Journal de l'instruction publique, 1 juin 1861, Juin
Volume V.Montréal, (Bas-Canada) Juin 1861- No.6.SOMMAIRE.Littérature.—Poésie : La fille du croyant, par Mlle.Ernestine Drouet, institutrice.—Le Géant des Mëchins.légende canadienne, par J.C.Taché.—Education : Conseils aux instituteurs, VIII.Rapport de l’instituteur avec ses élèves, par Th.Barrau.—De là volupté considérée comme obstacle à l’éducation au développement de l’intelligence, par le Père Félix.—Exercices pour les élèves des écoles.—Vers à.apprendre par cœur : La première communion, par M.A.de 1 uibusquc, (inédit).—Sujet de composition : Souffrances d’un missionnaire, par la So*ur Curran.—Avis Officiels : Nomination d'inspecteurs d’école.—Séparation et annexion de municipalités scolaires.—Diplômes accordés par les bureaux d’examinateurs.—Edïtorial : Rapport du Surintendant de l’instruction publique du Bas-Canada pour 1860, (à continuer).—Quatorzième conférence de l’association «les instituteurs de la circonscription de l’école Normale Jacques-Cartier.—Rela-tion du voyage de S.A.R.le Prince de Galles en AmCrutue.(suite).—Bulletin des publications et des réimpressions les plus récentes: °aris, Londres, Bruxelles Montréal, Québec.—Petite Revue Mensuelle.—Not1' t es et Faits Divers • Bullet m de l’Instruction Publique.—Bulletin des Leur .—Bulletin des Sciences.—Bulletin des Arts et des Beaux-Arts.LITTERATURE :ouche, POESIE.LA FILLE DU CROYANT.Des serviteurs du Christ, des enfants de la France Quand l'émir eut un jour embrassé la défense ; Quand il eut à Beyrouth, par un sublime effort, Arraché le plus faible aux serres du plus fort ; Sans qu’un seul mot alors s’échappât de sa bouche, Quand on l’eut vu passer, le front haut, l’œil farouc Semant autour de lui la terreur eu tout lieu, —Comme s’il eût porté la justice de Dieu,—¦ A ceux qu’il a sauvés offrant un sûr asile, L’émir à son palais revint fier et tranquille.De ses femmes déjà la bruyante douleur Semblait moins redouter que pleurer un malheur, Et toutes gémissaient sur cet étrange zèle Qui lui faisait pour nous affronter le trépas ; Seule, une jeune fille, aux doux yeux de gazelle, Ne priait plus, ne pleurait pas.Son silence exprimait la souffrance et le doute : Dans son regard profond et plein d'émotion, Dans ses yeux attachés à la céleste voûte, On voyait-comme un point d’interrogation.Mais, lorsque enfin la nuit vint replier ses voiles, Quand pâlirent aux cieux les dernières étoiles, Avec le jour naissant l’enfant se ranima ; Son coeur battit plus fort ; son front s’illumina : Elle dit avec joie : (t Et maintenant, j’espère ! ” Ln cavalier parut au loin, c’était son père! Son père était l’émir.Ils avaient tous les deux Même esprit, même cœur, même instinct généraux ; Et, tombant à genoux, plus fervente et plus belle, Ee regard vers les cieux : “ Merci_merci ” dit-elle.Abd-el-Kader entrait, elle court dans ses bras ; Puis aux premiera transports succède l’embarras : Ses yeux, levés vers lui, se baissent ers la terre.Et l’enfant ne sait plus que pâlir et se taire.Cet embarras, ce trouble, Abd-el-Kader l’a vu ; Il redoute soudain un malheur imprévu ; Mais voulant seul à seule interroger sa fille : ** Venez ! ” dit-il enfin à toute la famille : “ Venez, femmes ! Enfants dans mes bras soulevés, “ Rendez grâces à Dieu, les chre -ns sont sauvés ! Nous l’avons tant prié ! ” rér undent tous ensemble Ces êtres différents qu’un seul a aour rassemble : “ Moi,—poursuit une voix,—à l’auguste tombeau u J’jû promis d’envoyer mon burn , js le plus beau ! “ Moi, mon collier d’argent !—M mes riches babouches ! u ^es anneaux !—Ma chamelle !;| ont repris d’autres bouches.( —Qu’Allah dans ses jardins défendus aux pervers “ Vous donne des cours d’eau, des fleurs, des habits verts.(1) “ Allez ! ” Comme ils sortaient : “ Toi, demeure, ma fille.” Puis, voyant à ses cils une larme qui brille : “ O fille de mon sang ! n’as-tu donc rien promis, “ Toi, si mon bras du Christ domptait les ennemis ?“ —Oui; .j’ai promis, mon père.-—Eh quoi?—Puis-je le dire ?‘ Peut-être en m’écoutant allez-vous me maudire ! a Femme! reprend l’Arabe en relevant son front, “ Abd-el-Kader jamais ne supporte un affront! “ —Et Fatime est sa fille !—Alors pourquoi ces larmes?u —Je tremble de parler.—Tu doubles mes alarmes ! “ —O maître !.—Parle donc !—Je ne puis.—Je le veux ! ” De son noble visage écartant ses cheveux, L’enfant avec respect fit un pas en arrière, Et puis se prosterna comme pour la prière.“ Eh bien, j'obéirai ! Protecteur des chrétiens, 11 ^on Revoir, vos exploits, deviendront mes soutiens! “ Depuis cinq ans déjà j’entends au fond de lame 11 Ene voix qui m’appelle.un Dieu qui me réclame ! “ Cent fois j’aî dû parler, cent fois je ne l’ai pu : 11 L’heure enfin a sonné, le silence est rompu ! 