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Titre :
Journal de l'instruction publique
Revue publiée par le Département de l'instruction publique à l'intention des acteurs du milieu de l'éducation. Des textes officiels du gouvernement côtoient des retranscriptions de discours et de conférences, des nouvelles nationales et internationales, des textes sur la pédagogie, des textes littéraires et de la documentation variée en support à l'enseignement.
Éditeur :
  • Montréal :Département de l'instruction publique,1857-1879
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Journal de l'instruction publique, 1860-07, Collections de BAnQ.

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s ¦ mjm ffSrm hBER^ÉpRO^ J PEUPif mm Volume IV.Montréal, (Bas-Canada) Juillet, I860- No.7.SOMMAIRE.—Littérature.— Poésie: lies Vacances, par Mde Anaïs Ségalas.— Biographie : Mde Desbordes-Valmore, par P.C.(suite et fin).—Science : Compterendu du Cours d’Histoire du Canada de M.Ferland, à l’Université Lava), rapporté par M.Arthur Casgmm, (suite).—Ornithologie Canadienne: Faucons, épervier* et émerillons, par M.J.M.Lemoine.— Education.—Pédagogie: De la manière d’instruire les enfants en leur faisant trouver les choses, par J.J.Rapet, (suite).— Exercices de Grammaire.— Avis Officiels.— Nominations : Professeur de Fran-ais à l’Ecole Normale McGill.—Commissaires d’école.—Séparation et annexion e, municipalités scolaires.—Avis aux Directeurs des maisons d’éducation.—Avis aux Secrétaires-trésoriers.—Diplômes accordés par le Surintendant de l’Education aux élèves des Ecoles Normales.—Diplômes accordés par les Bureaux d’Exami-nateurs.—Instituteurs disponibles.—Instituteur demandé.— Editorial : Rapport du Surintendant de l’Education, pour 1858; Extraits des Rapports des Inspecteurs, (suite).—Examens et distributions de prix dans les Ecoles Normales.—Examens et distributions de prix dans les Collèges et Académies.— Petite Revue Mensuelle.— Nouvelles et Faits Divers : Bulletin de l’Instruction Publique.— Bulletin des Lettres — Bulletin des Sciences.— Bulletin Archéologique.—Bulletin des Beaux-Arts.— Distributions de Prix : Ecole Normale Jacques-Cartier.— Ecole Normale Laval.—Collège de Montréal.—ûôdége de Ste.Marie.—Collège de Ste.Thérèse.LITTERATURE.POESIE.LES VACANCES.Maîtresses, laissez fuir vos folles écolières Par les monts, les prés et les bois.Avec un bruit d’oiseaux qui sortent des volières, Toutes s’envolent à la fois.Adieu doue les enfants, adieu les > oix joyeuses, Adieu bavardes et démons ; Sans vous les pensions, toutes silencieuses, Ont l’air de clochers sans bourdons.Assez et trop longtemps, entre quatre murailles, Rivales au cœur noble et fier, Vous vous êtes livré de sanglantes batailles, En croisant vos plumes de fer.Et la plume vaillante et dans l’encre trempée Pour le jour des prix guerroya : Comme autrefois César luttant avec Pompée, Blanche combattait Julia.Septembre, d’une main, vous donne la couronne.Et de l’autre la clef des champs.Partez, jeunesse en fleur, et pos prés, dans l’automne, Croiront voir un second printemps.Et l'arbre, maison verte, aux chambres de feuillage, Où s’abritent les passereaux, Entendra plus d’enfants chanter sous son ombrage Que d’oiseaux sur ses frais rameaux.L’air vif donne la sève et teint la joue en rose ; Qu’il revienne vous colorer.Aux leçons de physique on vous le décompose ; Ne songez qu’à le respirer.“ L’air, c’est un corps fluide, a dit votre maîtresse ; Le soleil un globe de feu.” Mais l'air et le soleil, aux champs, c’est la caresse Et c’est le regard du bon Dieu.Plus de livres de classe ; il faut lire l'ouvrage Que Dieu, grand et sublime auteur, Écrivit à la fois pour l’enfant et le sage, Avec le soleil et la fleur.Il faut aller courir sur les feuilles séchées, Dont le bruit plaît tant au rêveur ; Car ce sont, mes enfants, des feuilles détachées De ce beau livre du Seigneur.Pourtant n’oubliez pas Rome, Athènes, Byzance, Ne videz pas vos cerveaux pleins, Et courez daos les champs sans jeler la science, Enfants, par-dessus les moulins.Le travail reviendra, troupe toile et légère ; Rentrez alors avec amour Dans votre pension, palais de la grammaire, Dont vous formez la jeune cour.Et, sans vous insurger contre la souveraine, Revenez défiler encor Le chapelet du verbe, et dites: “ Belle reine, Nous reprenons tes chaînes d’or.” Lisez Rollin, Plutarque, et que votre mémoire, Où brille maint héros vainqueur.Louvre vaste et complet, plein de tableaux d’histoire, Soit un musée intérieur.Une femme ignorante, eût-elle, rose et blanche, L’éclat, la beanté, la splendeur, Est un livre ennuyeux, quoique doré sur tranche, Et qui fait bâiller le lecteur.Mme Anaïs Sesalas. 106 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.BIOGRAPHIE.MADAME DESBORDES-VALMORE.(1) (.Suite et Fin.) Ce souvenir de sa mère reparaît d’espace en espace dans tous ses ouvrages ; cette première douleur, sainte et sacrée, jette sur toutes les autres qu’elle chante comme un religieux parfum, qui en éloigne la critique et appelle à sa place l’indulgence.Nulle part, cependant, elle n’est retournée à ce premier thème de prédilection avec un accent plus vrai et plus touchant que dans une pièce du recueil, intitulé : Pauvres Fleurs, et où se trouvent les vers suivants: Comme le rossignol, qui meurt de mélodie, Souffle sur son enfant sa tendre maladie, Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu, Me raconta son âme et me souffla son Dieu ; Triste de me quitter, cette mère charmante, Me léguant à regret la flamme qui tourmente, Jeune à son jeune enfant tendit longtemps sa main Comme pour le sauver par le même chemin.Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre, Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre, A pleurer de sa mort le mystère inconnu, Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu.D’autres tristesses ont été chantées par Mme.Valmore sur un mode plus passionné ; des thèmes qu’ont respectés cependant les biographes si fureteurs et si indiscrets de notre époque, ont peut-être fourni le sujet d’étu les plus intéressantes aux yeux de la critique ; mais pour notre part, nous n’y avons rien trouvé de plus beau que les pages dictées sous l’inspiration de ces doux et célestes sentiments, l’amour filial et l’amour maternel Plus tard aussi, la charité et la piété y ont occupé une large place.Toutes ensemble ce 6ont là des fleurs aux bienfaisantes émanations que l’on peut tout à son aise étaler, secouer et enchainer les unes aux autres, pour former une guirlande autour de son nom ; ce sont de bonnes fleurs, qui ne se fanent point et qui dans leur plus grand épanouissement ne donnent ni défaillance au cœur, ni vertige au cerveau, comme quelques unes de celles qu’elle a appelées pauvres fleurs.Parmi les Elégies nous signalerons le Crieur du Rhône, charmante petite pièce dont aucune mère n’oubliera le refrain.“ Rendez, rendez l’enfant dans la foule égaré, Pour l’appeler encor sa mère a tant pleuré ! ” Et le dénouement, dans la pièce suivante, de ce petit drame, qui évidemment contenait en germe l’Enfant des Champs Elysées, le dénouement n’est-il point ravissant pai la délicatesse et la profondeur de la pensée ?“ De baisers, de sanglots, son récit se compose, En vain pour sa vengeance elle bégaie un vœu : Sortira-t-il d’un cœur où son fils se repose?Sans doute il a souffert l'enfant infortuné ! Sans doute.il vit encor : sa mère a pardonné ! Il est un sujet que Mme.Valmore à touché a plusieurs reprises dans ses poésies : c’est celui de la veillesse.Le grand âge auquel étaient parvenus ses deux oncles, célibataires, était pour elle, sans doute, un pressentiment de celui qu’elle devait atteindre.C’est avec une sorte d’effroi, qu’elle y songe ; en lisant ce qu’elle en dit, dans ses premiers ouvrages, on ne croirait jamais qu’elle dût un jour écrire cette charmante et modeste page, l’Avenir d’une veille femme, qui ne le cède qu’aux admirables choses dites par Mme.de Swetchine, sur ce thème si délicat et si difficile.Lisez plutôt la pièce qui a titre : Regrets : “ Des roses de Lormont, la rose la plus belle, Georgina près des flots nous souriait un soir, L’orage dans la nuit la toucha de son aile, Et l’Anrore passa triste san3 la revoir t (1) Le Journal de l’Instruction Publique a reproduit les ouvrages suivants de Mme.Desbordes-Valmore : L’Oreiller d’une petite fille, vol.1.p.6.L’Ecolier, p.73.Adieu d’une petite fille à l’école, p.119.Le coucher d’un petit garçon, p.212.L’Avenir d’une vieille femme, p.222.L’Enfant des champs élysées, vol.2, pp.S3 et 70.La royauté d’un jour, vol.3, pp.133, 153, 171 et 185.Nous avons aussi publié, vol.3, p.146, un» courte notice nécrologique, empruntée â la Revue Européenne.Pure comme une fleur de sa fragile vie Elle n’a respiré que les plus beaux printemps ; On la pleure, on lui porte envie : Elle aurait vu l’hiver : c’est vivre trop de temps ! Et puis, cette étrange prière, que la Providence se donna bien de garde d’exaucer; car elle se proposait précisément de montrer dans Mme.Desbordes-Valmore, l’exemple d’une femme, belle, sentimentale et lettrée, qui sût comme Mme.de Swetchine, vieillir avec dignité, et poétiser pour bien dire la vieillesse de la femme comme celle de l’homme l’avait été chez les anciens.