Lectures, 1 novembre 1965, novembre
NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO 3 NOVEMBRE MONTRÉAL IIM ne tirez pas sur le bibliothécaire! p.66 le funambule de w.lemoine p.67 nouveau répertoire de jean simard p.68 pleure pas, germaine de c.jasmin p.71 HOMMAGE A GUY SYLVESTRE ÉLU MEMBRE DE L'ACADÉMIE CANADIEN NE-FRANC AISE Nos bibliothèques sont donc loin d’être des miroirs du biculturalisme ! Des bibliothèques nombreuses et bien montées, ce n'est pas un luxe pour une nation, c’est une nécessité ! Et cela va de soi dans le domaine scolaire, puisque nous sommes à l’âge de l’école active et de la pédagogie exploratrice instaurée maintenant dès le secondaire.Dans la pédagogie nouvelle, l’enseignement magistral est condamné comme chose périmée: la bibliothèque devient en quelque sorte le cerveau de l'école.Si donc l'on propose de permettre aux étudiants l’accès aux rayons mêmes de la bibliothèque, le bibliothécaire ne saurait rester ce qu’il était par tradition, c’est-à-dire le sacristain d’un sanctuaire réservé aux seuls « happy few », ou le conservateur d’un musée où s’entassent par la formule d’héritages plus encombrants qu’autrement de vieilleries livresques, ou un distributeur mécanique de livres.Son royaume ne doit pas être un labyrinthe où se cachent les gloires de l’esprit, mais plutôt un haut lieu bien tenu du savoir le plus actuel et les plus complet possible.Si l’on juge à propos que la bibliothèque ait son coin d’enfer, il importe aussi qu’en guise de purgatoire l'on expédie dans une resserre quelconque tous les ouvrages surannés, devenus par le fait même provisoirement inutiles jusqu’au moment d’une résurrection éventuelle ! Qu'est-ce qu’un bibliothécaire, sinon un animateur d’importance, à l’école comme ailleurs.Le temps est résolu où l’on confinait à ce poste des hommes ou des femmes du troisième âge, sans préparation même éloignée, parfois un peu malades mais fervents de solitude.C’est en plus grand nombre et avec une excellente préparation que les bibliothécaires nous arrivent, conscients de leur rôle et de leurs responsabilités.Ils ont leurs exigences, et maintes difficultés les attendent ! Ils requièrent des locaux convenables, des installations techniques adéquates, des aides salariés, des budjets.etc.Et si tout ceci leur était concédé, veuillez croire qu’ils n’en seraient pas pour autant au bout de leurs ennuis; la mentalité de nos gens leur réserve bien d’autres résistances ! On ne peut sc le cacher: les bibliomanes, comme les bibliophiles, ne constituent pas encore chez nous le grand nombre ! Quand donc, les uns et les autres, pourrons-nous dire: Chacun son métier et les rats de bibliothèques seront bien servis ?LECTURES / NOVEMBRE PAGE 66 ne tirez pas sur le bibliothécaire ! ROLAND CHARLAND Le dernier congrès des Bibliothécaires de langue française à Ottawa livre à nos réflexions quelques vérités on ne peut plus préoccupantes sur la situation de nos bibliothèques et de ceux qui les dirigent.A première vue.il semble bien que les bibliothécaires aient vidé leur sac de doléances et déposé des conclusions négatives et des plus pessimistes.A la vérité, ne faudrait-il pas plutôt voir, dans leur insistance à déplorer un état de choses, qu’ils proclament l’urgence d'organiser et de stimuler les efforts communs en vue d’une politique constructive de leurs royaumes respectifs.Combien ils ont raison î Nous sommes pauvres en bibliothèques, en effet, très pauvres par le nombre restreint à la fois des locaux et des livres.De quoi nous faire rougir, quand nous songeons que le Canada anglais, toute proportion gardée, s’avère mieux pourvu en bibliothèques que le Canada français ! Autre constatation bouleversante: au rayon de la littérature canadienne-française, on remarque, d’une part, que certains de nos collèges possèdent des bibliothèques mieux garnies que celles de nos universités, et.d’autre part, que plusieurs bibliothèques américaines sont dites mieux équipées que les canadiennes-anglaises.Un non-sens lamentable ! Ne nous demandons pas, au surcroît, si nos propres bibliothèques possèdent l’essentiel de la littérature anglaise publiée au pays ! niTcriAi « DI4LCGIE AVEC LES LIVRES L’LIER ET LMLJCLR-L’LLI Sartre tel qu'il se décrit dans Les Mots.Absence du père, égoïsme de la mère, hypocrisie de l'enfant devenu « adaptable comme un caméléon », misogynie, nostalgie de Dieu, dissertation sur les mots, on retrouve tout cela dans Les Mots et Le Funambule.Ce n'est pas l'intellectuelle Simone de Beauvoir qui tente d'arracher Sébastien à sa solitude, mais une jeune étudiante de mathématiques déguisée en garçon, qui se grise de vitesse sur son scooter.Ce personnage vif, précis et décidé qui répond à la monosyllabe Cio, ne nous est guère révélé à travers la conscience déformante de Sébastien.Il en va de même pour le seul autre personnage du livre Johnny, le jeune mulâtre américain, né d'un père martiniquais et d'une mère anglaise.Conformément à la phénoménologie sartienne.l'attention ou même l’amour qu’on lui manifeste ne sont pour Sébastien qu’une occasion de se voir de le funambule de w.lemoine H.-P.BERGERON Le Cercle du livre de France vient de publier le premier roman de M.Wilfrid Lemoine: Le Funambule'.Habitué aux gaucheries de certains écrivains canadiens qui manient le français comme une langue étrangère ou adoptent par dépit et impuissance l’argot des bas-fonds de Montréal, je suis enchanté de parcourir un texte écrit avec une maîtrise consommée et une rare aisance.Le français d’Amérique du Nord, que l’auteur décrit comme une peinture écaillée qui n’a pas de prise sur les choses, il en a si bien triomphé que sa virtuosité linguistique distrait parfois le lecteur, qui doit faire un effort pour suivre la trame du récit.La richesse du style est en harmonie avec la souplesse dans la façon de traiter le sujet.Le Funambule est la description phénoménologique des vaines tentatives d’un jeune homme qui veut échapper au morbide repliement sur lui-même.Le héros, qui est poète comme son auteur et porte comme lui un nom peu commun, Sébastien, est un costaud qui n’a d’autre passion que celle de son automobile, mais il est bourré de complexes.Victime de l’absence de son père et de l’amour captatif étouffant de sa mère, il est devenu le patient trop lucide d’un psychanalyste.Il se reconnaît comme un monstre masochiste qui ne s’aime pas lui-même et croit d’ailleurs que méchanceté et amour sont une seule et même chose.Il est apparenté à Jean-Paul l'extérieur, dans les yeux d'un autre qui le condamne.de se révolter et se défendre contre cette condamnation.* On veut me refaire, mais d’abord il faut me démolir.On me juge.On m’étouffe.On m'aime.» Soulignons au passage cet emploi si cher à Sartre du pronom indéfini pour exprimer cette monstruosité inconnue qui ose attenter à la solitude jalouse, à la liberté du moi.L'auteur continue: « Cio m'aime, m'étouffe et me juge.Et je tremble, et je me défais et je court-circuite mon cinéma et je me braque un haut-parleur dans les oreilles et je m’y parle.Les images ne suffisent plus.Je dois me disculper(.) Maintenant je me fouille, je me perquisitionne, je me demande mes papiers.Cio, tu me cloues.Si je me jetais dans le vide ?» Fasciné par le vide, fuyant le vertige à l’intérieur de soi, le funambule Sébastien se distrait avec des mots après s’être complu dans les images: « Je me suis parlé comme à un autre.Voilà bien ce nouveau Sébastien, cet autre moi, celui qui a troqué son cinéma contre un magnétophone, celui qui a éteint ses lumières et qui se parle à l’oreille, qui a passé des images aux mots mais qui n'en sait pas plus long, mais qui s’empêtre maintenant dans les mots, qui se moquent de lui.qui lui dissimulent certaines significations, mais qui jouent; et il aime jouer.» Cette jonglerie avec les mots se poursuit jusqu'à la folle tentative d'assassinat de Cio, « la fleur trop parfumée qui étouffe ».Johnny au dernier instant réussit à faire dévier l’arme que Sébastien pointait sur le coeur de son amante.A la fin de son récit, l’auteur n'arrive pas à se distinguer du personnage qu'il a créé.Nous ne savons plus si c'est lui ou son héros qui sort de son rêve et (1) Wilfrid Lemoine — Le funambule.[Montréall Le Cercle du Livre de France [1965].158p.19.5cm.$2.50 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 67 file sur l’autoroute en direction de Montréal.« Dans trente minutes, je suis à Montréal.Une légère pression de l’index sur un bouton noir et un peu de radio-tage.Tiens ! radiotage, l'art de se donner l’illusion de penser avec un micro.Micro-pensée, infinitésimale ! Sébastien, que tu te retrouves.* Et l’on écoute un bulletin d’information sur un acte de terrorisme, dans un style verbeux d’un humour voilé qui pourrait être signé Wilfrid Lemoine.Cela n’est pas un hors-d’oeuvre.Tout au long du récit la crise nationaliste a été invoquée pour faire sortir Sébastien de son attitude égotiste.Cio lui a fait l'apologie de la violence: « Moi je trouve que depuis que ça saute, on se rend compte qu'au delà du 47ème parallèle, il y a du monde.(.) L’histoire n'est faite que de violence.* (p.51) Sébastien prétend qu’il est asocial, qu’il se désintéresse totalement de ce qui n'est pas lui-même, que dans la situation d’un noir américain il ne voudrait encore que la paix.Mais avant de s’empêtrer dans cette discussion il a fait profession d’un nationalisme pancanadien que Cio qualifie de réactionnaire: « Ils ont tranché le continent en deux, d’un seul coup de tête, comme un gigantesque gâteau, vlan ! de l’Atlantique au Pacifique.à nous le pôle Nord et le Père Noël, à eux le soleil et les plages.Oui me disait que le Canada dans l'Atlas, semble couché dans un hamac ?Moi, je vois plutôt un insecte filiforme suspendu au-dessus du gâteau des USA, « a mari usque ad mare ».et dix-neuf millions de FUNAMBULES en équilibre instable, nous monologuons sur notre fil, chacun de son côté, chacun dans son illusion, ça fait un boucan du tonnerre sur notre fil tendu à travers le continent, dix-neuf millions de monologues, c’est la plus belle cacophonie du monde, et à la face des glaces éternelles, ce n’est pas banal ! Moi, ça m'enchante, ça m’émeut aussi, ça me fait monter des bouffées d’amour, ça pourrait même me faire croire au patriotisme, ces forêts à perte de vue, surtout ici où l’on voit notre fil impossible toucher la grande illusion du Sud.» oeuvres durables au lieu de se limiter à son métier de brillant causeur dans l’art « comestible » de la télévision ou dans celui du « radiotage ».nouveau répertoire de j.simard JULIA RICHER Il fait bon — dans un temps où l’œuvre romanesque durable n’existe à peu près pas — ouvrir un livre qui, tout de suite, met en confiance par un ton inhabituel.Ainsi le Nouveau Répertoire de Jean Simard 1 dont on peut dire qu’il symbolise parfaitement l’homme réfléchi et cultivé de cinquante ans.Dépassé le temps de l'ironie et l’emportement ! Pour Jean Simard le parachèvement d’une vie à commencé.Non pas que l’auteur de Félix renie le passé.Au contraire.Mais l’essentiel rejette dans l’ombre certaines affirmations radicales, des coq-à-l’âne agaçants et quelques colères trop évidemment explosées î Nouveau Répertoire — Jean Simard le dit bien — est une conversation avec le lecteur: « Si, me lisant, quelqu’un se sent moins délaissé, moins solitaire dans ce monde incompréhensible, moins isolé, moins singulier dans son angoisse, moins abandonné à lui-même; si, à la suite de certaines observations, il tombe parfois d’accord; ou au contraire, diffère avec moi d’opinion — mais à la façon de gens capables de s’estimer, bien que n’étant pas du même avis — alors, je bénirai le métier d’écrivain.Le dur, le doux métier d’écrivain ! » La nouvelle de l'acte de terrorisme est pour le funambule un choc psychologique qui l’éveille à la réalité.Il se croit libéré de ses fantômes, il proclame eue les autres existe, il veut retrouver Cio: « Je lui dirai que c’est urgent, que je suis sorti de moi-même, que j’ai franchi le pas, que j’ai un regard nouveau pour le lui prouver (.) que je ne sais pas encore si je dois me faire gendarme, ou terroriste, ou politicien ou moine, mais que je me suis enfin éveillé, que nous sommes tous responsables les uns des autres, malgré les fantômes qui nous hantent, malgré les fantômes qu’il faut tuer.» Mais le funambule se sent rejeté dans sa solitude morbide et songe à filer tout droit devant lui au long du continent jusqu’à la terre de Feu.Ainsi se termine le premier roman d’un auteur qui apprit son métier en ciselant des poèmes.Souhaitons lui le courage de continuer à travailler à des Ce dur mais doux métier d’écrivain ne m’est jamais apparu aussi beau que depuis les confidences de Simard.Car il s’agit, pour une part, de confidences.L’artiste, le professeur, l’honnête homme s’y révèle.Et le style, soutenu de la première à la dernière page ne se dément pas.Même la présentation typographique — de courts paragraphes coiffés de sous-titres — attire et retient le lecteur.Le thème, plusieurs fois repris dans Nouveau Répertoire est celui d'une approche de l’art pictural comme on en lit bien peu au Canada.Pour ma part — moi qui aime la peinture et regrette si souvent de ne la connaître qu'en amateur et de l’extérieur — les extraordinaires réflexions de Simard m’enchantent.