11 Oui, réveillée hier par des cris et des larmes, u Voyant autour de nous nos gardiens sous les armes, “ De leur bouche apprenant toute la vérité__ “ Ah ! j’ai senti mon cœur se gonfler de fierté ! u Puis la crainte aussitôt a pâli mon visage.“ Prier eût été doux, prier eût été sage, “ Mais j ai, quand mon regard se tourne vers les cieux, ,{ Au lieu de Mohammed, le Christ devant les veux ! “ Jo 1 aime !.Il ne faut plus que mon cœur se contienne : Musulmane de nom, d’âme je suis chrétienne ! i ' Mahomet promet-aux croyants que, dans le paradis, ils seront habilles de soie verte.Le vert était la couleur favorite du prophète.Au reste, cette couleur est sacrée chez presque tous les Orientaux, sans doute parce que cest celle du feuillage, qui donne à la fois l’ombre et la fraîcheur.4287 94 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.“ Et j’ai promis.—Assez!—Mon père l’a voulu, “ J’ai parlé.—Dans ce cœur, Allah! ai-je bien luî “ Mohammed renié dans ma propre famille ! “ L’Islam abjuré par ma fille !- “ Par la fille d’un marabout!- “ J’ai pu l’entendre jusqu’au bout, “ Je suis un lâche!—elle, une ingrate ! “ Arrière, la renégate ! “ Et voilà donc, Allah ! l’enfant de mon amour, 11 L’âme en laquelle chaque jour “ J’aimais à retrouver mon âme! 11 Allez, femme infidèle, au Dieu qui vous réclame ! “Un croyant n’a jamais de regrets superflus.“ Ce n’est plus mon enfant, je ne la connais plus ! “ —Oh ! ne maudissez pas le jour qui m’a vu naître, Mon père!—Taisez-vous!—Mon seigneur et mon maître, “ Si toute ma douleur ne peut vous désarmer, “ Je sais obéir sans me plaindre : “ Le Coran m’apprit à vous craindre.“ Et l’Evangile à vous aimer !” Fatime veut tenter comme un suprême effort ; Mais trop longtemps pour elle a duré son martyre ; Son père est encore le plus fort ; Et dans un fiévreux délire : “ Oh ! reprend-elle amèrement, “ Dussé-je m’attirer la colère céleste, “ Et mourir à vos pieds!___Soyez heureux, je reste! “ —Fatime, et la foi du serment ?” “ —Puisqu’à la foi jurée il faut qu’elle obéisse, “ Laisserez-vous, dit-elle, aller au sacrifice, “ Comme une vile esclave échappée au hader ( 1 ), “ Fatima-Kadidja, fille d’Abd-el-Kader ?“ J’arriverais plus vite à ce maître que j’aime, “ Jésus entendrait mieux quand je dirais : “ Je crois ! ” “ Si jusques au pied de la croix “ L’émir me conduisait lui-même ! “ O paternel amour que je n’ai pu trahir, “ Que tu rendrais mon sort prospère, 11 En montrant que Fatime au Christ peut obéir, “ Sans désobéir à son père ! ” Par les pleurs de sa fille il fut ému, sans doute : “ Parle donc, et dis tout ; Dieu t’entend-et j’écoute ! “ —Il est chez les chrétiens un être respecté “ Que j’admire tout bas, la Soeur de charité ! “ A mes yeux étonnés elle apparut naguère, “ A l’heure où la Crimée était un champ de guerre ; “ Et j’ai depuis ce temps gardé ce souvenir “ Qu’en mon cœur désormais rien ne saurait ternir : “ Car c’est là quelque chose et de noble et d’étrange, “ De pouvoir contempler, chez ces êtres bénis, “ Le courage d'un homme et la douceur d’un ange, “ Dans une femme réunis! “ Oh! je ne savais pas ce que c’est qu’une femme “ Avant d’avoir du Christ admiré le pouvoir ! “ Mais j’ai senti dès lors à l’élan de mon âme “ Qu’il était doux de le savoir, “ Que j’étais digne aussi de penser et de vivre, “ D’aimer.d’un autre amour que l’amour d’ici-bas ! 11 D’aimer ce Christ qu’hier je ne connaissais pas, “ Et de me lever pour le suivre! “ Car je voyais le Christ ainsi que je vous vois ! “ —O femme ! (disait-il avec sa douce voixj: “ Si l’Islam te fait trop petite, “ Je sais ce que tu peux, je sais ce que tu vaux : “ A ton âme, à ton cœur, j’ouvre des champs nouveaux “ Et des horizons sans limite ! ¦1 _Ah ! dit l’émir, frappé d’une telle grandeur, “ Dans ta poitrine encor je sens battre mon cœur ! “Et j’aime à voir, alors qu’à parler tu t’animes, “ Ton admiration pour les choses sublimes ! “ Mais, fille du matin, chez les peuples du soir “ (Si mon âme a compris tes vœux et ton espoir, “ Si j’ai bien entendu tout ce qu’a dit ta bouche), “ Tu veux_____obéissant à la voix qui te touche.“ —Je veux être chrétienne et sœur de charité 1^ “ —Sœur!______J'avais bien compris l’étrange vérité ! “ Ainsi, femme, à l’amour pour jamais tu renonces?“ Point de fleurs et toutes les ronces, “ Voilà ton partage ici-bas ! “ A qui marche seule, sans doute, “ Froid est le vent, longue est la route ; “ Enfant, ne le pressens-tu pas?“ Et tu veux vivre sans famille! “ Ah ! le nom de père est si doux.