“ Ne me fais pas mourir sous les glaces de l’âge, Toi qui formas mon cœur du feu pur de l’amour, Rappelle ton enfant du milieu de l’orage : Dieu ! j'ai peur de la nuit I que je m'envole au jour I Après ce que j'aimai je ne veux pas m'éteindre ; Je ne veux pas mourir dans le deuil de sa mort : Que son souffle me cherche, attaché sur mon sort, Et défende au froid de m’atteindre.” Mais la plus curieuse de toutes les pièces où elle se livre à de semblables retours sur elle-même, est cette élégie où elle propose à l’indigente du hameau, dont le vieux chêne n’a pas vu commencer la vie, de changer d’âme et de destinée avec elle : “ Oh ! donne moi tes cheveux blancs, Ta marche pesante et courbée, Ta mémoire enfin absorbée, Tes vieux jours, tes pas chancelants, Tes yeux sans lumière, sans larmes Assoupis sous les doigts du temps, Miroirs ternis pour tous les charmes Et pour tous les feux du printemps, Ce souffle qui t'anime à peine, Ce reste incertain de chaleur Et qui s’éteint de veine en veine, Comme il est éteint dans ton cœur.Prends ma jeunesse et ses orages, Mes cheveux libres et flottants ; Prends mes vœux que l’on croit contents; Prends ces doux et trompeurs suffrages Que ne goûtent plus mes douleurs ; Ce triste éclat qui m’environne, Et cette fragile couronne Qu’on attache en vains sur mes pleurs.Vous croyez peut-être que la proposition est faite de bonne foi ?Attendez un peu.Qu’ariverait-il si la vieille indigente topait là, et si quelque fée (il s’en trouve souvent sur le chemin de notre auteur) transportant les cheveux blancs de la pauvresse sur la tête de notre héroïne, accomplissait ses vœux indiscrets ?Mme.Valmore ne lui en donne point la chance.La pauvre vieille .Regagne sans l’entendre Le sentier qui mène au vallon, Insensible aux cris d’un cœur tendre, Comme aux soupirs de l’aquilon.” Et la dernière stance reprend la pensée dominante du recueil qui pourrait se formuler ainsi : Plutôt mourir que de vieillir .' “ Suis ta route, vieille bergère, En glanant l’aride fougere, Debout encor sous ton fardeau ; Sans craindre une voix importune, Bientôt ta paisible infortune Cheminera sur mon tombeau.” Et cependant elle devait vivre, souffrir et vieillir ! Si bien qu’un jour arriva, où en femme d’esprit et de courage, elle traça ces autres vers: “ Jeunesse adieu I car j’ai beau faire, J’ai beau t’étreindre et te presser, J’ai beau gémir et t’embrasser, Nous fuyons en pays contraire.Ton souffle tiède est si charmant I On est si bien sous ta couronne ! Tiens : ce baiser que je te donne, Laisse le durer un moment 1” Et cet adieu où se montrent si franchement ses regrets, cet adieu, une fois prononcé, elle marche courageusement dans sa vois nouvelle ! JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.107 Qui ne regretterait qu’il en eût été autrement lorsqu’on songe que les Contes, les Poésies pour les petits enfants, et ses jolis recueils: “ Jeunes têtes et jeunes cœurs” et “ Les Anges de la Famille ” couronnés par l’Académie Française, sont de la dernière période de sa vie ?M.Ste.Beuve trouve que ses enfans parlent quelquefois un langage impossible.Il se trompe étrangement et après cette critique, nous nous permettrons de douter qu’il ait lui-même jamais étudié la poésie toute faite qui se trouve à chaque instant sur les lèvres de ces petits anges, de ceux surtout qui doivent se hâter de s’envoler au ciel et qui, il nous semble, en savent déjà quelque chose.Nous avons entendu traiter d’invraisemblable la belle scène de la mort d’Eoangelme dans le roman de Mme.Beecher Stowe ; cependant nous avons, hélas ! vu et entendu nous-même des choses semblables en tout point à celles qu’elle décrit.A cela on nous opposera peut-être cette maxime dont, depuis Boileau, on a tant abusé : “ Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable." La maxime est juste en elle-même ; est-ce à dire cependant qu’il faudrait s’abstenir de peindre ce qui est à la fois vrai et beau seulement parce qu’on le trouve trop beau pour être vraisemblable ?Tout art, toute poésie disparaitraient bien vite de ce monde.C’est la réalité vulgaire au contraire qu’il faudrait s'abstenir de peindre ; et c’est apres elle malheureusement que court toute une section de la littérature contemporaine.Mais lorsque le vrai et l’idéal se rencontrent, il faudrait être bien difficile pour ne pas s’en contenter et pour chercher le vraisemblable dans le terre-à-terre des idées et des passions trop coir.inune8 et trop réelles qui nous environnent.Les enfants parlent plus souvent le langage que leur prêtent Victor Hugo, Mme.Ségalas et Mme.Valmore que les critiques, qui jugent tout a priori, ne se l’imaginent.Il y a un spectacle de l’esprit humain changeant et varié comme le grand panorama de la nature.Il faut l’avoir étudié dans toutes ses parties pour bien le connaître.Il nous souvient qu’un artiste observant un île ces ciels comme on en voit si souvent dans ce pays, surtout dans les plus grands froids de l’hiver, où le soleil couchant teint l’horison et les nuages de couleurs pour bien dire incroyables, nous disait: Si je peignais un tel ciel, on me dirait que c’est de la haute fantaisie.Et pourquoi cependant ne pas le peindre ?N’y eût-il pour prouver combien les enfants ont souvent d’éiévation poétique et philosophique dans les idées, n’y eût-il que l’admirable facilité avec laquelle ils apprennent et récitent les vers rie nos grands auteurs, l’intelligence qu’ils y mettant, et le goût évident qu’ils manifestent la plupart pour cet exercice, c’en serait assez ; et peut être aussi serait-ce assez pour faire brûler tous les recueils de vulgarités et de niaiseries que l’on a publiés à l’usage du premier âge, sous prétexte de se mettre à sa portée.Mais les mères,—elles sont toutes sœurs comme le dit si bien notre poète—les mères apprécieront surtout la manière dont elle a su versifier leur doux langage et celui de leurs enfants.“ La mère, n’est-co pas un long baiser de l’âme, Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain?Faut-il ses jours?Seigneur, les voilà dans sa main.Prenez-les pour l’enfant de cette heureuse femme I Enfant I mot qui peut dire : Amour ! ciel ou martyr I Couronne des berceaux ! auréole d’épouse ! Saint orgueil 1 nœud du sang, éternité jalouse, Dieu vous fait trop de pleurs pour vous anéantir.C’est notre âme en dehors, en robe d’innocence, Hélas comme la vit ma mère à ma naissance ; Et si je la contemple avec d’humides yeux, C’est que la terre est triste et que l’âme est des cieux 1 O femmes, aimez-vous par vos secrets de larmes, Par vos devoirs sans bruit où s'effeuillent vos charmes; Après vos jours d’encens dont j'ni bu la douceur, Quand vous aurez souffert, appelez-moi : “ Ma sœurl ” Et quelle mère ne croira pas avoir elle-même improvisé, quelle mere au moins ne se souviendra pas d’avoir elle-même chanté dans un reve ou comme dans un autre monde, la dormeuse, cette chanson nu berceau, au rythme imitatif, qui semble avoir été glanée et recueillie dans la mémoire de toutes les femmes ?Si l'enfant sommeille, Il verra l’abeille, Quand elle aura fait son miel, Danser entre terre et ciel.Si l’enfant repose, Un ange tout rose Que la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire : “ Bonsoir." Si l’enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.Mais je veux qu'il dorme, Et qu’il se conforme Au silence des oiseaux Dans leurs maisons de roseaux I Car si l'enfant pleure, On entendra l’heure Tinter partout qu’un enfant A fait ce que Dieu défend 1 L’écho de la rue, Au bruit accourue, Quand l'heure aura soupiré Dira : l’enfant a pleuré 1 Oui, mais s’il est sage, Sur son doux visage La vierge se penchera Et longtemps lui parlera.Nous en avons passé et des plus jolies choses ; le rêve d’or qu’on porte à l’enfant, le blanc duvet des anges, les ruisseaux de lait du paradis ; tout cela sans doute n’est rien de trop beau pour payer le sommeil qui doit rendre la mère si heureuse ! Ces chants n’ont point servi qu’à bercer les petits enfans ; ils ont aussi bercé l’âme endolorie de celle qui un jour avait demandé à Dieu de ne point vieillir.Mais vieillir ainsi au milieu de l’admiiation de tous sans l’avoir jamais cherchée ; vieillir en pensant et en écrivant des choses aussi jeunes, aussi fraîches, aussi pures; vieillir en jetant des germes de bonheur, de vertu, de sagesse dans l’esprit de la génération naissante ; n’est-ce pas, comme elle le dit de sa pauvre vieille, envoyer promener son âme dans les fêtes du passé, aux chemins verdoyants d’un autre âge tout bordés de visions innocentes?Ou mieux encore; n’est-ce pas rester comme un ange consolateur sur les limites des deux-mondes, apprenant aux enfans à vivre, aux vieillards comment ils doivent attendre la mort, alors que l’avenir de la terre est usé pour soi, que le lien de la vie n’est plus qu’un fil de la Vierge flottant au vent d’automne ?De douces et nobles et glorieuses amitiés, entourèrent son vieil âge.On peut dire surtout que sa réputation s’était farte d’elle-même, et par là même sa société n’en devait être que plus recherchée de tous ceux qui joignen’ à un cœur sensible un esprit fin et délicat.Sa modestie charmante est bien peinte dans la pièce de vers qu’elle adresse à M.de Lamartine.“ Mais dans ces chants que ma mémoire Et mon cœur s’apprenaient tout bas, Doux à lire, plus doux à croire, Oh ! n’as-tu pas dit le mot gloire?Et ce mot je ne l'entends pas ; Car je suis une faible femme, Je n’ai su qu’aimer et souffrir ; Ma pauvre lyre c’est mon âme, Et toi seul découvre la flamme D’une lampe qui va mourir.Devant tes hymnes de poète, D’ange hélas, et d’homme à la fois, Cette lyre inculte, incomplète, Longtemps détendue et muette, Ose à peine prendre une voix.Je suis l’indigente glaneuse Qui d’un peu d’épis oubliés A paré sa gerbe épineuse Quand ta charité lumineuse VerBe du blé pur à mes pieds.Cette pièce était envoyée au grand poète en réponse à une longue allégorie qu’il lui adressait.Il avait distingué la barque de Mme.Valmore à travers je ne «aie combien de vaisseaux de 108 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE haut bord, qui passaient orgueilleusement ; l’humble barque, il va sans dire, avait toutes ses sympathies, exprimées avec cette richesse de poésie et cette délicieuse mélodie que notre siècle à tant admirées.Il nous parait clair, du reste, que la nacelle s’est rendue à meilleur port que la plupart des trois-mâts que le poète a vus : Renvoyer la lame en poussière, Comme un coursier sème en arrière La blanche écume de son mors.Ce fut vers la fin de juillet 1859, qu’à l’âge de 84 ans, Mme.Val-more laissa ce monde, pour celui qu’elle avait tant imploré dans ses chagrins, et si richement décrit dans ses poétiques visions.Nous ne pouvons mieux terminer qu’en répétant les paroles qu’elle adressait à la pauvre vieille : “ La nature harmonieuse, qui chantait son hymne au sommeil, chanta pour elle : “ Dors bien, dors bien, toi que Dieu reprendra dans son jour éternel !” Puis l’hymne en s’appaisant l’enveloppa d’un bonsoir parfumé, ce bonsoir sans frayeur qui donne le sommeil aux honnêtes gens !” P.C.SCIENCE.HISTOIRE DIT CANADA.COMPTE-RENDU DU COURS DE M.l’aBBÉ FERLAND, A L’uNI-VERSITÉ LAVAL.XVIII.