Journal de l'instruction publique, 1 septembre 1871, Septembre
'Ul IK ’¦ 'O**-1 Volume XV.Québec, Province de Québec, Septembre 1871.SOMMAIRE.—Littérature.—Poésie: Au Petit Enfant, par A.deBeauchesne.Pauvre Petite Fouille.—Histoire du Canada : De Quelques Membres de la Famille Clément en Canada, H.V., (suite).— Education: Jeunes billes, Mme.N.de Saussure.—A Quoi doit servir la Lecture.Sydney Smith_ Avis Officiels :—Erections et Annexions de Municipalités Scolaires- — Nomination d’un Membre pour le Bureau d’Examinateurs des Trois-Rivières.Nominations de Commissaires et de Syndics d’Ecoles.—Liste des Diplômes accordés par l’Ecole Normale Laval-—Diplômes octroyés par les Bureaux d’Examinateurs.—Rapport du Ministre de l’Instruction Publique, relatif à l’Enseignement des Sciences appliquées aux Arts, à l’Université Laval.Editorial: Exposition Provinciale de 1871.—Rapport du Ministre de l’Instruction Publique de la Province de Québec, pour l’année 1869 et en partie pour l’année 1870.—Académie de Musique de Québec.—Ecoles des sciences appliquées aux Arts.—Académie Commerciale Catholique de Montréal.— Revue Mensuelle.—Nouvelles et Faits Divers : Bulletin de l’Instruotion Publique- —Bulletin des Sciences.— Faits Divers.— Annonces • — Etablissement d’Education de Mme.Thivierge.— Dictionnaire Généalogique,—Nouveau Cours de Langue Anglaise.—Nouvel Abrégé de Géographie Moderne.LITTERATURE.POESIE.AU PETIT ENFANT.O pauvre petit être Qui dans le cœur fais naître L’amour et la pitié ! O créature frêle, Ange qui n’as plus d’aile Et pas encor de pié ! Petite tête aimée Petit corps de pygmée, Mesurable au compas, Petite voix chérie Qui gazouille, qui crie, Et qui ne parle pas ! Mais par un doux sourire, Déjà tu semblés dire Que tu comprends ma voix : Te voilà, sans jactance, Un homme d’importance Avec tes quatre mois ! Différents sont nos comptes : Je descends et tu montes ; Je m’en vais et tu viens ; Je pleure et tu soupires ; Mon enfant, tu désires, Et moi, je me souviens ! A la première flamme Quand s’ouvrira ton àme, Notre cœur sera froid, Et notre front austère Penchera vers la terre Quand tu te tiendras droit.Vois, le temps nous emporte !.Quand ta main sera forte, Mes bras seront tremblants ; Et tes cheveux à peine Imiteront l’ébène, Que les miens seront blancs.Mon fils, mon diadème, Combien à ton baptême J’ai prié pour tes jours 1 Combien à chaque aurore, Pour toi je prie encore, Mon enfant, mes amours ! En pleurant je te nomme.Mais pour être honnête homme (Ecoute bien ce vœu) Le Seigneur t’a fait naître ; Si tu ne dois pas l’être, Retourne vite à Dieu.A.de Beauchesne.Livre des Jeunes Mères.Pauvre Petite Feuille ! I C’est à peine si l’aube blanchit l’horizon, et déjà la troupe joyeuse des bûcherons quitte le village.Us portent cognées et scies, comme des soldats portent leurs armes; ils marchent d’un pas allègre, et de leurs mâles poitrines sort un chant sonore et bien rhythmé qui vous va jusqu’au cœur et vous inspire je ne sais quel courage et quelle fierté.C’est la chanson des compagnons, chanson de travail et d’amour, chanson qui parle des grandes forêts ombreuses, de l’air libre des champs, des doux parfums des plaines, des âpres et vivifiantes senteurs de la montagne ; la chanson parle aussi des bonnes ménagères et des tout petits enfants qui dorment dans les petits berceaux.C’est là la richesse et la joie du bon travailleur ; c’est son orgueil et son bonheur quand il rentre le soir chez lui, et qu’il trouve tout brillant et bien rangé.Une bonne parole de sa femme, un sourire du petit enfant, et le voilà tout reposé, 4781 114 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Allez, braves compagnons! Dieu vous bénit, car non seulement il met dans vos maisons des coeurs qui vous aiment, mais encore il a semé à pleines mains autour de vous les splendeurs de la nature, et vous avez oublié plus d'une fois vos fatigues et vos sueurs en