“ Sois mère! Ne va pas, ma fille, “ Parmi les femmes sans époux! “ —Leur vie est calme et non amère, “ Car à ce3 anges de douceur “ Les orphelins disent : Ma mère ! “ Les malheureux disent : Ma sœur : Il se fit un silence,—et l’émir se leva.Heureux de voir l’amour au cœur où la foi brille, Il ouvre grands ses bras en appelant sa fille, La serre sur son cœur, l’embrasse et lui dit : “ Va ! “ Jésus t’appelle, va, que nul ne te retienne ! “ Si 1’Alcoran pour moi reste la vérité, “ L’émir ne dira point: “ Ma Fatime est chrétienne,” “ Mais : “ Elle est sœur de charité ! ” “ Va vers le Rédempteur des nobles créatures ! “ Fatime, va vers lui, je le dis sans faiblir ; 11 Va! car je vois grandir dans les races futures “ La femme qu’il sait ennoblir ! “ Ce joug est beau, s’il est sévère ! “ Il te donne le droit d’avoir de la fierté ; “ Et le Croyant te dit, à sœur de charité : “ Enfant, je te bénis ! femme, je vous révère ! ” Ernestine Drooet.(2) Fontaine-Lideau, septembre 1860.L,o Géant «les Mccliins.(3) Ce mot de Méchin n’est que la corruption populaire du mot sauvage Matsi ou du nom français Méchant qui sont, du reste, la traduction l’un de l’autre.Le Missionnaire, accompagné d’un voyageur canadien, s était fait conduire à Kakouna, sur la rive sud, par les montagnais de Tadoussac.Là, il prit un canot maléchite qui devait le mener a GaDes' deux Maléchites qui guidaient l’embarcation, l’un était chrétien et l’autre infidèle., ., „ Ce dernier n’ignorait pas les vérités essentielles du salut, n ) croyait même ; mais il n’avait point été baptisé et, comme bien des gens qui ne sont point sauvages et qui sont baptises, il aval peur des obligations qu’impose le vrai christianisme.Il remettait le moment de sa conversion ! Pendant le voyage, le missionnaire perfectionnait 1 education religieuse de ses compagnons.L’infidèle écoutait, avec autan d’attention que les autres, les instructions de l’apotre.Jamais u ne s’absentait des exercices de piété que le Pere ne manquait pas de faire soir et matin, à la lumière du feu de campement.Mais quand le prêtre lui demandait de se rendre et d’accepter «e bonne foi le baptême, il disait “ Pas tout de suite, un aune tantôt.” On était en route depuis cinq jours d’un temps magnifique.S111 (1) Habitant des villes.On sait que les Arabes du désert méprisent “ —Eh bien donc, obéis à ce Dieu qui t’appelle.“ Et la voix de l’émir ne te maudira pas.« —C’est beaucoup!_____et pourtant ce n’est pas tout,” dit-elle; Et de son père s’approchant pas à pas : “ Autant que vous, souffre Fatime ; “ Que votre amour au loin lui conserve un appui ! “ —Enfant, ton serment d’aujourd’hui “ Entre nous deux ouvre un abîme ! “ —Dites-moi que le temps guérira votre cœur- “ Hélas ! de m’éloigner laissez-moi le courage ! “ —Non : au livre de mon bonheur “ Manquera toujours une page ! ” (2) Mlle.Ernestine Drouet, institutrice, (nos lecteurs devrontseb n peler), est l’auteur d’une pièce couronnée par 1 Académie i Ç e l’on peut lire, page 170 de notre troisième volume.La Abdel-Kader, sœur de charité, c’était pour bien dire une suite d emier thème qu’elle ne pouvait point manquer de saisir.(3) Nous reproduisons avec la permission des éditeurs cette partie belle étude de M.Taché, intitulée : “ Trois Légendes de mon PW ibliée dans les Soirées Canadiennes.Ces légendes's°nt¦ rEvaDgile cre, ou l’Evangile ignoré ; le Sagamos du kapskouck ou U t» inoncé, et enfin le Géant des Méchins ou l’Evangile accepté. 95 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.le soir du cinquième jour, le ciel, jusque-là serein, se rembrunit tout-à-coup et se chargea de nuages : tont annonçait un de ces coups de vent d’été, aussi prompts à disparaître qu’à venir, mais qui n’en sont, pour cela même, que plus dangereux.Les voyageurs venaient de parcourir, en serrant le rivage, ce qu’on appelle aujourd’hui le Passage des Crapauds, à cause de la forme des rochers singuliers qui bordent la côte et qui semblent autant de batraciens rangés sur la rive, pour coasser à leur aise.On atteignait en ce moment les llets Méchins, endroit délicieux, autrefois redouté des sauvages, et depuis aimé des pêcheurs, auxquels il sert de lieu favori d’étape.Les llets sont deux petits rochers, situés à une très faible distance du rivage, dont ils sont séparés par un étroit chenal, assez profond pour servir de havre aux petites embarcations.La plage en face forme une anse sablonneuse, d’où le terrain s’élève graduellement en amphithéâtre vers l’intérieur, jusqu’au sommet d’une montagne immédiatement voisine des bords du lleuve.Un faible ruisseau, descendant des hauteurs, apporte en ce lieu l’eau la plus pure et la plus fraîche qu’il soit possible de désirer.Nos voyageurs s’arrêtèrent en cet endroit.Malgré l’aspect invitant du local, malgré l’approche de la nuit et la menace d’un coup de vent, le sauvage infidèle ne s’était arrêté là qu’avec la plus grande répugnance et à son corps défendant.Qu’a-t-il, demanda le missionnaire au sauvage chrétien, en mettant le pied sur le sable du rivage ?