Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences
Journal qui, sous le couvert de la science et de la littérature, relaie les polémiques de journaux d'opinion français avec un parti pris pour le républicanisme.
Éditeur :
  • Montréal :H. Mézière,1818-1819
Contenu spécifique :
1er août 1818 - No 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (3)

Références

L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1818-08, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
L’Abeille Canadienne, / JOUBNAjL DF LITTÉRATURE ET DE SCIENCES Août 1818.POESIE BADINE.Avec F Amour on perd à tous les Jeux LA jeune Iris, In fleur de nos campagnes.Un certain jour, dans la belle saison, Voulut au bois, avec quelques corn pagnes.Aux quatre coins jouer sur le gazon.Il leur manquait encore un personnage; L’Amour donnoit, sous un chêne étendu : (ris le crut un berger du village ; La pauvre enfant ne l’avoit jamais vu.11 se réveille—il boude—il se chagrine— Il ne veut pas jouer à ce jeu-là : Plus il se fâche, et plus on le lutine.Ah ! le frippon ne vouloit que cela î Il cède enfin—mais bientôt à Colette, Tout en jouant, il vole ses rubans— La bague ù Lise—à Chloé sa houlette— D’Iris, sur-tout, il attrape les gants.Le jeu fini, chaque belle, en colère, "Peut ses bijoux—l’Amour veut un baiser Is L’ABEILLE CANADIENNE.La nuit venoit—chacune craint sa mère-Pour tout ravoir, ii fallut composer.Depuis ce teins, or.dit qu’Iris soupire; Chloé rougit—Lise baisse les yeux— Colette rêve—et tout leur semble dire f-lu’ avec VAmour nn perd à loue hr jeux.*1/ si/ —i « ?- —¦ #o «»» Sur 1rs Romans de .Madame de St ai ', suivies de deux lettres /italics de celte dame.Nulli paticntiùs nprehenduntur, qmm qui maxime laudari vitrentur.Pi.ini: le jeune, liv.vil, épis.20 Le?personnes qui méritent le plus la louange, sont aussi celles qui supportent le mieux la critique.QUOIQU’ON ait déjà beaucoup parlé du talent de Madame Je Staël, il reste encore beaucoup à dire sur le meme sujet.Ses qualités comme, ses défauts ont en effet un caractère irop prononcé, pour ne pas commander à la fois tout l’intérêt et toute i.sévérité de la critique.Peu satisfaite d’avoir écrit difierens traités de nioraie ou iU littérature, sorte d’ouvrages vers lesquels sembloit l'appeler de préférence la nature de son talent, Madame de Staël a voulu publier aussi des romans, et peut-être est-il permis de douter que sa manière soit la plus favorable possible à ce genre de compy sition.Cette manière, qui consiste à porter par-tout le scalpel de l’analyse, offre des inconvéniens qu'il importe d’autant plus de signaler, que dans ce siècle essentiellement dissecteur, elle a trouvé de nombreux copistes.Chacun des ouvrages de Madame de .Staël révèle sans doute un écrivain très-accoutumé à réfléchir sur toutes ses impressions, et à les approfondir.Il est impossible do ne pas admirer en aüe !a sagacité pénétrante de certaines ob- AOUT 18 IB.f 7 .ervations, et le don de les exprimer quelquefois arec une rare énergie.Plusieurs questions de politique et de littérature sont tour à tour devenues l'objet de ses méditations.Elle les a con-1 sidérées fie toute la hauteur d’un esprit indépendant ; et comme l’habitude de risquer beaucoup de paradoxes, est un moyen presque sûr de rencontrer quelques vues nouvelles et frappantes, on doit convenir que non-seulement Madame de Staël en a ren-contré, mais qu’elle est même parvenue à leur assurer d’abord une sorte de fortune.11 est pourtant vrai de dire, que si le prestige de son talent a obtenu cette première victoire, le défaut que j’indique n’en a pas moins été remarqué de celte classe de lecteurs qui, jaloux de cultiver leur goût, étudient avec soin dans les arts d’imagination, ce qu'on doit suivre et ce qu’on doit éviter.On a trouvé, je le répète, que Madame de Staël vouloit trop rendre compte de tout, et donner, comme on dit vulgairement, la raison de la raison.Ce défaut devenoit peut-être moins sensible dans un roman par lettres, comme Delphine.Là, chaque personnage devant nécessairement exprimer tout ce qui se passe en lui, l’auteur é-toit sans doute à son.aise, et pouvoit, sans trop d’invraisemblance, s’abandonner à ce goût d’analyse, qui est une des premières qualités de son esprit.Mais comme on se plaît toujours à faire ce que l’on fait bien, le roman de Corinne est venu; et quoique par sa forme il diffère entièrement du premier, on y a pourtant retrouvé, tu milieu des peintures les plus v/aies des orages du coeur, un penchant trop habituel à la dissertation, et eette anatomie tie tous les senlimcns que vient souvent obscur-Or une métaphysique trop recherchée.Outre qu’un pareil défaut imprime aux ouvrages de ce genre je ne sais quel air d’idéologie qui ne paroît pas de bon goût, il en résulte encore une surabondance de réflexions qui embarrassent et retardent continuellement la marche du récit.On diroit, en effet, que les aventures racontées par Madame de Staël, sont seulement des cadres qu’elle choisit, pour mieux nous faire savoir tout ce qu elle a senti et pensé dans ses voyages, ou dans les différentes situations de sa A l’exemple de J:an-Jacques ai de Montaigne, Madame 8 L'A B E IL LE C A N A VIE N N 1:1.de Staël se fait constamment le centre de tout ce qu’elle écrit , mais cette méthode, qui lui est sans doute naturelle, entraîne plus d’un inconvénient.De là naît un manque absolu d'illusion , les choses de sentiment semblent presque étouffées sous ce luxe de pensées et de définitions.C’est toujours la femme extraordinaire et l’habile métaphysicienne qu’on aperçoit : par-tout l’auteur se montre et plaide sa cause ; par-tout Madame de Staël soutient la thèse de son caractère, de son goût et de ses talcns ; mais ses acteurs, et l'ouvrage lui-même, sont trop souvent sacrifié?