contemplant toutes ces poésies du ciel et de la terre qu'il prodiguait pour vous, les rudes enfants des bois et des montagues, aussi généreusement que pour les grands poètes au front inspiré, à l’âme vibrante, a la vois harmonieuse et presque divine, II La forêt retentit des coups sourds des cognées ; les scies grincent ; les grands arbres s’inclinent, tombent et roulent avec fracas.Les bûcherons accourent; tous, à l’envi, dépouillent l’arbre étendu; feuilles, branchages disparaissent, et du grand chêne il ne reste plus qu’un long corps, nu et sans vie, mais beau encore et majestueux, car Dieu veut qu’il y ait une austère poésie dans cette mort et dans cette nudité.Alerte, braves compagnons ! Attelez les chevaux aux grandes poutres, et faites-les rouler jusqu’au fleuve.Là, au bas de la colline, couie le Rhin aux ondes d’émeraude, qui portera les immenses radeaux ; et les mariniers pensifs, appuyés sur leurs longs avirons, passeront par bien des pays et traverseront bien des villes ; et ceux-là aussi, Dieu les bénit, car il prodigue pour eux toutes les poésies des rivages verdoyants, des hauts rochers qui se reflètent en tremblant dans les eaux du fleuve, et des brumes lumineuses du matin, à travers lesquelles arbres et rochers apparaissent resplendissant d’une lumière d'or.Les grands radeaux sont arrivés, et sur les quais la foule émerveillée admire les beaux arbres, si droits et si forts, que des liens habilement disposés réunissent et retiennent.On les détache, on les soulève hors de l’eau.Bientôt ils sont emportés à travers les rues de la ville, et il faut plusieurs chevaux vigoureux pour traîner chacun de ces arbres qui, dans l’immense forêt, balançaient légèrement leur tête si souple que les roseaux n’ondulent pas avec plus de grâce et d'élégance.A votre tour maintenant, braves charpentiers! Les treuils gémissent, les cordes sifflent, les poulies grincent.Les grandes poutres se dressent lentement; les voilà debout, Aères et droites comme dans la forêt, lorsqu’elles étaient arbres.De hardis ouvriers montent jusqu’en haut; les marteaux frappent et refrappent sans relâche.L’immense échafaudage s’achève; et sur les charpentes, comme sur des ponts aériens, court et s’empresse toute une foule de travailleurs.Les pierres montent ; les étages succèdent aux étages ; les hautes voûtes s’arrondissent et se ferment ; l’édifice audacieux s’élève vers le ciel.C’est l’hôtel de ville aux grandes salles, où des voix éloquentes apprendront aux citoyens leurs droits et aussi leurs devoirs ; c’est la tour du beffroi qui se dresse au milieu de la ville et la domine tout entière comme une sentinelle vigilante ; c’est la sainte cathédrale aux gothiques arceaux, aux longues fenêtres où étincellent dans la lumière du soir les riches vitraux avec leurs personnages naïfs et leurs fleurs mystérieuses.Et sans l’arbre, sans la poutre inerte et immobile, rien de tout cela ne pourrait se faire ; mais Dieu les aime, les arbres de ses forêts ; et quand ils ne peuvent plus donner d’ombrage, quand ils gisent sur la terre, il veut qu’ils soient encore utiles.Ces charpentes, il les bénit, car elles font songer aux beaux édifices où les hommes sont émus par la poésie de la liberté et la poésie de la prière.III Le vent souffle ; une feuille détachée par la brise d’automne voltige par les airs et va retomber là-bas sur la route, auprès d’une pauvre cabane.Un enfant, assis devant la porte, court après elle et cherche à l’atteindre en élevant aussi haut qu’il peut son petit bras.Enfin il la tient, l’humble feuille jaunie et presque desséchée; ne la méprisez pas, car Dieu, qui aime tout ce qui est sorti de ses mains, lui a donné comme un reflet de beauté que saura bien voir celui dont l'âme sera plus tard une âme de poète et d’artiste.L’enfant la tient, sa feuillle; elle a des couleurs d’or et des lignes de pourpre.L’enfant admire ces couleurs, qui lui paraissent encore