve pleine d’humour, recompose dans La Sortie le sempiternel triangle du mari, de l’épouse et de l’ami.Soulignons enfin la belle étude de Pierre de Grandpré qui nous fait mieux connaître l’œuvre de l'écrivain américain William Styron, et le récit qu’on souhaiterait plus élaboré de Nairn Kattan sur son arrivée au Canada.homélies brèves pour les dimanches et les fêtes de robert bastin, o.m.i.MAURICE CARRIÈRE Exploitant une formule nouvelle, le volume* 2 présente des schémas de prédications pour les dimanches et les fêtes de l’année liturgique.Suivant toujours le même plan, ce commentaire est centré sur un thème en rapport avec l’évangile, et montre comment le message du Christ est toujours actuel et peut être vécu dans la vie de tous les jours.Par son intelligence des textes et son effort remarquable pour établir le lien entre la Parole et la vie, ce guide plaira au lecteur, à qui il présentera des considérations inédites et fournira des exemples concrets et adaptés.La critique la plus sérieuse qu’on puisse lui faire est de ne mettre en valeur qu’une idée et de la présenter en bref.Il en retient une seule et néglige pratiquement les autres.Il parait difficile de réduire l’enseignement liturgique à une seule réflexion.En dépit de ce choix exclusif, nous n’hésitons pas à recommander ce guide à ceux qui doivent annoncer la Parole de Dieu et nous ne doutons pas qu’il puisse les aider grandement.( 1 ) Ecrits du Canada français.T.19.Montréal [Ecrits du Canada français] 1965.246p.20.5cm.(2) Robert Bastin, o.m.i.— Homélies brèves pour les dimanches et les fêtes.Ottawa, Centre catholique de l’Université [1964].135p.17cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 46 NOTICES BIELIC- GEAPMCUES littérature étrangère la dignité des enfants d’Israël.» Et Raissa ?Mystique jusqu’à l’exaltation: tour à tour Eve, Judith, Esther et Marie.Or tout ceci arrive au XXe siècle.Tout ce monde est contemporain de Gide, Brunschvicg, Prévert, Sartres (né en 1905) et tant d’autres dont on sait les options religieuses.C’est peut-être la grande leçon de ces notes: le royaume de Dieu arrive aujourd'hui, il est ici, là, invisible souvent mais actif quand même, et ce ne sont pas toujours ceux qui parlent le plus haut qui auront le dernier mot.Ce carnet de route constitue, avec Les Grandes Amitiés et le Je//mal de Raissa, un fonds inépuisable de spiritualité.La technique de base est pourtant bien simple: une carnet de notes de j.maritain BENOÎT LACROIX, o.p.Dans un cadre familial qu’habitent son épouse, Raissa, et sa belle-sœur, Vera, Jacques Maritain,1 s’essaie de 1898 à 1954 (cependant la préface est de 1964) à situer les événements qui leur arrivent et les êtres qu’ils fréquenent et rencontrent.Tous les trois sont si solidaires que rien ne se passe dans leur univers sans qu’ils en soient alertés ! Petit monde des grandes âmes, communauté mystique capable de s’émerveiller et de fraterniser grâce à une spiritualité familiale faite à la fois de grâce, de philosophie et de poésie.Comme partout ailleurs il faut traverser certains événements douloureux: encore ici M.Maritain note avec franchise et recherche la dimension « invisible » de l’événement.Ils ont l’avantage de fréquenter des hommes et des femmes de qualité, mais le foyer reste ouvert à toutes les familles spirituelles: Bloy, Berdiaeff, Massignon, Du Bos, Fumet, Garrigou-Lagrange, etc.Au milieu de ces gens on voit frêle mais toujours présent, Jacques Maritain qui, par son union à Raissa, est à la fois juif et chrétien: « Je voudrais être Juif par adoption, note-t-il, puisque j’ai été introduit par le baptême dans maison ouverte, trois cœurs hospitaliers, l’intelligence, et même des engagements politiques concrets discutables.Voilà, en somme, tout un secteur encore trop ignoré de l’histoire de la spiritualité moderne, la spiritualité familiale et domestique.Ce secteur prendra de plus en plus d’importance à cause de la promotion même du laïcat.Aussi il est fort possible que la famille Maritain devienne peu à peu, comme la famille Martin (parents de sainte Thérèse de Lisieux), un lieu choisi de spiritualité et un point de rencontre spirituel.De tels carnets prendront alors encore plus d’importance.Nous le souhaitons.mauriac le péché et la grâce de b.roussel BERNARD-M.MATHIEU L’objet précis de la collection Humanisme et Religion, dont fait partie cet ouvrage ", est de ( 1 ) Jacques Maritain — Carnet de notes.Paris, Desclée de Brouwer [1965].415p.ill.(h.-t.) 20cm.(2) Bernard Roussel — Mauriac.Le Péché et la grâce.[Paris] Editions du Centurion [1964].164p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Humanisme et religion) LECTURES / OCTOBRE PAGE 47 mettre en lumière la préoccupation fondamentale d’un écrivain et, en particulier, d’étudier la naissance ainsi que la courbe évolutive de cette préoccupation.Comme l’a déjà fait remarquer Pierre-Henri Simon, dans son volume La littérature du péché et de la grâce.1880-1950.(Col.Je sais — Je crois), le drame spirituel constitue la texture et lame de l’œuvre littéraire de François Mauriac, « drame où le forage psychologique s’éclaire d’une théologie implicite: c’est le duel de la grâce et du péché qui donne aux personnages miuriaciens leur présence et leur signification ».C’est cet aspect particulier qu’approfondit M.Bernard Roussel: le sens du péché dans l’œuvre comme dans la vie personnelle de François Mauriac.Et on ne saurait tracer le portrait moral du grand romancier sans toucher à toutes les questions, à tous les hommes qui jalonnent sa route: le jansénisme, Pascal, Racine, la famille, l’argent, le mariage, le catholicisme bourgeois.Des romans et des essais de Mauriac, l’Auteur dégage le point de vue spécial qui n’est pas celui d’un théologien, mais celui d’un personnage conscient de ses responsabilités et qu’anime une impérieuse exigence spirituelle: c’est le point de vue d’un écrivain, d’un poète rompu aux analyses psychologiques.Si l’Auteur note que Mauriac n’est pas théologien, il appuie cependant son étude sur des théologiens: l’essai reçoit ainsi une sûreté de doctrine concernant les notions de péché originel et de péché actuel, ou le rôle de la grâce.Pendant longtemps, Mauriac fut déchiré par un problème difficile: l’affrontement entre le romancier et le catholique, entre le respect de la vérité qui implique l’étude des passions, notamment la description du péché, et les exigences de la vie chrétienne; la tension qui oppose l’éros et Vagapè, la concupiscence naturelle et la charité chrétienne.Le conflit sera surmonté, un jour, grâce à la découverte de cette formule: « Toute la question se ramène pour moi désormais à ceci: purifier la source.» Mauriac ne fait pas que décrire le péché; il élabore un sens du péché, qui n’est pas pour lui une cause de pessimisme mais une source d’exigences morales plus impérieuses, car le sens du péché (Pie XII déplorait que les hommes modernes l’eussent perdu) suppose le sens de Dieu, le sens de la Loi, la réalité de l’Amour, le refus, la distorsion de l’Amour.Dans l’œuvre mauria-cienne la grâce demeure cependant présente, « même méprisée et en apparence refoulée ».En passant « d’un pessimisme raisonné à un optimisme raisonnable » (p.65), Mauriac a de plus contribué largement, en France, à l’élaboration d’une spiritualité conjugale et familiale.