à ce premier but de ses efforts.Un autre reproche à lui faire, et qui n'est à vrai dire qu’une conséquence de celui qui précède, c’est de nous offrir toujours des êtres extraordinaires, auxquels personne ne ressemble.Les héroïnes de ses romans sont de véritables exceptions dans la société.Or, nous le savons tous, soit qu'on veuille instruire, soit è qu’on veuille intéresser, ce ne sont point des exceptions qu’il faut peindre.L’on est d’autant plus fondé à faire cette critique, que lorsque Madame de Staël a daigné mettre en scène des personnages moins éloignés des proportions ordinaires, elle a prouvé qu’elle savoit unir à des observations pleines d’agrément et de justesse, un style plus naturel, plus simple et plus entraînant.“ Le bon goût est, en littérature, ce qu'il est pour les femmes en “ ajusteviens.” Mais les ajutemens de Madame de Staël ont par malheur plus d’éclat et de pompe que de véritable élégance ; son style se ressent trop en général du système de composition par elle a-dopté.De même que ses pensées paroissenl trop souvent recherchées et problématiques, de même le goût s’étonne quelquefois de la bizarrerie de ses locutions.D’ailleurs, comme Madame de Staël semble redouter pardessus tout ce qu’elle nomme la vulgarité fies pensées* d n est pas toujours tres-facile de suivre i’essor qu’elle prend.Chaque nouvelle phrase révendique, pour ainsi dire, une égale part d’attention: presque jamais la pensée ne s’y fond en sentiment ; et si l’on aperçoit dans ses ouvrages beaucoup de ces traits qui font admirer, ils manquent en généra! de ce charme qui engage à relire. AOUT 1818.9 Aussi, malgré toutes les ressources de son imagination brillante et passionnée, ne seroit-on pas embarrassé d’expliquer pourquoi la lecture de Delphine et de Corinne finit bientôt par nous paro'itre un peu laborieuse.Tant d’éclairs éblouissent, tant de réflexions fatiguent.11 vaudroit mieux, je crois, en présentant au lecteur des faits et des résultats, lui faire penser une partie de ce que Madame de Staël prend tant de peine à lui expliquer.Il seroit plus adroit en un mot, de ne pas affecter autant de montrer les ressorts et le mécanisme des passions, et de les peindre franchement par leur langage, leurs écarts et leurs effets sensibles.C’étoit la méthode de nos bons écrivains du temps passé: je soupçonne quelquefois qu’il conviendrait d’y revenir.L’auteur de Cil Bias, celui de Manon Lescaut, évitent avec soin de disserter, et n’en plaisent que mieux : moins modestes, Delphine, Corinne, et quelques autres romans que Ton peut regarder comme appartenant à la même famille, nous apprennent sans doute beaucoup de chose ; mais il faut convenir aussi qu’en nous instruisant, ils ont l’air bien instructif ; lorsqu’on les lit, on croit toujours écouter des professeurs d’analyse et d’entendement humain.Telles sont les observations générales dont nous avons cru devoir faire précéder les deux lettres suivantes de Madame de Staël.Ces lettres, où l’on retrome toutes les qualités et tous les défauts de sa manière, sont adressées de Lyon, au premier acteur tragique François, sous les dates des 4 et ô Juillet 1809.Si quelques personnes s’étonnent, en les parcourant, d'y rencontrer certaines façons de s’exprimer un peu singulières, il est vraisemblable qu’elles y remarqueront aussi cette profondeur d’observations et cette vérité d’aperçus, par qui Madame de Staël s’es! placée depuis long-temps au nombre des écrivains d’un ordre supérieur.E.Juillet 181 G.Ne craignez pas que je sois comme Madame Milord, que je mette la couronne sur votre tête au moment le plus pathétique : mais comme je ne puis vous comparer qu’à vous-même, il fout \\ i 0 L’A BE ( LLE CANA D l EN N E.que je vous dise, Talma, qu'hier vous avez surpasse la per ice iion et l’imagination même.Il y a dans cette pièce, toute défectueuse qu’ellc est, un débris d’une tragédie plus forte que la notre, et votre talent m'est apparu dans ce rôle tY Hamlet, comme ie génie de Shakespeare, mais sans ses inégalités, sans ses gestes familiers, devenu tout à coup ce qu’il y a de plus noble sur la terre.Cette profondeur de nature, ces questions sur notre destinée à tous, en présence de cette foule qui mourra et qui sem-bloit vous écouter comme l’oracle du sort; cetle apparition du spectre, plus terrible dans vos regards que sous la forme la plus redoutable; cette profonde mélancolie, cette voix, ces regards qui révèlent des sentimens, un caractère au-dessus de toutes les proportions humaines, c’est admirable, trois fois admirable, et mon amitié pour vous n’entre pour rien dans cette émotion, la plus profonde (pic les arts m'aient fait ressentir depuis que je vis.Je vous aime dans la chambre, dans les rôles où vous êtes encore votre pareil ; mais dans ce rôle d'Hamlet, vous m'inspiriez un tel enthousiasme, que ce n'étoit plus vous, que ce n'étoit plus moi ; c'étcil une poc'sic de regards, d’accens, de gestes, i> laquelle aucun écrivain ne s’est encore élevé.Adieu, pardon-nez-moi de vous écrire quand je vous attends ce matin à une heure et ce soir à huit: mais si les convenances sociales ne dévoient pas tout arrêter, je ne sais pas, hier, si je ne me seroL pas fait hère d’aller moi-même vous donner cette couronne, qui est due à un tel talent plus qu’à tout autre; car ce n’est pas un acteur que vous êtes ; c’est un homme, qui élève la nature humaine, en nous en donnant une idée nouvelle.Adieu, à une heure.Ne me répondez pas, mais aimez-moi pour mon admiration.[Extrait de la Ruche d'Aquitaine.h Juillet, Lyon, 1809.Vous êtes parti hier, mon cher Oreste, cl vous avez vu combien cette séparation m’a fait de peine : ce sentiment ne me quit tera pas de long-temps; car l’admiration que vous inspirez n' AOUT 18 IB.11 peut s'effacer.Vous Otes, dans votre carrière, unique au monde, et nul, avant vous, n’avoit atteint ce degré de perfection où l’art se combine avec l’inspiration, la réflexion avec l'involontaire, et le génie avec la raison.Vous m’avez fait un mal, celui de me faire sentir plus amèrement mon exil.A peine étiez-vous parti, que le sénateur R***** est entré chez moi, venant d’Espagne pour aller à Strasbourg.Nous avons causé trois heures, et nous avons souvent mêlé votre nom à tous les intérêts de ce monde.11 étoit dimanche à Hamlet, et vous l’avez ravi.Nous avons disputé sur le mérite de la pièce en elle-même.Il m’a paru très?