{Suite.) La vie qu’ils menèrent chez les Hurons n’était pas très délicate, n’ayant pour toute nourriture, matin et soir, que l’éternelle saga-mite, et de temps en temps, dans les grandes fêtes, quelques pattes de chiens qu’on leur envoyait.Cependant, un peu plus tard, les Français leur firent part du fruit de leur chasse.Quand ils étaient indisposés, on leur disait de boire de l’eau d’érable.Faute d’assiettes, ils se servaient d’écorces d’arbres, faute de couteaux, ils se servaient de leurs doigts.Le P.Le Caron et le F.Sagar, paraissent avoir étudié avec beaucoup de soin les mœurs et les habitudes des Hurons, et les remarques qu’ils ont faites viennent compléter les connaissances que nous a déjà données la description de M.de Champlain.Ils nous disent que ces sauvages avaient un certain goût pour la peinture et qu’ils exécutaient des dessins, sinon beaux, du moins assez passables pour orner leur pétunoir.Ils réussissaient aussi fort bien dans la poterie, et c’est peut-être la seule nation sauvage où l’on rencontre la pratique de cet art.Rien de plus curieux que leurs festins.Ils s’y rendaient chacun avec une écuelle et une micouane (mot d’où vient celui de micoine) ; ils entouraient la chaudière dans laquelle l’on avait fait cuire les mets, et le chef s’écriait : “ la chaudière est prête.” Chacun s’asseyait et le chef commençait la distribution.Alors venait une formule sacramentelle que personne ne devait omettre, et c’était une grossièreté que d’arriver après cette formule.Le chef, s’adressant aux convives, disait: “Hommes qui êtes ici assemblés, c’est un tel qui donne le festin ; ils répondaient tous en chœur, du fond de l’estomac, “ Hô-ô-ô.” “ Il y a un castor,” ils poussaient de nou-| veau leur aspiration, Hô-ô-ô; et ainsi à chaque ingrédient désigné.Puis tout le monde se mettait à l’œuvre et chacun était obligé de manger ce qui était servi, sous peine de donner quelque chose comme amende, s’il n’était pas capable, où si ses voisins ne voulaient pas achever le reste.On comprend que les pères durent souvent payer l’amende, où passer leurs restes à un camarade ^Les^observations des Récollels sur les idées des Sauvages les font encore mieux connaître.Suivant eux, ils n’avaient pas d’idées claires de la divinité.Ils reconnaissaient un esprit universel en qui tout avait vie.Tout avait son esprit.Ils disaient : “ l’esprit du tomahawk,” l’esprit de l’arc, l’esprit de la chaudière,” et quand on leur demandait pourquoi, après la mort de quelqu’un, ris mettaient près de son corps son tomahawk et sa hache, ils répondaient : “ Mais c’est pour que l’esprit du tomahawk et l’esprit de 6a hache l’accompagnent.” L’esprit des hommes ne s’éloignait pas aussi- tôt qu’il avait quitté le corps, il errait quelque temps autour rie la cabane et assistait aux festins ; ce n’est qu’après avoir séjourné ainsi un certain nombre de jours sur la terre, qu’il s’en allait dans l’autre monde en passant par la voie lactée, si c’était un bon, et si c’élait un chien (méchant), par une autre voie un peu plus loin, qu’ils appelaient “ la voie des chiens.” Ils adoraient une espèce de manitou déesse, qu’ils appelaient Atahënsic, laquelle était tombée du ciel et avait donné naissance à un fils Joskaha.avec lequel elle gouvernait le monde.Ce dernier était bon, tandis que sa mère était méchante et ne cherchait qu’à répandre les maladies et les guerres parmi les hommes.Cependant les idées religieuses des Algonquins étaient encore plus grossières.Ils racontèrent un jour, au père Le Caron, que l’un d’entre eux, ayant fait autrefois un long voyage, rencontra Dieu, qui l’emmena dans sa cabane, où il le traita avec beaucoup de politesse et lui permit de passer deux nuits, ce qu’il accepta.Pendant qu’ils fumaient ensemble, le bon Dieu lui demanda son pétunoir et le brisa.“ Pourquoi as-tu cassé mon calumet,” lui demanda l’Algonquin.“ Je vais t’en donner un autre, répondit le Dieu,” et ce pétunoir te portera bonheur ainsi qu’à tes frères, tant que tu le conserveras, mais si tu le brises, aussitôt les maladies, la famine et la guerre s’abatteront sur ta nation.” Au bout de deux nuits, il se remit en marche et s’en revint dans le pays, où il s’ap-perçut que les deux nuits passées chez le Manitou, étaient deux années, apportant avec lui le bonheur, l’abondance et la paix, chez les Algonquins ; mais un jour, le calumet se brisa, et tous les malheurs les accablèrent depuis cet accident.Le père Le Caron, prévoyait qu’il aurait beaucoup de peine a convertir à la religion ces peuplades ignorantes et grossières.Ils n’avaient aucune idée de la vertu, et le bien qu’ils faisaient ils ne le faisaient qu’en vue de leur propre intérêt.Ils mentaient avec une impudence épouvantable, ils volaient avec une audace, une adresse :nouie, et souvent même pour le seul plaisir de voler.Ils se faisaient même un sujet d’orgueil de leur habilité en ce genre, et, semblables en cela aux Spartiates, leur réputation d’hommes capables et intelligens était réglée sur leur réputation comme adroits filous.On a toujours remarqué l’impossibilité de réduire le sauvage pur.Cette vie d’indépendance, de forêt, de chasse, de grand air, était devenue, pour le Sauvage, une seconde nature.Il n’eût pas échangé sa cabane contre un palais, son canot contre les navires des européens, la sagamité et le chien contre les mets les plus exquis de la cuisine d’un Vatel.On a vu de jeunes filles et de jeunes garçons sauvages, très bien doués du côté des talents et réussissant fort bien, s’enfuir celles-là, du couvent des Ursulines ceux-ci du séminaire, aussitôt qu’ils avaient vu mr campement de leur nation ou aspiré l’air de la forêt, et ne plus revenir.Et, encore de nos jours, les faibles débris de la population indigène suivent encore, à peu d’exceptions près, les anciens usages et l’ancienne manière de vivie ; c’est toujours le canot, la cabane, le costume et le caractère insouciant de leurs pères.Comment expliquer ce phénomène?Est-ce un accident qui tient exclusivement à la nature de l’homme, à la force de l’habitude ?—Est-ce un fait providentiel ?—On n’en sait rien.XIX.Pendant l’hiver, le pere Le Caron s’occupa de faire une grammaire huronne ; il recueillit aussi une partie des matériaux néces-saires pour un dictionnaire, et ce travail, qu’il commença, fut continué peu après, par le père Viel, et plus tard, par les membres de la Compagnie de Jésus.Au printemps, une flotte de Hurons, partit pour aller traiter au Sault 8t.Louis, des fourrures qu’ils avaient conquises sur les animaux pendant l’hiver ; quelques français s’embarquèrent avec eux ainsi que le père Le Caron et le frère Sagar, qui désiraient se rendre à Québec pour les besoins de la mission.—D’ailleurs, il s’agissait aussi, dans cette expédition, d’une affaire de la plus grande importance, non seulement pour ces sauvages, mais puur la colonie elle-même; ou était en train de faire une paix générale.Depuis longues années, ce n’avait été qu’hostilités à peine interrompues de temps en temps ; quand on n’avait pas tait la grande guerre, ou avait lait la petite guerre.D’après le frère Sagar, les sauvages faisaient plus souvent cette dernière, laquelle ressemblait plutôt à une chasse aux hommes qu’à une guerre véritable.Chaque année, un certain nombre de jeunes gens de la nation, partait par bandes de cinq ou six et allaient se poster dans une forêt, aux environs d’un village Iroquois, et là, ils attendaient F sortie de quelques femmes ou des guerriers sans défiance, p°ur fondre sur eux et rapporter dans leur pays un certain nombre de chevelures.Ces courses n’avaient pas lieu seulement de la PaI JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.109 des Hurons, main aussi de la part des Iroquois, tant contre les Hurons, que contre les Algonquins, leurs plus mortels ennemis.La Hotte était composée de soixante canots Hurons, qui furent rejoints bientôt par 25 canots Iroquois et par 13 canots Algonquins.Rendus aux Trois-Rivières, les sauvages débarquèrent pour allumer le grand feu du Conseil, où devait se régler les clauses du traité, lequel fut accompagné des particularités ordinaires.On suspendit les chaudières de la paix, on enterra le tomahawk et on jeta dans le Meuve la hache de guerre, pour signifier qu’il n’y avait plus besoin d’armes, qu’il n’y avait plus d’ennemis.Ce traiié de paix avait lieu en 1624.Peu de temps après, avait lieu une autre fête, dans un autre genre, une grande tête religieuse, et quand je dis grande fête, ce n’est pas à cause de la pompe avec laquelle elle lut célébrée, ni du grand nombre de ceux qui y prirent part, mais à cause de la dévotion touchante du petit peuple de Québec et de la grandeur de celui qui en était l’objet.Depuis la fondation de la colonie, les colons avaient toujours eu une vénération particulière pour St.Joseph, et c’est à lui et à la Ste.Vierge qu’on avait eu constamment recours dans les mauvais jours de la colonie.Ce jour là, il s’agissait de l’élection du patron du pays.L’élection se fit suivant toutes les regies requises pour un pareil choix ; les pères Récollets donnèrent leurs votes; puis tous les habitants vinrent à leur tour, et St.Joseph fut élu patron du Canada, dont, depuis cetle époque, il a toujours été considéré comme le protecteur, titre justifié par une protection constante et toute spéciale pour le pays placé sous ses auspices.Vers l’automne, arrivèrent à Québec trois pères Récollets, de la province d’Aquitaine.Nous avons dit que plusieurs de ces pères étaient venus dans l’Acadie, où ils avaient fondé trois missions, d’où ils étendaient leurs courses évangéliques tout le long du golfe, et on ne sait trop quel motif les amenait en cette ville.Pour s’y rendre, ils avaient remonté la livière St.Jean, jusqu’au lac Témiscouata, qu’ils avaient traversé ; de là, ils avaient lait un long portage, jusqu’au fleuve qu’ils avaient cotoyé, jusqu’au terme de leur voyage.