« Tous ces péchés, toutes ces passions, toute cette souffrance métamorphosés en art attestent autant la grandeur de l’homme que sa misère.» (P.153) A l’occasion de la publication de l’ouvrage de M.Roussel, François Mauriac a écrit dans Le Figaro littéraire (15 avril 1965): « Certes, le mal n’est jamais le bien au sens de Gide, mais le mal, lorsqu’il est ressenti comme péché, creuse dans nos pauvres vies les canaux par où pénètre cet Amour dont nous n’aurons eu que le pressentiment, nous qui ne sommes pas des saints.Je me réjouis donc de ce que ce petit livre de Bernard Roussel atteste: je n’ai pas calomnié la vie, je n’ai pas été un maître de désespoir.» La solide contribution de M.Roussel à l'étude du sens du péché et à l’inhérence de la grâce, chez l’écrivain catholique François Mauriac, ne manquera pas d’intérêt pour nos contemporains, curieux de comprendre l’affrontement du monde moderne avec une aventure spirituelle qui débouche dans l’éternité.les oraisons du missel de maertens et herbercq CLAUDE SOUCY, c.s.c.L’autorisation de faire plus large place à la langue populaire dans la liturgie a exigé de la part de nombreux philologues et liturgistes un travail sérieux de traduction.Le Lectionnaire publié, c’est maintenant aux autres pièces du propre de subir l’assaut des traducteurs.Dom Maertens et de Monique Herbeck ’, par cette ( 1 ) Thierry Maertens et Monique Herbecq — Les oraisons du missel de l'assemblée chrétienne.Textes du temporal et concordances.[Bruges] Biblica, 1964.249p.21.5cm.(Coll.Paroisse et liturgie, no 63) LECTURES / OCTOBRE PAGE 48 étude des oraisons du missel, contribuent à résoudre l’épineux problème des traductions et à justifier celle qui a été adoptée dans le Missel de l'Assemblée chrétienne.L’introduction du volume précise la fonction des oraisons dans la célébration, expose les principes linguistiques qu’ont utilisés les traducteurs dans le Missel de l'Assemblée chrétienne, dresse un bref aperçu historique de l’évolution des oraisons jusqu’à leur fixation dans les formulaires.Vient ensuite le texte même de ces oraisons.Nous nous permettons ici une remarque.Il nous semble, en effet, que les Auteurs auraient pu faire un meilleur usage des excellents principes de traduction proposés dans l’introduction.A confronter les textes qu’ils nous présentent à ceux du Missel Romain Latin-Français, il est évident que ceux de la traduction officielle supportent avantageusement, dans l’ensemble, la comparaison, surtout pour la clarté avec laquelle ils livrent leur contenu.Il n’en demeure pas moins que le travail est intéressant et peut entraîner une proclamation plus intelligente des oraisons liturgiques chez les célébrants, particulièrement s’ils ont soin de consulter les notes explicatives qui accompagnent presque chacune d’elles.L’excellente table de concordance des mots français et de leurs correspondants latins, celle également des oraisons parallèles, situées en fin de volume, font de cet ouvrage un outil très utile pour ceux qui se soucient de pastorale.Le volume contient également une bibliographie des monographies sur les termes latins des oraisons, dressée par le P.Sobrero.Ceux qui possèdent déjà le Missel de VAssemblée chrétienne seront heureux de trouver en cet ouvrage un complément utile pour une meilleure intelligence des oraisons de leur missel.les filles du feu de g.de nerval JEAN-M.BARRETTE On peut considérer le recueil1 des Filles du feu sous plusieurs aspects: lumineuse galerie de figures féminines, hymne solennel à la femme amoureuse, défilé de souvenirs sombres et lumineux ou encore florilège des rêves les plus inouïs.Comme le titre l’indique, la femme est le foyer brûlant de ces pages poétiques.Angélique, Sylvie, Adrienne, Jemmy, Octavie, Isis, Corilla, Emilie, Aurélia: merveilleux cortège de dames enchantées qui jouent, sous les feux de la rampe, la pathétique tragédie des cœurs blessés.Music-hall supernaturaliste !, s’écrie Léon Cellier.Et quelle figuration fantastique ! Le spectacle se termine au son étrange des douze coups des Chimères.L’un après l’autre, plus troublants, les douze Sonnets entrent en scène sous un jeu de lumières virevoltant.et livrent leur mystère.l’ambassadeur de morris 1.west HENRI-PAUL BERGERON Le romancier australien Morris I.West* a conquis le public d’expression française.La traduction de certaines de ses œuvres, comme L'Avocat du Diable par exemple, a été tirée en France à des millions d’exemplaires.Le Cercle du nouveau livre nous présente cette année L'Ambassadeur traduit par Claude Elsen.Il s’agit d’un de ces reportages métaphysiques sur la guerre mis à la mode par André Malraux et Graham Greene.Sans avoir la profondeur spirituelle que manifeste l’illustre écrivain anglais dans Un Américain bien tranquille, son émule australien transforme lui aussi son reportage sur un épisode de la guerre au Vietnam en une crise de conscience qui nous fait réfléchir.Graham Greene nous a décrit le drame du reporter anglais responsable de la mort de son ( 1 ) Gérard de Nerval — Les Filles du Feu suivies des Chimères.Chronologie et préface par Léon Cellier.[Paris] Garnier-Flammarion [1965].245p.18cm.(2) Morris L.West — L’Ambassadeur (The Ambassador).Roman traduit de l'anglais par Claude Elsen.[Paris] Le Cercle du nouveau livre [1965].316p.20cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 49 collègue américain qu’il a laissé assassiner; Morris L.West analyse la conduite du consul américain responsable lui aussi de l’assassinat du president du Vietnam.Les deux criminels sont des incroyants tourmentés par le problème de Dieu et qui recherchent vainement un appui dans un cœur féminin.Tous deux analysent lucidement leur conduite et sont à la recherche d’un impossible pardon.L’auteur a senti le besoin de nous avertir que son ouvrage était une fiction et que la vérité de ce livre se suffit à elle-même.Ce n’est pas simplement le nom des protagonistes qui est modifié, mais c’est surtout leur conscience qui est devenue plus vive, plus vraie que nature.Nous oublions vite le décor, le côté documentaire du roman, pour nous intéresser uniquement au drame spirituel.L’auteur d’ailleurs ne possède pas au même degré que Graham Greene cet art d’évoquer une scène d’un réalisme inoubliable et de la faire alterner avec une méditation saisissante.Nous sommes loin du style incisif, mordant, ironique, chargé d’un humour noir, c’est la confidence amère et désabusée du diplomate qui a pris sa retraite et s’est retiré au Japon, auprès d’un solitaire bouddhiste.S’il revit les scènes tragiques qui ont marqué à la fois le sommet et la rupture de sa carrière, c’est pour rechercher la lumière.Il refuse de se contenter de la morne résignation que lui propose son ami bouddhiste: qu’on ne saurait rien modifier de ce qui a été dit ou fait.Il renonce à cette vaine consolation de se dire qu’il a suffisamment payé son crime en acceptant le fait de ne pouvoir rien payer.« Les chrétiens, objecte-t-il, réclament une pénitence pour le péché.» A son ami qui réplique: « Le seigneur Bouddha a enseigné que la vie elle-même est une pénitence pour le désir incontrôlé », il répond: « Les chrétiens disent qu’il faut attendre le pardon de Dieu.» Ainsi se termine ce roman qui vaut beaucoup mieux que sa réputation de best-seller.L’auteur avait raison d’écrire en exergue: « Le lecteur qui acceptera la fiction qui lui est ici proposée s’apercevra, je l’espère, que la vérité de ce livre se suffit à elle-même.» pour l’honneur de joseph kessel HENRI-PAUL BERGERON C’est à un écrivain chevronné \ l’académicien Joseph Kessel, que le Cercle du livre de France a eu recours pour charmer les loisirs de ses lecteurs dans une livraison mensuelle de 1964.Dans la préface cet auteur écrit: « Pourquoi donc réunir sous un même titre deux récits dont l’un a paru dix années après l’autre ?.Deux histoires si peu semblables par les lieux, le climat, les personnages et leur drame ?Parce que, avec le recul du temps, une parenté m’est apparue, plus profonde, plus véritable que celle du décor, de l’époque, des péripéties et même du tempérament des hommes.Et c’était le ressort intérieur qui déterminait ces hommes à faire ce qu’ils faisaient.L’honneur de soi, envers soi et par soi.» Le lecteur sera surtout frappé de l’évolution du style de l’académicien en ces dix années.La première histoire, d’emblée la plus longue des deux, s’inspire de Victor Hugo pour nous montrer un nouveau gavroche sur les barricades au cours du soulèvement avorté des Catalans de Barcelone en 1934.Ce récit ingénieux serait intéressant s’il n’était rédigé en un stytle vieillot, prolixe, farci d’adjectifs inutiles.Les personnes et les choses sont décrites avec une application et une complaisance qui tuent l'émotion.La mièvrerie des sentiments et la recherche du style noble évoquent parfois le roman précieux.Le lecteur peut tolérer « les dés du destin », « la nuit insomnieuse », « le lac profond du sommeil », mais l’histoire d’Alejandro, petit cireur débile et tendre de Barcelone, commence à l’agacer lorsque la guitare devient « bois chantant » et les oiseaux « les chants de la vie, répandus dans le ciel ».Heureusement le second récit ressemble à un conte de Maupassant qui n’aurait pas été revu, dilué et délayé pour s’adapter au mauvais goût ( 1 ) Joseph Kessel — Pour l'honneur.