-orthodoxe, et il prétend que N***** l’est aussi.Je lui ai développé mon idée sur votre jeu, sur cette réunion étonnante de la régularité Française et de l'énergie étrangère.Il a prétendu qu’il y avoit des pièces classiques Françaises, où vous n’excelliez pas encore ; et cjuand j'ai demandé lesquelles, il n'a pu m'en nommer.Mais il faut qu’à Paris vous jouyez Tancrèdeet Orosmanc à ravir: vous le pouvez, si vous le voulez.II faut prendre ces deux rôles dans le naturel : iis en sont tous deux sus-ceptibles; et comme ouest accoutumé à une sorte d’étiquette dans la manière de les jouer, la vérité profonde en fera de nouveaux rôles.Mais je ne devrons pas m’aviser de vous dire ce que vous savez mille fois mieux que moi : il est vrai pourtant que je mets à votre réputation un intérêt personnel.Il faut que vous écriviez ; il faut que vous soyez aussi maître, de la pensée que du sentiment : vous le pouvez, si vous le voulez.J’ai vu Madame Talma après votre dernière visite, grâce pour moi :n’a profondément touchée; dites-lo lui, je vous prie.C’est une personne digne de vous, et je crois louer beaucoup en disant cela.Quand vous reverrai-je tous les deux?Ab! cette ques- * lion me serre le co:ur, et je ne peux me la faire sans une émotion douloureuse.God bless you, and me also! Je vais écrire sur l’art dramatique, et la moitié de mes idées me viendront de vous.Adrien de Montmorency, qui est le souverain juge de tout ce (jui tient au bon goût et à la noblesse des manières, dit que Madame Talma et vous, vous êtes parfaits aussi dans ce genre.Toute ma société vous est attachée à tous les deux.Ou it L’ABEILLE CANADIENNE.raconte mes hymnes sur votre talent, par la ville, et Camille, xn’en a raconté à moi-même que j’ai trouvés pindariques ; mais je ne suis pas Corinne, pour rien, et il tant me pardonner l’expression de ce que j’éprouve.Le directeur des spectacles est venu me voir après votre départ, pour me parler de vous.Je lui ai su 2ré de si bien s’adresser.Sa conversation étoit comi-que ; mais je n'étois pas en train de rire, et j’ai laissé passer tout ce qu'il a bien voulu me dire pour me donner bonne opinion de lui.Ainsi, chacun s'alite pour réussir; il n'y a que le génie qui triomphe presque à son insçu.Ainsi vous êtes.Adieu, écrivez-moi quelques lignes sur votre sauté, vos succès et la probabilité de vous revoir.Mon adresse à Coppct, Suisse.Adieu, adieu; mille tendres complimens à Madame Talma.Je pars dans une heure.Les Templiers sont traduits en Espagnol, et se jouent à Madrid.^1/ N* 0 O/ ¦5, * v.vr v.r EPISODE D'un nouveau Roman Anglais.LE fragment que nous offrons ici à nos lecteurs, est extrait d’un roman Anglais, intitulé V Antiquaire * qu’on avoit d’abord attribué à Walter Scott, auteur du poème de Marmion, de la.Dame du Lac, et de quelques autres ouvrages moins connus parmi nous ; mais on s’accorde à dire aujourd’hui que ce roman est de l'un de ses frères.La scène qu’on va lire se passe en Ecosse, sur un rivage dont la description offre une grande vérité locale.Il est même remarquable que l'ouvrage est écrit en partie dans le dialecte Ecossais du Nord, que tous les Anglois n’entendent pas, et ce n’est pas là un petit obstacle à la traduction de ce roman ; on assure cependant qu’on s’occupe de le traduire, et qu’il va paroître incessamment à Paris.— Quand cela fut arrangé, et que le commissionnaire eut été expédié, le chevalier Arthur et sa fille quittèrent la grande route, et prirent un sentier au travers des dunes, pour s’approcher de h.mer et suivre le rivage, La marée montoit, et (-toit déjà plua AOUT 181 b.lo avancée qu'ils ne l’avoient cru ; mais cela ne leur donna aucune inquiétude.Il y avoit à peine dix jours de l'année,où la mer s’élevât assez haut pour couvrir la plage, et ne pas laisser un chemin sec le long des rochers à pic.Dans les hautes marées du printemps, et quand il y avoit une forte houle de rner, ce passage n'éloil pourtant pas sans danger, et la tradition avoit conservé le souvenir de plusieurs voyageurs noyés dans cet endroit; mais ces événi mens étoient anciens, on n’y croyoit qu’à demi, et ces histoires servoienl plutôt à la conversation des paysans au coin du feu, qu'elles n’étoient des leçons de prudence.Cela n'empéchoit personne de prendre, dans l’occasion, le chemin le plus court, pour aller de Knockwinock à Moukbarns, par l’cs-trand.Sir Arthur et sa fille jouissoient de l’aspect des rochers et de l’agrément de marcher sur un sable frais et dur.Ils s’applau-dissoient d’avoir choisi cette route ; mais miss War Jour observa cependant (pie la marée précédente avoit laissé des traces à une beaucoup plus grande hauteur (pie les marques permanentes ne i’indiquoient.Le coucher du soleil étoit très-pittoresque.Son disque rougeâtre, et dont les dimensions paroissoient agrandies, al loi t se cacher dans l’Océan.Ses derniers rayons donnent les nuages amoncelés.Il y avoit une sombre manniîi- ci J o cence dans cet assemblage de vapeurs, qui représentoient des pyramides et des tours fantastiques, colorées des plus riches teintes.La vaste mer réfiéchissoit tout cet éclat ; sa surface étoit tranquille, et la vague de la marée envahissait les plaines de sable d'un mouvement imperceptible, mais pourtant rapide.Miss Wardour marchoit en silence à côté de son père.Elle admiroit ce paysage si nouveau pour elle ; elle repassoit dans son esprit des souvenirs qui lui donnoient encore de l’agitation ; f lieux inaccessibles.L'écume des flots qui batloient avec fureur le pied du rocher, s’éleva bientôt jusqu’à cette saillit-1 étroite, e: les mugissemens de la vague sembloient redemander comme O O une proie les fugitifs qui lui avoient échapj)é.C’étoit une nuit d’été; mais le vent étoit si violent, la pluie tomboit avec tant d’abondance, qu’il étoit difficile de comprendre comment une personne aussi délicate que Miss Wardour, pourroit survivre à une telle épreuve.Le mendiant en témoigna tout bas son inquiétude à Lovcl.Il y a, entre les hommes l'une trempe d’ame courageuse, une sorte de sympathie secrète (pii n’a pas besoin de préliminaires.Lovel avoit déjà apprécié Ochiltree, et il s’associoit de cœur à ses craintes et à ses vœux.Il proposa donc de remonter par le grelin qui étoit encore en place, et d’aller appeler du secours.Ochiltree s’y opposa