L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1 septembre 1818, mardi 15 septembre 1818
L’Abeille Canadienne, JOURNAL dt: LITTÉRATURE ET DE SCIENCES: 15 Septembre ISIS.POESIE SACRE TOI dont la puissance infinie Du néant a fait l’univers, O toi qui règles l’harmonie Des globes roulatis dans les airs; Du h aut «le tou trône immuable, Seigneur, «laigne écouter nos chants.Prête une oreille favorable Aux vœux de tes foibles enfans.Gardiens «les célestes portiques/ Chérubins, d’amour embrasés, Pour vous unir à nos cantiques, Quittez la gloire où vous régnez $ A notre douce et sainte ivresse.Accourez mêler vos transports, T otre aniotir à notre tendresse, Et vos accords à nos accords.Tel qu’un monarque débonnaire, Fuyant le faste de sa cour, Descend jusqu’à l’humble clmumièr** Où le pauvre, fuit son séjour; L’A BE I LUS CANA DIENN E.Tel, et plus généreux encore, Des deux abaissant la hauteur.Le Dieu que l’univers adore Est descendu dans notre cœur.Q,uel torrent de pures délices M’inonda près de vos autels ! Seigneur, j’y goûtai les prémiceÿ Des plaisirs purs des immortels; Là, de joie et d’amour ravie, Mon aine, en ce jour fortuné, S’est paisiblement endormie Sur le sein de son bien-aimé.Disparoissez, plaisirs fragiles, Tristes voluptés d’un instant; Loin de moi, richesses stériles, Honneurs, gloire, pompeux néant; Je l’ai choisi pour mon partage Celui qui seul me rend heureux : Enfant du ciel, pour héritage, J’aspire à posséder les deux.Ah ! si de nos fêtesjchéries, Jamais, coupable déserteur, Je courois aux tentes impies D’un ])cuple prévaricateur; Je veux que ma droite arrachée Périsse en cet affreux moment, 0 Et que ma langue desséchée S’attache à mon palais brûlant.Seigneur, en traits ineffaçables, Grave en mon cœur ta sainte loi ; Rends-moi tes préceptes aimables, Augmente l’ardeur de ma foi ; A nos vœux donne la victoire Sur la superbe impiété, let nous célébrerons ta gloire Dans l’immobile éternité.* ‘ Les belles sinners r/u’on vient de lire., et qui sont de beaucoup supérieure;; à la plupart des pièces de vers contenues dans P Almanach dee Muscs, font partie du nouveau lleccuil de Cantiques dont Messin SEPTEMBRE 1818.LE SOMMEIL DE LA HARPE.DANS ces temps heureux où Paris, sous un long règne de paix, étaloit aux yeux de l’Europe tout ce (pie les lettres et les arts ont de parfait et de plus brillant, on vit se former une société d'hommes titrés, opulens, qui voulant offrir aux étrangers la réunion la plus utile et la plus rare, fondèrent ce lycée, où, toui à tour, se sont illustrés tant de savans et de littérateurs ; où l’on vil se former un grand nombre de réputations ; où la jeunesse, avide d’instruction et de gloire, trouvoit des modèles dans tous les genres, et le moyen le plus sur d’atteindre un jour à la célébrité.Ce bel établissement, qui subsiste encore, qui seul traversa les troubles politiques et les orages de l'anarchie, eut, de tout temps, l’honneur d’inscrire parmi ses membres les noms les plus chers et les plus distingués.Ce qui lui donna surtout un éclat durable, et lit regarder comme une faveur le droit d'y être admis, ce fut le Cours Littéraire de ce nouveau Qui ni il ica, qui, pendant quarante ans, fut l’oracle du Parnasse François, et ne cessa d’Iio* norer la pénible fonction de critique, par une érudition profonde Oaulé, Prêtre François, sc propose de nous gratifier.Les saints Pères, et de savans Evêques, duns les tons modernes, n'ont pas dédaigné de composer de ccs cantiques, pour édifier et instruire la jeunesse.D'ailleurs c'est ramener les ver;: a leur destination primitive, que de les consacrer à des objets de morale cl de piété.On trouvera à la fin du nouveau Receuil tous les airs îles cantiques notés arec précision et netteté.— Un certain nombre de liasses it île Duos accompagnera rcs airs, lesquels seront eux-mêmes précédés d'une méthode pour apprendre à chanter la musique en plain-chant.D'édition d'un gros volume in !I°, papier vélin, caractère neuf, demi-reliure, ne coulera que 1?» chelins—Une autre sur papio' commun -ne reviendra qu'à 15 chelins %.Il sera déduit 2 chelins 1-2 en faveur de ceux qui prendraient l'ouvrage e.n feuilles.L'on ne sanroil trop encourager une entreprise à la fois si utile av?familles catholiques, cl si honorable pour nos press's Canadiennes. 124 L’ABEILLE CANADIEN NI :.et le caractère le plus incorruptible.Contemporain ce tous hommes qui ont illustré la moitié du dix-huitième siècle, La Harpe s'étoit lait remarquer dès sa jeunesse, par des succès academiques, auxquels il joignit bientôt les couronnes de Melpomene.II se plaça quelque temps après au premier rang des modernes Aristarques, dans la rédaction du Mercure de France, qui prit, sous sa plume, un vol rapide, et porta dans toutes les cours étrangères la gloire île la littérature Françoise.Enfin, séduit par la réunion des glands lalens qui composoient le Lycée de Paris ; enhardi par le plan vaste et imposant qu’il avoit conçu, doté par la nature d'une physionomie noble, expressive, d’une élocution ferme, entraînante, et de cette audacieuse fierté que donne la conviction de ses propres forces, La Harpe entreprit de parcourir tous les siècles, d’embrasser tous les genres : il fonda cet éternel monument devenu, pour ainsi dire, la mappemonde littéraire, qui présente l’immense domaine de l'esprit humain, depuis la poétique d’Aristote, jusqu’aux plus légères productions que vit éclore le commencement du dix-neuvième w- n Aucun critique n’avoit conçu jusqu’alors une idée plus grande, un projet plus téméraire, et dont néanmoins le succès a surpassé l’attente de son auteur.Qui, mieux que lui, posséda Part de s’identifier à tous les écrivains tient il parle, aux innombrables productions qu’il analyse?Quelle étonnante variété! quelle abondance et quelle couleur locale! comme sa dialectique est pressante, irrésistible ! Il séduit, il entraîne, alors même qu’il montre une prévention dont il ne peut se défendre, ou qu’il traite ses contemporains avec une partialité que peut-être il seroit permis de blâmer.Jamais on n’agita plus impitoyablement l’arme de l’ironie et du ridicule ; jamais on ne fit mieux sentir l'indépendance et la dignité de l’homme de lettres; jamais surtout ou ne tonna avec une indignation plus véhémente contre toute espèce de tyrannie.Cependant, à travers ces foudres oratoires «pii le rendoient si redoutable, on remarqwoit souvent, dans ce critique sévère, lu douce voix du sentiment et le sourire de la gaîté.S’il nimoit à parcourir des monts escarpés, des antres ténébreux, il se plaisoiî.aussi à descendre dans une prairie, à s’arrêter sous de frais ombrages, à s’y méicr parmi les pâtres, dont les jeux avoient nouu; SEPTEMBRE 1818.lui des charmes.Avide de popularité, le suffrage des femmes surtout Hattoit son amour propre, et chatouilloit son cœur.Ou l’a vu souvent, au milieu d'un cercle brillant, rendre aux grâces, à la beauté, les hommages les plus empressés: on eût dit alors que l'austère Quintilien avoit fait place au tendre Tibulle, et au galant Ovide, Chaque fois que La Harpe devoit parler au lycée, on s'y portail en foule.L’érudit et le jeune élève, le philosophe et l’homme du momie, orateurs, poètes, artistes, tous s’empressoieni d’assister à ce cours de littérature, devenu l’oracle du siècle, la balance du mérite, et l’échelle des réputations.Ce fut ainsi que La Harpe analysa d’abord la poésie épique des anciens ; les tragédies d'Eschyle.de Sophocle et d’Euripide : la comédie grecque èt