— Il a peur d’Outikou ! Pauvre malheureux, se dit en lui-même le missionnaire, il craint ce Géant fantastique et n’a point peur de ce véritable Géant de l’abime qui rôde sans cesse autour de lui comme le lion rugissant cherchant qui dévorer ! — Toi, reprit le Père, as-tu peur d’Outikou ?_ph ! non, Outikou ne mange pas les sauvages qui ont reçu le baptême et qui prient.Mais pourquoi a-t-il plus peur ici d’Outikou que partout ailleurs ?— Outikou reste là, dans la montagne.— Ah ! c’est donc ici sa demeure favorite ; c’est ici qu’il chasse de la voix, pour emporter dans les antres les sauvages qui l’ont entendu.Tu peux en eflet te moquer d’Outikou, toi, car c’est en vain qu’il s’épuiserait à crier, je le défie bien de se faire entendre d’un sauvage baptisé.Tous les peuples ont conservé, des traditions premières du genre humain, le souvenir de cette lutte gigantesque qui eut lieu dans le ciel, au commencement du temps, et se continue sur la terre entre le bien et le mal.On retrouve ces histoires de Géants, réminiscence de Satan et de ses anges, comme symbole typique du principe du mal, dans les récits populaires et les poésies premières de toutes les races de la grande famille des hommes.Outikou, s’appuyant sur un pin rugueux violemment arraché, ° est le Génie du mal fait aux mœurs île la forêt.'—Mauvais-Pasteur du noir troupeau des méchants, qui laisse errer ses malheureuses brebis dans les affreux sentiers de la perdition, et ne leur lait entendre sa voix terrible qu’au moment de la consommation du sacrifice.La canot monté sur le rivage était renversé sur ses pinces.Des pieces pesantes de bois d’attérage chargeaient sa légère structure, pour la soustraire à l’action du vent.L’éclat d un bon feu projetait sur les eaux du fleuve et sur les îlots une lumière vive, qui marquait, avec un effet grandiose, sur les ombres profondes d’un ciel sans étoiles.Le groupe des quatre personnages de ce tableau, assis sur le sable, se détachait en clair-obscur dans la pénombre de la montagne.On causait, en prenant le sobre repas du soir, lorsque le vent, commençant à faire rage, éteignit le feu, dispersant en gerbes e incelantes les tisons ardents du brasier.Cet accident, en laissant nos voyageurs dans une complète obscurité, vint augmenter encore les terreurs du sauvage infidèle.U fallait cependant en prendre son parti: on fit la prière, puis c acun s étendit sur le sable à l’abri du canot, mais fouetté cepen-1 an pai 1 orage et mouillé par les grosses gouttes de pluie qu’il portait dans son sein.ri I .Le„vem et 'a ploie ne furent pas de longue durée ; ils cessèrent bientôt pour laisser l’empire exclusif des airs à l’une de ces nuits ü ete sombres mais calmes.On dormait sur le rivage, comme on y dort à la suite d’une journée de fatigue, quand, tout-à-coup, un cri de terreur vint tirer subitement nos voyageurs de leur profond sommeil.Au même instant, le sauvage rebelle à sa conscience se précipitait aux pieds du missionnaire, en criant de toutes ses forces :— “ Le baptême, Patlialche, le baptême !” — Mais qu’as-tu donc, demanda le Père, avec inquiétude ?— J’ai entendu le cri d’Outikou, et ce cri fait mourir !.¦Je l’ai vu descendre de la montagne : grand, grand comme les Chikchâks.J’ai vu le bâton qui lui sert de soutien, c’est un grand pin sec arraché de sa propre main.— Calme-toi, dit le Père rassuré; car le malheureux infidèle étouffait.— Il avait senti du sauvage non baptisé.il est venu rôder autour du campement.il se penchait vers moi pour me saisir ; mais j’avais placé ton crucifix sur ma poitrine.En voyant cette image, il a poussé un nouveau cri qui semble encore m’ouvrir la tête ;.puis, il s’est enfui vers la montagne, en laissant tomber son bâton à quelques pas d’ici ! Il écrasait sous ses pieds les sapins et faisait rouler les rochers sous ses pas en se sauvant.Mais j’en mourrai, ajoutait le sauvage, en s’attachant avec frénésie à la soutane du missionnaire, et je ne veux pas mourir sans baptême ! — Ne crains rien, dit le Père, tu ne mourras pas sans être baptisé.Dieu ne le permettra point ; mais en ce moment, tu n’es pas disposé à recevoir ce sacrement auguste.Prions en attendant et repens-toi de la résistance que jusqu’ici tu as opposé aux efforts de la grâce.Quand le jour parut, le sauvage, un peu calmé mais encore sous l’effet de l’épouvantable vision de la nuit, entraîna plutôt qu’il ne conduisit le missionnaire à l’entrée du bois, où, montrant un pin sec étendu sur le sol, il lui dit : — Vois-tu le bâton d’Outikou ?