plus magnifiques que celles des brillantes étoffes, des riches costumes qu’il voit porter aux grands seigneurs, aux nobles dames, quand de loin en loin on le mène à la ville.Dieu t’a bénie, pauvre petite feuille desséchée, et ta part est bonne entre toutes, car tu charmes l’âme innocente et naïve d’un petit enfant.L’enfant continue à regarder sa feuille ; elle est découpée sur les bords en lignes capricieuses et fantasques; elle a été rongée au milieu en deux ou°trois endroits par les oiseaux et les insectes ; on dirait uue fine dentelle.L’enfant y voit des figures extraordinaires et des fleurs merveilleuses, comme il y en a dans les ballades que lui chante sa vieille grand’mère pour l’amuser; comme il y en a dans les nuages que le vent pousse et rassemble dans le ciel ; comme il y en a aux colonnettes et aux portes de la chapelle gothique, où sa mère va prier le dimanche.Dieu t’a bénie, pauvre petite feuille déchirée, et ta part est belle entre toutes, car, grâce à toi, l’imagination d’un petit enfant a ouvert ses petites ailes.L’enfant agite sa feuille ; elle fait entendre un bruit sec et triste ; il s’arrête tout à coup et devient songeur, puis une larme s’échappe de ses yeux et coule sur ses joues.Qu’a-t-il, le pauvre petit?Mystère de l’âme, qu’un rien, un son, éveille et fait vibrer! 11 se rappelle qu’il y a bien des jours,—c’était l’année dernière à pareil moment,— il a suivi à l’église, avec sou père et sa mère qui pleuraient, avec les gens du village qui avaient l’air triste et recueilli, un homme en noir portant sous son bras une boîte de bois.Quand on est sorti de l’église, sa mère l’a ramené à la maison, pendant que son père allait plus loiu avec les autres et l’homme qui portait toujours la boîte.Depuis ce jour, il n’a plus jamais revu sa petite sœur.Il se rappelle que sur la route les feuilles jaunies craquaient sous ses pieds et faisaient le même bruit que celle qu’il agite.Dieu t’a bénie, pauvre petite feuille morte, et ta part est heureuse entre toutes, car grâce à toi le cœur d’un petit enfant a vécu quelques instants d’une double vie dam le présent et dans le passé ; grâce à toi, il a déjà conuu la salutaire tristesse du regret.Qui sait?petite feuille, tu as peut-être été choisie à dessein pour charmer l’àme et remuer le cœur de cet enfant, qui porte au front le signe divin.Qu’il grandisse, et qu’en lui s’augmente l’amour du beau, la flamme de l’idéal! L’enfant, devenu jeune homme, sera le rêveur écoutant toutes les voix, comprenant tous les langages de la nature.Il aura des ravissements là où le vulgaire passe avec indifférence ; il aimera d’un amour infini cescollines, ces arbres, ces rochers, ce fleuve, qui renferment pour lui tout un monde ; et lorsque, grand artiste à son tour, il couvrira de ses merveilleuses sculptures les magnifiques édifices, objet des admirations de son enfance, il cherchera ce qu’il peut imaginer de plus beau, et son génie naïf retrouvera dans ses souvenirs la petite feuille jaunie par l’automne ; sous sa main elle revivra, elle décorera les élégants chapiteaux ou les poi tails ciselés comme des châsses ; et la pierre s’assouplira et se transformera eu guirlandes légères comme les feuillages des bois, impérissables comme l’éternité.Et maintenant, petite feuille, le vent peut t’emporter par les chemins, et le pied du passant te réduire en poussière, tu u’auras pas été perdue, et ton rôle aura été noble et grand, car il n’y a rien de méprisable ni d’infime de tout ce qui sort des mains de Dieu.