latine, les chefs-d’œuvre d'Horace, les satires de Juvenal.de Perse, de Pétrone, et les poésies érotiques de Catulle, d'Ovide et de Tibulle.Il parcourut ensuite tous les orateurs, les historiens, les naturalistes ; et, après avoir tracé le le tableau vaste et fidèle des premiers siècles littéraires, il arriva plus brillant encore à celui qui semble réunir, à lui seul, la splendeur de tous les autres : il retraça le beau siècle de Louis XIV.Déjà il avoit analysé, trop laconiquement peut-être, le génie fondateur de Pierre Corneille: déjà il avoit fait sentir toutes les beautés de Racine, dont il ne pouvoit se lasser d’admirer le style, qu’il appelé le langage des Dieux.Enfin il venoit de rendre à Molière, à Despreaux et à Jean-Baptiste Rousseau, les hommages qu’ils méritent, lorsqu'il annonça que, dans la première séance, il parleroit sur La Fontaine.On attendoit le jour fixé avec une impatience proportionnée au talent de l’orateur.On savoil d’avance le respect, l’admiration qu’il portoit au fabuli&e inimitable: et ces sentimens qu’éprouvoit l’universalité des ha-bitués du lycée, ne firent qu’augmenter l’intérêt qu’offroit irfr semblable sujet, et le désir d’entendre le plus malin des critiques rendre justice au bonhomme.La Harpe, de son côté, mesura, d’un œil observateur, la lâche qu’il avait entreprise ; et, ne doutant pas que son opinion sur la Fontaine ne fit époque dans la république des lettres, et ne contribuât à sa haute réputation, il se livra tout entier à cette partie de son Cours Littéraire.Entraîné comme par enchantement dans l’examen de faut de fables dont le charme et la varié* y ;*: 1 «.U L’ABEILLE CANADIENNE.té produisent l’indécision du choix, il fut long-temps sans pouvoir classer ses idées.Il lisoil sans cesse, et relisoit encore, s’arrêtant à chaque phrase, à chaque vers, à chaque mot, dont il admirait la grâce et le naturel.Cependant la veille do la séance mncncéc arriva, sans qu’il eut achevé de mettre en ordre son travail.Il lui fallut donc passer la nuit entière à rassembler ses idées, à former cette analyse, ou plutôt cet éloge de La Fontaine, qu'on peut regarder comme le fragment le mieux pensé, le plus profondément senti, qui soit sorti de la plume féconde de ce ê grand écrivain.• ?Le lendemain l’entrée du lycée fut assaillie par un nombre considérable de curieux et d'habitués qui s’entassoient à chaque porte, rcmplissoient les issues, et scmbloieut d’avance recueillir avec avidité tout ce qui sortirait de la bouche éloquente du célèbre Aristarquc.Celui-ci ne paroisse it ordinairement à la tribune que le dernier ; il ne se rendit donc au lycée que vers le milieu de la séance, et s’arrêta, selon son usage, dans une petite pièce éloignée des grands salons, cl lisiblement éclairée, où il aimoit à méditer en silence avant de se montrer en public, afin de recueü-iir toutes ses forces ; mais ce jour-là meme elles se trouvèrent tellement épuisées par l'excès du travail et la privation du sommeil, qu’il s’endormit en examinant de nouveau ce qu’il alloit prononcer devant le nombreux auditoire qui l’allcnduit avec impatience.L’orateur qui le précédoit immédiatement à la tribune, ayant fini de parler, on s’attend à voir paraître le Quintilicn François: on se dispose à l'applaudir dès son entrée ; on s’agite, on s’avance, on se presse, afin de ne pas perdre un seul mot de ce qu’il va dire, lorsqu’un des administrateurs du lycée vient annoncer que M.de La Harpe, ayant passé la nuit à retoucher son travail, venoit de s’abandonner, dans une pièce voisine, à un sommeil si paisible et si profond, qu’on n’avoit pas le courage de le réveiller, et qu’on venoit à cet égard consulter l’assemblée.“ Nous attendrons, s'écric-t-on de toutes parts: puisqu'il a veil-lé pour nos plaisirs et notre instruction, nous respecterons son sommeil.—Cependant il est tard, reprend l'administrateur ; et ce repos salutaire dont jouit eu ce moment M.de La Harpe, peut se prolonger long-temps encore.—Eli bien, répondent plusieurs voix, nous remettons à la prochaine séance le bonheur de SEPTEMBRE 1818.12'J Pcntendre: oui, nous nous retirons tous, en suppliant qu’on no îe réveille pas.” A ces mots chacun sc lève et se dispose à sortir en silence, lorsque Luce de Lancival, jeune professeur d’éloquence, et passant déjà pour l’un des plus habiles lecteurs de la capitale, demande que chacun reste en place, et propose de lire pour l’orateur endormi.“ Le cahier, dit-il, qui contient le tra* vail de M.de La Harpe, est tombé à ses pieds ; je vais, si “ l’on daigne m’y autoriser, m’en emparer au nom de l’assem-“ b!ée ; il me suffira de quelques instans pour le parcourir, pour n habituer mes yeux à récriture de cc grand maître, et je tâche-“ rai de donner ensuite à cette importante production, sinon il tout le charme dont elle est susceptible, du moins l’expression 4t la plus vraie du respect et de l’admiration.” On applaudit à îa proposition du jeune professeur; elle fut adoptée avec d’autant plus d’empressement, qu’elle offroit à la fois le moyen de satisfaire une attente si légitime, et celui non moins piquant peut-être de pouvoir applaudir au talent de La Harpe, sans qu’il pût s’en douter.Luce de Lancival, après avoir été prendre le manuscrit aux: pieds de ce dernier toujours plongé dans un profond sommeil, vient se placer à la tribune, où, rappelant tout son courage, et faisant excuser de nouveau ce que sa démarche pouvoit avoir de téméraire, il commence la lecture de ce chapitre du Cours de Littérature, intitulé, ye.y*.y^ /,> #,V DES LANDES D’AQUITAINE, (France.*) L’ACCEPTION du mot Landes n’est point encore fixé ;t on l’applique néanmoins plus spécialement aux terres à pente insensible, et dont le sol à base argileuse est superficiellement recouvert de sable siliceux.Telles sont les Landes de Moscou.Les sables du désert de Sahara reposent aussi sur l’argile, qui, comme celle des landes de Bordeaux, de la Pologne, &lc.retient l’eau, en s'opposant à son infiltration.C’est cette couche d’eau qui fait dire aux peuples de la Barbarie, que chez eux lamer est sous tcrre.t * * Cet article où l’on peut voir le contraste frappant qui existe entre l’habitant sauvage des Lamies do P Aquitaine, et son voisin le riverain spirituel et poli de la Garonne, est extrait d’un ouvrage scientifique de Mr.- Fierrugucsdc Bordeaux, portant le titre modeste {['Essais sur le déyaT ttmenl de la Gironde.t Voyez tous les lexiques.t Cuny, tab, his.des déoonv.des Européens en Afrique, 48Q9.JB 130 L’ABEILLE CANADIENNE.b) D’après celle définition, le mot stenc restera donc consacr'é pour désigner génériquement de vastes [daines désertes et incultes, qui se couvrent cependant d'une foible végétation.*' L’académie de Bordeaux couronna, en 177G, un mémoire sur la meilleure manière île tirer parti des landes de la Guienne ; f leuri, Thor, et en dernier lieu M.de Sainl-Amand, nous ont donné quelques notices intéressantes sur ce vaste terrain, et présenté plusieurs vues d’amélioration ; on pourra juger, par ce que je vais dire, si cet essai, après les leurs, mérite quelque attention.Les landes d'Aquitaine ont environ quarante-cinq lieues de long sur dix de largeur moyenne, ce qui fait quatre cent cinquante lieues carrée?; telle est l’étendue de ce terrain qui, depuis près de deux siècles, appelle l'attention des observateurs et.la sollicitude de l’administration.Il n’en est pas des sables siliceux comme dessables calcaires; ces derniers se décomposent assez facilement par l'action de l’air et des eaux ; leur fermentation intestine laisse toujours échappe! quelques principes nutritifs.