[Montréal} Le Cercle du Livre de France [1964] 215p.20.5cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 50 du début du siècle.La recherche du pittoresque et du détail réaliste pourrait être plus discrète mais elle ne choque pas autant que la préciosité.Le lecteur est indulgent pour « la mouche tiède du soleil et du fumier », « la rugueuse épaisseur de peau qui habillait les pieds aux orteils écartés et agiles d’ancien matelot », etc.Sans être fort originale, l’histoire du fils Maudru qui, au cours de l’occupation de la France par l’armée allemande, s’oppose à son père collaborateur et passe à la résistance, est assez bien menée jusqu’au dénouement qui le réconcilie de façon imprévue.libertés provisoires de r.gauthereau HENRI ROBERGE « Sujet d’actualité », « fascinant roman d’aventures », « document de première importance », lit-on dans le dépliant qui présente la sélection d’avril du Cercle du livre de France.Une telle surenchère déplaît au lecteur qui aborde ce quatrième roman ' de l’écrivain français Raymond Gauthereau, Les libertés provisoires.Depuis vingt ans les reporters et les romanciers scrutent les maladies de la péninsule indochinoise pour les donner en pâture à la curiosité de l’univers.Graham Greene et Jean Hougron et combien d'autres nous ont décrit la débâcle française au Vietnam; Raymond Gauthereau veut nous intéresser à certaines épaves humaines laissées par la France sur les lieux de sa défaite.D’un Grec naturalisé français, le héros du livre, l’ingénieur Dartois, dira: « De tous ceux que j’ai rencontrés ici, c’est le seul qui ne soit ni idiot, ni énervé, ni cynique.» La vulgarité dame des personnages de Hougron était moins pénible à supporter, noyée dans un flot d’aventures.S’il fallait croire encore le dépliant de la réclame: « Ce sont des livres comme le roman de Raymond Gauthereau qui, sous l’apparence d’un roman d'amour et d’aventures, nous permettent d’entrevoir les vrais problèmes asiatiques.» Je doute fort qu’une telle emphase plaise à l’auteur, qui n’a voulu faire ni un roman d’amour, ni un roman d’aventure, encore moins une analyse politique.Si l’ingénieur Dartois consent à vivre quelque temps la fonction absurde de diriger une mine detain désaffectée au fond des montagnes du Laos, ce n’est ni pour faire de l’argent, ni pour camoufler la contrebande d’opium et des armes, mais pour faire une cure de silence comme, dit-il lui-même, on va à la Trappe pour faire une retraite.Le dépaysement-méditation, l’aventure métaphysique sont à la mode surtout depuis Saint-Exupéry.Malheureusement, le héros des Libertés provisoires ne possède pas la densité dame requise pour l’aventure métaphysique.Son auteur a beau laisser tout le reste dans la grisaille, réduire les incidents au minimum ramener l’amour à la présence intermittente d’une fille de joie, la méditation est si mince quelle semble épouser la grisaille de l’ensemble.Nous sommes loin des héros de Graham Greene dont la densité spirituelle éclate au milieu même d’un luxe d’aventures.Le bilan de l’aventure spirituelle de Dartois, son ami le médecin vénal Clérac le résume en ces termes: « II est allé là-haut, jusqu’à la frontière de Chine, rien que pour se poser des questions ! Cet homme-là s’est arrêté à l’âge métaphysique.Qu’est-ce que tu rapportes, à part quelques souvenirs mal fagotés dans de la morale périmée ?» Et pourtant il est bien maigre le bagage de métaphysique et de morale de Clérac.Son odyssée, avoue-t-il, n’avait pour but que de l’amener à sortir de lui-même pour se regarder d’un peu plus loin.Il constate qu’il n’est pas facile de laisser au vestiaire sa conscience d’Occi-dental.« Ce que j’ai appris, pensait-il, c’est peut-être seulement la tentation de quitter l’Occident: se laisser dissoudre, devenir anonyme, ne plus lutter, accepter la-peu-près, le laisser-aller, l’imprévoyance, la crasse, le hasard.Compter pour manger sur les offrandes, pour dormir sur les pagodes.» Ce n’est pas lui qui est susceptible de subir la tentation de la mystique bouddhiste ! Au moment de quitter l’Asie pour revenir en Europe, il confie à la femme de son ami Clérac, en montrant ( 1 ) Raymond Gauthereau — Libertés provisoires.Roman.[Tournai] Casterman [1965].227p.20cm.(Réimprimé au Canada par Le Cercle du Livre de France) LECTURES / OCTOBRE PAGE 51 des Orientaux d’une pauvreté sordide qui l’entourent: « Disons que c’était seulement une échappée du côté des libertés provisoires.Toutes, les leurs, la mienne.Demain tout aura un sens par ici.On y mettra de l’hygiène et des chiourmes.On sait maintenant que le raccourci du développement passe par les systèmes et les prisons.» Triste idée des libertés ! L’on comprend qu’un Occidental incapable de concevoir une liberté différente de celle de l’animal puisse souhaiter l’avènement du communisme et puisse ridiculiser les efforts qu’on fait pour retarder l’invasion de la péninsule indochinoise.Triste idée aussi de l’amour ! Le volume se termine sur ces mots au sujet de Dartois plein de regret au départ de la fille de joie vietnamienne qui enjolivait la grisaille de son odyssée: « Alors il eut mal — et commença de redécouvrir qu’on ne peut rien faire sans amour.» j’étais l’interprète de hitler et de mussolini du dr e.dollmann JOSEPH DECARY Voilà un livre ' destiné aux gens friands de ce qu’on appelle la petite histoire.Ils seront servis à souhait, puisque l’auteur se trouvait bien placé pour observer les différents personnages qu’il a rencontrés dans l’exercice de sa charge officielle.Singulière destinée que celle de Eugen Dollmann ! Historien par goût et par profession, il travaillait aux archives du Vatican avant d’être appelé par le hasard des circonstances à devenir l’interprète officiel de Mussolini et de Hitler ainsi que de leurs lieutenants respectifs.C’est dans cette fonction qu’il apprit à fréquenter ce monde fermé et connu de quelques initiés seulement.Le livre fourmille d’anecdotes piquantes qui en rendent la lecture passionnante.Les faits racontés sont souvent émaillés de traits d’humour où les Italiens jouent le beau rôle aux dépens de leurs alliés.La figure du dictateur allemand continue de nous apparaître mystérieuse, tandis que celle de son collègue italien nous est plus humaine et sympathique; dommage que ce dernier ait attaché son destin à celui de Hitler et n’ait pas su rompre avec ce dernier ! Là où l’auteur excelle, c’est dans le portrait qu’il trace des principaux lieutenants des deux dictateurs.C’est trop souvent l’histoire de leurs faiblesses sentimentales qu’il nous raconte.Ainsi Balbo, c’est le fastueux proconsul d’Afrique, tandis que Ciano est l’enfant gâté par le sort avant de connaître une fin tragique.Gcering est ridicule et amusant dans sa fatuité; Himmler, c’est un automate froid et sinistre; quant à Heydrich, c’est un perverti sexuel d’une ambition redoutable.Le livre se termine par le récit des démarches fructueuses que l’auteur, de concert avec quelques compatriotes, a entreprises en vue d’amener la fin de la guerre dans le secteur de la Méditerranée.Par son œuvre, le Dr Dollmann apporte une contribution importante à l’étude des événements et des personnages de la dernière guerre mondiale.Ecrit dans un style alerte et vivant, ce livre se lit tout d’une traite.