« L'adhésion du spectateur à l’œuvre d’art sera à la mesure de son adhésion à toutes choses ».Mais comment pourrons-nous comprendre l’œuvre ( 1 ) Jean Simard — Nouveau répertoire.Essai.Montréal.HMH.1965.419p.20.5cm.(Coll.Constantes) $3.90 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 68 d’art, nous qui savons si peu ou si mal regarder ce qui nous entoure ?« Il faut au vrai spectateur, amoureux des œuvres d'art, un « état de grâce * indispensable.Une qualité d’accueil, d'ouverture sur les choses.Bref ! cette disponibilité totale faisant que, devant cet objet votre attention tout entière se trouve mobilisée pour mieux l'appréhender, le posséder, dialoguer avec lui, vous laisser pénétrer.» Suit un conseil, si original et convaincant qu’après l’avoir lu je l’ai suivi pour mon bénéfice personnel et ce fut un émerveillement, inconnu jusqu’ici: « Il faut regarder profondément une belle chose.Puis s’en retourner chez soi, et savourer ce que l’on a vu.> Mais l’ouvrage de Jean Simard offre, mieux que ces constatations et ces conseils sur l’art, des réflexions sur l’homme, une conception particulière d’une façon de vivre, des descriptions formidables de la nature et un leitmotiv sur la mort, très émouvant.« Il y a des instants où l’on sent très exactement, à des signes presque imperceptibles mais qui ne trompent pas — une lassitude imprévue, une courbature, l’essoufflement inopiné, à peine caractérisé, de tel ou tel organe — par quelle brèche, quelle faille de l’armure, votre mort va enfin se frayer un chemin pour pénétrer jusqu’à vous.» Et plus loin: « Ce printemps-ci est délicieux, il me semble n’en avoir jamais connu de tel.Une douceur dans l’air, à vous tirer des larmes.Le parfum des lilas en fleurs, des spirées et des chèvrefeuilles monte jusqu’à moi, porté par une brise tiède — grisant, capiteux — mêlé à une odeur de terre humide et de gazon mouillé.Est-ce compensation à la douleur de vieillir ?Mon émerveillement devant la nature, loin de s’atténuer, va toujours se décuplant (comme si je me préparais, obscurément, à me fondre en elle).Peut-être suis-je aussi plus attentif: toutes choses deviennent précieuses, dès lors que menacées.» Il y aurait beaucoup à dire il me semble sur les interrogations de l’écrivain face à la mort et à l’au-delà alors que pour lui « il y a d’abord cette vie-ci à vivre.» Certes, je suis d’accord qu'il faille vivre le quotidien avec joie et exaltation, croyant profondément en chaque tâche nouvelle, appréciant chaque moment, chaque seconde du temps qui passe, mais comment espérer uniquement en cette vie alors que les uns après les autres meurent autour de nous des êtres qui furent un peu nous-mêmes ?Loin d’être stérilisante la pensée d'une survie apaise, il me semble.l’homme qui accomplit son existence, sachant qu’elle le conduit tout doucement, infailliblement vers la maison du Père.Que de réflexions nous suggère Nouveau Répertoire î Haché, spontané, divers, le dialogue qu’engage avec nous Jean Simard s'apparente à une conversation tranquille qui coule entre amis, pendant des heures.Il y a de tout dans ce livre, tout ce dont peut parler un homme intelligent avec un interlocu- teur a qui il fait confiance.Je pense encore, par exemple, aux pages que Simard nous donne sur Paris, ses « petites vieilles », son art de vivre, ses musées; à des citations qu’il nous transmet, exactement comme on ouvre un livre pour lire à un ami le passage souligné; à ces petits tableaux ravissants comme des aquarelles: « A qui n’est-il pas arrive, certains jours ensoleillés, de voir s'allumer soudain sur le tapis, la nappe, le bras d’un fauteuil ou la page d'un livre, ce petit arc-en-ciel léger, impalpable, dérivé de la lumière blanche du soleil que décomposait le prisme improvisé d’un coin de vitre de la fenêtre ?Couleur éternelle, immuable, du spectre solaire.« Avez-vous songé que ce petit arc-en-ciel familier était le frère de l'autre, le grand, l’immense: celui des ciels d'orage ?Le proche parent, aussi, de ceux qu'inventent les jets d’eau des fontaines, les bulles de savon, les taches d’huile sur les chaussées mouillées.» Nouveau Répertoire est un livre aimable, sans doute parce qu’il nous est fraternel, parce qu'on y sent un tel besoin de communiquer.surtout parce que Jean Simard nous donne, dans un style harmonieux.le meilleur de lui-même.« On n'écrit jamais que des confessions », dit-il dans un paragraphe qui s'intitule « On ne parle que de soi ».Et cela est particulièrement fécond chez le véritable écrivain qui.ainsi, nous réflète.s'identifie à nous.Nous, lecteurs attentifs et si semblables à toi.mon frère.de la XX Ve heure à l’heure éternelle de c.virgil gheorghiu H.F.BERGERON Tout nouvel ouvrage 1 de C.Virgil Gheorghiu est un événement qui déborde largement l'intérêt littéraire.Au lendemain du dernier conflit mondial, ce poète d'origine roumaine s'impose à l'attention de ( 1 ) C.Virgil Gheorghiu — De la vinqt-cinquième heure à l’heure éternelle.[Paris] Plon [1965].163p.18.5cm.$3.05 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 69 l’univers par un document hallucinant sur le monde concentrationnaire.Par la suite il fait alterner les romans durs, tragiques, qui approfondissent pour la plupart les réflexions de sa première œuvre, avec des biographies originales comme celle de « saint Jean bouche d’or ».Dans son roman Les immortels d’Agapia, il décrit sa petite patrie La Moldavie, ce coin isolé de la Roumanie, situé sur le versant oriental des Carpathes et peuplé des descendants d’un peuple entièrement voué aux préoccupations du ciel.Sa dernière œuvre s’écarte de la fiction, c’est un recueil de souvenirs qui s’intitule: De la Vingt-cinquième heure à l'heure éternelle.Ouvrage directement composé en fançais dans un style simple, poétique apparenté à celui de Charles Péguy, influencé par le langage symbolique et la spiritualité des Pères grecs, surtout de saint Jean Chrysostome.L'auteur écrit une sorte de poème biblique à la louange de son père, un saint prêtre de l’Eglise Orthodoxe: « De toutes les icônes, la plus belle, à mes yeux, est le visage de mon père, tel qu’il s’est imprimé dans ma mémoire, la première fois que j’ai ouvert les yeux sur le monde.Après des siècles et des siècles de service dans les demeures célestes de Dieu, en compagnie des êtres divins, mes pères ont fini par adopter.les traits du visage de leur divin Maître.Et c’est ainsi que mon père ressemblait à une icône, et non pas à un être de la terre.» Le charme poétique des confidences de l’auteur, nous ne pouvons guère le suggérer qu’en lui empruntant quelques paroles au sujet d’un de ses souvenirs d'enfant: « Chaque soir avant de me coucher, je remerciais avec ferveur Dieu, de m’avoir donné un père qui était comme une créature angélique.Or, juste à cette époque, où j’étais si fier de mon père, il m’a déçu.Mon propre père à moi était appelé « mon père » par tous ! Et lui, il appelait « mon fils » tous les villageois.Pourquoi le prêtre est-il le père de tant de monde?ai-je demandé.Un prêtre, c'est le père de tous les hommes sur la terre, comme Dieu est le père des hommes dans le ciel, répondit mon père.Toute activité d'un prêtre comme celle de Dieu, est exclusivement une activité de père.Je ne comprenais pas.J’étais tout petit, j’avais à peine sept ans ».L'auteur évoque la joie de sa première initiation aux mystères chrétiens par le récit biblique expliqué par son père: « J’étais rouge de plaisir.j’étais fier de mes frères, les autres hommes.J’étais si heureux de ma condition humaine que j’avais oublié.la douleur d'avoir un père que je devais partager avec tout le monde ».Il caractérise son enfance d’idylle théologique.II décrit l'église (l'icône architecturale) et les offices liturgiques; il dit son sentiment de vivre en présence des anges, de se sentir comme le contemporain du Christ et le frère de tous les chrétiens.«Je suis né.écrit-il dans l'enceinte de l’église, dans le ciel.Je suis sorti pour la première fois de cet univers divin.le jour où j’allai à l’école ».A cause de l’extrême pauvreté de sa famille, il dut renoncer à la vocation sacerdotale.Il nous dit son chagrin d'enfant de dix ans en apprenant qu’il ne pourrait marcher sur les traces de son père dont le dévouement héroïque s’inspirait de cet idéal: « Un prêtre ce n'est pas un homme; mais l’immolation d'un homme ajoutée à celle de Dieu ».A l'époque de la Vingt-cinquième heure ce père bien-aimé, ce saint qui était le père de tous, disparut sans retour avec tous ses paroissiens, emporté par l'invasion des armées russes, massacré sans doute comme tant d'autres.Ces confidences nous font comprendre pourquoi l’auteur a su triompher des révoltes de la « vingt-cinquième heure » pour parvenir à l’heure éternelle, pourquoi peu à peu le désespoir a fait place à l’espérance chrétienne.Ce qu’il avait de plus cher au monde, « l’icône de son père », il l’a recherchée vainement depuis vingt ans.Il a imaginé ce saint dans une prison « portant une corde autour du cou — en guise d'armements sacerdotaux — et officiant la liturgie sur la poitrine d’un homme ».Non seulement l’auteur a voulu nous révéler ses sentiments de piété filiale à l’égard de son père mais aussi nous expliquer pourquoi lui-même était entré dans les ordres: « Et parce qu’on assassine et on tue chaque jour les prêtres de mon peuple, voici qu'à l’âge de quarante-sept ans.me trouvant en exil à Paris je revêts la soutane de mon père et de tous mes saints pères.Je deviens prêtre comme eux.Afin que leur nombre ne diminue pas.Pour la gloire de Dieu.Oui doit rester parmi nous.Dans la présence du prêtre.En recevant le sacerdoce, je suis donc, de nouveau, chaque dimanche, à l’église à côté de mon père.Car il est invisiblement présent auprès de moi, comme les anges et les autres saints.Et bientôt je serai encore plus près de lui.dans la grande église d’en-haut.Pour officier la Divine Liturgie, tous deux ensemble autour de notre Evêque et Maître Jésus-Christ, comme nous la célébrons sur terre, de père en fils, depuis des siècles et des siècles.» Virgil Gheorghiu nous dit qu’à ses yeux il n’y a pas de frontière entre la poésie et la prière, que le poète est après le prêtre, l’homme qui s’approche le plus de Dieu; il en donne la preuve manifeste dans cette oeuvre qui nous révèle la foi du prêtre et l’inspiration du poète.LECTURES / NOVEMBRE PAGE 70 NOTICES IIIIH- eOADTilCUES Gaspésie, terre promise de sa femme.En faisant décrira par un illettré au vocabulaire rudimentaire et déformé une randonnée en automobile, de Montréal à Percé, l’auteur s'astreignait à peindre les splendeurs de la route avec des paroles décousues, ponctuées de jurons.L’intérêt du volume provient surtout des réactions naturelles, spontanées des personnages au cours des