(Magasin Pittoresque.) HISTOIRE DU CANADA.De quelques Membres de la Famille Clément, eu Canada.1° Mme D’Auteuil; 2° M.de Valrennes.Suite.II Jean Clément du Vuault, Chevalier, Baron de Monceau (1), cinquième fils d’Antoine II, s’était marié deux fois.D’abord à Mlle.D’Estourmel, puis à Melle.Anne Gasnier.La Généalogie ne mentionne que la première ; mais les documents les plus authentiques (2), à partir de 1649, désignent la seconde comme la veuve de “ Messire Jean Clément seigneur de Monceau.” Du premier mariage sont issus : lo.François, chevalier de Plainville, d’Ansenne, de Montier, de Bonts-vent, de Santirre, de Villers-Vermont, de Monceau et de Canape.Comme son père, il sut mériter les faveurs des cours de France et de Savoie.Il épousa d’abord Delle.Magdelaine de Viole, fille d’un président de l’Artois, dont il eut Charles, et ensuite, Delle.Jeanne Gendron, dont il eut Anne.2o.Charles, mort sans postérité.(1) Ainsi qualifié dans un acte passé à la Rochelle.(2) Archives du Conseil Supérieur, greffe d’Audouard.Pour les Registres, cf.Dictionnaire Généalogique de M.Tanguay. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.115 3o.Antoine, seigneur du Hamel, marié à N.dont il eut une fille, morte hospitalière de Québec, comme nous le verrons.De son second mariage, il eut, 4o.Claire Françoise, mariée à M.Ruette d’Auteuil.5o.Probablement une autre fille, comme nous le verrons plus loin.La première femme de M.Clément, était petite-fille de cet Antoine D’Estourmel, qui s’était distingué sous François I, et que celui-ci, pour le récompenser, avait nommé Maître d'Hôtel du roi.Cette circonstance etl’influence des grandes familles de Choiseul, Espynay St.Luc, Hautefort, de Lamoignon, auxquelles sa femme était alliée, mirent le seigneur de Monceau en assez grande faveur à la Cour.“ Il fut fort considéré pour ses emplois et ses services” dit le généalogiste que nous suivons.Il est certain qu’il fut capitaine des Chevaux-légers, charge très recherchée et qui rapportait un certain revenu.Plus tard, il fut mis à la tête d’un régiment de cavalerie.Après la mort d’Henri IV, il ressentit, comme un grand nombre de seigneurs et de braves militaires, le contre-coup des intrigues qui s’ourdissaieut autour du jeune roi et de la reine-mère.Lorsque le parti de Luynes l'eut emporté sur Bichelieu, ou plutôt sur le maréchal d’Àncre, M.de Monceau demeura attaché à Marie de Médicis, retenue prisonnière dans le château de Blois.Mais, comprenant qu’il ne pourrait longtemps échapper aux rancunes politiques, il prit la résolution de passer au service du duc de Savoie.Cette démarche ne lui faisait sacrifier aucune de ses convictions de français et de serviteur dévoué.La noblesse savoi-sienne était toute française parson éducation et par ses alliances : sur le champ de bataille, elle avait mêlé son sang au sang français.Les liens de famille qui unissaient les souverains de ces deux états devaient encore se resserrer.Charles Emmanuel négociait le mariage de son fils avec la princesse Christine, seconde fille de Henri IV et de Marie de Médicis.Pour cette négociation, St.François de Sales était venu en France, gagnant les cœurs sur son passage, et opérant ces prodiges que tout le monde connaît.M.de Monceau dut se rencontrer avec le grand évêque.Le nom et la famille de Sales ne lui étaient certainement pas étrangers.Le père de l’évêque, François de Sales, qui venait de mourir, avait séjourné quelque temps à Beauvais à la suite du Prince Sébastien de Luxembourg.Il avait suivi le roi à l’armée en qualité de gentilhomme volontaire.Aux sièges de Landrecies et de St.Didier, sa valeur avait été très remarquée.M.Boissy de Chaumont, dont Gédéon Clément du Vuault avait épousé la veuve en secondes noces, était, autant que je puis conjecturer, de la famille de Sales.Quoi qu’il en soit, Jean Clément était probablement â Angoulême quand les nouveaux époux, accompagnés de leur suite, vinrent visiter la reine-mère, “ où le duc d’Epernon les reçut avec une magnificence requise à leur grandeur (1).” Les lettres par lesquelles Marie de Médicis reconnaissait la fidélité de M.de Monceau aidèrent puissamment ce seigneur auprès du duc de Savoie.Charles Emmanuel le fit colonel de mille chevaux, et général-major de sa cavalerie, le combla de faveurs, ainsi que son fils aîné, M.de