vivement.Il lui représenta que c’étoil un miracle qu'il s'en fut tiré en descendant, quoiqu’il y eût encore du jour, et qu’il seroit impossible de remonter de nuit.D’ailleurs, ajouta le vieillard, c’est mon alfaire à moi.C’est mon premier métier que de monter et de descendre par un grelin ; laissez-moi faire, et tenez-vous ici.Il faut moudre le blé mûr, et épargner le blé vert.Restez, restez tous deux, je vous en conjure, interrompit Isabelle; je suis bien, je ne souffre pas ; je passerai ici la nuit, s’il le faut, je m’en sens la force.A peine aclievoit-clle cer mots, qu’elle se trouva mal.Ses genoux fléchirent, et elle seroit tombée dans la mer, si Lovel et Ochiltree ne l’eussent soutenue et placée à côté de son père, qui lui-même n’ayant piur la force de se tenir debout, s’étoit accroupi contre le rocher.Cependant Oldbuck et son neveu, dévorés d'inquiétude, cr-voient avec une troupe de matelots sur la crête des précipices, et poussoient des cris (pie répétoient les éclms, mais que le bruit du vent et des vagues empêchoit de parvenir distinctement aux.quatre personnes en péril.Toutefois Lovel crut entendre quelque chose qui ressembloit à des voix humaines ; et joignant scs cris à ceux du vieillard, il eut bientôt la certitude qu’ils étoient 0 entendus, et qu’on leur répondoit.Les matelots, qui connoi:;-soient toutes les saillies de ces rochers, comprirent dans quel endroit Sir Arthur et sa fille dévoient s’être placés, et avec leur adresse industrieuse, ils eurent bientôt construit, sur le bord de ivOÜT ldi 15.AS i’abimc, une espèce de grue.Ils attachèrent fortement à la corde principale un fauteuil en bois; puis ils firent descendre avec ce fauteuil un grelin solidement fixé, qui étoit destiné à cire maintenu roide par le poids d’un de ceux qui étoient en bas, et à servir ainsi de régulateur à la personne qui seroit sur le fauteuil, afin que le vent et le mouvement d’ascension ne lui fissent pas courir le risque de se froisser contre les aspérités du roc.Lorsque le fauteuil parvint à la portée de Lovel, il délibéra un moment avec le vieux mendiant s’ils confieroient à cette frêle machine le salut de Miss Wardour.Ils s’y résolurent cependant, par la considération des dangers qu’elle alloit courir en passant la nuit entière exposée à la pluie et à l’écume des vagues ; mais il ne fut point facile de la décider à faire sa retraite avant son père.Elle s’y détermina enfin, lorsque Lovel :tii dit qu’elle ne voudroit pas sans doute laisser faire à Sir Arthur Je premier essai d’un moyen aussi périlleux.Lovel n’avoit pas négligé toutefois de s’assurer de la solidité de la grue, en joignant son poids à celui d'Ochillree, pour donner à la corde une vive secousse à laquelle elle avoit fort bien résisté.Sir Arthur les embarrassoit encore par l’opposition qu'il met-toit à l’ascension de sa tille.Tandis que Lovel, avec une sollicitude et un soin extrêmes, employoit son mouchoir, sa cravalte, et la ceinture de cuir du mendiant, pour attacher solidement AI iss Wardour sur le fauteuil, Sir Arthur, qui n’avoit pas la force de se lever, lui répétoil sans cesse: Que faites-vous?Je ne veux pas qu elle me quitte.Isabelle, restez avec moi, je vous l’ordonne.Mais Ochiltree (échoit de le calmer, de lui faire entendre raison, et Isabelle s’en fioit à Lovel.Enfin, quand toutes les précautions eurent été prises, ce dernier, joignant sa voix à celle d’Ochiltrce, poussa un grand cri qui signifioit qu’on étoit prêt.Isabelle, bien prévenue sur la manière d’éviter les froissemens contre le rocher, saisit le grelin (pie ses deux aides maintenoient tendu ; elle dit adieu à son père, et s'abandonna à la Providence.Après quelques minutes d'une attente pleine d’angoisses, île entendirent pousser des cris de joie, qui leur annoncèrent l’heu* reuse réussite de l’entreprise.(On comprend que les trois autres furent sauvés successivement et par ie même moven.)— r w 20 L’AREI LLE CAN A I) I EN NI OPPOSITIONS ET RAPPROCHEMENT.i.IL seroit curieux Je rechercher l’influence des mœurs el de la civilisation sur la culture des terres.Les Gaulois, pendant m plusieurs siècles, ne connurent point l'usage de la vigne, et ce ne fut même que l’attrait du vin qui les engagea à fondre sur l'Italie.Maintenant, au contraire, les vins les plus renommée-sont ceux de France.I t ft • Les Romains marquoient les jours malheureux avec du charbon, et les jours heureux avec de la craie.Ils prirent cette coutume des Scythes, qui, avant de se coucher, mettoient dans leurs carquois une pierre blanche ou noire, selon qu'ils avoient passé une journée heureuse ou triste.Voltaire observe* (pie cette coutume de marquer de blanc les jours heureux, et de noir les jours funestes, s’est conservée chez les Persans avec scrupule.III.La toge des Romains étoit blanche, mais ceux qui briguoicnl quelque magistrature, en augmentoient encore la blancheur en la frottant de craie, et de là on les appeloit candidats, ce qui signifioit blanchis, cclatans de blancheur.C’est pour cela que Perse! donne a l’ambition l’épithète de crctata, enduite de craie.Nos candidats modernes ont adopté une autre mode.Ce n’est plus le blanc qui les distingue ; on les recommit maintenant à leur costume noir, qui les feroit prendre pour des héritiers, s’ils avoient une figure moins chagrine.C’est en noir qu’ils font leurs visites, qu’ils colportent leurs pétitions, qu’ils as-sistent régulièrement aux audiences d'un ministre.La place leur échappe, leur costume se fane : ils ne se rebutent pas ; et, comme le disoit Juvénal dans un autre sens, ils vieillissent en habit noir, in nigrâ veste scncscunt.IV.Quand une femme Hottenfotc se marie en secondes noces, * Essai sur ksmœur.% tom, iv, page, 510 r Sat, v. AOUT 1818.Xï •lie est obligée de se couper une phalange du petit doigt; si elle se marie une troisième lois, il faut qu’elle se coupe le troi-dème doiirt.Les Tucumans, au Pérou, ont une coutume sein- O 99 blable.Il y a eu une époque qui n’est pas fort éloignée, où, si cette coutume eut existé en France, la main toute entière de certaines femmes n’y auroit pas sutlî.Les Romains n’étoicnt pas aussi sévères: ils se contcntoicnt de défendre aux femmes qui s’éloicnt mariées plus d’une fois, de toucher la statue de la Pudicité.