nombreuses péripéties du voyage.L'exodc de cette famille fait songer un peu à celui que décrit l’écrivain américain Steinbeck dans Les raisins de la colère.Sans doute, il y a loin de l'épopée sociale qui évoque au moyen d’une famille-type la ruée d’un peuple vers le paradis californien et la brève nouvelle au sujet du déménagement d'un chômeur montréalais; mais certains traits chez les personnages décrits de façon sommaire, semblent se correspondre: le père ingénieux, aimant, mais bohème et buveur, la mère toujours inquiète littérature canadienne pleure pas germaine de c.jasmin HENRI-PAUL BERGERON Je devais me défendre d’un préjugé en abordant l’écrit1 de M.Claude Jasmin: Pleure pas, Germaine.Le parti pris de l’auteur en faveur d’un réalisme sans nuance, j’ai décidé de l'ignorer.Même pour une œuvre brève qui ne dépasse pas la longueur d’une nouvelle, c’est une véritable gajeurc pour un écrivain de la placer entièrement sur les lèvres d’un illettré.M.Claude Jasmin a soutenu ce parti en renchérissant même sur la vulgarité d’expression de son personnage, en multipliant à plaisir les jurons et en défiant toute pudeur.Le lecteur qui résiste à la tentation de rejeter le volume dès les premières lignes et réussit à faire abstraction des déviations esthétiques de l’auteur sera agréablement surpris de constater que le récit possède le charme d’une œuvre artisanale fabriquée avec un outil rudimentaire.J’oserais même dire que cet ouvrage fruste manifeste plus d’inspiration que certaines œuvres prétentieuses d’écrivains patentés.Malgré la verdeur de son langage, farci d’anglicismes et de jurons, le pauvre gueux de Montréal réussit à nous émouvoir par le récit de l’exode de sa famille vers la pour ses petits, prête à ranimer sans cesse le courage de son mari, la grande fille coquette, à la recherche prématurée d'un amoureux, le grand garçon indiscipliné, gauche, paresseux, les deux plus jeunes charmants comme de jeunes chiens.Dans les deux cas.il s'agit d’une famille unie dont l’amour un peu animal s’exprime gauchement.La nouvelle de M.Jasmin n’est pas alourdie par des revendications sociales ou nationales, même si elle est dédiée aux passionnés du séparatisme.L’auteur semble prendre plaisir à faire vivre sous nos yeux des personnages sympathiques pour lesquelles il éprouve une pitié qui demeure un peu amusée.Dans le langage fruste de ses personnages et l’expression spontanée de leurs sentiments se dégage parfois une poésie populaire qui rappelle vaguement Jehan Rictus.Avec un langage fruste et rudimentaire inspiré de l'argot populaire, un écrivain doué peut réussir à faire quelques courts poèmes mais jamais une œuvre en prose d'une certaine envergure.Il y a plus d'un siècle notre poète Octave Crémazie, incapable de rivaliser avec les plus illustres écrivains de France, songeait à adopter quelque langue indienne pour s'exprimer; c'est ce vieux rêve que reprennent sans le savoir certains membres de la chapelle de parti pris.Il est pour le moins paradoxal de vouloir manifester son refus du colonialisme anglo-saxon en adoptant une langue bâtarde farcie d'anglicismes.Je ne crois pas d'ailleurs que M.Claude Jasmin prenne au sérieux la consécration littéraire d’un tel jargon.Dans son roman, il fait dire à la maman de la famille montréalaise parvenue en Gaspésie qu'à l’avenir il faudra se mettre à bien parler français.Il se moque gentiment d'un de ses collègues docteur ès « jouai ».M.André Major, auteur du Cabochon, en mettant sur les lèvres du fils aîné de la famille déracinée: (1) Claude Jasmin — Pleure pas, Germaine.[Mont-réall Parti Pris f 1965].I67p.15.5cm.(Coll.Paroles, no 5) LECTURES / NOVEMBRE PAGE 71 « Même le frère Major, qui m’aimait tant, à l’école, m’appelait le cabochon.* Faudrait-il voir aussi de l'ironie dans le fait que le narrateur que chevauche son petit dernier se fasse dire: « Envoyé, mon jouai, marche, hue, dia ! » ?Je ne crois pas que l'auteur prenne vraiment au sérieux des théories abracadabrantes qui confondentpolitique et esthétique.S’il parvient à nous intéresser même lorsqu’il soutient la gajeure de ne parler qu'une sorte de « petit nègre », que sera-ce lorsqu’il utilisera les ressources de la langue française ! la nuit de j.ferron BERNARD-M.MATHIEU, o.p.Si on disait à l’auteur1 qu’il est un écrivain platement imitateur, il lâcherait les hauts cris.Ferron copie les écrivains surréalistes des années qui ont suivi la guerre de 1914, dans ce qu’ils ont de moins bon: des pages blasphématoires; il compare un chat marqué de cicatrices au Christ de la Passion.Au vrai, je pense qu’il y a dans cette littérature plus de mauvais goût que de blasphème.C'est dommage que Ferron, excellent conteur, s’abaisse à écrire de telles choses.histoire du canada de g.lanctôt BERNARD-M.MATHIEU, o.p.Avec ce troisième volume 2, couvrant l’époque entre le traité d’Utrecht (1713) et celui de Paris (1763) s’achève cette Histoire du Canada sous le régime français.Gustave Lanctôt est archiviste surtout; il expose des faits, un constat sans plus, et veut être aussi objectif et impartial que possible.Il m’était apparu jusqu'à maintenant comme un historien au style plutôt froid; cette fois, à plusieurs endroits de ce volume, sa phrase est nerveuse et vibrante lorsqu’il relate les faits tragiques de cette époque, par exemple, l’assassinat de Jumonville et la déportation des Acadiens.C’est avec enthousiasme et fierté qu’il parle de La Vérendrye, « la plus haute figure de l’exploration canadienne » (p.57).De l’avis de l’auteur il sur- passe même Joliet et La Salle.Aux prises avec des difficultés nombreuses, « il réussit, infatigable d’énergie et d’intelligence, à doter la France du plus vaste territoire que lui apporte un seul homme, du lac Supérieur à la Saskatchewan et aux contreforts des Rocheuses du Dakota.» (p.57) M.Lanctôt ne tarit pas d’éloges non plus envers le marquis de Montcalm, qui fut malgré la funeste bataille des Plaines d’Abraham, un grand général.Il apparaît comme « une des figures les plus attachantes de l’histoire canadienne, remarquable par le brillant de l’esprit, l’étendue des conceptions et le sentiment du devoir » (p.237).Quelles furent les causes de la perte du Canada par la France ?On nous en signale trois principales.La première est la faiblesse du peuplement.Après le traité d’Utrecht en 1713, il y eut une paix de trente ans; la métropole « se contente d’entretenir au Canada un mince filet d’émigration » (p.273).S'il avait été plus important, la France aurait probablement perdu le Canada quand même, mais la lutte aurait été plus longue, et, à la paix, elle aurait pu obtenir « sinon la rétention du pays, du moins, de meilleures conditions au moment où l’Angleterre hésitait entre garder la Guadeloupe ou le Canada » (p.274).La seconde est l’animosité croissante et irréductible des colonies anglaises qui avaient l’avantage d’avoir une population beaucoup plus considérable.« A l’heure de la conquête, elles peuvent aligner près de 1,500,000 habitants contre 75,000 Canadiens » (p.274).Troisième cause: la politique de la France.Puissance continentale, elle devait forcément avoir une politique conforme à sa situation géographique.Ainsi elle « doit combattre en Europe, pendant que l’Angleterre, puissance insulaire, peut concentrer ses forces en Amérique et bloquer toute expédition de secours de Versailles grâce à sa supériorité navale, qui devient ainsi le grand facteur de la victoire finale en Amérique » (p.276).Cette politique continentale, nécessaire il est vrai, fut excessive; mais elle était bien vue par les Encyclopédistes, et par Voltaire à leur tête qui disait que le Canada est « le plus détestable pays du monde » (p.255), et qui conseillait même « de le vendre à l'Angleterre, afin de s’en débarrasser » (p.255).A l’intérieur du pays, il y avait Bigot et ses comparses, qui pressuraient le peuple et s’enrichissaient.L'armée ne manquait de rien, mais tout était fourni à « des taux astronomiquement surélevés grâce à un système de péculats, de falsifications et de détournements.» (p.258) Va sans dire que la malhonnêteté de Bigot et de ses amis a été un ferment de démoralisation parmi la population.Dans le dernier chapitre Gustave Lanctôt brosse un tableau, un peu court à mon goût, du Canada en 1763; tel quel il nous laisse sur notre faim.Je signale un texte sur la ( 1 ) Jacques Ferron — La nuit.[Montréal] Parti Pris [1965].134p.15cm.(Coll.Paroles, no 4) $1.50 (2) Gustave Lanctôt — Histoire du Canada.Du traité d’Utrecht au traité de Paris (1713-1763).Montréal, Beau-chemin, 1964.405p.ill.21cm.(Coll.Historique) $5.50 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 72 religion de nos pères qui devrait faire réfléchir ceux — et ils sont nombreux — qui prétendent que ces derniers ont été marqués par le jansénisme: « De saine moralité foncière, ils professent une religion sincère, où les pratiques extérieures l’emportent sur la piété de l’esprit, et leur dévotion s’accompagne de nombreuses superstitions.Il est inexact de vouloir y déceler chez les uns une tendance au jansénisme.Le passage bref et furtif de deux prêtres jansénistes entre 1712 et 1718 ne laissa aucune empreinte.Sous la direction de ses évêques et curés, de ses séminaires de Québec et de Saint-Sulpice, les fidèles du pays n’ont toujours pratiqué qu’une intégrale doctrine orthodoxe.» (p.284) Cet ouvrage avec ses documents annexés à la fin du volume — entre autres les recensements de 1713 et de 1765 — et l’abondante bibliographie, est très précieux.Espérons que M.Gustave Lanctôt nous donnera encore d’autres travaux d’une aussi solide rigueur scientifique, si nécessaire en histoire.Sous le titre Ecole de Montréal, situation et tendances \ M.Guy Robert vient de publier un panorama des recherches picturales et sculpturales qui se manifestent à Montréal depuis vingt-cinq ans.Ce troisième livre de la collection Artistes canadiens est le mieux réussi.Le premier consacré à un maître de la peinture canadienne, Alfred Pellan, comportait une présentation dans laquelle la critique cédait parfois le pas au lyrisme; le second se limitait à l’œuvre du céramiste Jordi Bonet.Avec assez d’élégance dans ce troisième volume, M.Guy Robert s’est tiré d’affaire dans la tâche difficile d’établir un certain classement dans ce foisonnement anarchique des tendances qui se manifestent tout spécialement chez les peintres depuis 1940.Etant lui-même de cette génération qui juge inexistant l’art canadien du passé, l'auteur se contente de saluer d’un coup de chapeau les artistes antérieurs à 1940 et présente en quelques traits forcément sommaires l’œuvre des peintres qu’il juge dignes de mention, parmi ceux qui se sont manifestés depuis 1940 à Montréal ou dans son rayonnement.L’excellent peintre Borduas a l’honneur de figurer en tête comme initiateur du mouvement automatiste.C’est une occasion pour l’auteur d’y aller d’un couplet lyrique pour chanter.Le refus global, manifeste pseudophilosophique de l’école de Borduas.D’autres artistes se voient rattachés au mouvement plasticien.a la tendance surréaliste, à l’abstraction lyrique ou à la nouvelle figuration.L’auteur a soin de mettre parfois une sourdine à scs affirmations; cependant il se montre peu diplomate en laissant entendre qu’il n’existe aucun critique d’art au pays en dehors de lui-même.Ce n’est guère la façon de calmer ses collègues déjà agacés par ses coups de dents ! Quant à la présentation qu’il fait des sculpteurs, elle est beaucoup moins étoffée.Elle débute en ces termes: « La sculpture me semble en excellente santé dans les nombreux mouvements de l’Ecole de Montréal.», suivent quelques vagues considérations sur les efforts plastiques de quelques artistes.Un seul sculpteur parmi ceux qui refusent de s’engager dans le culte des originalités à la mode mérite l’honneur d'une mention, d’ailleurs réticente: « Les œuvres de Sylvia Daoust, souvent religieuses, se trouvent dans quelques centaines de lieux publics ou de collections privées.» Et en guise de conclusion, quelques paragraphes sur l’intégration des arts plastiques.C’est l’occasion pour l’auteur de dire un mot de l’architecture.Nous devons savoir gré à M.Guy Robert de nous avoir préparé ce troisième livre de la collection Artistes canadiens.Cette synthèse forcément incomplète de vingt-cinq années d’efforts artistiques à Montréal présente un vif intérêt pour tout lecteur cultivé.l’enseignement du thomisme de lucien lelièvre HENRI-PAUL BERGERON Dans la collection Philosophie et problèmes contemporains, les Editions Fides publient une thèse du R.P.Lucien Lelièvre sous le titre L’enseignement du thomisme dans les collèges classiques -.Ce travail didactique intéresse tous ceux qui sont préoccupés de la formation intellectuelle de l’adolescent.La moitié est consacrée à détailler les objectifs de l’enseignement de la philosophie au cours classique.L'auteur s’efforce de montrer la nécessité de la réflexion philosophique dans l’éveil d'un adolescent à un humanisme intégral.Il a le mérite d’exposer la synthèse de considérations générales fréquemment débattues au cours des rencontres de professeurs.La ( I ) Guy Robert — Ecole de Montréal.Situation et tendances.Situation and trends.