-—Ainsi, dès l’année 1624, trois pauvres missionnaires avaient suivi ce chemin, qui, depuis, a toujours été regardé comme si difficile.Il y avait déjà quatre ans que Madame de Champlain était venue en ce pays, et au sortir d’une société où elle n’avait manqué de rien, elle avait dû trouver un grand changement dans son genre de vie et éprouver bien des privations, aussi, cette même année, son mari songea-t-il à la ramener en France.Mais avant son départ, il avait tout disposé pour qu’on ne souffrit pas trop de son absence ; il s’occupa de tout, même des bestiaux, lesquels avaient déjà été introduits dans la colonie longtemps auparavant.Lu eilet, dans une caite de l’année 1613, on voit une représentation de Québec, où l’on indique le lieu où se récoltait le fourrage de ces animaux.Ce lieu devait êire quelque part où se trouve aujourd’hui le jardin du gouvernement et à cet endroit de la ville qu’on appelle le Cap.Il paraîtrait que les Sauvages auraient cultivé ce terrain avant l’arrivée des Français dans le pays.Quoiqu'il^ en soit, le nombre des bestiaux s’étant assez rapidement accru, et n’y ayant plus suffisamment de fourrage dans les environs ; Lhamplaiu, qui avait entendu parler de belles prairies situées près du Cap Tourmente, y envoya, en 1623, des hommes pour les examiner et on commença à y récolter du foin, qu’on apportait à Quebec.Ces prairies sembleraient avoir été celles qui se trouvent aujourd’hui entre le manoir seigneurial et le Cap Tourmente.Il donna aussi des ordres pressants pour terminer au plus vite le tort bt.Louis et l’Habitation, en bas de la montagne, dans la crainte e quelque attaque de la part des Sauvages.Avec Champlain s embarquaient Guillaume de Caen, un des chefs de la Société et lepere Piat, lequel se rendait en France pour solliciter des secours au nom de ses confrères, dont le nombre était trop petit pour suffire a la conversion des indigènes, et qui manquaient de protecteurs assez puissants pour pourvoir aux dépenses nécessaires.En effet, a protection de la compagnie était loin d’être suffisante, car, au lieu de six religieux qu’elle s’était obligée à entretenir, elle n’en entretenait que trois ou quatre.Outre le retour en France de sa femme, M.de Champlain paraît avoir aussi eu en vue, dans ce voyage, les intérêts de la colonie, an sujet de laquelle les mêmes plaintes qui avaient été faites con-re i ancienne compagnie se renouvelaient encore.Ces marchands non seulement négligeaient complètement les progrès de l’établissement, mais semblaient même y être tout-à-fait opposés.Au jeu, par exemple, de protéger la culture, le gage de la prospérité |8 -°i, ome’ *,s ue faisaient que l’entraver.Ainsi Hébert avait uonne I exemple par son activité entreprenante et son savoir en gncullure ; eh bien ! ce brave cultivateur était sans cesse taquiné 1 vexe par les membres de la société, et lorsqu’il avait plus de blé qu’il ne lui en fallait pour son usage, on le forçait de le vendre à la Compagnie, à un prix fixé par elle, le privant ainsi du bénéfice qu’il aurait pu faire en le vendant à d’autres au prix qu’il eût voulu.Et par 9uite de cette odieuse conduite, le découragement s’était emparé des autres colons, découragement qui avait été tel que, lorsque les pères Jésuites arrivèrent dans le pays, l’année suivante, ils ne tiouvérerit, suivant le père Lallemand, que vingt arpents de terres cultivées, et pourtant il y avait dix-sept ans que le Canada était habité, et la Compagnie avait retiré de grands profits de la traite avec les Sauvages.Sans doute, celle-ci faisait aussi de fortes dépenses ; mais ce qu’elle donnait aux indigènes était peu précieux et elle en recevait en échange des fourrures d’une haute valeur, et en quantité considéiable.Four s’en taire une idée exacte, temarquons que de 1624 à 1625, la compagnie Hollandaise de Manhatte, trafiqua 4,000 peaux de Castor, tandis que l’année précédente, en Canada, on en avait obtenu de 15,000 à 20,000, et une année, on en ramassa même jusqu’à 22,000, cinq fois plus, par conséquent, que les Hollandais.Ainsi la Compagnie avait intérêt à maintenir l’état actuel de choses, de peur de concurrence ; c’est pourquoi elle s’occupait si peu de soutenir la colonie, tandis que ses intérêts étaient dans un état si prospère.A son arrivée en France, Champlain trouva un changement important survenu depuis son départ.Le duc de Montmorency, las des tracasseries de sa vice-royauté, l’avait cédée pour une laible somme à son neveu, Henri de Lévis, duc de Vantadour, dont la familie, fort ancienne, prétendait descendre du Patriarche Jacob, par Lévi, un de ses douze fils.On dit à ce sujet, qu’on voyait autrefois dans une chapelle de cette famille, un tableau représentant la Ste.Vierge et un membre de la maison de Lévis, le chapeau à la main.La Ste.Vierge disait au second : “ Couvrez-vous, mon cousin,” et celui-ci répondait : “ C’est mon bon plaisir, ma cousine.” Le but du duc en achetant la charge de vice-roi du Canada, était bien moins l’avantage temporel que l’avantage spirituel du pays, et pour cela il voulait favoriser les missions de tout son pouvoir en y mettant même de sa bourse.Les pères Récollets avaient conçu l’idée d’appeler à leur secours un ordre qui eut à sa disposition des moyens qu’ils n’avaient pas eux-mêmes, et c’est dan9 cette vue que le père Piat s’adressa à la Compagnie de Jésus, dont le père provincial accepta avec plaisir les propositions.Déjà le duc avait aussi songé à envoyer des Jésuites en Canada, mais il eut besoin d’employer toute sou autoriié pour décider les chefs de la compagnie, qui étaient calvinistes, à admettre les nouveaux missionnaires dans la colonie.Ils n’avaient pas fait de difficultés pour l’admission des Récollets, qui n’avaient pas de protecteurs puissants et ne jouissaient pas d’une bien grande influence; mais, quant aux Jésuites, ils avaient raison de les craindre, car ils savaient que c’était un ordre extrêmement puissant, qui comptait nombre d’influents défenseurs et qui saurait bien au besoin faire écouter ses plaintes.Enfin, il fallut céder devant le langage ferme du nouveau vice-roi ; et bientôt partaient, pour le Canada, trois pères et deux frères de l’ordre de St.Ignace de Loyola.—C’était les pères Laliemant, Brébœuf et le père Masse, le même que nous avons vu rendre tant de services à la colonie du Port-Royal; avec eux venait un autre Récollet, le père de la Roche Daillon, qui appartenait à l’illustre maison des comtes du Lude.M de Champlain demeura encore quelque temps en France pour ses affaires ; le duc l’avait confirmé dans sa charge de lieutenant-général, et i’on trouve encore, cette fois, parmi les pouvoirs qui lui sont accordés par sa commission, celui de chercher un chemin pour conduire à la Chine et aux Indes.Rendus à Québec, les Jésuites s’aperçurent de suite qu’on ne désirait pas les y voir, et malgré la bienveillance dont Guillaume de Caën les avait entourés pendant la traversée, il était évident qu’on les avait fort mal annoncés dans la colonie et que les esprits étaient prévenus contre eux ; car personne ne voulait les recevoir.Mais les pères Récollets vinrent leur offrir de partager leur maison, où les deux ordres vécurent ensemble pendant deux années.Ce qui étonna surtout les Jésuites, ce fut de trouver ici un livre, intitulé Anti-Cotton, ouvrage qui ava t été publié en France contre la Compagnie de Jésus, et qui représentait cette Compagnie sous le» couleurs les plus odieuses.Un exemplaire de ce livre avait été envoyé dans la colonie, où l’on se le passait de main en main.Mais bientôt les vertus des nouveaux peres leur attirèrent le respect des colons, tous les soupçons injurieux s’évanouirent, le livre fut jeté au feu, et l’on comprend que ces calomnies ne font que prouver davantage le mérite d’hommes pour lesquels les ennemis de la religion ont une haine si violente.Arthur Casgrain.(A continuer.) 110 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.HISTOIRE KATFRELLG.ORNITHOLOGIE CANADIENNE FAUCONS, ÉPERVIKRS, ÉMERILLONS.En octobre 1663, Pierre Boucher, alors gouverneur des Trois-Rivières, écrivant pour l’information de ses amis à la cour de Louis XIV, disait (1): “Il y a aussi en ce pays des oyseaux de “ proye de plus de quinze sortes, dont je ne sçais pas les noms sinon “ de l’Epervier et de l’Emerillon.” Avouons néanmoins à la gloire de l’illustre fondateur de Boucherville, que quelle que maigre que soit sa Relation, il était plus versé dans l’histoire naturelle du Canada que ne le sont, de nos jours, la plupart des personnes qui appaitiennent à la classe éclairée.Le vieux chroniqueur, pas plus que ses successeurs, n’ayant décrit ces quinze sortes “d’oyseaux de proye” en langue française, il nous sera presque impossible de leur donner en cette langue les honneurs du baptême.S'il suffisait de fournir une pompeuse nomenclature des oiseaux de nos latitudes, avec force termes scientifiques d’urie latinité plus ou moins barbare, rien de plus facile au moyen des autorités américaines sur cette matière.Ceci pourrait satisfaire aux exigences d’un cours d’histoire naturelle, sans atteindre notre but, qui est de populariser et de dégager d’une érudition fa.