( 1 ) Dr Eugen Dollmann — J’étais l’interprète de Hitler et de Mussolini.Traduit de l'allemand par R.Jouan.Paris, Editions France-Empire, 1964.285p.20cm.LECTURES / OCTOBRE PAGE 52 LITTERATURE RE JEUNESSE l’enfant prodigue de marie migneaux MARCEL CLERMONT Une page de texte situe cette parabole2 3 et prépare le petit lecteur à en tirer profit.Le commentaire final l’aidera à mettre en pratique les leçons qui s’en dégagent.Nombreuses illustrations en couleurs, plus « commerciales » qu’artistiques.Rien n’indique pour quel âge de lecteur l’auteur écrit.A cause le pré aux ours de joseph peyre BÉATRICE CLÉMENT Jausèp, fils d’un vigneron béarnais, « croyait à l’innocence de toutes les bêtes de la Création.» Et les bêtes, spontanément, lui accordent leur amitié.C’est une vachette de course qui, au lieu d’encorner le téméraire, broute paisiblement la brassée d’herbes qu’il lui tend.C’est Patou, molosse plus haut que le gamin de huit ans, qui se laisse embrasser « au plus épais de son collier de laine.» Au printemps, Bernat le berger, repartant vers la montagne pour la saison chaude, amène Jausèp qui caresse un grand rêve: voir l’ours des Pyrénées.Et l’inconcevable se produit.Dans une clairière perdue, loin des sonnailles du troupeau, le bambin rencontre un ourson.et sa mère.Racontée avec humour et délicatesse, cette histoire 1 captivera le lecteur de neuf ans.Mais c’est quelques années plus tard, lorsqu’il la relira (en cachette, à cause du format « bébé ») qu’il en découvrira tout le charme.Jolies images, qui conviennent à l’atmosphère du récit.Pour filles et garçons de six à neuf ans.( 1 ) Joseph Peyre — Le pré aux ours.Imagé par H.-A.Rouilly-Le-Chevalier [Tournai] Casterman, 1964.56p.23.5cm.(Coll.Plaisir des contes) Relié.du format, on ne peut guère l’offrir aux enfants de plus de dix ans.max de monique corriveau BÉATRICE CLÉMENT Double souci pour Benoît Fontaine, professeur de physique nucléaire à l’Université Laval.On lui a dérobé des documents de la plus haute importance: tout désigne son assistant préféré, le sympathique Max Ricard, comme l’auteur du vol.Max ne s’éloigne pas de Québec, malgré que la police et une bande de malfaiteurs soient à sa poursuite.Audace et courage le soutiennent.Il gagne la confiance d’un journaliste; mais Verdier lui-même finit par croire à la culpabilité de l’énigmatique jeune homme.L’intrigue, menée avec brio, se déroule dans un décor que l’auteur'1 connaît bien: Sainte-Foy, l’Université Laval, l’Aquarium, la basse ville et les Champs de batailles.Les jeunes Québécois, (2) Marie Migneaux — L’enfant prodigue.Images de Philippe Salembier.[Tournai, Casterman, 1965.] 20p.ill.22.5cm.(Coll.Le rameau d’olivier) Relié.(3) Monique Corriveau — Max.Roman.Dessin de la couverture: Antoine Dumas.Québec, Editions Jeunesse [1965].136p.18cm.(Coll.Plein feu, no 2) LECTURES /OCTOBRE PAGE 53 (encore plus que les autres), se passionneront pour ce roman policier qui les tiendra en haleine jusqu a la dernière ligne.Les filles s’y intéresseront aussi bien que leurs frères.Pour jeunes ayant plus de quatorze ans.les avions d’alain gree BÉATRICE CLÉMENT Achille et Bergamote (personnages que l’on retrouve dans chaque album 1 de la série Cadet-rama) profitent de la visite d’un oncle aviateur pour approfondir leurs connaissances.Avions de ligne, de tourisme, de transport, de chasse; planeur, hydravion, hélicoptère, fusée.tous les modes de déplacement aérien y passent, avec quelques détails au sujet de leur construction et de leur fonctionnement.Ici, le vocabulaire convient à des lecteurs jusqu’à douze ou treize ans.Mais le format enfantin les rebutera.A moins que, depuis quelques années déjà, ils ne lisent les albums En route, La Mer, La Ville, Les Trains, et ne se soient attachés à la collection.Alain Grée prouve, une fois de plus, qu’il n’y a pas lieu d’illustrer de façon grotesque, vulgaire ou volontairement gauche pour être à la page.Il déforme gaiement et avec mesure.Ses dessins sont « jeunes », mais il ne rougit pas d’avoir du métier.Magnifique collection ! Pour garçons et filles jusqu’à treize ans.prenez et mangez.de marie migneaux MARCEL CLERMONT Le souper de Béthanie, au cours duquel Judas s’indigne du gaspillage de parfum par Marie-Madeleine; l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem; Judas offrant de livrer son Maître; le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie.voilà beaucoup de matière pour un album J de 20 pages destiné au jeune enfant.(1) Alain Grée — Les avions.[Tournai] Caster-man [1964].28p.ill.28cm.(Coll.Cadet-Rama).Relié.Illustrations en couleurs, plutôt quelconques.Aucune indication d’âge de lecteur.Convient, en raison du format, aux moins de dix ans.olivier de castille de louis delluc ALEX COURSOLLES L’avant-propos prévient le lecteur d’avoir à lire comme il lirait un conte ce texte 1 traduit et adapté d’un roman de chevalerie espagnole du XVIe siècle.En effet, les prodigieuses aventures d’Olivier et d’Artus s’apparentent à la légende.Chevalier mystérieux, forêt enchantée et sanglier maléfique, sorcière bienfaisante et exploits surhumains.tout prend des proportions hors de l’ordinaire.L’adaptation conserve la tournure de phrase et les idées de l’époque.Ne plaira sans doute pas au lecteur à l’esprit positif, épris de réel et de quotidien.S’y intéressera, celui qui goûte le merveilleux, qui prise les contes et légendes.Pour garçons et filles entre onze et douze ans.liselotte et le secret de l’armoire de Suzanne pairault BÉATRICE CLÉMENT L’armoire normande prêtée à tante Emma contient un cahier important, dissimulé dans un tiroir secret.Personne n’est au courant; il faut le récupérer sans souffler mot à quiconque.Liselotte y parviendra-t-elle ?C’est compter sans la petite cousine.Bien que l’intrigue frise l’invraisemblable, on s’y intéresse.Un bon tiers du dialogue, absolument inutile, pourrait sauter sans nuire à la clarté du récit.(2) Marie Migneaux — Prenez et mangez.Images de Philippe Salembier.[Tournai, Casterman, 1965.] 20p.ill.22.5cm (Coll.Le rameau d’olivier) Relié.(3) Louis Delluc — Olivier de Castille.Illustrations de G.de Sainte-Croix.Paris, Librairie Armand Colin [1964].150p.ill.20cm.(Coll.Marjolaine).Relié.LECTURES / OCTOBRE PAGE 54 Dessins pleins de vie.Malheureusement, on prendrait Liselotte — 14 ans — pour sa mère.Pour filles de onze à quatorze ans seminary education: un événement dans 1’histoire de l’église du XXe siècle ANDRÉ LEGAULT, c.s.c.Voici un livre “ lucide et courageux dans lequel une quinzaine d’experts américains s’interrogent sur les réformes souhaitables dans les Grands Séminaires diocésains ou religieux, selon les exigences de Y aggiornamento souhaité pour l’Église tout entière par le Concile Vatican II.Ce livre est d’une importance et d’une actualité qu’on ne saurait assez souligner.L’autorité et le prestige de Son Eminence le Cardinal Joseph Ritter, Archevêque de St-Louis, qui en assure le patronage, tout comme la qualité des experts qui y ont collaboré, feront de ce livre un événement dans l’histoire de l’Église du XXe siècle.Ce livre ne pourra manquer d’avoir de grandes répercussions dans l’orientation des Grands Séminaires pour les années qui viennent.On appréciera l’historique des Grands Séminaires depuis l’âge apostolique jusqu’à nos jours, tracé de main de maître par l’éminent professeur d’Histoire de l’Église à l’Université de San Francisco, Monseigneur J.Tracy Ellis.On notera, d’une façon particulière, la collaboration d’un laïc M.le professeur J.M.Lee, de la Faculté d’Éducation à l’Université de Notre-Dame, Indiana, et l’une des plus hautes autorités dans le domaine de l’éducation catholique aux États-Unis.On aimera voir ce spécialiste de l’éducation préciser le but premier des Grands Séminaires qui doivent être organisés avant tout pour la préparation pastorale des futurs prêtres.On appréciera comment, statistiques en main, l’auteur peut regretter les inconvénients du (1) Suzanne Pairault — Liselotte et le secret de l’armoire.Illustrations de Jacques Poirier.