[Montréal.Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1964.) 150p.ill.21cm.(Coll.Artistes canadiens) Relié.$7.00 (2) Lucien Lelièvre — L'enseignement du thomisme dans les collèges classiques.Montréal, Fides [19651.241p.20.5cm.(CoÜ.Philosophie et problèmes contemporains) $3.50 école de montréal de guy robert HENRI-PAUL BERGERON LECTURES / NOVEMBRE PAGE 73 seconde partie du travail traite de la réalisation des objectifs de la philosophie au cours classique.Cinq chapitres exposent les considérations suivantes: choix d'une philosophie, aspects relatifs d’un système philosophique, ses problèmes essentiels, le progrès général de la philosophie, l’éveil graduel à la réflexion philosophique.Les gens du métier trouveront sans doute que les réformes proposées sont bien timides.Beaucoup déploreront que l'auteur semble restreindre la pensée philosophique réaliste au thomisme.L’habitude de recourir au patronage d'un personnage médiéval pour donner de l'autorité à des recherches philosophiques de notre époque est de nature à desservir la cause de l’enseignement de la philosophie auprès du public.L’initiation à la réflexion philosophique peut se faire à partir de l’œuvre de n’importe quel grand philosophe et la synthèse doctrinale la plus rigoureuse est loin d’être la plus inspiratrice.Platon, par exemple, demeure toujours un meilleur maître qu’A-ristote pour la plupart des esprits.Le but que se proposait l’auteur dans sa thèse était à la fois complexe et mal défini: traiter de la méthodologie de la philosophie et de la pédagogie concrète de' son enseignement pour tels étudiants en ne parlant que de philosophie thomiste, sans discuter la question des programmes et des horaires, tout en y faisant allusion, (p.20-22) Ce découpage extérieur assez arbitraire amène l’auteur, tantôt à se contenter d’affirmations générales, tantôt à entrer dans des chicanes d’horaire et de programme.Malgré le caractère hybride du sujet assez éloigné d’une véritable thèse de philosophie, le travail du Père Lucien Lelièvre est susceptible d’amorcer chez les éducateurs d’utiles réflexions sur l’enseignement de la philosophie.savez-vous, à l’ouest?de martha chyz THOMAS LANCHARD Etude du sort de la femme et de l’enfant dans l'univers concentrationnaire des Soviets: la honte de notre actuelle civilisation.« Madame Chyz, note le traducteur M.François Perrin, nous entraîne, dès les premières lignes de son livre *, dans le vif d’un univers atroce: celui des camps de concentration.Son ton est d’une sincérité qui ne trompe pas.Aucun apprêt, aucune velléité littéraire, aucun abandon du côté d’une propagande toujours suspecte.Son livre est un document, la relation presque inhumaine d’une vérité totalement inhumaine, à laquelle trop de gens refusent de croire simplement parce qu’ils ne pensent imaginer que ces choses-là soient possibles au XXème siècle ».Nouveautés LA DALLE-DES-MORTS par Félix-Antoine SAVARD $2.50 GASPÉSIANA par S.Saint-Denis, o.s.d.$3.50 LES FONDS MUTUELS par Raphaël PILON $2.50 UNE FEMME DE MÉDECIN RACONTE par BÉATRIX $2.00 LA CÉLÉBRATION DES SACREMENTS par Georges LECLERC, c.s.c.et une équipe liturgique $2.75 L’ART D’APPRENDRE par MATHIEU GIRARD Livre de l'élève : $3.50 net Livre du maître avec trois disques: $12.00 net RÉFLEXIONS SUR LES LOIS DE L’INTELLIGENCE par Marcel PATRY $2.50 En vente dans toutes les librairies et à H 245 est, boul.Dorchester, Montréal — *861-9621 ( 1 ) Martha Chyz — Savez-vous, à l'Ouest ?Traduit de l’Ukrainien par François Perrin.Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1965.208p.21cm.$3.00 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 74 NOTICES Ml IM - GCACEIICCES vons maintenant distinguer les problèmes que les Anciens pouvaient se poser de ceux que notre propre génération se pose.Ainsi il n’est plus question de se demander si ces récits proposent, par exemple, le problème du monogénisme: ceci était tout à fait en dehors de leur préoccupation.Par contre, je doute fort que le premier chapitre de la Genèse puisse même suggérer l’idée d’évolution (p.38): pour nous, cette question dépasse tout autant l'horizon de l’auteur biblique.En général, ces quelques réflexions de Haag sur les récits de la Genèse sont saines et bien équilibrées.Dans l’article de A.Haas nous trouvons un essai philosophique, entrecoupé de quelques remarques d’ordre théologique, sur les relations entre création et évolution.Cette dernière, pour qu’elle ne tourne pas à l'anarchie ou n'engendre la confusion, doit se mouvoir autour d’un axe central immobile, qui ne littérature étrangère bible et évolution de h.haag, a.haas et j.hürzeler GUY COUTURIER, c.s.c.On a réuni ici des études sur le problème des origines de l’univers \ selon le point de vue de trois disciplines différentes: exégèse, philosophie et sciences.Il est heureux qu’on ait offert au lecteur français ces réflexions de spécialistes allemands.L’article de H.Haag tâche de nous donner une vue rapide de l’état actuel de l’exégèse des trois premiers chapitres de la Genèse.A l’heure présente, ce qu’on croit devoir lire dans ces vieux récits n’est pas en contradiction avec ce que tous nos devanciers y ont lu; il s’agit bien plutôt d’un approfondissement de notre intellection de ce que Dieu a voulu nous communiquer sur la création première et les origines de l’humanité heureuse et malheureuse.Ce renouvellement de notre lecture est aussi l’œuvre de l’Esprit qui a voulu se servir des connaissances humaines nouvelles tant dans l’ordre de la paléontologie que dans l’ordre purement littéraire: nous découvrons sans cesse de nouveaux fossiles humains, toujours plus anciens, et nous sommes beaucoup mieux outillés pour suivre la pensée et la composition des anciennes littératures orientales.Avec raison nous sa- saurait être autre que le plan créateur de Dieu.Cet essai se situe d’emblée dans la ligne de pensée du P.Teilhard de Chardin.J.Hürzeler étudie aussi le problème de l’évolution.mais sur le plan strictement scientifique.Si l’évolution sort du domaine de la pure hypothèse, selon nos connaissances actuelles, elle n’est quand même pas encore rendue à son point de maturation.Quelle que soit la chaîne de la biosphère considérée, il nous manque encore des chaînons, parfois essentiels, pour en établir la suite continue.Malgré ces lacunes les savants ont suffisamment d'indices, à l’heure actuelle, pour pouvoir avancer que c'est ainsi que le plan créateur a été réalisé, au cours de milliards d’années.Si ces trois études ne présentent rien de nouveau, elles ont quand même le mérite de faire ressortir clairement l’état présent des recherches sur ces questions diverses.questions théologiques aujourd’hui, tome I en collaboration JEAN-CLAUDE PETIT, c.s.c.Si un nombre toujours croissant de chrétiens sont aujourd’hui assez bien au courant des grandes conclusions de la recherche théologique actuelle, qui leur parviennent par exemple dans les décrets et les ( I ) H.Haag, A.Haas et J.Hürzeler — Bible et évolution.Traduit de l’allemand.[Toursl Marne [1964].198p.18cm.$1.85 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 75 directives du Concile, ils sont encore trop peu nombreux ceux qui pourraient situer ces résultats dans une synthèse doctrinale authentique et refaire pour leur compte les grandes étapes du travail qui a conduit aux termes qu’ils connaissent.Introduire dans une discipline qui s’est énormément transformée depuis quelques décades et qui s’est diversifiée en une foule de questions spécialisées, des hommes qui ont pu être formés à une autre mentalité dans l’étude théologique ou qui même ne se sont jamais astreints à ce travail nécessaire à l’épanouissement d’une foi adulte, est un véritable défi.Il est cependant indéniable qu’il se trouve actuellement dans l'Eglise des laïcs et des prêtres qui sont vivement intéressés par les questions nouvelles aujourd’hui posées à leur foi par le développement des autres sciences et qui ne demandent pas mieux que de pouvoir y répondre.Si bien que le défi vaut d’être relevé.C’est le but que s’est fixé l’équipe de théologiens allemands dont le premier tome de l’ouvrage Questions théologiques aujourd’hui1 vient d’être traduit chez Desclée de Brouwer.Les sept articles qui y sont réunis traitent, comme l’indique le sous-titre, de problèmes fondamentaux de la théologie.Le premier, d’Heinrich Fries, porte sur Le Mythe et la Révélation (p.15-59).Sans aller jusqu’à dire avec l’auteur que ce thème est devenu le thème théologique de l’heure, il faut lui savoir gré d’aborder sérieusement cette question importante et fort discutée dans certains milieux.Après avoir étudié l’origine et les formes du problèmes, où il apparaît qu’il est un résultat de la critique biblique moderne, l’auteur s’efforce de préciser ce qu’il faut entendre par Mythe d’une part, et Révélation d’autre part.Comparant ensuite les deux notions, il conclut à une conciliation possible ou à une profonde irréductibilité selon que l’on prend la peine de faire quelques distinctions.L’étude est bien menée, et la comparaison constante avec les différentes positions protestantes est intelligente et claire.On peut toutefois se demander si un tel article répond vraiment à l’intention première de l'ouvrage: offrir aux prêtres du ministère pastoral et aux laïcs qui s'intéressent à la théologie un aperçu des résultats et des tendances de la pensée et de la recherche théologiques de notre temps.L’étude de Fries reste malgré tout un travail de spécialiste et ne pourra être appréciée que par quelqu’un qui baigne déjà profondément dans le renouveau théologique.L'article de J.Trütsch sur La foi et la connaissance (p.63-94) n’est pas, lui aussi, dénué d’intérêt.On se réjouit de voir un tel sujet traité de plus en plus en relation étroite avec les questions de !a tradition et de la révélation.La nouvelle synthèse théologique amorcée de nos jours autour du renouveau biblique a permis de replacer le traité de la foi dans une perspective vraiment existentielle et plus propre à rendre compte des problèmes nouveaux posés, chez la majorité d'entre nous, par une formation intellectuelle fort différente de celle du siècle dernier, com- me de ceux qui surgissent de l’éclatement des sciences comme la psychologie et même la philosophie.Après avoir situé le malaise ressenti par beaucoup à l’égard de la doctrine « traditionnelle » de la foi, l'auteur s’emploie à montrer comment la théologie contemporaine contribue à le vaincre.L’accent mis sur le caractère personnel de la foi et l’effort tenté pour intégrer les éléments nouveaux dans une doctrine adéquate de la foi, avec l’intention de dépasser la méthode vieillie et quelque peu faussée de l'apologétique, en réjouiront plusieurs.J.R.Geiselman.pour sa part, nous propose une étude sérieuse sur La Tradition (p.97-148) Le problème est complexe et difficile, et la prudence avec laquelle l’auteur progresse