-tidieuse une étude qui combine l’utile avec l’agréable.Nous n’esquisserons que les individus marquants de la famille accipilrine, renvoyant a un chapitre subséquent ceux de nos lecteurs qui désirent connaître ce que renferme sur ce sujet le “ Catalogue raissonné de la Smithsonian Institution.” L’histoire des Faucons et l’art de la Fauconnerie tel que pratiqué encore actuellement en Allemagne, en Angleterre et en Belgique, voilà de quoi intéresser toutes les classes, y inclus cette classe peu nombreuse, nous aimons à le croire, pour laquelle le magnifique panorama de la nature animée est un livre scellé.Un autre chapitre résumera, d’après les meilleurs auteurs, l’art de la chasse à l’Oiseau, cet art qui remplissait une partie si notable de l’existence de nos aïeux.Persuadés que nous sommes que l’on jettera avec plaisir un coup d’œil rapide à travers les créneaux de ces vieux châteaux où Messieurs nos pères menaient vie noble et joyeuse—que l’on franchira volontiers avec nous le pont levis de leurs castels où reposaient, sous la garde de Dieu, leurs femmes et leurs enfants, dans ces temps aventureux, où une partie de la population guerroyait contre leurs fiers barons, tandis que l’autre allait chevauchant en Palestine, pour y expirer gaiment au premier rang, au cri de guerre : Montjoye St.Denis! Nous rappellerons les amusements de ce moyen âge, de cette époque, où le jeune châtelain “ avec l’or, le faucon et le cor de chasse, précédé de la harpe du troubadour et de la cithâre du romancier, visitait les pays lointains et les cours étrangères, pour se rendre chevalier parfait.” Ce faisant, nous remplirons un double but : d’abord celui d’intéresser le lecteur au bon vieux temps, à ce temps, dont maintenant chacun médit à tout propos et hors de propos ; ensuite celui de nous enquérir pourquoi, à l’instar de leurs pères, les enfants ne dresseraient pas nos bons amis les Eperviers à chasser pour leurs maîtres, Perdrix, Canards, Pigeons et autres gibiers, afin par ce moyen, de confier à d’autres, en ce siècle merveilleusement pratique, la besogne fort peu récréative de faire le marché, selon le mot du peuple tel qu’on en usait il y a 300 ans et tel qu’on en use actuellement ailleurs.A l’œuvre donc.Des quatre espèces de Vautours qui habitent l’Amérique Centrale, nous ne dirons mot : ils ne visitent jamais nos climats.Parlons des Faucons.Les Faucons sont, de tous les Rapaces diurnes, les plus courageux et les plus agiles ; leur vol est d’une merveilleuse rapidité; on cite la vitesse d’un Faucon échappé de la fauconnerie de Henri II, qui franchit en un jour l’espace séparant Fontainebleau de Pile de Malte, c’est-à-dire une distance de trois cents lieues.Leur livrée est élégante, quoique les teintes foncées y dominent ; leur attitude est pleine de fierté quand ils sont perchés ; mais leur marche est sautillante et peu gracieuse, à cause de la longueur et de la forme demi-circulaire de leurs ongles, ainsi que de l’étendue de leurs ailes.Les diverses espèces de Faucons diffèrent dans leur manière de chasser : cependant, toutes saisissent leur proie, non pas avec le beo, mais avec les serres.Si cette proie est un oiseau, le Faucon se laisse tomber sur elle, ou l’enlève en descendant obliquement sans ralentir son vol, ou la saisit après avoir tourné en spirale autour d’elle; s’il attaque un mammifère, il le saisit à la nuque, et si la victime résiste, il lui crève les yeux à coups de bec.Les Faucons dévorent rarement leur proie sur place ; le plus souvent, ils l’emportent à l’écart, sur un arbre ou sur un rocher.Us plument presqu’en entier les oiseaux avant de les manger, et en avalent à la fois des morceaux fort volumineux ; ensuite ils rejettent en pelottes le peu de plumes qu’ils ont avalées, ainsi que les parties qu’ils ne peuvent digérer.Les Faucons habitent les montagnes, les forêts, les bois près des champs.Ils émigrent quelquefois à la suite des oiseaux voyageurs qui leur servent de proie.On assigne au Canada, parmi les “accidentels,” deux espèces de faucons, savoir Falco Islandicus, nommé par Buffon le Gerfaut d’Islande et Falco Peregrinus de Brisson, ou Faucon Pèlerin ou passager.Le Gerfaut d’Islande, dit Le Maoût, a les tarses recouverts par les plumes dans leurs deux tiers supérieurs; le tiers inférieur et les doigts sont jaunes, ainsi que le tour des yeux et la cirre ; le bec brun de plomb, plus foncé à la pointe, le fond du plumage est brun en dessus, barré et taché de blanc ; il est blanc en dessous avec des taches cordiformes, et des bandes alternes claires et foncées sur la queue.La taille est de dix-huit à vingt ponces.Chez Je jeune, le plumage est brun, unicolore en dessus ; puis après la première mue, il offre des bordures d’un blanc rous-sâtre ; les parties inférieures sont d’un blanc plus ou moins rous-sâtre et marqué de taches longitudinales brunes, plus larges sur les flancs et le ventre.La cirre, (1) le tour des yeux et les pieds sont d’un bleu plus ou moins foncé.Le nom spécifique de ce Faucon indique sa patrie; il descend quelquefois vers le Sud, mais jamais dit-on, au delà du 60e parallèle.Il niche sur les rochers les plus escarpés ; ses œufs, au nombre de trois ou quatre, sont d’un jaune roussâtre clair, avec des taches couleur d'ocre très rapprochées : Avons nous ou non parmi les “accidentels,” le Faucon blanc.(2) (Falco caudieans de Gmelin) nommé, par Buffon, le Gerfaut blanc des pays du Nord, espèce de grande valeur pour les Fauconniers?c’est ce que nous n’avons encore pu constater.Le Faucon Pèlerin, ainsi que le Gerfaut d’Islande, se rencontrent de tems à autre dans l’Ouest de la Province.(3) Comme ce Faucon est une fort belle espèce, nous allons emprunter au continuateur de l’œuvre de Geoffroy St.Hilaire, le Maoût, la description qu’il en donne.“ Les moustaches sont larges, longues et noires ainsi que les joues ; les pieds robustes et jaunes, sont vêtus seulement dans leurs tiers supérieurs ; le doigt median est sensiblement plus long que la tarse ; la queue rte dépasse pas le bout des ailes ; Le plumage des parties supérieures est brun, à raies transversales plus foncées; la gorge et le cou sont blancs; la poitrine blanc roussâtre tirant sur le rose, marquée de petites stries longitudinales noires ; les parties inférieures sont rayées en travers de brun noir sur un fond cendré, les raies sont plus larges aux flancs et au ventre ; les remiges sont d’un brun nuancé de cendré noirâtre, teiminées par un liséré cendré clair ; la queue est d’un cendré bleuâtre, marquée de bandes transversales terminée de cendré blanchâtro.La taille du mâle est de quatorze pouces ; la femelle est d’un tiers plus volumineuse.” Notre but en décrivant si en détail ces deux espèces est de fournir les moyens de les identifier, s’il s’en rencontre des individus en Canada.Le plumage du Faucon Pèlerin varie non seulement suivant l’âge et le sexe, mais encore suivant les saisons et les climats ; il habite tout l’hémisphère nord du globe, et y niche dans les rochers les plus escarpés—le jeune Faucon, pris en septembre, âgé de trois mois, était celui que les Fauconniers dressaient comme le plus susceptible d’éducation.Le vol du Faucon est d’une rapidité que l’œil a peine à suivre.11 s’élève au-dessus de sa proie, et fond perpendiculairement sur elle, tombant des nues : les Poules sont sa nourriture ordinaire.On l’appelle Epervier à Poules aux Etats-Unis, et mangeur de Poules à la Louisiane et au Canada.Mais il mérite d’autres titres : Voyez, dit l’ornithologiste Audubon, ces deux pirates déjeunant à la fourchette : le mâle dépèce une Sarcelle, et la femelle un Canard ; ils semblent, dans un tète-à-tête amical, se féliciter de leur bonne aubaine, et disserter sur la saveur du met friand qu’ils ont conquis: on les prendrait pour des épicuriens ; ce ne sont que des gloutons, et leur voracité n’est égalée que par leur audace ; ils enlèvent sur l’eau les Canards, les Sarcelles, les Oies, et les transportent sur le rivage ; il faut que le fleuve soit bien large pour que le ravisseur fatigué lâche sa proie: alors, il en cherche une autre plus prés de terre, et quand il 1 a saisie, triomphant, il l’emporte en lieu sûr pour la dévorer.J ai (1) Sortes de plumes.(2) Richardson l’a remarqué à la Baie d’Hudson et Audubon l’a vu au Labrador.(Cassin.) I (3) Hand Book of Toronto, compilé en 1855.(1) Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France, page 35, JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.111 vu un Faucon venir à trente pas Je mon fusil, se jeter sur une Sarcelle que je venais d’abattre.Il n’est pas moins avide de Pigeons que de Canards : il court se jeter au milieu de leurs bandes qui voyagent dans les hautes régions de l’air et qui, pour échapper à sa griffe, exécutent les plus habiles évolutions : il ose même quelquefois les attaquer dans le domicile que l’homme leur a préparé.J’en ai surveillé un, pendant plusieurs jours, qui avait conçu une telle affection pour mes Pigeons qu’il se permettait d’entrer dans le colombier par une porte et en sortait par l’autre avec une victime: voyant la terreur et le désordre que scs invasions causaient parmi mes Pigeons, et craignant que ceux-ci n’émigrassent, je mis à mort le voleur.Quand le Faucon est en quête, il se perche souvent sur les branches les plus élevées d’un arbre, dans le voisinage des terres marécageuses : on voit sa tête se remuer par saccades périodiques, comme pour mesurer les distances qui le séparent de sa proie : il épie une Bécasse depuis quelques instants : tout à coup il se précipite sur elle avec un bruit terrible, l’étreint de ses serres acérées, et va la dévorer dans quelque bois voisin.Il plume adroitement avec son bec sa proie qu’il tient entre ses pattes; aussitôt qu’une partie est plumée, il la déchire en lambeaux, dont il se repait avidement ; s’il voit s’approcher un ennemi, il s’enfuit avec son butin, et va le cacher dans l’intérieur de la forêt.C’est surtout en rase campagne qu’il montre de la défiance.” Malgré la justesse de son coup d’œil, la rapidité de son vol et l’habileté de ses manœuvres, le Faucon Pèlerin ne réussit pas toujours à s’emparer de sa proie : Baumann a vu un Pigeon, poursuivi par un Faucon, se précipiter dans un étang, plonger, sortir de l’eau sain et sauf et échapper ainsi aux serres de son ennemi.Quelquefois même ce rapace est vaincu par des oiseaux moins puissants nue lui : M.Gerard a vu un Corbeau tuer un Faucon d’un coup de bec qui lui fendit le crâne.J.M.Lemoine.(A Continuer.) EDUCATION.PEDAGOGIE.DE LA MANIÈRE D’INSTRUIRE LES ENFANTS EN LEUR FAISANT TROUVER LES CHOSES.