-Mais la silice est naturellement stérile par elle-même.Si elle donne ou reçoit Ja fécondité, ce n’est que mécaniquement, en divisant les terres trop compactes, et réciproquement.Elle ne devient productive à son tour, que par le mélange d’une autre substance qui lui donne du corps.Les sabies siliceux des landes reposant sur un banc d’argile, leur vcgctaWité peut donc se mesurer par l’épaisseur de la couche de silic'*, et celte donnée les divise en trois classes.1 °.Si le soc de la charrue peut atteindre l’argile, en la mêlant avec b; sable, il la rend propre à la culture des céréales et des plantes Itgumières, et la dispose surtout pour les prairies naturelles.On voit alors la fertilité se fixer, et le sol se couvrir d’un tapis de verdure.Tels sont les oasis de l’Egypte et des déserts de la Lybic ; les Romains y reléguoient leurs malfaiteurs ; les hnbitans des faillies, au contraire, choisissent ces lieu-x privilégiés pour y bâ- V • Ihimbolt, tabl.de h1 iwlurc- SEPTEMBRE 1818.VJ l tir lours villages, qui se montrent comme autant d'iles au milieu d’une mer de sable.'* 2° Si les labours ne peuvent arriver jusqu’au banc alumineux,* mais que les racines des arbrisseaux puissent y recueillir encore l’humidité qu’il retient, on voit alors pousser .spontanément le# bruyères, et notamment Verica multi/lora, dont les Heurs, couleur de feu, sont très recherchées par les abeilles.t Là, les pins maritimes et les chênes, perçant le sable, s’élau cent à une grande hauteur ; le plus léger zéphyr murmure dans leurs cônes altières ; leur frémissement indique son passage dans les couches supérieures de l’atmosphère ; et s’il ne descend pas toujours jusqu'au voyageur haletant, du moins son imagination est ratraîchie, et son sang se calme comme dans un songe O o agréable.O L’ombre de ces forêts protège la javguc ;j et parmi les graminées, Velimus arenaria, qui fournit une excellente pâture aux bêtes à laine.0 Cette seconde classe est mise en rapport par la multiplication des troupeaux, l’exploitation des bois de construction et de chauffage, et l’éducation îles abeilles.Ce dernier genre d'in dustrie y est à la vérité dans l’enfance ; la couleur grisâtre des ruches et leur forme pyramidale leur donnent l’aspect de cippec funéraires.Celte production diminue chaque année.Tout attriste et resserre Paine dans la demi-solitude des landes; elles ne sont ni assez couvertes pour plaire cotrvne nature agreste, ni assez nues pour étonner comme désert : c’est qu’au fond elles sont bien plus frappées de misère que de slé- • I • ./ ri Ii te.C’est dans celte seconde classe que l'on rencontre ables.Dans les hautes landes, le l'or en grain ou en rognon se montre à découvert sur le terrain.On peut donc considérer l’écorce des landes, comme une grande matrice où le minerai de fer se forme tous les jours.Mêlé avec l’argile, il la durcit en roches qui font le désespoir des agriculteurs ; c’est Val lion des landes Bordelaises, également redouté aux environs de Mont-de-Marsan, sous le nom de lapa.Ijüllios et la silice noirâtre ne souffrent guère que les bruyères, dont les forces organiques produisent à leur tour beaucoup de fer.Mais par une de ces compensations que la nature, toujours mère, meme dans ses rigueurs, offre si souvent aux maux qu'elle fait, nous la cendre à peine refroidie des bruyères, on voit pulluler abondamment une graminée succulente, très recherchée par les troupeaux; c’est le fctuca dur iuscula, Linn., qui, indigène aux landes, se reproduit sans le plus petit soin.Ainsi, par une simple incinération, on convertira en pâturages l'allios lui-même et te silice noirâtre.\ 11 demeure doue bien démontré, qu’on peut mettre en productions plus ou moin.^ importantes, la totalité des landes sans exception.Le propriétaire atteindra ce but, si, après avoir reconnu la classe ou espèce à laquelle appartient chaque partie de son domaine, il réserve pour la première les céréales et le?prairies, élève dans la seconde les grands arbres, dont j'indique les plur convenables dans la mote paginate ;* et établit enfin dans 1» j> i o troisième, lessemis dû pins, en abandonnant aux bruyères tes champs d'allios et de silice ferrugineuse.On verra alors'exécuter par tes François eux-mêmes, et d’une manière productive, ceJ4e culture des landes, problème dont la solution intéresse la Fraftce entière, presque autant que.tes deux départemens qui bordent la Gironde et l’Adour ; et si des raisons d’état ont jadis fait repousser la colonie de Maures, qui demanded à cultiver ce vaste désert, des raisons de véritable et saine économie détermineraient aujourd’hui 1e plus éclairé des rois à * Quercus robur, Linn.—Robiniana pseudo-acacia.—Robiniana uit-l'osa.—Morns alba.—Jug lans regia.—Quercus Ilispanica, (G.B.Pin.) —Qucrcus tausin (c’est le roltur de Pline).—Quercus rcerrnosa-.—Quercus nigra.(Tborc.) U4 L’A BEI LL E C A N A ï) l E N N L.encourager ceux Je ses sujeîs qui voudroient se prêter à cctt'e utile entreprise.Les landes, bordées par l'Océan, renferment une race aborigène,*' qui diffère surtout parses mœurs,ses usages et ses habitudes, du peuple plus mélangé qui l’entoure à l’est et au sud.Le Landais ou Lanusijucty par sa vie demi-nomade, ses vètemens de peaux d’animaux, sa saleté et sa paresse habituelle, se rapproche beaucoup du Hottentot.4 t L’industrie et le travail n’ayant pu changer encore ni le sol, ni les eaux, ni les productions de ce terrain, il s’y est en quelque sorte moulé lui-même : de là cette uniformité de costumes, de mœurs et d’habitudes, que l’on remarque dans toute l’étendue des landes.Dans la partie qui s’étend de Bazas à Bayonne, la plupart des gens du peuple ont les cheveux frisés, roussfitres et presque laineux ; leur teint est généralement cuivreux et dur.En descendant vers le nord, on s’aperçoit que le voisinage de Bordeaux a sensiblement altéré ces traits primitifs, sans cependant en effacer le type ; mais partout le Landais, assez robuste, est lourd dans se?mouvernens, borné dans ses idées, opiniâtre dans ses volontés.Ce peuple conserve encore quelques mœurs; aussi voit-on fréquemment, dans les deux sexes, des seconds et des troisièmes mariages.Les filles y sont généralement retenues, et les jeunes garçons peu entreprenans ; mais l’apathie a beaucoup de part à ces qualités ; on s’y marie d’ailleurs d’assez bonne heure.Le Landais, dans sa famille, vit avec la plus rigoureuse frugalité; sa boisson ordinaire est une eau séléniteuse ; on n'a pu le déterminera creuser des citernes.Il recueille l’eau des pluies, dans des vases qui lui sont communs avec scs chevaux et ses bœufs quelquefois même avec ses pourçeaux.Sa nourriture ordinaire est du pain de seigle détrempé dans du l'eau bouillie avec le vinaigre, et assaisonnée avec du sel el quelques gousses d'ail ; il ajoute quelquefois à ce potage un trio” * Boii.V.Vinet sur Ausone, ISo.a GG.Planai rcticcrc nitentun.f » 'ÿurdii'Qjam clpkcos malts desr.riberc Baios.ityit, do Saint-Paulin à Ausojir- / SEPTEMBRE 181b.loo V I I tftau de lard frit, :f ESQUISSE de la révolution de V Jhncrique Espagnole, ou récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre ; tra* duit de l'Anglais, avec cette épigraphe : « • Fata viam inventent.