[Paris] Hachette [1964], 189p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 273).Relié.grand nombre de petits et de Grands Séminaires (près de 400), multipliés aux quatre coins des États-Unis.Monsieur Lee s’oppose catégoriquement à l’existence même des petits Séminaires.Les arguments invoqués à l’appui de sa thèse méritent, certes, considération; néanmoins, on ne pourra s’empêcher d’opposer à son argumentation les réflexions de l’abbé R.Izard, l’actif Directeur du Centre National des Vocations de France, qui dans un article remarqué (Petits Séminaires et Mouvement Jeunes Séminaristes.Union, juin I960) rappelait que 75% des prêtres de France sont anciens des Petits Séminaires et montrait comment il y a encore place dans l’Église de France pour des Petits Séminaires « à formule ouverte ».Un point sur lequel on sera pleinement d’accord avec Monsieur Lee, c’est sur l’inutilité de multiplier les Grands Séminaires diocésains ou religieux dans un même pays, veire dans une même Province ou une même ville.On pourra voir en page 98 comment l’auteur démontre en huit points précis tous les désavantages d’un tel système.C’est d’ailleurs une conviction partagée par tous les collaborateurs de cet ouvrage que le regroupement des maisons d’enseignement théologique s’impose de toute nécessité pour le bien même de ces Institutions comme de l’Église tout entière.Tous s’accordent d’ailleurs à vouloir localiser l’enseignement de la Théologie sur le campus de cinq ou six grandes Universités catholiques des États-Unis.L’on comprend très bien d’ailleurs, comme l’auteur se plaît à le démontrer, qu’il faille un minimum d’au moins 600 étudiants inscrits dans une Faculté de Théologie pour pouvoir assurer à cette Faculté l’éventail et la qualité des cours souhaités.Le Père W.C.Bier, s.j., Directeur du Département de Psychologie à l’Université Fordham, présente une étude soignée et documentée sur les critères qui doivent présider au choix des séminaristes.On pourra lire avec avantage les pages où l’auteur démontre le bien-fondé des tests psychologiques généralisés pour tous les candidats qui demandent leur entrée au Séminaire (cf., pp.184-204).(2) Seminary Education in a Time of Change.Edited by J.-M.Lee and L.-J.Putz, c.s.c.Notre-Dame, Indiana, Fides Publishers, Inc.1965.590p.LECTURES / OCTOBRE PAGE 55 Le Père R.M.Brooks, o.praem., Professeur de Sociologie au Collège St.Norbert, Wisconsin, présente une critique lucide des déficiences qui peuvent se présenter aujourd’hui à l’intérieur de nos Grands Séminaires et propose des solutions adéquates et courageuses, notamment l’établissement de la Faculté de Théologie sur un campus Universitaire (cf., p.227).Le Père S.Wrodlewski, o.f.m., Professeur d’Histoire de l’Église au Séminaire du Christ-Roi, Illinois, suggère des mesures pratiques très heureuses pour intensifier le climat intellectuel à l’intérieur de nos maisons d’enseignement théologique.On retiendra sa suggestion de diminuer le nombre d’heures de cours chaque semaine afin de favoriser davantage le travail personnel (cf., p.241).Les PP.G.G.Hagmaier, c.s.Sp.et E.C.Kennedy, m.m., respectivement Directeur Associé de l’Institut Pauliste de Recherches religieuses et psychologues traitant au Séminaire Mary-knoll à Glen Ellyn, Illinois, étudient les aspects psychologiques que présente la vie du Grand Séminaire.Ils insistent pour que s’y développe une atmosphère familiale (cf., pp.272-274), sur l’importance de la prière communautaire, notamment sur la messe célébrée communau-tairement chaque jour — peut-être de façon plus profitable à la fin de la matinée ou de l’après-midi (cf., p.275).Les auteurs remarquent comment la méditation en commun est probablement moins désirable puisqu’une prière mentale est essentiellement personnelle et privée (cf., p.276).On insiste beaucoup sur les moyens propres à développer, à l’intérieur du Séminaire, l’esprit de liberté et d’initiative personnelle.Il y a là matière à amples réflexions pour les Directeurs de Grands Séminaires.On s’arrêtera avec intérêt également aux pages que le P.A.L.Van Kaam, c.s.Sp., professeur de psychologie à l’Université Duquesne, consacre à la direction spirituelle des séminaristes.Cette direction apparaît moins comme des directives impératives que comme un échange d’un dialogue entre le conseiller spirituel et celui qui s’adresse à lui.On appréciera l’équilibre que l’auteur s’efforce de garder entre le souci d’adaptation au monde moderne et les exigences d’une vie intérieure personnelle.À noter les pages lumineuses (pp.342-352) con- sacrées au sens du célibat dans la vie sacerdotale.M.J.-M.Lee s’emploie à démontrer dans un long article (pp.353-404), ce que devrait comporter un cours d’étude de Grand Séminaire en vue de la préparation de pasteurs pour l’Église du XXe siècle.Les méthodes d’enseignement, l’organisation des programmes, un éventail de cours optionnels, autant de problèmes soulevés par l’auteur et qui méritent une étude attentive des responsables de Grands Séminaires.On notera l’insistance de l’auteur à promouvoir l’organisation des études selon les principes d’un cours centré sur un sujet précis englobant autour de lui toutes les disciplines (The Core curriculum, pp.123, 359 et 363).Tout le chapitre est à lire.On sera sensible aussi aux suggestions audacieuses formulées par le P.J.-L.MacKenzie, s.j., pour une réforme du cours de Théologie de façon à l’adapter de plus en plus aux exigences pastorales de l’heure présente.Il revenait à un Père Bénédictin, Dom Maur Burbach, o.s.b.le Vice-Président de la Conférence Liturgique Nord-Américaine, de rappeler l’importance de l’éducation liturgique dans la formation cléricale.L’auteur ne néglige aucun détail concret: v.g.l’heure de la messe quotidienne, l’importance de l’homélie chaque jour (cf., pp.275, 433 et 434), le rôle de la vie sacramentelle, de l’année liturgique, des dévotions, l’importance de tout centrer autour de l’autel, etc.La pratique de la liturgie importe autant que les connaissances théoriquement apprises.Les PP.R.-O.Johann, s.j.et D.-J.Gea-ney, o.s.a.démontrent en des pages lucides le rôle et l’importance de la formation philosophique et de l’éducation sociale des séminaristes.On notera l’insistance que ce dernier apporte à favoriser des expériences concrètes d’activités sociales par les séminaristes, soit avant d’entreprendre les études de théologie (entraînement militaire, Peace Corps, etc.) ou en période de vacances (camps d’été, mouvements d’Action Catholique, expériences de diacre en paroisses, etc.) On ne sera pas surpris de voir le P.L.-J.Putz, c.s.c., le fondateur de la J.E.C.américaine (Young Christian Students) et co-fondateur du mouvement des familles (Christian Family Movement), rappeler l’importance du -suite à la page 63 LECTURES / OCTOBRE PAGE 56 NOUVEAUTÉS EN LIEOAIUIE reprend les grandes lignes existentialistes de Sartre et de Camus.C’est ici une réponse donnée au pessimisme de ces deux philosophes écrivains: grâce à un amour humain véritable, les personnages ont la vive conscience d’une espérance à travers les misères de toutes sortes et l’absurdité de l’existence.TROYAT (Henri), Les Eygletière.(Flammarion, 1965) Roman de mœurs contemporaines qui décrit le désarroi et le drame moral des enfants nés de parents séparés et remariés.Madeleine Eygletière s’est occupée pendant huit ans de l'éducation des trois enfants de son frère: devenus AUDOUARD (Yvan), Antoine le vertueux.(Plon, 1964.Coll.Les aventures du vertueux) Roman policier assez curieux: un hold-up bien perpétré, trois victimes, presque pas de violence mais beaucoup de rebondissements et de rocamboles à la marseillaise.Lecture amusante et détendante pour tous.HURE (Anne), Le Péché sans merci.