(.Suite.) Quoiqu’il en soit, ce qui serait un inconvénient grave dans un enseignement plus élevé, cesse d’en être un ou en est un bien moindre dans l’enseignement primaire, où il s’agit encore moins de donner des connaissances que de développer l’intelligence, de former le jugement et de donner de bonnes habitudes à l’esprit ; car les connaissan ces elles-mêmes n’ont de valeur que par le développement de l’intelligence ; et, pour des enfants, la culture de leurs facultés est le meilleur moyen d’étendre les connaissanc es qu'ils peuvent avoir déjà.Or, y a-t-il une meilleure manière d’enseigner mieux, qui exerce les facultés et donne de meilleures habitudes à l’esprit, que celle qui force à réfléchir avant de parler, à observer les choses, à les examiner, les juger, les comparer, pour s’en rendre compte et pour en tirer des conséquences exactes ?Nous reconnaissons cependant que cette marche n’est pas toujours possible, et que parmi les branches d’instruction où l’on peut s’en servir, il y en a qui se prêtent mieux que d autres à son emploi ; il y en a également où cet emploi est plus avantageux que dans d’autres ; puis, il est un degré d’enseignement où les inconvénients l’emporteraient sur les avantages.Ce sont autant de points qu’il faut prendre en sérieuse considération et que nous n’aurons garde de négliger dans ce que nous dirons à ce sujet.11 nous suffit, pour aujourd’hui, d’avoir appelé l’attention sur cette manière d instruire les enfants.Maintenant, pour joindre la pratique à la théorie, nous allons donner un exemple de la façon dont on peut procéder.Afin que cet exemple soit plus significatif, nous prendrons un sujet qui est un peu en dehors de l’enseignement habituel des écoles primaires, bien qu’il s’agisse d’une chose que tout homme doit connaître, et dont il n’y a, par conséquent, pas un instituteur qui ne doive parler à ses élèves.En voyant comment il est possible de mettre à leur portée une question en apparence assez abstraite, les maîtres verront comment ils peuvent faire comprendre par ce procédé une foule de choses qui rentrent davantage dans le cadre ordinaire de leurs leçons.Nous supposons qu’on se propose d’apprendre à des enfants que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais que c’est la terre qui, en tournant sur elle-même, produit les phénomènes apparents que nous désignons sous le nom de lever et de coucher du soleil.Cette leçon s’adresse naturellement aux élèves les plus avancés de la classe, à ceux qui ont déjà une certaine habitude du calcul.Nous montrerons dans d’autres leçons, sur differents sujets, comment on peut procéder de la même manière avec des enfants de tout âge.Leçon sur le lever et le coucher du soleil.Le maître.On parle toujours du lever et du coucher du soleil, du soleil levant et du soleil couchant : est-ce que le soleil se lève et se couche tous les jours ?—L’élève.Il le faut bien.M.Comment celà ?—E.S’il ne se levait pas, il ferait toujours nuit, et s’il ne se couchait pas, il ferait continuellement jour.M.Bien ; mais que fait le soleil quand il est couché et avant qu’il se lève—E.Je n’en sais rien.M.De quel côté de cette salle se lève-t-il 1—E.A gauche.(Il est bien entendu que pour cette leçon les élèves sont supposés regarder le midi.Si eela n’était pas possible, les mots à gauche, à droite, etc., devraient être changés en conséquence.) M.Et de quel côté se couche-t-il ?—E.A droite.M Mais s’il est à droite quand il se couche, comment peut-il être à gauche quand il se lève ?Il ne reste donc pas à la place où il se couche?—E.Non, Monsieur, il revient à la place où il s’est levé.M.Le soleil ne se couche donc pas de la même manière que vous ; il n’entre pas dans un lit ?—E.Oh ! non, Monsieur.M.Et il n’en sort pas davantage quand il se lève ?— E.Non.M.Qu'est-ce donc que le lever du soleil ?- E.C’est le moment où le soleil commence à paraître le matin.M.Et le coucher?—E.C’est celui où il disparaît le soir.M.Lorsqu’il commence à paraître le matin, que fait-il ?— E.Il s’élève peu à peu.M.C’est pour cela qu’on dit qu’il se lève lorsqu’on le voit paraître le matin à l’horizon ; il s’élève en effet insensiblement.M.Jusqu’à quelle heure s’élève-t-il ?—E.Jusqu’à midi.M.Et après cela que fait-il ?—E.Il commence à descendre jusqu’au soir, où il se couche.M.On dit alors qu’il se couche parce que nous le voyons disparaître au-dessous de l'horizon, comme on a dit le matin qu’il se levait lorsqu’on l’a vu paraître au-dessus.Mais, puisqu’il se retrouve le matin à la place où il s’est levé la veille, est-cc qu’il revient par le même chemin?—E.Non, Monsieur, car alors on le verrait toujours et il ne ferait pas nuit après son coucher.M.Mais le verrait-on marcher dans le même sens ?— E.Non, Monsieur, il irait alors en sens inverse, de droite à gauche.M.Dans quel sens va-t-il donc pendant le jour ?—E.De gauche à droite.M.Mais, si le soleil ne revient pas sur ses pas, que fait- 112 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.il aotic pendant la nuit?—£.Il fait le tour de l’autre côté de la terre.M.Ainsi que fait-il pendant l’espace d’un jour et d’une nuit ?— £.11 fait le tour entier de la terre.M.Mais s’il peut passer de l’autre côté de la terre, il n’y a donc rien par dessous pour l’empêcher de passer 1—£.11 le faut bien.M.Alors, comment la terre se soutient-elle ?— £.Je ne sais pas.M.C’est là une chose merveilleuse, bien propre à nous donner une idée de la puissance et de la sagesse de Dieu.Je tâcherai peut-être une autre fois de vous faire comprendre comment cela se fait ; mais revenons à notre sujet.Si le soleil fait le tour de la terre, pourrait-on savoir quel chemin il fait en un jour ?— £.Je ne sais pas.M.Voyons : puisqu’il tourne autour de la terre, quelle figure trace-t-il dans sa marche ?(En disant ces paroles, le maître doit faire un mouvement circulaire du bras pour guider les élèves dans leur réponse.)— £.Il trace un cercle.M.Et comment peut-on mesurer la circonférence d’un cercle?—£.En multipliant le diamètre par 3 (1) M.Ce n’est pas très-exact, il faut un peu plus ; mais contentons-nous de cette approximation.Comment pourrons-nous donc avoir la mesure de la circonférence que le soleil devrait parcourir chaque jour ?—£.Il faudrait en connaître le diamètre et le multiplier par 3.M.Mais connaissez-vous ce diamètre ?— £.Non, Monsieur.M.Pourriez-vous le connaître si vous saviez quelle est la distance du soleil à la terre?—£.Je ne sais pas.M.Essayez.Faites un point sur le tableau avec la craie.—Bien ! faites-en un autre à une distance quelconque.— Maintenant, supposez que votre premier point représente la terre et le second le soleil : la distance entre ces deux points représentera l’éloignement du soleil à la terre ; comment trouverez-vous alors le chemin que parcourra le soleil ?—£.U faut du premier point tracer une circonférence passant par le second.M.Tracez-la.Maintenant dites-moi quelle est la mesure de cette circonférence ?—£.Elle est à peu près au triple du diamètre.M.Mais si votre circonférence représente la marche du soleil, et si la distance du centre à la circonférence représente la distance du soleil à la terre, à quoi sera donc égal le diamètre de la circonférence que le soleil décrit dans sa marche autour de la terre ?—£.Au double de la distance du soleil à la terre.M.Que faudrait-il donc connaître d’après cela, pour savoir quel chemin le soleil fait autour de la terre en un jour ?£.Il faudrait connaître la distance du soleil à la terre.M.C’est cela.Eh bien ! cette distance est d’environ 153 millions de kilomètres, ou plus de 38 millions de lieues.__E.38 millions de lieues ! Quelle distance ! Mais comment a-t-on pu la mesurer ?M.Ce serait trop long pour aujourd’hui ; une autre fois je vous le ferai comprendre, et vous verrez comment on peut mesurer, à l’aide de moyens géométriques, la distance du soleil auxquels on ne peut pas atteindre.Mais la distance du soleil à la terre étant de 38 millions de lieues, comment trouverons-nous la circonférence décrite par le soleil, ou le chemin qu’il ferait dans un jour ?—£.Il fau- (1) Je suppose que, sans avoir donné aucune notion de géométrie à 6es élèves le maître a dû leur faire connaître ce moyen peu exact, mais très-commode et fort souvent suffisant, d'évaluer la grandeur d’une circonférence quand on connaît le diamètre.On sait, du reste, qu’on obtient d’une manière plus rapprochée la valeur de la circonférence en multipliant le diamètre par 22 et en prenant le le du produit.On l’obtient avec plus d’exactitude en multipliant le diamètre par la fraction 355/113, et plus exactement encore, et même plus commodément en multipliant par 3,1416 drait prendre le double de cette distance pour avoir le diamètre de la circonféronce et le multiplier par 3.M.Faites le calcul.—£.(après avoir fait le calcul).Cela donne 228 millions de lieues pour le chemin que le soleil fait chaque jour autour de la terre.M.Cela donnerait même plus, puisque le nombre 3 est un multiplicateur trop faible ; mais n’importe, combien cela fait-il de lieues par heure (1) !—£.Il faut diviser ce nombre par 24.M.Faites.—£.Cela fait 9,500,000 lieues par heure.M.Et par minute?—£.Il faut diviser ce dernier nombre par 60.M.Bien, divisez.— £.Cela fait 158,333 lieues par minute.M.Et par seconde ?—£.Il faut encore diviser ce dernier nombre par 60.M.C’est cela; faites le calcul.—£.Cela fait 2,638 lieues par seconde.M Que pensez-vous de cette vitesse ?—£.C’est effrayant.M.En effet, c’est une vitesse environ 30,000 fois plus grande que celle d’un boulet, dont la vitesse au sortir du canon est d’environ 400 mètres par seconde.Croyez-vous que cela soit possible?—£.Il me semble que non.M.Vous avez raison, et bien d’autres causes que vous ne pourriez pas comprendre à présent démontrent qu’il est impossible que le soleil ait une vitesse pareille.—£.Mais si le soleil est bien à 38 millions de lieues, il faut pourtant qu’il ait cette vitesse pour faire son tour entier autour de la terre.M.Oui, si le soleil tournait autour de la terre.Mais que diriez-vous s’il ne bougeait pas ?—£.Alors nous ne le verrions pas se lever et se coucher tous les jours.M¦ Peut-être.—£.Je ne comprends pas.M.C’est possible ; mais voyons si vous ne pourriez pas comprendre.Essayons.M.Le matin, lorsqu'on est tourné vers le midi, où se lève le soleil?—£.A gauche.M.Et le soir, où se couclie-t-il?—£.A droite.M.Comment voit-on donc marcher le soleil dans la journée?—£.On le voit aller de gauche à droite.M.Bien.Tachons de représenter ce mouvement.Venez Paul, et placez-vous ici, en regardant le midi.Vous, Charles, placez-vous là.(Le maître fait placer Charles à une certaine distance à la gauche de Paul, et un peu en arrière de manière que celui-ci ne puisse pas le voir).Nous allons supposer que Paul soit la terre et Charles le soleil ; Charles ne se fâchera pas du rôle brillant que nous allons lui faire remplir.Maintenant, Paul, dites-moi si, dans cette position, vous apercevez Charles.