— De ce bâton, dit l’homme de Dieu en souriant, nous allons, avant de quitter les Méchins, construire une Croix que nous élèverons dans ce lieu en signe de la rédemption du monde,—afin qu’Outikou ne revienne plus ! Le bâton du Géant, transformé en symbole de salut s’éleva bientôt à la pointe de l’Anse des Méchins.De ce moment, on n’a jamais revu le Géant aux llets.—Les Montagnais, qui le nomment Atshen (1), disent qu’il s’est retiré dans les environs du lac Mistassini, dans le grand-nord, où sont les Nashkapiouts ou sauvages qui ne prient point.C’est en souvenir de cette histoire, mais par suite d’une confusion de lieux, qu’on appelle aujourd’hui du nom d’Attse à la Croix une localité située à quelques lieues en haut des llets Méchins.Espérons qu’Outikou sera chassé de son dernier repaire.Alors si, comme tout semble le présager, ces belles races primitives du Canada sont destinées à disparaître des rangs de la famille humaine, elles iront finir et se perdre dans le sein de Dieu.Pauvres, mais heureuses nations ! J.C.Taché.EDIT CATION.Conseils aux Instituteurs.C Suite.) VIII.RAPPORTS DE L’INSTITUTEUR AVEC LES ÉLÈVES.Une recommandation à laquelle je ne saurais attacher (1) Cette tradition du Géant mangeur d’hommes est commune à presque toutes les tribus sauvages, avec des variantes.—La relation de 1G36 en parie comme “ d’une espèce de Loup-Garou” et le nomme Atchen.Le Révérend Père Durocher, Oblat de Marie Immaculée, qui a longtemps été missionnaire chez les sauvages, m'écrivait dernièrement : “Le géant fabuleux des sauvages est appelé par les algonquins Uindiko “ par les Têtes de Boule Uitiko, par les montagnais Atshen.Telle est 11 la prononciation actuelle de ces mots.Elle a pu varier, et de fait o “ final se prononçait ou bref.” [Note de l'auteur.] 96 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.trop d’importance, c’est de ne rien recevoir des élèves, tant 1 qu’ils sont confiés à vos soins ; j’excepte les cas fort rares 1 où un ancien usage autorise un présent fait en commun au 1 maître ; et encore serait-il à désirer que cet usage fût aboli.En général, les hommes ne donnent pas ; ils prêtent ou ] ils vendent.Le père de famille qui vous envoie un pré- i sent se flatte secrètement qu’en retour vous aurez quelques complaisances pour son fils ; ce qu’il attend de vous, ne vous ; y trompez pas, ce n’est point un utile redoublement de sévé- i rité : il compte que vous fermerez les yeux sur quelque infraction à la discipline, et même lorsque vous ferez une distribution de prix ou de places, vous vous sentirez disposé > à faire pencher la balance en sa faveur.Aussi, quel dépit quand ses enfants n’obtiennent pas les préférences auxquelles il osait s’attendre ! Il s’irrite ; il serait tenté de vous reprendre ce qu’il vous a donné ; il lui semble que vous êtes un débiteur infidèle, ou tout au moins un ingrat.Préservez-vous de cette indigne sujétion, de ces soupçons ignobles ; n’établissez pas, en acceptant des uns ce que les autres ne peuvent vous offrir, une sorte d’inégalité parmi les élèves, qui doivent toujours être égaux.Voyez ce pauvre enfant qui, n’ayant rien à donner, considère d’un air attristé ses heureux camarades qui arrivent près de vous le sourire sur les lèvres et les mains pleines ; son petit cœur se gonfle de douleur et s’ouvre à l’amer sentiment de la jalousie ; il se sent humilié ; il n’ose lever les yeux ni sur eux ni sur vous ; il croit toujours lire dans leurs regards l’orgueil du triomphe, dans les vôtres le reproche de sa pauvreté.Un sage instituteur refusera également, à moins de circonstances extraordinaires, les services que ses élèves seraient disposés à lui rendre, et dont le prix peut s’évaluer en argent ; il ne souffrira pas que sa femme en reçoive des jeunes filles de l’école ; il refusera poliment, mais il n’acceptera jamais.Car si plus tard il s’élevait contre lui, dans la commune, un de ces orages dont la prudence la plus attentive ne préserve pas toujours, les parents des élèves qui auraient sarclé quelques coins de son jardin, ou donné quelques soins à la propreté de sa maison, diraient: “ Cet instituteur faisait de nos garçons ses domestiques et de nos filles ses servantes.” Dans’ la commune la plus calme et la mieux disposée pour vous, agissez toujours avec les élèves comme si vous aviez à craindre qu’elle ne vous devînt un jour hostile.Vous n’aurez qu’à vous applaudir de la retenue et de la discrétion que vous inspirera cette pensée.Dans tous les cas.vos rapports avec les enfants doivent être ceux d’un ami sage et sincère.Gardez-vous de la familiarité ; ne permettez jamais que, même hors de la classe, ils oublient la distance qui les sépare de vous ; mais soyez toujours rempli pour eux de bonté, de complaisance, de mansuétude.Montrez de l’intérêt pour tout ce qui les concerne.Je ne vous