* V.Il y avoit, chez les Romains, une espèce de gladiateurs nom inés andabalœ, qui combattoient à cheval et les yeux bandés.Noua avons une espèce d’écrivains polémiques qui ont pris pour champ de bataille la politique, où ils ne voient goutte ; il ne leur manque que le cheval.VI.Les Grecs étoient convaincus, par l’expérience, de l’empire que les chansons exercent sur le peuple ; aussi le même mot signifiait, dans leur langue, loi et chanson.Les Français, sans avoir donné une même dénomination à ces deux moyens de puissance, n’en ont pas moins senti leur influence mutuelle, et c’est même cette considération qui avoit fait définir notre ancien gouvernement une monarchie absolue, tempérét par des chansons.Combien de fois, et sur-tout dans la révolution, n’avons-nous pas vu les chansons venir au secours des lois, ou les combatre avec Parme du ridicule, et les faire bientôt tomber en désuétude?Fletcher de Salton, écrivain Anglois, disoit à ce sujet: “ Don* “ nez-moi le privilège de faire toutes les chansons d’une nation, # “ et je céderai volontiers à tout autre le droit de faire ses lois.” VII.La révolution ne s’est pas contentée de détruire nos institutions et de bouleverser nos mœurs.Comme dans l’état social tout est lié, la langue Française s’est fortement ressentie de la confusion qui régnoit par-tout à cette époque.Nos grammairien.1: *“ Festus, L’A BE 1LLE CAN A D J EN NE.révolutionnaires, aussi barbares dans leurs expressions que daiid leur conduite, violoient les règles du discours comme les principes de la morale.Ils aboient au busard les mots les plus é~ tranges, changooienî la signification de ceux qu ils couservoient, et eboquoient toutes les lois du langage.S'ils eussent plus longtemps souillé notre pays de leur honteuse tyrannie, d’un côté ils nous eussent fait rétrograder, par leur informe jargon, vers l’en-fance ues sociétés, tandis que de l’autre, leur férocité nous eut entraînés vers ces temps de dégradation et de décadence, où vont quelquefois sc perdre les empires les plus civilisés.Cruelle n’eût point été la douleur de l’abbé d'Oiivet, s'il tût ressuscité à cette époque, et si son purisme se fût trouvé aux prises avec l’argot révolutionnaire ! On sait combien il éloit chatouilleux sur la brève et sur la longue.Il n’eût pas craint sans doute de s’exposer à mourir une seconde lois, pour défendre l’intégrité du dictionnaire et l'honneur de la syntaxe.Pythagore, qui avoit observé des temps semblables aux nôtres, disoit à ce sujet : “ N’apprends pas la langue des peuples ¦* en révolution : chez eux le désordre des choses passe dans les mots.” ?r * V ill.Plusieurs sa vans modernes nv oient élevé des doutes sur l’histoire de Héro et Lcandrc.Au mépris des traditions, des monumens, des médaillés qui attestent ce lait, ils s'obstinoient à le nier, et se retranchoicnt dans l'impossibilité de traverser à la nage le bras de mer qui sépare Abydos de Sestos.ils appuyoienl même leur incrédulité de raisons qui ne laissoieni pas que d’inquiéter certaines personnes amies des traditions amoureuses.Elles voy-oient, avec un chagrin inexprimable, qu’on alloit leur enlever un c^js objets de leur culte, et convertir en fable ce qu’elle étoient accoutumées à regarder comme une histoire.Mais que de grâces elles doivent rendre au dévouement de Lord Byron, J 2utcui d un poeme intitule Zulcicu cl Sclwi* ou lu Vict^c ' O d jlbydos ! Ce courageux poète, (comme il nous l’apprend lui-mème dans son poème,) a entrepris de venger la mémoire des deux antiques amans.Rempli de cet enthousiasme pour les souvenirs oe 1 antiquité, qui malheureusement est devenu trop are, il -i traversé a la nage le détroit de l’Hcllespont ; et ce- s AOUT 1818.9 pendant, nouveau Léandrc, il n’alluit pas joindre sur le rivage opposé une aimante chérie, qui lui offroit le prix de son audace et de ses fatiirues.Maintenant, grâce à co commentaire de « J 'O nouvelle espèce, on ne doit plus conserver de doutes à ce sujet, et nous pourrons encore, sans craindre de les voir démentir, citer ces beaux vers de Virgile: Quid juvenis, magnum eut versai ossilus ignem .Duras amor ?Nempc abrupt is turbala proccUis Node natal cœr.à serusc fréta : quem super ingens t Porta tonal cœli, et scopulis illisa réclamant Æquara ; ncr, misen passant rcvocarc parentes, Nec morilura super crudeli f ancre virgo.Georg, liv.ni. ttppvù Sâ I.'ABEILLE CANADIENNE.Tel admire Olympie et sa noble poussière, Qu’il ait impunément doublé l’écueil fatal, etc.Il y a du malheur à commencer une stance par ce mot tel, pris dans un sens absolu.11 résulte d'ailleurs de la tournure de ces vers, une obscurité dont l’attention est effrayée.Nous trou vous, de plus, que le Latin n’est nullement rendu.Hunt quos curriculo jntlvcrem Olympicum Collcgisse juvat, de.L'autre veut des moissons que la Sicile enfante.i Nous savons très-bien (pie la Sicile produisoit beaucoup de bit* pour l’empire Romain ; mais Horace parle ici des Lies récoltés dans la Lybie, de Lybicis areis, et nous ne voyons pas pourquoi M.de Wailly a cru devoir s'écarter du texte.Puisse avec la reine de Guide, Et des lils de T.éda le couple milieux, Le seul Zéphirc être ton guide !-Ode S.Si Horace eût parlé la langue de sou interprète, il se seroit bien gardé d’adresser de pareils vers au vaisseau que dt voit porte! Virgile à Athènes, et sur-tout do mettre le seul Zéphirc apres a-voir parlé de la reine de Gnidc et des pis de Léda.Dan« cette crotte demi-close.