s’explique facilement si l’on comprend les conséquences oecuméniques de cette question.Le débat Ecriture/Tradition reste encore le centre cet essai; on saura gré à l’auteur d’avoir, de plus, insisté avec précision sur la tradition apostolique d’une part et la tradition ecclésiastique d’autre part.Ici encore, toutefois, nous avons une œuvre de spécialiste, qui exige une bonne armature théologique chez celui qui l’aborde, tout particulièrement une initiation au traité de l’Eglise.Les deux articles de J.Schildenberger: Inspiration et inerrance de la Sainte Ecriture (p.151-169) et Ancien Testament (p.173-209) nous semblent faibles.Dans le premier, l’auteur ne fait que réduire en quelques pages les conclusions des travaux du P.Benoit, o.p.et du P.Rahner, s.j.qu'on aurait profit à lire directement, et qui ne sont pas difficiles d’ailleurs.Rassembler des conclusions peut facilement devenir l’ouvrage d'un rédacteur de « Digest * dont la théologie s’accomode difficilement.Le second article rappelle des positions admises aujourd’hui par la majorité des exégètes: influence de Moïse sur la formation du Pentateuque, la question du deutéro-Isaie.Le chapitre sur les genres littéraires de l’Ancien Testament pourra être utile à ceux qui sont étrangers à la question, pourvu qu’on sache se méfier de certaines simplifications.L'article de R.Schnackenburg, Nouveau Testament (p.213-248) manifeste plus de sûreté.On y trouvera un « status questionis » des études exégéti-ques du N.T.; cet article a le mérite de laisser soupçonner l'ampleur et la complexité des questions encore à étudier et, s’il n’offre pas beaucoup de conclusions, il trace de nombreuses pistes de travail.Sur La succession apostolique et la Primauté (p.251-294), O.Karrer s’efforce de dégager les positions de la théologie protestante et de la théologie catholique.On n’y trouve pas toujours la clarté souhaitée.et le lecteur pas ou peu initié sera vite perdu dans ce dédale de positions qu’un contexte trop restreint prive de leur vraie signification.Le chapitre (I) *** — Questions théologiques aujourd'hui.T.I: Problèmes fondamentaux.Traduction par Yves Claude Gélébart.Paris.Desclée de Brouwer [1964].294p.20.5cm.(Coll.Textes et études théologiques) $6.25 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 76 sur l'évolution historique de la Primauté (p.287-294) est pour le moins claudicant et manque de références.Dans son ensemble ce premier tome, d’une série de trois, est quelque peu décevant.Le lecteur français peu initié risque d’être dérouté, d’autant plus que la majorité des volumes indiqués dans les bibliographies sont de langue allemande.L’intention des auteurs était toutefois très louable et il reste possible que leurs études apportent des éléments de solution aux questions que prêtres et laïcs peuvent se poser aujourd’hui.Puissent-ils seulement donner le goût à leurs lecteurs de creuser davantage ces questions et de préférer un ou deux traités majeurs à une suite d’articles sur une dizaine de sujets.le concile et le dialogue oecuménique de hébert roux ANDRÉ BEAUSOLEIL Parmi la profusion d’écrits touchant l’oecuménisme qu’a suscités Vatican II, voici la voix d’un pasteur protestant, observateur-délégué de l’Alliance réformée mondiale aux sessions conciliaires et chargé en France des relations avec le catholicisme.L’auteur 1 s’adresse à ceux qui s’interrogent sur les chances d’un dialogue entre les Eglises.Par une série d’exposés écrits et d’articles, il les invite à suivre le cheminement de sa réflexion provoquée et nourrie par l’expérience que lui ont valu ses fonctions d’observateur au Concile.A cet effet, il donne sa propre appréciation des deux premières sessions; il informe des réaction protestantes face au Concile et au dialogue, et expose le point de vue protestant sur l’oecuménisme; il analyse les exigences méthodiques, psychologiques et théologiques du dialogue; avec impartialité, il soumet de véritables questions aux catholiques comme aussi aux protestants.Dans la perspective d’un dialogue, il aborde même l’épineuse question de la Vierge.Ce volume, en plus de nous offrir d’éclairantes réflexions sur le dialogue oecuménique — son fondement comme ses conditions d’efficacité — nous fait prendre conscience de la complexité de l’oecuménisme; car il a l’avantage de nous sensibiliser à la situation et aux positions des protestants.Il nous fait saisir davantage les pierres d’achoppement, comme aussi les pierres d’attente, qui s’interposent entre catholiques et protestants, et surtout il nous montre que les positions de ceux-ci sont loin d’être dénuées de fondement valable.D’autre part, ce volume est l’occasion d'un jugement peut-être plus objectif sur l’effort de dialogue de l'Eglise catholique, sans pour cela rien minimiser du travail accompli.Par les questions que l’auteur soulève et les exigences qu’il attend d’elle pour un véritable dialogue, nous saisissons mieux que l’effort déployé, quoique heureux, n’est qu’une amorce et que beaucoup reste à faire.En bref, ce volume, par son effort d’objectivité et son style coulant, constitue une belle introduction au problème oecuménique.où sont plantées mes racines de j.montaurier RITA LECLERC En dépouillant ce monceau de publications de toutes sortes qui nous arrivent d’Europe, il m’est arrivé, ces derniers mois, d’être accrochée par tel ou tel article publié dans La France catholique et signé Jean Montaurier.On sait que ce dernier est l’auteur du roman Comme à travers le feu qui manqua de peu le Prix Goncourt et se vit attribuer le Grand Prix Catholique de Littérature en 1963.Depuis Jean Montaurier nous a donné un autre roman intitulé Et ils le reconnurent., et ce dernier livre 2 où l’on retrouve avec joie ces articles pleins de substance et de saveur parus dans La France catholique: Où sont plantées mes racines.Ce livre n’est pas à proprement parler une autobiographie.comme le donne à entendre le titre qui le coiffe.Si Jean Montaurier s’y attarde, avec un nostalgique plaisir, à raconter ses Noëls d’enfant, s’il se plaît à évoquer cette amitié qui lia le garçonnet qu'il fut à un vieillard qui était à la fois un poète et un ermite, ce livre ne contient pas seulement des souvenirs.Il est aussi la confidence émue et angoissée des problèmes qui se posent aux prêtres d’aujourd’hui.et spécialement aux prêties des campagnes: problèmes aussi élémentaires que la faim, aussi douloureux que la froide indifférence des masses à qui il faut porter le feu de la Parole.Un livre grave, souvent douloureux.Un livre plein de ferveur envers les valeurs du passé, à qui l’on pourrait faire grief, peut-être, de je ne sais ( 1 ) Hébert Roux — Le concile et le dialogue oecuménique.Paris, Editions du Seuil [1964].170p.20.5cm.$2.50 (2) Jean Montaurier — Où sont plantées mes racines.Préface de Jean de Fabrègues.Paris, Editions de Gigord [1965].251p.20cm.(Coll.Christianisme de tous les temps) $2.40 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 77 quelle méfiance envers le présent et l’avenir.Un livre écrit par un prêtre au cœur de feu.qui tient la plume comme un poète.le vignoble des saints de miklos batori HENRI-PAUL BERGERON C’est une œuvre émouvante que Le vignoble des saints1 du romancier hongrois Miklos Batori.Cet écrivain établi à Paris depuis 1957 exprime en beauté son espérance de voir refleurir un christianisme fervent dans sa patrie ravagée par la guerre et la révolution communiste.A une époque de persécution religieuse qui ressemble au début de l’ère chrétienne, les croyants retrouvent spontanément une formule de vie communautaire; ils se groupent en cellules de membres élus ou de « saints », comme on les appelait au temps de saint Paul.Au flanc d’une colline, dans un vignoble que cultive de ses mains la comtesse Falaky, une douzaine de personnes ont l’habitude de se réunir pour participer à des agapes fraternelles et lire les lettres d’un mystérieux ouvrier du nom de Paul, qui adopte le ton et parfois même les termes des épîtres de l’Apôtre.Un jour, Paul se présente au vignoble des saints.Même si la plupart l’accueillent comme un envoyé de Dieu, sa présence soulève cependant une controverse parmi les saints: une femme voit en lui la réincarnation de l’Apôtre, tandis qu'un homme lui reproche de prêcher une fraternité qui ressemble à celle des marxistes.La comtesse s’efforce d’obtenir pour son hôte une juste appréciation: « Peut-être est-ce nous qui nous sommes trompés, nous qui n'avons pas bien compris le véritable sens du mot chrétien.N'avions-nous pas enfermé le Christ dans les cadres trop étroits de notre société ?Comme, autrefois, ces judaïsants qui taxaient Paul de trahison, quand il parcourait les cités païennes.Ne l'accusaient-ils pas de vendre la chrétienté aux Grecs et aux Romains ?Mais, en vérité, c’est lui qui les avait vaincus en leur apportant le Christ.Notre Paul a peut-être reçu la même mission dans le monde actuel.» (P.43) Le curé de la paroisse voisine prend ombrage du rôle qu’exerce Paul auprès des saints du vignoble.Il fait venir un visiteur canonique appelé à juger de l’orthodoxie de ce converti du communisme qui prêche l'évangile à ceux qu’il a jadis farouchement persécutés.Celui-ci se montre favorable à Paul et conseille au curé de visiter les frères du vignoble.Au cours du banquet des vendanges auquel assistent Paul et le curé, une femme a soudain la vision de la der- nière Cène.Elle croit entendre les paroles du Sauveur et les redit à l’assemblée.Ce qui n’était qu’une sorte d'hallucination se prolonge dans un drame qui évoque l'arrestation du Christ.Des policiers surviennent ^brusquement dans la nuit; Paul calme les saints terrifiés et se présente en disant: « Je suis celui que vous cherchez.» Nous revivons ensuite une scène des actes des apôtres: Paul, délivré de la prison, vient faire ses adieux aux saints du vignoble et part pour se rendre dans la capitale où il connaîtra la prison, puis sera placé en résidence surveillée tout comme l’Apôtre.C’est de là qu’il enverra une dernière épître aux saints du vignoble, les exhortant à la charité à l’égard de leurs ennemis: « Allez les chercher et conduisez-les par la main vers l’amour du prochain; je vous supplie de ne pas les condamner, de ne pas les juger définitivement, de ne pas les repousser.Il faut que votre amour les surprenne, les étonne, les force à la réflexion.» (P.299) Ainsi se termine ce roman dans lequel les péripéties peuvent paraître banales, mais qui suscite un intérêt constant et nous invite à prolonger notre réflexion.Son auteur a mérité le prix du roman catholique de 1965.les conquistadores de jacques lafaye JEAN-MARIE BARRETTE Rares sont les historiens qui ont su cerner avec intelligence et juger avec justesse ce qu’on a longtemps appelé « l’épopée des Conquistadores ».Certains, par une exaltation fébrile et souvent partisane, ont créé le mythe du héros blanc, du surhomme civilisé venu en terre étrangère convertir les barbares (?).D'autres, par une sorte de rage sentimentale flambée à la romantique, n’ont retenu des conquêtes que les carnages épouvantables d’Espagnols déchaînés.Certes, une telle controverse explique l’ambiguïté tenace qui a marqué depuis des siècles l’histoire des Grandes Conquêtes.Mais elle laisse en suspens.si ce n'est en coulisse, la vérité intégrale du passé.Jacques Lafaye J, tout au long de son livre, essaie de résoudre le débat.Prudent et lucide, il met en relief le pour et le contre; puis, par une habile série de preuves et de contre-preuves, dégage le vrai.Il en ressort une argumentation serrée suivie de jugements d'importance.( 1 ) Miklos Batori — Le vignoble des saints.Roman.Paris.Robert Laffont [1965].300p.20cm.(2) Jacques Lafaye — Les conquistadores.[Paris] Editions du Seuil, 1964.188p.ill.18cm.