Œneid, liv.X.,i • r t .POUR bien écrire l'histoire, dit le judicieux réfutateur du * %! Traité de l’abbé de Mably sur le même sujet, il faut se pénétrer 4 de la nécessité de comparer souvent les événemens des difféiens siècles, de juger par les faits, et non sur la parole de ceux qui admirent toujours le passé et condamnent toujours le présent.C’est l’unique moyen de connoilrc les rapports et la différence des mœurs, ce qui appartient à l'homme ou au siècle, au temps ou au lieu.Ces comparaisons indiquent quelquefois pourquoi ce qui a réussi dans un temps fut impraticable dans un autre.Il nous semble que ces réflexions sur la manière d’écrire l'histoire peuvent s’appliquer également aux personnes qui,en lisant le récit des événemens contrmpOi%jn$, ont l'imagination tref* L’ABEILLE CANADIENNE.rl42 paresseuse pour remonter aux causes précises et diroctes, e* » .prennent, pour se diriger dans leurs jugemens, des guides infidèles.Cette classé de lecteurs, malheureusement trop nombreuse, importe ensuite dans la société une opinion suggérée par ceux qui se sont érigés, de leur autorité privée, en juges supreme»; des hommes et des choses.Afin de fixer ses idées sur les faits récemment arrivés dans j ^Amérique Espagnole, il devient donc nécessaire de recourir aux moyens indiqués par fauteur du supplément à la manière d’écrire l’histoire.Il faut renoncer à prendre pour guides ce?.pbstractetirs de quintessence, qui ne voient jamais que le passé dans les événemens présens, et dont l’intolérance politique sc soutient toujours au meme degré d’absurdité.D’un autre côté, l’historien contemporain qui s’impose la tache de rassembler tous les faits épars, et de les réunir dans une seule et même esquisse, doit se borner, autant qu'il est possible, à une simple relation, afin de laisser à ses lecteurs le soin d’en tirer les conclusions convenables.C’est, à notre avis, 4 0 ce que vient de faire très pertinemment l’auteur de l'Esquisse I * des révolutions survenues dans l’Amérique Espagnole depuis 180G.Témoin oculaire d’une partie des faits qu’il raconte, il a puisé les autres dans des sources authentiques.Sobre de réflexions et de digressions qui pourroient influencer l’opinion de ses lecteurs, il n’a dit que ce qu'il falloit dire “ pour donner une juste idée de l’esprit qui anime les différons partis, et pour indiquer les causes et l’objet de la guerre.” Après avoir exposé préliminairement, pour l’intelligence de la narration qui va suivre, la division territoriale de l’Amérique Espagnole, notre auteur entre dans quelques détails sur l’administration de ces immenses colonies avant la guerre, et sur les causes qui amenèrent en premier lieu les tentatives de révolution faites à la fin du dernier siècle.Une de ces tentatives eut lieu au Pérou en 1730.Tupac Amara, descendant des anciennes familles péruviennes, fut proclaméinca du royaume ; mais il tut mi.-) à mort dans cette même année, ainsi que les principaux chefs de l’insurrection.Un autre mouvement de celte nature commença l’année suivante dans le gouvernement de la Nouvelle-Grenade: il fut appaisé a ia suite de négociations ouvertes entre les agens du gouvernement et tas insurgés.Enfin un plan de révolution avoitété organisé a 143 3EPTEMBRË 1818.Caracas en 1797 ; mais il fut découvert au moment ou- il alloit éclater; les chefs prirent la fuite: un d’cntr’eux, Dom Espana, revenu deux ans après à la Guaira, y fut reconnu et envoyé au gibet.Deux expéditions partirent d’Angleterre en 1806 et 1807f l'une commandée par le Péruvien Miranda ; (le même quiavoit servi la révolution Françoise en 1793, sous Dumouriez,) et Pau** tre par l’Anglois Whitelocke.Elles étaient destinées à; faire Soulever les provinces de Buenos*Ayres et de Venezuela.Les deux chefs aventuriers échouèrent dans leurs tentatives.Le gouvernement Espagnol prit alors des mesures pour garantir les colonies de nouvelles entreprises, sans s’occuper toutefois de redresser les nombreux griefs des colons contre les vices déjà' anciens de l’administration et contre ses agens.L’Amérique Espagnole auroit peut-être existé encore pendant plusieurs générations dans cet état de dépendance, si les événemens de la pénin-'suie d’Europe n’eussent point hâté le développement d'une révo-lution qui, en raison de l'immense étendue du pays où elle s'opé*-ra, cul un caractère et des conséquences dont on ne retrouve pro les analogues dans l’histoire.Ici commence l’esquisse des faits qui sont l'objet principal We notre écrivain; et d’abord se présente une circonstance bien remarquable.L’occasion étoit favorable aux Américains pour conquérir une liberté dont le désir ne paroissoit pas éteint dans leurs cœurs.Cependant, attachés par tant de liens à la mère-patrie, enthousiasmés par la noble résistance des Espagnols au joug qu’on vouloit leur imposer malgré eux, touchés de la position douloureuse de la famille royale, ces hommes généreux refusent d’agir d’abord dans leur propre intérêt ; mais, par un contraste frappant autant que bizarre, à l’exception du vice-roi du Mexique,; tous les gouverneurs Espagnols de ces colonies semblent disposés à jurer fidélité à l’étranger qui a envahi la métropole, parce-: qu’ils conservent leurs emplois dans ce nouvel état de choses* Les Américains ne sc croient point liés par les arrangemens de Bayonne et le décret du conseil des Indes qui en fut la suite.— Les proclamations de Bonaparte sont brûlées, et ses agens chassés.Le mouvement commença dans Caracas, sans l'intervention di; gouverneur, dont la tranquille indifférence cachoit plutôt des dispositions contraires.Pareille ctase arriva à Buenos-Avres, m 144 L’ABEILLE CANADIENNE.le vicc-roi Liniers se conduisit plus en agent de Bonaparte qu’en représentant du roi et de la nation Espagnole.Au Mexique, la vieux vice-roi, malgré des principes plus conformes au caractère dont il étoit revêtu, se vit contraint de céder son poste à un simple négociant, que les habitans jugèrent mieux en état que lui de répondre à leurs vœux.L’autorité de la Junte de Séville fut reconnue en Amérique ; et dans les commencemens de l’année 1810 plus de quatre-vingt-dix millions avoient été envoyés à Cadix par les colonies, pour soutenir la guerre de la mère-patrie contre l’usurpation étrangère.Cependant la durée de la guerre dans la péninsule fit sentir aux colonies la nécessité de pourvoir à leur propre sûreté; de3 formes de gouvernement s’établirent dans ces contrées sur des bases différentes, et d'après les manières de voir des habitans de chacune des provinces.Ces innovations, résultat du désordre # qui réguoit dans les affaires du gouvernement d'Europe, dévoient nécessairement entraîner les colons dans des partis opposés.—* Les viee-rois s’opposèrent aux nouvelles mesures, et bientôt les Américains furent divisés en royalistes et en patriotes.Luc lutte Sanglante s’engagea d’abord sur plusieurs points; tour-à-lour vainqueurs et vaincus, les deux partis exercèrent l'un sur l’autre d’atroces représailles.La dispersion de la junte de Séville é-tendit l’incendie sur toute l’Amérique Espagnole.La régence de Cadix déclara la guerre à une partie des colonies, dont on refrisa d’admettre les députés à l’assemblée des corlés.Un membre de cette dernière, Alvarez Toledo, commit l’odieuse inconséquence de demander à quelle classe de bêtes appartenoient les Américains.Les Espagnols crurent devoir combattre pour rentrer en possession de ce qu’ils appeloient leurs conquêtes, et les Américain*' pour leur indépendance.Le sol des colonies, dans une étendue de IGOO lieues, se rougit encore aujourd’hui du sang des individus d’une même nation, mêlé au sang des anciens naturels du pays.