(Plon, 1964) Roman à déconseiller: le titre par lui-même semble tout de suite désigner sa cote d’immoralité.L’auteur s’est-il cru une seconde Françoise Sagan.?Son réel talent d’écrire et de bien construire un roman pourrait s’exercer sur des sujets plus relevés.11 y a autre chose que les effervescences sexuelles d’ordre lesbien ou incestueux et d’y mêler complaisamment certains personnages frelatés de prêtre ou même d’évêque.Une triste histoire de passion brodée de mondanité et de chantage et qui s’achève sur un suicide.SIMON (Pierre-Henri), Histoire d’un bonheur.(Seuil, 1965) Roman.C’est le thème d’un roman rose, celui d'un couple heureux; cependant la façon de traiter le thème dans toutes ses résonances psychologiques et métaphysiques lui donne une profonde valeur et un grand intérêt.Bien qu’on y trouve un peu trop de discours, l’affrontement des conceptions de l’un et l’autre conjoints, dans le contexte historique des années d’avant la seconde grande guerre et durant l’Occupation, adolescents, c’est à elle qu’ils recourent habituellement pour avoir conseil et réconfort.Françoise, qui est étudiante aux Langues Orientales, découvre que son frère Jean-Marc est tombé sous les charmes de la concubine de son père.Dégoûtée, Françoise se réfugié chez son répétiteur de russe, et, oubliant quelle est fiancée, devient la maîtresse de ce dernier.Personne ne sait pourquoi elle a tenté de se tuer, à l’exception de tante Madeleine qui, connaissant la sympathie que sa nièce avait pour le susdit orientaliste, la ramène avec elle en Normandie.Le catholicisme des personnages qui pratiquent est des plus inconsistants et des plus ternes.À cause des donjuaneries qu’on y raconte, ce roman ne convient qu’à des gens très avertis.TROYAT (Henri), Tolstoï.(Fayard, 1965.Coll.Les grandes études littéraires) Biographie de l’écrivain russe que l’on considère comme l’un des plus puissants romanciers de la seconde moitié du XIXe siècle.Troyat, écrivain français d’ascendance russe, raconte cette vie longue de quatre-vingt-deux ans, pleine de contradictions et d’aventures mais toute tendue à la recherche de la vérité.Le naturisme mystique, qui constitue le fond essentiel de doctrine de Tolstoï et sa règle de vie, s’apparente au christianisme primitif; il y a ici abondamment matière à réflexion.Adultes cultivés et maints adolescents se passionneront de ce gros bouquin de huit cent quarante-deux pages.C’est actuellement un best-seller en France.LECTURES / OCTOBRE PAGE 57 FAITS FT COM- MENTAIRES Fr.Placide Vermandère, c.s.c., Mlle R.Leclerc et MM.T.Bertrand et J.-P.Pinsonneault, anciens rédacteurs de Lectures, Mme A.Potvin, M.R.Champoux, MM.et Mmes Roger Rolland, Charles Martin et Guy Thibodeau.Le Père Martin présenta M.le Dr Durand comme un « grand ami du Canada » et un « collaborateur insigne de Fides ».Ancien administrateur de Fides-Paris, le Dr Durand est vice-président de l’Association Nationale France-Canada, fondateur et animateur des Colloques à la Délégation du Québec.De sa verve coutumière et de son sens vif de la-propos, le Dr Durand a traduit à coeur ouvert l’amitié qu’il ressent pour chacun de ses hôtes, et souligné la nécessité Auprès du Dr G.Durand signant au livre d honneur, le R.P.P.-A.Martin, c.s.c.directeur de Fides, les rédacteurs successifs de Lectures: Mlle R.Leclerc (1954-1965), MM.T.Bertrand, (1946-1951), J.-P.Pinsonneault.(1951-1954) et le R.P.R.-M.Charland, c.sc., (1965) Le 2 septembre dernier, Fides donnait dans le grand salon de son immeuble une réception en l’honneur de M.le Dr Georges Durand et de son fils pharmacien, M.Dominique Durand, à l’occasion de leur séjour au Canada.La fête, organisée par notre diligente directrice des relations extérieures, Mme Julia Richer, groupait, outre les chefs de départements du personnel de Fides, les nombreux amis du Dr Durand, les RR.PP.Devost, c.mj., E.Brassard, A.Cordeau et G.Bertrand, c.s.c., le d’échanges culturels plus fréquents et plus éclairés entre Français et Canadiens français.La lettre de France, que nous fait parvenir chaque mois à Lectures le Dr Durand, signa-lons-le, est une preuve tangible de l’intérêt tout autant effectif qu’affectif qu’il porte au Canada français.Au Dr Durand et à son fils, Dominique.toutes nos amitiés.RITA LECLERC Rita Leclerc, un nom et un sourire que les abonnés de Lectures et les amis de Fides connaissent bien: durant onze années, Mlle Leclerc a tenu avec compétence et dynamisme la rédaction de la présente revue.Cette tâche laborieuse, elle la mena rondement, puisque chaque mois la revue nous arrivait dans une tenue impeccable de fond et de présentation.En marge de cette activité, elle consacra à Germaine Guèvremont une monographie qui se recommande par sa documentation et son illustration, publiée dans la collection Écrivains canadiens d'aujourd’hui.Quelques années auparavant, au lendemain de la mort de Pie XII, Mlle Leclerc faisait paraître sous le titre de La Presse et les Lectures (Fides, 1959) un choix des principales allocutions et directives de ce LECTURES / OCTOBRE PAGE 58 pape en regard des livres.L’expérience étendue et profonde quelle a de la production littéraire canadienne et étrangère la prédisposait on ne peut mieux à couvrir un autre champ d’apostolat similaire, celui de la bibliothéconomie.Ses amis et, parmi les tout premiers, les collaborateurs de Lectures, lui rendre ici un hommage sincère de reconnaissance et d’admiration pour le dévouement et le travail hautement qualifié quelle a donnés à la cause des bonnes lectures.Avec l’espoir de lire encore de ses articles dans Lectures, nous lui souhaitons tous bon succès à l’École des Bibliothécaires.R.-M.C.RÉGINALD HAMEL La création et la mise en service du Centre de documentation des lettres canadiennes-françaises à l’Université de Montréal, sans nul doute, représentent un événement historique d’importance dans la vie de l’esprit au Canada français.Par son organisation interne et son installation complète de techniques les plus modernes, ce Centre est unique en son genre et reste accessible non seulement aux étudiants mais à tous les chercheurs spécialisés dans nos lettres.Lectures se réjouit de cette initiative et s’empresse de la signaler à tous les professeurs de littérature canadienne quelle compte parmi ses lecteurs.Du même coup, la revue rend hommage à ceux qui ont été les instigateurs de ce centre de documentation: MM.René de Chantal et Réginald Hamel.Ce dernier, qui est docteur en littérature canadienne-française, a la direction générale du Centre: son expérience acquise comme conservateur du Musée Historique, ses travaux de recherche à l’Université de Michigan ainsi qu’aux Archives nationales du Canada en font un archiviste tout désigné pour assurer la bonne marche de l’institution.Les travaux bibliographiques exécutés sont par la suite publiés régulièrement dans la revue Études françaises qu’anime avec clairvoyance et talent, M.René de Chantal, directeur du département d’Études françaises.PAUL CLAUDEL Les éditions Gallimard publient le Journal de Paul Claudel.François Varillon, un claudé-Iien chevronné, qui a préparé le volume, présentait dans les Études de février dernier le texte de son introduction.Nous avons encore à l’esprit certains passages des Mémoires improvisées que Jean Amrouche avait recueillis de la bouche de Claudel en 1954, notamment sur ce chapitre des journaux intimes.« Mon œuvre suffit », avait répliqué l’auteur du Soulier de satin en blâmant cette façon artificielle et dangereuse de se regarder sans cesse.Le Journal de Claudel, plus qu’un simple témoignage de soi-même, est un dialogue longuement entretenu avec Dieu.Ce que démontre très bien François Varillon.