dis pas d’aller les voir fréquemment lorsqu’il sont malades ; supposer que cette recommandation vous est nécessaire, ce serait vous offenser.Vous avez trop de jugement pour vous oublier jamais en présence des élèves, pour être inégal dans votre manière d’agir à leur égard, pour plaisanter avec eux ou en leur présence, pour les entrenir de vous-même et de vos affaires.Sur ce sujet, je ne vous dirai donc rien.Aimez, je vous le répète, ces chers enfants, que Dieu, votre pays et leurs familles vous confient; aimez-les tous ensemble ; aimez chacun d’eux en particulier.Mais sachez vous préserver également et d'une indifférence qui serait coupable, et d’un attachement trop dévoué, qui deviendrait pour vous une source de déceptions.Sans doute vous rougiriez de ressembler à cet instituteur égoïste et dur qui s'acquitte de sa tîtclie comme d’un travail mécanique, et qui n’éprouve aucune sympathie pour cette aimable jeu- nesse confiée à ses soins ; mais, pour votre bonheur, je ne voudrais pas non plus vous voir ressembler à celui qu’anime une tendresse trop vive et trop inquiète.Car si vous vous figurez que, parce que vous serez un père pour vos élèves, ils seront pour vous des enfants pieux et tendres, vous vous faites illusion.Je veux croire que quelques-uns d’entre eux répondront à vos soins par une affection sincère ; je veux croire que tous ou presque tous éprouveront pour vous un sentiment plus ou moins vif, plus ou moins durable, de sympathie ; mais ce qui est trop certain, c’est qu’en général, dans l’échange des affections entre le maître et l’élève, et même entre le père et le fils, l’enfant reçoit toujours beaucoup plus qu’il ne donne.Loin de moi cependant la pensée de blâmer le maître qui, doué d’une âme trop aimante et dévoué avec trop d’ardeur à sa mission sacrée, prodigue à la jeunesse tous les trésors de son affection ! Sans doute il s’expose à des déceptions cruelles ; mais combien ses élèves sont heureux, s’ils savent l’être ! Sa parole, que le zèle enflamme, échauffe les âmes les plus tièdes ; et en même temps, comme une douce rosée, elle fait fleurir, dans les jeunes cœurs qu’elle pénètre, tous les sentiments généreux.S’il éprouve bien des peines, il n’est pas non plus saps consolations : car il est pour une âme tendre une foule de jouissances que l’égoïsme ne soupçonne même pas.Une larme de repentir, un généreux retour à la vertu, un noble mouvement de l’âme, ou même des progrès inattendus et rapides dans le travail, lui causent de tels élans de joie, que tous ses chagrins sont oubliés.Ces caractères élevés et tendres sont rares.Vous, restez dans un sage milieu entre l’indifférence, qui vous rendrait coupable, et un zèle trop ardent, qui vous rendrait malheureux.Remplissez vos devoirs envers les enfants avec une tendresse calme et résignée d’avance à tout ce que lui réserve l’avenir.Imitez le sage duc de Montausier.Cet homme illustre avait été chargé d’élever le fils du grand roi Louis XIV ; lorsque arriva le jour qui mettait pour lui un terme à cette difficile et noble tâche, il adressa ces paroles au jeune prince : « Aujourd’hui, Monseigneur, votre éducation est terminée.Si vous êtes honnête homme, vous m’aimerez ; sinon, vous me haïrez, et je m’en consolerai.” Le prince fut toujours digne de son ancien maître.Prenez comme Montausier votre résolution d’avance.Aucun de vos élèves ne se montrera ingrat, j’aime à le croire, mais la plupart seront indifférents, ou du moins ils sembleront l’être.En conservant pour vous une affection sincère, ils ne chercheront pas les occasions de vous la ; prouver ; en désirant votre bonheur, ils ne feront rien pour y contribuer.; Cela ne doit ni vous troubler ni vous surprendre.Jouis-; sez de la reconnaissance des cœurs généreux, et ne vous [ inquiétez pas des autres.Th.Barrau., De la volupté, considérée comme obstacle â f l’éducation et au développement de l’irtelligence.Ce qu’il y a de plus beau et de plus charmant dans un entant, , dont ie regard a déjà des éclairs d’intelligence, c’est l’amour uni s en lui à une pureté complète.Cette affection sans aucun ferment z impur et sans aucun limon sensuel a un parfum qui ne ressemble t à aucun antre, et que les âmes demeurées pures elles-mêmes res-j pilent avec un ineffable sentiment de bien-être moral, c’est dans l’ordre des sentiments humains le délice le plus délicat que puisse 1 goûter le cœur du l’homme.C’est peut-être la raison secréte qui 1 nous attire comme invinciblement vers le cœur des enfants dont t la pureté a gardé lout l’arôme, c’est qu’on y respire en effet la - plus suave odeur de félicité qu’on puisse rencontrer sur la terre, JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.97 I affection cordiale, mais en même