Journal de l'instruction publique, 1 mars 1859, Mars
Volume III.Montréal, (Bas-Canada) Mars, 1859- No, 3.jijU fki 'ttHCEUk, ~ ' Br i SOMMAIRE.Littérature.—Poésie : I^e dépan d’une âme chrétienne, par M.d< I uibusque.—La semaine sainte, par le vicomte Walsb.— Science : Comptes-rendu des cours publics : Cours d’histoire générale donné ù l’école normale Jacques-Cartier j .i5na.2ure5?2c ,eS01?Le Monde Antique, rapporté par M.T.Amyrault élève de 1 école.—Cours d’histoire du Canada, donné à l’Université Iiaval par M Fer land, rapporté par M.Arthur Casgrain.élève de l’Université, (suite).—PÎduca l10?-* edagoçie : Comment un maître peut réformer sa classe.6e article, pa *raPet- Lxercices pour les élèves des écoles.—Vers à apprendre parcceur .i ?.ria,10,1; ^ Lamartine —Exercices de grammaire.—Anecdotes grammaticale: etlittéraires.Avis Officiels : Séparation et annexion de municipalités scolaires —[Sommation d’examinateur d’école.—Commissaires d’école.—Diplômes accordé: par les Bureaux d’Lxammateurs de Montreal.Québec, Trois-Rivières et Kamon-r,.< r1ToRIAL ^,Tx,ème conférence de l’association des instituteurs en nippor avec 1 école normale Laval.— Rapport du Surintendant de l’instruction publiqui pour le Bas-Canada pour 1857 (suite).—Revue bibliographique : Theory and practio of iachmg pa.T D.Page (suite).— Bulletin des publications et réimpressions les plu: récentes: Pans, Bruxelles, Londres, New-York, Boston.Montréal.-Petite revm mensuelle.^ouvELLKs et Faits Divers: Bulletin de l’instruction publique.— bulletin des sciences.—Bulletin des lettres.LITTERATURE.POESIE.DÉPART D’UNE AME CHRÉTIENNE.Proficiscere, anima christüiiw.Toi, que Dieu me donna pour compagne éternelle, Tu veux donc t'échapper de ta prison mortelle.’ O mon âme ! Eh bien! pars! c'c't trop te retenir.Mes jours étaient comptés ; le dernier va finir.Passé, présent, déjà tout n’est qu’ombre et poussière ; Mais j’apperçois plus haut la naissante lumière D’un nouvel avenir I Ils sont là, près de moi, tous ceux que mou cœur aime ; Des pleurs mouillent leurs yeux et je pleure moi-même : Car je ne sais, hélas ! comment les consoler.Les regrets aux adieux semblent seuls se mêler.Est-ce donc pour toujours que la mort nous sépare ?Peut-elle, quand du port, je vois briller le phare Au néant m’exiler?Non ! ce n’est pas sa voix qui me trouble et m'agite ; C’est la voix du Seigneur que ma faiblesse irrite.Mais quel rayon de grâce est descendu sur moi?Amis, trop cbers amis, banissez votre effroi.Je m'éteins lentement sans effort, sans secousse : Est-ce donc là mourir ?Ah I que la mort est douce Dans les bras de la toi ! La terre a disparu ; tout-à-coup le ciel s’ouvre ; Un trône éblouissant à mes yeux se déoouvre.C’est Dieu, c’eat Dieu lui-même 1 oui.voilà se' élus ; Voilà ceux qui eont morts et qui ne mourront plus ! ’ O douleurs, qu'êtes-vous ?Heure de l’agonie, Heure que je craignais, sois à jamais bérfirs Tous mes fers sont rompu?a.ds PiiibOsçcb.Ua Semaine Sainte.La dernière semaine de Carême, la semaine qui précède la solennité de Pâques, a reçu des chrétiens différentes appellations qui prouvent combien elle était placée haut dans leur esprit.Tantôt ils la nomment : semaine sainte, grande semaine, semaine pénale, et semaine d'indulgence.Dans la primitive Eglise, les jeûnes étaient plus longs et plus austères que dans le reste du Carême ; je lis dans l’Histoire des Fêtes de VEglise : “ Parmi les fidèles il y en avait qui passaient la semaine entière sans manger.Les autres étaient quatre jours de suite ; les autres, trois; d’autres, deux seulement.” Comparons nos austérités à celles des premiers chrétiens, et puis, si nous l’osons, plaignons-nous.Après la