û II faut suivre, dans l’ouvrage dont noii3 rendons compte, 1 marche des divers événemens ; il faut y lire le détail des faits, pour se trouver à même de chercher à résoudre cette question: quelle sera l’issue probable de la lutte prolongée entre les colo*-nies Espagnoles et la métropole l Quant à nous, nous croyons SEPTEMBRE 1818.1# 'to devoir terminer cet article en disant avec notre auteur, “ qu’il paroit raisonnable de supposer que l’esprit d’indépendance est trop généralement répandu dans les colonies Espagnoles pour qu’on puisse s'y opposer long-temps, avec succès, d’une distance de deux mille lieues, et dans l’état présent de la monarchie Espagnole.*i\ y Aperçu d'un Ouvrage intitulé “ Essai d’un Cours élémentaire et général des Sciences Physiques.Par F.S.Beudant, Sons-Directeur du Cabinet de Minéralogie du Roi, Professeur de Physique dans VUniversité Royale, membre ou correspondant v de diverses Sociétés savantes.” (conclusion.) ‘ DE LA CHALEUR.LES Phénomènes de la chaleur, de la lumière, de l'électricité, et du magnétisme, ont été expliqués à l’aide d’une supposition de Descartes, par laquelle il admet un fluide éminemment subtil, qui remplit tout l’espace, et qu’il nomme éther.Des vibrations et des tourbillons de différentes espèces produisent, selon lui, tons les effets qui ont lieu dans l’espace.Toutefois, l’idée d’un fluide que Pou ne sauroit limiter, et qui est propre a chaque sorte d’effets, est maintenant universellement reçue ; et bien que l'existence de ces effets, a raison do leur inappréciable gravité, ne soit nullement prouvée, cependant leur propagation dans le vide, et la propriété d’être réfléchis par d’autres corps conformément aux lois connues de la matière, rendent du moins cette existence très vraisemblable.Le calorique, ou la matière de la chaleur, pénètre tous les corps avec une grande facilité.Ses rayons sont réfléchis de la surface des corps polis en un angle égal à l’angle d’incidence; sa réfraction s’opère en traversant des corps diaphanes, et son ab-sorbtion a lieu lorsqu’elle parvient à des corps d’une surface brute et âpre.— Lorsque l’équilibre de la température est dérangé, la lorce régulatrice des autres corps, ou l’irradiation même du calorique, le rétablit bientôt.La force régulatrice des corps varie D J 4Ü L'A BE ILLE CAN A DI EN N E.on ne peut plus, et l’irradiation est aussi affectée parles surfaces (Tou elle émane.La chaleur se distribue uniformément en corps homogènes, mais non en corps hétérogènes, la différence des substances affectant différemment ses facultés.La quantité comparative de chaleur que contient chaque corps, est appelée chaleur spécifique.La matière absorbe le calorique lorsqu’elle se dilate, et clic le répand ou le lance au-dchors quand elle se condense.Elle sc dilate ou sc contracte alternativement, selon l’augmentation ou la diminution de température.Cette propriété qu'ont les corps de se dilater uniformément, trouve son emploi dans les thermomètres et les pyromètres.* La force expansive de la vapeur, et la facilité avec laquelle elle sc condense, est utilement et scientifiquement appliquée à toutes les machines à vapeur dont les arts, et tout récemment la navigation, ont retiré de si grands avantages.Les corps deviennent solides et aériformes, selon le rapport qui existe entre l'attraction de cohésion et la répulsion de calorique.La chaleur qui se combine avec un solide pour le rendre liquide ou aériforme est à peine devenue sensible, qu’elle dispa-roit soudainement : au contraire, en passant de l’état le plus subtil à l’état le plus dense, elle reparoît et devient sensible par une augmentation de température.DE LA LUMIERE.LES Propriétés de la lumière sc divisent en trois branches.L’une est l'Optique qui traite de la lumière directe ; l’autre, la J)ioptri(jue, qui considère la lumière dans son passage à travers les corps diaphanes; cl la troisième et dernière, la Catoptriquc.: qui rend raison de la inflection de la lumière.La lumière se propage en lignes droites et en rayons divergens.La vitesse de son mouvement est immense.On a calculé que la lumière parvient du Soleil à la terre dans le court intervalle de * Le Pyrométre est un instrument qui marque le degré auquel s’altèrent.les dimensions des métaux kc,, en raison du plus ou moins de chaleur qu’ils éprouvent. SEPTEMBRE 1018.147 huit minutes.Son intensité, sans avoir égard aux intermédiaires qu'elle traverse, est en raison inverse du carré de distance du corps qui l'émet.Elle est attirée et repoussée en différons cas, selon les diverses formes de la matière.La loi de réfraction dans la lumière diffère de celle d’un solide passant d’un milieu plus rare à un milieu plus dense, qui la détourne de sa direction par la résistance qu’il oppose; ce (pii paraît être le résultat d’un pouvoir attractif, en vertu duquel le rayon lumineux se rapproche d’avantage de la perpendiculaire du point d’immersion.Quand un point de lumière tombe perpendiculairement sur la surface d’un corps diaphane différente de celle qu’il a traversée auparavant, il continue sa course sans dévier aucunement ; mais s’il passe obliquement, il soutire réfraction vers la perpendiculaire dans le corps le plus susceptible d’en souffrir, et, depuis cette perpendiculaire, dans celui (pii en est le moins susceptible.Les corps varient d’une manière surprenante, relativement à la puissance qu’ils exercent sur la lumière.En général, les milieux plus denses rompent plus fortement les rayons que ne le font les milieux plus rares ; mais leur influence dépend également d'une composition chimique, et les corps combustibles la possèdent sur-tout au plus haut dégré.La réfraction est diversement modifiée selon la forme de la surface des substances susceptibles de l’opérer.Les lois de la vision et la construction de l'œil ont été expliquées avec succès, à l’occasion de cette branche importante de la physique.Lorsque la lumière tombe sur un corps d’une couleur sombre, elle est absorbée en partie : mais si elle tombe sur une substance qui soit blanche, elle est plus ou moins complètement réfléchie.Alors l’angle de réflexion est égal à l'angle d’incidence.—La ré- O oc?tlexion de la lumière est modifiée par les formes des surfaces d’où elle provient, selon qu’elles sont convexes, concaves, cylindriques, &,e.Quelques corps diaphanes ont la propriété de diviser en deux points le rayon de lumière qui les traverse ; l’un suit la loi de la réfraction ordinaire, cl l’autre une loi particulière (pie le fameux Huygliens a découverte.%?V».’ II.résulte de diverses expériences, (pie la lumière du soleil est composée de particules de différentes couleurs, qui sont diversement rélrangibles et réllexihles.La séparation de ces particule4 148 L’ABEILLE CANADIENNE.est co qu’on nomme dispersion de la lumière, et c’est sur elle qu'est fondée la bcdle théorie des couleurs imaginée par Newton.DE L’E’LECTRlCITEb Les principaux moyens qui produisent l’énergie électrique sont la friction, le contact cl la chaleur.Deux hypothèses peuvent expliquer ce phénomène.Celle de Franklin suppose un fluide particulier inhérent à toute la matière, mais différemment réparti entre les différons corps, selon leur capacité respective.Tant que l’équilibre se maintient dans un système particulier de corps, l’existence du fluide n’est point manifeste ; mais aussi-tôt que quelque cause vient à le rompre,il en résulte des phénomènes occasionnés par une tendance à reprendre cet équilibre.Cette théorie aussi belle que simple est généralement admise en Angleterre : mais il paroît que celle de Symmer prévaut en France.Selon lui, toute la nature est im prégnée d’un fluide particulier, que l'on appeléJluidc naturel, et qui est composé de deux autres fluides dits vitreux et résineux.Ce sont eux, dit Syminer, qui, lorsqu'ils sont parfaitement libres, produisent des effets électriques par leur tendance à se réunir.Tout en rcconnoissant que la première théorie est à la fois et Ja plus simple et la plus d'accord avec les faits, Mr.Beudant ne laisse pas de rendre raison de tous les phénomènes par la dernière.C’est ce «pii paroît fâcher un peu le critique Anglois, qui reproche d’ailleurs à Mr.Beudant d’avoir attribué trop de vertus au magnétisme, comme par exemple celles d’nppaiser le mal de dents, «le dissiper la migraine, de faire couler le sang de la partie du corps où on l’applique, et enfin de prévaloir sur les maladies nerveuses.Comment se fait-il, dit le critique, que les lois «le la gravitation soient placées sur le meme pied «jue les adoucissc-mens d’une maladie imaginaire ?El cela dans un livre purement scientifique 1 Nous laissons à Mr.Beudant le soin de répondre à noire Aris-larque dont nous prenons congé, en le remerciant du plaisir et de l’instruction que nous a procurés son analyse.II.M. SEPTEMBRE 1818.MO f oyagc d'un Officier François, prisonnier en Russie> sur les frontières de cet empire du coté de l'Asie.MALGRE’ Polirait qu’offrent les voyages à la plupart des hommes, il est bien peu de voyageurs qui ne puissent répéter a-vec notre officier: “ Plus je vis l'étranger, plus j'aimai ma patrie.” Patrie ! nom cher et sacré, quel charme mystérieux tu renfermes ! comme tu retentis puissamment au fond des cœurs ! tu es pour l'homme quelque chose de plus que la vie ; lu es le mode essentiel, le complément nécessaire tie son existence.Aux sables brûlans de l’Afrique, comme sous les glaces du pôle; sur les steppes de l’Asie, sur les savonnes de l’Amérique, où les familles nomades sont errantes, comme au sein des villes superbes qui rassemblent les peuples policés, tout recommit, tout adore ton empire.Tu parles! et le Lapon, languissant sous de plus doux climats, court rejoindre à ta voix sa cabane enfumée et son tombeau de neige ; tu écartes le sauvage des lieux où ne peuvent le suivre les os de ses pères, pour rappeler au sein de ses rochers le montagnard qu’en avoil éloigne le besoin ou l’espérance: il te suffit de lui faire entendre le cbant monotone qui berça son enfance, l’air sauvage qui accompagne dans la vallée la marche des troupeaux.Ton fantôme poursuit au-delà des mers l’exile qui trompe ses regrets en imposant ton nom à de lointains rivages, ou qu’on vit souvent préférer les rigueurs aux faveurs d’un ciel étranger ; enfin, c’est à toi qu’il rend un dernier hommage, ce sont tes autels qu’il pare de son offrande votive, le prisonnier qui, rappelé dans ton sein et rendu à sa famiile, s’empresse de nous offrir le tableau de ses malheurs, de retracer le souvenir de ses courses finies, de ses peines déjà effacées.Celui dont l’ouvrage nous occupe semble avoir compté pour le succès de son livre sur l’attrait qui rend si agréable à la plupart des hommes la lecture des voyages ; mais si les aventures de ceux que la seule curiosité entraîne loin de leurs foyers, nous offrent d’ordinaire un charme puissant, quelle part plus vive., plus iôO L’ABEILLE CANADIENNE.intime en quelque sorte, ne prendrons-nous pas au récit des souffrances de ces guerriers que l’honneur et le devoir ont conduits sur tant de champs de bataille, que le sort ou l’atteinte du fer meurtrier a livrés au pouvoir de l’ennemi, et qui ont traîné sur une terre étrangère les fers d'une longue et dure captivité.Mais surtout quand l'histoire de leurs privations, de leurs tournions, quand leur pénible Odyssée, n'est plus pour eux-mêmes que comme un songe dont on s’amuse au réveil ; quand réunis à leurs compagnons d’armes, on les voit supérieurs à leur infortune, la combattre par leur courage, l’adoucir par leur gaîté, appeler le plaisir dans les cachots où on les entasse, observer d’un esprit libre, les singularités des déserts où on les égare, les habitudes plus étranges encore des barbares parmi lesquelles on les oublie ; il n’est point de François qui puisse suivre sans attendrissement ses compatriotes au milieu de tant de vicissitudes, et ne pas admirer ces nobles victimes de la fortune contraire, nui, dans de rigoureuses épreuves, conservèrent la gloire de la patrie, et tirent connoîlre l’honneur François aux nomades des déserts du Jaik et du Volga.Les prisonniers que le solides armes a envoyés en France y ont trouvé, sous un ciel tempéré et dans des contrées fertiles, industrieuses, une population hospitalière, toujours bienveillante envers les étrangers, toujours empressée à soulager le malheur.Des routes fréquentes, ties postes d’un service régulier, les voies du commerce leur donnoient des moyens de communication au dedans et au dehors; ils eurent toutes les consolations dont l’état tie captivité est susceptible.Quelle différence de leur sort à celui t:ue nous dépeint notre officier ! Là ce sont des paysans grossiers, dont tout le patriotisme n’est qu’une rage fanatique ; et qui n’ac-cucillent qu'avec l’insulte et la menace ceux qu'ils croient avoir vaincus.Tantôt les vivres manquent aux prisonniers ; tantôt celui-là même qui est chargé d’assurer leur sort les rançonne avec une impudente avidité, lis passent de la culture au désert; des Cosaques aux Baskirs; des Kalmucks aux Boukares.A des hivers rigoureux succèdent des chaleurs étouffantes.Les hordes O diverses qu’ils visitent, leurs mœurs, leurs habitudes, leur manière de vivre si éloignées des .’c un monde entier entr’eux et leur patrie.Succomberont-ils à tant de causes de désespoir ! Non: le caractère François ne les a .pas aban- ^ SEPTEMBRE lb 18.\j\ donnés ; et c’est du sein du mal qu’en sortira le remède.Notre voyageur force pense uses amis absous et sc met à exécuter pour eux ce (pie projetoit le pigeon du bou Lafontaine il leur dit aussi, mais do bien loin pourtant: Mon voyage dépeint Vous sera d’un plaisir extrême.Je dirai : J’ctois-là, telle chose m’advint : Vous y croirez être vous-même.Et soudain le voila qui, la plume ou le crayon à la main, nous retrace les étranges modèles que le hasard a placés devant ses yeux.Ici c'est un logement déjà assez pou spacieux qu'une famille partage avec tout un troupeau ; c’est une véritable ménagerie.La vache, pendant votre sommeil, mange la paille qui vous sert de lit, tandis que vous avez à vous défendre des caresses de son veau qui vous lèche tendrement le visage.Des noces burlesques égaient un autre coin du tableau.L’avarice d'un seigneur a ordonné le mariage d’un adolescent de quatorze à quinze ans avec une fille de vingt ou vingt-cinq ans ; l'cau-de-vie commande une joie où le cœur n'est pour rien ; les matrones s’emparent du novice époux.Laissons tomber le rideau sur la partie la plus gaie de la scène, que terminent en perspective des grouppes de misérables, cuvant au fond de leurs cabanes enfumées leur festin grossier et leurs liqueurs enivrantes.Plus loin des Popes ignorans disputent à de vieilles sorcières le privilège utile et l’art d’ailleurs assez peu avancé de tromper des gens simples et crédules; ailleurs des serfs qui, selon le code de Catherine, ne peuvent être vendus qu'avec la terre, sont loués sans la terre pour un certain nombre d’années, souvent pour cent ans ; et