(Coll.Le temps LECTURES / NOVEMBRE PAGE 78 les frères ennemis de kazantzaki ANDRÉ MELANÇON La collection Feux Croisés, que dirige depuis de longues années chez Plon Gabriel Marcel, et qui nous a révélé tant de chefs-d’œuvre de la littérature étrangère contemporaine, nous présente cette fois-ci un roman posthume du célèbre écrivain grec Nikos Kazantzaki: Les Frères Ennemis \ traduit par Pierre Aellig.Peut-être est-ce son chef-d’œuvre.C’est du moins le roman où il semble nous avoir laissé comme son dernier message, un message de détresse et de désespoir, mais qui laisse toutefois une issue possible.Cette issue, ce pourrait être aussi bien un retour au christianisme authentique que la solution bolché-vique prônée par Lénine.Car tout au fond du roman, on sent deux fonds de tableaux qui alternent régulièrement: la nostalgie du Mont-Athos, la montagne sainte des Grecs, et l’enthousiasme souvent sincère, surtout chez les jeunes gens, qu’entretient l’idéologie russe, au point qu’on ne croit plus qu’à un cinquième Evangile: « Le Saint Evangile selon Lénine » ! (P.256) Le roman raconte la lutte fratricide que se livrent les habitants d’un pauvre village d’Epire, Kastellos, « un village âpre, couleur de cendre ».(p.11) Et les combats sont terribles: « Tu sais bien, dit un blessé, que les blessures sont toujours graves, quand elles sont faites par des frères.» (p.78) Les Bérets-Rouges, qui sont gagnés au bolché-visme, ont établi leurs quartiers généraux dans la montagne voisine, alors que les Bérets-Noirs, que l’on traite de fascistes, ont autorité sur le village et la plaine.L’action se passe au cours de la dernière guerre, et les tueries et les massacres font le bonheur des chacals, des corbeaux et des vautours.La figure principale du roman est le pope Yan-naros, septuagénaire qui a la nostalgie de son village natal, où la foi était profonde et vivante, alors qu’il ne peut entretenir dans Kastellos l’idéal d’amour qu’il s’est toujours proposé.Tout au contraire, il y règne une atmosphère de violence, de haine et de brutalité, sans compter la pauvreté, la famine et la mort qui font partout leurs ravages.« On s’accrochait corps à corps et l’on s’égorgeait voluptueusement entre frères.» (p.11) Dans la montagne, le chef des Bérets-Rouges est justement le fils rebelle de papa-Yannaros, le capitaine Drakos, qui, après une vie aventureuse, a donné son adhésion au communisme et veut « sauver le monde » en commençant par la région de Kastellos.Son vieux père, qui n'en finit plus d’absoudre et d’ensevelir les morts, tombe peu à peu dans un état de doute et de désespoir, qui parvient à lui faire croire que le Christ a abandonné les hommes et les a réduits à la liberté de se sauver par eux-mêmes.« Eclipse de Dieu, éclipse de Dieu.» (P.119) « En ce moment, Dieu dort; alors le diable nous a pris.» (P.162) Et dans un dialogue dramatique qu’il croit entretenir avec le Christ le Vendredi-Saint, papa-Yannaros prend la décision de ne plus ressusciter, par ses cérémonies, le Fils de l’Homme, jusqu’à ce que Jésus ait consenti à ressusciter les hommes eux-mêmes.C’est pourquoi il prend la décision de livrer Kastellos aux partisans bolchéviques, croyant en leur promesse de ne pas massacrer les fidèles dont il doit rendre compte devant Dieu.Il rassemble donc ses ouailles pour leur annoncer la paix qu’il vient de signer avec son fils.Mais ce dernier, fidèle à l’Idéologie et infidèle à son serment, fait fusiller les habitants qui ne veulent pas se rallier aux Bérets-Rouges, et ordonne même malgré lui et pour sauver son poste, que l'on tire sur son propre père.Papa-Yannaros, même s’il doute de plus en plus de Dieu, reste toutefois en communication directe avec le Christ.Mais il confond de plus en plus le Christ et la Grèce, et son christianisme devient un mélange de foi au Christ et de bolchévisme léniniste.Les nouvelles Béatitudes sont celles du Démon.Et l’on croit de plus en plus que le christianisme doit passer par l’épreuve bolchévique, où l’on prêche l’amour des autres et l’égalité de tous les hommes — mais avec les moyens que l’on sait — pour retrouver sa force première.Le nouveau Consolateur est arrivé, c’est Lénine: — « Mais il n’est pas venu pour créer, il est venu pour détruire, pour détruire ce monde corrompu, afin de préparer la voie à celui qui doit venir.— « Oui ?» — « Le Christ.» (P.93) * Ces partisans, se demande le pope, qui tiennent tête à l’injustice, — mon Dieu, pardonne-moi ! — s’ils étaient sans le savoir, de nouveaux chrétiens » ?(P.266) Comme on peut le voir, la pensée de Nikos Kazantzaki est ambivalente.Elle oscille entre les idées nouvelles et la foi des anciens.Y aurait-il plus de désespoir que d’espérance ?Il faut avouer que le pessimisme domine le roman.Mais la mort de papa-Yannaros, à la toute dernière page, ne nous annonce-t-elle pas, par ce sang répandu pour la cause du Christ, que nous sommes en présence d’un nouveau martyr, qui produira une moisson de chrétiens ?(1) Nikos Kazantzaki — Les frères ennemis.Roman.Traduit du grec par Pierre Aellig.[Paris] Plon [1965].367p.19.5cm.(Coll.Feux croisés) $5.30 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 79 Ainsi l’auteur nous aurait laissé un message d'espoir, à travers une vision de carnage et de tuerie, et ne serait pas mort complètement désespéré, comme nous le laisse entendre l’analyse succincte que nous en donnent les éditeurs.Mais d'autres lecteurs peuvent sans doute y voir un témoignage totalement pessimiste.A chacun sa vérité ! la conversion de ratisbonne de jean guitton BERNARD-M.MATHIEU Le 20 janvier 1842, Alphonse de Ratisbonne S israélite, qui n’avait pour la religion catholique que « haine et mépris » (p.8), se convertit subitement au catholicisme et demanda à être baptisé.Visitant Rome quelque temps auparavant, il avait rencontré un ami de son frère déjà prêtre, Théodore de Bussiè-res, excellent catholique.Celui-ci, il l’a écrit dans une relation, eut « une idée du ciel, car les sages du monde l’auraient appelée folie ».(p.21) Il demanda à Ratisbonne de porter sur lui la médaille de la Vierge miraculeuse, et de réciter le Souvenez-vous de Saint Bernard.Entre le 18 juillet et le 27 novembre 1830, la sainte Vierge était apparue plusieurs fois à sainte Catherine Labouré; elle lui avait demandé de faire frapper une médaille avec cette inscription: « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».Une apparition de la Vierge semble avoir été décisive pour la conversion d’Alphonse de Ratisbonne.C’est à l'église San Andrea delle Fratte que le miracle se produisit.Lisons ses propres paroles: « J’étais depuis un instant dans l’Eglise, lorsque tout d'un coup, je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable.J’ai levé les yeux; tout l’édifice avait disparu à mes regards; une seule chapelle avait pour ainsi dire, concentré toute la lumière, et au milieu de ce rayonnement, a paru debout, sur l’autel, grande brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur la médaille; une force irrésistible m’a poussé vers elle.La Vierge m’a fait signe de la main de m’agenouiller, elle a semblé me dire: « C’est bien ! Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris ».(P.30) Sur le plan humain, il n’y a pas d’explication possible: nous sommes au cœur du mystère de la conversion.Qu’elle soit lente et progressive, ou qu’elle soit, comme celle de Ratisbonne, instantanée, elle est l’œuvre de Dieu.Et chose importante, tous ceux qui virent Ratisbonne, (entre autres, le P.de Ravignan, jésuite, et l’abbé Dupanloup) eurent « la conviction que cette conversion était radicale et qu’elle durerait dans ses effets ».(P.106) Ce retournement d’une âme, Jean Guitton l’étudie avec beaucoup de discernement et de prudence.Il a été guidé par cette idée: « Un peu de critique me fait douter de l’authenticité.Beaucoup de critique me la rend probable ».(P.11) les mémoires d’une jeune fille gaie de marie carré HENRI-PAUL BERGERON C’est sans doute pour narguer Madame Simone de Beauvoir et ses mémoires d’une jeune fille envoûtée par la philosophie pessimiste de Jean-Paul Sartre, que Madame Marie Carré intitule son dernier livre: Les mémoires d’une jeune jille gaie -.Ses confidences dépassent de beaucoup le désir qu’elle manifeste de présenter « un livre d’évasion qui fera rire et oublier ».Le style simple et souriant est à l’imaee de l'auteur qui « se sent plus de dispositions à découvrir pourquoi il faut rire que pourquoi il faut pleurer ».Sa gaieté naturelle s’allie toutefois à une préoccupation profonde du sens de la vie.Privée de toute religion par des parents agnostiques et ennemis du catholicisme, elle éprouva cependant, dès sa plus tendre enfance, un vif sentiment du divin.C’est le mystère de la présence réelle de Dieu dans l’Eucharistie qui l’attirait vers les églises catholiques, qu’elle visitait secrètement.Son goût de l’indépendance et son esprit critique la portaient à désirer cette religion catholique considérée par les siens comme la seule erronée et condamnable parmi toutes les autres.En évoquant ses souvenirs, l’auteur donne parfois l'impression de prêter à l’enfant qu’elle fut ses réflexions d’adulte discutant avec lucidité les objections soulevées contre le catholicisme.L'aspect apologétique que revêtent certains passages de ses mémoires se comprend facilement lorsqu’on songe aux longues et pénibles étapes de sa conversion.Ses confidences deviennent particulièrement émouvantes lorsqu'elle revit son angoisse et ses hésitations au moment de faire le pas décisif.Au terme de ses mémoires, l’auteur répond au souhait que nous éprouvons de connaître comment la jeune fille gaie a su vivre cette foi religieuse vers laquelle elle s’achemina dès l’enfance; elle nous invite à prendre connaissance de ses confidences publiées sous le titre: J’ai choisi l'Unité \ ( 1 ) Jean Guitton — La Conversion de Ratisbonne.Paris.Wesmael-Chariier [1964].157p.ill.(h.-t.) 18.5cm.(Coll.Conversions célèbres) $3.00 (2) Marie Carré — Les mémoires d’une jeune fille Kaie.Paris.Nouvelles Editions Debresse (19651.190p.22.5cm.(3) Apostolat des Editions, Paris.LECTURES / NOVEMBRE PAGE 80 LITTÉRATURE RE JEUNESSE à Messire, « magnifique chat noir », l'auteur insiste sur sa couleur chaque fois qu’elle le nomme (pp.49.57, 77, 91 et 109), et l’artiste le représente blanc à sept reprises ! De telles étourderies indignent les petits lecteurs.Pour garçons et fillettes de dix à treize ans.les trains d’alain grée BÉATRICE CLÉMENT Fin pédagogue 2, sachant capter l’attention de ses lecteurs, dessinant avec humour et bon goût, l’auteur- le maître de messire de monique corriveau BÉATRICE CLÉMENT Jacqueline et André Delaune retrouvent à Québec Luc Vaudreuil qu’ils ont connu pendant les vacances (voir Les Jardiniers du Hibou).Dans le sillage de Luc, le frère et la sœur vivent de nouvelles aventures, aussi passionnantes que celles de l’été.Surprise: y figure leur propre grand-père, Etienne Rousseau, géographe (voir Le Secret de Vanille).Discret et efficace, le détective chevronné Hubert Vaudreuil mène l’affaire avec sa compétence habituelle.Luc seconde son aîné en rêvant au jour où il entrera officiellement dans la carrière.La verve de l’auteur1, ses personnages vivants, l’intérêt de l’intrigue — vol d’un album de timbres rares valant une fortune — justifient pleinement les appréciations enthousiastes (de jeunes lecteurs du ms) qui paraissent à la rubrique « En toute franchise », à la fin du volume.Malheureusement, comme le note Madeleine, « trop de questions posées restent sans réponse ».Ou plutôt, faute de clarté, on ne remarque pas toujours la réponse à première lecture.Détail qui n’empêche pas la petite lectrice de conclure: « Dans l’ensemble, c’est beau et palpitant ».Connaissant la sensibilité et le talent réel de l’artiste, on regrette de constater qu’il se plaît à tracer des dessins gauches et quelconques.Et comment a-t-il lu le ms ?Page 17, on parle d’un chat « en basalte noir » ; mais il nous montre un bibelot blanc ! Quant illustrateur possède des dons divers qui se complètent le plus heureusement du monde.Sa documentation est-elle toujours au point?Sur l’horloge (p.14) on voit un IV.Est-ce qu’on n’écrit pas toujours le quatre d'un cadran avec quatre un, ainsi: IIII ?L'album Les Arbres, qui a valu un grand prix à l’auteur, nous montre un orme dont la silhouette ne rappelle guère l’élégante ombrelle de nos ormes canadiens.Ceux de France diffèrent-ils des nôtres ?Quoi qu’il en soit, nos bambins aimeront Achille et Bergamote.Ils s’instruiront à la lecture des albums de cette excellente collection.Avec celui-ci, iis découvriront les trains; de la locomotive de 1850 à l’auto-rail et au diesel électrique d’aujourd’hui.Wagons; gares de voyageurs, de marchandise, de triage; ponts, viaducs, tunnels et passages à niveau; transport maritime (pour courtes traversées), l’auteur les décrit dans une langue simple et claire, à la portée des moins de 11 ans.Et les illustre de même.Un problème d’aiguillage passionnera le lecteur; et le benjamin de la famille raffolera de la page de garde.Délicieuse ! Dommage, par exemple, qu’on ait substitué, au ballon qui ornait le dos des premiers albums (En route, La Mer, La Ville), la répétition de l’image-couverture.Cela offre une fâcheuse ressemblance avec les cahiers à colorier, et déprécie, me semble-t-il, la collection.Lecture pour garçons et filles jusqu’à onze ans.