À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, M.André Maurois se voit décerner en ce mois d’octobre le Prix des Ambassadeurs pour l’ensemble de son œuvre et plus particulièrement pour sa récente Vie de Balzac.Mercure de France A LA DOUCE MÉMOIRE 3! D'UNE REVUE DÉFUNTE “-Tir*’ « Le Mercure de France vient de cesser de paraître, et c’est une réelle perte pour les lettres en général et pour les érudits en particulier.» Ainsi s’exprime le chroniqueur des « propos de la quinzaine » dans La Revue des Deux Mondes.Fondé en 1890 par Alfred Vallette, dirigé en ces derniers temps par Gaétan Picon, Mercure de France rayonnait par son admirable équipe de critiques.Bilan: intellectuellement bénéficiaire, mais financièrement catastrophique.Hélas ! LECTURES / OCTOBRE PAGE 59 COURRIER RES LECTEURS L’automne dernier, je prenais connaissance de la revue LECTURES.J’avais une monographie à écrire sur Gabrielle Roy, et un bon ami m’avait précisément indiqué l’étude consacrée à l’auteur de Bonheur d'Occasion dans le no de novembre et signée par son homonyme, P.-E.Roy.La trouvaille m’avait enchanté: j’y trouvais maints indices biographiques qui me manquaient, une vision profonde des thèmes exploités par notre romancière.Je ne vous cache pas que non seulement cette étude critique m'a aidé dans l’élaboration de mon travail, mais j’ai pris goût par la suite à découvrir toute l’œuvre de l’auteur, à l’exception de ses Souvenirs du Manitoba qui ont été publiés dans Le Devoir.J’ai consacré à cela une partie de mes loisirs de vacances.Parce que je crois en notre littérature (quoi qu’en pensent certains défaitistes) et que je m’y intéresse de plus en plus, j’accumule toutes les sources de renseignements possibles sur nos auteurs anciens et nouveaux; je leur réserve une place de choix dans mon fichier ! Je vois que dans LECTURES ’65, no de septembre, on a publié une autre étude d’auteur canadien: Jean-Charles Harvey.Serait-ce trop vous demander de me faire connaître par retour du courrier ou tout simplement par le courrier des lecteurs la liste de ces études d’auteur que vous avez fait paraître ?J’apprécie grandement LECTURES pour tout ce qu’il nous apporte de renseignements dans le domaine de la parution littéraire, mais surtout pour l’effort que donne la revue pour faire connaître et aimer nos écrivains.ROBERT C.(Montréal) — Nous avons presque entièrement publié votre lettre, comme vous voyez: elle nous était si agréable et si réconfortante ! Nous vous en remercions.C'est particulièrement comme service aux étudiants et à leurs professeurs que nous avons com- mencé, en 1958, d’étudier chacun de nos écrivains, leur vie, leur œuvre et les principales sources à consulter pour plus amples renseignements à leur sujet.A vous et à tous nos abonnés, il nous fait plaisir de dresser la liste des cinquante études d'auteurs canadiens que nous avons publiées dans LECTURES: BARBEAU (Victor), no déc.I960, p.99-BEAUCHEMIN (Nérée), no oct.1961, p.35.BRIEN (Roger), no juin 1961, p.291.BRUCHÉSI (Jean), no oct.1957, p.35.BUIES (Arthur), no avr.1961, p.227.CHAPAIS (Thomas), no mars 1958, p.195.CHARBONNEAU (Robert), no déc.1957, p.99.CHARTIER (Mgr Émile), no mars 1958, p.211.CHOQUETTE (Robert), no févr.1958, p.163.CONAN (Laure), no nov.I960 p.67.DANTIN (Louis), no nov.1959, p.68.D’ARLES (Henri), no déc.1961, p.99.DAVELUY (Marie-Claire), no oct.1958, p.35.DESROSIERS (Léo-Paul), no sept.1958, p.3.FERLAND (Albert), no janv.1963, p.115.FRÉCHETTE (Louis), no oct.I960, p.35.GALLEZE (Englebert), voir Lionel Léveillé.GARNEAU (Hector de Saint-Denys), no sept.1957, p.2.GILL (Charles), no févr.1961, p.163.GIROUX (André), no févr.1963, p.143.GRANDBOIS (Alain), no avr.1958, p.227.GRIGNON (Claude-Henri), no déc.1959, p.100.GROULX (Chan.Lionel), no nov.1957, p.19.GUÉVREMONT (Germaine), no sept.1957, p.19-HARVEY (Jean-Charles), no sept.1965, p.3.HÉBERT (Maurice), no janv.1962, p.132.HÉMON (Louis), no févr.1962, p.163.JASMIN (Claude), no déc.1964, p.87.LAMONTAGNE-BEAUREGARD (Blanche), no mars 1961, p.195.LASNIER (Rina), no déc.1962, p.87.LEFRANC (Marie), no avr.1959, p.243 et avril 1963, p.202.LE MAY (Pamphile), no janv.1961, p.131.LENORMAND (Michelle), no nov.1957, p.86.LÉVEILLÉ (Lionel), no nov.1962, p.59.LOZEAU (Albert), no déc.1958, p.99-MARIE-VICTORIN, f.e.c., no avr.1958, p.229.MARION (Séraphin), mai 1960, p.259.MAURAULT (Mgr Olivier), no janv.1958, p.131.MORIN (Paul), no sept.1958, p.19.suite à la page 63 LECTURES / OCTOBRE PAGE 60 LETTRE LE ELANCE dr georges durand (SwÊâà-li'iS «f « Américains, je vous écris de l’avion qui me ramène en France.J’ai passé vingt jours à New-York et j’ai fait tant de choses, vu tant de monde que je mesure mal si j’ai vécu chez vous vingt jours ou vingt ans.» Ainsi débutait la « Lettre aux Américains » 1 que Jean Cocteau écrivit d’une seule traite, la nuit du 13 au 14 janvier 1949, dans l’avion New-York-Paris.J’avais, à l’époque, lu de larges extraits de ce message et au moment de prendre le « boeing » pour Montréal j’ai choisi pour compagnon ce petit livre, certain qu’il ouvrirait à ma réflexion des voies un peu différentes de celles quelle suit habituellement, tout en étant convergentes.Et l’idée m’est venue d’écrire, moi aussi dans l’avion, cette « Lettre de France » qui pourrait s’intituler « Lettre aux Canadiens ».Je pars pour vingt jours au Québec, non pour le découvrir, ce qui est fait depuis longtemps, mais pour le retrouver.Voilà bientôt vingt-cinq ans que je suis avec application tout ce qui se passe en votre pays.Mon itinéraire a été celui de bien d’autres comme moi: découverte, enthousiasme, illusions, désillusions et puis, après un long temps de désert aride, à nouveau l’enthousiasme, peut-être les illusions, en tout cas toujours un intérêt sans cesse accru pour chacun des problèmes canadiens-français, une amitié non démentie pour vous tous, gens du Québec.Nous sommes immobiles dans le ciel.Le soleil étale son feu sur notre flanc gauche comme une lame de métal brûlant.Je veux, en ce temps suspendu, oublier tout ce que je sais, ou crois savoir, de vous, de votre étonnante histoire, de vos richesses, de votre pensée, des gestes que vous posez dans l’espace et dans le temps, dans la matière et dans l’esprit.Je veux effacer tout ce que j’ai lu, tout ce que j’ai vu naguère, tout ce que j’ai entendu et plus ou moins compris.Je voudrais arriver jusqu’à vous comme un film neuf prêt à recevoir, sans surimpression, les images, les formes, les mouvements par quoi, dans quelques heures, vous allez m’accueillir.Je veux seulement retenir que votre immense pays coiffe, cimier prestigieux, la tête de ce continent américain que nous considérons toujours avec étonnement.Vous êtes des Français d’Amérique, européens par vos racines et votre sang, américains par votre implantation séculaire et l’air que vous respirez.Je sais que vous prenez de plus en plus conscience des obligations que vous impose cette double appartenance, vous êtes par excellence l’alliage occidental.J’ai pensé qu’il vous intéresserait de vous regarder dans ce miroir de Janus que nous présente Cocteau, une face pour l’Américain, une face pour le Français.Je n’ai certes pas l’intention de vous proposer les paradoxes du poète comme articles de foi ou même comme l’expression de ma propre pensée.Le miroir est déformant, mais, à travers ces prodigieuses acrobaties verbales, n’y a-t-il pas pour nous — vous et nous — quelques reflets qui nous atteignent et nous semblent électivement destinés ?Je pourrais me contenter de citer l’importante table des matières qui présente, à elle seule, toute l’épine dorsale de l’œuvre, je ne retiendrai que quelques-uns des passages qui me paraissent les plus actuels et les plus prophétiques: « Américains, la dignité humaine est en jeu.Soyez ce que vous êtes.Un peuple qui a préservé son enfance.Un peuple jeune et honnête.Un peuple où circule la sève.Dénouez-vous.Inter- (1) Jean Cocteau — Lettres aux Américains.Editions Bernard Grasset, 1949.LECTURES / OCTOBRE PAGE 61 rogez moins les autres et interrogez-vous davantage.Confiez-vous à vos amis.Ne vous contentez pas de ces rencontres où l’on échange des alcools sans rien se dire.Ne vous étourdissez pas de démarches vaines.Ne vous livrez pas au vertige mortel de la radio et de la télévision.La télévision aide l’esprit à ne plus mâcher, à ingurgiter une nourriture molle et digérée d’avance.L’esprit a des dents robustes.» (PP.26-27) « Je n’ignore pas que nous habitons une basse-cour et que vous habitez une salle de bains.Mais, dites, n’est-il pas agréable à celui qui habite une basse-cour d’aller dans une salle de bains, à celui qui habite une salle de bains de se rendre dans une basse-cour ?Voilà une base de notre échange.» « N’cst-il pas nécessaire de nous confier un peu vos machines pour voir si nous saurons les humaniser, et de vous humaniser en diminuant les prérogatives de vos machines, bref, d’apprivoiser notre individualisme et d’exciter le vôtre ».