ainsi l’on voit par emphytéose le père passer au service u'un courtier d’Astracan ; la mère livrée à un Moscovite et les enfans suivre un Suisse, un Allemand qui s’établit en Krimée, ou emmenés par un Bouknrc qui les cède à une caravane chinoise.Tant il est vrai que cette ignorance si vantée, si elle rçnd les uns plus simples ne rend point les autres meilleurs.Au milieu de ces peintures curieuses, mais un peu tristes, on voit briller avec plaisir l’heureux contraste des vertus hospitalières et philantropiques des DcmidotT, des Gallilzin, des Raso-mouski, auxquels notre auteur ne manque pas de rendre un juste 5 52 L’ABEILLE CANADIEN N K.et franc hommage.Ce sont là, comme le dit noire prisonnier les compensations du bon M.Azaïs, qui no sera pas sans doute fâché d’apprendre que son système éloil cité par nos François relégués au fond de la Moscovie.Tout en peignant les étrangers, l’auteur n’oublie pas ses camarades d’infortunes, et il nous transmet quelques-unes de leurs aventures, qui lui ont paru mériter d’être conservées.En voici deux que nous consignerons ici parcequ'elles ont bien le cachet national.Ou venoit de distribuer aux prisonniers des pelisses de peau de mouton, dont la saison leur faisoil vivement sentir le be soin ; après une marche fatigante, surpris par la nuit dans un village qui n'étoit pas le lieu de l’étape, ils refusent d’aller plu?loin.Conduits par un prince tartare qui les traitoit à la turque, ils sont bientôt par ses ordres chargés de coups, qui, amortis par l'épaisse toison, au lieu d'irriter la fibre de nos braves, ne font qu’exciter chez eux la plus loi le gaîté.Privés de tout moyen de défense et de vengeance, ils trouvent plaisant de se laisser battre en vrais moulons, et pour complct-ter leur nouveau rôle, ils répondent aux ordres, aux menaces, aux coups, par des : bec! bcc ! qui se prolongent et se répètent à l’instant, de la tète à la queue.Plus le tartare et ses gens se dépitent, plus les bec redoublent avec accompagnement d'éclats de rire, qui finissent par désarmer et gagner leurs farouches conducteurs, obligés de renoncer à conduire par la force ces moutons de nouvelle espèce, et de recourir aux officiers François pour les prier d’obtenir qu’on pousse jusqu'au gîte désigné.Ils alloient alors vers le lieu de leur exil ; l’autre aventure se rapporte à l’époque du relourde la captivité.Plusieursdétache-mens de prisonniers avoient été réunis au village de Kilchowitz ; il leur vient en idée de célébrer leur réunion par un repas (pie terminent bientôt des chants de joie passablement bruyans.Par hasard les Russes fetoient aussi ce jour-là le patron de leur village.Ils s’imaginent que les François sc moquent de leur fête ; ils trouvent leur joie impie et prétendent la faire cesser.Le vin ê a voit échauffé les têtes.Les uns so rendent imprudemment les agresseurs, les autres ne mettent pas plus de circonspection à se défendre ; il y avoit d'ailleurs si long-temps qu’ils ne s’éloient battus ! Les sabres cl les bfdons entrent en jeu ; les assaillans, d'abord reçus chaudement, sont bientôt repoussés avec aidcur. SEPTEMBRE 1018.ir7 Les vainqueurs poursuivent leur succès, et les Russes en fuite sont chassés hors de leur village.Ils étoient menacés de cou- O cher à la belle étoile lorsque la générosité lit entendre sa voix: la paix lut bientôt conclue et la réconciliation parfaite ; et nos gens p:u tirent avec un surcioît de joie cl de gaieté : ils laissaient après eux le souvenir d une victoire.Notre prisonnier a joint à son récit l’épisode des aventures d'un officier polonuis qu’il nomme Mikely.Il assure que, dans cette partie, il n'a point usé des licences que certain proverbe accorde à ceux (mi viennent de loin.Cependant cette aventure iroil si bien dans un roman ! Quoiqu’il en soit, elle conduit le \oyageur à nous dire quelque chose des illuminés qu’il regarde comme formant dans le nord des sectes très actives et très répandues.Deux doctrines opposées paraissent employer à-peu-près les memes moyens pour se disputer l’empire sur les esprits; delà vient la faveur que semblent vouloir reprendre certaines idées mystiques, certains ressorts religieux.La fin du monde joue son rôle dans ces farces societies; et il est grandement question que nous pourrions bien l’avoir pour l’an de grâce 1915.On voit que si notre voyageur ne parvenoit pas à satisfaire la curiosité, ce ne serait pas faute de variété dans ses récits ; mais il a un litre plus sur à l’intérêt des lecteurs dans ce voyage qui semble écrit sous la dictée de l’amour de la patrie.\ Journal de Paris.VU \»/ \lf » • • «• ft « 't* 'l* ANECDOTE.LA CHANSON DF.LACJOX.TOUT Paris a connu cet aimable octogénaire : tout Taris O a chéri, recherché, regretté ce bon Laujon, qui pou voit compter le nombre de ses jours par celui doses chansons, et que l’Académie Françoise avoit surnommé son Anacréon.La nature s’étoit plue à former en lui le plus parfait assemblage de gaieté franche, de bonhomie et d’heureuse insouciance.Jamais, pendant quatre-vingts ans, Laujon no put compter un ennemi ; jamais il ne cessa de chanter les dames, ses amis et le E Ir- ’ i/i IS ABEILLE CANADIENNE.bon vin.Sa lyre complaisante et facile égayoil cl cliarmoii toutes les classes de la société : il chantoit sous le pampre de la guinguette, comme sous les lambris dorés.11 savoit prendre tous les tons, saisir tous les à-propos; et, depuis les acccns naïfs de Y Amoureux de quinze mts, jusqu'aux refrains cbevrotés du vieillard grivois et malin, il réussisse)t à tout exprimer, à tout peindre avec les couleurs les plus naturelles, avec la plus piquante originalité.O Ni l'exil d’illustres amis, ni la perte de sa fortune, ne purent désaccorder sa lyre.Il chantoit sans cesse, et narguoit le cha- w • U grin.Il voulut même défier la faux du temps: la veille de sa mort, il composoil encore des couplets qui sembloient retarder l'instant fatal, où, comme l'a dit si ingénieusement un de ses plus dignes successeurs, il fit pleurer ses amis pour la première fois.Chanter étoit devenu pour Laujon l’aliment de l'esprit et le besoin du cœur.Aux spectacles, dans les promenades, à l'Académie, dans Je salon des grands, dans l’humble réduit de l’amitié, partout, il ailoit fredonnant et composant des chansons dont il augmentoit son vaste répertoire.Cette habitude, qu'il ne pouvoit vaincre, donna lieu, sur scs vieux jours, a la plaisante anecdote qui suit.Laujon étoit lié depuis long-temps avec la Comtesse D****', chez laquelle se réunissoit l'élite des gens de lettres et des artistes : elle avoit, par son crédit et sa liaison intime avec des littérateurs célèbres, entr ouvert à Laujon les portes de l’Académie.Celui-ci ne cessa d’en conserver le souvenir ; il ne laissoil pas échapper la moindre occasion de lui en prouver sa rcconnois-snnee.C’étoit surtout à l'époque où l’on célébrait, chez cette femme distinguée, le jour qui l'avoit vue naître, que le doyen des chansonniers faisoit briller son talent, jeune encore, et s a-handonnoit à la gaieté de son imagination, à tout l’épanchement de son cœur.Vainement les athlètes les plus redoutables vou-loicnt entrer en lice avec lui : soit qu'ils fussent intimidés ;i l’aspect de ses cheveux blancs, soit qu’à l’exemple d’Anacréon dont il étoit l’image vivante, Laujon retrouvât, dans ses chants, la verve et la fraîcheur du bel âge; il demeurait toujours vainqueur dans celte lutte honorable ; et la chanson qu’il ne man-cjuoit jamais de faire pour cette fêle brillante, étoit