belle cérémonie des palmes, le lundi et le mardi saints paraissent froids : rien ne les distingue des autres jours ; seulement, dès qu’on fait quelques pas dans les églises, on voit plus de monde que de coutume près des confessioilaux ; et puis les lévites qui sont chargés d’orner et de parer les autels commencent déjà les apprêrts du tombeau, ou reposoir, où l’hostie consacrée le jeudi doit êtee déposée sous un voile de drap d’or, en mémoire de l’enseveliss -ment du Sauveur, et de son repos de trois jours dans le sépulcre.Mais avant les magnificences du Jeudi et le deuil du Vendredi saint, dès le Mercredi, les offices appelés Ténèbres commencent à être chantés.Ce nom de Ténèbres vient de ce que, dans les premiers siècles, ces prières étaient dites pendant la nuit ; car alors, aux- austéiités du jeûne on joignait la privation du sommeil, et les veillée* saintes étaient longues et fréqueutes.D’autres disent que c’est en mémoire de l’obscurité qui s’est étendue sur toute la nature au moment où Jésus-Christ, expirant sur la croix, a tait trembler la te>re de ces mots : Consummatum est ! que l’on a nommé Ténèbres les offices du soir des Mercredi, Jeudi et Vendredi saints.Tout ce que les Ecritures ont de plus belle poésie se trouve dans cet office de la sainte sem .ine ; et pour pleurer les souffrances du Fils de Dieu, l’Eglise a évoqué les hommes qui avaient le mieux redit ’es douleurs et les angoises de l’âme : Job, David, Isaïe, Jérémie ; ce sont leurs plaintes, leurs prières, leurs lamentations, leurs prophétiques visions que l’on récite lugubrement devant les autels dépouillés.Au milieu du sanctuaire, un chandelier triangulaire, portant quinze cierges de cire jaune, brûle comme un symbole de ceux qui ont confessé le Christ.A la fin de chaque psaume un acolyte se lève et vient éteindre un des cierges ; et à mesure one l'office avance, le nombre des lumières diminue.Ici la main de l'enfant de chœur est comme la main de la mort ; chaque cierge que l’on éteint représente un juste, un confesseur de Jésus qui meurt ; et quand il ne reste plus que la lumière placée tout au haut du triangle, celle-là n’est point éteinte comme les autres : le choriste la porte et la cache derrière l’autel : c’est le Sauveur, la lumière du monde, qui s’éclipse pendant quelques instants derrière l’ornbfe du tombeau ! 38 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Oh ! dans la moindre cérémonie de notre culte, rien n’est sans une leçon, sans un ressouvenir: un cierge que l’on allume, c’est un prophète qui naît ; une lampe que l’on éteint, c’est un juste qui quitte la terre.C’est un moment grandement solennel que celui où le cierge allumé disparaît derrière l’autel ; alors les prêtres disent d’une voix lente et lugubre Miserere mei Deus / Puis après ces mots, Pater nosier, l’officiant se tait, et le silence règne dans toute l’église, comme il a régné dans le sépulcre de Joseph d’Arimathie.Tout à coup un grand bruit s’élève et retentit, quand le jeune choriste reparaît avec le cierge.Les fidèles, les enfants surtout, frappent avec leurs livres sur les bancs de l’église ; c’est pour rappeler la grande commotion qui remua la terre jusque dans ses fondements, quand le Christ rendit l’âme et que le voile du temple fut déchiré dans toute sa hauteur.Que de richesses poétiques dans ces offices des quatre derniers jours de la grande semaine ! on y trouve comme un délire de douleur, et cependant cette douleur est toujours sublime : c’est celle des prophètes.Voici ce qu’a dit le Seigneur : “ Va à la fille de Sion, et dis-lui : Le Sauveur vient, il vient portant avec lui la rédemption et la récompense.