Plainville.La famille Clément conservait avec soin plusieurs lettres autographes du Prince, écrites, soit à M.de Monceau, soit à M.de Plainville.Nous n’en avons malheureusement trouvé que deux dans la collection de M.Viger.La première est la commission de colonel; mais elle est assez flatteuse pour que nous la citions ici : LE PRINCE DE PIEDMONT, “ Estant nécessaire pour le service de Sa Majesté et pour le “ bien de mes états de renforcer mes armées d’un .bon nombre “ de cavaliers, nous avons supplié le Roy de nous en permettre “ la levée dans son roiaulme, de quoi il s’est contenté, et parce ‘‘ qu’il faut user d'une grande diligence, nous avons mys tant de ‘‘ créance en l’affection que vous, Monsieur de Monceau, avez (1) Mercure François, t.VI, p.290 “ aultres fois tesmoigné â l’endroit de mon service, et aussy en “ la valeur de votre personne que nous avons choisy, constitué “ et député et ainsy que par ces présentes.nous vous “ choisissons, constituons et députons colonel de mille chevaux, “ pour les rendre en Piedmont, au premier de mars, aux bon-“ neurs, autorités, prééminence, prérogatives, droits et distinc-“ tions, &c., &c., que nous donnons aux autres semblables “• colonels, à la charge de nom prestes le serment, en tel cas “ requis.“ Sy donnons en mandement à tous nos ministres et officiers “ de guerre qu’il appartiendra de vous tenir et réputer.“ pour le colonel de mille chevaulx comme dessus est diet et “ et vous faisant jouir des honneurs, austorité et aultres choses “ susdites, sans difficultés, car ainsy nous plaist.Donné à Thurin ce septième de Janvier 1622.“ Lettre de colonel de mille chevaux pour ) M.de Monceau et scellée de cire rouge." $ Cette lettre fait voir que plusieurs années avant 1622, M.de Monceau était au service du duc de Savoye.Le reste de la vie de M.de Monceaux se passe obscure dans la vie de garnison, ou dans la petite cour du duc de Savoie.Un soulèvement qui eut lieu parmi les troupes corses au service du prince lui donna bientôt l’occasion de signaler de nouveau son zèle.Les documents nous manquent pour déterminer la nature des difficultés.Mais il paraît que les troupes du duc, composées de différentes nationalités étaient trop souvent divisées entre elles, et avec les habitants des villes où elles tenaient garnison.Je crois que c’est de ce soulèvement dont il est question dans l’histoire de la maison de Sales, sous la date de 1628, soulèvement que Louis de Sales contribua puissamment à calmer.“ Une grande mutinerie fut formée.; les citoyens furent contraints de se mettre en défense, et de prendre les armes, craignans, avec raison d’être surpris, et saccagez par quelques stratagèmes, l'alarme fut si furieuse, que tout le monde était aux épées et bâtons à feu, et la confusion fut si extrême, que Monsieur de Moiron capitaine de la milice de la ville, et les Magistrats et hauts officiers de Monsieur le Duc de Nemours, n’y pouvant apporter aucun remède, il fallut implorer le secours ordinaire, et envoyer promptement à Lyon.“ Ce cavalier d’un cœur aussi tranquille, que s’il eût été dans un temple, leva les mains et les yeux vers le ciel, pour en invoquer le secours; sa prière finie, il commanda de faire retirer dans les maisons les enfans et toutes les femmes, car la confusion était universelle, et fut obéy si exactement, qu’en moins d’un demy quart-d’heure de temps, toutes les rues et places publiques furent désertes, ce qui fut estimé un effet extraordinaire de ses prières, et un prodige du respect que l’on avait pour son mérite ; car chacun le considérait comme cet ange, qui délivra le peuple d’Israël de la main de ses ennemis ; les Liégeois ayant fait leur retranchement depuis le Pont de Notre-Dame, jusques à la porte de Bœuf, occupaient tellement les arcs, que les habitants n’auroient pû ny entrer ny sortir de leur maison sans être massacrez; toutes les chaînes du Pont de Notre-Dame étaient tendues ; Louys armé de ce juste courroux, qui animait David contre Goliath, se mit à la tête des troupes, donna l’attaque au Pont avec tant de conduite, de générosité et de vertu, que le cœur du sieur de Guilbenoms, frappé de frayeur désespérée.comme si l’épouvante du Seigneur des armées l’eût terrassé, fit faire alte à tous ses soldats et leur défendit de faire aucun acte d’hostilité, et s’étant avancé avec respect vers les chaînes du Pont, pour parler à ce brave Commaudant, il se soûmit, à tout ce qu’il désira de luy pour calmer le trouble, Louys dans une occasion de nécessité si pressante, s’autorisa seulement du nom du Prince, fit retirer les Liégeois et les Vallons dans leurs logis, et cela se fit avec une promptitude si admirable, quo l’on eût dit que c’était une troupe d’Abeilles mutinées, qu’un peu de poudre jettée dans l’air repousse dans leur ruche.” Le prince, informé de cette belle conduite remercia lç comte 116 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.de Sales et les autres officiers.Voici la lettre qu’il écrivit à M.de Monceaux, signée de sa propre main, et que j’ai sous les yeux : “ Monsieur de Monceau, j’ay apris par lettres du conte Mau-“ rice Capris le désordre arrivé par le soulèvement que les capi-“ taines Corses, qui estoient icy, avoient faict de leurs soldats, “ pour les conduire ailleurs, et la promptitude, aveo laquelle “ vous y avez accouru pour les retirer.Vous m’avez faict un “ très grand plaisir, dont je conserveray la volonté de vous en “ montrer le bon gré, que je vous en sçay aux occasions, qui s’en “ présenteront, et cependant je vous assureray que je suis, “ Monsieur de Monceau, “ Votre meilleur amy, “ C.Emmanuel.” “ A Thurin co 3 février 1628, Monsieur de Monceau.” La guerre de la succession de Mantoue, où la Savoie parut un instant hostile à Louis XIII, dut faire rentrer M.de Monceau en France, dès l’année suivante.C’est vers cette époque qu’il faut placer son second mariage avec Dlle.Anne Gasnier.Jusqu’à présent, je ne connais rien de précis sur la famille et sur la naissance de cette dernière.Quelques circonstances porteraient à croire qu’elle était d’origine savoisienne; mais rien ne le prouve d’une manière positive.Il est certain seulement qu’elle avait une grande dévotion pour St.François de Sales, dont le procès de canonisation s’instruisait depuis 1626.Elle sut inspirer cette dévotion à sa famille et à celle de M.Bourdon où elle entra plus tard.La manière dont Marie de l’Incarnation parle d’elle fait voir que non-seulement elle était de bonne famille, mais qu’elle possédait encore ces avantages extérieurs que le monde prise beaucoup.Née vers 1614, elle n’avait probablement que 14 à 16 ans à l’époque de son mariage avec M.Clément, qui devait être âgé, lui, d’au moins 60 ans.Une fille, Claire-Françoise naquit de ce mariage.Mais y eut-il d’autres enfants?Je le crois.La liste des pensionnaires de l'Hôtel-Dieu mentionne sous la date de 1650: Mlle, d’Auteuil, fille de Mme.de Monceau, âgée de 7 ans (1).A cette époque, M.d’Auteuil ne pouvait avoir d’enfant âgé de 7 ans.On lit dans le Journal des Pères Jésuites, 7 novembre 1656 : “ Mme.Bourdon (Mme de Monceau s’était mariée en secondes noces) et sa fille d’Auteuil entrèreut dans la maison des Hospitalières de.” Il s’agit donc d’une autre fille de Mme.de Monceau, adoptée peut-être par M.d’Auteuil, qui avait épousé Claire-Françoise.Cette supposition en entraîne une autre, savoir que M.de Monceau aurait vécu jusqu’à un âge avancé.III.Claire-Françoise fut recherchée de bonne heure par M.Ruette d’Auteuil.Ce dernier était d’une famille peu favorisée de la fortune.Il avait su mériter la confiance de Louis XIII, qui l’avait nommé son Maître d’Hôcel ordinaire (2), charge (1) Dictionnaire Généalogique de M.l’abbé Tanguay.(2) Qu’on nous permette de donner quelques détails sur les fonctions des Maîtres
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