-Ode 5.O M.de Wailly ne s’exprimeroit pas autrement, s’il 9’agissoit d’une fleur ou d’une jolie bouche Dans 1 ode 13 du premier livre, Horace s’est attaché à peirv dre la jalousie par tous ses effets sensibles et appareils.M.de Wailly, au contraire, n emploie que des généralités dans ces deux premières stances, ce qui répand de la froideur et du va^ue dans KJ sa traduction.Quand, devant moi, tu viens sans cesse Vanter avec tant de chaleur D’Acis la brillante jeunesse, D’Acis Pédalante blancheur.Il n est pas ici question de la brillante jeunesse d’Acis, mais de la beauté de son cou.cerviccm roseam : de son éclatante blancheur.mais de la blancheur et de la tonne de ses bras, ccrcc brachia. AOÛT lblB.3d Pour calmer mon sang tjui bouillonne, Tous mes efforts sont impuissans ; Et la raison qui m'abandonne Mc livre Uu trouble de mes sens.Horace n’avoit point autant d'esprit; il se contente de dire que son esprit s’égare, tvnc nec viens milii, et ne se livre pas à :*es petites oppositions de la raison et des sens.Quand b* fils de Japet, par un triste assemblage, Mêlant les corps crées au limon créateur, Fit l’homme, son dernier ouvrage, Du lier lion il prit la rage, Et la souffla dans notre cœur.Livre 1, ode IG.Ordinairement, on a recours à la traduction quand le texte offre quelque difficulté; mais ici, au contraire, c’est le texte qu’il faut consulter pour comprendre la traduction.Sans ce moyen, nous délions le lecteur le plus intelligent de pénétrer le sens du second vers.Horace dit que Prométhée, après avoir consacré le meilleur limon à former l'homme, lut obligé d’emprunter aux diffère ns animaux les qualités qu’il destinoit à son aine : Ferlur Prometheus, addere principi Limo coactus particulam undique Dcscclam, etc.Est-il possible de retrouver cette pensée dans ce vers dur et inexplicable : Mêlant les corps créés au limon créateur ?Nous ne pouvons également approuver le quatrième vers, dans lequel le fils de Japet prend la rage du lion aussi froidement que s'il s’agissoit de.tout autre chose.M.de W ailIy a mis un soin lout particulier a traduire l’ode charmante qu’Horace adresse à Barine.* On jugera de ses efforts, quand on saura qu'il eu rapporte trois traductions differentes.Je ne dis point qu'il ait tout à fait échoué; mais combien il nous semble loin de la grâce et du naturel (pie La Harpe a mis dans l’imitation qu’il en a faite ! Pour donner la palme à ce dernier morceau, nous pensons qu’il suffiroit de mettre les concur- Otlc 8, livre n.I 2 34 L’ABEILLE CANADIENNE.rens en présence; mais c’est un genre de critique que nous « • pargnorons au nouveau traducteur.«A O Nous lui adresserons un autre reproche ; c’est d’avoir changé îa plupart des noms dont Horace s’est servi.Il emploie llylas au lieu de Ly cillas, A ci s au lieu de 'J'élcjihc, Eglc au lieu de PIM et de Chluris J’avois Burine dans l’original, c’est Pimjnti qu’un me donne dans la traduction.Cette inexactitude nuit ù ta ressemblance de la copie, et déroute celui qu’une longue habitude a rendu familier avec le poêle Latin.Une autre cause qui contribue quelquefois à effacer jusqu aux moindres traits de l'original, c’est le peu d'attention que M.de.Wailly a mis à se rapprocher des différentes mesures de vers dont Horace s’est servi.Il devoit s'y assujettir, autant du moins que le permeltoil notre système de versification.Chez un poète qui a un juste sentiment de son art, la nature du sujet qu’il traite lui indique naturellement le mètre dont il doit se servir, et le mètre exerce à son tour une véritable influence sur la manière de traiter un sujet.Il suffit, pour s’en convaincre, de relire deux, de nos chefs-d’œuvre dans la poésie lyrique, le cantique d'E~c-chiel et l’ode au comic du Luc.J.B.Rousseau s’est bien garde O d'employer la meme nature de vers pour les plaintes de la douleur et pour les chants les plus nobles et les plus élevés.S’il l’eut fait, chacune de ces pièces eut perdu de son genre pour prendre un caractère qui lui étoit étranger, et pour offrir des.beautés qui ne lui étoient point propres, et non sua poma.Il est donc essentiel, lorsqu'on traduit, de ne point s’écarter de cette règle.Comment se fait-il que M.de Wailly l’ait méconnue, ou-du moins l’ait négligée?Il lui arrive souvent de rendre des vers t courts et inégaux, par de grands vers dont la mesure égale et soutenue n oflre aucun rapport avec l’original.Nous lui citc-¦ rons entre autres Iode 18 du livre II.dans laquelle ce manque •d exactitude se fait sentir d’une manière désagréable.u Nous craindrions de fatiguer nos lecteurs en nous livrant à un * *» examen plus long et plus circonstancié de cette traduction : elle n est point sans mérite.Le sens est assez fidèlement rendu; mais ce qui lui manque, c est une couleur plus originale et une allure plus indépendante.Le texte est souvent paraphrasé, et ics vers en sont quelquefois pénibles et durs.r\ ont annonce le ravaii-tiop opinialie auquel M, de ^Vailly s\;st livré pour que AOUT 1018.ouvrage fût digne du publie; mais on ne r*nd pas la grâ e par l’effort, l’inspiration par des combinaisons de mots, et des expressions trouvées par des expressions cherchées.Ces défauts se font sur-tout remarquer dans les odes, dont le naturel et un certain air de négligence font le principal mérite.Madame de Lafayette comparait un traducteur à un valet que su maîtresse envoie faire un compliment à quelqu'un.Plus le corn aliment est délicat, disoit-clle, plus il s'en tirera mal.Nous ne voulons pas faire à Al.de Wailly l’application de ce mot ; mais il conviendra lui-meme qu’il a mieux réussi dans quelques odes d"un style tempéré et d'uu ton philosophique.Nous lui citerons entre autres l’ode six du deuxième livre, qui nous paroît une des mieux rendues.Eu général, les reproches (pie nous faisons à cette traduction sont moins dirigés sur le talent de M.de Wailly que sur son entreprise.Nous ne croyons pas qu’il soit possible de traduire Horace en vers : il hudroit pour cela être un autre lui-même, et encore ne réussirait-on pas.Eu effet, si ce poète avoit eu à s’exprimer en Français, il n’est pas douteux que ses idées n’eussent revêtu d’autres images, que son style n’eüt pris un autre coloris.Ainsi, vouloir faire ce qu’Horace n’eût point fait s’il eut été à notre place, c’est s'exposer à succomber, en supposant même qu’on ait tout ce qu’il faut pour réussir.Il faut donc laisser à ceux qui sont initiés dans les mystères Je la langue Latine, le plaisir de lire et de goûter Horace.Si nous voulons en donner une idée aux profanes, gardons-nous bien de le traduire; pénétrons-nous de son esprit, et livrons-nous aux inspirations dont-il échauffera notre ame.On peut traduire les prosateurs, mais il faut imiter les poètes, et sur-tout les poètes comme Horace.Berlin