( 1 ) Monique Corriveau — Le maître de Messire.Illustrations de Guy Paradis.Québec, Editions Jeunesse [1965].142p.ill.18cm.(Coll.Brin d’Herbe, no 6).(2) Alain Grée.— Les trains.[Tournai] Casterman [1964].28p.ill.28cm.(Coll.Cadet-Rama).Relié.LECTURES / NOVEMBRE PAGE 81 jacques et françoise découvrent la messe de a.-m.roguet, o.p.BÉATRICE CLEMENT Quel dommage qu'on ait publié un texte 1 aussi intéressant dans ce grand format ! En plus d’être malcommode, il s'attire le dédain de la plupart des lecteurs qui ont plus d’une douzaine d’années.Et on voudrait le voir dans chaque famille, car les parents en profiteraient autant que les jeunes.La formule — dialogue entre un prêtre et deux enfants — plaît dès l'abord.Les questions et commentaires de Jacques et de Françoise, d’un naturel parfait, entraînent l’adhésion du lecteur.Les explications fournies par le prêtre, claires et profondes, remontent, comme il se doit, à l’Evangile et à l’Ancien Testament.Les images splendides illustrent fort bien les propos des interlocuteurs.amilcar le cochon d’inde de a.-m.pajot CLAUDETTE BERGERON Annette et Pierre ont reçu de tante Denise un cochon d’Inde surnommé Amilcar2.Maman explique à ses deux bambins qu’Amilcar est un petit rongeur de la grande famille des mammifères, qu’il a quatre petites dents et qu'il doit les user en rongeant, sinon elles deviennent trop longues.Comme chacun a ses responsabilités, Annette apporte toujours au petit cochon d’Inde une nourriture de choix: carottes, salades, choux, verdure, flocons d’avoine; tandis que Pierre prépare pour son ami Amilcar un lit bien chaud fabriqué de paille et de foin.En rendant visite à grand-mère.Madame Hor-tense raconte à nos deux amis que les cochons d'Inde avaient un autre nom: cobaye.On leur a donné le surnom de cochons d’Inde autrefois, à peu près au moment où Christophe Colomb découvrait l'Amérique.On croyait alors que l’Amérique, c’était l’Inde, et les cobayes sont devenus des cochons d'Inde.L’auteur tout en laissant parler ses personnages, donne des détails précis sur les mœurs et les condi- tions d’habitat de ce petit mammifère rongeur.Ecrit dans un style clair, simple et vivant, et de plus, illustré de photographies magnifiques prises sur le vif.cet album plaira sûrement aux apprentis naturalistes de moins de huit ans.Vient de paraître AUX ÉDITIONS SP ES Collection "Convergences" LE MÉDECIN FACE À SES DEVOIRS ET À SES DROITS 187 pages — $3.15 La mort et l’homme du XXe siècle 236 pages — $3.85 Collection "Christianisme contemporain" Brésil, espoir chrétien?par Mgr Jean Rupp 195 pages — $3.65 LE GONDOLIER DES ENTANTS PERDUS ST-JÉRÔME EMILIANI par Jacques Christophe 181 pages — $4.00 En vente dans toutes les librairies et à B 245 est, boul.Dorchester, Montréal Dépositaire général pour le Canada des Editions Spes.(1) A.-M.Roguet.o.p.— Jacques et Françoise découvrent la messe.Illustrations de Jacques Pecnard.[Tournai] Casterman [1965).40p.ill.27.5cm.Relié.(2) Anne-Marie Pajot — Amilcar, le cochon d'Inde.Photographié par Antoinette Barrère.Paris.Hatier, 1964.[16p.] ill.22.5cm.(Coll.Ami-amis) Relié.$0.95 LECTURES / NOVEMBRE PAGE 82 faits COM- MENTAIRES élu membre de l’académie canadienne-française M.GUY SYLVESTRE L’un de nos critiques les mieux avertis, M.Guy Sylvestre a été élu membre de l’Académie cana-dienne-française, le 25 octobre dernier.président de l’acblf M.PATRICK ALLEN Le directeur de la bibliothèque des Hautes études commerciales, M.Patrick Allen, a été élu président du nouvel exécutif de l'Association canadienne des Bibliothécaires de langue française, en remplacement de M.Claude Aubry, le président sortant, qui est directeur de la bibliothèque municipale d’Ottawa.Le réquisitoire de l’éminent biologiste français, Jean Rostand, paru dans Le Figaro littéraire (30 sept, et 7 oct.) contre l’œuvre biologique de Teilhard de Chardin a suscité une vaste polémique pour ou contre l’auteur du Phénomène humain.Jean Rostand, qui n’a pas songé à « démolir » Teilhard, a voulu simplement contribuer à rectifier une erreur qui consiste à voir en lui un grand théoricien du transformisme.an novateur dans le domaine de l’évolution organique.Par la suite.M.Rostand a répondu à ses nombreux contradicteurs, en affirmant davantage sa thèse et en exprimant sa réelle admiration pour le penseur, le moraliste, l’écrivain et le poète que fut Teilhard.Entre temps, La France catholique, sous la plume des professeurs Delsol et Mouterde, faisait le point de la polémique et justifiait pleinement Rostand.Ce dernier reproche à Teilhard d’expliquer un phénomène biologique en faisant appel à une explication métaphysique, et, ainsi, de ne pas se comporter en homme de science.« On comprend, ont souligné les deux professeurs, qu’il soit pénible à un homme de science de voir des non-spécialistes analyser et commenter des textes de Teilhard sans discerner ce qu'ils contiennent de données scientifiques, de théories, de pures hypothèses de travail ou de réflexion et, finalement, chercher chez Teilhard une explication définitive de l’évolution.» Dans le même temps, à Rome, M.Henri Rambaud dans une conférence sur Teilhard a soutenu que ce dernier «entre 1916 et 1919 avait changé de religion ».A l’issue de cette conférence, le P.de Lubac auteur d’un ouvrage d’envergure consacrée à La pensée religieuse du P.Teilhard de Chardin (Aubier) a demandé à prendre la parole.Après avoir donné quelques observations et montré son étonnement du jeu subtil des citations que le conférencier avait mené, il a ajouté: « On peut reprocher au P.Teilhard de Chardin d’avoir trop mis l’accent sur tel ou tel point, mais je ne crois pas qu’il soit permis à un chrétien de soutenir contre lui une accusation aussi forte.» Et il fut applaudi vigoureusement.duel entre vivant et mort JEAN ROSTAND • TEILHARD DE CHARDIN LECTURES / NOVEMBRE PAGE 83 sauriez-vous nous dire?.« Votre courrier est suivi avec un grand intérêt, croyez-moi.Avez-vous des notes biographiques au sujet de Claude Campagne ?Il est l’auteur d’un livre en usage dans les classes de 9e année: Adieu mes 15 ans.(G.P.1960.251p.Coll.Spirale no 30) » Que de professeurs à travers la « Belle Province » seraient dépannés par cette information.¦» Jeanne-P.Vanasse (Montréal) — Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir vous communiquer le moindre renseignement au sujet de ce livre ou même de son auteur.Depuis dix ans, la littérature pour les jeunes s’est considérablement développée, et la plupart des auteurs, à moins COURRIER DES LECTEURS service de bibliographie et de documentation de fides « J’aimais beaucoup lire LECTURES.Chaque numéro nous apportait des cotes morales sur certains volumes, et, de plus, il nous était loisible de demander par le truchement du Courrier des lecteurs des informations précieuses sur ce même sujet.Dois-je vous en faire un reproche ?Tout simplement je déplore que ce service de la revue ne nous soit plus assuré.» Une bibliothécaire (Montréal) — Nous devons avouer que d’autres bibliothécaires nous ont dit leur avis pratiquement en vos propres termes.L’aspect technique et très pratique des cotes morales n'est pas tout à fait négligeable, notamment dans le cas d’un responsable de bibliothèque.Cependant il existe à cet effet des manuels, comme celui de Sagehomme, ou Je choisis mes auteurs que vous connaissez sans aucun doute.Mais ce n’est là encore qu’une indication souvent embarrassante et discutable en face de tel ou tel lecteur qu’on connaît ou qu’on ne connaît pas.Ce n’est pas que nous laissons les bibliothécaires à leur propre sort (!) Le Service de bibliographie et de documentation de Fides, pour toute consultation au sujet des lectures, reste disponible à tous les intéressés.Il suffit de nous faire cette demande de renseignement par écrit en nous communiquant votre adresse et nous vous répondrons individuellement.d’avoir attiré l’attention par le nombre de leurs publications, ne sont pas inscrits dans les dictionnaires des auteurs.Surtout s’il s’agit d’un écrivain qui a pris la plume sous un pseudonyme, comme c’est le cas, ici.Nous invitons nos lecteurs qui auraient quelques renseignements sur Claude Campagne de nous les communiquer, afin de rendre service à tous les autres nombreux professeurs de 9e.Nous nous empresserons de les publier dans le prochain numéro.françoise sagan minute de vérité Au lendemain de la parution de son sixième roman.La Chamade, Françoise Sagan a répondu aux Questions d'un interviewer des Nouvelles littéraires.Certaines bribes de cette conversation nous laissent perplexes ou corroborent tristement les déductions que nous avons pu faire de l’auteur et de l'esprit de son oeuvre romanesque.Par exemple: « Quand je publie un livre, on en parle comme si j’avais fait une sottise de plus » (!) — « Pour moi (au sujet de l'absence de problème moral que semble avoir ses personnages), ce qui importe, c’est de ne pas blesser les gens.Je ne vois pas d’autre morale valable.» — Croyez-vous qu’il y ait une balance mystérieuse dans la destinée de chacun ?— « Pas du tout.Je ne crois ni aux punitions, ni aux récompenses.» — (Au couvent des Oiseaux) « on m’apprenait ce qui était défendu, pas ce qu'il fallait faire.Je n’ai rien contre les chrétiens.Tous ces gens qui ont une espèce de passion sont respectables.Je suis vraiment athée.» Maintenant on sait à quoi s’en tenir ! LECTURES / NOVEMBRE PAGE 84 LETTRE LE ELANCE dr georges durand communication.« Cette situation nouvelle impose des devoirs nouveaux à tous ceux qui ont le souci et la fierté de servir la langue française.» Pour mieux mesurer ces devoirs, il convenait d’étudier les problèmes tels qu’ils se posent dans chaque pays, en Belgique, en Suisse, au Canada, en Afrique, en Haïti, à l’Ue Maurice, au Val d’Aoste, comme en France.Ce matin-là.nous entendions M.Jean-Marie Laurence exposer les problèmes canadiens.Il parlait devant un public composé de spécialistes du langage dont il soutint l’attention passionnée pendant deux bonnes heures, et quand le temps fut venu de conclure il n'avait épuisé ni le sujet.ni ses auditeurs.Je n«.saurais reproduire ici l’ensemble de sa causerie, je m’efforcerai seulement de la résumer sans, je l’espère, en trahir l’esprit.