temps immatérielle ; si tendre et en meme temps si pure qu’elle ne permet même pas de songer d la matière ; si généreuse, qu’on oublie a son contact qu’il y a sui la tei re des affections intéressées et d’égoïstes amours.Eh bien, messieurs, ce parium d’affection, cette fleur de la vie, celte délicatesse du sentiment, ce pur épanouissement du cœur qui prepare a l’homme, dans son éducation première, la bonté, la tendresse, le dévouement, et cette suavité forte, grâce virile de la vie bien elevee ; oh ! je vous le demande, qu’est-ce qui fait s’évanouir tout cela?Qu’est-ce qui fait tomber en peu de jours toute bonté, tout ce charme, tout ce désintéressement, toute cette ten-diesse, foute cette expansion, toute cette suavité, en un mot, toute cette belle ileur des pures affections promettant dans l’enfance les fruits encore plus teaux de la saison de l’homme ?Ah ! mes-sieuis, votre expérience, vos regrets, vos souvenirs m’ont déjà répondu.C est ici la morsure spécialement mortelle de ce ver rongeur de toute éducation.Car c’est au cœur surtout qu’il porte ses ravages ; et sa première et peut-être sa plus irrémédiable blessure, c est d’y tuer l’amour et d’y engendrer l’égoïsme.Il serait trop long, et peut-être aussi trop délicat, d’interroger ici tout I abîme du mystère.Disons seulement que quand "un entant en arrive à chercher sa joie au dessous de son âme et de son cœur, il tombe dans la région inférieure de Ja vie qui descend : J.1 ,?*ITe 9U aimer n’est plus assez jouir : il répudie les vraies joies de 1 homme, filles de l’intelligence et du cœur, de la vérité et de amour; il dit à l’égoïsme: “Tues mon frère,” et il dit à la sensualité : “ Tu es ma sœur,” Et dès lors adieu ces douces affections qui ouvrent le cœur, ces sympathies désintéressées qui re muent les entrailles, et ces attendrissemens délicieux de l’âme que egorsme ne connaît plus.O pères, ô mères, dont je sens en ce moment dans mon âme les sympathies émues, dites, quand verrez-vous les douces joies de la tendresse filiale tarir au cœur de vos entans .Quand vos caresses les plus tendres cesseront-elles, à votre grande douleur, d’être pour lui une félicité ?Quand vos larmes ne seront-elles plus sur sou cœur comme une douce pluie qui fécondé la vie et multiplie la joie?Ah! c’est le jour où, pour satislane aux convenances de Ja famille, recevant encore vos em-Drassemens, il ne pourra plus vous montrer la pureté dans son regard et 1 innocence sur son front; c’est à partir du jour où un impur demon aura soufflé sur lui.Vous avez mis dans la tendresse de votre enfant la meilleur part de votre bonheur; et il vous semble que vous ne pourriez vivre si son cœur ne garde l’amour, si sa parole ne vous l’exprime, et si son sourire ne vous le peint : Oh ! prenez donc garde que ce démon ne ,e touche ! prenez garde surtout qu’il n’entre dans son cœur ; car, â 1 heure même, je vous le prédis d’avance, vous sortirez de ce cœur avec son innocence: l’égoïsme y prendra votre place, il en fermera la porte ; et ce cœur une fois fermé, vous n’y rentrerez plus; Je ciel et la terre conspireraient en vain pour vous l’ouvrir-vous aurez encore un jeune homme, mais vous n’aurez plus de fils.’ Alors plus rien de ces ouvertures, de ces confidences et de ces effusions naïves qui naguère encore vous faisaient lire dans son ame, et vous permettaient d’y entrer à toute heure comme dans rôtie domaine.Vous sentirez trop tard que l’égoisme l’a retiré tout entier sur lui-même, qu’il s’est fait un domaine à lui, un inteneur a lui, des mystères à lui, où plus un regard, pas même ce maternel regard qui a le droit et l’ambition de tout voir, ne peut plus pénétrer .Et ce qu’il y a de plus dérolant ici, ce n’est pas votre tristesse, c’est son malheur; ce n’est pas de voir se fermer pour .oujoum un cœur où votre amour était si heureux d’entrer sans ertoit et de regner sans uval, c’est de voir en peu de temps votre œuvre ravagée, et cette éducation où vous avez mis tant de vos uevouemens et de vos larmes, tout à coup réduite à néant par la volupté, qui ronge le cœur de la vie et de l’éducation en dévorant pluTrï' .F ® ,U‘ a don!