et Parny se sont bien gardés de traduire Tibulle et Properce; ils se sont remplis de leur manière et de leur génie, et c’est en les imitant avec autant de grâce que Je chaleur, qu’ils ont naturalisé l’élégie parmi nous.Bouffler?disoil qubmc bonne traduction était une résurrection, c’est-à-dire, 3:ins doute, (humainement parlant,) une chose impossible; et, dans ce cas, M.de Wailly doit se consoler de n’avoir pas mieux A.L.! Ruche d\‘h)uitodrff réussi. O*;' >>b L’ABEILLE CANADIENNE.NOUVELLES IIjU Missionnaires persecutes, et triomphes réécris de la Foi.NOS lecteurs peuvent se rappeler que des lettres de la.Chine, dattes de l’année 1015, fhisoient mention du martyre / ' » souffert par le vénérable Gabriel Taurin Dufressf., Evêque de Tabracca et Vicaire Apolostique de Su-tcliuen.Ce prélat, arrêté le 10 Mai 1015, fut transféré dans la capitale de la province, où la prison devint dès lors son partage.Le Vice-Roi, qui fait profession de haïr les Chrétiens, le condamna, le 14 Septembre 1815, à avoir la tète tranchée; et cette sentence fut exécutée le même jour, nonobstant les lois et les coutumes de la Chine, qui veulent que l’Empereur ratifie tout jugement portant peine capitale, avant que l’exécution puisse avoir lieu.Ainsi l’on dérogea, dans ce cas, à l’une des maximes de l’état, de peur de perdre l’occasion de répandre le sang d’un Chrétien et d’un Evoque.— L’Empereur alla même jusqu’à louer la conduite du Vice-Roi, et il approuva et sanctionna tout ce qu’avoit fait et prescrit le Mandarin contre les Chrétiens, notamment la condamnation du saint Evêque.Des lettres de Macao et de Su-tcliuen, écrites en 181G, confirment cet événement si glorieux pour la Religion ; mais elles laissent malheureusement beaucoup de détails à désirer.Le missionnaire François chargé provisoirement de la mission de Su-tch-uen, comme Pro-vicaire, n’a pas encore obtenu tous les rensei-gnemens qu’il lui importe de receui11ir.Lorsque la persécution se sera rallcntic, i! rendra compte, comme par le passé, du véritable état de la vigne du Seigneur dans ces vastes contrées, et il suppléera les détails qui nous manquent actuellement.11 paroît néanmoins qu’on l’année 1C IG, il s’est opéré une révolution favorable dans l’esprit des infidèles de Su-tcliuen, du moins parmi la grande majorité.Les ministres des autels étoient déjà rentrés dans l’exercice de leurs fonctions augustes, et la prédication évangélique fructifioit journellement.Il n’en est pas de même dans la province de Yun-nan : les Chrétiens v souf-tnent encore toute sorte d’exaction?et de vexations, au poin.* A© UT 181 G.o *** ,> i que Mr.Fontepa, qui s’y est tenu caché depuis le commencement de la persécution, a couru maintefois les j>1 us grands dan- Dieu, dont les voies sont impénétrables, a fait tourner au pn> fit de la Religion les troubles (pii a voient affligé la mission du Su-tchuen : un nombre considérable de payons est venu se ranger sous le joug doux et salutaire de la Foi.Le district même du Mandarin persécuteur a vu se former une nouvelle accession au Christianisme, que l’on attribue à la circonstance suivante.Un Chrétien, privé du sens de la vue, mais doué d’une excellente mémoire, «'toit parvenu à apprendre et a réciter par cœur plusieurs livres de piété: tout en les expliquant avec clarté et précision, il se faisoit rechercher et goûter par les infidèles.En parcourant ce district, il s’arrêta et séjourna quelque tems dans un endroit, où l'on ne comptoit plus de Chrétiens depuis environ trois ans : là il prêcha avec tant de succès qu’il convertit plus de cinquante personnes, dont six reçurent presque incontinent le sacrement de baptême.Il en est un parmi ces derniers qui montre même plus de ferveur que celui qui l'a initié à nos saints mystères, et dans la bouche duquel la parole divine n'a pas moins dYÛicacité.La l’rovidcnce a daigné en faire l’instrument de sa O miséricorde, par la conversion de plusieurs payens, et de deux femmes entr'aulres dont la conduite jusqu'alors avoit été peu régulière, mais qui mènent aujourd'hui une vie si exemplaire, qu’on les cite comme des modèles de vertu.Le fils d’une de ces femmes étoit absent, lorsque sa mère embrassa le Christianisme : profondément affligé de la voir ajouter aux déréglemens do sa vie précédente, ce qu'il regardoit comme un nouveau crime, il conçut le projet de porter une accusation contre les Chrétiens.— Mais, 6 ascendant de la vertu qui prend sa source dans le ciel! Üienlot subjugué et touché lui-même par la réforme de sa mère, d en conclut qu'une Religion capable d'opérer de pareils changement, devoit être en effet la Religion par excellence ; et, nouveau l’aul, le voilà devenu aussi l'apôtre de la foi dont il nlloit se déclarer ouvertement l’ennemi.Toute sa famille a suivi son exemple.—Ces conversions nous font présumer que la Providence a encore des desseins miséricordieux sur la mission de Su-Jchucn, cl que le sang des martyrs y deviendra, comme dans les f?ms primitifs du Christianisme, la semence féconde de l’Eglise. J8 L'ABEILLE CANADIENNE.L'Evêque de Trabacca n'est pas ic seul missionnaire qui ai' obtenu la couronne du martyre, durant cette persécution.Le révérend Père Jean de Friora, de l’ordre île St.Francois, missionnaire italien de Chon-si, a eu aussi le bonheur de mourir poui la foi.Arrêté le S Juillet 1815, dans un village de la province de Honan, avec un Chrétien qui lui donnoit asyle, tous ses effets, sacrés et temporels, devinrent la proie des soldats qui s’étoient emparés de sa personne.Ce révérend Père et son hôte furent envoyés dans les prisons de Ilong-chon, et chargés de fers, de manière à ne pouvoir se permettre un seul mouvement.Le 29 Août suivant, on les transféra dans la capitale (Chang-xa,) où, durant un examen qu’on leur lit subir, ils restèrent à genoux pendant quatre heures consécutives.A la suite d'un autre examen, également remarquable par ses fermes barbares, ie Mandarin ordonna au missionnaire de fouler aux pieds le signe auguste de notre rédemption.Cette infâme proposition ayant été ac-ceuiliie avec toute l'horreur qu'elle devoit inspirer, ses persécuteurs employèrent la force pour le faire passer pardessus le cru-ciflx,.tandis que notre martyr protestoit hautement contre cette profanation.Enfin, après avoir souffert celle de toutes les é-preuves la plus poignante pour un Chrétien, ce saint Pasteur fut condamné à être étranglé; et, le 13 Février 181b, il fut se reposer dans le sein de Dieu.