“ C’est lui qui sort de l’Idumée, c’est lui qui s’élève de Bosra ! Il se lève beau et majestueux, avec ses vêtements teints de sang ; sa force se révèle dans sa démarche.“ Ecoutez-le : “ C’est moi qui annonce la justice ; c’est moi qui puis sauver le monde.“ Pourquoi vos vêtements sont-ils ainsi rougis ; ils sont rougis comme ceux des hommes qui foulent la vendange.“ Seul j’ai foulé le vin, et entre tous les peuples, pas un homme ne s’est levé pour me secourir.“ Aussi je les ai foulés aux pieds, je les ai foulés aux pieds dans ma colère, et c’est leur sang qui a réjailli sur moi, qui a rougi mes vêtements.“ Le jour de ma vengeance est venu, et c’est à présent qu’il faut que je rachète les miens.“ Dans le malheur, j’ai regardé autour du moi s’il n’y avait personne pour me porter aide, et il n’y a eu personne pour me secourir.“ Qui m’a sauvé ?c’est mon bras; qui m’a délivré?c’est ma colère.“ Dans ma fureur, j’ai écrasé les peuples sous mes pieds, et je les ai enivrés de leur propre sang.” C’est par la bouche d’Isaïe que le Seigneur se révèle de la sorte.Quelles images ! Voyez maintenant quel portrait ce même prophète fait du rédempteur chargé de nos iniquités : “ Il est comme un abrisseau qui languit dans une terre sans rosée.“ Il est sans éclat, sans beauté ; nos yeux l’ont vu et ne l’ont pas reconnu ; car il était devenu comme le dernier, comme le rebut des hommes ; comme si la lèpre s’était étendue sur lui.“ Toutes les souffrances, toutes les douleurs, l’ont pris pour victime.Son visage est voilé de tristesse.Nos langueurs et nos infirmités l’ont courbé sous leur poids.“ Et c’est pour nous, pour nos iniquités, pour nos crimes, qu’ii s’est offert à toutes ces souffrances, à toutes ces humiliations.“ Notre paix vient de ses angoises ; et notre guérison découle de ses plaies.“ Semblables à des brebis égarées, nous étions sortis du bon chemin, et chacun de nous suivait sa propre voie.Le Seigneur lui a dit de prendre nos péchés sur lùi : et il l’a fait, et il s’est immolé pour nous sans ouvrir la bouche, sans se plaindre ! “ II sera mené à la mort comme une brebis que l’on va égorger ; et sous le couteau il gardera encore le silence, comme un agneau est muet sous la main qur lui ôte sa toison.” N’est-ce pas là une sublime peinture île la îésignation chrétienne ?—Et, il faut le dire, chaque page des offices de la semaine sainte a de ces beautés-là ; il faut le dire, car, voyez-vous, il y a des hommes qui passent dans le monde pour des hommes littéraires, et qui ne se doutent pas des richesses poétiques que contient un livre de prières catholiques.Ils ont lu beaucoup d’ouvrages ; mais ils ont dédaigné d’ouvrir ce livre-là ! C’est cependant dans ce livre-là que l’on trouve encore cette page : « Sanvez-moi ! sauvez-moi, Seigneur, parce que les eaux de l’affliction montent et inondent mon âme ! “ Je suis tombé dans un abîme, et j’y roule sans trouver de fond! “ J’ai crié, j’ai appelé à mon aide, et ma voix s’est fatiguée en cris inutiles ; mes regards se sont tournés et vers la terre et vers le ciel, et mes yeux se sont lassés; j’attendais ma délivrance d’en haut, et elle ne m’est pas venue !.Ma tête a moins de cheveux que je n’ai d’eniiefms ; et cependant la haine contre moi est injuste.“ Mon Dieu, c’est pour vous que j’ai souffert ; mon Dieu, prenez pitié de moi ; car à préseut me voilà seul ; mes frères ne me re-connaissent plus et s’éloignent de moi.“ Les juges dans leurs tribunaux s’élèvent contre moi; et le peuple, dans sa débauche, me prend pour sujet de ses chansons.“ Et moi, Seigneur, j’implore votre secours.O mon Dieu ! il est temps de faire éclater votre puissance pour me sauver.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.