—Paul.Non, Monsieur.M.Charles, avancez à petits pas et très-lentement en décrivant un cercle autour de Paul, et vous, Paul, vous nie direz quand vous commencerez à apercevoir Charles.—P-Ah ! je le vois, Monsieur.M.Quel instant de la journée cela vous représente-t-il ?— P.Le lever du soleil.M., tandis que Charles continue à avancer.—Maintenant que Charles est en face de vous, à quel instant de la journée cela correspond-il ?—P.A midi.M.Et à présent que Charles s’approche de votre droite, quel moment cela vous indique-t-il—P.Le soir.M.Vous allez me dire quand vous ne verrez plus Charles.—P.Ah ! je ne le vois plus.M.Qu’est-ce que cela vous représente cette fois ?—P¦ Le coucher du soleil.M.Voyons donc si nous ne pourrions pas obtenir le même résultat sans que Charles ou le soleil bougeât de place.(1) On peut donner aux élèves, comme travail à faire, tous les calculs indiqués dans cette leçon et dans la suivante, en prenant les nombre1 * 3 exacts. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.113 Charles, reprenez votre première place, et vous, Paul, sans nuitter la vôtre, vous allez tourner lentement sur vous-même quand je vous le dirai.Dans la position actuelle, a jercevez-vous Charles ?—P.Non, Monsieur.jlî.Eh bien, tournez sur vous-môme sans quitter la place, mais en tournant de droite à gauche, et vous me direz quand vous apercevrez Charles, puis successivement dans quelles positions vous le verrez.—P.Ah ! je commence à apercevoir Charles à gauche.—Le voilà à présent en face de moi.—Ali ! maintenant le voilà à ma droite.—Ah ! je ne le vois plus.il/.Eh bien ! y a-t-il quelque différence entre ces apparences successives et celles de tout à l’heure ?—P.Non, Monsieur.il/.Il n’y en a en effet aucune ; et cependant il y en a une très-grande dans ce qui s’est passé.En quoi consiste cette différence.—P.La première fois, Charles tournait autour de moi, de gauche à droite, et la seconde fois j’ai tourné autour de Charles, de droite à gauche.il/.Est-il bien vrai que vous avez tourné autour de Charles ?—P.Ah ! c’est vrai, je me trompe, j’ai simplement tourné sur moi-même.M.Vous voyez donc que les mêmes effets peuvent se produire de deux manières différentes.Ainsi le soleil peut nous paraître aller de gauche à droite, soit qu’il se meuve dans ce sens autour de la terre, soit qu’il reste immobile, et que la terre tourne au contraire sur elle-même.Mais dans ce cas, dans quel sens la terre devra-t-elle se mouvoir ?—E.De gauche à droite.il/.C’est cela même.Mais je vous le ferai comprendre encore d’une autre manière.Après la classe vous viendrez dans ma chambre, nous fermerons les contrevents, et je vous ferai voir cela avec une lumière et la boule que voici.A la récréation, lorsque le maître a disposé les choses de la manière annoncée, il reprend l’entretien de la manière suivante.il/.Lorsque le soleil se lève à votre gauche le matin, de quel côté est l’ombre ?—E.A droite, il/.Est-elle grande ou courte ?—E.Elle est très-grande, il/.Reste-t-elle toujours aussi grande ?—E.Non, elle diminue à mesure que le soleil se lève, il/.Jusqu’à quand diminue-t-elle?—E.Jusqu’à midi, il/.Où est-elle alors ?—E.Elle est derrière.M.Et à partir de ce moment que devient-elle ?—E.Elle augmente.M.De quel côté se trouve-t-elle alors?—E.A gauche.M.Et quand est-elle de nouveau la plus grande ?—E.C’est le soir, au moment du coucher du soleil.il/.Eh bien ! que diriez-vous si tout cela pouvait avoir lieu sans que le soleil changeât de place ?—E.Ce serait singulier.M.Pas si singulier que vous croyez.Voyons.Voici une boule que nous supposons être la terre ; plantons-y une pointe ou un clou qui nous représentera un arbre, un homme, un bâton, ce que vous voudrez.Maintenant tenez la boule sans la remuer, je vais tourner autour avec cette lumière à la main et vous me direz où est l’ombre.Commençons.Où est l'ombre maintenant ?—E.Il n’y en a pas encore ; la lumière ne frappe pas le clou.M.C’est comme si le soleil n’était pas levé.Et maintenant?—E.Ah ! voilà une grande ombre à droite.M.Qu’est-ce que cela vous représente ?—E.C’est comme si c’était le lever du soleil.M.Que devient l’ombre maintenant?—(Le maître en s’avançant doit élever la lumière jusqu’au moment qui représentera le midi, après quoi il la baissera en continuant à s’avancer.)—E.Elle diminue peu à peu.M.Et à présent?—E.Elle est toute petite.M.Et de quel côté est-elle dirigée 1—E.Elle est droit derrière.M.A quel instant de la journée cela ressemble-t-il?— E.A midi.M.Où est l’ombre actuellement?—E.Ah ! la voilà qui passe à gauche.M.Que devient-elle à présent?—E.Oh! comme elle grandit: la voilà grande comme tout à l’heure.M.Et de quel côté est-elle ?—E.Elle est tout à fait à gauche.M.Et à présent ?—E.Ah ! il n’y a plus rien.M.Qu’est-ce que cela vous représente ?—E.Le coucher du soleil.M.Je vais continuer de faire le tour.Que voyez vous?— E.Je ne vois rien, il n’y a plus de lumière.M.A quoi cela ressemble-t-il?—E.C’est comme quand-il fait nuit.M.Et à présent ?—E.Voici que cela recommence; la lumière vient frapper le clou et voici l’oinbre à droite.M.En continuant de même nous ferions successivement le jour et la nuit.Que vous représentent donc la lumière et la boule ?—E.La lumière représente le soleil et la boule est la terre.M.C’est cela ; mais faisons autrement.Nous allons laisser la lumière immobile et je vais faire tourner la boule sur elle-même comme une toupie, sans la faire changer de place.Examinez où est l’ombre ?—E.Il n’y en a pas encore, la lumière ne donne pas sur le clou.M.Faites attention?—E.Ah! voilà l’ombre à droite comme tout à l’heure.M.C’est-à-dire ?— E.Comme lorsque le soleil se lève.M.Voyez ce que devient l’ombre ?—E.Ah ! la voilà qui diminue ; maintenant elle est toute petite.M.Et où est-elle ?—E.Elle est derrière le clou.M.A quel moment de la journée cela répond-il ?—E.A midi.M.Continuons : que devient l’ombre maintenant?—Les élèves successivement.La voilà qui passe à gauche.—Oh! comme elle augmente !—A présent elle est tout à fait grande.Ah ! il n’y en a plus.M.A quoi cela ressemble-t-il ?—E.Au coucher du soleil.M.Et maintenant ?—E.A la nuit.M.Je vais continuer à faire tourner la boule jusqu’à ce qu’elle soit comme quand j’ai commencé.—E.Voilà la lumière qui donne de nouveau sur le clou, et l’ombre qui reparaît à droite.M.Si je continuais à faire tourner la boule qu’arriverait-il ?—E.Cela recommencerait comme tout à l’heure.M.Y a-t-il quelque différence dans ce que nous venons de faire cette fois et ce que nous avions fait la première ?Faites bien attention avant de répondre.—E.La seule différence qu’il y ait, c’est que la première fois c’était la lumière qui tournait autour de la boule, et à la seconde la boule tournait sur elle-même.M.Très-bien.Mais les résultats sont-il différents?— E.Non, Monsieur, c’est absolument la même chose.M.Ainsi croyez-vous qu’il soit nécessaire que le soleil tourne autour de la terre pour qu’il paraisse se lever ou se coucher ?—E.Non, cela pourrait se faire sans cela ; mais il faut que la terre tourne.M.Précisément.Mais dans quel’sens doit-elle tourner par rapport au mouvement apparent du soleil ?—E.En sens inverse, c’est-à-dire de droite à gauche.M.C’est cela même.Mais alors croyez-vous que la terre ait besoin de tourner aussi vite que le soleil?—E.Oh ! non, Monsieur.M.A quoi serait égal l’espace parcouru par la terre dans un jour?—Réfléchissez bien avant de répondre.—E.La terre faisant un tour chaque jour, cet espace serait égal à sa circonférence.M.Et savez-vous quelle est la circonférence de la terre? 114 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Rappelez-vous la défiuition du mètre.—JB.Elle est de 40 millions de mètres.M.Combien cela fait-il de kilomètres ?Comptez.— E.40,000 M.Et de lieues de 4 kilomètres!—E.10,000.M.Combien cela fait-il de lieues par heure?Comptez.— E.Cela fait 1666 kilomètres ou 416 lieues par heure.M.Et par minute?—E.27 kilomètres777mètres,ou près de 7 lieues.M.Et par seconde?—E.462 mètres, ou un peu plus d’un dixième de lieue.M.C’est encore une assez jolie vitesse, puisqu’elle dépasse déjà celle d’un boulet de canon ; mais elle n’approche pas de celle que devrait avoir le soleil, si c’était lui qui tournât autour de la terre.Ne trouvez-vous pas cela beaucoup plus probable ?—E.Oui, mais cependant nous ne nous apercevons pas que la terre tourne.M.C’est vrai, mais ce n’est pas une raison pour le nier.Dites-moi, êtes-vous allé quelquefois en bateau ?—E.Oui, Monsieur.M.Avez-vous remarqué alors que les arbres, les maisons et tous les objets situés sur le rivage paraissaient fuir derrière vous?—E.Oh! oui, Monsieur ; cela m’a paru bien singulier, surtout la première fois.M.Est-ce que les arbres, les maisons, le rivage, changeaient réellement de place Ï—E.Non pas, c’était le bateau.M.Et le bateau vous paraissait-il se mouvoir?—E.Non, Monsieur.M.Savez-vous pourquoi?—E.C’est probablement parce qu’il glissait sur l’eau sans secousse.M.Vous avez raison; mais pourquoi les arbres vous paraissaient-ils fuir derrière vous?—C’est que le bateau s’éloignait d’eux, et, comme je semblais ne pas bouger, je m’imaginais que c’étaient les arbres qui s'éloignaient de moi.M.Comprenez-vous maintenant comment la terre puisse tourner sans que vous vous en aperceviez ?—E.C’est qu’elle tourne sans secousse.M.Et comprenez-vous aussi pourquoi le soleil semble tourner autour de la terre ?—E.C’est que la terre tourne sans que nous nous en apercevions.M.C’est cela même.Mais dans quel sens le soleil paraît-il tourner?—E.Il semble aller de l’Est à l’Ouest.M.La terre doit-elle tourner dans le même sens?Faites attention.—E.Non, Monsieur, elle doit tourner de l’Ouest à l’Est.M.C’est précisément ce qui a lieu.—E.Mais si la terre tourne, les hommes doivent avoir la tête tantôt en haut, tantôt en bas.M.Dites-moi.Pour que vous eussiez la tête en bas et les pieds en haut, maintenant, où faudrait-il que fussent votre tête et vos pieds ?—E.Il faudrait que mes pieds fussent en l’air et ma tête du côté de la terre.M.Mais les hommes changent-ils de position tandis que la terre tourne ?