—L’on rapporte qu'avant d être exécuté, d disposa de sa bourse et de ses vêlemens en faveur du bourreau.Espérons que ces précieuses reliques ne seront point stériles.-Mr.Lamiot, missionnaire à Pékin, mande dans une let- tre du 20 Janvier 181b, que le Gouverneur de lu province, cpii ;a;scit un cas particulier de notre saint homme, auroit bien désiré Je lui sauver la vie, et qu'il avoit intercédé à cet effet auprès de l’Empereur; mais que la réponse de celui-ci avoit été de procé der sans délai à l’exécution du missionnaire.Nous regrettons vivement que les lettres venant des missions de Tonquin et de la Cochinchine aient été perdues, le navire à bord duquel on les avoit mises ayant fait naufrage : nous apprenons toutefois par une lettre de Mr.Marchini, datée de Maoso.!o b Octobre 181b, que Mr.Charles Lamothe, Evêque de Casio -ria, et Coadjuteur du \ icaire Apostolique, avoit été enlevé par la mort a la mission du Tonquin Occidental : ainsi une mission uni compte deux cent mille Chrétiens, n’a plus aujourd’hui. AOUT 18 in.oi) is 14 pour directeurs spirituels, que le Vicaire Apostolique, et trois prêtres François, âgés et infirmes.La mission Françoise du Carnatique, dans î’indostan, sur la cote de Coromandel, est peu connue.Elle lut fondée, en 11391, par des Jésuites, qui furent chargés de la direction de quelques Indiens Chrétiens établis à Pondicherry, et qui travailloient en même teins à la conversion de ceux qui étoient encore idolâtres.Quelques années ensuite, Louis XIV, de religieuse mémoire, autorisa les Jésuites, par des Lettres Patentes, à s’établir à Pondicherry, et il ordonna aux Gouverneurs des colonies Françoises de les protéger d'une manière efficace.Les missionnaires ne bornant point leurs travaux à la mission de Pondicherry, furent auysi prêcher l’évangile chez les peuple: «de Madura, de Mysore, du Carnatique, et d’autres pays sur 1 cote de Coromandel.Dieu bénit leurs travaux: des milliers d’infidèles ouvrirent ies yeux à la lumière, et, en moins de trente, ans, leur mission embrassoit une étendue en territoire de deux cents lieues, depuis la cote jusque dans l’intérieur.Indépendamment de deux églises à Pondicherry, on en érigea seize autres dans divers districts, dont quelques uns no compîoient pas moins de dix mille Chrétiens—mais la guerre ayant éclaté dans le pays, les ravages et les boulcvcrscinens qui en sont le résultat, eurent bientôt converti la mission en une affreuse solitude.—Un nombre considérable de Chrétiens se dispersa ; il en périt un aussi grand nombre; et cette accession au Christianisme, qui faisoit concevoir les plus brillantes espérances, se trouva réduite au nombre de vingt mille fidèles.Tel étoit l’état de la mission du Carnatique en 1777, lorsqu’elle fut réunie aux célèbres missions étrangères de la rue du fictcq, et que Mr.P>rigot, Evêque de Tabraccn, et ci-devant Vicaire Apostolique de Siam, fut autorisé par sa Sainteté et par le Roi â en prendre possession.Depuis la prise do Pondicherry par les Anglois, on 1790, la mission a éprouvé quelques perles, mais elle a beaucoup acquis dans le Mysore.Elle se compose aujourd’hui de dix districts.Pondicherry, l’un d’eux, comptoit avant la Révolution Françoise vingt mille Chrétiens: depuis il n’y en a jamais eu plus de dix mille ; mais nous avons lieu d’espérer qu’un grand nombre, qui *voi* quitté h ville, ne tardera pas à y retourner.Le nombre 40 L’ABEILLE CANADIENNE.des Chrétiens dans l’intérieur est de trente deux mille, répandus aur un territoire de plus de deux cents lieues.Il y avoit, en !80L\ dans cette mission, un Evêque, quinze missionnaires Européens, (la plupart avancés en âge,) et quatre prêtres Indiens.Eu 1791, Mr.Champenois, Evêque de Dolêche, alors Supéri eur de la mission de Pondicherry, fit bâtir un collège dans cette ville, consacré à l’instruction îles enfans d’origine Européenne.Il y a quelques années que le petit nombre de missionnaires destinés à d’autres soins, les avoit forcé d’abandonner cette institution : mais depuis que la colonie est rentrée sous la domination Françoise, les nouveaux administrateurs royaux ont reçu l’ordre de rétablir le collège, et d’en confier la direction aux mission- O ' naires : en quoi nous reconnoissons la sagesse et la piété du Monarque, qui, rentré dans sa patrie après un long exil, et y rapportant les leçons du malheur avec sa grandeur d’arne, l'a gratifiée enfin de la seule constitution convenable à un peuple amant de tous les genres de gloire, et qui n’a besoin, pour être désormais véritablement heureux, que Je se tenir en garde contre les i O perfides suggestions de l’amour propre, ou contre les illusions décevantes d’un mieux idéal.—Mais nos généreux missionnaires peuvent-ils se charger du nouveau fardeau, qui vient de leur être imposé, si Dieu ne leur suscite des coadjuteurs ?Les missions de l’Inde, quoique éprouvant encore le besoin de plusieurs apôtres, ne sont cependant point persécutées comme celles de la Chine.Là, les missionnaires sont non seulement tolérés, mais honorés, mais favorisés; particulièrement dans les terres d'obéissance de Sa Majesté Britannique, où ils reçoivent des témoignages non équivoques de cette vénération, qu'inspire à tout homme généreux leur dévouement sublime.— Lue observation que les voyageurs ont été a-portée de taire dans ces contrées, c'eM que si les bonnes mœurs y sont généralement corrompues, du moins les convertis à la toi s'y lout distinguer par b régularité tie leur conduite, et l’innocence de leur déportement.Il ne reste plus au lecteur religieux, après ces détails, qu'à of-irir ses prières les plus ferventes au Dieu de toute miséricorde, pour qu il lui plaise de bénir les travaux de ses dignes ministres, dans les contrées lointaines où les a portés la charité Chrétienne- II.M.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.