ïé le Plaisir’ et elIe lui a pris l’affection ; lie a flatte sa chair et elle a ravagé son cœur.Ainsi, tout ce qui affermit, tout ce qui élève, tout ce qui épa-nouit la vie dans l’éducation disparaît sous la morsure de ce ver qui en ronge une à une toutes les fibres vives.Ah ! du moins, mi restera-t-il ce qui par dessus tout fait d’un enfant un homme ce que nous avons donné comme le signe le plus glorieux de la virilité, la force de la volonté ?Hélas ! non ; et c’est en cet endroit si J'®’ 3U, con‘r?lle’ 9ue le vice, ennemi de l’éducation, porte ble«snrAS ~dou‘able C0UP> et trop souvent sa plus irrémédiable av j T homn?e dan1 son âSe mûr qui accepte en lui-même vec la domination de sa chair, ce despotisme de la volupté, sent uans Son vouloir, fut-il meme le plus robuste et le plus viril, cette blessure profonde qui l’affaiblit et l’énerve en l’amoindrissant lui-, ™.e r entleir,‘ S?us ce raPP°rt> nous pouvons dire avec l’Ecri-Æ^le^bIre0t abatt" un Srand nombre : multos enim neratos dejecit ; et meme les plus fort6 ont été tués par elle : et fortissimi quique interfecti sunt ab ea.Combien d’hommes déjà faits, en possession de Ja force et de la plénitude de J a vie, ont senti par elle et à cause d’elle leur force tomber, et leur virilité périr.Combien, dont l’éducation avait su faire des hommes eu trempant dans l’obéissance et la lutte leur volonté vérité, sous les coups tardifs de la volupté sont redevenus des enfans par la mollesse, l’énervement et l’impuissance de leur volonté ! Mais, il faut en convenir, si la volupté, même dans l’âge mûr, peut dévorer Ja force en brisant la volonté, elle est bien autrement redoutable alors qu’elle s’attaque à une volonté jeune à laquelle la J-cen.a pas eu le temps de venir.Toute prévarication, toute désobéissance, je le sais, y diminue la force en affaiblissant le ¦vouloir ; mais il n’y a pas de vice qui l’atteigne plus profondément que Je vice honteux.Quand un enlant, jeune encore, a eu le mal-heui de connaître sa domination, il perd bientôt, avec tout ce que j ai déjà dit, sa loyauté, sa liberté, sa volonté, et avec elle, tout honneur de l’homme.Il n’y a rien qui la prosterne plus lamentablement dans l’humiliation de la faiblesse, de l’énervement et rie 1 impuissance.Chaque victoire que Je vice gagne sur elle emporte comme dépouille une part de sa force ; l’habitude de la défaite lui ote meme jusqu’au désir d’une victoire, et jusqu’à la pensée de 1 effort ; et une heure vient où l’enfant à la lettre peut dire de lui-meme ne me demandez plus rien ; car je ne puis plus rien, rien, si ce n'est ce que veut ma passion, qui m’a pris toute ma force en me prenant ma volonté.Ne lui demandez pas une résolution, il n a plus de résolution ; ne lui demandez pas une initiative, il n’a plus d initiative ; un acte de courage, il n’a plus de courage; un jour de travail, il a horreur du travail ; une heure de résistance, il n a plus de resistance ; une manifestation de sa force, il n’a plus de force ; un acte de volonté, il n’a plus de volonté.JNon, sa volonté n’est plus; l’ennemi l’a prise, et il l’a dévorée.A moins que vous ne vouliez encore honorer de ce nom ce simulacre, ce tantôme, cette ombre d’elle-même ; volonté si faible et si impuissante que, pour la bien nommer, les mots manquent à notre langue: volonté molle, lâche, incertaine, pusillanime; volonté changeante, mobile, fugace, insaisissable, volonté nulle enfin, qui atteste dans le triomphe de Ja volupté l’anéantissemenf de la virilité ; volonté qui ne peut plus vouloir, ou plutôt qui veut encore mais qui ne veut que ce qui ne demande que la faiblesse, l’abandon, le laisser aller, la lâcheté, ce qui ne demande aucun travail aucun effort, aucune résolution, et pour ainsi dire aucune volonté c est-a-dire le mal, rien que le mal ; le mal sortant tout seul d’une’ ame sans resistance, sans ressort et sans force.Avec cette volonté detendue, inerte, alanguie, pareille à un malade qui a les reins rompus et les nerfs paralysés, que sera cet enfant ?portera-t-il le signe de la virilité, lui qui a abdiqué avec son vouloir le sceptre et la royauté de l’homme ?Non, lût-il même un miracle de génie -portât-il dans sa mémoire, dans son intelligence, dans son imagination, des trésors d’érudition, de science et de poésie ; il ne sait pas vouloir, il ne sera jamais un homme.Que dis-je ?peut-être meme ces facultés brillantes, comme Ja volonté elle-même annules ou esclaves, seront-elles associées à l’humiliation de sa servitude et de sa stérilité : doué peut-être des plus riches facultés et capable des plus grandes choses, il ne fera rien, ou ne fera sortir de cette vie, qui pouvait être puissante, que la hideuse fécondité ciu mai.Maintenant, eiy effet, que tous les grands élémens de la vie morale sont ravagés par ce vice honteux dévastateur de la vie dans son printemps ; maintenant que la volonté elle-même a perdu son energie, sa force et toute sa puissance pour féconder la vie, qu’ad-viendra-t-il meme de ces facultés qui n’ont avec l’éducation qu’un japport moins direct et qui semblent faites surtout pour donner à la vie le complément de sa grandeur ?Que vont devenir sa mémoire, son imagination, son intelligence, son caractère lui-même 7 ba mémoire ! Elle s’amoindrit à mesure que le mal qui le ron
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.