« Nous sommes si loin, nous nous sentons si loin ! » .Ainsi s’exprimait M.Jean-Marie Laurence au début de l’admirable conférence qu’il prononça le matin du 11 septembre à Dinant et, au moment même où nous parvenaient ces mots simples, expression émue d’un regret, d’un reproche peut-être, d’un espoir sûrement, nous sentions qu’ils ne correspondaient déjà plus tout à fait à la réalité.Nous étions plusieurs à revenir du Canada.Nous avions franchi en quelques heures cet océan qui fut durant trois siècles l’élément le plus matériel d’un obstacle qui en comportait d’autres.Et voici que soudain nous nous trouvions réunis dans la maison communale d’une petite ville belge avec des gens venus de toutes les parties du monde.Nous avions reçu l’invitation du professeur Alain Guillermou, de Paris, et le manifeste du professeur Joseph Hanse, membre de l’Académie Royale de Belgique: « Nous sommes cent cinquante millions de francophones appartenant à une trentaine d’Etats.Dans d’autres pays, partout dans le monde, des millions d’étudiants apprennent le français, des milliers de professeurs et de chercheurs collaborent activement par leurs travaux à l’étude de la langue et de la littérature française.Sans cesser d’être la langue d’une large élite internationale, le français est devenu une langue de masse.» Il continue à être admiré, choisi, comme un outil incomparable, à cause de sa logique interne, de sa clarté, de sa précision, de ses nuances et du prestige qu’il s’est acquis bien avant toute autre langue moderne.Et toutefois, dépassant de loin, en profondeur et en étendue, l’universalité qu’on lui reconnaissait déjà il y a plusieurs siècles, il a gagné toutes les couches sociales d’un grand nombre de pays, il est devenu la langue officielle de jeunes Etats, il se répand à travers le monde, même dans les milieux où l’on ne voit en lui qu’un précieux moyen de Le Canada avait réalisé son unité linguistique bien avant la France.Après la rupture de 1760, et le retour en Europe des élites, la langue française s’est maintenue par transmission orale, ce qui explique certains glissements sémantiques; mais elle était restée longtemps foncièrement pure, quoique archaï-sante et provinciale.Puis elle s’est métissée progressivement d’anglais sous l’influence du langage utilisé par l’administration, le commerce et l’industrie.L’enseignement fut longtemps laissé à l’initiative privée; malgré ses imperfections et ses deux grandes lacunes (faiblesse de l’enseignement des sciences, caractère livresque), cet enseignement a sauvé la langue.Le phénomène universel de l’urbanisation des masses a été particulièrement sensible au Canada et a joué un rôle capital dans l’évolution de la langue.Il y a cinquante ans, la population rurale représentait 70% de la population totale du Québec; aujourd’hui, ce taux s’applique à la population urbaine et la migration vers les villes se poursuit.Le français s’était maintenu sur un vieux fonds de civilisation paysanne dont les élites étaient représentées par le médecin, le notaire, l’avocat et surtout le curé.Les professions libérales évoluent vers la spécialisation et le technicisme.Les médecins, « techniciens supérieurs », ne semblent plus, à quelques exceptions près, posséder cette qualité d’humanisme qu’ils avaient autrefois.Les avocats ne donnent plus que rarement de grandes plaidoiries, ils sont devenus « gens d’affaires ».D’autres métiers fournissent des éléments nouveaux aux professions libérales, au détriment parfois de la culture.( 1 ) Dans le cadre de la première Biennale de la Langue française réunie à Namur (Belgique) du 9 au 15 septembre 1965, les travaux de la «journée canadienne» se sont déroulés dans les salons de la maison communale de Dinant.LECTURES / NOVEMBRE PAGE 85 La classe paysanne.« notre terreau linguistique », s'amenuise et même s’industrialise tandis que l'ancienne bourgeoisie coupée de ses racines traditionnelles tend à disparaître.« La littérature canadienne d’expression française a accompli d'immenses progrès depuis un quart de siècle; la langue parlée s’est affinée chez les « professionnels de la parole » — grâce surtout à la radio — et dans une certaine élite.Mais le phénomène le plus frappant, c’est l’anglicisation progressive de la masse.Le français authentique tend à devenir chez nous « une langue de culture », tandis que l’anglais s'infiltre graduellement dans la langue de « contact ».dans la langue de la vie quotidienne.Il s'agit en somme d’un phénomène de scission entre une élite en voie d’intellectualisation et le peuple en voie d'américanisation.» Trois grands périls menacent l’intégrité du français au Canada: l'indigence du vocabulaire, la mollesse de la prononciation et l'anglicisme sous toutes ses formes.L'indigence du vocabulaire est due essentiellement à l’éloignement de la métropole.Les circonstances économiques et sociales ont contraint les Canadiens français à accorder la primauté à l’activité physique plutôt qu’à l'exercice de la parole.Les outils apportés de France jadis ont cessé d’être utilisés, et nécessité fut de donner un nom aux objets nouveaux que la technique présentait chaque jour plus nombreux.Le seul catalogue d’une entreprise de chauffage et plomberie de Montréal comporte 30.000 pièces différentes.En Amérique plus qu'aillcurs.la linguistique est aux prises avec la vie.l'influence française toujours trop lointaine n’a pu assez tôt apporter son contre-poids à l’influence anglo-saxonne.Le mot anglais présente parfois des qualités que n’a pas toujours son équivalent français.quand il existe.Il se prête souvent mieux à la formation de dérivés.Dans la pratique, la rapidité, la force, la commodité « fonctionnelle » du mot anglais l’emportent sur la précision, l’élégance, la distinction du mot français.Quant aux canadianismes authentiques, ils ne sont pas aussi nombreux qu'on le croit communément.Il s’agit de vocables ou expression d’origine paysanne, souvent savoureux, mais dont l'usage tend à disparaître ! « Nous ne devons conserver que nos canadianismes « de bonne frappe », certains d’ailleurs ont des chances de passer au français universel maintenant que s'établissent des consultations de plus en plus fréquentes entre les pays de l’empire linguistique français.» L’éloignement géographique entraîne aussi, inévitablement, « des différences de prononciation, de rythme, d’intonation et d’inflexions expressives ».Mais, ainsi que le souligne le 1er Cahier de la Norme du français publié par le Ministère des Affaires Culturelles, l’alignement phonétique sur la norme doit être aussi rigoureux que possible et doit rester l’idéal à atteindre.Les remèdes en ce domaine sont difficiles à appliquer.L’adulte peut apprendre sans trop de peine un vocabulaire étranger.Il n’en est pas de même pour la prononciation.L’accent est provoqué par un phénomène d’identification qui se produit au plus profond de l’être psychique.Un seul phonème modifié (il y en a trente-six dans le système phonique français) réparait maintes fois en cinq minutes de parole, mobilisant une attention constante.Un mot de vocabulaire nouvellement appris ne revient pas si souvent et demande moins d’efforts.La langue parlée a été longtemps négligée au Québec et n’a, jusqu’à ces derniers temps, fait l’objet d’aucun enseignement.Depuis peu les choses ont changé, des laboratoires de langues sont installés jusque dans les collèges classiques et l’on est en droit d’escompter de réels progrès dans cette voie.De tous les périls dénoncés.« L’anglicisme est évidemment le plus grave puisqu'il sape à la fois la prononciation, le vocabulaire et la syntaxe de notre langue ».Je reviendrai, le mois prochain, sur cette importante question qui mérite un plus long développement.M.J.-M.Laurence ne prétendait pas, même en deux heures, traiter de façon exhaustive l'ensemble des problèmes concernant le français au Canada.Il voulait surtout préparer son auditoire à la compréhension de ces problèmes, et si j’en juge par l’intérêt qu'il a suscité et par les échecs que j'ai recueillis je crois qu’il a pleinement réussi.J'ai compris en l’entendant que se réalisait l'un des vœux du professeur Hanse.« La première Biennale de la Langue française doit créer entre tous les pays francophones une conscience de leur unité, de leur solidarité.Si la francophonie est ressentie comme une réalité vivante et vécue, elle peut faire naître un immense espoir ! » DR GEORGES DURAND LECTURES / NOVEMBRE PAGE 86 bonne nuit.c’est court, m.malraux La voix tremblait d’une émotion, probablement vraie, quand elle a prononcé ces mots L il y a quelques soirs, dans la cour carrée du Louvre: La France vous dit par la voix de son plus grand poète: « Je te salue, au seuil sévère du tombeau.» Adieu, mon vieux maitre et mon vieil ami.Bonne nuit.Il n’est pas question, ici, de parler encore de l'œuvre de Le Corbusier, mais de réagir à l’adieu officiel adressé au maître d’œuvre.Des millions de Français, par la radio et la télévision qui retransmettaient l’hommage de Paris et du gouvernement au grand architecte défunt, ont donc entendu ce poignant « Bonne nuit ».Mais comme c’est court et triste un pareil adieu, fût-il prodigieusement encadré par ces deux trouvailles de délicatesse et d’un riche symbolisme qu’étaient l’eau du Gange et la terre de l’Acropole ! C’est d’ailleurs un singulier paradoxe de parler à quelqu'un que l’on croit rejeté dans le froid et l’inconscience de la nuit, comme s’il était cependant encore un vivant capable d’entendre le salut qui lui est porté.Malraux a toujours été hanté par la mort, en tout cas depuis cet âge de quatorze ans où il dut contempler le corps de son père qui s’était suicidé.Il a bien dit que l’homme est « le seul animal qui sait qu’il doit mourir et ne s’y résigne pas ».Cette hantise de la mort est clamée avec une puissance rarement égalée dans la Voie royale: Ces corps perdus.écrasés par la vanité de leur vie, pleins de haine pour ceux qui, au matin, se réveilleraient, se considéraient avec des dieux.Ah ! qu’il en existât, des dieux, pour pouvoir, au prix des peines éternelles, hurler qu’aucune pensée divine, qu'aucune récompense future, que rien ne pouvait justifier la fin d’une existence humaine, pour échapper à la vanité de le hurler au calme absolu du jour, à ces yeux fermés.à cette défaite monstrueuse.« La défaite monstrueuse », Malraux cherche bien à la vaincre quand même, par l’art.La création artistique lui apparaît comme capable de faire accéder à une certaine forme d'immortalité: Michel-A ngc se croit assuré d’atteindre la postérité parce que la beauté est immortelle.Le génie est le pouvoir de créer des œuvres de beauté et ion tient iimmortabilité pour l’un des prestiges de celle-ci Le sculpteur égyptien croyait délivrer du temps son modèle; Vermeer veut en délivrer son tableau (Métamorphose des dieux).Il peut y avoir une certaine joie à penser que le souvenir d'un nom aimé demeurera lié à des réalisations dont l'humanité tirera longtemps profit à les contempler ou à les étudier.Mais cette immortalité hypothétique par le biais d’une réputation conservée demeure bien pâle et fait se retrouver chacun avec « son cortège d’éphémères réponses à une invincible question ».Tout chrétien qui ouvre son missel y trouve un autre message, dont la grandeur le comble, et qui n'est pas vrai parce que nous le souhaiterions tel.mais parce qu'il est fondé sur le fait véritable de la résurrection de Jésus.Tout est vraiment là.Quel dommage que le mage de cette liturgie profane, en cette minute d'adieu, n'ait pas trouvé d'autres mots que les siens propres ou ceux du poète désabusé qui n'a vu de la mort que sa sévérité.Comme on aurait aimé entendre retentir dans la nuit que trouaient les torches tremblantes, et pour ce bâtisseur heureux d’églises et de couvents le « Je suis la résurrection et la vie » ou quelques lignes de la si belle préface des morts.Non.Il ne peut suffire de dire à Le Corbusier dont l’âme reste vivante: Bonne nuit ! Il aurait été si beau de lui dire: « Requiem œternam.Et lux perpétua luceat ei.» Qu'il soit accueilli dans « la maison du Père » celui qui aimait dire: « La maison doit être iécrin de la vie.» Et.H.( 1 ) Sur un adieu à Le Corbusier.Texte signé par Ht.H.dans La Frame catholique, le 10 sept.1965.LECTURE/_____________ REVUE BIBLIOGRAPHIQUE MENSUELLE PUBLIÉE PAR FIDES 245 est, boul.Dorchester MONTRÉAL Tel.: 861-9621 Direction: R.P.Roland-M.Charland, c.s.c.Abonnement annuel: S3.00 le numéro: S0.30 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.LECTURES / NOVEMBRE PAGE 87 riDES de la vingt-cinquième heure à l’heure éternelle de c.virgil gheorghiu p.69 histoire du canada de g.lanctôt p.72 école de montréal de guy robert p.73 le vignoble des saints de miklos batori p.78
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