—E.Non.M.Où leurs pieds posent-ils !—E.A terre.M.Où ont-ils donc leur tête ?—E.En l’air.M.Par conséquent, tandis que vous, de ce côté-ci de la terre ou de cette boule, vous auriez les pieds à terre et la tête en l’air, ceux qui seraient de l’autre côté, où auraient-ils la tête et les pieds ?—E.Ils auraient aussi les pieds à terre et la tête en l’air.M.Leur position par rapport à la terre, aux arbres, aux maisons, serait-elle changée 1—E.Non, Monsieur, elle serait toujours la même.M.Us n’auraient donc pas, par rapport à la terre, la tête en bas et les pieds en haut?—E.C’est vrai, je n’y avais pas fait attention.Mais, Monsieur, comment se fait-il alors que les hommes puissent se tenir sur la terre dans toutes les positions ?Il me semble qu’ils devraient tomber.M.Oh ! ceci est une autre question qui exigerait encore de longs détails ; je tâcherai de vous la faire comprendre une autre fois.Aujourd’hui, contentons-nous de ce que nous avons appris, savoir : que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre, mais que c’est la terre qui tourne sur elle-même et qu’elle tourne de l’Ouest à l’Est.Dans cette leçon, à l’exception d’un cas où c’était nécessaire pour l’intelligence des explications, nous avons supprimé les interpellations directes adressées par le maître à tels ou tels élèves en particulier.Afin de ménager la place, nous avons supposé le maître s’adressant à la classe comme à un seul élève.Mais il ne doit pas en être ainsi.Le maître doit, au contraire, s’abstenir de parler d’une manière générale : il faut qu’il fasse ses questions pour ainsi dire à chaque élève nominalement, tantôt à l’un, tantôt à l’autre, quelquefois à tour de rôle, d’autres fois ne suivant plus l’ordre des rangs, afin de mettre plus de variété, d’exciter davantage l’intérêt et de tenir l’attention éveillée chez tous.Il y a d’ailleurs des réponses à faire aux questions qui exigent de la part des élèves ou une intelligence plus prompte ou plus de puissance de réflexion.Il faut donc, selon la nature de la question, savoir à quel élève on doit l’adresser de préférence.Cette manière d’enseigner offre avec une classe des avantage qu’on ne trouve pas avec un seul élève ; car, parmi les réponses faites par plusieurs, on en rencontre nécessairement qui se rapportent mieux au sujet les unes que les autres et qui peuvent amener plus vite à la découverte du fait cherché.Lorsqu’un ou plusieurs élèves ne font pas une réponse qui se prête à ce que nous voulons dire, nous pouvons nous adresser encore à un ou plusieurs autres, jusqu’à ce que nous ayons obtenu une réponse convenable.S’ils s’éloignent de la question, s’ils jugent à faux, nous pouvons les redresser indirectement par la manière dont nous en interpelons d’autres.— Et vous, un tel, qu’en pensez-vous ?—Cela vous semble-t-il exact ?—Croyez-vous qu’il en soit ainsi ?—Et vous, ne pourriez-vous pas vous y prendre autrement ?—Les questions de ce genre font nécessairement douter celui à qui l’on s’adresse de l’exactitude des réponses précédemment faites, et elles le portent à chercher d’un autre côté.Nous n’avons pas besoin de dire que dans le sujet que nous avons choisi pour exemple les questions indiquées ne sont pas les seules qu’on puisse adresser aux élèves.Souvent, ce que nous avons exprimé en une question, de crainte d’être trop long, doit être décomposé et faire l’objet de plusieurs, car il ne faut pas s’exposer à rester obscur par la crainte de perdre du temps.Ce qui serait d’ailleurs très-long et prendrait .beaucoup d’espace, si on voulait l’écrire, se dit très rapidement et prend peu de temps en parlant.L’objet important est d’habituer les élèves à réfléchir, à remarquer, à observer ; les questions doivent en conséquence être simples et précises ; elles doivent porter sur des faits circonscrits, bien déterminés, d’une observation facile.Il y aurait bien d’autres choses à dire non-seulement sur la manière de questionner les élèves, mais encore sur la manière en général de les instruire en leur faisant trouver ce qu’on veut leur apprendre.Nous y reviendrons plus tard et nous exposerons les principes qui doivent présider à ce mode d’enseignement ; nous indiquerons les régies à suivre et les écueils à éviter, et, afin de mieux guider les maîtres qui désirent employer avec les élèves une méthode aussi favorable à la culture de l’intelligence, nous en montrerons l’application dans des modèles de leçons sur différents sujets.Dans un prochain article, nous l’appliquerons en particulier à des faits de l’ordre moral ; on y verra combien cette manière d’instruire les élèves se prête au développement de la raison ; il n’y en a certainement point qui 115 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.convienne avisai bien pour former leur jugement et pour les exercer à réfléchir sur les principes de leurs actions.J.J.Rapet.exercices de Grammaire.Première conjugaison.—L'infinitif est terminer en er.(Vu l’importance de la partie de la grammaire qui concerne les conjugaisons, nous donnons, sur cet objet, une série de nouveaux exercices, après lesquels nous reprendrons la grammaire de Lhomorid, édition Jullien, là où nous nous sommes arrêtés, c’est-à-l dire à la page 47.) Hébron.Gustave-Adolphe, à Nuremberg, essayer (ma.pl.q.p.3e pers.s.) inutilement de forcer les retranchements de l’ennemi.Après une lutte terrible, la nuit s’approcher (ind.imparf.3ep s.) ; niais les Suédois s’avancer (ind.pl.p.3e pers.pl.) si loin que le retour au camp présenter (ind.imp.3e pers.s.) de grands dangers.Gustave ne I'ionorer (ind.imp.3e pers.s.) pas et ses yeux chercher (ind.imparf.3e pers.pl.) autour de lui un officier assez expérimenté pour qu’il le charger (subj.imparf.3e pers.s.) de cette tâche importante, lorsqu’il renconther (prêt, simple, 3e pers.s.) le colonel Hébron qui considérer (ind.imparf.3epers.), I* sans y participer, les diverses chances de cette journée ; car ayant été, à ce qu’il penser (ind.imp.3e pers.s.) offenser (part, passé ¦ masc.j par le roi, il demander (ind.pl.q.p.3e pers.s ) son congé et juger (ind.pl.q.p.3e p.s.) qu’il ne tirer (cond.prés.3e pers.s.) plus l’épée pour son service; ce fut cependant à lui que Gustave s’adresjER (prêt, simple, ind.3e pers.s.) pour diriger la I retraite. celui-la, la mâchoire inférieure, à un autre, le nez.Au bout de deux’ trois ou quatre mois, selon l’importance matérielle de l’os, le période’ surtout conservé avec soin, avait rendu un autre humérus, un autre îa, un autre avant-bras, une autre mâchoire inférieure et un autre nez Un cite les noms des opérateurs, le lieu où ils ont opéré, la date Itl0n,3, et.Ies nom3 des personnes qui ont été opérées.lAia',l(lén3ie de médecine, dans une de ses dernièrts séances, à constaté ces résultats merveilleux.” t ANNO IHS 1742, PAPA BENEDICTO XIII°, REGE LUDOVICO XV°, EP ° .HENR ° .M.POMBRIANT, PRO REGE CAR °.DE BEAUIIARNOIS, PRAETORE EGIDIO HOCQUART, RESIOENTIAE SOCs.IESU INCHOATAE, AN °.1622, NUNC CONTINUATAE POSUIT FUNDAMENTÜM CLARs.Ds.Ds.LUDs.NORMAND, SÜPr.SEMINi.SULPi, VICARIUS GENERALIS SUB IVa.EPISCOP1S.* L’autre plaque portait l’inscription suivante, qui fait voir qu» le vieil édifice fut démoli, et la prison érigée sur le lieu, en 1808 : Anno Domini 1808 °, Georgii Tertii Regis 48 °, Pro Rege in America Britannica, Jaco.Heno.Craig O.B.Equité, Primum hujusce carceris lapidem posuere, Pet.Lud.Panet, Isaac Ogden, Pro Montis Regalis jurisdictione curiae B.R.Honorabiles Judices Nec Non et Josephus Frobisher, Armiger, Ad hoc Aedificiem Aedificandum praepositi.— Hic, olim, fuit residentia P.P.Societatis Jesu, Ut testatur inscriptio una cum hac deposita Prius Aedificinm Diruendo, reperta.— Le sceau de la cité, ou de la ville de Montréal, celui du shériffdu district, sont gravés sur l’un des coins supérieurs.Au coin inférieur, a main gauche, M.B.Gosselin, sans doute le nom du graveur de la plaque, à écrit son nom.On a tr»uvé dans la bouteille, placée dans la cavité, quatre pièces a or du règne de George III, l’une de l’année 1762.une autre de 1794 une troisième de 1802, et une autre enfin de 1807; un cbelin et un douze sous en argent de la même date, tous deux de l’année 1 787 ; le douze sous était corrodé; ces quatre pièces du dernier siècle portent, par exemple, les fleurs-de-lys de France, incrustées sur les armes ; ces Heurs-de-lys ont disparu des pièces actuelles.Il y avait de plus deux sous de 1797 et des demi-sous de 1799, grandement affectés par le vert-de-gris.Les documents contenus dans la bouteille sont presque réduits en pulpe; quelques-uns sont illisibles.On a trouvé, cependant bien conservées, des copies de “ l’Almanac de Québec, du Calendrier Royal Anglo-Américain, pour l’année 1808, publié et vendu par J.NeilsoD No.9, rue de la Montagne,” une page de ce livre est en anglais, puis autre en français, et ainsi de suite; il contient de curieuses statistiques du temps passé.M.Forsyth, C., E.de cette ville, a découvart ces reliques intéressantes.BULLETIN DES BEAUX—ART8.— Au nombre des présents que les Japonais ont emportés des Etats-Unis, celui des grands orfèvres de Broadway, MM.Tiffany et Cie mente une mention particulière.C’est une médaille d’or à 18 carats’ au poids de trois onces et d’un module de deux pouces et demi.Elle est entouree d’un rebord d’un quart de pouce d’épaisseur.Sur un des cotes, on voit le soleil lancer ses rayons sur huit pavillons américains et japonais qui sont gracieusement entrelacés et entourent un camée de sardoyne ou l’artiste a gravé un excellent portrait en trois quarts du président Buchanan.Au bas du camée, dans un espace de la eran-vf^’.eceAe ?ents» se trouve l'inscription suivante : et a o u • .; r ,—> “ uuouipuuu suivante : A Sa Majesté impériale, le Tykoun du Japon, de la part de Tiffany : Oie., orfèvres, New-York, juin 1860.” J Les écnsçnns Hpq Tï'tato-TTnîo a» .4., r_ ~ .___ .» dePu,s Pe» découvert dans le canton d’Acton, situé à quel-laani.r 3euJ,ement dc Montréal, des mines de cuivre d’une richesse tableau comparatif suivant donne une idée de la valeur du & 18,'q!L°VrL O valeur du minérai d’Angleterre par tonneau d'Acton’fT7 i
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