(PP.28-29) « Et peut-être y a-t-il dans mes paroles comme une crainte égoïste et comme une sorte d’instinct de conservation.Car notre sort à nous, Français, est lié au vôtre, et si les valeurs qui vous menacent triomphent, nous sommes perdus avec vous.» (P.30) « Américains, il s’en faut d’un cheveu que vous puissiez comprendre ce que l’Europe ne comprend plus.Il faudrait si peu de chose pour que le prodige s’accomplisse.» « Alors, vous n’interrogeriez plus et vous vous diriez: C’était donc cela ! et vous ririez — et votre rire étonnerait le vieux monde et la bombe atomique semblerait enfantine à côté de ce rire enfantin.» (P.45) « Américains, votre rôle est de sauver le vieux monde si dur, si tendre, qui vous aime et que vous aimez.Votre rôle est de sauver la dignité de l’homme.Votre rôle est de combattre et non d’admettre.Votre rôle est d’aider de toutes vos forces immenses les quelques héros qui saignent le sang blanc de l’âme et le sang rouge qu’on fige dans vos veines.Votre rôle est de vaincre la mort vivante qui descend les marches du monde avec la froideur méchante de ce jouet qui est un ressort et qu’on s’amuse à faire descendre les escaliers de chez vous.» (PP.48-49) « La France est perpétuellement en lutte contre elle-même.Voilà ce qui me frappe.La grande tradition française est une tradition d’anarchie.C’est de toutes la plus solide.Le désordre permet à la France de vivre comme l’ordre est indispensable à d’autres peuples.» « C’est de cette dispute perpétuelle que naît le feu qui lui vaut sa douce lumière intense dont Guillaume Apollinaire disait que l’œil la scrute sans fatigue jusqu’au fond.» « Du dehors cela consterne et imite une brume confuse.L’étranger ne voit que groupes qui s’opposent, que personnalités qui se contredisent, qu’individus qui s’insultent.Mais se rend-on bien compte que c’est une eau qui bout et qu’il nous en arrive des bulles dont l’irisation ne se constate nulle part ailleurs ?» (PP.70-71) « Américains, notre univers se développe en ondes et en noeuds.S’il y a nœud, il y aura onde.C’est affaire de patience et je ne crois pas qu’un pays blessé, qu’une plaie qui travaille, se guérisse en quelques semaines.Il est donc absurde de prétendre que la France périclite.La France, après ce quelle a souffert, est une plaie qui travaille.» (PP.78-79) « La France aurait tout à perdre en aspirant à des ressources qui lui sont impropres — à vouloir par exemple prétendre à une grosse industrie.Ses prérogatives sont l’artisanat, l’invention, la trouvaille, l’accident.» (P.82) « La France, depuis plusieurs siècles, se croyait aimée.Elle ne l’était point.Maintenant qu’on l’aime, elle croit qu’on la méprise.« Il est vrai que certains de ses produits, qu’elle dédaigne, y perpétuent sa gloire profonde.Les cas sont innombrables de graines qu’elle laisse tomber de son sac, qui s’envolent et qui la servent sans quelle s’en doute.» (PP.83*84) Je n’ajouterai pas davantage à cette longue liste de citations.On m’accusera, avec raison peut-être, d’avoir fait écrire cette lettre par Jean Cocteau.Mais j’ai été saisi par l’étonnante actualité de ces réflexions et, comme le livre est difficile à trouver, j’ai pensé qu’il était utile de vous les soumettre.L’enchaînement est facile.Le Canada français n’est-il pas précisément, une de ces « graines que la France a laissé tomber de son sac » ?Nous survolons maintenant votre territoire €t je ne vois ni la terre, ni la forêt, ni l’eau, seule- LECTURES / OCTOBRE PAGE 62 ment, s’étendant à perte de vue sans crevasse ni faille, une nappe de nuages d’un blanc étincelant, comme de la neige.Mais nous sommes au mois d’août et je sais que Voltaire n’avait pas raison.Je sais aussi qu’il nous faudra crever ces nuages pour que nous puissions examiner ce qui nous divise et ce qui nous unit, confronter ce que nous pouvons échanger de nos expériences mutuelles à la recherche de cette voie que nous, Français d’Amérique et d’Europe, devrions désormais parcourir ensemble.- suite de la page 60 NELLIGAN (Émile), no oct.1959, p.37.PANNETON (Philippe), voir Ringuet.RAINIER (Lucien), no févr.I960, p.163-RINGUET, no sept.1959, p.4.ROQUEBRUNE (Robert de), no janv.1958, p.133 ROY (Mgr Camille), no mars I960, p.196.ROY (Gabrielle), no nov.1964, p.55.SAVARD (Mgr Félix-Antoine), no déc.1958, p.115.TESSIER (Mgr Albert), no mai 1961, p.291.THÉRIO (Adrien), no févr.1965, p.151.18e SALON DU LIVRE DE ° N T RÉAL-1966 Le 8e Salon du Livre de Montréal aura lieu du jeudi 31 mars au mardi 5 avril 1966 au Palais du Commerce.Le Salon sera un hommage particulier au Ministère des Affaires Culturelles.-—-suite de la page 56 laïcat et de son rôle dans l’Église.Le séminariste moderne doit de plus en plus être entraîné à une collaboration totale avec le monde laïque contemporain.Enfin le professeur F.-H.Littell, charge de l’enseignement de l’Histoire de l’Église au Theological Seminary de Chicago, montre comment les Séminaires protestants ont à faire face, comme les catholiques, à un égal besoin d’adaptation au monde moderne et souligne l’importance de redonner à la Théologie la première place dans l'éducation supérieure.On appréciera ces pages marquées du meilleur esprit oecuménique.Il faut se féliciter qu’un tel ouvrage ait pu être réalisé à l’heure de Vatican II qui s’interroge de plus en plus sur l’urgence et les meilleurs moyens de préparer pour l’Église du XXe siècle les pasteurs dont elle a besoin.Les responsables de cette réalisation, notamment M.J.-M.Lee et le P.-L.Putz, c.s.c.ont droit à notre gratitude.Il faut espérer que cet ouvrage sera au plus tôt traduit en langue française.Les Éditions du Cerf, paraît-il, en ont pris l’initiative.Il faut s’en réjouir.BULLETIN MENSUEL DE LA BANQUE ROYAL DU CANADA Un de nos lecteurs a eu la courtoisie de nous envoyer par la poste le bulletin mensuel de la Banque royale du Canada, celui d'août 1965, vol.46, no 8, intitulé: La constitution d’une bibliothèque familiale.Ce bulletin ne nous avait pas tout à fait échappé: il renferme d’excellents conseils dont plusieurs sauraient tirer profit.Cependant, plusieurs points de cette étude, peut-être à cause des limites de l'édition, mériteraient des explicitations et même des rectifications, notamment quant à l'élaboration d’une liste générale de livres en s’inspirant de la Bibliothèque positiviste d'Auguste Comte ! Mais, cette restriction faite, entre autres, l’étude que renferme ce bulletin présente beaucoup d'intérêt et elle est bien menée.Nous remercions l’ami qui nous a invité à signaler ce document à l’attention des intéressés.Nous y reviendrons quelque jour.Certaines lettres restent sans réponse, soit qu’elles touchent des problèmes assez peu circonstanciés pour recevoir une solution vraiment adéquate, soit quelles demandent pour toutes autres raisons des explications à caractère personnel.Nous invitons ces correspondants à nous indiquer prochainement, sinon leur nom, du moins leurs initiales, et surtout leur adresse.Nous nous empresserons d’entrer en communication avec eux (N.D.L.R.).LECTURE/ REVUE BIBLIOGRAPHIQUE MENSUELLE PUBLIÉE PAR FIDES 245 est, boul.Dorchester MONTRÉAL Tél.: 861-9621 Direction: R.P.Roland-M.Charland, c.s.c.Abonnement annuel: $3.00 le numéro: $0.30 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.LECTURES / OCTOBRE PAGE 63 Fl DES retour à coolbrook de g.marcotte p.42 carnet de notes de jacques-maritain p.47 un livre qui fait événement dans l’histoire de l’église du xxe siècle p.55ss
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