attendue avec impatience, et répétée avec ivresse. SEPTEMBRE IQ UE r ## » « Il arriva, ce jour si cher à la Comtesse ; on «'toit alors au milieu du mois de Juin.Laujon, «jui no composoit jamais mieux qu’en marchant, et qui, toujours se fioit à sa prodigieuse iacilité, sort, vers les deux heures, du fond du Marais qu’il liabitoit, et se rend au jardin des Tuileries, chantant à demi-voix, et achevant de rimer les idées qui se présentoient à son imagination.Il s’assied sur une chaise adossée à un gros marronnier, tire ses tablettes, et se met à terminer la chanson qu’il destinoit à sa plus digne amie.Un de ses jeunes confrères, connu par d’agréables productions, l’aperçoit de loin qui se débat avec sa Muse.Invité, comme Laujon, à la nombreuse réunion que celui-ci se dispose à charmer par ses chants, il est curieux de les entendre d’avance ; et sachant que son vénérable maître iredonnoit ordinairement les couplets qu’il composoit, il va chercher une chaise, vient se placer derrière lui, caché par la grosseur de l’arbre, et prête une oreille attentive.Il entend bientôt le doyen du caveau chanter, répéter et corriger les couplets les plus gracieux.Il en suit la inarche, en retient les vers les plus marquans, et ne peut s’empêcher d’admirer cette Muse octogénaire, encore fraîche et brillante, et de la plus étonnante fécondité.Cependant Laujon, qui savoit que l’assemblée seroit nombreuse et choisie, et qui vouloit se montrer digne de sa réputation, répète chaque couplet plusieurs fois de suite et avec la lenteur d'un critique austère.Cela fait naître à son confrère l’idée de s’amuser uses dépens, et de le prémunir contre les larcins qu’on pour-roit aisément lui faire.Il lire un crayon de sa poche, écrit presque tous les couplets du vieux chansonnier à mesure qu'il les chante, et les arrange ensuite en substituant quelques mots à ceux qui sont échappés à son attention.Muni du résultat de cet adroit larcin, il s’éloigne un instant, revient, passe devant Laujon, qu’il feint d’apercevoir pour la première fois, et l’aborde en lui disant: “ Cher doyen, ne dînons-nous pas ensemble aujourd’hui chez la Comtesse ?—Sans doute, on y lèle le jour de sa naissance, et je n’ai garde d’y manquer.Vous vous occupiez d’elle, peut-être, et je ne veux pas vous distraire.—J’ai fini, mou ami, je terminois en effet quelques couplets : vous savez comme elle tient à tous ces petits hommages.—Qjii ne seroit envieux des cotres?ils sont toujours si joyeux, si galatis!” Tousles deux Jô'j L’ABEILLE CANADIENNE.parcourent de nouveau les grandes allées des Tuileries, et l’horloge du château venant à sonner quatre heures, ils se rendent chez la Comtesse où se trouvoient déjà réunies les personnes les plus distinguées, soit par le mérite, soit par la naissance.La Comtesse lait placer auprès d’elle, à table, le vénérable président du caveau, ou elle comble de soins et de prévenances.“ C’est mon plus ancien chevalier, dit-elle en souriant, et l’un tie mes meilleurs amis.—Comment pouvez-vous les distinguer dans un si grand nombre ?" lui répond le vieillard en lui baisant la main avec un reste de chaleur, et cette aimable galanterie du bon vieux temps.Le repas est aussi gai que somptueux.Arrive le dessert: chacun porte les yeux sur ceux des littérateurs qu’on suppose devoir chanter la comtesse.L’un commence et lui adresse îles vers qui, la comparant à cette bonne et bienfaisante Geoffrinj dont elle suit les traces, lui donne l’assurance de vivre ainsi qu’elle, dans le souvenir de tous les amis des lettres; un autre, empruntant des couleurs plus antiques, et voulant chatouiller plus vivement encore la vanité de la comtesse, voit en elle celte Ninon, dont le temps ne pouvoit faner les charmes, et qui réunissent autour d'elle tout ce qui forme it la splendeur du siècle de Louis XIV.Enfin, le jeune confrère de Laujon, tirant de son sein l’écrit qu’il avoit tracé furtivement et qu'il n’avoit pu corriger qu’à la hâte, chante avec assurance, et comme étant son propre ouvrage, la chanson de ce dernier: elle produit sur tous les auditeurs un effet inexprimable.“ C’est “ charmant ! c’est divin ! s’écrie-t-on de toutes parts : on ne pouvoit peindre la comtesse avec plus de grace et de vérité ; c’est un coup de maître, et le bon Laujon lui-même ne désa-41 voueroit pas ces couplets délicieux.” Laujon, stupéfait d’étonnement, et jouissant en secret de son triomphe, ne peut concevoir comment cette chanson, qu’il a é-critc au crayon en la composant dans le jardin des Tuileries, se trouve entre les mains de son jeune émule ; ce qui surtout le confond, c’est d’entendre celui-ci recevoir les félicitations de tous les convives comme un auteur heureux et triomphant.“ Sans doute, se dit Laujon, le papier sur lequel j’ai tracé mes couplets, sera tombé de ma poche, et mon jeune homme s’en est emparé.“ Mais qu’on juge de sa surprise, lorsque ; e fouillant, il trouve ce meme papier sur lequel est écrite en en- wC i * SEPTEMBRE 1818.157 f •i tier la chanson qui vient d'obtenir tant de suffrages! 1) doute s'il rêve, et se perd en mille conjectures qui répandent sur ses traits un trouble, une rêverie, dont ou s'aperçoit, et qu'on ne sait à quoi devoir attribuer.Enfin, chacun ayant payé sa dette à la comtesse, il se fait un grand silence pour écouter le moderne Anacréon.Elle-même, par un doux regard qu'elle laisse tomber sur lui, semble lui dire de compléter la couronne qu’on lui décerne, et d’y attacher la plus belle fleur; mais quel changement sur tous les visages, quelle surprise pour la comtesse, lorsque ce bon Laujon, ordinairement si fécond ét si galant, dit d’un ton sombre et avec embarras.qu'il n'a rien à chanter! On se regarde, on s’imagine que le vieux doyen est blessé du succès prodigieux que vient d’obtenir le jeune chansonnier.La comtesse rougit de dépit, et paraît au supplice d’être placée auprès de son vieil ami.Lui-même ne peut se dissimuler qu’il va donner prise à la malveillance qui déjà l'accuse d’une ridicule jalousie ; il sait à quel point il blesse la fierté d’une femme susceptible et dont il reçut tant de preuves d’amitié: mais cet excellent homme se détermine à passer pour ingrat, envieux, à sacrifier peut-être l’estime génér ale i 1 porte, plutôt que de perdre un jeune liltéra-leur qui commence sa carrière, en se déclarant l’auteur des couplets qu'il vient de chanter.Cependant on ne peut se résigner au silence de Laujon : on le •provoque des yeux, du geste et de la voix.Son élève lui-même ose l’inviter à se faire entendre ; ce bon vieillard éprouve alors un tel embarras, qu’il ne peut même lever les yeux sur le jeune audacieux, que d’un seul mot il pourrait confondre.“ Eli bien, lui crie-t-on de toutes parts, chantez-nous du moins quelques-uns de vos jolis à-propos de société, qui si long-temps firent les délices de la cour et de la ville.—Non, non, ajoute la comtesse, d’un ton sec, et sans regarder Laujon ; le vrai talent a quelquefois des caprices, il faut savoir les supporter.Je n’aurois jamais cru néanmoins qu’ils eussent été jusqu’à blesser la véritable amitié.— Lui! s’écrie le prétendu voleur, blesser l’amitié !.il en est au contraire le plus parfait modèle.J’ai voulu voir jusqu’où 16 meilleur des hommes pouvoit porter la patience et la générosité.” il raconte aussitôt leur entrevue aux Tuileries, et le moyen qu’il avoit employé pour recueillir ce qui sorloit de la bouche de sou B6C 16G L'ABEILLE CAN A LI EN N E.maître.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.